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Original subtitles

Salaam aleikoum.

Ça va ?

Passeport ?

Vous pouvez couper le moteur ?

- Tu parles espagnol ? - Oui.

Tu peux éteindre la voiture ?

La fiche ?

Ta déclaration ? Ta fiche ?

Ma fiche ?

Tu as un livre ? À lire.

- Un livre ? - Pour moi.

Je peux t'en donner un.

Mais je dois le chercher.

Ah, j'ai trouvé.

Je l'ai.

Tiens.

Merci.

Je peux y aller ?

Merci.

C'est normal, c'est juste...

Ça y est.

Merci beaucoup. Au revoir !

Bon voyage !

Le mécanicien n'est pas là. Il a dû sortir, mais il va revenir.

Entre.

Ça va ?

Ça va bien ?

LE RIRE ET LE COUTEAU

- Bonjour. - Bonjour.

J'ai une réservation au nom d'ONG CASA.

Oui.

Ah, trop belles ! Elles coûtent combien ?

Je crois qu'elles sont trop petites. On va voir.

Elles sont trop petites, pas vrai ?

Ouais, trop petites.

Mais ça existe ici 46, 47 ? J'en ai vu nulle part.

Si, y en a.

Ah oui ? Où ?

- Ici à Bandim ? - Oui.

Ah, montre-moi alors.

Regarde, Marcelina !

Attends, laisse voir.

Regarde ça, Marcelina.

- Bonsoir. - Bonsoir.

- Quelqu'un est venu pour moi ? - Non, pas encore.

On a dû déplacer vos affaires dans la chambre 16.

- Vous avez déplacé mes affaires ? - Oui.

On a reçu un client qui est un ami de la maison.

Je suis désolé.

Tu es papa maintenant ! Arrête ça. On y va.

- Bonsoir. - Bonsoir.

Excusez-moi, vous pourriez baisser un peu la musique, s'il vous plaît ?

Non.

Silence, les enfants ! Silence.

Le fils de Nestor est devenu papa aujourd'hui.

On fête ça. La naissance d'un bébé.

On va vouloir aussi se reposer, mais faut qu'on fête un peu ça.

Jusqu'à 2h, après on s'en va.

Qu'est-ce qui se passe ? Bonsoir.

Bonsoir. Je voulais savoir si vous pouviez baisser un peu la musique.

Ah, bien sûr.

Excusez-nous, OK ?

Bonsoir.

C'est quoi ton problème ?

On faisait du bruit.

- Bonjour ! - Oui ?

Je suis Sérgio. Je crois qu'on m'attend.

OK, il est là-bas.

Désolé pour la chaleur.

Ça fait une semaine qu'ils doivent nous réparer la clim.

Federica va nous faire un point sur la situation du projet.

Oui.

Oui. Sérgio, bonjour. Et bienvenue.

Mais bienvenue, bienvenue, bienvenue, vraiment.

On t'attendait impatiemment,

on a eu quelques problèmes avec ton prédécesseur, Leonardo,

qui n'a pas fini son étude sur l'impact environnemental,

ce qui nous a porté préjudice.

Je vais t'expliquer ce qui a changé par rapport à l'ancien projet.

On se trouve sur une zone côtière où passait l'ancienne route.

On a un fleuve ici en aval.

Et l'ancien tracé choisi

par le gouvernement précédent

passait au milieu d'une zone

transformée en réserve environnementale.

On s'est battus pour ça, avec d'autres acteurs de la communauté

pour faire reconnaître cette zone ici comme réserve environnementale.

Parce qu'il y a ici une espèce d'hippopotames

en voie de disparition.

C'est pourquoi on a décidé de modifier

le tracé original vers ce tracé secondaire,

qui passe en aval du fleuve, ici.

En aval du fleuve, on trouve un autre type de zone :

une zone humide, de bolanhas.

Ce sont des rizières installées dans des marais.

Il y a aussi de nombreuses tabancas,

des villages, ici, autour de la route,

de la future route.

On doit donc discuter avec les communautés.

Sur cet aspect, je passe la parole à Glória.

Exactement.

Parce que cette question de la communauté est primordiale,

pour tout chantier ou activité que l'on voudrait établir.

Je crois que c'est essentiel ici

d'aller parler avec les communautés et de faire un diagnostic préliminaire

pour comprendre si cette situation

est acceptable pour tous.

Vient ensuite le discours

du financeur, etc.

Ce qui a représenté pour nous une opportunité,

avec le changement de gouvernement qui nous a permis

de garantir que la première zone soit transformée en réserve,

est devenu pour nous une course contre la montre.

On a l'argent des fonds européens,

mais les Chinois ne lanceront pas le chantier

sans ton rapport sur l'impact.

OK.

Merci pour toutes ces informations, et pour la pression aussi.

Je vais faire de mon mieux pour avoir de bons résultats.

Plus. Tu dois faire plus que ton mieux.

Oui, bien sûr.

Je crois aussi qu'il faut se préparer à la possibilité

que le résultat du rapport

ne corresponde pas à vos attentes.

Tout à fait.

On a très peu de temps devant nous pour avancer avec ce chantier.

On a donc besoin que cette étude soit faite le plus vite possible.

Évidemment en respectant toutes les conditions et tous les aspects

nécessaires au bon déroulement des travaux,

sans affecter les producteurs,

et pour éviter de jeter plus d'argent par la fenêtre, bien sûr,

ce qu'on veut éviter à tout prix.

- Ma tante, bonjour ! - Bonjour !

- La forme ? - Comment ça va ?

- Ça va, et vous ? - Ça va.

- Et toi ? - Moi aussi.

J'aimerais savoir le prix de la viande.

La première, c'est 5 000 et la viande avec os, 4 000.

Je voudrais celle-là.

C'est du bœuf d'ici. Pas de la viande de Chine.

- 30 000, mon ami ? - Non, 35.

- Je t'ai pas demandé d'où elle est. - C'est du bœuf d'ici.

- Sans protéines ni calories. - Mon ami, moins cher, pour ta cliente.

J'ai un restaurant. Je vais te...

- Madame, j'ai des poules. - Combien ?

20 000 francs la poule.

C'est de la bonne poule.

Donne-moi le vrai prix.

- 20 000, parce qu'elle mange beaucoup. - C'est pas possible.

- Mais elle chie de l'or ? - Non, elle chie des diamants.

- Des diamants ? - C'est pour ça...

Alors, si c'est des diamants, fais-moi les deux à 22.

Mets-moi celle-là et celle-là.

- Pèse-la. - Tu vois ? C'est de la bonne.

Ce bœuf mangeait que de l'herbe... 5,5 kg.

Je prends la moitié de ton étal.

Et celle-là, c'est combien ?

40 000.

40 000 ?

- C'est pas cher. - Pas cher ?

- Et le poivron, c'est combien ? - 100 francs la pièce.

Non, je te donne 50 francs. Je veux 27 poivrons.

- D'accord. - D'accord ?

- Je vais payer, voilà 30 000. - Madame, madame !

- Je reviens chercher les poivrons. - Tu reviens les chercher ?

- Je dois me dépêcher. - Oui.

Je reviens, OK ? Je reviens.

Attrapez-la ! Attrapez-la !

Donne-moi mon argent ! Donne-le-moi !

Madame !

Garde-moi mes sacs, s'il te plaît. Garde mes sacs !

Pardon !

Bonjour ! Je vais à la place principale.

- Entre ! - Je peux ?

Bonjour, mon ami !

Vous pouvez me déposer au croisement entre Che Guevara et Frantz Fanon ?

- Près de l'ancien palais, OK ? - Oui.

Merci.

Merci d'avoir gardé mes sacs.

De rien.

Tout va bien ?

Oui, oui.

Je ne sais pas ce qui s'est passé.

Il m'a prise pour quelqu'un d'autre.

Là, entre dans ce passage.

Non. Tu peux aller par là ? Plus vite ?

Mon ami, par là.

Mon ami, tu peux prendre ce passage, là ?

Mon ami !

S'il te plaît, tu peux...

Mon ami, par là.

Écoute, arrête-toi. Arrête-toi, s'il te plaît !

Tu peux...

Garde mes affaires !

Matez-moi Marcelina !

T'as pas pris la perruque de 400 g, c'est humain.

Ces cheveux...

Marcelina, ces cheveux, ils sont humains ou c'est pour la drague ?

Ils sont humains !

Bien sûr !

Marcelina !

Ils sont humains.

Je vous crois.

Marcelina, tu peux me faire une tresse ?

- Juste une, s'il te plaît. - Gui !

Comme celle que t'as faite l'autre jour à la maison.

- Gui ! - Oui ?

Y a quelqu'un pour toi.

- Qui est là ? - Un client.

Qui ? Un client ?

- Salut. - Salut.

On m'a dit à l'hôtel d'amener ces sacs.

- Ils sont à... - À Diara.

À Diara, c'est ça.

Et ?

Et elle est là ?

Non, elle est partie à l'étranger. Pour quelques jours.

- Je sais pas. - OK.

- Mais je peux les garder pour elle. - OK, merci.

- Et toi, tu es qui ? - Sérgio.

- Sérgio ? - Oui, et toi ?

Je suis Guilherme.

Guilherme.

On se prépare pour aller à une fête.

Si tu veux, tu peux rester un peu avec nous, on s'amuse.

- On fait les fofolles. - OK, d'accord.

Tu viens ?

Voici Sérgio, il faut...

- Salut, Sérgio ! - Voilà !

Allez, viens lui faire un câlin aussi ! Venez toutes !

- Ça va ? - Oui, et toi ?

Salut, ça va ?

Clayton.

Clayton ? Enchanté.

Merci. Je peux ?

Tu veux une bière, de l'eau, du jus...

ou mon corps ?

Salut.

Attendez, la bombe est arrivée.

Attendez ! La bombe est arrivée !

Si elles sont pas loin, elles nous appellent.

Ceux qui viennent de l'extérieur doivent avoir un bracelet.

Ils doivent avoir leur nom sur la liste.

Ils vont vérifier le nom de tous ceux qui entrent.

Et tu bosses ici pour une ONG ou...

sur un chantier ?

C'est qui ton charmant ami ? Il est brésilien ?

Portos !

- C'est quoi la différence ? - Il est portugais du Portugal.

Brésilien et Portos, c'est quoi la différence ?

La différence,

c'est que l'un est blanc et l'autre noir.

Genre, moi je suis noir, lui il est blanc.

Non, toi tu es blanc et lui il est blanc.

Pardon ?

- Toi, tu es blanc et lui il est blanc. - Répète !

- Moi, je suis blanc ? - Oui.

- Et lui ? - Il est blanc.

Tu es fou et lui il est fou !

C'est la seule explication.

Il est blanc et moi je suis noir.

Il est portugais et moi je suis brésilien.

Il a colonisé et moi j'ai été colonisé.

Là, je comprends.

Mais s'il y a quelqu'un de noir, ici, c'est moi.

Tu es un Noir magnifique, d'ailleurs.

Tu es blanc et lui il est blanc.

C'est quoi la différence ?

Je ne suis pas blanche, chérie. Non, je ne vais plus discuter.

Je ne suis pas blanche.

Non, je ne suis pas blanche.

Tu es blanche.

Je ne suis pas blanche.

Je suis noire.

Non, nous on est noirs !

Sérgio ! Quelle bonne surprise !

Vas-y, Marcelina !

Je vais chercher un ami.

Je sais pas si on va pouvoir entrer aujourd'hui.

Si. On va entrer.

C'est qui ?

- Mes collègues. - Laisse-les, viens, juste toi.

- Juste toi. - Ils peuvent pas entrer aussi ?

On va essayer.

Comment tu es arrivé ici ?

Je suis venue en voyage,

en quête d'une chose que je n'ai pas encore trouvée.

Mais j'ai trouvé...

J'ai découvert que je viens pas de là où j'imaginais.

Parce que, quand j'ai quitté le Brésil,

je pensais qu'ici je pourrais affirmer mes racines africaines.

Tu te sens bien ici ?

La plupart du temps, je me sens perdue.

Mais... Au fond, on n'est jamais là où on est.

- Tu crois ? - Je crois, oui.

Mais tu n'es pas ici maintenant ?

Non.

Je suis dans plusieurs endroits, dont ici.

- OK. - Et toi ?

C'est quoi, ton pouvoir ?

- Je vais être arrogant. - Comme moi.

Je vais dire : "Je suis ici, maintenant."

Ou c'est trop...

Peut-être que c'est trop...

Je trouve pas le mot.

Le premier qui te vient à la tête.

C'est peut-être trop naïf de ma part.

Ce serait trop...

beau, en vrai.

Ah bon ?

Ben oui ! Parce qu'être ici, ce serait être... ici.

Je sais pas, il y a beaucoup de gens exactement ici.

Mais comment tu me vois ?

Comme un Blanc venu d'Europe.

Un Blanc, fils d'Européens.

Aux yeux clairs.

Ici.

Ici.

Et qui, d'une certaine manière, me fait peur

dans un sens comme dans l'autre.

J'ai peur...

À contresens et au sens premier, dans le sens inverse.

Je sais pas.

C'est peut-être ça que je cherche.

- Être à contresens ? - Toujours !

Mais pourquoi tu poses tant de questions ?

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? - Je sais pas.

J'aimerais te connaître.

J'aimerais connaître plus.

Parle-moi de toi.

Qu'est-ce que tu as trouvé en Guinée que tu n'as pas trouvé en Europe ?

Plein de choses.

Je vais juste protester à cause de mon rouge à lèvres.

Pardon.

Mais pourquoi tu t'es essuyé ?

Je sais pas. À cause du rouge à lèvres, peut-être.

Ça m'a pas plu...

Ce désir regretté...

Cette main qui essuie le baiser.

Je sais pas. Ce qu'on entend : des trucs de Blanc.

Des trucs de Blanc ?

J'espère que tu n'es pas de ces gens

qui regardent la couleur de la peau et croient tout savoir sur la personne.

Je regarde pas. Je sens. Je le sens dans ma peau.

C'est autre chose, que toi, tu sais pas faire.

Je te fais pas de mal, ou si ?

Ton sang me fait du mal.

Et toi, tu m'en as fait, ou tu m'en fais.

- Moi ? - Oui.

C'est toujours la même chose.

Vous venez avec votre air tendre et affectueux,

comme si vous vouliez soigner les blessures qu'on nous a infligées.

Y a un Blanc qui m'a déjà soigné une blessure.

- Ah bon ? - Malheureusement. C'est drôle, non ?

Ces fils de putes sont encore capables de soigner des blessures.

Tu es très prévisible.

Je peux lire sur ton visage.

- C'est une question de race. - T'as peut-être raison.

T'as peut-être raison.

Fils de pute.

C'était comment, celle-là ?

J'essaie de me rappeler.

Ma belle-sœur a dit à Barbosa

Que j'ai un amant

Mais même sije me sépare J'ai mon puits où m'abreuver

Ma belle-sœur a dit à Barbosa Que j'ai un amant

Mais même sije me sépare Je ne vais pas y perdre

- Ah, OK. - Ma belle-sœur...

Même sije n'y gagne pas Je ne vais pas y perdre

Ma belle-sœur a dit à Barbosa

- La chanson commence comme ça ? - Oui.

Ma belle-sœur a dit à Barbosa Que j'ai un amant

Mais même sije me sépare J'ai mon puits où m'abreuver

Ils disent qu'ils sont arrivés dans notre pays en 1444.

Mais l'occupation effective n'a lieu qu'en 1912.

Tu te rends compte ? Après la Conférence de Berlin.

N'oublie pas qu'entre 1912 et 1935...

Il y a eu cette guerre de "pacification".

C'était diviser pour mieux régner.

- Non, écoute... - Tu l'aimes, cette histoire de lutte !

L'ancien combattant qui raconte l'histoire.

Non, il a raison. Le combat vient de là.

- Du démembrement de nos groupes. - Oui ! La résistance a toujours existé.

Depuis le début du colonialisme, il y a eu de la résistance.

La lutte de libération.

- Elle a eu lieu pour ça. - Avec tous ses défauts.

Elle sait de quoi elle parle, maman.

Elle peut nous raconter ce qui s'est passé.

Elle a eu lieu pour ça.

Eh, maman, laisse pas tomber les balles !

Ceux qui en ont le plus souffert, ce sont nos parents.

Les travaux forcés...

Le nettoyage des routes, les impôts...

- Montrer nos paillotes ? - Oui.

Ils faisaient... comment on dit ? Le recensement.

- Le recensement ? - Le recensement.

Les chefs de poste

prévenaient le chef du village,

et, le jour dit, ils venaient faire le recensement.

À partir de 18 ans.

Les familles se rassemblaient et allaient au centre du village.

Chacun restait à sa place

et on comptait le nombre de personnes de la famille.

Puis, ils venaient et demandaient l'âge de chacun,

parce que les mineurs ne payaient pas.

Je me souviens d'un homme, un Manjaque.

Ils lui ont demandé : "Ton âge ?" Et il a répondu : "15 ans."

Ils ont demandé à quelqu'un d'autre. Il a répondu aussi : "15 ans."

"Et toi, le père, quel âge as-tu ?"

Il a répondu : "15 ans."

Ils ont demandé : "Vous avez tous 15 ans ? Père et fils, tous 15 ans ?"

Ils ne savaient pas prononcer 15 ans. Ils disaient "quinche" ans.

- 15 ans. - "Quinche" ans.

Quand les Européens entrent sur la côte africaine,

les conflits commencent.

Des conflits pour les terres, pour imposer la religion,

parce qu'ils enlevaient des filles ici et les emmenaient là-bas.

Ça a provoqué des guerres tribales.

Ils ont mis en place des stratégies, des alliances, avec les chefs tribaux.

Ils ont inventé la stratégie du mariage.

Ils venaient et disaient qu'ils voulaient se marier avec la fille du chef.

Ils voulaient baptiser le chef.

C'est ce qu'on fait ici, non ? Un baptême ?

Ça a commencé à cette époque.

Baptiser pour avoir peur de Dieu,

pour craindre de faire mal à son prochain.

Dire que, tout comme tu respectes ton père et ta mère,

tu dois respecter l'autorité.

Parce qu'ils sont les pères de tous, de la nation, pas vrai ?

Alors, mon ami ?

Bienvenue !

- Merci ! - Comment vas-tu ?

Voici Sérgio, notre nouveau collaborateur.

- Bonjour. - Enchantée. Bienvenue, tu es chez toi.

Il est venu du Portugal en voiture.

Mon Dieu, tu dois être mort.

- Presque. - Bien sûr.

Regarde, Horácio est là avec son bébé et sa femme.

Il a été kidnappé par les photographes, il arrive.

- Super. Super, merci ! - Comment était le voyage ?

Excellent ?

Excellent.

Le pays, la chaleur ?

- Oui. - Tout est parfait, pas vrai ?

Ma chérie ! Faut que je te parle.

- Félicitations ! - Merci.

Ma chérie, viens prendre une photo avec nous !

Je peux ?

Fais pas ta sainte maintenant juste parce que t'es mariée.

Très drôle, ma chérie.

Je peux en prendre une juste avec Horácio ?

Tu veux que je tienne le bébé ?

Oui, peut-être.

- Tiens, mon amie. - Merveilleux.

Je vais juste me mouiller un peu la gorge.

- Vas-y, vas-y. - Vous restez... Très bien.

Camarade !

- Comment vas-tu ? - Merci pour l'invitation.

Sérgio !

Enchanté ! Bienvenus, bienvenus !

Rien de mieux comme présentation qu'une fête chez toi.

Qu'est-ce que tu racontes !

Vous avez bu ? Mangé ? Il y a de tout.

Avant ça, je voudrais offrir ceci aux parents, bien sûr.

J'espère qu'il est encore bon. Il a fait un long voyage.

Merveilleux. De l'Alentejo, ma région préférée.

Comment vous dites ?

- Un grand cru, c'est ça ? - C'en est un.

J'en suis sûr. S'il ne faisait pas si chaud...

- Et maintenant un gin, oui ? - Allez.

Ça vous dit ?

- Oui, bonne idée. - On y va ?

Allons-y.

Excusez-moi.

Alors, tu as fait le voyage en voiture.

J'ai toujours eu envie de le faire, mais avec le travail...

- Quel genre de gin veux-tu ? - Un gin normal.

Normal. Mais non !

Aux fruits rouges.

- OK. - Allez-y.

Mais je voulais te dire qu'on est encore sur les dossiers.

Le vrai travail devrait commencer lundi.

Pardon, je suis un "workaholic".

Je crois que les gens sont toujours dispos pour travailler, comme moi.

Et tu sais comment sont les gens ici.

Il n'y a pas l'objectivité de là-haut, tu me suis ?

Ici, les gens sont prisonniers du passé,

de la signification des choses, des arbres, des rivières...

Non qu'elles n'en aient pas, tu me comprends.

C'est une question de fidélité, de concentration.

Innover, progresser, essayer.

Avoir la capacité de vouloir plus, vouloir le meilleur, le nouveau.

Cette envie existe ici, tout le monde te le dira.

Ils ne veulent pas te dire non, c'est surtout ça. C'est incroyable.

Personne ne dit jamais non.

Mais ils restent fidèles à ce qu'ils connaissent,

à ce qu'ils respectent, à ce qui les rassure.

Innover, progresser, c'est pas facile à négocier.

Je sais pas si tu me comprends. C'est pour ça que tu es là.

C'est pour ça qu'on doit régler ça avant la saison des pluies.

On va tout faire dans les règles.

Du moment qu'on le fait dans les règles, tout va bien.

Je te dis tout ça parce que tu viens d'arriver.

- Je compte sur toi. - Oui.

C'est ça qui...

Ma tante s'en va. Ils rentrent chez eux aujourd'hui.

Elle voulait te dire au revoir, t'embrasser.

- Tu viens ? - Je viens.

On finira plus tard, profite de ton gin.

À tout de suite !

Au début de la lutte, s'il se passait quelque chose à la tabanca,

la population trouvait une manière de prévenir leurs compagnons.

Par exemple, les Balantes ont le "bumbulum".

S'ils jouaient le "bumbulum", les Balantes savaient interpréter.

Ils comprenaient que, dans tel village, quelqu'un était mort.

C'était une manière de prévenir

les autres villages du danger.

Comme ça, ils savaient si les Portos arrivaient.

- Comme cet oiseau, le "tchui tchui". - Oui, le "tchui tchui".

Par exemple, la nuit, à la campagne, si on entend "tchui tchui",

on sait qu'un animal ou les Portos arrivent.

Le village peut se réveiller et les guérilléros se préparer.

Quand la lutte armée a commencé,

les gens ont quitté la ville pour se mobiliser.

Pour informer le peuple qu'il allait y avoir une guerre

et qu'on allait se battre contre les Portos,

pour donner la liberté à notre peuple,

pour devenir citoyens de notre pays.

Quand les chefs de poste arrivent, tu dois être là.

Sinon, les soldats te poursuivent avec le fouet.

Ils te cassent la gueule.

- Ils te cassent la gueule ? - Oui.

Je me souviens qu'ils portaient des shorts kaki.

Ils couraient dans les villages,

s'ils en attrapaient un, ils le frappaient.

Ils cognaient beaucoup et personne demandait pourquoi.

- Ça a permis de mobiliser... - Beaucoup de monde.

- Ils ont rejoint le combat. - Ça va ?

Tu ne bois rien ? Tu ne comprends pas le créole ?

Non. Très peu.

Viens ! Viens ici, viens boire un verre.

La bière fraîche est parfaite pour la chaleur de Bissau, crois-moi !

Si tu veux du vin de cajou, vas-y.

- Non. - Le tue pas avec ton vin de cajou !

Il vient d'arriver et tu veux lui faire boire du cajou !

C'est super fort ! Allez, on trinque !

À la nôtre !

Fais comme chez toi.

- Tiens, tiens ! Comment vas-tu ? - Ça va.

- Tout va bien ? - Très bien.

- Salut ! - Salut !

- Sérgio. - Oui ?

Viens ! Viens dehors, avec nous.

Il y a des tas de choses à manger,

de bonnes petites choses typiques, des fruits locaux.

- Viens ! - Oui, j'arrive.

D'accord, allez.

Ça va ?

Tu es partout, toi.

Comment tu t'appelles ?

Sérgio.

La fête te plaît ?

Oui.

Juste une question :

comment quelqu'un qui vient d'arriver

se retrouve ici ?

Comment tu sais que je viens d'arriver ?

Tu sens l'aéroport, mon petit.

En fait, je suis venu en voiture, mais je viens d'arriver.

- À la nôtre. - À la nôtre.

Je refuse de vieillir Que mes genoux ne faiblissent pas

Le chemin à parcourir est encore long

Je refuse de vieillir Que mes mains ne s'amollissent pas

J'ai besoin d'elles Pour construire notre pays

Je refuse de vieillir Une vieillesse insensée

Mon corps, vous pouvez l'enterrer Peu m'importe

Je refuse de vieillir, pour l'amour Que j'ai pour toi, Guinée-Bissau

Je refuse de vieillir Pour l'amour que j'ai pour toi

Je refuse de vieillir, pour l'amour Que j'ai pour toi, Cap-Vert

Je refuse de vieillir à cause de l'amour

Je refuse de vieillir

Je refuse de vieillir

- Kumã di corpo ? - Comment ça va ?

- Ça va bien, et vous ? - Ça va bien.

- Salut, Federica. - Salut, Sérgio ! Ça va ?

Tu es finalement sur le terrain.

Oui.

Giovanni, ça va ? Bonjour.

Tu as compris où on est ?

Non, pas encore.

Là-bas, au fond, là où il y a les grands arbres,

à 50 kilomètres au nord,

tu as la zone qu'on a réussi à classer comme réserve naturelle.

De ce côté, c'est là où naîtra le nouveau tracé,

où sera construite, en théorie, la nouvelle route,

où il y aura le nouveau tracé

qui se poursuit sur des kilomètres et des kilomètres jusqu'au désert.

Ici, les producteurs ont coutume de construire

une digue de ceinture au bord du canal.

Ça coupe la mangrove et barre l'eau salée pendant quelques années

jusqu'à enlever le sel de l'ensemble du terrain.

Les maîtres de la culture du riz de mangrove sont des Balantes.

Mais il y a d'autres ethnies, comme les Pepels, les Manjaques, les Floups,

qui ont adopté la même technique.

Et la route va passer tout près, c'est ça ?

La route va passer ici au milieu, oui.

Et, du coup, le tracé va être beaucoup plus long, pas vrai ?

Oui, le tracé est beaucoup plus long, bien sûr.

On doit traverser le fleuve.

On doit aussi prendre en compte l'impact social,

pour éviter que les gens ne perdent leur terre.

Oui, mais les coûts plus élevés sont totalement compensés

par la création de la zone protégée, à cause des hippopotames.

Surtout parce que c'est la seule espèce qui a encore 30 individus.

Les autres espèces, qui sont sur les îles,

sont des espèces différentes. D'où notre devoir de protéger celle-ci.

Ce travail, Sérgio, est très dur,

c'est un travail impossible à mécaniser.

C'est un système ancestral qui continue d'être pratiqué.

Tu peux demander si je peux prendre des photos et leur parler ?

Tu peux. Bien sûr que tu peux.

- Bonjour ! - Bonjour.

Je peux ? Prendre une photo ?

- Je peux ? - Oui.

Je peux ?

Bojan, demande s'il te plaît ce qu'ils sont en train de faire.

Ça sert à quoi ?

Il demande ce que vous faites.

S'ils s'abîment, l'eau passe et on ne peut pas cultiver.

Si l'eau salée passe de l'autre côté,

ils n'auront pas de riz.

Le riz est de ce côté.

- Ils vont maintenant de l'autre côté ? - Oui !

Pourquoi ?

Parce qu'il y a de l'eau ici.

On peut pas continuer à soulever la boue.

Merci.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Je crois que je me suis coupé.

C'est quoi, ça ?

Une huître.

- Une huître. - Attention, attention.

C'est bon à manger, c'est tout.

- Il n'y a personne ici. - Il n'y a personne ?

Non.

- Il n'y a personne ? - Non.

- Le douanier n'est pas là ? - Non.

Madame, il y a une foule qui attend.

On attend le douanier depuis ce matin.

Je crois que ce sera réglé aujourd'hui.

On est là depuis ce matin.

C'est là ?

- Bonjour, chef. - Bonjour !

J'ai l'argent pour dédouaner ma voiture qui est ici depuis quatre mois.

- On y va ? - Oui.

- J'arrive. - OK.

- Bonjour, la famille ! - Bonjour !

- Ça va ? - Ça va ?

- Ça va, donne-moi ta bénédiction. - Ça va.

Tonton Nico.

Madame Domingas.

Ça roule ma poule ?

- Oui, je suis là. - Tu es là ?

- Grand-père, comment elle va ? - Je suis là.

- Je vais bien. - Tu vas bien ?

- Sûre ? - Je vais bien.

- Vraiment ? - Je vais bien.

Alors ça va aller encore mieux.

- Grand-père. - Diara, ça fait si longtemps !

- Ça fait si longtemps, c'est vrai ! - Combien de temps ?

- Comment tu vas ? - Ça va bien, et toi ?

- Ça va bien. - Tu vas bien ?

- Mon frère a donné des nouvelles ? - Il est perdu dans le monde, lui.

Écoute, maman, Diogo va se charger de la voiture.

Et tous les vendredis, il vous amène 65 000.

Pas plus, pas moins. Le surplus, c'est pour lui.

- Pourquoi t'es si maigre ? - Arrête, Beti !

- Je vais te préparer une assiette. - Je veux pas manger.

Je veux rester, comme ça, sexy.

Regarde, je t'ai amené du citron.

Maman.

Juste une chose...

Diogo est au courant, si la voiture a un problème,

vous m'appelez moi, pas le mécanicien.

- OK ? - OK.

Regardez ce que j'ai trouvé !

Tu dis bonjour à tata ?

On est très contents d'être là.

Le voyage a été très long. Les routes sont vraiment terribles.

Mais on est ravis d'être arrivés.

Ils ont dit qu'ils sont très contents.

Les routes ne sont pas bonnes, mais le voyage s'est bien passé,

grâce à Dieu.

Tu séjournes ici ?

Non, je suis juste venu voir...

quelque chose...

Une pompe à eau.

Ils veulent vous montrer...

les latrines.

Voici les premières latrines.

Voici les premières latrines.

Chaque famille a les siennes, on va toutes les voir.

Chaque famille a les siennes, on va les voir toutes.

Elles ont très bon air, très propre.

Où est le seau de cendres ?

Tu as mis où le seau de...

- De cendres ? - Oui, de cendres.

Hortência dit que le seau était dans la salle de bains.

Mais les enfants l'ont renversé et elle l'a enlevé.

Il était ici, mais les enfants... Ils l'ont enlevé.

OK.

Vous pouvez me dire comment vous faisiez avant les latrines ?

C'était comment pour vous ?

Comment faisiez-vous avant d'avoir les latrines ?

Ne soyez pas gênée, on le fait tous.

Tu peux parler sans gêne, on le fait tous.

Demande-lui si elle est heureuse d'avoir les latrines.

Demande-lui comment elle se sent maintenant.

Hortência, ils demandent comment tu te sens.

Tu es heureuse d'avoir ces latrines ?

Je suis très heureuse.

Parce que s'il pleut, si je suis dans la forêt, je prends la pluie.

Je suis très heureuse.

Elle est très heureuse d'avoir les nouvelles latrines,

parce que, quand il pleut, elle ne doit plus aller dans la forêt.

Elle est très heureuse d'avoir les nouvelles latrines,

et maintenant...

Parce que maintenant, à la saison des pluies,

elle ne doit plus aller dans la forêt.

Je suis très contente de voir que vous les utilisez

et on espère que, dorénavant,

vous allez continuer à les utiliser et que notre travail est ici terminé.

Et que vous puissiez continuer ça dans le futur.

Vous avez l'argent pour le faire,

vous devez y arriver et le faire sans nous.

Je voudrais dire que notre but ultime ici est de disparaître.

Nous voulons que vous deveniez indépendants

dans les soins aux enfants. Et aussi que vous preniez l'initiative.

Nous sommes venus simplement pour donner un coup de main.

Notre but est que la Guinée-Bissau...

Que vous puissiez prendre en charge cette initiative

et prendre soin de vos familles...

- C'est comment, ton nom ? Sérgio ? - Mon nom ? Sérgio.

Je veux te poser une question.

Si c'est vrai ce qu'on raconte, qu'à Lisbonne

vous versez de l'eau potable dans les toilettes.

- De l'eau quoi ? - Potable. Dans les toilettes.

- Moi ? - Vous, là-bas, à Lisbonne.

- Oui. - Vous faites ça ?

Vous faites ça ?

C'est vrai ?

Non, tu n'as pas compris ce que je t'ai dit.

- C'est vrai. - C'est vrai ?

Vous mettez de l'eau potable dans les toilettes ?

- Dans les toilettes. - Dans les toilettes ?

Vous faites ça ?

Oui.

Je peux pas le croire.

- C'est vrai. - C'est vrai ?

- Moi et tous... - Les Blancs.

Vous faites ça ?

Oui.

Pour vous remercier, la communauté de Budjin

a préparé un cadeau pour la délégation.

En même temps, nous vous préparons un déjeuner.

La représentante des femmes de la tabanca

va remettre le tissu.

Nous avons d'autres villages à aller voir.

Nous ne pouvons pas attendre, nous devons y aller.

Nous sommes désolés. Merci pour tout.

- Merci ! Au revoir ! - Au revoir !

Arrêtez de dire mon nom !

À partir de maintenant, je m'appelle Juniper.

Marcelina, lève-toi et viens m'aider.

Bon appétit !

Comme tu veux.

Tu es une femme.

Ça dépend.

Attention.

Tu es une femme, Guilherme.

T'as qu'à me tripoter pour voir qui est plus femme.

Ma petite Guilhermina !

Je peux être aussi ta petite Guilhermina.

Si tu es gentil avec moi, je peux.

Tu vas être bourrée...

Tu vas être bourrée.

Attention...

Qui a demandé de la bière ?

Ça va ?

- Qui a demandé ? - Je veux une kaimosa.

Kaimosa, on a de la kaimosa ?

- Tu as vu qui est arrivé ? - Qui ?

Ton nouvel ami.

On dirait qu'il s'intègre bien, avec Marcelina, avec Edmilson.

Regarde comme il essaie de s'intégrer

- comme si tout allait bien. - C'est même assez drôle.

Mais il a les cheveux hydratés, la chemise repassée...

Il doit avoir quelqu'un qui lui repasse ses vêtements. Le pantalon classique.

Il travaille pour quelle ONG ?

Je crois que c'est une ONG humanitaire.

Toutes les ONG sont humanitaires, pas vrai ?

- Alors c'est celle-là. - Ou elles font semblant de l'être.

Mon amie, alors c'est celle-là !

- Ils te plaisent, les humanitaires. - Moi ?

Mais oui, tu es humaine, mon amie !

- Non ! - Je vais m'asseoir là.

Alors, vous avez mangé ?

Tu vois cette lumière rouge qui clignote ?

Elle est imaginaire, mais elle clignote, c'est mon radar.

- Elle clignote ? - Plus il s'approche, plus elle clignote.

Sérieux ?

Tu lui fais confiance ?

La confiance en soi, c'est tout !

Guilherme.

- Voyons si ce radar est perdu, lui aussi. - Attention !

Tu pourrais trouver ton radar à toi pendant que tu cherches le mien.

- J'ai une proposition pour toi. - Une proposition ?

Puisque tu fais tellement confiance à ce radar...

Tu veux l'entendre ?

- Oui, beaucoup. - Non !

Tu peux t'écarter, je veux te regarder bien dans les yeux.

Puisque tu fais tellement confiance à ce radar,

je crois qu'on pourrait voir

- qui touche la cible en premier. - Qui touche la cible en premier ?

On parie.

Qui goûte d'abord...

- À la cible. - À la nourriture.

- Et la croque. - Gagne.

Je vais gagner.

- Mon amie ! - Mon amie !

Regarde-moi dans les yeux !

Pédale !

Mon amie, je t'aime.

- Moi aussi, je t'aime. - Tu sais que je t'aime.

Mais tu sais que je déteste perdre.

Et je te le dis, je vais gagner.

- Sans rancune ! - Non.

Ma chérie, sans rancune !

Guilherme.

Vœu perpétuel.

Vœu perpétuel.

Du calme ! Non !

- Vœu perpétuel. - J'y vais !

Tout roule ?

- Les Pepels ne valent rien. - Comment ça ?

Ils m'ont volé mon chien pour faire une cérémonie.

Ma mère est Pepel.

Les Pepels ne valent rien.

Et c'est qui, votre nouvel ami ?

C'est le Boss.

Gui !

Enlève les nappes !

Marcelina !

Ici !

Diara !

Tiens ! Cette chaise peut pas se mouiller !

J'y crois pas !

Gui ! Gui, laisse tomber !

Tout est mouillé. Laisse tomber, laisse tomber.

On va s'occuper des gens.

Tu as pu recevoir l'intégralité ?

Oui, tout le monde a payé.

Sérgio est fatigué.

Moi ?

- Oui ! - Non.

- Je ne t'ai plus vu. - Non, non.

Il a commencé à pleuvoir et je ne t'ai plus vu.

Il pleut normalement à cette époque ?

Marcelina, s'il te plaît.

Merci, Sérgio.

On rentre.

Vas-y, toi.

Non, je t'attends.

Merci, les amies.

- Merci. - De rien !

- À demain. - Sérgio reste ?

Il ferme le bar pour nous ?

Sérgio.

- Oui ? - J'ai les mains mouillées,

tu peux éteindre cette lumière pour moi ?

- Comment on fait ? - L'interrupteur est là.

Merci.

Allons-y.

- Ma chérie. - Alors, on va où ?

Toi, tu rentres chez toi, non ?

Pardon.

Le taxi est plein.

Pas de problème.

- Merci. - À demain.

À demain.

Cruelle...

Laisse-le mariner un peu.

Ça va ?

Et Maria Antónia ?

- Elle va bien ? - Viens ici. Tiens.

Aujourd'hui elle va pas très bien. On dirait qu'elle est malade.

Elle vient me voir tous les jours

pour manger un bout de carton.

C'est ce qu'elle préfère, le carton.

Viens ici.

Viens.

Viens ici, Antónia.

Viens.

Viens.

Tu es marié, Bojan ?

Plus ou moins.

Plus ou moins ?

Qu'est-ce que ça veut dire ?

J'ai des problèmes avec ma femme.

Des problèmes ? Graves ou légers ?

Des problèmes de famille.

On s'est mariés la première fois quand j'avais 23 ans.

La première fois ?

Oui, parce qu'on a eu un problème

et on s'est éloignés l'un de l'autre.

Puis, on s'est remis ensemble quand j'avais 29 ans.

Je pensais que vous pouviez avoir trois femmes.

C'est vrai ?

Ce sont les musulmans qui peuvent avoir trois ou quatre femmes.

Pas nous, les animistes.

- Les animistes ? - Oui.

C'est quoi ?

C'est comme les catholiques, par exemple,

qui ont leurs rituels.

Nous aussi, les animistes,

on a nos rituels que l'on fait sous les fromagers

ou d'autres grands arbres.

C'est là qu'on fait tout.

On a cette valise

qui a un dispositif à l'intérieur

qui va se brancher à ces deux machines, Bojan.

Ça, ici, ce sont des senseurs.

Des senseurs parce qu'ils sentent.

Et comment ils sentent ?

Ils ont cette petite lumière ici.

Tu vois ?

Ça s'appelle un laser.

Quand il y a un corps solide qui passe,

il émet un signal à celui-ci

qui prend une photo,

si c'est bien réglé,

et il envoie la photo

à mon ordinateur.

Les animistes ont leur culture.

Mais cette culture varie en fonction des animistes.

Par exemple, les Balantes

ont une manière d'adorer,

de faire des cérémonies pour leurs "Irãs".

Les Floups ont leur manière à eux.

Les Mancagnes ont une autre manière d'adorer et de faire leurs cérémonies.

Chaque ethnie...

Quelle est la tienne ?

Je suis mancagne.

Quels autres rituels avez-vous ?

On a le "toca-choro",

le "fanado"...

C'est quoi, le "toca-choro" ?

C'est une cérémonie que l'on fait

pour une personne, un parent décédé,

parfois il y a longtemps...

Ça dépend aussi de la condition de la famille.

Elle fait une cérémonie dans laquelle elle doit sacrifier un animal,

ça peut être un cochon ou une vache, mais normalement

on le fait avec une vache

que l'on sacrifie. On fait couler son sang.

Le sang sert à honorer les morts, les ancêtres.

Dans la cérémonie du toca-choro

ou dans celle de l'Irã,

on fait toujours couler du sang. Même un homme,

pour devenir un vrai homme,

doit perdre du sang,

à l'occasion de ce qu'on appelle le fanado.

Le fanado ?

C'est quoi ?

C'est un rituel très sacré.

Un secret qui se passe dans la brousse reste dans la brousse.

Putain...

Salaam aleikoum.

Bojan.

Tiens, le repas.

Tu manges du poulet, Bojan ?

Je vais manger ça sans poulet.

- Ah bon ? - Oui.

Vous avez de l'eau ?

Il y a de l'eau ?

- Là ? - Oui.

Merci.

Monsieur l'ingénieur, faites pas ça !

L'entreprise interdit qu'on donne de l'eau aux locaux.

C'est le règlement.

Bon, monsieur l'ingénieur, vous savez ce que vous faites.

Mais ces hommes ont soif.

Le dernier qui a fait ça s'est fait avoir.

S'il y a un problème, dites que je n'étais pas au courant.

Faites comme si vous n'avez rien vu, OK ?

Si on me demande, je dirai rien.

Tu dois me trouver un boulot, frérot, parce que...

Ça va pas du tout. Pas du tout.

Les patrons veulent nous baiser, c'est comme ça.

Pour gagner leur fric, ils nous prennent pour leurs esclaves.

Et on fait un boulot tordu.

Ils veulent nous exiler dans un désert à la con, et c'est pas possible.

Dépêche-toi, putain !

Même un taf de commis, n'importe quoi.

Faut bien gagner son pain.

Allô ? Salut, mon amour ! Ça va ?

Très bien ! Tant mieux, tant mieux !

C'est quoi, le programme ? Tu sais ce que tu vas faire demain ?

Moi aussi, je veux ! Au cinéma ?

Tu vas avec maman au cinéma ?

Oh, moi aussi, je veux y aller.

Écoute, tu vas faire un gros câlin à maman pour moi...

Je viens d'apprendre

que ma belle-mère est à l'hôpital. J'aimerais avoir des nouvelles.

Allez, tu fais un gros câlin et un bisou à maman, d'accord ?

Parce qu'aujourd'hui je vais pas lui parler.

J'appelle plus tard pour lui parler, OK ?

Je t'embrasse bien fort ! Au revoir ! Bisous.

Oui, je t'aime très fort.

Et quand est-ce qu'elle va faire ces examens ?

Le 15 du mois prochain ?

D'accord.

Et la petite, c'est quand qu'elle retourne à l'école ?

D'accord. La semaine prochaine, déjà ? OK.

Et comment vont les oliviers ?

Ils ont beaucoup d'olives ?

Vous avez des gens pour les ramasser ?

Oui, c'est triste, il n'y a presque plus personne.

Vous avez du feu, Ermínio ?

Oui.

Attendez une minute.

Vous êtes d'où, monsieur l'ingénieur ?

Pardon, Ermínio.

Ne m'appelez pas comme ça.

Alors ?

Comment je dois vous appeler ?

Comme vous voulez.

Tutoyez-moi.

Vous avez de la fièvre ?

Je sais pas.

Vous voulez un whisky ?

C'est pas mauvais ?

Non !

Ça nettoie tout.

Je veux bien.

Tenez ça.

Ciproflox...

C'est un antibiotique.

On peut pas prendre ça comme ça !

Ça te nettoie direct.

C'est ce qu'il y a de mieux.

Ça te soigne direct.

Quand ça m'arrive, c'est SOS direct.

Direct, sinon... Faut pas passer au stade deux.

Au stade deux, t'es baisé.

Faut s'occuper direct du truc.

Ça nettoie tout.

Ça te donne la chiasse direct.

T'as la chiasse, mais tu chies tes tripes et tu chies tout.

Il y a quinze jours, j'ai eu la malaria.

J'ai dû attendre trois jours qu'ils m'envoient un toubib cubain,

là-bas, du chantier principal.

Le mec n'arrivait pas.

Paraît qu'y avait une petite Black qui allait accoucher.

Un truc comme ça.

Quand il est arrivé...

Je sais même pas ce qu'il m'a donné.

Ça m'a fait grimper aux murs.

Je crois que c'était de la quinine.

De la quinine ?

Je crois bien.

Ce truc m'a foutu en l'air.

Et si tu veux tout savoir...

Quand je suis entré à la cantine, le Chinetoque m'a vu...

On aurait dit qu'il avait vu un fantôme.

Il a écarquillé les yeux.

Tous des putains de racistes, ces mecs.

Pour eux, on n'est pas des Blancs.

Et avec les Sénégalais et les Guinéens, ils sont pire encore.

Pourquoi ?

Ceux-là, quand ils ont un accident, ils les jettent dans le fossé.

Et ils disent rien aux familles.

Je te jure, ici c'est...

C'est un vrai abattoir, ouais.

Un vrai abattoir.

Et ce qui fait le plus enrager,

c'est que les pires, c'est les Blacks.

Ils sont racistes les uns envers les autres, même.

Comment tu es arrivé ici ?

Je sais rien faire d'autre, fallait bien que je me débrouille.

C'est toi qui m'étonnes, un jeune comme toi, qui a fait des études.

T'avais pas de boulot, là-bas ? Ou t'aimes l'aventure ?

Ou tu es venu pour t'enrichir ?

Tu pensais que c'était l'Eldorado ici, que l'argent poussait sur les arbres ?

- Peut-être... - Ben non...

Écoute, si tu veux un conseil, casse-toi.

Ça intéresse personne, ici.

Envoie, Ermínio.

Passe la viande, passe.

Je m'en occupe, putain.

- La mienne bien grillée, OK ? - Quel boss, ce Joca !

S'il y a un courageux, qu'il se ramène.

Y en a certains qui aident.

- Les autres savent que l'ouvrir. - Ça parle et ça fout rien.

Non, mais, écoutez-le.

Il vous faut un marin pour vous apprendre à faire du feu, ou quoi ?

Salut !

Quel luxe ! On fête quelque chose ?

Venez nous rejoindre.

On fête l'anniversaire de ma fille Patrícia, qui a 17 ans.

Félicitations !

Elle est au Portugal, ça fait trois ans que je ne la vois pas.

J'ai décidé de faire ici une petite fête.

- Un petit plaisir. - Vous arrivez un peu tard.

Venez manger un bout de viande avec nous.

- Asseyez-vous. - Non, ça va. Merci.

- Buvez quelque chose. - Y a des bières fraîches.

- De l'eau blonde. - Allez.

Je vous tiens compagnie.

Et vous mangez rien ?

Non, ça va, merci.

Goûtez-moi cette viande, elle est bonne.

Merci, merci. Ça va.

La prochaine fois, y aura aussi du porc.

- Ah oui ? Très bien. - Oui.

- Vous me préviendrez. - Eh ouais...

Elle a 17 ans, ma princesse.

C'est une tête, comme vous.

- Moi ? Non... - Toute soucieuse du monde.

Sauver les baleines, les ours polaires, les moustiques... Enfin.

Ces trucs que les jeunes aiment aujourd'hui.

Heureusement, niveau intelligence, elle tient de sa mère.

Bojan, tout va bien ?

Oui.

Tout va bien à la maison ?

Oui.

T'es sûr ?

Oui.

Ça t'inquiète pas, ce qui se passe en ce moment ?

Non.

On m'a dit que, dans le village de Bojan,

y a des problèmes en lien avec notre travail.

C'est vrai, Bojan ?

Les problèmes, c'est normal.

C'est vrai.

Mais y a problèmes et problèmes, Bojan.

Y a des problèmes plus graves que d'autres

et qui ont des conséquences plus graves que d'autres.

Il paraît que ta femme et tes fils font partie des leaders

du mouvement de contestation contre la construction de cette route.

Je sais pas si c'est vrai.

Les gens parlent...

Je travaille ici. Après, quand j'irai là-bas, tout se résoudra.

Chacun a sa manière de penser.

Les jeunes peuvent être pour cette route.

Les anciens et les agriculteurs sont contre,

parce qu'ils vont perdre une partie de la terre où ils travaillaient.

On leur dit que c'est pour le développement.

Le développement, c'est ça qu'il faut peser.

Certains en veulent,

d'autres veulent continuer à vivre comme ça.

Les champs qu'ils cultivaient, ils vont les perdre.

Qu'est-ce qu'ils vont devenir ?

Mais bon.

João, et les sardines ?

Elles sont dans le congélo.

Mais elles sont que pour nous, pas vrai ?

Que pour nous, oui, pas pour eux.

Ramène les sardines !

Vous aimez les sardines congelées ?

Ça me va.

Faute de mieux.

Congelées, je les mange pas, mais grillées, oui !

Pas congelées.

C'est quoi, cette merde ?

Ousmane !

Ousmane, viens ici tout de suite !

C'est quoi, ça, putain ?

Qu'est-ce que ça fait dans le congélo ?

Je sais pas.

Tu sais pas ?

Mais c'est pas toi qui t'occupes de la bouffe ?

Je sais pas.

C'est ça que tu mets dans notre barbaque, salopard ?

- Qu'est-ce qui se passe ? - Tu veux nous tuer, ou quoi ?

Ces fils de putes veulent nous tuer, ou quoi ?

Vous avez vu ça ?

Venez ! Venez voir ça !

Ces fils de putes veulent nous tuer !

Regardez ce qu'il met dans notre barbaque.

C'était dans notre congélo. Regardez ça !

Du calme, João. Du calme.

T'es foutu, putain.

Du calme, João. C'est à moi.

- C'est à vous ? - Oui, c'est moi qui l'ai mis là.

C'est vous qui avez mis ça là ?

Oui, c'est des échantillons. Mon congélo marche plus.

C'est rien du tout.

Mais vous pouviez pas mettre ça autre part ?

Vous deviez le mettre dans notre congélo ?

Vous êtes con, ou quoi ?

C'est scellé, tout va bien. Vous pouvez manger sans crainte.

Je vais plus toucher à cette merde, moi, putain !

Vous croyez vraiment que je vais manger ça ?

Vous pouvez pas mettre ça avec notre bouffe !

Vous pouvez pas faire tout ce qui vous chante !

Vous avez raison. Pardon.

Et si ça transmet un virus, une merde, une bactérie ?

- Du calme, João. - Mais quel con !

Ah, mon Dieu. J'en ai marre de vous, putain !

J'en ai marre de vous, putain !

Marre !

Du calme, João.

Me calmer, moi ? J'ai été trop calme avec vous, oui.

Depuis que vous êtes arrivé, vous m'ignorez,

j'existe pas pour vous, vous me respectez pas,

et vous voulez que j'accepte vos excuses ?

Je vais vous le dire le plus poliment du monde :

vous pouvez vous les foutre au cul !

Du calme, João. Pensez à votre fille.

Parlez pas de ma fille, putain !

Vous venez de foutre en l'air l'anniversaire de ma fille

et vous la ramenez encore avec ma fille, putain ?

C'est rien, faites-moi confiance.

Si, c'est quelque chose ! Pour vous, c'est toujours rien, putain !

Comme j'aimerais vous en foutre une !

Et un de ces quatre, ça va vous tomber dessus.

Attention, y a plein d'endroits où vaut mieux pas se balader tout seul.

- Du calme, João. - Prenez-le comme un conseil d'ami.

N'oubliez pas ce qui est arrivé à votre prédécesseur italien.

En ce moment, il bouffe les pissenlits par la racine.

Faites rien que vous pourriez regretter, João.

Attention, ça pourrait bien vous arriver.

Et maintenant, cassez-vous, putain !

Vous avez déjà foutu en l'air la fête de ma fille, connard !

T'es fini pour moi, putain !

Putain !

Qu'est-ce qui se passe ?

C'est l'ingénieur Sérgio qui a mis des sacs dans le congélo.

C'est ça qui a causé problème.

OK, range ça.

Assieds-toi là.

C'est une veillée funèbre, ou quoi ?

Allez, on continue la fête !

Allez.

Allez, ramène ça, qu'on trinque !

Ermínio !

- Allez, ramène quelque chose ! - Pour qu'on trinque, allez !

Allez, venez.

À ma fille Patrícia et à nos familles qui sont loin !

- Allez-vous-en ! - Je t'ai dit de me laisser !

Je te dis, lâche-moi !

Qu'est-ce qui se passe ?

Viens ! Viens ici !

Ces connards tiennent pas l'alcool.

Vous en mêlez pas, monsieur l'ingénieur.

Après ils viennent foutre la merde.

Ils viennent juste nous emmerder.

Viens ici, Portos de merde ! Lâche-moi !

Vous en mêlez pas, monsieur l'ingénieur !

- Vous m'entendez ? - Viens là !

Je vais t'arracher les cheveux !

Un jour je vais te trouver sur la route et je vais te tuer.

On a tous besoin de changer d'air.

Fini de faire les tapettes, on va tous en boîte.

Sérgio !

Je sais que je monte vite au créneau, mais je suis pas rancunier, OK ?

On va pas laisser cette connerie abîmer notre relation.

On est des professionnels, on est là pour travailler.

Venez avec nous. Je vous paie un alcool de riz,

c'est ce qu'on trouve de mieux ici.

Vous venez ?

OK.

Allez, venez.

Venez.

C'était quoi cette histoire, à propos de l'ltalien ?

Ouh là ! Y a plusieurs théories.

Il s'est mis avec une petite Black

et a voulu l'emmener avec lui en Europe.

Il voulait même divorcer de sa femme.

Mais elle a jamais voulu divorcer et lui n'a jamais obtenu le visa.

Je le connaissais bien.

Il est souvent venu avec moi boire des verres.

Ça force le respect !

Mon avis, c'est qu'il s'est barré avec la petite Black.

Qui n'a jamais eu envie de ça ? Une jolie petite Black.

Attention, attention.

Il est bourré ou mort, lui.

- Accélère, putain ! - Attention !

C'est une embuscade, putain !

Y a 10 ou 20 mecs qui vont débarquer.

- Attention ! - Il est bourré ou il est mort.

Arrête ! Attends !

Arrête la voiture !

Arrête la voiture ! Arrête !

Je connais le truc. T'arrête pas, continue !

Ils veulent nous tuer !

Arrête la voiture, putain ! Arrête !

Il avait tout prévu.

Il avait tout préparé pour se barrer avec elle.

Ils ont trouvé sa voiture au bord de la route avec ses affaires.

Va savoir ce qui est arrivé.

Qu'est-ce qu'il y a à boire ?

Y a rien de plus fort ?

Tu as compris ?

Plus fort.

Melissa !

Melissa, baby !

Tout va bien ?

Très bien ?

Vous allez goûter cet alcool de riz.

La bière, ça me va.

Pas de bière pour vous. D'abord un alcool de riz.

Non, non, non.

Un alcool de riz.

C'est ça ?

Oui, un peu.

Un peu.

Alors ?

Attention, n'abuse pas.

C'est du lourd.

Pour lui aussi.

Non, non.

Salut !

Comment ça va ?

Bien, et toi ?

Je suis là.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que je vais bien, je suppose.

Tu supposes ?

- Oui. - Tu parles anglais ?

Oui. Tu parles français ?

On peut aussi parler en anglais si c'est plus facile.

Non !

Non !

Tu es venu pour ça, non ?

Non.

Arrête.

C'est quoi, ton problème ?

Tu as envie d'être ici ?

Pourquoi tu es ici ?

Je peux pas, je peux pas.

"Je peux pas faire ça."

Alors le fais pas.

Et donc ?

Tu peux au moins t'exciter ?

Je vais essayer.

Tu crois que ça me préoccupe ?

Qu'est-ce qui te préoccupe ?

Les conditions de travail des travailleuses du sexe ?

Le bien-être des femmes de ce pays ?

Le trafic d'êtres humains, peut-être ?

Le salaire minimum ?

Ça, ça te préoccupe ?

L'eau potable pour tout le monde ?

C'est ça qui te préoccupe ?

J'aimerais être comme toi.

T'as aucune idée ce que c'est d'être moi.

Tu sais pas ce que c'est d'être moi.

Je fais pas semblant d'être intéressée.

Oui, c'est ça la différence. C'est peut-être ça la différence.

Mais je me préoccupe. Si, je me préoccupe.

Oui, de toi-même, de ton confort personnel.

D'aller dans un bordel et de faire ton moraliste.

Ça, ça te préoccupe, oui.

Je comprends pas ce que tu dis.

Ce qui me dégoûte le plus,

c'est les hommes bien. Comme toi.

Excusez-moi, s'il vous plaît. Merci.

Excusez-moi.

J'ai besoin que tu ouvres ici.

- Oui. Attends, j'arrive. - D'accord ?

Je vais le faire, oui.

Regarde ! La richesse ! La gueule de la richesse !

C'est pour toi.

Maintenant ton voyage commence à me plaire.

Regarde-moi la taille de ce truc,

pour ma taille à moi.

J'adore ! Aide-moi, ma chérie, s'il te plaît.

Attends, je me baisse.

Mais je crois que tu dois faire des tresses, mon amour.

Oui, mais je veux juste la sentir maintenant.

- Aide-moi, allez. - Attends.

- Comme ça ? - On met ça dedans.

Vas-y.

Où est l'élastique ? Tu veux que le tire par ici ?

Il est là.

Tu m'as énormément manqué, je te jure.

Tu peux ranger ça ?

Là, s'il te plaît. Tu peux l'exposer ?

Ça aussi.

Prends la valise.

- Du calme. - Bonjour, qui est là ?

- Bonjour ! - Bonjour.

On pensait que vous rangiez vos affaires, mais non.

Ranger mes affaires pourquoi ?

On vous a informée que ce lieu a un nouveau propriétaire.

Ce lieu ? C'est pas possible.

Notre chef demande quand vous comptez rendre le lieu.

- Quel chef ? - Notre chef.

Notre chef a dit qu'il cédait ce lieu aujourd'hui.

- Et on n'en parle plus. - Mais comment ça ?

Cet endroit est à moi. Vous le connaissez ?

Je ne comprends pas, j'ai parlé à votre supérieur

et il a dit que tout était résolu.

- Je ne comprends pas. - Notre supérieur ?

- Vraiment, je suis confuse. - C'est qui, ce supérieur ?

C'est le moment de fermer ce lieu, sans discussion.

- Non, madame. - Vous avez plein de dettes à payer.

- Plein de dettes ? - Oui.

Mon ami, je viens de vous dire que j'ai parlé à votre supérieur

qui m'a dit que tout était résolu.

Maintenant, vous dites que j'ai des dettes ?

Vous voyez cet espace ?

C'est un endroit qui reçoit tous les gens importants de Bissau.

OK, on vous donne trois mois pour quitter les lieux.

- C'est pas possible. - Madame !

- Oui. - Madame !

C'est le moment de fermer et de quitter les lieux.

On est déjà venus deux fois, vous devez partir maintenant.

Vous voyez ce manguier, là-bas ?

- Vous le voyez ? - Oui.

C'est mon arrière-grand-mère qui l'a planté.

Alors, il n'y a personne dans ce pays qui va me chasser d'ici.

Je vous ai dit que j'ai appelé votre supérieur

et il a dit que tout était résolu.

Ce manguier est mon repos, c'est mon ombre.

Cet endroit est tout ce que j'ai.

Ni vous, ni personne ne me fera partir d'ici.

Je vous demande de me laisser travailler en paix.

Laissez-moi gagner ma vie.

- On vous a trompée. - S'il vous plaît.

Je vous demande de partir d'ici.

Vous ne pouvez pas nous expulser, non !

Je ne peux pas ? C'est vous qui m'expulsez !

Vous êtes déjà venus, je vous ai dit que c'était résolu.

Vous n'avez pas apporté de papier, rien.

Où est le papier qui dit que je vous dois de l'argent ?

Vous n'avez rien.

Mon ami, excusez-moi.

- Bon... - On y va.

- Bonsoir. - Salut, ça va ?

Tu es qui ?

- Moi ? - Je plaisante !

Tu m'as fait peur ! Qu'est-ce qui est arrivé à ton bar ?

- C'est compliqué, laisse tomber. - Quoi ?

- Entre. - Je peux ?

- Bien sûr. - Merci.

Assieds-toi.

OK.

Tu veux boire quelque chose ?

Tu as du thé ?

Tu sais en faire ?

Si je sais faire du thé ?

Warga.

Warga ? Mais tu bois du warga ?

J'aime bien.

Tu sais que c'est une drogue dure ?

Pardon. Je...

Je regardais ton encens.

J'ai vu.

Quelle chance !

Du gaz !

J'espère que je n'interrompais rien.

Je ne dirais pas ça.

Mais tu veux me poser une question plus directe ?

Tu faisais quelque chose avant que j'arrive ?

- Oui. - Quoi ?

Je me tressais les cheveux.

Pardon, j'aime pas voir des cheveux en désordre.

Je te recoiffe juste.

Deluxe by Diara.

- Ça te fait rire ? - Ouais.

C'est le meilleur thé de ta vie.

Je te l'avais dit.

Tu as raison.

Ça me manquait.

Tu en veux encore ?

Tu as besoin de quelque chose ?

Je dois me reposer.

C'est l'heure.

Attends. Qu'est-ce qui se passe ?

Je veux me reposer.

On parlera à un autre moment, alors.

J'ai des questions à te poser.

Des questions sur quoi ?

Sur toi.

Sur moi ?

Oui.

Laissons la vie y répondre.

Maintenant, j'ai vraiment besoin de me reposer.

Merci.

- Ciao, merci pour le thé. - De rien.

Bonne nuit.

C'est quoi, ça ?

De la viande de chèvre.

Et vous la laissez cuire longtemps, c'est ça ?

Y a quoi dedans ?

Qu'est-ce que vous y mettez ?

- Des oignons... - Sérgio.

Oui ?

Ouh là, putain...

Ça va être un bain de sang.

Quand on sait tuer, on ne verse pas de sang.

Regarde son air.

Sérgio, est-ce qu'on a les moyens d'en sauver une ?

- Comme ça, sur un coup de tête. - Maintenant ?

On en achète une pour la sauver.

On va demander le prix.

Je vais demander !

- 50 000, 65, 55... - OK.

D'accord.

- Bon... - Quoi ?

Je crois qu'il y en a une qui coûte 50 000,

mais il y en a une plus chère.

Il a dit entre 50, 60, 65.

Il dit qu'elles peuvent coûter jusqu'à 120 000.

Et tu sauverais la plus pauvre ?

Ouais, c'est une autre question. Je sauve la moins chère ?

Le monde est rempli de questions.

La moins chère ou la plus chère ? Ou celle du milieu.

- C'est peut-être le mieux. - Ou la plus tendre ?

Si tu les regardes comme ça, tu sauverais laquelle ?

Au premier regard.

- Je sauverais pas la blanche. - Oui, mais après...

- Je sauverais pas la blanche. - Non ? D'accord.

- Pas question ! - OK.

Mais elle aussi... La pauvre. Pourquoi ?

Non, je sauverais pas la blanche.

Il y a assez de Blancs dans l'Histoire

pour qu'elle comprenne, et je suis pas une chèvre, moi.

- D'accord. Il en reste trois. - Je sauverais la noire, bien sûr.

Qui doit être la plus chère, parce qu'elle est grande et grosse.

- Et toi ? - Je pense que c'est la plus chère.

Mais je sais pas...

La plus jeune.

- La plus jeune de toutes. - Mignon.

- C'est un choix terrible. - Je trouve ça mignon.

Parce qu'elle a plus de temps à vivre que la plus vieille.

Ouais, elle a moins vécu.

Imagine si les gens décidaient comme ça de notre vie.

Genre, le plus jeune vit, le plus vieux meurt.

On pourrait danser le tango ici.

- Se secouer les fesses. - Le tango, ici ? Allez.

Non, c'était une suggestion débile !

C'est comment, le tango ? C'est pas comme ça.

C'est comme ça.

Pédale !

Fais pas ça.

- Tu dois guider, je suis une dame. - Je sais.

C'est comme ça ?

- Merci. - Merci.

Tu vas sortir ce soir ?

Oui.

Je vais en boîte avec Diara.

Je crois qu'elle dort.

Elle dort pas.

Tu la connais mieux que moi ? Je suis sa meilleure amie.

Elle a dit qu'elle allait dormir et elle m'a mis dehors.

Elle t'a menti, peut-être pour t'éloigner...

Comment tu sais qu'elle a menti ?

C'est juste ma perception.

Elle m'a dit qu'elle allait dormir

et elle m'a viré de chez elle.

Tu as dû faire quelque chose,

c'est pas le genre de Diara de faire ça sans raison.

Sauf si tu le mérites ou que tu aimes ça.

Ouais, j'adore.

- Y en a qui aiment, je juge pas. - J'adore être chassé.

Je t'imagine bien dans ce rôle.

Non, je viens.

Je vais demander à Diara si tu peux venir...

Non, non !

Comment ça ? Elle voulait pas...

S'il te plaît, lui dis pas que je viens.

Bien sûr que non. Surprise.

- Elle adore les surprises. - Elle sait pas que tu sais

que j'étais chez elle. Ou si ?

- Quoi ? Tu étais chez elle ? - Elle te l'a pas dit !

C'est toi qui fais des cachotteries, parce qu'elle et moi on est amies.

- Tu fais des cachotteries. - Elle allait te le raconter.

Mais qu'est-ce qui s'est passé cet après-midi ?

Rien. C'était pas l'après-midi, c'était maintenant.

J'étais chez elle juste avant.

Pour ?

Quoi ? J'étais chez une amie, quelqu'un que j'aime bien.

- Mais bon... - Enfin bref.

Je la retrouve dans 20 minutes au Sabura.

Viens si tu veux, elle te chassera.

Je viens.

Eh, bimbo !

- Et ton téléphone ? - Je me faisais belle !

- Pendant 30 minutes ? - Pardon !

Ah, pardon ?

- Regarde qui est là. - Salut !

Salut !

Toi, ici ?

J'ai pas dit que j'allais dormir, moi.

Le thé m'a rendue insomniaque.

On y va ?

Allons-y.

Ça va ?

Salut !

Comment ça va ?

Bien.

Ça fait plaisir de te voir.

- Tout roule ? - Tranquille ?

- Bonsoir. - Bonsoir !

- Sérgio, pas vrai ? - Oui.

- On y va. Tu viens ? - Je... j'arrive.

Attends. Tu ne peux pas rester quelques minutes avec moi ?

Je t'en amène un.

Je m'attendais pas à te voir avec eux, mon pote.

Vous vous connaissez depuis longtemps ?

On est amis.

Fais attention, conseil d'ami.

J'ai senti une certaine ambiance entre vous, non ?

Si tu regardes Méduse dans les yeux, elle t'explose à la figure.

Comment ça, une ambiance ? Faire attention ?

Avec Méduse, mon frère.

Je te dis que si tu regardes Méduse dans les yeux...

Pouf !

Elle t'explose à la figure.

Tu connais pas bien la ville, tu sais pas ce qui se passe.

C'est pas cool de parler comme ça d'une amie, non ?

Du calme. C'est parce que c'est mon amie que je dis ça.

T'as pas besoin d'être agressif, mon pote.

Je voulais pas te donner ce genre de tuyau.

Je plaisantais, mon frère.

Je te dis d'y aller mollo, c'est tout.

Rien de plus.

Tu me donnes des conseils sentimentaux, c'est ça ?

Pardon ? Pas du tout.

Mais tu débarques dans un endroit exotique, tu te sens...

émotionnellement impliqué, tout est super excitant et exotique.

Je te dis juste d'y aller mollo. Je voulais pas te vexer.

Je pensais que ton argent te rendrait moins vulgaire.

Mon frère, pardon. Tu m'as mal compris.

Je voulais pas envahir ta vie, ton intimité.

Tu sais ce que tu fais, mon pote.

Tout va bien. Écoute, on s'amuse.

Je te sens tendu.

On va boire un verre et repartir à zéro.

On repart à zéro.

Trinquons à une vie conséquente.

Je sais que c'est pas simple d'être ici.

Je sais que c'est pas exactement ce que tu as pu imaginer.

Je sais que t'arrives et tu vois des tas de contradictions et...

Ça peut, je sais pas, te déstabiliser.

Tu vois un mec comme moi,

qui a du fric, une belle maison, une belle voiture.

Tu vas dans la rue, tu vois la pauvreté, la merde, la puanteur, la pourriture.

Tu viens chez moi, tu vois ma famille, tu me vois moi et...

C'est profondément injuste et c'est notre faute, non ?

"L'accumulation primitive du capital", tu sais ce que c'est ?

Mon frère, si tu penses à l'Europe,

cette Europe civilisée, structurée,

les cathédrales magnifiques...

Tu ne vois pas le sang couler sur les murs.

L'architecture, l'ingénierie, la médecine.

Du sang et encore du sang et encore du sang.

Des ruptures, des reconstructions, des reformulations permanentes.

Des échanges de pouvoir permanents.

Des frontières qui se montent et se démontent.

Au nom de Dieu !

La barbarie absolue.

Comment crois-tu, mon frère, qu'il y a des gens

qui contrôlent le ciment,

qui contrôlent les médias,

qui contrôlent les télécommunications ?

Qui sont ces gens ? Où se sont-ils formés ?

Combien de temps ont-ils mis à s'établir ?

Il nous manque des millénaires pour rivaliser avec eux.

On va être écrasés sans...

aucune espèce de tolérance.

Mets-toi à la place de ceux qui conçoivent les hôpitaux.

La soi-disant solidarité est simple quand tout est déjà là.

Selon toi, comment on fait pour avoir ces fameux trois repas par jour ?

Pour donner du calcium à l'organisme, ce qu'il y a de mieux, c'est le lait.

Le lait de vache demi-écrémé.

Ceux qui ont le ventre vide ont-ils les moyens de penser ?

Ceux qui n'ont pas de repas garanti

peuvent-ils articuler de la pensée ?

Qui peut faire avancer les choses ?

Les élites, ceux qui ont le temps de penser,

le temps d'organiser, le temps de planifier,

eux peuvent offrir une possibilité.

Sans aucune garantie possible, aucune.

Et le prix ?

On doit vivre avec

ou on peut ne rien faire.

On peut adhérer à la barbarie du laissez-faire,

croire que c'est organique, que c'est comme ça.

Dis-toi que ce qu'on essaie de faire ici,

c'est la même chose que ce qu'ils ont fait là-bas,

mais avec moins de sang, moins de brutalité

et dans un laps de temps plus court.

Tout n'est pas pensé, tout n'est pas articulé.

Oui, les gens vont mourir, ils vont souffrir, ça va faire mal.

Mais comment le faire sans douleur ? Tu peux me le dire ?

Comment le faire sans verser de sang ?

Si on attend qu'il y ait un code, je sais pas...

de vérité.

Si on attend qu'il y ait...

un sens d'embrassade communautaire...

C'est le capital,

le marché, l'initiative privée.

C'est toi.

Quoi ?

C'est toi.

- Moi ? - Oui.

Nous. C'est nous.

Avec la volonté de transformer le monde,

de déconstruire ce qui va mal,

et ce qui peut amener une nouvelle réalité.

Le progrès.

Pourquoi pas ?

C'est une manière de voir les choses.

- Oui, le progrès. - Ce chantage.

Ça n'a rien à voir avec du chantage.

- Imagine ce qu'est le monde... - Du chantage.

Écoute !

Éternel.

On n'a rien décidé, nous.

C'était là-bas,

là-bas qu'on a fait les règles, qu'on a signé les contrats.

Là-bas qu'on a tracé les lignes.

Ça suffit, mon ami.

Merci, ça va. Je vais danser avec mes amis.

Arrête !

Arrête !

- Arrête, s'il te plaît ! - C'est notre chanson !

C'est notre chanson.

Je t'ai dit d'arrêter, putain !

Je me suis réveillé à l'aube Pour chercher du bif

Régner dans les rues Pour en ramener au nid

Je suis né pauvre Mais je vais mourir riche

C'est la vie Elle est pas pour les boloss

Je me suis réveillé à l'aube Pour chercher du bif

Régner dans les rues Pour en ramener au nid

Je suis né pauvre Mais je vais mourir riche

Les jours passent Et ma mère est de plus en plus vieille

Elle doit manger grâce à mon taf

J'ai rien fait en tant que fils

Mon Dieu, je me mets à genoux :

Seigneur, éclaire ma vie

Accorde-moi la paix

Je veux être un bon trafiquant

Je veux avoir des tas de diamants

Je veux avoir des tas de passeports

Je veux marcher sur tous les continents

Mais tu veux quoi, putain ?

Mais tu veux quoi, putain ?

C'est chez moi. J'y vais.

Marcelina !

Oui !

Je te ramène.

Je te dépose chez toi.

Non.

Alors, laisse-moi rester un peu avec vous.

J'ai pas envie d'être tout seul, c'était barré, tout ça.

D'accord ?

Non.

Pourquoi ?

Parce que non.

Horácio.

Sérgio.

Désolé de t'avoir appelé comme ça et qu'on se retrouve ici.

Tu veux te joindre à moi ou tu préfères attendre que je termine ?

Je me joins à toi.

Très bien.

J'étais inquiet.

J'espère bien. Moi aussi, je voulais te parler.

Tu voulais me parler ?

Parfait, je suis là, je t'écoute.

Qu'est-ce qui est arrivé à Leonardo ?

Pardon ?

Leonardo.

Tu le connaissais bien, non ?

Comment ça, ce qui est arrivé à Leonardo ?

Je sens que tu as quelque chose à me dire.

Oui, ça.

Qu'est-ce que tu crois qui lui est arrivé ?

Je sais pas.

J'aimerais le savoir.

Je t'ai fait venir parce qu'il faut qu'on parle.

On a des choses à régler, non ?

Pourquoi il a mis si longtemps à rendre son rapport ?

Qu'est-ce qu'il a fait pendant ce temps ?

Quand l'as-tu vu pour la dernière fois ?

C'est un interrogatoire ? Qu'est-ce qui se passe ?

Selon toi, il lui est arrivé quoi, à Leonardo ?

Tu crois que c'est possible qu'il ait été assassiné ?

T'as une idée de ma relation avec Leonardo ?

Tu sais qui il était pour moi ?

On était amis.

On essayait de résoudre le problème de la réserve du Nord.

Je sais pas pourquoi, je sens que t'as une théorie.

J'en ai une, oui.

Tu veux la partager ?

Ma théorie, c'est que je sens qu'il va m'arriver

ce qui lui est arrivé à lui, non ?

Il a disparu, pas vrai ?

La dernière fois que je l'ai vu, Leonardo allait bien.

Très bien.

Et j'ai envie de croire que maintenant, il va encore mieux.

L'important, c'est que tu saches

que tu peux assurer ton avenir, ici.

Faut juste que tu te dépêches de décider ce que tu veux faire.

Prends position.

Fin de la discussion.

Décide-toi.

Décide ce que tu veux, mais décide-toi.

Et moi,

je peux t'aider.

50 000 euros.

Quand tu veux.

Où tu veux.

Sans reçu, sans rien.

Rapide, simple.

100 ?

Écoute.

Je vais pas perdre de temps à t'expliquer

pourquoi ça doit se passer comme ça

et quelles sont les personnes impliquées.

Je te demande pas de faire ci ou ça.

Je te demande de prendre position.

Tu peux me dire où on va ?

T'as pas confiance en moi ?

Arrête de faire ton curieux, OK ?

T'as confiance en moi ?

Je veux pas savoir.

J'ai vu ton ami.

Ah ?

- Qui ? - Horácio.

Le grand Horácio ?

Le grand Horácio.

Et c'était comment ?

Tu l'as vu dernièrement ?

On a parlé.

Oui ?

Tu sais s'il a un intérêt particulier dans la construction de la route ?

Pas que je sache, mais, le connaissant, c'est possible.

Pourquoi ?

Parce qu'il m'a proposé une grosse somme

pour que je rende le rapport plus tôt que prévu.

Une grosse somme, combien ?

100 000 euros.

100 000 euros ?

- 100 000 euros ? - Oui.

J'aurais jamais cru que tu valais autant.

100 000 euros ?

Il m'a proposé 150 000 euros.

Pardon, mais j'en suis restée aux 100 000 euros !

La vache !

Il dit que les travaux doivent avancer avant la saison des pluies.

Il est pressé.

Et t'as répondu quoi ?

J'ai refusé, bien sûr.

- Bien sûr... - C'est insultant.

C'est insultant...

Mais dis-moi, t'étais pas sur le point de finir ce rapport ?

- Si. - Et, d'après ce que j'ai compris,

sur le plan écologique, c'est avantageux, n'est-ce pas ?

L'écologie, ça peut être plein de choses.

Comme quoi ?

Mais tu émets la possibilité que j'accepte cet argent ?

Non, Sérgio.

J'essaie de comprendre

pourquoi on t'a proposé 150 000 euros.

Je te l'ai expliqué.

D'ailleurs, j'ai déjà toutes les données, mais je ne veux rien anticiper.

Je veux faire mon travail comme il faut.

Mais si tu as toutes les données,

qu'est-ce qui t'empêche de conclure et de remettre ton rapport ?

Parce que je veux suivre la procédure.

Je veux pas le faire comme ça.

Laisse tomber, c'était insultant. Ça vaut pas la peine.

- Insultant ? - Oui, ça me dégoûte.

C'est dégueulasse.

Dégueulasse ?

Tu sais ce qui est dégueulasse, Sérgio ?

C'est le pouvoir qu'ont certains de refuser 150 000 euros.

C'est la valeur que certains donnent à l'argent,

ça, oui, c'est dégueulasse.

C'est de l'argent sale.

Et celui que tu reçois ?

Hein ? Ton salaire est propre, peut-être ?

Tu sais ce qui est dégueulasse ?

C'est que les gens soient condamnés par l'endroit où ils sont nés,

sans pouvoir satisfaire leurs besoins essentiels.

Que des gens comme toi viennent ici et puissent refuser 150 000 euros.

Tu vois pas que c'est de l'argent sale,

qu'il vient de l'exploitation de ces gens dont tu parles ?

Et toi, tu ne comprends pas que ton salaire est sale ?

Que le poste que tu occupes est sale ?

Tu crois que l'argent qui vient de la Banque mondiale et d'Europe est propre ?

On appelle ça "l'acquit de conscience",

que les riches utilisent pour aider les pauvres, ceux qui n'ont rien,

ceux qui ont besoin d'être aidés,

ceux qui ne s'en sortent pas.

Et c'est bien qu'on ne s'en sorte pas.

C'est bien de faire venir quelqu'un de l'étranger

pour faire un rapport sur une route

puis lui proposer 150 000 euros,

et que cette personne détienne le pouvoir bien propre de dire non.

Donc toi, tu accepterais cet argent, c'est ça ?

C'est ça ?

Je n'ai pas le pouvoir de refuser 150 000 euros.

Pas encore.

Alors, dis-moi,

imagine que tu reçoives cet argent. Tu en ferais quoi ?

C'est toi qui dois te poser la question.

Si tu veux aller aux Maldives...

Ah, non !

Tu vas acheter une maison à ta mère ? Non !

Tu vas payer l'université à tes neveux ?

Tu vas l'offrir à un orphelinat d'ici.

Parce que tu vas vouloir aider après tout ce qui t'est donné.

C'est pas comme ça que ça marche ?

Et tu repartiras heureux d'avoir aidé l'humanité.

Quand tu arrives au fond, c'est à droite.

- Je peux stationner ici ? - Oui.

C'est quoi cette tête ?

Je t'attendais !

Change d'air, je suis là. Tu connais la circulation.

Je te présente mon ami Sérgio.

- Ma mère, Domingas. - Bonjour, comment allez-vous ?

- Ça va. - Enchanté.

Sérgio est chétif.

- Mais il a une belle barbe. - Maman, il comprend le créole.

J'ai cuisiné, j'ai fait de la cachupa.

- Bonjour, la famille ! - Bonjour.

Assieds-toi.

Te lève pas, tata.

- Comment ça va ? - Je vais bien.

Comment ça va ?

T'es belle !

- Sérgio, viens t'asseoir ici. - Comment ça va, tonton ?

Regarde, c'est Sérgio.

- C'est qui, ton mec ? - Non, c'est mon ami.

C'est pas mon mec.

Maman, il s'assoit où ?

Où est-ce que je peux me laver les mains ?

À la salle de bains.

Emmène-le se laver les mains.

Tu peux me servir un peu de...

J'ai un malade ici.

Ça fait très longtemps qu'il est malade.

Il mange rien.

Il vomit tout ce qu'il avale.

On doit prier pour qu'il se lève.

Allons-y.

La salle de bains est là.

- Merci. - De rien.

Je suis au régime, mais j'ai pas trop maigri.

Il vient nous rendre visite.

Qui vient nous rendre visite ?

Te lève pas !

Assieds-toi.

Tu vas à Lisbonne ?

Tu y vas ?

Tu vas à Lisbonne ?

Moi aussi, je veux. Vous m'emmenez ?

Non, on t'emmène pas.

Tu connais Pecixe ?

Non.

Tu connais Biombo ?

Biombo ?

Tonton !

C'est un invité ! Sérgio est un invité !

Alors explique-lui, il comprend.

Pecixe est l'île des Manjaques.

C'est au nord ?

Dans la zone Nord.

Et c'est très loin d'ici ?

Non...

C'est pas très loin, mais c'est une île.

Il peut y aller avec toi.

Oui ! On ira ensemble à Pecixe.

Je m'endors, là.

Mais non, on va te réveiller.

Qui veut une bière ?

Une.

Une bière ? Deux.

- Nous tous. - Tous ?

OK.

Tout le monde.

On va voir s'il y en a assez.

Une pour chacun.

Oui, je vous amène ça.

Sérgio.

Ah, pardon !

Un jus ?

- Tu fais attention à ta ligne ? - Je peux déjeuner, maintenant.

À votre santé à tous !

Sérgio, merci beaucoup !

Merci pour quoi ?

Pour la visite !

Diara est là !

Ça me va bien ?

Seulement si tu mets un diadème.

On est presque une famille.

- On est presque une famille. - Une famille d'où ?

Diara.

Réveille-toi.

On est arrivés.

On est arrivés.

Tu arrives à monter les escaliers, ou non ?

Ouh là, tes cheveux !

Sérgio !

Je crois que j'y vais.

Tu t'en vas ? Mais pourquoi ?

Je suis fatiguée.

Entre !

- Non. - Allez.

Non.

Je suis fatiguée, j'ai sommeil.

Tu ne voulais pas connaître ma famille ?

T'as pas dit que tu voulais tout savoir sur moi ?

Eh bien ?

C'est fait.

Déjeuner de famille.

Qu'est-ce que tu fais demain ?

Rien.

Je vais voir Jota.

Peut-être qu'il va rester chez moi.

Tu pourrais venir aussi.

Ça te dit ?

Ouais.

- Ouais ? - Avec plaisir.

Et j'aimerais beaucoup

que tu t'asseyes et que tu nous regardes.

Hein ?

J'aimerais beaucoup

que tu t'asseyes et que tu nous regardes.

Stop.

Tu te fous de moi.

- Non. - Si, si.

Non.

- Tu aimes te foutre de moi, pas vrai ? - Non.

Parfois, mais là je plaisante pas.

- T'es sérieuse ? - Oui.

Tu fais la difficile, ma petite Marcelina ?

T'étais pas censé être dans la brousse ?

Dis à personne que tu m'as vu ici, je dirais à personne que t'étais là.

Salut.

- Renato. Enchanté ! - Salut ! Sérgio.

- Ça va ? - Ça va.

Quelle journée magnifique ! Ce soleil, que nous faut-il de plus ?

Le fameux plaisir coupable.

Plaisir coupable ?

Je veux être la dent

Et le couteau

Je veux être le couteau

Et la plaie

En un seul baiser rouge

Je me suis blotti dans la brise

Je ne me repose

Que dans la tempête

Je ne m'endors que dans l'ouragan

Je suis la rage

Et le vaccin

En quête de péché et de conseil

Espace entre la douleur

Et le réconfort

La lutte entre la lumière

Et le miroir

- Bonjour ! - Bonjour.

Tu peux nous emmener ? On a un boulot là-bas.

- Nous emmener. - Vous emmener.

D'accord.

- Continuez. - Tout droit ?

- Oui. - Tout droit.

On descend ici.

- Ici ? - Ici.

Je m'arrête ici.

Merci.

Merci.

- On a un rendez-vous là-bas. - OK, OK.

On m'a dit qu'Atuma est mort.

- Sérieux ? - Sérieux.

Quelle tristesse.

Il a été enterré hier.

Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

On m'a dit qu'il était malade, il avait mal au ventre.

Negado l'a emmené à l'hôpital et il est mort là-bas.

- Qu'est-ce qu'il a dit ? - Il met la main dans l'eau.

Fais pas ça.

Il va nous renverser.

- Ça va ? - Non. Mets pas ta main dans l'eau.

- Je peux pas ? - Vaut mieux pas.

Crocodile ?

Il y a des crocodiles dedans.

Dans l'eau.

Je peux vous aider ?

- À ramer ? - Oui. Je peux ?

Viens t'asseoir ici.

- Non, ne viens pas. Assieds-toi. - Il est fatigué.

- Laisse-le s'asseoir. - C'est bien.

Qu'il s'asseye. On va voir comment il fait.

- Tu veux ramer ? - Je peux ?

Rame.

Comme ça. Tu vas ramer ?

- Rame. - Rame.

Rame.

Comme ça.

Rame plus fort.

- Vas-y. - Vas-y.

Il est fatigué.

La pirogue continue.

Tu vois ces gens, là-bas ?

Comment s'appelle ce village ?

Là ? Djobel.

Où est le représentant du comité ? Vous le savez ?

- Il est pas là. - Il est pas là ?

Non, mais sa femme est là.

Comment s'appelle le représentant ?

Sa femme ?

- La femme ou l'homme ? - L'homme.

Baciro.

Et son épouse ?

Sa femme, c'est Isabel.

Isabel.

Vous parlez la même langue qu'à Djobel ?

Ils comprennent notre langue, mais nous, on ne comprend pas la leur.

Leur langue est complexe.

Il y a des rizières, ici ?

Oui. Là-bas. Tu les vois ?

Tu vois ?

Bonjour !

Comment allez-vous ?

- Ça va ? - Ça va.

Monsieur Baciro est là ?

Non, il est à l'école.

À l'école...

Je peux aller à l'école ?

Attends, je vais lui téléphoner.

Isabel.

Je peux aller voir la citerne ?

Oui, tu peux.

Isabel !

Comment tu fais pour rejoindre les autres maisons ?

Comment tu fais ?

À la rame.

À marée basse, on peut y aller à pied.

Quand ça monte, en canoë.

Et avant, c'était comme ça aussi ?

Avant ?

Il y avait beaucoup d'eau aussi ?

Non.

Il y en avait moins ?

Moins ?

Comment vous faites

pour aller chercher de l'eau potable ?

- Comment vous faites ? - En canoë.

- En canoë ? - On va en canoë jusqu'à Djifunco.

C'est loin ?

Là-bas... Après Elalab.

Ça prend plus que...

40 minutes ?

Ou plus...

- Lui, là ? - Bernardete l'attend là-bas.

- Elle attend qui ? - Elle.

- La femme en robe ? - Oui.

Ça va ?

Ta femme t'a appelée plusieurs fois, non ?

- Bonjour ! - Bonjour !

- Ça va ? - Ça va !

Elle a dit qu'hier tu es partie vendre les huîtres pour 10 000 francs le sac.

Elle t'attend là-bas, assise.

- Elle voulait que je les vende combien ? - 8 000.

Elle a dit que Teresa allait se prendre une fessée.

Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

Parce que tu as monté le prix.

Teresa n'a pas monté le prix, c'est le prix que je lui ai donné.

Ils disent qu'elle vient d'arriver et qu'elle casse les prix.

Ils ont déjà acheté trois fois à 8 000 francs.

On a monté le prix. Et on ne va pas le baisser.

C'est pas notre problème.

Ils peuvent les acheter à 10 000. S'ils veulent pas, tant pis.

C'est tout.

Elle dit qu'elle a jamais acheté des huîtres à 8 000.

Elle a dit 10 000, pas 8 000.

Oui, à 10 000.

Elle l'attend.

Odilia, elle a dit qu'elle t'attend pour que tu les vendes à 8 000.

Ah, OK.

Elles disent qu'elle a dit qu'elle t'attend pour les vendre à 8 000.

C'est sa maison.

Tu peux entrer.

- Tu as écrit où ? - Olga ?

Oui ?

Pourquoi tu as écrit aussi mal ?

Ça roule ?

Ça va bien.

Bonjour, les enfants !

Vous allez bien ?

- Répondez. - Ça va bien.

Ah oui ?

Ça va bien.

- Olga, j'ai amené des choses pour toi. - Tu as amené des choses ?

- Pour mes enfants ? - Oui.

Des choses...

Comment tu t'appelles ?

Ne jette pas ça.

Comment tu t'appelles ?

Sérgio.

Sérgio.

Je suis un ami de Bojan.

J'ai entendu parler de toi, mais seulement au téléphone.

Oui.

Oui.

Comment vas-tu ?

Bien.

- Et ta famille ? - Tout va bien.

J'ai amené des choses pour la famille.

C'est un grand sac, je pensais qu'il y avait plus de choses.

C'est peu. C'est bien, mais c'est peu.

Bojan m'a dit qu'il allait envoyer beaucoup de choses.

Mais où est le bidon de 25 litres de diesel ?

Bojan a l'habitude de t'amener un bidon de diesel

de 25 litres ?

Oui. Il est où ?

- Je l'ai pas amené. - Pourquoi ?

Je l'amène la prochaine fois.

C'est pas ce qu'on avait convenu.

Au téléphone,

il a dit qu'il allait amener plein de choses. C'est peu, ça.

C'est pas ce qu'il avait dit.

C'est pas bon, ça.

Je vais lui téléphoner.

Olga, je veux te parler de quelque chose.

À propos de la pompe à eau

qui est abîmée.

Pourquoi elle est abîmée ?

Ils en veulent pas, elle est sur le terrain de l'Irã.

- L'Irã ne veut pas la pompe ? - Non.

L'Irã ne veut pas la pompe.

Et les gens ?

- Ils n'en veulent pas. - Ils n'en veulent pas ?

Et d'une route qui passerait là-bas dans les bolanhas ?

Près des rizières.

Tu en voudrais ?

Pour les voitures et les motos.

Ça m'est égal s'il y a une route ou non...

L'argent sert à autre chose,

pas à acheter de la nourriture si on peut travailler. Non.

On produit des oignons, des tomates.

On a un potager pour avoir de tout.

Vous avez des bananes ?

On a des bananes, des mangues,

tout.

Des oranges, des pamplemousses, des mandarines...

On a tout.

Mais en ville tu dois tout acheter.

Qu'on ait une route ou non, ça m'est égal.

Ici, on peut aller chercher des huîtres, du poisson.

Pas besoin de le congeler. C'est du poisson frais, sorti de la mer.

On le cuisine et on le mange, avec du riz pilao.

Mais en ville, tu dois tout acheter. Même du bois.

Ce bois, c'est moi qui l'ai coupé, mais en ville, tu dois l'acheter.

Là-bas, tu dois même acheter de l'eau à boire, mais pas ici.

La lumière... Vous payez un loyer.

Ici, je paie pas de loyer, c'est à moi.

Si je ne suis pas morte à la fin du mois,

je suis chez moi.

Je ne dois rien à personne. Je compte que sur moi-même.

Sérgio.

Je t'ai préparé un lit ici.

Là, tu as du riz.

C'est celui qu'on a cueilli cette année.

Celui-là aussi, il est de cette année.

Joli.

Ce riz est de cette année.

Celui-là, de l'année dernière.

Il est de l'année dernière. Y en a jusqu'au fond.

Y en avait jusqu'ici. On a mangé tout ça.

C'est ce qui reste.

- Et là ? - C'est là où tu vas te coucher.

J'ai fait ton lit.

- J'ai fait ton lit, tu peux te coucher. - Merci.

Tu te couches là.

- Je peux me coucher ? - Oui.

Fais comme chez toi.

Merci.

Je suis contente que tu sois venu.

Rui, et si une route passait ici,

dans cette zone, près de votre...

De votre lieu ?

Autrefois, nos parents avaient beaucoup de bolanhas.

Mais maintenant, avec le changement climatique,

le volume d'eau salée est monté

et l'eau salée a envahi la plupart des bolanhas

- de la tabanca. - Elle a tout abîmé.

Exactement.

Nos bolanhas, maintenant, sont toutes petites,

par rapport à celles de nos parents.

Les jeunes ont fui la tabanca pour aller étudier en ville.

Personne veut rester.

Il y a que les vieux qui restent, mais ils ont pas la force de travailler.

C'est pour ça que la production diminue.

Mais alors, si une route passait ici

et s'il y avait une liaison plus directe avec...

avec ta tabanca,

tu crois que les gens resteraient ?

Bien sûr que oui.

Le problème, c'est qu'en Guinée-Bissau tout est à Bissau.

Tu veux un emploi, tu dois aller à Bissau,

si tu veux étudier, tu dois aller à Bissau.

Mais si l'État construisait des routes partout en Guinée,

s'il instaurait des projets pour faire travailler les jeunes dans leur tabanca,

je pense que les gens ne partiraient pas.

Mais tu ne crois pas qu'une route pourrait perturber ou même détruire

la culture et les traditions de la tabanca ?

Tu crois qu'elles résisteraient ?

Les routes font partie du développement

d'un pays ou d'une tabanca.

Beaucoup de nos difficultés, ici,

viennent du fait que les voitures ne peuvent pas venir jusqu'ici.

Si quelqu'un est malade ou qu'une femme doit accoucher,

comment font-ils pour aller à l'hôpital ?

Il n'y a pas de transports.

S'il y avait une route, ce serait mieux pour la tabanca.

Pour aller en ville, il n'y aurait qu'à prendre une voiture.

Combien de gens vivent ici ?

- À Elalab ? - Oui, à Elalab, plus ou moins.

Ça dépend.

Par temps sec, environ 400.

À la saison des pluies, jusqu'à 600.

Il y a plus de gens à la saison des pluies ?

- Oui, des jeunes qui... - Qui rentrent ?

Ils sont partis essayer d'étudier en ville.

Qui a inventé ça ?

Qui a inventé ce système ?

Il a plusieurs siècles... Du temps de nos grands-parents.

Les tubes n'étaient pas comme ça.

On coupait les troncs des palmiers.

- Avant c'était déjà comme ça ? - Oui.

Kassumai !

- Comment allez-vous ? - Ça va bien.

- Vous allez bien ? - Oui.

- Kassumai ! - Kassumai kep !

Tout va bien ?

Je cherche la pompe à eau.

Derrière la maison de Neusa, près de l'école.

On sait où elle est. Par là.

Par là ?

- Vous pouvez m'amener là-bas ? - Oui.

OK.

Maintenant ?

Allons-y.

Merci.

Luís, reviens.

Reviens ici !

Il ne vient pas ?

Non.

Attendez.

Vous emmenez les jeunes et il ne reste que les vieux.

Il vient pas ?

Non.

Pourquoi ?

Parce que.

Il peut pas aller me montrer...

Non. Vous avez déjà emmené les adultes et il ne reste que les enfants.

La route, on en veut pas.

Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas le djola.

Tu ne comprends pas ?

Il ne va pas avec toi.

Non ?

- Non. - Pourquoi ?

Vous avez pris les jeunes et il ne reste que les vieux.

Et vos parents, ils travaillent ici ?

Oui.

- Vos parents à tous ? - Oui.

Qui joue ?

Le Brésil.

Le Brésil contre l'Espagne.

Comme ça ?

Oui.

J'ai tout rasé, c'est pas bien ?

- T'es chauve maintenant. - Oui.

Oui, oui.

Mais ça te va bien. Ça repousse vite, non ?

Elvis, qu'est-ce que t'en penses ?

Pardon.

Qu'est-ce que les voitures pourraient vous apporter ?

À votre avis, qu'est-ce que les voitures pourraient apporter ici ?

Elles pourraient apporter quoi ?

Ça changerait quelque chose ?

Allô ?

Sérgio ?

Y a quelqu'un ?

Sérgio ?

Tiens, un peu d'eau.

Tiens. Sérgio ?

Ouvre la bouche.

Ici, ici.

Ouvre.

Un peu d'eau.

Ça va ?

Ouvre la bouche. Ça te fera du bien.

Avale.

Ça va mieux ?

J'ai vu ton message que ce matin.

Pardon d'avoir pris tout ce temps.

Bois encore un peu.

Doucement, c'est ça.

Ouvre.

J'ai bien aimé faire ça.

Merci.

Comment t'es entré ?

Hein ?

C'est bon.

C'est bizarre, mais c'est super bon.

- Bonjour. - Bonjour.

Je peux vous laisser ça ?

Oui, bien sûr.

Quelqu'un va venir chercher un dossier jaune.

D'accord.

- Merci. - De rien.

Excusez-moi, bonjour ! Ce bateau va aux îles ?

Ce bateau va aux îles ?

Oui.

Mon ami !

Mon ami, tu m'aides ?

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