All language subtitles for Spike.Lees.When.The.Levees.Broke.A Requiem.in.Four.Parts.Parts.III.and.IV.[HBO_HDTV][goat]

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Original subtitles

Père, au nom de Jésus, nous venons à Toi, Seigneur,

pour Te dire merci.

Merci pour Ta bonté, Ta miséricorde,

Ton amour et Ta grâce.

Père, lorsque nous avancions péniblement dans l'eau,

le chant que mes ancêtres chantaient

durant toute mon enfance,

m'est venu à l'esprit.

Père, alors que je marchais dans l'eau,

je ne pouvais que dire "Seigneur, qui marche dans les eaux.

Qui marche dans les eaux.

Dieu va agiter les eaux".

Père, Tu as agité cette eau pour nous protéger,

et je veux Te remercier, Seigneur.

Tu nous as fait traverser ces eaux.

Alors que nous avancions avec peine

Tu étais là, nous amenant à notre destinée.

Dieu, Tu es tellement aimant, gentil et miséricordieux,

et nous T'en remercions, oh Maître.

Nous prions au nom de Jésus. Amen, amen, amen.

Victime de la Commission des Digues

Merci Katrina

QUAND LES DIGUES ONT CEDE

New York, 31 octobre 2005.

C'est l'orchestre de la Nouvelle-Orléans. MANAGER

Le Hot 8 Brass Band de la Nouvelle-Orléans

Yo. Yo! Yo yo yo!

Une semaine après l'ouragan, j'ai appelé Benny Pete

au téléphone pour prendre des nouvelles

et il m'a dit:

"Tu sais, Lee, nous sommes tous dispersés.

Nous avons perdu nos instruments. Nous ne jouons pas.

Nous cherchons du travail".

C'est pas ce qu'ils devraient faire.

Ces types devraient jouer de la musique, pas travailler

dans un magasin. Ils devraient jouer de la musique.

J'ai parlé avec Benny et nous avons décidé...

qu'il nous fallait réunir ces types.

Vous écoutez

le Hot 8 Brass Band. Nous sommes venus depuis la Nouvelle-Orléans

grâce à Katrina.

Une tradition de chez nous... là c'est pour les dons.

Pas de panique, ne venez pas

tous à la fois y mettre quelque chose.

Prenez le temps de vous dépêcher.

Bonsoir, 2 SEPTEMBRE 2005, JOURNAL DE NBC

depuis Baton Rouge, capitale de la Louisiane,

devenue refuge pour des milliers d'habitants

du Golfe.

12.000 personnes vont au Tennessee, OURAGAN KATRINA

20.000 environ trouvent refuge en Arkansas,

et plus de 150.000 élisent maintenant domicile

au Texas. La plupart de ces nouveaux Texans,

vous le savez, sont à Houston.

D'après le maire de Houston, le nombre

d'arrivants de la Nouvelle-Orléans

pourrait atteindre jusqu'à 200.000 en fin de compte.

Quand on pense AUTEUR

aux noirs américains dispersés

dans 49 états, pratiquement dans chaque état de l'Union...

même s'ils sont reçus à bras ouverts...

à Houston, c'était d'abord tendu.

Dans les quartiers difficiles de Houston,

la police patrouille,

tentant d'enrayer une vague de violence

depuis que 150.000 réfugiés sont arrivés de la Nouvelle-Orléans.

D'après la police, les réfugiés

sont en grande majorité d'honnêtes citoyens.

Mais un petit groupe de criminels violents se bat

pour sa part des rues de Houston.

Depuis le 1er septembre, des réfugiés sont soupçonnés

d'au moins 15 meurtres ici.

18 victimes de meurtres étaient

aussi arrivées de Louisiane.

C'est stupéfiant, on disait... et même parmi les noirs...

"Ces gens de la Nouvelle-Orléans qui viennent ici..."

Comme si Houston était un foyer de politesse civile

avant leur arrivée. Aucun problème de criminalité.

Scarface et les Geto Boys

racontaient juste des histoires:

"Jamais vu un homme pleurer avant de l'avoir vu mourir".

Ouais, un personnage de bandes dessinées.

Le fait, c'est

qu'une énorme tension raciale est née de cette dispersion

et très peu en parlent.

JOURNALISTE, HABITANT DU COMTE DE JEFFERSON

Ce serait pareil avec des gens de Chicago

à la Nouvelle-Orléans ou des évacués dans toute autre grande ville.

Il y aura toujours des conflits.

Les gens ont leurs habitudes.

Et les voici à lutter pour survivre.

Ce serait difficile pour n'importe qui.

ACTEUR/ACTIVISTE Quand vous voyez des citoyens

de ce pays terrassés par Katrina,

envoyés aux quatre coins de la nation,

sans relations,

sans famille, sans point de chute,

être juste déposés et s'entendre dire

"débrouillez-vous"

c'est une expérience bouleversante.

Ils nous ont déplacés.

Des familles démantelées partout. Impossible de les joindre.

Ma grand-mère et mon oncle ont disparu.

Nous les cherchons toujours. Ils sont de l'Est de la ville.

Ce sont mes enfants adoptifs.

Je les ai élevés depuis tout petits.

Je cherche mon fils Earnel.

J'ignore oû il est.

Des mères séparées de leurs enfants...

Maman!

"Oû est maman? Ma grand-mère?"

Tout ça est impossible à gérer.

AVOCAT, HABITANTE DE LAKESHORE lmaginez aller

quelque part sans savoir oû sont vos amis.

Sans savoir oû est votre famille.

Impossible de communiquer par téléphone,

les réseaux cellulaires ne fonctionnent pas.

Les tours non plus. Impossible de joindre un numéro.

Ce fut ainsi pendant des mois.

ANIMATEUR RADIO Mes sentiments quand plus d'un million

de gens sont expulsés de l'endroit oû ils ont vécu toute leur vie?

C'est indescriptible.

Il n'y a pas de mots pour ça.

Je ne pensais jamais vivre dans un endroit

oû ça puisse arriver.

Et...

je n'en reviens toujours pas.

8 SEPTEMBRE 2005 On nous..."envoie dans tous les sens".

Nous essayons de préserver la force des familles.

- Déprimés car nous sommes victimes. - C'est exact.

Stressés car on ne vit pas ainsi.

ACTIVISTE Au Palais des Congrès de Baton Rouge

ou à l'Astrodome de Houston,

on entend presque s'écrier à l'unisson:

"Oû est le gouvernement? Comment ont-ils pu nous faire ça?"

George Bush se moque des noirs. 2 SEPTEMBRE 2005

J'ai trouvé Kanye west absolument brillant,

même s'il avait un peu de mal à s'exprimer.

Il était nerveux après tout. C'était de l'improvisation.

George Bush se moque des noirs.

Super, la remarque de Kanye west. ACTEUR

J'étais...

On voyait, si vous regardez bien,

II pensait: "Je vais dire quelque chose.

Je vais dire quelque chose".

Et je suis sûr qu'il essayait

de penser à quelque chose d'éloquent

et merveilleux et politiquement intelligent.

George Bush se moque des noirs.

Je n'avais rien prévu. PRODUCTEUR/ARTISTE

Je ne savais pas ce que j'allais faire.

J'ai lu le script et je...

je me suis entraîné, j'ai lu sur le téléprompteur,

et c'était pas assez touchant.

Je savais que je parlerais sincèrement.

Ne me mettez pas devant la caméra

si je dois me taire.

Et il a dit: "George Bush se moque des noirs".

C'était incroyable de regarder Mike Myers,

qui était planté là comme une biche effrayée.

M. Mike Myers, "Docteur Denfer",

ne pouvait souffler mot...

incapable de s'exprimer, bouche cousue

et abasourdi.

Après que je l'aie dit,

tout le monde dans la pièce s'est polarisé.

Comme s'il fallait que je me dirige

vers l'ascenseur, et Mike Myers

m'a juste regardé en disant: "On n'y peut rien".

Il y avait un bar

juste en face, oû nous sommes

allés tout de suite après,

car c'était l'une de ces occasions

oû l'on se dit: "Oh, merde.

Ca pourrait être notre dernier verre".

D'une part, j'ai pensé qu'il parlait pour beaucoup d'entre nous.

Beaucoup d'entre nous pensaient que Bush n'aimait pas les noirs.

Et j'étais heureux car j'étais très critique de beaucoup

d'artistes hip hop qui n'en parlaient pas

et qui ont dit bien des choses destructives.

C'était un souffle d'air frais

qu'au moins quelqu'un parle constructivement

et défende son peuple.

Quand j'étais devant la caméra,

je ne m'inquiétais pas de vendre des albums, ou...

mes sponsors,

de perdre des sponsors,

et nous en avons perdu.

Mais je m'inquiétais plus

de me mettre à la place de ces gens.

8 SEPTEMBRE 2005 Je ne sais même plus comment c'était.

Il y avait un hôtel, juste là.

Ceux qui suivent les ouragans savent que les plus

grands dégâts sont causés MEDECIN

par le quart nord-est et le quart nord-est HABITANT DE GULFPORT

de Katrina a surtout affecté les comtés de Hancok,

Harrison et Jackson au Mississipi.

La dévastation était énorme le long

du Golfe au Mississipi, ce qui souvent semble ignoré par les médias.

C'est 2nd Street? Mon Dieu.

C'est 2nd Street.

HABITANT DE GULFPORT Jay m'aidait

à sortir des trucs de ma maison en ruine,

et j'avais loué une camionnette en fait.

Nous filmions avec une caméra et arrivés à la voie ferrée,

pratiquement à 50 mètres au nord de chez moi,

les CRS nous ont arrêtés.

Ils me disent littéralement "Personne ne passe".

Littéralement. "Demi tour".

Il m'ont dit de faire un détour, de 15 minutes...

- 6 Km. ...pour revenir chez moi.

Il ne voulaient pas nous laisser descendre chez moi

car le vice-président y allait.

- T'as vu cette escorte? - Ouais.

Dick Cheney parlait aux gens dans la rue.

Je disais: "Allons-y, Jay".

Et Jay hésitait.

C'est à quoi, 45 mètres de chez toi?

Ouais, je pensais à ce que j'allais dire,

car tout ce que nous avions subi personnellement,

et nous entendions parler de ce qui se passait

à la Nouvelle-Orléans,

et la réponse à ce désastre était

tellement pleine d'incompétence.

- Pas d'armes. - Bien.

Au Sénat, il avait dit devant tout le monde,

au sénateur Leahy, du Vermont,

d'aller se faire enculer.

Alors j'ai pensé que ce serait lui faire justice que de citer

l'enculé à l'enculé.

Aller vous faire enculer, M. Cheney!

La première fois, il m'a regardé

et tout le monde se disait:

"Quoi? Hein? J'en crois pas mes oreilles".

Alors j'ai voulu m'assurer qu'ils avaient bien entendu.

- Allez vous faire enculer. - On vous le dit souvent?

Je l'entends pour la première fois.

Puis j'ai fait signe au type

qui m'avait arrêté en lui souhaitant une bonne journée

et je suis rentré.

T'as dit au vice-président d'aller se faire enculer

devant environ 100 journalistes.

Il le dit à des gens au Congrès

puis il veut venir ici

pour faire des photos

et essayer de redorer son blason.

C'est ce que nous pensons.

Regarde ça, maison après maison...

Plus rien, tout est décimé.

Oû était la FEMA trois jours

après la tempête, quand tout le monde

mourait à la Nouvelle-Orléans?

Après deux semaines, le président 12 SEPTEMBRE 2005

s'est enfin aventuré au centre de la Nouvelle-Orléans

pour un premier regard en personne sur cette ville

abandonnée, dévastée. Les gens d'ici n'oublieront pas

qu'au départ il est resté en vacances

alors que la Nouvelle-Orléans se noyait.

Mais les inondations ont déjà endommagé la Nouvelle-Orléans

et le président.

Bonsoir.

Je vous parle depuis la Nouvelle- Orléans, presque vide...

15 SEPTEMBRE 2005

encore en partie sous l'eau,

et attendant le retour de la vie et de l'espoir.

Dans tout le secteur touché par l'ouragan,

nous prendrons les mesures nécessaires.

Nous resterons tant qu'il le faudra,

pour aider les citoyens à reconstruire leurs communautés

et leurs vies.

Et que tous ceux qui doutent de l'avenir de la Ville du Croissant

sachent qu'on ne peut imaginer l'Amérique sans la Nouvelle-Orléans.

Et cette ville formidable va se relever.

ON COULAIT ET BUSH SE PAVANAIT Quand le président est venu ici,

j'arrive devant mon étude...

de la lumière partout. AVOCAT, HABITANT DE CARROLLTON

Je me dis: "Ouah, c'est...

l'électricité est rétablie. On va pouvoir fonctionner.

C'est super! J'appelle mes frères.

L'électricité est revenue dans notre immeuble!"

Alors le lendemain matin,

je vais au bureau pensant bien pouvoir allumer la lumière.

Pas de lumière.

Pas d'électricité.

Que s'est-il passé? Que s'est-il passé?

II avaient besoin de créer

un événement médiatique pour le président.

Faire comme si la ville se remettait.

J'en parle car c'est le jeu

que l'on a joué avec nous.

Ce sont les luttes quotidiennes qui usent encore

ceux qui vivent au centre

du pire désastre naturel en Amérique

et qui les ont empêchés de regarder

le discours du Président à Jackson Square.

Hier soir il a dit...

- Etre responsable? ...en assumer la responsabilité.

Deux, trois semaines après coup,

c'est un peu tard pour assumer la responsabilité.

AUTEUR PROFESSEUR D'HISTOIRE Si vous êtes sur un bateau,

faut vous bouger pour sauver l'homme à la mer.

Le Gouvernement Bush a dit: "Oh, beaucoup d'hommes à la mer.

Consultons les avocats, voyons

qui va payer la note, et...

la FEMA va t-elle payer ou bien

ce sera pris sur le budget de la Louisiane?"

J'emmerde le président Bush. COMTE DE ST BERNARD

J'emmerde le gouvernement américain.

J'emmerde le Comté de St Bernard.

J'ai plus grand chose,

mais je les emmerde.

La façon dont le président, le Congrès

et le monde nous traite est effrayante

car ça pourrait vraiment tuer la ville.

Et si l'on peut tuer cette ville,

on peut tuer n'importe quelle ville.

Ils ne font rien pour les victimes HABITANTE DE GENTILLY

de Katrina, pas pour les noirs en tout cas.

Je suis à New York... ça fera deux mois le 16,

et je suis toujours à l'hôtel.

La FEMA ne fait rien pour nous,

et la Croix Rouge s'est retirée.

Des dizaines de milliers d'évacués 17 NOVEMBRE 2005

de Katrina vont encore devoir déménager car la FEMA

ne paiera plus leurs chambres d'hôtel après ce mois-ci.

Beaucoup disent ne pas pouvoir payer eux-mêmes.

Au milieu de la nuit, la FEMA

a sorti 900 personnes de l'hôtel.

Je serai peut-être sans-abri

- dans deux semaines. - Oû est l'argent?

C'est horrible. Horrible.

Pour moi, la suite est pire HABITANTE DU COMTE DE JEFFERSON

que la rupture des digues

car à ce moment-là,

on avait le bonheur d'être en vie.

Mais se remettre sur les rails,

c'est pratiquement impossible.

Thanksgiving vous arrachait PASTEUR

les tripes et le coeur. Ils... ils...

la plupart d'entre eux avaient célébré Thanksgiving en famille

pendant de nombreuses années.

Ils n'avaient jamais quitté leur chez eux.

Ca m'a brisé le coeur de les écouter

dire combien c'était dur.

Tout le monde pleurait, en disant:

"Je veux rentrer, mais je n'ai plus de maison".

Ils voulaient vraiment être à la Nouvelle-Orléans.

Ils voulaient leurs familles. LISTE DE NOEL. 1. DIGUES SOLIDES

Le jour d'après Thanksgiving,

on appelle ça le Vendredi Noir.

Il l'est pour moi car je ne vois que ça.

Tout le monde prépare Noël, sauf nous.

Toute le monde dîne en famille, sauf nous.

Je n'ai rien mangé hier. Ma mère est au Texas,

ma soeur à New York. Toute ma famille est partie.

J'ai mon mari. Tant mieux. Mais c'est pas pareil,

et je ne quitterai pas La Nouvelle-Orléans,

car je suis née ici en 1963, le 24 décembre,

et je vais y mourir,

qu'on essaie de m'y noyer ou non.

Je resterai ici jusqu'à la fin.

Les gens de la Nouvelle- Orléans restent ici.

Culturellement, nous restons ici. Nous ne sortons pas de la ville.

C'est toujours difficile de faire partir les gens.

MUSICIEN, HABITANT DE GENTILLY Je veux rentrer chez moi,

car j'y suis né et je voulais y rester toute ma vie.

Je veux toujours visiter d'autres endroits, mais c'est

chez moi, La Nouvelle-Orléans.

On en est tous malades... HABITANT DU THIRD wARD

On ne sait que faire ni oû aller.

On est habitués ici. Depuis toujours.

Oû voulez-vous qu'on aille?

On est comme... Ils ont eu le culot

de nous appeler des réfugiés.

Des dizaines de milliers de réfugiés...

- Réfugiés... - Un nombre inconnu de réfugiés...

- Les réfugiés... - Réfugiés...

- Réfugiés... - L'Astrodome prêt pour les réfugiés.

C'est très étrange

de voir des gens MUSICIEN/COMPOSITEUR

qui ressemblent à des gens que vous connaissez

ou a de la famille à la télévision,

et on parle d'eux comme si c'était des réfugiés

ou des sans-abri,

et c'est difficile à encaisser.

Quand on nous a appelés réfugiés, la tête m'en est tombée.

Car je dis: "Je suis un citoyen des Etats-Unis d'Amérique".

M'appeler réfugié?

C'est quoi, cette merde..."réfugiés"? DIRECTEUR DE LA SECURITE

Des gens qui quittaient la ville... des réfugiés.

Merde, la tempête a aussi détruit notre citoyenneté?

On a oublié... on est plus citoyens américains? C'est quoi cette merde?

Pour les médias, les gens dans la rue...

des "réfugiés".

Je croyais que c'était des gens

sans pays, sans nulle part. C'est...

Nous demandons aux médias 2 SEPTEMBRE 2005,

COMITE ELECTORAL NOIR d'arrêter de les appeler réfugiés.

Ce sont des citoyens américains

qui, dans la plupart des cas,

sont de très bons contribuables.

Et l'insinuation,

la connotation de réfugiés,

c'est comme s'ils étaient des étrangers

venus d'ailleurs, perdus, et ayant besoin de charité.

Je pense que la démonstration d'insensibilité

la plus choquante que j'ai vue

fut quand Barbara Bush, ancienne Première Dame,

maman du président, faut bien le dire, visita l'Astrodome à Houston

avec son mari, l'ancien Président Bush

et l'ancien Président Clinton.

Et au comble de son insensibilité,

si ce n'est pas du racisme,

elle dit: "Ces gens vivent mieux que jamais.

Certains... ça a bien tourné pour eux.

Ils s'en sont bien sortis".

Il paraît, et c'est un peu effrayant,

qu'ils veulent tous rester ici.

Tout le monde est tellement comblé par l'hospitalité.

Et tant de gens qui sont ici

étaient défavorisés de toute façon.

C'est très bien pour eux.

Et Clinton ne dit rien, Bush ne dit rien.

Des leaders noirs ont été accusés publiquement

par le Sénat américain pour bien moins.

Cette femme faisait comme si c'était

une sorte de promotion sociale.

Mon numéro de téléphone est le 504-919-8699.

Qu'elle m'appelle et qu'elle le répète.

Qui s'en sort mieux? Pourquoi? Comment?

Comme vous dites, j'étais pauvre.

Tout ce que j'avais,

je l'ai gagné honnêtement.

Vous êtes riche.

Comment l'êtes-vous devenue?

504... Je m'appelle Phyllis Montana LeBlanc.

Appelez-moi. 504-919-8699.

A la Nouvelle-Orléans. Mon téléphone fonctionne maintenant.

C'est la maman actuelle de l'Amérique.

Et c'est ce qu'elle pense

des citoyens de la Nouvelle-Orléans.

Alors vous vous demandez pourquoi il était lent à réagir?

Et bien à en croire sa mère,

il nous faisait une faveur.

Ce pays est tellement riche. PROFESSEUR D'HISTOIRE

UNIVERSITE DE PENNSYLVANIE On a toujours l'argent pour tout.

Nous voulons aller sur la lune, aller sur Mars,

nous trouvons l'argent.

Nous voulons faire la guerre en lrak,

ce qui coûte des milliards de dollars tous les mois,

nous le faisons.

C'est vraiment une question de priorités

et de ce qui est important à nos yeux.

Martin Luther King Jr. Disait: "Ne pensez pas

qu'une pièce suffira. C'est de la générosité. De la charité".

Il disait: "Sur la route de Jéricho,

ne vous contentez pas d'aider un type sur la route.

C'est bien, mais c'est de la charité. Ce qui serait juste,

ce serait se demandez pourquoi sur la route de Jéricho

ce type se fait toujours maltraiter...

pas juste lui, mais d'autres aussi.

Ce qu'il faut, c'est transformer la route de Jéricho".

C'est ce qu'il faut faire en Amérique.

Alors cette dispersion de noirs montre combien

nous n'avons pas réussi à transformer la route de Jéricho.

- Ouah... elle est magnifique. - Kathy Phipps a signé

un bail pour une maison et donc pour une nouvelle vie.

Dieu vous bénisse.

Elle s'installe dans une communauté qui l'accueille

à bras ouverts.

Quand nous avons rencontré Kathy, c'était une évacuée de Katrina,

surprise de se retrouver en Utah.

- L'Utah? - Elle apprit que ses enfants

avaient trouvé refuge au Texas.

Maman est là. En sécurité et en vie.

Je ne suis pas morte.

Je viens vous chercher.

Et Kathy fut réunie

avec sa fille de huit ans...

et son fils de 11 ans.

- Elle avait pris une énorme décision... - On les a.

...elle emmènerait ses enfants dans l'état qui l'avait accueillie.

Les montagnes de l'Utah sont loin

- des bayous de Louisiane. - On dirait que

je suis passée par l'ouragan pour arriver au paradis.

Le paradis, c'est une grande maison dans un cul de sac,

dans une communauté justement appelée Pleasant Grove.

C'est un nouveau départ pour moi.

C'est ce dont j'ai vraiment rêvé

pour mes enfants.

Certains se sont beaucoup enrichis en maintenant

une classe défavorisée à la Nouvelle-Orléans.

Et maintenant, ces gens défavorisés

sont à Atlanta, Houston et Dallas, et commencent

à se dire: "J'ai plus d'opportunités ici,

et les écoles sont meilleures ici".

Ma soeur Katherine s'est installée

à Houston, au Texas.

Katherine, ma mère

et mon neveu, Nicholas. Il a neuf ans.

Il est autiste, ne parle pas,

alors ils ne peuvent pas rester ici

car il n'y a pas d'hôpitaux à la Nouvelle-Orléans Est.

Il se porte merveilleusement bien là-bas.

Avec l'école, il commence presque

à dire des mots maintenant, comme "maman".

Mais quand on se parle chaque jour...

avec elle et ma mère,

sept jours sur sept, au moins 10 fois par jour...

on entend qu'elles veulent revenir,

mais il n'y a rien

pour les aider à survivre ici.

Alors ma famille est au Texas.

J'ignore ce que va devenir la ville.

La ville est tombée bien bas,

et je sais pas comment elle va arriver à se relever.

J'ignore ce qui va se passer.

Honnêtement, je pense, j'espère,

que ceux qui voulaient travailler

et essayaient de se donner de meilleures chances

et une meilleure situation dans la vie,

j'espère qu'ils ne reviendront pas.

Mon oncle James HABITANTE DE MID CITY

est encore en Utah. Il dit qu'on lui donne tout:

Location gratuite, appartement, télé neuve.

Mes racines sont profondes ici.

Mes parents et grands-parents y sont enterrés.

Alors c'est vraiment chez moi.

Mais c'est dur de rester là

oû on ne veut pas vraiment que vous soyez.

Je refuse d'être dans leur juridiction.

Je ne veux pas être dirigé

par quelqu'un de la Nouvelle-Orléans ou de Louisiane, personne.

Je ne pense jamais revenir.

Il n'y a rien pour moi ici.

HABITANT D'ALGIERS lls se moquent de nous ici,

alors il faut faire ce qui est

mieux pour ma famille: Partir.

S'ils nous voulaient là-bas,

il n'auraient pas essayé de nous noyer et nous tuer.

Je ne vais pas y retourner pour qu'ils me finissent.

TROP TARD!

L'ESPOIR N'EST PAS UN PROJET

T'AURAS RIEN

L'ESPOIR N'EST PAS UN PROJET

Après Katrina, nous nous y prenons A SUIVRE

très mal pour faire revenir les gens. DELEGUEE DE L'ETAT DE LOUISIANE

C'est très tentant pour eux de rester

à Houston, Atlanta et Memphis. TRAVAIL ET BONNE EDUCATION

Mais à un moment donné, LAISSEZ-NOUS PARLER!

Les gens se disent: "Nous faisions ça par bonté,

en Américains qui se soucient d'autres Américains.

Quand allez-vous vous occuper des vôtres?

Et que faites-vous, Louisiane,

Nouvelle-Orléans, pour ramener vos gens chez eux?

Les gens ont été dispersés LES ELUS S'EN FOUTENT

dans 44 états différents,

sans billets de retour. MAIRE

Et en dehors de moi avec washington, personne

ne discute ou ne débat clairement,

comment nous allons ramener les gens.

Mon éternelle question CONSEILLERE MUNICIPALE

HABITANT DE GENTILLY à la FEMA, et celle de mon mari...

"Pourquoi ne leur donnez-vous pas un billet de retour?

Ca peut être un billet non échangeable contre autre chose,

mais au moins donnez-leur la possibilité de revenir".

Avant Katrina, le taux d'assassinats PROFESSEUR

approchait 200, HABITANT D'ALGIERS

des Afro-américains s'entre-tuant

constamment pour dominer la ville.

Quatre ou cinq morts dans la même maison parfois.

Le système scolaire était le pire de la nation.

Notre taux de pauvreté était le double

de celui de toutes les grandes villes du pays.

Les salaires de base étaient

inférieurs à la moyenne nationale.

Même ceux d'employés qualifiés aussi.

La Nouvelle-Orléans PROFESSEUR DE MEDECINE SOCIALE

n'est différente que parce que 67 à 70% des habitants

sont afro-américains,

et qu'une grande partie d'Afro-américains

vivent dans des conditions qui violent,

selon moi,

les droits de l'homme

dans un pays riche comme les Etats-Unis.

Beaucoup disent que la criminalité

va revenir à la Nouvelle-Orléans.

Je ne pense pas qu'elle ait augmenté...

On fait remarquer les proportions de la population...

mais c'est à peu près pareil qu'avant.

Voyant deux-trois semaines de calme,

certains on pensé: "La vermine a quitté la ville,

la tempête les a balayés".

Mais ils ne réalisent pas. J'essaie de comprendre

pourquoi ils ont imaginé cette nouvelle ville.

Samedi matin, cinq jeunes furent assassinés

sous une pluie de balles d'armes automatiques

dans la rue, tout près du quartier des affaires.

Parmi les morts... les deux fils de Mona Lisa Hunter.

Peu importe ce qu'on dit... drogue, vengeance...

- Ils ne méritaient pas ça. - C'est vrai.

- Nous en avons assez. - Aujourd'hui, le maire en colère

a fait venir plusieurs centaines de soldats

de la Garde Nationale et des renforts de police

pour essayer d'enrayer la montée de la violence.

- Nous avons atteint notre limite. - Exact.

Nous n'irons pas plus loin.

Pour une ville qui tente encore

de convaincre ses habitants de revenir,

c'est d'autant plus difficile

quand le crime augmente plus vite que la population.

Le crime d'Afro-Américain contre Afro-Américain,

en particulier chez les jeunes noirs,

est à mon avis le résultat direct

du système d'éducation.

Si l'on ne donne pas aux jeunes

la possibilité de s'améliorer individuellement

puis aussi de s'occuper de leurs familles,

le cercle vicieux va continuer.

Ce système d'éducation tuait la ville. ENCORE UN MORT A CENTRAL CITY

LES FLICS ENVAHISSENT... Les jeunes noirs arrêtaient l'école

à 14, 15 et 16 ans. LA POLICE RECHERCHE DES PISTES

A un très jeune age,

ils abandonnaient tout

puis ils s'adonnaient à des choses

que nous ne souhaitions pas pour eux.

Flash info: La Garde Nationale arrive.

Non, pas à cause de Katrina,

pas à cause d'une catastrophe nationale,

mais à cause du taux de criminalité.

J'ai du mal à imaginer

qu'après avoir tous survécu à Katrina,

la ville est détruite par des criminels?

Et c'est si grave qu'il faut appeler la Garde Nationale,

bon sang?!

Comme disait Tupac: "Crime ou pas, j'aurai ma part".

A la Nouvelle-Orléans, non.

Avec un taux d'échec scolaire de 60%

dans le public, 55% en ville,

90 écoles sur 116 jugées défaillantes,

quelles possibilités avez-vous?

Notre système était en déclin

car les recettes de l'Etat étaient tellement basses,

que nous ne pouvions subvenir aux besoins

de nos écoles afin que chaque enfant ait une éducation de qualité.

Nous n'aidions pas nos professeurs;

pas d'air conditionné;

les toilettes étaient insalubres.

Tout ce qui pouvait aller de travers

allait de travers.

Ils n'avaient pas réussi à fournir JOURNALISTE

un rapport financier exact depuis plus de cinq ans.

Des agents du FBI étaient en fait basés

au siège de l'académie,

ce qui est fort rare.

Le directeur avait décidé que c'était une telle pagaille

qu'il allait les faire entrer

et prendre tout ce qu'ils voulaient.

Nous avons perdu des enfants. Dans le Comté d'Orléans,

nous sommes descendus à 1/6 du taux de population précédent,

alors nous ne pouvons financer l'éducation, alors qu'elle est

tellement cruciale au développement,

avant d'accueillir plus d'enfants. Les enfant ne viendront pas

sans endroit pour vivre et un lieu de travail pour leurs parents.

C'est comme le chien qui se mord la queue.

Plus de noirs ont été dispersés que de blancs.

Le problème c'est: Comment ramener tout le monde chez eux,

leur donner la possibilité de revenir, mais d'être en sécurité, ASSISTANT GOUVERNEUR

vraiment réparer un quartier

pour qu'il soit sûr et viable,

pour que les écoles fonctionnent?

Ce sera difficile et long.

Il faut récupérer les noirs qui vivaient REDACTEUR EN CHEF

ici avant... il faut les ramener.

Et nous n'allons pas tous les récupérer.

Mais nous devons au moins

leur donner une chance de revenir,

je veux dire quelque chose qui les incite à revenir.

Il y a des racines

profondes ici... la musique, la nourriture

qui sont différentes

de partout au monde...

très très spéciales. On n'abandonne pas ça.

Sans les noirs, la Nouvelle-Orléans serait une mauvaise

version de Disneyland, même.

L'histoire et la culture de la Nouvelle-Orléans

sont issues de la souffrance,

de la créativité des noirs.

Et une Nouvelle-Orléans sans noirs,

ce serait rien.

Nous avions des clubs sociaux et de loisirs

avec des banderoles, habillés de beaux costumes,

chaussures en croco, avec des éventails et des chapeaux Dobbs,

et des choses comme ça.

Et ça sera plus pareil. MUSICIEN

La Nouvelle-Orléans est une merveille culturelle,

un endroit unique oû l'on peut dire:

"On ne voit ça qu'à la Nouvelle-Orléans",

depuis la cuisine, la musique,

les Indiens du Mardi Gras, les gens,

leur façon de se parler.

Nous avons un patois qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

C'est un endroit très étrange. MUSICIEN/COMPOSITEUR

Beaucoup de ségrégation, d'ignorance, de préjudice, mais une bonne intégration,

car nous sommes Créoles. Les Créoles, noirs

à peau claire, essaient toujours de s'intégrer quelque part.

Ils n'essayaient pas d'être blancs. Souvent les gens l'ignorent...

Les Créoles n'aiment que les Créoles.

C'est une ville avec des racines,

des familles, profondes,

très profondes.

Ca commence avec la forme d'esclavage que nous avions.

Vous connaissez les Français...

ils ont des esclaves mais ils les épousent.

La bouche du Mississippi, ouah, cette courbe.

La "Big Easy", la Ville du Croissant.

C'est pas rien d'être connue comme

le meilleur endroit oû acheter un nègre.

C'était comme le Paris du Sud.

Ce fut toujours le centre du vice, du jeu

et de différentes sortes d'ignorance, attirant toujours des gens sans préjugés.

Car quand on descend assez bas, on s'y retrouve tous.

Les touristes qui viennent ici vont aux endroits pittoresques

comme le Laffite Blacksmith Shop.

Laffite était pirate, marchand d'esclaves.

A un moment, les Français ont libéré tous leurs esclaves

car ils mouraient de faim. "Partez tous

et débrouillez-vous car vous n'allez pas survivre ici".

Et les esclaves sont donc partis chez Amérindiens.

Mais ils sont revenus.

Si l'on observe la tradition des Indiens du Mardi Gras,

il jouent le rythme de la bamboula. MUSICIEN, HABITANT DE BROADMOOR

C'est un tel lien

avec ses ancêtres,

et c'est culturellement significatif, car...

je pourrais vous emmener à l'endroit exact

oû le jazz est né... Congo Square.

Mères, pères, frères, soeurs.

Grands-pères, grands-mères,

mères, pères, frères, soeurs...

Congo Square était une prairie,

un endroit vert à l'extérieur de la ville.

Et maintenant c'est Armstrong Park.

C'était le seul endroit en Amérique

oû les esclaves pouvaient battre le tambour

dans la tradition africaine.

Les maîtres dans leur sagesse infinie,

ou par hypocrisie, si vous préférez,

décidèrent de donner congé aux esclaves africains le dimanche,

appliquant l'idée que personne

ne travaille le jour du Seigneur.

Ils dansaient la bamboula,

vous savez, oum-ba-ba, oum-ba-ba, oum-ba-ba.

C'est devenu oum ba-ba, oum-ba-euh, oum-ba...

C'est tout là.

Si l'on observe notre culture,

la musique fait partie de la vie quotidienne. C'est important.

Les gens mangent quand ils jouent de la musique.

Y'a des chansons pour manger.

Dans la rue, la musique est associée à la danse.

Alors voilà.

Il y a une grande tradition d'église, l'église sanctifiée.

Puis les Français... il adorent la musique.

Ils ont l'opéra français. Vous pouviez

être esclave, aller à Congo Square,

et vous pouviez aller à l'opéra.

Oû feriez-vous ça ailleurs aux Etats-Unis?

Pas à Boston.

Nous accordons beaucoup d'importance à la culture.

Vous le voyez dans notre façon de célébrer la vie

et comment nous traitons la mort.

L'enterrement jazz est une cérémonie.

Vous accompagnez le corps avec des rythmes lents et des chants funèbres,

des chants traditionnels comme "Nearer My God to Thee"

et "Free as a Bird".

C'est la partie deuil.

Vous vous laissez aller au chagrin. Vous ne le verrez plus,

mais vous êtes heureux de l'avoir connu,

et d'avoir fait partie de sa vie.

Puis ils prononcent des paroles sur le défunt,

sur sa tombe,

puis vous commencez à jouer des chants rythmés, joyeux.

Vous partez en défilé.

Et ça, c'est la partie célébration.

C'est le yin et le yang du commencement et de la fin.

Je suis triste que tu sois parti,

mais merde, c'était chouette de te connaître.

"Second line" ce sont les danseurs qui suivent le défilé.

Et leur danse s'appelle "second line".

Le truc c'est que tout le monde a son propre style.

Certains marchent seulement. D'autres dansent vraiment.

Certains se mettent par terre.

On fait ce qu'on veut. C'est assez libre.

C'est l'une de nos grandes cérémonies

qui a beaucoup de signification.

La tradition chrétienne... son lien avec la tradition africaine,

c'est que la vie après la mort est riche

et pleine et sur terre c'est une vie de travail.

Donc cette personne est morte,

mais elle va vers la richesse, et c'est pourquoi nous faisons la fête.

Aussi... ça nous a donné notre habilité

à parler de la mort.

MUSICIEN/COMPOSITEUR HABITANT DU GARDEN DISTRICT

Parcourir la ville en voiture

était dur car je revenais pour la première fois.

J'avais parlé avec un bon ami,

wade, et il me disait:

"Faut que tu te prépares".

Il disait: "Nous pouvons en parler,

et tu peux le voir aux informations,

mais les caméras ne peuvent exprimer

le niveau de dévastation que tu vas voir".

Alors j'essayais de me préparer,

mais ce fut quand même dur,

car c'est l'endroit oû j'ai grandi.

Je vois des maisons oû j'allais,

voir mes potes,

et il n'y a plus rien. C'est comme une ville fantôme.

Quand je suis revenu, j'ai vu une dévastation totale.

Je ne pensais jamais voir pareille chose dans ma vie.

On aurait dit qu'on avait lâché une bombe nucléaire

sur chaque quartier de la ville.

C'était comme si j'avais fait un bon en arrière

et que j'étais en Europe après un bombardement

pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Tout était gris.

Pas de verdure, pas de fleurs,

pas d'oiseaux, de chiens, de gens, d'enfants.

Quand nous avons traversé le pont et que nous avons vu

beaucoup de dégâts, nous prenions des photos

en disant "Ouah, mon Dieu". HABITANTE DU LOwER NINTH wARD

Puis en nous rapprochant de la partie nord

oû les digues ont cédé, nous avons arrêté de photographier.

Quand j'ai vu mon quartier,

c'était comme regarder un ami défiguré.

Vous savez à qui vous parlez, sans le reconnaître.

Nous sommes détruits.

J'ai vu Beyrouth. J'ai vu Calcutta.

J'ai vu le centre de Jakarta.

J'ai vu Aceh. C'est rien à côté.

RESTAURE-NOUS, SEIGNEUR DIEU DES HOTES

Regarde ça.

Partout, la destruction. 5 DECEMBRE 2005

- Regarde là. - Regarde la voiture.

Toutes ces maisons sont vides.

Bien sûr.

- Comment te sens-tu? - Tendue,

juste en voyant toute ces maisons dévastées.

Regarde ça. Tout est condamné.

C'est tellement étrange.

Hier, en venant à la Nouvelle-Orléans,

j'étais vraiment émue sachant que j'allais voir ma maison

- pour la première fois. - Ouais.

Ignorant

ce que je vais voir,

je suis perplexe.

Mon arthrite me fait tellement mal.

Bien, laisse ça à l'intérieur.

Prends ton temps.

Prends ton temps.

Allez, allez. Allez.

- Mais tu vas bien. - Ca va aller.

Tu vas bien. Tout ça peut être reconstruit.

C'est quoi, tout ça?

Je m'en occupe.

- Attends, attends, attends. - Regarde, regarde, regarde,

ce truc est jusque là.

- C'est quoi? - C'est le truc que tu m'as donné... là.

- C'est quoi, là-bas? - De quoi?

- Ca. - C'est un...

on dirait ton vaisselier.

Le vaisselier n'a rien à faire ici.

- C'est le salon. - Je sais.

Mon Dieu, les cadres que j'avais là-dedans.

Alors, le cadre est toujours accroché au mur?

- Il n'y a rien sur le mur. - Seigneur, aie pitié.

Mais on peut reconstruire tout ça.

Ouais, plus facile à dire qu'à faire.

Avançons.

Seigneur, aie pitié.

Je savais que tout était dévasté,

mais je ne pensais pas que c'était aussi grave.

C'est incroyable.

Je ne savais pas combien c'était grave.

Aujourd'hui, quand nous sommes entrés dans la maison,

c'était vraiment dur,

car c'est comme si je ne pouvais pas rentrer chez moi.

Vous me comprenez? C'est... c'est...

Je suis désolé.

La maison de mon enfance, ASSISTANT LEGAL

la seule que j'aie jamais connue DE LA NOUVELLE-ORLEANS

a maintenant été complètement vidée.

Il ne reste que la coquille.

Le 3511 Cecil Street

a toujours des briques à l'extérieur,

mais l'intérieur,

qui ne contenait pas juste les meubles

et les vêtements, mais toutes les photos,

la Bible familiale,

et toutes ces choses qui nous rappellent

ce qu'ont été nos vies,

nos origines...

tout ça a été emporté dans les inondations.

C'est rageant car ça aurait pu être évité.

L'une des choses qui m'ont mis en colère hier soir

c'est que vous parcourez le quartier en voiture

et vous voyez toute ces maisons,

que des gens ont essayé de nettoyer,

et tous les débris sont sur le trottoir.

Alors on voit que les gens ont

un désir de revenir chez eux

et un désir de reconstruire leurs vies,

et ils ne peuvent pas le faire.

Ils ne peuvent pas revenir chez eux.

Ils ne peuvent pas remettre leur vie sur les rails.

Et on ne peut que se demander pourquoi.

Je suis revenue pour trouver rien.

Absolument rien.

Pas d'aide, pas de maison, rien.

J'ai 59 ans.

Mon mari a 67 ans.

Nous avons travaillé dur. Nous avons fait des études.

Il a obtenu une maîtrise à UCLA,

il a fait des études à Berkeley.

J'ai un diplôme de droit et de commerce, et je n'avais plus rien.

Je n'avais plus rien.

Je ne sais pas comment vous faire comprendre le désespoir,

la dépression, l'anxiété.

Comme si on avait violé votre maman.

On se sait pas à quoi s'attendre

car on pouvait peut-être se féliciter

de ne pas être trop émotif ou d'être philosophe, style:

"Eh, la mort fait partie de la vie",

appelez ça comme vous voulez.

Mais ça m'a bouleversé d'une façon que je ne pouvais...

Comme quand on perd un parent...

on pense qu'on saura faire face,

mais quand ça vous arrive, PAS COMME A LA TELE

c'est pas ce que vous aviez anticipé.

Actuellement, je vois mes patients,

les enfants,

perdre du poids

ou prendre du poids dans d'énormes proportions.

Ils ne dorment pas du tout.

Leur comportement est anormal. Tous ceux qui souffraient de TDAH,

Trouble de Déficit de l'Attention avec Hyperactivité,

ont dû augmenter leurs doses de médicaments

car ils souffrent de Stress Post-Traumatique.

J'ai pris six médicaments différents. CHEF CUISINIER, COMTE DE JEFFERSON

Nommez-les.

Seroquel, Geodon...

voyons...

Zoloft.

Ce sont les seuls dont je me souviens,

mais c'est ce que je prends actuellement.

Depuis la tempête,

je ne dors pas sans somnifères...

Tylenol PM, Benadryl,

si ça contient des analgésiques,

ou des dypho-machin, qui soient légèrement sédatifs,

je dois en prendre chaque soir.

Je n'avais jamais pris de médicaments pour l'anxiété

ou de traitements pour les nerfs

jusqu'à maintenant. J'ai déjà eu

un niveau de stress élevé, mais jamais ainsi.

Avant d'être sous traitement,

quand je suis arrivé ici, il y a eu un incident

oû j'ai coincé un type et je l'ai

soulevé à 90 cm du sol d'une main.

Il pesait environ 100 Kg.

C'est là que j'ai décidé qu'il fallait vraiment

que je me fasse aider.

Les gens ont tout perdu.

Et ils ne s'en sont vraiment pas encore remis.

Je pense que sur un plan émotionnel,

c'est quelque chose de difficile à gérer,

surtout pour ceux qui n'ont peut-être pas les moyens

d'aller voir un psychothérapeute,

ou qui sont trop têtus pour le faire

Nous parlons de gens trop têtus pour fuir une tempête

de catégorie 5.

Alors imaginez-les expliquer leur nervosité à un médecin,

ou la déprime qui les cloue au lit.

Nous voyons des cas MEDECIN LEGISTE

de stress post-traumatique maintenant. Je pense

que ça va se répandre de génération en génération.

Imaginez être un enfant sur un toit

et regarder votre maman emportée par l'eau et noyée?

Lmaginez être maman et voir ça,

et des gens vous retiennent pour vous empêchent de plonger?

Par définition, vous n'oublierez pas.

Vous allez le revivre mentalement, avoir des pensées troublantes.

Certaines choses vous le rappelleront

dans 10, 15 ans, car on n'oublie jamais.

Et ça vous rattrape. PHOTOGRAPHE JOURNALISTE

Beaucoup d'entre nous, qui vivons ici...

nous retrouvons en train de pleurer

ou bien dans des moments inopportuns

nous nous retrouvons

à tomber dans des trous noirs, des endroits sombres,

oû ce que nous avons vu nous rattrape.

Ca nous attrape sans crier gare et c'est difficile à gérer.

Alors je suis là à penser:

"Si tu te tues, tu n'auras plus à faire face à cette merde.

Si tu disparais de la face de cette putain de terre,

la douleur et les larmes s'arrêtent

et tout ce qui va t'ennuyer le reste de ta vie,

des choses cruciales,

tout va s'arrêter". Je pense

à différents moyens de me tuer

pour que ça paraisse accidentel.

Personne ne dira: "Elle a déjanté,

le système l'a mise en l'air

ou Big Brother ou qui vous voulez".

Une dame m'a appelé du Texas en disant:

"Je veux que mon frère soit enregistré comme victime de l'ouragan.

Il a été évacué. Il n'avait

pas de médicaments, et il s'est tué

dans notre chambre d'hôtel.

Elle a raison. C'est une victime de l'ouragan.

Avec le Dr. Minyard nous avons essayé

de déterminer ce qu'est un décès dû à l'ouragan,

car jamais rien de tel ne s'est produit.

Nous avons bien étudié des critères du CDC,

le Centre du Contrôle des Maladies,

mais il y avait rien pour un tel cas.

Depuis Katrina, de nombreuses personnes meurent à cause de Katrina

mais ne sont pas mortes

pendant l'ouragan.

Il y a cinq semaines, le 28 mars, mon père est décédé.

Il avait 63 ans.

Six jours auparavant, son épouse, de 20 ans sa cadette

est décédée. Elle avait 43 ans.

Deux semaines avant Katrina,

on a découvert un cancer du poumon chez mon père.

C'était un homme qui avait créé

une entreprise ici à la Nouvelle- Orléans, Mackie Roofing...

l'un des plus grands couvreurs

de la ville, de l'état depuis toujours. Il employait 100 Afro-américains.

Alors tomber malade au milieu de Katrina

l'a rendu encore plus malade.

Nous avons été évacués. Il nous a fallu

cinq semaines pour le remettre dans le système.

Puis ils ne connaissaient pas ses médecins.

Pas de dossiers, car tout avait été inondé.

Six semaines sont passées avant qu'il puisse reprendre le traitement.

Son épouse s'occupait de lui.

En janvier, nous avons remarqué qu'elle maigrissait.

Elle avait eu un cancer du sein

six ans avant et il était revenu

en force et s'était répandu dans tout son corps.

Nous n'avons aucun doute que le stress, la tension

et la douleur de Katrina ont favorisé leur maladie

et le retour du cancer.

Beaucoup de gens perdent espoir.

Il y aurait 30% plus d'avis de décès dans le journal

maintenant qu'avant Katrina.

Les gens reviennent, regardent cette désolation et meurent.

C'était douloureux quand j'ai dû enterrer mon père.

Tout ce qu'il avait construit a été détruit

à cause de l'échec du Corps d'lngénieurs de l'Armée,

ce gouvernement... pas le maire, pas le gouverneur,

mais ce gouvernement.

Je m'appelle Kimberly Polk.

Je suis la mère de Serena Polk. HABITANTE DU TEXAS

Serena était ici, EVACUEE

de l'autre côté du Lower Ninth ward,

sur Tennessee Street avec son père,

sa copine et ses deux enfants.

Elle et son père et sa famille n'ont pas évacués.

Elle m'est apparue en rêve.

Je me suis réveillée en sueur.

Dans mon rêve, elle me disait:

"Maman, je tombe, Maman, je tombe".

Et je ne pouvais voir que l'eau dans laquelle elle tombait.

Je crois que c'était en avril

quand ils m'ont appelée pour m'informer...

je l'avais déjà vu aux informations,

une petite fille

entre six et 10 ans

trouvée dans le Lower Ninth ward.

Elle avait un sac à dos.

Serena était connue de tous, ma famille entière,

tous ceux qui la connaissaient,

pour toujours avoir un sac à dos.

Les légistes tentent d'identifier CORPS D'ENFANT TROUVE

un enfant trouvé dans des débris

dans le Lower Ninth ward. Le neuvième corps ce mois-ci.

Cette enfant peut être de n'importe oû.

Amenée ici par les eaux.

Voici ma fille, Serena,

qui s'est noyée

pendant l'ouragan Katrina.

Elle avait cinq ans,

et je n'ai jamais eu l'occasion

de lui dire adieu.

Et elle me manque

tellement.

20 MAI 2006 EGLISE BAPTISTE ST MARK, BATCHELOR, LOUISIANE

Je ne voulais pas de funérailles à la Nouvelle-Orléans

car je la tiens responsable de sa mort...

La façon dont ils ont abordé le problème.

Si les choses avaient été faites différemment

je réagirais différemment,

mais c'est pas... Je ne pense pas

que ce soit un endroit oû je puisse vivre.

Père, me voici à genoux

devant Toi et la sainte multitude d'anges.

- Oui, Seigneur. - Prêchez.

Père, je m'incline parce que je me sens juste.

Père, je m'incline parce que je me sens saint.

Il y a très longtemps, mon Père Céleste...

Tu es poussière et tu retourneras poussière.

Les tourments passés,

nous recommandons son âme

à notre Créateur, Père et Rédempteur

dans la confiance et l'espoir

du retour

de notre Seigneur et Sauveur, Jésus Christ,

de la résurrection des corps

sortis du tombeau

et d'une vie de joie qu'll nous a réservée,

- au nom de Jésus. - Au nom de Jésus.

- Amen. - Amen.

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