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Chrétiens, venez tous écouter.
Une complainte véritable.
Celle de trois monstres inhumains.
Leurs crimes sont épouvantables.
Il y a de cela 120 ans, ils assassinaient les passants.
À Peyre-beille, en Vivarais, dans le département d'Ardèche.
Sur une route isolée, ils établirent leur commerce.
L'auberge est sur le grand chemin.
Où ils égorgeaient les humains.
Ces monstres avaient une fille, toute pleine d'agréments.
Bien qu'elle soit si gentille, elle n'avait pas d'amant.
Connaît on beaucoup d'auberges, où du soir jusqu'au matin.
Une fille reste vierge comme la fille Martin ?
On ne pourra jamais savoir, le nombre de tant de victimes.
On les porte à cent trente et trois.
Mais il y en a, peut-être mille...
Frémissez toutes nations des crimes de cette maison !
On avait dans la montagne, de Tuillette à Coucouron.
Pour Martin et sa compagne, de la considération.
En les sachant à leur aise, on croyait à leur vertu.
Car souvent ne vous en déplaise, l'estime suit les écus.
Joueur d'orgue de Barbarie.
Ce pauvre Diable un soir de neige.
Avec un singe travesti.
À l'auberge, fut pris au piège.
Là !
La !
Oh !
Hé Marie...
Regarde-le. - Mon Dieu, faut qu'il y passe !
Laissez-le aller, c'est pas lui qui va nous vendre.
Est-ce qu'on sait si ça ne parle pas, ces bêtes-là ?
Attends un peu !
Oh, sale bête, allez, tire dessus !
Non, pas de coup de feu, vas-y au couteau.
Et fais attention.
Petit, petit, petit.
Aaah !
Cette fois, faut en finir.
Non, je te dis !
Laissez-moi faire.
Ah...
Madame !
Oh !
Moi, j'ai cru que c'était le forain.
Si tu l'as cru, le singe le croira aussi. Allez, cachez-vous !
Dites, quand on partagera...
Vous me la donnez son orgue, je l'ai pas volé.
Ah, nom de Dieu !
Sale brute de nègre ! - Ce n'est pas moi, c'est elle.
Oh, tant pis, donne-moi ça !
Attends un peu.
Attends.
Raté.
Refugium peccatorum, - ora pro nobis.
Domus aurea, - ora pro nobis.
Fœderis arca, - ora pro nobis.
Stella matutina, - ora pro nobis.
Janua cœli, - ora pro nobis.
Salus infirmorum, - ora pro nobis.
Consolatrix afflictorum, - ora pro nobis.
Tiens, des chasseurs.
Ah...
C'est bien bon, un civet de lièvre. - ora pro nobis.
Même une bonne omelette au lard. - ora pro nobis.
Je te parle de choses sérieuses. - Quoi ?
T'as pas faim, toi ? - Ah si !
C'est encore loin, le couvent ? - On n'y sera pas avant minuit.
Turris eburnea. - ora pro nobis.
Christianorum,
Ah, mère de Dieu, mon bâton !
Eh ben...
Je sens un courant d'air entre mes jambes.
Oh, mon père ! - Et où je suis ?
Où ?
Oh... mon père ! - Qu'est-ce qu'il y a ?
Un gouffre ! - Un gouffre ! Où, un gouffre ?
Ah, mon Dieu ! Alors, c'est le pont.
On dirait bien que c'est un pont.
Hé bien, si c'est le pont, nous ne sommes pas loin de l'auberge.
Quelle auberge, mon père ? - Une bonne auberge, mon petit.
Vous y avez été ? - Oh non !
J'y suis jamais rentré, mais elle est fameuse.
Et je me demande...
En y réfléchissant bien.
Si c'est pas le Bon Dieu sans avoir l'air...
... qui l'aurait mise sur notre route, cette auberge.
Parce que le Bon Dieu, lui.
Il voit tout.
Et il doit bien voir que nous n'en pouvons plus.
Refugium peccatorum, - ora pro nobis.
Et si c'était le bon cuissot de sanglier...
... avec la bonne sauce au vin rouge et la purée de châtaignes ?
Hue, hue, allez, hue !
Est-ce qu'on arrivera bientôt ? - Il y en a encore pour 4 heures.
Qu'est-ce qu'il a dit ? - Encore 4 heures.
Nous avons le temps d'être attaqués 100 fois.
Mon Dieu, quelle folie !
Que suis-je venue faire dans ce pays de brigands ?
Quand on a peur des brigands.
On se promène pas avec une rivière de diamants.
D'abord, monsieur, je me promène pas !
Je viens d'assister à l'enterrement d'une soeur tendrement aimée.
Ce bijou est tout ce qui me reste d'elle.
Pauvre petite Adélaïde !
C'est facile de ne pas avoir peur quand on n'a rien à perdre.
Ce qu'elle a à perdre, je m'en contenterais bien, moi.
Ça ne vous enrichirait pas beaucoup, monsieur.
Des mitaines pour maman.
Une tabatière pour papa.
Un abécédaire pour notre domestique, qui ne sait pas lire.
Je lui apprends, mais il a la tête dure.
C'est un nègre.
Hum ! Un nègre ?
Mais ce sont des sauvages !
Vous n'avez pas peur ? - Non !
Celui-là est très doux, très gentil.
Chut !
Le singe.
Où ça ? - Là... là...
Ah !
Au secours !
Votre hache !
Qu'est-ce qu'elle a, ma hache ?
Les brigands.
Ah, les brigands !
Je m'en fous bien, moi, des brigands.
J'ai pas d'argent, alors, ils me feront rien.
Mais, il nous laisserait tous égorger...
... sous prétexte qu'il n'a pas d'argent !
Monsieur...
... protégez-moi !
Mais, calmez-vous, ma petite dame, calmez-vous, voyons !
Alors, - Fermez la porte.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Une vision de l'au-delà.
Ça avait des plumes, un sabre.
Une grande queue comme un diable.
Ça m'a mordu le nez, il s'est monté au ciel.
Total : on a cassé le timon.
Mon Dieu ! Nous sommes perdus !
Non, prenez vos places.
Je connais une auberge, on va pouvoir réparer.
Elle est loin ? - Non, tout près.
On pourrait peut-être y dormir. - Ou peut-être jouer aux cartes.
Qu'en pensez-vous, monsieur ?
Ce serait avec joie, madame.
Mais un pénible devoir m'appelle cette nuit à Privas.
Mon pauvre père est à toute extrémité.
Sans compter que cette auberge doit être un joyeux nid de punaises.
Non, madame, il n'y a pas de punaises chez nous.
Si Mathilde avait été là, ce serait pas arrivé.
Moi non plus, j'aime pas qu'elle nous quitte.
On est comme trois petits enfants quand elle n'est pas là.
À quoi ça sert de se lamenter, Il y a du travail à la maison.
Allez, rentre !
C'est tout ?
C'est tout.
À la base, ça valait pas le coup.
Lui qui m'avait dit que la foire avait bien donné.
Faut jamais croire les acteurs.
Vous savez bien que je ne fume pas. - Ne te plains pas tout le temps.
Tiens. - Un couteau ?
J'en ai déjà trop de couteau. - Eh bien, ne le prends pas !
Et ça ? - Des tarots.
Oh, nom de Dieu !
La mort.
Bien sûr, puisqu'il est mort, les cartes ne mentent jamais.
C'est pas lui qui l'ai retournée, c'est moi.
Retournes-en une autre, ça ira mieux.
Voilà, le singe !
J'en étais sûr, ce singe là, ça sera notre perte !
Tais-toi. Allez, ouste, tout ça au feu.
Et l'orgue, comme le reste.
Pas la musique !
Madame me l'a promis.
Je m'ennuie ici, moi, je veux de la distraction.
Mais oui, mais oui, prends-le, je te le donne.
Laisse donc, je le lui reprendrai bien, va.
On a frappé.
Voilà, voilà !
On y va !
Et voilà !
Mais oui !
Et voilà ! Qu'est-ce qu'il y a ?
Voilà...
On y va.
Oh, Mathilde !
Mais... on t'attendait ce soir !
Je me languissais de la maison.
Mais, tu n'es pas seule ! - J'ai amené toute la diligence.
Trois... quatre... cinq...
Quel amour d'enfant !
Mais c'est trop, ma petite fille !
Tu vois, Marie, on se plaignait.
Il faut jamais jeter le manche après la cognée.
Ils sont armés ? - Non...
... juste une hache.
On finit la partie, mon cher ? - Bien sûr.
Nous avons le temps avant le dîner. Toujours à votre disposition.
On se met là. - Si vous voulez.
Madame, du vin chaud pour tout le monde.
À vous la donne.
Merci.
Quel bon feu.
Mais quelle drôle d'odeur il repend !
Oui, ma femme et moi, nous brûlions quelques hardes.
Oui, vous avez raison.
On s'encombre toujours d'un tas de vieux souvenirs.
Savez-vous que notre diligence a été attaquée ?
On vous a pas volée, au moins ? - Non, grâce à Dieu !
Ils m'auraient pris cette rivière.
Je gage que vous n'en avez jamais vu. - Ah non !
Ça coule pas par ici, ces rivières-là.
Voulez-vous m'aider ? - Mais avec plaisir, madame.
Dites, patron. - Quoi ?
Qu'est-ce qu'il y a encore ?
On a cassé le timon.
Vous avez bien un à nous prêter ? - Un timon ?
Ah ça, pas sûr.
Il faut que j'aille voir dans ma grange.
Il y a des timons dans toutes les fermes.
Mon Dieu ! Faites qu'il trouve un timon !
Marie...
On fait encore ce coup-là et on se retire à la campagne.
Qu'est-ce que tu regardes ? - Je regarde le grand, avec la hache.
Regarde plutôt la rivière de diamants.
Oh, ma colombe.
Je te la donne, la rivière.
Oh, ce que ça te va bien !
Oh ! C'est une folie, mon chéri.
T'inquiète pas pour l'homme à la hache, il va pas moisir ici, celui-là.
Si vous permettez, votre erreur a été de ne pas me prendre mon 6.
J'y ai pensé, mais trop tard.
T'as de l'argent, toi ?
Non !
J'ai que ma hache.
Ben, ça, j'ai vu.
Si vous voulez, je peux vous payer en travail.
Non, merci, on n'a besoin de personne.
On fait ça nous-mêmes en famille.
Allez, vide ton bol et va-t'en. - Mais...
Non, pas pour moi.
Apportez-moi un peu de vin chaud. - J'irai tout de suite.
Ben, alors, qu'est-ce que t'attends ?
Non, vrai ?
Faut que je parte ? - Tout de suite.
Je peux tout de même pas me mettre en route la nuit, non ?
Yeah ! Il a peur des brigands maintenant !
Oh ! C'est pas que j'ai peur.
Ils ne vous feront rien, vous n'avez pas d'argent.
Vous faisiez le faraud tout à l'heure dans la voiture.
Hé bien, chacun son tour, mon ami ! - Bon voyage.
Allez, ça suffit.
Et dans le foin, non ? - Y a pas de place.
Je me ferai tout petit. - Tu seras encore trop grand, allez.
Tu n'as rien à craindre des voleurs, toi.
T'es trop fort pour qu'on ait envie de t'attaquer.
Beaucoup trop fort.
T'as de la chance, toi.
Ah ! Tout de même.
Ça sert quelques fois d'être fort.
Allez, va mon gars. Au revoir.
Alors, ce timon, vous l'avez ou pas ? - Y a pas de timons.
Comment ça ? - Il n'y a pas de timons.
Il n'y a pas de timon.
On a bien regardé partout, ma femme et moi.
Pas vrai, Marie ?
Y a pas de timons. - Non.
Ceux qu'on a n'iraient pas.
Vous risqueriez un accident.
Alors, si c'est comme ça, il faut passer la nuit ici.
Et vous y dormirez comme des anges.
Ça, ce sera charmant.
J'adore cette maison.
Je manque une affaire, mais ça vaut mieux que de risquer la mort.
Moi, je suis veuf, alors, j'ai tout mon temps.
Et mon pauvre père qui m'attend.
Allons, allons ! Il vous attendra bien une nuit de plus.
Oh, le jambon de Noël ?
Rien de trop beau pour eux. On leur doit bien ça.
Monsieur !
Il y en a deux qui jouent aux cartes. - Et alors ?
Il y a un qui prend tout l'argent de l'autre. - Et après ?
Qu'est-ce que ça peut faire.
Puisqu'on tue tout le monde.
Alors petite fille, quelle chambre allez-vous me donner ?
Celle des riches.
Vous recevez souvent des voyageurs riches ?
Pas si riches que vous, madame.
J'espère que le lit sera bon.
Oh, ça peut aller... pour une nuit.
Mais, petite fille, cette chambre est occupée !
Oh ! Pardon, madame.
Ici, vous serez presque aussi bien.
À condition que mon voisin ne ronfle pas.
Soyez tranquille.
Fétiche.
Il devrait déjà être dans le jardin.
Je savais bien qu'on avait oublié quelque chose.
Allez vite, aide-moi.
J'espère qu'il dormait. - Oh, comme un enfant.
C'était un artiste, il ne pèse pas lourd.
Viens.
Fétiche !
Mais où vas-tu ?
Pas par là, voyons.
Mais, où voulez-vous que je le mette ? Près du poirier ?
Non, pas près du poirier, il y a déjà le pharmacien.
C'est vrai, il ne reste plus beaucoup de place maintenant.
Là.
Dépêche-toi.
Ça m'a fait plaisir qu'il vienne, celui-là. - Pourquoi ?
Il avait une belle boîte à musique.
Une boîte avec une manivelle qu'on tourne.
Allez, allez...
On n'a pas besoin d'apprendre la musique.
On n'a qu'à tourner la manivelle.
Si on pouvait apprendre à lire comme ça.
Je t'ai apporté un abécédaire.
Ce n'est plus la peine.
Maintenant, je vais faire de la musique tout le temps.
Mais...
... où est-il ?
Là, voyons, là... il est là.
Si on le laisse par terre, on ne le retrouvera plus.
Je ne peux pas creuser, la terre est trop dure.
Mais qu'est-ce qu'on va en faire ?
Ouh, ouh !
Non.
Ne bouge pas, Fétiche. Tu vas faire ce que je te dis.
Jeannou, mon petit Jeannou, nous sommes sauvés !
Tu vois la lumière ?
Viens...
J'avais peur qu'ils soient couchés.
Mais, non, regarde...
Les fenêtres d'en bas sont éclairées. Ça veut dire qu'ils sont encore à table.
Alors, on va s'asseoir avec eux et on va prendre part à la conversation.
Et si des fois, on s'aperçoit que c'est des gens bruyants.
Et qu'il y a parmi eux des ivrognes ou des femmes légères.
Alors, dans ce cas... - Nous repartirons.
Mais tu plaisantes, nous mangerons à part, c'est tout.
Est-ce qu'ils nous recevront sans argent ?
Jeannou, tu ne connais pas le bon coeur des gens de ce pays.
Mon père, vous vous êtes fait mal ?
Faire payer un pauvre moine.
Mais, c'est une idée qui leur viendrait même pas.
Ils savent trop bien...
... que le Bon Dieu le leur rendra en bénissant leur entreprise.
Oh...
Jeannou !
Regarde...
Une jolie petite qui fait un bonhomme de neige.
Et avec un nègre...
... tout noir sur la neige blanche.
Viens.
Il n'est pas beau ?
Je comprends qu'il est beau.
Vous aussi, vous êtes jolie, petite demoiselle.
J'ai jamais vu mon ange gardien.
Mais, c'est avec votre figure que je le penserai maintenant.
Vous permettez ?
À vous aussi, je permets.
Je peux ?
Ben, on le dirait que tu peux, hein ?
Ah non, mais ça suffit pour un novice.
Ça le fait rire, le moricaud.
Il veut que je l'embrasse, lui aussi.
Oh...
Mais il est pas fini, votre bonhomme de neige !
Il lui manque le nez.
Oh ! Ne le touchez pas !
Mais, je vous l'abîme pas, je lui fais le nez... Là.
Oh ! Mais il n'a pas de pipe.
Hé ! Justement...
Je l'ai, sa pipe. - Oh, mais alors, tout va bien.
Mais il a rien, votre bonhomme de neige.
Et le chapeau, oui ? Oh ! Le chapeau ?
Voilà, ça c'est un bonhomme de neige, ça, oui !
Fétiche...
Pardon.
Un peu gros, le bonhomme.
On voit qu'il a été nourri dans une bonne auberge.
Et maintenant, prions pour qu'il ne fonde pas cette nuit.
Le temps se radoucit, enfin...
Fétiche, conduis-moi.
Qu'est-ce que c'est un novice ? - C'est moi.
C'est joli un novice, et à quoi ça sert ?
À faire un moine.
Comme lui ?
Oh non, pas tout de suite.
On n'est pas moine comme ça, il faut du temps.
Il faut apprendre le latin, le grec, l'hébreu même.
L'Ancien et le Nouveau Testament et toutes les prières.
C'est pour un chagrin d'amour ? - Oh non.
Alors pourquoi vous n'attendez pas d'avoir un chagrin d'amour pour vous faire moine ?
Il faut une fille pour avoir un chagrin d'amour.
Vous savez, une fille...
... c'est moins difficile à connaître que le latin.
Je sais pas.
Je connais ni le latin ni les filles.
Tiens...
Il n'a plus la pipe.
Et le latin, ça...
... je ne peux pas vous l'apprendre.
Ne prenez surtout pas froid, mon père.
Allons, un bol de vin chaud pour le bon père.
Merci, mon enfant.
Grand 9, deux 7 et le petit 9.
Quelle heure il est, vous avez déjà soupé ?
Non, non, rassurez-vous, mon père. - Ah bon.
Je disais ça, messieurs, parce que je vous voyais jouer aux cartes.
Je suis sûre que vous avez aussi les pieds trempés.
Alors déchaussez-vous, mon père.
Vous croyez que je peux ? - Mais bien sûr !
Enfin, je risque mes douzaines ! Qui ne risque rien n'a rien.
Laissez-moi réfléchir.
Oh, la jolie soierie.
Si vous voyez ce qu'il y a dessous ! - Montrez, mon père.
Un trésor inestimable.
Un trésor que toutes les plus grosses fortunes du département.
Avec leurs ors et leurs argents, ils pourraient pas se l'acheter.
Des morceaux de tibia du patron de l'Ardèche :
... notre grand saint François-Régis.
Ah ! Bon !
Oh !
Mais c'est de l'or !
Mais bien sûr, c'est de l'or..
... des rubis, des opales, des émeraudes, quelques diamants.
Mais ça n'a pas beaucoup d'importance.
À côté de l'humble petit ossement qui est là-dedans.
Si on rassemblait tous les tibias de Saint François-Régis...
... qu'on vous montre dans les églises...
... ce ne serait plus un saint.
Ce serait un mille-pattes.
Monsieur, il vaut mieux mille pattes pour aller au ciel...
... que deux pour aller en enfer.
Oh ! Pas si vite...
... on l'a à peine vu.
Moi, j'ai toujours eu une dévotion particulière pour saint François-Régis.
Merci pour cette bonne parole, mon fils.
Surtout présenté comme ça.
Je vous permets de le baiser.
Et à tous les chrétiens qui sont ici.
Ça suffit, Martin.
Pardon, mon père.
Décidément, je ne suis pas en forme ce soir.
Après dîner, je vous donnerai votre revanche.
Toi aussi, le moricaud.
Permettez que je passe avant lui.
Pas à quoi ce que tu penses.
Eh bien, non !
Toi, tu n'as pas vu sa petite église ?
Mais moi, je donnerais tout l'argent des voyageurs pour sa petite église !
On n'a jamais tué un curé chez moi.
C'est pas aujourd'hui qu'on va commencer. - Eh ben, ça ferait un bon commencement.
T'as pas de religion ! - Et toi, t'en as ?
Oui, j'ai de la religion et je respecte les prêtres.
Je serais bien contente d'en avoir un à l'heure de ma mort.
Je t'en trouverai un autre, c'est pas ça qui manque.
Martin, tu te rappelles pas le tarot que t'as tiré tout à l'heure ?
Ah, Marie !
T'aurais jamais dû m'y faire penser.
C'est la carte de la mort, ça portera malheur.
Alors, c'est bon.
Mais qu'il foute le camp, tout de suite. Sinon, il y passe aussi.
Bon saint François-Régis.
Dans sa jeunesse, il gardait les chèvres, comme moi.
On est du même pays.
Quand je lui parle...
... c'est en patois.
Et il me répond de même.
Ah, sans me vanter, je peux dire qu'il veille sur moi d'une façon toute particulière.
Moi ?
Vous avez de l'argent, mon père ?
De l'argent ?
Pour quoi faire ?
J'appartiens à un ordre mendiant.
Vous m'entendez bien, vous qui êtes aubergiste.
Vous devez sûrement le connaître ce dessert qu'on appelle "les mendiants".
Je vous demande...
Noisettes, amandes, figues et raisins secs.
Si vous avez de l'argent.
Les 4 couleurs des 4 ordres mendiants et moi, je suis le raisin sec.
Alors, vous n'avez pas d'argent ? - Pas un sou.
D'ailleurs, on n'a pas le droit de posséder un sou, c'est la règle.
Hé ben, mon père, il faut vous en aller.
M'en aller, quand ? - Tout de suite.
Sans manger ? - Sans manger !
C'est une auberge ici, nous faisons pas la charité.
Vous voulez rire ? - Je ne ris pas, mon père.
Allez, prenez vos souliers et allez-vous-en.
Dans la nuit ?
Dans la tempête ?
Au milieu des loups affamés de chair humaine ?
Eh oui !
Je suis sûr que si votre femme... - Ma femme pense comme moi.
Très bien, monsieur.
Que le Bon Dieu fasse qu'il y ait ici des coeurs moins mauvais que les vôtres.
Ah ! Mes amis, la dureté du monde est une chose inimaginable !
Ah... Quand je pense que ce pauvre Saint François Régis...
... lui qui a tant fait pour ce département.
Il a pas une église qui porte son nom.
Pas même une chapelle.
Une toute petite chapelle.
Rien...
Il a rien.
Ce n'est pas vrai !
Ça n'est pas vrai, madame ?
Mais, c'est lui-même qui me l'a dit.
Une nuit pendant que je dormais, il m'a tapé sur l'épaule.
Il avait l'air d'un vagabond.
C'est bien ça qu'il est, madame.
Un saint sans église.
C'est un pauvre diable sans feu ni lieu.
Quand il m'a dit: "Je suis Saint François Régis"...
Je voulais pas le croire.
Si j'avais eu des sous, je lui aurais donné.
"Frère", qu'il m'a dit :
"J'ai pas de chez moi, fais-moi une église."
Oui, madame...
Voilà ce qu'il a demandé à un pauvre moine comme moi...
... qui n'a même pas de quoi payer son écot à l'auberge.
Alors, moi, je lui ai dit :
"Grand saint, votre apparition m'honore."
"Mais vous feriez mieux de la faire chez Rothschild."
"Homme de peu de foi", qu'il m'a dit.
"Et qu'est-ce que tu fais de la générosité des fidèles ?"
Nous y voilà !
Oui, monsieur.
Mais ça coûte de l'argent de bâtir une église.
Cet argent-là, il faut le trouver quelque part.
C'est pas dans notre poche à nous, pauvres moines.
D'ailleurs, nous n'avons pas de poche.
Nous n'avons que les vôtres, de poches.
Et je commence par l'esprit fort.
Comment, vous voulez de mon argent ?
Mais le Bon Dieu, il refuse pas l'argent du pécheur et même il le purifie.
Merci.
Ne m'oubliez pas, mon père.
N'ayez pas peur, madame, j'arrive.
Et vous, milord ?
Moi, je visite les églises, je ne les construis pas.
Merci... merci.
Merci... merci.
Je prierai pour que monsieur votre père ait une fin heureuse.
Pardon ? - Non, j'ai donné pour elle.
Merci, merci.
Me voilà, vous voyez ?
Quelques sous.
Un peu d'argent.
Il ne me manque plus que de l'or.
Oh...
Oh ! Madame, mais c'est trop... c'est trop!
Mais je voudrais qu'une cloche de votre église porte mon nom.
C'est promis, madame.
Comment vous appelez-vous ?
Caroline.
C'est un beau nom de cloche.
Marie, tu sais ce que fait ton moine ?
Il leur prend tout leur argent ! Il ne va rien nous rester.
Oh !
Jusqu'à nos bons aubergistes qui accourent pour apporter plus vite leur obole.
Parce qu'ils savent très bien qu'en attirant les foules.
Notre église remplira aussi leur auberge.
Merci.
Qu'elle est jolie.
Je pense, monsieur, que cette pièce suffira pour payer notre écot.
Ça pourra, mon père.
Ça pourra.
Eh ben, Marie, puisqu'il le veut, faut le traiter comme les autres.
C'est vrai que les moines couchent sur une planche ?
Oui.
Et que vous creusez vous même votre propre tombe ?
Tous les jours, un peu.
Même en hiver ? - Pourquoi pas ?
C'est que la terre, elle est dure à creuser en hiver.
Et c'est vrai aussi que vous vous levez au milieu de la nuit pour chanter ?
Il faut que vous l'aimiez la musique.
C'est pas tant pour la musique.
Alors, pourquoi vous y alliez au couvent ?
Et vous, pourquoi vous me demandez ça ?
C'est que ça me paraît drôle qu'à votre âge, on se dise :
"Je vais dormir sur une planche, creuser ma tombe..."
"... me lever la nuit pour chanter."
Si encore vous étiez vilain, ou bossu ou boiteux...
J'ai peut-être une âme vilaine...
... ou bossue...
... ou boiteuse.
Ça m'étonnerait.
Il faut pas se fier aux apparences.
Ce n'est pas la figure qui compte...
... ce n'est pas la figure...
Je suis Jean de Mézilhac. Satan, tu ne me tenteras pas !
Encore un peu ? - Oh non, assez.
Si, si...
Ça vous réchauffera, mon père.
Oui, mais ça coupe l'appétit.
Et je veux me le garder pour ce soir, l'appétit.
Mon père ! - Fermez la porte !
Mon père...
Mon père, il faut partir !
Partir ?
Pour aller où ? - Au couvent.
Au couvent ?
Pourquoi faire ?
Je veux dormir sur ma planche.
C'est beau, la vocation !
Écoute-moi, Jeannou.
Tu l'auras demain, ta planche, personne te la prendra.
Mon père, je veux pas rester dans cette l'auberge.
Le Bon Dieu t'attendra bien un jour de plus. - Je veux pas le faire attendre !
Mais à ce stage, je t'excuserai.
Et grâce, je m'en vais tout seul.
Jeannou, écoute, je vais devenir impitoyable.
Assieds-toi, enlève tes souliers, tu as les pieds trempés.
Mais je le sais, peut-être.
Non, je te dis que je le sais mieux que toi, allez, assieds-toi.
Tant pis !
C'est vous qui l'aurez voulu.
Fermez la porte ! - Où est-ce que je pose la soupe ?
Ici, mon enfant, devant moi.
Mademoiselle...
Vous voulez être gentil avec le bon père ?
Emportez-les, je vous les confie.
Surtout ne les lui rendez pas. Comme ça, il pourra pas s'en aller.
Et maintenant, tout le monde à table !
Allez, viens mon petit Jeannou.
Tu vas t'asseoir à côté de ton bon père.
Les tabourets m'ont l'air bien durs.
Voulez-vous que j'aille vous chercher un coussin ?
Pour ça, vous m'étonneriez.
je crois que vous auriez du mal à en trouver ici.
Que voulez-vous ? "À la guerre comme à la guerre."
Benedic, Domine, nos et hæc tua dona, quæ de tua largitate sumus sumpturi.
Per Christum Dominum nostrum. - Amen.
Merci.
Aimez-vous la soupe, milord ? - Oui, beaucoup.
Là, mon petit Jeannou, prends la serviette.
Mets-la autour du cou.
Et assieds-toi comme il faut.
Tiens-toi droit.
Merci.
Passe-là à ton voisin.
Sois poli, fais honneur à ta famille.
Oh, mon Dieu, je ne vous l'ai pas présenté !
Excusez-moi !
Lève-toi.
C'est le petit Jean de Mézillac.
Une grande famille de Privat.
Tiens ?
Le président du tribunal.
Une vieille famille de robes.
Mais lui, il en a choisi une autre, de robe...
... toute vieille...
... toute rapiécée...
... la plus belle de toutes.
Celle de la pauvreté et de la mortification.
Mes compliments.
Assieds-toi.
Une bonne soupe de châtaignes.
Pas maintenant, voyez que je commence à peine à manger ma soupe.
Ça lui a pris comme ça, tout d'un coup ?
Mes amis.
Quelqu'un réclame le secours de mon ministère.
Tu vois, Jeannou, j'ai bien fait de rester.
Oh !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Moi aussi, je l'aime chaude.
Pauvre moine !
Un prêtre est comme un médecin, il ne s'appartient pas.
Et si je vous disais, moi, que je n'ai jamais quitté la France.
Vous autres, Anglais, forcément...
Votre pays est si morose.
Ici, ce n'est pas bien gai non plus.
Ah ! J'aurais tant voulu être marin !
Vous êtes fatiguée ?
Dites-moi, vous n’avez pas peur de mourir tout de même… ?
Oh non…
Pas moi…
Pas vous ?
Mais qui alors ?
Confessez-moi et vous le saurez…
Confessez-moi, ça, c’est facile à dire !
Vous croyez qu’on confesse comme ça ?
D’abord, j’ai pas ce qu’il me faut.
Qu’est-ce qu’il vous faut ?
Il me faut un confessionnal, ou tout au moins, une grille…
Une grille ?
Il faut pas qu’on se voie tous les deux ! - Pourquoi ?
Pourquoi ! Toujours des questions !
Je me le demande pas, moi qui suis moine !
Je suppose c’est parce qu’il faut pas qu’on sache à qui on a affaire…
Vous le savez bien que c’est à moi que vous avez affaire…
Mais, dès qu’il y aura la grille, je le saurai plus !
Ah, bon !
Mais dites, ça a l’air d’aller beaucoup mieux…
Fétiche ! - Madame.
Monte-moi le petit grill à châtaignes !
Je pense que ça suffira.
Vous voilà bien chrétienne tout d’un coup…
En tout cas, il y a un péché que vous avez fait…
C’est d’avoir voulu jeter un pauvre prêtre dans la tempête !
Si c’est ça qui vous tourmente...
... n’aggravez pas votre faute en lui retardant son souper.
Merci.
J’espère que le Bon Dieu s’en contentera…
Et alors ?
Dites-moi d’abord, mon père.
C’est vrai ça, ce qu’ils racontent les prêtres...
... que jamais ils ne répètent ce qu’on leur a dit en confession ?
Ah, écoutez, ma fille.
Depuis deux-mille ans qu’on se confesse.
Dieu sait si ça en fait des péchés, oh misère !
Jamais le secret de la confession n’a été violé !
Saint-Anselme s’est laissé arracher la langue avec des tenailles rougies au feu.
Plutôt que de révéler une chose qui lui avait été confiée !
Et pourtant, c’est une chose sans importance…
Comment on l’a su ? - Je sais pas.
Quant à Saint-Chrysostome, c’est pire encore ! On lui a coupé…
Assez, mon père, je vous crois.
Mais vous, vous vous laisseriez arracher la langue ?
Oh, je n’aurais aucun mérite, vous savez...
... parce que tout ce qui rentre par cette oreille s’en va par l’autre !
Et entre les deux oreilles, ça vous reste pas un peu… ?
Oh, très peu ! Sitôt que le pénitent a le dos tourné, c’est envolé !
C’est une grâce que le Bon Dieu nous fait.
Autrement, vous savez, avec ce qu’on nous raconte…
Dites votre Confiteor.
Je me rappelle plus…
Alors, commencez votre confession…
Depuis 20 ans, mon père…
Vous vous êtes pas confessée depuis vingt ans ?!
Non, mon père…
Ça va être long…
Si vous m’interrompez, ça va être plus long encore !
Allez, dépêchez-vous…
Depuis 20 ans, mon père.
Que nous sommes établis dans cette auberge, mon mari et moi…
Ah, faut vous dire que nous étions marchands forains.
Et puis un jour mon mari a eu envie qu’on se fixe…
C’est alors qu’on s’est installés ici…
Moi ça m’étonnait bien un peu, je lui disais :
« Martin, ce n’est pas bien passant… »
Mais il me répondait : « T’inquiète pas, Marie, ici…»
« ... ici, y’aura pas de morte-saison. »
Alors, je lui disais : « Mais, des clients, y’en aura pas beaucoup.»
Et il me disait :
« Y’en aura peut-être pas beaucoup, mais on les gardera. »
J’avais pas encore compris ce qu’il voulait dire…
Moi non plus. - Attendez !
Il disait ça parce qu’il aimait bien à rire dans le temps.
Et puis, au premier voyageur, j’ai compris…
C’était un gros marchand de dentelles, avec son cheval…
On l’a gardé longtemps… le cheval…
Le marchand aussi on l’a gardé.
Il est encore ici…
Je me rappelle bien où, parce que c’était le premier…
Dans le jardin…
... sous le châtaignier…
Sous le châtaignier ? Dans… la terre… ?
Eh oui, dans la terre ! Puisqu’il était mort !
Mort ! Oh, le pauvre…
Ça a dû vous faire un coup, pour un premier client…
Le second, c’était un Parisien...
... un bon garçon.
... un célibataire...
Ça valait mieux…
Ah oui et pourquoi ?
Parce que personne ne les pleure… les célibataires…
Ah, parce qu’il est mort, lui aussi ?
Eh, dites, vous aviez pas de chance !
Il n’a pas beaucoup souffert, celui-là…
Et le troisième, il a encore moins souffert…
Mon mari s’était fait la main…
Ah… votre mari s’était fait la main… eh oui ! Il s’était fait la main…
Ah… Ah, mon Dieu…
Je commence à vous comprendre !
Oui, qu’est-ce que vous voulez ?
Chez nous, c’est si facile ! Vous avez bien vu l’escalier ?
Avec le petit renfoncement, on était presque forcés…
Ah, c’est là que ça se passait… ? - Les trois premiers, oui…
Parce qu’il y en a eu d’autres !? - Oh ! On ne les compte plus !
On les compte plus… mais voyons, pas plus de… dix…?
Oh, mon père…
Presque... vingt ?
Ah, si c’était que vingt…
Quoi ?! Trente… ?
Trente-et-un ! - Voyons, mon père…
Je vous ai dit depuis vingt ans !
Alors, trente-et-un, ça ne ferait même pas deux par an…
Et qu’est-ce que c’est deux par an… ?
Évidemment… évidemment...
Mais alors… combien ?
Si vous voulez le savoir, ce soir, c’était le cent-deuxième…
Ah… ah, mon Dieu…
Mais où je suis tombé… ?
Mais je viens de vous l’expliquer, mon père, dans une auberge où on tue tout le monde !
C’est un vrai cimetière tout autour ! Et encore, ils n’y sont pas tous…
Tenez, le dernier, vous pouvez le voir… - Où…?
Par la fenêtre.
Là…?
Je vois rien…
Mais alors, rien du tout…
Où ça… ?
Dans le bonhomme de neige.
Dedans… ? - Dedans.
Ah ah ah ah ah !
Oh, vous savez, il n’est pas plus mal là qu’ailleurs…
Pensez qu’il pourrait être dans le ventre d’un cochon…
Quoi ? Vous donnez les chrétiens à manger aux cochons ?!
Ben, ils les mangent bien, eux…
Et vous, vous en mangez du cochon ?
Je vous dirais que moi, je l’aime pas tant que ça, le cochon…
Monsieur, ils redemandent du cochon !
Tant mieux, c'est salé. Ça fait boire !
Où est Marie ? - Dans sa chambre avec le moine.
Mais qu'est-ce qu'ils font ? - Ils grillent des châtaignes.
Ah ! Depuis que vous êtes là, je m'en fais du mauvais sang.
C'est que mon mari, lui, il n'a pas de religion.
Alors, quand il a vu votre petite église, il a dit :
"Il y a pas de Bon Dieu, il faut qu'il y passe."
Dans l'escalier ?
Oh ! Vous savez, dans l'escalier ou dans la chambre.
Dans l'escalier, c'est le marteau, dans la chambre, c'est le couteau.
Hein ?
Oh, mais rassurez-vous, mon père.
Avec la tisane qu'on leur fait boire avant, ils peuvent rien sentir.
Eh bien, ma fille, tout ça n'est pas bien grave !
Votre mari est derrière la porte.
Ne vous mettez pas martel en tête.
Vous n'aviez pas besoin de blanchissage.
Et surtout, ne me demandez pas l'absolution, ça n'en vaut pas la peine.
Ce serait gaspiller la grâce du Bon Dieu.
Une toute petite bénédiction.
Voilà.
Allez en paix, mon enfant.
Alors, Marie, qu'est-ce que tu fais là ? J'ai besoin de toi, moi.
Et vous, vous n'êtes pas encore à table ?
J'y vais à l'instant même.
Et maintenant, vous oubliez tout ce que je vous ai dit.
Moi, j'ai rien dit et j'ai tout oublié.
Vous n'êtes pas bien, mon père ?
Non, pas tellement, j'ai les jambes toutes mollettes.
Attendez, vous allez boire un verre d'arquebuse.
Merci.
Ça me les rendra pour me remettre en route.
Ah, parce que...
Vous ne restez pas avec nous ?
Non, je crois que c'est préférable.
D'ailleurs...
Le temps a l'air de s'arranger.
La tempête faiblit.
Quoique votre auberge soit très convenable.
Remarquez, il faut mieux pour mon jeune novice qu'il couche au couvent.
Eh bien, mon père, dans ce cas...
... nous regrettons de vous perdre.
Mais enfin, si c'est votre idée...
Permettez que je vous éclaire, mon père.
Prenez garde. - Hein ?
L'escalier est dangereux.
Il en a bien l'air.
Il arriverait un accident que ça m'étonnerait pas.
Ne parlez pas de malheur, mon père. - Oh, non, je dis ça histoire de parler.
Oh, pardon, mon père !
Elle est mignonne, votre petite. - N'est-ce pas ?
Et vous savez qu'elle est presque fiancée. - Oh !
Et à qui ? - À un gendarme.
Un brigadier de gendarmerie.
Vous voyez bien pourquoi. - Non.
Voyons, dans un commerce comme le nôtre.
Il faut bien être avec la gendarmerie, ça peut être utile.
Vous me comprenez ?
Madame, vous faites sans doute allusion à des choses qui me sont sorties de l'esprit.
J'allais oublier.
Alors, mon père, bonne route.
Merci. - Merci à vous.
Et bonne santé.
Merci et bonne santé à vous et à tous les vôtres.
Et sans adieu. - Sans adieu.
La maison vous est ouverte, quand vous voudrez.
Oh ! Merci, mais je m'en rappellerai. Oh oui, je m'en rappellerai.
Que la maison m'est ouverte...
Ah, le voilà !
Enfin, où était-il, celui-là ?
Alors, vous n'avez plus faim ? - Vous nous oubliez, mon père.
Mon père, vite, à table.
Oui, c'est vrai, je vous oubliais.
Ah, mon Dieu, c'est épouvantable.
Qu'est-ce qui est épouvantable ? - Rien.
Alors, asseyez-vous, mon père.
On vous a gardé votre potage au chaud.
Monsieur de Mésillac... - Oui, madame.
Non, non.
Pas de soupe.
Alors, un beau morceau de cochon ?
Ah !
Oh non.
Oh ! Pas de cochon.
Surtout pas de cochon.
Pourtant, ces messieurs dames l'ont trouvé très à leur goût.
Je vous assure, vous avez tort.
Il était succulent.
Vraiment, ces cochons de montagne font un de ces fumets !
Je vous assure, goûtez-le.
Mon père...
Si vous n'aimez pas le cochon.
Vous êtes mal tombé.
C'est bien simple.
Nous n'avons littéralement mangé que ça :
Saucisson, jambon, rôti.
Ah, mes amis.
Mes amis qui soupez tous ensemble autour de cette table...
... bon appétit. - Merci, mon père.
À la vôtre !
Et bon appétit, aussi.
Ça passe pas.
Mais, vous qui aviez si faim, tout à l'heure, qu'est-ce qui vous est arrivé ?
Mon père et qu'est-ce que vous avez ?
Ce que j'ai, madame...
J'ai les yeux plus gros que le ventre, voilà ce que j'ai.
Mais, vous n'avez pas l'air content, mon père.
Bah ! C'est pas que je sois pas content...
Mais je suis pas tranquille.
Pas tant de bruit !
Pensez bien que j'ai une oreille à la cuisine et l'autre à la salle à manger.
Qu'est-ce qu'il dit ?
Il dit qu'il se sent pas bien...
Il veut rentrer au couvent, tout de suite.
Tu vois, j'ai eu qu'un mot à lui dire.
Alors, vous voulez bien me faire un peu de conduite au couvant ?
Nous prenons un plaisir de vous ramener au couvant.
Après un pareil repas, l'air froid nous fera du bien.
Et vous, milord ? - Si tout le monde y va...
Bien sûr, tout le monde y va.
Oh, moi, vous savez...
Marie, il nous enlève nos voyageurs.
Qu'est-ce que tu lui racontais, tout à l'heure, dans la chambre ?
Écoute-moi...
Tu as mangé le morceau, avoue-le ?
Tu m'as trahi pour un moine ! - Mais non.
Ah...
Je suis une victime des prêtres.
Attention, attention !
Fais vite, vite, des lanternes !
Notre père nous enlève.
Ce sera tellement amusant !
Martin, laisse-moi faire.
Mais oui, mais oui.
On va vous en donner, des lanternes.
Ce sera plus prudent. La nuit est tellement noire.
Une vraie procession ! - Mais qui portera les lanternes ?
Vous venez chercher vos souliers ?
Non.
Parce que je les ai cachés.
Où ?
Vous êtes bien curieux pour un moine.
Et puis, ça m'est égal.
Parce que c'est pas ça que je suis venu chercher.
Eh ben, vous êtes pas curieuse pour une fille.
Venez, ils sont dans la grange.
C'est le Bon Dieu qui nous a amenés ici. - Vous parlez toujours du Bon Dieu.
Et si c'était le diable ? - Oh...
Le diable ou le Bon Dieu...
... ça m'est égal.
Vous iriez en enfer avec moi, petit moine ? - Tout de suite !
Pas tout de suite, mais un jour.
J'irai en enfer avec vous et ça serait pas l'enfer.
Si le bon père vous entendait !
Pauvre père...
Je lui dirai pas comme ça.
Ça lui ferait trop de peine.
Qu'est-ce que vous lui direz ?
Je lui dirai : "Mon père, excusez-moi."
Mais quand j'ai voulu me faire moine.
Je savais pas que je rencontrerais Mathilde.
Je savais rien...
Et maintenant...
J'en sais trop long pour être moine.
Le plus savant des moines...
... il en sait moins long que moi.
Eh oui, je me sens un peu fatiguer, vous savez ?
Moi, Je veux pas mourir ici, il vaut mieux que je rentre.
Vous nous enlevez nos clients.
Vous savez bien pourquoi, voyons.
On me fait un bout de conduite, pas loin, jusqu'au couvent.
Jusqu'au couvent ? - Oui.
Il y a au moins 3 lieues.
Trois lieues ? - Trois lieues !
Mais comment ? Vous nous avez dit "un jet de pierre".
Mais, je vous ai pas dit comment on a lancé la pierre.
Si c'est avec une fronde, c'est pas pareil qu'avec la main et alors si c'est un canon.
Vous me feriez faire trois lieues dans la neige à mon âge ?
Remarquez, vous pouvez pas vous perdre.
À droite, vous entendez hurler les loups, donc c'est la forêt.
À gauche, vous entendez le torrent, donc c'est le précipice.
Mais, c'est de la folie !
Malheureuse !
Vous voulez pas que je les sauve ?
Ce qui serait plutôt à craindre...
... c'est les mauvaises rencontres.
Les malfaisants qui se postent au coin des bois...
... pour détroussent les pauvres voyageurs.
Allons, M. Martin, vous voulez rire.
Il n'y a plus de brigands maintenant.
Ça, c'est des histoires de l'ancien temps.
Allez, en route, mauvaise troupe.
Ah, ça, jamais de la vie, j'aimerais mieux mourir.
Pauvre folle ! Si vous saviez...
Si vous saviez quoi, mon père ?
Rien...
Rien.
Jeannou... ?
Où est Jeannou ?
Mais c'est qu'il est capable de partir, ce saint homme !
Il faut défendre les fous contre eux-mêmes ! - Vous avez raison.
Tenez, mon ami, et gardez-la bien.
Malheureux... avec une fille...
Bon, c'est une faiblesse passagère, je te la pardonne.
On en reparlera plus tard.
Allez, au couvent.
Non, mon père.
Tu veux pas venir au couvent ? - Non, mon père.
Petit misérable !
Ne le touchez pas, il n'est plus à vous, il est à moi!
Et ta vocation, mon petit ?
Ma vocation...
C'est de l'aimer et je l'aimerai jusqu'à la mort.
Ça, ce sera peut-être pas long.
Et même après la mort, je l'aimerai encore...
Si c'est donné aux trépassés.
Oh, mon Dieu !
Jeannou, viens...
Il faut que je te parle, viens...
Pense à ton père...
Tu peux pas...
... faire entrer un président de tribunal dans cette famille-là.
Eh ben, s'il veut pas y entrer...
... qu'il reste à la porte.
Malheureux Jeannou ! Je te reconnais plus.
Ton visage s'est durci.
Ta voix s'est faite méchante...
Eh ben, si c'est ça que vous appelez l'amour...
Je vous ai pas dit que je vous aimais.
Vous.
Adieu, Jeannou.
Ton péché t'aura perdu.
Cette fois, tant pis, hein.
Je crois que dans cette maison...
Il n'y avait pas un seul juste à sauver.
Il n'y en avait qu'un de juste...
... c'était moi.
Et encore...
... je suis pas bien sûr de l'être...
... juste...
Ah, mon Dieu.
Tu vas t'ouvrir !?
Comme un rat dans une nasse ! - Vous vouliez nous quitter?
La clé !
Où est la clé ?
Cherchez la clé !
Je ne ris pas, moi ! Laissez-moi partir.
On vous en empêche pas., mon père. Cherchez la clé !
Allez-vous finir, méchantes gens que vous êtes ?
Allons, mon père, ne cherchez plus, on l'a donnée au nègre !
Ah !
Au nègre ?
Pas par là non plus !
Mais par où ? - Par ici.
Par ici ?
Allons, mon père, soyez raisonnable, allez dormir.
J'ai pas sommeil !
Je vous dis que j'ai pas sommeil.
Je vous dis que je n'ai pas sommeil. Je n'ai pas sommeil.
Par où voulez-vous monter ? - Je ne veux pas monter.
Je ne veux pas monter.
Je ne veux pas monter.
Je veux rentrer au couvent, C'est la volonté de Saint François Régis.
C'est la plus belle chambre.
Mon père, elle est pour vous.
Je vous dis que j'ai pas sommeil.
Hé bien ! Vous direz votre chapelet. - Bonne nuit, mon père.
Moi, je me couche tout habillé. J'enlève juste mes souliers.
My God ! Quel froid.
Mais on gèle chez vous !
Oh ! Là, là !
Il y a de quoi attraper le mal de la mort. - Je vais dormir en bas, moi.
Hé oui, il fait froid.
Mais attendez un peu.
On vous prépare une bonne tisane bien chaude.
Qu'on vous montera quand vous serez couchés.
Ah ! Heureusement ! - Faites vite.
Hé ! Deux tasses pour moi.
Marie...
Je crois qu'il est un peu éventé ton pavot, double la dose.
Moi, je veux qu'ils dorment.
Le moine, son moinillon...
... la marquise, le milord...
Le gros boeuf...
... la Parisienne, son petit crevé.
Ça va.
Entrez !
Oh !
Attendez !
Merci.
Qu'est-ce que vous voulez ? - Il y a pas de clé à ma porte.
Vous n'en avez pas besoin. - Et alors, pourquoi il y a une serrure ?
Oui, je me disais... je...
C'est dangereux de jouer avec les armoires.
On peut mourir écrabouillé.
Qu'est-ce que c'est ? - Une bonne tisane pour vous réchauffer.
Ah oui, la tisane.
Alors... j'ai pas froid du tout.
Vous claquez des dents.
Moi... moi, je claque des dents ? N... N... Non.
Si, vous claquez des dents.
Buvez ça, ça vous fera du bien.
Oh, que c'est chaud.
Oh ! Là, là ! Je comprends que c'est chaud.
C'est tellement chaud que je le boirai dans mon lit.
Non, tout de suite, on a besoin des bols.
Alors, je vais le boire, mais c'est chaud.
Oh, là, là ! Comme c'est chaud !
Oh, c'est chaud, mais c'est bon.
Dites-moi...
Avec quoi vous la faites, cette tisane, il faut me donner la recette.
Merci. Oh, c'est bon.
Tu en voulais un autre ? - Oh non, ce serait de la gourmandise !
De la lumière, ça, je voudrais bien.
Pour quoi faire puisque vous allez dormir.
Tout de suite.
Ah oui, alors c'est... oui, oui.
Entrez....
Et fermez la porte.
Entre nous, cette tisane, comment vous l'avez trouvée ?
Avec beaucoup de whisky, ce n'était pas mauvais.
Et maintenant...
Comment vous vous sentez ? -Très bien, merci.
Tout à fait bien. - Tout à fait.
Ma santé vous intéresse ? - Oh, oui !
Je voudrais pas qu'il vous arrive du mal.
J'espère que ça ne vous ennuie pas que je dorme.
Mais, vous ne voulez pas plutôt qu'on parle un peu ?
Oh non !
Si vous voulez, faisons une petite partie de cartes.
Oh, ça non, milord !
Oh, non, non !
Les cartes, oh, ça, non !
C'est vraiment pas possible. Notre règle nous le défend, absolument.
Alors bonne nuit. - Oh, non, ne dormez pas ! Ne dormez pas !
Où elles sont les cartes ? - Dans mon pantalon.
Et votre pantalon, où il est ? - Sur ma tête.
Combien jouez-vous ?
Mais mon brave, Milord...
Vous savez bien que j'appartiens à l'ordre mendiant et que j'ai pas un sou.
Mais l'argent qu'on vous a donné tout à l'heure ?
Oh, mais il est pas à moi, il appartient à saint François-Régis.
Alors, sans argent, je ne joue pas aux cartes !
Alors, tant pis, puisqu'il le faut.
Pardonnez-moi, grand saint.
Non, je t'ai dit non. Pas pour lui.
Qui c'est qui n'a pas bu ?
Ah ! Monsieur, le malheur est entré dans la maison.
Mlle Mathilde, elle est amoureuse.
De qui ? - Du moinillon, madame.
C'est elle qui l'a empêché de boire. - Oui, c'est moi !
Je ne veux pas qu'on touche à Jeannou.
Ça tient pas debout !
Comment veux-tu en sauver un si on tue tous les autres ?
Oh, Mathilde ! Tu sais bien que c'est tout le monde ou personne.
Hé bien, cette nuit, ce sera personne.
Ah non ! - Qu'est-ce que je vous disais ?
Des voyageurs, il en viendra toujours.
Mais Jeannou, lui, je n'en aurai jamais d'autres.
Tant pis pour lui s'il est mal tombé, mais il y passera comme le reste !
Si vous touchez à Jeannou, je vous dénoncerai aux gendarmes.
Mathilde !
J'irai vous voir couper le cou !
Malheureuse ! - Ne me touche pas ou j'appelle.
Ils dorment tous.
Jeannou ne dort pas. - Ben, appelle-le !
Fétiche, le merlin.
Mais appelle-le.
Il est pas loin, il t'entendra.
Appelle...
Mais appelle donc !
Alors, je vous joue votre petite église.
Le reliquaire ?
Ah ! Ça, monsieur, jamais !
Si, si, j'aime beaucoup votre petite église...
Nous jouons votre petite église...
Oui, oui, vous jouez votre petite église...
Milord...
Milord, ne me laissez pas seul.
Réveillez-vous, réveillez-vous !
Allez, il faut que je le dise mon secret. Tant pis si je me damne.
Il se passe ici des choses épouvantables.
Milord... Milord... mais...
Ah, mon Dieu !
On dirait la trompette du Jugement dernier.
Mademoiselle !
Oh... Jésus, Marie, Joseph.
Oh !
Malheureux...
Mais réveillez-vous !
Mais, vous êtes en danger de mort, mais réveillez-vous !
Ah, chéri...
Oh ! Mon Dieu, dans quel état, ils vont paraître devant vous ?
M. Barboeuf !
M. Barboeuf ! M. Barboeuf !
Madame !
Madame, réveillez-vous ! Mais réveillez-vous !
Saint François Régis. - Mais non, madame, mais c'est pas moi.
Mon Dieu !
Qu'est-ce que je vais faire ?
Tant pis, moi, je vais mettre le lit.
Quoi, qu'est-ce que c'est ?
Oh, c'est encore vous ?
Je suis tombé, il doit y avoir un trou. - Hein ?
Quoi ?
Non, mais regardez-le, il va, il vient...
Il se faufile partout comme un cafard !
Je demande pas mieux que de partir.
Oh ! Pas si vite !
Nous avons un petit compte à régler, tous les deux.
J'ai rien fait de mal.
Qui a vidé les poches de mes voyageurs, comme dans une église ?
C'était pour une bonne oeuvre.
Et qui c'est qui leur a monté le coup pour qu'ils aillent de chez moi ?
Et qui c'est qui m'amène un petit ratichon qui tourne la tête à ma fille ?
Elle s'est mise en tête de l'épouser, votre moinillon !
Oh, mademoiselle !
Ah, il est bien temps maintenant que le mal est fait !
Laissez-moi essayer, au moins.
Mademoiselle...
Comment voulez-vous épouser un garçon qui s'est promis au Bon Dieu ?
Il peut pas faire un bon mari.
Et moi, c'est lui que je veux et personne d'autre.
Mademoiselle, écoutez monsieur votre père.
Surtout que je lui ai choisi ce qu'on peut trouver de mieux.
Je n'en doute pas, M. Martin.
Un brigadier de gendarmerie.
Mademoiselle...
Mais c'est un choix excellent.
Je ne veux pas de ton gendarme!
Vous la voyez ?
Plus rien à faire.
Ah, vous avez fait du beau travail.
Fétiche, ramène-le dans sa chambre.
Non, je ne pourrai pas dormir si je vous sens dans l'embarras.
D'abord, c'est mon métier de ramener les filles au respect des parents.
Du respect... du respect !
Oh, mademoiselle ! De si braves gens
Un père qui a fait pour vous tant de sacrifices.
Enfin, voyons.
Mettez-vous un tout petit peu à sa place.
Il se dit cet excellent père :
" Voilà, j'ai travaillé, ma maison est prospère, seulement, on sait jamais."
" Demain, c'est pas aujourd'hui ni hier."
Alors, supposons un ennui.
Un voyageur grincheux qui se plaindrait.
C'est bien ça, M. Martin ?
On a beau se couper en quatre, les gens, ils sont jamais contents.
Alors, un gendarme dans une famille commerçante, c'est une sécurité.
Les gens y regardent à deux fois avant de dire des choses contre vous.
Je dirais même que dans une famille comme la vôtre...
... C'est une imprudence de pas avoir un gendarme.
Elle est aussi têtue que sa mère !
Des fois, ça peut être le gendre des mauvais jours, on ne sait jamais.
Je ne veux pas de gendarme là !
Vous entendez, le mal est fait, mais tout ça se paiera.
Fétiche...
D'un autre côté, elle a pas complètement tort.
Ah ! Il la soutient, maintenant !
Je veux pas dire du mal des gendarmes, M. Martin !
Mais tout de même, qu'est-ce que c'est qu'un gendarme.
Dans l'immense et gigantesque appareil de la société ?
Hein ? Un brigadier ?
Un gendarme est fait pour arrêter les gens.
C'est déjà pas mal.
Oui, mais qui c'est qui donne les ordres aux gendarmes, hum ?
Qui c'est ?
C'est les juges.
Hé bien, si j'étais vous et madame...
Je me demanderais si je pourrais pas trouver mieux qu'un gendarme.
Un juge !
Encore mieux qu'un juge !
Voyons, M. Martin, ayez de l'ambition pour mademoiselle votre fille.
En cas de malheur.
Qui c'est qui décide si on la coupe la tête ou si on ne le coupe pas, la tête ?
C'est le président du tribunal.
Pourquoi vous parlez de couper la tête ?
J'ai dit ça ? J'ai pas fait exprès.
Moi, dans la vie, j'ai toujours entendu dire :
Qu'il vaut mieux s'adresser au Bon Dieu qu'à ses saints.
Eh bien, en justice, le Bon Dieu, c'est le président du tribunal.
Un président du tribunal, mais tu l'entends, Marie ?
Mais vous parlez pour ne rien dire !
Vous voulez pas que je la marie avec un président du tribunal ?
C'est vieux, ces présidents-là !
Mais avec la petite, ça ferait un mariage dégoûtant.
Oui, mais les présidents de tribunal, ils ont aussi des fils à marier.
J'en connais pas, moi !
Pourtant, il y en a un là-bas... dans votre grange.
Jeannou ? - Jeannou.
Nom de Dieu !
Qu'est-ce qu'il fait votre père ? - Quoi ?
Je vous demande ce que fait monsieur votre père.
A cette heure-ci, il doit dormir.
Et dans la journée, son métier, quoi ?
Il est président du tribunal de Privat.
Président... Président du tribunal. - Oui.
Celui qui est assis au milieu, celui qui a toujours raison, quoi ?
Oui.
Et bien sûr qu'il exerce encore ? - Dame !
Alors, touchez là, jeune homme, ma fille est à vous.
Son père voudra-t-il ?
Eh oui, au fait.
Mais s'il voulait pas, on se passerait de lui.
Vous êtes sûr, on pourrait ?
Le Bon Dieu descendrait lui-même pour les marier, ces beaux enfants.
Rien que pour se faire plaisir.
Et vous vous le feriez ce mariage ?
Moi ?
C'est-à-dire que...
Ah...
Je dis pas non, vous savez.
Alors, perdons pas de temps.
Allez, allez...
Tout de suite
Ah ! Non, pas dans une écurie.
En pleine nuit.
On dirait que vous avez honte de ce mariage.
Ah ! Non, non.
Moi, je vois une belle cérémonie, digne des deux familles...
Quelque chose d'imposant avec une belle assistance.
Mais je l'ai, moi, l'assistance !
Les voyageurs !
Voyons, M. Martin, vous allez pas les réveiller ces braves gens qui dorment.
Et pourquoi pas ? Un bon café bien fort, hein Marie ?
Hé ben, ils sont que cinq. - Sept avec les postillons.
Ah oui alors, bien sûr...
J'ai plus rien à dire.
Et vous savez, sept personnes, c'est pas beaucoup.
Il faudra pas qu'il en manque une. Je les compterai.
Allez, monsieur Martin, topez-là.
Cochon qui s'en dédit.
Oui, elle a été longue, cette nuit.
Oh !
Mais c'est le singe du forain !
On l'a trouvé tout seul sous un arbre la pauvre bête.
Vous n'avez pas vu son maître ?
Si, on l'a vu hier.
Il montait sur Peyrebeille avec son singe et son orgue.
Merci.
Martin, regarde ta fille!
C'est ta robe de mariée ? - Tu l'as reconnue ?
Je pense bien. Ça s'oublie pas, les mauvais souvenirs.
Vous voyez, si le bon nègre ne l'avait pas gardé.
Vous n'aviez pas de musique à votre mariage.
Allez, en route.
Tiens, un mariage ?
Je sais pas ce qu'ils ont à dormir comme ça. Pourtant, je leur ai fait du bon café.
Regardez voir, mon père.
C'est presque aussi beau que dans une église.
Misérable !
Sauriez-vous me dire comment ces objets de piété sont tombés entre vos mains ?
Vous avez donc tué un prêtre ?
Ah !
Oh non, non !
C'était pas un prêtre, c'était un marchand d'objets de piété.
Ah bon, un marchand.
Hé ben, vous me rassurez, vous savez.
Jeannou, mon fils, écoute-moi.
Non, je vous écoute pas.
Écoute-moi, mon petit, avant de te décider...
Mais c'est tout décidé, mon père.
Il faut que je te parle. - C'est trop tard pour parler.
Tu crois ça, petit malheureux ?
Je te parlerai, moi et devant tout le monde.
Assez de messes basses.
Mais qu'est-ce qu'on attend ?
Mes enfants...
Madame... monsieur...
Avant de prononcer les paroles qui feront de cet homme et de cette femme.
Une seule âme et une même chair.
Je tiens à dire ces quelques mots qui me paraissent s'imposer.
On pourrait pas se passer de sermon.
Ah non ! J'estime que c'est indispensable.
Mais regardez-les ces pauvres gens !
Il n'y a pas un sermon qui pourrait les faire dormir aussi bien.
Alors, faites vite ce mariage et qu'ils se remettent en route !
Sans perdre de temps !
Je leur fais pas perdre leur temps.
Je leur montrerai le raccourci.
Par le petit pont de bois ? - Par le petit pont de bois.
Ah ! Ça, c'est une riche idée.
Une excellente idée.
C'est pas la première fois que je bénis un mariage.
Mais jamais je l'ai fait dans un sentiment d'inquiétude...
Et parfois même... l'angoisse...
Trop souvent, hélas, confirmée par la suite.
Je dis pas ça pour vous, mes chers petits.
Qui eurent toutes les garanties d'un bonheur durable.
On dit que la plus belle période du mariage, c'est celle des fiançailles.
Et on n'a pas tellement tort.
Ce qui me fait peine, c'est que dans votre cas...
Un mariage qui nous coûte cher. Si au moins on s'était gardé les voyageurs.
Qui t'a dit qu'on va pas garder les voyageurs.
Je leur ai promis qu'ils assisteraient à la noce.
Mais après, en cours de route, un accident est vite arrivé.
Êtes-vous bien sûr qu'en scellant devant Dieu l'union...
... que vous désirez du fond de votre coeur.
Vous n'allez pas abîmer la chose la plus précieuse du monde et la plus grande ?
J'ai nommé l'amour.
Il en faut de l'amour pour se marier. Il en faut même beaucoup.
Il en faut même tellement.
Que quand on a dépensé pour se marier.
Tout ce qu'on avait d'amour dans son cœur.
On s'aperçoit qu'il vous reste plus que le mariage.
Deux pauvres êtres accrochés l'un à l'autre, qui avancent.
Je dis pas vers la mort.
Marié ou pas, on y arrive toujours, à la mort.
Quoiqu'encore les gens mariés y arrivent plus vite que les autres.
La preuve, les prêtres, ils enterrent tout le monde.
Mais là où on va.
Là où vous allez, mes enfants.
Si vous dites "oui", qui n'est pas un mot plus joli que "non".
C'est vers un pays gris comme la cendre.
Qui s'appelle...
"Le pays des gens mariés".
Alors, on est là à se regarder vieillir, tomber malade, devenir laid.
En se disant, c'est lui ou c'est moi qui s'en ira le premier.
En voilà un sermon ! - Laisse, c'est tellement vrai.
Merci, madame.
Vous me direz : il y a des enfants.
Bien sûr, il y a les enfants.
Les enfants, c'est mignon.
"Laissez venir à moi les petits enfants", disait notre Seigneur.
Et qui c'est qui faisait venir à lui ? Les enfants des autres !
Lui n'était pas marié.
Si c'était tellement bien, il l'aurait pas fait, non !?
Vous entendez ?
Des bûcherons.
C'est pas croyable ce que les bruits portent sur la neige.
Nous sommes à plus de cent mètres, on dirait qu'on est dessus.
Fichu métier, qu'ils font.
J'aime mieux être gendarme.
C'est pourquoi devant tous les dangers qui menacent un jeune couple.
Les nuages sombres qui accourent de tous les horizons.
Pour obscurcir le ciel des deux jeunes époux.
Dans lequel on entend déjà les 1ers grondements du tonnerre.
Il faut se demander, si ce sacrement, ne l'oubliez pas est indissoluble...
C'est-à-dire que quand on y est, on y est bien.
Si ce sacrement est absolument nécessaire...
Il y a tellement de gens qui s'en passent et qui ne se portent pas plus mal.
Qu'est-ce qu'il raconte ?
Ce que je dis là, M. Martin...
C'est ce que pense l'homme qui n'a pas de religion.
Pour le chrétien, bien sûr...
Enfin, M. Martin, mais regardez-les.
C'est plus un mariage, c'est un dortoir.
Non, moi, je peux pas parler dans ces conditions.
Oh ! Vous avez assez parlé, comme ça. Mariez-les et au trot.
Au trot ? - J'ai dit au trot !
Monsieur Martin...
Ça leur fera pas un joli souvenir, vous savez.
Allez, mes enfants, levez-vous.
Oh, par exemple...
Euh...
Alors l?
Voilà que tout à coup, j'ai un grand trou dans la tête.
C'est drôle, hein ?
Je me rappelle plus la formule du mariage.
Ah, tu as perdu la formule ?
Attendez, je crois qu'elle me revient.
Deus Israël conjugat vos :
et ipse sit vobiscum,
qui misertus est duobus unicis :
et nunc, Domine, fac eos plenius benedicere te.
Beati omnes qui timent Dominum : qui ambulant in viis ejus.
Continue, toi !
M. Martin, les fidèles doivent se tenir debout pendant la bénédiction.
Allez, debout, les fidèles !
Réveillez-vous.
Réveillez-vous, voyons !
Vous ne m'entendez pas ? Debout !
Debout ! - Qu'est-ce que c'est ?
Regardez, on vous dit.
Tais-toi, Fétiche.
Vous aussi, debout... debout !
C'est pas fini, le mariage ? - Ça va plus traîner, maintenant.
Et comme ça, ça vous va ?
Il faut bien. - Alors, finissons-en !
Bon.
Quoniam vir caput est mulieris, sicut Christus caput est ecclesiae...
Oh, mon Dieu, que je suis bête.
Quoi encore !?
Vous m'avez tellement bousculé que nous avons oublié les alliances.
On peut pas s'en passer ?
Bien sûr, on peut se passer des alliances.
Mais tout de même, M. Martin, on s'est déjà passé de messe.
On se passe de l'église...
Des demoiselles d'honneur...
Des enfants de choeur.
Moi, je veux bien, alors n'appelez plus ça un mariage.
Ça ressemble à... rien.
Qu'est-ce qui te prend à toi ?
Hé, il flaire son maître.
Ouvrez les mains, mon père.
Reprenez ça.
Reprenez ça.
Misérable.
Qu'est-ce qu'elles ont, ces alliances ?
Elles me brûlent les mains.
Alors, c'est bien long pour choisir deux anneaux !
Monsieur Jean de Mézillac...
... consentez-vous à prendre pour épouse, Mlle Mathilde Martin, ici présente ?
Oui.
Mlle Mathilde Martin, consentez-vous à prendre...
Ah !
Le singe !
Quoi ?
L'orgue, vite, vite !
Oh, salut, gendarme ! - Salut, M. Martin !
Salut, tout le monde ! - Merci, mon Dieu !
Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ?
On a une bonne nouvelle pour le joueur d'orgue.
On lui a retrouvé son singe.
Ça, par exemple, alors !
Mais où est ce singe ? - Là !
D'ici, on le voit.
Tenez, tenez.
Tenez, là.
Son maître le fera descendre.
Dites donc, il nous doit bien une bouteille pour le dérangement.
Ça, il y coupera pas.
C'est qu'il n'est pas là, son maître.
Pas là ?
Comment pas là ?
On vient d'entendre son orgue.
Il est reparti hier soir.
En laissant son orgue ?
Tu te rappelles pas, Martin ?
Il l'a donné en gage.
Il perd son orgue, il perd son singe.
Il reste plus grand-chose à perdre. - Rien que la vie !
C'est bizarre, tout de même...
Un homme qui abandonne son instrument de travail.
N'est-ce pas ? C'est plutôt rare.
On peut le voir, cet orgue ?
L'orgue ? Tu sais où il est, Fétiche ?
Dans le foin ?
Écoutez, messieurs les gendarmes, je suis en train de marier ma fille.
Le fiancé a déjà dit oui, alors laissez-nous finir.
Non, ne vous pressez pas messieurs les gendarmes, faites votre travail.
Comme ça, la fiancée aura du temps pour réfléchir.
Drôle d'endroit pour mettre un orgue.
On dirait bien que vous le cachez. - Caché ?
Oh, on n'a rien à cacher, ici !
Dites donc, ça vaut de l'argent, ça.
Pour un dîner, c'est payé cher. - Il avait beaucoup mangé et beaucoup bu.
Et même s'il serait mort de congestion, ça m'étonnerait pas.
C'est étonnant, quand même.
Qu'il soit parti comme ça en pleine nuit, vous trouvez pas messieurs ?
Le père a raison.
Par ce froid, il n'a pas dû aller bien loin.
Hé bien, en attendant qu'on ait retrouvé le cadavre, chère fripouille.
Et sans remerciement pour le timon que vous nous prêtez.
Et que vous auriez pu nous prêter hier soir.
Si l'appétit du gain ne l'avait emporté sur la charité chrétienne...
Nous avons bien l'honneur de vous présenter nos devoirs.
Ainsi qu'à votre charmante fille. Vous direz oui sans nous, mademoiselle.
Permettez-moi de baiser une petite main qui ne porte pas encore son alliance.
Alors, M. Barboeuf ? - Voilà, voilà !
Nom de Dieu, mon bonhomme de neige !
Alors ça, on peut plus passer ?
Vous ne toucherez pas à mon bonhomme de neige !
On va bien voir. - J'y tiens, moi, à mon bonhomme de neige.
Ça n'est pas ça qui va nous empêcher de faire sortir la voiture, tout de même.
Allez, en route !
Au fond, qu'est-ce qui c'est qui commande ici ?
Je suis chez moi, je fais ce que je veux !
Cette fois, M. Martin, j'en ai assez !
Je vous avertis que maintenant, Je vais me fâcher pour tout de bon !
Voyons, M. Martin, vous n'avez pas honte de jouer avec un bonhomme de neige à votre âge?
Mais, qu'est-ce qu'il a de si beau, votre bonhomme de neige ?
Je vous en ferai un autre, c'est pas la neige qui manque ici.
M. Martin.
Si dans deux minutes, vous n'avez pas écarté ce personnage du trajet de notre voiture.
Soit par le fer, soit par le feu, soit avec l'aide de vos seules mains.
Je vous préviens que mes compagnons d'infortune et moi même, nous sommes décidés.
N'y touchez pas ! C'est un souvenir.
C'est là qu'on s'est rencontrés, Jeannou et moi.
Ça vous fait rien ça, sans coeur ?
Allez, pas d'histoire ! On a déjà une nuit de retard.
Arrêtez !
Et si on le déplaçait en allant doucement ? Ça ira peut-être ?
Ce que tu en penses, Fétiche ? - À nous quatre.
Mais laissez-nous faire.
Vous seriez fichu à me l'abîmer, grande brute !
Allez, écartez-vous, reculez, voyons !
Mon Dieu, vous allez pas permettre qu'ils y arrivent.
Mon Dieu, si vous l'avez permis.
Doucement, attention, il penche.
T'aurais pas pu le construire ailleurs, toi ?
Pas besoin de chapeau !
Mais laissez-nous tranquilles à la fin !
Qu'est-ce qu'on vous a fait ?
Défends-nous, toi.
Ils sont pas bien méchants.
Visez la tête !
Vous aussi, Caroline.
Il s'amuse comme un enfant.
Tu vois, Marie...
Ça t'apprendra à sauver les curés.
C'est tout droit...
Mais en arrivant en bas, là, vous continuez pas.
Vous tournez à gauche...
Et la première petite route, c'est le raccourci.
Ah, non, je le connaissais pas celui-là.
Merci à vous, mon père. - Je vous en prie.
Ah, mon père ! - Et voilà... mes amis, ha, ha!
J'ai montré la bonne route au cocher.
Vous en avez pour une heure à peine.
Il ne me reste plus maintenant que...
Vous ne voulez pas descendre avec nous ? -Oh non.
Allez !
On souperait tous ensemble à Privat.
Oui, mon père, faites-nous plaisir.
A "La cloche d'or". - Non, merci, mes amis, merci.
Je pense que je m'arrêterai pas de sitôt dans une auberge, vous savez.
Pourquoi, mon père ?
Cette fois, vous voilà bien partis.
Tenez, je profite un peu de votre voiture...
... jusqu'à l'endroit où nos deux routes vont se séparer.
Malheureux Jeannou ! Une dernière fois !
J'ai dit : "Jusqu'à la mort" !
Mais cette fille n'est pas ta femme.
C'est vrai, Jeannou. Je n'ai pas dit "oui".
Tu viens de le dire !
Assassins ! - J'irai vous voir couper le cou !
Gardez-les bien. Surtout qu'ils ne s'échappent pas !
Mauvais prêtre ! - Moi ?
Qui a trahi le secret de la confession ?
"Je préfère me faire arracher la langue", il disait.
Et tu l'as cru ?
Voilà ce que c'est que d'avoir de la religion, pauvre idiote.
La langue ?
Mais je me suis pas servi de la langue ! J'ai rien dit.
Vous feriez mieux de demander pardon au ciel !
En enfer que j'irai ! Au ciel, j'aurais peur de te rencontrer !
Ta gueule, Marie. - En route !
Écoute, Marie. Ils vont tout droit au petit pont de bois.
Oh, dommage.
C'est du gaspillage.
Moi, trahir le secret de la confession ? Mais, c'est pas pensable !
J'ai simplement envoyé une boule de neige sur le chapeau du bonhomme de neige.
J'ai pas fait plus, le Bon Dieu a fait le reste.
Vous l'avez aidé un peu, quoi ?
Vous n'allez pas le lui reprocher, ça serait un comble ?
Le bon père a été admirable, - il faut une fière chandelle !
Je n'ai fait que mon humble devoir, Milord...
Silencieux et présent comme un ange gardien.
J'écartais de vous les embûches. Et c'était pas toujours facile.
Enfin, vous êtes sauvés, c'est l'essentiel.
Oh, voilà le petit pont. Au revoir, je vous quitte
Priez pour nous, mon père.
Au revoir mes amis. Au revoir.
Et que saint François-Régis vous garde !
Au revoir ! Allez en paix !
Moralité !
Que cette sanglante affaire
Pour vous, serve de leçon
La vertu vous sera chère
Et Dieu pour vous sera bon
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