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Original subtitles

Cette histoire se passe dans le Limbourg.

Depuis la nuit des temps, il est une terre propice aux histoires.

On raconte que certains sont nés pour perdre.

Ils ont beau lutter pour échapper à leur destin,

ils continuent de patauger dans la boue, jusqu'à ce que la mort les rattrape.

Ceci est l'histoire d'une famille

que l'infortune poursuit depuis des générations.

Ils le disent eux-mêmes : ils ont ça dans le sang.

Il y a de quoi se demander d'où leur vient cette infortune.

Mais quand la malchance vous poursuit, la seule chose qui compte c'est :

comment s'en débarrasser ?

Voyez comme je brille, vilaines et vilains !

Je suis le roi du Peel.

Moi, mes enfants et leurs enfants

allons nous affranchir de la terre noire du Peel.

À partir de ce jour, ma lignée

sera vouée à la richesse et à l'abondance.

Je veux aussi un casque comme ça. - Comment il l'a eu ?

Quelle est donc l'histoire du Tourbier et du Casque d'or ?

La voici.

Notre histoire commence quelques générations plus tard.

Né, dans la terre glaise limbourgeoise,

voici notre héros, Jos.

Jos est homme de raison et de logique.

Il vit de faits, de chiffres, de temps.

Désolé, Jos, on avait rendez-vous avec les Turcs allemands.

Avec le fameux Deniz, dont je t'ai parlé.

Les histoires, très peu pour lui.

Pourquoi on se retrouve dans une foutue forêt enchantée par ce temps de chien ?

Au milieu de nulle part.

Dis à ta petite amie de fermer sa portière.

Cette portière est naze, mec.

Nom de Dieu !

Qu'est-ce qui nous veut, ce vieux con ? On va où ?

Patience. Il bosse à l'ancienne.

À l'ancienne ! T'es qu'un putain de lèche-cul.

De plus, l'ironie du sort veut

que Jos fasse partie d'un récit plus vaste et très puissant.

Et ce récit commence

maintenant.

Donc, faites comme moi, accrochez-vous.

C'est comme de l’Asian Fusion.

Tu gardes les pistaches pilées, mais tu ajoutes des fruits.

De quand date la dernière innovation dans l'industrie de la tarte ?

Je propulserai la tarte dans le 21e siècle.

Je mélangerai les cultures dans une tarte.

Un baklatarte, tu comprends ?

Baklava. Tarte. Baklatarte.

Y a un marché à prendre.

Coucou, bande de nazes.

On est où ? - Fermez-la.

Tiens.

Le boulant allemand primitif. Tête noire, poitrine blanche.

Et celui-ci, le gros lot, le smerle anversois.

Des oiseaux ?

On est là pour des putains de piafs à la con ?

À la con ? Ils valent des mille et des cents.

Crétin.

Bordel de merde. Ce mec est sérieux ?

Ferme-la.

Toi, tu restes ici. Toi, tu viens.

Baisse ta lampe, bordel.

Je vois que dalle. - Viens.

Monsieur. Monsieur.

Prends-les à deux mains. Doucement !

Nom de Dieu !

Vite, prends ce que tu peux.

Désolé, Jos. Hé merde !

Jos. Ça va ?

Entre.

Je t'avais demandé deux pigeons de compétition bien précis, Jos.

Deux sacs de pigeons voyageurs bas de gamme. Ils vont me servir à quoi ?

Si je peux même pas te confier ce genre de petits boulots, alors...

Mais si, Pierre.

Mais pourquoi y a plus que des petits boulots de merde ?

Nom de Dieu, je suis un homme d'affaires, pas un directeur de cirque.

Tu deviens nonchalant, Jos.

Quoi ?

Tu commences à ressembler à ton abruti de frère.

Répète pour voir. Vas-y !

Jos, calme-toi. Jules te fait marcher.

S'il dit ça encore une fois... Avec sa boiteuse de fille.

Laisse la petite Jolanda en dehors de ça.

Des jambes arquées, c'est terrible pour une gamine.

Un cerceau sur pattes.

Bon Dieu ! Salaud ! - Assez.

Jules, assieds-toi.

C'est très simple, Jos. Je veux mon fric.

Et entre-temps, t'es plus le bienvenu.

Allez, Jos. - Quoi ?

C'est comme ça. - Allez, Pierre.

Viens. - Ouais.

Tu sais à qui tu parles ?

Merci pour ton aide, dégonflé.

Tu leur dois combien ?

Jos ? - Quelques milliers.

Combien de milliers ?

Une trentaine.

Mauvais investissements, mauvais conseils.

À l'ancienne. Un vrai Parrain.

Dépêche. - J'arrive.

Jos, les Turcs allemands dont je parlais,

ils m'ont promis un gros coup.

C'est quoi, ça ? - Leur carte de visite.

Un magasin de robes de mariage ? - Salles de mariage.

Ça, c'est de la couverture.

Ces mecs sont un cran au-dessus.

Et donc ?

Je me disais qu'avec ton expérience,

et mes contacts, on pourrait s'associer.

Faire équipe. Fifty-fifty.

Je sais trop bien dans quel foutoir tu trempes avec tes potes turcs.

Des saloperies chimiques. Cette nouvelle dope a tout pourri.

Nouvelle dope?

Tu sais depuis combien de temps existe l'ecstasy ?

T'es vraiment un vioc.

Öz... Dépêche, mec.

Si tu dis un mot à Linda de ce qui s'est passé au café...

Je dirai rien.

Tu peux compter sur moi.

On forme une famille. - Une famille ?

C'est pas parce que tu fricotes avec ma fille, que t'es de la famille.

Hendrik.

Ça va ?

Viens, là.

T’es encore brûlant.

T'as déliré toute la nuit.

Je vais te chercher de l'eau.

Quoi ?

Pourquoi y a des pigeons dans la salle de bains ?

Je... enfin...

Tu vas continuer encore combien de temps ?

Quelle heure il est ?

L'heure de se lever. J'ai besoin de la salle de bains.

Qu'est-ce que tu fais ?

Je... nouveau hobby.

Certains valent une fortune.

Notre fille a quelque chose à dire.

Mais vite alors, je dois y aller.

Laisse tomber.

Non, laisse tomber. Je veux pas, comme ça.

Mais quoi ?

Parle, enfin !

Tu peux vraiment pas faire un effort ?

On a nouvelle super importante à annoncer.

De mon mieux ? Pour qui je me décarcasse, tu crois ?

Quelle sorte de nouvelle importante ?

Ce soir, on mange ensemble.

Tâche d'être là.

Hendrik, ouais ! J’arrive, nom de Dieu !

Dégage.

C'était le gros bordel sur la route.

Bon, quoi encore ?

Je voulais juste faire une petite soupe.

Nom de Dieu !

T'as une planche ? Une toile, un sac poubelle, un truc du genre ?

Pour les courses.

Tiens, achète-toi un manteau chaud.

C’est pas de la charité, d'accord ?

Dorénavant, c’est toi qui donneras ses médocs à papa.

Allez, aide-moi !

On lève.

Mon dieu. Ça vaut pas un clou.

Et encore, un clou a plus de valeur.

Saleté de portière.

Je le trouverai. Un jour.

Et je deviendrai roi. Roi du Peel.

Comme ça. On peut aussi le piquer dans le ventre.

Si ça le démange, il va se gratter. Jusqu'au sang.

C'est toi, le pro de l'aiguille, ici !

Clean depuis déjà neuf mois. Hormis la méthadone.

Mission impossible.

Comment avoir une vie normale, avec une famille pareille ?

Si votre pépé le Tourbier n'avait pas planqué le casque,

il aurait été plein aux as. Et vous aussi.

Oui, papa. On la connaît par cœur, ton histoire de casque rouillé.

Y a quelque chose de mauvais chez nous.

Y a quelque chose de mauvais dans notre sang.

On a beau lutter, on n'y arrivera jamais,

car on est nés pour perdre.

Juste.

Nous sommes nés pour perdre.

Allez. Ding, dong.

La mairie l’a pas saisi, ce casque ?

J'en sais rien. Tout ça n'a sans doute jamais existé.

Tu sais ce que tu trouves en remuant la boue ?

Encore plus de boue.

Il doit bien être ici, quelque part.

Ah, chéri. - Coucou, Dien. Tout va bien ?

Laisse-moi d'abord lui parler. Attends, ici.

Hendrik, attends ici. - OK mon petit Jos, pas de problème.

Jos, je te jure. - Tu fais quoi, là ?

À ton avis ? - Il n'en prend plus. Il est clean.

Il sort juste de taule.

Il peut manger un bout avec nous ? - C'est un parasite.

Il sort tout le temps de prison.

La dernière fois, il nous a piqué la hotte de la cuisine.

Mais enfin, ça remonte à des années.

T'es vraiment désespérant !

C'est que ça se vend bien ce genre de matos.

Il a piqué les cadeaux de Noël.

Nos télés, et même le produit pour lentilles de Linda.

Et la liste est encore longue.

Qu'est-ce qu'il fout ici ?

Özgür est notre invité.

J'ai apporté de la baklatarte. Un prototype, fait maison.

Faudrait la mettre au frigo pour qu'elle reste bien collante.

Je t'avais pourtant dit qu'il n'était pas le bienvenu ici.

Oui, Jos, tu l'avais dit. - Papa. Calme-toi.

Bon, on va tous se calmer. OK ?

Jos, j'irai droit au but.

Je suis ici pour demander la main de ta fille.

Oh mon dieu, Özgür. - Quoi ?

Ça va pas, non ? Elle a tout juste seize ans. Nom de Dieu !

J'ai bientôt dix-huit ans !

C'est une adulte.

Je veux plus voir ta sale face de porc, ici.

Et reprends ta cochonnerie.

Raciste. T'es qu'un gros raciste !

Je peux encore décider de qui j'ai envie de voir chez moi ?

Et moi, de qui je n'ai pas envie de voir, comme cette racaille !

Hendrik est mon frère.

La famille, tu vois ? - Özgur fait aussi partie de la famille.

Non, lui pas.

Jos, Linda et moi, on s'aime.

Tu peux rien y changer. Il est temps de la laisser partir.

Nom de Dieu !

Fais pas ça, papa ! - Jos.

Papa, lâche-le !

T'es devenu fou ? - Lâche-le

Lâche-le ! - Lâche-moi !

Qu'est-ce qui se passe ici ? - Hendrik, t'es pas le bienvenu.

Ça y est, c'est parti. - Quoi, c'est parti ?

Oh, regardez.

Ils me l'ont annoncé le mois dernier seulement.

Linda voulait te l'annoncer, mais t'es jamais là.

Huit semaines trop tôt.

Il souffre déjà d'un retard.

Jos est désemparé.

D'ordinaire, il est aisé de nier une histoire captivante.

Mais celle-ci hurle haut et fort.

Ton petit-fils.

En effet, c'est son petit-fils.

Son sang. Celui qui coule dans leurs veines, depuis des générations.

Né, dans la terre glaise limbourgeoise.

Condamné à cette terre noire. Embourbé jusqu'au tombeau.

Seule une question compte.

Es-tu né pour perdre ?

Tu dis quoi, papa ?

Jos, ça va ? - Tu dis quoi, papa ?

Né pour perdre ?

Viens.

Raciste. Sale raciste. - Jos, qu'est-ce que tu fais ?

Et tes principes, alors ?

Tu sais très bien qu’on parle ni de pigeons ni de clopes.

Dien a raison. Assez cafouillé.

Je dois voir plus grand.

Elle a dit ça ?

Dien n'est pas bien. L’humidité de notre maison aggrave son arthrite.

Bizarrement, cette fichue piscine pourrait l’aider.

Ce sera bon pour ses articulations, ça calmera ses douleurs.

Et en plus, maintenant, il y a ce maudit bébé.

Je suis un homme d’affaires.

Je dois veiller à ce que mon petit-fils ne manque de rien.

Allez planquer votre bagnole.

S’il te plaît.

Allez planquer votre bagnole, s’il te plaît.

Il va pas nous faire chier, le vieux con ?

Mais non, t'inquiète.

Je comprends pas pourquoi tu l'as amené. Il est où, Abdul ?

Abdul est... - Démarre !

Ces mecs se laissent pas embobiner.

Je vais pas laisser ce petit morveux de Turque me dicter sa loi.

Nom de Dieu !

On est prudents avec les étrangers.

Je comprends.

Mon garçon.

Tu veux m’empoisonner ?

Mes intestins ne supportent pas ce thé. Combien de fois dois-je le dire ?

Deniz est un bon gars. Très sûr de lui, mais tête brûlée.

La jeunesse.

À qui le dites-vous.

J’ai tout à fait le même problème avec Özgür.

Je peux pas le laisser agir tout seul. - Je comprends.

Et ce Özgür,

il est un peu niais, n'est-ce pas ?

Deniz en dit du bien, et je fais confiance à mon jeune neveu, à sa vision.

Mais je sais pas si ce niais d'Özgür est prêt pour une mission si importante.

C'est pour ça que je suis là.

Laissez-moi vous dire une bonne chose, monsieur.

Ma vue et mon ouïe baissent de plus en plus.

Mais l'odorat du loup ne cesse de s'affiner avec les années.

La Taupe.

Quoi ?

On vous appelle La Taupe.

Le Loup. On m'appelle Le Loup, non ?

Taupe, loup, des allégories tout ça. Tu es un loup.

Je pencherais plutôt pour une taupe. À cause des yeux.

Métal.

Moisi.

Pour une telle mission, vous avez besoin d'un deuxième homme.

Quelqu’un de fiable.

Comme un membre de la famille, compris ? - Oui.

La famille, c’est sacré, monsieur Jos.

Je ferais très attention, si j'étais vous.

Donc, demain soir.

Il s'agit d'un groupe de Pakistanais, un nouveau contact.

Ils ont des fûts de produits chimiques. Faut les récupérer.

Un simple transport.

Mais je te préviens, c’est pas des tendres.

Donc pas d’armes.

C'est clair ?

Clair.

T’as vomi ta baklatarte?

Reprends-toi.

Si t’as peur des menaces, qu'est-ce que tu fous ici ?

Toi et ta "taupe".

Deniz, fais-moi confiance.

Une chance pareille, j’en aurai plus.

Bon voyage, messieurs.

Arrête de me casser les pieds.

Le répondeur de Dien.

Oui, Dien, c'est moi. Tu réponds pas.

Tu dois être encore à l’hôpital.

Je voulais juste dire que je suis sur un gros coup.

Je suis de retour dans la cour des grands.

T’inquiète, Dien. Tout ira bien.

Traqué, il avait peur.

Si je le cache…

ils pourront pas me le reprendre, qu'il pensait.

Papa, tu t’achèteras des nouilles, en passant ?

Il a enterré le casque.

pour pouvoir le récupérer ensuite.

Mais bon.

Le roi du Peel.

Je le trouverai.

C'est moi qui parle.

La partie business.

Toi, tu la boucles.

D'accord, mon petit Jos.

Si on gère, je suis de retour dans les affaires.

On est sur la bonne voie, Hendrik. On est de retour.

On est nés pour réussir.

Non ! Nom de Dieu !

Attrape-le.

Les voilà.

Les Pakistanais.

Reste près de la voiture.

Tiens-toi bien droit !

Tu montres que tu es là, mais tu bouges pas.

Hendrik ? - OK, mon petit Jos.

Tu ressembles à rien, mec.

Waouh... Chic !

T'es en retard.

C'est mon garde du corps.

Donc pas d'entourloupes ?

Les clés de la bagnole contre le sac.

Les clés contre le sac.

Donne !

Toi, donne !

Donne-moi ce sac !

Hendrik, non !

Hendrik, non. Non !

Baklatarte.

Et voilà Jos, l'homme d'affaires.

À quoi lui servent encore les chiffres et les lettres ?

Son histoire pourrait se terminer ici, mais ce serait trop facile.

Il doit d’abord apprendre à lire sa propre histoire.

Et par-dessus tout : il doit se réveiller.

Réveille-toi, Jos.

Réveille-toi.

Ma pelle. - Cinq tonnes, putain.

Ma pelle.

Il a pris ma pelle.

Cinq tonnes. Et Hendrik s'est tiré, l'air de rien?

Et maintenant, on fait quoi ?

Ils veulent savoir comment ça va, ce qui s'est passé.

Et ce Deniz va sûrement m'appeler.

Ils vont nous buter, Jos. Merde.

Pourquoi tu m’en as pas parlé ?

On devait bosser ensemble, comme des associés.

Tu comptes faire quoi ?

Me mettre une beigne sur la gueule ? Vas-y !

Je le savais. Dégonflé.

Réponds.

Réponds et dis que tout va bien.

Jos, tu fais quoi ? Jos, réponds.

La seule chose importante à faire, maintenant, c'est retrouver Hendrik.

Compris ?

Mon idée est peut-être conne, mais il est peut-être rentré à la maison ?

Ça a l’air tellement con… - Ouais, désolé.

...que c'est tout à fait plausible.

Nom de Dieu !

En tout cas, pas d'Hendrik calciné en vue.

C'est quoi, ça ?

Pourquoi cette chose est la seule à ne pas être partie en fumée ?

Jos, ta caisse.

Nom de Dieu !

C'est pas possible.

Attendez un peu.

Cette peinture ne vous appartient pas.

Quoi ?

Cette peinture ne vous appartient pas.

Non, je sais, abruti.

C'est à Hendrik. Tu l'as vu ?

Je veux lui parler ? - "Vouloir" ?

Nous voulons tous tellement de choses, mais il faut les mériter.

Vous comprenez ?

Voilà.

Allez, grouillez-vous !

On était le onze du onze.

Le jour du Mardi gras. - Quoi ? Le carnaval ?

C'est ça, en l'an 2011.

Une année plus singulière que les autres. - Qu'est-ce qu'Hendrik à avoir avec ça ?

Laissez-moi vous conter une histoire. - Une histoire ? Maintenant ?

Il était une fois, un homme convaincu de devenir prince du carnaval.

Il était tard, en ce onze du onze 2011.

Et...

En réalité, on était déjà le douze du onze 2011.

Et c’était là, tout le problème.

Et ?

Toujours rien. Nom de Dieu !

Nom de Dieu, Hay ! Du calme.

Désolé, mon garçon, mais les gens sont fatigués.

C'est aujourd'hui que ça devait se passer. Elle était à terme aujourd'hui !

Onze, onze, onze ! C'est ce qui était prévu.

Mais on est déjà demain, mon garçon. Assez, c'est assez.

Mais ce sera sûrement un magnifique bébé.

Bonne chance et bon courage.

Pauvre homme. Pauvre hère.

Il allait pouvoir rejouer dans la cour des grands.

Mais...

L'enfant avait tardé à venir. La journée était finie.

Et il comprit que sa seule chance de devenir un jour prince du carnaval

venait de lui filer entre les doigts, comme cette date particulière.

Sois un homme ! Ce stupide carnaval est-il plus important que notre enfant ?

Tu ne peux pas comprendre.

Et elle avait raison.

Comment le carnaval pouvait-il lui importer plus que leur enfant ?

Il devait se ressaisir.

Il aida sa femme et resta auprès d'elle.

Et au matin, il fut récompensé.

Elle donna naissance à une petite fille en pleine santé. Tout y était.

Une jolie frimousse, deux oreilles…

Dix petits doigts et…

Onze orteils.

Magnifique histoire. Ouais.

Nom de Dieu ! Qu'est-ce que t'essaies de me dire, mec ?

Hélas, le onzième orteil fut amputé.

La petite dut vivre avec un pied déformé.

T'as vu mon frère, oui ou non ?

Je l'ai vu arriver dans cette affreuse charrette.

Il a foncé jusqu’à la caravane.

Il avait un sac ?

Oui, il avait un sac qu’il serrait fort sous son bras.

Bon Dieu de junkie de merde !

S'il s'est enfui avec l'argent, c'est sans doute pour une bonne raison.

N'importe quoi. C'est pas logique.

Un junkie en fera quoi de tout ce fric, tu crois ?

Faut le trouver avant qu’il se gave d’héroïne.

Peut-être qu'il le cache quelque part ? Pour nous ? Pour...

T’as rien compris? Hendrik est un junkie. Un voleur.

Un meurtrier.

Un meurtrier ?

Tu veux dire quoi par meurtrier ?

Le Raisin, ça vous dit quelque chose ?

Qui ? Le Raisin ?

Il a toujours été là pour votre frère. Toujours !

Il allait le voir, même en prison.

Tenez.

J’ai une adresse pour vous.

Dien, j’arrive toujours pas à te joindre.

C’est plus long que prévu, ce coup.

Y a eu un malentendu avec Hendrik.

On rentre vite. Salut.

C'est quoi tout ce cirque ?

Bienvenue, messieurs.

C'est l'heure de faire une pause dans votre voyage ?

Oui, je...

Mon frère...

Je cherche mon frère.

Hendrik.

Ton frère a la main verte.

La main verte ?

Autrefois, vous jardiniez ensemble, si j'ai bien compris ?

Vous parlez des serres d’Hendrik?

Précisément.

Mais cela fait un bout de temps que je ne l'ai plus vu.

La dernière fois, on a prié ensemble dans sa cellule.

Je suis pas sûr de bien vous comprendre.

Nous prions ensemble.

Depuis des années.

Anja.

Anja !

Ce vin a un goût de bouchon.

Bouchon.

Et donc, Hendrik.

Vous savez où il pourrait être ?

Je suis désolée, Jos. Dieu seul le sait.

Le sort semble s'acharner sur toi, n'est-ce pas ?

Peut-être, puis-je t’aider à inverser le cours des choses ?

Un chemin vers la rédemption.

Parfait, Anja.

Il est vraiment parfait.

Formidable

Voilà, Jos.

Moi aussi, j’ai été puni pour ma nonchalance.

J’ai fait pénitence.

Et tu vois,

tout va très bien pour moi, maintenant.

Vous avez fait pénitence ?

La rose fait office d'alarme.

Vous le saviez ?

Si la rose va mal, la vigne aussi.

Il n'y a qu'une seule voie vers la rédemption, Jos.

On doit se repentir devant le Seigneur.

La taille hivernale touche à sa fin.

Bientôt, le gel va durcir la terre.

Hé, une pelle.

On y va ? Hendrik est pas là.

On reste encore un peu.

Quoi ? Pourquoi ?

Veux-tu, toi aussi, te tourner vers Dieu ?

Quoi, donc ?

Un mot de repentir ou de gratitude ?

Tu peux lui demander de l’aide.

Merci beaucoup.

Mon Dieu, je cherche mon frère.

Mais Vous aussi, je Vous ai perdu de vue.

Poursuis, Jos. - Oui...

Ça ne va pas fort, ces derniers temps.

J’ai peur qu'en moi, dans mon sang,

se trouve quelque chose de mal.

Sommes-nous nés pour perdre ?

Comme papa me le dit depuis toujours ?

Qu’ai-je fait pour mériter ça ?

Y a-t-il un chemin vers la rédemption ?

Désolé, pour mon père. C’était une longue journée.

Non Jos, ne t'excuse pas.

Je n’aurais pas dû vous accabler de toutes ces histoires.

Et ce repas, il arrive ? - Jos, on doit y aller.

Merci pour ceci, le vin, la visite. On doit y aller.

S'il vous plaît, on vous a préparé un festin.

Jos, Hendrik n’est pas là.

Désolé, je dois aller aux toilettes…

Qu’est-ce que tu fous là ? - Quoi ?

Quoi ? T’as quelque chose pour nous ?

T'as du fric ? - J'ai rien.

Donne ! - Lâche-le.

C’est le frère d’Hendrik.

Vous connaissez Hendrik ? Vous l’avez vu ?

Attends ici.

Les médocs de papa.

Ton frère avait ça sur lui. Il est venu hier soir.

Il a prié avec notre chef.

Puis il est reparti. - Où ça ?

Aucune idée.

Mais partez maintenant.

Il est dangereux.

Très dangereux.

C'est un homme très mauvais.

Mais je croyais que Le Raisin était un homme bon.

Un homme de foi.

Tu penses vraiment avoir un truc mauvais en toi, Jos ?

Oui.

Je le sens dans ma tête.

Dans mon corps.

Ce qui est bon n’est pas toujours bon.

Ce qui est mal n’est pas toujours mal.

Partez, maintenant.

Il n'est pas ici.

Attendez.

Hendrik avait un sac de sport noir ?

Il est reparti avec un sac de sport.

Jos ?

Où est Hendrik ?

Je sais qu’il est venu ici.

C’est ta chance de faire pénitence devant le Seigneur, Jos.

Pénitence ? Pourquoi ?

La réponse est en toi.

Fouille dans ton passé.

Fouille dans ton passé ?

Pénitence…

Pénitence…

Pénitence.

Seigneur.

Fouille dans ton passé !

Hé, mais t’étais où ?

On peut se casser de ce trou flippant ?

T'étais où ?

Jos commence doucement à s’ouvrir aux histoires.

Même si leur sens lui échappe encore.

Soit il est trop avide et s'étouffe, soit il y trempe les lèvres et ne goûte...

rien.

Hé, ma pelle!

Il a déterré un truc ?

Il devait vouloir enterrer le sac, mais il a changé d’avis.

C’était à lui ? À Hendrik?

Avant, on planquait tout ce qui avait un peu de valeur, ici.

Ça nous semblait sûr.

Jusqu’au jour où ça ne l'a plus été.

On avait un millier de plants. Prêts à être récoltés.

Mais chaque nuit, les têtes étaient coupées.

Pourtant tout était bien fermé. Impossible d’entrer.

Et alors ?

Un soir, on a monté la garde.

On a vu les plants bouger.

Et Hendrik a tiré.

C’était un gamin du champ de foire d'à côté.

Par la trappe de ventilation, il arrivait à ramper jusqu'ici.

Il est mort ?

Un môme de dix ans contre un fusil de chasse à double canon. À ton avis ?

"Un meurtrier."

Exactement.

Hendrik a laissé le corps de l'enfant

sombrer quelque part dans les marécages du Peel.

On ne pouvait pas en parler.

Jamais.

Quelle histoire.

Une histoire.

Salut ?

Il était là depuis quand, lui ?

Jordy dit que, cette nuit, vous étiez dans les vieilles serres.

C’était mon frère.

Jordy dit qu’on a creusé un trou. - Oui, aussi mon frère.

Jordy dit que vous avez un petit tableau.

Si Hendrik avait su...

que c’était un gosse, il n'aurait jamais tiré.

Je connais cette vieille histoire.

La grande fête foraine d'autrefois n'existe plus, mais je connais l'histoire.

Que ce petit tableau échappe aux flammes n'est pas un hasard.

Pas un hasard ?

Cela ressemble à une malédiction tzigane.

Elle remonte à longtemps et trouve sa source ailleurs.

En effet. Mon pépé a un jour trouvé un casque d'or et...

Une malédiction n’oublie jamais rien.

Elle refait surface, tôt ou tard.

Le temps ne guérit pas toutes les blessures.

Ça fait trois fois que vous dites la même chose.

Tais-toi, Özgür!

Vous savez comment je peux rompre une malédiction ?

Ou l'inverser ?

Notre peuple est originaire d’Inde. Vous le saviez ?

Non, je savais pas. - Les gens du voyage étaient déjà traqués.

Accusés de voler et de semer le malheur.

Tu ne t’en sortiras pas impunément.

Quelle puanteur ici.

Stop !

Nom de Dieu !

Sale chien errant.

Comment… Comment osez me toucher !

Ma bague ! Mon rubis !

C’est elle ! Elle l’a volée ! Fouillez-la !

La milice n'hésita pas à secouer la pauvre tzigane, la tête en bas.

Mais la bague resta introuvable.

Elle l’a sûrement avalée. Ouvrez-lui le ventre.

Je ne ferai pas ça, monsieur.

Mettez-la au cachot. J’ai des amis haut placés.

Saleté de riche puant.

Des années plus tard, l'homme avait oublié la bague, la gitane.

L’oubli est le propre de l'homme.

Et perdre est son destin.

Dépêche-toi, abruti. Je suis pressé.

Oh non, la bague était dans ce vieux costume.

Saleté de riche puant.

C’est quoi, cette puanteur ?

Ouvre la fenêtre.

Le sale riche puant faillit tourner de l’œil en découvrant

que cette puanteur émanait de lui.

Tais-toi, arrête.

Arrête. Ça suffit.

Je déteste ces contes à la con. - Qu’est-ce que tu fais ? Tais-toi, sot !

On doit comprendre quoi ?

Cet interminable conte de turbans.

Vous voulez pas savoir comment ça finit ? - Tu veux nous dire quoi, mec ?

Il veut découvrir quelle pourrait être l’origine de sa malchance.

Nous, on veut savoir où est Hendrik.

Hélas, je ne peux pas vous aider. - Jos, on perd notre temps.

Où est sa trousse ? Ses médocs ? Papa !

Nom de Dieu ! C'est pas croyable.

Le bébé vient de naître. - C'est pas croyable !

Foutu junkie ! T'as pas de réserve ? - La mort.

Je la sens, Jos. - Papa, merde. Y a plus de seringues ?

La mort nous pourchasse, mon petit Jos.

Je la sens. Renifle un peu !

Bonjour, mesdames.

Maman, c'est qui ?

Vous êtes qui, vous ?

Que faites-vous ici ? - Maman.

Abdul.

Pas de trace d’Hendrik en ville.

Comment va Lei ?

Mal, tant qu'il n'aura pas eu ses médocs.

Au fait, concernant la naissance…

J’ai rien contre ce bébé, à cause de toi, tu sais.

C’est bon, Jos. - Non, ça va pas.

Je veux dire…

C’est pas à cause de ton sang, mais à cause du mien.

C’est ma lignée. Tu comprends ? - La malédiction de votre famille...

Oui, c'est ça.

Et maintenant, quelque chose m'appelle.

Je dois l'écouter.

Mon corps... Je pense pouvoir briser ce sort si…

On n’a toujours pas de prénom.

Pas vraiment.

Je dois encore aller faire la déclaration, mais j’y arrive pas.

Un prénom ?

Écoute, Özgür…

On va vite retrouver Hendrik, tu verras.

Et on rendra le fric aux Turcs.

Et tout s'arrangera.

Tu crois ? - Bien sûr.

On pourra sûrement arranger l'histoire du coup couteau en payant.

On fera comme ça.

À l'ancienne. - C'est ça.

À l'ancienne.

Nom de Dieu !

La mort, je la sens. Renifle un peu !

La mort nous pourchasse, Jos.

La mort, je la sens.

Je la sens.

S'il te plaît, balance-le hors de l'auto. - T'es devenu fou ?

Balancer un corps en pleine ville.

Enfoiré d'Hendrik.

Ça va être un vrai Printemps arabe, ici !

Ils vont tous nous buter, Jos !

Si on fait rien, on va tous y passer.

Merde !

Dien ? Tout va bien ? - Pourquoi tu demandes ça ?

On doit se faire du souci ? - Mais non, tout va bien.

Qu'est-ce qu'il se passe ?

On est sur la piste d’Hendrik. Une question de temps.

Comment va Linda? Et le bébé?

Maman ? Bordel, le lait s'est cassé la gueule. Maman ?

Laisse. Jos, dis-le. Que veux-tu me dire ?

Jos, merde !

Dien, je te jure, dès que tout se sera tassé...

Les Turcs verront que c’était un malentendu.

Que c’était pas ma faute.

Je vais faire en sorte de rejouer dans la cour des grands.

Dien ?

Rappelle-nous quand tout sera fini.

C'est l'armée ? - On se calme maintenant.

Bulke, c’est pas le genre de personne qu'il faut contrarier.

Bulke ?

C'est qui, Bulke ?

Ça va ? Tu veux t'asseoir ? - Non, ça va.

Tu viens sans doute voir Bulke ? - En effet.

Suis-moi.

Vas-y doucement avec elle. Elle est de mauvaise humeur.

Jos, c'est qui, Bulke ?

Bulke, c'est mon ex.

Et l’ex d'Hendrik.

Ohlala, mon petit Jos.

Ça fait longtemps.

Les années ne t’ont pas épargné, je vois.

C'est ça, l'ex d'Hendrik ?

Désolé, Bulke,

pour la visite surprise.

Voici mon père, Lei. - Ding, dong.

Et ça, c'est Özgur.

Mon...

associé. - Comment va ton frère ?

Il parle encore de moi ?

J'en ai aucune idée.

On a très peu de contacts.

Oh, ça fait si longtemps !

Aah...

Ses longs cheveux.

Sa chemise toujours ouverte.

Il me faisait planer.

Jusqu'à ce que les ennuis commencent.

La drogue.

Hendrik s'y enfonçait de plus en plus.

Il disparaissait parfois des semaines.

Et moi, je pensais que je pouvais le sauver.

Mais qui tente de

chasser les démons de son partenaire finit par payer le même prix.

Enfin...

Ce qui est fait est fait.

Je veux pas trop te retenir.

Özgür a besoin d'une arme.

Vous pensiez à un modèle en particulier ?

Je pensais à quelque chose de petit, honnêtement.

Un classique.

Un Sheriff Western.

Facile à manier.

Parfait pour les petits espaces : de type snackbar ou wagon de train.

Ça t'évoque des souvenirs.

Toi, t’as choisi du lourd.

Autrefois, lui et son frère étaient des intrépides.

C’est pour ça que tu fais cette tête, Jos ?

Tu as mauvaise conscience ?

C’est monnaie courante dans le milieu.

Moi, ma conscience ne me taraude pas.

Je me laisse guider par les vieux mythes du coin.

Elle va raconter une histoire.

Quoi ? - Elle va me raconter une histoire.

Je vais vous raconter une histoire.

Ça vous dit quelque chose,

la légende des Chevaucheurs de boucs ?

Une bande de pillards qui ne reculaient devant rien ni personne.

Le jour, ils étaient de pieux villageois, mais la nuit venue,

ils se faufilaient dans la pénombre, méconnaissables.

Par-dessus toits, jardins et chemins.

Après une nuit de beuverie et de pillage, la bande maudite rentra chez elle.

Mais l’un d’eux regrettait ses actes.

Tourmenté par sa mauvaise conscience, il se montra imprudent.

Et tomba.

Il tombait, tombait. Et alors qu'il tombait, il pensa :

"Si j'en réchappe,

j'arrête tout.

Je me rachète.

Et ne ferai plus de mal."

"Laissez-moi vivre", supplia-t-il.

Il pensa à son enfant. À sa femme.

Je voudrais tant les revoir, ne serait-ce qu'une seule fois.

"Laissez-moi vivre."

"S'il vous plait, laissez-moi vivre."

Et il survécut.

Le destin voulut même qu’il atterrisse…

…sur sa propre maison.

Auprès de sa femme.

Et de son enfant.

Au secours ! Mon bébé !

Son bébé a amorti sa chute et en est mort ?

Raide mort.

Un mois plus tard, sa femme mourut de chagrin.

Quelle horrible histoire. Pourquoi tu nous racontes ça ?

Le passé est un marécage. Faut pas s’y attarder.

Sinon, on s’y enfonce.

Voici le fusil d'Hendrik,

d'autrefois.

Pas le même fusil, son fusil.

Hélas, elle n'est pas à vendre.

Elle a, pour moi, une valeur sentimentale.

Holà, Bulke. - Reste calme.

Je connais la véritable raison de ta venue.

Tu veux savoir si l'argent est ici.

On cherche Hendrik.

Seuls mes draps froissés sont le témoin de son passage ici.

Quand je me suis endormie, il est reparti.

Comme autrefois.

Tu l'as encore mis dans le pétrin.

Que fera Hendrik de tout cet argent, tu crois ?

Mes hommes t’attendent dehors, Jos.

Tu es cerné…

Salope. - Papa !

Bulke ?

Bulke ? - Courez !

Nom de Dieu !

Qu'avez-vous fait à Bulke ?

Alors ? Garde de merde !

Özgür !

J'arrive, Jos !

Tiens bon, Jos !

Aide-moi ! Aide-moi !

Attrape-le, papa !

Attrape-moi ce fusil !

Hé, gamin !

Reculez !

Reculez ! Nom de Dieu !

Reculez !

On monte !

Nom de Dieu, reculez !

Plus le destin s'accomplit, moins la voie...

Quoi ?

Quoi quoi ?

T'as dis quoi ?

J'ai rien dit.

Quoi ?

Plus le destin s'accomplit,

moins la voie semble claire pour Jos et ses compagnons.

La voie du futur reste nébuleuse.

Et celle du passé...

Hé bien...

Le Peel donne et reprend, comme il l'entend.

Comme pour le casque d'or…

Des esprits maléfiques y fomentent leurs plans.

Au boulot !

Sors !

Bonjour, mesdames.

Oh oui, je voulais t'en parler...

Vous êtes qui, vous ?

Que faites-vous ici ? - Maman.

Pourquoi t’as conclu le deal sans moi ?

Et pourquoi t’as embarqué ton junkie de frère là-dedans ?

Regarde-moi ce bordel.

C'est pas moi qui t'ai mis dans cette situation.

Quoi ? T'es aveugle ou quoi ? - Non, je suis pas aveugle.

J’ai bien vu comment tu galérerais avec ce fusil,

avant qu'il t'échappe des mains.

Si j'avais pas été là pour le ramasser, on serait morts.

Bla, bla, bla.

Faut agir, Özgür. Agir !

Mais t’en es incapable, parce que t'es qu'un gros con de Turque.

Ah ouais ? Je préfère être débile et gros qu'un raciste égoïste.

Ton gosse sera aussi un gros con turc.

Il fera rien de sa vie. Comme son père. T’entends ? Que dalle !

J'en ai marre de ce bordel. Démerde-toi.

Mais je te préviens, c’est pas des tendres.

Clair ?

Clair.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu fais quoi ?

OK, on se casse. Je me gèle les couilles.

Tu me fais quoi, là ?

On est venus de ce côté-là. - Non, de ce côté-ci.

Regarde, là-bas !

La voiture.

Où ? Je vois rien.

Jos, on est venus de là.

Arrête de me faire marcher. Suis-moi.

Viens.

C'est ça, casse-toi.

Casse-toi.

Je te l’avais dit.

Je te tiens, Jos. Je te tiens.

Du calme, Jos.

Insupportable, cette puanteur.

Tu pues comme un cadavre.

Pourquoi tu me regardes ainsi ?

Jos, qu'est-ce que tu fais, là ?

Tu sais où est Hendrik ? - Je pense.

Tout mène là-bas. Tous les signes, toutes les histoires.

Comment j'ai pu être aussi con ? L'histoire de cet Indien.

Ce conte ? Quel rapport ?

Jos, t’entends ce bruit ? C'est la boîte de vitesses.

Cette caisse n'avancera plus jamais.

Jos. Merde, Jos.

Vous êtes de retour.

Ce type puant qui a perdu sa bague.

Comment finit cette histoire ? Comment il…

Comment je peux rompre la malédiction ?

Je vous ai jamais dit qu'il avait rompu la malédiction. Au contraire.

Jos, quel rapport avec Hendrik ?

Y a forcément une morale ?

Un message ou quelque chose que je dois comprendre ?

Tous les gens qui l'aimaient se sont retournés contre lui.

Tout ce qui était frais pourrissait.

Finalement, il est mort de faim,

dans sa quête maudite de la gitane

Mais ce n'est qu'un conte, monsieur Jos.

Moi, je me sens si mal.

Il y a quelque chose de mal, en moi. Dans mon sang.

Je le sens, quand même.

Tu veux me dire quelque chose, n'est-ce pas ?

Il doit y avoir un sens à tout ça.

Quand le feu prend, la corde brûle la première.

La chaleur grimpe via le mur.

Le tableau tombe à plat et échappe aux flammes.

Le simple fait de croire à une malédiction peut causer des dégâts. Vous comprenez ?

Allez, viens, Jos. - Me touche pas, mec.

Tu vois pas que tout est fichu ?

C’était que des conneries.

Des histoires à la con.

Quoi qu’on fasse, on aura beau lutter, on n'y arrivera jamais.

On est nés pour perdre.

Tu perdras seulement, si tu abandonnes.

Qu’on retrouve ce salaud d'Hendrik ou non…

…mon vilain petit-fils a perdu, avant même de commencer.

Après tout ce que, Lei et moi, on a fait pour toi, c'est ton merci ?

Je retourne voir ma femme et mon gosse.

Eux, au moins, apprécient mon aide.

Ouais, casse-toi.

Quelle aide ?

T'étais toujours dans mes pattes, mec.

Quoi ?

Tu nous as tous mis en danger.

Et le pire dans tout ça…

Özgür.

Monsieur Jos ?

Monsieur Jos ?

Je suis un meurtrier.

C’est moi, le meurtrier.

Je suis un meurtrier.

Un meurtrier.

Oh, mon garçon…

J’avais pas le droit d’en parler.

Hendrik m’a forcé à tout oublier direct.

Il a endossé la responsabilité.

Il a tout arrangé, pour moi.

Moi, j’ai réécrit une tout autre histoire dans ma tête.

J’y ai même cru.

Mais c’est moi qui ai tué cet enfant. Pas Hendrik.

Comment ça "tué" ?

Comment ça ?

Vous ne m’écoutiez pas, monsieur Jos. J'ai dit "tiré".

Pas "tué". J’ai jamais dit "tué".

Que veux-tu dire ?

Que ce petit voleur est vivant.

Ils se sont arrangés à l’époque.

Le soi-disant tireur a toujours soutenu la famille financièrement.

Leo, de la grande roue, m’a dit que l'enfant va même très bien.

Il a sa propre entreprise. Une belle entreprise.

Il a réussi à faire quelque chose de sa vie.

Même avec une moitié de visage en moins.

Seigneur.

Il l’a vendu. - Quoi, papa?

Le casque. C'est lui qui l’a vendu.

Pépé ?

Et cette nuit-là, il a tout sifflé au bistrot.

Ensuite, il a passé trois jours au lit.

Ce vieux cinglé a vendu ce satané casque.

Mon petit Jos, on doit rentrer.

On doit d’abord sauver Hendrik et Özgür.

Attends ici, papa.

Je savais qu'ils avaient quelque chose derrière la tête. Ils n'entreront pas !

Sales parasites.

Jos, qu'est-ce qui t'amène ?

Je sais que t’as le sac. Je dois le rendre.

Le sac ?

Le cadeau d’Hendrik, tu veux dire ?

Je croyais que tu cherchais ton frère.

Si j'avais su que c’était pour le fric, il suffisait de le demander.

Hendrik est innocent.

C’est moi le responsable.

C'est noble de ta part, Jos. Mais cette balafre est un cadeau.

Elle m’a offert tout ce qui me manquait.

Une famille. Du sens. La richesse.

Sans cette balafre, je serais resté un bon à rien.

Hendrik...

Tu as fait de moi l’homme que je suis.

Ils sont entrés. Par en haut et par le garage.

Parfait.

Tu fous quoi ici ?

Je t’avais prévenu.

Le sac !

Ce putain de sac est à moi. - Le Raisin l’avait.

Maintenant, il est à nous.

Vous êtes ses junkies.

Des junkies complètement dépendants.

Comme Hendrik.

Comme des rats.

Tu vois, Jos, eux aussi t'ont volé.

Pousse-toi.

Reculez !

Regarde-toi. Un perdant, comme ton frère.

Nés pour perdre.

Il est l'heure de rencontrer ton créateur, Jos.

Il est l'heure de faire pénitence.

Ding, dong.

Donne.

Merci à toi, Jos. Et à ton père.

Vous nous avez sauvés.

Ce qui est bon n’est pas toujours bon.

Et ce qui est mal n’est pas toujours mal.

Donne-moi ça.

Décroche.

Je suis là, nom de Dieu !

Idriss… Vite, va voir le boss.

Nom de Dieu !

Monsieur Jos ?

Où est Özgür, vieux fou ?

Et Deniz ?

Ici.

Vous ne comprenez pas ?

Ton neveu t'a trahi. Ils nous a tous trahis.

Tu m’as pas laissé tomber.

C'est bon.

T'es de la famille.

Putain de taupe aveugle.

Tiens bon, papa. Je vais chercher la seringue !

Baisse-lui son froc.

Ça va aller, Lei, on y est.

Jos ?

Hendrik.

Mon petit Jos !

Hendrik ?

Où t'étais ?

Moi ? Et toi, où t'étais ?

Comment t’as pu me laisser en plan ?

Je t'ai pas laissé en plan.

T'es tombé dans les pommes.

Pardon.

Hendrik.

Pardon pour tout.

C'est bon, mon petit Jos.

C'est bon.

Hé merde.

Jos, ça va ? - Mon petit Jos.

Donc, Hendrik avait flairé le coup fourré dès le départ.

Il voulait absolument venir pour veiller sur son frérot.

Et il avait raison.

On est tombé direct dans le panneau.

Mon garde du corps.

Donc pas d'entourloupes.

Les clés contre le sac.

Les clés contre le sac. - Donne !

Non, Hendrik !

Hendrik, non !

Ce gros malin a nettoyé la scène du crime et m'a mis à l'abri.

Sans savoir que j’avais moi-même merdé.

Manque d’entretien.

Ce n'est que des heures plus tard qu'il a compris que je n'étais plus là.

Il s’en voulait à mort.

Il voulait pas refaire les mêmes erreurs.

Il avait besoin d'un câlin.

Mais n'en a trouvé nulle part.

Il avait besoin de conseils.

Mais il en a reçu de mauvais.

Sa culpabilité le rongeait.

Et les Pakistanais ?

Ça a fini comment, avec les Pakistanais ?

Quels Pakistanais ? - Baklatarte.

En fait, c’était ce stupide neveu qui essayait de nous piéger.

Ce salaud.

Sans Jos, Abdul et moi, on aurait fini au fond de la Meuse.

Et l'argent ?

Où est l'argent ?

Ce qui est bon n’est pas toujours bon.

Et ce qui est mal n’est pas toujours mal.

Ça me paraît un bon début, non ?

Mustafa Hendrik, je te baptise au nom du Père…

Naissance et mort. Comme deux serre-livres.

La vie est un cercle, sans début ni fin.

Un éternel recommencement.

Elle ne peut pas se résumer en un récit cohérent.

Après ça, on le circoncit, n'est-ce pas ?

Et malgré tout, on se cramponne aux histoires,

…car elles nous offrent du réconfort, une direction et du sens.

Ton arrière-grand-père n’a plus jamais remis la main dessus.

Il a cherché dans tous les coins, mais le Casque d’or restait introuvable.

Mais mon pépé a toujours gardé espoir.

Il a continué à creuser, pour trouver le bonheur.

Un jour, tu es le héros de l’histoire « Le Bandit et la tique»…

Et dans une autre histoire,

tu es le méchant.

Héros ou méchant, bon ou mauvais,

sache qu’à la fin, toutes les histoires...

s'achèvent.

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