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-Vous allez perdre le contrôle de vos membres inférieurs.
-Je regarde la maladie dans les yeux.
-Sur les fauteuils, la sacoche : va me la chercher.
-Sauvez-nous !
-Les victimes de terrorisme ont droit à une indemnisation.
Déposez vos noms et vos coordonnées dans l'urne.
Les avocats vous contacteront. -Je suis Me Feuillade.
Entrez.
Racontez-moi tout.
-En Patagonie, y a un parc naturel sublime.
C'est là que je vais me retrouver.
-Reprends-toi, mon vieux. Tout ce déballage, c'est gênant.
-T'es un mouton ?
-Pardon ?
-Me tiens pas. -Te lève pas.
-Regarde ce que j'ai reçu.
-La meuf de la fenêtre ? -Les terroristes négocient :
qui file son téléphone ? Moi. N'importe quoi !
Quand je parle de mes potes otages, personne comprend. Donc, je dis :
les "potages".
...
-Ca va, madame ?
Madame ?
Ca va ?
Vous vous êtes fait mal ?
-Ca va, madame ? -Non.
-Vous êtes blessée ? -Non.
-On appelle quelqu'un ? -Non.
-Vous voulez vous asseoir sur un banc ?
-Non, ça va.
Je suis fatiguée.
-Vous voulez qu'on vous aide ? -Je suis fatiguée.
-Restez pas là. -Non, mais ça va.
Merci. Merci beaucoup.
...
-Coucou.
Ca va ?
C'est hyper lourd !
Ca va ?
Tu me racontes ? C'était comment ? -Excuse-moi.
Il verrouille la porte.
-David ? Qu'est-ce qu'il y a ?
David, tu m'ouvres ?
David ?
-Ca fait plus d'un an, maintenant.
Oui... Je vous appelle tout le temps, mais...
Y a toute ma vie dedans.
Toutes les photos de mes filles depuis leur naissance,
leurs premiers pas, leurs anniversaires...
Ca vous fait rire ?
Ben, non, je trouve...
Ecoutez-moi !
Depuis le début, la DGSE, la DGSI, la DG-machin,
ils disent qu'ils vont me rendre mon portable et le font jamais !
Oui... Merci, l'analyse, je suis au courant.
Depuis le temps, les mecs jouent à Tetris, en fait ?
Pardon. Excusez-moi, pardon. Excusez-moi. Oui, pardon.
On est quelques-uns à être un peu irritables, depuis...
depuis les attentats, et moi, j'en peux plus.
D'attendre mon téléphone, je n'en peux plus. Voilà.
Très bien.
Oui, très bien. Faisons comme ça.
Et excusez-moi.
-(David.)
Ca fait trois jours que tu dors.
Tu dois te lever, maintenant, c'est pas possible.
...
-Vous voulez un verre d'eau ? -Non, merci.
-Bien.
Je vous écoute.
-Le 13 novembre, j'étais au Bataclan avec Caroline.
Une amie. Une collègue devenue une très proche amie.
Elle m'a invité, je voulais pas y aller.
Elle a insisté.
La suite, je l'ai trop racontée, je peux plus.
-Je comprends, M. Yelsky, mais...
Je mets quoi dans mon rapport si vous ne me dites rien ?
Le fonds de garantie s'appuie sur des barèmes précis
pour évaluer l'indemnité qu'on peut vous accorder.
-Oui, bien sûr. -Dans votre cas,
le préjudice d'angoisse de mort imminente, ça fait pas de doute.
Mais y a aussi le préjudice professionnel,
le préjudice sexuel, le préjudice d'agrément.
Ca serait bien qu'on puisse les évoquer.
-Grégory,
votre fatigue permanente, la peur de sortir, votre solitude,
il faut en parler maintenant. -Maître, s'il vous plaît.
Je poserai des questions simples. -D'accord.
-Comment dormez-vous, M. Yelsky, depuis les attentats ?
-Très mal.
Je fais énormément de cauchemars.
J'ai un visage qui me revient.
Quand on est sortis du couloir avec la BRI,
en bas des escaliers, il y avait cette femme...
Je...
J'ai pas les mots.
Je comprenais pas pourquoi ils la sortaient pas.
Elle me regardait, mais en fait...
Globalement, je dors mal.
-Je comprends.
-Le type parle avec toi pendant 1h30,
puis déclare que tu seras consolidé trois ans après les attentats.
Et en attendant, ton déficit temporaire partiel s'élève à 33 %.
-Abracadabra ! Tu te rétabliras dans un an, deux mois et 27 jours.
-Le mec calcule ses honoraires.
-Ton avocate, dans ses yeux, tu vois les dollars qui défilent.
-Non, pas Me Feuillade. Elle est réglo, hyper intègre.
-Ca, tu le dis depuis que tu l'as rencontrée.
-Moi, j'ai un préjudice d'agrément majeur. C'est quoi ?
-T'allais aux concerts et t'y vas plus.
-On allait tout le temps au cinéma, on n'y va plus.
-Le préjudice sexuel, ça se calcule comment ?
-Tu vas pas mentir là-dessus ?
"Depuis les attentats, docteur, ma libido a...
"Elle a explosé ! Hou là là !"
-Je pensais pas que ça se passerait comme ça. On nous demande presque
d'en rajouter dans la souffrance pour toucher plus d'argent.
C'est avilissant.
-Ca donne envie de tout arrêter. -C'est le but.
Si tu t'écrases et demandes rien, pour eux, c'est tout bénef.
-C'est bancal, mais ça existe. Ca vaut mieux que rien, non ?
Combien de pays ont des systèmes pareils ?
-Je suis d'accord.
Avec l'expert, j'ai découvert des trucs qui me faisaient mal
dont j'étais pas conscient.
-C'est toujours pareil. La douleur, si tu t'approches de trop près,
elle te lâche pas, c'est foutu. -Arrête de dire ça.
Arrête. T'as juste pas le courage de regarder les choses en face.
Donne pas de leçons.
-Je tiens la baraque, mais je peux pas l'ouvrir ?
-Très classe. -Ca me fatigue.
-S'il vous plaît.
Pas devant nous.
-Pardon. -C'est bien que ça sorte, des fois.
-Oui. Qui veut une autre bière ?
-Une pinte, s'il te plaît.
-Je vais reprendre un verre d'eau.
-Et toi ?
Le Chili ? Tu nous as pas raconté.
-Je croyais que mes angoisses me suivraient pas au bout du monde.
Quelle connerie ! C'était pire.
J'ai même pas quitté le refuge.
Je pouvais pas, c'était horrible. J'ai paniqué.
Je devrais faire plus de sport.
Ou un peu plus de psy ?
-Eh ! Tu vas y retourner et tu vas y arriver.
-Oui, c'est important pour moi.
Hyper important.
-J'irai avec lui, cette fois-ci. -Mais oui !
-Les expertises, ça me fout en l'air.
Il faut revenir à Paris. Ca m'angoisse toujours.
Et j'ai peur de découvrir que...
que c'est pas vrai, que j'y étais pas, au Bataclan,
que je raconte des conneries. Ca me rend dingue.
Je marche des heures, j'avale des trucs que je devrais pas...
Je vais dans les bars, je parle à tout le monde.
Je rencontre n'importe qui. Et souvent, je fais...
Je fais souvent n'importe quoi avec mon corps.
Je suis pas sûr de me faire du bien.
...
-What a life.
Tiens.
What a night.
-WHAT A BEAUTIFUL, BEAUTIFUL RIDE.
DON'T KNOW WHERE I'M IN FIVE, BUT I'M YOUNG AND ALIVE.
FUCK WHAT THEY ARE SAYING, WHAT A LIFE.
I AM SO THRILLED RIGHT NOW, 'CAUSE I'M POPPIN' RIGHT NOW.
DON'T WANNA WORRY 'BOUT A THING.
BUT IT MAKES ME TERRIFIED TO BE ON THE OTHER SIDE.
HOW LONG BEFORE I GO INSANE ?
I AM SO THRILLED RIGHT NOW, 'CAUSE I'M POPPIN' RIGHT NOW.
DON'T WANNA WORRY 'BOUT A THING.
BUT IT MAKES ME TERRIFIED TO BE ON THE OTHER SIDE.
HOW LONG BEFORE I GO INSANE ?
WHAT A LIFE, WHAT A NIGHT,
WHAT A BEAUTIFUL, BEAUTIFUL RIDE.
DON'T KNOW WHERE I'M IN FIVE, BUT I'M YOUNG AND ALIVE.
FUCK WHAT THEY ARE SAYING, WHAT A LIFE.
IT'S OKAY ! -IT'S OKAY !
-IT'S OKAY ! -IT'S OKAY !
-THAT WE'RE LIVING, WE'RE LIVING THIS WAY.
DON'T KNOW WHERE I'M IN FIVE, BUT I'M YOUNG AND ALIVE.
-Ca va ? -FUCK WHAT THEY ARE SAYING...
-Salut, ma chérie. -WHAT A LIFE.
-Excusez-moi ! Ecoutez ! J'ai une surprise pour vous.
Je vous présente Charlène et sa fille Juliette.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-La dernière fois que vous avez vu Charlène,
elle était suspendue à une fenêtre du Bataclan.
Et la petite dans son ventre.
Juliette a failli ne pas nous connaître. Heureusement,
elle s'en souvient pas. Hein, Juliette ?
Elle va bien ? -Très bien.
-Son papa
est formidable. Je me trompe pas ? -Non.
Assieds-toi. -Je suis émue de vous rencontrer.
Il m'a beaucoup parlé de vous. -Oui, nous aussi.
-Assieds-toi.
-Voilà. -Qu'elle est mignonne !
-Juliette. -Tu bois quelque chose ?
-Elle a quel âge, du coup ?
-Neuf mois.
...
-WHAT A LIFE,
WHAT A BEAUTIFUL, BEAUTIFUL RIDE.
DON'T KNOW WHERE I'M IN FIVE BUT I'M YOUNG AND ALIVE.
FUCK WHAT THEY ARE SAYING, WHAT A LIFE.
-It's okay. -It's okay !
-C'est super, de vous rencontrer.
-Salut, Cindy. -Salut.
-Tu vas bien ? -Ca va, et toi ?
-Oui. Arthur est là ? -Non, je l'ai pas vu.
-Tiphaine non plus ? -Non plus.
Mais Stéphane est dans la cuisine. -OK, cool.
-C'est un truc que je ferai à côté, j'écris pas...
Ah ! Je me demandais si tu viendrais.
Ca va ? -Ca va, et toi ?
-David, Julien.
-Enchanté.
-Il était sur la terrasse, au Bataclan. Il les a vus arriver.
Y a eu les premiers tirs, et puis...
Vas-y, je vais pas raconter pour toi.
-Oui.
Y avait une meuf, juste devant moi.
Elle a pris deux balles et ça m'a protégé.
Je sais même pas si elle est morte ou pas.
Je suis parti aussi vite que j'ai pu, mais dans le mauvais sens.
-Tu es allé où ?
-Derrière, dans le passage.
-Tu sais que David était dehors ? Il était accroché à la fenêtre.
-Ah oui ?
Attends, c'était toi ?
Non, mais... J'étais plus loin, sous une porte cochère.
Je pouvais plus bouger, mais je te voyais.
T'étais comme ça, dans le vide.
J'aurais tellement voulu t'aider... Putain.
Ca me fait tout revenir.
Ca me fait quelque chose de te rencontrer.
C'est pas possible... -T'inquiète, on est là, maintenant.
On a eu beaucoup de chance. -Oui, je sais.
Merci.
-On va faire un dîner,
tous les trois, bientôt ? -Grave.
-Julien connaît très bien Cabaret.
Il les a vus à Amsterdam et Berlin.
Un fan de Kyuss.
-A la base, je m'intéressais à Helloween.
Puis y a eu la révélation "Queens of the Stone Age",
et par Josh Homme, j'en suis arrivé aux Eagles.
Mais à la base, je kiffe les Anglais.
The Kills, No Money Kids...
Tu les connais ?
-Non. -Non ?
Faut que je te fasse écouter ! Ils ont des riffs, je te jure.
Tu montes au plafond.
Leurs guitares, C'est des engins de Dieu.
Tuuuuuuuuu... Duuuu... Tududududu ! Dududududududu !
Avec des gros riffs, c'est fou.
De ce genre-là.
-De ce genre ! -Oui.
Je te ferai écouter. -Avec plaisir.
-J'ai réussi à changer ton Paris-Madrid.
Je t'ai pris le 20h15. *-Merci, Marie, c'est formidable.
-Je t'en prie. Bon voyage.
Pardon...
Allison, la salle de réunion est libre demain matin,
tu peux la prendre. -Ca marche, merci.
-Félix, t'es sur le compte-rendu de vendredi ?
-Je viens de le terminer. -Génial. Tu peux l'imprimer ?
-OK. -Marie ?
Le patron veut te voir. -Là, maintenant ?
-Oui, c'est urgent. Merci. -OK.
Merci.
-Tu veux un café ?
-Non, ça va. Merci. Qu'est-ce qui se passe ?
-Ca fait combien de temps
que tu es avec nous, Marie ?
-Ca fait un an et deux mois. Pourquoi ?
-On a l'impression que tu comprends toujours pas ce qu'on te demande.
T'es efficace, certes,
mais pas toujours au bon endroit. -Et tu crées une ambiance
pas franchement souhaitable. Pas corporate.
-Là, je comprends pas... Il faut m'en dire plus.
-En tant que DRH,
je suis d'accord avec toi. La bonne humeur est importante.
Mais le côté toujours souriante, pleine de vie,
un peu clown parfois, à la longue, ça crée un relâchement général.
Un manque de stress qui induit une forme d'insouciance
qui va se voir dans les résultats. -Mais on peut rien dire,
car t'as vécu ce que t'as vécu. Mais on a tous une histoire.
T'augmentes ma charge mentale, qui est déjà balèze.
-Pardon ?
Tu peux me le répéter, ça ?
-Droit dans les yeux : tu augmentes ma charge mentale.
N'oublie pas que je dirige cette entreprise.
-Je ne l'oublie absolument pas.
J'ai l'impression... Vibreur.
...
Pardon, je dois prendre.
Allô ?
Oui ?
C'est vrai ?
C'est génial.
Non, c'est génial.
Oui, oui.
D'accord, aucun problème. Oui, je peux.
Merci beaucoup.
La BRI m'attend au 36.
Donc... Du coup, je vais y aller, quoi.
Bon courage pour ta charge mentale supplémentaire.
Tu vas voir, on s'y fait vite.
-Dossier réglé.
-On dirait, oui.
...
-Bonjour. -Bonjour.
-Je vous en prie,
entrez.
Asseyez-vous.
Je vous en prie.
On a fait notre enquête avec Nico, le gars qui a l'accent du Sud.
Vous lui avez dit que vous l'aviez pas récupéré : il l'a cherché.
Et comme on connaît du monde, on a fait pression.
Le voilà.
-Euh... Tenez.
-C'est quoi ? -Des chocolats.
Je savais pas trop quoi vous prendre.
-Merci, c'est gentil.
On va se les partager.
Ca a pris du temps,
car un terroriste s'en est servi pour discuter avec sa mère.
Votre appareil est passé par tous les services : SDAT, SAT,
parquet national antiterroriste et DGSI.
Les textos entre le terroriste et sa mère
sont toujours là.
Si vous voulez, je les efface.
Vous avez envie de les lire ?
Si vous préférez,
je vous les lis. Comme vous voulez.
-Oui, c'est mieux. Je pense. Ouais, c'est mieux.
-J'y vais.
"Maman, c'est moi, Foued. Je te dis au revoir."
"Pourquoi tu dis ça, mon fils ? C'est quoi, ce numéro ?"
"Je vais bientôt rejoindre Allah."
"Foued, me fais pas peur. Qu'est-ce qui se passe ?"
"Ne m'en veux pas trop et ne pleure pas pour moi."
"Dis à ma femme que je l'aime."
"Foued, où es-tu ? Qu'est-ce que tu fais ?"
Après, y a trois petits points.
Voilà. -Oui, quand même.
Et...
Vous en pensez quoi ?
-Rien du tout.
-Le fils avec sa mère...
-Je veux pas le savoir.
Pourquoi ?
Vous,
ça vous perturbe ? -Non, c'est pas... Je...
Je sais pas ce que ça me fait.
Je voulais juste récupérer mon téléphone.
Toutes les photos de mes filles sont dedans,
depuis qu'elles sont nées, jusqu'à...
ce novembre-là.
J'ai pas fait de sauvegarde. C'est con, faut toujours en faire.
-Vous les avez, maintenant.
...
-C'est juste des enculés, ces types, je te jure.
Ils ont ni femme, ni frère, ni mère, rien.
-Je sais.
Mais quand même. -Quoi, quand même ?
-C'est une trace. C'est arrivé.
-Non, arrête.
Donne, on efface.
Sinon, tu vas y revenir, le relire. Il faut pas. Donne.
Marie.
Je te connais, je te jure. Laisse-moi faire.
S'il te plaît.
...
Viens dormir.
...
-Regardez pas en bas !
-Ne regardez pas en bas à droite ! -Remontez !
-Ta ceinture, montre ta ceinture. C'est bon, avance.
-Regarde pas en bas !
-Madame, le sac ! -Non !
-Allez !
Brouhaha.
...
-Descendez, regardez pas en bas ! -Allez !
-Tes mains !
-La chemise, allez !
-Levez les mains !
-Allez !
Personne derrière ! -Baissez la tête !
-Pourquoi aller à l'étage, avec Caroline, et pas dans la fosse ?
-C'est moi, c'est ma faute.
Caroline adore être très près de la scène.
Mais j'avais mal au dos.
Je voulais qu'on puisse s'asseoir.
-Avant de monter, vous avez passé un moment au bar ?
-On a bu des bières, oui.
Pourquoi ?
-La semoule,
le bouillon,
les merguez
et l'harissa.
-Génial. -Merci.
Peut-on avoir plus de pois chiches et de raisins secs ?
-Je vous ramène ça tout de suite. -Merci.
Je me demandais si, par hasard,
vous l'auriez croisé à ce moment-là au bar.
-Je sais pas. Je me rappelle pas. C'est qui ?
-Un ami.
Mon meilleur ami.
-Et ?
-Il est mort.
C'est moi qui l'ai retrouvé dans la fosse.
Et c'est moi qui ai dû l'annoncer à sa femme.
Ce qui m'étonne le plus,
c'est que vous ayez réussi à garder la tête froide,
dans ce petit couloir.
Il aurait suffi qu'un seul d'entre vous pète les plombs.
Face à des malades pareils, c'est remarquable.
Vous en aviez conscience ou ça s'est fait par instinct ?
-Les autres, je sais pas. Moi, je subissais, j'ai rien calculé.
J'ai même fait pire.
-Quoi ?
-Ils avaient laissé
un sac de munitions à l'étage, sur un siège.
Ils m'ont dit d'aller le chercher, j'y suis allé.
Depuis, je... J'y repense tout le temps.
Ca me hante.
-Vous n'aviez pas le choix. Ils vous menaçaient.
J'aurais fait pareil. Exactement.
-Ah oui ?
J'ai essayé de retenir la porte avec mon dos
pour vous empêcher d'entrer. -C'est vous ?
Ca nous a paru bizarre, c'est vrai.
C'est normal d'avoir peur, et ça nous a pas empêchés d'entrer.
Je me demandais surtout...
C'était quoi, vos pensées, alors que vous étiez sûr
de pas en revenir ?
-Moi, c'est assez bête, mais quand je me disais que j'allais y rester,
je pensais que mes parents allaient devoir rentrer chez moi.
Et je me demandais si j'avais bien rangé ma chambre.
Ca m'angoissait...
Terriblement.
-Elle est parfaite.
-Moins de cannelle, je préfère.
-Pour le mois de juillet, on peut les inscrire en même temps.
Ca te rassurera. -Je peux plus reculer.
Raphaël attend que ça. -Il l'a dit, tout à l'heure :
"Je veux être avec mes cousines."
-Les enfants,
quand ils sont ensemble, ça se passe bien.
-Papa, arrête de boire.
-Qu'est-ce qui t'arrive ?
-J'ai des trucs à te dire qui vont exiger de l'écoute : lève le pied.
-Arnaud, pas aujourd'hui. -T'inquiète, ça va être doux.
Respectueux, même.
J'ai du respect pour toi, papa, dans le fond.
Pour de vrai.
Ca n'a pas toujours été facile pour toi non plus.
Le pensionnat, c'est du lourd. Je sais bien.
-Arrête, s'il te plaît. -Mais moi, j'y suis pour rien.
Et j'ai décidé de m'en souvenir, que j'y suis pour rien.
-C'est bon, t'arrêtes de nous faire chier ?
-Promis, c'est la dernière fois.
-Bonne nouvelle ! Ca, c'est un bon fils !
Je trinque à ça. -Sache que je vais beaucoup mieux
depuis que je bosse plus pour toi. Je sais pas si tu t'en fous ou pas.
Je sais bien que je vous emmerde avec "mon Bataclan", comme tu dis.
Ma dépression vous fait chier.
Moi aussi, elle me pèse.
Les psys, je suis pas sûr... -Allez !
-Pas sûr qu'ils m'aident à m'en sortir, mais bon.
Ce coup-ci, je vais prendre mon temps.
Oui.
Si je dois m'écrouler, je m'écroulerai.
Je vais pas faire semblant, comme à 16 ans.
Je vais pas rentrer dans le rang.
Et cette fragilité que j'ai,
qui te dégoûte un peu, je le sais bien.
Peut-être qu'un jour, ce sera ma force.
On verra bien.
-On verra bien, oui.
...
-Allez ! -Salut !
-T'avais prévu de faire ça ? Tu l'avais préparé ?
Je m'y attendais pas.
Tu m'as bluffée.
Non, mais vraiment. -Ah oui ?
-Je voulais te dire...
Si on peut s'en sortir tous les deux, je préférerais.
Je veux dire ensemble.
C'est pour les filles, mais pas seulement.
Je voudrais savoir si t'es d'accord pour faire une thérapie de couple.
Avec moi.
-Avec toi ?
-Oui, avec moi.
-Mmm. -Mmm ?
-Mmm. -Mmm.
OK.
Les filles, on y va ? Zoé, viens, mon chat.
-On y va ! -Allez, viens.
-Merci.
-Tu t'attaches, hein ? Le sac au milieu.
-Le vent dans la toile de tente, ça m'a paralysé.
Ca faisait comme des tambours.
Non, pas des tambours.
Comme des rafales de kalach.
J'ai pas fait l'ascension. Je suis rentré passer trois jours au lit.
J'ai raté le dernier rendez-vous pour ça.
-Vous semblez aller mieux.
-J'ai passé une après-midi avec les gars de la BRI.
J'ai ramené des chouquettes.
-Ils vous accueillent facilement.
-On se raconte souvent l'assaut dans le couloir.
La précision de mes souvenirs les bluffe.
"Mieux qu'un premier de colonne !" Tous les opérateurs vous le diront.
-Vous parlez déjà un peu comme eux.
-Je crois qu'avec le temps, oui.
Je crois que j'aurais aimé faire ça si j'avais pu.
C'est des héros, les gars.
-Une mémoire aussi précise est due à un état d'hypervigilance,
on en a déjà parlé.
Inconsciemment, vous étiez préparé au danger.
Vous souvenez-vous d'une expérience traumatisante dans le passé ?
Pas aussi spectaculaire, bien sûr,
mais qui aurait pu vous marquer. -Euh...
Non. Je suis né après la dictature au Chili,
j'ai rien vécu de cette violence-là.
-Vos parents ?
-Non, même... Non.
Ils m'ont rien dit.
Y a peut-être quelque chose.
Peut-être un truc, mais c'est...
-Oui ?
-C'est rien, presque rien.
J'avais l'habitude de dévaler l'escalier de notre immeuble,
à Athis-Mons, à toute vitesse.
Je dévalais les marches. Ta ta ta ta ta !
J'avais 12 ans, je fonçais comme un malade.
Je voyais le carrelage, les marches filaient sous mes baskets,
comme si je volais.
Je me racontais des trucs avec les rambardes.
Les lignes se mélangeaient. Bref, en arrivant aux boîtes aux lettres,
j'ai cogné dans un type qui traînait avec ses potes.
Ca lui a pas plu.
Il a été...
Il a été un peu brutal avec moi.
Rien de bien grave.
-Brutal comment ?
-Vous savez comme ils sont. Con et brutal.
-Racontez-moi.
-C'est tout.
-Racontez-moi.
-Il m'a rattrapé.
J'étais en train de sortir.
Il m'a rattrapé par le sweat.
Et là...
Il a sorti un flingue.
J'y ai pas cru, j'ai rigolé : "C'est pas un vrai."
Il m'a dit : "Tu veux voir ?"
Il m'a demandé de tendre mon bras
avec la main ouverte,
grande ouverte, comme une cible, les doigts écartés.
Grande ouverte.
Il me disait : "Ouvre ta main !"
Je voulais pas. Il me montrait comment faire, il insistait.
J'ai pas voulu, j'avais peur.
Il a posé le flingue
près de ma tête.
Le canon vers le haut, à quelques centimètres de mon oreille.
Il a tiré.
Boum, voilà.
Je suis pas sorti de chez moi pendant un an.
Je pouvais pas.
Quand je devais aller dehors, je passais par les caves,
je trouvais des chemins différents, des détours compliqués.
C'était un délire.
...
-En clinique de l'extrême,
la réalité vient sans cesse perturber le travail en cours.
Les alertes d'attentats, les demandes d'interviews,
les patrouilles de militaires,
tout ce qui rappelle le trauma intervient dans l'analyse.
Mais ça fait partie du travail. Les processus sont enclenchés.
La plupart sont en phase de consolidation.
Si certains restent fragiles, souffrent, tanguent encore,
en ce qui me concerne, les étapes sont bien identifiées.
Je sais où je vais. J'ai pas de problèmes particuliers avec eux.
Par contre...
Par contre,
chez les collègues, les policiers, pas les psys,
les dégâts sont considérables.
Pour moi, le plus difficile à supporter,
c'est l'impossibilité de les aider.
Déjà, le soir des attentats,
quand je les voyais entrer dans le Bataclan avec les pompiers,
je savais qu'ils ressortiraient jamais comme ils étaient entrés.
On n'imagine pas le nombre de divorces, de séparations,
de dépressions chez les flics depuis le 13 novembre.
Et rien n'est fait pour les aider, ou à peine.
Les services d'accompagnement sont pas à la hauteur.
C'est rien de le dire.
Ca fait partie de la culture policière.
Eux-mêmes refusent de se faire aider.
Ils ont peur d'avouer ce qu'ils voient comme un échec,
d'être écartés, d'être moqués par leurs collègues.
Pourtant,
y en a plein qui s'effondrent, doucement, sans le reconnaître.
-Vous avez des exemples précis à nous donner ?
-Oui.
Un certain Fred, un des premiers à être entrés dans la salle,
raconte que,
quand il s'est trouvé devant la fosse,
il a pas tout de suite compris ce qu'il voyait.
Les projecteurs l'aveuglaient. Il a mis du temps à s'habituer.
Quand il a enfin réalisé
qu'il se trouvait devant un amoncellement de corps,
il a tout de suite pensé aux...
aux photographies prises à l'ouverture des camps.
C'est pas le premier, pas le seul à faire ce rapprochement
avec les images de la Shoah.
De voir qu'on ne fait rien ou presque
pour aider ceux qui ont vécu ça.
Et qu'eux-mêmes refusent d'en parler...
Je sais pas quoi en faire.
Je peux juste dire que ça me...
Ca me ravage.
-Je sais pas.
Etre dans une salle de classe entouré d'élèves, je le sens pas.
J'ai pas un super souvenir de cette époque-là.
-Réfléchis. Parles-en à Stéphane, il le fait régulièrement.
-OK. -Ciao.
-David.
J'ai failli te rater.
T'as deux secondes ?
-Oui. Je dois rejoindre Doris à son boulot, mais dis-moi.
-Il me manque des papiers pour le fonds de garantie.
Tu pourrais attester m'avoir vu sur la terrasse du Bataclan ?
Je t'ai vu passer quand t'es entré, mais on se connaissait pas encore.
Je sais pas si tu t'en souviens.
-Bien sûr, je te fais ça. -OK. Merci.
-Salut. -Salut.
-Au fait,
c'est bon pour samedi soir, chez toi, à Chatou.
Je viens seul, Doris a un truc.
-OK. Trop bien. Ca me fait plaisir que tu sois là.
-Ciao.
-Ciao.
-Je porte la charge financière de toute la maison,
et il fait comme si c'était normal. -Je trouve pas ça normal.
-Il fait rien pour me soulager. -C'est impossible, j'y arrive pas.
Je peux plus bouger, plus bosser. Elle veut pas le comprendre.
-Si au moins il m'en parlait ? Il garde tout pour lui.
-Impossible de lui parler, elle fuit.
Elle va aux concerts, aux expos... -C'est trop facile, ça.
Il veut qu'on se penche sur ses petits bobos,
mais lui, que dalle, il peut pas. -Le mépris dans sa voix...
-Il est temps de se mettre un coup de pied au cul.
-Génial, c'est aussi simple que ça. -Tu m'énerves ! Il m'énerve !
Tu passes ta vie sur ta guitare.
Et sur tes peintures.
Que tu refuses de nous montrer !
Si au moins t'en faisais quelque chose...
-Voilà, même un tableau doit servir à quelque chose, être rentable.
Voilà le monde de Marie. -Tu pourrais me les montrer.
-Je prends pas un risque pareil. -Pardon ? Quel risque ?
-Ton point de vue pourrait me démolir.
-Le démolir !
-Tu me fais un mal de chien quand tu veux, tu le sais.
-Ca recommence, il se plaint. -Mais...
T'as entendu ce que je disais ? -Non. Il a dit quoi ?
-Que tu pouvais me faire mal, très très mal, quelquefois.
-Ce qui est peut-être une façon de vous dire
que votre point de vue compte pour lui.
-Ah ? Pourquoi j'ai l'impression qu'il s'en fout ?
J'ai peur de lui parler, peur de sa réaction,
peur de dire une connerie. -C'est pas vrai. T'inverses tout.
C'est toi qui te fous de ce que je fais.
C'est ça qui se passe.
-C'est fou, mais n'importe quoi ! Mais pas du tout !
Mais seulement...
-Vas-y : "seulement" ?
-Allez-y.
-Vas-y.
-Quand j'ai rencontré Arnaud, j'osais même pas l'aborder.
Il me regardait même pas.
Moi, dès que je l'ai vu, je l'ai trouvé...
tellement au-dessus du lot.
Pourtant, les mecs fragiles, c'est pas mon truc.
Mais là,
tout de suite, j'ai senti qu'y avait un mystère en plus.
Y a quelque chose de profond.
Je sais pas comment dire.
-Tout ça, vous ne le voyez plus chez lui ?
-Si.
Je le vois tout le temps, même.
Ca me rend dingue qu'il voie pas que je le vois.
-Sans déconner.
Tu le dis pas trop.
Non plus.
-C'est pas mon truc de dire ces trucs-là, mais...
Je te le dis autrement. -Non, j'aime bien.
-Bon, je vais...
Je vais le verbaliser plus. -Oui.
-Bien.
...
-Mon orientation professionnelle, jusqu'ici,
je me suis planté sur toute la ligne.
Mais je veux pas me dire que c'est trop tard, devenir amer.
Il est temps, j'ai la pêche,
une envie de ouf, rien à foutre du business...
-Il s'agit du travail, malgré tout.
-Pour être sincère, je viens de traverser quelque chose comme...
Ouais, une petite dépression.
J'en sors et... Et je veux plus me laisser faire.
-Vous voulez m'en parler ?
-De ? La dépression ? Non, pas du tout.
Mais de la suite, oui. C'est pour ça que je suis là.
J'ai envie d'inventer, de peindre, de composer des images nouvelles.
Je veux essayer.
Je peux donner le goût du dessin à des ados et des enfants.
C'est les seuls êtres humains que j'ai l'impression de comprendre.
Je m'emballe un peu, là. Non ?
-Au contraire, c'est bien. Je vais vous trouver une formation,
dans les semaines à venir. -Cool.
-On va faire le dossier ensemble.
Euh... Voilà.
Vous êtes libre, les prochains jours ?
-Oui.
-Cette série-là, je l'aime beaucoup.
Il est dément, ce mec. -Ouais, dément.
J'adore sa grimace.
-Il a toujours fait ça, c'est un fou furieux.
Regarde son oeil, là, comme ça...
C'est quand il chante : "I got..." -TO TELL YOU...
I GOT TO TELL YOU...
I GOT TO TELL YOU...
-Je ferai l'intro de mon article avec cette photo.
-Il chante bien.
-Il joue dans deux semaines à la Cigale, tu pourrais venir.
Tu pourrais venir à tous les concerts où on va.
-Carrément.
-Je pourrais t'avoir les places. Tu pourrais même faire
des dessins ou des peintures dans mes articles.
-Je sais pas. Je sors plus beaucoup.
Et je vais être occupé dans les mois qui viennent.
-T'as trouvé un truc ? -Ouais.
Une formation à l'Afdas.
Prof d'arts plastiques.
Il y avait peu de places, mais...
Je suis content, je l'ai eue sans parler du Bataclan.
Rien, pas un mot, juste au bluff.
La patate que j'ai eue d'un coup, je sais pas d'où ça m'est venu,
mais c'était top. -Bravo.
-Trop bien.
-Début de quelque chose, en tout cas.
Guitare acoustique.
...
-I gotta tell you.
-I GOTTA TELL YOU.
-J'y arrive pas. -T'as un air, y a un truc.
Je te jure.
-YOU'RE GONNA MAKE IT.
-C'est gentil.
-You're gonna make it.
Vibreur.
-Il fait flipper, là-dessus.
-Allô ? Oui, c'est moi. -En live, il fait flipper.
*-C'est Arthur. -En live,
c'est pire. -Arthur, de Life for Paris,
me demande si je suis assis. Je suis avec Stéphane et Arnaud.
*-Ils peuvent entendre. -OK, je mets en haut-parleur.
-Salut, Arthur.
-Salut. *-Salut, les gars.
*Bon, c'est pas une bonne nouvelle, je suis désolé.
*Votre ami Julien a menti, tout est bidon.
*On a des photos de la terrasse du Bataclan avant l'attaque,
*il y était pas. On a prévenu les flics,
*son téléphone bornait à Chatou. Il a entendu parler des attentats,
*et sauté dans sa bagnole pour se mêler aux rescapés.
-C'est pas vrai ! -C'est horrible.
-C'est un putain d'imposteur ? *-Oui.
*Un de plus, oui. David, fais vite une contre-lettre
*pour annuler celle où tu dis l'avoir vu le soir du 13.
*Dis que t'as des souvenirs confus de cette nuit-là.
-OK.
Ca marche.
L'enfoiré, putain.
*-Je dois y aller. Je vous embrasse.
-Ciao. -Salut.
-J'y crois pas.
-C'est qui, ce type ? -On l'a rencontré à Life For Paris.
Très sympa, assez paumé.
-Lunaire.
Qui donne envie de lui parler, de l'aider, de le consoler.
J'ai pleuré avec lui, moi.
-On lui a raconté notre Bataclan, nos vies...
Je lui ai parlé de mes filles.
-J'espère qu'il va payer cher.
Très cher. -Je suis désolé, les gars.
-On se casse, Doris va arriver. J'ai pas envie de lui dire.
-Faudra bien lui annoncer.
-Oui, je sais pas, ça m'écoeure, ça salit tout.
C'est comme si j'avais honte. Je suis pas prêt à le raconter.
-OK, on se casse. -On bouge.
Je suis désolé, mon pote.
-Toi, tu... Allez, fais-le, on fait tchin.
-Y a quoi ? -Tu fais tchin au...
au rock, au rock... au rock alternatif.
Au rock alterna... Tchin, bois. -OK, au rock alternatif.
-Voilà. Moi, je bois au hard-rock.
-Oui. C'est super.
-Euh... Pardon.
Excusez-moi. -Oui ?
-On peut ravoir deux vodkas ? -Deux vodkas ?
-Tu te souviens quand tu m'as pris la main dans le couloir ?
Au Bataclan ?
Merci. Tu te souviens ?
-Bien sûr que je me souviens. -Moi, j'ai pensé...
"Il fait quoi, ce mec ? Il est fou."
Et en même temps, ça m'a fait du bien.
Et après, j'ai pensé :
"Le type est deux fois plus jeune que moi,
"et c'est un vrai bonhomme."
Tu vois, un solide.
"Un type en or." J'ai pensé ça.
-T'as pensé ça ?
-Oui, j'ai pensé ça.
-C'était déjà là ?
-Ouais, c'était déjà là.
Hein ? Quoi ?
Quoi ?
Qu'est-ce qui était déjà là ?
-Nous, tout ça, qu'on se mentirait pas, qu'on pourrait jamais tricher.
-Non, impossible.
On pourra jamais... Impossible, pas moyen de se trahir.
-Pas moyen.
-Tu... Tu pleures.
-Non, je pleure pas.
-Si, tu pleures. -Je pleure pas, je te dis.
-Mais si...
Excusez-moi. -Oui ?
-Il pleure.
Je peux vous prendre ça, là ?
-Oui, allez-y. -Je vous le rends, pardon.
(Regarde-moi. Tu dois pas pleurer comme ça.)
-On se quittera pas ? Plus jamais ?
-Ecoute : oui. Heureusement que personne nous entend.
-Justement, qu'on nous entende ! -Non.
-Les gens ! J'ai quelque chose à vous ra...
-Arrête, tu vas nous faire embarquer.
-S'ils nous embarquent, je leur envoie la BRI.
-Et tu vas dire quoi à la BRI, qu'on a été repris en otage ?
-Oui, exactement.
"Allô, Nassim, excuse-moi, tu peux revenir avec Ramsès ?"
-T'es vraiment con. -Toi aussi.
-Moins que toi.
-T'es sûr ? -Oui, moins que toi.
-OK. Je te crois, mais j'ai quelques doutes.
Rires.
Un petit doute. -Ca se voit.
-Physiquement ? -Oui.
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