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Ça dépend des jours, à vrai dire.
Parfois il est très bavard, parfois non.
- Bonjour, Ben. - Bonjour.
Bonjour. Il reçoit des visites ?
Son fils vit en Amérique et depuis la mort de sa femme, moins.
Mais même dans ses meilleurs jours, il ne parle que d'une chose.
Kees ! Vous avez de la visite.
Bonjour, Kees.
Froid.
Oui.
On va dans le champ après ?
Comment ça ?
Il gèle.
Ça préserve les choses.
Vous avez peut-être raté un truc.
Des traces.
J'appellerai la province.
Kees, j'ai une bonne nouvelle.
On le tient.
2001 - DEUX ANS APRÈS LE MEURTRE
5H30
Journée importante à Griesbeek,
où un événement public se tiendra
pour décider du statut permanent du centre d'asile.
La police s'attend à une grande affluence.
Trésor.
Il est 5h30.
Je fais du café ?
Non.
Reste au lit.
Bonjour, toi !
Coucou ! Tu as bien dormi ?
Tu donnes la patte ? C'est bien, tu es un bon chien.
Où est ta balle ?
Où est la balle ?
Bon.
Tiens.
Sois gentil avec ta maîtresse.
C'est bien. Oui, mon chien, tu es gentil.
Au revoir, trésor !
Evert.
La petite scie, s'il te plaît.
- Ça va, là-haut ? - Ça va.
Tu parles quasi jamais.
Tu parles presque jamais.
Ouais.
C'est parfait.
Connard.
- Messieurs. - Bonjour.
- Bonjour. - Bonjour, Kees.
- Un café ! - Oui.
Et voilà.
Il y a quelqu'un ?
- Oui ? - Ohé !
Bonjour, j'ai rendez-vous avec le maire à 9 h,
- mais je crois pas qu'il soit là. - Il vient d'arriver.
Entrez.
- M. Vormer ? - Appelez-moi Kees.
Pardon, je vous avais pas reconnu.
C'est pas grave.
On me reconnaît pas dans cette tenue.
- Menno, enchanté. - Kees.
- Bonjour. - Bonjour. Un café ?
Oui, merci.
- Je peux avoir trois cafés ? - Oui.
- Voilà. - Merci.
- Asseyez-vous. - Oui.
Alors, peut-être un plan d'ici.
On l'appelait le maire le moins contesté des provinces du Nord.
lageois, social démocrate de cœur, supporter inconditionnel de Cambuur,
membre de la troupe de théâtre locale.
Mais après 16 ans à la mairie, tout a changé.
Le meurtre d'Anneke Boorsma, il y a deux ans pile,
a laissé des traces.
Le centre d'asile menace de diviser le village.
Le maire Kees Vormer a son avis sur la question.
Trouver des solutions ensemble dans le dialogue.
Oui, allô ?
Puis-je parler à van Verhoef des Affaires intérieures ?
- M. Vormer. - Appelez-moi Kees.
Vous êtes maire de Griesbeek et de Kleiburgerland depuis 1985.
Au départ, juste de Griesbeek, puis on a fusionné.
Tout un cirque.
Depuis le meurtre d'Anneke Boorsma, vous faites la une.
Ça doit être dur.
C'est exact.
Vous n'avez jamais été tenté de jeter l'éponge ?
Non, jamais.
- Non ? - Non.
- Pourquoi ? - Pourquoi ?
Quelle question puérile !
La route
qui mène ici, de chez moi à ici, est bordée de plein d'arbres.
Des arbres. Vous les avez vus ?
- Non. - Non ? Allez voir.
Ils sont magnifiques.
Ces arbres doivent être élagués chaque année.
Depuis 56 ans déjà. Je le sais
parce que je les ai plantés, ces arbres, avec mon père.
J'ai vécu ici toute ma vie. Je fais tout pour ce village.
Il a besoin de moi plus que jamais. Je l'abandonnerai pas.
Est-ce sage d'accueillir encore plus de réfugiés ?
Pas plus.
- Non ? - Pas plus, mais de façon permanente.
Le centre d'asile va devenir permanent.
Ça rencontre une forte opposition.
Oui. C'est pourquoi il nous revient de clarifier les choses et d'expliquer.
J'ai gardé le meilleur pour la fin.
La chambre du conseil, c'est...
Une pièce chargée d'histoire.
Pardon, Onno, j'ai pris un peu de retard.
On m'avait dit qu'on se verrait en tête-à-tête, Kees.
Oui, bien sûr.
Donnez-moi une minute.
Onno, dis-moi, que puis-je faire pour toi ?
Kees, tu dois garder ces réfugiés.
D'accord.
Je comprends l'émoi général, mais ils touchent dix florins par jour.
Qu'ils dépensent dans notre village.
On a mis du café turc au menu.
Attends.
Tu as collé des affiches "Votez non" sur tes vitres, pas vrai ?
Qu'est-ce que tu veux ? Qu'on me les casse ?
C'est toi, le patron.
Dis ça à ma femme.
Je suis pas le patron, mais le maire. Je suis pas un dictateur.
Quand tu parles, on t'écoute.
- Viens en parler à la réunion. - Oublie cette réunion, Kees.
Personne y parlera.
Tape du poing sur la table et dis qu'ils vont rester.
La moitié du village est contre.
La moitié du village est pour,
mais le gang de Lukas Boorsma les terrifie.
Allons, Onno. Ils en ont bavé.
Il faut que tu règles ça.
Je ferai de mon mieux.
Kees, je peux te parler aussi ?
Oui, bien sûr.
Ferme la porte.
12H00
Le centre d'asile temporaire aurait dû être fermé aujourd'hui.
LA FIN EST PROCHE SERAS-TU EXCLU ?
Mais le conseil municipal l'a autorisé à rester ouvert pour le moment
et souhaite même lui accorder un statut permanent.
Les opposants, unis sous la bannière "Non au centre d'asile",
protestent de se voir imposer un centre permanent.
Le groupe menace de réagir
et peut compter sur le soutien de plusieurs partis nationaux.
Les festivités pour marquer le 75e anniversaire...
Essayez de pas vous laisser intimider.
NON AU CENTRE D'ASILE
Je sais pas, Kees.
Il va y avoir foule ?
- La moitié du village. - Et la presse.
On redoute des émeutes. Les amis de Lukas ont des bombes incendiaires.
Mais non, de simples pétards. On faisait sauter des grenouilles avec.
C'est juste des fripons qui friment.
Si on les laisse parler, ils sont doux comme des agneaux.
Bien sûr que c'est tendu.
Évidemment.
C'est un drame effroyable.
Je connais très bien la famille d'Anneke. Ils étaient mes amis.
"Étaient" ?
Oui.
Un porte-parole de la police a dit
qu'on découvrira peut-être jamais le coupable.
Elle a dit ça. Je sais qu'ils travaillent très dur.
Et l'accueil de réfugiés ?
Encore cette histoire ? Arrêtez avec les réfugiés.
C'était pas un réfugié. On en est sûrs.
Comment en être sûr ?
Comment être sûr que c'était pas un riche fermier du coin ?
Veille bien à ce que j'ouvre l'édition de ce soir.
Non, crois-moi, la situation est explosive ici.
Essaie d'avoir Pim Fortuyn sur le plateau.
Bien sûr. Il pourra expliquer une fois de plus
que le parti travailliste a perdu le lien avec le peuple.
Oui ? OK, salut.
Une petite question ?
Que penses-tu des réfugiés ?
Ils me gênent pas, mais mon père hait les étrangers.
Mais il est à moitié nazi, donc...
Comme tout le monde ici.
Tous des nazis.
Et toi ?
Certains sont sympas, mais ils ont quand même tué Anneke.
Et d'autres vont arriver.
Tu vas à la réunion d'information de ce soir ?
À quoi bon ? Ça a déjà été décidé.
Mais peut-être, pour leur balancer des œufs.
- Pour contribuer au débat. - Voilà.
C'est ça.
15 H
La semaine dernière, le maire Kees van Toom
était la star du spectacle local bondé La Mélodie du bonheur.
Dans son rôle de Johannes von Trapp,
sa famille chantante et lui fuyaient l'Autriche nazie de 1939.
Papa, c'est parti.
Ce soir, le maire jouera devant un public très différent.
Reste à savoir s'il récoltera autant d'applaudissements.
Griesbeek reste encore paisible,
mais pourrait ne plus l'être.
Le statut permanent du centre d'asile
divise les habitants d'un bourg déjà déchiré.
- C'est quoi, son nom ? Karwan ? - Arzad.
- Arzad ? - Oui.
Bonjour, M. Arzad.
On voulait vous remercier pour votre aide avec les arbres.
Merci. Vous savez, je les ai plantés petit garçon, avec mon père.
- Je savais pas. - Eh oui.
Bon...
Je sais pas si Sonja vous a expliqué un peu.
Si tu lui as expliqué.
On a encore besoin de votre aide.
C'est pas ce qui était convenu.
- On devait avoir notre mot à dire. - Bien sûr.
Tout le monde aura son mot à dire.
Je crois pas que l'avis de tout le monde compte autant.
On veut bien parler à tous, mais on veut être entendus.
Vous le serez.
Le programme parle d'un discours de bienvenue de Kees.
Puis de Sonja, du centre d'asile. On parle quand ?
- Oui. - Kees est où, là ?
Il a un rendez-vous.
- On s'en va. - Lukas.
- Non. On se tire, papa. - S'il te plaît.
M. Boorsma, vous partez ?
On a demandé plusieurs fois au conseil d'avoir notre mot à dire.
S'ils en veulent pas, tant pis. Bonne journée.
Lukas !
Menno.
La réunion commence à 19h30.
On espère que beaucoup de gens y participeront.
Merci.
Pas sûr que ce soit une bonne idée.
Mon fils a été soupçonné, un temps.
Je suis mal placé.
Au contraire, on sait que votre fils était innocent.
Vous êtes l'exemple parfait de comment surmonter les...
C'est quoi, le mot ? Les vooroordelen ?
- Préjugés. - Préjugés ?
Préjugés.
Les gens passent leur temps à accuser les musulmans.
Depuis ce qui s'est passé le 11 novembre.
Septembre. Aux États-Unis. Avec les avions.
Mais nous, ici à Griesbeek, on veut donner un visage aux réfugiés.
Votre visage.
S'il vous plaît.
Merci infiniment. À ce soir.
- Oui ? Tu y seras aussi, Evert ? - Oui.
Super, parfait.
Gerda. Je comprends pas.
- Je leur ai couru après. - Qui ? Pourquoi ?
- Rinus et Lukas. - Pourquoi ?
- Ils voulaient partir. - Où ?
Rentrer chez eux, j'imagine.
- Laisse. C'est mieux comme ça. - Zut !
Kees !
Qu'allez-vous faire, Kees ?
On va chez Rinus Boorsma.
Vous pensez contrôler encore la situation ?
Pourquoi elle m'aurait échappé ?
Difficile de faire une réunion si personne n'y participe.
Regardez. Ça, là,
c'est la démocratie moderne à l'œuvre.
Salut, Lukas. Je peux vous parler ?
OK, entrez.
Papa, le maire veut te parler.
- Salut, Rinus. - Kees.
On m'a dit que tu étais venu, puis reparti.
On a été très clairs sur ce qu'on veut.
Si personne nous écoute,
on reste chez nous.
Vous êtes libres de rester chez vous si c'est ce que vous voulez, bien sûr.
Mais si vous venez pas, le reste du village viendra pas.
- C'est pas notre problème. - Un peu, si.
C'est une question d'argent.
Pour le village.
Ça concerne tout le monde, toute la classe moyenne de Griesbeek.
Ils sont de notre avis.
Ah bon ? Je l'ignorais.
Ça passe pas, Kees.
Rinus.
Et si je te demandais...
Tu veux quoi pour venir ? Pour écouter, au moins.
Lukas veut prendre la parole en premier à la réunion.
Si tu acceptes, je viens.
C'est simple.
Entendu.
À tout à l'heure.
Au revoir, Rinus.
Au revoir, Kees.
Raccompagne-le.
Oui, j'en ai deux !
- Fenna. - Salut.
Vous comptiez faire une omelette ?
Pas d'œufs aujourd'hui.
Tous vendus.
18 H
Kees.
Si la police s'inquiète, et que tous conseillent d'abandonner...
Alors quoi ?
Je devrais m'y plier ?
Tu sais de quoi j'ai peur ?
De rester dans les mémoires pour une chose.
Comme celui qui a tout fait foirer.
T'as rien planté du tout.
Et même, tu es bien plus que l'histoire Anneke Boorsma.
Crois-moi, on donnera ton nom à des rues, des écoles.
Kees.
Kees, allez.
STOP AU RÉSEAU POLITIQUE PÉDOPHILE
Vous faites quoi ?
On exerce notre droit à la liberté d'expression.
On manifeste
contre le réseau secret satanique pédophile du Nord.
- Mme Boorsma, une question ? - Oublie.
Vous êtes une chaîne nationale de propagande du Bildergroep.
Voilà ce que vous êtes. Dégagez.
- Allez-vous-en ! - OK. Quel cinglé.
C'est pas une bonne idée.
Dans ce cas...
n'y va pas.
On a peur aussi, tu sais ?
D'abord, ils accusent mon fils.
Qui est innocent.
Mais le coupable pourrait se trouver au centre de réfugiés.
Un tueur.
Oui, c'est vrai.
Tu as une fille ?
Oui, une seule.
T'as pas peur que le tueur s'en prenne à elle aussi ?
On a bien bossé.
20 H
Mesdames et messieurs, ne vous inquiétez pas.
Je ne vais pas chanter ou danser, ce soir.
Je suis ravi que vous soyez venus si nombreux
à cette réunion d'information, mais comme promis,
je laisse la parole à la famille Boorsma en premier.
Bonsoir.
On aimerait faire une minute de silence.
Pour Anneke.
Ma sœur.
Votre voisine...
sauvagement assassinée à quelques pas d'ici.
Par un tueur qui reste inconnu.
Merci.
- Bonsoir. - Bonsoir. Une table pour cinq ?
Non. Il vous resterait des œufs ?
- Des œufs ? - Oui.
- Vous voulez une omelette ? - Non.
- Juste une boîte d'œufs. - Et l'épicerie ?
- Ils en vendent pas. - On veut des œufs.
Combien ?
Cinq florins chacun.
Quinze.
Non, Kees. C'est pas ce que j'ai demandé.
Pourquoi tous les indices pointant vers le centre d'asile ont été écartés ?
- Oui. - C'est pas vrai.
- Non ? - Non, pas vrai du tout.
Les premières semaines qui ont suivi le meurtre, on a concentré l'enquête
sur Ferhad, parmi d'autres, le garçon parti en Turquie.
Et qui, vous vous en souvenez tous,
grâce à la coopération de la police turque,
a été arrêté lors d'une opération spectaculaire
et ramené aux Pays-Bas.
Quand on a eu la preuve irréfutable de l'innocence de ce garçon,
- on l'a relâché. - Irréfutable ?
Oui. J'aimerais qu'on revienne à l'objet de cette réunion.
J'insiste,
je comprends vos interrogations,
je comprends votre émoi,
mais on est rassemblés ici ce soir pour parler
du statut permanent du centre d'asile.
Pas du meurtre d'Anneke Boorsma.
Parce que vous êtes incapables de trouver le coupable.
Exactement.
- Exactement. - Merci beaucoup.
Merci, ça suffit !
Tu m'as dit que ce serait une réunion d'information.
Ils sont très énervés.
Ils sont perdus, ils savent pas quoi penser. C'est pour ça que tu es là.
J'ai vu ça en Afghanistan.
Ils vont envahir l'estrade, et il va y avoir des morts.
Non. Que se passe-t-il ?
Il s'inquiète parce que les esprits s'échauffent.
Non, pas du tout. Vous êtes le bienvenu ici, venez.
- Je sais pas quoi leur dire. - Soyez vous-même. Dites-leur la vérité.
- Soyez franc, ça marche. Venez. - Oui, allez.
- Parlez du pays, de la vie. - Ça va aller.
Venez, je vous aiderai.
Restez à cette distance.
Amusez-vous.
Bonsoir.
Je m'appelle Azad Kawar.
Je suis né à Hérat, en Afghanistan.
Ma mère vient de Machhad, en Iran.
Très compliqué.
Fenna ?
Papa ?
Salut.
Tu prépares quoi ?
- Je... - Tu as perdu la tête ?
Relou. On va passer par derrière.
Je travaillais comme paysagiste.
Jusqu'à la révolte des talibans.
J'ai perdu mon travail, à cause de la répression des Hazaras,
mon peuple.
J'ai deux fils, alors j'ai dit à ma femme
qu'à la fin de la guerre contre les talibans, on partirait.
Les talibans se sont mis à tuer de plus en plus de gens de mon peuple,
on pouvait pas rester.
On est partis. D'abord pour l'Iran, puis la Turquie,
puis ici. Griesbeek.
Griesbeek.
Oui.
On ignore si mon père et ma mère sont encore en vie en Afghanistan.
Ou s'ils sont en sécurité.
On est très reconnaissants de l'hospitalité hollandaise, bien sûr.
Oui.
Merci.
On s'est mis d'accord pour que tu répondes à quelques questions.
Oui, bien sûr.
Oui, M. Kawar. Parlons du meurtre d'Anneke.
Vous pensez qu'il pourrait s'agir de quelqu'un du centre d'asile ?
Eh bien...
Oui, c'est possible, il y a des gens dangereux partout.
- Merci beaucoup. - Lui, il peut rester.
On applaudit M. Kawar.
Si même Azad le croit, pourquoi vous avez rien fait ?
- Oui. - Réveillez-vous !
Levez vos pancartes !
On est là pour parler de ce que mes gens apportent à la communauté.
- Vous pouvez répondre, non ? - Oui.
Je voudrais dire que je trouve remarquable
que certaines personnes soient venues trouver Kees ce matin
pour le supplier de garder le centre,
des gens qui étaient chez Rinus cet après-midi
- pour s'opposer au projet. - Ne dis pas ça.
Qui ?
Qui est venu ce matin demander ça ?
- Je sais pas. - Qui ?
Qui est venu ce matin ?
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