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Ça mord ?
Non. Et toi ? Ça mord ?
Puissant, hein ?
- Amusant, non ? - Oui...
Et maintenant ?
- Hou hou ! Stéphane ! - Oh, oh !
Sa nouvelle passion.
- C'est la seule ? - Avec moi.
Stéphane le sait : s'il me trompait, ce serait fini.
Ma chérie, ce soir, j'ai le groupe Delbec à dîner.
C'est encore un coup de minuit. Pas plus tard, j'espère.
Je t'embrasse passionnément.
Madame Fleury, vous envoyez 27 roses à ma femme.
Des roses rouges.
Et vous mettez sur la carte... Attendez.
Que pouvez-vous mettre ? "Une soirée sans toi..."
"Est une soirée perdue." Comme d'habitude.
Nom de Dieu ! Déjà 20 h !
Sur le quai numéro 3,
le train 813 pour Cannes, Marseille, Lyon, Paris, va partir.
Monsieur !
Éloignez-vous de la bordure du quai et fermez les portières.
Attention au départ.
Tu vois, pour une petite aventure, j'aurais dit non.
- Mais pour un long voyage, alors... - "Alors", quoi ?
Attends.
Oh ! De Dieu, de Dieu...
- Une urgence, chéri ? - Oh oui !
- Bonsoir. Je m'inquiétais. - Ben oui. Un peu plus...
Bonsoir. Pas trop fatigué ?
Oh ! Ce dîner n'en finissait pas.
Bonsoir, ma chérie.
Je suis vermoulu.
Bon. Je vais aller faire un petit coup de pêche.
J'en ai vu un grand comme ça.
Oh là là ! Ton souffle m'étonnera toujours.
Oh ben oui, ben oui !
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Stéphane !
Stéphane ? Où es-tu ?
Nom de Dieu de Dieu !
Tu as froid ?
Je suis rempli de frissons.
Je dois couver quelque chose.
Excusez-moi.
Une lettre délicate à dicter.
Le travail...
- Dommage. - Ciao , ciao .
Adios.
Eh oui !
JOYEUSES PÂQUES*
Tu vas être sage ?
- Oh, Sophie ! - Sinon plus de Sophie.
Avec le boulot qui m'attend,
le dossier Rousseau à mettre au point...
Oh, pauvre chéri...
- J'en ai pour une partie de la nuit. - Je devrais rester.
Ne gâche pas ton week-end pour ça ! Et ta maman t'attend. Allez.
Dépêche-toi, si tu veux une place près du hublot.
Oh, mon Dieu, mon oeuf ! Et où est-ce que j'ai mis la cloche ?
Mais tu l'as, ma chérie. Ne t'affole pas, je t'en prie.
Vol Air France 416 à destination de Paris.
Dernier appel.
Embrasse ta femme et tes gosses.
- C'est tellement idiot... - Oui. Ne me touche pas.
Tu m'aimes vraiment plus ?
Si tu passes le portillon, c'est fini.
Tiens, tes clés, connard !
- Hop ! - Merci.
Tu as vraiment pas de coeur.
Le prochain va payer pour toi !
- Vous permettez ? - Mais je vous en prie.
Si vous êtes pressée, prenez mon tour.
Maguy ? Julie. Je peux venir coucher ?
Je t'expliquerai. Je veux pas vous déranger.
À 19 h ?
Bon. Ben, d'accord. D'accord. Continuez, hein.
Guy ? C'est moi.
Ben, oui, je vois.
D'accord, d'accord.
Bon. Alors joyeuses Pâques. Crétin !
Une seconde, hein.
- Vous êtes au 07 70 80... - Qu'est-ce qu'elle fout ?
C'est fini, la série, là ?
Pas de taxi, et il n'y en aura pas. Je vous propose une croisière.
Monaco, par la grande corniche, la moyenne, la petite corniche,
l'Italie, l'Orient, l'aventure.
- Nice, simplement. - Oh !
Adieu, l'aventure. Adieu, la croisière.
Nice. Allons-y.
Le commandant Margelle est heureux de vous accueillir à bord.
Nous ferons la traversée de la Promenade des Anglais
en 1 minute 17 secondes.
Notre vitesse de croisière sera de 210 km/h.
Je vois le genre.
- Vous n'avez pas vu le panneau ? - J'ai pas le coeur à regarder ça.
Si vous pouviez piquer une pointe à 35, j'aimerais autant.
Il n'y a qu'à demander. Sortons les aérofreins.
C'est drôle, la vie. On n'était pas riches, à la maison.
Étant gosse, les cloches ne m'ont jamais rien apporté.
Vous êtes mon premier cadeau de Pâques. C'est un miracle.
- Je pense à une chose merveilleuse. - Quoi ?
- Si on roulait en silence ? - Le silence... Le désert...
Fort Saganne !
Laissez-moi par là.
- J'ai pas dîné. Je vous invite ? - J'ai pas faim.
Un petit morceau en vitesse !
- On va se trouver un coin discret. - "Discret" ?
Tranquille ! Je veux dire tranquille.
Allons là.
J'y ai été l'autre jour. Les crevettes m'ont rendu malade.
Un jambon-salade est moins risqué.
Arrêtez-moi au carrefour.
- C'est quoi ? - Un restau indien.
- Vous préférez pas un bistrot ? - Non.
Ah, les Indes...
Mystères des Indes. Candide...
- Bonsoir. - Vous avez vu Yvan ?
- Non. - Ni Fanny ?
Non. Personne, ce soir. C'est pour dîner ?
Je vous en prie.
On a beaucoup de monde, ce soir.
Margelle ! Comment ça va ?
- Ah ! Comment ça va ? - Ça va.
- Et vos parents ? - À Saint-Tropez. Et chez vous ?
Ça marche.
- Ça vous convient ? - Épatant.
- Je vous présente Sophia. - Bonsoir.
On a dû s'apercevoir déjà. Je voyage beaucoup.
- Peut-être. Dans un avion. - Un train.
- Bonne soirée. - On va essayer.
C'est un petit con et le fils d'un vieux con.
- Vous aimez la cuisine indienne ? - J'adore.
Mais la vraie cuisine indienne. Il faut qu'elle soit authentique.
Il est bien, votre ramavarshi ?
Ça supporte pas la médiocrité. Question de cuisson.
Et le baramati , vous le faites comment ?
Avec du nashti ou du tupola ?
C'est pas un Hindou.
- Vous parlez hindou ? - Quelques dialectes, comme ça.
Envoyez le baramati . Il faut vivre dangereusement.
Un curry d'agneau et du riz.
Oui. Oui.
Et boisson ? Glouglou ? Boisson ?
- Champagne ! - Et un Coca.
Les femmes hindoues font merveilleusement le baramati .
Là-bas, pour elle, c'est une sorte de filtre d'amour.
Quand elles s'éprennent d'un homme,
la première chose qu'elles lui font,
c'est le baramati .
C'est là-bas que j'ai mangé les meilleurs.
Bravo.
Vous me rappelez les femmes hindoues.
Ce charme, cette grâce,
ce mystère, avec cette musique.
Allez, c'est parti.
C'est formidable.
- Ces week-ends de fête, c'est dur. - Pardon ?
On a mis sa femme à l'avion et on est paumé ?
Ma pauvre petite ! Ma femme, si vous saviez...
On est libres. Plutôt des copains.
- Plutôt, oui. - Je connais.
J'accompagnais un monsieur qui allait rejoindre son copain,
à qui il avait quand même fait 2 mômes, en copain.
- Une petite larme de champagne ? - J'aime pas.
Je vous en prie. Permettez.
Oh, pardon. Excusez-moi, je suis navré.
C'est pas grave.
C'est vrai qu'il a l'air con. On s'en va ?
Oui. Vous appelez ça un baramati ? Ça, un baramati ?
Vous servez ça en prison, vous avez une mutinerie, mon vieux !
Allez, on file. On fait le baramati comme ça, chez vous ?
Chez nous, on fait la sardine. Je suis de Coimbra. Portugais.
Voilà pour le personnel. Venez, on y va.
Je suis désolé. Excusez-moi, c'est la 2e fois.
J'avais compté.
Je connais un petit bouchon russe où déguster un caviar...
- Non. J'ai plus faim. - Discothèque ? Musique ? Boisson ?
- C'est compris dans le forfait. - J'ai sommeil.
- Ça ne va pas ? - Mais si. Vous inquiétez pas.
Bonsoir.
- Je vous ramène chez vous ? - J'ai plus de chez-moi.
Comment ça ?
Je vivais dans le studio du monsieur au copain,
mais je lui ai rendu ses clés. - Oh, c'est bête, ça.
Vous inquiétez pas. On va vous trouver un hôtel.
C'est complet. Partout pareil.
Personne peut vous héberger ?
Toutes mes copines se sont tirées.
Oh ! Ben, allons-y. Mais vous êtes pas raisonnable.
On ne rompt pas à Pâques, surtout quand on est logé.
Déposez-moi à la gare. Je dormirai dans la salle d'attente.
Et voilà.
Calme, repos, vue sur la mer,
ambiance, minibar.
Dans un cas pareil, il faut tourner la page,
passer à autre chose.
- Il faut trouver, hein. - Il faut... trouver.
Les types qui plaisent, ça court pas les rues.
- Alors on y va ? - Où ça ?
- Chez vous. - Chez moi ?
- Ça fait pas partie de la surprise ? - Oui, mais...
- C'est l'enthousiasme. - Non. C'est pas ça, mais...
- Vous êtes seul ? - Évidemment.
- Ben alors ? - J'ai pas le droit de parler.
Moi, ma vie, j'ai fait une croix dessus.
Mais qu'ils ne s'en prennent pas à vous.
- Qui ? - Oh, laissez tomber.
Bon. Quand vous avez une idée, vous me réveillez.
- Julie, réveillez-vous. C'est là. - "C'est là", quoi ?
J'habite là, au 53. On va tenter le coup quand même.
Pourquoi aller si loin ? Il y avait de la place, devant le 53.
C'est trop exposé.
Faites ce que je vous dis. Prenez la mallette.
Sortez.
Vous commencez à me foutre les jetons.
- C'est là. - Quoi ?
La porte de service. C'est moins dangereux.
- C'est la série noire. - Chut !
- Attendez. - Je reste là ?
Bougez pas. Je reviens.
Venez.
- Pas d'activité de patrouille ? - Non, non. Ça va.
- "Ça va" ? - Ça va, ça va.
- Mais détendez-vous. - Je voudrais vous y voir.
- Alors faudrait peut-être allumer. - Bougez pas.
- C'est la 1re fois ? - "1re fois", quoi ?
Que vous ramenez une fille à la maison ?
Ma pauvre chérie...
Bon. Je vais éclairer, mais à vos risques et périls.
Essayez les tranquillisants.
J'avais cru entendre...
En général, l'homme avec qui je suis écoute pas aux portes.
- Bon. C'est où ? - Quoi ?
La chambre.
"La chambre." La chambre ! Attendez.
Attendons allongés.
Notre aventure ne doit pas être comme les autres.
Oui. Je le vois bien.
Je ne veux pas qu'on sombre dans la médiocrité.
Du train où vont les choses, on ne va pas y tomber tout de suite.
Je vais pas vous aimer et vous posséder
comme j'ai possédé les autres. Pas la peine.
Si vous avez un autre moyen, bien, mais dépêchez-vous. Je m'endors.
Attendez ! Avec vous, je rêve de moments... de moments...
Pas de ma mère, mais de moments.
- J'avais compris. - Chut !
- Vous m'étouffez ! - Chut !
Ils doivent pas nous entendre.
Il faut nous aimer en silence,
même si vous avez envie de crier.
Ma femme ! Ma femme ! C'est ma femme !
C'était ça, la Mafia ?
C'est l'ascenseur de ma femme.
C'est sa façon de monter en ascenseur.
Oh là là, le piège ! Le piège !
Reboutonnez ! Le chemisier ! Jusqu'en haut !
- Il ferme pas jusqu'en haut. - Mettez un trombone.
- C'est elle. - On n'est pas couchés.
Je le savais, je le savais.
Pas à la maison. Jamais à la maison. Jamais !
- Bouffez la frange. - Chut. Laissez-moi faire.
Allez, asseyez-vous là. Ne dites plus rien.
C'est encore un coup de 4 h, ça.
Nous entrons...
dans une ère de récession économique,
qui amènera, paradoxalement,
les nations industrielles avancées
à mener une politique extérieure ultra-capitaliste
et une politique intérieure
radicalement socialiste.
Stéphane, tu vas pas l'ennuyer avec tes discours d'économie ?
Oh ! Comment ? C'est toi ?
Le plus difficile, dans mon cas,
c'est de ne pas tomber dans la légende humoristique.
- Ce sont des situations bêtes. - Eh oui.
Parce que, fatalement, on s'imagine des choses.
"Fatalement."
- Naturellement... - "Naturellement."
On est en porte-à-faux.
- Vous voulez que je participe ? - Non.
Je préférerais voir
comment mon mari va s'en sortir tout seul.
Comme vous voulez.
Il est pas dans une situation facile.
Non.
On met une dame dans l'avion à 19 h,
elle revient à 1 h du matin,
elle retrouve son mari avec une charmante jeune femme...
- Oh, "charmante"... - Charmante.
Je suis mal coiffée.
Ça vous va bien.
Écoutez, je crois que je vais vous laisser...
Avouez que cette dame est en droit de se poser des questions.
Tu n'es pas partie ?
Alors voilà un exemple typique de mauvaise réaction.
Alors je tiens à te confirmer,
tu me croiras ou pas, que je ne suis pas partie.
Mais tu avais embarqué.
On se méfie jamais assez des grèves dans les transports.
Un mouvement d'humeur peut briser un ménage.
Mais enfin, Sophie... Mais enfin, comment peux-tu...
Comment... Comment peux-tu croire...
Comment peux-tu penser...
Hein, Sophie ? Comment peux-tu penser...
Non. Les gens sont extraordinaires.
Ça, je sais.
- Écoutez... - Je vous en prie.
Écoute, c'est tellement loin de ce que tu penses.
Tu sais ce que je pense ?
Ah, les gens sont extraordinaires.
Il suffit de trouver un homme et une femme en tête à tête
pour aussitôt bâtir un roman.
Ah non, vraiment... Ça, c'est...
Vraiment, c'est... Non, vraiment, c'est...
Écoeurant.
- Il y a rien eu. - Je suis arrivée trop tôt ?
Mais non. Regarde-la. C'est une gosse.
Je suis pas à l'âge de faire la sortie des maternelles.
Alors qui est-ce ? Tu m'as toujours pas dit.
C'est Julie, Sophie.
Ah bon !
- Oui. C'est Julie. - Bon. Mais encore ?
C'est ma fille.
J'ai dû mal entendre.
Ah, ben, oui ! C'est ma fille. Voilà. Merde !
Il fallait bien que ça soit lâché un jour ou l'autre, ça.
C'est ma fille, oui.
Ma petite fille. Voilà. C'est ça.
Elle est là. Ma petite fille que j'ai eue. Voilà.
Oh, mais tu n'as pas honte,
d'essayer de me faire croire des bobards pareils, à moi ?
- Où tu vas ? - Maître Dreyfus te contactera.
- Sophie ! - Tu as ta fille.
Tu vas pouvoir en faire, des choses, avec ta grande fille.
Oh ! Alors ça, c'est bien.
C'est délicat, de dire ça devant l'enfant.
Il y a une chose que je comprends pas.
Comment as-tu fait pour me la cacher
depuis 10 ans qu'on est mariés ?
Tu me vois débarquant dans ta vie
et t'avouant que j'ai un enfant ? - Pourquoi pas ?
Je ne suis peut-être plus indispensable.
Non. Non. Je la raccompagne, et après, on parle tranquillement.
Inutile. Je serai partie.
Mais enfin, comment peux-tu être jalouse de cette gosse ?
Regarde. Elle est à peine formée.
Je la voyais 3 malheureuses fois par an,
à la sauvette.
Ça doit être triste, de pas voir son papa.
Ben oui. Parce qu'on a beau dire...
un papa, c'est toujours un papa.
Vous avez vos rendez-vous nocturnes quand je m'absente ?
Oh, mais jamais ! Jamais elle n'est venue ici.
Tu es déjà venue ici ?
- Non. Jamais. - Je lui fais pas dire.
Vous vous rencontriez où ?
Je vais te le dire.
Ça, j'ai pas peur de te le dire.
On se voyait dans les cafés.
Et aujourd'hui, vous avez préféré la chaleur du foyer ?
C'est différent.
Elle me téléphone, je reçois un appel.
C'est logique.
Je veux dire : elle me téléphone à l'improviste.
Il lui arrive toujours des histoires.
Alors elle me dit :
"Papa, il faut que je te voie."
Je lui dis : "Ma petite fille, tu sais l'heure qu'il est ?
"Je vais me coucher. Il est 23 h."
- J'allais me coucher. Hein ? - Oui, oui.
Alors elle éclate en sanglots, se jette à genoux...
Enfin j'imagine qu'elle se jette à genoux.
Et alors elle me dit : "Papa, il faut que je te voie.
"C'est extrêmement important."
Je lui dis : "Écoute, ma petite fille... Bon.
"Si tu veux, rendez-vous place Masséna."
Parce que je voulais pas qu'elle vienne ici.
Ah non. Ça, tu voulais pas.
J'avais l'intuition que ça se passerait mal.
Tu as des antennes.
Elle dit : "Ne bouge pas, j'arrive." Et elle raccroche.
Qu'aurais-tu fait ?
Qu'avait-elle à te dire ?
Des histoires, tu sais... Toujours la même chose.
- Tu sais ce que c'est, les gosses. - Mal.
Des histoires. Allez, dis-lui, toi, va.
Dis pourquoi tu es venue.
Puisqu'elle me croit pas.
Comme ça, c'est plus simple.
Ben oui. Au point où on en est.
- Vraiment ? - Dites-moi.
Ça veut dire quoi, ces cachotteries ?
- J'attends un enfant, madame. - Ah !
Voilà. Voilà ce qu'elle était venue m'apprendre.
Je te jure. Quand tu apprends ça en pleine nuit...
Tu lui as fait un enfant.
Alors là, vraiment, Sophie... Comment oses-tu ?
Je prends le train en marche.
- Dis-lui. Dis-lui qui est le père. - C'est gênant.
- Dis-lui. - Elle le connaît pas.
Sans ça, elle va s'imaginer je sais pas quoi.
- Un garçon. - Très bien.
- Un pilote. - De guerre.
- "De guerre" ? - Enfin, en temps de guerre.
Parce que pour le moment, il végète, en attendant la prochaine.
Et il n'en veut pas ?
Tu penses. Il s'est envolé.
Et vous ne voulez pas le garder ?
Oh, ben non, écoute ! Avec ses études...
- Vous faites des études ? - Oui. Un peu.
- À Nice ? - Non. Limoges.
C'est pour ça qu'elle me demande de l'argent.
J'allais lui donner quelque chose.
- Votre mère en dit quoi ? - De quoi ?
- De votre état. - Ah ! Heu... elle n'en sait rien.
- Vous l'avez pas informée ? - Tu lui as pas dit ?
- Non. J'aurais dû ? - Ben, je sais pas, écoute.
J'avoue que moi non plus. Dans tout ça, je sais plus.
Elle aura eu peur de la peiner.
- C'est une femme très sensible. - Elle en serait morte.
Vraiment sensible.
Quand il est parti,
pendant un mois, elle est restée entre la vie et la mort.
C'est de l'histoire ancienne.
Elle me disait : "Tu crois qu'il va revenir, papa ?"
Oh non. Eh, dis donc...
Tu sais que nous nous sommes séparés d'un commun accord.
Et tu sais très bien pourquoi.
J'étais si petite quand tu es parti...
Oh ! Dis donc, petite, petite... Hein !
Ça va comme ça.
Quel âge ça lui faisait, à l'époque ?
- Elle avait quoi ? - Oui. Elle avait quoi ?
Et encore ! Je sais même pas si elle les avait.
C'est une gamine
qui se situait dans une fourchette de...
4 à 9 ans.
Alors excuse-moi. À cet âge-là, on peut comprendre.
C'est pas très élégant d'abandonner la maman de sa fille.
C'était pas possible. Il faut se rendre à l'évidence.
Pourquoi ?
"Pourquoi ?" Pourquoi ?
Oui. Pourquoi ?
"Pourquoi ?"
Pourquoi ?
Eh ben, demande-le-lui.
- Elle le sait. - C'est bien difficile.
Non. Dis-le-lui. Dis-le-lui.
La vérité, c'est que nous sommes une famille tellement...
- Tellement rigoriste. - Vieille famille de marins.
À Limoges ?
- Il y a les canaux. - Ah oui, bien sûr. Oui.
Grand-père n'a jamais voulu qu'elle épouse un non-marin.
Ah...
Tout ce passé maritime qui vous remonte à la gorge...
Et votre maman a épousé un marin ?
Bien entendu ! Que voulais-tu qu'elle épouse d'autre ?
Il y avait que ça autour d'elle.
Elle était cernée par les marins.
Un beau jour, elle en a eu marre : elle a plongé
et elle en a ramené un. Voilà.
Mais entendons-nous bien.
Un marin... Pas n'importe lequel. Pas le vulgaire laveur de pont.
Non. Un officier. Capitaine.
Oui. Et capitaine de corvette.
D'ailleurs, il était de corvette quand elle l'a connu.
Je le revois très bien.
Un type bien, très bien. Une belle gueule de marin.
Une gueule de marin pleine d'embruns.
Il avait des embruns partout.
Il avait des embruns plein la vareuse.
Il sortait jamais sans ses embruns.
Un type bien.
Je lui suis très reconnaissant,
parce qu'il a beaucoup contribué
à aider sa maman à m'oublier.
Ça a pas dû être facile pour cette pauvre femme.
Et d'abord, à l'époque, j'étais très beau, très grand.
Oui. C'est fou. Je me suis tassé d'un coup.
Contrariété... J'ai perdu 15 cm d'un coup.
Drôle, la vie, hein ?
Un jour, tu fais 2,15 m. Le lendemain, 1,75 m.
Le surlendemain, 1,40 m.
C'est pour ça qu'on dit qu'il y a des hauts et des bas.
Voilà.
Voilà, ma petite Sophie. Tu connais toute ma vie.
J'ai l'impression d'être nu devant toi.
Bon. Heu... Je vais vous laisser, maintenant.
C'est ça, ma petite fille.
Au revoir, mon petit.
Alors tu retournes à la ferme. Tu t'occupes des bêtes.
- Vous êtes à l'hôtel ? - Pardon ?
Vous êtes descendue à l'hôtel ?
- Elle est allée chez sa tante. - Quelle tante ?
Chez ma tante Marthe.
Elle doit être d'une inquiétude, cette pauvre Marthe !
- Téléphonez-lui. - Elle a pas le téléphone.
Non. Pas encore.
- Eh ben, allons-y. Allons-y. - Et où ça ?
- Où elle habite, votre tante ? - À Maubeuge. À Monaco !
Il est 3 h. Ça fait un bout de chemin.
Elle va dormir dans la chambre d'amis.
Oh ! Mais enfin, tu n'y songes pas ?
Et Marthe ? Non, non. Je vais la raccompagner.
Elle tombe de sommeil, enfin.
Je vais lui expliquer, à sa tante Marthe. Venez.
- Mais dis quelque chose, voyons. - Monaco, à cette heure-ci...
- Mais elle est folle ! - C'est trop loin.
- Mais c'est de la démence ! - Je me couche tôt, moi.
- Une chemise de nuit... - C'est pas la peine. Je dors nue.
Des heures que j'ai envie de me déshabiller.
Bon. Vous avez la salle de bain ici,
avec des serviettes dans le placard.
Quand je pense à Marthe... Le souci qu'elle va se faire.
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !
Laissons-le faire sa prière du soir.
La Mecque, c'est par là.
Voilà.
Comme ça, demain, on va bavarder.
J'ai très envie de faire votre connaissance.
Oh, elle est superbe !
Oh... Tu sais que tu l'as bien réussie ?
Elle a déjà des épaules bien rondes.
Elle est bâtie comme toi. Vous avez la charpente de votre papa.
- Ah bon ? - Enfin, en plus... féminin.
Peut-être. Je m'en rends pas compte.
- Elle est plate. - Quand même...
Je veux dire... Vous êtes encore plate.
Ah oui. Mais c'est récent.
Alors bonne nuit, mon petit.
Bonne nuit. Bonne nuit, papa.
Eh ben, Stéphane, que fais-tu ? Tu rêves ?
Allez.
Quelle idée, de la retenir. Tu as de ces inventions !
Elle tombait de sommeil. Elle pouvait plus articuler un mot.
Tu préfères qu'elle parle pas trop.
Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Et quel besoin tu as de fouiner
dans l'existence de cette gosse ?
Elle fait partie de ta vie, quand même !
Ma vie, tu la connais.
Il manque des pièces, hein.
Tu as été discret, sur ton passé.
Je tombe de sommeil.
Les gens ont sommeil, ce soir. Le changement de lune...
C'est possible, oui. Bonne nuit.
Bonne nuit.
Stéphane.
- Stéphane ! - Oh ! Mais tu m'as réveillé !
Tu avais les yeux ouverts.
Quand je suis très fatigué, je dors les yeux ouverts.
C'est rare que tu dormes avec une cigarette allumée dans la bouche.
Stéphane. Stéphane !
Qu'est-ce qu'elle fait comme études ?
Mais je sais pas. De la couture, du calcul...
Tu cherches quoi ? À m'empêcher de dormir ?
Demain, je vais être dans le potage, avec Rousseau.
Tu sais qui c'est ? Celui qui décide tout au ministère.
Oh ! Tu dramatises tout.
Si j'obtiens pas cette construction,
j'ai un trou de 2 milliards dans la caisse.
- Il te la donnera. - Ne dis pas n'importe quoi.
Il y a l'entreprise Baudrier sur les rangs.
Je le connais, Baudrier.
Il a obtenu tous les marchés sous tous les gouvernements.
Il retourne sa veste comme il pisse.
Bon. Tu vois, tu t'énerves. T'énerve pas et dors.
Bonsoir.
Bonne nuit.
Oh là là...
- Tu dors pas ? - Elle est merveilleuse.
La nuit est foutue. Tu m'as coupé mon 1er sommeil.
Autant travailler sur le dossier Rousseau.
Allez, dors.
- Tu t'es fait mal ? - Non.
Il est à quelle heure, ton avion, demain matin ?
Je repars pas. Je veux pas te laisser.
- Comment ça ? - Dans ton état...
Quel état ?
Ce serait de la désertion. On ira à la maison de Saint-Paul.
Oh non ! Il y a des moments... Il y a des moments !
Il y a des moments ! Mais... Vraiment !
Il y a vraiment des moments !
C'est l'heure de se réveiller pour les grandes filles.
Écoute, laisse-la dormir.
Ne m'enlève pas l'autorité que je peux avoir sur elle.
- Quelle heure est-il ? - 7 h 15. Il faut y aller.
Où ça ?
À la gare. Le train. Limoges. Hein ? Limoges.
Ah, Limoges ! Ça fait tôt.
Ben oui, ça fait tôt, Limoges.
Pauvre bouchon. Vous permettez ?
Je n'osais vous le proposer.
On n'embrasse pas son papa ?
- Bonjour, papa. - Écoute, il faut être raisonnable !
Maman attend à Limoges. Elle va gronder.
- Vous prenez du café ? - Ça va être nécessaire.
Mais non ! Pas de café !
Mais si. Tu es même pas habillé.
J'en ai à peine pour 10 s.
Tu prends toujours une heure. Asseyez-vous, mon petit.
Je me sens toujours molle quand j'ai pas pris mon café.
- Je voulais faire quoi ? - Te préparer, chéri.
Ben, on le dit !
- Tu cherches quoi ? - Quoi ?
- Tu cherches quoi ? - Ma veste !
- Dans le frigo, mon chéri. - C'est intelligent.
- Sur le fauteuil, comme d'habitude. - Ça m'étonnerait.
- J'y vais, sinon... - Je me sens coupable.
- De quoi ? - De vous ôter votre père.
Elle n'est pas sur le fauteuil.
- Et sur la chaise ? - Tu m'as dit le fauteuil !
Regarde.
Et puis tant que tu y es, regarde aussi sur l'autre chaise.
Le dossier, on s'y appuie quand on s'assoit.
Oh oui, ironise ! Julie !
Ne dors pas ! Le train n'attend pas !
- J'ai des scrupules. - Non, mais il faut pas.
- Si. Vis-à-vis de votre mère. - Vous savez, maman...
- Elles sont où ? - Le revoilà. Quoi donc, chéri ?
- Mes chaussures. - Penderie.
Mes chaussures marron ? À boucles ?
Oui. Les boucles aussi sont dans la penderie.
Des fois, il y a que les boucles, et pour marcher, c'est pas facile.
Pardon de vous demander ça, c'est indiscret.
Comment votre mère a pris l'annonce de son mariage ?
Elle a été très courageuse.
- Vous savez, une fille de marins... - Ah oui.
Et... Et vous ?
J'ai dit : "Papa, si tu penses que ton bonheur est là..."
- À 6 ans ! - Oui. J'ai été mûre très tôt.
Et vous l'avez revu, après ?
Oui. Il venait me chercher tous les jours à l'école.
- À Limoges ? - Oui, à Limoges.
- Puisqu'il faut les grands moyens... - Laisse-la manger.
Elle bouffera son petit déjeuner dans le train.
- Il est à quelle heure ? - À 37.
37 de quoi ?
8 ou 9. J'ai pas la mémoire des heures.
J'ai celle des minutes, pas des heures.
Dis donc, Toulouse-Limoges, ça fait combien ?
Les jeux télévisés, c'est le soir.
- Tu venais chaque soir à Toulouse ? - Pardon ?
Julie dit que tu allais la chercher à l'école.
- Et alors ? - À Limoges ?
Il y a rien de mal à aller chercher sa fille à Limoges.
Tu travaillais à Toulouse.
Oui. Et j'en suis fier, figure-toi.
Ça fait une trotte, pour aller la chercher à l'école.
Eh ben oui. Elle y allait le dimanche.
Parce qu'elle allait à l'école aussi le dimanche ?
Ben oui. Elle était...
Elle était souvent en retenue.
Oui ?
- Je peux utiliser la salle de bain ? - Bien sûr, ma chérie.
Oh non ! Vraiment !
J'aurais dû la foutre en pension jusqu'à 25 ans !
Après, elle aurait été à l'armée.
Tu es pas fou, de parler comme ça ?
Oh non ! Mais c'est énervant,
cette manie de dire que j'allais la chercher à Limoges.
Une mythomane.
Elle avait envie de te voir plus souvent.
Et moi ? J'aurais pas aimé la voir tous les jours ?
À toute heure du jour ? À chaque minute ?
T'imagines pas ce que c'est, pour un père,
de ne pouvoir gâter sa fille qu'une fois par semaine,
de lui offrir une malheureuse glace, à la sauvette,
qui fondait la plupart du temps.
J'avais pas les moyens
de lui offrir des glaces avec des boules bien dures.
C'étaient des glaces d'occasion avec des boules à moitié fondues.
Je la revois,
avec ses mains pleines de vanille,
qui disait : "Papa ! Papa !
"Je perds ma vanille."
Le soleil, à Limoges, quand ça tape, tu connais.
Dis donc, Julie,
tu te rappelles cette pâtisserie où on allait toujours ?
Cette pâtisserie, c'est toute mon enfance.
Et cette boutique qui faisait le coin ?
Ben oui. De 2 rues.
Bon. Julie, je te préviens.
Si tu n'es pas prête dans 5 min, je te préviens...
Julie, je te préviens.
Ben, vous voilà prévenue, hein !
- Tu sais, elle devrait le garder. - Quoi ?
Ben, le petit. Elle devrait le garder.
Oh ! Tu vas pas recommencer ?
Mais tu fais une fixation, ma malheureuse amie.
C'est pas possible.
- Et si je le prends en charge, moi ? - Je te l'interdis.
Je vais dire un truc qui va t'étonner.
Ce petit, qui me serait rien, pourtant, j'en ai envie.
Il manquait plus que ça.
Adoptons-en un. Il est pas trop tard.
Un petit Asiatique, un petit Noir, un petit Suisse.
On n'adopte jamais de petit Suisse. C'est injuste.
Merci.
Vite, ma fille.
- Je vous retiens ! - La scène.
- Il y a de quoi. - Qui m'a fait passer pour sa fille ?
Il ne fallait pas en abuser.
Pauvre malheureux. Si j'avais pas été assez conne
pour donner de la vraisemblance à votre lamentable histoire,
vous auriez les avocats au cul !
Elle est distinguée, la jeune fille. "Les avocats au cul" !
- Il fallait pas vous incruster. - J'avais sommeil.
Je suis une couche-tôt.
Au lit à 23 h. On n'avait qu'à se coucher à 23 h.
Je vois le tableau à l'arrivée de Sophie.
Une enfant de mon âge qui couche avec son papa,
ça fait un peu attardé.
- Vous êtes prêts ? - On partait.
- Je viens. - Pour quoi faire ?
Je veux pas te laisser conduire dans ton état.
- Venez vite, ma chérie. - Oh là là !
Allez, allez. Dépêche-toi.
- Tu pouvais pas te garer plus près ? - Évidemment non.
- Allez ! Tu vas manquer ton train ! - Oh !
Allez, démarre. Enlève le frein à main.
Ça traîne !
Parlez-moi un peu de vous.
Regarde devant toi, au lieu de bavarder.
Ta fille débarque dans ma vie. C'est un événement.
N'exagérons rien. Mais double-les !
- Mais pourquoi tu passes par là ? - C'est un raccourci.
Pourquoi cette rue ? On la prend pas à cette heure-ci !
Mais c'est de la folie !
Nom de Dieu !
Vous pressez pas, mon petit vieux.
Il est fou ! Il va se bloquer les reins.
Le pauvre.
Celui-là.
C'est bizarre, quand même.
Une femme qui débarque ainsi, qui a connu votre mari.
- "Connu"... - Si, quand même. Vous l'avez connu.
Non ! Celle-là, c'est pas pour ici.
- Comment était-il ? - Pas très grand, les yeux bleus.
Oui. Ça, je sais.
Il avait déjà les yeux bleus. Il a pas bougé.
Ça a pas été long.
C'est bizarre. Quand je l'ai connu, il avait l'air d'un gosse.
Ne me parlez pas. Surtout, ne me parlez pas.
- Tu t'arrêtes aux feux rouges ? - Ben oui. Une idée, comme ça.
Attends-moi en double file.
Mais non ! J'ai une place là.
Allez, viens.
- On a de la chance, hein ? - Oh oui, ma chérie.
Vous n'allez pas m'embarquer pour Limoges ?
- Et le billet ? - Elle le prendra dans le train.
Le 37, c'est où ? Pour Limoges ?
Il faut changer à Toulouse. Mais il y a plus de 37.
Le 19 est parti. Le prochain est à 15 h 13.
Mais non, mais non, mais non !
Tu es bien pressé de quitter ton enfant.
Et sa mère ? Tu connais pas sa mère !
- Appelle-la. - Elle a pas le téléphone.
- Elle non plus ? - Elle a pas le téléphone.
- Appelle les voisins. - Elle en a pas.
- Quoi ? - Elle a pas les moyens.
Ah, tiens ! Voilà.
Pardon. Il y en a sûrement un autre.
Ah ! Voilà.
Il y en a un à 10 h 54, avec un seul changement.
À Sarrebruck. Oui. Bon.
Ça suffit. Va à ton rendez-vous avec Rousseau.
On fait un peu de shopping, on la ramène à 15 h 13.
Non !
- Toujours là ? - Où veux-tu que je sois ?
Tu peux nous laisser. Je vais pas la manger.
Tu es vraiment d'une immense bêtise.
Mais oui, mon chéri.
Bonjour.
Je pourrais voir le petit chemisier en vitrine ?
- Vous avez peur, hein ? - Moi ?
Vous tremblez tous devant vos bonnes femmes.
Je vais pas faire de gaffe.
Je suis assez grande pour parler avec elle.
Non, justement. Vous ne la connaissez pas.
C'est Cyrano de Bergerac. Elle sait tirer les vers du nez.
C'est la tirade des vers du nez en permanence.
J'ai l'impression d'être une bouffée de fraîcheur dans sa vie.
Et elle en est une dans la mienne.
Vous allez pas passer votre vie à vous faire des courants d'air.
- Ça vous plaît ? - Pas mal.
- Prenez-le. - Ah non.
Si. Je vous l'offre.
Allez. Ça me fait tellement plaisir.
Venez, Julie.
- Vous prenez aussi cet article ? - Non.
Je suis vraiment confuse.
J'essaie de compenser son manque de largesse.
- Tu penses à ton rendez-vous ? - Je ne pense qu'à ça.
Monsieur Margelle est généralement très ponctuel.
Le capital n'est jamais à l'heure de l'histoire.
C'est ce qui le perd.
- Il a dû avoir un ennui. - Il va en avoir d'autres.
Je ne suis ici que parce que le ministre veut
qu'on étudie toutes les propositions.
Nous ne sommes pas sectaires, nous autres.
Mais son concurrent Baudrier
mérite qu'on s'intéresse à son entreprise.
C'est un patron de choc. Social, ouvrier, comme on aime.
Quand vous connaîtrez M. Margelle, vous l'apprécierez aussi.
C'est un homme qui est parti de rien.
Parti je ne sais d'où, mais il tarde à arriver.
10 h 30 ! Tu es vraiment en retard.
Tu gardes la voiture. On te rejoindra.
- Venez. On va acheter un moka. - Allons-y.
- Tu descends ? - Et alors ?
- Pour acheter un moka ? - Oui. Je me méfie de tes goûts.
Qu'ont-ils, mes mokas ?
Les derniers sentaient le baba.
J'ai jamais vu une cocotte pareille.
- Il a pas dû vous en offrir souvent. - Sûrement pas.
Une cocotte de science-fiction. La rencontre de la 3e cocotte.
Oh, Julie !
Julie... C'est tellement ravissant.
Julie, il faut le garder.
- Quoi donc ? - Ben, le petit.
On en a parlé. Il faut le garder.
Ah bon ?
Mais elle peut pas. Tu vois bien qu'elle a pas de hanches !
Moi, je peux, mais pas elle.
Oh ! Il faut que tu me conduises !
- Accompagne-moi. - T'es fou ?
Accompagne-moi. Je suis dans un tel état.
Viens avec moi. Laisse la porte.
- Une présence féminine aidera. - Et ta secrétaire ?
Mme Fleury n'est pas une femme. Toi, tu es tellement femme.
- Oui. Je sais. - J'ai besoin de ta présence.
Vous voyez que c'est le patronat qui refuse le dialogue.
Tant pis pour lui.
- Encore un peu de café ? - Non. J'ai mon taux pour la journée.
- Que puis-je faire ? - Rien. J'ai ce qu'il faut chez moi.
Excusez-moi. Les embouteillages, l'ascenseur en panne.
- Ma femme. - Bonjour.
Montrez-moi vos propositions. Je suis en retard.
On est arrivés à une bonne synthèse des prix,
de la qualité et du luxe.
Pas de luxe ! C'est destiné aux travailleurs.
- Pas de chichis. - D'accord.
- Ce sera en quoi, ça ? - Les soubassements : en marbre.
On n'est plus sous Napoléon III.
Le marbre est mort avec l'Ancien Régime.
Mettez du tube. Plus prolétarien et moins cher.
On a déjà une offre à des conditions incroyables.
Baudrier !
Une entreprise en difficulté qui mérite de l'aide.
Mais moi aussi !
Si j'ai pas ce marché, je dépose le bilan. J'ai serré les prix.
Vous manquez de force dans le poignet.
- Excusez-moi. - Je vous en prie, madame.
Les commerçants ferment à midi.
- J'en ai pour une minute ! - Pour un peu plus.
- On peut serrer au maximum. - Rejoins-moi à Saint-Paul.
- Et la petite ? - Je m'en occupe.
- Mais, Sophie... - Expliquez-moi !
Ma femme. Elle a une opération. Très grave opération.
Elle est nerveuse. Je peux pas la laisser.
Dépressive. Je reviens.
Si elle a été opérée...
Tout le monde a été opéré ! On est opérés de père en fils.
J'ai travaillé quand même.
C'est un homme qui mérite qu'on l'aide.
Il est tellement entreprenant,
tellement responsable.
La secrétaire amoureuse du patron.
L'Ancien Régime fait encore des ravages.
Sophie !
Mais qu'y a-t-il ? J'ai pas demandé une couchette !
Laissez-moi descendre. Je dois aller à Limoges.
Limoges. Numéro 15. Le quai.
Ma fille. Ma femme. Ma fille. C'est parti...
Laissez-moi descendre de là. Mais je ne veux pas !
- Ma tête ! - Faisons une radio.
Pas de radio ! J'en ai plein à la maison !
- Va les chercher ! - Soyez raisonnable.
Il peut y avoir un traumatisme crânien.
Il n'y en a jamais eu, dans la famille.
Oh, Julie ! Empêchez-les de partir !
Un calmant.
Oh ! Oh, ma tête ! Oh !
Ma pauvre tête... Julie...
Limoges, 15 h 13...
J'ai promis à maman de dîner avec elle, ce soir.
Allez-y demain.
Je l'avais déjà laissée tomber pour Noël. Non.
Vous savez que c'est l'anniversaire de votre père ?
Oui, bien sûr.
Eh ben, alors ?
On va faire une petite fête avec des amis, des voisins.
- Votre venue est inespérée, non ? - Ça...
Quel cadeau pour lui !
Vous n'avez pas dû fêter Pâques ensemble souvent ?
- Non. - Merci, Marguerite.
- Et maman ? - Je lui expliquerai au téléphone.
Elle a pas le téléphone.
Vous avez bien un numéro pour prévenir en cas d'urgence ?
- Oui. - Eh ben, alors, ma petite Julie !
Bon. Donnez-moi le numéro.
Je vais appeler moi-même. Elle s'inquiéterait.
Alors le téléphone est là. Marguerite, je vais vous aider.
Vous êtes au 07 70 80. Parlez après...
Dites à maman que je ne pourrai pas venir ce soir.
Je lui expliquerai.
Allô. C'est Julie.
Si, par hasard, Jean-Louis appelait, je suis au...
au 88 24 32, à Saint-Paul.
Ici non plus, il y a pas de place ?
- Alors ? - Non.
Pas de place. On nous attend pas.
On n'accouche pas avec 6 semaines d'avance.
À l'Ascension, ma femme partait. Pas de problème.
C'est bien joli, le zèle.
Au bureau, ça va, mais quand on accouche...
Alors ?
Allons, Geneviève, vous n'êtes plus une gamine.
- Quel besoin d'avoir des gosses ? - À qui le dites-vous ?
Pédale !
On peut peut-être dépasser le 35, en passant en seconde.
J'espère qu'il y aura de la place à Saint-Roch.
Une veille de Pâques...
Dès qu'ils ont 3 jours, ils veulent accoucher.
Ma famille m'attend pour partir à la campagne.
Nom de Dieu !
Et c'est un Noir, en plus de ça. Joyeuses Pâques.
Qu'est-ce qui se passe ?
C'est pour une urgence ?
Oui. Saint-Paul-de-Vence, vite.
C'est comme si on y était.
Traînez pas, mon petit vieux. Il faut pas mollir.
- Une petite pince ici, Marguerite. - Oui, madame.
Mon Dieu, que votre papa va être heureux
de vous retrouver là.
- C'est là ? - Oui.
Je fais des opérations à domicile.
On est obligés de travailler au noir.
- Bon anniversaire ! - Vous m'avez fait peur.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? - Je t'expliquerai.
Nos amis sont là. Pourtant, je les ai prévenus tard.
- C'est gentil. - Très gentil.
Bon anniversaire, Stéphane.
- Bon anniversaire, vieux. - Bon anniversaire.
Quel farceur ! Tu fais toujours des blagues !
Oui. J'ai pensé que c'était amusant.
Happy birthday to you
Happy birthday to you
Et maintenant, la surprise !
Voici Julie, ma belle-fille, la fille de Stéphane.
- Tu nous avais caché ça ! - Félicitations !
Elle est venue pour l'anniversaire de son papa.
C'est ma fille, ma fille, ma très grande fille.
- N'est-ce pas qu'elle est exquise ? - Ah oui !
Viens. Tu vas pas rester habillé comme ça toute la nuit ?
- Tu fais le service ? - Volontiers, mamie.
Elle m'appelle mamie, car je l'ai connue grande comme ça.
Eh ben, réveille-toi, toi !
- Tu vas m'expliquer. - Toi, tu vas m'expliquer.
Oh, là, hein !
Comment ? Vous êtes là ?
Votre secrétaire m'a presque amené de force.
Elle est très convaincante. C'est amusant, ça.
C'est 4 fois rien. C'est pour amuser les invités.
Je m'excuse pour ma femme.
Avec cette opération, elle sait plus ce qu'elle...
Elle semble bien aller.
Ah oui. Parce qu'il y a du monde. Ça la distrait.
Dernière chance. Je prends ma décision lundi.
J'ai invité monsieur à dîner.
- Épatant. - Viens te changer, maintenant.
Je passe une jupette, et je suis à vous tout de suite.
Non. Pardon. Un manteau. Avec cette opération...
C'est vraiment un monde en voie de disparition.
Elle a pas pris son train ?
Je pensais que ça te plairait de l'avoir pour ton anniversaire.
Et sa mère ?
Elle est prévenue. Tout est en ordre.
J'explique à Rousseau que je suis au bord de la faillite,
et Fleury l'amène.
Et il va dîner avec tes amis
auprès desquels les Rothschild ont l'air de syndicalistes.
- Tu es jamais content. - C'est quoi ?
- C'est quoi, ça ? - C'est pour Julie.
Quand j'étais petite, on cachait des oeufs.
Robespierre est ici, et elle cache des oeufs.
Mais tu es une malade !
Scotch ? Porto ?
- Oui. Ça ira très bien. - Pardon ?
- Scotch porto. - Ensemble ?
J'adore le vin cuit, mais le porto est trop doux.
Le scotch lui redonne du dry .
Jolie pièce pour un monsieur au bord de la faillite.
- Oui... - La commode aussi est superbe.
Des vieilles choses. Des vieilles choses de famille.
Louis XV, Louis XIII,
Renaissance... - Je savais qu'il s'appelait René...
- Monsieur Rousseau ? - Un jus de tomate.
- Avec de la vodka ? - Non. Sec.
- Oh ! Vraiment ? - Oui.
- Monsieur te dit "sec" ! - Pardon.
Et pour papi ?
Un jus de carotte avec un doigt de betterave : ça donne du dry .
- C'est un Renoir. - "Un Renoir" ?
Vous saviez pas ?
Je fais jamais attention au nom.
Un tableau me plaît, la couleur... Le nom...
Et un Monet ?
Ils écrivent tellement mal.
Un gouvernement d'incapables.
Ils foutent l'économie par terre.
Mais voyons, je le dis tout le temps !
Ils sont terribles.
C'est la ruine du pays...
Oh ! Un oeuf !
Monsieur Rousseau, elle a trouvé le coco !
- Il est joli, le coco ? - Il est beau.
"Il est joli, le coco" !
Il y a des fossés qu'on ne peut combler.
Vous avez tort de critiquer cette vieille tradition française.
Mais vous avez une fille charmante.
Oh oui ! Il est temps de passer à table.
Vous bavarderez plus tard. Allez, à table.
À table !
Julie, tu t'occupes de M. Rousseau ?
Oui, mamie.
- Monsieur Rousseau, ici. - Appelez-moi William.
C'est à la bonne franquette.
Il y a juste un gigot... et un tout petit peu de caviar.
C'est peut-être du luxe, mais j'avoue que le caviar...
Tout est du luxe, maintenant. Et merde !
C'est un ami russe soviétique,
très orthodoxe, qui nous le ramène
à des conditions, vous pensez...
- Servez-vous mieux. - Non, merci.
J'ai un peu l'impression de manger nos devises.
Non, merci.
Le caviar russe a un arrière-goût marxiste
qui ne devrait pas vous déplaire.
- Vous avez lu Marx ? - Oui.
Elle m'en parle tout le temps.
"Oh, papa, Marx ! Oh, papa, Marx !"
Il avait un don d'observation, cet homme.
Je l'ai lu en feuilleton dans Jours de France.
- Vous aimez les auteurs sociaux ? - Elle ne lit que ça.
J'y ai tenu.
Ah oui. Diderot, Montesquieu...
- La Fontaine... - La Fontaine, auteur social ?
- Ah oui. - Mais quoi, dans La Fontaine ?
- Le Corbeau et le Renard. - Vous trouvez ?
Il a tout mis, dans Le Corbeau et le Renard.
- On sent qu'il a souffert. - Dans Le Corbeau et le Renard ?
Sur la branche, peut-être.
Quand on y réfléchit,
cet oiseau exposé aux intempéries avec un munster dans le bec...
Car c'était un munster.
Un point de l'histoire qui a été très débattu.
On a pensé que c'était un camembert.
On a entrepris des fouilles au pied de l'arbre
et on a découvert des croûtes de munster.
Alain Decaux en parle dans son livre, Les Munsters de Paris.
C'est fou, quand on approfondit...
Si on admet La Fontaine comme écrivain militant,
il me semble qu'il y a des fables plus contestataires.
- Le Laboureur et ses Enfants. - Le Chien et le loup.
- Le Savetier. - Le Loup et l'Agneau.
- La Moule et la Citrouille. - "La Moule et la Citrouille" ?
"La Moule et la Citrouille" ?
- Tu es sûre ? - Et alors ? C'est pas très connu.
En effet.
- De quoi est-il question dedans ? - Oui.
C'est une moule qui est dans sa coquille.
Bonne idée pour une moule.
Elle rencontre une citrouille.
Pas commun.
Qui rencontre une citrouille dans un marché.
Et la citrouille lui dit :
"Vous n'avez pas honte de vous ouvrir au premier venu ?"
Effectivement.
Ça passe mieux en vers.
Et la moule lui répond :
"Moi, madame, je m'offre, je suis généreuse,
"alors que vous... il faut vous ouvrir au couteau."
On apprend de ces choses, à Limoges.
C'est pas ce que La Fontaine a fait de meilleur.
Il y en a encore beaucoup comme ça, d'inédites ?
Il y a aussi Le Poltron, sa Femme et l'Autre .
- Tu attends quelqu'un ? - Non.
Excusez-moi.
- Bonsoir. - Ma fille est ici ?
Je veux voir ma fille ! Elle est ici !
C'est quoi, ça, encore ?
Julie ! Oh, ma petite Julie !
Maman.
C'est maman.
Oh, Julie !
J'ai eu peur. Je t'ai cherchée partout.
Tu sais bien qu'il ne me faut pas d'émotions !
Julie !
Tu es un monstre !
Tu m'avais promis de passer les fêtes avec moi.
Je t'expliquerai.
- Bonsoir, madame. - Ça va, toi ?
Maman, je te présente...
Mais je suis toujours toute seule, comme une pauvre chienne.
J'ai laissé un numéro sur ton répondeur.
Pour ton mec, pas pour moi.
J'ai eu l'adresse par les renseignements,
alors je suis venue.
- Tenez. Ça vous remettra. - J'ai déjà pris un petit Dubonnet.
Oh, pardonnez-moi ! Je suis entrée comme une furie.
- Ma bonne, pas du tout. - Pas du tout, ma bonne.
- Mais je suis pas une idiote. - Bon. Ça va.
Pas sur ce ton, devant le monde.
Je t'en prie, Lucienne.
Tu aimes pas ton nom, mais c'est comme ça.
- Vous arrivez de Limoges ? - C'est pas loin.
Avec le Concorde, c'est la porte à côté.
Poussons-nous pour laisser une place à la maman de Julie.
- Non. Nous allons partir. - Je voudrais pas déranger.
Vous savez que c'est l'anniversaire de Stéphane.
Oh, bravo !
Elle avait oublié mon anniversaire.
Un peu de chaleur humaine, ça réconforte.
Elle comprend pas. C'est la fille de son père.
- Égoïste, sans coeur. - Elle adore plaisanter.
Elle me laisse tomber, comme lui.
Elle est amusante. Charmante, ta maman.
J'avais un petit commerce, monté avec mes économies.
Il a tout bouffé aux courses.
Ça n'intéresse pas.
Si. Les cas sociaux sont toujours intéressants.
Oui, bien sûr.
Un sauteur et un faignant, vivant aux crochets des autres.
C'est contre ça que nous essayons de lutter.
Il claquait mon argent avec des femmes
et il truquait les comptes pour que je le voie pas.
- Eh ben ! - Il était jeune.
Oh, madame. Ce type, si vous saviez...
Oh, nous savons, nous savons.
Sournois, menteur.
Vous exagérez, peut-être.
On voit que vous le connaissez pas.
Un peu, quand même.
Et pourtant, je l'aimais !
J'étais folle de lui. Oh !
Pardonnez-moi.
Quand je me sens en confiance, il faut que je me raconte.
C'est très instructif.
Je vais plus pouvoir parler.
Oh non...
Pourtant, dès notre 1re rencontre, j'aurais dû me méfier.
Il m'a emmenée à l'hôtel.
C'est moi qui ai payé la note !
Chéri, tu te sens pas bien ?
- Excusez-moi. - Vous avez peut-être faim.
- Oui. Moi-même, je commence à... - Un bon morceau de gigot...
- Oh, Stéphane... - Je vais lui faire une passe !
Je suis magnétiseuse.
J'ai un don.
Heureusement que j'avais ça pour élever la gosse
quand l'autre salaud m'a plaquée. Le salaud !
Magnétiseuse, Marlène Chataigneau.
"Marlène" ?
Je vais lui faire une passe.
Oh non !
Sois pas bête. Que risques-tu ?
Te raidis pas, Stéphane. Te raidis pas !
Vous m'excuserez de ne pas rester
à cette fête de famille,
mais demain sera dur.
Il faut que nous parlions.
Est-ce vraiment utile ?
Que vous vous gaviez de Louis XV et de caviar
sur le dos de vos malheureux ouvriers,
c'est bien dans la tradition de votre classe.
Que vous soyez un sauteur et un bon à rien
qui a réduit à l'alcoolisme la mère de son enfant,
ça confirme ce que je pensais de vous.
Mais qu'en plus,
vous ayez le culot de quémander les deniers de la nation,
je trouve ça dégueulasse !
Mais c'est un affreux malentendu !
Vous êtes le type d'homme qui me dégoûte profondément.
Je vous le dis sans sectarisme.
Nous distribuons nos subsides à des gens plus dignes.
- Non ! William ! - J'ai déjà donné !
Madame, il faudrait plus tarder pour le gigot.
Un peu de gigot avant de partir, monsieur Rousseau.
Non, vraiment. Sans façon.
Et toi, arrête de me mouiller ! Un tissu de ce prix-là !
- Enfin, William, c'est vraiment... - Bonsoir.
Monsieur Rousseau ! Écoutez, j'aurais voulu...
Mademoiselle, j'éprouve pour vous en revanche
une grande sympathie.
J'aimerais que nous bavardions.
Venez demain à ma conférence.
J'essaierai.
Mais je voudrais vous préciser quelque chose :
j'aime beaucoup mon père.
- Mille mercis. - C'était vraiment tout simple.
- Impromptu, vraiment. - On s'appelle, hein.
- Bon anniversaire. - Joyeuses Pâques.
- C'est gagné. - La faute à qui ?
Oh, je t'en prie !
Elle a dû être bien, il y a 20 ans.
Je vais la foutre dans la piscine. Ça va la rafraîchir.
Arrête tes bêtises ! Elle est dans le coma.
Ouais. On en fait quoi ? On en fait don à une oeuvre ?
Dans la chambre bleue.
C'est fou, cette manie.
Dès que quelqu'un arrive, il faut qu'il couche à la maison.
- Ça va mieux, ton malaise. - Tu sais, ça va, ça vient.
Mais oui. Regardez votre pauvre papa avec sa famille sur le dos.
Que fait-on, avec le gigot ?
Vous le rendez. La fête est finie.
Oh, Sophie ! Ma petite Sophie.
J'ai envie de toi.
J'ai eu envie de toi toute la soirée.
C'est ton ex qui te donne des idées ?
J'ai commis une erreur de jeunesse,
mais c'est vers toi que j'ai été.
La grâce, la sensibilité, la sensualité !
- Avec tes parents là, non. - Mais je te veux !
Julie ! Heu... Sophie.
Sophie... Sophie...
Moi, c'est Sophie, et toi, c'est dehors.
- Chut ! La petite... - Dehors !
Dommage. Ça allait être tellement merveilleux.
- Dehors quand même ! - C'est insupportable !
On peut plus rien faire, ici ! Quelle soirée !
Quelle soirée ! Quelle soirée !
Prenez votre mère sous le bras et filez.
- Dès qu'elle sera en état. - En état ou pas.
Vous me rendez dingue.
Je veux vivre avec vous une grande nuit romantique.
30 secondes d'amour, dans un placard, l'oreille aux aguets.
Non. Toute une heure.
Une grande heure toute à nous.
- Vous vous foutez de moi ? - Mettons... 20 minutes.
- Position ! - Vous êtes fou !
Ça va pas, non ? Dégagez !
- Chut ! Taisez-vous ! - Il est fou !
J'ai pas encore l'âge de jouer les doublures. Vous entendez ?
Je t'ai trouvée très en beauté, ce soir, Marguerite.
Tant mieux. Mon mari est de congé, cette nuit.
- Je me dépêche, vous comprenez. - Ben voyons.
Bonsoir, monsieur. Joyeuses Pâques.
Joyeuses Pâques, oui.
Il y a des soirs comme ça.
- Bonjour. - Bonjour.
- Tu t'es levée tôt. - Toi aussi, Stéphane.
Elle est pas partie ?
- Qui ? - Les 2 autres.
Les 2 autres, elle est pas partie.
- Qu'est-ce qu'elles foutent ? - Panique pas.
Je panique pas. Pourquoi je paniquerais ?
- Tu as peur. - Peur de quoi ?
De te trahir.
Je suis pas en état de t'écouter déraisonner.
J'ai peu dormi. Mes malaises vont me reprendre.
Remets tes fantasmes dans le subconscient,
parce que ton cinoche, je commence à en avoir assez.
Mon pauvre Stéphane...
Comme tu es amoureux.
Quoi ?
Elle a ce petit truc vulgaire que tu as toujours adoré.
Je t'interdis de dire que Julie est vulgaire.
Ne m'énerve pas, dans ton intérêt. Je parle pas de Julie.
- Je parle de Lucienne. - "Lucienne" ?
Lucienne, que tu n'as jamais cessé et qui n'a jamais cessé de t'aimer.
J'aime Lucienne ?
Je vais le dire à tous. Ça fera rire dans les foyers.
Je te jure, ça va remplacer le Monopoly, cet hiver.
J'aime Lucienne ? J'aime Lucienne !
Excuse-moi, mais c'est énorme.
Tu as compris ? Il m'a eue avec toi, vous vous êtes aimés...
Essaie de donner le change devant elle,
qu'il ait pas l'air d'avoir engrossé une radasse.
Ne t'en fais pas. Sensible et digne en même temps,
avec juste une petite pointe de nostalgie, peut-être.
Au revoir. Au revoir.
Oui, mais n'en fais pas trop.
- Tu imagines cette femme et moi ? - Très bien. Il y a des preuves.
Jeune, on ferait un enfant à n'importe qui.
J'ai fait ça en t'attendant. Jamais je ne l'ai aimée.
C'était la chair, Sophie.
- Je t'en prie. - Uniquement la chair.
Tu vas voir comme les nuages vont se dissiper,
comme ce jour de Pâques va être beau.
Stéphane !
Stéphane ! Oh, Stéphane, mon grand.
Mon grand ! Oh, mon grand ! Mon grand !
- Mon grand ! - Seigneur, jetez un coup d'oeil ici.
Tu vois, je pars.
Ben oui.
Ça m'a fait drôle de te voir.
Moi aussi. Il y a pas de raison.
Oh, tes mains.
Tes belles mains qui ont couru sur mon corps.
Je les ai pas oubliées.
- Au revoir. - Au revoir.
Bon. Maman, nous avons tout dit.
- Permettez que je l'embrasse ? - Je vous le demande.
- Est-ce vraiment utile ? - Au revoir, toi.
- Viens, maman. Allez. - Dis au revoir à papa.
- Au revoir, papa. - Au revoir, ma petite fille.
Oh, tu sais ! Catherine, la petite Catherine.
"Catherine" ?
La cadette. Elle est encore plus de son côté qu'elle.
Parce que vous avez une autre fille ?
- J'aurais peut-être pas dû. - Mais tu racontes quoi ?
Ben, je savais pas, moi.
Je la connais pas, cette môme.
Elle est peut-être pas de toi.
- Il faut calculer, ma vieille ! - C'est odieux.
Odieux, ce rôle que tu me fais jouer.
Briseuse de ménage. Un foyer avec 2 enfants.
- Que fais-tu ? - Je te laisse avec les tiens.
- Sophie ! - Ne me touche pas !
Non, non, non. Sophie !
Non, non. Écoutez-moi. Sophie !
Qu'on me donne un mur, que je tape ma tête dessus,
que je me suicide au mur.
- J'ai bien joué le jeu, hein ? - Il fallait éviter la cadette.
J'ai eu l'idée de cette petite note pour faire plus vrai.
Elle soupçonne plus Julie.
Vous saviez et vous m'avez laissée patauger pendant 2 jours ?
Pourquoi ?
La cinquantaine chez l'homme,
c'est le moment dangereux pour le coeur.
Le cholestérol, l'envie d'aventures, il faut juguler tout ça très vite.
Vous croyez l'avoir guéri ?
Après les 48 heures qu'on lui a fait passer,
je serais étonnée qu'il récidive.
Mais vous n'aviez pas prévu ma mère.
Ah non ! Ça, j'avoue que j'ai eu de la chance.
Parce qu'arriver chez moi avec une jolie fille
et être obligé de repartir avec sa mère...
- Ça... - Vous allez pas le laisser partir ?
Ah oui. Je voudrais voir jusqu'où il aura le culot d'aller.
- C'était pas une femme pour vous. - Qui ?
Ben, la vôtre. Hier soir, je vais vous dire,
j'ai pas eu une bonne impression.
Je vais vous dire :
vos impressions, on n'en a rien à foutre.
Je t'en supplie, ne pars pas.
- Mais je pars pas. - C'est quoi ?
- C'est la tienne. - Comment ?
Je peux pas continuer à vivre avec toi.
Je penserais sans arrêt à elle et à ces 2 gosses. Une horreur.
Je vais me réveiller. Le réveil va sonner.
Je vous le rends. Pardon pour ces années où je vous l'ai volé.
- Mais, madame... - Je vous donne de la confiture.
Mais il va pas vous manquer ?
On fait quoi, maintenant ?
On crache le morceau ou on épouse maman ?
Le héros se porte un peu lâche, cette année.
Pour la drague : James Bond.
- À la maison, c'est M. Propre. - Ça suffit.
Les chaloupes à la mer, les femmes et les enfants d'abord.
- Nom de Dieu ! - Là ? Sur le canapé ? Chiche.
- C'est fini ? - Vous me faites de la peine.
Je vais retrouver Rousseau.
"Rousseau" ?
Il m'a invitée à sa conférence.
- Quel culot ! - C'est pas sans charme.
Voilà ce qu'elles aiment : les tyrans.
Rousseau vous coupera la tête.
C'est un sinistre con, Rousseau.
Il faut oser le lui dire.
- Vous êtes une serpillière. - Moi ?
Le James Bond de la panique, le 007 du déculottage.
- Nom de Dieu ! - Et après ?
- Nom de Dieu ! - Vous m'écrirez la suite.
"Le James Bond du déculottage" ? On va voir ça.
Nom de Dieu de nom de Dieu !
Belle sortie.
Nom de Dieu de nom de Dieu !
Où vas-tu ?
Où sont les clés ?
C'est ma voiture !
Arrêtez-le ! Assassin !
Ah, il est paniqué, James Bond ?
Nom de Dieu !
Ah, il a du charme, Rousseau ! Tiens, connard !
Pas le moment de m'emmerder.
Bonjour. Bonjour.
Bonjour.
Toi, accroche-toi à ton pinceau.
Ah, il a la trouille, 007 !
Et c'est en tant que représentant
du gouvernement français
que j'adresse un vibrant hommage
au génie de l'homme.
Devant tant de merveilles réunies,
on se demande comment les frontières
peuvent encore subsister.
Les différences s'estompent
pour ne laisser la place
qu'à l'immense sentiment de joie qu'on éprouve
devant ces sublimes manifestations
de l'esprit humain.
Bravo !
Il veut me piquer ma fille, ce con.
Au contact de tant de beauté,
comme, subitement, on se sent bon,
généreux, fraternel.
Oh, le con ! Arrêtez-le !
Arrêtez-le !
Nous sommes frères.
Nous sommes frères !
Du calme, du calme. Restons calmes !
Tout le monde a le droit de s'exprimer.
Nous ne sommes pas sectaires. Lâchez-le.
Alors on recule ?
On fraternise pas avec tous ? On a ses têtes ?
- Mais que me voulez-vous ? - Un bisou.
Un gros bisou fraternel.
Eh oui ! Et voilà !
Excusez-moi. Pardon. Et on veut suborner ma fille.
Gougnafier !
Raciste, hein ? Pas beau, ça.
Attention !
Non, non. Laissez-le-moi.
- Merci. - De rien.
Laissez-le-moi. Laissez-le-moi !
Ma voiture ! Salaud !
C'est bien fait ! Il y a une justice ! Dégénéré !
- Pédé ! - Pas devant la gamine !
- Arrête ton cinoche ! - Tais-toi.
Moi, me faire faire un môme par lui ?
Tu vas la boucler, oui ?
- Ma fille ! - C'est pas la tienne !
La chienne ! Elle me trompait ! Des années...
Les plus belles années de ma jeunesse,
je les ai sacrifiées à cette femme.
- Elle me trompait ! - Il est fou.
Et cette gosse...
que j'ai élevée comme ma propre enfant.
20 ans, j'ai cru qu'elle était de moi.
Je lui ai acheté des glaces,
des doubles cornets à la vanille et à la pistache.
Je suis un homme brisé, monsieur le juge.
Pardon. Mon commandant.
- Les salopes. - Oui, les salopes !
- Allons... - Allons-y, oui.
- Je peux embrasser ma femme ? - Allez-y.
- Tu m'attendras ? - Tu as été très bien, mon grand.
Oh... Ma fille !
Ma pauvre petite fille perdue.
- C'est pour papa ou pour Stéphane ? - Pour toi.
Oh...
Pourquoi faut-il qu'elles mentent tout le temps ?
Elles ne voient pas le mal qu'elles font ?
Je hais le mensonge. Je hais le mensonge !
Merci, monsieur le commissaire. Merci de votre intervention.
Ça n'a pas été facile. Votre mari... Bonjour, les dégâts !
- Il ne va plus tarder. - Merci, Roger.
Le petit Roger Puglia
qui est devenu commissaire comme son papa.
Le petit Roger avec lequel je jouais à la maman, sur la plage.
- Tu as grandi. - Il vaut mieux. J'avais 5 ans.
Tu as les yeux de ton père. Regardez ces yeux qu'il a !
Absolument superbes. Magnifiques.
C'est absolument superbe.
Oh, c'est énorme ! Oh !
Sophie ! Ce jeune homme... Toi...
- Mais, monsieur... - Stéphane, enfin !
- "Enfin !" - C'est Roger. Le petit Roger.
- "Le petit Roger." - Roger Puglia.
- C'est mon fils ! - "C'est mon fils !"
Les salopes ! Les salopes !
Adaptation : Gaëlle BRAZON pour Eclair Group
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