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Zulu
---
-En ce temps-là, des landes d'Écosse au désert de Gobi,
et des collines turques aux rivages hispaniques,
le monde civilisé subissait la loi d'un seul homme,
César.
Chaque année, César passait ses vacances à Rahatlocum,
colonie romaine d'Afrique du Nord.
---
-Venez ! Venez vite !
---
-Un peu d'herbe ? C'est du phénicien.
-Va chier !
Musique orientale
---
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Sirène de pompier
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-C'est quoi, ce foutoir ? Allez voir !
Faites dégager !
Allez !
-Te presse pas, surtout. Tu pourrais attraper une hernie.
Range-toi ! - Y a pas le feu !
Prends un chameau. Tu passeras facile.
Il nous fait chier !
Je bosse, moi !
-Je bosse aussi, mais j'emmerde pas le monde !
-Tu râles, mais t'as même pas de clients !
-Je suis moins con que toi. Je m'arrête pour bouffer !
-Tu veux pas me redire ça, un peu ?
Pour voir si ça me va.
-Je vais me gratter ! Tu crois
que tu me fais peur, gros sac ? Rires.
Sirène de police
---
-Si je me mets face à toi, t'aurais le culot
de me redire "gros sac" ?
-Oui, gros sac ! Parfaitement.
Tu veux savoir gros sac de quoi ?
Il m'appelle gros sac !
-Qu'y a-t-il ?
-C'est cet abruti qui bloque la rue.
-Les courses de chars, c'est le dimanche au cirque !
-Tu veux aller au cirque ?
-Tais-toi.
Vire-moi ce char. La rue doit être dégagée à 3 h.
-Encore ? Ça commence à bien faire !
Protestations
-Débinez. Y a rien à voir.
Et vous, rentrez vos étalages.
César attend de la visite.
Dégagez la rue pour laisser passer le cortège.
Ramassez et fermez vos boutiques.
-C'est tous les jours, maintenant !
-Il nous fatigue, avec ses visites officielles !
-C'est bien joli, de faire le beau, d'inviter des rois nègres.
- Et des chefs gaulois ! - Ça suffit !
Maintenant, si ça vous plaît pas, dites-le à César.
Il va recevoir des lions d'Afrique, des gros.
Qui ont un bon appétit, à ce qu'on dit.
- Allez, on s'en va. - C'est malin.
-Ho !
Sirènes
---
-Alors toi, t'as pas compris.
On vient de dire qu'il fallait dégager la rue.
-J'en ai pour 5 minutes.
Je m'arrête au bistrot pour becqueter.
-Occupe-toi de lui.
-Bon, ça va.
*-Le consul veut transformer
*le théâtre de Julien Sévère
*en supermarché dont les bénéfices iront à l'État.
-Une tasse de thé
bien chaud, sans sucre.
Rires. *-...des colonies africaines.
-Je fais attention à mon régime.
*-Leurs impôts seront augmentés, tout comme en métropole.
*Il a ajouté qu'ils seront fiers de contribuer à la grandeur de Rome.
-Qu'est-ce qu'on en a à foutre, de Rome ?
*-Les émirs arabes, à la conférence des pays producteurs d'avoine,
*ont décidé de porter à 18 sesterces
*le prix du quintal de grain.
Protestation générale
*Nombre de ces émirs arrivent en ville pour assister aux fêtes que donnera
*le puissant César en l'honneur
*de la divine Cléopâtre.
-Arrêtez cette télé de merde !
*-Les hôtels sont complets.
-Si c'est pour écouter ces conneries...
-Que deviendra-t-on ? On gagnait déjà rien pour manger.
Là, l'avoine augmente, et ils nous collent un supermarché.
-Ça m'empêchera pas de prendre du champagnus.
- Tu t'en fous, toi. - "Tu t'en fous, toi."
Je vais te dire : si le supermarché vous fait faire faillite
et que ça supprime vos étalages et vos livraisons, c'est pas plus mal.
-Mais quel enfoiré !
-Hé, les gros bras,
servez-vous de l'Union des commerçants !
-Oh là là ! Y a un vent de révolte.
-Paulus nous chambre.
T'as entendu ?
-Oui, comme tout le monde.
Faut pas se laisser faire.
-Parfaitement.
-Moi, je dis que César
ne serait pas un loup si les Romains n'étaient pas des agneaux.
Je dis que César ne serait pas un lion
si les Romains n'étaient pas des biches.
-C'est pas con, ça.
C'est pas con, ce qu'il dit.
- Il dit quoi d'autre ? - Pas con. Tu dis quoi d'autre ?
-Je dis qu'on devrait profiter que César est là
pour lui faire savoir qu'on en a marre.
Il faut désigner un responsable.
Un homme à poigne,
qui a pas froid aux yeux et qui va aller lui dire
qu'on en a marre, quoi. Qu'on en a gros sur la patate.
Approbation générale
- Le mec, c'est toi. - Quoi ?
-C'est bien toi, le président de l'Union des commerçants.
-Oui, mais...
-Paulus a raison. Allons voir le consul
et que Ben-Hur Marcel nous représente !
Acclamations
-Que Ben-Hur Marcel dise qu'on en a marre !
Acclamations
Que Ben-Hur Marcel soit notre chef ! - Conduis-nous !
---
-C'est Ben-Hur Marcel ! Il va parler au consul.
Venez tous ! Allez ! Allez !
Allez ! Allez !
Musique triomphale et acclamations
---
-C'est Ben-Hur Marcel qui va parler en notre nom !
Venez !
Acclamations
---
Il parle en anglais.
---
---
-Non.
-Qu'est-ce ?
-Le peuple.
- Que veut-il ? - Apparemment, il râle.
Cris de la foule
---
*-Je vous ai compris !
*Citoyens !
*Vous voulez moins d'impôts ?
-OUI !
*-Du travail pour tous ?
-OUI !
*-Que l'inflation soit stoppée ?
-OUI !
*-On ne peut rien faire maintenant.
*Mais dès qu'on pourra, on fera le double !
Acclamations
---
-Des belles promesses ! On veut des garanties !
-OUI !
-Ils commencent à me faire chier.
-Ça peut plus durer. Rome est une démocratie,
et nous avons des droits.
*-Qui es-tu, toi ?
-Ben-Hur Marcel, président de l'Union des commerçants.
*-Tu m'en diras tant. C'est toi, le meneur ?
-Un peu, mon neveu !
*-Vas-y, parle.
-Voilà... Avant, on était bien tranquilles.
Mais avec César, c'est le bordel.
César chevauche l'univers
et nous, pauvres nains, trottinons entre ses jambes de géant.
Mais par les dieux,
de quelle viande se nourrit César, pour devenir si grand ?
Les murs de Rome seraient-ils la ceinture d'un seul homme ?
Je vous le dis : César, y en a marre !
Quoi ? Pourquoi moi ?
Et les autres ?
-T'es tout seul, connard.
-Écoute, Demetrius-Cassus-Cornélius- Titus-Marcus-Octavus !
Dimanche, jette dans l'arène ce couturier !
J'aurais l'air fin avec ce drapé raté à la fête de César !
Je veux voir son corps déchiqueté par les fauves
s'effilocher en lambeaux !
- Pas devant les gardes ! - Si !
Dans l'arène ! Que le trident laboure son torse !
Que le glaive le découpe en lanières.
Que les filets emprisonnent ses chairs tuméfiées.
-Laetitia, ça commence à bien faire !
On a déjà livré le plombier aux lions.
On a crucifié le coiffeur.
Et maintenant, le couturier ? - Et alors ?
-Je veux bien être gentil, mais ça va me rendre impopulaire.
-Pourquoi j'ai épousé un Romain, moi, une Gauloise raffinée ?
-Qu'est-ce qui se passe ?
Salut, Demetrius- Cassus-Cornélius-Titus-Marcus...
-Ça va, ça va. Que se passe-t-il ?
-Je ne sais pas si je peux parler devant...
-Il manquerait plus que ça.
Quel macho à la gomme !
Je suis la femme du consul, et je peux tout savoir chez moi.
Si je le demande à mon mari, tu peux finir dans l'arène.
-Ça va pas recommencer, non ?
Vas-y. - C'est ton fils, noble consul.
-Son fils ? C'est mon fils ! Qu'y a-t-il ?
Il est mort ? Il est blessé ? Bouge ! T'es bien un Romain.
-Mais fous-nous la paix, Laetitia ! Alors, mon fils ?
-Il a encore été arrêté pour excès de vitesse et état d'ébriété.
-Jupiter soit loué.
-Oh, le petit con !
Fais-le sortir et amène-le.
-Il a été arrêté par les gardes de la route.
Entre les gardes de la route et les gardes du palais...
-Fais-moi sortir mon fils.
Si ça déplaît aux gardes, je leur envoie les brigades.
Y en aura 4 ou 5 dans l'arène ! - Ah, tout de même !
-Laetitia,
va t'occuper de tes dentelles, sans ça...
Rugissement
---
Il grogne.
Rugissement
---
Le lion ronronne.
---
-Il est goinfre, tu peux pas savoir.
Chaque dimanche, dans l'arène, il en bouffe 3 ou 4.
Surtout les Grecs. Alors ça...
Il est friand des Grecs. Peut-être à cause de ce qu'ils mangent.
Feuilles de vigne farcies, brochettes, tzatziki...
Tout ça rend le Grec goûteux. Hein, Lucien ?
Il rit.
C'est marrant. Le Turc mange pareil que le Grec.
Eh bien, le Turc, il aime moins.
Ah, le Spartiate, il n'aime pas trop. Trop sec, le Spartiate.
Que je t'explique. Le spartiate, il le déchiquette.
Il joue avec ses sandales, mais il le mange presque pas.
Le Gaulois, il chipote.
Les Abyssins, il court pas dessus. Les Biafrés, il en veut pas.
-Et les Romains ? Les Romains ?
-Ah, les Romains, c'est son dessert.
Ça, les Romains... C'est les babas au rhum.
Il n'en a pas souvent.
Sauf des condamnés au droit commun restés au pain sec, tout maigres.
Mais un Romain comme toi,
bien nourri... - Ah ! Non. C'est...
-Ça, c'est son régal.
D'ailleurs, regarde.
Tu vois comme il te regarde ?
Il a l'œil. Ah, il connaît son monde !
-On pourrait peut-être s'arranger.
Je pense à un truc...
Tu te laisserais assommer et j'attraperais la clé.
Mais je te paierai.
-Que je te laisse t'échapper ? Tu rigoles !
-Non, non...
-Je suis pas contre arrondir les fins de mois.
Nous, les fonctionnaires, on gagne peu et tout est déclaré.
Alors, pour des bricoles, je ne dis pas.
Si tu veux te faire passer de la nourriture,
des colis...
Mais pas te laisser t'échapper.
C'est moi qui me retrouverais à ta place dans l'arène.
Remarque, Lucien, lui...
Il me toucherait pas.
Hein, Lucien ? Tu vois.
Mais c'est les autres, les gladiateurs !
Ce sont eux, les vrais fauves.
Ils te font le trident dans la gorge. Ils tournent.
Ils te coupent les mains. Les mains.
Ils t'enfoncent des coups de hache derrière la tête. Ça fait mal.
Tu agonises des heures !
Tu as du miel partout, les fourmis rouges montent,
les chameaux te lèchent.
Tu souffres. Tu agonises pendant des heures, des heures... Au soleil.
Bon. C'est pas tout ça, il faut que j'aille nettoyer l'arène
et jeter de la sciure.
C'est que dimanche, ça va saigner à gros bouillons. À gros bouillons.
Rugissement
Du calme, Lucien.
Un peu de patience. Tu l'auras,
dimanche.
Il ronronne.
- Il y a beaucoup de complots ? - Énormément.
- Il y a beaucoup de complots ? - Énormément.
On ne peut pas vérifier toutes les identités, fouiller,
emprisonner les étudiants,
sans choquer le peuple, prompt à s'enflammer, comme tu le vois.
-J'ai une solution : organisons un complot.
On connaîtrait ainsi les mécontents.
Après que César eut échappé à un faux attentat,
on arrêterait le maximum de suspects.
-Génial, consul !
Il faut trouver un meneur à notre entière dévotion.
-As-tu dans ton entourage quelqu'un d'assez intelligent ?
Laissez-nous !
-Je ne connais que des policiers, donc personne d'intelligent.
-Oui.
Et quelqu'un de très bête ? C'est aussi bien.
-Eh ben...
-Salut, Demetrius-Cassus...
-Perds cette habitude de saluer 15 fois par jour ! Ça m'horripile.
Alors ?
-J'ai arrangé le coup avec les gardes de la route. Ton fils a été libéré.
-Regardez cette allure.
Allez, va dans ta chambre !
Musique rock
---
Te fous pas de ma gueule !
N'oublie pas que la prochaine fois, tu restes en cabane !
Ça va, en ville ? - Tout baigne dans l'huile.
Le meneur est au cachot avant d'être jeté dans l'arène.
- Et le peuple ? - Rien à craindre.
Ce meneur est un petit garagiste sans importance.
C'est même dommage que les lions le bouffent.
C'est le seul à bien réparer les chars, dans ce pays de merde.
On se demande pourquoi on se retrouve dans ce bled à la con, tout ça
pour contenter un empereur débile
qui, pendant ce temps... Excuse-moi. C'est les nerfs.
On est surmenés. - Oui, je sais.
Laisse-nous.
-Ah ! Bordel d'uniforme de putain de métier de con
de nom de Jupiter de saloperie de cape de merde !
-Tu vois, les hommes en ont plein le cul.
Plein le... Plein le cul.
-Cet imbécile m'a donné une idée.
Le nom de ce garagiste arrêté ?
Ben-Hur Marcel.
-Pas très romain, ce nom.
Mais c'est pas plus mal.
C'est l'homme qu'il nous faut pour un complot bidon.
Les gens l'ont entendu gueuler, on l'a arrêté.
Nul ne doutera de son envie d'abattre César.
-Génial, consul. Génial.
Chant choral
---
-Place au noble Faucuius,
envoyé du consul Demetrius, représentant du peuple de Rome.
Elle souffle.
-Hum...
À ta place, ma reine, je garderais le mien.
Si tu te mets un nez trop long, la face du monde sera changée.
-Divine Cléopâtre, que les dieux m'aident
à bien conseiller et convaincre ta lumineuse Majesté.
Majesté lumineuse, considère
que même si le puissant César règne sur le monde occidental,
en province, on fait ce qu'on peut. On n'est pas des bœufs.
Bon.
Rahatlocum est très différente de Rome,
où les allées sont larges, aérées, où les voies sont rapides et propices
aux cortèges.
-Faucuius, tu nous gonfles !
-Tu nous pompes l'air, ô combien !
-Mais enfin, divine Cléopâtre. Allez.
Rahatlocum est une petite ville
aux ruelles étriquées, aux chemins montants, sablonneux.
Lumineuse Majesté, le char transportant Ta Majesté lumineuse
devrait emprunter le périphérique.
-Non, mais je rêve, ou quoi ?
Dis à ton empereur que je suis reine d'Égypte.
En Afrique, c'est moi qui fais la loi. Ça veut dire quoi ?
Mes ancêtres n'ont pas fait les pyramides pour que je sois
au milieu des routiers romains et des chars de livraison !
Je traverserai Rahatlocum par la rue principale.
Si elle est trop étroite,
si César est aussi puissant qu'il le dit,
il n'a qu'à faire raser la moitié de la ville.
Comme ça.
C'est clair ?
-Mais Majesté...
Ça suffit ! Emmenez-moi ce ringard
et son jeu de construction.
-Je ne faisais que transmettre les ordres du consul,
qui n'est pas très malin.
C'est dramatique, de travailler pour ce ballot.
Il parle égyptien.
-Si je pouvais entrer au service d'une souveraine comme toi,
lumineuse Majesté ! Majesté lumineuse !
Musique rythmée
---
-Comment s'appelle le petit brun ?
- Le brun ? - Le petit gros.
- Ah, le petit gros. - Juvénus, noble consul.
-Juvénus.
-Il ne s'entraîne pas bien.
Il mérite d'être puni.
-Oui, puissant César. Tu as entendu ?
-Absolument, auguste César. Il sera jeté dans l'arène
dès dimanche.
-César est sévère, mais juste.
Un laisser-aller à l'entraînement mérite un châtiment, pas l'arène.
Tu le mettras de garde la nuit.
-Il sera fait selon ta volonté, puissant César.
Cet homme sera de garde de nuit,
une semaine à la porte nord,
là où c'est le plus pénible.
-Toi, tu es pénible !
Je ne veux pas le châtier trop durement.
Tu le mettras de garde la nuit à la porte de ma chambre.
-Ah bon ?
-Fais ce qu'on te dit.
Prévois un remplaçant, au cas où il s'absenterait.
-Manquerait plus que ça !
-Plus con que toi, y a pas.
Obéis, si tu veux pas te retrouver dans l'estomac d'un lion.
-Bien, noble consul.
-Demetrius, suis-moi. Nous avons à parler de choses sérieuses.
Demetrius, mon petit chou, dis-moi,
c'est quoi, au juste, cette Cléopâtre ?
Une sauvage ou quoi ?
-Ce serait plutôt une femme de tête.
-Je vois : du genre scout.
-Je ne crois pas. On la dit autoritaire, mais assez féminine.
-Oh, quelle horreur !
Mais si c'est pour le bien de Rome, ne négligeons rien pour la recevoir.
Demetrius, regarde. Que penses-tu de ça ?
Ce sont des projets de costume pour la fête.
-Très gai. Pourvu qu'il fasse beau.
-Pour les jeux, je veux le maximum : courses de chars, gladiateurs.
Sélectionnez des gladiateurs grands, beaux, virils...
et tout.
Tu m'en mettras aussi 2 ou 3 moins grands et pas trop maigres.
-Des petits gros.
Ce sera fait, puissant César.
J'aimerais te parler politique.
-Ah ! La politique, tu sais que ça me rase !
Je dois déjà recevoir cette Arménienne !
-Égyptienne.
-Oui, bon. Si tu veux, "Égyptienne".
Alors si en plus, il faut que je m'occupe de la politique...
-Noble César, j'ai le devoir de te dire que le peuple est mécontent.
-Mais le peuple... C'est quoi, le peuple ?
Des plombiers, des boniches !
S'il faut tenir compte de l'opinion du peuple pour gouverner...
À part le peuple, on est content ?
- Oui. - Eh bien, alors ?
Organisons le pays entre gens du même monde.
-Malheureusement, c'est impossible.
Des mouvements révolutionnaires naissent partout.
Chaque jour, des représentants de l'autorité : juges, centurions,
collecteurs d'impôts, sont attaqués par les Brigades Pourpres.
Les services publics sont victimes d'attentats.
Crissements de pneus
-Regarde la ville. Choc
Le tribunal de commerce, la perception centrale
et le cirque.
Ils l'ont mis dans un état !
Les Brigades Pourpres ont fait sauter ta statue.
-Ça, c'est pas un mal.
Je détestais le costume.
Mais je vais la faire refaire avec des plis sur le devant
et un grand mouvement plus souple.
- Il faut agir. - Fais venir le sculpteur.
-Non. Il faut agir sur un plan politique.
-Sois gentil. Prends ça en main.
- Autre chose... - Fous-nous la paix !
Ça suffit, non !
L'Empire... L'Empire, c'est très joli.
Mais on a aussi une vie privée.
César n'a pas le droit de vivre ?
L'État, l'Empire...
-Non, écoute-moi, noble César.
Comme l'alliance avec l'Égypte est nécessaire pour notre économie,
il serait bon...
César soupire.
Profitant de sa venue, que...
tu envisages d'épouser la divine Cléopâtre.
-Épouser ? Ça veut dire quoi ?
Mariage ?
-Oui, pour des raisons simplement politiques.
T'es pas obligé...
César rit.
-Non, mais il est fou, celui-ci. Me faire épouser une Éthiopienne !
-Une Égyptienne.
-Non, Coco. Je sais que tu m'es tout dévoué,
que tu veilles au salut de l'Empire,
mais là, tu devrais te reposer un peu.
Franchement, tu déconnes.
---
Tu me vois avec une bonne femme et des chiards ?
On rêve, par moments.
Allez, ciao, mon petit consul.
---
Pardon, mais t'es trop drôle.
Tu rentres chez toi, tu prends une tisane...
et au dodo.
Non, ça... j'en reviens pas.
"Épouser" ! Oh, épouser...
Ça, alors !
J'ai jamais rien entendu d'aussi bête.
Oh, je vais la raconter.
---
ils rient.
---
---
-Comment est ce César ?
-Très puissant, à ce qu'on dit.
-Oui, mais dans la vie ?
-Bon chic, bon genre.
-C'est déjà ça.
-Il reçoit bien : nouvelle cuisine et tout...
-Faire 18000 km pour manger du loir confit à la gelée de fraise...
Enfin... Je fais ce voyage pour la grandeur de l'Égypte.
J'espère qu'on gagnera la course de chars.
-Laisse-nous.
Approche.
Assieds-toi.
Renseignements généraux :
Ben-Hur Marcel, préside l'Union des commerçants.
Un mouvement révolutionnaire ? - Non, mon consul.
C'est une association de commerçants.
On fait des quinzaines commerciales,
on fait des petites fêtes...
-On me signale
que tu rejettes l'autorité,
que tu critiques l'Empire,
et que tu t'en prends à César lui-même. Exact ?
-C'était juste une fois. On m'avait poussé, et j'ai...
-Ne t'excuse pas.
Ça me plaît. J'ai besoin d'un homme comme toi.
-Ah bon ?
-Tu sais qu'on complote contre César ?
-Je suis dans le commerce. On entend parler les gens.
Certains disent qu'il faut virer César à coups de pompe dans le cul,
ou alors qu'il faudrait le crucifier,
ou l'asseoir sur une pyramide.
Mais de vrais complots, j'ai pas entendu parler.
- Tu vas m'en organiser un. - Un complot ?
-Réunis ton groupe de commerçants,
et mettez au point une conspiration.
-Une "conspiration" ?
-Contre César.
-Ah oui ?
Ah, ben non. Ça, ça ne m'intéresse pas.
Non, vous voyez, c'est pas mon truc.
Dire des conneries au bar avec les copains :
"César a une tête de cul. Quand il tousse, on dirait qu'il pète."
Mais ça, c'est...
Mais sans ça, vraiment...
Faire... Pardon.
Euh... Des conspirations... Ah non.
Dans la police, vous devez avoir des gens spécialisés.
Ça leur fera plaisir, en plus.
Nous, on vous ralentirait.
-Mais tu n'as pas le choix.
-Ah non ?
-C'est ça ou alors dimanche, dans l'arène, avec Lucien.
-Ah oui. Comme ça, voilà... Je me débrouillerai.
Très bien.
-Nous savons que les conspirateurs se réunissent
la nuit dans les catacombes.
Si notre bon ami pouvait prendre contact avec eux...
-Pas bête. Va dans les catacombes
et infiltre les mouvements terroristes.
Dans quelques jours, viens au rapport
et nous aviserons. - Ah bon ?
C'est peut-être idiot, mais s'ils veulent pas de moi ?
-Lucien.
-Ah oui.
Bon.
---
Bips électroniques
---
-On y est.
-Combien je te dois ?
-8 sesterces.
Merci.
---
-Ça va, Lucette ?
-Y en a, faut se les faire.
-Tu viens, mon biquet ?
-Combien tu veux ?
-20 dans le char, 25 dans les catacombes.
-Putain !
-Pardon ?
-Je veux dire, c'est pas donné.
-C'est pas donné, mais c'est bien vendu.
-Oui...
Bon.
---
-Oh, t'es mignonne, ce soir. J'en peux plus ! J'en peux plus !
- Vous partez déjà, mes chats ? - On est crevés.
-Oh...
-Le hammam nous a tués.
-Viens, on va se coucher.
Ciao. À demain, mon chou.
-C'est une honteuse. Elle est masquée.
- Salut, toi. - Salut, Reginus.
Y a de l'ambiance ? - Y a un monde fou.
-T'es déjà là, ma grande ?
*Musique disco
---
Ben-Hur crie. - Citoyen,
t'as pas 2 ou 3 sesterces pour boire un coup ?
-Si. Tu sais où est l'entrée des catacombes ?
-C'est un peu plus loin.
Mais fais gaffe. Y a de drôles de types, là-bas.
Merci, hein ! - De rien, de rien.
Il rit.
Ah oui. Ça... Ça...
-Bonsoir, mes chats.
- Bonsoir, maman. - Bonsoir.
Soyez prudentes.
Bonsoir, toi.
-Bonjour, monsieur-dame.
Je cherche des... amis. Alors, je sais pas...
Ils m'ont dit que je trouverais...
Ils se réunissent pour organiser des choses un peu spéciales.
-Ah oui, ça, c'est spécial.
-Mais je sais pas si...
Ils ont dit : "Dans les catacombes."
-Oui. Enfin, c'est en bas.
Tu veux jeter un coup d'œil ?
- Ben... - Entre.
Qu'est-ce que t'as, mon chat ?
T'es timide ?
-Non. C'est parce qu'ils m'ont dit que c'était secret.
-Mais non, c'est pas secret.
C'est discret, mais tout le monde le sait.
-Ah bon ?
- Y a même des gens de la police. - Ah ?
-Bonjour, les mecs. Bonjour. Bonjour, les hommes.
Eh ben, entre. Ce qu'elle est godiche, celle-là !
*Musique disco
---
-Tu veux boire une petite coupe, mon minou ?
-Oui, c'est ça.
-Merde ! Tiens, minou.
-Merci.
---
- Bonsoir. - Salut.
Ils sont tous du complot ?
-Pardon ?
-Ils sont tous du complot ?
-Pas compris.
-Ils en sont tous ?
- Évidemment ! - Ah bon.
Et toi aussi, t'en es ?
T'en es aussi ?
-Ben oui ! Ça se voit pas ?
-Ben non.
-On va aller là-bas. J'entends rien.
Tu veux ? - Oui.
Par contre, toi, tu n'as pas l'air d'en être.
-Ben, j'en suis pas depuis longtemps.
En fait, j'en suis pas encore. Tu vois ?
J'essaye d'en être, mais je sais pas comment faire.
-C'est facile, d'apprendre ça.
On peut s'en occuper. - Ah bon ?
C'est sympa, oui.
J'ai pas eu l'idée tout seul. On m'a un peu forcé la main.
-Ah, d'accord. Mais maintenant ?
T'as rien contre ?
-Non. Je suis même pour. Mais seulement, je suis pas un actif.
-Passif, c'est bien aussi. Non ?
Laisser faire les choses. Laisser agir les autres.
Hum ? - Ça m'arrangerait, moi.
Je suis pas maladroit. Je peux rendre des services.
Mais organiser, quand on n'a pas l'habitude...
-Ne t'inquiète pas. On peut tout organiser pour toi.
-Oui, ça serait bien, oui. C'est sympa.
-On danse ?
- Ben, je veux bien. - Viens.
---
---
-Qu'est-ce qu'ils ont ?
-Ils ne tiennent pas debout, ma reine.
C'est cet imbécile qui les a fait fumer.
-Mon arrivée triomphale était prévue à 5 h de l'après-midi.
Et il est 2 h du matin !
-Je le sais, reine des reines.
-Bon. Que dit le chef du cortège ?
-Oh, celui-là...
Il appelle en égyptien.
-Cléopâtre, c'est la plus belle. C'est la meilleure.
-Qu'est-ce que j'ai fait à Osiris pour être entourée d'abrutis ?
Lui, je veux qu'on l'écartèle ici, tout de suite !
-Tout seul, ça ne sera pas facile.
Mais dès que les gardes seront réveillés, je ferai mon maximum.
---
Sanglots hystériques
---
-Ça te plaît ?
-C'est beau, hein.
C'est un peu chochotte. - Oh !
Oh, qu'il est drôle !
Mets-toi à ton aise. - Ça va, là.
- Tu bois quelque chose ? - Une petite coupe.
Il est bon.
Stop, stop.
Faudrait voir ce qu'on va faire.
-Hum...
Assieds-toi.
Détends-toi.
Il ne faut pas précipiter les choses.
Nous avons tout notre temps.
-J'aimerais mieux qu'on fasse vite.
On choisit le moment, et hop !
-Oh ! Ben toi, alors...
-Le plus dur, c'est de se décider. Mais après, faut le faire.
Faut plus parler et faire.
Faut organiser. Pas d'improvisation.
-Un peu quand même, non ?
- Non. - Non ?
-Tu vois, ce serait un client ordinaire, on pourrait bâcler.
Mais là, c'est César. Il faut que le boulot soit bien fait.
-T'as tout compris.
-Oui...
-Oui, je vois ça.
Hum ?
Hum... Je peux retirer ça.
C'est bien, que tu prennes César pour quelqu'un d'exceptionnel.
Mais tu sais, c'est un homme comme un autre,
et qui, dans certains domaines, doit simplement être traité
comme un homme et rien d'autre. Hum ?
Car... L'homme... L'homme est faible,
jeune patricien. Bien sûr, ce n'est pas sa faute.
C'est une question de cerveau. - C'est ça.
-Quand l'homme prend conscience de sa faiblesse,
quand il prend conscience de sa fragilité,
et quand il prend conscience de sa laideur,
car il est laid, l'homme... L'homme... L'homme.
L'homme est laid. Tu es bien d'accord ?
- Oui. - Ô, nature ingrate
qui a voulu que l'homme soit modelé
à l'image de la puissance
et non de la grâce,
tout ce qui est mâle n'est que force et laideur !
Le mur, le roc, le glaive !
Alors que tout ce qui est femelle
n'est que douceur et tendresse.
La fleur, la rivière, la musique...
Oh, tu es trop jeune, jeune patricien,
pour avoir connu la femme
dans toute sa splendeur.
-Enfin, je me débrouille, quoi.
-Oh ! Oh !
Oh !
Quel poète,
dans sa tragique lucidité,
décrira enfin le mâle
dans son horreur ?
Car c'est une horreur !
Tout ça, c'est une horreur.
La tête, le bras, la jambe.
C'est une horreur. Une jambe d'homme, c'est épouvantable.
Une jambe d'homme, non ? - Oui.
-C'est vrai. Et un bras ? C'est beau, un bras ? Hum ?
Et ces torses. Ces torses sans mamelles.
C'est insupportable.
Ô, atroce partage.
Ô, infâme distribution.
Seule la femme a tout reçu des dieux.
Car la femme est la copie de l'homme,
mais nous n'en sommes que la caricature.
Car nous, les hommes,
nous sommes...
Nous sommes...
Nous sommes moches.
Ah, ce qu'on est moches !
Tu comprends maintenant que si grand que soit son pouvoir,
César n'est...
César n'est qu'un pauvre petit homme
-Oh, "pauvre petit homme"...
Faut rien exagérer !
Attention, c'est quand même l'empereur des Romains.
C'est pas n'importe qui, ce mec. Il est costaud.
Pas facile d'y foutre un coup de glaive dans la gueule
ou une bombe dans le cul.
-Et qui parle de lui faire ce que tu dis ?
Un coup de glaive dans le visage et une bombe dans le derrière ?
-Comment ça, qui parle de ça ? Nous.
On va organiser un attentat contre César.
J'ai pas rêvé ?
Le plus difficile, c'est de le coincer.
Il faudrait l'enfermer. Alors là, après ça, on a le choix.
On lui colle du poison, un coup de couteau,
on le noie, on l'étouffe avec ses oreillers...
On verra sur place.
Et après, on se connaît plus. Pigé ?
-Oh oui.
Centurions ! Gardes !
À moi ! - C'est César !
-Arrêtez-le ! Attrapez-le !
C'est un voyou qui veut m'assassiner ! Au cachot !
-C'est pas moi !
Je vous jure !
-Tant pis pour toi ! A l'arène ! Aux lions !
Soutenez-moi. J'ai un malaise. J'étouffe.
Il veut m'assassiner avec...
un coup de glaive !
Installez-moi sur les coussins.
Installez-moi sur les coussins !
Je vais avoir un malaise. Fais-moi un peu d'air, coco.
Un peu d'air.
-Attention à l'arc de triomphe. Ne passez pas dessous.
Vous voyez bien que ça passera pas.
Voilà. De quoi je vais avoir l'air, devant César,
qui m'attend avec toute sa cour ?
Tout l'Empire romain a les yeux fixés sur moi.
-Pas à cette heure-ci, ma petite reine.
-C'est facile !
Il rit.
Là non plus, ça ne passera pas.
---
Craquement
Voilà ! Je vous l'avais dit, que ça ne passerait pas !
-Mea grandissima culpa !
Elle crie.
Qu'on enduise les porteurs de miel et qu'on les jette aux fourmis !
-Ce sera fait.
Dès qu'on trouvera du miel.
-Voilà ! Bravo !
-Citoyen, la rue principale ?
- "Principale" pour qui ?
- Pour tout le monde ! - Ça dépend.
Pour moi, la rue principale, c'est celle où il y a les bistrots.
Mais la rue plus chic, c'est celle-là.
-Mais où elles vont, les suivantes ?
Ne tournez pas. Tout droit !
-Par Osiris, tout droit !
-Ils comprennent rien ! C'est décourageant. Merde, alors !
Ils font quoi ?
Mais non, pas vous ! Pas tout droit ! Tournez !
-Pas tout droit ! Tournez !
- Tournez ! - Tournez !
-Écartelés, vous m'entendez ? Écartelés !
Et les morceaux, jetés aux cochons !
Fracas
---
-Ho !
-Patricien,
peux-tu aider la divine Cléopâtre ?
-Certainement. Alors...
Je m'occupe de tout. Regardez bien.
Avancez. Avancez.
Tout droit. - Le mur !
-Braquez, maintenant. Braquez !
Arrêtez ! Arrêtez, maintenant !
-Imbéciles !
Hébétés !
-C'est le destin, ma reine.
-Mais on s'en fout, du destin !
Non, non, non !
Trop, c'est trop !
C'est trop !
Je me fais les pieds, les ongles,
et tout.
Tout ça pour la grandeur de l'Égypte !
Ça fait un mois que répète mon arrivée !
Et j'ai l'air d'une conne.
-C'est pas grave, divine Cléopâtre.
Tout le monde dort encore. Personne ne t'a vue.
N'est-il pas vrai ?
-On a du pot dans notre malheur, ma petite reine.
Dis-moi, grand patricien romain,
tu sais où est le palais de César ?
-Je ne vais pas voir César dans cet état !
Et j'irais à pied ? Mon char est en miettes !
-T'en fais pas, divine Cléopâtre.
J'allais chez un copain. Les chars, c'est sa spécialité.
Si tu veux bien monter dans mon taxi.
-Mon singe et mes deux faucons.
-Oui, c'est connu, ça.
-Ma toute Cléopâtre, ne t'inquiète de rien. Je gère tout.
Il parle égyptien.
-Ho !
Ça a pas été trop dur ?
Ah... À vue de pif, il est pas là.
- Je dois être dans un état, moi. - Non, ça va.
- Où est la salle de bains ? - Par là, je crois.
-Oh !
-Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ça. - Quoi, "ça" ?
-C'est mon grand-père, le pharaon Sésostsris Aménophis Nyopartalephet,
qu'on appelait Sesostris tout court, d'ailleurs.
Écoute ça : "J'ai mis ce portrait dans le berceau de l'enfant,
"posé le berceau sur le Nil.
"Béni celui qui le trouvera car cet enfant sera le pharaon d'Égypte" ?
Tu vois ? L'enfant qu'on a mis dans un berceau sur le Nil,
c'est mon frère, Aminemephet.
J'ai été élevée par mon grand-père.
7 ans avant, il a envoyé mon frère en nourrice près de la Palestine.
Il tousse.
-Qu'on emporte ce bébé en Palestine.
C'est le futur pharaon.
Je veux qu'il soit mis en nourrice chez mes vieux amis hébreux,
Rachel et Simon Goldenberg.
-Grand pharaon,
pourquoi tiens-tu à ce que ton petit-fils
sois placé chez les Hébreux ?
-Pour des raisons politiques.
Il n'aura pas le même sang que les Juifs, mais le même lait.
-Aminemephet était à peine arrivé chez sa nourrice
que le roi Hérode décida d'assassiner tous les bébés
pour que le roi des Juifs annoncé par les Écritures
ne prenne pas sa place un jour.
- En avant ! Passe ! - Hop ! Hop !
Pleurs et cris des femmes
---
-La nourrice prit le berceau contenant mon frère
et le posa sur le Nil.
-T'es pressée ? À la queue, comme les autres.
-Nous aussi, on est persécutées ! Merde, alors !
-On n'a plus jamais eu de nouvelles de lui.
Il faut que je sache pourquoi ce portrait est ici.
Ton copain garagiste est le seul à pouvoir me dire où est mon frère.
-Alors, tu donnes tes complices ?
-J'ai ni complices ni beurre au cul !
César m'a invité à boire un coup.
- "À boire un coup" ? Voyez-vous ça.
-Je le connais pas. Je l'ai jamais vu, César.
- "Jamais vu" ? Son noble visage est sur tous les billets.
-Eh ben... Il avait une perruque. J'ai pas reconnu sa tronche.
Son noble visage.
-Laisse-moi lui arracher un ou deux ongles,
lui fracasser quelques dents et un ou deux bras.
-Pas les bras. Je suis manuel, pas intello comme vous.
-Lucien aime ça. C'est plus tendre.
-On n'a pas le temps. Enfermez-le.
On va choper ses complices à son garage.
---
*-Sortez. La maison est cernée.
Rendez-vous et pas un geste. Nous sommes en force.
Ben-Hur Marcel a été pris. On vous arrête.
-Allons bon ! Et on peut savoir pourquoi ?
-Fais pas l'étonné.
Pour complot contre César et Cléopâtre.
-Hum ! C'est moi, Cléopâtre, reine d'Égypte.
-Ah oui ?
Et pourquoi pas la femme de César, aussi ?
Je répète que suis Cléopâtre, reine d'Égypte !
J'exige tes excuses et les honneurs
dus à mon rang.
-Des Cléopâtre dans un garage à 6 h du matin, j'en ai jamais vu.
Et où il est, ton char ?
Et où est ta tiare ?
-Sur son char, avec son singe et ses deux faucons.
-Un singe et deux faucons ?
-Oui. "Un singe et deux faucons."
-Embarquez-moi ce poivrot et ramassez-moi la fille avec.
-Je me prépare longuement : soins de peau, bain moussant, massages.
Je soigne la présentation.
Je fais faire le ménage à fond pour accueillir cette Indienne.
-Égyptienne. Cléopâtre est égyptienne.
-Égyptienne, Indienne !
Qu'est-ce que ça change ?
Elle n'est pas à l'heure, c'est tout ce que je vois !
Elle va finir par me foutre ma fête en l'air, cette idiote.
Et alors ?
On ne peut pas savoir où elle est ?
Qu'est-ce qu'elle fiche, ta police à la noix ?
Oh... Oh non, moi j'ai...
Oh, les nerfs...
Déjà que je me fais attaquer dans ma chambre, en pleine nuit,
par un terroriste assoiffé de sang...
- "Un terroriste" ? Ta porte est toujours gardée.
-Oui, bon. Enfin ! Comment ?
Vous avez quelque chose à dire ?
Vous avez fini ou pas ?
Gardez vos réflexions. Ça suffit. Ça n'est pas le problème.
Où est Cléopâtre ?
-Salut, Demetrius Cassius. Salut, César.
César grommelle.
- Pas de nouvelles de Cléopâtre ? - Aucune, noble consul.
-Vous êtes nul. Vous me faites croire qu'une reine d'Égypte peut se balader
dans un territoire que, soi-disant, nous contrôlons,
avec des chameaux, un char,
un singe et deux faucons,
sans que personne ne la remarque ?
- "Un singe et deux faucons" ?
-Oui.
Un singe et...
deux faucons.
Le plus demeuré des Gaulois sait que Cléopâtre ne quitte jamais
son singe et ses deux faucons.
- "Un singe et deux faucons" ?
-Oui. Oh !
"Un singe et deux faucons."
Il est idiot, ou quoi ?
-Dans un garage, ce matin,
on a arrêté une fille. Elle disait être Cléopâtre.
Un type nous a parlé d'un singe et de deux faucons.
-Dans un garage ?
Elle disait être Cléopâtre ?
-C'est ça, noble consul.
- Tu l'as arrêtée ? - Bien sûr.
- C'était Cléopâtre ? - Je ne sais pas.
-Mais il ne sait pas !
Tout le monde sait que Cléopâtre a disparu !
Il en trouve une
et il est pas foutu de différencier une reine
avec un singe et deux faucons
et une pute de banlieue !
-Une bonne femme en robe du soir
à 6 h du matin...
-C'est vrai qu'à 6 h du matin en robe du soir, c'est d'un goût !
- Où est-elle ? - À la prison des arènes.
-Par Jupiter, fais atteler mon char.
-Oui, bon.
-D'où tiens-tu ce papyrus ?
-Ben, je l'ai toujours eu. C'était dans mon berceau.
-Par Osiris !
-Je suis un enfant trouvé. J'ai été abandonné sur le Nil.
Y avait ça dans mon berceau.
C'est Ben-Hur Gaston, mon père adoptif,
garagiste, qui m'a appris le métier.
Ça, on l'avait collé au mur.
-Mais ce qui est écrit là, vous l'avez jamais lu ?
-C'est des hiéroglyphes. C'est de l'hébreu, pour nous.
-Mais si ce papyrus était dans ton berceau,
c'est que tu es mon frère.
- Elle me charrie ? - Non. C'est marqué.
T'es son frère !
-Tu sais lire le papyrus, toi ?
-C'est écrit. T'es son frère et tu t'appelles...
-Aminemephet.
- Je suis ton frère ? - Mais oui.
Fils et descendant des pharaons et héritier du trône d'Égypte.
-Oh !
Tu ressembles à ton grand-père.
-Arrête tes conneries !
Alors, t'es ma sœur ? - Oui.
-Oh, merde !
-T'as vu, Lucien ? Le frère et la sœur. Tu vas te régaler.
On frappe à la porte.
Voilà !
Qui c'est ? - Hein ?
-Oh !
Le consul !
-C'est elle ?
-Je suis formel.
-Oh, divine Cléopâtre !
Je ne sais comment m'excuser.
Je me jette à tes pieds.
C'est une maladresse incroyable, une bavure de la police.
Des crétins dirigés par des abrutis.
-C'est bien mon avis, ça.
-Je ne sais quoi faire pour obtenir ton pardon.
-Commence par nous faire sortir.
-Hein ? Mais oui, certainement.
Qu'attends-tu, toi ?
-Alors, toi ?
-Qu'on avance mon char,
et qu'on ouvre la route à la divine Cléopâtre.
Non, pas toi, l'ahuri.
Que fais-tu là ?
-Je ne vous ai pas présenté mon frère.
Aminemephet, le pharaon.
- "Pharaon" ? - Si ça te dérange pas,
pardon, monsieur le roturier.
-Et lui ?
-Mon nouveau général en chef.
-Divine Cléopâtre.
-Mon pauvre Lucien, tu vas te taper de la nourriture en boîte.
-Ça va pas, non ?
-Le 7, rouge, impair et passe.
-On dira ce qu'on voudra, mais chez les Romains, on s'amuse !
-C'est dommage de devoir s'occuper de politique.
-La conférence des producteurs d'avoine prend tant de temps !
-On n'a plus une minute pour se distraire.
-Très vrai.
-À part nous, qui peut défendre nos intérêts ?
-Il faudrait nous trouver un représentant,
jeune, dynamique, digne de notre confiance,
qui nous représenterait en Occident.
-Il nous faudrait un type qui nous défende.
-Un type énergique.
-Un homme à poigne. Les commerçants ont Ben-Hur Marcel.
-Il nous faudrait Ben-Hur Marcel.
- Qu'un civil nous défende ? - Il est pharaon.
-Eh oui.
-Ah non !
Ça dépasse les bornes.
Je fais préparer les appartements royaux, laver les mosaïques,
changer la moquette, mettre des fleurs partout,
et elle va vivre chez un garagiste !
-Elle s'est installée chez son frère.
Et les conséquences politiques...
Si Ben-Hur Marcel devient pharaon, on traitera avec lui.
Du coup, la visite de Cléopâtre n'a plus de sens,
et ton mariage avec elle, encore moins.
-C'est une bonne chose. C'est plus facile de s'entendre
avec un pharaon qu'avec une pharaonne.
Il est comment, le frère ?
-Banal. Un petit gros.
-Ah bon ? Tiens.
Non, écoute, coco. Tu sais, l'avenir du pays, la politique,
doivent passer avant l'intérêt personnel. Eh oui.
Je vais aller... Je vais aller voir ce petit gros.
Je vais aller le voir.
Enfin, je veux dire... Je vais aller voir le jeune pharaon.
C'est ça ?
-Oui, puissant César.
-Je vais me mettre de la graisse partout, moi.
Bon.
-Laissez passer César.
Il traduit en égyptien.
-Dis-moi, jeune patricien...
- Quoi ? - Oh non, c'est lui !
C'est l'assassin !
Gardes ! Arrêtez-le ! Attention, il est armé !
-Il est armé.
-Ça va pas recommencer ?
-Ça veut dire quoi ?
-C'est lui qui a voulu m'assassiner.
-C'est lui qui me l'a dit !
-Tu le connais ? Que lui as-tu dit ?
-Moi ? Rien.
Tiens ta langue.
-Hé ! Mollo !
On parle pas comme ça au pharaon ! Arrêtez-le !
Il traduit en égyptien.
-Oh non ! Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Gardes ! Arrêtez celui-là aussi, enfin.
-On n'arrête pas mon pote. Gardes, arrêtez celui-là.
-Oh, ben non. Ça, c'est incroyable !
Gardes ! Gardes ! Saisissez ses gardes !
-Hé, ça va pas ? Gardes, emparez-vous de ses gardes !
-Que se passe-t-il ?
-C'est bizarre, ma bonne reine.
Qu'est-ce qui se passe ?
-Le puissant César, je présume.
-Ben, évidemment. D'où elle sort, celle-là ?
-En visite officielle, j'ai connu des accueils plus chaleureux.
- C'est la divine Cléopâtre. - Ah bon ?
Ravi de t'accueillir, divine Cléopâtre.
-Ah, quand même !
Tout le plaisir est pour moi, puissant César.
Je te présente mon frère,
le pharaon Aminemephet. - Enchanté.
-C'est pas possible ! C'est lui.
-Je te dis que c'est lui qui me l'avait dit.
-N'insiste pas. Il va raconter comment tu l'as rencontré.
-Et alors ?
Oui, c'est vrai.
-Vous buvez quelque chose ?
-Non, merci, divine.
Je venais juste pour t'inviter officiellement
pour les jeux du cirque, dimanche.
-J'irai avec plaisir, puissant César.
-Mes concurrents seront de première force.
-On m'a dit beaucoup de bien
de tes gladiateurs.
-On m'a dit aussi que ton conducteur de char était très, très fort.
-Parlez entre vous, si on vous gêne.
-Excuse-moi, divine, mais il y a un petit changement.
Faucuius, qui connaît bien les coutumes égyptiennes,
dit qu'en compétition internationale,
lorsque le pharaon est là, il prend la tête
de l'équipe.
-Oui, c'est exact.
-Donc, Ben-Hur Marcel... Aminemephet représentera ton pays.
-Oui. Normalement, oui.
-Très, très bien.
-Figurez-vous que je suis très honoré, mais ça m'arrange pas.
Dimanche, je suis pris. Et prendre le boulot des autres...
-Tu n'as pas le choix.
-C'est la coutume, Aminemephet.
-Ah, "c'est la coutume" ?
C'est embêtant.
*- 2 patrouilles le matin, 2 l'après-midi.
*À 17h, le garde romain transpire sous sa cuirasse.
*Un seul remède : Chlingus !
*Le déodorant de l'homme de troupe qui a du goût.
-Bonsoir. Ici le cirque de Rahatlocum,
où nous allons retransmettre en direct les jeux offerts
par le tout-puissant César, maître de l'Occident,
à la divine Cléopâtre, reine d'Égypte,
1 m 72, 47 kg,
fille d'Aménophistophelet de la 18e dynastie,
et de son épouse Adthorcis.
Brouhaha
---
Trompettes
---
-ELLE RÈGNE EN ÉGYPTE PYRAMIDES ET CRYPTES
CHANTENT LA GRANDEUR DE SES AÏEUX LES PHARAONS
CLEOPATRA, CLEOPATRA
SOUS LE CIEL D'ÉGYPTE POUSSE L'EUCALYPTUS
AU MILIEU DES FLEUVES NAGENT DES CYGNES ET DES PAONS
-CLEOPATRA CLEO, CLEO, CLEOPATRA
-EMPEREURS, CALIFES DANS LES HIÉROGLYPHES
EST GRAVÉ SON NOM SI UN JOUR QUELQUE CHAMPOLLION
-CLEOPATRA, CLEO
CLEOPATRA, CLEO
-VIENT ET LES DÉCRYPTE SACHEZ QU'EN ÉGYPTE
ELLE SE SENTAIT BIEN ELLE EST ÉGYPTIENNE, ELLE Y TIENT
---
Acclamations
---
-C'est quoi ?
-Quoi donc, puissant César ?
-C'est quoi, ce cirque ?
-C'est le cirque. Tu le connais, tout de même !
-C'est quoi, ce cirque dans le cirque ?
Ces machins, là ! Ça veut dire quoi ?
- Ben, c'est de la publicité. - Vous vous foutez de moi ?
Mais j'avais ordonné une fête somptueuse !
-Doux consul...
Le noble consul t'avait prévenu,
les caisses sont vides. Il a bien fallu trouver un moyen.
-Excuse-moi, divine Cléopâtre.
Désolé de te mêler à cette mascarade.
Dès demain, j'aurai pris des dispositions.
-Ne t'excuse pas, puissant César. On en est tous là.
-Dès que j'ai besoin de vous, je vous fais signe.
*-Alors, belles Romaines, amoureuses ?
*Slogan publicitaire
---
-Alors, les héros Vous avez la pêche ?
-T'en fais pas pour nous. L'appétit va bien.
On va bouffer du Romain. - Et de l'Égyptien.
Ça croque sous la dent.
-Ton Ben-Hur Marcel, comment il se sent ?
-Bien. Un peu fatigué. Il a bossé pour mettre son char au point.
Mais ça va.
Vous l'avez pas vu, son petit char ?
-Non, on l'a pas vu.
-Faut venir voir ça. Vous avez le droit d'être au courant.
-Ça vaut le coup ?
-Un peu, mon neveu.
*-Divine Cléopâtre, puissant César, salut.
*Romaines, Romains, amis étrangers,
*les jeux qu'offre le puissant César
*à la divine Cléopâtre
*nous permettront de désigner un unique vainqueur.
*Première épreuve : la course de chars.
Acclamations
---
*Les chars sous les ordres. Prêts pour le départ.
Trompettes
-Les concurrents arrivent sur la piste.
Je vais vous donner leurs noms par ordre de tirage au sort.
Mes fiches sont prêtes.
Le numéro 1, le char grec, conduit par Aristote Ephistalopoulos,
écurie hellénique du roi Simonide,
ne court pas.
C'est donc le char numéro 2 qui prend sa place.
Mais les chars s'élancent.
Le spectacle est admirable.
Ces chars font un ballet remarquable,
où l'homme, la machine et l'animal se confondent.
Soulevée par le flot impétueux de cette course effrénée,
la poussière vole en myriade d'étoiles
dans le contre-jour étincelant
de cette place colorée.
Mais que se passe-t-il ? Les chars vont se ranger
tous aux pieds du tout-puissant César,
1m74, 82 kg, fils de Néron, petit-fils de Caligula.
Famille incomparable d'empereurs. - Que font-ils ?
Pour vous dire les choses franchement,
en quarante ans passés à la Radio-Télévision Romaine,
je n'avais jamais vu quelque chose de semblable.
- Qu'est-ce qui leur prend ? - Puissant César,
considère la course terminée. Nous déclarons forfait.
-On ne peut lutter contre Ben-Hur Marcel. Il est trop fort.
On le considère comme un maître.
Déclare-le vainqueur.
-C'est une histoire de fou !
Et d'abord, où il est, ce Ben-Hur Marcel ?
- Il est bien, le petit frère. - Pas mal du tout.
-Ce char n'est pas conforme.
-Il est conforme au règlement égyptien.
-Allez-y ! Allez-y !
-L'ensemble du monde arabe respecte le règlement égyptien.
Nous te prions, puissant César,
de déclarer Aminemephet vainqueur.
Acclamations
- Ils n'ont pas le droit. - Que dis-tu ?
Ils contrôlent l'énergie. Ils ont tous les droits.
-Que dis-tu ?
-Le consul dit au puissant César d'être diplomate
avec nos puissants invités.
-Oui, mais quand même, ils exagèrent.
C'est vrai.
Je fais quoi, alors ?
-Déclare-le vainqueur.
-Je déclare Ben-Hur Marcel...
-Aminemephet.
-...Aminemephet vainqueur.
Acclamations
Gong
Acclamations
---
*-Divine Cléopâtre, puissant César, Romaines, Romains,
*amis étrangers, Aminemephet, pharaon héritier d'Égypte,
*a remporté l'épreuve sélective de la course de chars.
*Mais il doit affronter
*les gladiateurs, les fauves et autres bricoles.
-Gladiateurs, prenez place !
Trompettes
---
-Les gladiateurs auxquels le jeune pharaon va être confronté,
forment, si j'ose dire, la plus belle brochette qui soit
sur tout le territoire de l'Empire. Sur cette place
apparaît le mirmillon Placius, de l'école de Tirsus Valérien,
le Thrace Mauricius, qui a réussi l'incroyable performance
d'abattre l'Homo Placus Miserias Ventris
en 1 minute, 27 secondes, 6 dixièmes,
et vient ensuite le fantastique, le colossal
et, je dois dire, le terrifiant Sécutor Flavien Magister,
celui dont on a pu dire :
"Même lorsqu'il n'est pas là, il fait peur."
-Ave, César.
Ceux qui vont mourir dans des souffrances terribles, atroces,
en se tordant dans un flot de sang...
*-Ho ! Épargne-nous
*les détails, hein.
-Ceux qui vont mourir te saluent.
*-Le sort va désigner l'adversaire d'Aminemephet.
*Divine Cléopâtre, puissant César,
*à vous les dés.
*Le sort d'Aminemephet est entre vos mains.
-Divine Cléopâtre,
à toi l'honneur.
-5 et 2 égalent 7.
-6 et 3 égalent 9.
*-Le choix au puissant César.
*Quel adversaire ?
-Je vais l'envoyer sur un truc bien dur.
Le Sécutor !
*Le puissant César a choisi Le Sécutor !
---
-Dis donc...
Il a l'air en forme.
-Le petit ? Je vais le crever.
-Oui, c'est ça !
Tu vas le crever, mais dimanche prochain, un autre te crèvera.
Vous faites un drôle de métier : toujours prendre des coups.
Surtout que César se fout de vous.
-Qu'est-ce qu'il fait ?
-Vous n'avez aucun avantage.
Vous n'avez pas la Sécurité sociale,
pas de remboursement des soins,
et comme vous mourez jeunes dans l'arène, pas de retraite.
Je voudrais pas être à votre place.
-Au fond, ce que tu dis, t'as raison.
-C'est que vous êtes mal défendus.
Il vous faudrait un type énergique qui défende vos intérêts.
-C'est pas facile à trouver, un tel type.
-Viens voir.
Je vais te dire...
-Les gars, venez voir.
-Bon, ça suffit, maintenant !
Qu'est-ce que vous fichez ?
-Puissant César, mes camarades et moi venons de discuter.
On trouve que notre catégorie de travailleurs est défavorisée.
À partir de maintenant, on veut un statut du gladiateur,
avec des avantages sociaux et fiscaux.
Et tant qu'on les aura pas, on fera grève.
-OUAIS !
-Ils sont sonnés, ma parole !
Reprenez le combat !
Je vous accorde tout,
mais pour l'instant, le combat.
-Demande des accords écrits.
-On veut des accords écrits, César.
-Le consul doit voir votre représentant syndical.
-Et que le consul voie notre représentant syndical.
-Ah oui.
Et qui c'est, votre représentant syndical ?
-Mes camarades et moi,
on a démocratiquement élu Ben-Hur Marcel.
- "Ben-Hur Marcel" ? Il va me rendre fou, ce petit gros !
Oh, j'en ai marre !
Gardes ! Obligez les gladiateurs à se battre.
-Ben, alors ?
-Tout baigne. Allez-y !
-Non, puissant César,
nous ne bougerons pas.
On nous met à toutes les sauces.
Ensuite, on est mal vus.
On tape sur les étudiants, on tape sur les ouvriers.
On tapera pas sur les grévistes !
Acclamations
---
On va travailler pour Ben-Hur Marcel.
-VIVE BEN-HUR MARCEL !
-Oh !
Cri aigu
Je suis pas bien du tout.
Ma fête est foutue par terre.
Mon stade couvert de pubs pour le pinard, la lessive.
Mes gardes transformés en hommes-sandwichs.
Oh non !
Je suis ridicule ! Je suis ridicule !
Jusqu'au XXe siècle, on se foutra de moi.
-Ressaisis-toi, puissant César.
-Tout ça à cause du petit gros. J'en ai marre !
Débarrassez-moi de lui, je vous en supplie.
Mon consul, si tu m'aimes, débarrasse-moi de lui.
-Là, là.
Là, là. Calme-toi.
Il te reste les fauves.
Eux, ils s'en foutent, des avantages sociaux.
-C'est vrai ?
-Allez, redresse-toi. Montre que tu es le grand César.
-Ben oui. Mais enfin...
Par moments, c'est dur.
Bon.
Alors, les gladiateurs,
c'est votre dernier mot ?
-Absolument !
Acclamations
-Qu'est-ce que je fais ?
Consul, qu'est-ce que je fais ? J'éclate ou quoi ?
Non, je me tiendrai. Je suis l'Empereur.
*-Aminemephet, vainqueur !
Acclamations
---
-Romains !
---
Romains !
---
Romains, Romaines !
Le respect du principe démocratique
m'oblige à céder à la volonté populaire.
Mais les jeux ne sont pas finis.
Il reste encore les fauves.
*-Aminemephet a remporté l'épreuve des gladiateurs.
*Il affrontera à mains nues un fauve.
*Divine Cléopâtre, puissant César, à vous.
-Double 5.
-Tes mèches te vont bien. Tu fais un rinçage ?
-Non, c'est naturel.
C'est un nouveau shampoing au jus
de cyclamen.
Il faut que je l'essaie. C'est bien, hein, Tatouius ?
-Pas mal du tout.
-Tu vois ce qu'ils disent ?
-Ah, double 6.
C'est à moi de choisir.
*-C'est à la divine Cléopâtre de choisir. Que choisis-tu ?
Le lion !
*-La divine Cléopâtre a désigné le lion !
*Amenez le lion !
Acclamations
---
*Mais oui, c'est bien lui.
*C'est le lion Lucien. Comme 9 crocs sur 10,
*le lion Lucien préfère Caninus.
*Caninus, un grand festin dans une petite boîte !
*Poil soyeux, fourrure éclatante.
*Bopoilus, le shampoing
*à la senteur de jungle.
*Cri de Tarzan
---
-Regardez, c'est formidable. On passe à la télé !
Ça nous coûte pas un rond.
-Caninus, le festin des animaux familiers !
-Regardez cet abruti de lion. Il peut plus lever son cul,
tellement il en a bouffé.
Acclamations
---
-Même le lion.
Même le lion.
*-Divine Cléopâtre, puissant César,
*depuis 30 ans que j'en vends, j'ai encore jamais vu ça.
*Que voulez-vous ? Aminemephet, vainqueur.
*Aminemephet, vainqueur !
Acclamations
---
-C'est trop !
Donnez-moi du poison, de la ciguë, que j'en finisse.
Donnez-moi de la ciguë avec un peu de sucre.
---
-Puissant César, lève-toi. Tu dois féliciter le vainqueur.
-Non. Ça, jamais !
-C'est la tradition, d'embrasser le gagnant.
-L'embrasser ? C'est impossible.
J'aimerais mieux mourir.
-Ça ne te tuera pas,
d'embrasser un petit gros.
-Oh ! "Un petit gros" ?
Rugissement
Remarque, il a l'air sympathique.
-Je me tue à te le dire.
-Je dois avoir la tête un peu en ribouldingue, non ?
Un peu défaite, non ?
Regarde la couronne.
C'est vrai, je m'agace.
Oui, montez. Montez.
Trompettes
---
Tu t'es vaillamment comporté.
Jeune pharaon, je te félicite.
Et bravo aussi pour ton costume. Il est très bien.
Il est très seyant.
Voici le trophée
qui rappellera toujours au monde ta belle victoire.
-Merci.
Acclamations
---
Non, ça va. C'est bon.
---
Mes amis !
Mes amis !
-VIVE BEN-HUR MARCEL !
-Ce que je veux vous dire à tous tient en un seul mot :
réconciliation !
Acclamations
---
Écoutez-moi. Vous pensez tous que César est un con ?
-OUI !
-Vous pensez
que le consul et son conseiller sont des cons ?
-OUI !
-Que les émirs, la police et l'armée sont des cons ?
-OUI !
Et qu'ils vous prennent pour des cons ?
-OUI !
-Mais depuis le temps qu'ils vous prennent pour des cons,
vous êtes vraiment cons.
Acclamations
-OUI, ON EST DES CONS !
OUI, ON EST DES CONS !
-Alors puisqu'on est tous cons,
on va pas se battre.
Acclamations
---
Musique orientale
---
-Mais arrête de boire, chéri, voyons.
- Maman... - Y a pas de "maman".
J'ai dit.
-Remarque, garagiste, c'était pas ma vocation.
J'ai fait comme mon père.
Pharaon, c'est aussi bien, comme boulot.
-Les rubis, c'est pas mal, mais ça ne va pas avec tout.
-J'ai passé 8 jours en Mésopotamie, je ne me suis pas baigné une fois.
C'est...
Un peu de gigot ? - Non.
-Non, non.
Un peu de danseuses ? - Non.
-Un peu de café ?
-Ah, un petit café, oui.
*-Tourisme : à Bethléem, record d'affluence.
*Il est impossible de trouver un lit.
*On cite même le cas d'un couple.
*La femme était enceinte.
*Ils n'ont pu trouver de chambre.
*Le mari, charpentier, a conduit sa femme dans une étable,
*où celle-ci a donné le jour à un garçon.
-Y a de ces conneries ! Regarde ça.
Un gosse qui est né dans une étable. On s'en fout.
-C'est attendrissant. Il est si mignon.
- Il faudrait le voir dans 30 ans. - Au moins, c'est un garçon.
-Ils devraient mettre du sport.
Un gosse dans une étable à Bethléem, ça changera pas la face du monde.
C'est pas vrai ?
Un gosse dans une étable à Bethléem va changer la face du monde ?
Musique reggae
---
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
JOUEZ TRANSISTORS RÉSONNEZ CASSETTES
IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
MAGNÉTOSCOPONS CET ÉVÉNEMENT
IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-Le père vivait bien tranquille
Bon ouvrier Bon artisan
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-C'était le meilleur de la ville Pour faire les tables et les bancs
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-Tôt le matin Dans son échoppe
-Avec le bois de l'olivier -IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-Par le rabot, par la varlope Il ennoblissait son métier
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
JOUEZ TRANSISTORS RÉSONNEZ CASSETTES
IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
MAGNÉTOSCOPONS CET ÉVÉNEMENT
IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-L'histoire est simple Et plutôt belle
-Un jour, il rencontre Marie -IL EST NE, LE DIVIN ENFANT
-Jeune, joli, douce et fidèle Il veut lui consacrer sa vie
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
-Le voilà déjà qui installe
-Meubles et tapis dans sa maison -IL EST NE, LE DIVIN ENFANT
-Qui repeint les murs de la salle Et met des plumes aux édredons
-IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
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IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
JOUEZ TRANSISTORS RÉSONNEZ CASSETTES
IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT
MAGNÉTOSCOPONS CET ÉVÉNEMENT
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