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- Tu veux que je t'aide?
- Lucie? - Mmmh?
- Tu crois qu'il va donner l'argent?
- Ça fait pas un pli.
- Lucie, tu me jures, entre lui et toi...
- Oh, pas ça! Je te l'ai dit, c'est "platonesque".
Il est venu un soir, à la boîte,
il voulait noyer son chagrin. En me voyant, il a crié "Marguerite".
C'est sa fille qu'il a perdue.
Paraît que je suis sa sosie.
"Marguerite", il disait.
"C'est toi, je te retrouve."
Elle est morte Ă 20 ans, de la poitrine, au printemps.
Quel bada je mets?
Parfois, on déjeune, comme aujourd'hui, et il me regarde.
À son âge, il peut rien faire d'autre.
Il me parle comme si j'étais Marguerite.
C'est dur, de voir pleurer un industriel.
- T'avais dit "général".
- Il y avait des capitaines d'industrie.
Il peut y avoir des généraux.
Il est général d'industrie, c'est dire le pognon qu'il a.
Ah, mon Nato, je nous vois déjà .
Toi, au volant, moi, avec un chapeau tout neuf.
On arrive, tu me prends par la main,
j'ai une boule dans le gosier,
ta mère me regarde et m'ouvre les bras.
Qu'est-ce qu'elle dira?
- "Figlia mia!" - Oh, "mamma"!
D'un coup, j'aurai une famille, moi qui n'en ai jamais eu.
- Et pour la benzine? - "La benzine"? Quelle benzine?
- L'essence, pour la voiture. - Tu penses Ă tout!
Je lui demanderai 300 tickets.
Renato,
dis-moi que tu m'aimes, en italien.
- Ti amo.
Ti amo tanto, tanto.
- C'est pas croyable, l'effet que ça me fait.
Renato...
Oh! Midi et demi! J'ai pas le temps.
Il faut que j'y aille, je vais ĂŞtre en retard.
Ciao, chéri. Ciao.
- Ciao!
Ma che cretina!
Che cretina!
- Bonjour, tout le monde! Bonjour, Mme Antoinette.
- Bonjour, Mme Lucie! - Vous cherchez votre araignée?
- Gardez-la-moi pour ce soir.
- C'est promis.
- À tout à l'heure!
- Concierge?
Concierge?
- Oui?
- M. Guylain de Fleurville.
- Troisième droite.
Naturellement, j'ai encore oublié ma pelle.
Et hop! Il ira pas regarder lĂ -dessous.
Il sonne Ă la porte.
- VoilĂ !
VoilĂ , voilĂ !
Oui?
- Un pneumatique.
- "Un pneumatique"!
Merci.
- Ma parole! On se croirait Ă Sing Sing.
- Il doit pas vous refiler d'étrennes. - Tu veux voir mes comptes?
Et lève tes pieds, tu vas rayer mon encaustique.
On frappe Ă la porte.
C'est moi, Mme Communal, Mlle Pain.
On ouvre et on referme une porte.
- Et Ă M. Lodet, que lui avez-vous fait de bon?
- Il mange pas là . J'ai juste fait les poussières.
- Je vous ai parlé de sa pauvre tante?
Celle qui lui a tout laissé. - 300 fois.
- Elle avait 15 ans de moins que moi.
Eh bien, elle est morte avant!
- Pour m'empoisonner, vous irez jusqu'Ă 120 ans.
- 94...
Elle soupire.
Paralysée, ma pauvre tête qui s'en va...
J'en ai plus pour longtemps.
- Ne dites pas de sottises et mangez.
- Communal, le napperon!
De nos jours, il est impossible d'ĂŞtre servi!
- Faut que je vous aime.
- Vous m'aimez, Communal? C'est vrai?
Vous ne me laisserez jamais aller Ă l'hospice?
- Voilà que ça recommence. C'est les pauvres qui vont à l'hospice.
- C'est terrible, d'ĂŞtre vieux et pauvre.
Mais je ne suis pas pauvre, moi. Ah non!
- On le sait, que vous avez un magot.
- Vous ne le trouverez pas! - Je le cherche pas.
- Ouh! Le mauvais caractère!
Eh bien, malgré vos défauts,
à ma mort, vous ne serez pas oubliée!
- Mangez donc chaud, au lieu de parler.
- Monsieur a bien déjeuné? Le poulet au curry était bon?
- Dégueulasse. Mais le coin est commode.
Et il y a la vue.
- Oh, monsieur, que va penser Madame?
- Rien. En général, elle ne pense pas.
- Je peux m'en aller! - Calte.
- Hein? - Si tu veux calter, calte.
- Vous fâchez pas, c'était pour causer.
- T'es pas lĂ pour la conversation.
- Tous les mardis, et jamais la mĂŞme.
- Mais oĂą les trouve-t-il? - Regarde leur genre.
- Albert, la porte.
- Au revoir, monsieur. - Au revoir.
- Au revoir, madame. Au revoir, monsieur.
- Et hop! Au 6 de la rue d'à côté.
- Chez Mme Josépha? Vous croyez?
- C'est pour ça qu'il mange ici. C'est près.
Il paraît que c'est d'un luxe! Des glaces au-dessus des lits...
- "Au-dessus des lits"?
Elle soupire.
Avec Albert, je préfère éteindre. - Moi aussi.
- Qu'est-ce que vous dites?
- Ça va, la mousmé, décarre.
Elle parle japonais.
2 sacs pour la turne, 4 pour la roteuse, 1 pour la Jap,
et pas mĂŞme un service bien fait.
- Pourquoi tu me regardes comme ça?
Je te plais?
- Les quilles arquées, le popotin près du sol...
Lingée, tu lui ressemblais davantage.
- Tu te dépêches, oui?
- Louis? - Oui?
- J'ai peur.
- Pas de blague. - Non, crains rien.
Bien qu'un enfant de toi, le rĂŞve!
Me crois pas intéressée. - Qu'est-ce que tu racontes?
- Si. Les apparences sont contre moi.
- Les vraies se font payer avant. T'es prĂŞte, mon poulet?
- Tout de suite.
- Louis? - Oui.
- Tu sais que papa est malade? - Il va pas mieux?
- Oh non. Ça s'aggrave.
- Ça ira. Je dois aller à la Villette.
- Je m'inquiète de mon père, et tu parles abattoirs.
- C'est pour Antoinette.
- "Antoinette"! Je viens de me donner!
- Oh, dis! T'as bien ton Italien.
- Il compte pas.
Renato, je suis sa victime, tu le sais. Il me terrorise.
Je voudrais le quitter.
Le couteau, le rasoir, la navaja. C'est ça, les Italiens.
Loulou, dis-moi que pour toi, je suis pas qu'un caprice,
une fantaisie de commerçant.
- Mais non!
- Alors aide-moi, Louis.
- Pour Renato? - Non, pour papa.
- Raconte-moi en descendant.
- Je savais que t'avais du cœur. Tu l'aimerais, mon papa.
Seul dans la Creuse, retraité après une vie de labeur.
- Il a une retraite.
- Minuscule!
Vive le gouvernement qui envoie des fusées qui détraquent tout.
- Il faisait quoi? - Qui?
- Ton père. - Ah, mais je te l'ai déjà dit.
Locomotive. - Hein?
- Enfin, je veux dire, il en conduisait.
C'est dur. T'as jamais vu, au cinéma?
On fonce dans le brouillard, le charbon dans la machine,
une pelle par ci, une pelle par là , tunnel devant, précipice.
À ce régime, c'était fatal. Il a pas pu résister.
- Mais il a quoi? - Le charbon!
C'est terrible. - Pas à moi. C'est dans le bétail.
- Et dans le chemin de fer! Je le sais, mon père en a partout.
Il va mourir, si on l'opère pas.
Et moi, sa fille unique et préférée, je peux rien faire.
- Il y a l'hôpital! - "À l'hôpital", mon père? Jamais.
Et la traite qui vient d'arriver pour sa petite maison.
Il peut pas la payer puisqu'il peut pas travailler.
Louis, prĂŞte-moi 300 000 F.
- 300 000 balles? Non, mais t'es folle. Tu...
Eh ben, dis donc. T'y vas pas de main morte, toi.
- Terminé au 7.
- Tu vas pas laisser mourir papa? - Je les ai pas.
C'est Antoinette qui tient la caisse. Tu la connais! Bon.
- Je la connais, et je croyais te connaître.
- Reste pas lĂ .
- J'y crois pas. Pour papa, c'est la vie!
300 000 F, pour toi, c'est quoi?
- 200 kg de cœur de rumsteack.
- Il évalue mon père au kilo! - Je te rapproche?
- Loulou, alors c'est non? - Mais je peux pas, je te dis.
Tu montes?
Comme tu veux.
Il démarre.
Te fais pas trop de soucis.
Il peut se remettre. Il y a du bon air, dans la Creuse.
- C'est tout ce que tu trouves?
- On se revoit quand? - "Te revoir"? Jamais!
- Gueule pas comme ça ici! - Boucher!
Assassin! Satyre!
Débaucheur de petites filles!
Il chante "Chouette choc chérie".
- Que je les prenne, les miens, tiens. À leur âge.
Avec mon pied, ils danseront...
le twist.
- Vous ĂŞtes pas en mesure.
- Et lui, il y est? - Oui, il y est.
Tâche plutôt d'avoir son rythme, à Jojo!
- Remarque, c'est pas des danses oĂą on frotte,
c'est de la culture physique.
- Ça, des "danses"?
OĂą on cause mĂŞme pas?
Remets-moi ça.
- Bravo, Jojo! - "Bravo" pour les fausses notes?
- Fous-lui la paix, il débute.
- Laisse. Il changera quand je serai connu.
- Quel nom tu prendras?
- "Jo et son gang."
J'aurai des bagnoles avec des filles dedans.
- Dis donc, descends de voiture. C'est ta patronne qui fait le boulot.
- Oh, merde! Déjà ?
Rires.
Attendez, madame Antoinette. J'arrive!
Je vous demande pardon. - Il y a pas de mal.
Alors, vous faites des progrès?
- J'ai pas assez de temps.
Et puis il m'en faudrait une électrique.
- Il faut faire des économies.
- J'en fais, mais... Pardon. - Il y a pas de mal.
- Merci de demander.
- Mon mari n'aime pas le jazz, moi, si.
- C'est plutôt marrant, vu votre âge.
Bruit de porte.
- Et 3 escalopes dans la noix pour Mme Moreau qui passera les prendre.
Louis, il faudrait une queue de bœuf pour Mlle Ferber.
C'est pour son père. Il est malade.
- Me dis pas qu'il a le charbon, hein.
- "Charbon"?
- Oui...
Je me comprends.
Et ça, c'est moi qui vais le hacher?
- Des ennuis? La viande a encore augmenté?
- Comme tu dis, oui. Elle a augmenté, la viande.
C'était de la bonne qualité, d'accord.
Frais et tendre... D'accord.
Un morceau de roi, comme on dit. D'accord!
Il faut tout de même pas exagérer! Il y a des limites à tout.
- Bonjour, Mme Jourdan. On vous donne quoi?
Une petite épaule?
- "Une petite épaule"...
- DrĂ´lement aimable, le proprio. - Trop.
J'espère qu'il ne recorrigera pas la surface.
- Jamais lĂ , la garce.
- Pardon! - Pardon, monsieur!
- On vous a dit cent fois de ne pas descendre sur la rampe!
Le chat miaule.
- Qu'ils sont beaux sur la montagne
Les pieds de tes chérubins
Bruit de porte.
"Ils crient, mais personne ne vient les délivrer."
Psaume 18, verset 42.
- Que vous passiez vos nuits à distribuer cette littérature, soit,
mais je vous dispense d'en glisser sous mon paillasson.
Un chat miaule.
- Tiens, toi, le tigré.
Il y a longtemps que t'étais pas venu.
- Monsieur Clair,
cet immeuble est un immeuble convenable,
habité par des gens convenables.
- Certes, monsieur. Certes.
- Ce n'est pas l'arche de Noé.
Tous ces animaux que vous ramenez Ă la maison...
- La maison qu'a bâtie le méchant est comme celle de la teigne.
Il se couche riche, et c'est pour la dernière fois...
- Qu'est-ce que vous voulez dire? Vous savez quelque chose?
- Interroge les oiseaux des cieux, et ils te répondront.
C'est dans "Job".
- Vous allez vous retrouver sur du fumier.
Si ça continue, je vous file votre congé.
- N'aie pas peur.
Je dois regarder ce qu'il fait, et après, je te donnerai à manger.
- Salut, les piafs!
Pour la pâtée, il faudra attendre. La concierge était pas dans son trou.
T'as fricoté dans le sable, toi. Il faudra que je te lave les pattes.
6 semaines demain. On devient des hommes.
On va avoir droit au cresson.
T'as pas bonne mine et tu dis rien.
Je vois ce que c'est. Ce soir, huile de ricin.
Oh! Pardon, monsieur, dame.
Ça va donner quoi, ça?
Peut-ĂŞtre pas de mauvais sujets...
Un oiseau chante.
Mecton, tu es formidable.
Tu me ferais 100 points dans un concours, si je pouvais t'emmener.
Seulement, voilĂ , je ne peux pas.
On ne sait jamais.
Avec toi, la roulée scandeuse, c'est pas pour demain. Feignant!
Tiens.
Viens apprendre la vie au jeunot.
Montre-lui un peu ce que c'est, un caĂŻd.
On ouvre une porte.
Vous pourriez frapper.
- Des lettres d'agences. On part sur la CĂ´te d'Azur?
- Je suis allé chercher des épinards pour la pâtée.
- J'étais aux bains-douches.
- Je vous le reproche. - D'être soignée?
- De ne jamais ĂŞtre dans votre loge. - Ah bon?
Mon côté soigné ne vous déplaisait pas,
le jour de votre coup de chaleur.
J'ai dĂ» vous gifler. - Madame Communal...
- Remarquez, j'ai parlé de ça à personne.
Je suis jamais lĂ ? - On dirait un moulin.
- Vous avez peur qu'on vole vos moineaux?
- La nuit, personne ne dit son nom en entrant.
La porte sera fermée à 21 h.
- "Ă€ 21 h"? Au mois de juin?
- Précisément parce que nous sommes en juin.
- Qu'est-ce qu'il y a de plus, en juin...
Un oiseau chante.
Ce qu'il faut voir...
- Chut!
Écoute ça.
La roulée de clapotis.
- Ça fait plutôt robinet qui fuit.
- Foutez le camp!
- Rapport Ă un homme et Ă la crise du logement, je suis concierge,
mais je reste une femme. Et en tant que femme et concierge,
il y a un ton que je n'admets pas!
Vous retardez, M. Lodet.
Il est fini, le temps de la concierge de papa!
Elle claque la porte.
- Il y a pas Ă dire, t'es le champion.
Et toi? T'entends ça et tu restes en bois?
T'en as pas sorti une. Hein?
Bon. On va essayer autre chose.
Repose-toi, papa. Je te donnerai une gâterie.
Un peu de mouron et du niger.
Tâche d'écouter et de répéter.
*Chant d'oiseau.
Ça t'inspire pas?
On recommence.
Il parle italien.
- Pourquoi on ne m'a pas donné la santé?
J'aurais travaillé et je l'aurais payée, la voiture.
Je peux rien faire!
Le cœur! Le cœur! Et toi qui étais sûre de l'avoir, l'argent.
- Hier encore, il me les donnait. Seulement, Ă midi, la Bourse.
Ruiné. Plus un sou. Rien.
Il voulait se tuer. Je l'en ai empêché.
Ça et la mort de Marguerite, il a pas pu résister, le pauvre.
- Stronza.
- Mais quoi, encore?
- Trop cuit. Toujours trop cuit!
Ah, mamma mia...
Tes pâtes, tes délicieuses pâtes!
Elle t'aurait appris Ă cuire les fettuccine.
- Elle m'apprendra, puisqu'on ira.
Je t'assure, on aura la bagnole.
- Non. Il est trop tard.
- Si, on l'aura. Je ferai tout pour ça.
Nato, écris à ta mère, dis-lui qu'on sera un peu retardés.
- Elle y croira pas. Déjà l'argent, on lui avait promis.
- Je l'ai. On peut lui envoyer.
Regarde ce qu'elle va ĂŞtre contente.
- Ah, Lucie, merci pour la famille.
Lucie, comme tu es gentille.
- À 21 h! Ça rime à quoi?
- À rien. Les portes n'existent pas, pour Lui. Il viendra comme un voleur.
- Qui? - Mais Dieu, voyons.
- Ah oui. Lui, s'll passe, Il ne dira pas son nom.
- La jeunesse passe. Pensez à la vie éternelle.
Tango.
- "Domani." Avec toi, c'est toujours "domani".
Je ne peux plus attendre.
Primo, j'ai besoin de fric.
Secundo, si c'est une occase,
j'ai des raisons pour la fourguer vite,
des raisons particulières.
- Je te l'avais promis.
L'argent, Lucie, elle l'aura.
- Ta souris? Laisse-moi rire.
- Il était peintre, il était beau.
Il repeignait la cuisine.
Un matin, j'étais couchée, il crie "Mamma" et tombe sur mon lit.
- Ton lit est dans ta cuisine? - Non. Mais on parlait.
Je continue.
Du dessus de mon lit, il passe dedans.
Il se confie: malade, il se crève
pour envoyer de l'argent Ă sa famille.
Je veux qu'il se repose, il se retape,
et on décide de se marier chez lui.
- Veinarde. Mariée!
- Pour ça, il me faut de l'argent.
- Il y a toujours des emmerdements.
Ici, un bon soir, tu vends un paquet de gauloises.
- Oh, je sais.
Gladys, tu te souviens de Maya, qui chantait ici?
- Qui faisait l'après-midi chez les pères fouettards,
planche Ă clous et martinet? Oh oui! Qu'est-ce qu'elle picolait!
- T'as son numéro?
- Montmartre 64-27. Dis, tu vas pas...
- Oh, on n'a rien sans mal.
Et je veux Renato.
- Pour réussir dans ce métier, il faut savoir choisir ses femmes.
Lucie, ce sera jamais une vraie gagneuse.
Remarque, ça t'apprend.
Mais il ne faut pas rester avec.
Tiens,
ça, c'est quelqu'un. Ça, c'est une femme qui aide un homme.
- Vous avez pas l'air gai. - Le mal du pays.
- Ah, l'Italie. J'ai fait 3 mois Ă Turin.
- Vous connaissez Turin? - Oh, j'étais en saison.
Comme vendeuse. J'ai pas vu grand-chose.
- J'ai toute ma famille en Italie, mon frère, ma mère...
- Tu es gentille, Maya. Je t'expliquerai.
Demain, 17 h. D'accord.
C'est ça, ma cocotte. On boira un verre.
- De la terrasse, on voit la mer, le Vésuve.
- Quand il fume, ça doit être bath.
- Je l'ai appelé. Il a parlé à ses amis. Je le vois demain.
Avec Lucie, il faut jamais désespérer.
Que fais-tu lĂ ? Va te reposer et dormir.
Allez, Ă tout Ă l'heure. Bye-bye.
Ciao.
Il est pas beau, Renato? Il vaut pas un petit sacrifice?
- Si. Sa maladie, c'est quoi? - Le cœur.
- Dis donc, ça le gêne pas? - Pour?
Oh, pour ça? Non. Rien ne le gêne.
Cigarettes!
- Merde!
Ça commence bien.
Miaulement.
- Pardon, mais je n'ai plus rien.
Je Te mens pas.
Tiens, regarde.
- J'aime pas ces petits jeux-lĂ . Ce serait vraiment trop con.
- Mademoiselle Pain?
- Ma bonne Communal? - Il manque un petit-beurre.
- Que dites-vous?
- Vous avez mangé
un petit-beurre. - Mais quel "petit-beurre"?
Oh, ma pièce!
La pièce roule sur le sol.
- Ne jouez pas avec vos louis.
- Et vous, ne tenez pas de propos insolents Ă mon endroit.
Paralysée, je me serais levée et j'aurais traversé la pièce?
Ă€ cette hauteur, j'aurais dĂ» me mettre sur les pointes.
Grande sotte! - Bon. Ça va.
- Non, ça ne va pas. Pas du tout, même.
- Ne vous agitez pas comme ça. Je me suis trompée.
Je vous fais une paupiette?
Avec des petits pois frais.
On boude?
Bon. Ça nous passera.
Mme Communal sort.
On frappe Ă la porte.
- Entrez.
Monsieur Clair. Je n'avais pas entendu. Je priais.
- Très bien.
Je suis content de vous.
Comment ça va, ce matin? - Oh... Pas bien fort.
Vous me faites la lecture? Où en étions-nous?
- Esdras 8, quand le roi Darius fait rechercher le trésor.
- Il ne le trouvera pas. Les trésors, on ne les trouve jamais.
Elle ne le trouvera pas non plus. Chut.
- Chut. Je vais m'engager.
- Bien. C'est ce que mon frère a fait en 70.
- Je vais ĂŞtre soldat.
- Bravo! Il faut leur reprendre l'Alsace et la Lorraine.
- C'est pas fait?
- Vous croyez?
Avec toutes ces guerres, on ne sait jamais ce qui est repris.
Si c'est repris, vous trouverez autre chose. Tenez.
Lisez.
Lisez ici.
- "Le Cantique des cantiques."
C'est beau.
"Ah, qu'il me prodigue les baisers de sa bouche.
"Ses caresses sont plus douces que le vin."
Les oiseaux chantent.
- Oh, monsieur Lodet. Quelle surprise!
- Mademoiselle. Je vous en prie.
- C'est bizarre, Paris. On peut habiter le mĂŞme quartier,
le mĂŞme immeuble, et on passe des jours, des mois,
sans avoir la joie de se rencontrer.
- Oui. - On vit pas aux mĂŞmes heures.
Je travaille de nuit. Un travail très correct.
Je le dis Ă Renato. C'est mon mari.
Un Italien n'aime pas que sa femme travaille.
Je vends des cigarettes dans une boîte élégante.
- Non, merci. Je vous en prie.
- J'adore entendre vos petits oiseaux.
C'est délicieux. Ça fait campagne. J'aime tellement la campagne.
Pas vous? - Non.
- Moi, si. L'air y est bon. Surtout dans la Creuse, il paraît.
- Mlle Lucie, vous avez vu le type des allocations?
- Je doute qu'elle ait affaire Ă lui. - Je fais assez attention.
- Ben, avec un homme qui est taxi de nuit...
Rentrant gelé, il se réchauffe. Et je suis encore dans le sommeil.
- Alors au revoir, monsieur. - Mademoiselle.
- Oh...
Bonjour, tout le monde! Bonjour, mesdames.
Vous avez changé de coiffure. Comme ça vous va!
- Je peux plus les tenir. Il faut que j'aille au coiffeur.
- Comme ça se trouve! Moi aussi.
J'ai rendez-vous tantôt. Je dois être en beauté.
- Deux cĂ´tes. Encaisse: 6 F.
Ă€ qui le tour?
- 6 F.
- Bonjour, beau blond. Et la zizique?
- Vous venez chercher votre araignée?
- Non. Je voudrais un cœur de rumsteack.
- Un bon rĂ´ti
pour Mme Lucie. - L'araignée fatigue mon mari.
- Il y a une araignée qu'est pas fatiguée!
- Plaît-il?
- Je plaisantais.
- Il y a des limites! - C'est vrai, Louis.
Ne vous froissez pas. Il est comme ça.
Il chuchote.
- Cette barbaque-lĂ ?
- 18 F, Mme Lucie. Un beau rĂ´ti.
- 18 F pour nous.
- Qu'est-ce qui sent comme ça? Je rêve? Ce serait pas...
Mais si! VoilĂ ce qu'on me donne pour 18 F,
à moi, une fidèle cliente! De la bidoche à vous tuer!
Indignation des autres clientes.
- Pardon. C'est ce qu'on donne au siphonné pour ses bêtes.
- C'est Ă vous donner confiance dans la maison.
- Excusez-nous. On va changer ça.
Le meilleur choix. Comme pour nous.
- Attention! La viande des bĂŞtes. - C'est pas moi. C'est vous...
- À quoi rêvais-tu encore? À ta musique de sauvages?
- Tu tires 8 ans, et au lieu des potes...
- Tu tombes sur la nouvelle vague.
J'ai connu les Corses, les Fritz, les Ricains, les Nordafs,
tous des vrais hommes. Mais ça...
au 1er coup de tampon, ça se débine.
Ça maquereaute même les travestis. - Non!
Ah, tais-toi, tu me débectes. Allez, refile-moi un glass.
- Tu es interdit de séjour, Victor. Fais gaffe.
- Crains rien. Un mec Ă contacter,
la petite affaire réglée, et salut.
- Tu étais du hold-up d'Asnières?
- Ah, elle est bien bonne! On a dit ça?
- À l'époque, tout le monde a dit n'importe quoi.
Tu penses, 30 briques, on a parlé.
Total, on n'a jamais rien su.
- C'étaient des champions, les deux. - Ouais.
Toi, tu es tombé pour quoi? Le soir du hold-up.
CoĂŻncidence.
- Pour un casse de rien du tout, un bricolage fait 8 jours avant.
Alors, avec le casier, hein...
- Allez, ciao.
- Ciao, Gaby.
- Salut.
Cette dégaine!
- On avait une autre allure.
Et Marco?
- En cabane. 15 berges.
- Freddy?
- À Rio, retraité.
- Lucien?
- Il y a 2 ans, Ă 10 m d'ici.
- Et Armand? En voilĂ un que j'aimerais revoir.
- Moi aussi. Il me doit une ardoise de 50 sacs depuis 8 ans.
- Non! Tu l'as pas revu depuis?
- Vous avez fait sous-marins ensemble.
Alors on s'était demandé si les deux du hold-up...
Non. Armand, sans dire au revoir, sans vendre ses filles.
Deux mômes qui se sont retrouvées sans protection rue Frochot.
Il est peut-ĂŞtre mort. - Parle pas de malheur.
- 3 000 nouveaux francs. VoilĂ .
- Pour une fois, ils ne sont pas mal.
- Ça tient pas de place. C'est pratique, en voyage.
- Comme vous dites.
- À l'œuf ou à la moelle? - À la moelle.
- J'aurais dû m'en douter. Dame, une bouchère.
3e droite.
- Encore pour Fleurville? C'est Sévigné, sa nana.
- Un homme aimé...
- Son éditeur réclame ses histoires d'amour.
- Vous les avez lues?
- Pourquoi? J'ai mes souvenirs. Pour ce que l'amour m'a réussi.
- Si jeune, ne dites pas "fontaine".
- Qui vous dit que je le dis?
- Un pneumatique.
- Sûrement une mauvaise nouvelle. - Il y en a de bonnes.
- Comme il a dit ça gentiment. Entrez.
Je vais vous donner quelque chose.
- Tu prends un verre?
- Non. J'ai pas soif.
- Oh, boude pas. Il y a des choses
que je peux pas t'expliquer, à ton âge.
Mais un bon conseil: ne te marie pas.
Ah, le mariage, pour un homme, c'est l'enfer.
On en arriverait, des fois, Ă regretter la guerre. C'est dire.
- HĂ©, regardez un peu qui passe.
C'est monté
sur roulement Ă billes.
- Vous m'avez dit de lui filer la sale barbaque.
- Oui. Et j'ai eu tort. Elle a de l'odorat.
- Et c'est un Rital qui s'envoie ça. Il y a bien assez de Français.
- Si c'était que le Rital. Mais où qu'elle va, là ?
Se faire ses 300 000 balles. Avec qui?
Dire qu'elle m'a insulté en pleine rue.
Je les aurais eus, je lui filais, ses 300 000 balles!
La garce d'Antoinette, avec son fric!
- Elle demande 300 000? C'est pas donné.
- De quoi tu te mĂŞles?
- De rien. C'est vous qui ĂŞtes venu.
- Oui. Tu as raison. Aujourd'hui, ça tourne pas rond.
Je ferais mieux d'aller larder mes rosbifs.
Tu as le temps. Reste lĂ . Tiens, tape-toi du bastringue.
Qu'il y en ait au moins un qui s'offre un petit plaisir.
Musique lente.
- Soyez pas inquiet. Elle a été retardée.
- Il n'aime pas attendre. Moi non plus.
Et pour la tire, je peux plus attendre.
- La voilĂ .
- Allora? Niente?
- Niente de niente!
- Ma parole, elle est beurrée.
- Mais la police a fait une descente chez Reine il y a 2 jours.
J'arrive toujours trop tard.
- Qui est Reine? - C'est la patronne.
Oh, tu sais, il a parlé à ses amis.
Deux sénateurs et un ancien président du Conseil.
Ils ont tous été embarqués avec Maya.
Allez, hop, tous au gnouf!
Et on leur donne le martinet, Ă cause d'Antoinette.
Oh, ben, dis! T'es pas fâché, non?
Tout va s'arranger, tu verras.
Avec la petite Lucie, tout s'arrange toujours.
- Ça vous fait mal?
Le cœur. - Un peu.
- Ça a dû vous faire un coup. - Oui. Terrible.
- Éric, deux scotches sur mon compte.
Il ne savait pas que Lucie buvait.
- Des fois, on fait sa vie avec des gens dont on ne sait rien.
Puis, quand on apprend, c'est trop tard.
- Oui, c'est trop tard.
- C'est dur, mais le voilà prévenu.
- Je voudrais pas charger une amie,
mais vous l'imaginez chez votre mère en train de se poivrer au chianti?
- Je le regretterai. C'est un excellent chanteur.
- Vous ĂŞtes un grand canariste, M. Lodet. Si, si.
Un grand canariste. - Et le Harz?
- Je vous téléphonerai. Place de la Contrescarpe?
- Oui. Je compte sur vous. OĂą y a-t-il une banque?
- Rue de Rivoli. - Merci.
- Au revoir, M. Lodet. Toujours Ă votre service.
- Vous ĂŞtes un vrai cordon bleu, Communal.
- J'ai mes spécialités.
- Et quelles "spécialités"!
Votre pâte feuilletée, par exemple, elle est d'une légèreté.
Un souffle. On ne la sent pas sur l'estomac.
Communal, ma bonne... - Oui?
- Si vous me faisiez une tarte aux fraises?
- Au prix oĂą elles sont.
- J'aime tellement la tarte aux fraises.
Pour ce que la vie m'apporte, je serais mieux lĂ -haut.
Au moins, je ne gĂŞnerais plus personne.
- Ne pleurez pas. Vous savez bien que je vous la ferai.
- Quand? - Quand j'aurai le temps.
- À mon âge, est-ce qu'on sait si on sera encore là le lendemain?
- Si je comprends bien, il vous la faut pour ce soir?
- Vous voulez bien? - Que je vous fasse ça ou autre chose.
- Madame Communal.
Madame Communal!
- VoilĂ , voilĂ . Pas la peine d'ameuter le quartier.
- Euh... Communal.
C'est sûr, hein, ce soir? - Oui.
- Dessus, vous mettrez un peu de crème Chantilly.
- Un Himalaya.
- Madame Communal!
- Elle est pas à la commande, mais elle ira vous chercher vos épinards.
Pour ces pauvres petites bĂŞtes.
Mais lui, pour ses repas, qu'il ne compte plus sur moi.
- Mieux vaut de l'herbe avec de l'amitié
qu'un bœuf gras avec de la haine.
Mademoiselle Pain...
Coucou!
C'est moi.
Mais oĂą ĂŞtes-vous?
Fracas métallique.
- J'ai entendu.
Je vous ai trouvée.
Je vous apporte une petite gâterie, les caramels que vous aimez.
- C'est très gentil, monsieur Clair,
mais vous avez fait des folies.
- Pas du tout. Je venais de toucher ma...
Mais... Mais vous...
Vous ĂŞtes...
Mon Dieu! Mon Dieu!
Mon Dieu... vous ĂŞtes debout.
- C'est un miracle.
Oui, oui. Un grand miracle.
- "Un miracle"?
Un miracle!
Moi, indigne,
j'aurai vu de mes yeux un miracle.
Hosannah! Hosannah.
- "Hosannah", c'est ça. C'est le mot juste.
Mais je ne suis pas très solide quand même.
Aidez-moi Ă aller m'asseoir.
Mais auparavant, ramassez le couvercle.
Je faisais oraison, comme vous m'avez appris,
et puis j'ai eu des fourmis dans les jambes.
Une voix m'a dit: "Va dans la cuisine."
Une force m'a poussée... - C'est comme ça.
- Et comme dans vos lectures, je n'ai pas pris mon lit,
mais j'ai marché. - Vous avez eu mal à la tête?
- J'ai dĂ» prendre 4 aspirines.
- Ici? Où ça m'élance en ce moment.
- Oui. Au mĂŞme endroit, exactement.
- C'est le signe. L'Esprit s'est posé sur vous.
Les Philistins doivent savoir. - Surtout pas eux.
- Ouvrons le temple, que tous viennent contempler!
- AĂŻe! J'ai mal.
Mes jambes, mes pauvres jambes.
Je les sens qui s'engourdissent. Ça va être comme avant.
- Non. Dieu ne vous aura pas fait cette fausse joie.
- Ça s'est vu, des gens qui ont marché
et puis brusquement... L'année dernière, à Lourdes...
- Chez les papistes. Mais nous autres, huguenots...
- Chut.
La Communal, elle n'a pas plus de religion qu'un sapajou.
Si on lui annonçait le miracle et que je ne puisse plus marcher,
elle en ferait des gorges chaudes.
- Les Philistins aussi.
- Ce sera notre secret, avant que la guérison soit sûre.
- C'est sage. Le temps viendra de révéler le prodige.
- Bien sûr. Jusque-là , pas un mot, ni aux Philistins, ni à Communal.
- Nous serons comme des tombes. Mais chut.
- Chut.
Je n'avais pas entendu parler de caramels?
Il éternue. - Mais fais attention!
- Il est enrhumé. - Il envoie des microbes.
- Tu es d'une humeur, depuis 2 jours....
- De la fièvre? - Je sais pas.
- Un costaud comme lui. - Les grands sont les plus fragiles.
Tu as été malade, chez papa.
- Oui. Et j'aurais pu crever. C'était une vache, ton père.
- N'insulte pas un décédé.
Lui, il savait choisir sur la bĂŞte.
Regarde cette carne. Attention, quand tu achètes.
- J'achète ce qu'on veut bien me vendre, ce dont tu te plains.
- Parce que tu sais pas acheter. Il t'avait appris, papa.
- Lui, Ă la Villette, il faisait comme les autres.
- Que font-ils que tu ne fais pas?
- Ils arrosent qui il faut.
- Pourquoi tu l'arroses pas? - Ça, c'est la meilleure.
Parce que tu es plus radin que ta mère!
Sortir 1 000 F te brise le cœur.
Je t'ai dit qu'il faut graisser les pattes.
Et toi: "Non. Ça va comme ça."
Ben, non. Ça ne va plus. La preuve, tiens.
La clientèle ira ailleurs, chez un concurrent,
et ce sera la faillite. - Oh, dis pas ça!
- Si, la faillite. Le déshonneur.
- Pardon.
- Tiens, puisque le monde est ainsi fait,
puisqu'on est taxés, imposés, pressurés,
et qu'il faut encore graisser des pattes,
eh bien, graissons donc! Combien faut-il?
- Ah, dans les...
- C'est joli, l'époque et le monde des honnêtes gens.
J'envie les ouvriers. Ils n'ont pas nos problèmes.
Alors? Puisque je dois en passer par lĂ .
Combien? Ben, dis-le!
- 300 000 F. - "300 000 F"?
Mais c'est du vol. C'est monstrueux!
- Parce qu'on n'a jamais rien donné. Tu verras, après, les compliments.
C'est de l'argent qu'on place.
Avec ça, elle voudra pas d'argent de sitôt.
- Qui, "elle"?
- La grosse légume avec qui je vais déjeuner.
- En plus, il faut la nourrir?
- Ben, c'est l'habitude.
Un petit gueuleton, et puis au dessert,
la petite enveloppe... En billets. Pas de chèque.
- Ouais. Ça pourrait laisser des traces.
- Il vaut mieux pas. Jojo éternue.
Au fait, j'ai une réunion syndicale, ce soir.
Ça m'amuse pas, mais...
- Va, va. À chacun sa croix.
Je passerai Ă la banque tantĂ´t....
Oh, mon pauvre Jojo, va.
En entendant ça, comment veux-tu qu'il ait une moralité?
- Is the tip included? - Non, sir. Le "tip" est pas inclus.
Thank you. C'est l'intention qui compte.
Gladys, tu n'as pas vu Renato?
- OĂą je l'aurais vu? Tu insinues quoi?
- Je dis ça comme ça.
- Je voudrais te le soulever? Je suis assez demandée.
- Cigarettes. - VoilĂ .
- Il a cessé de venir ici à peu près en même temps que toi.
- Cherche pas, beauté.
- Merci, monsieur.
- Il t'a truandé? - Un coup qu'on a fait ensemble.
Et pendant les 8 ans que j'ai tirés, pas un mot, rien.
- Une ordure. C'est par son vice qu'on retrouve un homme.
- Il n'en a pas.
Il fumait mĂŞme pas. - Il a mĂŞme pas une manie?
- Si. Dans sa piaule,
il y avait toujours des serins. Il en vendait...
- S'il n'est pas mort, tente ta chance.
Tu n'as qu'Ă te farcir les marchands de piafs.
- Cigares, cigarettes...
- Un gros havane.
Pour son gros Loulou.
- Tu manques pas d'air! Venir narguer Ă son travail
une fille dont le père agonise. - "Agonise"?
- Quasi. L'air de la Creuse a rien fait.
- Champagne.
- Et il vient devant moi, dans la misère, s'offrir du champagne.
B.O.F.
- Sissite, poulette. Et me dis plus de mots cruels.
Lucie, je...
La vie de ton père, je l'ai.
LĂ .
- Loulou, tu te moques pas?
Ce serait moche, de me faire marcher dans un moment pareil.
Cha-cha-cha.
Loulou, j'en ai pleuré, qu'on soit fâchés.
Tu les ranges? À quoi tu joues? Tu me les donnes pas?
- Demain, dans notre petite chambre,
Ă la mĂŞme heure, on retrouvera nos petites habitudes.
- Bien sûr. Ça m'a assez manqué.
Mais pour le fric, Loulou, pourquoi pas ce soir?
Si papa mourait cette nuit...
- Allez, à sa santé. À sa bonne santé.
Grognement.
Aboiements.
- Face au mur. Les mains en l'air. - Oh!
C'est moi, Mme Antoinette.
C'est pour Jojo. Il est pas bien. Je lui monte un grog.
Euh...
- Il est beau, le garçon.
- Vous vous trompez. Je vais le soigner.
- Oui... C'est très beau, l'amour.
- Qui es-tu, toi qui juges
ton prochain? Une femme vaillante est la couronne
de son mari.
♪ - Viens, donne tes 16 ans ♪
♪ Au bonheur qui prend forme ♪
♪ Pour que ton corps d'enfant ♪
♪ Peu à peu se transforme ♪
♪ Viens, donne ton cœur Mets ta main ♪
♪ Dans ma main ♪
- Ouvrez. Ouvrez vite.
♪ - Et donne tes 16 ans ♪
- Jojo, quelle tenue!
- Pardon, madame. Je répétais.
- À la Croix-Rouge, on en voit d'autres.
Buvez ça, et je vous mets un cataplasme.
Tout nu, dans votre état! Grand fou.
Allez, vite, au lit.
Buvez.
- Oh... Il est corsé.
- Pour faire plus d'effet. - Ça m'en fait.
- Vrai? - Oh oui. Je sue déjà .
Vous me chatouillez.
- C'est chatouilleux, ça, madame. - Oui, drôlement.
- Guili-guili... - Vous ĂŞtes joueuse, Mme Antoinette.
Ils rient.
- Jojo, pourquoi éteignez-vous? - C'est pas moi. Je vous le jure.
- Alors ça doit être une panne.
Jojo... Mais qu'est-ce que vous faites?
- Moi? Rien. C'est vous qui...
Oh! Ben, ça, alors...
- M. de Fleurville? - 3e droite.
- Vite, au Bois!
Les enfants crient.
- Vite! On n'aura plus de place sur l'herbe.
- Ils descendaient sur la rampe. - Il faut bien qu'ils se dépensent.
Oh, toi! Tiens, ça t'apprendra.
Allez! - C'est toujours moi qui prends!
- Bonjour, mon petit. - Bonjour, M. Armand.
- Ça me touche, que tu mettes la cravate que je t'ai offerte.
Surtout pour déjeuner avec ce gangster.
Ne te fais pas rouler. - Non. Et demain, le changement...
- Oh, j'en suis certaine. Allez, allez, dépêche-toi.
Prends ton temps. Il y a que le résultat qui compte.
- Ah, toi... Tiens.
- Il sera moins souriant tout Ă l'heure.
Eh ben... Viens, mon Jojo. Je t'ai préparé une bonne rognonnade.
Tu n'aimes pas ça?
- Si, madame.
- Jojo. Depuis hier soir,
quand on est seuls, tu peux m'appeler Antoinette
et me dire "tu". Non?
- Oui, Antoinette.
Seulement, voilà , après...
J'étais ému, mais j'aurais pas dû vous dire, à propos de Mme Lucie.
- Tu as agi comme un homme qui aime une femme
qu'il se refuse à voir grugée. Voilà .
- Vous croyez?
- Jojo, tu es tellement doué.
Je veux que tu aies ta guitare électrique.
Tiens.
- Je l'ai pas fait pour ça, vous savez.
Elle parle en japonais.
- Elle est partie? - Ouais.
- Elle m'intimide. Il rit.
C'est terrible, de pas avoir un petit nid.
- À qui le dis-tu.
- Et quand on s'aime, c'est affreux, ces histoires de fric.
On ne parlera plus argent. - Promis, ma cocotte.
- Donne-moi les 300 sacs. L'abcès sera vidé.
- Comme tu veux. Maintenant ou après?
- Ça me gêne, tu peux pas savoir.
Dire que pour sauver mon père, j'ai failli briser notre amour.
- Ah, toi...
- Mets-les dans mon sac. De la main Ă la main,
je pourrai jamais.
- Ça, alors.
- Tu les as pas?
- J'ai vérifié ce matin. Je peux pas les avoir perdus.
C'était là , dans cette poche.
Oh, toi, tu m'as fait une farce, hein?
- C'est toi qui blagues?
- Alors je ne comprends pas.
J'ai beau chercher partout.
Antoinette croit que c'est pour la viande.
- Toi et ta viande! J'en deviendrais végétarienne.
- Que fais-tu?
- Je m'en vais. Tu as voulu m'escroquer mon corps.
- Moi? - Tu as voulu m'avoir à l'œil.
Tu n'as jamais pensé me donner l'argent.
- Tu vas pas croire ça?
- Ma tête vaut plus que 300 billets. Ôte tes mains sanglantes.
- Je les ai lavées. Pense à ton père. - Il est mort hier.
- Alors t'as plus besoin d'argent.
- Pour l'enterrement. Lâche-moi, bas morceau!
- Écoute.
- Attends de voir la turne.
La 5. C'est la carrée Pompadour.
- Lucie, attends! Tu peux pas me lâcher comme ça.
Je les avais.
- Allons, pressons. - OĂą tu vas?
- Je vais oĂą je veux. Et seule!
Oh! Bonjour, monsieur Lodet.
- Oh, merde.
Monsieur...
- Bravo pour l'incognito.
- Ils se connaissaient. Il fallait faire attention.
- Ils venaient de grimper. Je pensais pas qu'ils partiraient
sans avoir siroté leur champ'.
- Gardez. Ça va. - Merci, monsieur.
Rumeur.
- Oh, M. Lodet, un grand malheur.
Mme Communal est retournée. Elle l'a trouvée.
- Qui? Quoi? - Mlle Pain.
- Ah. - Elle est morte.
- Oh.
- Pardon.
- Mme Communal, on me...
- Salut, Lodet. Ça fait une paye.
- Ça... Oui, monsieur l'inspecteur.
- Vous vous connaissez?
- On est de vieux copains. Pas vrai?
Alors je te passe à tabac, ou tu avoues que tu l'as tuée?
- Elle a été tuée? - Elle qui pouvait pas marcher,
elle était dans la cuisine, par terre, comme une serpillière.
Trouvant pas ça catholique, j'ai appelé les flics... La police.
Et le médecin a refusé le permis.
Bruit de pas.
Ils l'emmènent à la morgue.
Elle qui aimait tant son petit confort.
Excusez-moi.
- On parlerait mieux chez toi.
- Comme vous voudrez. C'est au second.
Après vous, monsieur l'inspecteur.
- Il est bien tenu, ton petit immeuble.
Toi, proprio, c'est marrant.
- Son âme s'est échappée, comme l'oiseau du filet de l'oiseleur.
- Oui, oui. Ça va.
- Il est soûl? - Cinglé.
- Ah. Il faudra que je le voie.
- Mort, oĂą est ta victoire?
Vous avez un bon sourire. Votre visage est celui du juste.
Je vais parler. Le jour est proche.
- Le jour est proche où je vous viderai. Je vous aurai prévenu.
- Tu aurais dû te garder une nana, au moins pour faire ton ménage.
T'as jamais attelé à plus de deux. - Oh non. Jamais.
- Tu étais un petit barbillon, sans plus.
Tu faisais mĂŞme plutĂ´t amateur.
Faut pas médire des amateurs.
Quand ils font un gros coup, c'est ceux-lĂ qu'on pique jamais.
- Mac, c'était pas ma vocation. Jeunot, on m'a entraîné.
Les mauvaises relations. Et la pente.
- Tais-toi, tu vas me faire chialer.
Jolie vue. Avec quoi tu as acheté l'immeuble?
- Une vieille tante me l'a laissé, avec un peu de pognon et les meubles.
- Ils ne valent pas cher.
Du vieux Dufayel en pitchpin.
Je peux t'en parler, j'ai les mêmes. Ceux de ma belle-mère.
Alors, dès que tu as eu hérité,
fini, Pigalle, tu as pris ta retraite.
- Trop content. Je m'y sentais déplacé.
- Y a de la veine que pour les voyous. Moi, j'ai continué à travailler.
Enfin, dans une pige, ça y est,
je tire ma révérence à la maison Poulaga.
Elle est pratique, ta petite cuisine.
Tu l'as planqué là ,
le magot? - "Le magot"?
- Celui de la vieille.
On l'a pas retrouvé.
Alors tu ouvres?
- Ça n'a rien de particulier.
C'est la pièce où sont mes oiseaux.
Les oiseaux chantent.
Ça donne du boulot, mais c'est ma petite joie.
LĂ , c'est le coin des jeunes,
sélectionnés, résultats des accouplements.
- Même retiré, il faut que tu vives sur la mort des autres.
- Ça m'aide. Les loyers, c'est pas gros.
- Quand même, une carrée juste pour loger des piafs...
Ton logement, c'est la mĂŞme disposition qu'en dessous?
- Exactement.
- Tu t'absentes pas?
- Je voulais vendre des oiseaux et prendre l'air.
- Tu as bonne mine. Attends. - Je suis soupçonné de quoi?
- On a retrouvé la vieille, et son magot s'est évanoui.
Allez, Lodet, Ă bientĂ´t.
- Vous ne croyez pas que c'est moi? - À vrai dire, non.
Mais il y aura enquĂŞte. On va fouiller.
Et tu as un passé.
- Depuis 8 ans, je vis en bourgeois, comme un vrai moine.
Personne n'a rien Ă me reprocher. Renseignez-vous.
- Fais-moi confiance. J'y manquerai pas.
- Tout s'est bien passé? - À peu près, oui.
- Vous avez déjeuné où?
- Chez Dagorno. Bien. Une entrecôte à la moelle comme ça,
2 bonnes bouteilles, et au dessert, je lui ai refilé le pognon.
Tout est arrangé.
- Tout? Dis, c'est moi que tu as voulu arranger.
Je t'ai épousé sans rien. J'avais la boucherie.
- Je t'explique. - Une telle somme
pour une grue, un paquet d'os. 300 000 F.
T'aurais eu mieux pour 2 000 F, si tu voulais me tromper.
Ce dont je me moque, vu que pour la bagatelle, tu es zéro. Oui!
Et ça voulait me faucher 300 000 F?
Tiens. Ça, tu l'auras mérité.
Ă€ l'autre, maintenant.
- Antoinette, pas de scandale! Pense Ă la boutique!
Et alors, toi!
- VoilĂ , voilĂ .
- Garce!
Briseuse de ménage!
Mon mari lui suffit pas, elle prend mon argent. Tiens!
Attends un peu, tu vas voir!
- Ma grosse, fais gaffe à tes yeux! - Elle veut m'éborgner!
- Allons, mesdames! - Te mêle pas de ça.
- Et elle le tutoie.
Ça ramasse un peintre en bâtiment et d'honnêtes commerçants.
- Je vous en supplie. Enfin, quoi!
- AĂŻe! Tu vas me le payer!
Ah, tu veux te battre pour ton gros bonhomme qui vaut pas tripette?
Tu me traites de garce? - Elle me fait mal.
- Qui c'est qui est monté débaucher le commis?
Qui c'est qui s'envoie Jojo?
- T'as fait ça? - Elle ment.
- Renato l'a vue. Hein?
- Oui. C'est vrai.
- Le siphonné l'a vue, le proprio l'a vue!
- Ah! Je lui montais un grog.
- Avec sa tronche, elle doit les soûler.
- Avec un commis! Toi, fille et femme de patron,
comme une gourgandine! Tiens!
- Qu'as-tu fait?
Moi qui voulais te marier.
"Général d'industrie..."
Et c'était le boucher. Lucie, un boucher.
Le sang, la viande!
Va faire ta valise, avant que je t'étripe!
- Lui fais pas de mal. - Qu'il parte!
- Que va-t-il devenir? - Vous inquiétez pas.
Vedette, avec ma guitare électrique. - "Guitare électrique..."
Il a une guitare électrique?
C'est toi qui lui as payée!
- Il y a quelqu'un? - Madame Mourier.
- Ça, quelle surprise! Qu'est-ce que je vais vous servir?
J'ai un bon gîte-gîte de 1re.
- Tu me jures que tu m'as pardonnée?
- Sur la Madone. - Alors ne pars pas.
- Impossible. Je dois.
- Tu m'écriras souvent?
- Promis.
OĂą tu vas?
- Ben, avec toi, Ă la gare.
- À la gare? Non, Lucie. Ce serait terrible.
- Tu veux pas de moi?
- Toi, sur le quai, avec le mouchoir.
Moi, Ă la fenĂŞtre comme un immigrant, en 2e, dans le couloir. Non, Lucie.
- Tu ne vas pas voyager debout jusqu'Ă Naples. Prends des 1res.
- Merci beaucoup.
- Qu'est-ce que je vais devenir, seule, sans toi?
- Puisque tu vas me rejoindre.
- Oui. Dès que possible. Avec la voiture.
- Ah, ne parle plus de la voiture. J'y vais.
- Renato, dis-moi que tu m'aimes.
Une dernière fois.
- Oui, je t'aime beaucoup.
- Je serai vite lĂ -bas.
- Bien.
Arrivederci. Ciao, bambina.
- Renato!
Embrasse la famille
pour moi.
- Vous avez changé de boucher?
- Bonjour, monsieur Lodet. Vous allez bien?
- J'ai cru entendre du bruit, hier soir.
- Mme Antoinette est montée faire du scandale.
Moi, je fais tout pour passer inaperçue.
Ce qui prouve qu'il faut jamais être familier avec les commerçants.
Depuis une semaine, j'ai trop de guigne.
Et personne ne peut me comprendre.
- Je peux essayer. On va boire un verre?
- Vous et moi, "un verre"?
- Pour fĂŞter cette nouvelle rencontre.
- Qu'avez-vous dĂ» penser de moi? Les hommes ont des besoins,
même un propriétaire. Mais moi, être vue là -bas...
- Alors on y va?
- Si je dis oui, vous allez me trouver facile.
- Oh, je commence une nouvelle vie.
Hier, j'ai liquidé Louis. Et le soir, je vidais Renato.
Il est parti à Naples. Il doit déjà être arrivé.
- C'est distingué, le prince-de-galles. Ça te plaît?
- Oui. C'est très beau. - Vendu.
Et j'ai vu ta bagnole. Pas question.
- Pourquoi? - C'est un clou pas digne de nous.
Ta mère est tellement malade?
- Non. Elle est seulement un peu fatiguée.
- Laisse-moi me retourner, qu'on arrive dans une vraie tire,
sapés comme des princes.
- Ah, Gladys! Ti amo tanto, tanto.
Claquement de porte.
- Quand M. Lodet va savoir ça. - On va l'appeler.
- Il ne déjeune plus là . À force de me brimer,
je ne lui fais plus sa tambouille.
Je ne la ferai plus pour personne, puisqu'elle fait mourir le monde.
- Vous avez pas parlé de la tarte.
- Devant un cadavre, on pense à ça?
- Elle n'aurait pas eu d'embolie, sans tarte.
- Je lui en ai donné à peine. - Le médecin ne dit pas ça.
- On ne trouve pas le coupable et on veut me mettre ça sur le dos.
Mais c'est raté. J'ai mon alibi dans le placard.
- Elle l'a bouffé, votre alibi.
Elle était gourmande?
- Pire qu'une vieille chatte. Le voleur du magot a dĂ» la gaver.
Il rit.
- Le magot, je vous en parlerai après.
Et pour se gaver, elle n'avait besoin de personne.
- Je vois, on veut étouffer l'affaire.
- J'aime pas votre ton, pipelette!
- "Pipelette" peut-ĂŞtre, mais pas idiote. De lĂ ,
toute seule, comment elle aurait fait pour arriver lĂ ?
- Elle marchait pas du tout? - Elle est sourdingue, la police?
- Mais dites donc! - Je répète: elle ne marchait pas.
- Femme ignorante.
- C'est pas le moment.
- Au contraire, le moment est venu.
- Il est en crise?
- C'est toi,
toi, le juste au bon sourire?
Toi, tu vas comprendre.
Toi, tu répandras la nouvelle, la grande nouvelle!
Elle marchait.
Oui, elle marchait.
- C'est vrai ou vous débloquez?
- Oui, elle marchait. Mes yeux l'ont vue.
- Ouais. Oui, c'est ça, mon vieux.
Raconte-moi donc.
- Dieu l'avait effleurée de Son doigt.
Tu imagines, le mauvais riche,
les Philistins, la tĂŞte qu'ils vont faire!
- Ce n'est pas son numéro personnel.
C'est un café à la Contrescarpe.
- Ça me suffira. Je me débrouillerai.
Merci.
- Entre passionnés, il faut bien s'aider.
Vous faites aussi de l'accouplement?
- Depuis 8 ans, j'ai peu eu l'occasion.
- Ça a dû vous manquer. - Plutôt, oui.
Les enfants crient.
- Allons-y, les mecs! On est en retard.
- Pas de magot. C'est la meilleure. - Une minuscule rente viagère.
- Pigeonnée, madame.
- Comme si je l'aurais laissée aller moisir dans un hospice.
L'autre simplet, il fallait l'entendre expliquer le miracle.
Le poulet se tirebouchonnait. Je l'aurais tué.
Il m'a dit aussi que vous pouviez prendre l'air.
- L'enquête est terminée? - Oui.
Puisque le magot, c'était du vent, et l'arme, la tarte aux fraises.
On se prépare un repas fin?
Je dois surveiller la porte, ce soir?
- Je croyais vous l'avoir dit.
- Et vous allez y aller, prendre l'air?
- Madame Communal. - Quoi donc?
- Venez voir.
L'escalier.
- Qu'est-ce qu'il a? - Prenez-le.
Parce que votre vie, la concierge du 12
et vos questions, j'en ai ma claque.
Allez, ma grosse, ouste! À ta loge!
- J'en partirai, de ma loge. "Ma grosse", Ă moi!
Musique provenant de l'étage du dessus.
Il met un disque de chants d'oiseaux et augmente le volume.
Les deux musiques se mĂŞlent.
- Tu la reverras bientĂ´t, ta Lucia.
LĂ , c'est pas insultant.
Propriétaire, c'est mieux que boucher, non?
- Alors...
heureuse?
- Oh oui.
Moi qui étais venue juste pour voir les petits oiseaux.
- OĂą tu vas?
- Faire notre petit déjeuner. Je meurs de faim.
- Va croquer chez toi. Moi, je repionce.
- Ah?
Bon.
Je vais trouver le temps long, jusqu'Ă ce soir.
- Quoi, "ce soir"? - Je redescendrai.
- HĂ©, lĂ , minute.
Passer un bon moment signifie pas se mettre Ă la colle.
- Hier soir, tu disais... - Dis donc, bébé.
Tu as passé l'âge de croire à ce qu'on raconte avant.
- On ne se verra plus que dans l'escalier?
- Je te ferai signe. - BientĂ´t?
- Quand je serai rentré de voyage.
- Tu pars? On frappe Ă la porte.
Qui est lĂ ?
- Police!
Elle se cogne dans une cage.
Alors, Lodet, tu ouvres? - VoilĂ . Tout de suite.
Une seconde. J'étais au lit.
- Bonjour, Lodet.
Ça sent la bonne femme, chez toi. - C'est ma brillantine.
- Les macs, ça se parfume pire que leurs gonzesses.
- La concierge dit que l'enquĂŞte est close.
- Elle l'est. Mais je passais. Je suis monté te saluer.
Je peux m'asseoir? - Je vous en prie, inspecteur.
- Marrant, la vieille goulue qui faisait cavaler
tout le monde. Elle te payait ton loyer, au moins?
- Je peux partir en vacances?
- Ah, tu as la bonne vie. OĂą tu vas?
- Peut-ĂŞtre dans le Midi.
- On part dans le Midi, on se lève tard...
Tu peux dire que tu es verni.
Quand je vois où j'en suis, après une vie de boulot...
- Il y a rien Ă bouffer, lĂ -dedans.
Il y en a que pour les piafs.
Oh, chic, des chocolats.
- Je vis dans une petite pièce sur une cour.
Alors je me suis dit comme ça...
le logement de la vieille est libre.
Deux pièces, c'est ce qu'il me faudrait.
Je te demande pas de cadeau. Le tarif actuel.
Pour un proprio, avoir un flic est une sécurité.
On serait bien. Deux retraités. Poulet et truand à la retraite.
On parlerait du temps oĂą tu avais peur que je t'embarque.
- C'est que...
je l'ai pratiquement promis.
- C'est marrant,
l'idée m'est venue en faisant mon enquête sur toi.
La sympathie... Tu m'as toujours intéressé, même quand tu vivais
de la fesse.
Depuis 8 ans, tu es bien peinard, tu ne dépenses pas lourd.
Tu serais mĂŞme plutĂ´t radin. Oui, mais enfin,
tout ça, ça ne veut rien dire.
J'en ai vu, des gars vivre des années à la papa,
et un jour, ressortir à la lumière, bourrés aux as.
Un bon coup d'autrefois.
- Quel gros coup j'aurais pu faire?
- Je ne dis pas ça spécialement pour toi.
Mais as-tu toujours été aussi con que tu voulais le faire croire?
- Moi? Oh oui, alors.
- Je ne sais pas.
Un jour, il faudra que je fouille un peu mieux dans ton dossier vaseux.
Mais simple curiosité. Ne t'inquiète pas.
Dommage pour l'appartement. J'ai jamais eu de pot.
- Remarquez, si je peux...
- Tu n'ouvres pas?
Coups sur la porte.
- Je t'ai retrouvé, ma vache.
On laisserait pas entrer son pote?
On est pas content de le voir?
- Toujours ton sale caractère, Victor.
Je te croyais en cabane.
- Mais j'ai fait mon temps. Ils m'ont libéré il y a 3 jours.
- Fais voir tes fafs.
Allez, plus vite que ça!
Ton livret.
Ouais. C'est bien ce que je pensais.
Tricard. Et tu es à Paris? Avec ton casier, ça te mènera loin.
- J'allais pointer et je quittais le département.
Mais je suis sorti sans un... - Et je lui devais du pognon.
Mais j'étais pas facile à trouver. C'est pas ça?
- Si.
Ça m'a pris du temps. - Si j'avais su le jour, je serais
allé à Melun pour ta sortie.
Tu n'as pas cru que je n'allais pas te rembourser?
- Non. Bien sûr.
- Pour 3 jours,
ne lui faites pas d'ennuis. Il va se casser
tout de suite. Hein, Victor?
- Oui, tout de suite.
- On parlait du manque de pot. Victor n'en a jamais eu.
- Ah, c'est pas des chars.
- Un beau geste, quoi. Faites plaisir Ă ... votre proprio.
C'est mon locataire. Il habite juste en dessous.
- File. Et si tu te présentes pas demain, tu auras de mes nouvelles.
- Tu pourrais remercier. Attends, je te donne l'oseille.
- Mais... comme ça, là ?
- Dans ta situation, tu peux pas revenir.
- Il ne vaudrait mieux pas.
- Oh!
- Pour 20 000 balles, tu risquais gros.
- 20... "20 000 balles"?
- C'était 15. Mais ça va. Ne remercie pas.
- Tu lui dois une drĂ´le de chandelle.
Mais que je ne te revoie pas.
- J'aurai ta peau, avant peu.
- Oui, écris-moi.
Mets ton adresse, si tu as besoin de quelque chose.
- Il y a de la lumière, des arbres. J'emménage quand?
- Quand vous voudrez. MĂŞme si je suis parti.
- On peut dire ce qu'on veut,
mais la fraternité, dans le milieu, ça existe.
- Les copains, c'est sacré, inspecteur.
- Eh oui.
Si je te revois pas, bonnes vacances.
- On essayera.
- Oh, tu m'as fait peur.
- Tu as suivi
la conversation? - Non. Je dormais.
Je suis si fatiguée.
- Tu sais que tu me plais?
- Vrai? Pourtant, tu as été méchant.
Tu as peiné ta Lucie.
- Excuse-moi. Au réveil, je suis de mauvais poil.
Hier soir, tu ne m'as pas parlé d'une bagnole?
- "Une bagnole", moi?
Ah, celle du barman qui était trop chère pour moi?
- Je te la paye et on va dans le Midi. - Oh, chéri, c'est le bonheur.
- Tu peux l'acheter tout de suite? - Ben, oui.
- Attends-moi.
- On part quand? - Tout de suite.
- Et mes valises? - On achètera tout là -bas.
- Tu es bien pressé.
- Marre de Paris et envie d'ĂŞtre seul avec toi.
- Des neufs. J'en avais jamais vu.
- 15 h, métro Porte-d'Italie. Ne me double pas.
Ne t'en va pas seule.
- Penser ça de moi qui t'aime tant. À croire que tu le vois pas.
- Déjà attachée, hein?
- Tu peux pas savoir Ă quel point.
- Toutes les mĂŞmes. Allez, cavale.
- À tout de suite.
- Patate. SitĂ´t Ă Cannes...
Et après... Et après, dans la nature.
La vie. La vraie.
- Vieux sagouin! Et dans le service, en plus.
- Mon ami, écoutez.
- Je préviendrai les copains et la Poste.
- C'est une affreuse méprise.
- Et le ministre des Sports. Il me connaît, je fais du rugby.
- Oh, voilĂ pourquoi il est si brutal.
- On est des sportifs, nous, de la jeunesse saine.
- Quelles sont ces clameurs?
Pourquoi fuis-tu? Et quel est cet uniforme paĂŻen?
- Ben, les PTT.
- Enlève-le vite! Imite-moi.
Tu es jeune. Rejoins nos cohortes.
- Ne me touchez pas!
C'est quoi, cette maison de dingues?
- Je peux pas vous emmener. LĂ -bas, je vous remplacerai.
On frappe Ă la porte.
- Vous ĂŞtes lĂ ou vous ĂŞtes pas lĂ ?
L'inspecteur m'a dit vrai? - Parfaitement.
- Un flic ici, qui amènera ses copains.
Mais ce sera quoi, ici? Un commissariat?
Ça vous fait rien? - Rien.
Parce que dans quelques minutes, j'aurai quitté ces lieux.
- Et vos bestioles? Je ne...
- Je passe chez le marchand. On viendra les prendre.
- Et mes gages, ma prime d'ancienneté?
- Sur l'argent des oiseaux. Vous m'enverrez le reste.
- On peut savoir oĂą?
- Poste restante, Ă Cannes, pendant 8 jours.
- Et ensuite?
- Ensuite... Ensuite, je vous écrirai.
Un dernier service. Allez chercher un taxi. Vous voulez bien?
- Pour être débarrassée de vous, qu'est-ce que je ne ferais pas?
- Tu vas l'être, débarrassée, et pour toujours.
Hmm...
Ça aussi, c'est du précieux.
Coups de klaxon.
Gagné, Armand.
- Mon grand proprio chéri,
qui me répondait pas quand je lui souriais.
- Et la carte grise?
- Dans mon sac.
Ça me gêne, ton truc. Je le mets derrière?
- Laisse. C'est fragile, les disques.
- J'y toucherai plus, Ă tes canaris en conserve.
Dis, on s'arrĂŞtera oĂą, pour dormir?
- On s'arrêtera pas. J'ai hâte d'arriver.
Pionce dans la bagnole.
- Tu as raison. Je vais rĂŞver.
Des rĂŞves formidables.
- Mamma. C'est moi, mamma.
- Pauvre pomme!
Il éternue.
- Vous avez pris froid?
- Madame Communal! Madame Communal!
Madame Communal! Vite!
- Qu'a-t-elle fait?
- Maman dit qu'elle a les 1res douleurs.
- J'arrive. Va vite.
- Vite, vite! Sortez!
Ne crains point, petit troupeau, peuple sauvé par l'Éternel!
Chantez avec allégresse en l'honneur de Dieu!
Partez! Le jour est venu!
Que les fleuves battent des mains!
Que les montagnes éclatent en cris de joie!
- Je remonterai. C'est pas pour tout de suite.
Alors on revient de la Poste? - C'est amusant.
- Partez! Que les cieux se réjouissent!
Il a fait sortir Israël du péril d'Égypte,
tomber les murs de Jéricho. - Ma prime.
- Sonnez du cor, de la trompette!
L'Éternel, c'est la liberté!
Cloche d'église.
La liberté!
La liberté!
- Cette fois-ci, c'est l'asile.
- C'est un gros. Je vais vous le changer au bureau.
- Oh, cette valise!
Elle soupire.
Et hop! À la flotte, les piafs!
Oh, on est riches, Renato.
Riches, riches, riches!
Une voiture passe.
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