All language subtitles for Les Rêveurs (2025) - French - Subtitle 01

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Original subtitles

Musique calme

Musique intrigante

- Tu dis tout le temps ça. - C'est vrai.

Propos inaudibles

Bah oui, tu devrais pas être inquiet.

Elle soupire.

J'ai mis ça. Elle me va ?

C'est pas assez chic, non ?

- Si, c'est très bien. J'aime beaucoup cette robe.

La femme rit. "Oh, Jacques !"

"Oh, voyons, Jacques..."

Il rit. Oui, bah...

Elle rit.

- Mmh ? Attends, viens. - Allez.

Arrête.

Allez, ça sera des boîtes ce soir.

- Allez, vous me mangez ça, les dents et au lit.

Tu sors encore ?

- Jacques, fais-le. - Je le fais.

J'ai les doigts en compote.

Il fait exprès de dicter ses lettres à toute vitesse.

- Maman, reste. - Non, mon amour, s'il te plaît.

- C'est la nouvelle collection. - Reste.

Mais ça va, on va juste à une soirée.

- Allez. - Maman, je veux pas !

- Maman. - Ma belle, ma chérie...

- On est à la bourre. On y va, mon amour.

Je t'attends.

Élisabeth...

- Bonne nuit ! - Salut !

Ils claquent la porte.

Elle renifle.

Élisabeth.

Ça te suffit ?

Mmh.

OK.

Essaye la longue. Petit rire

Petit rire Musique rythmée

Celle-là, moi je l'aime bien.

On dirait maman.

C'est papa qui l'a dessinée.

- C'est une de mes préférées. - Ouais, avec la boule.

"On fête la nouvelle collection !"

"On va juste à une soirée."

Monday

It's just another morning

Tuesday

I only feel like living

Dancing along with every song

- Petit rire - Moi, je vis

D'amour et de rire Je vis comme si

Y avait rien à dire

Cri joyeux J'ai tout le temps d'écrire mes mémoires

D'écrire mon histoire à l'encre bleue

Laissez-moi danser

- Oh, regarde ! - Laissez-moi

Laissez-moi danser, chanter en liberté

Tout l'été

Laissez-moi danser

Laissez-moi

Arrête, Élisabeth !

Maintenant, tu vas te coucher !

J'en ai marre, je peux pas dormir.

Pas à l'approche

Grincement de la porte

Non, laisse ouvert.

Petit choc Léger gémissement

Musique dramatique

Brouhaha de la rue

Bonjour. J'ai rendez-vous.

- Allez-y, madame. - Merci.

- Je passe. Attends, mon rendez-vous.

- Bonjour. - Ah, bonjour.

Bonjour. Je suis Hélène.

Je suis la directrice de l'espace Plein Ciel.

Ils vous attendent.

C'est formidable d'avoir pu vous libérer.

- Les enfants avaient rien. - C'est le théâtre qui a tout organisé.

D'habitude, je vais dans les écoles.

- On les a réunis dans une salle pour les ateliers.

Sinon, ils sont tous dispersés.

- Dans tous les services ? - Oui.

Y a plus assez de lits en psychiatrie.

On en avait ouvert sept ici, mais ça a déjà explosé.

- Bonjour à tous ! - Bonjour !

Je vous présente Élisabeth.

Peut-être que...

certains d'entre vous la reconnaissent parce qu'elle fait du théâtre.

Peut-être que vous l'avez vue dans des films.

Ou pas, et c'est très bien.

- Ma reum la connaît, elle adore la télé.

Alors, Ryan, on écoute, s'il te plaît.

Merci.

- Ce matin et à tous les cours qu'on aura ensemble cette semaine,

je vais vous parler de la pièce de théâtre que vous verrez samedi,

ma passion pour le théâtre et pour les mots.

Et vous, vous me parlerez de vos lectures.

- Oui ? - Euh, on fera pas que lire, si ?

Ah non, on écrira surtout.

- Est-ce qu'on peut dessiner aussi ? - Dessiner

et écrire. Petits rires

Y a des slameurs parmi vous ?

- Non, moi, mon frère, il rappe, mais il slame pas.

- Y aurait quelqu'un qui saurait slamer, ici ?

Non ?

- On pourrait écrire une chanson. Qu'est-ce que vous en pensez ?

- Y a des feuilles, des crayons ? - Bien sûr.

Vous savez où est le matériel.

Allez. Allez chercher les feuilles,

- les stylos. - Tu peux aller m'en chercher ?

C'est toujours comme ça.

Faut la laisser.

Sacha ?

Je dois vous dire quelque chose.

J'ai été internée ici quand j'avais votre âge.

Pas à l'approche

- Éli ? On ouvre la porte.

Qu'est-ce que tu fais ? On t'attend.

Ça va pas ?

Si, si. Si, j'arrive.

OK.

À tout de suite.

Elle soupire.

Musique au piano

Joue comme Keith Jarrett.

On fredonne.

Musique au piano

Légers gémissements

Ah ouais, j'adore quand il gémit, quand il se laisse aller.

"Gym Tonic" (Véronique et Davina)

Élisabeth chantonne.

Elle rit.

- Petit cri - J'y arrive pas.

Petit rire

Propos inaudibles

Il souffle.

- Stop, c'est bon, c'est pas du sport, ça.

Je vais courir. Qui vient ?

Allez, allez, là !

Respiration forte

- J'ai un point de côté. - Continue.

Au début, c'est dur. Après, ça passe.

On se rejoint au manège, OK ?

Attends !

Papa, attends !

Attends !

Hé !

Il est où, ton frère ?

T'es la sœur de Paul ?

- Il a pas voulu venir. Je cours avec mon père.

Petit rire

- On dirait plutôt que tu cours toute seule.

J'allais pas assez vite.

Hé, attends.

Euh...

Ça te dirait de venir au cinéma ?

Avec mon frère ?

Non, juste toi et moi.

Petit rire

C'est encore mieux qu'au cinéma.

T'es déjà rentré ?

Ben oui.

- Ça dérange pas tes parents que je sois là ?

Moi, mon père, ça le rendrait dingue.

- Ah non. Le mien, il pense qu'à ses collections.

Ses collections ?

- Il dessine des robes pour Cardin. Je crois qu'ils s'en foutent.

J'aimerais bien que tu me le dises.

Quoi ?

Ben, que tu m'aimes.

Ça se demande pas, ça.

Pourquoi ?

C'est à moi de décider

- si j'ai envie. - T'en as pas envie ?

Euh...

Non, pas pour l'instant.

Tu penses que ça peut venir ?

Je sais pas.

Je peux te le dire quand tu veux.

Tout de suite, même.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Petit rire

- Ça te fait rire ? - Bah oui, ça me fait rire.

Tu me balances ça comme si c'était une tragédie.

Quelqu'un joue du piano.

Mais tu l'as déjà dit à quelqu'un ?

Il souffle.

Ça te regarde pas.

Pourquoi tu pars déjà ?

- Je vais voir ton frère. C'est lui, mon pote, au départ.

À demain.

Vous avez passé une bonne journée, vous ?

Mmh mmh.

Alice, pourquoi tu manges pas ? Mange.

Allez, mange un peu, s'il te plaît.

Coup Allez !

Il soupire.

Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi laisser la moitié ?

- Pourquoi ? C'est quoi ? - C'est pour maman.

Tu vois ce que ça donne ?

Grande inspiration

Je me réserve pour le dessert.

- Oui, oui. Petit rire jaune

Alice se racle la gorge.

- Donne-moi de l'eau, s'il te plaît.

Merci.

Elle soupire. Donne.

Elle souffle.

Désolée.

- Excuse-moi. Tu sais que j'aime pas qu'on me serve.

C'est pas tout ça, mais j'ai

une collection à préparer. Vous débarrassez, hein.

Allez.

Bande de culs collés.

Et mange.

Musique dramatique

C'est bon.

Maman,

papa a raison.

Ta colonne, on dirait vraiment une arête de poisson.

- Laissez-moi tranquille. Je suis plus une gamine.

J'ai pas besoin qu'on me dise ce que je dois faire.

Pardon.

Je peux ?

Elle renifle.

Tu l'as connu à quel âge, ton premier amour, toi ?

Pourquoi tu me demandes ça ?

Non, pour rien.

Si t'avais des conseils à me donner.

Oh, tu sais, moi...

Pff, la première fois qu'un garçon m'a embrassée,

j'ai cru que j'étais enceinte.

Alice soupire.

J'en ai pleuré pendant des semaines.

Vous avez de la chance. Vous êtes mieux informés.

Non, tu sais,

moi aussi, j'ai peur.

De quoi ?

Ben, de pas savoir m'y prendre.

Oh...

Tu trouveras, t'inquiète pas.

La tendresse.

Elle soupire.

C'est important, la tendresse.

Tu viendras me dire bonsoir ?

Mmh.

- Je veux bien qu'on s'embrasse, mais on se dit ce qu'on ressent.

Arrête de me mettre la pression.

Je peux pas te dire que je suis amoureux.

C'est pas possible.

- Mais alors pourquoi ? - Pourquoi quoi ?

- Pourquoi tu m'as invitée au cinéma, fait le premier pas ?

Peut-être que si on se met dans le lit,

ça t'aidera à les dire, tes sentiments.

Elle avale sa salive. Il respire fort.

Gémissements de plaisir

Elle soupire.

Gémissement de douleur

Respirations fortes

Ça t'a plu ?

Je sais pas.

Ah bon ? Mais pourquoi ?

- Je sais pas. On en reparle demain.

Mais tu peux pas partir comme ça.

- Je pense que c'est mieux qu'on arrête là.

Non, dis pas ça. Je veux pas.

- Si tu veux savoir, on a fait le pari avec des potes.

Le pari que je t'aurais facilement.

Voilà, c'est tout.

Jacques ?

Jacques ?

On ferme la porte d'entrée.

Respiration forte

"This Day" (Peter Baumann)

Éli ?

Élisabeth ?

À table, Élisabeth !

Pas à l'approche

Tu viens manger ?

- Non, j'ai pas faim. - À table !

- Qu'est-ce que t'as ? T'es malade ?

- Non, ça va. Juste, j'ai mangé un sale truc à la cantine.

Quand tu me laisseras déjeuner à la maison ?

- OK, on verra ça plus tard. - Oh, vous venez ?

- Et arrête de piquer les disques de ton père.

Demain, c'est mardi.

Puis, y aura mercredi.

Et puis jeudi.

Tout ça pour rien.

Pour arriver à ce jour horrible,

dimanche.

Dimanche, lundi...

En CP, quand on apprenait à les écrire,

ces mots voulaient dire quelque chose.

Ils étaient aussi magiques que "feuille", "soleil", "marron",

"automne",

"poêle"...

Mais en fait, ils sont vides. Tout est vide.

38, 39, 40...

Respiration forte

Elle soupire.

Respiration forte

12, 13, 14, 15, 16,

17, 18, 19...

Cri de mouette

22, 23...

Propos inaudibles

Bruit sourd

- Bonjour. Vous êtes les parents d'Élisabeth ?

Elle se trouve dans le premier lit.

- Je vous laisse y aller. - Oui, merci.

Respiration forte

Non, je reste pas ici.

Si, tu vas rester un petit peu ici.

Le médecin a envie que tu restes après ce qui s'est passé.

C'est pour ta sécurité.

Faut qu'on te surveille maintenant.

Tu vas rester un petit peu.

- Combien de temps ? - On sait pas encore.

L'infirmière va venir nous chercher.

Tu peux te lever ?

Alice renifle.

- Ça va ? - Mmh.

Regarde, viens te préparer.

Elle soupire.

Assieds-toi.

Elle soupire.

Léger brouhaha

- Attends, je vais t'aider. - Suivez-moi.

Musique oppressante

Respiration forte

- Allez-y.

- Voix étouffée - Élisabeth Giraud ?

- Élisabeth Giraud ? - Oui ?

On nous a prévenus de votre arrivée.

Vous pouvez l'accompagner, mais il faudra partir vite.

Bien sûr.

C'est juste là.

Ne me laissez pas.

C'était la dernière fois.

Je le referai plus, s'il vous plaît.

C'est promis.

Elle pleure.

- Tout va bien. Il faut que tu restes là.

Faut comprendre ce qui t'est arrivé.

Vous revenez quand ? Demain ?

- Non, ça fait partie du traitement. - Quand ?

- Quand ? - Il faut y aller.

Ma chérie, ça dépend de toi,

du traitement. On pense fort à toi, ma chérie.

- Ça va aller, promis. - Non, me laissez pas.

- Tu l'aides pas. - Non !

- Lâchez-moi. - Arrête.

- Mais lâche-moi !

Élisabeth pleure.

Papa !

Tu vas te faire mal. Viens.

Allez.

Papa !

Maman !

Papa !

Lâchez-moi.

Tu arrêtes.

Ça va aller.

Calme-toi. Arrête.

Tu arrêtes de pleurer.

Calme-toi.

Tiens,

prends ça.

T'iras mieux après.

Je vais chercher de l'eau.

Respiration forte

Bien sûr.

Petit rire

Élisabeth respire fort.

Brouhaha au loin

Tu fais quoi ?

Tu dessines ? Bah dis donc, t'es douée.

Ça m'a aussi choqué, la double fenêtre.

Pas pouvoir respirer deux minutes.

Va falloir t'habituer. L'air frais, c'est pas pour nous.

Pas à l'approche

On va déjeuner.

- Pas faim. - Comme tu veux, tu viens d'arriver.

Tu viens, Renaud ?

Tu ferais mieux de venir.

On a rien à faire à part bouffer et s'abrutir de cachetons.

Tu ferais mieux

de les prendre.

Si tu refuses, ils vont te faire des piqûres.

- J'en ai eu plein. - J'ai vidé l'armoire à pharmacie,

ils veulent que j'en reprenne.

Bon, je t'aurai prévenue.

Elle renifle.

Elle soupire.

Cri au loin Musique dramatique

Elle soupire.

Tu manges pas ?

Elle sanglote.

"Gym Tonic"

T'as pas entendu ? À table.

T'as pas voulu hier. Tu veux pas déjeuner.

On va te remettre sous perfusion, Élisabeth.

On t'a laissée car tu arrivais, mais faut respecter les règles.

Bon, y a un atelier cuisine cet après-midi.

Ça t'ouvrira peut-être l'appétit.

Dépêche-toi, ça a déjà commencé.

Bienvenue.

Élisabeth, c'est ça ?

Tu peux retrousser tes manches ?

Isker,

ton casque.

Sois avec nous, un peu.

Rho, c'est trop épais.

- Renaud, tu fais plein de grumeaux, attention.

C'est pas de ma faute.

- Tu veux ess... - T'écoutes quoi ?

- Tiens. - Specials, Siouxsie,

Clash, Sex Pistols,

- les Bérus... - Mon frère aussi écoute ça.

Où est passée la mère Noël ?

On l'a fait cuire dans la cheminée

Il est punk, ton frère ?

Tiens.

Toi, c'est plutôt le top 50.

Pff, ça fait des boules, c'est nul.

- Non, c'est très bien ce que tu fais, Renaud.

- Non, on aime plein de trucs avec mon frère.

Ça va de Roxy Music à La Souris Déglinguée.

Oberkampf aussi.

Le ciel est teinté

de rouge

Y a plus que la terre qui bouge

La banlieue est en flammes

Écoute le silence du vacarme

Gémissement de dégoût Fais donc attention

La fin du monde arrive

Élisabeth ?

Tu veux te marier avec moi ?

Il recommence...

Et toi, tu veux te marier avec moi ?

- Tu sais quoi, Francis ? - Quoi ?

- On va t'épouser. - Vraiment ?

- On te changera les couches à tour de rôle.

- Super ! - On va finir notre gâteau, avant.

Tu veux bien faire

des morceaux de beurre ?

- Renaud, mets pas des œufs partout. - C'est bon,

on a compris.

- Élisabeth, tu peux remuer le gâteau. - D'accord.

Avec eux,

on est encore là demain matin.

- Isker, tu mettras ça sur le gâteau, après.

- J'ai du beurre plein les doigts. - J'en veux.

- On va mettre celui-là au four.

Je prends des gants ou pas ?

- Je te proposerais bien d'écouter Oberkampf,

mais ça va être l'heure du bain.

Déjà ? Il est 17 h.

Propos inaudibles

Attention.

On dîne à 18h30, ici.

Léger brouhaha

- L'infirmière-cuisinière a l'air cool.

- Elle répète tout au chef, et tu prends une semaine de plus.

- Depuis quand t'es là ? - Quatre semaines.

C'est long.

- Et j'ai toujours pas de date de sortie. Et toi ?

Je sais pas, je vais pas rester.

- On dit tous ça. - Non, je t'assure.

- Que quelques jours. - T'as le droit de visite ?

- Pas pour l'instant. Le psy pense que c'est mieux.

- Alors, prépare-toi à ce que ça dure.

C'est ta première fois ?

T'as fait quoi ?

J'ai vidé l'armoire à la pharmacie.

C'est mon frère qui m'a trouvée.

Vaut mieux faire les veines, hein.

C'est horrible, le lavage d'estomac.

Les médocs, moi, j'en prends jamais assez.

Je veux pas vraiment mourir.

Et toi, tu le voulais vraiment ?

Je sais pas.

Je supportais plus l'école. Chez moi, tout sonne faux.

J'ai voulu sortir de là.

Sonnerie de téléphone

Léger brouhaha

- C'est l'heure du bain ! Sonnerie de téléphone

Grincement

Allez, je vais t'aider.

OK, c'est prêt.

Tu peux y aller.

Ah... Il frappe.

Tu laisses la porte ouverte, s'il te plaît.

- Je vais me déshabiller. - Tu laisses entrouvert.

Brouhaha au loin

Ça va, tout se passe bien ?

Oui.

- Parle plus fort, Élisabeth, j'entends pas.

Oui !

Elle soupire.

Respiration forte Brouhaha au loin

- On a eu des pâtes à midi, je parie

sur du poulet et une macédoine de légumes.

Ou alors une paëlla. Ce serait chouette.

T'as fumé ?

Tu t'es cru au Club Med ?

C'est bon.

Attends, Didier, je vais t'aider.

Et voilà.

- Bon app. - Merci.

- Allez, vite, on mange tant que c'est chaud.

- Tu vas où , Marine ? - Je vais manger à côté.

Ah...

Tu veux te marier avec moi ?

Tu te maries avec moi ?

Oubliez pas de boire un peu.

- Ça va ? - Oui, merci, Françoise.

- Qu'est-ce qu'il a ? - Comme ça.

Son bras droit est mort.

Comment ça ?

- Il était classé au tennis dans les espoirs.

Il a été obligé de tout arrêter. Mais il a rien, il paraît.

C'est juste dans sa tête.

- Ça a pas de goût. - J'ai faim, je m'en fous.

- Y a pas de sel, j'aime pas. - Donne ta part.

Mouna, arrête d'écrire.

- Quand on lui retire sa montre, elle hurle.

Pourquoi on lui retire ?

- Elle dormirait pas. Elle regarderait l'heure.

Elle écrit quoi ?

Le tableau de ses émotions.

Voilà.

"À 8h10, j'ai été triste.

"À 14 h, Francis a failli casser ma montre.

"Au goûter, il a recommencé. J'ai voulu pleurer."

On se retrouve ce soir ?

- On a le droit ? - Ouais, jusqu'à 20h30.

- Si la surveillante est sympa, plus. - Je peux venir ?

Plus tard, s'il te plaît.

Il soupire.

- C'est quoi, sa cicatrice sur son crâne ?

C'est flippant.

- Piou ! Elle rit.

Brouhaha

"Laissez-moi danser" (Dalida)

Allez, chocolats !

Esquimaux !

Halopéridol !

Cyamémazine ! Valproate !

Diazépam !

- Lorazépam ! - Isker, arrête, s'il te plaît.

Tiens.

On avale.

- Merci. - Tenez. Avale.

Moi, mon nouveau traitement

me fait mal au cœur.

- T'avertiras le médecin. D'accord, mon grand ?

Brouhaha

Claquement de porte

Brouhaha

- On dirait que j'ai été lobotomisé du cerveau.

Je jouais avec un pistolet à plomb que j'avais trafiqué avec un pote.

Et ma mère, je l'ai entendue arriver.

Je me suis tiré dessus sans faire exprès.

Et à l'hosto, personne n'a voulu me croire.

Ils étaient sûrs que je voulais me dégommer.

Mais c'est un accident !

- Je suis pas un dingo comme vous. - Tu te crois mieux ?

- En tout cas, je saurai demain si je sors.

Le problème, c'est mon père. C'est lui, le déglingo.

Il fait que de faire chier ma mère.

Il dit que j'aurais jamais dû avoir ce flingue

et que c'est elle qui a merdé.

Tu sauras demain si tu sors ?

- Demain, a dit le psychiatre. Ou la semaine prochaine.

Ils adorent nous faire mariner.

Donc ils nous appellent les patients.

On arrête de parler, c'est déprimant.

- Vous avez vos casques ? - Ouais.

Mmh.

Élisabeth se racle la gorge.

"Hôpital" (Oberkampf)

Je peux plus sortir de cet hôpital

Hôpital

J'ai mes amis et je me sens bien

Je m'en fous

Je voudrais te donner un baiser

Qu'il est long

Qu'il est loin, ton chemin, papa

C'est vraiment fatigant d'aller où tu vas

Qu'il est long, qu'il est loin, ton chemin, papa

Tu devrais t'arrêter

Dans ce coin

- File-m'en une, s'il te plaît.

J'ai qu'un paquet.

On partage ?

Tiens.

On ouvre la porte.

La voilà !

Cri au loin

Allez, chacun dans son lit.

Je suis trop shooté, je tiens plus.

Bonne nuit.

Non ! Non, non !

C'est à moi !

Non, c'est pas moi !

Coups

Sirène

Cris au loin

On ouvre la porte.

Sirène Cris au loin

On va essayer de faire dodo ?

- Elle referme la porte. - Je peux ?

- T'as pas peur qu'elle revienne ? - Non.

Faut juste que je sois dans ma chambre avant 5h30.

L'autre infirmière arrive à 6h. C'est une vraie teigne.

Coups au loin

Merci.

C'est l'angoisse, la nuit, ici.

Là, c'est tranquille.

Avant, y avait un maboul qui se tapait la tête contre le mur.

Heureusement, il est parti.

- Ça me rassure de voir la tour Montparnasse.

Ah ouais ? Pourquoi ?

On est toujours dans Paris.

On est pas à l'autre bout du monde sur un bateau rempli de fous.

D'accord, je suis enfermée, mais...

je suis dans ma ville, je reste chez moi.

Musique dramatique

Les monuments ont peut-être été créés pour ça.

Bonne nuit.

Musique dynamique

La Gestapo !

Élisabeth. Alors,

comment ça se passe ce matin ?

Pourquoi je dois rester ici ?

- Tes parents ont peur que tu recommences.

Mon frère, je veux le voir.

- Non, c'est pas possible. Tu es en isolement.

On gèle dans ta chambre. Tu as pas froid ?

- C'est sain de laisser la fenêtre ouverte.

- Ça tue les microbes. - Si on chope pas la crève.

- Si je laisse ouvert, c'est comme une fenêtre normale.

- Eh ben, si ça te convient, on va te laisser.

C'est tout ?

Comment ça ?

Vous allez faire quoi d'autre ?

- On ajustera ton traitement tous les matins.

On ouvre la porte. Respiration forte

- Ouh là, pardon. Excusez-moi.

Ah, monsieur le professeur.

Professeur.

- Élisabeth, c'est ça ? OK, on y va ?

Allez.

Alors...

Discussion inaudible

Qu'est-ce qu'on va pouvoir réviser ?

Vas-y, assieds-toi.

Il souffle. Dis donc, ça caille ici.

Gémissement d'effort

Alors, voyons voir...

Ah !

Le théorème de Thalès.

Alors, que permet ce théorème ?

Quelles sont ses utilisations ?

Tu connais pas le théorème de Thalès ?

Ah bon ?

Le théorème de Thalès permet d'obtenir l'égalité

entre les trois rapports de longueur.

AD fera à BD, ce que AE est à EC.

Tu me le traces sur une feuille ?

T'as pas de feuille ?

Elle a pas de feuille... T'as pas de feuille ?

Il souffle.

Bon...

Il soupire.

- C'est toujours comme ça ? J'ai jamais autant détesté les maths.

- Tu veux parler de... - De l'odeur, ouais.

Il se lave jamais les dents ou quoi ?

Pas à l'approche

Brouhaha au loin

Petit rire

Brouhaha au loin

Euh, les filles ?

T'es saoulant. Tu veux quoi ?

Parler seul à seule avec Élisabeth.

Isker soupire.

- T'as de la chance. J'ai besoin de pisser.

Pff !

Bon...

T'as dû t'en rendre compte, mais... Voilà, tu me plais.

Depuis le début.

Et je sais que j'ai que 12 ans,

mais un beau paquet de mes potes l'ont déjà fait et...

Tu serais d'accord ?

Euh, je sais pas trop.

Ce serait juste un baiser.

Mais avec la langue, pas un vieux smack de CP.

- Je crois que ça va pas être possible. - Ah bon ?

- Faut que je réfléchisse. - Dépêche, je me casse bientôt.

Tu sais pourquoi je suis là ?

Ouais, Isker m'a un peu dit.

- Tu peux comprendre qu'après ça, moi et l'amour...

Ça t'engage à rien.

Juste, on s'embrasse et...

tu me vois plus, tu vois ?

On est pas obligés d'aller plus loin.

Enfin...

Moi, je suis pas contre, mais...

j'ai juste besoin de dire à mes potes que j'ai déjà fait.

Et aussi de me dire à moi-même

que je suis pas dans cet hôpital pour rien.

Je sais pas comment t'expliquer.

C'est comme les grands brûlés.

Ils s'approchent plus d'une flamme.

- C'est pareil. Faut que ça cicatrise. - Mon chéri,

je vais pas tarder.

Je t'attends.

J'arrive.

Elle me casse les couilles.

T'as de la chance d'avoir des visites.

Il soupire.

Si je pouvais disparaître,

si je pouvais fondre comme un sucre dans une tasse de thé.

Musique électronique

C'est bon, là ?

Respiration forte Ça fait un moment. Tu sors.

- T'es pas toute seule. - J'arrive.

Pardon.

Je passe mon tour.

- Non, commence pas. Tu vas te laver comme tout le monde.

Musique dramatique Allez, on traîne pas.

Bonjour. Désolée.

Elle a 20 minutes de retard.

- Je peux ? - Oui, allez-y.

Merci.

- Pas grave si ma mère avait une heure de retard.

Si seulement elle avait le droit de venir me voir.

Ça va faire une semaine, et je peux pas l'avoir au téléphone.

Une semaine, ça fait 168 heures.

C'est 10 080 minutes.

Du coup, c'est plus de 600 000 secondes.

- Toi, je comprends que t'aies pas de visite.

Ton père, ça doit lui faire des vacances.

Gémissement

Qu'est-ce que tu fais ?

J'attends que quelqu'un me change.

Respiration forte

J'arrive, Francis.

- J'en ai marre, j'en ai marre, j'en ai marre.

- C'est normal qu'on le laisse traîner dans sa pisse ?

T'as réfléchi ?

- Je suis pas remise de mon chagrin d'amour.

Ce serait juste une fois.

Une grosse pelle. Ou je touche tes seins, si tu préfères.

On verra.

T'as mes cigarettes ?

Ouais. Peter Stuyvesant Rouge.

S'il vous plaît !

Je t'aide à te relever.

Merci.

Les préférés de ma mère.

C'est avec elle que j'ai commencé à fumer.

Merci.

T'as commencé quand ?

À ton âge.

Je devrais m'y mettre ?

- Fais ce que tu veux. Moi, ça me calme.

- Le chocolat aussi, apparemment. Faut suivre.

Tu t'enfiles deux tablettes par jour ?

Ben, ça me rappelle chez moi.

- Même si c'est plus comme avant. - Alors, les amoureux ?

Vous vous êtes bien trouvés.

Vous êtes tellement sensibles.

- Il paraît que tu dessines très bien. - Mmh.

- C'est formidable, ça. Faut s'aider entre artistes.

Merci pour le chocolat, d'ailleurs.

- Ah... Qui t'a appris à dessiner comme ça ?

C'est mon père.

C'est très beau.

Brouhaha

- Sa mère m'a parlé. Elle me drague pour lui.

- Demande pas des clopes et du chocolat.

- On a plus rien à fumer. Personne vient me voir.

- Ça te plaît bien qu'il soit raide de toi, hein ?

Avoue. Petit rire jaune

Carrément pas. De quoi tu parles ?

Personne m'a demandé de l'embrasser.

Arrête d'espérer.

Pourquoi tu dis ça ?

- Ben, regarde-toi, tu fais flipper.

Les enfants, je vous présente Pierre.

Il va passer du temps avec nous.

Vous lui dites bonjour.

Bonjour.

Je vais te montrer ta chambre.

Non, je reste ici.

Je mets ta valise dans ta chambre.

Brouhaha

Tu me veux quoi ?

Rien.

- Alors, casse-toi !

Pardon.

Tu pourras

- débarrasser mon plateau ? - Ouais.

Merci.

Il a quoi, ton bras ?

Je le sens plus.

Lâche... Cri de douleur

Arrête ! Aïe !

Allez, lâche-moi !

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Lâche-le !

Il m'a fait mal.

Non !

Viens là.

Pierre crie. Calme-toi !

Viens ici !

Tu te calmes !

Cours pas. Assieds-toi.

Viens là !

Arrête, tu vas te faire mal.

- Tu te calmes. - Calme-toi.

Je l'ai pas, je l'ai pas.

- Vas-y. - Bouge pas.

Attache-le.

Propos inaudibles

Vas-y. Ferme-lui la bouche.

Musique dramatique

- Voilà. - C'est bon.

- Je vais fumer. - C'est pas le moment.

Je m'en fous.

Respiration forte

Tu fais quoi ?

Une pétition.

Alors là, ça passera jamais.

Petit rire

Elle soupire.

Crissement de crayons

Respiration forte

- Excusez-moi, je cherche les archives.

- Oui, juste à droite. - Merci.

- Vous êtes sur le répondeur du Pr Jullian.

Laissez-moi un message.

Respiration forte

Les pas s'éloignent.

Musique calme

Non, non, non, pas question.

Tu retournes dans ton lit.

Françoise nous laisse.

Mais elle devrait pas.

La dénoncez pas.

C'est toi que je vais dénoncer.

Vous respectez pas les règles.

Ça pue le tabac ici.

Je t'ai à l'œil, Élisabeth.

Elle ferme une porte.

Grincement

Musique calme

Respiration forte

Minuit passé.

Peur.

Je vais encore dormir dans la peur.

On ouvre une porte.

Grincement

Cris au loin

Respiration forte

- Tu te calmes, on va te sangler. - Pas question !

Tu veux aller en isolement ?

Je veux voir ma maman !

Sanglots au loin Respiration forte

Bonjour.

Bonjour.

C'est facile de vous trouver.

Vous me connaissez pas, mais moi, je vous connais.

Je suis désolé de le remplacer.

C'est un peu

comme les acteurs, en fait.

De père en fils.

Ma demande doit vous paraître

- un peu étrange. - On est venus

vous voir jouer au théâtre, avec mon père.

- Ah oui ? - Ouais.

Il vous aimait beaucoup.

Mais on a jamais osé

vous attendre après, pour vous saluer.

Il vous a parlé de mon passage ici ?

- Ah ouais, ouais. Enfin, pas dans les détails.

- Mais je savais qu'il vous avait soignée. - Et des autres ?

Notre groupe, il vous en a pas parlé ?

- Non, non. Des gamins, il en a vu tellement que...

Petits rires

- Et vous savez s'il a gardé des registres

ou des carnets sur moi, ou...

- Je cherche à retrouver quelqu'un. - Ah.

Une jeune fille, Isker,

qui était avec moi là-bas. Il soupire.

- Non. Des carnets, il en avait plein les tiroirs, mais...

les notes sur les patients, il les gardait ici.

Je comprends.

Elle soupire.

Désolée de vous avoir

- dérangé. - Ça me fait plaisir.

Un café. Vous voulez quelque chose ?

- Non, je vais y aller. - Vous avez bien fait de m'appeler.

J'ai une amie qui s'occupe d'un festival de correspondance.

Ça serait formidable que vous acceptiez de venir lire des lettres.

Je vous ai apporté la brochure.

C'est à Bois-le-Roi.

Y a déjà eu plein de gens : Brigitte Fossey, Romain Renucci...

En fait, elle, elle adorerait avoir Isabelle Huppert.

Mais bon, vous, c'est bien aussi.

Elle rit.

Signe ! T'es solidaire ou pas ?

- C'est dégueulasse, pour vous et pour les autres.

- Allez, signe. Je te prêterai mon Walkman.

- Renaud, tu vas t'asseoir. Tu finis

ton assiette.

Brouhaha

- On joue ? - À quoi ?

Alors... "C'est qui ?"

Non, moi,

je préfère jouer au Uno.

- Élisabeth ? - OK.

- C'est un homme ? - Oui.

Il est grand ?

- Carrément. - Il est barbu ?

Il est chauve ?

- Pas complètement. - Il sent mauvais ?

- Oui. - Il fait pipi

au lit ?

Petit rire gêné

Je sais ! Le prof de maths.

Oui. Pierre a encore gagné.

Aïe !

- Tu me fais mal ! - Arrête, Pierre !

Cris

Pierre, arrête !

- Grognement - Oh !

Arrête !

- Viens là. - Pardon, désolée !

- Calme-toi ! Elle sanglote.

Pardon !

Tu peux te lever ?

- Stop ! Tu arrêtes. Pierre crie.

- Tu te calmes. - Laisse-moi.

- On va te remettre en isolement. - J'arrive pas à respirer.

- Laisse-moi. - Calme-toi.

- Pas si t'es pas calme. - J'ai mal à la tête.

Respiration forte

- Laisse-moi.

C'est pas sa faute. C'est moi.

J'aurais pas dû lui taper l'épaule.

Musique dramatique

Respiration forte

3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12...

On ouvre une porte.

Respiration forte

La Gestapo !

Brouhaha

- Alors Pierre, ça va comment aujourd'hui ?

Mieux.

- Bien. - Moi, il me demande jamais.

Monsieur ?

Oui ?

- Une pétition. Tout le monde l'a signée.

Une pétition ? À quel sujet ?

Au sujet des cigarettes.

Elle soupire.

On en a marre d'être obligés de se cacher.

On est là, à guetter une infirmière. On en peut plus.

Ça enlève notre seul plaisir.

On nous engueule parce que ça sent. Ça sent

parce que les fenêtres sont fermées. Y a que le froid qui passe.

Donc on vous propose deux-trois sorties quotidiennes.

On pourrait aller dehors, en bas des escaliers.

Même les gens en prison ont le droit à des sorties.

Pourquoi pas nous ?

On va en discuter entre nous.

Vraiment ?

- Oui, ta proposition me paraît recevable.

Bon, on va réfléchir à une permission.

- Waouh ! Comme quoi ça marche,

- les pétitions. - Je suis trop content.

C'est génial.

T'as trop de chance.

Monday, it's just another morning

Allez, les enfants,

on y va.

I only feel like living

Day after day, life slips away

Moi, je vis d'amour et de danse

Je vis comme si j'étais en vacances

Je vis comme si j'étais éternelle

Comme si les nouvelles...

- Rires - Hé, attendez !

Moi, je vis d'amour et de rire

- Attendez ! - Je vis comme si

Y avait rien à dire

- On reste ici. - J'ai le temps d'écrire mes mémoires

D'écrire mon histoire à l'encre bleue

Laissez-moi danser

Laissez-moi Il tousse.

Ils rient.

T'es un homme, maintenant, Francis.

Il se racle la gorge.

Monday...

Mon père m'a prêté une télé

qu'il y avait dans son bureau.

Vous venez dans ma chambre ce soir ?

- On va pouvoir se mater un film ? - Ouais.

- Wouah ! Petit rire

Avec une petite bière, ça serait le pied.

J'aime pas trop ça.

Mort Subite à la cerise, tu connais ?

Faut que t'essaies.

Allez, faut rentrer. On y va.

Oh, déjà ?

Film

- On met Antenne 2 ? C'est chiant un peu, ça, non ?

- C'est toujours mieux qu'un jeu à la con.

Comment il s'appelle, ce film ?

Une femme à sa fenêtre.

Chut.

- Ça lui plaît parce qu'elle est obsédée par les fenêtres.

- C'est opposer la prise de conscience à la résignation,

la parole à la prière, les risques de la vie aux fausses certitudes de la mort.

- Changez pas, hein. - Où tu vas ?

Entrez.

Merci, ça va.

- Vous savez conduire ? - J'ai un permis international.

Brouhaha

- Dans mon histoire, Ulysse n'a jamais su le secret du lit conjugal.

Jamais.

Tu fais quoi ?

- J'écris les dialogues pour me refaire le film dans ma tête.

- Ah... Dans mon histoire, je suis perdue.

- Non, c'est ma montre ! Rendez-moi ma montre !

Oh, la ferme !

Musique classique douce

- Je rêve que je cours après un homme...

Brouhaha

qui s'éloigne.

J'ai toujours sept ans.

Et je suis avec ma mère à Vienne, dès que je rêve.

Ma mère me dit que mon père est parti parce qu'il aimait les autres femmes.

Die Frauenzimmer.

Toi, tu entres dans mon rêve...

souriant.

Très beau.

Mais j'ai toujours sept ans.

Tu en as quarante.

Ou alors j'ai les cheveux blancs.

Et toi, tu es jeune.

Jeune.

Jeune comme le jour où je t'ai connu.

Musique dramatique

Elle soupire.

Musique électronique

- Préférer les risques de la vie aux fausses certitudes de la mort.

Elle soupire.

Brouhaha

Bonjour.

Ma chérie.

Respirations fortes

Ça va ?

- T'as l'air fatiguée. - Ça va, t'inquiète pas.

Petit rire Il se passe quoi à la maison ?

- Oh ben, pas grand-chose. Tu nous manques.

- Et Paul, il va bien ? - Oui. Il parle beaucoup de toi.

- C'est vrai ? J'essaie de le faire venir. Tu lui diras.

Ils veulent pas, mais je lâche rien.

Je leur demande tous les jours.

- Faudrait qu'il me ramène des cassettes. - Bien sûr.

- Tu veux un petit thé ? - Mmh.

Léger brouhaha

Tu veux quoi comme cassettes ?

- Ramones, Specials, Clash... Des trucs comme ça.

D'accord, je vais lui dire.

- Dégueulasse. On dirait du PAIC citron.

Elles rient.

- Désolée, je peux rien t'offrir de mieux pour l'instant.

- Une cigarette ? Tu me passerais une cigarette ?

- Tu fumes ? - Ben, tu sais bien.

Tu m'as déjà vue plusieurs fois sur le balcon.

Maintenant, je me planquerai plus.

Ni derrière une double fenêtre ni derrière les plantes.

Respiration forte

Élisabeth renifle.

C'est ma cicatrice qui te dégoûte ?

T'as pas vu la mienne.

Brouhaha

Tu l'as eue comment ?

- J'ai sauté par la fenêtre quand j'étais petite.

T'as sauté par la fenêtre ?

Mais tu voulais déjà mourir ?

- Je voulais pas mourir, je voulais voler.

Tu veux pas mourir à 4 ans.

- On sait que, quand on tombe, on se fait mal.

- Non, je voulais voler, comme Mary Poppins.

Je me voyais voler.

Dans ma tête, j'ai volé, merde !

Pourquoi me regarder

comme ça ? Vous avez pas mieux à foutre ?

On se fait chier, ici !

Vous proposez quoi, à part des cours de cuisine et des médocs ?

- On peut faire quoi ? - Là, regarde.

Y a des jeux dans ce placard.

Respiration forte

Il marche encore ?

On pourra mettre des slows ?

Rembobinage

"Come On Eileen" (Dexys Midnight Runners)

Brouhaha animé

- Dis, tu veux te marier avec moi ? - Non.

- Et toi, tu te maries avec moi ? Je fume et je porte même plus

de couches pendant la journée.

Tu sortiras avec moi demain ?

Il a une permission ?

Non, il change de service.

Après, je rentrerai à la maison.

On est contentes pour toi.

Allez, dansez, dansez !

- Voilà... Je vais chercher son lithium ?

Non, non. Attendez un petit peu.

Il pogote gentiment.

Il quoi ?

- "Pogote". - Venez !

On se révolte pas. On danse !

- Allez. - Non.

La musique s'arrête. Cris de protestation

Mets un de bien.

"True" (Spandau Ballet)

Hé !

Tu danses ?

- Oh non, on avait dit que des quarts d'heure américains.

- Et alors, tu préfères choisir Francis, peut-être ?

Rires

Tu danses ?

- Alors, habille-toi. Je danse pas avec un mec en pyjama.

La musique s'arrête.

Je vais mettre

quelque chose qui bouge.

Brouhaha

- Tu vas mettre quoi ? - Tu vas voir.

- Oh non, mets plutôt celle-là. Elle est trop bien, je l'adore.

C'est la première, c'est au tout début.

Rembobine.

Plus vite.

Le chef, il lui a parlé.

Il lui a demandé si son père lui mettait la pression pour le tennis.

Et il a dit : "C'est pas ça. C'est un grand

"qui me bloque dans les vestiaires pour me..."

Et après, il s'est mis à pleurer.

Il a dit : "Personne te fera de mal. Ton bras a bien fait de dire stop."

"Our House" (Madness)

- J'adore cette chanson. Danse avec moi, danse avec moi.

Brouhaha

Élisabeth respire fort.

Viens, danse avec moi. Viens.

Allez !

- Mais lâche-moi !

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Brouhaha

Respiration forte

Brouhaha

Respiration forte

- Dis donc, tu m'as fait peur. Tu débarques jamais comme ça.

Parle pas si fort, s'il te plaît.

- Je vais te faire un café. - Non, non, non, reste.

- T'as pas de veste ? - Non, je l'ai oubliée au théâtre.

Tiens.

Elle renifle puis soupire.

Ta première, ça s'annonce bien ?

- Non, pas trop. Je bloque un peu.

Ah bon ?

- Oui, mais c'est pas ça qui est important.

Tu te souviens quand j'étais à Necker ?

Tu te souviens de la fille qui était avec moi ?

Quand j'ai été internée.

Mais la fille... Quelle fille ?

Isker, mon amie.

Mais... t'étais toute seule.

C'était très dur. Y a...

T'avais pas d'amis.

- Je t'en ai parlé. C'est pas possible que je t'en aie pas parlé.

Isker.

Je me disais que peut-être que tu te souviendrais de son nom.

Je vois pas de quoi tu parles.

Mais Isker, merde !

Je sais pas. Je...

Écoute...

Elle soupire.

Mon père a gagné.

Il a dit que c'était de sa faute et ma mère a perdu la garde.

La mienne et celle de ma petite sœur.

Elle a que quatre ans ! Quatre ans, putain !

Respiration forte

Elle va se retrouver en foyer à cause de moi.

Demain, je pars

dans une pension horrible que le juge a choisie.

Presque un camp de redressement. Un centre éducatif fermé.

Y a pas pire, il paraît.

Même ici, à côté, c'est le centre aéré.

J'ai même pas réussi à t'embrasser.

Coup

Il soupire.

Musique douce

Léger soupir

Il a même pas bougé.

La Belle au bois dormant, elle, se réveille.

Ouais, mais elle est pas sous Valium.

Petits rires

- Franchement, c'est con. Depuis le temps qu'il attendait.

Tu regardes quoi ?

Les fenêtres allumées.

Quand je rentre après l'étude, la nuit,

je marche en regardant les fenêtres allumées.

- J'imagine la vie des gens. - Ah ouais ?

C'est dingue, moi aussi je fais ça.

J'imagine un salon, avec des gens qui se racontent des trucs,

des enfants qui s'amusent,

et je sens la chaleur qui circule entre eux.

Pareil.

Je vois un salon comme toi.

Sans enfants. Des gens qui s'aiment, des couples qui s'éclatent,

des gens qui baisent.

Elle soupire.

- En fait, ça se trouve, le salon est vide.

Y a personne.

C'est pas toujours mieux ailleurs.

Elle soupire.

Reprise douce de "Our House" de Madness

Tu nous verrais comment, là, si t'étais dehors ?

- Mais Francis, qu'est-ce que tu fais là ?

Allez, va te coucher.

J'ai jamais voulu me suicider.

Maintenant, je le ferai.

Pierre,

tu nous rejoins dans ta chambre. Allez, vos cours vont commencer.

Sonnerie de téléphone

Alors, comment tu vois la suite, mmh ?

Tu te sens prête pour la sortie ?

- Je l'ai trouvée vraiment, vraiment détendue l'autre jour.

- Oui, enfin tu me l'as dit. Elle était plus sage, plus calme.

C'est bien. Elle t'a parlé de ses projets aussi.

Oui, de son frère. Ils se manquent.

Ils ont toujours tout fait ensemble.

- Oui, sauf la musique. Le frère a...

Bah, elle a fait de la musique, petite.

- Elle a très vite arrêté. Elle préférait faire de la danse.

Après, c'était trop dur. Elle a abandonné.

- Mais... - Oui, voilà.

- Oui, mais toi, qu'est-ce que tu en penses, Élisabeth ?

- Ça fait quatre semaines que je suis là

et c'est la première fois que j'ai bien dormi.

J'ai fait un beau rêve.

Je rêvais que je passais dans la fente d'air de la fenêtre et...

je glissais comme une lettre, le long de la façade.

Je reprenais ma forme dehors.

Y avait personne pour me surveiller.

Je marchais dans la rue. Je courais, d'ailleurs.

Je fais le même rêve.

Si, c'est vrai.

Pardon ?

J'ai fait le même rêve.

Ah oui ?

- Moi dans le rêve, quoi. C'est incroyable.

- Ce service, tu le connais. C'est pas un lieu de vie.

Ça doit pas le devenir.

Ni croissants ni oranges pressées, mais de la nourriture en barquette.

Allez, haut les cœurs, tu pars demain.

Et Isker sortira après toi.

Pas à l'approche

- Mais c'est pas vrai. Elles sont terribles !

- C'est la dernière fois. Je pars demain.

- Non, ça suffit. J'en ai marre de vous voir désobéir.

Mais je pars et elle reste.

- Je vous ferai pas prendre. - C'est toi qui te ferais prendre.

Elle est triste.

Bon, j'ai rien fait, j'ai rien vu.

Les pas s'éloignent.

Merci, quand même.

- Elle croit qu'elle peut nous séparer. - Tu me colles trop.

Arrête de me serrer comme ça, s'il te plaît.

Va dans ta chambre. Faut bien que je m'habitue.

Respiration forte

Élisabeth ouvre puis ferme la porte.

Respiration forte

- On ouvre la porte. - Pardon, je me suis énervée.

- Qu'est-ce que tu fais ? - J'ai soif et j'ai envie de pisser.

C'est bon, tu peux te recoucher.

- Je vais te donner un truc pour dormir. - Maman !

- Tu vas où ? - Aux toilettes.

- Maman ! - Tu peux pas voir ta maman.

Tu vas réveiller tout le monde.

Respiration forte

Fais pas ça, s'il te plaît.

Et je te promets de pas recommencer non plus.

On se fait cette promesse, d'accord ?

On est obligées de tenir, quoi qu'il arrive.

C'est un engagement qu'on doit se faire.

Un engagement pour la vie.

Je... Je sais pas.

J'ai peur de ce qui m'attend dehors.

- Tu te rends pas compte de ta chance ? T'as une vie de rêve.

Rêvée.

Quoi ?

Pas une vie de rêve, une vie rêvée.

Tout est faux, je comprends rien. Tout le monde me ment.

- Cherche pas à comprendre. Promets, c'est tout.

- Laisse-moi, j'arrive.

Non, je préfère t'attendre là.

- Elle renifle. - Laisse-moi.

- OK, mais tu viens vite. - Oui, c'est bon.

Tu viens vite.

Clapotis

On ouvre une porte. Roulement d'un chariot

Chasse d'eau

- Bon, Élisabeth, t'as fini ? - J'arrive.

Musique dramatique

Respiration forte

- Tu sais ce qu'il m'a dit, le gros de la Gestapo ?

Qu'au 17e siècle, c'était interdit.

Qu'on condamnait à mort les gens comme nous.

Pour meurtre contre eux-mêmes.

Petits rires

T'as pas le droit de mourir, mais on te tue.

Ça revient au même, en fait. À la fin, tu meurs.

Seulement, tu peux pas choisir quand. C'est ça, le crime.

Mais nous, on fait comment, alors ?

Quand c'est pas supportable.

On dirait un phare.

Merci !

- Tu m'en files ? - Elle l'a passé à moi.

T'en manges pas.

C'est un souvenir.

- 8 plus 3 égale 11. C'est très bien.

- Je sais pas quoi mettre dans mon tableau des émotions.

Tu mettrais quoi ?

- Il est quelle heure ? - 11h07.

- T'as qu'à juste mettre : "11h07, c'est le bordel."

Brouhaha

Le bordel, ça rentre dans aucune case.

- Crées-en-une. Elle va se remplir très vite.

- Le rapport que j'entretiens avec mon ombre...

- Est comme celui de la pyramide avec la sienne.

- Réciproque du théorème de Thalès. - C'est très bien.

T'as fait des progrès.

Vous aussi.

Petit rire

Brouhaha

Elle soupire.

Brouhaha

Je vais revenir.

Je passerai vous voir après l'école.

Tu reviens quand tu veux.

- Au revoir. - Au revoir.

Musique intrigante

Attention !

- Attends-moi !

Ça va ?

- Hein ? - Tout va super vite.

On dirait que les gens vivent en accéléré.

Tu veux qu'on prenne un taxi ?

- Oh non, surtout pas. - Non ?

On est pas loin, en plus.

T'es toute pâle.

- Ça va, je t'assure. Je préfère marcher.

Mais doucement, s'il te plaît.

Musique douce au piano

Continue. Tu m'as manqué, tu sais.

Continue, vas-y. Il soupire.

Non, fais Keith Jarrett.

Musique rythmée

Ils t'embêteront plus.

Nicolas viendra plus, j'irai là-bas. Ça te dérange pas

que je le voie toujours ?

Non, puis tu sais,

je suis plus amoureuse.

T'as de la chance.

Ton piano, au moins, il sera toujours là, donc...

tu t'en fous des autres.

Là-bas, j'ai trouvé quelque chose.

- Je sais maintenant, je comprends,

que dans notre métier, artiste ou écrivain,

l'essentiel n'est ni la gloire ni l'éclat.

L'essentiel, c'est de savoir endurer.

Apprends à porter ta croix et garde la croyance.

J'ai la foi, et quand je pense à ma vocation,

- la vie ne me fait plus peur. - Très bien.

Très bien. Grincement

Beaucoup plus...

Ah, c'est la nouvelle ! Élisabeth, c'est ça ?

- Oui, désolée d'arriver en retard. Je me suis trompé de métro.

Ne t'assieds pas.

Viens te présenter.

Voilà, tu montes sur la scène.

Tu connais un texte ?

Euh, pas du tout.

Un poème ? Une chanson ?

Une chanson, oui.

Oui ?

On t'écoute.

Comme ça, là ?

- On a pas un guitariste ni un pianiste à te proposer.

Rires

Euh...

Monday, it's just another morning

Tuesday, I only feel like living

Day after day

Life slips away

Moi, je vis d'amour et de danse

Je vis comme si j'étais en vacances

Je vis comme si j'étais éternelle

Comme si les nouvelles étaient sans problème

Moi, je vis d'amour et de rire

Je vis comme s'il y avait rien à dire

J'ai tout le temps d'écrire mes mémoires

D'écrire mon histoire à l'encre bleue...

Oui, continue.

Pourquoi tu continues pas ?

- Laissez-moi danser

Laissez-moi

Laissez-moi danser, chanter en liberté

Tout l'été

Laissez-moi danser

Laissez-moi

Aller jusqu'au bout du rêve...

J'ai fini.

Mais...

C'est très bien.

C'est ça qu'on cherche ici, c'est...

Voilà, et même si tu débordes, c'est pas grave.

C'est mieux, même.

C'est que c'est mon problème.

J'arrive pas à me contrôler. Et du coup, tout sort.

Bah oui, mais...

On va chercher à le canaliser, mais c'est...

Non, t'excuse pas, surtout.

Non.

- C'est très bien. - Merci.

Viens parmi nous.

La femme rit légèrement.

Merci.

- C'est ça qu'il faut qu'on cherche tous.

À laisser apparaître quelque chose qui est le plus intime de nous.

Brouhaha

Je peux ?

Tes émotions, tes blessures ne vont pas t'abandonner. Jamais.

Mais sans le savoir, tu as puisé en elles.

C'est ça qui va à faire de toi une actrice.

Je suis inscrite à un cours de théâtre.

Super, t'as pas perdu de temps.

Oui, ça me plaît vraiment.

Vous faites quoi ?

- On chante des chansons et on lit des textes de Schnitzler.

Ça doit être chiant.

Brouhaha au loin

T'aurais pas une cigarette ?

Si.

J'allais oublier.

Waouh !

File-moi ton briquet.

Non.

T'aimes pas ?

Si, si, mais c'est pour toi.

- Je peux les prendre ? - Mmh mmh.

Sinon, Pierre, ça va mieux ?

- Il râle car il a mal à la tête. Il me casse les couilles.

- Au bain ! Isker, t'es la dernière.

- Je vais y aller. - Attends.

Isker déchire la feuille.

Tiens.

Appelle avant 20 h, sinon mon père décroche.

Brouhaha

- Marine ? - Oui ?

L'infirmière verrouille.

- C'est bien que tu sois revenue. Tu tiens

tes promesses.

Je crois que je vais reprendre la mienne.

Celle qu'on s'était faite aux toilettes.

Respiration forte

Musique dramatique

Ça s'est bien passé ?

Je veux rentrer à la maison.

- Il soupire. - Oui.

Et plus jamais revenir.

Ah ! Ça va ?

- J'ai eu du mal à me garer. - On est pas en retard.

Tu veux un café ?

Euh, non.

- Merci d'être venu. - Ouais ?

Je sais pas si c'est une bonne idée.

Petit rire Brouhaha

On y va ?

Ouais.

Il soupire.

Brouhaha

Attends, on a encore cinq minutes, non ?

On va s'en griller une ?

OK.

- C'est toi qui m'as appris à fumer. - Ouais, j'en suis fier.

Des Gauloises.

Il rit.

- Sans filtre. - On est devenus plus sages.

Elle rit.

- Excusez-moi, d'habitude je suis à l'heure,

mais là, c'est un peu spécial, on a un invité.

Bonjour.

- Ça va être de ma faute. Bonjour.

Paul, mon frère, qui est musicien.

- Bienvenue. - Merci de m'accueillir.

Je suis ravi d'être avec vous pour ce dernier atelier d'Élisabeth.

- Après, c'est fini ? - Oui. Installe-toi là-bas.

- Alors, pour commencer, on va faire

un petit exercice, OK ?

Comme ça, ça va permettre à Paul de s'installer tranquillement.

Alors, qui saurait me dire avec une couleur, une image,

ou comme on avait déjà fait, avec un animal totem,

comment il se sent ?

Personne ?

Ben moi, je me sens normal.

- Petit rire - Merci, Alex.

- Mais normal comment ? - Je sais pas.

- Bastien ? - Fatigué.

- Ah ouais, moi aussi. - Pareil.

- J'ai un peu l'impression d'être obligé de nager, nager

tout le temps, sans pouvoir m'arrêter.

J'ai pas pied, y a pas de bord ni de bouée.

Je suis crevé, y a rien pour faire une pause.

- Eh ben ! - Moi, je suis super content

parce qu'en fait, je sors

tout à l'heure. Enfin, juste après.

Bravo !

- Même si c'est pour aller en foyer, c'est quand même super, quoi.

- OK, Sacha. T'aimerais dire quelque chose aux autres ?

À ceux qui vont rester encore.

- Je leur souhaite qu'on se retrouve jamais ici.

Rires

- Et vous, madame ? - Ah ben, moi,

j'ai le trac parce que c'est ma première ce soir.

Tout va bien, on sera là.

En vérité, ben moi,

ce sera la première fois que je serai allé au théâtre.

Ah ouais ?

Moi, j'y suis déjà allé une fois,

mais je me suis vraiment ennuyé, quoi.

- C'est mieux que se faire chier ici. - Ryan !

Comment vous voulez faire ?

Tu veux entendre le slam

ou on se lance direct ?

- Non, on va se lancer direct. - On se lance ?

Super. Allez, on se lance alors.

- Tu viens ? - On va faire une valse.

Vous venez autour de moi ?

Musique douce

- Je veux vivre dans un monde où les aigris sont contents

- Je veux vivre dans un monde sans papiers, sans médocs

Je veux vivre dans un monde où les chiens, ils embrassent les chats

Et où ils dansent

Ils dansent un freestyle

Dans un monde sans plastique et réchauffement climatique

Sans che-ri et où les cons font pas de bruit

- Je veux voler, très haut, libre, comme un poisson dans l'eau

- Je veux vivre dans un monde où on ne doit pas chercher

Chercher la beauté, chercher la vérité

Rires

- Tu viens ? - Me touchez pas.

- On aimerait bien te voir, profiter de toi.

Bah profitez des autres.

Petit rire

- On devrait recommencer. - Il faut organiser ça.

Madame, on part bientôt ?

Oui.

Brouhaha

- Où est-elle ?

Comment ? Pas dans sa chambre non plus ?

Où est mademoiselle Else, se demandent-ils ?

Ils ont tous peur pour moi.

Moi seule, je n'ai pas peur, assise...

"Assise sur ce banc, à l'orée du bois.

"Et l'air, c'est du champagne."

Petit rire

- C'est vrai que l'air, c'est comme du champagne.

Vrombissement

Elles rient.

Elle tousse.

Elle rit.

Brouhaha

Ils t'attendent.

- On va y être très vite. Allez, hop, hop, hop.

Pas d'impatience, dépêchez-vous. On dit bonjour.

- T'auras quand même réussi à me faire venir là-bas finalement.

C'est bien, ce qu'ils font. Ils faisaient des ateliers avant ?

- Non, on en avait rien, que des médocs.

Non, ça a complètement changé.

C'est dingue. Maintenant qu'ils savent faire,

y a plus de soignants, plus de moyens.

Ça m'a étonné que tu m'appelles.

T'appelles jamais.

- T'es toujours en concert ou en enregistrement.

Ben non, tu te trompes.

La preuve, je suis là.

Quand on a besoin d'aide

ou quand on veut voir les gens,

on appelle, c'est pas compliqué.

Non.

- Ben quoi ? Me regarde pas comme ça.

- Avoue. - Quoi ?

- Tu préfères toujours te débrouiller seule.

Non, je sais pas.

Non, c'est juste qu'on a grandi comme ça.

Ah oui, grandi comment ?

Ben, seuls.

Côte à côte.

Hein ?

Tu m'as pris une place ce soir ?

- Ah non, merde. J'ai complètement oublié.

- Eh beh voilà. Elle rit.

- C'est nul. - C'est bien que tu viennes.

Ça me fout encore plus le trac.

C'est pas vrai, qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

- Il manquait plus que ça. - Ah ouais. Ils se poussent pas.

Cris des manifestants

On dirait papa jeune.

Non ?

Comment ça se fait qu'on ait rien vu, rien compris ?

Mmh ?

- Il voulait peut-être pas qu'on comprenne.

Il voulait peut-être qu'on y croie.

À quoi ?

À la famille parfaite.

- Ça a été tellement mieux quand il s'est installé avec Fabrice.

- Oui. Ça, on était moins dans le brouillard.

Petit rire

Et tout soulagés.

- Qu'il est long, qu'il est loin, ton chemin, papa

Tu devrais t'arrêter dans ce coin

Ils chantonnent.

- Ceci dit, tu ferais mieux de descendre dans ce coin.

Et toi ?

- Je vais te rejoindre. J'ai pas un costume à enfiler, moi.

- Allez, va. - Merci.

Cris des manifestants

Musique dramatique

Respiration forte

Tu nous as foutu la trouille !

- Je sais, excuse-moi, mais tu vois... Tu vois, je suis là.

Ça sent bon. On dirait le parfum que mettait ma mère.

Ah, c'était quoi ?

Du Scherrer.

Mais il se fait plus.

On devrait empêcher qu'un parfum s'épuise.

On devrait demander ça au vendeur.

"S'il est pas encore là dans 50 ans, je le prends pas."

- Élisabeth est arrivée ? - Ouais, c'est bon.

Bon, alors, ça va.

Léger brouhaha du public

Sonnerie

Léger brouhaha du public

Musique calme

Grande inspiration

Musique rythmée

Respiration forte

Elle soupire.

- Il fait toujours beau au-dessus des nuages

Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage

Je traverserais les nuages comme le fait la lumière

J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs

Dès sa plus tendre enfance

Elle ne savait pas parler autrement

Qu'en criant tout bas

Pas faute d'essayer de les retenir

Ces cris et ces larmes

Qui les faisaient tant...

Il fait toujours beau au-dessus des nuages

Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage

Je traverserais les nuages comme le fait la lumière

J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs

En grandissant, rien ne s'est calmé

Petite tempête s'est trouvée

Des raisons de pleuvoir autant

Qui pourrait l'aimer franchement ?

Personne n'aimerait se retrouver

Au cœur d'une tempête, avouez

Il y a des raisons de pleurer

Elle a ses raisons, mais...

Il fait toujours beau au-dessus des nuages

Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage

Je traverserais les nuages comme le fait la lumière

J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs

Quand la tempête a su

Que des mélodies

Pouvaient s'échapper du vent

Et se retrouver dans le cœur des gens

Celle-ci s'est dit...

Nulle raison d'envier le soleil

Je ferai danser les gens

Au rythme de mes pleurs

La tourmente de mes chants

Viendra réchauffer les cœurs

Réchauffer mon cœur

Il fait toujours beau au-dessus des nuages

Mais moi, je suis de ces oiseaux qui nous font danser sous l'orage

Je traverserai tous les nuages pour trouver la lumière

En chantant sous la pluie la symphonie des éclairs

Craquement d'un briquet

On souffle.

Musique rythmée

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