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Original subtitles

17 juillet, 17h

NAVIRE À VAPEUR « Normandie » ARRIVÉ DE NEW YORK

Deuxième service.

Dans in instant, deuxième service, deuxième service.

Assieds-toi. Attends-moi. je vais dîner, j'en ai pour une demi-heure.

Alors moi, je ne dîne pas ?

Toi, tu gardes le sac.

Si nous le perdions ça serait du joli.

Il contient nos papiers et mon argent.

Et toi, ton argent, où l'as-tu placé ?

En bons de la défense.

Je te parle des 10 000 F que je t'ai donnés à garder en quittant le bateau.

Ils sont dans mon portefeuille... !

- Attends-moi gentiment. - Dis, ce que j'ai une faim terrible, moi.

Je t'apporterai un sandwich, une orange et une demie bière.

J'aimerais mieux une entrecôte aux pommes avec un peu de champagne nature.

Tu sais très bien que le docteur t'a interdit les viandes rouges et le vin blanc.

Alors, un peu de veau froid avec une bouteille de rouge.

Tu mangeras ce que j'apporterai.

Je n'ai pas envie que tu tombes malade.

Bien, madame !

- Comment ? - Bien, ma cousine !

- Fernand ! - Bien, Toutoune !

Cette dame semble bien prendre soin de vous, monsieur

Ah, elle est bien brave, que voulez-vous ?

- Ma santé l'inquiète. - Vous êtes malade ?

Je fais de l'aérophagie.

Grand Dieu ! qu'est ce que c'est que cette maladie-là ?

Ça consiste à avaler de l'air en mangeant.

C'est grave, ça ?

Si c'est grave ?

Monsieur... c'est mortel !

Quand vous avalez vos aliments...

vous les digérez mais l'air, l'air, vous le gardez.

Alors ça forme dans votre estomac un espèce de ballon qui gonfle...

..qui gonfle...

Ça vous pile le foie, ça vous presse la rate,

ça vous comprime les intestins,

et ça vous escagarce le coeur.

Ce pas contagieux, au moins ?

Non.

C'est à vous de goûter la nourriture.

Tout de même, monsieur, il ne faut pas exagérer.

Si vous prenez bien soin de mâcher les aliments sans ouvrir la bouche,

l'air ne rentre pas.

Si vous le permettez je vais vous montrer comment il faut s'y prendre.

Mais allez-y !

Envoyez la serviette.

- Je vais vous casser un oeuf dur. - C'est ça, madame. Cassez, madame, cassez.

- Moi, je vous verse un verre de vin. - Versez monsieur, versez.

Très utile.

Merci, madame.

Voilà !

L'oeuf, là ! Regardez bien.

Démonstration technique.

- Et voilà ! - Bravo, bravo !

s'il me seulement rentrait un souffle d'air,

je veux qu'on me change la tête de place.

Maintenant, pour boire, c'est beaucoup plus délicat.

Vous pincez légèrement les narines, là !

Et vous fermez l'oeil gauche et vous avalez.

Et ça y est !

Bravo, bravo !

Merci infiniment, madame.

Il n'y a pas de quoi, madame.

Descendez-vous aussi à Marseille, madame ?

Non, je m'arrête en Avignon.

J'y dirige l'école normale supérieure de jeunes filles.

Oh, madame, vous appartenez à l'enseignement.

Vous aussi peut-être, madame ?

J'ai été institutrice autrefois.

J'ai élevé les filles de Lorest Dane,

qui fut gouverneure du Canada.

J'ai quittées ces chères petites il y a dix ans pour épouser un brave homme

qui tenait un petit hôtel à Montréal.

Il y est décédé il y a 18 mois.

Alors, cette dame qui est dans le wagon-restaurant, c'est votre cousine ?

Oui, enfin, elle l'était il n'y a pas bien longtemps.

Elle ne l'est plus ?

Non, car depuis six mois, elle est ma femme.

Oh, vous avez épousé votre cousine ?

Et voilà. J'ai eu tort, eh ?

C'est-à-dire que c'est délicat, à cause des enfants.

Ces mariages entre consanguins, moi, je...

Pardon si je vous coupe,

mais nous ne sommes pas des... ce que vous avez dit tout à l'heure, vous comprenez ?

Antoinette est ma cousine, parce qu'elle a épousé mon cousin, Fernand Espitalion

qui est mort il y a un an, le pauvre.

Et alors ?

Il avait ouvert à Montréal un petit restaurant

et quelques années après, il épousait ma femme.

Enfin, je veux dire, la sienne.

Enfin, la nôtre, quoi.

C'est passionnant !

Oh, mais attendez la suite. Elle est captivante et romanesque.

Vous me permettez ? Pardon.

À cette époque-là,

moi, j'étais orphelin et employé au Crédit Lyonnais à Aubagne.

Ayant besoin d'un comptable,

mon mari fit venir son petit cousin et filleul Fernand Espitalion.

Il avait un faible pour celui-ci.

Parce qu'il lui ressemblait étrangement et que tous les deux portaient le même nom.

Un soir de l'année dernière, mon cousin Fernand

se sentit subitement arrivé à la fin de son existence.

Il avait usé tout ce que le bon Dieu lui avait donné de vie, le pauvre.

Et c'est à peine s'il lui en restait assez pour aller jusqu'au lendemain matin.

Il nous fit venir, Antoinette et moi, dans sa chambre,

Ah, monsieur !

À se souvenir, j'avais les yeux qui se mouillaient.

Donnez-moi un peu à boire, s'il vous plaît.

si vous aviez vu, madame, en larmes tous les deux, vous savez ?

Merci.

C'est triste, oui.

Il nous prit chacun une main qui tremblait, dans ses mains tremblantes.

Et il nous dit comme ça,

qu'il allait voir si véritablement

la Bonne Mère ressemblait à la Vierge de la Gare.

Puis s'adressant à Antoinette, il lui dit,

Toutoune, ça me fait de peine de te quitter.

Tu as toujours été pour moi une honnête et tendre compagne.

Seulement, tu es trop jeune pour rester veuve,

et j'aimerais que tu tombes entre de bonnes mains.

Et il ne peut pas y en avoir de meilleures que celles du petit.

Et le petit, c'était moi.

Je vais à Marseille pour y toucher un héritage.

Oh ! Un gros ?

Je l'espère.

Mais j'ignorais encore le montant exact

de la fortune que m'a laissée ma tante.

Aussi, la première chose que je ferai en arrivant à Marseille

sera de me rendre chez le notaire.

Je laisserais mes bagages à la consigne...

...Serrez-la moi.

Voilà dix ans que je n'ai pas serré la main d'un Marseillais, ça fait plaisir.

Je regrette, mais je suis de Lille.

- Comment ? - Je suis de Lille.

- De Lille dans le nord ? - Oui.

Ramenez-moi un peu ma poignée de main.

- Qu'est-ce que ça, dites ? - Allons, allons !

De Lille.

Oh, la bonne mer.

Oh, cette ville, c'est le paradis.

Mais regardez-les. Mais regardez-les !

En semaine, à quatre heures de l'après-midi, ils jouent aux boules.

Oui, et le dimanche, ils travaillent.

Ah non, le dimanche, ils rejouent aux boules.

Oui, alors viens.

Tu viens, dis ?

Oh, Toutoune, laisse-moi respirer l'air de Marseille.

Oh, Bonne Mère. Renifle Toutoune, renifle.

Ça sent la mer, la violette, la bouillabaisse, l'oursin.

- Oui, tu viens ? - J'arrive.

- Nous y voilà ! - Ah, nous y voilà !

Écoute, Toutoune, ça m'a fait quelque chose de penser

que peut-être derrière cette porte-là,

il y a un million qui t'attend. Allez, on y va ?

- Non, on n'y va pas. - Comment on n'y va pas ?

Non, j'y vais moi, mais toi, tu restes ici.

Je reste ici ?

Écoute, Toutoune, moi je suis fatigué, tu comprends ? Puis j'ai chaud.

Et j'ai une soif terrible.

Peut-être que le notaire, là-haut, il nous offrirait un pastis.

Allez, va, Toutoune, laisse-moi monter.

Encore une fois, je te prierai de ne pas discuter mes décisions.

Surtout dans la rue.

J'ai à m'entretenir sérieusement avec ce notaire.

Tu vas m'attendre bien gentiment ici.

Écoute, Antoinette, tu exagères un peu quand même.

Tu oublies trop souvent que je suis ton mari le jour.

Mais la nuit, tu ne l'oublies pas.

Je t'en prie, Fernand.

Tes réflexions sont grossières et déplacées.

Si j'ai besoin de toi pour une signature, je t'enverrai chercher.

Ne t'éloigne pas d'ici.

Sois sage, je n'en ai à peine pour une demi-heure.

- Un anis. - Oui.

Alors, ça y est ? Tu t'embarques pour Sidi Bel Abbès ?

Cinq ans à la légion ?

Eh bien, mon pauvre, tu as du cran !

Je sais que ce ne sera pas facile, oui.

J'en ai marre de Marseille.

Un paysan à côté a mis trois semaines pour préparer une affaire,

puis tombe sur le gendarme et six mois de taule.

Non, décidément, je préfère l'aventure, le bled, les "muchers" (femmes).

Alors, quand est-ce que tu prends le bateau ?

À six heures, il me déguise en policier à Fort Saint-Jean.

À onze heures, on embarque pour Oran.

Tiens, remets-moi ça.

Qu'est que ce que ce cinglé-là ?

Et rappelez-vous que dans le pays d'où je viens, on ne suce pas la glace.

Non ? Et alors ?

Alors, on y marche dessus.

Mais il n'y en a pas dehors.

Au Canada, là-bas, la glace est partout.

Sur le sol, sur les toits, sur les branches, sur les rivières.

Elle est là-bas comme le soleil est ici, sur toutes les choses.

Eh dites, collègue, il doit faire froid dans votre pays.

S'il fait froid ? Oh, mon cher, tenez un exemple.

Si l'hiver vous êtes pris dans la rue avec un petit besoin,

ne vous amusez pas à le satisfaire, car vous resteriez fixé au sol.

Il fait tellement froid au Canada, monsieur,

que le liquide gèle instantanément au contact de l'air.

Ce n'est pas vrai !

- Comment ? Ce n'est pas vrai ? - Non, ce n'est pas vrai !

Vous avez raison, ce n'est pas vrai.

Mais avouez que pour du froid, c'est du froid.

Bref, madame, sauf erreur ou omission,

nous pouvons évaluer la fortune que vous laisse Feu, madame votre tante.

Et ceci tant en biens meubles qu'immeubles,

et y compris les dépôts en banque,

à la somme approximative de 2 millions 475 000 F.

2 millions 475 000 F ?

Oui, madame.

Mon Dieu, Seigneur.

Il y a plus d'une heure qu'elle est là-haut.

Moi, je commence à en avoir assez.

Je la rejoins ou je ne la rejoins pas ?

Pile, je la rejoins.

Et face, je la rejoins pas.

Pile.

Je ne la rejoins pas quand même.

Il a une bonne gueule, ce type-là.

Tu le connais ?

Non.

On dirait une poire mûre au bout d'une branche.

Ah, voilà l'instinct du chasseur qui se réveille.

T'es pas encore à la légion, Pierot.

Pardon, monsieur, n'auriez-vous pas une allumette ?

Une allumette ? Mais oui, monsieur.

Non.

Non, non, je n'ai pas d'allumettes, mais j'ai un briquet.

Un briquet gelé parce que...

Non, c'est pas ça.

Où ai-je mis ce briquet ?

Quand on voyage, vous savez, c'est...

Il y a peut-être assez de braises là-dedans pour allumer une cigarette.

Avec ce qu'il y a là dedans, vous pourriez faire tirer un feu d'artifice.

Tiens, le voilà !

Amenez la cigarette.

Qu'est-ce que vous voulez ? Ce briquet, il est comme les hommes.

Avec la chaleur qu'il fait, il a besoin de se remplir le réservoir.

Eh bien, voilà qui n'est pas difficile.

Dans ce bar en face, il y a assez d'alcool

pour un briquet pour deux hommes qui ont soif.

Voulez-vous me faire plaisir d'accepter un verre ?

Un verre ? Avec plaisir et volupté.

Seulement, voilà, je ne peux pas bouger d'ici, vous comprenez ?

- Ah, pourquoi ? - J'attends ma femme.

Il y a une heure qu'elle est là-haut chez le notaire.

Oh, c'est son habitude, vous savez, de me laisser laisser croquer le marmot.

Un jour, je l'ai attendue deux heures devant la porte d'un dentiste.

Et une autre fois, une demi-journée au bas de l'institut de massage

qu'elle fréquentait pour se faire amincir le ventre.

Quand elle est descendue, qui avait maigri d'un kilo ?

C'était moi.

Eh bien, pourquoi ne pas aller l'attendre en face, où il fait frais ?

Et vous pourrez, assis confortablement, surveiller sa venue.

Surveiller sa venue ? Vous en êtes sûr ?

Devant une boisson glacée.

Devant une boisson glacée ?

Allons-y.

Et, Monsieur Espitalion, chère madame, vous l'avez laissé à l'hôtel ?

À l'hôtel ? Mais nous ne sommes pas descendus à l'hôtel.

Nous sommes venus directement de la gare chez vous.

Mon mari est en bas.

En bas ? Dans la rue ?

Mais oui.

Je suis navré, et croyez bien que si j'avais su.

Mais ne vous inquiétez pas, mon cher maître.

Mon mari est un peu timide.

Il déteste les questions indiscrètes et adore m'attendre dans la rue.

Mais peut-être, Monsieur Espitalion, aurait-il pris un rafraîchissement ?

Non, non, non, non, je vous en prie.

Mon mari ne prend jamais ni vin ni alcool.

J'ai l'impression que je suis légèrement ivre.

Il faut vous dire que...

j'ai plus bu plus d'alcool depuis la mort de mon pauvre cousin,

Espitalion Fernand, dont j'ai épousé la femme.

Toutoune.

À propos de Toutoune,

il ne faudrait pas me laisser oublier que je dois la guêter.

J'y vais.

J'y vais.

Pas de Toutoune.

À la notre.

Fini le régime.

Fini la diète.

Le carême et les privations...

Je me fou de l'aérophagie.

L'aérophagie, j'y crasse dessous.

Et si j'avale du vent, je le rends.

Vous avez bien raison.

oh, les vides qui sont verr... les verres qui sont vides.

Barman.

Barman.

Apportez à boire aux messieurs.

Alors, mon petit gars, tiens !

Je viens de m'apercevoir d'une chose...

Je n'aime pas ma femme !

Hein ?

Ma femme !

Je ne l'aime pas.

Je n'aime pas ma femme, non.

Il y a six mois que je vis avec une femme que je n'aime pas.

Je sors avec elle, je rentre avec elle,

je mange avec elle, je couche avec elle

et je ne l'aime pas.

Mon cousin Espitalion,

il avait l'habitude de me refiler tous ses vieux habits.

Alors il me disait comme ça :

'Petit, petit,

tiens, voilà une veste, tu changeras la doublure et elle te sera encore utile.'

C'est de la même façon qu'il m'a refilé sa femme.

Et à l'instant, je viens de m’apercevoir que je ne l'aime pas.

Oh non, je ne l'aime pas. Je vais divorcer.

Ah non, non, buvez, mon vieux.

- Buvez ? - Buvez.

À la votre.

Quelle sacré Toutoune !

On me dirait qu'elle est parti et qu'il ne revienne plus...

Oh, ça me ferait de la peine.

Oui ?

Bien.

Merci.

Alors ?

Rien au commissariat central. Essayons autre chose.

Passez-moi le 22-84.

Merci.

Alors ?

Rien dans les hôpitaux.

Il nous reste une chance, le quartier réservé.

Réservé à quoi ?

Mais aux filles, madame.

Aux filles ? Mon mari est un homme rangé, monsieur.

Mais s'il était aussi bien rangé, nous l'aurions trouvé tout de suite, madame.

Mais c'est impossible, monsieur. Il faut chercher.

Mais je ne fais que ça, madame.

- Mais il faut chercher encore. - Mais où ?

Mais je ne sais pas, moi. Au quartier réservé, peut-être.

Encore un type qui s'était sauvé.

Il n'est pas sonné, il est noir.

Ah, un engagement dans la Légion.

Un livret militaire au nom de Pierre Durand, né à Lille.

Mais il est une heure et demie, il y a une demi-heure

qu'il aurait dû être rentré au Fort-Saint-Jean.

Emmenons-le à la place.

Au contraire, autant lui éviter une histoire.

Le détachement de la Légion part à 11 heures.

Le capitaine est d'un bon goût, il ne refusera pas de le prendre à bord.

- Allez, on l'emmène au bateau. - Oui, mais ce n'est pas régulier.

Oui, et ta sœur, est-ce qu'elle est régulière ?

Allez, hop.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Allez, c'est à moi de jouer ! - Non, c'est à moi !

- Non, c'est,à moi, mon vieux. - Je te dis que c'est à moi quoi !

Bon, alors, vas-y, joue !

Ha ha ! Paumé !

- J'ai gagné ? - Ah non, t'as paumé.

Je te dis que j'ai gagné, quoi !

Oh, dis-donc, mais on va se marrer avec toi, là-bas !

Tiens, lève-là, t'es 4 ans !

Ah, t'es un petit rigolo, toi, y'a pas à dire.

Toutoune, non !

Ma Toutoune, c'est toi ?

Mais tu fais quoi, là ?

Oh bonne mère, mais je suis en pleine mer.

Oh, militaire, qu'est-ce que c'est ce bateau ? Où il va ce bateau ?

Qu'est-ce que je fais, moi, sur ce bateau ?

Tu fais l'imbécile et ça te va bougrement bien !

"Nom d'un chien", t'avais comme ça une petite cuite hier soir.

Ah, dans ma vie, j'ai déjà vu des mômes se noircir.

Mais des mouillés comme toi, alors ça, c'est pas courant.

Mouillé ?

Une bonne petite jatte de café bien chaud.

Ça le remettra cet homme-là.

Et un bon coup de pied dans les fesse aussi !

Ça va, laisse aller, va.

Ça va ?

- Qu'est-ce qu'il a celui-là ? - Je sais pas.

- Merci, hein ! - De rien, de rien.

Non, c'est vrai...

Mon costume ! Mes papiers !

On m'a volé.

On m'a volé.

Au secours !

On m'a volé.

Mais non !

On m'a volé !

Mais ce n'est rien, c'est le soleil, mon pot, ce n'est rien, ça va passer.

Alors, cet homme, vous l'avez fait coucher en prison ?

Non, commandant, non.

Il était couché sur le pont, au grand vent du large.

Ça a dû lui brouiller le esprit.

Dites-moi, j'ai eu peut-être tort de l'embarquer sans prévenir la place ?

Pourquoi ? Pas du tout, au contraire.

Vous lui avez évité une punition, commandant, c'est très bien.

Je le ferai habiller au petit dépôt à Oran.

Grâce à vous, il pourra rentrer chez nous, travailler en paix avec la conscience tranquille.

Si vous permettez, je vais l'interroger devant vous, d'accord ?

Si vous voulez, oui. Vous en profiterez pour lui laver la tête, hein,

puisque nous passons l'éponge.

Thor, voulez-vous donner l'ordre qu'on m'amène l'homme d'hier soir ?

Oh, le saligaud !

Il a pris mon costume et il m'a laissé le ciel.

Il a emporté mon portefeuille

avec mes papiers et les dix mille francs de Toutoune.

Oh, qu'est-ce que je vais prendre en rentrant !

Que vais-je devenir, bonne mère ?

Que feriez-vous, si vous étiez à ma place, hein ?

Ça, moi je ne sais pas dire comme ça tout de suite, hein ?

Mais des fois que tu causeriez au capitaine du bateau, hein ?

C'est ça. Je veux causer au capitaine.

Qu'on m'amène le capitaine.

Qu'on aille me chercher le capitaine.

Qu'on me l'apporte le capitaine !

J'exige que le bateau fasse immédiatement demi-tour.

Si dans une heure, on ne m'a pas débarqué à Marseille,

j'intenterai un procès à la compagnie et je fais une malle.

Hé, le capitaine, il vous demande.

Il me demande ?, il a compris.

Il est intelligent. Il va voir ce qu'il va voir.

Ah, il me demande. Vous allez voir.

Ah, nom de Dieu...

Ah, si, si, je vous ai bien compris.

Votre femme vous a quitté à la porte d'un notaire

dont vous ignorez le nom pour toucher une fortune considérable.

C'est ça, c'est ça, oui.

Et vous en profitez pour aller boire avec un inconnu au bistrot d'en face.

Vous surveillez la venue de votre femme en soulevant le rideau de temps en temps.

C'est ça, c'est ça.

C'est ça.

Et naturellement, vous ne la voyez pas venir.

Ah, mais ce n'est pas de ma faute, parce que le gangster,

il m'a fait tellement boire que, que j'y voyais plus.

Eh bien, mais c'est très normal, tout ça.

Bref, vous vous désintéressez de votre femme

et de la fortune considérable qu'elle va vous apporter.

Et vous vous saoulez au point qu'on vous déshabille,

qu'on vous vole 10 000 francs, qu'on substitue des papiers aux vôtres

et qu'on vous embarque sur ce bateau,

sans que vous vous aperceviez de quelque chose.

C'est bien ça, votre histoire, n'est-ce pas ?

C'est exactement ça.

Très amusant.

Invraisemblable.

Évidemment, chère madame, cette disparition est stupéfiante, mais

il y a d'autres hypothèses que celle de l'accident.

S'il était arrivé la moindre chose à votre mari devant ma porte,

cela n'aurait pas pu passer inaperçu.

Vous n'allez pas croire tout de même que je m'appelle Durand et que je suis de Lille ?

Vous ne sentez pas que j'ai l'accent

et que mes parents sont nés à Marseille ?

Chez nous, à la Légion, ce n'est pas l'étiquette qui nous intéresse,

mais le vin qu'il y a dans la bouteille.

Alors, tu t'es engagé sur un coup de tête et maintenant tu le regrettes, hein ?

Tu as tort.

On t'a dit que chez nous on réformait les faibles d'esprit, alors tu joues les piquets.

Nous ne sommes pas des imbéciles,

nous pouvons vérifier tes histoires.

Comment t'appelles-tu ?

Espitalion Fernand Esculape Siméon.

Tu es de Marseille ?

Parfaitement, oui.

Où habites-tu à Marseille ?

À Montréal.

Vous voyez, commandant, comme c'est simple.

Il est de Marseille et il habite Montréal.

Tu n'as personne à Marseille qui peut répondre de toi ?

Oui, il y a ma femme à Bardy.

Ah, à quel hôtel est-elle descendue, ta femme ?

Ah, ça, je ne le sais pas, puisque je l'ai perdue devant le notaire.

À part cette femme insaisissable, tu n'as pas tante ?

Non.

Ni d'amis ?

Non.

Rassemblement sur le pont !

Moi je suis malade ici.

Vous avez fait bon voyage? Avez-vous vos papiers, s'il vous plaît ?

Oui, merci.

Excusez-moi, je vais vous ...

Rassemblez vos hommes.

Allez, s'il vous plaît !

Rassemblement !

Halte !

Alors ! Alors !

Colonne de trois !

J'ai dis par trois, j'ai pas dis par quatre.

Un peu de jujotte, mes enfants, hein ?

Direction le quartier.

En avant !

Repos !

Alors, pas de partage des lots.

Je vous souhaite la bienvenue à la Légion.

Repos.

Je désire que les premiers paroles que vous entendez ici

soient pour vous une confirmation de vos espoirs.

À vous qui, des quatre coins du monde,

accourez à la Légion et à la France comme un refuge,

j'affirme que vous trouverez ici ce que vous êtes venus y chercher,

que ce soit l'aventure, l'apaisement ou l'oubli.

Vous y trouverez l'esprit de corps,

la solidarité,

le respect des traditions,

le culte des morts.

tout ce que l'on ne rencontre que chez ceux qui vont vers le même idéal,

sous les plis du même drapeau.

Légionnaires, vous êtes au service de la France et de la civilisation.

Plus souvent encore que les armes,

nous vous mettrons les outils en main.

Et vous suivrez ainsi l'exemple de vos anciens,

qui bâtirent des villes, tracé des routes, érigé des ponts,

défrichèrent des terres, plantèrent des arbres,

et pacifièrent des peuples qui autrefois ne vivaient que de rapines et de guerres.

Légionnaires, je compte sur vous,

comme vous pouvez compter sur moi.

Garde à vous !

Repos !

Allemand ?

Oui, monsieur.

Sous-officier ?

Tant pis pour le Reichswehr.

L'infanterie recommande le numéro 4.

Merci.

Sois patient, Armand.

Russe ?

Russe, mon capitaine.

Gradé ?

Technicien d'occlusion dentaire, mon capitaine.

Ici, il faudra marcher.

Tant mieux.

Il y a dix ans que je fait le taxi à Paris.

Ça me fera du changement.

Turlon-Jules, de Menil-Much, de Menil-Montan.

Soldat de 2ème classe protégé au 5-8.

Mauvaise tête, mais bon cœur, comme disait mon capitaine.

Garde ton bon cœur, je me charge de ta mauvaise tête.

Et en attendant, sors-moi les pointes de ton képi.

Ah, si je ne me trompe, voilà un de nos braves voisins belges.

Oui, mon capitaine.

Vanderkleef Joseph, de Bruxelles, mon capitaine.

Dans quelle arme as-tu servi ?

Dans l'infanterie, tiens, mon capitaine.

Gradé ?

Sergent-major, mon capitaine.

Naturellement.

Eh bien, il faudra suivre le peloton des élèves caporaux.

Légionnaire Vanderkleef.

Hein ? Encore toi ?

Espitalion Fernand de Marseille, j'ai perdu ma femme.

Je me suis réveillé sur le bateau, ils m'appellent Durand.

Je lui dirai tout à l'heure.

Alors, alors, au suivant, au suivant.

Hop, et voilà !

Et alors, dit ?

Oui, comment qu'il vous reçoit, cet officier ?

Ah, pas mal.

Ah, t'as pas le cigare ni la fine.

Seulement, si t'aimes causer, tu peux te mettre à table.

Ça me fait plaisir, ce que tu me dis là.

Je vais lui raconter mon histoire à ce capitaine, et je suis certain qu'il écoutera.

Mais bien sûr qu'il t'écoutera.

Il a bien écouté la mienne.

Qu'est-ce que tu lui as dit, dis ?

Ah, ben, c'est pas compliqué.

Il m'a posé des questions, j'ai répondu.

Il m'a dit comme ça : Pourquoi t'es-tu engagé dans la Légion ?

J'ai dit, mon capitaine, voilà, c'est parce qu'on n'était pas tout à fait d'accord,

le ministre des Finances et moi, sur la façon dont était tirée la Loterie Nationale.

Oui, il y a trop de lots à 100 balles et pas assez de lots à 3 millions.

Oui, mais moi, je vais m'expliquer avec lui, d'homme à homme.

Ah, assurément, je ne resterai pas longtemps avec vous.

Mais ça fait rien.

Je ne vous oublierai pas.

Durand ? Durand ?

Tiens, ça ne m'étonnerait pas que ce soit toi qu'on appelle, bon homme.

Il peut gueuler Durand jusqu'à ce que la peau du gosier lui pèle.

Ces gens-là apprendront que je m'appelle Espitalion.

Alors quoi, le bouffon à bouillabaisse, tu te décides, oui ?

Alors, la bouillabaisse n'entend pas, non ?

Tu as fini de pousser, dis, brute ?

Allez, allez, allez va.

...mon capitaine, je vais lui dire.

Combien d'hommes encore, Le Duc ?

Sept, mon capitaine.

Entrez !

Le légionnaire Durand, mon capitaine.

Vous y tenez, oui ?

C'est l'homme dont je vous ai parlé, mon capitaine.

Alors, à vous aussi on vous a raconté mon histoire ?

Elle est stupéfiante, hein ?

Ors, c'est formidable de telles choses, de nos jours.

Sur le moment, je me suis dit : Fernand, tu es tombé en plein pastis.

Puis, après, en y réfléchissant bien, je me suis dit, après tout,

cet officier qui nous a reçus, il a une figure de brave homme, non ?

Tu vas aller le trouver et tu lui expliqueras.

Si tu ne t'affoles pas, si tu t'exprimes bien clairement,

il te comprendra, alors voilà.

Pour ce qui est du notaire, forcément, je ne peux

pas vous dire le nom, parce que je ne le connais pas.

Mais je connais la rue, c'est à la place du lycée, au numéro 8.

Le bar est juste en face.

un petit bar avec..., c'est très bien.

Maintenant, pour le marchand de glaces, ça, ce n'est pas difficile.

Il doit passer tous les jours, on doit le connaître dans le quartier, ça.

Maintenant, en ce qui concerne Toutoune,

elle doit faire une drôle de gueule,

ça fait un moment que je ne suis pas avec elle.

Vous n'avez qu'à mettre une annonce dans les journaux de Marseille.

Ainsi conçu : Toutoune,

je suis à Sidi El Abès en cage, ton ex-cousin Fernand.

Si 48 heures après, elle ne le rapplique pas,

je veux qu'on me la coupe, la langue.

Alors maintenant, je m'en vais.

Si vous avez besoin de moi, vous avez qu'à venir me chercher,

oui, je suis à l'hôtel continental, c'est le premier à gauche en tournant,

Au revoir messieurs.

Mon ami, donnez-moi la main.

Oh, par exemple.

Avec joie.

Encore !

Mais qu'est-ce que c'est, voyons !

-Leduc. -Mon capitaine ?

Faites conduire ce garçon à l'infirmerie,

que monsieur le médecin chef me fasse un rapport d'urgence

Bien, mon capitaine.

-Mais... -Allez, venez...

-Ici ? -Non. Assieds-toi. Assieds-toi !

Cet homme nous est signalé comme présentant des troubles mentaux,

vrais ou simulés.

- Nous allons procéder à son examen clinique. -Ah, oui...

Il est bien évident que la recherche des symptômes de la démence précoce est longue et délicate.

Mais toutefois, nous avons les moyens de confondre les simulateurs.

Mais pardon, je ne simule pas.

Je m'élève contre vos procédés.

On n'expose pas comme ça un homme tout nu aux courants d'air.

L'étude de tout dossier médical nous oblige à poser à cet homme quelques questions.

Voyons, ton père, malade ?

Non.

En bonne santé ?

Mort.

Voilà qui est intéressant. Le père est décédé, prématurément, sans doute.

Voyons, à la suite de... quelle infection est-il mort ?

Je ne sais pas si c'est l'affection qui l'a tué.

Pour être affectueux, il était affectueux, vous savez,

mais de là à en mourir...

Tu ne m'as pas compris. Ton père, de quoi est-il mort ?

De vieillesse. Je suis le dernier d'onze enfants.

Le caganis, comme on dit à Marseille.

Attends. Là.

Sensible à l'attouchement, hein ?

Sensible, je comprends. Vous avez les mains glacées, alors...

Alors, croise tes jambes.

-Les... -Oui.

Marteau.

Hein ?

Le marteau, voyons !

Le marteau ?

Ça va.

Oui, ça va.

Continuons maintenant l'étude des réflexes par le nystagmus.

Fixe mon doigt.

Et ne le quitte pas des yeux, hein.

Suis-le bien.

Vous allez loin ?

Très bien.

Très bien. Bon.

La torche, maintenant.

Quoi ?

Là, merci.

Oh, vous m'avez fait peur.

Passons maintenant au réflexe de Babinski.

Donnez-moi une plume d'oie.

Comment ?

Couche-toi.

-Ah oui ? -Oui.

Étends-toi.

Voilà.

-Vous n'allez pas me faire mal, hein ? - Mais no.

Non, parce que des fois, on ne sait jamais, vous savez ?

Non, non.

Là.

Parfait.

La plume d'oie.

Et maintenant, si le patient répond aux attouchements

par un écartement en éventail des orteils,

il n'y a pas de doute.

C'est qu'il présente une lésion du faisceau pyramidal.

Le faisceau pyramidal ?

Mais couche-toi donc, voyons.

Là.

Vous me chatouillez, oui.

Mais ne gesticule pas comme ça, comment veux-tu que je t'examine ?, c'est insensé.

Oui, mais couche-toi, je t'ai dit de te coucher.

Non, j'en ai assez, j'ai mis la guerre, j'en ai assez.

Mais qu'est-ce que c'est ?

Mais qu'est-ce que c'est, ça ?

Mais non, par ce que tu vas me chatouiller le nez, la bouche et tout.

Allez, c'est fini, et il y en a assez, et il y en a assez, et il y en a assez !

Eh bien, ses réflexes sont très normaux.

Mon cher Dertour, il faut conclure à l'entière responsabilité du sujet, vous savez.

Toi, Durand, va t'habiller.

Je proteste, c'est un abus, c'est un abus, c'est une honte...

Ah, écoute, moi, je commence à en avoir assez,

si tu ne veux pas coucher à la boîte, file d'ici.

Allez, va-t-en ! Allez, dehors ! Ça suffit !

Je m'appelle Espitalion, moi, je ne m'appelle pas Durand...

J'en ai assez.

J'en ai assez !

Allez, allez, calme-toi, mon petit Fernand.

J'écrirai au président de la République.

Oui, c'est ça. Et puis tu lui diras bien de choses de ma part, mon petit Durand.

Je m'appelle pas Durand, je m'appelle Espitalion.

Je ne suis pas légionnaire Je ne veux pas crever ici.

Je veux m'en aller, vous m'entendez ?

Je veux m'en aller !

Ta gueule le palot, tu es dans le jus comme nous, et comme nous tu y cuiras.

Ce qui est bon pour nous est bon pour toi.

Et toutes les fois que tu te mettras à râler,

tu auras mon pied dans les fesses.

Ça va...

Toutoune.

Dis-donc, regarde l'autre. On dirait un môme.

Laisse-le ! Donne-moi une pipe, tiens !

Durand !

Durand.

Mais fou-lui la paix. Laisse-le ronfler.

Mais il va se faire engueuler, dis.

Garde à vous !

Là, tu vois ?

Repos !

Eh bien, hein ? Allô, allô ?

C'est vous Marie qui me réveillez ?

Non, mon garçon, c'est moi.

Oh, pardon. Je croyais que c'était la bonne.

Allons, allons, allons.

C'est une erreur bien excusable, mon garçon.

Qu'est-ce que vous prenez le matin ? Du café ? Du chocolat ?

Je préférerais un thé léger avec un zeste de citron pour un peu parfumer.

Avec un peu de confiture, un morceau de beurre sur une tranche de pain grillé.

Autrement dit, un toast.

Oh, mais ce n'est pas assez ça, mon ami.

Vous nous demanderez bientôt une nourriture beaucoup plus substantielle.

Nous allons vous ouvrir l'appétit, voulez-vous ?

Vous vous lèverez tôt le matin.

Et vous vous coucherez de bonne heure le soir.

Entre-temps, vous travaillerez dur. Allez.

Allons, je vous donne cinq minutes pour dire adieu aux grasses matinées,

à la paresse, aux loisirs.

Vous allez commencer une vie nouvelle.

Hein ? Fatigante, mais virile. Allez. Hop.

L'arme, sur l'épaule.

Reposez !

Ah, vous m'avez l'air fin, vous !

Reposez !

En avant !

Le progrès est tout de même sensible, qu'en pensez-vous, mon capitaine ?

Bon, ce n'est pas encore très brillant, mais enfin pour quelques semaines d'instruction.

Mais dites-donc, Leduc,

le légionnaire Durand a l'air de s'y mettre.

Ah oui, il est plein de bonne volonté, mon capitaine.

Premier et deuxième groupe, préparez-vous à faire un bond.

En avant !

Couchez-vous !

En avant !

Rassemblement !

Rassemblement !

Cela fait trois mois que vous êtes incorporés.

La première partie de votre entraînement se terminera par des marches d'épreuves.

Demain matin, vous effectuerez pour la première fois

une étape de 30 km avec le chargement complet.

Je suis sûr que la neuvième aura à coeur de se montrer à la hauteur, voire supérieure,

à la meilleure compagnie du régiment.

Au repas de ce soir, vous aurez un quart de vin supplémentaire.

Garde à vous !

Rompez vos rangs !

Ça va Fernand ?

Oui, ça va.

Plus que 12 petits kilomètres,

est-ce que tu sauras encore tenir jusque là ?

Ne me faites pas parler pendant que je marche, ça m'essouffle.

Tu aurais dû te faire porter pâle.

Me faire porter pâle pour me faire humillier par le toubib ?

Mais non, alors !

Alors, Durand, tu vois, ça se tire, hein ?

On peut même dire que...

Oh, si tu avais dû flancher tu aurais pu t'asseoir au bord de la route, vas !

Tu es légionnaire, tu tiendras jusqu'au bout, avec l'aide de la Bonne Mère, hein !

Attends mon petit Fernand, je vais ouvrir ton col, là, et te servir.

Non mais tu n'es pas fou,

tu ne vas pas lui donner à boire pour lui couper les pattes. Non, sans blague ?

J'ai soif !

Je m'en fous, enlève ta valise, puis tiens.

Suce-moi ça.

J'aime pas les sucreries, ça m'écœure.

Ça m'est égale, suce quand même.

Comment vont tes plantes ?

Quelles plantes ?

Tes plantes de pieds, zèbre.

Oh, j'ai les pieds en compote, en sang.

Viens te reposer un petit peu par ici.

Mais tu n'es pas sintré, bordel, non ? De le faire coucher ?

Allez, reste debout et marche sur place.

Si tu laisses le temps à tes ampoules de se refroidir, tu es foutu.

Allez, fais comme moi.

Allez, alors.

-Oh, mais j'en peux plus, moi. -Mais si !

Ça commence bien avec toi.

Plus vite, plus vite, mon pot.

Une, deux. Une, deux.

Alors, on danse ?

Eh bien, légionnaire Durand, je constate avec plaisir que cette marche ne t'a pas trop fatigué.

Moi fatigué, mon capitaine,

pour cette petite promenade ?

Mais de ces kilomètres j'en aurais fait le double.

Sois heureux, mon garçon.

Tu les feras demain.

Allez, allez ! Vas-y, continue !

Dis, tu as commandé deux bouteilles de rouge,

est ce que tu n'as pas peur que...

Et alors, cette marche d'épreuve, on l'arrose ou on l'arrose pas ?

-Oui. -On l'arrose,

mais qui est ce qui va payer l’arrosoir, eh ?

Il est toujours inquiet ce chèvret.

T'as de l'oseille ?

-Quoi ? -Oui, t'as du fric ?

Moi ? Non !

Eh ben, t'as qu'à boire et t'en foutre !

D'ailleurs, avec Fernand, on est pénards,

vu que le patron lui fait crédit, hein ?

Oui, il est de l'estrade, c'est un collègue.

Alors quand on se voit, on parle un peu du pays,

de la campagne, des parties de boules, des pétanques.

Et puis quoi ?

Dans trois jours, on touche le solde de la prime d'engagement.

-Alors vous comprenez que..., allez, allez ! -Allez, allez !

Dis-donc, comment est-ce qu'il est ressuscité, notre moribond ?

Ouais.

Quand je pense qu'il y a quinze jours,

parce qu'il ne dormait pas dans son lit,

monsieur, chialait comme une madeleine.

Je chialait, moi, je chialait ?

Non, je ne suis pas plus douillet que vous autres.

Vous n'êtes pas faibles, moi non plus, allez.

Maintenant, ça va.

Je me sens le corps heureux.

Ah, quand même, cette marche d'épreuve.

Elle m'inquiétait un peu, tu sais ?

Je me disais, ces trente kilomètres, je ne les boufferais jamais.

Et je les ai bouffés.

Il y en aurait eu 30 de plus,

je les aurais bouffés aussi.

Nous sommes comme ça, nous, à Marseille.

Voilà Maryse.

Allez, venez prendre un verre, mademoiselle Maryse,

au milieu des vrais de vrais de la Légion.

Mais, regardez-moi ça, mes enfants.

Ah, si c'est mignon. Tu es beau comme une pêche.

Et appétissant. Qu'est-ce que vous prenez ?

Un café.

Joseph, une menthe verte.

Mais oui, mais oui, c'est la fête au village.

Du coup, nous avons Fernand, qui est gonflé à bloc et qui pète le feu.

Oh, tu n'es pas le premier petit chat que la Légion a changé en tigre.

Quand je t'ai vu pour la première fois,

je me suis demandé s'il y avait un sort dans ta grande carcasse.

Je me suis dit que s'il en trouvaient un,

ceux de la Légion te le feront remonter jusqu'à ce qu'il casse.

Ou tu deviens un homme.

Tu ne crois pas que je suis déjà un homme ?

Encore quelques tours de clé au sort et ça y sera.

Tu me les donneras, dis, les tours de clé ?

Peut-être.

En attendant, au revoir.

À ta santé.

À ton bonheur.

Allez, à ta santé.

À ton bonheur.

Marie !

Hé, Marie !

Laisse tomber cette purée et ces deux saucisses et viens me retrouver.

Je n'aime pas cet homme.

Moi non plus.

Ah, ça m'aurait étonné.

Il faut encore qu'il ramène sa fraise, celui-là, tiens.

Tu ne vas pas aller le rejoindre ?

Je n'irais peut-être pas si ton ressort était suffisamment remonté, mais,

le poids est trop lourd pour toi.

Tu vas rester ici, hein ?

Qu'est-ce que c'est ?

Tu vas y aller à toute vitesse, hein ?

Si tu la veux, viens la chercher, nouille !

Salaud !

Hé, du calme !

Laissez-moi ! Laissez-moi ! Laissez-moi !

Mais qu'est-ce que tu vas faire ?

Réfléchir.

Qu'est-ce qu'il fait en ce moment ?

Il se balance sur sa chaise.

Fais pareil pour moi.

Repos.

Ne bougez pas.

Alors, petit, ça va ?

Fernand !

Le nez ! Le nez !

Je vais le lui manger, moi !

Ça va mieux... le ?

Je ne te conseille pas de te foutre de ma gueule.

De quoi ?

Écoute-moi bien.

Jamais je n'ai pu te blairer.

La première fois que je t'ai vu, tu m'as dégoûté.

Et puis, ça va, moi je t'encaisse.

Hier, comme un salaud que tu es, tu m'as pris en traître.

Je voudrais t'aplatir mais j'aime mieux te corriger comme tu le mérites.

Je vais te foutre la fessée, comme à un gosse !

La fessée ne sera pas pour aujourd'hui.

Repos !

Que se passe-t-il ce matin ?

On lambine, hein ?

C'est notre ami Durand qui raconte des galéjades ?

Non, c'est pas moi. C'est Charlin qui fait le comique.

Alors, habillez-vous, hein ?

Repos.

Tout le monde...

J'ai fait passer une note

dans tous les principaux journaux de France.

Je verserai 5.000 francs à toute personne

qui pourra me fournir des renseignements sur votre mari.

Il n'est pas possible qu'il ait disparu de la surface de la Terre

sans laisser la moindre trace.

Tu veux me laisser tranquille, dis ?

Que tu es vache, toi.

Une vache qui t'a nourri pendant trois mois.

Et alors, t'en as marre ?

Oh, non.

Non, seulement.

C'est lui-là.

Il est à plat.

Oh, c'est que ça ? Eh bien, à chacun son tour.

Je le regonflerai.

Quelques coups de pompe, et hop.

Non, mon chéri, non. Merci.

Oiseau quelques fois, mais poisson, jamais.

Bravo pour les scrupules.

Et qu'est-ce que tu comptes faire ?

Si tu veux bien me fiche la paix, lire.

Tiens, c'est une solution, ça.

Tu te rends compte comment on rigole le dimanche depuis que monsieur roucoule ?

Allez, allez, ne sois pas jaloux.

Moi, jaloux, dis, on passe la main.

Tiens, tu n'as qu'à demander à Ali Benhamed, celui qui tient les bains de vapeur.

Combien de poulettes ont couru après moi ?

Hein ?

N'empêche que depuis quelque temps, Fernand et Maryse, ils nous sèment un peu.

Ils nous aiment ? Ils s'aiment tout simplement ?

Ha, ha, ha, ce n'est pas mauvais, hein ?

Oh, mais il fait chaud, bon homme.

Tu devrais sortir avec un casque.

Hein ?

Colonial.

Non, écoute, je vais t'expliquer.

Non, non, ce n'est pas la peine, tu le feras derrière les trombones.

Allez, viens, mon petit pote, et que ça t'empêche pas de m'ennuyer.

Si tu étais à Marseille, qu'est-ce que tu ferais à cette heure-ci ?

Il est probable que Toutoune ne serait pas avec moi.

Mais moi, je serais avec elle.

Mais il y a une chose que je ne comprends pas.

Puisque maintenant, tu connais l'adresse du notaire

par les annonces qui ont paru dans les journaux.

Comment peux-tu laisser ta femme sans nouvelles ?

Tu n'es pourtant pas sans cœur.

Je ne suis pas sans tête non plus.

Le jour où ma femme saura où je suis,

elle y sera elle-même 48 heures après.

Non, mais tu te représentes Toutoune rappliquant ici, à Sidi El Abès.

Dites-moi, mon ami, où pourrais-je voir les légionnaires ?

Oh, madame, aujourd'hui, c'est dimanche.

Vous ne voyez pas les légionnaires dans le quartier.

Messieurs les légionnaires sont dans les cabarets,

ou bien sur la place Carnot, ils écoutent de la musique.

Bien, merci, mon ami. Tenez.

Oui, madame.

-Montez ça dans une chambre. -Merci.

Une chambre pour adultes.

Oui, madame.

Qu’est ce qu'il y a ?

-Toutoune ! -Qu'est ce que tu dis ?

-Ma femme ! -Ta femme !

Oui, là, là.

À l'ombre, je ne rêve pas, voyons !

Oh, nom de Dieu, je suis foutu !

Ne t'inquiète pas, mon pote, on va te planquer.

Attention, elle arrive par ici.

Tirons-nous, tirons-nous, mon vieux !

Assieds-toi. Asseyez-vous.

Oh, nom de Dieu, de nom de Dieu, de nom de Dieu !

Mais calme-toi, voyons !

Soussoune est ici. Toutoune est ici.

Oh, c'est tout de même pas une catastrophe, mon pote, quoi, sans blagues.

Tu vas peut-être pouvoir retourner dans ton pays et vivre une vie normale.

Vous êtes fous, vous ne savez pas ce que vous dites.

La vie normale est ici à présent.

Avant, j'étais dans le monde.

On n'a même pas le droit de vivre.

Et tu ne mangeras pas, et tu ne boiras pas, et tu ne riras pas.

Ah, non, non, non, c'est fini.

Je veux manger à ma fin.

Je veux boire à ma soif.

J'ai besoin de liberté.

J'ai besoin d'Hurlot.

J'ai besoin de VanderKleef.

J'ai besoin, j'ai besoin de toi, Marine. Tu vas me tirer de là, hein ?

Mais sois donc raisonnable, voyons. Ta femme ne pourra pas t'enlever de force.

Tu crois ?

Ah ! Il me semblait que t'aurais qu'à te faire réclamer par une poule

pour pouvoir te débiner de la Légion.

Ben, ça serait trop facile, mon vieux.

Tu as signé un engagement. Tu es là pour cinq ans.

Ce n'est pas moi qui ai signé. Ça fait cent fois que je vous le rappelle.

Ce qui est le plus marrant, c'est qu'on ne voulait pas te croire.

Si maintenant tu affirmes que c'est bien toi qui t'es engagé sous le nom de Durand.

Personne au monde ne pourra prouver le contraire.

Si. Quelqu'un pourra.

Qui ça ?

Le vrai Durand, tiens.

Mais qu'est-ce qui va m'arriver, moi ?

Et Toutoune qui va aller me demander à la caserne.

Mais je tiens à le voir tout de suite. C'est mon mari, monsieur.

Je regrette, madame, mais personne n'est autorisé à voir un légionnaire

sans l'avis préalable de son capitaine.

Mais mon mari n'est pas légionnaire, monsieur.

Alors, il n'est pas à la caserne, madame.

Mais si, mais si. Il a été entraîné à la Légion contre mon gré.

Il fut le jouet d'un destin tragique.

Le feu de paille emporté par l'ouragan.

Je viens ici pour le sauver. Le pauvre petit m'attend, monsieur.

Vous n'allez pas avoir le cœur de vous opposer à notre réunion.

Revenez demain matin, madame. Le capitaine sera là.

Vous lui raconterez votre petite histoire.

Il est très gentil et il vous comprendra.

Au revoir, madame.

Je reviendrai demain.

Et voilà comment, capitaine,

il existe à la Légion un malheureux nommé Durand

qui n'est autre que Fernand Espitalion, mon mari.

Et madame, dans toute cette aventure, il y a un fait qui m'étonne

et qui n'a pas dû manquer de vous paraître étrange.

C'est que votre mari

n'est jamais tenté de se mettre en rapport avec vous.

Vous touchez là capitaine au point douloureux de cette lamentable aventure.

Dans quel état de faiblesse mentale et physique

doit se trouver mon pauvre Fernand ?

Pour ne pas avoir eu la force de l'en avertir, même d'un cri de détresse.

Cela m'épouvante.

On dit qu'ici, la discipline est rigoureuse.

En effet, madame.

Eh bien, si parmi les quelques 3000 légionnaires

qui sont présentement ici, j'en découvre un

dégénéré mentalement et physiquement,

je ne manquerai pas de vous le signaler, madame.

Par là.

Au revoir, madame.

T'as avalé une mouche, toi ?

Venez, venez voir !

La voilà !

Durand ?

Hé, Durand ! Le capitaine te demande !

Ça y est, ça y est ! Oh, je suis foutu !

Hé, dis, dis ! Ne fais pas l'important !

Tu n'es jamais aussi calme !

Je ne sais plus où je suis, c'est sûr !

Si ma femme a parlé au capitaine, c'est fini !

Oh, Bonne Mère ! Faites que tout se passe bien,

et a ma libération je vous offrirai un cierge gros comme ça !

Je vais te poser une question.

Tu vas réfléchir avant de répondre.

Lorsque tu es arrivé à la Légion,

tu racontais une histoire abracadabrante

d'agression, de papiers volés, de fausse identité.

Était-ce vrai ?

Attention ! Réfléchis bien !

Non, mon capitaine, j'ai menti.

Ah, tu as menti.

Alors, pourquoi avoir raconté toutes ces histoires ?

Je ne sais pas, mon capitaine.

Le cafard, peut-être.

Alors, tu t'es bien engagé ?

Volontairement, sous le nom de Durand ?

Oui, mon capitaine.

Parfait.

C'est tout ce que je voulais savoir.

Tu peux disposer.

Un instant encore.

Je vais vous confier une nouvelle que tes camarades n'apprendront qu'au rapport.

La 9e part demain matin. Pour le Sud.

Relever une compagnie de tirailleurs.

Tu vas quitter Bel Abbès.

Pour longtemps, mon capitaine ?

Oh, trois mois.

Merci, mon capitaine.

Va, mon petit.

C'est là-bas, là-bas.

Préparez les feux, là-bas...

Ah là là là, tu étais long, bon homme.

Leduc !

Capitaine.

Il est probable que nous restions quelque temps ici.

Nous avons à reconstruire le poste qui a été détruit en 25

et à tracer la route d'Elkena à Bouharan.

Bien que le pays soit calme, nous sommes trop à proximité des monts

pour ne pas prendre les mesures de protection d'usage.

Deux groupes seront en garde chaque nuit.

Les sentinelles auront l'arme chargée.

Rappelez à vos hommes l'interdiction de sortir du camp après la soupe.

Les légionnaires coucheront l'arme attachée au poignet.

Dès que les hommes auront fini de manger,

vous rassemblerez la compagnie pour le salut aux couleurs.

Bien, mon capitaine.

Garde à vous !

Présentez armes !

Au repos !

Ça c'est joli, tiens !

Ah oui, alors !

Et puis, ils chantent bien, hein ?

Il marche pas, ce briquet !

Dis Turlon !

Qu'est-ce que tu as ?

Toi, tu me caches quelque chose.

C'est joli Paris, tu sais ?

Ah oui, c'est joli.

Je n'y suis jamais allé.

Pourquoi tu me dis ça ?

Tu ne comprendrais pas.

C'est que tu as des ennuis.

Des ennuis.

Écoute, mon pote. La vie est belle.

Les étoiles.

De bons potes.

Allez, donne-moi une cigarette.

Ça, c'est une bonne idée.

C'est toujours une bonne idée.

Il n'a plus qu'une.

Ça fait rien, on va s'arranger.

Tiens, toi, le chèvret.

Merci.

Merci, Tirlon.

Un peu de feu.

Tu ne veux pas je te la fume non plus ?

Pas à trois ?

Oui, oui, moi je ne suis pas superstitieux.

-Mon capitaine, mon capitaine. -Qu'y a-t-il ?

Un message du poste de Boarane, mon capitaine.

Bon, alors, dis au sergent de garde

de faire sonner le rassemblement et préviens Boarane

que je les rappellerai dans un quart d'heure.

Présentez armes !

Faites reposer les armes.

Reposez armes !

Repos !

Bouhara me signale qu'un chef de caravane

a demandé l'autorisation de mettre ses bêtes à l'abri des murailles du poste.

Il prétendait craindre l'attaque d'un giche

qui serait embusqué sur les hauteurs de Taunit.

J'ai besoin de 40 hommes pour aller faire un petit tour.

Leduc, toujours prêt ?

Capitaine.

Vous prendrez votre section, soyez prêt à partir dans une heure.

Garde à vous !

Allez, avance petite tête !

Faudrait que fume. J'ai mal à mes pieds !

Alors boum, ça boume ?

Si ça boume, dis ? Ça boume boume !

Le premier groupe, en tirailleurs !

Rassemblement.

Formez un cercle.

Voilà. Si vraiment il y a des bandits dans la région,

c'est sur ces hauteurs qu'ils se trouvent.

Notre mission consiste à les repérer

et à les dénombrer aussi exactement que possible.

Vous êtes pour la plupart des vieux blédards.

Vous connaissez la règle du jeu.

C'est donc à la présaille que je m'adresse.

Ces brigands sont rusés et cruels.

Leur méthode habituelle est la traîtrise.

Leur tactique préférée, l'embuscade.

Leur arme favorite, le poignard.

Passés maîtres dans l'art du défilement et du camouflage,

ils sont autour de vous et sur vous sans que vous les ayez vus ni entendu venir.

C'est à nous de prendre nos précautions et de répondre à la ruse par la ruse.

Ceux qui me connaissent, savent que j'ai plus d'un tour dans mon sac.

Nous les avons possédés plus souvent qu'ils ne nous ont eu.

Ce n'est pas aujourd'hui que nous allons les laisser faire.

Caporal Ludwig ?

Présent !

Voilà.

Avec ton troisième groupe, tu vas assurer le service de protection.

Trois hommes sur mon flanc gauche à 400 mètres.

Autant sur le flanc droit,

la reconnaissance assurée par trois hommes un quart d'heure à l'avance.

Direction la crête.

Voilà, alors la consigne, champillez sur moi au premier coup de feu.

Et se planquer, hein ?

Voilà. Il est et quart...

À la demi, les patrouilles partiront.

Merci, messieurs.

On y va, les gars ?

-Eh oui, on pourrait y aller. -On y va.

Allez.

Voilà, on y va, tous les trois, là.

Alors bon ! Prêts dans un quart d'heure !

Allez, grouillez !

Enfin, on va rigoler un peu.

-Il y a vraiment du danger, tu crois ? -Du danger ?

Eh ben, tu vas voir ça, mon pote.

-Oh mon Dieu ! -Allez, allez !

Tu vois bien qu'il veut te faire marcher.

Oui, je le vois bien qu'il me fait marcher, là.

Mais moi j'aime bien marcher assis que debout, tu comprends ?

Ça fatigue moins.

Oh, Vander, qu'est-ce que tu fais là ?

Eh bien, tu vois, je grave mon nom sur une cartouche.

-C'est joli ça, tu sais ? -Oui.

C'est une drôle d'idée, mais c'est joli, hein.

Tu ne l'as pas fait, toi ?

Moi, non, je ne l'ai pas fait.

Eh ben, t’es pas un pat’ de balle de légionnaire.

Tu dois avoir, dans l'une de tes poches, une cartouche gravée à ton nom.

Et tu te la réserves pour en cas d'un coup dure.

Un coup dure ?

Regarde, tu pigeras jamais la jave à languette, voyons.

Écoute, je vais t'expliquer.

Au cas où tu sois blessé ou prisonnier.

Ah, moi, j'aime bien être blessé ou prisonnier que d'être mort.

Oui, mais les petits copains d'en face, eux,

ils aiment mieux te voir mort plutôt que blessé ou prisonnier.

Ah oui ? Et alors ?

Eh ben, alors, il vaut mieux que tu t'envoies dans les roses toi-même.

C'est plus vite fait et puis c'est plus propre.

Crois-moi.

Tu sais que tu as des drôles d'idées, toi ?

Oui, dis, ce n'est pas plus dangereux que de faire son testament, tu sais ?

Non.

Non, ce n'est qu'une coutume, hein ?

Moi, les coutumes je les ai en horreur.

Alors ?

Vous êtes prêts pour la reconnaissance ?

-Tiens, c'est pour nous, mon pote. Allez ! -C'est à nous ?

Oui, oui.

Je le pensais bien, hein ?

Il n'y a personne en face.

Oh, penses-tu, ils ont déménagé.

Ils ont eu peur de buter un bon homme.

Oui, s'ils sont là-haut, c'est maintenant qu'ils vont tirer.

Oh, bonne mère, mais ne dis pas des choses comme ça.

Pour quelle raison ils tireraient ?

Parce qu'on est juste à bonne portée

Mille petits mètres à vol d'oiseau.

Hé !

Violo !

Tu te rappelles la consigne, hein ?

Au premier coup de feu, on se planque, hein ?

Dis-donc, à cette distance, avec le vent contraire,

on n'entendrait pas plus un coup de pétard

que le soupir d'une moustière, boum.

Rappelle-toi que moi, j'ai l'oreille fine, tu sais.

Oh ! Tu as entendu ?

Oh ! Vas tu fermer ta gueule... ?

Qu'est-ce que tu fais, là?

Tu vois pas que je cueille des fraises ?

Ah, les vaches, ils m'en ont foutu une dans la cuisse !

Planche-toi, Fernand, planche-toi !

Les salopards, ils sont là !

Allez, viens, viens à l'abri !

-Attends. -Viens.

Attends, attends, Fernand !

-Ah, les vaches ! -Tiens-toi !

Oh, attends ! Planque-toi, planque-toi, Fernand !

Ah, les salauds !

Vander ! Vander !

Couche-toi ! Couche-toi !

Oh ! Vander !

Vanderkleef ?

Tu ne vas pas mourir ?

Mourir ?

Oh non, encore ?

Tu ne penses pas que je partirai comme ça ?

Sans te dire au revoir.

Vanderkleef, tu ne vas pas nous quitter comme ça ?

On va te ramener au camp.

Et là, tu seras bien.

Oh non, Fernand.

Ils me l'ont tué.

Ils me l'ont tué.

Salauds ! Assassins !

Tire pas nom de Dieu !

Ils ont tué Vanderkleef ! Ils ont tué Vanderkleef !

Mais je le pense, ça ne fera pas revenir !

Pauvre môme !

Si tu tires, les copains-rappliquent

et ils vont se faire casser la gueule !

Alors, tiens, remet ça, planquons-nous !

Pauvre de moi, pauvres de nous !

Mais qu'est-ce que vous allez devenir?, toi, avec ta jambe ?

Hé là, hé là ! Vous n'allez pas chialer, légionnaire, hein ?

Vous suivez la consigne !

Allez, allez, tu vas nous sortir de là, mon petit Fernand !

Dis, tu vas te débiner en douce, et tu vas aller prévenir l'adjudant !

Tu vas lui dire qu'ils suivent le petit ruisseau !

Et qu'ils contournent les macaques d'en face !

Et alors, c'est comme ça qu'on va les avoir, les salopards.

Allez, vas-y, mon Fernand ! Vas-y !

C'est bon, j'y vais !

Vas-y, mon pote !

Brave môme !

Oh, bonne mère, ne me quitte pas des yeux.

Qu'aucun ne sorte, j'arriverai pas à me tirer.

En ligne, en ligne.

Halte ! Halte !

Couchez-vous !

Couchez-vous !

Ils vont se faire tuer !

Couchez... !

C'est le Marseillais qui est touché.

J'y vais.

Hein ?

C'est ça, vas-y. Prends ton fusil.

Fusil mitrailleur, au 700.

FM 7.

Sur la crête d'en face, feu à volonté.

La vache,

je dirais que tu vas mourir comme un imbécile jusqu'au bout.

Charlin !, Charlin !

Tu ne vas pas me foutre la paix, non ?

Excuse-moi, je voulais te demander si tu avais bien dormi.

Et c'est pour ça que tu me réveilles ?

Oui, mais je ne savais pas que tu dormais.

Celui-là.

Rappelle-toi, Charlin. Rappelle-toi.

Tu m'as sauvé la vie.

Mais dis, hein,

balaud !

Tu crois que c'est toi que j'été chercher

sous le feu de ces salopards ?

Si ce n'est pas moi, alors,

qui est-ce ?

Un soldat que j'ai arraché à la mort.

La garce !

Faudrait pas qu'elle s'imagine que j'ai peur d'elle, hein ?

Eh non, tu n'as pas peur.

Heureusement pour moi.

Car si tu étais un lâche,

en ce moment, c'est un cadavre qui te parlerait.

Salut, les petits gars !

Hé, les mômes !

Je viens du bureau.

Il paraît que le colon qui vient vous insérer cinq

et vous foutre un fin ruban à Charlin et à toi.

Kif-kif, là, vos grands concours agricoles !

Le colon ?

C'est comme que je vous le dis.

C'est pour ça qu'on nous a changé les draps ce matin.

Dit Turlot, qui est ce qui m'a apporté ces fleurs ?

C'est moi.

Oui, je les ai cueillis sur la tombe de Vander,

pour qu'il y ait un peu de lui entre nous deux.

Tu comprends ?

Tiens, si tu pouvais voir où il repose, le pauvre môme, tu serais content.

Ah, on l'aimait bien, celui-là.

Puis, toujours prêt à se dévouer, hein.

Eh ben, les copains, ils ont voulu qu'il dorme

au milieu des parfums et des fleurs.

Sa tombe en est couverte.

C'est bien simple.

Couverte.

Dis donc, il y a...

il y a le toubib qui a dit comme ça que dans huit jours tu pourrais te lever

et puis, dans quinze jours tu rentrerais comme un lapin.

Puis moi aussi qu'il a dit.

Alors dis donc, on est bons pour six mois de convalo à Bel Abbès.

Tu crois ?

Mais oui, mon vieux, officiel.

Télégraphie à Maryse pour qu'elle nous réserve notre table.

Elle m'a écrit.

Peint les huiles !

Moran !

Vite !

Voici le légionnaire Durand, mon colonel.

Ah, il nous a donné du mal.

Enfin, il est remis d'aplomb.

Je vous en félicite.

Et vous aussi, docteur.

Alors, vous êtes le légionnaire Durand-Pierre.

Matricule 93-07, né à Lille le 11 juillet 1902.

Euh, oui, oui, mon colonel, oui.

Voyons, tout d'abord, je dois vous remercier d'avoir, par votre conduite héroïque,

épargné la vie de 40 de mes hommes.

Vous êtes un brave.

Et je m'y connais.

Il n'y a pas de quoi, mon colonel.

Ceci fait, je vous poserais une question.

Mais à votre service, mon colonel.

Voulez-vous me dire pourquoi, diable, monsieur,

vous vous êtes introduit dans les rangs de la Légion étrangère

sous le couvert d'un faux état civil ?

Mais je... Pardon.

Voulez-vous avoir l'obligeance de m'expliquer pourquoi, interrogé par votre capitaine,

vous avez juré que votre engagement était parfaitement régulier ?

C'est-à-dire que, voilà...

Vous pouvez vous féliciter, monsieur, d'avoir une femme admirable.

Une femme tenace et courageuse,

qui a remué terre et ciel pour retrouver votre trace.

Oh là là.

Une femme qui a réussi à obtenir du véritable Durand

une confession qui figure dans votre dossier.

Et ce dossier m'a été transmis par le ministre de la guerre,

avec l'ordre de vous renvoyer dans vos foyers par les voies les plus rapides.

Vous n'allez pas me dire qu'on va me renvoyer de la Légion ?

Renvoyer ? Non, monsieur.

On ne peut pas vous renvoyer de la Légion,

puisque vous n'en avez jamais fait partie.

Pendant cinq mois, vous avez pris une place qui n'était pas la vôtre.

Il faut la rendre à celui à qui elle appartient.

Rendre la place ?

Mais c'est pas possible. Mais qu'est-ce que je vais devenir, alors, moi ?

Tu vas devenir libre ?

Libre ? Libre de retourner avec ma femme ?

Et de signer un bel et solide engagement à la Légion, si ça te fait plaisir ?

C'est pas possible.

Vous, alors, vous êtes un père, vous savez.

Excusez.

Voyons, nous allons procéder à notre petite cérémonie.

Fernand Espitalian,

au nom du Président de la République,

en vertu des pouvoirs qui me sont conférés,

Je vous fais chevalier de la Légion d'honneur.

Oh, Bonne Mère !

Toutoune !

Mon chéri !

Attends-moi ici, j'en ai pour un quart d'heure.

Bien, mon chéri.

Un pastis bien tassé.

Ah oui.

Oh !

Un légionnaire.

Vive la Légion !

La légion ?

Tu es légionnaire, toi ?

Si, je suis légionnaire, moi.

Durand, Thaonit, l'action déclare.

C'est moi !

Ah, et alors ?

Tu lâches la Légion ?

Tu es fou.

Le temps de régler une petite affaire de famille.

Et j'y retourne.

Moi ? Moi, lâcher la Légion ?

Bonne Mère.

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