All language subtitles for 1941 - Volpone

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Original subtitles

Coups de tampon.

- Payez pour le timbre. - Oui.

-Je veux régler ça.

-Ce Volpone s'était engagé à me livrer les marchandises.

-Je veux régler ça ce matin.

Vous m'amènerez Messire Volpone.

-Bien, Monsieur.

- VoilĂ . - Tenez.

-Vous avez des nouvelles de mon bateau ?

- Lequel ? - Le Sagittaire.

Calme plat.

J'ai promis 1 000 piastres Ă  Santa Maria..

..si mon bateau rentrait avant ce soir.

-Qu'est-ce que ça peut faire qu'il rentre ou pas ?

-Je suis le seigneur Volpone.

-Écoutez, Messire Volpone.

Vous avisez Messire Corvino de l'arrivée de ses marchandises.

Vous lui avez demandé l'argent à l'avance.

Il ne vous reste qu'Ă  indiquer oĂą elles sont.

Les marchandises sont-elles dans votre magasin ?

-Elles sont sur mon bateau.

-Qui vogue toujours en mer. A moins qu'il ne soit au fond.

-Le Sagittaire est gréé de neuf. C'est un navire excellent.

-Mon client vous a versé 3 000 sequins d'or.

Nous sommes fin courant et je ne vois toujours rien.

-Jusqu'ici, M. le Lieutenant, ces mœurs de Levantin..

..n'avaient pas cours Ă  Venise.

-C'est un escroquerie. Il crache.

-VoilĂ  un bien grand mot !

Le Sagittaire peut ĂŞtre ici d'une heure Ă  l'autre.

Il peut ĂŞtre retenu par la mauvais temps, les Barbaresques.

-Nous exigeons la livraison sans délai !

-M. le Lieutenant, je réclame 1h.

VoilĂ  de biens grands bruits.

J'ai du crédit à Venise.

Pour qui me prend-on ? Je rembourserai M. Corvino.

- HĂ© lĂ  ! - HĂ© !

-Je vais chercher l'argent et je reviens.

-S'il n'est pas remboursé dans 1h, vous irez en prison.

-Je vous prĂŞte 1 000 sequins.

Prix d'ami.

1 000 ? 1 000 ? C'est qu'il m'en faut 3 000.

- 1 000. - Je vous les rendrai demain matin.

-J'entends bien.

Et vous signerez une reconnaissance de 1200.

- Eh bien, achetez-la-moi. - Oui, 500 sequins.

-Comment ? Vous me prĂŞtez 1 000 sequins..

..et vous me l'achetez 500 ? - C'est ma règle.

-Ça n'est pas 500 ou 1 000 qu'elle vaut.

Mais 3 000 sequins. - Alors, gardez-la.

-PrĂŞtez-moi 3 000 sequins.

En dehors de la bague, je vous donnerai des billets.

Vous me connaissez. - Pas très bien.

-Je m'appelle Volpone. Je possède 2 bateaux.

Le Furace. - On m'a dit qu'il est saisi.

-Mais non, mais non. Et un autre, le Sagittaire.

-Le Sagittaire ?

Mais il a coulé, le Sagittaire.

- Il a coulé ? - Oui.

-Qu'est-ce que vous me dites, lĂ  ?

-3 bateaux ont coulé cette nuit à cause du brouillard.

Je l'ai appris d'un matelot.

Allez-y. - 3 bateaux ?

Mais quelle horrible nouvelle. On en est sûr ?

-Très sûr.

-Aucune raison que le mien soit parmi eux.

-Ou bien qu'il n'y soit pas.

-Des choux-fleurs, des beaux choux-fleurs !

- Le Sagittaire ? - Perdu ?

- Perdu. - Corps et biens.

- Fabulateurs ! - Il a coulé à la pointe du Lido.

-Je vais porter plainte contre vous !

-C'est celui-lĂ  !

-Ah !

Oh !

Cris de la foule.

-Ah ! Qu'est-ce que vous me voulez ?

-Salut !

-C'est affreux !

-Quand t'y seras comme moi depuis 3 mois, tu t'y feras.

Évidemment, la nourriture n'est pas très bonne et les rats sans gêne.

- Tu es ici depuis 3 mois ? - Oui.

- Mais pourquoi ? - Des dettes.

J'ai plus de plaisir à dépenser l'argent qu'à le gagner.

- Ah ? C'est bien, ça. - Et toi ?

-J'ai failli faire fortune.

Mais Ă  cause d'un escroquerie...

Mais une escroquerie de rien du tout !

Quand je dis une escroquerie... - Raconte-moi ça.

-Une injustice.

- J'ai dit 5 pour un sequin. - Je ne discute pas pour si peu.

Vous ne connaîtriez pas l'armateur du Sagittaire ?

-Vous dites ? Sagittaire ?

Pourquoi ?

-Le capitaine m'a chargé de dire que le Sagittaire aurait du retard.

- Vous êtes sûr de votre fait ? - Oui.

Même qu'à Corfou, des matelots ont raconté à mes hommes..

..que le Sagittaire avait chargé en secret diamants et perles,

..amenés par caravanes.

-Ces barreaux !

Je voudrais les arracher et me jeter Ă  l'eau.

-On s'en tire toujours.

J'aurais pu me tuer 10 fois.

Tu ne moisiras pas ici bien longtemps.

Tu n'y entres que comme simple escroc.

Depuis qu'on a emprisonné quantité de notables pour escroquerie,

..le régime s'est amélioré.

-Le plus dur, ce n'est pas la prison.

La prison... C'est d'avoir perdu le bateau.

Avec tout ce qu'il y avait dedans.

Devine ce qu'il y avait dans mon Sagittaire.

2 sacs de pierres précieuses.

Avec des perles du golfe de Perse !

Je les avais achetées à un émir de l'intérieur,

..qui les avait eues comme butin de guerre.

Hélas, tout cela est à l'eau. Avec les poissons et les algues.

Je ferais mieux d'aller m'y jeter !

-Il est toujours temps de partir.

L'as-tu vu couler ? - Puisque je te dis...

- L'as-tu vu couler ? - Non.

-Alors !

-HĂ© ! HĂ© ! Le Sagittaire est en vue !

Le bateau Ă  Volpone !

-Il a coulé !

- Il a doublé le Lido. - C'est le vaisseau fantôme.

-C'est faux !

-Venez voir !

-J'y vais.

-Je me porte garant de sa dette.

C'est un malchanceux mais honnĂŞte homme.

-Alors, signez.

-Il sera libéré contre votre caution.

J'attends l'ordre de l'officier de justice.

- Je peux lui parler ? - Oui.

-Il n'y a que toi qui me donnes de l'espoir.

Ah, si !

Oh, je... ah !

Ah !!

Tu sors d'ici, tu verras.

- On dit ça. - Je ne t'oublierai pas.

Je n'oublie pas.

Ni les gentillesses ni les méchancetés.

Si je sors d'ici, Venise entendra parler de moi.

Je serai riche. Très riche.

-Attends d'ĂŞtre riche.

Pour me sortir d'ici, attends d'être très riche.

Et je serai sûr de ne pas y retourner trop vite.

- Nous nous portons garants. - La caution a été déposée.

- Comment ? - Par qui ?

-Le seigneur Corbaccio.

Il a eu pitié de cet honnête homme.

-Crapule !

-Vous devriez prendre ma bague en garantie.

-Non, rien. Si votre bateau est définitivement perdu,

..vous me rembourserez quand vous le pourrez.

Si par extraordinaire vous le retrouviez,

..vous me donneriez 10 000 sequins.

Vous n'aurez qu'Ă  me signer une reconnaissance de dette.

-Oh, vraiment, je ne sais comment vous remercier.

-Ne me remerciez pas. Vous me fâcheriez.

Il faut ĂŞtre bon. Vous me signerez une reconnaissance de dette.

-Messire Volpone.

Il ne faut plus vous tourmenter.

- Que voulez-vous ? - Vous ĂŞtes honnĂŞte homme.

- HonnĂŞte homme ? Qui ? - Mais vous !

J'ai retiré ma plainte.

-Vous ĂŞtes gentil, vous aussi.

-Le Sagittaire !

Il est Ă  quai ! - A quai ? A quai ?

Tu le savais vieille ordure !

-Voulez-vous insinuer que j'ai agi par intérêt ?

-Lui, peut-être, mais pas moi. Mon dévouement vous est acquis.

-Le mien aussi. Je vous le prouverai.

- Vous avez dit "vieille ordure" ? - Si on ne peut plus plaisanter.

-Mosca ! Vous êtes libre. Le seigneur Volpone a payé.

-Le seigneur Volpone a tenu sa promesse, M. le Lieutenant.

-Hier en prison. Aujourd'hui, un palais.

Toujours supérieur à l'adversité.

J'aurai toute la ville autour de ma table.

Le comte Rinaldi, le prince Bragatta.

MĂŞme un juge au grand conseil.

Le juge avait retenu un saumon pour lui.

J'ai dit au cuisinier d'acheter le saumon.

Je verrai le juge. Ainsi que les 3 coquins.

Corbaccio, Corvino et Voltore. - Cela fait beaucoup.

-Tu verras les plus belles femmes de Venise.

La comtesse Rinaldi, la duchesse de Ferrare.

Jamais tant de beautés n'auront été retenues autour d'une table.

La table d'un humble mortel. Ce sera somptueux, ce sera superbe,

..Mosca...

-Vos invités sont en retard, Messire Volpone.

-L'exactitude est pourtant..

..la politesse des grands. - Il y a beaucoup..

..de fièvre en ce moment à Venise. On meurt beaucoup.

J'ai croisé 3 gondoles..

..de pompes funèbres. - Je me suis senti mal avant-hier.

J'ai décommandé le souper et fait prévenir mes hôtes de marque.

- Ah ? - Vraiment ?

-Et nous ?

-Aucune importance.

-Le précédent propriétaire est mort des fièvres.

-Le palais n'est peut-ĂŞtre pas sain.

-Nous mourrons tous.

-Pour ça, nous ne sommes pas pressés.

-Je ne me sens pas bien. Vous m'excusez ?

Que cette franche gaieté continue à régner.

-Il comptait sur un juge du grand conseil !

-Quelle mine. Il est bien touché. Le blanc de l’œil est jaune.

-Ce grand corps..

..semblait solide.

-Les mauvaises maladies lui ont pourri l'intérieur.

- Il va s'écrouler. - Il aura si peu profiter du palais.

Bien mal acquis...

-Tu as entendu ? Les mauvais singes.

Tout ce que l'humanité a d'infamant.

- Pourquoi ne pas les ignorer ? - Quand on m'offre l'occasion..

..de mépriser davantage, je suis ravi.

-Moi, si je possédais votre or, je m'offrirais un vrai guignol..

..et je tirerais les ficelles.

-C'est un plaisir qui me coûterait cher.

-Non, l'odeur seule de l'argent suffit à soûler les hommes.

Vous leur faites flairer les écus.

La tĂŞte leur tourne. Les femmes rampent vers vous.

Les poètes vous encensent. C'est la magie de l'argent.

-Si j'étais sûr de garder l'argent, quelle magnifique mystification.

-Essayez pour voir.

Ricanements des convives.

- J'ai une idée. - Oui ?

-Ils me croient malade. Je ferai le malade.

Mais un malade dont l'état empire d'heure en heure.

Un malade moribond.

Je n'ai pas de femme.

Pas de femme, pas d'enfant.

Pas d'héritier.

Et qui ? Qui héritera de Volpone ?

La bave leur en coule autour de la bouche.

La danse commence autour de mon or, l'or de Volpone.

Ce cher Volpone, le pauvre Volpone.

L'ami Volpone.

Les hommes m'offrent de l'argent,

..les femmes m'offrent...

-Une des plus belles situations.

-Il faut que tu m'aides, toi.

Il faut les forcer. - Comptez sur moi.

Je leur ferai tirer la langue.

-HolĂ  !

Qu'on apporte le déjeuner !

- Il n'est pas mort ? - Pas encore.

-Le maître est réveillé ?

-Les moribonds ne dorment guère.

Joue une dernière fois son air préféré.

J'ai bien peur qu'il n'entende plus sonner les cloches de Venise.

Mais ne laissez rien voir. Gardez la mine réjouie.

Mettez de l'entrain et de la gaieté dans le service.

Du mouvement !

L'allégresse est de bon aloi.

-L'argent, l'argent dont tous les gens.

Fou, qui le cache dans son coffre.

Fou, qui l'épargne, fou qui l'offre.

Très fou qui le prête à loyer.

Plus fou qui l'use Ă  festoyer.

Crache dessus ou bien le baise.

Ton affaire est toujours mauvaise.

De malice, ton sac est plein. Va !

C'est l'argent le plus malin.

-Merci, mes chers amis.

Merci Ă  toi brave chanteur.

Serait-il vrai que la musique puisse guérir les malades ?

Quelle nuit j'ai passée.

J'ai bien cru ne pas ĂŞtre vivant ce matin.

J'ai besoin d'un peu de repos.

Merci mes chers amis pour vos bons soins.

Laissez-moi seul.

-Ils sont partis ?

-Je ferme le verrou.

Maintenant, ne vous gĂŞnez plus.

Vive la bonne humeur !

-Aaah !

Salut, mon or !

Soleil Ă  moi, richesse de ma richesse.

Emplissez mes mains, graines de ma moisson.

Sonnez dans mes doigts.

Mais toi, Mosca, pourquoi ne salues-tu pas mon or ?

- Il me fait de la peine. - Pourquoi ?

-Il est prison dans vos coffres.

Si je pouvais, je le ferais voler !

-Lui donner la liberté quand j'ai eu si peine à l'enfermer ?

Qu'en ferais-tu ? - Moi ?

-Hep !

-Une nuit d'amour avec Dona Maria.

Un ami de brocard pour affrioler les femmes.

Une noce puissante avec des copains.

Mon portrait par le Titien. La noblesse du pape.

-Halte lĂ , c'est que tu en verrais bientĂ´t le fond.

Ah ça, pousse...

C'est...

As-tu bien répandu le bruit que mon testament était fait,

..avec un blanc en lieu du nom du légataire ?

-Oui, mais ils trouvent que l'agonie traîne.

- Qui, ils ? - Les favoris.

Voltore, Corbaccio, Corvino. - Crie sur les toits..

..que je n'en puis plus. - J'y cours.

- Attends. Comment t'y prendras-tu ? - VoilĂ , j'entre chez Corbaccio.

-Seigneur Corbaccio !

-Mosca ?

-Il se meurt.

Vous avez toutes les chances. Je suis venu vous prévenir, seul.

-Alors, on ne te voit plus !

-On a visité la villa du doge.

-Bravo !

-Des nouvelles de Volpone ?

-C'est la fin.

-Commande des fleurs. Tu auras ta part.

- Le vieux ? - Foutu !

- Un verre ? - Plus tard.

Signore Corvino !

-Il ne passera pas la nuit.

Je viens vous prévenir. Vous seul.

-Colomba !

Colomba !

-Mon ami ?

-Je sors rendre les derniers devoirs Ă  Volpone.

- Tu me laisses seule ? - Défense de quitter la maison,

..de te mettre Ă  la fenĂŞtre !

D'ailleurs, je t'enferme Ă  double tour.

-Bien, mon ami.

-Deux.

Trois.

Inspiration. Respiration.

Flexion de la jambe, nous disons.

Léger mouvement du tronc.

-Quelle générosité, M. le Notaire.

Sacrifier votre temps précieux à notre pauvre maître.

Chuchoté : Doucement, doucement.

Vous avez établi le testament comme demandé ?

- Oui. - Vous l'avez ?

-Je ne m'en sépare pas. Ne manque que le paraphe.

- Il y sera. - Et le nom de l'héritier.

Les gens sont malveillants. Mon nom écrit de ma main,

..c'est délicat. - Oui.

-Oh...

- Fiez-vous Ă  moi. - Ne le bousculez pas.

La seule vue d'un testament peut effaroucher.

Il ne faut rien brusquer.

Mais ne pas trop traîner.

J'ai apporté une jolie coupe.

J'aurais bien aimé la lui offrir. - C'est gentil.

J'ai bien envie de le réveiller.

Ça le contentera tant.

Messire Volpone ?

-Hum ?

-M. le Notaire vient prendre de vos nouvelles.

Il est le 1er. - Remerciez-le.

-Il vous a apporté une belle coupe.

Pour boire quand vous serez mieux. - Oh, le brave ami !

Dis-lui..

..de revenir souvent. - Vous entendez ?

-Je ne vois plus très clair, mais je puis encore toucher.

-Tenez, prenez-la.

-Comment vous sentez-vous mon bien cher ami ?

-Comme elle est lourde. Qu'il est gentil de penser Ă  moi.

-Si je pouvais vous offrir ma santé !

-Ça vaudrait mieux. A quoi me sert mon argent ?

Mes 3 maisons, mes 400 000 sequins,

..mes bateaux, mes pierres précieuses ?

Je n'ai plus que vous.

-Vous entendez ?

-Je n'en ai plus pour longtemps. Que Dieu me pardonne mes fautes.

J'ai trop aimé l'argent. J'ai trompé mon prochain.

-Vous ĂŞtes le plus honnĂŞte de Venise.

-Comme il est bon.

Il faudra faire dire des messes pour le repos de mon âme.

Je suis fatigué.

-Il est bien bas.

La porte s'ouvre.

Chuchoté : Sûrement le médecin.

Ou le prĂŞtre.

Sortez par lĂ .

Il vaut mieux qu'on ne vous rencontre pas.

Soyez tranquille.

Dès le dernier soupir, je suis chez vous.

-Mosca !

-Très bien. Tu es en progrès.

Quel autre attend ? - Ce doit ĂŞtre Corvino.

-Après le vautour, le corbeau.

Tâchons de lui étriller la peau.

-Vous montez les escaliers ?

Vous abandonnez vos coffres ?

Qu'est-ce qui vous amène ? Une affaire ?

-Vos sentiments ne valent pas mieux que votre crédit.

Je ne prĂŞterais rien dessus.

-Pas besoin de vos prĂŞts !

-Messieurs, on parle bas dans la maison d'un mort.

-Ça y est ?

- Il fait un somme. - Ça traîne encore !

-Un peu de patience.

- Qui entrera le 1er ? - C'est moi.

-Non, moi.

-Tirons au sort avec une pièce d'or.

J'attends.

- Pile ! - C'est face.

Suivez-moi.

-Et ma pièce ?

-Elle est en sûreté.

-On ne peut pas le laisser souffrir.

Un médecin de mes amis m'a indiqué une drogue de sa spécialité.

- Ah oui ? - Il paraît que ça calme.

Que ça calme énormément. - Tiens, tiens.

-Oui !

Les souffrances sont très abrégées.

Je m'en suis fait donner une petite fiole.

-Il a une terrible défiance pour ce qui vient des médecins.

Moi aussi, je connais un médecin excellent.

- Non, pas de médecin. - Pourquoi ?

-Des charlatans qui se mêlent de déranger le travail de Dieu.

A sa place, je ne penserais qu'Ă  mourir sans crier gare.

Le testament est fait ? - Il manque le nom de l'héritier.

-Alors qu'il est peut-être en train de râler ?!

Tiens, c'est nouveau, ça ? Cadeau de qui ?

- La coupe ? Du notaire. - Pour avoir l'héritage.

- Je me demande. - Ça crève les yeux.

Qu'en dit Volpone ? - Oh, il n'a plus sa tĂŞte.

Un cadeau et vous devenez son meilleur ami.

-Ils veulent l'héritage et y mettent le prix !

A partir d'aujourd'hui, j'intéresse Volpone à mes affaires. Dis-lui !

VoilĂ  un 1er acompte de 300 sequins.

-Il prendra cette médecine plus facilement que votre flacon.

Quand le vieux grigou entend sonner les ducats,

..on dirait qu'il soulève le couvercle de son cercueil.

-C'est votre ami Corvino, qui est ici.

De l'argent, de l'argent, 300 sequins.

Votre ami Corvino vous apporte 300 sequins.

-Oh, Corvino !

300 sequins. Oh, merci, merci.

Oh, oh, noble ami.

-Vous entendez ? Noble ami.

Jamais il n'avait dit cela Ă  quiconque.

C'est le moment de placer un petit discours bien senti.

-Ah, Messire ! Si je pouvais donner mon sang pour vous rendre la santé,

..je n'hésiterais pas. Ma femme prie pour vous toute la journée.

Et j'ai décidé de vous intéresser à mes affaires.

-Oh, quels braves gens.

Oh, que c'est triste de mourir,

..quand on est entourés d'amis pareils !

-Il en a les larmes aux yeux.

Corbaccio doit s'impatienter. - Ce vieil usurier ?

Ce squelette de 85 ans ? Que vient-il faire ?

- Il vient chaque jour. - Chaque jour ?! Je reste !

Je ne suis pas tranquille. Je reste auprès de vous, mon cher.

-Mosca ?

Évadez-vous ici !

-Compris.

-Vous n'accompagnez plus Madame au sermon le vendredi ?

-Elle s'y rend seule ? Qui te l'a dit ?

- Tout Venise le sait. - C'est une plaisanterie.

-Ne vous fâchez pas.

Je répète la rumeur. - Qui t'a dit qu'elle y était ?

Je le lui ai défendu. - Vous devez être tranquille.

Hum...

Voulez-vous que j'aille voir si elle est chez vous ?

-Je suis assez grand pour la surveiller moi-mĂŞme.

Ta, ta, ta !

Riez et gardez l'argent ! Un jour, il pourrait bien se sauver !

-Pas de danger ! Moins que pour Colomba.

- Ça me regarde. - Mon cas aussi.

- Où étais-tu ce matin ?! - Seigneur !

-Ah, ah ! Tu as pâli !

Où étais-tu ? - Là où je devais être.

A la maison.

- Pourquoi es-tu si pâle ? - Vous m'avez effrayée en entrant.

- Jure que tu étais ici ! - Je te le jure.

-Naturellement, un faux serment de plus ou de moins, qu'importe !

Quand as-tu vu Mosca ?

-Quel Mosca ?

-Tu ne le connais pas ? Lui te connaît, pourtant.

Il parle de tes charmes et dit que tu t'affiches au sermon !

Il a l'air d'en savoir. - Quelle abomination.

Que lui ai-je fait à cet inconnu ? Je n'ai pas quitté la fenêtre.

-Pas quitté ?

Ne t'ai-je pas interdit d'ouvrir ?

- MĂŞme par cette chaleur ? - Pour te montrer !

Échanger des regards, voire des billets doux !

Si je suis riche,

..et que ce Volpone se décide à crever,

..tu verras, je te ferai surveiller par des eunuques !

-J'aime faire visite aux mourants. Oui...

J'en ai vu beaucoup, déjà. J'ai 85 ans.

4 frères morts avant moi, 2 sœurs, des amis, des ennemis.

Je vis toujours.

J'en ai vu plus d'un refroidi depuis longtemps.

Je les enterre tous.

Celui-lĂ , je l'ai connu tout fringant.

Eh bien, tu vois ? Comment va-t-il aujourd'hui ?

- Très mal. - Bon. C'est la fin.

Le pouls ? - Imperceptible.

- Bon ! Le souffle ? - Sifflant comme un tuyau.

- Bien ! L'urine ? - Rouge comme du vin vieux.

-Parfait, très bien.

- Et la langue ? - Dure, sèche, épaisse.

Une vraie semelle. - Excellent !

La sueur, chaude ou froide ?

- Froide comme une cave. - Ça ne traînera pas.

Je m'y connais.

J'en ai vu beaucoup, déjà.

Le moment vient, c'est l'air qui manque.

- Ah oui ? - Oui.

Comme une pompe.

Pump ! Pump ! Pump !

Et puis, ça ne remonte plus.

Fini !

Le testament est fait ? - Il est fait, oui.

M. Volpone a convoqué aujourd'hui le notaire.

Il veut faire un codicille. - Mais pourquoi ?

Il ne va pas changer mon legs Ă  moi ?

Vous me l'avez montré. 20 000 sequins à Corbaccio.

On n'a pas le droit de changer ce qui est écrit.

Il n'en a plus la force.

Approchons-nous.

Volpone ?

Eh bien, tu vois ? - Hélas.

-Messire Volpone, m'entendez-vous ?

Il n'entend mĂŞme plus.

Essaie donc. - Il n'a plus sa connaissance.

-Essaie encore.

Dis-lui que c'est son vieil ami Corbaccio.

-Messire Volpone. C'est cette canaille de Corbaccio.

- Chut ! - Ça ne risque rien.

Il s'impatiente ! - Tais-toi ! Tais-toi !

Vous avez peur ?

HĂ©, Volpone ! Fripouille du Levant !

Pas encore fini d'empoisonner Venise ?

Pas encore crevé ? Ramolleur de filles !

Et avaleur d'argent ! Et grande gueule de carton !

-Alors ? Il faut encore t'enterrer toi aussi ?

Ah, tu t'es moqué du vieux Corbaccio.

Souvent. Parce qu'il était vieux.

Parce qu'il s'habillait mal.

Qu'il ne profitait pas assez de la vie.

Il va t'enterrer tout de mĂŞme !

Il n'est plus en état de faire un codicille.

-Qui sait ? Un mieux passager...

Le notaire a apporté cette coupe pour le codicille.

Corvino a donné 300 sequins. - Ah ?

-Méfiez-vous. Je crois votre legs solide, mais...

- Un cadeau ? Je n'ai rien. - Cet anneau.

-Il vaut 1 000 sequins. J'en ai donné près de 150.

Non, c'est trop. - Mais il s'agit d'en sauver 20 000.

-Non. J'en ai un autre. Je cours le chercher.

Il lui paraîtra bien aussi beau. Pour ce qu'il y voit clair encore.

-Il peut reprendre connaissance entre-temps.

Vous aurez l'anneau après la mort. - A quelle heure vient le notaire ?

- D'un moment Ă  l'autre. - Tu le lui retireras du doigt,

..dès sa mort ? - Dès sa mort, mais pas avant.

-Si je reviens Ă  temps, nous le changerons avec l'autre.

- Oui. - Les affaires sont difficiles.

-Il n'y a plus personne ?

Ferme la porte.

Mosca, maintenant que nous avons gagné notre journée,

..buvons à la santé de ces imbéciles.

-D'accord, cher Maître.

-Ah !

-Je fais appeler les musiciens ? Et peut-ĂŞtre ramener des femmes ?

-Oh, oh !

-Colomba !

C'est pour aimer que Dieu te fit si belle.

Colomba !

C'est pour aimer que tes bras sont si doux.

Tes yeux sont de magiques étincelles.

Ta voix, une musique qui ruisselle.

La nuit, déjà, s'achève.

La vie, aussi, est brève.

Colomba.

C'est pour aimer que Dieu te fit si belle.

Colomba.

Ouvre ton cœur et vis sans perdre un jour.

Entends la sage raison qui t'appelle.

Vois-tu ?

Qui t'en...

Ah !

Le chanteur jure en vénitien.

-A demain.

-Grrr...

-Calina ?

Que viens-tu de mettre au bas ? - Je rattachais ma jarretière.

-Je me plaindrai à ton maître. Il va m'épouser, ton maître.

- Non ? - Nous nous aimons.

- Il a 50 ans. - J'aime les vieux.

- Pas possible ? - Je serai sa femme.

- Tu guignes l'héritage. - On dit qu'il va mourir.

J'en doute. - Tu l'épouses pour sa richesse.

- Ce n'est pas ça. - Tiens !

-Moi aussi, je croyais qu'il était ennuyeux d'avoir le même homme.

Quand on en a toujours changé,

..cela devient ennuyeux.

Je voudrais essayer maintenant avec un seul.

- Oui ? - Un peu âgé.

Pourquoi pas Volpone ? - Oui.

-Et puis, ma grand-mère était une enfant naturelle.

Ma mère aussi, et je le suis.

Je veux un enfant légitime. - C'est légitime.

-Tu vois ? Je suis raisonnable.

- Tu connais les formalités ? - Pas très bien.

-Il te faut 2 témoins honorables. Je t'en indiquerai deux si tu veux.

- Oui, Mosca. Mais qui ? - Corbaccio, le prĂŞteur sur gages.

- Qu'il est dégoûtant. - Comme mari, mais comme témoin...

Corvino. - Le mari de Colomba ?

-Oui. Je te conseille d'aller les voir ce matin.

Ne parle pas de moi. - Merci, j'y vais.

-Ils ont fait danser le lit toute la nuit.

- Le vieux vit encore. - C'est Mosca qui s'est amusé.

Il sirote son vin, picore ses mets. - Pourquoi se gĂŞnerait-il ?

- Félicitations pour votre mariage. - Avec qui ?

- Canina. - Elle le croit, je l'ai gratis.

-En voilĂ  une qui n'est pas venue pour l'argent.

Soyez fier d'inspirer de tels sentiments.

-Rien de tel que ce vin des îles pour réparer les forces.

- Jamais le matin. - Tu me tiendras compagnie.

Messire Voltore, à votre santé, ne vous souciez pas de la mienne.

Corbaccio, Ă  mes 100 ans ! Ah !

Aux beaux yeux de votre femme, mon cher Corvino.

Jamais je ne me suis senti si heureux.

- J'aime Ă  vous voir ainsi. - J'aimerais que les autres voient.

Ils n'ont pas été assez punis.

-Ne vous souciez pas de cette racaille.

-Je leur broierai les joues. Je ne suis pas méchant, Mosca.

Mais il m'a fallu venir ici pour me rendre compte..

..de l'abaissement de l'humanité. Charognards !

Mosca.

20 sequins.

20 sequins si tu me trouves une punition..

..pour Corbaccio et Corvino. Quelque chose de sérieux.

Mosca.

30. - 30 sequins ?

VoilĂ  de quoi me huiler l'imagination. Laisse-moi penser.

Supposez que j'arrive à ceci. Que Corvino vous amène votre femme,

..et la fourre dans votre lit ?

-Ah !

Lui qui la garde si jalousement !

- Aurais-je volé mes 30 sequins ? - Ça en vaut 50, mais tu rêves.

- Je ne prétends pas réussir. - Corbaccio.

-Dans l'état où il vous a vu, il s'estime sûr de vous survivre.

Il est capable de vous faire son héritier pour devenir le vôtre.

-Il déshériterait son fils, le Cap. Léone ?

-Pourquoi pas ?

-Embrasse-moi !

Bois un coup et cours les rejoindre.

- Tout de suite ? - Tu m'as excité le sang..

..avec cette histoire de Corvino. - Je vous demande de déjeuner.

-A ton âge, on digère en courant vite. Ouste !

-Impossible mes amis.

-Le carnaval commence demain.

Les étrangers sont là. C'est le moment propice.

-J'ai mieux Ă  faire pour le moment..

..que de détrousser le milord et le boyard.

- Quoi ? - J'ai de vastes pensées.

Excellence !

Je vous cherchais justement, Excellence.

Où allez-vous ? - Faire brûler un cierge..

..pour notre réussite.

-C'est bien les cierges, mais n'y comptez pas trop.

Aide-toi, le ciel t'aidera.

-Comment va-t-il ?

-Bien mieux.

-Pas possible.

-Un mieux extraordinaire. Il s'est redressé dans son lit.

Et il a demandé à manger.

Ça n'est pas le plus grave.

Savez-vous ce qu'il a réclamé soudain ?

Devinez. - Je l'ignore.

- Une femme. - Pas possible.

-C'est dangereux. Ça peut le foudroyer.

- Amène-lui-en une. - Canina ?

- Oui. - Vous savez ses projets ?

- Non. - Elle n'est point venue ?

Je crois servir vos intérêts en l'écartant de sa couche.

- Trouve-lui-en une autre. - Le marchand, votre voisin,

..nous a proposé sa fille. - Sa fille ?

-19 ans. Une des 7 ou 8 pucelles de Venise.

Dont on puisse répondre. Il l'amène ce soir.

-Il ne faut pas le laisser venir.

-Le marchand aurait une idée de derrière la tête ?

-Il espère chiper l'héritage en un tour de main.

- Il faut sortir de lĂ . - Oui, oui.

Je pensais que vous m'aideriez. C'est vous le plus intéressé.

Vous ne voyez rien ?

-Croyez-vous que ce lieu convienne à cet échange ?

- Dieu nous voit partout. - C'est égal. Sortons.

-Canina.

Justement...

Elle doit aller chez vous. Cachez vos sentiments, hein ?

Il est important que nous gardions sa confiance..

..et qu'on continue Ă  lire dans son jeu.

J'ai une course Ă  faire au Rialto, mais je reviendrai.

Celui-lĂ  vend sa femme. L'autre vendra son fils.

Ils vendraient Dieu s'ils l'avaient sous la main.

L'argent, l'argent, l'argent.

A tous les étages, tout le long des rues,

..par toute la ville, par tout le monde.

Je vais les faire danser.

- M. Corvino ? - Moi-mĂŞme.

De quoi s'agit-il ?

-M. Corvino, je suis embarrassée.

On peut dire sur moi telle ou telle chose.

Mais je ne suis pas mauvaise. - Je t'écoute.

- Si j'épouse Messire Volpone... - Si tu épouses ?!

Bonne idée.

Très bonne idée. - Dans ce cas,

..vous accepteriez d'être un de mes témoins de mariage ?

-Un des témoins ? Oui ! Nous en reparlerons.

Ça n'est pas immédiat ? - Oh si.

Nous allons mener l'affaire rondement.

-Reviens me voir demain.

Compte sur moi. - Comment vous remercier ?

Si de mon côté, je peux vous faire plaisir,

..ne vous gĂŞnez pas.

- Tu le savais ? - Quoi ?

- Ce projet de mariage. - Oui.

-Et Volpone accepterait ?

-S'il y a promesse de jouissance sans dépense, il en est capable.

-Mais il ne se contentera pas d'une courtisane.

Il a une autre proie. - Avec la fille du marchand,

..nous évinçons Canina sans peine. - Qu'en penses-tu ?

C'est aussi dangereux.

-C'est Ă  choisir.

-Il faut que je parle Ă  ma femme. Oh...

Reviens, je suis trop troublé.

-Et puis, vous n'avez pas besoin de l'héritage de Volpone,

..si énorme soit-il.

-Écoute, Mosca.

Il est des circonstances oĂą le devoir prime tout.

- Pour des âmes courageuses. - Même s'il nous en coûte ?

- C'est à cela qu'il se reconnaît. - Mosca.

Il me semble que mon devoir est de ne pas abandonner Volpone..

..aux basses tentations. - Bravo, Corvino.

-Volpone est mon ami.

Et non un étranger.

Ma femme et moi pouvons bien faire quelque chose pour lui.

-Naturellement. Et une demie-heure est vite passée.

Les morts ne parlent pas. - En somme, Ă  ma place...

-Je n'hésiterais pas.

Et je trouverais cela moins humiliant..

..que si ma femme allait s'ébattre à mon insu.

Du moment qu'elle m'obéit, l'honneur est sauf.

- Tu crois que le moyen est sûr ? - Je n'en vois pas d'autre.

-Oh, lĂ , lĂ .

Oh... écoute !

Va dire Ă  Volpone. - Quoi ?

-Qu'il ne trouvera pas d'ami comme moi.

Et que pour consentir Ă  telle chose,

..je place haut l'amitié.

Et que...

Oh, lĂ , lĂ . Et que...

-Vous serez lĂ  ce soir, avec Colomba. Bon.

Bon.

-C'est cet anneau ?

- Vous le trouvez joli ? - Il n'est pas vilain.

Pas vilain.

Chaude... douce...

Belle pierre.

Pur orient. Diamant des Indes.

-Chez moi, j'en ai de plus gros.

-Parce que c'est vous, 2 000 sequins.

-Il vaut tant que ça ?

-2 000 sequins.

-Oh, mais alors, regardez cette chaîne.

-Or... massif !

-Il y a aussi le pendentif. Faites-le sortir de son nid.

-Ah...

Comme c'est blanc.

Comme c'est chaud.

Comme c'est beau. - Vous le trouvez beau ?

-3 000 sequins.

Faut-il le remettre en place ? - Remettez-le dans sa cachette.

Le pauvre.

Je n'ai pas besoin d'argent pour le moment.

Mais vous pouvez m'aider d'une autre façon.

Écoutez Je voudrais épouser Volpone.

-Épouser Volpone ?!

Oh, folle, folle.

Mais il va mourir, Volpone.

Déjà froid, Volpone.

-Je vous demande..

..d'être témoin. - Moi ?!

Témoin de la mise au cercueil ?

Que le pouls ne bat plus ?

Que le sang n'est plus ? - Témoin de mariage, M. Corbaccio.

-Témoin d'enterrement tant que vous voudrez.

Allez ! - Oh, M. Corbaccio.

-Allez !

-Alors... au revoir, M. Corbaccio.

-C'est Canina qui me préoccupe.

Quand elle s'en mĂŞle, elle ferait tourner la tĂŞte Ă  un saint de bois.

- Que veux-tu que j'y fasse ? - Il faut fournir Ă  Volpone..

..une preuve d'amitié telle..

..que nous poussons du coup tous les autres sous la table.

Canina, Voltore... - Un moyen qui ne coûte rien.

- Naturellement. - Bon, bon.

- Sauf 20 sequins pour moi. - Tu en auras 10.

-Faites un testament oĂą vous constituez Volpone..

..comme légataire universel.

-Que chantes-tu ? Déshériter mon fils ?

-Une demi-journée. A la mort de Volpone, votre fils s'enrichit.

Doutez-vous de survivre Ă  Volpone ?

- Non, bien sûr. - Alors ?

- Eh bien, je réfléchis. - A quoi ?

-A tous les risques de l'affaire.

Oh, pas mauvaise affaire.

Pas de débours, mais je vais m'en occuper.

- Eh bien, ça y est ? - Je ne l'aime pas.

- Pourquoi ? - On voit trop mes seins.

- C'est la mode. - Pas pour visiter un mourant.

-Laisse-moi seul juge de ce qui convient.

- Regarde, quand je me penche... - Eh bien ? C'est très joli.

Tiens, assieds-toi.

Viens !

Que je te parfume un peu.

-Mais pas tant. On ne va pas au bal.

-Dépêchons-nous.

Il faudrait que nous le trouvions vivant.

- J'ai perdu ! - Encore une partie.

- Je suis sans le sou. - Ton père en a.

- Pour tirer un liard de Corbaccio. - Autant tirer un pet d'un mort.

-Me feriez-vous cadeau de 500 sequins, capitaine ?

-Te voilĂ , racaille ?

Tu es toujours l'espion de Volpone ?

T'aurait-il mis sa botte au derrière ?

-Me donneriez-vous 300 sequins si je vous en procurais 300 000 ?

-Qui t'empĂŞche de te les procurer toi-mĂŞme ?

C'est le coup du trésor caché.

Ça ne prend pas avec un soldat.

-Vous me donnerez les 500 quand vous toucherez les 300 000.

Parole d'honneur et de soldat ?

-Toi, tu dois méditer quelque canaillerie.

-Bien entendu.

Si l'on pouvait gagner honnĂŞtement de grosses sommes d'argent,

..plus personne ne ferait pousser les salades.

Votre serment tient ? 500 ? - 500, c'est juré.

Faut-il se débarrasser de quelqu'un ?

-Il s'agit juste de ceci. Je vais vous confier un secret.

Vous attendrez pour vous en servir. - Je le jure.

-Bon. Votre père est le roi des usuriers.

Vous croyez que si le vieux claque, le magot vous revient ?

- A qui d'autre ? - Corbaccio vous a déshérité.

Il est chez le notaire. - Déshérité ?!

-Ôté l'héritage au profit d'un autre.

- Quel gredin a machiné ça ? - Votre serviteur.

Pour le compte de mon maître.

Je suis une canaille et vous ai vendu la mèche.

-Le vieux me déshérite. Pour ce coup, il ira en enfer !

-Allez, venez.

-Si tu m'as trompé, je te transperce !

-Gardez cette broche pour les Turcs.

-Non, j'ai peur, non, je ne veux pas.

Non, non.

-Assez. Qu'est-ce que les gens doivent penser ?

- Me laisser seule avec un étranger. - Mais non, c'est un ami.

Souris.

Voici mon épouse Colomba, qui veillera sur votre sommeil.

-Belle enfant.

Suave enfant. Restez, restez près de moi.

Heureux Corvino. Vous avez une femme délicieuse.

Moi, je ne suis guère plus qu'un pauvre vieux moribond.

C'est une bien grande compassion de ne pas m'abandonner..

..pendant mon agonie.

-Je reste auprès de vous. Je vous soignerai.

Je chasserai vos idées noires.

Qu'il me fait de la peine. - Tu avais tort de t'inquiéter.

Ne t'effraie pas si la fièvre l'agite un peu.

Je reviendrai. - Et s'il bafoue mon honneur ?

-Je me charge de le défendre.

- Il ne fera rien ? - Mais non. Pour ainsi dire.

Adieu, cher ami. - Adieu !

- Ma femme veille sur vous. - Oui...

Laissez votre main...

Je la réchauffe. Une belle main, jeune...

Un brave sang jeune.

La chaleur, ça fait du bien.

-Quand ma grand-mère avait des douleurs,

..elle mettait un lapin sur ses jambes.

Ça la soulageait.

- Doucement, doucement. - Si tu t'es moqué de moi !

-Volpone a bonne ouĂŻe. Mettez-vous lĂ .

Votre père va venir. Vous saurez vous contenir ?

-Sois tranquille.

-Je reviens.

- J'apporte une couverture. - Pas de couverture.

La main.

La main.

Vous voulez que je guérisse ? - Mais bien sûr.

Je vais réciter un pater. - Le veux-tu vraiment..

..que je guérisse ? - Oui.

-Alors, je vais guérir.

Je sais un charme.

Il suffit qu'une personne vertueuse vous pose la main sur le cœur...

Oh !

Oh...

Vous pose la main sur le cœur.

Et répète 3 fois "sois guéri".

La personne se lève. Elle est guérie.

- Où avez-vous entendu cela ? - Dans le "Décaméron"..

..ou quelque autre livre de piété.

Voyons, essayons.

-Oh...

Mais... - Et dites 3 fois,

.. "sois guéri, Volpone".

-Comment ? "Sois guéri, Volpone" ?

-Deux autres fois.

-Sois guéri, Volpone. Sois guéri, Volpone.

Oh !

Oh, un miracle, Madone ! Un miracle !

-Guéri ! je suis guéri, tu m'as guéri.

-Je cours le raconter Ă  Corvino.

-Nous le lui raconterons ensemble.

Je suis frais, dispos, je pourrais danser.

-Non, faites attention de ne pas vous refroidir.

-Reste avec moi. Ça change des mains molles.

Ces bras manquent-ils de muscles et de nerfs ?

Ces lèvres...

Ces lèvres n'en sont-elles pas chaudes ?

-Que faites-vous ?!

Couchez-vous, j'ai peur pour vous.

-Sois sans inquiétude, je suis solide comme 2 portefaix.

-Laissez-moi, je vous en prie !

- Tu m'as guéri, tu m'as ressuscité. - Non, laissez-moi.

-Tu m'as ressuscité !

-Lâchez-moi !

-Appelle au secours si ça te plaît.

-Je ne veux pas !

Laissez-moi !

-Nul ne t'entendra. Ne fais pas la sotte !

Tu finiras par me mettre en colère !

-Au secours !

-Ah ! Fripouille du Levant !

Je t'apprendrai Ă  souiller la femme de Venise..

..et à dépouiller leurs fils !

Je vais te guérir.

Au gibet ! A la potence !

Fripouille !

HĂ©, les sbires ! Un viol !

Le bouc du Levant a forcé une brebis vénitienne.

HolĂ , les sbires !

Reposez-vous, Madame. Et ne craignez plus rien.

Vite, les sbires ! Qu'on le mène au gibet !

Qu'on le fouette.

-Tu avais juré de rester tranquille.

-Ça faisait votre affaire. Je le crierai dans Venise.

Au gibet ! A la garrotte !

Qu'on l'étripe ! Qu'on le tanne !

-Il est mort ! Il a tué mon fiancé !

-Si j'avais tes fiancés pour soldats, j'attaquerais les Indes !

-Oh, il vit.

-Pour le gibet !

- Vous appelez ? - Venez !

-Ça n'est qu'une explication domestique sans importance.

Nous vous avons dérangé pour rien.

-Non, restez !

Léone, capitaine de la flotte.

Volpone, le Levantin, a tenté de violer une Vénitienne.

Je porte plainte. - A vos ordres.

Tu as voulu violenté cette dame ?

-Pas elle, qui coûte 5 sequins. L'épouse de Corvino.

Je témoignerai. - Vous témoignerez aussi ?

- Non, j'ai honte. - C'est bien fait !

- Vous êtes aussi témoin. - J'étais à l'autre bout du palais.

-Il me faut des témoins ! Et vous, qu'avez-vous vu ?

-Rien ! Tu es lĂ  ? Rentrons vite au logis.

-Personne ne bouge !

L'homme Ă  terre, c'est le Levantin.

La femme violée, c'est elle.

En route pour le tribunal. - Les témoins.

- Et le reste. - En route !

Je le pendrai moi-mĂŞme !

Il a enjôlé mon père.

A la potence !

-Halte !

Halte !

Halte ! Au secours !

Au secours ! A l'aide !

-La preuve !

Qui veut voir la preuve écrite ? A la potence !

-Ne vous emballez pas.

Le procureur jugera. En route, vous aussi.

Et l'accusé, en tête.

-Je n'ai rien vu. Messire Volpone ne peut marcher.

-On le fera porter ! Si vous refusez, on vous enchaîne.

-Un effort. Ils ont l'air méchant.

-Je ne veux pas y aller. Ils me tortureraient.

Mosca ! Mosca ! - Un procès, c'est un jeu de cartes.

Avec la main leste, vous gagnerez. - Ils me donneraient la question.

L'estrapade, j'ai déjà vu ça une fois.

Écoutez, Mosca. - Alors ?!

Descendez-le-moi !

-Ah ! Ah ! Ah, non !

Ne me touchez pas. Ne me touchez pas.

Je me ferai aider par Mosca et porter par mes domestiques.

Nous vous suivons.

-Aie l’œil sur eux. Ne m'obligez pas à revenir !

Allez, en route !

-On parle d'arrestation,

..de tentative de viol ? - Sauvez votre argent.

Léone porte plainte. Volpone sera pendu.

- Pendu ? - Et les biens confisqués.

-Sauvez-moi. Vous qui connaissez tous les tours de justice,

..je vous fais mon unique héritier.

De mon vivant, je vous donne la moitié.

Mais, pas de chevalet, pas d'estrapade !

- Qu'est-ce que Léone voulait ? - Le tuer.

- La moitié de mon vivant. - Vous pouvez le sauver.

-Les juges sont durs Ă  corrompre.

On peut les abrutir Ă  coups d'arguments.

Surtout, ne dites pas un mot.

Arrangez-le de façon qu'il ait l'air mort.

A tout Ă  l'heure.

-Tenez, une drogue du diable qui va vous retourner l'estomac.

-Oh !

-Ça serre moins la gorge qu'une corde de potence.

Il faudra vous poser des sangsues. - Tu veux me tuer ?

-Quand on veut passer pour malade, autant l'ĂŞtre vraiment.

-Vous saisissez ?

Votre femme est allée chez Volpone..

..sans votre aval. - Ça me déshonorera.

-Nul ne l'est plus Ă  Venise.

Et jurez que vous n'avez rien reçu de Volpone.

-Il m'a ruiné. Je lui ai donné mon argent, mes bijoux.

-Vous ĂŞtes donc homme d'honneur.

-Si je dis au juge que c'était une farce,

..Volpone va me déshériter. Il me coûte 3 000 sequins.

-Vous aurez l'héritage.

Mais soutenez-le ou tout est perdu.

3 000 sequins avec. - Perdu ? Non, je parlerai.

Perdus ? 3 000 sequins ?

Je ne ferai plus jamais d'affaire de testament.

Du prĂŞt sur gage. - Tout Ă  fait particulier.

Enfin, nous allons voir.

"Tentative de viol sur une femme mariée.

Plaignant, Cap. Léone."

Les témoins sont arrivés ?

-Tout le monde est lĂ , mais je parlerai Ă  la place de Volpone.

Le malheureux n'est pas en état de défendre son honneur,

..injustement attaqué.

-Quoi ?!

-Cet olibrius, dans une crise de fureur maniaque,

..s'en est pris Ă  lui.

Mon client,

..dont la vie ne tenait Ă  rien,

..est livré aux médecins qui tentent de le ranimer.

-Sa présence est nécessaire.

-Vous aurez pitié à sa vue,

..et si ce forcené avait un reste d'humanité,

..la seule vue.. - Combien te donne-t-il ?

Il ne paiera pas.

-Vous n'avez pas la parole. Faites votre rapport.

-Moi et mes hommes..

..étions..

..au cabaret, pour surveiller les propos des individus suspects.

Tout d'un coup, voilĂ  que l'on crie d'une fenĂŞtre, au viol !

Ça nous a bien paru drôle.

Il est rare de devoir en arriver lĂ  avec une femme Ă  Venise.

Nous avons grimpé dans la maison et trouvé ce monsieur.

- Le capitaine Léone. - Il ferraillait avec son épée.

Mais en fait de viol, nous n'avons rien vu.

Hélas. Il y avait juste cette dame.

-Colomba, épouse du marchand ?

-Elle pleurait.

Peut-ĂŞtre Ă  cause de ce qu'on lui avait fait,

..ou de ce qu'on aurait pu lui faire.

-J'ai dĂ» jeter..

..Ă  terre l'immonde individu.

-En effet, un homme se trémoussait comme un cochon.

- Volpone victime de cet ivrogne. - Il y avait encore celui-ci,

..qui rodait autour.

-Mosca. Profession ?

-Maquereau, rabatteur.

Le parasite, la mouche Ă  viande de Volpone !

Les pincettes dont il se sert pour fouiller dans les ordures.

-N'insultez pas..

..le témoin. - Garde-malade de mon pauvre maître.

-Celle-ci...

-Canina.

Quelle profession ?

-Simple particulière.

- Particulière ?! - Taisez-vous.

-Ils sont tous entrés.

Ça faisait un tapage. Alors, je les ai ramassés.

-Je vous remercie.

L'affaire me paraît embrouillée.

Déposez, l'accusateur.

-Le capitaine est l'accusé.

-Tu m'accuses, vieille perruque ?

-Vous insultez encore.

-Il ne trouve son excuse que dans le vin.

- Je suis allé chez le Levantin. - Sur invitation ?

-Je rougirais qu'il m'invitât.

Je venais secrètement. - Qu'on enregistre cet aveu.

-Silence, perruque. Qu'est-ce que je disais ?

Je venais secrètement car cette autre fripouille...

-Il existe donc..

..beaucoup de fripouilles.

-Il m'avait révélé que mon père venait de me déshériter.

-Vous entendez comment il parle de son père ?

- Un père qui déshérite son fils ! - Il avait de sérieux motifs.

-Tais-toi, fumeron.

Il m'embrouille.

J'entends crier au secours. - Illusion de l'ivresse.

Il était déjà sur le lit. - Un moribond, maîtriser une dame.

- Je lui tapais dessus. - Voici qui est vrai.

-Confirmez-vous cette version ?

-Laissez-moi aller. J'ai pardonné. Je supplie Votre Grâce.

-Je comprends votre gĂŞne. Mais la justice l'exige.

A-t-il fait violence ?

-Je ne sais pas.

-Mais alors, qui le saura ?

Je vous demande encore une fois.

Vous a-t-il enlacée ?

A-t-il procédé à des attouchements déshonnêtes ?

-C'est moi qui l'ai touché.

J'ai posé ma main et le miracle a eu lieu.

-Miracle ?

-Il a guéri.

-C'est un esprit faible. Expliquez-vous clairement.

-Non, j'ai honte ! Je veux aller Ă  la maison.

-Y a rien Ă  en tirer.

Parlez pour elle, Corvino.

-Elle m'avait entendu dire que Volpone était moribond.

Elle est venu me chercher au chevet du mourant que je n'ai pas quitté.

-Tu mens. Tu la lui as livrée.

- Celui-lĂ , c'est un sac Ă  vin ! - Et un perfide calomniateur !

-Je le jure par la bannière de Saint Marc ! Il l'a livrée !

-L'homme le plus jaloux de Venise.

-Qui me ferme Ă  clef.

-Le mensonge est prouvé.

-Je te couperai les oreilles !

-Cap. Léone. Dernière fois ! Vous ne respectez pas ce tribunal !

Vous ĂŞtes seul dans vos affirmations.

Votre père témoignera ?

-Son père qu'il a voulu assassiner ?

- Il s'est rué sur lui. - Il apportait la preuve..

..de la canaillerie.

Me déshériter ? Son fils unique ? Tenez, lisez.

-Permettez.

Il y a erreur.

C'est un papier anodin pour remonter mon pauvre ami.

Lui faire croire qu'il me survivra. Pieux mensonge Ă  un moribond.

-Un vieux bouc !

-Le voilà, le séducteur, le satyre !

Regardez ces yeux déjà pâlis par la mort.

Cette main flétrie, ce visage blême.

Ah, mon ami ! Mon pauvre et digne ami !

Tu te débats avec la mort. Et l'on doit défendre ton honneur.

Si tu parlais,

..tu confondrais l'insulteur. Mais tu gis, inerte !

-Inerte ?

Votre Excellence, permettez que je l'asticote un peu ?

Il dansera comme un ours savoyard. Une guérison miraculeuse !

Tenez !

-Capitaine Léone !

Rangez cette arme !

-Il reste un témoin. Calina. Ne vous intimidez pas.

-Je rougis devant..

..des hommes. Rires.

-Volpone a-t-il agi contre votre gré ?

-Contre !

-Il m'a traitée..

..en sainte. - Gredin !

-Quelqu'un connaît-il Volpone autre qu'en homme d'honneur ?

- Le meilleur des maîtres. - Ami parfaitement solvable.

-Le brave.

-Si je le perds,

..je perds tout. - La calomnie s'effondre.

Mais faites vite, Excellence.

Ses joues se glacent.

La sentence !

Rendez-lui l'honneur avant qu'il perde le souffle.

-Le tribunal,

..considérant que l'accusation portée contre Volpone,

..repose sur les dires d'un témoin en contradiction avec les autres,

..que la dame citée ne se plaint d'aucun traitement déshonnête,

..que l'époux de la dame ne nourrit aucune suspicion à cet égard,

..que l'invalidité de l'accusé..

..rend douteux son usage de la violence, et que chacun..

..souligne l'honorabilité de Volpone,

..décide : l'accusé est renvoyé des fins de la plainte.

Capitaine Léone.

Ne portez plus d'accusations si légères..

..accusations dont il serait loisible de demander réparation.

-Ignoble, absolument ignoble !

C'est moi qui ai menti ? Moi, capitaine de la flotte ?

Il se trouve un juge pour soutenir ces forbans ?

Tout ça parce qu'un capitaine de la flotte est sans le sou !

Et que c'est avec l'argent qu'on fait marcher les juges !

-Avec de l'argent ? Vous entendez ? Il vous accuse !

-J'ai entendu.

ArrĂŞtez cet homme.

Il sera poursuivi pour faux témoignage,

..et insulte au tribunal.

-Moi qui ai défendu cette racaille contre les Turcs ?

La peste sur vous tous et sur vos toits !

-Transportez le malade avec précaution.

Il faut préserver son état.

-Votre honneur vous est rendu. Il faut guérir vite.

-Triomphe pour vous, et pour moi.

Je me suis senti inspiré.

- Un regard pour votre Canina. - Mon ami Volpone,

..je suis là près de vous. Je ne vous ai pas quitté.

-Vous réalisez ce que j'ai fait pour vous.

-Mes amis, merci.

Les larmes me viennent aux yeux.

-Une coupe de vin.

La langue me brûle de mensonges.

-J'étais un peu fatigué.

Ah...

Je me sens mieux. Je me retrouve.

Je suis redevenu un nouveau Volpone.

-Vous avez votre brevet d'honnĂŞte homme.

-Il y a une justice.

-Le nom de l'héritier reste en blanc sur le testament.

Et vous allez voir les 3 compères.

A quoi pensez-vous ? - Au moyen de jouer un dernier tour.

- Lequel ? - Écoute bien ceci, Mosca.

Je fais mon testament en ta faveur. - En ma faveur ?

-Ne t'échauffe pas.

Héritier pour rire. - Je le prenais ainsi.

-J'ai écrit ton nom et tu envoies les pages crier que je suis mort.

-La plaisanterie est excellente.

-Le roi Carnaval fera son entrée aujourd'hui dans notre bonne ville.

Pleurez, citoyens.

Messire Volpone vient de mourir.

Sa Majesté, le roi Carnaval...

-Une coupe d'argent massif.

-Il est mort ?

- Une table de porphyre. - Il est mort ?

- 2 chandeliers de cristal. - Mosca, mon brave Mosca.

Il est mort ? - Voyez, j'achève l'inventaire.

-Donne-moi donc le testament.

-Il est prĂŞt.

-Il est mort ?

Vous avez été appelé comme notaire pour le testament ?

- Voulez-vous être témoin ? - Témoin seul ?

Façon de parler.

-Il est mort ?

Ah... j'avais vite compris qu'il ne se relèverait pas.

- Le testament. - Lisez-le !

-Nous attendons un juge du tribunal.

-Suivez-moi.

-Mosca.

Mosca !

Que vais-je..

..devenir ?

Es-tu sûr qu'il est mort ?

-Un simple coup d’œil vous convaincra. Vous voyez ?

Inerte, rigide.

-Ne peut-on le ranimer 5mn pour qu'un prĂŞtre nous marie ?

-On peut se tromper.

Si on prenait une chandelle..

..et lui brûlait les pieds.

-Ou un coup au cœur ?

-Pas ça, pas ça. Respectez le cadavre.

-Vous m'avez appelé..

..pour ouvrir le testament ?

-Il s'agit d'éviter toute contestation.

-Donnez-le-moi.

Nous avons 4 témoins ? Le décès de Volpone..

..est attesté par ces témoins ?

-Tous l'ont constaté.

-Ça nous dispense..

..d'appeler le médecin.

Reconnaissez-vous lĂ  le cachet de Volpone ?

Pas de contestation ? "Je soussigné, Volpone",

"dispose ainsi de mes biens par le présent testament.

"En reconnaissance de l'amitié qu'il m'a porté,

"de l'affection qu'il m'a prodigué,

..et désireux de payer ce dévouement exceptionnel..."

- Exceptionnel. - Exceptionnel, brave ami.

-Silence, vous.

-"D'une manière qui en soit digne,

"je désigne comme légataire universel,

..possesseur de la totalité de mes biens, mon ami Mosca."

-Mosca ?!

Comment ça ? - Mosca !

-Mosca ? Cette fripouille ?

-Mosca ? Très bien. Viens ici que je t'embrasse cher petit homme.

-C'est un faux !

Mosca l'a falsifié ! - Un faux de faussaire.

Je veux mes sequins. - Le papier est truqué.

Il n'a pas de valeur !

-J'élève une protestation. Il y a fraude quant au bénéficiaire.

-Je jure Ă  la face du ciel..

..qu'à moi-même, Volpone a dit que je serais son héritier.

- Il me l'a dit ce matin. - La mĂŞme promesse Ă  tous deux ?

L'un de vous ne fait pas erreur ?

- Ils se trompent. - C'est probable.

-La promesse de l'héritage a été faite à moi.

J'étais son ami. - Moi !

- Qui lui faisait des cadeaux ? - Des cadeaux de pouilleux.

Je lui ai donné 3 000 sequins plus un anneau de 1 000 sequins !

-C'est rien pour un usurier. Je lui ai donné mon argenterie.

Vous, ce n'était pas par amitié. - Pas par amitié ?!

Pas par amitié ?!!

Je lui ai tout donné ! J'ai déshérité mon fils pour lui !

-Je lui ai amené ma femme pour le guérir.

-J'entends des choses qui m'éclairent.

Ce que vous avouez ressemble aux accusations.

On a trompé la justice.

Détachez Léone du pilori !

- Le seul coupable, c'est Volpone. - Canaille des canailles.

-Tout à fait d'accord. Il a été un gredin.

La mort a sauvé le Levantin de la potence.

Mais pas tout Ă  fait.

Vous ferez suspendre le cadavre Ă  la potence.

Le peuple de Venise..

..verra comment finit un escroc. - Je danserai devant lui.

-Mais mon argent ?

Mes 3 000 sequins !

- Me permettez-vous ? - Vite, alors.

-Volpone, avant de mourir, m'a dit qu'il avait des remords.

Il a confessé avoir porté tort à ses amis.

Il m'a choisi car je l'avais servi sans calcul.

Sans convoiter son héritage.

Mais Volpone entend réparer. Tout ce qu'il a soutiré aux uns,

..il m'a chargé de vous le rendre.

- Vous êtes disposé à le faire ? - Oui, largement.

-Vous ĂŞtes un brave.

-Une petite prière.

Je vous demande d'épargner au corps la honte de la potence.

Je le ferai jeter dans le canal. - Tu es une bonne âme.

La grâce est petite. Fais-le jeter dans la lagune.

Mais le plus loin possible.

-Et moi ?

Et moi ? - Je t'achète un mari.

Je connais un Espagnol qui a un nom long comme le Grand Canal.

Ton enfant sera noble. - Tu es un amour.

-Je vous invite au festin funèbre..

..du regretté Volpone.

Amenez quelques amis avec vous. Il y aura musique et jolies femmes.

J'ai hérité de Volpone. Non de sa bile.

-Brave garçon.

-Loyal garçon. Je l'ai toujours dit.

-Vous pouvez compter sur ma sincère amitié.

-Mosca.

Tu es un amour, je t'adore.

-Un bahut sculpté.

-Tu as joué ton rôle à la perfection.

-Quel rĂ´le ?

-Tu as joui un temps de richesses imaginaires, allons, dégrise-toi.

-Mais qui ĂŞtes-vous donc ?

-Comment ?

-Vous ressemblez à feu Volpone, mon maître.

Que faites-vous chez moi ?

-Chez toi ?!

-Tout ce qui est ici est mien.

-Tu es assez fou pour croire que tu vas le garder ?

-Je suis assez dissipateur.

Il y a tant de parasites. Tout aura disparu dans 10 ans.

- C'est Ă  mourir de rire. - Vous mourez bien mais riez mal.

- Assez ! Déguerpis ! - Ah, ce ton-ci me déplaît.

Personne ne parlera plus à Messire Mosca sans égards.

Celui de nous qui déguerpira d'ici, c'est vous, monsieur.

-Moi ? Voleur ! Veux-tu que je t'appelle les sbires ?

-Bonne idée. Appelons les sbires.

Et le juge. Vous serez pendu ce soir. Appelons les sbires.

-Tais-toi.

Tu me tiens !

Combien veux-tu ?

-Je ne veux rien. J'ai tout.

-Ça ne va pas se passer ainsi.

-Si.

-"Vous vous ferez donner le cadavre pour le suspendre Ă  la potence."

Faut-il que je parte ?

-Volpone n'a qu'une heure ou deux pour disparaître.

-La potence.

Vraiment ? Je crois qu'il faut que je parte.

-Je crois que pour feu Volpone ressuscité,

..le séjour de Venise est mortel.

-Laisse-moi les perles. Je partirai cette nuit.

-Mon maître m'a enseigné à dire non.

-La moitié chacun !

-Volpone ne partageait pas. La clef.

-Laisse-moi au moins..

..un manteau.

-Je vais vous le donner.

-Ah...

-Adieu, Volpone.

Allumez..

..les feux.

De la musique.

Ouvrez portes et fenĂŞtres !

De l'air, de la lumière. Ça sent l'avarice.

Entrez, entrez.

Qu'on apporte Ă  boire.

-Vive Mosca !

-Qu'est-ce que c'est ?

Et que désormais,

..personne ne nous parle plus d'argent.

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