All language subtitles for The.Tenth.Man.1988.DVDRip.XviD

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Original subtitles

FRANCE OCCUPEE 1941

Apr�s l'invasion r�ussie de l'Union sovi�tique,

les troupes allemandes accentuent leur d�ploiement sur le front est.

La pr�tendue R�sistance a re�u hier un autre coup.

Trois terroristes ont �t� tu�s...

Bonjour, monsieur Chavel.

- Bonjour. - Bonjour.

Le train de Paris arrivera � 8h35.

Nous vous prions de bien vouloir excuser ce retard.

Le train partira du quai sept.

- Bonjour. - Bonjour, monsieur Chavel.

- Bonjour. - Bonjour.

- Merci. Bonjour. - Bonjour.

D'apr�s le roman "LE DIXIEME HOMME" de GRAHAM GREENE

La nouvelle r�glementation financi�re allemande.

Jules ! L'addition, s'il vous pla�t.

Tout de suite.

- Encore un. - Encore un.

Pourquoi moi ? Je suis avocat.

L�chez-moi. Qui est le responsable ?

L�chez-moi ! C'est une erreur. Je suis un homme ordinaire.

Montez.

Vous aussi.

Avancez ! Plus vite ! Allez !

Sortez de l� !

Faites ce qu'on vous dit.

O� sommes-nous ?

C'est ridicule. Il y a une erreur. Qui est le responsable ?

Vous ! Je vous ai dit d'avancer !

Il y a une erreur. Je suis avocat.

Je veux voir un responsable. J'exige de parler � cet officier.

Vite.

Entrez.

Vous aussi.

Quelle heure est-il, Breton ?

- 20h50. - 40.

Il est 20h40. Ton antiquit� est jolie,

mais elle ne donne plus l'heure. Il est 20h40.

Les montres de camelote qu'on ach�te au march� retardent toujours.

Elles ne durent pas.

20h50.

Vous avez eu un probl�me ?

Oui.

Qui est le responsable ? Je dois parler � quelqu'un.

- Gardez votre salive. - Je n'ai rien fait.

- Je n'ai aucune raison d'�tre ici. - Nous non plus.

Qu'est-ce que vous avez ? Ne me dites pas que vous ignorez ce qui se passe.

De temps en temps, ils ramassent quelques personnes dans la rue.

Puis ils nous gardent au frais,

en attendant.

C'est tr�s simple. En cas de r�sistance, sabotage, probl�me,

les Allemands fusillent des otages pour r�tablir l'ordre.

Puis ils en ramassent d'autres.

Ils ont l'air satisfaits du syst�me.

- Il doit y avoir un moyen. - Voyons �a.

Vous avez des relations ?

- Un hauptf�hrer ? - Non.

M�me un colonel ferait l'affaire.

Il ne se passe rien ?

Pour l'instant.

C'est ici qu'ils font �a.

Ils d�filent dans la cour puis passent � l'arri�re.

Apr�s, on entend les coups de feu.

Vous et moi devons �tre les seuls ici � exercer des professions lib�rales.

Routier, vendeur, buraliste... des manuels.

Michel Mangeot se dit employ� de bureau,

mais il �tait au ch�mage quand ils l'ont pris.

Quant � moi, j'�tais maire de Bouges,

mais je crois que l'�charpe tricolore n'irait pas tr�s bien l�-dessus.

On doit pouvoir faire quelque chose, m�me ici.

La loi est faite pour prot�ger les innocents.

Mon fils ne serait pas d'accord avec vous.

Pour lui, tout est affaire de pots-de-vin judicieusement distribu�s.

Tout le monde dedans !

L'heure du rata.

Halte !

Si seulement je pouvais pr�venir quelqu'un !

Mon fils doit me croire mort. Il a d�j� d� vendre l'argenterie.

Avancez.

Halte.

Le stand de tir local.

Vous avez d�j� tu� un homme ?

Non, personne.

Et je ne me suis jamais trouv� face � une arme.

Avancez !

Bon. Vous �tes pr�ts ?

Tes chaussettes. Je relance de deux boutons et un lacet.

Je mets deux cigarettes...

Deux cigarettes... et je relance de mon gilet.

- Je vois. - Main pleine. Des trois et des neufs.

Termin�. Je garde mon pantalon.

Moi aussi.

Quatre dix. Je gagne.

�a semble calme.

Comme d'habitude.

A cette heure-ci.

- Vous �tiez l� la derni�re fois ? - Oui.

C'est le matin que �a se passe. A 7h00.

Vous avez vu l'endroit ?

Des poteaux de bois et un mur de pierres.

Il n'a plus grand-chose d'un mur.

Il est cribl� d'impacts. Horrible.

Tout �caill�.

Ils doivent tirer bien mal.

Toujours assez bien.

Je ne suis jamais vraiment sorti de Paris.

Un �t�, je suis all� � Fontainebleau.

Pour la journ�e. Avec ma m�re et ma s�ur.

C'�tait bien.

J'aurais aim� voyager un peu.

- Vous avez d� aller partout. - Pas vraiment.

Juste dans l'arm�e, mais pas plus loin que la caserne de Marseille.

Ils n'ont pas voulu de moi.

Je ne veux plus aller nulle part. Juste rentrer chez moi, � St Jean de Brinac.

C'est � peu pr�s...

A une heure de Paris.

C'est joli ? Je parie que c'est un vrai ch�teau.

Une dr�le de vieille maison, en fait.

L'escalier. Je pourrais vous le dessiner avec ce crayon, si vous voulez.

Non. C'est votre maison, pas la mienne.

Elle �tait � mon p�re, et � son p�re avant lui.

J'y prendrai peut-�tre ma retraite un jour.

Que faisait votre p�re ?

Il �tait avocat, comme son p�re avant lui.

�a doit pas �tre mal. Peut-�tre un peu poussi�reux.

La loi, c'est du solide.

Contrairement � la famille ou aux amis, la loi ne vous laisse jamais tomber.

A moins d'�tre du mauvais c�t�.

Vous disiez qu'il �tait trop t�t.

Avec moi. Par ici, vite !

Quelle heure est-il ?

Six heures et demie.

- Pas plus ? - Si. Il est sept heures moins vingt.

Ta camelote avance.

Attention !

J'ai une d�claration � faire.

Des violences ont eu lieu en ville la nuit derni�re.

Le commandant adjoint au gouverneur militaire a �t� assassin�.

Et une jeune fille � bicyclette.

La fille, n'en parlons pas.

Les Fran�ais ont notre permission pour tuer des Fran�aises,

s'ils le souhaitent.

Ne nous reprochez pas les cons�quences.

Reprochez-les � votre pr�tendue R�sistance.

Mes ordres sont que,

dans cette prison,

un homme sur dix doit �tre fusill�.

Vous �tes 30. Votre contribution est donc de... trois.

Qui, cela nous est indiff�rent.

Cette fois,

choisissez vous-m�mes.

L'ex�cution aura lieu demain matin � sept heures.

Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

On se porte volontaires ?

On pourrait tirer au sort. Ou faire �a par rang d'�ge, les plus vieux d'abord.

�a ne serait pas juste.

On a v�cu notre vie. C'est la loi de la nature.

Pas toujours.

Tirons au sort. C'est s�rement le plus juste.

On fait �a comment ? A pile ou face ?

Les chances ne sont pas �gales � pile ou face.

Il faut tirer au sort.

Prenez cette lettre.

Le dos est vierge.

Pourquoi trois vies pour une ? Ce n'est pas juste.

Je ne suis pas d'accord.

Il faut exiger de voir un officier sup�rieur.

�a ne va pas. On voit ceux qui sont marqu�s.

Mettons-les dans une chaussure.

C'est Krogh qui a les plus grands pieds.

- Qui commence ? - Par ordre alphab�tique.

- Invers�. - �a ne m'�tonne pas de toi.

Bon Dieu, on est oblig� de se disputer ?

Personne avant V ?

Personne ?

J'y vais.

�a y est.

Dur pour Voisin, mais �a am�liore les chances.

Bon, � qui le tour ?

U, T, S... ?

Et merde ! On doit tous tirer. Allons-y.

Deux.

Trois.

Quatre.

Cinq.

Six.

Sept.

Huit. Neuf.

Qui est le dixi�me ?

Mangeot, c'est � toi.

Dix.

Onze.

Douze. Treize.

Quatorze.

Quinze.

Seize. Dix-sept.

Dix-huit. Dix-neuf.

Vingt.

Vingt et un.

Vingt-deux.

- Je peux me joindre � toi ? - Vingt-trois.

Vingt-quatre.

Vingt-cinq, vingt-six.

Vingt-sept.

- Vous avez regard� ! - Non !

C'est vrai.

Venez vous asseoir avec nous, Monsieur Chavel.

J'�tais contre ce tirage.

Venez vous asseoir. Vous ne pouvez rien y faire.

Mais pourquoi... ?

- Je suis innocent. - Regardez les choses autrement.

Maintenant ou plus tard...

Personne n'est �ternel.

Vous ne pouvez pas m'y obliger.

On n'y peut rien.

Vous ne pouvez pas m'y obliger.

Je donnerai 100 000 francs � celui...

qui prendra �a.

100 000 francs.

Je vous en prie.

Personne ne donnera sa vie contre de l'argent dont il ne profitera pas !

Je donnerai tout ce que j'ai. Tout.

Mes terres, ma maison, tout. Je vous en prie.

- Personne ne veut mourir. - Riche ou pauvre. Alors fermez-la !

Dites-m'en plus.

J'accepterai peut-�tre.

100 000 francs,

mes terres, ma maison, tout ce que j'ai.

- Vous �tes tr�s riche ? - Ne te moque pas de lui.

Je ne me moque pas, je fais un march�.

Vous prendrez ma place ?

- Oui. - Que feras-tu de son argent si tu es mort ?

J'ai une m�re et une s�ur. Je peux faire un testament.

�a ne me pla�t pas. On ne peut pas acheter nos vies. Et lui, il pourrait ?

Quand on a de l'argent, on peut faire ce qu'on veut.

Acheter la vie d'un homme ? Pourquoi pas ?

- Ce n'est pas juste. - De me laisser faire ce que je veux ?

Je mourrai riche.

Que ceux qui trouvent �a injuste aillent r�tir en enfer.

Venez ici. Asseyez-vous.

En argent, il y a combien ?

300 000 francs, environ.

Environ ?

- Et la propri�t� ? - Les vergers, la ferme, la maison...

- Et � Paris ? - Le bureau est lou�.

- De la famille ? - Non, aucune.

Bon. Vous �tes avocat.

Faites �a correctement.

Faites-moi un... Comment �a s'appelle ?

- Un acte de donation. - Voil�.

A mon nom. Michel Mangeot.

Moi, Jean-Louis Chavel,

de St Jean de Brinac,

donne mes titres, actions, l'argent qui est sur mon compte,

les meubles,

tout ce que contient St Jean de Brinac

et la pleine propri�t� dudit bien...

Il me faut deux t�moins.

Non, pas toi. Je veux deux t�moins vivants.

Vous, peut-�tre ? Voil� mon stylo.

- Dr�le de document. - Donne-le-moi. Je vais signer.

Pour qu'il soit pris au s�rieux, mieux vaut quelqu'un de respectable.

Bon.

Maintenant, mon testament.

A ma m�re et � ma s�ur, en parts �gales.

Je veux montrer aux voisins quelle sorte d'homme j'�tais.

Garde les documents. Tu les enverras quand ils en auront fini avec moi.

Je suis un homme riche.

Je savais que �a arriverait un jour.

Parlez-moi de ma maison.

Elle est � un kilom�tre et demi du village.

Il y a combien de pi�ces ?

Il y a le salon, la salle � manger,

six chambres, mon bureau, une cuisine...

- Parlez-moi de la cuisine. - La gouvernante ne s'en plaignait pas.

O� est-elle ?

Je n'en sais rien. Partie, peut-�tre, apr�s avoir tout ferm�.

Un jardin ?

Avec une fontaine et des rosiers.

Je peux y faire pousser des l�gumes ?

Des fruits...

des pommes et des prunes.

Il y a un tr�s beau noyer.

Un noyer.

La maison est vieille ?

Elle a �t� construite en 1780.

Dommage.

Ma m�re a les poumons malades.

J'aurais pr�f�r� quelque chose de moderne.

Extinction des feux !

C'est inutile.

Je devais avoir perdu la t�te. On va annuler.

J'en ai assez de tout �a.

Faire la queue pour aller � la tinette,

manger du rata, cracher mes poumons jour apr�s jour...

Pour, avec un peu de chance, me retrouver dans la rue.

Je pars avec style. Votre style.

Ecoutez-moi.

Je ne vous laisserai pas faire.

Dieu sait que je n'ai pas envie de mourir.

Mais c'est impossible. Vous avez une famille.

Et dans ma famille, quand on prend un engagement, on le respecte.

Trop tard. On a fait un march�.

Quelle heure est-il ?

- Sept heures moins six. - Sept heures quatre.

Avancez !

Pr�ts ?

En joue !

Feu !

TROIS ANS PLUS TARD

Que voulez-vous ?

Vous ne trouverez personne. C'est ferm� depuis des ann�es.

C'est une jolie bague. Merci.

Pourquoi tous les vagabonds de passage sonnent-ils ici ?

- D�sol�. - Je vous en prie.

- Vous voulez � manger ? - Pas grand-chose.

Il n'y a pas grand-chose dans la maison. D'o� venez-vous ?

J'�tais � Paris, mais il n'y a pas de travail. Je suis parti vers le sud.

- Ne salissez pas. J'ai nettoy�. - Je vais enlever mes chaussures.

Il y a de quoi manger � la cuisine.

C'est par o� ?

O� est... ?

O� est quoi ?

Votre m�re...

O� est votre m�re ?

- Comment connaissez-vous ma m�re ? - Votre fr�re m'en a parl�.

Vous le connaissiez ?

Quand ? Vous �tiez avec lui en prison ?

Terese !

- M�re ne sait pas. - Qu'il est mort ?

Le reste. Elle croit qu'il a fait fortune.

- Comment vous appelez-vous ? - Jean Perrette.

Vous connaissiez l'autre ?

Oui.

- Qui est-ce ? - Quelqu'un qui connaissait Michel.

Vous connaissiez Michel ?

Il m'a dit de passer vous voir si...

On disait tous ce genre de choses.

C'�tait un gar�on merveilleux.

Il a achet� tout �a pour sa vieille m�re.

Le b�ta.

J'�tais bien l� o� j'�tais.

On avait trois petites pi�ces � Clichy. C'�tait douillet.

Ici, on est coup�es du monde.

C'est trop, � mon �ge.

Je croyais qu'il vous avait laiss� de quoi �tre � l'aise.

L'argent n'ach�te pas tout.

Il a faim.

Donne-lui � manger.

Il n'a qu'� demander. On le prendrait pour un mendiant.

Je ne suis pas un mendiant.

Je peux payer. J'ai quelques francs.

Vous ne devriez pas distribuer votre argent.

�a ne vous m�nera nulle part !

Regarde-moi ces chaussettes !

Il y a du pain et du fromage.

Parlez-moi de lui.

- Tout le monde l'aimait. - Je ne parlais pas de Michel.

L'autre, Chavel.

J'ai vu ce nom sur les documents.

Jean-Louis Chavel.

Je pense qu'il reviendra.

Il aura envie de voir ce qu'est devenue sa belle maison.

Beaucoup d'�trangers sonnent � la porte,

affam�s, en qu�te d'un repas.

Chaque fois que j'entends la cloche, je me dis :

"Cette fois, c'est peut-�tre lui."

- Et si c'�tait lui ? - Je lui cracherais � la figure.

C'est la premi�re chose que je ferais.

Et apr�s, je le tuerais.

Sans elle, je mettrais le feu � la maison.

Michel �tait un idiot. Croyait-il vraiment que je lui pr�f�rerais �a ?

Une moiti� de moi est morte.

La nuit o� ils l'ont fusill�, j'ai eu mal.

Je me suis assise dans mon lit et j'ai eu mal.

Ce n'�tait pas la nuit, mais le matin.

- Pas la nuit ? - Non.

Alors pourquoi ai-je eu mal cette nuit-l� ?

Sans raison. �a arrive souvent.

On croit que les choses ont un sens, mais les faits disent le contraire.

On se r�veille en souffrant et on croit que...

mais �a ne colle pas.

D�crivez-moi Chavel.

C'�tait juste un homme ordinaire, comme tous les autres.

Ordinaire ?

On nous apprend � pardonner � nos ennemis.

Je ne peux pas lui pardonner.

Et je sais qu'un jour, je verrai son visage.

- Je vais partir, maintenant. - O� allez-vous ?

Que faisiez-vous, avant ?

J'�tais dans l'administration. Rien de particulier.

Au minist�re de l'�ducation.

- Vous n'avez pas de famille ? - Non.

On aurait bien besoin d'aide. Il y a beaucoup de nettoyage � faire.

- Et il y a le jardin. - Je ne...

Vous valez mieux que �a ?

Le salaire ne serait pas un probl�me. On est riches.

Oui, je pourrais rester quelque temps.

Je vous donnerai des chaussettes. Il n'en a plus besoin.

Il y a beaucoup � faire, mais je vous paie surtout

pour le guetter.

Je ne le connais pas.

Vous, oui.

Vous pouvez dormir ici.

C'est la chambre de bonne.

Je suppose.

Pas terrible, n'est-ce pas ?

Vous verriez la sienne. Je ne supporte pas d'y entrer.

- Ce n'est qu'une chambre. - Elle est pleine de lui.

L'odeur de son eau de Cologne, le cirage de ses fines chaussures.

Il y a un bol de pot-pourri sur la commode. Je me demande qui l'y a mis.

Sa m�re... sans doute.

Que faites-vous ?

J'ai failli tr�bucher dessus. Je le nettoie.

Ces moulures sont un vrai nid � poussi�re.

Mais c'est un joli cadre.

Vous pourriez le suspendre quelque part.

- Vous voulez ? - Pourquoi pas ?

L�.

C'�tait sa place ?

Tr�s bien. Oui, il �tait l�.

Demain, je vais au march�. Il vous faut quelque chose ?

Un rasoir ?

Pour raser cette barbe, voir un peu votre visage.

J'aime bien ma barbe.

Vous devriez louer une charrette au village.

C'est loin, avec tout �a.

Je ne peux rien demander au village.

C'est son territoire.

- Il ne les fr�quentait gu�re. - Qu'en savez-vous ?

Je l'ai entendu le dire � votre fr�re.

Il disait que les villageois �taient mal � l'aise avec lui.

�a ne m'�tonne pas.

Ou peut-�tre qu'il n'avait pas grand-chose � faire avec eux.

En grandissant, il s'�tait �loign� d'eux.

D'apr�s lui, en tout cas.

Ils ont beaucoup parl�, semble-t-il.

Je crois que cette nuit-l�, Michel avait l'impression de vivre toute sa vie.

"Parlez-moi de ma maison", disait-il, "de mon jardin."

- Pourquoi attachez-vous ces buissons ? - Ce sont des framboises et des cassis.

Presque m�rs. C'est idiot d'acheter tout �a au march�.

En nettoyant ce potager, on pourra...

vous pourriez cultiver tout ce qu'il faut.

On s'installe, on dirait ?

S'asseoir ici.

Dans la cuisine.

A quoi sert d'�tre riches ? On devrait avoir de vrais domestiques.

Pas des clochards ramass�s sur la route.

�a manque de sel ?

Non, c'est parfait.

Coinc�s !

- M�me pas de messe. - Pourquoi ?

C'est trop loin.

Parfois, m�me les escaliers me semblent une montagne.

Dans le temps,

le 14 juillet,

je dansais dans la rue.

Je dansais toute la nuit.

A huit heures, on ouvrait la boutique et je travaillais jusqu'au soir

sans m�me sentir la fatigue.

Ton p�re disait que je ressemblais � un papillon.

Un papillon.

On pourrait vous aider.

Vous vous appuieriez sur nous.

On verra.

Vous ne voulez pas entrer ?

Je n'ai plus rien � dire � Dieu.

M�re m'a demand� pourquoi je n'allais plus � l'�glise.

Je lui ai dit que j'avais perdu la foi.

Mais c'est la haine qui m'emp�che d'entrer.

Je ne peux pas laisser ma haine � la porte et la reprendre en sortant.

Elle n'a pas de fin.

Jour et nuit.

Il n'y a rien d'autre.

Pourquoi ne pas essayer de sortir de temps en temps ?

De voir du nouveau.

Les gens comme nous ne font pas ce genre de choses.

Une fois, avec Michel, on est all�s � Fontainebleau.

Une journ�e merveilleuse.

M�re aime faire semblant, mais on �tait pauvres comme tout.

Chavel gagnait bien sa vie.

Il devait �tre froid, calculateur.

Qu'est-ce qui vous fait dire �a ?

On ne devient pas un riche avocat par hasard.

Il avait h�rit� du cabinet.

Tout ce qu'il a toujours voulu, c'est retrouver sa maison, son jardin.

Comme un rat�

qui craint d'�tre perc� � jour.

Vous semblez le ha�r, vous aussi.

Non, je le m�prise pour ce qu'il a fait.

Allons par ici.

Ses parents.

Ils sont morts la m�me ann�e.

O� avez-vous achet� �a ?

Vous avez l'air d'un vieillard.

Je les achet�es au march�.

On ne me refilera plus de trucs pourris, maintenant. Je vois ce que je fais.

Il n'y avait pas grand monde au march�, ce matin.

J'aurais bien achet� un lapin.

Voil� votre monnaie.

Et la liste. V�rifiez.

- Je vous fais confiance. - Pas votre m�re. Tenez.

C'est bizarre. Votre �criture me dit quelque chose.

C'est une �criture ordinaire. Sans caract�re.

Bizarre.

Comme ces lieux o� on a l'impression d'�tre d�j� venu.

Mettez la monnaie dans le tiroir.

D�sol�, je...

Je ne pouvais pas dormir. Je suis venu chercher de l'eau.

Il m'a sembl� entendre un bruit, un oiseau qui tombait dans la chemin�e.

- Un rat, peut-�tre. - Je n'en ai vu aucun depuis trois ans.

Pourquoi ne pas enlever tout �a ?

Je ne supporterais pas d'y toucher.

Mais prenez ce que vous voulez, si �a vous va.

Dommage de le laisser pourrir.

Pauvre femme.

Imaginez, �tre la m�re d'un monstre pareil !

A un moment, cette nuit-l�,

il a essay� de tout annuler. Il ne voulait plus le faire.

- Mais votre fr�re a refus�. - Une fois.

- Il a vraiment essay�. - Il a �t� l�che, je le reconnais.

Mais on a tous le droit de l'�tre une fois.

�a arrive � beaucoup, d'ailleurs, puis on oublie.

Mais dans son cas, c'�tait tellement... spectaculaire.

Il n'a pas eu de chance, voulez-vous dire.

On est tous mis � l'�preuve. �a peut �tre n'importe quand.

C'est l� qu'on d�couvre qui on est, qui on a toujours �t�.

Savez-vous qui vous �tes, vraiment ?

Je le saurai un jour.

Et je sais qui il est. Un assassin.

Tout ce que je veux, c'est le voir en face de moi, et avoir une arme.

Apr�s, vous irez vous confesser et vous serez � nouveau heureuse.

Peut-�tre que je me sentirais moins fatigu�e. Et moins vieille.

Et que j'aurais moins peur des autres.

Je commencerais � vivre.

Vous voulez de l'eau ?

Ce n'est pas la peine.

De toute fa�on, je ne peux pas dormir.

Vous �tes fatigu�e ?

- Je vous emm�ne ? - Non, merci.

Vous �tes Mlle Mangeot, n'est-ce pas ?

Je m'appelle Roche.

Voici M. Perrette.

- Je vous ai vu au march�. - Il nous aide.

Faites attention. Il y a beaucoup d'�trangers, des gens bizarres.

C'est un ami.

Vous ne dites pas grand-chose. Je devrais regarder vos papiers.

Vous parlez comme un policier.

Je dois ouvrir l'�il, depuis la R�sistance.

- La guerre est finie. - Ne croyez pas �a. Elle commence juste.

Les collaborateurs sortent de leurs petits nids.

Il a �t� arr�t� par les Allemands et a connu mon fr�re.

Vous connaissiez Chavel ?

- Vous avez d� �tre amis. - Quand on �tait petits.

Apr�s, il habitait le manoir. Les miens ne sont que des fermiers.

- Comment �tait-il ? - Il restait sur son quant-�-soi.

Il avait peur des filles, de prendre des risques.

Pourquoi ne nous aime-t-on pas au village ?

Ils n'ont pas cru � votre histoire, voil� tout.

Qu'un homme puisse mourir pour de l'argent.

Pour eux, les Allemands devaient y �tre m�l�s.

Il l'a fait pour vous, �videmment.

Vous n'aurez plus de probl�me. Je leur parlerai.

Il y a une f�te, dimanche.

Pour l'ouverture de la chasse. Il y aura un bal. Venez.

Peut-�tre.

Avance.

- Je vous offre un ap�ritif ? - Oh non !

Je ne faisais pas �a � Paris. Pas les moyens.

Un verre de vin. Je peux me le permettre. Je suis bien pay� maintenant.

Merci.

C'est vraiment bizarre d'�tre assise ici comme une renti�re.

Pensez-vous quelquefois � l'avenir ?

Enfin... Un jour, vous voudrez vous marier.

Il n'y a gu�re de choix par ici.

Il y a Roche, le grand h�ros de la R�sistance.

Et vous, bien s�r.

Vous partirez rejoindre les v�tres.

Trouver du travail, une fille employ�e dans l'administration.

- Qui conna�t la vie. - J'aimerais rester.

On devrait peut-�tre aller au bal dont Roche a parl�.

Je n'aime pas trop �a. Allez-y, vous.

Je n'irais pas toute seule.

Mais �a aurait �t� bien.

Elle est all�e se coucher.

Ils avaient l'air gentils.

Peut-�tre ne nous d�testent-ils pas.

Bien s�r que non.

Bonne nuit.

Inutile de prendre l'escalier de service.

Vous n'�tes pas un domestique.

C'est toi ?

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

Ce soir, on devrait d�ner dans la salle � manger.

Inutile de vivre comme des gitans. La maison est � nous.

- Il faudra d'abord la nettoyer. - Je le ferai.

Je vais chercher de l'eau.

Regardez.

Toute sa vie est l�-dedans.

Lui dans son berceau.

Son bapt�me.

Ce vieux pr�tre est encore au village.

Et l�... Jean-Louis le jour de sa premi�re communion.

Le m�me pr�tre.

Il est venu nous dire que Chavel l'invitait � d�ner pour No�l.

M�re lui a dit que c'en �tait fini des grands d�ners.

Quelle famille !

Des yeux durs, m�chants.

Pas �tonnant qu'il soit devenu comme �a.

Vous les imaginez faisant quelque chose d'humain, dansant ou s'embrassant ?

Amoureux ?

- Comment le montreraient-ils ? - Je suppose qu'ils...

l'exprimaient comme vous...

et moi.

Sans doute votre admirateur, Roche, venu vous pr�senter ses respects.

Ouvrez, ou m�re va se mettre � hurler.

- Qui est l� ? - Jean-Louis Chavel.

- Qui ? - Chavel. Ouvrez. Je suis tremp�.

Qui est-ce ?

- Vous ne m'entendez pas ? - Il dit �tre Jean-Louis Chavel.

Je vous en prie.

Ouvrez-lui.

Excusez-moi d'arriver comme �a.

- Que voulez-vous ? - Un abri. Quelque chose � manger.

Vous �tes Chavel ?

Oui, je suis Chavel.

Je savais que vous viendriez.

J'esp�re que vous me permettrez de...

Vous devriez partir.

Je ne peux pas. Ils me cherchent.

Des jeunes gens arm�s, des R�sistants, soi-disant.

- Pourquoi ? - Tout le monde r�gle ses comptes.

Tous ceux qui ont un ennemi peuvent �tre trait�s de collaborateurs.

Mais vous avez une r�ponse id�ale. Vous �tiez dans une prison allemande,

condamn� � mort.

Ils disent qu'on m'a emprisonn� en tant qu'informateur.

J'ai eu tort de venir ici,

mais un animal pourchass� revient toujours chez lui.

Je suis d�sol�. Je vais partir.

Vous feriez mieux.

J'avais une autre raison de venir. Un message pour Mlle Mangeot.

De son fr�re.

Un message ?

D�sol�, monsieur, vous �tes... ?

Vous devriez le savoir. Vous �tiez dans la m�me prison.

Je suis Jean Perrette.

Bien s�r.

Votre visage me disait quelque chose.

C'est Chavel ?

C'est bien Chavel.

Je n'aurais pas d� revenir.

Pardonnez mon intrusion.

Pardonnez-moi.

Vous avez un message de mon fr�re ?

Il voulait que vous sachiez qu'il vous aimait.

Il croyait faire ce qu'il y avait de mieux pour vous.

D�sol�, j'aurais d� comprendre.

J'aurais d� savoir que cette porte ne me serait plus ouverte.

Ne partez pas.

Je ne mettrais pas un chien dehors sous cette pluie. Restez.

- Il fera bient�t jour. - Vous �tes tr�s aimable.

Vous avez besoin de v�tements secs.

Il y en a dans votre chambre, je n'ai touch� � rien.

Je ne voudrais pas m'imposer ! Ce n'est plus ma chambre.

Je vous en prie.

Qui est l� ?

C'est quoi, tout ce bruit ?

Ma m�re n'est pas bien. Je ne lui dirai pas qui vous �tes. Le choc serait trop dur.

Qui est-ce ?

Quelqu'un qui connaissait Michel.

Encore un qui veut un repas gratuit.

Et la charit�.

Je me demande comment mon fils a pu garder un peu d'argent.

Je lui ai dit qu'il pouvait passer la nuit ici.

Comment vous appelez-vous ?

Philippe Toupard, madame.

- Vous avez connu mon fils ? - Oui, il parlait beaucoup de vous.

Vous devez �tre tr�s fi�re de lui.

Je meurs de faim.

Pouvez-vous venir avec moi ?

Nous avons un tas de choses � nous dire.

Qui �tes-vous ? Que faites-vous ici ?

J'ignore ce qui se passe ici. Je ne veux qu'un abri pour la nuit.

Pas d'ennuis.

J'�tais en route pour la Suisse.

Je me suis mis dans de sales draps.

La police s'en est m�l�e.

J'ai trouv� plus sage de me faire oublier pendant quelques jours.

Puis-je voir votre montre ?

En prison, un homme avait la m�me. Il s'appelait...

- Breton. - Vous �tes le fils dont il parlait.

J'ai d� utiliser mes relations, faire appel � des amis haut plac�s, pour le tirer de l�.

Vous croyez qu'il m'a remerci� ?

Quand il l'a su...

il m'a menac� de me chasser.

M'a trait� de collaborateur.

Puis il a eu une crise cardiaque.

- Qu'est-ce qui vous am�ne ici ? - Je me suis rappel� l'histoire.

Il nous a parl� d'un prisonnier

qui a achet� sa vie. Vous �tes au courant, vous y �tiez.

�a valait la peine d'essayer.

Jean ? Vous pouvez m'aider ?

M�re ne se sent pas bien.

Elle mange sa soupe dans sa chambre.

Je n'en ferai rien.

- Vous avez tout trouv� ? - Parfaitement en ordre.

Des v�tements propres et secs. Je vous remercie infiniment.

Vous-m�me venez de Paris,

n'est-ce pas ?

Mes parents venaient de Normandie mais nous sommes n�s � Paris,

mon fr�re et moi.

J'ai oubli� le pain.

Vous pensez pouvoir vous en tirer ?

Chavel n'aurait pas l'audace de revenir chez lui.

J'ai d�cid� de le faire � sa place.

Les villageois sauront que vous n'�tes pas Chavel.

J'ai pris le risque, pour cette nuit.

Je dois dire que j'aime son style.

C'est la meilleure soupe que j'aie jamais mang�e.

Qu'est-ce qui se passe ?

A quoi jouez-vous, et pourquoi marchez-vous dans mon histoire ?

Pour l'aider.

Elle s'est mis dans la t�te que Chavel reviendrait.

C'est devenu une obsession. J'ai pens� que �a la lib�rerait.

Qu'elle pourrait commencer � vivre.

J'ai peut-�tre parl� trop vite en annon�ant mon d�part demain matin.

- J'ai vu quelque chose dans ses yeux. - Vous oubliez qu'elle hait Chavel.

Mais je ne suis pas Chavel.

Pas le vrai. Je suis le Chavel qu'elle s'est invent�, pas la triste r�alit�.

- Elle vous a crach� au visage. - A Paris, j'ai vu une pi�ce

de Shakespeare o� il se passait la m�me chose.

Un roi qui avait assassin� le mari d'une femme lui soulevait les jupes.

Le com�dien s'est essuy� le visage avec la manche.

Je me souviens de son geste.

- Il passait bien. - Vous auriez d� �tre com�dien.

Quand on vit d'exp�dients, on apprend � jouer diff�rents r�les.

Je pourrais peut-�tre apprendre � �tre Jean-Louis Chavel.

Vous n'en aurez pas l'occasion.

Vous serez parti � l'aube. Comptez sur moi.

- �a doit �tre un choc pour vous. - Comment �a ?

Pas besoin d'y regarder � deux fois pour voir que vous �tes amoureux d'elle.

- C'est de la folie. - Non, c'est parfaitement sens�.

Vous venez de passer trois ans en prison.

Soudain, vous vous retrouvez avec une jeune fille.

Assez jolie, mais...

pas tout � fait votre classe.

Vous �tes comme un naufrag� sur une �le d�serte.

Vous auriez d� lui faire des avances ce soir.

N'avez-vous pas senti qu'il y avait de l'�motion dans l'air ?

Gr�ce � moi.

Je suis tellement fatigu�.

Vous pouvez �teindre, s'il vous pla�t ?

M�re a eu une crise cardiaque dans la nuit. Elle est au plus mal.

- Pourquoi ne pas m'avoir appel� ? - Cela n'aurait servi � rien.

Elle r�clame le pr�tre.

J'ai dit que t�t ou tard, on �tait tous mis � l'�preuve.

Alors, on sait qui on est.

Je suis l�che, comme lui.

On est pareils.

Quand �a a �t� le moment, j'ai �chou�, moi aussi.

- Pourquoi vous tourmenter ? - J'aurais d� le tuer.

Je l'avais dit.

On ne peut pas offrir un asile � quelqu'un, aller chercher un revolver

- et le tuer de sang froid. - Pourquoi pas ?

C'est ce qu'il a fait � Michel.

Ne pensez plus � Chavel. Il est parti.

- Quand ? - T�t ce matin.

Je m'attendais �...

C'est vous qui lui avez dit de partir.

Maintenant, Michel est vraiment mort.

Vous avez �t� si gentil pour moi.

Pour nous.

Si compr�hensif.

Toute seule, je n'aurais pas pu.

Pouvez-vous aller chercher le pr�tre ?

Oui, bien s�r.

Je me demande o� ira Chavel.

Probablement en Suisse.

Cette nuit, m�re avait peur. Elle voulait que je prie pour elle.

Je me suis agenouill�e, en marmonnant des histoires sur le pardon des p�ch�s.

J'avais honte.

Vous sembliez moins press�e de lui pardonner avant de le voir.

C'est moins facile de ha�r un visage r�el qu'un visage qu'on imagine.

Je vais chercher le pr�tre.

Je prendrai le raccourci par le champ.

MEURTRE

3 AOUT 1944. JEAN PIERRE TOUPARD RETROUVE ASSASSINE A SON DOMICILE

COLLABORATEURS RECHERCHES PAR LA POLICE :

Oui ? Qui est l� ? Qu'y a-t-il ?

D�sol� de vous d�ranger, mon p�re, c'est Mme Mangeot.

Oui. Je m'y attendais.

- Le c�ur, je suppose ? - Oui, sa fille m'a demand�...

Il pleut dehors ?

- Non. - Tant mieux.

Je peux vous prendre ceci ?

Elle respire un peu mieux.

Merci, mon p�re.

Envoyez-moi chercher si besoin.

Je vais au march�. Je ferai vite.

D�sol� de forcer � nouveau votre porte.

J'�tais au village et j'ai appris, pour votre m�re. Je suis d�sol�.

- Je n'y suis pour rien, j'esp�re. - Elle ne sait rien de vous.

Tant mieux. Je ne voudrais pas ajouter � ses ennuis.

On a parl� d'elle, cette nuit-l�.

La nuit o� votre fr�re est mort.

La nuit ?

- Il est mort pendant la nuit ? - Oui, bien s�r. La nuit.

- Jean a dit qu'il �tait mort le matin. - Il mentait, je le crains.

Pourquoi mentir l�-dessus ?

Pourquoi ? Pour me noircir un peu plus, sans doute.

C'est pire de laisser mourir un homme apr�s avoir eu une nuit pour y penser.

Il a dit que vous aviez essay� d'annuler.

L'occasion ne s'est pas repr�sent�e.

- Ils l'ont emmen�. - Je savais que c'�tait dans la nuit.

Je me suis r�veill�e, j'avais mal.

- Pourquoi a-t-il dit... - Vous ne le connaissez pas.

C'est un menteur, et un tricheur.

Vous, vous avez achet� votre vie.

Il y a tant de choses que vous ne comprenez pas.

- Votre fr�re �tait malade. - Je sais.

Il vous aimait beaucoup.

Il s'inqui�tait pour vous. L'argent, les Allemands...

On en a parl�. Il m'a montr� votre photo.

Il n'avait pas de photo de moi.

Une image qu'il avait d�chir�e dans un journal.

Une sc�ne de rue.

Une jolie jeune fille, dans la foule. Elle le faisait penser � vous.

En prison, les gens font des choses bizarres.

Puis il m'a demand� ce que je donnerais pour qu'il me c�de sa place.

Quoi ?

- Il vous l'a demand� ? - Je suis un l�che, je le sais. J'ai accept�.

Si j'�tais coupable de pire, croyez-vous que j'aurais os� revenir ?

Je ne vous demande pas de me croire.

Pourquoi le feriez-vous ? Adieu, et soyez b�nie.

Mais il y a une chose que vous devriez savoir.

- Je vous croyais parti. - J'ai d�cid� de rester.

J'ai eu une longue conversation avec elle. Je lui ai donn� ma version de cette nuit-l�.

C'est terriblement injuste.

Mais c'est la vie, non ? Elle est tr�s en col�re.

Elle veut que vous filiez.

- Elle accepte que vous restiez ? - Elle n'a pas eu le choix.

Je lui ai parl� du d�cret du 17 ao�t. Elle ne le connaissait pas.

Vous non plus ?

Il rend ill�gal toute ali�nation de propri�t� sous l'occupation allemande

si l'une des parties la refuse.

C'est vrai. Je ne l'ai pas invent�.

Donc, en ce qui la concerne, cette maison m'appartient.

Elle ne peut vous servir � rien. Vous �tes un collaborateur, recherch� pour meurtre.

Vous avez vu les affiches.

Je garderai profil bas jusqu'� ce que je puisse gagner la Suisse sans risque.

Les choses se calmeront. M�me un jour est bon � prendre. Ou une semaine.

Enfin, il est temps que vous partiez.

- Vous croyez que je ne dirai rien ? - Je ne vous le conseille pas.

Je ne voudrais pas lui faire de mal

et comme vous l'avez dit, je suis d�j� recherch� pour meurtre.

Je n'ai rien � perdre.

Croyez-vous que Chavel se montrera ? C'est son genre ?

Il doit d�j� �tre en route.

Dans le pire des cas, j'ai le revolver, non ?

J'ai le revolver.

Alors, ne faites pas le malin.

Je m'en servirais d'abord sur la fille. Vous ne l'oublierez pas, hein ?

Elle est boulevers�e par tous vos mensonges.

- Quels mensonges ? - Que son fr�re est mort le matin.

O� est-elle ?

Avec sa m�re. Inutile de la d�ranger.

Prenez juste vos affaires et filez, sans faire de bruit.

J'ai � vous parler.

Plus de mensonges. Je sais la v�rit� sur la mort de Michel.

- Je vous ai dit la v�rit�. - Ah oui ?

Il est mort pendant la nuit. J'ai eu mal.

�a ne s'est pas pass� comme �a.

- M�re a besoin du pr�tre. - D�sol�. Je vais le chercher.

Oui, sa mort a �t� facile. Elle n'a pas lutt�.

Vous savez, bien s�r, que vous allez devoir d�m�nager.

Ou il faudra qu'elle fasse venir quelqu'un du village

comme dame de compagnie.

C'est � elle d'en d�cider.

Je sais, mais elle est tr�s jeune.

C'est une personne toute simple.

Elle a v�cu � Paris. Elle conna�t la vie.

Tous les endroits se ressemblent.

Tout est question d'observation et de sagesse.

J'ai pass� 50 ans dans ce coin perdu.

Et je n'ai pas manqu� grand-chose, je vous assure.

De la vie, je veux dire.

Vous semblez avoir une certaine �ducation.

Etes-vous en train de dire que cela ne me regarde pas ?

- De quoi parlez-vous ? - De la nature humaine.

On ne peut pas passer ses journ�es, comme je le fais,

� �couter les hommes et les femmes parler d'eux-m�mes

sans en apprendre un peu sur la nature humaine.

Dans l'�tat o� elle est en ce moment, elle risque de faire une b�tise.

- Elle pleure sa m�re. - Ces �motions ont des points communs.

On parle souvent du chagrin qu'il y a dans le d�sir.

Mais vous oubliez que parfois, il y a aussi du d�sir dans le chagrin.

Vous ne voudriez pas en profiter, n'est-ce pas, mon fils ?

Faites-moi confiance.

Je ne veux que son bien.

C'est bien.

Tr�s bien.

Pourquoi ne peut-on pas me laisser seule ?

Vous �tes seule.

Tellement seule.

Mais ce n'est plus n�cessaire.

Vous m'avez longtemps ha�, mais c'est fini, maintenant.

Vous n'avez plus � vous inqui�ter de rien,

plus jamais.

- Je suis si fatigu�e. - Vous pouvez vous reposer, maintenant.

Je croyais pouvoir faire confiance � Jean.

Mais il m'a menti � propos de Michel.

Ayez confiance en moi.

Je vous ai dit le pire.

Tout ce qu'il y a � savoir.

Je suppose.

- J'ignorais que vous �tiez l�. - Vous raccompagniez le cur� ?

Le moment est venu de vous dire qui je suis.

Je suis Jean-Louis Chavel.

Vous �tes fou.

L'homme qui pr�tend �tre Chavel est un collaborateur

recherch� par la police pour meurtre.

Il est fou !

Je ne comprends pas. Je ne sais plus qui ment.

Lui. Pourquoi avez-vous pr�tendu me reconna�tre ?

J'avais peur de vous dire qui j'�tais.

Je savais que vous ha�ssiez Chavel.

J'ai vu l'arriv�e de cet homme comme une chance de m'oublier � jamais.

Il prendrait toute votre haine � ma place.

Encore des mensonges. D�guerpissez ! Allez !

Qu'est-ce que vous fabriquez ?

Quand j'�tais enfant, je jouais avec un ami qui �tait au-del� des champs.

Je prenais une lampe de poche ou, s'il faisait soleil, un miroir,

pour lui envoyer des messages.

L'un d'eux �tait une blague : "Les Indiens attaquent !"

�a voulait dire : "Viens tout de suite !"

Il essaie de nous faire marcher.

Il vit toujours de l'autre c�t� du champ, mon vieil ami, Roche.

Le R�sistant.

C'est l'heure o� il va voir ses vaches. Il verra la lumi�re s'allumer et s'�teindre.

Le vieux code : "Viens tout de suite."

Il saura que Chavel est de retour. Nul autre n'enverrait un tel message.

- Vous bluffez. - Roche vous a vu sur la route, au bal.

Il n'a pas regard� de pr�s.

Il a vu un mis�rable �tranger. L�, il verra que je suis revenu.

L�chez cette lampe.

Dites-lui de l�cher la lampe ou je tire.

L�chez la lampe !

- Vous �tes bless� ? - �a va.

Et vous �tes vraiment Chavel ?

Mais le message, c'�tait encore un mensonge.

Vous n'avez jamais envoy� le m�me.

C'est le dernier mensonge.

Je vous le promets.

Je voulais l'obliger � tirer.

Il ne reviendra pas.

Mais il va s'�chapper.

Roche et les autres le rattraperont.

Vous ne risquez plus rien.

Vous �tes bless�.

Ecoutez-moi.

Il y a une enveloppe dans ma chambre, sur ma table.

Prenez-la. Elle vous sera peut-�tre utile.

- Elle contient mon testament. - Doucement.

Tout, la maison, tout, est � vous.

- Qu'importe, � pr�sent ? - Ecoutez.

Le d�cret. Portez le testament � Roche. Il vous aidera.

Mon Dieu !

Toute la haine a disparu ?

C'est bien.

C'est bien.

�a va aller, maintenant.

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