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Vous les femmes,
vous les châmes,
vos sourires nous attirent,
nous les âmes,
vous les anges adorables.
Et nous sommes,
nous les hommes,
pauvres et diables,
Avec des milliers d'héros,
on vous entoure,
On vous aime et sans le dire,
on vous l'éprouve,
On se croit très folle,
on pense vous connaître,
On vous dit toujours,
vous répondez peut-être,
Pauvres et diables,
et nous sommes,
Ta maman t'a pas un fricot traversé en rouge ?
Si les bonshommes restaient chez eux à faire leur ménage,
ça roulerait mieux.
Je tourne,
madame.
Je viens juste d'amener le petit à la maternelle.
Tâchez de pas vous faire écraser.
Ce serait dommage.
Merci,
madame.
What ?
What ?
Tu supportes pas que tu files en douce pendant que je dors ?
C'est si difficile de me réveiller gentiment,
de me dire au revoir,
de me dire que je t'appelle le soir ou demain matin.
C'est si difficile de se conduire comme une personne civilisée.
C'est insupportable.
Quoi ?
De faire tout ça,
c'est insupportable.
Bon.
Je plaide à 11h,
j'ai donc très peu de temps.
Je vais juste te poser une question.
Pourquoi est-ce qu'on se voit depuis 3 mois ?
C'est très important d'avoir toujours un bon avocat sous la main.
Tu es l'une,
tu fuis,
tu mens.
Je sais pas comment tu te conduis avec les autres.
Mais je vais te dire,
avec moi tu te conduis mal.
Tu veux que je te donne le téléphone de maman ?
Je sais avoir.
Pour que tu lui dises qu'elle m'a mal élevé ?
Et merde !
Je t'appelle ce soir ou demain.
Antoine vient prendre son petit déjeuner avec toi.
Au tard mon petit vieux.
Tu m'accompagnes à la voiture et puis tu reviens ?
Tu veux des œufs ?
Oui.
Ben Gaël va te les préparer.
Je sais pas à quelle heure je rentre ce soir,
je t'appellerai dans la journée.
Tu viens Antoine ?
Il fallait que je te parle.
Il fallait absolument que je le dise à quelqu'un,
je suis amoureux comme un fou.
Ah bon ?
C'est une fille,
mon vieux,
une vraie femme.
Tu vois ce que je veux dire,
une vraie femme ?
Merde, je vais être en retard,
viens.
Je veux que tu la rencontres.
Je veux que tu vois ce que c'est.
Tu t'es douté de rien,
me voyant ?
Moi, je suis sûr que ça se voit.
Je suis sûr que ça se voit sur ma figure,
non ?
Si, si.
Et ta femme,
ça lui fait plaisir que t'aies si bonne mine ?
Arrête,
t'es fou à la maison,
elle domine.
C'est quel genre de fille exactement ?
Ah,
c'est une fille à part.
Elle est aussi conne que la dernière ?
Ouais.
Peut-être même un peu plus.
Une femme courageuse,
intelligente.
J'ai ça à la maison,
c'est très bien.
Très content,
fier et tout.
Mais,
faut rester humble.
Deux comme ça,
ça serait trop pour un petit mec comme moi.
Le football féminin va bien,
c'est un sport en plein essor.
Il y a déjà plus de 800 clubs et sexos féminins en France.
Les établis ont déjà aussi 20 000 jeunes filles licenciées.
Ce phénomène suscite de nombreuses réactions...
Dis, ça t'ennuie que je prenne une douche avant de manger ?
Tu t'en fous que les oeufs soient froids ?
Non, non,
c'est pas ça,
mais je pourrais pas en prendre une après.
Avec la digestion,
tout ça... T'as pas de salle de bain chez toi ?
Tu veux que j'en
aille ?
On fout.
Ça va pas ?
Tu sais ce qu'il fait ce con ?
Il se fait des sourires en douce dans la glace.
C'est tout juste s'il s'envoie pas des baisers.
Et tu sais pourquoi ?
Non.
Mais si tu sais pourquoi !
Il te l'a dit !
Il avait trop envie de te le dire !
Qui c'est ?
Je sais pas.
Je veux qu'il crève.
Je veux qu'il se tue dans un accident de voiture,
qu'il prenne une benne sur la tête,
que son ascenseur tombe de 15 étages,
je veux qu'il crève,
et qu'il reste infirme.
C'est encore mieux.
C'est pas toi qui m'as dit que quand on aime vraiment quelqu'un,
on veut vraiment qu'il soit heureux,
même avec quelqu'un d'autre ?
Si,
c'est moi.
Et c'est vrai.
Quand on aime quelqu'un,
même moi je peux pas le voir.
Je le déteste.
Et te venger ?
Non. Pourquoi me venger ?
Le tromper.
Avec moi,
par exemple.
J'avais bien compris.
Tu ferais ça,
mon copain ?
Oui, oui.
Avant ou après la douche ?
Après la douche.
Et avant l'omelette.
Non...
Kharib Dessila tu connais ?
Marc est une ordure mais toi t'es encore pire parce que t'es plus beau.
Allez,
va prendre ta douche.
Je te refais des oeufs.
Attends.
Quoi ?
Ça va ?
Très bien.
La vie est belle.
Oh, fichez-moi la paix les mecs.
J'adore ce qu'on voit par cette fenêtre.
Du gris et du noir.
Pas de verre.
Rien que je déteste plus que le verre.
À part le verre.
Arrête de faire l'intéressant.
Tu m'abandonnes dans une forêt ?
Ou dans une prairie,
moi ?
Je tombe à foudroyer !
Tu me crois pas ?
Tu me l'as déjà dit.
C'est pour ça que j'aime bien rencontrer des gens nouveaux.
Je peux m'inviter tranquillement.
T'as déjà été amoureux ?
Je le suis tout le temps.
Vaut mieux pas parler de ça.
Dis, ça t'en dit pas que je reste ici pour travailler ?
Non, non,
j'ai pas envie d'être seule.
T'écris un nouveau polar ?
Non, non.
J'ai une chronique à finir pour cet après-midi.
Tu veux que je laisse la radio ?
Non, non.
Je me demande pourquoi tu paies un loyer et t'es jamais chez toi.
C'est sur quoi ta chronique aujourd'hui ?
Sur l'amour,
un travail à la chanson populaire.
Quand il me prend dans ses bras,
qu'il me parle tout bas...
Faire l'amour à propos de tout.
Je trouve ça complètement inutile.
À quoi ça sert de se moquer de tout ?
À payer le loyer d'un appartement dans lequel je vis pas.
C'est absurde,
non ?
Ouais.
Comme de repasser les chemises d'un mec qui les froisse avec une autre.
Qu'est-ce qui va encore écrire ton achat ?
Je vais peut-être en faire un de ça.
Mettons-nous deux,
cocotte.
Ben non,
assieds-toi,
t'es ton copain.
Regarde,
il y a tous les acteurs de la pièce qu'on vient de voir.
Tu veux écrire quelque chose là-dessus ?
Peut-être sur Tchekov,
d'une façon plus générale.
Nous irons à Moscou,
machin,
un jour nous serons heureux,
ma chérie.
Tenez, on a choisi au bar.
C'est au moins le quatrième spectacle de Tchekov cette année,
non ?
Rien qu'à Paris.
T'as ta plu mon lapin ?
Je préfère vous écouter tous les deux plutôt que de dire une soutenue.
Fever In the morning
Fever on the moon
Everybody's got Fever
Like a song from you Now fever isn't Such a new thing Fever started long ago T'as trouvé cette fille bien toi ?
T'es malade
Pourquoi tu les souris,
espèce de bouche-tour ?
Tu voudrais peut-être que je lui tire la langue ?
Remarque,
elle n'a pas que des défauts.
C'est ce que je pense.
C'est la voilà.
Vous n'aviez pas l'air trop effrayant,
alors j'ai pris mon courage à deux mains.
Ben maintenant,
posez-la.
Et prenez un verre.
C'est vous, mon petit.
Je voulais vous dire,
je suis une admiratrice.
J'adore vos chroniques,
des fois elles me font pleurer de rire,
vraiment.
Merci.
Vous allez écrire quelque chose sur nous ?
Oui.
Dans quel genre ?
J'espère que ça sera drôle.
Vous n'avez pas aimé le spectacle ?
Non.
Et les comédiens ?
Certains sont corrects.
Plus ? C'est déjà pas si mal.
C'est pas donné à tout le monde.
Ça ne m'est pas donné à moi,
par exemple.
Par exemple.
Espèce de sale type !
Oh ça tu l'as pas emballé !
Il vous fait marcher ma pauvre petite !
Je m'en sors !
Sous le contexte qu'il écrit dans son tourchon,
faut qu'on lui fasse des grâces et qu'on lui lèche les pieds !
Mais lui il peut nous insulter froidement,
en face ou par écrit !
Il peut nous mettre au chômage !
Il peut nous faire crever de faim !
Le pire c'est qu'il peut se tromper,
ce qu'on l'a,
ça arrive vous savez !
Oh mais ça,
ça lui va même pas l'esprit !
Mais calmez-vous,
il plaisante et il va rien écrire du tout !
Mais moi je plaisante pas !
Tendez un peu !
Je vais vous éplucher comme vous épluchez les autres.
Vous n'êtes pas terrible,
vous savez.
Vous avez l'air crado.
Je suis sombra.
Et vos ongles sont noirs,
c'est dégoûtant.
Et vous avez des boutons,
et vous n'êtes pas très grand,
vos épaules sont minus.
Et puis,
ça se voit que vous êtes bigleux,
vous avez le regard vague.
Vos articles,
ils m'ont jamais fait rire.
Je les trouve méchants,
je les trouve pas drôles.
Vous êtes en voiture ?
Bah oui mais après votre papier je crois que je pourrais la vendre !
Moi j'en ai pas...
Vous me ramenez chez moi ?
J'ai peur de plein de choses à la vie.
Mais entre autres j'ai peur des types comme vous.
Marco,
salut !
Tenez un slip sur la boite,
j'arrive tout de suite.
Salut ma belle !
Bonjour ! Comment ça va chez toi ?
Très bien.
Ouais ?
Ouais Gaël ?
Oh,
sacrée Cathy,
toujours aussi pleine de tact.
Embrasse ta femme pour moi mon chou.
Qui c'est cette fille ?
De peste !
C'est une amie d'enfance en fait,
je l'adore !
Oui oui oui oui !
Il m'en a parlé !
Tu l'as connu en Bretagne ?
Elle habitait dans un palace et toi dans une pension de famille.
Mais vous avez sympathisé quand même !
C'est vachement édifiant comme histoire.
Oui, sauf que c'est à l'inverse.
C'est elle qui était dans une pension de famille et moi dans un palace.
Merci monsieur.
Comment tu l'appelles ?
Cathy.
Je l'ai connue plus fouché que tu n'as jamais été.
C'est une sacrée bosseuse,
elle s'en est sortie.
Oui, on va.
Elle a bien dû s'en sortir pour puer le fric comme ça.
Cette nana-là,
en 89,
on lui aurait commandé Marat.
...souffrir ce stigme de synonyme.
Reconnaître que t'as tapé dans l'œil et t'arrêtes de délirer.
Alors tu payais des gaufres à cette grande dingue ?
Ouais. Tu devais frimer pas mal quand tu te baladais avec elle.
Sérieux,
oui.
Moi je suis d'accord avec Antoine.
Je trouve qu'elle a l'air drôlement crâneuse.
Bah,
où tu vas ?
Je suis très bien assise là.
J'aime beaucoup mieux être assise le dos droit,
comme ça, sur une chaise kawashi.
J'ai changé d'avis.
Je veux bien que vous me ramenez chez moi.
Mais ça va pas.
Je me demande vraiment ce que je fais ici.
Je crois que je suis montée par masochisme.
J'ai envie d'entendre exactement ce que vous avez pensé de moi.
Attendez une minute.
Venez-moi voir.
Il y a une sorte de...
De volonté à entendre quelqu'un formuler vos pires angoisses.
Vous dire ce qu'on redoute le plus d'entendre.
Oh !
Pour ça, je sais que je peux compter sur vous.
Allez-y.
Il n'y a pas grand-chose à dire de plus.
Ce soir,
vous avez été très mauvaise.
Vous parlez faux,
vous bougez mal.
Non, il y a une seule chose que je vous ai fait très très bien.
Ah oui ?
Vous m'avez jeté votre verre à la figure,
ça, ça m'a vraiment plu.
Ah,
ah ben,
si ça vous plaît tant que ça.
Merde.
Ah, ah,
ah,
j'ai pas pu m'en empêcher.
Ça pique.
Je peux vous dire que ça pique plus que le champagne.
Oh ben,
j'espère bien.
Si je reste aveugle,
vous êtes plus près de moi.
Vous serez ma canne blanche.
Ben, enlevez au moins vos lunettes.
Qu'est-ce que je ferais si je vous avais pas ?
Il y a une chose qui m'intrigue depuis tout à l'heure.
Qu'est-ce que vous avez sous votre chemise ?
Mon pijama.
Oh,
ben ce sont vraiment des fous qui sont vraiment dans ce pays.
Je suis pas en commande.
Pas plus que moi en tout cas.
Vous savez,
c'est une question d'habitude.
Les gens se déshabillent complètement deux fois par jour.
Puis ils se rhabillent.
Moi je me déshabille qu'à moitié.
Parce que je suis très frilou.
C'est tout ?
Ça vous est plaît ?
C'est ce que je me demande.
Ben,
on devient deux avant de demander.
Alors répondez-nous.
Oui, j'ai déjà entendu ça quelque part.
Vous êtes bien mieux sans vos lunettes.
Allô ?
Tu m'avais dit que tu m'habillerais ce soir ?
Tu t'es encore une fois foutu de moi !
On ne peut pas dormir quand on se fout de moi !
Ça me met trop en rage !
Quelle heure il est ?
Tu me parles ?
Non, non...
Ecoute...
Il est 3 heures passées...
Je plaide demain à 11 heures,
je vais te rafouer par les fenêtres !
Il faut absolument que je dorme avant minuit,
sinon c'est la fin de tout !
Mais ça tu t'en fous,
tu t'en fous de mon boulot,
tu penses qu'à toi.
J'ai pris un bain,
j'ai pris des calmants,
j'ai bu,
j'ai fumé,
j'ai écouté des valsiennoises,
j'ai cassé un verre,
je me suis coupé le pied.
Je t'avais dit que j'appellerais ce soir ou demain.
Je l'accroche,
je l'avoue.
Bon,
j'arrive.
J'ai des problèmes avec ma mère,
il faut que j'y aille.
Laisse-moi ton téléphone.
Je t'appellerai dans la journée,
dors.
T'as qu'à claquer la porte en partant.
Dis-moi au revoir gentiment.
Viens sous les draps,
t'allumeres ma brune,
les yeux.
Antoine !
Je me suis endormie tout d'un coup,
comme une masse.
Le bain,
l'alcool,
les calmants,
les nerfs...
Mon pauvre chéri...
Bon,
allez viens,
viens vite dormir.
J'ai entendu la sonnette.
Je suis tellement apaisée quand tu es là.
Quand je sens que tu m'échattes,
je râpe tout.
Je ne peux plus rien faire.
T'as vu ? Je suis rentré vers 4h le matin sur la pointe des pieds,
j'ai arrêté de faire du bruit.
Il n'y avait plus personne.
Plus de drap de lit,
plus de serviette éponge,
plus de femme,
plus de gosse.
Elle a tout emmené.
Elle a même vidé le frigidaire.
Non mais j'ai dormi sur le divan.
Je suis appelé sur sa mère,
elle veut même pas me la passer.
Tu te rends compte que...
Elle veut même pas que je parle à mes gosses.
Ah tu parles d'un week-end.
J'ai même plus envie de voir Sabine.
Ça les bonnes femmes pour te gâcher la vie,
ça s'y connait.
Qu'est-ce que je dois faire ?
Et c'est d'en profiter.
Je suis pas fait pour vivre seul,
ça m'angoisse.
Ouais, tu entends ce silence ?
Moi j'ai besoin d'entendre les gosses qui s'engueulent,
qui écoutent leur disque.
Gaël qui discute au téléphone avec ses copines,
et moi qui l'engueule pour qu'elle raccroche.
Voilà.
La lait qui sauve,
la soupe qui sent bon.
C'est ça ma vie à moi.
T'as déjeuné ?
Non !
On y va ?
Tu me laisses pas tomber Antoine.
Je me tue si jamais tu me laisses tomber.
Moi je pensais travailler à Montpellier aujourd'hui en bavardant avec Gaël.
Et voilà.
On avait besoin d'elle tous les deux.
Et ben voilà,
elle nous a laissé tomber.
Non, elle me dit pas que c'est de ma faute.
Elle me dit pas que je n'ai que ce que je mérite.
La seule chose qui me soutient,
c'est de penser que c'est une sale égoïste.
C'est une garce sans cœur,
voilà.
Non, si jamais je me dis que c'est de ma faute,
je vais le prendre comme une noque.
Oh putain,
la garce !
Il doit être ce con.
Qui c'est ?
Tony.
T'es seul ?
Oui.
Jure-le.
Je le jure.
Jure-le sur ta virilité.
Si tu mens,
tu seras impuissant.
Tu vas pouvoir s'écocher.
Mets-toi à ma place.
On ne sait pas ce qui peut nous passer par la tête à un certain moment.
Alors ?
Ok,
je le jure,
c'est sur ma viralité.
Pourquoi t'as mis 20 secondes à jurer ?
J'ai fait un bilan pour savoir si je jurais sur quelque chose qui existe encore.
Le problème avec vous les mecs,
c'est que vous situez votre virilité au-dessous de la ceinture.
Tant que la petite bête dresse la tête,
vous croyez que vous êtes des hommes.
Tu vas bien ?
Très bien.
Et toi ?
Combien de bulles là-dessous ?
Trois.
C'est qu'on est au mois de juin ?
Zut.
C'est pas toi qui m'as dit que les chocs psychiques te donnaient toujours des rhumes ?
Si.
Et je t'ai dit aussi que tous les souvenirs et les regrets s'envolaient à force de souffler dans mon mouchoir.
Non,
ça t'as jamais dit.
Si, je te l'ai dit.
Les hommes oublient toujours ce qui les arrange.
Tu me manques,
mon polar est en panne.
J'ai pris la...
Tu viens pour toi ou pour me parler de ton copain ?
Tu m'as toujours traité de sale goïe,
tu n'as pas changé.
Tu ne mangeais pas ça à 4 heures quand tu étais gosse ?
Ma folie c'était le bar de cacahuètes avec un coca,
comme les américains.
Comment il va ?
Non, du rien.
Je veux pas parler de ce type.
Installe-toi là si tu veux travailler.
J'ai promis aux enfants de leur faire des crêpes.
Tu veux que je mette la radio ?
Oui,
oui.
Tu chantes ?
Oui,
je chante.
Je fais naturellement mon sexe,
pour ne pas me démoraliser.
Ça te démoralise,
chérie ?
Comment voulez-vous qu'on fasse le poids avec vous ?
Vous êtes des monstres incompréhensibles et effrayants.
Tu devrais l'écrire,
ça.
Je l'écris.
Je chante quand je pense à l'état dans lequel est ce pauvre type.
Ça y est,
tu l'as dit.
T'as fait ta BA.
Maintenant,
la prochaine fois que tu parles de lui,
je te flanque la poil à frire sur la tête.
Non mais parle pas si brutalement,
hein.
N'oublie pas que les hommes ils sont fabriqués autrement que vous les femmes.
Ils ont un cœur,
ils ont un petit corps qui bat,
qui fait des infarctus.
T'en fais pas.
J'oublie jamais rien de ce qui fait notre supériorité sur vous.
Je vais te dire ce que j'ai écrit la dernière fois,
tu vas bien ce que t'en penses.
Avec mélangement,
ok ?
Vas-y.
La porte claque.
Il se retrouvait seul.
Le tic-tac de l'horloge devenait menaçant.
Pic-tac,
pic-tac.
Le bruit de son propre cœur la sourdissait.
Elle ne pouvait pas supporter la vie sans elle.
Il l'aimait comme un fou.
Jamais il n'avait senti à quel point il aimait.
Il savait que c'était de sa faute.
Il avait fait des conneries.
Il voulait se traîner à ses genoux pour lui demander pardon.
Mais c'était trop tard.
Tout était foutu.
Il ouvrit le gaz.
Attends une minute.
Après, tous les gosses pourront manger des tartines de confiture.
Ça t'apprendra à me prendre pour une imbécile.
Tu es resté de la pâte.
Je t'ai fait quelques crèves.
Je te demande pardon.
Tu m'en veux ?
Ah ! Avec de la confiture de groseille et du chocolat chaud.
Je sais ce qui était insupportable.
C'est que je lui pardonne pas.
Ça te fait peur.
Vous voulez faire toutes vos conneries et être sûr que vous serez pardonné quand même.
Eh ben non.
J'étais plus heureuse avec Marc.
Il vivrait plus avec lui,
c'est tout.
Le monde que nous avons construit depuis 2000 ans s'écroule sur nous.
Elle dit c'est tout.
La seule chose d'amusant qu'il nous reste dans cette vie sinistre,
c'est de mentir à une femme.
Ce qui est encore plus amusant,
c'est de mentir à plusieurs femmes.
Alors,
si elle ne veut plus jouer,
à qui on pourra mentir pour avoir l'impression de la liberté,
d'aventure ?
Mais il vous restera toujours votre maman !
Maman ! Maman !
Mon boulot me débête !
J'en ai marre !
Je m'en fous,
j'irai plus.
Je m'en fous,
j'irai plus.
Je...
j'en ai marre,
je m'en fous,
j'irai plus.
Patieux !
Ils peuvent pas me forcer !
Des loups de pas crier comme ça,
il est 11h.
Les voisins vont appeler les flics,
la bonne femme est une vraie chipie.
Je vais me taire,
je vais me taire.
On est à quel étage ici ?
Au
8ème
Je me demande si on a le temps de compter jusqu'à 8 en descendant Au massif ça va trop vite
Ne touche pas !
Donne moi une bonne raison,
une seule,
de ne pas sauter
Oh ! J'en vas pas mon pauvre vieux.
Puis d'ailleurs,
je me demande si je vais pas sauter avec toi.
On y va ?
Mais ça va pas dont t'as fait me faire tomber là !
Bon allez maintenant ça suffit.
Allez,
levez-vous.
Ce qui me sidère c'est que la plupart des gens se foutent pas en l'air.
Ils sont aussi tard que moi,
ils font des boulots aussi foirus que le mien,
et leurs bonnes femmes se foutent de leur gueule comme la mienne.
Je croyais que c'était le contraire.
Il y a les apparences,
mon petit,
et les vérités profondes.
Regarde-moi bien,
et dis-moi si ça vaut le coup que je continue à me lever tous les matins et à me coucher tous les soirs.
Je m'en fous.
Je ne veux pas que les voisins appellent les flics,
c'est tout.
Bon, alors tu fais descendre ton copain,
s'il te plaît.
D'un côté ou de l'autre,
je voudrais fermer la fenêtre.
Beaux cheveux,
puis t'as de beaux yeux.
Hein ?
J'ai mal au crâne.
J'ai pas marrant,
hein ?
T'avais dit que tu me ferais réciter mon texte.
Allons-y.
Viens. On va lui faire réciter son texte.
OK !
Bon...
Peut-être qu'on va avoir la peine maintenant.
Il s'est pas réveillé ?
Je voudrais bien qu'il rentre chez lui.
Laisse-le tranquille,
il y a assez de place.
Ouais, j'ai l'impression qu'il a pas tellement de raison de vivre ce type-là.
Enfin,
elle est comment sa bonne forme ?
Toi tu ne te demandes jamais pourquoi tu vis.
Et si ça vaut le coup ?
Bah c'est des trucs qu'on ne dit pas,
même si ça arrive qu'on les pense.
Moi je trouve ça dégoûtant de l'enicher comme ça devant tout le monde.
Tu veux que je te fasse réciter ton texte ?
Je peux te demander quelque chose d'intime ?
Essaie.
Ça fait quatre fois qu'on se voit et qu'on dort ensemble et pas la première fois on fait plus l'amour.
Alors je sais pas moi...
Pourquoi est-ce que tu viens dormir avec moi si je te plais pas ?
Je sais pas.
J'y ai pas réfléchi.
Bah réfléchis j'attends.
Les autres mecs ils font comment ?
Ben...
Ben les autres ils viennent ou ils viennent pas.
Peut-être que...
Tu me trouves sympa mais tu me trouves trop grosse.
Peut-être que tu préfères les filles plates.
Je crois pas.
Oh vous les mecs vous êtes pas croyables.
Vous faites des trucs que je sais même pas pourquoi.
Enfin vous vous voyez pas vivre.
Faudrait faire un peu d'introspection,
ça vous ferait pas de mal.
Je suis sûre que t'en fais jamais.
C'est quoi,
introspection ?
Je voudrais qu'un mec tombe fois moins de moi.
Ça m'est encore jamais arrivé.
Peut-être que j'ai pas le genre.
T'étais comme moi quand t'étais gosse.
Je m'en souviens pas.
Je me suis demandé si t'étais pas un peu homosexuel.
Ah bon ?
T'as jamais été amoureux d'un garçon ?
Non,
mais je suis jamais tombé amoureux d'une fille non plus.
Alors...
C'est ce que je me dis des fois.
Vous dites l'amour ça n'existe pas.
Tu ne le dis pas des fois ?
Si.
Des fois.
Bon, allez,
à demain.
À demain.
On peut faire l'amour si tu veux.
Non,
non,
c'est pas la peine.
Bonne nuit. Bonne nuit.
Maria ! Si vous apportiez des verres,
ça serait plus facile de boire !
Ah !
Bonjour Marc !
Entrez,
entrez !
Bonjour Isa !
C'est un peu con d'avoir mis des fleurs.
Salut
Zelda !
Tu te souviens de moi ?
Marc !
Quoi ?
Deux choses,
plutôt trois.
Bonjour messieurs.
Bonjour Maria.
Mon copain Tony,
je ne sais pas si je vous en ai parlé,
il avait très envie de vous connaître.
Bonjour Maria.
Bonjour monsieur.
Deuxièmement,
vous portez ça sur la table de la salle à manger.
Les fleurs vous les donnez à Thaïssa,
elle fera ce qu'il faut.
Et troisièmement,
après le déjeuner,
rendez-vous dans ma chambre,
je vais vous parler.
T'as une sale tête.
Tant mieux.
Allez, filez.
Moi aussi j'ai besoin de parler avec vous.
Donnez-moi ça.
T'as de la chance qu'on te soit encore dans cette maison.
Bonjour.
Oh,
quelle bonne idée d'avoir apporté des fleurs.
Oh non,
vous ne vous fichez pas de moi.
Vous n'allez pas choisir des cadeaux avec raffinement.
Vous ne seriez pas dans la situation où vous êtes,
mon cher Marc.
Je vous présente mon ami Tony Fischer.
Bonjour madame.
Bonjour madame.
Bonjour madame.
Oh, c'est pas génial,
mais ça se laisse lire.
En fait, je suis très mal placée pour en parler.
Je n'aime pas du tout les romans policiers,
ça me barre.
C'était ça,
la fala.
Je reviens.
La chère et triste est là.
J'ai lu tous vos livres,
Tony Fischer.
Je n'aime pas les romans policiers qui se passent en France.
Jean-Paulo,
mais viens ici.
Si je te prends,
tu verras.
Cattivo,
non ti fordo più da nessuna parte.
Ho vergogna di te.
Alors, alors,
alors.
On se croye sur le fort de Daple tout d'un coup.
Qu'est-ce qui se passe ?
Ton fils a jeté tout le jus d'orange au soldat et maintenant il est escapé.
Merci.
Non, en français,
on dit échapper,
mais on peut s'enfuir.
Oh,
Sandy,
Pierrot,
si les Italiens,
ils te dégoûtent,
si le port de Naples,
c'est de la merde,
pourquoi tu es venu me chercher à moi,
là-bas ?
Tu l'avais,
ta femme française.
Pourquoi tu ne l'as pas gardée ?
Agostina,
tiens,
je te prie,
nous ne sommes pas seuls.
Tout ceci n'est pas un drame.
Oh,
mamma mia,
tu es trop mignonne quand tu parles l'étonnement.
Pardon,
Marc.
Tu ne veux pas te réveiller ?
Fati,
je suis désolée.
Mon gendarme parle,
j'étais tout le jus d'orange.
Où est-elle maintenant ?
Je suis là.
Alors mon héros ?
Viens ma chérie,
on va racheter.
Tu jouais du célibat ?
Oh,
ton aigle, aussi.
Papa, on va te demander quelque chose à propos de la sangria,
je crois.
Ah oui.
Ça va ?
Tu en parles pas,
non ?
Fati !
Très bien.
Papa, tu connais Marc ?
Bonjour Marc.
Bonjour monsieur.
Tony,
je vous présente mon père.
On ne croirait pas le voir si...
si simple.
Mais Tony a écrit des best-sellers,
papa.
Oh,
très bien,
très bien.
Où est Marie-Claire ?
Elle était des canins,
mais... Bien.
C'est parfait,
j'ai complètement oublié de vous donner quelque chose à boire.
Venez.
Voilà,
tout est là.
Posez ça là.
Chez vous, il y a des petites choses à grignoter,
mais vous ne bourez pas trop,
vous aurez plus besoin pour le déjeuner.
Zelda ! Je suis occupée.
Tu as vu Zelda ?
Ah oui ?
Pourquoi est-ce qu'elle est un petit culot ?
Je ne sais pas,
une histoire de jus d'orange.
Essaye de lui faire mettre une rade du beurre.
On a le temps.
Mathieu Basquet,
le père de ma fille.
Denis Fichard,
l'auteur de Romand Policier.
Tourne devant !
Ça y est,
c'est prêt !
Je vais m'en faire une tête ou je peux rester comme ça ?
Reste comme ça,
chérie.
C'est ma vente !
J'ai compris,
je reviens.
Bien,
Paolo.
Bien, Paolo.
J'ai promis à Dieu de te voir.
Viens-y.
Voilà la reine-mère.
En fait,
mon anniversaire,
ça me criche le cœur.
Mais pour moyen de se défiler dans cette famille.
C'est parce qu'on t'aime.
Si l'un de vous chante cette horrible chanson,
je remonte dans ma chambre.
Quelle chanson,
maman chérie ?
Elle veut parler de joyeux anniversaire.
Merci.
Je ne sais pas où va ma préférence,
à la musique ou aux paroles.
Elle travaille chez Gallimard,
puis elle fait des tas d'autres trucs aussi.
Elle se débrouille très bien.
Elle a même écrit des bouquins d'histoire.
Je te dirais que je ne vous ai pas lu parce que moi l'histoire...
Mais,
c'est à la maison de qui ici ?
C'est à Sienne.
Elle l'a acheté il y a 5 ou 6 ans.
Avant elle louait un appartement pas terrible près de la porte Saint-Coup.
Et puis justement,
un de ses bouquins d'histoire a eu pas mal de succès.
Alors,
elle a acheté la maison.
Tous ces gens-là,
ils vivent ici ?
Et vous deux ?
Ici, il y a la grand-mère,
la mère,
la tante,
Cathy et sa fille.
Et le père de sa fille ?
Non.
Ici, il n'y a que des bonnes femmes.
Même la chienne n'est pas un chien.
Ah ! Elle faisait tout à la main.
C'est très bien.
C'est bien, très bien.
Très bien, merci.
Elle est là ?
Ça va.
Comment s'appelle l'ami de Marc ?
Non me ricordo.
Il s'appelle Tony.
Oh lui il sait tout,
il voit tout,
il sent tout.
Tony !
Tu finis pas ton petit crâne ma chérie ?
Non j'aime pas beaucoup.
Mathieu, tu veux le finir ?
Asseyez-vous près de moi et expliquez-moi un peu qui vous êtes.
Non mais avant,
vous allez me chercher de la salade russe et un beau crâne farci.
Pas trop de salade russe quand même.
Il faut être raisonnable.
Alors maintenant,
je vais chercher le dessert.
C'est bien,
merci.
Ah, mais mettez-en encore une cuillerée et un peu de mayonnaise sur le côté de l'assiette.
Après tout,
c'est mon anniversaire.
Merci.
Comment faites-vous pour rester aussi svelte ?
Je n'aime pas spécialement manger.
Oh, quel dommage.
Moi, j'aime encore mieux être trop grosse.
Voici, vous écrivez des romans policiers.
Oui.
Et vous n'avez pas envie d'écrire autre chose ?
Je dénie beaucoup de talent et beaucoup d'ambition.
Oh,
c'est dommage.
C'est si agréable d'avoir beaucoup de talent et beaucoup d'ambition.
Ma petite fille,
Catherine,
est comme ça.
Vous avez bavardé avec elle ?
J'espère que malgré ces soucis,
ce pauvre Marc vous a présenté à tout le monde.
Oui.
Oui,
mais c'est un peu compliqué au début,
je l'avoue.
René-Charles est mon premier mari,
la dame blonde est son amie.
Tessa et Isa sont nos deux filles.
Oui, à René-Charles et à moi-même.
Alain est l'ami de Tessa pour le moment.
Je n'ai pas la peine de retenir son nom,
il ne restera pas longtemps dans les parages.
Je ne vous ennuie pas.
Pierrot était le mari d'Isa avant d'être celui d'Agostine.
Pierrot est le père de Gatier et Isa est la mère de Gatier
Giampaolo va avoir 10 ans et Zelda viendra en avoir 7
Giampaolo est le fils de Pierrot et d'Agustina
Il est donc le demi-frère de Katharine
Et Zelda est la fille de Katharina et de Mathieu.
Si bien que le petit Jean-Paul se trouve être l'oncle de la petite Zelda.
Mathieu,
c'est le grand garçon brun qui est assis sur les marches à côté d'elle.
Vous connaissez les jeunes femmes d'à présent.
Le pauvre garçon voudrait se faire épouser,
mais ne veut rien entendre.
Quant à moi,
je m'appelle Liane.
Et ne riez pas.
Je n'ai pas envie de rire du tout.
Bon,
Catherine,
ma chérie,
viens t'occuper de ce jeune homme.
Je lui raconte des choses qui ne l'intéressent absolument pas.
Tu es en train de périr dans la nuit.
Les gens adorent babader avec ma grand-mère d'habitude.
Je suis désolé,
mais ça me fiche le cafard.
Quoi ?
Ne sois pas agressif,
Cathy.
Mais qu'est-ce qui vous a triste,
Tony ?
Tout ça,
je ne suis pas dans mon élément ici.
C'est une question d'éducation,
ou d'absence d'éducation.
Mais ça ne me plaît pas.
Vous avez raison de vous cantonner à vos palards à trois sous.
Quand on vous a rencontrés,
on se demande même comment vous arrivez à les écrire.
J'aime pas les familles,
les repas,
les enfants,
l'herbe, les fleurs.
Ça me donne envie de ficher le camp à toutes jambes pour trouver les bitumes,
les cafés,
les gaz d'échappement.
C'est de la provocation,
jeune homme.
Et puis tous ces noms,
pas possible.
Zelda,
Tessa,
Isa...
Dora.
Isa Dora,
Katharina.
Voyez, ajoutez Liane,
n'ayez pas peur.
J'ai pas peur.
Mais...
À quelle époque est-ce que vous croyez que vous vivez ?
C'est à ce temps de rire.
Et le pire encore,
c'est que vous pensez être la salle de la terre.
Vous pensez que tout le reste est de la merde.
Réveillez-vous.
Vous êtes des fantômes.
Tu vois,
je me demande si je préfère quand il parle ou quand il ne parle pas.
Quand on a le malheur de tomber sur quelqu'un comme vous,
il va m'entendre Marc d'avoir amené cet abruti.
Il ne faut surtout pas essayer de lui expliquer des choses qu'il ne peut pas comprendre.
Salut !
Mais expliquez-moi quand même une chose.
Pourquoi vous vous appelez Katharina et pas Catherine ?
Alors moi mon...
mon petit vieux,
je ne vous explique rien du tout.
Dans notre pauvre famille de fantômes,
il est de tradition de donner aux filles des noms d'héroïnes de romans,
ou de femmes célèbres.
Katharina,
c'est à cause...
Il y a un détoir !
C'est à cause de la méchante...
apprivoisées.
Tu vois qu'il n'est pas si bête que ça.
Liane de Pougy,
Isadora,
Duncan,
Tessa,
la nymphe au coeur fidèle,
Zelda...
Fitzgerald,
c'est pas possible.
Je suis désolé,
j'essaie d'être objectif.
C'est ridicule.
C'est tellement cultivé,
c'est tellement raffiné,
c'est tellement...
Réac,
dites-le,
ça doit faire partie de votre vocabulaire.
Quand on s'appelle Tony,
on est libéral.
Tony,
hé Tony,
salut Tony !
Quand on s'appelle Zelda,
on est facho,
non ?
Quand on aime le bitume,
on est gauche.
Quand on aime les fleurs,
on est droite,
non ?
Pauvre type !
La démagogie vous sort par les yeux !
Vous êtes bouffé,
consommé,
vous n'existez plus !
Vous êtes dilué dans la connerie ambiante !
Arrêtez d'éviter vos banalités.
Il est fou Marc de m'avoir emmené dans ce musée.
Alors maintenant ça suffit !
Fichez le camp espèce de mal élevé !
Vous venez de savoir ce que je supporte dans votre...
Ce qui me rend presque enragé ?
Mais on s'en fout !
C'est d'être amoureux de vous.
Au secours ce type est fou !
Si tu ne m'aimes pas,
je t'aime.
Et si je t'aime,
si je t'aime.
Si tu ne m'aimes pas,
si je t'aime.
J'aime trop,
je t'aime,
si je ne te regarde pas,
je t'aime.
Si tu ne m'aimes pas,
si tu ne m'aimes pas,
je t'aime.
Et si je t'aime,
si je t'aime,
regarde.
Vous les femmes,
vous les châmes,
vos sourires nous attirent,
nous les âmes,
vous les anges,
adorons-nous.
Antoine est fragile,
tendre et insaisissable.
Il a de l'humour et des incertitudes.
Par un caprice narquois du destin,
il a rencontré Cathy.
Il a aussitôt pris un grippe,
c'est-à-dire qu'il a ressenti pour elle son premier coup de foudre.
Cathy est passionnée,
entêtée et indépendante.
Elle n'est pas mariée,
mais elle a une fille.
Elle vit au sein d'une famille de femmes dont elle est le pilier central et qui est composée de sa fille,
de sa grand-mère,
de sa mère et de sa tante.
Et nous sommes vulnérables,
misérables,
nous les hommes.
Je suis née en France.
Mes parents ont divorcé lorsque j'avais 6 ans.
Et ma mère s'est remariée avec un diplomate.
C'est ainsi que j'ai été amenée à parler de nombreuses langues étrangères.
Mon beau-père était anglais.
Et mes amis étaient tous des enfants de diplomates de différentes nationalités.
J'ai été au lycée Araba et à l'université de Montréal.
C'est là que j'ai épousé un étudiant mexicain.
J'ai vécu une dizaine d'années au Mexique et je suis revenue en France récemment et définitivement.
Je parle et j'écris couramment l'anglais et l'espagnol,
et l'allemand presque couramment également.
Je suppose qu'ici...
Il y a dix ou vingt ans,
pour obtenir un emploi de ce genre,
il suffisait d'avoir de la distinction,
de parler plusieurs langues en effet,
et d'avoir une certaine habitude du monde.
Ce n'est plus comme ça maintenant.
Pour un emploi,
il y a beaucoup de postulantes,
et nous pouvons nous permettre de sélectionner la meilleure.
Je ne perdrai pas de temps et je vous dirai tout de suite que...
vous n'êtes pas la meilleure que nous puissions trouver.
C'est bien possible,
sur certains points.
Je n'ai pas beaucoup de temps,
mais je vais tout de même vous expliquer la situation.
Ça pourra vous être utile.
Je vous remercie.
Premièrement,
vous n'avez pas de référence.
Sinon vous auriez un dossier dans les mains,
je me trompe ?
Vous êtes très observatrice.
C'est pour ça que je suis là.
Vous avez déjà travaillé ?
Oui,
au Mexique.
Je m'occupais justement de recevoir les clientes.
D'abord dans un grand salon de coiffure,
et puis dans une maison de couture.
Mais même si vous aviez des certificats de ces employeurs,
ça ne changerait rien.
Vous voyez,
l'annonce précisait 40 ans maximum,
mais en fait...
La direction préfère engager des jeunes femmes au-dessous de la trentaine.
D'autre part,
dans une maison de couture comme la nôtre,
nous veillons à ce que tous les membres du personnel visible par la clientèle aient une silhouette parfaite.
Je ne veux pas vous dorer la pilule,
et très franchement,
à votre âge,
ça ne va pas être facile.
Vous avez
47 ans,
non ?
Un an près.
Oui.
Et bien voilà,
je crois qu'il était utile que vous sachiez tout ça.
Alors à votre avis,
qu'est-ce qu'il faut que je fasse ?
Que je me jette à l'eau ?
Je regrette que vous le preniez comme ça.
La société comme elle est,
ce n'est pas moi qui l'ai faite.
Vous devez avoir 35 ans.
Et dans douze ans,
vous aussi vous en aurez 47.
Au revoir,
madame.
Mais moi,
j'aurais de sacrées références.
Vous êtes sûr que ça suffira ?
Je suis en train de classer tous mes agendas dans l'ordre chronologique.
Je ne vais pas rester une tente.
J'ai même retrouvé celui de l'année où j'ai connu ta mère.
Quelle est la paix ?
L'Ian 18 heures.
Et quand vous vous êtes séparé,
c'est dans lequel ?
Ah, j'ai pas encore mis la main dessus,
j'ai peut-être égaré.
J'espère qu'il va faire sauter des têtes ton livre,
papa chéri.
Il doit connaître des secrets bien croustillants et des histoires qui semblent bien mauvais.
Il y a des frics spécialisés pour ça.
Je n'ai pas l'intention de leur faire concurrence.
J'espère donner aux jeunes qui me liront le goût du service public et non les en dégoûter.
Je peux taper quelque chose sur ta machine ?
Oui, si tu veux.
Je me débrouille pas mal maintenant.
Attention,
faut pas que je regarde mes doigts.
Hum...
T'as vu ? Je vais assez vite.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Rydribsiveramexardizime ?
Fais voir.
J'ai tout tapé de travers.
Je voulais écrire « Papa,
t'es un peu bêta,
mais c'est comme ça que je t'aime. »
Merci bien.
Je suis pas prête à trouver du boulot comme secrétaire.
Et à part ça,
ça va ?
Très bien.
Très bien.
T'es sûre ?
Tu vois,
ça,
c'était ma chambre.
Et puis là,
c'était des salons.
Tout ça,
tout ça,
tout ça, tout ça,
c'était des salauds.
Qui c'est,
eux ?
Attends.
Ça,
c'est Bijou,
le cuisinier.
Et là,
c'est
Lali et Toukou,
qui l'aidaient à la cuisine,
tous les deux.
Ici,
c'est
Anjouli, Sita et Kairi,
qui s'occupaient de nous.
Et puis...
Ces deux-là,
c'est Aliar et Madou qui conduisaient les voitures.
Et les éléphants,
où ils sont ?
Tu as dit que tu avais des éléphants dans ta maison,
là-bas.
Ah,
on les a mis derrière la maison.
Sinon,
ils l'auraient caché,
la maison.
Il y en a combien ?
Il y en a huit.
Huit grands et un bébé.
C'est encore un bébé ?
Non !
Maintenant c'est une grande personne.
Connais !
En indien ça veut dire « Qui est là ? »
Chérie,
ça veut dire « Là,
là ! »
Voilà !
Et Tessa en français,
ça veut dire « Bonne arrière ! »
Entre,
ma chérie,
ça me fatigue de devoir percher sur tes talons.
Tu veux la bonne nouvelle d'abord ?
Ou la mauvaise ?
La bonne.
Ça n'a pas marché mon rendez-vous.
Et je suis vraiment soulagée parce que...
ça me faisait froid dans le dos de travailler là-bas.
Et la mauvaise ?
C'est la même.
Mais de votre point de vue.
Sauve-toi,
Bouchou.
Allez, sauve-toi.
Qu'est-ce qu'il y a ?
L'art là ?
Je veux rester avec toi.
Ah non,
c'est pas possible,
c'est le tour de tes soeurs maintenant.
Je veux pas rester toute seule.
Écoute,
tu sais ce que tu vas faire ?
Tu vas dans la salle de bain,
tu te maquilles et tu reviens.
D'accord ?
Même le noir sur les cils,
jamais ?
Oui, oui,
même le noir sur les cils.
Allez, va.
Bon.
Tu peux prendre des bijoux dans ma chambre si tu veux.
Bon.
Tu as vu les mines qu'elle fait ?
Tu as vu cette aire de martyr ?
Je me demande où elle a pris ça ?
A mon avis,
elle l'a pris là.
Je crois que tu as raison.
Comment ça se fait que j'ai pas eu d'enfant ?
Ah non,
non, non,
pas de ça.
Ne me fais pas triste de mélancolie.
Y'a pas la guerre,
personne n'est malade,
tout le reste,
ça s'arrange.
Si tu avais vu la tête de la bonne femme qui m'a reçu,
tu serais moins guilleraie.
Eh ben, heureusement pour moi,
je l'ai pas vue.
Alors ne m'en parle pas et parlons d'autre chose.
Tu m'en d'pas mieux ?
Mais je peux pas vivre éternellement à vos crochets.
C'est bien pour ça qu'il faut que tu travailles,
mais il n'y a pas d'urgence.
Écoute, dans trois semaines,
on part en vacances.
Moi, je propose qu'on mette tout ça de côté jusqu'à la rentrée.
Hein ?
Allez, ouf !
Après les vacances,
j'aurai pas rajeuni de 15 ans,
j'aurai même 3 mois de plus.
Alors,
le problème sera le même.
Eh bien moi je te dis que si moi,
à mon âge,
je voulais trouver du travail,
j'en trouverais,
comme ça.
Le pire,
c'est que c'est sûrement vrai.
Alors ne nous embête pas avec ta date de naissance.
Le problème n'est pas là.
Tu es sûre que je ne suis pas une enfant trouvée ?
Une fille de Romain Nichel,
de bon à rien comme moi ?
Ne sois pas raciste ma chérie,
c'est pas le style de la famille.
Dis-moi que tu m'aimes quand même.
Je t'aime.
Quand même.
Comme j'avais pas le courage d'aller directement à la gare Saint-Lazare...
Je suis passée boire un verre chez papa.
Ah oui ?
Et alors ?
Il rangeait des tas de papiers pour ses mémoires.
Les mémoires de René-Charles Boer,
ancien député,
honnête,
très discrète.
Mais qui veux-tu que ça intéresse ?
Lui.
C'est déjà pas mal.
D'accord.
C'est très mauvais pour le dos de porter des talons aussi hauts.
Et pour le ventre aussi.
Il t'a parlé de Marie-Claire ?
Non.
Le jour de mon anniversaire,
j'ai remarqué qu'il la suivait beaucoup des yeux.
Je suis sûre qu'il se doute de quelque chose.
Peut-être.
Il a le teint un peu jaune.
Je me demande si c'est un signe de mélancolie.
De crise de foi.
L'un et l'autre,
probablement.
Tu sais,
sous cet air qu'il a...
Enfin, je trouve pas le mot,
mais tu vois bien ce que je veux dire.
Sous cet air un peu...
Il est très sensible,
pour mieux.
Tu ne finis pas ton omelette ?
Elle est tout à fait succulente,
mais...
Je ne sais pas pourquoi,
ce soir,
je n'ai pas très faim.
Je suis désolée.
Ce soir,
j'ai fait exprès des choses que tu aimes,
mais...
Je n'ai pas été fichue d'attendre pour te parler que tu aies fini de dîner.
C'est humain,
mon petit.
Tu étais pressée de faire ton effet.
Pas du tout.
Je voulais que la situation soit claire.
J'en avais assez de vivre entre deux chaises.
L'autre chaise,
est-ce que je la connais ?
C'est une façon de parler.
Il n'y a personne d'autre.
Je vivais avec quelqu'un et j'en ai assez de vivre avec ce quelqu'un.
Ce quelqu'un,
c'est moi,
je suppose.
Bien sûr.
Eh bien, vous savez,
je ne m'en étais pas perçue.
J'ai fait pas mal d'efforts.
Oh !
Depuis longtemps ?
Depuis assez longtemps.
Comme c'est curieux.
Je ne peux vraiment pas croire que depuis le temps tu ne te sois rendu compte de rien.
Tu sais bien que nous sommes toujours les derniers prévenus.
Nous ?
De qui parles-tu ?
Des cocus.
Tu as fini de dîner ?
Parfaitement.
Bon.
Alors je voudrais bien aller m'asseoir ailleurs que sur ces chaises que tu n'as jamais voulu qu'on remplace et qui me font mal au dos.
Au fond ça ne m'étonne pas que tu ne te sois rendu compte de rien.
As-tu jamais su qu'il y avait sur terre d'autres humains que toi ?
Moi par exemple.
Tu n'as jamais essayé de savoir qui j'étais vraiment.
Tu ne m'as jamais véritablement vue.
Il y a douze ans que nous vivons ensemble.
Avant de ne plus pouvoir me supporter,
comment me supportais-tu ?
Je t'aimais.
Je t'ai aveugle.
Moi je ne voyais rien et toi tu étais aveugle.
Quel couple !
Pendant dix ans nous nous sommes regardés les yeux dans les yeux sans nous voir.
Ça fait dans deux ans que tu as un amant.
Oui,
puisque ça te fait plaisir.
Je suppose qu'il est jeune.
Il est sûrement plus jeune que moi,
ça me paraît logique.
J'espère qu'il n'est pas beaucoup plus jeune que toi.
Tu as vécu 12 ans avec une femme beaucoup plus jeune que toi.
Pourquoi est-ce que je n'aurais pas le droit d'en faire autant ?
Je disais ça parce que mon expérience,
toute récente,
m'apprend que cela finit mal.
Ton âge n'y est pour rien.
C'est pourtant la seule chose en moi qui est changée depuis notre rencontre.
Et ce n'est pas parce que tu as changé que je pars.
C'est parce que j'ai changé,
moi.
Quand pars-tu ?
Demain.
J'ai loué un petit appartement dans le 8ème,
pour être près de la boutique.
Tout compte fait,
je te crois.
J'ai eu une réaction de saut de jalousie.
Qui n'était pas très réaliste ?
Je vois à ta tête que tu sous-entends quelque chose de moche.
Je n'ai pas très bien compris.
Mets les points sur les i.
Je ne crois pas que tu me quittes pour un homme.
Les prétendants doivent tout de même se faire plus rares.
Tu as beaucoup de défauts,
mais tu n'as jamais été goujard.
Je pense donc que tu essaies de me provoquer pour me faire dire la vérité.
Je comprends que tu préfères interpréter mes paroles de cette façon-là.
Il a 45 ans,
5 ans de moins que moi.
Il est beau,
il est sportif.
Il a une très belle situation.
Je le connais depuis 2 ans.
Et nous nous marierons après les vacances.
Tu l'as voulu ?
C'est beaucoup dit,
hein ?
Sais-tu s'il y a quelque part d'autres couvertures ?
Tu as froid ?
Je vais dormir dans le salon.
C'est ridicule,
le du vent est très dur.
S'il est trop dur,
je lirai ou je travaillerai à mon livre.
Ce genre de circonstances accroît la lucidité et l'acuité de la pensée.
Couche dans ton lit,
René Charles.
Tu vas te réveiller avec Alain Bagot demain.
Il ne m'a pas répondu pour les couvertures.
Dans l'armoire,
tout en haut.
Tu ne veux pas que nous passions notre dernière nuit ensemble ?
Notre dernière nuit,
c'était hier,
quand je ne savais rien.
Je sais ce que tu es en train de faire en ce moment.
Tu écris le dernier chapitre de tes mémoires.
J'ai beaucoup d'affection pour toi ma chère,
mais je ne compte pas mourir cette nuit.
J'espère en conséquence qu'il y aura encore dans ma vie et dans mes mémoires de nombreux chapitres après celui-ci.
Bonsoir.
Tu as bien précisé au chauffeur de monter jusqu'ici ?
Oui.
Je te l'avais offert à Venise.
Tu ne souhaites pas l'emporter ?
Si, je veux bien.
Ça me rappellera des souvenirs.
Ils ne sont pas tous mauvais,
je l'espère ?
Non.
Tu as toujours aimé ce tableau.
Je serais heureux que tu le gardes.
Tu es fou.
Tu es sûr d'avoir pris tout ce qui est à toi ?
Oh, il y a des gens qui sont très forts pour ça.
Moi, je ne trouve pas très élégant de faire une rafle avant de claquer la porte.
Je t'ai marqué mon numéro de téléphone sur le bloc.
Si tu vois que j'ai oublié quelque chose,
tu me le diras.
Descends.
Après tout,
tu ne me devais rien et tu m'as donné beaucoup.
Merci.
Je donnerai cher pour entendre ce que tu as vraiment envie de me dire en ce moment.
Pardon ?
Non.
Je n'ai rien dit,
ne change rien.
Vivre avec toi,
ce n'a pas été drôle tous les jours,
mais là,
tu m'épates.
Pour les ruptures,
tu as la manière.
C'est un vrai plaisir de te quitter.
Merci.
Il y en avait beaucoup les bagages,
dis donc.
Oui,
madame, on porte toujours trop de choses quand elle part en vacances.
Madame m'avait dit qu'il m'aurait bien de me couper le monsieur,
parce qu'elle partait complètement,
le petit monsieur reste tout seul.
Ah,
j'espère que le chauffeur de taxi vous a bien aidé.
Ça va.
Qu'est-ce que monsieur voulait que moi fasse maintenant ?
Oh,
faites comme d'habitude.
Moi partir à midi,
comment monsieur mange tout seul ?
Aujourd'hui je déjeune au restaurant.
Ce soir aussi.
Je ne sais pas.
Je pouvais acheter un peu de jambon,
du fromage,
comme ça.
Voyez-vous ma chère Esperanza,
malheureusement j'ai horreur du jambon.
Ce qui complique encore ma situation.
Moi c'est Maria.
Esperanza c'était l'autre avant.
Celle qui volait les chemises de nuit et le papier du cabinet.
Ah oui,
bien sûr.
Excusez-moi.
Zut, je vais être en retard.
Avec tout ça,
je n'ai pas écouté le bulletin météorologique.
Savez-vous si on annonce de la pluie pour aujourd'hui ?
Oui, oui,
c'est l'heure,
puis ils ont dit que cet après-midi il y aura de l'orage.
Ah,
merci Marielle.
Y'a rien dont j'ai horreur comme de me travailler toute une journée avec mon imperméable pour rien.
Pour que votre charlotte au chocolat soit véritablement un délice,
il est indispensable bien entendu que votre chocolat ne soit ni trop sucré,
ni trop amer.
Que la crème de marron,
si vous avez choisi d'en mettre,
reste à sa place.
et que la crème anglaise soit bien épaisse.
Tout cela est la moindre des choses.
Je vous ai indiqué aussi tout à l'heure le style de nappe et de vaisselle qui,
à mon avis,
se marient le mieux avec la charlotte.
Mais ce qu'il ne faut pas oublier,
c'est l'importance extrême du sujet de conversation.
Si l'on veut déguster totalement une charlotte au chocolat,
il ne faut pas croire qu'on puisse parler...
De n'importe quoi.
Il est pour question,
par exemple,
de parler d'argent ou de politique,
ni des embouteillages,
ni de vos ennuis de plomberie.
Si vous le faites,
vous aurez mangé votre charlotte sans vous en apercevoir.
Je vais vous raconter une petite histoire.
J'ai grandi pendant la dernière guerre,
avec des privations,
bien entendu,
pour l'anniversaire de mes dix ans.
Mes parents avaient réussi,
avec de grandes difficultés,
à me faire faire un...
Magnifique gâteau,
surmonté,
une couronne de crème chantilly.
Quand on a amené ce gâteau,
je l'ai regardé les yeux écarpillés de terreur devant cette chose inconnue qu'on voulait me faire manger.
Et j'ai éclaté en sanglots.
Il n'a pas été possible de m'y faire goûter.
Je me suis calmé et consolé avec une pomme familière et rassurante.
Voilà.
Si vous servez à vous inviter une charlotte au chocolat,
racontez un souvenir d'enfance,
un souvenir de vous goûter d'enfance.
Et vos amis enchaîneront avec leur souvenir d'enfance à eux,
car tout le monde en a,
et vous verrez que cela donnera à votre charlotte au chocolat un goût inoubliable,
comme l'enfance.
Merci ma chère Isaïe,
à demain.
Maintenant nous avons rendez-vous avec Jeannette qui va répondre à vos questions sur les produits surgelés.
Mais auparavant,
écoutons Barbara Streisand.
T'es tout flippé papa,
qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce que tu fais là ?
T'as terriblement grossi Fifi,
comment ça se fait ?
A demain.
Qu'est-ce que c'est que ce chapeau ?
On dirait le gâteau d'anniversaire dont tu parlais tout à l'heure.
Au revoir papa chéri.
Téléphone nous quand tu seras fréquentable.
J'avais l'intention de t'inviter à déjeuner.
Non, en ce moment,
je ne mange pas au restaurant.
Viens,
on va manger à la maison.
Tu n'as pas regardé dans le rétroviseur avant de faire ta marche arrière ?
Cher papa,
on va se tuer tous les deux si tu commences comme ça.
Alors je crois qu'il vaudrait mieux que tu prennes un taxi et on se retrouve là-bas.
Non, non,
non, je veux pas prendre de taxi.
Je reste là.
Et je me tais.
Je me tais.
Qui est là ?
Je ramène papa !
Isa m'a volé mon histoire de gâteau !
C'est moi qui n'ai pas voulu manger le gros gâteau à la crème !
Isa !
Elle,
c'est bourrée de gâteaux à la crème,
la grosse menteuse,
voleuse de souvenirs d'enfance.
Ta fille Isa,
vends l'âme de la famille pour que d'horribles femmes deviennent encore plus horribles en se gavant de Charlotte au chocolat.
Bon,
est-ce que quelqu'un a préparé le déjeuner ?
Je sais pas.
Prenez Charles mon chéri,
va voir maman,
Valentina s'occupe du déjeuner.
Si tu restes ici avec cette tête là,
tu vas faire tourner mes tarots comme du lait caillé.
Décidément.
Maman,
papa peut monter ou tu descends ?
Qui m'appelle ?
Isa.
Tu es rentrée ?
Ah oui.
C'était trop long ton histoire de bientôt.
C'était en trop.
Ne nous énervons pas.
C'est parce que tu la connaissais déjà maman chérie.
Tu as préparé quelque chose pour le déjeuner ?
J'ai acheté des lasagnes.
Tu es là toi ?
Qu'est-ce que tu as ?
Tu es malade ?
Mais je vais finir par le croire.
Tu aurais dû laisser tout ça dans le vestibule.
Faites un temps superbe,
non ?
Ils ont annoncé de l'orage pour cet après-midi.
Oh, quel dommage !
C'est gentil de venir le voir.
Si tu avais téléphoné pour t'annoncer,
le déjeuner aurait été meilleur.
Je pensais inviter Isa au restaurant,
c'est elle qui a préféré m'amener ici.
Ah,
si c'est avec Isa que tu souhaites parler,
je peux l'appeler et m'occuper du déjeuner.
On cesse de décortiquer mes mots et mes actes,
et asquille-toi quelque part.
Il y a des avantages et des charmes à vivre entre femmes comme nous faisons,
mais j'avoue que cette belle autorité masculine me manque parfois.
J'aurais quelque chose à te demander.
Oh !
On cesse de jouer à la petite fille,
veux-tu ?
À la petite fille,
moi ? Oh,
quelle horreur !
Je ne l'ai pas fait exprès,
mais je vais me surveiller.
Je n'ai jamais pu causer avec toi,
et ça ne changera jamais.
Mais qu'est-ce que je fais ?
Non, c'est dans ta tête,
je t'assure,
mon chéri.
Je suis là,
je t'écoute avec sympathie et intérêt.
Que faire de plus pour te prouver mon attention ?
Peut-on même pas plisser le front comme Chiffon ?
Chiffon !
Ah ah ah,
tu as vu ?
J'ai déjà vu des chiens dans ma vie.
Oh,
je m'en doute,
quand on fait de la politique,
on voit de tout.
Et voilà.
Nous allons encore parler une heure pour ne rien dire,
et je ne trouverai pas le moyen de te dire ce que j'ai envie de te dire.
Trois fois dire dans la même phrase.
Vous êtes troublé,
mon cher député.
Tu es insupportable.
Tu as raison.
Alors,
arrête de tourner autour du pot,
c'est ça qui m'énerve,
évite ton sac.
Pardon ?
Je t'écoute.
Je t'ai déjà dit que j'écrivais mes mémoires.
Oui, oui.
J'en attends beaucoup.
Et je voulais te demander si par hasard tu aurais gardé mes lettres.
Tu les veux ?
Des photocopies me suffiraient.
Ah, c'est embêtant.
Pourquoi ça ?
Parce que,
pique-toi que c'est assez drôle.
J'avais l'intention de te demander la même chose.
Moi aussi,
j'écris mes mémoires.
Depuis quand ?
Depuis que tu m'as dit que tu écrivais les tiens.
Ah oui ?
Oui,
on ne sait jamais.
Je ne prends l'intention de te calomnier.
Je ne dirais que la stricte vérité.
Moi aussi,
de vérité valait aucune.
Qui veux-tu que ça intéresse ?
Pardon ?
Qui veux-tu que ça intéresse,
tes mémoires ?
Mes amis d'école,
par exemple.
Si je le pouvais,
je te découragerais d'entreprendre ça.
Et de te ridiculiser.
Oh,
mon âge,
je ne serai pas ridicule très longtemps.
Mais enfin,
Liane,
des mémoires ne se justifient que si on a été une personnalité publique.
Qui a dit ça ?
Il vaut mieux avoir une personnalité qui ne soit pas publique que d'être un personnage public sans personnalité.
Je te remercie.
Non,
c'était qu'un mot.
Je le retire.
Mais sois honnête,
elle reconnaît que ma vie a été beaucoup plus passionnante que la tienne.
Je n'en sais rien,
je ne la connais pas.
Tu es né à Paris.
et tu n'as,
pour ainsi dire,
jamais quitté la France et les couloirs de l'Assemblée nationale.
Moi,
tu le sais bien,
je ne suis qu'une pauvre petite Italienne de la montagne dont la mère est venue se placer à Paris comme blanchisseuse tandis que le père travaillait en usine.
Rien que le début,
ça a l'air d'un roman de Zola.
Non ?
Je ne suis pas un éditeur.
Tu n'as pas besoin de me vendre ton marchandise.
Elle est déjà vendue.
Je suppose que c'est Cathy qui te publie.
Non.
Un compliment ?
Oh, je suis désolé que ça a l'air de te contrarier.
Quelle idée !
Pourquoi veux-tu que ça me contrarie ?
Mais tu as peut-être...
Tu as peur de ce que je vais dire de toi ?
Ou bien tu as peur de mon livre et plus de succès que le tien ?
Si tu veux connaître le fond de ma pensée,
je suis convaincu que tu ne l'écriras jamais.
Et la seule chose qui me contrarie,
c'est que tu ne me donneras pas mes lettres.
Si,
je te les donnerai.
Si tu me rends les miennes,
donnant,
donnant.
Je ne les ai pas gardés.
Non !
Non.
Lorsque tu me...
Enfin,
lorsque nous nous sommes séparés,
j'ai tout brûlé.
Lettres et photos.
Et comment feras-tu alors ?
Si j'y suis contraint,
je survolerai ces événements.
Après tout,
mes mémoires concernent surtout ma vie publique.
Ça va être passionnant.
Alors tu as tout brûlé.
J'ignorais.
Moi j'ai tout gardé.
Tu n'avais aucune raison de tout brûler.
C'est pas moi qui me suis amouraché d'un Anglais.
Il n'avait rien d'un séducteur,
le pauvre type.
Il était plus petit que toi.
Non.
Oui,
toi son talon et lui avec.
Une vraie tête d'Anglais,
avec des yeux d'eau de vaisselle.
Et une mauvaise santé par-dessus le marché.
Il fallait vraiment que tu t'embêtes avec moi pour partir avec celui-là.
Pour une femme,
Louis,
c'était follement séduisant.
Et j'ai été follement séduite.
Et même si je le reconnais que ça me fait plaisir,
je trouve que c'est pas très raisonnable de ta part de te mettre dans un pareil état à cause de ça.
Enfin,
je t'ai quitté pour lui il y a presque 40 ans.
Il est mort il y a plus de 10 ans.
Qu'est-ce que tu me chantes ?
Mais je ne sais pas,
tu... Tu t'agites,
tu as les...
Elle est très tirée,
tu as l'air contrarié.
Oh,
quel rapport avec ce pauvre Lewis.
Je ne suis pas gâté au point de ressasser tout à coup une histoire vieille d'un demi-siècle.
Oh, pas tout à fait.
Reste galant.
Quand un homme plonge dans...
sont passés quand il met sa vie sur sa table de travail il a des raisons d'être agité et je n'en ai pas d'autres j'aimerais d'ailleurs te poser certaines questions à moins qu'à présent tu ne veuilles garder tes souvenirs pour toi
Et si nous parlions un peu du présent ?
Oublie la bonne éducation que ta mère t'a donnée,
coude à un fils que Dieu est son âme,
évite ton cœur pour une fois,
tu te sentiras mieux après.
De quoi parles-tu ?
Je suis désolée,
je ne pouvais pas supporter ça il y a 40 ans,
je ne le supporte pas plus aujourd'hui.
Je préfère la belle figure.
Ma, ma,
ma, imagine.
Maintenant,
c'est tout.
Tiens,
c'est vrai,
j'avais oublié que tu m'insultais en italien les premières années de notre mariage.
Et la dernière aussi.
Tu permets que je le note ?
Je vais te dire une bonne chose.
Ou bien tu es une sorte de poisson,
une sorte de grenouille insensible,
ou bien tu es un être humain.
Et alors montre-le.
Sinon je ne t'adresserai plus jamais la parole.
Mais qu'est-ce que tu veux de moi ?
Tu es sûr que tu n'es pas un homme ?
pas souffrante tu as peut-être de la fièvre.
Ma faille !
Tu arrives ici blanc comme un linge avec la figure à l'envers qui appelle au secours comme un nourrisson qui aura une épingle à nourrir piquée dans les fesses.
Mais tu préférerais crever plutôt que d'avouer que ça te pique.
C'est votre habitude d'étaler vos sentiments comme du beurre sur des tartines mais ce n'est pas la mienne.
Je suis trop vieux pour changer.
Les petites contrariétés qui peuvent arriver à un homme de mon âge sont sans importance.
Ce que je veux maintenant,
c'est préparer ma sortie avec sérénité.
En laissant derrière moi une réflexion sur ma vie,
qui sera peut-être utile à quelques-uns.
C'est l'heure du bilan.
Ce n'est plus l'heure des bagatelles.
C'est l'heure du déjeuner.
Je vais voir où ça en est.
Mon bon chéri,
les tarots ont parlé,
mon avenir est sans incertitude.
Ni gloire,
ni argent,
ni amour !
Oui, oui,
attends, attends un peu,
ma chérie,
attends.
Rien, rien,
il ne dit rien.
Bon,
je sais que ça ne va pas,
mais je ne sais pas pourquoi ça ne va pas.
C'est pas pour aller de la tête qu'il avait.
J'ai appelé Marie-Claire,
je lui ai parlé.
À sa boutique,
elle s'en va,
et elle se marie.
Son mari.
Et l'épouse qui ?
Toujours le même,
celui qu'elle avait depuis deux ans.
Oh,
le pauvre vieux !
Il faut dire qu'il n'a pas beaucoup de chance avec les femmes.
Ah non,
non,
non, il ne peut pas être comme ça,
c'est pas gentil.
Si ça en est remis quand il a quitté,
il va pas se...
Il s'en est remis,
peut-être,
mais il a fait l'examen pendant des mois.
Il a perdu beaucoup de cheveux.
C'était bien la moindre des choses.
Avec sa manie de tout garder pour lui,
il ne faudrait pas qu'il se fabrique un ulcère ou un monophartus.
À cause de cette fausse blonde ?
Soyons justes,
beaucoup de femmes se taignent les cheveux.
C'est pas mal de voir.
Tu crois qu'il est vraiment malheureux ?
Je crois qu'il se sent vieux et seul.
Et qu'il va falloir le dorloter un peu.
C'est moi.
Tu viens, on va mettre tout ça dans ma chambre.
D'accord.
Personne n'a téléphoné ?
Non !
Maintenant,
on fait un énorme calino.
Fais le lion.
Pas maintenant.
Juste une fois.
Bon, ce soir.
Non, maintenant.
Psss,
j'ai pas envie.
Rrrrroooom !
Rrrrroooom !
Rrrrroooom !
Rrrrroooom !
Encore.
Non, mamseule.
T'es méchante.
Tais-toi,
ou je te mets à cuire au four avec des courgettes.
Pas avec des courgettes,
c'est pas bon.
Ah, j'ai eu une journée de folie,
un vrai festival dans le Vélade.
Bon alors qu'est-ce que tu disais,
maman dort,
je serai méchant,
pourquoi ?
Parce que Marie-Claire est partie et qu'il est dans un état incroyable.
C'est filément séparé de vos six.
On ne peut pas les laisser tout seuls.
Isa va s'occuper un peu de lui pendant quelques jours.
Le temps qu'il s'habitue à sa nouvelle vie.
Pourquoi est-ce que c'est vraiment qu'il se tape toujours toutes les corvées ?
Pourquoi est-ce que tu n'y es pas allée,
toi ?
Parce que je ne suis pas aussi efficace que ta mère,
mon chou.
Je ne sais pas conduire.
Je ne sais pas du tout cuisiner.
Et dans l'appartement de papa qui a tout un catafalque,
je crois que je ne saurais plus parler,
ni probablement même respirer.
Les gens comme toi ont vraiment de la veine de toujours trouver les bonnes poires qui s'échinent pour eux.
Heureusement que les gens comme moi ont un peu de veine,
parce qu'ils n'ont ni la force,
ni le courage.
que des gens comme toi ont ma chérie.
Ok,
le sujet est épuisé,
parlons d'autre chose.
C'est une excellente idée.
J'ai rêvé de Diego cette nuit.
C'est drôle.
Quand j'habitais à Mexico,
je détestais tout.
L'espagnol,
la tequila,
la musique mexicaine.
Mais depuis que je suis revenue...
Marc, on s'est complètement laissé tomber.
Est-ce que quelqu'un a eu des nouvelles de lui ou de Gaël ?
Oui, Gaël a téléphoné une fois.
Aux dernières nouvelles,
elle n'avait pas l'intention de passer l'éponge.
Une fin,
un mur.
Depuis ton anniversaire,
ce salaud a pas appelé une seule fois.
Tu parles de Marc ?
Et de qui veux-tu que je te parle ?
Et ce garçon que Marc avait amené et qui écrivait des romans policiers,
qu'est-ce qu'il est devenu ?
C'est ça ?
Ce garçon qui a crié devant tout le monde qu'il était amoureux de toi et qu'on n'a pas revu.
Tu ne t'en souviens pas,
ma chérie ?
Mais si, je m'en souviens.
Moi, par exemple.
Je ne suis pas amoureuse de lui,
mais je lui trouve néanmoins beaucoup de charme,
dans un certain genre.
Parce que tu t'imagines que je suis amoureuse de lui,
moi ?
Je n'imagine rien.
J'entends la façon dont tu demandes chaque jour si quelqu'un a téléphoné.
Mais il me semble que je posais déjà cette question avant de connaître ce monsieur.
C'est vrai.
Cela dit,
j'aimerais bien l'avoir au téléphone pour lui dire ce que je pense de lui.
Moi, par exemple,
je ne pense rien de lui.
Et maman non plus,
j'en suis sûre.
Hein, maman ?
Arrête de bourdonner,
Tessa.
Demande son numéro à Marc.
Moi ?
Téléphoner à ce type ?
J'aimerais mieux attraper la rougeole.
Tiens, Tessa,
viens me faire le tarot.
Impossible.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je l'ai punie.
J'en ai marre !
J'en ai vraiment marre !
Ce sont des tarots anciens,
j'ai fait des kilomètres pour les lui acheter !
Oh ! Des choses comme ça,
ça me met hors de moi !
Ça me rend malade !
Tu es trop attachée aux objets !
Et merde !
Merde !
J'ai toujours pensé que quand on me faisait un cadeau,
je pouvais en faire ce que je voulais.
Mais apparemment,
Cathy pense qu'un cadeau appartient toujours à celui qui l'a payé.
Tu es injuste,
Tessa.
Cathy est très généreuse et tu le sais très bien.
Elle trouve seulement que tu n'attaches pas de prix au cadeau qu'elle t'a fait.
Qu'est-ce qu'il y a à manger à la maison où Mathieu vient dîner ?
Oui, je sais.
J'ai acheté des lasagnes.
J'en ai déjà donné à ton grand-père à midi,
mais Mathieu n'en saura rien.
Si on ne le lui dit pas.
maintenant tu peux être sûr que le
Tu le lui diras avant qu'il soit assis sur sa chaise.
Non, je lui dirai pas.
Ah ! Mais il y aurait enfin quelqu'un dans cette famille qui saurait tenir sa langue.
Hum...
Allô, Marc ?
Les gens passent leur temps à vous dire de garder le sien.
Dites-lui que Katharina Kos l'a appelée.
Alors, pourquoi est-ce qu'on les répète ?
Parce qu'on nous a dit de ne pas le faire.
Je suis fière.
Il est déjà parti du bureau.
Si tu veux,
je peux te faire les cartes au lieu des tarots.
Ok,
allons-y.
Pas de quartier.
Dis-moi tout !
À Noël,
si je n'ai pas trop de travail,
je t'emmènerai avec ta maman voir des lions,
des girafes,
des rhinocéros,
des éléphants...
On y a déjà été au zoo !
Ah !
Pas au zoo poupée,
en Afrique !
C'est où en Afrique ?
Ah !
Tu te rappelles qu'on a été à Nice voir ma maman à Pâques ?
Oui.
Tu te rappelles la mer ?
Oui.
Eh ben,
loin loin,
de l'autre côté de la mer,
c'est l'Afrique.
Ta maman,
elle a les cheveux blancs ?
Oui. Allez,
allez,
allez. Zelda,
mon amour,
mets-le à la porte,
sinon il va papoter toute la nuit.
Je m'en vais si tu me fais le plus gros baiser de ta vie.
Fais des beaux rêves !
Toi aussi !
Toi aussi mon amour !
Les plus beaux rêves du monde entier !
J'adore te voir avec Zelda !
Aïe !
On dirait pas...
Aïe !
Dis qu'on va vivre ensemble et je te lâche !
Ouh,
je déteste ces papiers.
Quand je pense à tout ce qu'il y a à faire en pensant à...
Aïe !
Qu'est-ce qui te prend de remettre ça sur le tapis tout d'un coup ?
J'en ai marre de faire semblant d'être heureux.
Je peux pas respirer.
Tant mieux.
Oh, laisse-moi !
Non.
Tu me fais mal,
je ne te sens pas à la maison du tout,
lâche-moi !
Tu n'as pas répondu.
Je déteste la brutalité,
c'est vraiment une marre d'impuissance,
c'est une debilité !
C'est toi qui m'as rendu idiot.
Arrête Mathieu,
ça suffit maintenant.
C'est toi qui m'as rendu idiot.
Tu t'es fait mal ?
Même pas.
La conversation n'est pas terminée.
Trompe !
Ne me claque pas la porte au nez,
Cathy !
Je me demande où est passée cette clé.
Oui, bon bah tu la chercheras une autre fois.
Je te conseille de changer de style.
Les ordres,
j'ai horreur de ça aussi.
Qu'est-ce que tu fais ?
Ça se voit pas ?
Ouvre cette fenêtre s'il te plaît.
Tu veux que tes voisins entendent tout ce qu'on se dit ?
Je m'en fous,
j'ai besoin d'air.
Non,
s'il te plaît,
arrête de chercher cette clé.
Bon...
Si je peux pas vivre avec toi,
il vaut mieux qu'on se voie plus.
Pauvre type.
On t'a mis dans la tête qu'un homme et une femme qui s'aiment,
ça doit coller ensemble et former cette chose qu'on appelle un couple inséparable,
comme des siamois.
Et tu refuses d'être heureux,
parce que le bonheur pour un homme blanc,
entre 30 ans et le tombeau,
c'est ça.
Alors tu préfères ne plus me voir,
ne plus voir ta fille qui t'aime pour pouvoir aller t'accoupler ailleurs selon les normes.
Je comprends pas,
c'est tout.
C'est pourtant simple.
Je suis pas un mouton de panurge.
Et je veux vivre à ma façon.
Mais si t'étais pas aussi butée,
tu comprendrais que c'est mieux de se voir quand on en a envie.
Se voir par plaisir,
et pas par obligation.
On en a tous les avantages et pas les inconvénients.
Ça me tue de répéter des choses tellement évidentes.
Mais en somme,
tout le monde se trompe,
y'a que toi qui as raison.
Non.
Mais on peut vivre sa vie de mille façons.
Ce qu'il faut,
c'est la choisir du fond du cœur.
Et pas copier bêtement sur son voisin.
Tu me feras jamais croire que t'as la vocation du mariage.
Non.
Mais Primo,
tu ne supportes pas de ne pas être conforme aux standards habituels.
Et puis,
surtout,
tu ne supportes pas que je ne te cède pas.
Tu te fabriques un malheur qui n'est pas sincère.
Voilà !
T'as parlé de toi,
t'as parlé de moi.
Si on parlait de Zelda,
tu crois pas que c'est important pour elle de vivre avec son père ?
Et pourquoi ce serait plus important pour Zelda de vivre avec son père que de vivre avec sa grand-mère et son arrière-grand-mère ?
Tous les psys qui ratent t'expliqueront pourquoi.
Et merde !
Tu sais Mathieu,
on n'est pas obligé de croire tout ce qu'on lit dans les journaux,
ni tout ce qu'on entend à la radio et à la télévision.
On peut avoir son opinion personnelle.
Et mon opinion personnelle est que Zelda est très heureuse comme ça.
Il faut que je réfléchisse à tout ça.
Tu t'en vas ?
Oui.
Je déteste les gens qui sont comme ça à 11h du soir.
C'est absurde ce que tu dis.
Qu'est-ce que l'heure a à voir là-dedans ?
Ah, je suis absurde,
folle,
méchante,
mais c'est pas nouveau.
C'est comme ça que je t'ai fait,
non ?
Tu me fais du charme ou quoi ?
Je viens de me disputer,
crier,
me bagarrer,
mais je déteste me séparer en froid.
Ça m'angoisse.
Je ne peux pas pouvoir dormir de la nuit.
Allez.
Réconcilier un mot d'abord.
Non, écoute-moi Cathy,
je suis amoureux de toi.
Bien plus que tu ne l'aimes moi,
je le suis trop.
Tout ça me perturbe,
mon travail s'en ressent,
je dois réfléchir.
Au revoir.
Je te téléphonerai demain soir.
Essaie de me comprendre vraiment.
Espèce de petit bourgeois !
Espèce de vieux pépère !
Et ne me parle plus jamais d'amour !
Tu sais pas ce que c'est !
Si tu éprouvais de l'amour,
tu ficherais pas le camp au milieu de la nuit pour aller réfléchir !
Tu veux de la tranquillité,
tu veux de la conformité,
mais tu veux surtout pas d'amour !
Si justement c'est ça que je veux,
et c'est ça que tu ne me donnes pas.
Tu m'aimes bien,
tu veux que je m'occupe de Zelda,
t'es habitué à me voir.
C'est tout.
Si je te demandais de jurer sur la tête de Zelda que tu es folle de moi,
est-ce que tu le ferais ?
Tu dis ça et tu t'en vas.
Oui.
Tu n'as pas à jurer.
Tu vois ?
Oh les hommes,
ils sont pas possibles !
Mais c'est pas vrai !
Mais qu'est-ce qu'ils ont fait ?
C'est tout !
Pas de coeur !
Pas de tri !
Eh bien dis-moi,
les voisins ont dû se régaler !
Marc au téléphone !
Il a dû en profiter un peu,
lui aussi.
Salut.
Ben, dis donc,
mon vieux, on peut pas dire que tu mets la saillie de coup de téléphone.
Tu t'es pas assez défoulée sur celui d'avant,
on dirait.
Approchez,
approchez,
messieurs,
dames.
Il y en a là pour tout le monde.
Ah,
les hommes,
mon pauvre Marc.
Je sais vraiment pas comment il fonctionne,
mais je suis pas faite pour m'entendre avec ces types-là.
C'est terrible,
pauvre dame.
Et encore,
c'est rien,
à côté des femmes.
Ces petites bêtes-là,
c'est une vraie plaie,
vous savez.
Je vous le dis.
Comment tu vas,
mon chéri ?
Mal.
Et toi ?
Ça va,
sur tous les plans.
Sauf sur le plan sentimental,
mon chou.
Là, il y a des ratés.
Te plains pas,
moi, il n'y a même plus de ratés.
C'est au point mort.
Je te passe quelqu'un qui voudrait te parler.
Est-ce que vous avez pensé à moi,
Katharina ?
Qui est à l'appareil ?
Vous le savez très bien.
Je sais que vous êtes sûr de vous,
passablement prétentieux,
et que vous avez une voix nasillarde,
mais je ne sais pas qui vous êtes.
Moi, je sais que vous êtes une menteuse.
Dites-moi votre nom ou je raccroche.
Je n'ai plus aucune patience avec les hommes à cette heure-ci.
J'ai essayé de ne pas penser à vous,
mais je n'ai pas réussi.
Et je sais pourquoi.
C'est parce que vous avez pensé à moi et que je recevais vos ondes.
Passez-moi à Marge,
je vous prie.
J'aurais pas dû prendre l'appareil et vous parler.
Quand j'entends votre voix de Snow Minard,
j'ai envie de vous gifler d'abord,
et de vous violer ensuite.
Écoutez !
Je voulais juste vous dire une chose.
Vous êtes pas du tout une fille pour moi.
Et comptez pas que je tombe dans le panneau.
Vous m'aurez pas,
ma belle.
Vous devriez consulter un médecin,
ça va pas la tête mon vieux.
Je préfère vous consulter vous.
Est-ce que je peux venir tout de suite ?
Mais sûrement pas,
vous êtes vraiment fou !
Demain je pars pour 15 jours.
Je m'en fous,
vous savez.
Si je vous ai pas oublié d'ici là,
je viendrai vous voir.
Je serai pas là,
je serai partie.
Je vous trouverai,
si ça me chante.
L'amour est bien en effet,
mais la surprise,
la vie,
c'est l'homme.
Je t'aime,
et si je t'aime,
si je t'aime,
moi,
jamais,
Je t'aime trop,
je t'aime trop,
je t'aime trop
Si tu n'aimes pas Je t'aime trop Et si je t'aime trop
Vous les femmes,
vous les châmes,
vos sourires nous attirent,
nous désarment.
René Charles a été le premier mari de Liane.
C'est lui le fondateur de cette remuante dynastie féministe.
féminine.
Depuis 12 ans,
il vivait avec Marie-Claire qui,
contrairement aux habitudes,
vient de le quitter elle pour un homme plus jeune.
De son côté,
Cathy s'est disputée avec Mathieu,
le père de sa fille,
qui accepte de plus en plus mal que Cathy refuse de vivre avec lui.
Quand à Tessa,
à la fois soulagée et contrite,
elle n'a toujours pas trouvé de travail.
Mais l'été est revenu quand même et toute la tribu est partie en vacances.
On met le passé à gauche,
le présent à droite.
Et toute la vie entre les deux.
Merci.
Seigneur.
Qui a mis en place ça ?
J'ai apporté ici toutes mes photos pour les trier.
À Paris,
on n'a jamais le temps.
Et j'en ai besoin pour écrire mon livre.
Je suis drôlement jolie,
là. Oui,
ma chérie.
Vous commencez avec les photos de papa et de maman.
C'était quand,
ça ?
C'était le jour de notre mariage.
Ensuite,
mes photos depuis bébé.
Tu étais maigre.
Moi, je te trouve beaucoup plus jolie avec de menton qu'avec un signe.
Oh, espèce de vifère !
Fais voir, fais voir !
Oh, il me l'a appuyé !
Oh,
il semblait un vrai gosse.
Je ne peux pas m'imaginer qu'avec cette petite figure-là,
déjà,
il faisait l'amour,
le pauvre,
pauvre Elita.
Mais dans ce temps-là,
il ne le faisait pas avec sa figure.
Mais j'aimais bien,
non mieux.
Et ça,
c'est quoi ?
Ça,
c'est une chasse aux tigres,
à Ransipour. Mais il y a le tigre.
Ah, cherchez l'erreur.
C'était la deuxième année où nous étions aux Indes,
je crois.
Là, on ne reconnaît personne.
C'est une réception ou quoi ?
Oui.
c'était dans la voie cette de france allons je suis arrivé avec rené charles et je suis reparti avec lewis que j'ai rencontré ce soir là je suis rentré à la maison trois jours plus tard et j'ai annoncé à notre père que je voulais divorcer pour
connaître que je suis très mal conduit mal je suis bien content de l'avoir le courage
Il y a des photos,
voilà. C'est ça.
Et oui !
Ah,
je ne sais pas.
Mon mariage avec sa fille,
ça va.
1932.
Est-ce que je peux déchirer les photos de Diego ?
Oh, merde !
Sois une bonne fille et mets les dates au crayon derrière,
bien sagement.
C'est nos premières vacances au Mexique quand on vit encore au Canada.
Ça doit être
1967.
On est partis à Mexico en 1970.
Lui ? Il doit y avoir une photo du steward avec lequel j'ai passé ma première nuit à mon retour.
C'est pas tout.
Il aimait très,
très bien les enfants.
Moi, j'aimais bien Diego.
1979.
Mais tout le monde aimait bien Diego,
sauf moi. Pourquoi ?
Il parlait toutes les langues avec l'accent espagnol et il mettait de l'huile d'olive dans tout.
Dans ses cheveux.
Oh,
tu mens !
Tu crois ?
Oui. Il faut que je me mette au régime.
Regarde.
À ce temps-là,
je portais bien mon nom.
on en a un.
Maintenant quand on m'appelle Yann,
c'est carrément comique.
Enfin,
il vaut mieux faire rire que faire pleurer.
C'était quand ?
Quand Louis a été nommé arabe en 1945,
après la guerre,
en 1946,
je me suis dit très bien.
Tiens maman,
toi à la radio quand tu as commencé Vous avez vu,
vous dites mon bonnet
Ah tiens,
ça c'est le lycée français de Rabat
Et c'est ta classe ?
Non, ou celle de Tessa ?
Fais voir !
Elle a trop mangé.
Au lycée.
Oh oui. Elle a mangé plus que moi.
Je mange trop.
Alors ? Non,
le mariage était ça.
C'est écrit.
Montréal 1964.
C'est voilà.
Oh, celle-là,
je vais aller chier.
Oh, elle est belle.
Quelle putain.
Et voilà le pauvre...
Comment il s'appelait ?
Désormais.
Personne.
Il aurait pu s'appeler Alphonse Larmant,
il s'appelait tout simplement Jean-Michel.
Tu ne l'as jamais rencontré,
c'est maman qui t'en a parlé.
Je te demande pardon,
j'ai rencontré Jean-Michel Potiron lors de mon voyage à Paris en 1970.
Il est à 15h.
Lui et ses pralines,
on consolait bien au moment de son divorce.
Je lui parlais de ses draguets,
de ses ateliers,
de ses caramels,
de ses petits bonbons,
quoi.
Non,
écoute,
tu exagères de parler de ça devant Cathy.
J'ai le droit de savoir que tu avais trouvé la tendresse pour un confiseur et pour ses pralines,
maman.
Pourquoi m'as-tu de me le cacher ?
Confiseur, il est méchant pour ma question qu'il n'existe plus.
Il est trop mig
Je ne me souviens pas une photo de ses pralines.
Je ne me souviens pas qu'elles étaient magnifiques.
Oh mon dieu !
Très,
très grosses.
Non,
ça suffit !
Fais ça !
Tu deviens vulgaire.
Youish,
quand il était dans la race.
C'est maman qui a 5 ans
Je regarde comme tu es mignon.
Venez Charles avec les deux petits,
dis arrêtez ça.
Mais c'est toi,
Liane.
Oui, je devais avoir six ans.
Qu'est-ce que t'étais venu.
Oui, j'ai bien changé.
Qui est-ce qui a fait cette photo ?
Je ne me souviens pas du tout.
Quand je suis venue habiter avec vous au Porte de Saint-Cloud.
En 69.
69 ?
C'est quand j'ai marié Pierrot,
moi.
Oui.
En 69,
Pierrot a quitté Isa et Cathy.
Et Louis s'est mort.
J'arrive pas à imaginer qu'on a des...
J'ai vécu ailleurs que dans la maison de Madame.
J'ai l'impression qu'on a toujours vécu dans cette maison.
Je n'ai pas voulu le marier.
L'épouser.
Et celui-là,
c'était à qui ?
A Tessa ?
A Isa ?
Non,
malheureusement il n'est pas à moi.
Je ne sais pas qui ça peut être.
Qui est-ce ?
C'est Clarence,
un de mes frères de Lewis,
que sa mère a eu d'un deuxième mari suisse.
Je crois qu'il est professeur à l'université de Genève.
Il est nettement plus jeune que Lewis.
Lewis aimait beaucoup,
bien qu'il se voit rarement.
Il est venu une fois aux Indes,
et puis il est venu à Paris pour l'enterrement de Lewis.
Je me demande ce qu'il devient.
Mes photos préférées sont celles des Indes.
Oui,
c'était tout juste après l'indépendance.
C'est resté longtemps encore très anglais,
très agréable,
je l'avoue,
malgré tous les bouleversements.
Quelle chance vous avez de vivre tout ça.
Tout ce que je voudrais voir,
ça n'existe plus.
Même l'Amérique que je voudrais connaître,
c'est plus celle de l'au-delà-vis.
Sans parler de Rome ou d'Apel.
Que je n'ai pas connue,
moi non plus,
alors à poser.
L'Empire anglais des Indes,
ça me fait rêver.
Pardonne-moi Cathy,
mais là tu dis des conneries.
Pense qu'est-ce que c'était vraiment les colonies.
Ce n'était pas les rêves,
c'était les cauchemars.
Peut-être les esclaves noirs,
ils te font rêver aussi.
Fous-moi la paix Agostina,
avec ton préchi-préchat politique,
je sais tout ça.
Mais il y a toute une littérature qui m'a fait aimer des époques,
des univers qui ont disparu et qui reviendront jamais.
Tant que je peux dire ça sans être internée dans un hôpital psychiatrique,
j'en profite.
Vive l'Empire anglais des Indes !
Non,
avec les gens comme toi et la nostalgie,
le monde ne bouge pas,
les progrès vont à réculons.
Les enfants de 8 ans,
ils travaillent dans les usines,
les esclaves dans les maisons.
Mais pardon !
Il y a toujours des esclaves dans les maisons.
Il suffit de voir comment tu traites ta femme de ménage portugaise à Paris.
Avec des gens dans ton style,
c'est toujours
« Faites ce que je dis,
mais ne faites surtout pas ce que je fais. »
Ah, ça,
je ne comprends pas.
Quand on se met en colère,
on dit n'importe quoi en France.
Arrêtez de crier toutes les deux et de rabâcher toutes ces banalités.
Regardez plutôt la beauté et l'allure de cet homme.
Lord Mountbatten,
dernier vice-roi des Indes.
Dickie Mountbatten.
Toutes les femmes étaient amoureuses de lui.
Quand je pense à la façon dont on l'a tuée...
Je ne veux pas discuter encore avec toi,
mais... On va pas recommencer.
On a déjà passé toute une nuit à hurler sur ce sujet.
Ça suffit.
Écoute,
il faut essayer de voir le show sur un plan plus général et pas toujours personnel.
Agostine à la ferme.
Un peu de chère.
Je dirais que c'est la politique.
C'est comme la religion au Moyen-Âge.
Tu dis des bêtises,
Tessin.
Je suis sûre que non.
Et dans quelques siècles,
je suis sûre qu'on me donnera raison.
J'ai envie de l'inviter.
Le motard que j'appelle.
Moi, qui ça ?
Le petit Clarence.
Je suis sûre qu'il pourrait m'aider pour toute la partie officielle de la carrière de Lewis.
Et puis je sais que Lewis et lui ont correspondu régulièrement.
S'il avait gardé toutes ces lettres,
ce serait merveilleux.
Un Suisse à moitié anglais,
je me demande ce que ça donne.
Les cafards,
chérie.
En fait,
il était charmant.
Un peu distant,
un peu mélancolique.
mais plein d'humour.
Où veut-il mettre René Charles arrive le 12 ?
En plus, il doit avoir une femme et des enfants.
Oui,
il a deux enfants,
je crois,
ou trois.
Mais il était assez indépendant de caractère,
si je me souviens bien.
Il était venu seul aux Indes,
il peut éventuellement
éventuellement venir seul dans le Lot-et-la-Rode.
Cela dit,
je doute qu'il puisse venir en étant invité maintenant.
D'un côté,
j'aime bien voir le...
Il n'a pas l'air heureux.
J'aurais dû y penser plus tôt,
c'est idiot.
Il a les yeux bleus,
non ?
1954 !
Il a dû se consoler depuis.
Je me demande comment il est maintenant.
Beaucoup plus vieux et marié.
C'est toi Cathy ?
Oui, c'est moi.
Tu es adorable. Au fond,
il vaut mieux qu'on se soit pas connus il y a 25 ans.
J'aurais sûrement été amoureuse de lui,
mais moi je l'aurais sûrement pas pu.
Il devait aimer les blondes,
fluides.
Tu as raison,
sa femme était blonde et très fine.
Ça ne m'étonne pas.
Ne ferme pas la fenêtre,
s'il te plaît.
Tu ne veux pas faire ça demain matin ?
Non.
Si on laisse la pièce enfumée,
ça va s'infiltrer sous la porte,
ça va se répandre partout.
Toutes les façons pour cette pièce-ci,
c'est fichu,
tout est imprégné.
Les fauteuils,
les dos et la moquette.
Je ne comprends pas.
Je ne comprends pas que des hommes soi-disant intelligents,
des professeurs,
qui ont la responsabilité d'enseigner à la jeunesse,
de donner l'exemple,
Tu es aussi stupide et aussi mal élevé.
Parce qu'il faut être vraiment stupide pour continuer à fumer avec tout ce qu'on sait sur le tabac.
Si on n'est pas fichu de son empêché,
il faut être salement mal élevé pour empoisonner l'atmosphère chez les autres.
Tu as promis d'amener les filles au tennis dans la matinée,
tu ne l'as pas oublié.
Non,
non.
Je connais tes avis.
Il reste quatre heures de sommeil.
Tu trouves que c'est raisonnable ?
Les cours finissent dans deux semaines.
C'est un garçon très sensible et assez original qui m'a demandé de lire un travail sur Ruskin et Proust.
Tu vas le lire maintenant ?
Je crois,
oui.
Ce sera fait.
Et puis je serai moins abruti que si je dors trop peu.
Comme ça tu peux laisser les fenêtres ouvertes.
Est-ce que tu ne supportes plus du tout de dormir avec moi ?
Tu m'as parlé de Jacques.
Tu es peut-être dans la même situation.
Le démon de midi n'est pas une maladie contagieuse.
Moi, je crois que si.
Je t'assure que je ne suis pas épris d'une de mes élèves.
Tu recules de plus en plus chaque soir,
le moment de te mettre au lit.
Et tu crois que c'est pour penser aux treize blondes d'une jeune mélicente ?
Non, mon petit,
c'est tout simplement que je dors mal,
comme beaucoup de gens de mon âge.
J'ai peur,
Clarence.
J'ai l'impression que tout ce qui faisait ma vie me glisse entre les doigts et bientôt,
il ne me restera plus rien.
Il ne faut pas réfléchir la nuit.
Tout semble toujours plus tragique.
La nuit on voit les choses comme elles sont.
Le jour,
on s'étourdit pour ne plus y penser.
Tu ne peux pas empêcher tes filles de grandir et de partir,
et tu ne peux pas empêcher,
malheureusement,
ton pauvre mari de vieillir.
J'ai mis tous mes oeufs dans le même panier.
Le panier est tombé.
Tant pis pour moi.
J'aurais dû...
J'aurais dû,
j'aurais dû, tu devrais aller te coucher.
Qu'est-ce qu'on va faire cet été ?
Comment ça ?
Eh oui,
les filles partent chacune de leur côté.
Je me souviens,
quand on leur était toutes petites,
comme on avait envie quelquefois de se...
Se trouver seule,
tous les deux,
sans bébé.
Partir seule,
tous les deux.
Maintenant,
ça me fait peur.
Je sais pas ce qu'il faut faire.
Tu veux qu'on divorce ?
Je suis vraiment...
si dur à vivre que ça.
J'arrive pas à oublier comment c'était avant.
Je compare.
Et ça me tue.
J'ai reçu une lettre de la veuve de mon frère Louis.
Tu te souviens d'elle ?
Elle est venue à notre mariage avec Louis.
Tu l'as vu encore une autre fois mais je ne sais plus quand.
Ils sont venus au baptême de Joël.
C'est ça oui.
Elle veut écrire un livre de souvenirs et pense que je pourrais l'aider.
Et alors ?
Elle va passer l'été près d'Agin dans le Tégaron.
Elle me demande de venir.
Seule ?
J'espère que vous ne trouverez pas grossier de ma part de vous préciser que malheureusement la maison n'est pas assez spacieuse pour loger toute votre famille.
Je n'ai qu'une seule chambre à vous offrir.
Bien entendu,
votre femme sera la bienvenue,
mais je crains qu'elle ne s'ennuie un peu tandis que nous remonterons le cours des années passées.
Je serais ravie,
après tant d'années,
de continuer les conversations si amusantes que nous avions commencé à New Delhi,
ce printemps où vous étiez venus nous retrouver.
Vous vous souvenez des chottas khazri que nous prenions sur la terrasse,
alors que le soleil n'était pas encore trop chaud ?
La ville s'étendait tout autour de nous,
et ces odeurs,
que je n'ai pas oubliées,
montaient jusqu'à nous.
Mon cher Clarence,
si vous ne venez pas,
afsos,
et si vous venez,
moubarik et shabash.
Afsos signifie quel dommage,
et moubarik et shabash,
bravo et bravo.
Chota Azri,
ce sont des fruits et du thé qu'on prend avant le petit déjeuner.
Tu vas y aller ?
Oui,
je pense que ça te fera du bien d'être débarrassé de moi pendant un certain temps.
Et récit franquement,
tu voudras bien rapporter le plateau à la cuisine quand tu iras te coucher.
Bien entendu.
Vous vous souvenez-vous des shots à hasry que nous prenions sur la terrasse,
alors que le soleil n'était pas encore trop chaud ?
La ville s'étendait tout autour de nous,
et ces odeurs,
que je n'ai pas oubliées,
montaient jusqu'à nous.
Oh,
garce !
Attends un peu,
hein.
Je vais te filer un bon goût de bêche,
tu feras moins la fière.
Qu'est-ce que vous faites là,
tous les deux ?
On te regarde ?
Quand on est poli,
on regarde les gens de face.
Moi je n'aime pas du tout qu'on me regarde de dos.
Il n'est pas si grand que ça ton dos.
Je n'aime pas qu'on regarde mon dos,
John Powell.
Tu permets ?
Même s'il est tout petit.
Il n'est pas tout petit,
il est... Ça suffit.
Venez ici tous les deux.
Alors,
tu vas ?
Alors, tu viens ?
Et mettez-vous là.
Quand quelqu'un regarde dans votre dos,
c'est toujours avec une mauvaise idée dans la tête.
Ou c'est pour vous planter un couteau entre les homoploques,
ou bien c'est pour se moquer de vos fesses,
qui est encore pire.
Ça y est,
je crois que je la tiens.
Quand quelqu'un jardine,
c'est les mains qu'il faut regarder.
C'est pas très correct de l'avoir balancé chez le voisin.
Ne faites jamais ce que je viens de faire,
c'est très mal.
Quand on veut que je dise quelque chose,
on le met soit dans la poubelle,
soit dans la brouette.
Mais on ne dit jamais rien chez le voisin.
C'est compris ?
Oui.
Je ne comprends pas que M.
Tricot ait laissé cette grosse racine là.
N'allez pas lui répéter que j'ai dit ça.
Il n'a pas le temps,
M.
Tricou.
Pourquoi il ne va pas au cabinet,
M.
Tricou ?
Je l'ignore,
chère amie.
Je lui poserai la question la prochaine fois qu'il viendra.
Toi, comment connais-tu les habitudes intimes de M.
Tricou ?
C'est quoi qu'il vient ?
Il pisse derrière les poyers.
Il y a des hommes que ça aide à réfléchir.
Ils regardent la nature et ils prennent des décisions importantes.
Monsieur Tricot doit être comme ça.
Ah.
Il aurait mieux fait le notaire.
Je t'en supplie,
t'es sable,
baisse le son !
Je n'ai pas envie d'entendre vos cris aigris de ménagère.
Ben, on va écouter ça de ta façon.
Je me demande pourquoi tu te délectes à écouter une musique qui te rappelle de mauvais souvenirs.
les mauvais souvenirs ont aussi leur saveur.
Elle n'a rien laissé du tout.
Tant pis.
Elle n'a rien dit ?
Si.
Et elle n'a pas voulu.
Bon, j'y vais.
Laisse-la tranquille,
Cathy.
Vous la traitez comme une orchidée.
Et elle se prend pour une orchidée qui a fleuri dans un champ.
Un champ de patates !
Mais tu sais bien que Pessah est fragile.
Ah !
À force de dire que les gens sont fragiles,
ils enterrent tout le monde.
Et à force de dire qu'ils sont forts,
on les enterre.
Moi,
la grande muraille de Chine.
Vous me verrez m'écrouler un de ces jours.
Dis ma chérie,
quand ce sera fini,
tu prendras la soutien et tu la mettras au friseur,
elle est trop lourde pour moi.
Ah,
tu parles d'une faible créature.
Laisse paraître,
il n'y a pas seulement les cons d'Italien qui les mangent,
le monde entier mange la pasta chuta.
Moi j'ai jamais aimé les pâtes,
qu'est-ce que tu veux ?
Moi je n'aime pas non plus le jus de betterave avec le concombre qui nage dedans,
mais quand même,
je ne dis pas que ceux qui les mangent sont de sous-développés.
J'ai jamais parlé de sous-développés
J'ai dit que les pâtes c'était une nourriture pour travailleurs manuels Qu'on les...
On était en vacances et qu'on n'avait pas besoin d'une nourriture aussi nourrissante.
C'est toi qui as traduit par sous-développé.
Écoute,
Issa,
s'il y a une personne ici,
une seule,
que respecte les travailleurs manuels,
c'est moi.
Tout le monde est au courant de mon engagement politique.
Laisse tomber la politique,
Agostina,
on s'en sortira pas.
Fais tes pâtes,
fais les bonnes,
tout le monde en mangera.
Non, moi je trouve que c'est idiot de faire des pâtes.
Oh, c'est moucheux.
On a déjà tant de choses à manger.
Mais Agostina a toujours l'impression que s'il n'y a pas de pâtes,
il n'y a rien.
Quelle belle lumière,
vous avez vu ça ?
Agostina,
je cherche l'air de cette chanson vénitienne que tu apprenais à Giampaolo l'été dernier,
avec la gondoletta.
Ah,
c'est là.
La biondina en gondoletta,
l'altra sera l'omena.
D'air piazer la poveretta,
la sa imbota in dormenza.
La dormiva su sto brazo,
mi ogni tanto la sveggiava,
ma la barca che ninava,
la tornava in dormenza.
Bravo !
Pourquoi est-ce que tu cherches un air vénitien ?
à 6 heures du soir dans le Lot-et-Garrant.
Ah, à cause de la lumière,
à cause de quelque chose d'impalpable qui m'a fait me souvenir de Venise.
En attendant,
viens goûter ça et dis-moi si ça va.
Voyons un peu.
C'est pas bien senti,
le goût.
Fais-moi goûter encore un peu avec un peu de tes petits machins,
là.
Hum,
parfait.
Parfait.
J'ai une faim de loup.
Hum,
oh là, ici qu'est-ce qui se prépare ?
Ici se prépare la pasta chuta,
qui a presque déclenché la guerre civile,
mais elle sera bonne comme mèche.
Il ne suffit pas de parler de régime entre les repas pour maigrir,
ma chère.
Tu as raison.
Ça a même l'effet inverse,
parce qu'on mange avec des remords et que c'est encore meilleur.
Ça,
c'est ton côté chrétien.
Écoute,
on ne va pas en vacances parce que c'est privé.
Et à Paris,
quand on travaille,
on a besoin de se nourrir.
Tiens, au fait,
les enfants m'ont dit que le vieux Tricou fait ce que je pense derrière les foiriers à chaque fois qu'il vient.
Tu savais ça ?
Quoi, mais qu'est-ce qu'il fait derrière les foiriers ?
Mais pas de panique,
que veux-tu qu'il fasse ?
Il fait pipi ?
Ah,
ah bon !
Après l'émission,
on va s'ouvrir une bouteille de buzé.
Il me met de bonne humeur ce petit vin-là.
C'est pas bon.
Mesdames,
Messieurs,
bonsoir.
Voici un nouvel épisode de Chiffre à des lettres.
Mais disait,
moi je ne peux pas transporter le poste de télévision.
Tandis que toi,
on peut emmener un radio ailleurs.
Oui,
merci.
Tu n'as rien à dire là-dessus ?
J'ai un peu honte,
j'ai envie de regarder l'émission.
C'est dommage. ...
Première.
J'en connais un qui va remettre ses petites affaires dans ses valises en peau de porc,
juste après le dîner.
Tu t'es disputée avec Alain ?
Tu plaisantes.
Je ne me dispute qu'avec les gens que je respecte.
On se demande pourquoi tu invites des gens que tu n'en...
respecte pas c'est une erreur quand tu déjà n'avait plus à paris c'est déjà complètement déprimé à la porte une amie tissu que tu la sur le dos toute la journée c'est du masochisme j'avais le cafard je me sentais vieille et moche et j'avais pas de jeudi câlin c'était
quand même mieux que rien et là je vais te dire non c'est de la patate je les achetés au marché je sais qu'il ya d'aller
dans le potager mais j'avais envie de la battaglia parce que ça craque.
Ma guarda est stupida parce qu'il y a deux laitues dans le frigo et maintenant il faudrait les jeter si on ne les mange pas.
Mais tu sais ce qu'on va faire ?
Non. On va les jeter tout de suite.
Mon cul caractère,
il faut te soigner les nerfs chérie.
Bonsoir Mida.
Bonsoir.
C'est incroyable qu'on ne vise pas un fichier à paix.
J'ai quand même le droit de m'acheter une barrière si j'en ai envie.
C'est mon fric.
Merde.
Merde,
merde, le français dit toujours merde,
merde. de bêtise j'étais
Je suis
Clarence Blazer,
et c'est ici que je suis attendu.
Je suis
Clarence Blazer,
et c'est ici que je suis attendu.
Je suis si heureuse que vous ayez pu venir.
Je suis content d'être venu.
Moi aussi.
J'ai une nez qui coule.
Donne-moi un mouchoir.
J'en ai pas.
T'es ça ?
Lance-moi l'essuie-tout.
Je ne sais pas ce qui m'a pris,
c'est ridicule.
Je suis désolé,
Clarence.
Ne vous excusez surtout pas.
Il y a tant de souvenirs qui me sont remontés à la gorge.
Je sais.
Vous avez rencontré ma fille Isa la dernière fois que nous nous sommes vus.
Bon, il peut pas s'en souvenir,
on s'est vus cinq minutes.
Mais tu dis des bêtises,
il est revenu à la maison avec nous après le cimetière.
Mais pas du tout,
il est reparti tout de suite,
il avait son avion à port.
En fait, Cathy,
tu t'en souviens pas ?
Moi, je me souviens de rien du tout,
je me souviens même pas de l'enterrement de Lewis.
Tant mieux,
il est inutile d'encombrer ta jeune vie avec des souvenirs aussi tristes.
Excusez-moi,
je me rappelle parfaitement de vous.
Notre nom est Isadora,
n'est-ce pas ?
Oui.
Tu vois ?
Clarence a une mémoire stupéfiante,
mais moi aussi,
il n'est pas venu à la maison avec nous,
n'est-ce pas ?
J'avoue que je ne m'en souviens pas.
Je suis sûr que si.
Mais il ne veut contredire aucune de nous,
il est tellement bien élevé.
C'est votre fille,
n'est-ce pas ?
Oui,
c'est Katharina.
Et voilà Agostina.
Non, il expliquera ça une autre fois,
c'est trop compliqué.
Agostina est italienne.
Piacere.
Ma seconde fille.
C'est ça.
La nymphe au cœur fidèle.
Vous seriez déçue.
Vous êtes sûre que...
on accepte les hommes ici ?
J'ai l'impression d'être dans un zenana.
Qu'est-ce que c'est,
le zenana ?
C'est l'appartement des femmes aux Indes.
C'est une impression fausse.
Regardez,
il y a un homme au-dessus de vous qui vous observe.
Bonjour.
Salut.
Il y en a deux un peu plus vieux qui regardent un jeu à la télévision.
Et mon premier mari arrive un peu demain.
Vous êtes rassuré ?
Pas complètement.
J'aurais dû vous décrire d'une manière plus détaillée ce que vous trouveriez en arrivant ici.
Je ne l'ai pas fait,
sciemment.
Parce que je craignais que vous vous affoliez et que vous ne veniez pas.
Je me souviens que vous étiez assez sauvage et un peu misogyne,
non ?
Vous m'en voulez ?
Je ne sais pas pourquoi,
je m'étais imaginé que je serais seul avec vous.
Il faut que je m'habitue à l'idée de vous partager avec une foule de gens.
Est-ce que c'est ma mémoire qui me trahit ?
Ou bien,
est-ce que vous ne me faisiez pas un peu la cour à New Delhi ?
Votre mémoire est excellente.
Oh,
quel jeune fou !
J'étais pourtant déjà à cette époque beaucoup plus vieille que vous.
Vous vous trompez.
Vous avez toujours été beaucoup plus jeune que moi.
Et à ce que je vois,
un jouet toujours.
Nous allons parler de tout ça,
ce sera très amusant.
Voici votre chambre.
Je vais me sentir comme Blanche-Neige ici.
Où dorment les sept nains ?
Ah, il faut demander ça à Zelda,
la fille de Cathy.
C'est elle qui s'occupe de ces questions-là chez nous.
Quel âge a Zelda ?
Sept ans.
Elle a beaucoup de chance.
Chacun son tour.
Comme vous le voyez,
il n'y a pas de salle de bain ici même.
Non, si vous voulez aller dans la maison la nuit,
vous pourrez vous éclairer avec cette lampe.
D'autre part,
il y a la petite maison près de la piscine.
Ce sont des toilettes.
Vous pouvez aussi aller là,
si vous voulez.
Je vous remercie.
Voulez-vous que je vous montre votre salle de bain ?
Non,
je vais m'installer un petit peu et puis ensuite j'irai à la grande maison et vous me montrerez tout ça.
Très bien.
J'espère que...
Enfin, nous avons décidé que vous seriez mieux dans cette chambre que dans la maison parce que nous sommes assez bruyants.
C'est bien que ça ne vous ennuie pas de traverser le jardin pour...
pour aller faire votre toilette.
J'apprécie le calme et la promenade.
Je suis donc tout à fait satisfait.
Bien.
Je suis très heureuse que vous soyez ici.
Et cette fois,
je vous le dis sans pleurnicher.
A tout à l'heure.
Cathy !
Ah,
je suis dans l'eau !
On va dîner !
Qui est dans l'eau avec toi ?
Mathieu !
Mathieu ?
Il est arrivé ?
Il y a un quart d'heure !
Bonsoir Isara !
Bonsoir Mathieu !
Venez à table,
c'est prêt !
Moi, je veux bien croire tout ce qu'on me dit,
mais le piston existera tant qu'il existera des hommes.
Donc,
cette petite gare s'est amenée en tortillère du popotard.
Entre nous.
Tu savais que Mathieu devait venir ?
Mathieu ?
Il doit venir ?
Il est là ?
Ne me dis pas !
Nage avec tête.
Cathy,
elle m'avait dit.
Pas question que Mathieu vienne cet été.
On doit réfléchir chacun dans son camp.
Les personnes qui réfléchissent autant que ce pauvre Mathieu.
Ça c'est un homme,
chérie.
Il gamberge toujours au lieu de vivre.
Vous n'avez pas suivi les retransmissions ?
Ah,
elles coulent,
on le jure.
Moi je veux bien que les bonnes femmes parlent du sport,
puisqu'on les fout partout.
Quoique moi,
dès que c'est une femme qui commente,
j'ai déjà plus envie de regarder.
Mais qu'elles sachent au moins de quoi elles parlent !
J'ai failli leur foutre ma démission,
la figure !
Il a fallu qu'Agostina débranche le téléphone et qu'elle le fous dans un placard,
faut que je me calme.
Si,
amore,
calme-toi.
Tu verras,
l'année prochaine,
il te les rend,
ton Wibledon.
L'année prochaine,
l'année prochaine,
j'aurai un an de plus.
Ils m'ont glissé une fois ou deux que j'étais un peu trop tapé pour passer à l'antenne.
Je t'ai dit que toutes les vacheries qu'ils te font,
c'est à cause de moi.
Écoute, sans vouloir te vexer,
les journaux dans lesquels tu écris sont très confidentiels,
mon petit chou.
Et alors,
mon petit chou,
tu sais pas qu'une petite allumette,
ça suffit pour foutre le feu ?
À ça, il y a du vrai.
Vous avez déjà lu la prose d'Agostina dans les journaux ?
Non.
Alors vous la voyez,
là, comme ça,
avec ses belles fesses,
ses jolis petits seins.
On se laisse avoir,
on se retrouve dans un lit,
avec Trotsky.
Ah,
Piero,
il veut que je sois seulement une brave maman italienne,
qui fait bien la bouffe et la baisse.
Ça, la merde,
que j'ai aussi une tête,
pas seulement le cul.
Agostine,
tais-toi !
C'est la langue suisse qui arrive.
Tenons-nous correctement.
Cathy a acheté la maison il y a trois ans.
Elle voulait une grande maison pour que nous puissions prendre nos vacances tous ensemble.
Elle a une âme de patriarche.
Elle aime nous sentir tous rassemblés autour d'elle.
Pierrot,
je ne t'ai pas raconté.
Tout à l'heure,
je cherchais Jean-Paul pour lui faire son bain.
Je le trouve dans les jardins en train de pisser.
Je l'attrape et je lui demande pourquoi.
Pourquoi il ne va pas au petit coin ?
Tu sais,
qu'est-ce qu'il me répond ?
Ça m'aide à réfléchir,
de regarder la nature quand je pisse.
Mais ton fils,
qu'est-ce qu'il a dans la tête ?
Tu peux me dire ?
Il est trop prématuré,
ce gosse-là.
Parfois,
il me fait une impression.
Était-il obligatoire,
chère épouse,
de mettre le corps des enseignants helvétiques au courant de cet incident ?
Oui,
oui.
All the time,
all the places.
Qu'est-ce que tu disais maman ?
Je dis autre temps,
autre lieu.
Ah, all the times,
all the places.
J'avais pas entendu.
En vous quittant alors,
j'avais la ferme intention de retourner aux Indes dès que possible.
Et puis tout a changé là-bas.
Et c'est vous qui êtes revenu à Londres.
C'est un de mes grands regrets.
Encore aujourd'hui ?
Oui.
Eh bien,
dites-moi,
vous l'avez traîné longtemps,
celui-là.
Vous en avez d'autres ?
Oui, bien sûr.
Faites-moi plaisir.
Débarrassez-vous-en.
Vous ne regrettez rien ?
Non.
J'ai des souvenirs,
mais pas de regrets.
J'ai une force ou une faiblesse,
je ne sais pas.
C'est qu'encore aujourd'hui,
à mon âge,
le présent m'intéresse plus que le passé.
N'hésitez pas,
c'est une force.
C'est ce que je pense.
Ah,
je meurs de faim.
Vous nous attendiez ?
Non,
ma petite fille,
non.
Au bout de ma main droite,
je vous présente Zelda.
Et au bout de ma main gauche,
Mathieu,
son père.
Voilà Clarence,
qui est le beau-frère de Liane.
Papa,
prends-moi dans les bras.
Et quoi de neuf à la maison ?
Rien,
malheureusement.
Papa et Mathieu travaillent pour la même chaîne de télévision.
Mathieu s'occupe de politique et papa de sport.
Tiens, pendant que je suis debout,
je vais faire le service et elle invitera de passer cette soupière.
Vous voulez me passer l'assiette de liane ?
Vous aimez le borscht froid,
Clarence ?
Je l'ai déjà mangé chaud,
mais jamais froid.
En fait, ça a le même nom,
mais c'est préparé tout à fait différemment.
Merci.
Mathieu,
donne de la salade aux tomates à Zelda,
elle n'aime pas le borscht.
Agostina,
vous pouvez me passer les tomates,
s'il vous plaît ?
Oui. Merci.
Et ça leur apprend à accepter aussi des gens différents.
Tu vas mettre ça sur tes épaules.
Papa !
Pourquoi maman dit que le pain de Liany il est bon,
il est tout vieux ?
Je t'expliquerai tout à même.
Le monde il est assez froid.
Voulez-vous me passer les gilets s'il vous plaît ?
Et aussi un peu de crème.
Tu me passes ton assiette ?
Si vous avez fini de te mettre sur le plat.
Alain, vous voulez bien passer l'assiette de ça ?
Tu prends du potage ?
Elle en prend,
elle en prend.
Tu étais bien loin,
ma Tessa.
À quoi rêvais-tu ?
Je regardais les arbres.
Tu te souviens la première fois que je suis revenue de Rabat,
passer des vacances avec papa ?
Il m'en venait dans la forêt noire.
Et tout à coup,
je me suis revue toute petite,
en train de marcher dans une allée à côté de papa,
sous ces arbres énormes,
qui me faisaient peur.
C'est amusant.
Louis savait être environ 15 ans de plus que moi et quand j'ai eu 10 ans,
il a décidé que nous partirions seuls en vacances,
tous les deux.
Oui,
il m'a emmené lui aussi dans la forêt noire.
C'était la première fois que je quittais la Suisse et que je me séparais de ma mère.
Merci.
Eh bien,
figurez-vous que moi,
qui ai vraiment beaucoup voyagé,
je ne connais pas la forêt noire.
Je t'y emmènerai,
ma chérie,
si tu en as envie.
Je te tiendrai la main pour que tu n'aies pas peur des gros arbres.
C'est gentil.
Mathieu,
Eliane nous a dit que vous êtes professeur,
Clarence.
Quelle est votre spécialité ?
L'histoire.
L'histoire des civilisations et parallèlement l'histoire de l'histoire de l'histoire.
Oh, j'adore l'histoire,
c'est ma passion.
Qu'as-tu écrit un livre sur Aliénor d'Aquitaine ?
Elle a été une des femmes de ma vie.
J'ai été très amoureux d'elle entre 15 et 17.
Oh,
il passa,
tant sempre il passa.
Mais l'Europe,
elle meurt de regarder toujours le passé.
Mais dites-moi,
Clarence,
quand vous avez décidé d'étudier toute cette histoire-là,
pour vous,
c'était un refuge,
une sorte de cachette pour ne pas regarder les présents.
Ne gaspillez pas votre énergie.
J'ai clair,
ça dit n'importe quoi,
mais on s'y rend compte.
Pourquoi tu t'énerves quand je n'apprends pas mes leçons d'histoire ?
Ça ne te concerne pas.
Moi, j'aime pas l'histoire,
mais elle me le fait réciter.
Maintenant,
c'est fini.
Je vais vous répondre.
C'est vrai que je me suis d'une certaine façon réfugié dans l'étude du passé.
Mais j'y ai trouvé des raisons d'admirer certains hommes que je ne trouvais pas,
par aveuglement peut-être,
dans le présent.
Et ça me permet de ne pas désespérer totalement de la vie.
Moi j'espère que vous aimez les poivrons farcis.
Je n'entends peut-être pas l'impression comme ça.
Je suis très gourmand.
Parfait.
Moi, je trouve que le plus souvent,
c'est ce qu'on appelle les défauts qui rend les gens vivables.
Pour dire cela,
il faut déjà avoir une qualité qui est la tolérance.
Non, je ne dis pas que les qualités soient inutiles.
Je dis qu'elles sont moins amusantes.
C'est dans l'histoire que sont nos racines.
Et sans racines,
on peut rien faire pousser.
T'es quand même d'accord avec ça ?
Je ne suis pas d'accord quand on compare toujours les êtres humains avec des fleurs ou des légumes.
C'est pour pouvoir manger des pâtes tout...
Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu te fais la tête ?
Tu t'es calme,
les jetons.
On en parlera après le dîner.
Alors,
vous êtes moins affolés qu'en arrivant ?
Non.
Moi,
j'adore les cannellonis.
C'est bon ma tarte,
non ?
Parfait,
d'ailleurs il n'en reste plus.
Ça y est,
je lui ai dit.
Hein ?
Hier j'ai pas eu le courage,
mais je viens de lui dire maintenant.
Qu'est-ce que tu lui as dit ?
Que si j'étais dans sa famille,
étant donné mes sentiments à son égard,
je partirais.
Mais que comme c'est lui qui se trouve dans la mienne,
c'est à lui de partir.
Ça, c'était bien dit.
Alors ?
Il a discuté,
évidemment.
Il a demandé des explications.
Ça n'a pas duré plus de dix minutes en tout.
Pour vieux !
Oh non maman,
écoute !
Il y a des masses d'hommes qui laissent tomber les femmes d'un cœur léger.
Mais quand c'est une femme qui en a marre d'un homme,
on pense en douce que c'est une gasse,
et on veut qu'elle se sente coupable.
Je me sens un peu coupable.
Il est allé faire ses valises ?
Il aime pas rouler la nuit,
il partira demain matin.
Ce qui me gêne,
c'est de mettre un invité à la porte,
en fait.
Je suis d'accord,
mais dès là,
à le garder tout l'été,
j'aime encore mieux manquer de délicatesse et qu'on en soit débarrassé.
Maintenant j'ose plus retourner dans le jardin Il est tellement au fond
Oh c'est tellement furieux !
Je vais pas oser lui dire au revoir.
Bon,
ben profite-en pour mettre la vaisselle dans la machine.
Moi, je vais jeter un coup d'œil à la chambre de grand-père.
Bon, c'est tout très bien.
Tu lui as ramé du savon au centaine,
tu sais que ça le met en rage.
J'en ai mis un à la fougère.
Ça m'étonne qu'il ne soit pas arrivé pour le thé.
J'espère qu'il ne s'est rien passé.
Oh,
ne commence pas à t'angoisser.
D'habitude,
il s'arrange toujours pour arriver pour le thé.
C'est ce qu'il préfère.
C'est la première fois qu'il vient tout seul.
Je crois pas.
J'espère qu'il a reçu le poil de la bête.
Je suis sûre que oui.
Tu sais,
moi, je pense que pour lui,
Marie-Claire a toujours été un paysan.
Ah, n'empêche.
Je suis sûre qu'il n'a jamais oublié Yann.
pas une femme qu'on oublie.
Moi je suis sûre que Clarence a été amoureux d'elle dans le temps Ah,
tu prends ça toi ?
Ce sont des choses que je sens
Quand Liu il s'est mort
Isa et Cathy venaient de se retrouver seules Parce que
Pierrot était parti Je suis allée vivre avec elle
Ensuite Cathy a eu Zelda
Et elle a acheté une petite maison de banlieue
Et un peu après,
Tessa est revenue du Mexique,
après son divorce.
Et elle est venue vivre avec nous,
elle aussi.
Et c'est comme ça que nous avons reconstitué une famille heureuse,
avec des éléments plutôt ébréchés.
Je crois qu'on sera bien ici.
C'est un des endroits de la maison que je préfère.
J'ai toujours aimé les verrières.
Quand j'étais...
Pourquoi est-ce que vous vous arrêtez ?
Parce que ça n'a pas un grand intérêt.
Oh,
si on devait énoncer que des phrases d'une importance capitale,
on en dirait trois dans sa vie.
Et encore,
pas tout le monde.
Dans la maison de mes parents,
il y avait une verrière où ma mère recevait ses amis pour le thé et où j'allais les saluer et...
Manger une tranche de gâteau,
voilà.
Bien.
Maintenant,
il va falloir faire marcher ce machin-là.
C'est Cathy qui m'a offert ça.
Pour que je ne sois pas obligée de prendre des notes.
Vous voulez le mettre en marche tout de suite ?
Oui, tant qu'à faire.
Voilà,
ça marche.
Merci.
Ça ne vous gêne pas ?
Non, tout va bien.
Et puis tout à l'heure,
je me demande ce qu'il y a là-dedans.
C'est pour moi ?
Louis se mettait souvent des photos dans ses lettres.
Je ne me souviens pas du tout de celle-ci.
C'est le jour de notre mariage,
je crois.
Non ?
Oui.
Et voilà toutes les lettres de Louis à partir de votre rencontre.
Je les ai mises dans l'ordre chronologique.
Paris,
Rabat,
Montréal,
les Indes,
Londres,
et puis la dernière que vous m'avez envoyée de Paris après l'enterrement.
Je peux ?
Elles sont là pour ça.
6 mai 1953.
Elle a été expédiée de Darjeeling.
Good day Sir Clarence.
Il raconte les fêtes auxquelles nous avions assisté au palais de Kouchbéa,
l'ordonne nos voyages dans le Nord-Est.
Puis nous avons visité Calcutta,
Bagalpour et Patna,
Pénéres et Darjele.
Je ne vais pas lire ça maintenant.
Avant de vous rencontrer,
Lewis était la terreur des mères de famille à Londres.
Vous le saviez ?
Non, pourquoi ?
Parce qu'il papillonnait de fille en fille avec la plus grande désinvolture.
Il avait un succès fou.
Quand il m'a écrit qu'il vous avait rencontré,
je ne m'imaginais pas que ça durerait plus de 25 ans.
28.
Ah !
J'entends une voiture.
Mais ils sont deux !
Mais qu'est-ce qu'il nous amène ?
On est arrivé mon vieux,
descendez.
Nous t'attendions pour le thé.
Tu es parti plus tard que prévu.
Tu es en pleine forme apparemment.
On a perdu un peu de temps à Angoulême.
Bonjour papa.
Bonjour.
Bonjour.
Bonjour papa.
Vous êtes toute ronde et dorée,
comme des abricots.
Je dois avoir l'air d'un vieux papier mâché au milieu de vous.
Clarence !
Voici René Charles Boer,
le père de mes filles.
Clarence est le frère cadet de Lewis.
Oui, il est venu très gentiment m'aider un peu.
T'aider à quoi ?
À me souvenir de certains événements du passé.
Pour mon livre.
Tu n'as pas abandonné cette idée ?
Moi,
non.
Et toi ?
Venez là,
Ponce.
Je te présente M.
Ponce,
qui va travailler avec moi à la rédaction de mes mémoires.
Madame Philipson,
je ne vous présente pas à toutes ces dames.
J'ai décidé de l'amener au dernier moment,
ça ne pose pas de problème ?
Aucun.
Mais qu'est-ce qui s'est passé à Angoulême ?
Oh, il s'est passé à Angoulême,
ce qui aurait pu se passer dix fois avant ou après.
C'est un miracle si on ne se tue pas chaque fois qu'on prend la route dans ce pays.
Ils conduisent comme des fous.
J'en étais sûr.
Vous avez eu un accident,
je le sentais.
Non, même pas un accident,
un accrochage.
Mais grâce au Skalchitin et à un de ses coups de volant,
ça nous a sauvés.
Une imbécile qui a brûlé un stop.
Enfin, n'en parlons plus.
J'ai préparé l'ensemble du grenier.
Très bien,
ma chérie.
Alors, si je te demande de m'aider à préciser quelques souvenirs un peu vagues,
tu vas m'envoyer sur les roses.
Mais bien sûr que non,
Calibé.
D'ailleurs, j'ai moi aussi quelques questions à te poser.
Ah bon ?
Parfait.
Tiens,
par exemple,
la première fois que je suis venue chez toi,
que j'ai grimpé tes six étages,
qu'est-ce que tu avais fait à manger ?
Je me souviens que c'était quelque chose de drôle.
Fauché comme je l'étais,
ça ne m'étonne pas.
Mais je ne m'en souviens plus.
Ce que je sais,
c'est que nous n'avons pas mangé ce que j'avais préparé.
Oui, c'est vrai.
Viens, je vais te montrer ta chambre.
C'est celle que tu occupais l'été dernier.
Mais il y a pas mal de changements.
Je t'ai fait un énorme bouquet de roses rouges.
Presque noires,
comme tu les aimes.
Gentil,
gentil,
n'a qu'un oeil.
Je te trouve un peu trop aimable pour être honnête.
Je me demande si tu n'as pas l'intention de me refiler de faux souvenirs pour te garder les vrais.
René Charles Boyer,
est-ce que tu n'as pas honte ?
J'ai déjà pas fait de politique,
moi.
Je suis incapable d'avoir des idées de ce genre.
Ouais,
ouais.
Mais qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
On dirait que tu seras déçu si on ne se chamaille pas.
Je te trouve très séduisante quand tu prends la mouche.
Il faut que tu te reposes.
Je crois que le voyage t'a un peu fatigué.
Isa,
tu peux emmener M.
Pinson dans sa chambre ?
Où tu l'as pris,
celui-là ?
Les petites annonces.
Il était dans l'édition quand il s'est retrouvé au chôme.
Et il s'appelle Ponce.
Hervé
Ponce.
Pierrot est en train de pêcher.
Et Mathieu,
il fallait se promener.
On va monter.
Je peux vous aider à porter quelque chose ?
Non, j'ai pas grand-chose.
Mon parapluie,
peut-être.
Pardon.
On se sent toujours un peu enfant tant qu'on a ses parents,
non ?
Ne parlez pas de ça.
Je ne peux pas imaginer ma vie sans eux.
Je vous envie.
Vous n'avez plus vos parents ?
Eh non.
Je voudrais vous dire quelque chose.
Vous ressemblez beaucoup à votre mère telle qu'elle était lorsque je l'ai connue.
Oh non !
Si ?
Oh non !
Il me manque l'essentiel.
Oh,
je t'aime !
Et si je t'aime,
si je t'aime,
rends-toi à toi !
Vous les femmes,
vous les châmes,
Vos sourires nous attirent,
nous les âmes.
Vous les anges,
adorables,
et nous sommes,
nous les hommes,
pauvres et diables.
Liane et René-Charles profitent des vacances pour travailler à leur mémoire respective dans une atmosphère...
dans leur sphère d'émulation et même de rivalité.
Eliane a fait venir de Suisse Clarence,
le demi-frère de son deuxième mari Lewis,
pour qu'il l'aide à se souvenir du passé.
Quant à René Charles,
il s'est fait accompagner par un certain M.
Ponce,
qui lui sert de secrétaire.
De son côté,
Antoine n'a pas réussi à oublier Cathy,
et à son tour,
il descend dans le Lot-et-Garonne avec son copain Marc.
Misérable,
misérable,
nous les hommes.
Fais attention !
Cette piqûre de frelon et on meurt !
Tu sais ça ?
Il s'est planqué,
je le vois plus.
Ok, il est là !
Ça y est,
il est parti !
Comment ça il est parti ?
Il s'est envolé par la portière dans le grand ciel bleu.
Allez, en voiture !
Mais je te dis qu'il est parti.
J'entends encore quelque chose.
Bah oui,
t'entends la nature.
Dans la voiture,
il y avait un frelon.
Mais dans la nature,
il y en a des milliers.
Plus les guêpes,
plus les abeilles,
les moustiques.
Si au lieu d'être avec moi,
t'avais été avec une nana,
qu'est-ce que t'aurais fait ?
La même chose.
Sans honte ?
Au contraire.
Elles adorent s'occuper de mes frelons.
Ça flatte leur instinct maternel.
Ah, t'es bien produit de ton époque.
Tu vas ?
Toujours au même endroit.
Non, non,
non, non,
mais attends,
fais demi-tour,
on rentre à Paris.
Moi avec toute cette verdure et toutes ces bestioles,
je sens que je commence une allergie.
Quel genre d'allergie ?
Ben,
ça m'attouille.
Et puis ça me chatouille un peu aussi.
Bon alors décide toi,
qu'est-ce qu'on fait ?
Tu crois qu'elle va nous foutre à la porte ?
Ah non, mais moi elle m'aime beaucoup,
elle sera ravie de me voir.
Toi,
c'est un beau vieux.
Ce qui m'ennuie,
c'est que si j'y vais pas,
je saurais jamais comment elle m'a reçu.
Maman,
tu m'entends ?
Oui ?
Où est ton petit livre de recettes ?
J'en ai besoin.
Dans la chambre.
Dans la commode,
la première cible.
Ha ha ha ! Mais ça !
Oh,
qu'est-ce que j'écris là ?
Mais c'est très drôle !
Très méchant,
très vulgaire et très drôle.
À quel sujet ?
Au sujet des rois de France.
Oh !
Lesquels ?
Ceux-là de la Vème République.
Tu veux savoir qu'est-ce que j'écris ?
Non, non.
Eh ben...
Le premier été qu'on est passé ici,
Pierrot et moi,
presque tous les après-midi,
on a fait l'amour.
Eh ben...
Qu'est-ce qu'elle fait Cathy ?
Je vais voir...
Je te dérange ?
Regarde,
j'ai tellement envie de travailler que je me suis attachée à ma chaise pour me forcer à rester là.
Il faut que je fasse quelques pages tous les jours,
sinon j'y arriverai pas.
En ce moment,
t'es ça, écrivain des poèmes.
Liane écrit ses mémoires.
Isa écrit un livre de cuisine.
Agostina écrit des articles aux vitrioles rouges.
Tu écris un livre sur Aliénor d'Aquitaine.
Et c'est moi qui ai mal à la tête.
Y'a qu'un moyen pour que ça passe.
C'est l'été,
il fait chaud.
On entend les cigares.
Je ne suis pas détendue,
Mathieu.
Ça va mal se passer.
Détends-toi,
Catherine.
Non, je ne pourrai pas.
Tant que je n'ai pas fait mes quelques pas,
j'ai l'air mort si je fais autre chose.
Mais ça ira mieux ce soir,
si j'ai bien travaillé.
Prends pas cette heure offensée.
Si je venais de faire des châteries quand t'es en plein boulot,
tu me ferais la même réponse.
Y a pas un exemplaire des femmes savantes ici ?
J'ai envie de le relire.
Très drôle.
Pourtant que ça,
non.
J'ai du mal à me concentrer,
et tu fais tout pour m'énerver pour que j'y arrive plus du tout.
On vous a dressé,
nous les femmes,
depuis des siècles,
à respecter votre sacro-saint travail.
Il serait temps pour vous d'apprendre à respecter le nôtre.
J'avais simplement envie de faire l'amour avec toi,
mais je comprends que c'était monstrueux de ma part.
Je m'en excuse.
A tout à l'heure.
Papa,
viens voir, il y a un leçon.
Bon, on va aller faire un peu de bateau,
d'accord ?
D'accord.
Maman !
Je vais faire du bateau avec Mathieu !
Non sono mica sorda,
amore.
Je suis à deux mètres de toi.
Je t'entends très bien sans crier.
Maman, je vais faire du bateau avec Mathieu !
Sans blague.
Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
Maman,
on va avec papa faire du bateau.
Très bien,
ma chérie.
Invite-toi bien.
Tout à l'heure.
Vous n'avez jamais eu envie de suivre les traces de Lioué ?
Non, j'ai toujours été attiré davantage par la réflexion que par l'aventure.
Oh, nous n'exagérons rien sur le plan de l'aventure,
mais c'était une vie assez extraordinaire à cette époque-là.
Où vous allez,
Mathieu ?
J'emmène les enfants faire du bateau.
Vous revenez pour le thé ?
Oui,
à tout à l'heure.
A tout à l'heure.
Zelda,
où tu vas ? On va faire du bateau,
à tout à l'heure.
A tout à l'heure,
mon petit chou.
Vous avez noté ?
Oui, monsieur.
Bien,
continuons.
Les deux premières années,
c'est ma femme qui faisait bouillir la marmite avec ce qu'elle gagnait chez Wart.
Elle était essayeuse et apprenait à être modéliste.
Moi, je donnais des leçons particulières de latin et de mathématiques à quelques cancres.
tout en poursuivant mes études de droit,
d'économie et de sciences politiques.
Je vais poser une question à Mme Philipson.
Liane !
Oui ?
La vie en Arabie est très agréable,
mais je n'ai jamais été fascinée par le Maroc comme je l'ai été par les Indes.
Ils n'ont aucune commune mesure.
Excuse-moi de te déranger.
Tu te souviens que tu avais acheté une bicyclette ?
pour le deuxième anniversaire de notre mariage.
Est-ce que c'était une simple bicyclette ou un tandem ?
Un tandem ?
Mais j'avais de la vie,
pourquoi pas un tricycle ?
Non,
je m'asseyais sur ton porte-bagages et...
Allez donc,
tu me déposais chez Hort tous les matins avant tes cours et tu me reprenais le soir,
qu'il neige ou qu'il fasse soleil.
Le dimanche,
tu as stické la machine et on allait se promener.
J'avais de sacrés mollets,
dis donc.
Oh, ben j'étais pas bien lourde à l'époque,
reconnais-le.
Jamais de ma vie je n'ai rencontré de femme ayant la taille aussi fine que Liane à cette époque-là.
Ah.
Eh oui,
tout n'a qu'un temps,
mon cher.
Maintenant, j'ai promis à Clarence de lui faire des jellabies pour le thé et j'ai l'intention d'en manger sans qu'on me gâche mon plaisir.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Encore des trucs indiens complètement écoeurs ?
Ce sont des beignets.
Je t'en ai déjà fait.
C'est de gel la bise.
Ah oui,
c'est ça.
Je vous recommande ce genre de sucrerie si vous avez de fausses dents.
Oh, bravo.
Oh, bravo.
C'est élégant comme réflexion.
En fait,
René-Charles a l'impression qu'on l'empoisonne dès qu'il ne mange plus de la cuisine française.
La plupart du temps,
c'est pas une impression.
Là-dessus,
mes chers petits,
à tout à l'heure.
Je retourne travailler.
Merci pour le renseignement.
Il m'a toujours fait rire.
parfois ça rend des fous furieux à tout à l'heure
Stop ! Stop !
Quand je réfléchis,
c'est tout.
Je me demande si c'est la bonne heure pour arriver chez les gens.
Qu'est-ce qu'ils font en ce moment ?
Ils prennent le thé.
Oh là là,
non.
Oh non.
Oh non,
tout le monde va se lever.
Va falloir qu'ils rajoutent deux tasses et deux chaises.
Il manquera un gâteau.
Et puis ils vont nous ramener de la confiture et des toasts.
Non, ça va être horrible.
Dis donc,
je ne m'en rendais pas compte,
mais je crève de faim.
Je te rappelle que tu étais tellement pressé d'arriver qu'on n'a pas pris le temps de déjeuner.
Et moi, je n'ai pas l'intention d'être privé de mon goûter.
Tiens, je les entends,
ils sont derrière.
Tu pourrais pas m'attendre un peu,
non ?
Nager et manger une noix de coco de temps en temps...
Oh le voilà,
enfin !
Qui ça ?
Le plombier !
C'est pas trop tôt,
la salle de bain du haut est complètement inondée.
Demande-le quel bébé tu prends pour le plombier.
Merci.
Ce n'est pas le plombier.
C'est Marc et son ami Antoine.
Cela dit,
l'un des deux pourra peut-être réparer ta douche.
Bonjour.
Bonjour Marc.
Voici Marc,
c'est un vieil ami de Cathy.
Bonjour.
On descend sur la côte basque,
alors on a pensé venir vous...
Je voulais vous dire bonjour.
Vous vous souvenez d'Antoine ?
Je vous avais pris pour le plombier !
Il s'annonce le refus d'apporter ses lunettes.
Si vous m'aviez déjà vu en train d'essayer de réparer un robinet qui fuit,
vous me prendriez pas pour un plombier.
Et Antoine encore moins,
sans vouloir t'offenser mon vieux.
Oh mon dieu,
je sais,
je sais que vous n'avez rien d'un bricoleur.
Je me souviens du mal de courant à Meudon,
qui a failli finir tragiquement dans les flammes.
Ah !
Bonjour Antoine !
Mettez-vous là !
Et Marc,
mettez-vous ici !
On vient de refaire du thé,
il est brûlant !
Ah, Antoine avait peur qu'il n'y ait pas de cadeau pour lui !
Vous voulez du gâteau tout de suite ?
Vous commencez par un peu de brioche toastée.
Tu nous offres un des jellabies ?
Agostina,
donne-moi un bon quand il soit froid.
Enfin, si ça vous fait plaisir d'en goûter,
ce sont des panis rindiennes.
Quand tu regardes les jellabies...
Ça m'est égal.
Attendez-moi,
ce qui me tombe sous la main.
des aliments inhabituels.
Vous voulez un peu de thé,
Antoine ? Oui.
Thé, ça,
donne-lui un peu de brioche.
Voilà.
Et oui,
c'était une communauté insatiable qui s'appliquait aussi à la nourriture.
Oh non !
Oh bah non,
c'est du beurre et de la confiture.
Vous voulez du lait ?
C'est tellement meilleur avec du beurre et de la confiture.
Moi, celle que je préfère,
c'est celle au cassis.
Pierrot,
tu lui passes le cassis ?
Oui, bien sûr.
Cathy n'est pas là ?
Elle appréhendait très vite et elle est retournée travailler dans sa chambre.
Ah non, moi je préfère le cassis,
et je t'assure que le cassis est plus fin que la fraise.
La fraise est plus banale.
Par exemple,
moi, au Japon,
j'allais manger des serpents,
et les japonais piquent le serpent sur un clou,
vivant,
dans un coup de couteau,
comme ça.
On les mange tout cru.
Monsieur Ponce !
Vous n'avez pas changé d'avis ?
C'est même très bon.
C'est très bon.
Moi,
je suis mortière.
Je veux me sauter de mon père.
Je veux enlever la tranquillité.
Oh, là,
là, là.
Mais, il semble que tu es un petit peu...
Tu es un petit peu...
Les enfants,
mon frère !
Oui ! Personne ne s'est noyé !
Alors, comment est-il à promener à nous ?
Ne criez pas comme ça,
mon petit monstre.
Oh, Dieu,
mais c'est des vrais petits lions.
Il faut les nourrir très vite,
sinon ils vont nous manger tout cru.
Je veux qu'ils fassent un pif-pif.
Agostina.
Agostina,
je suis désolé.
On a des salets,
une des chaussures de Gian Paolo...
Je suis tombé à dos.
Tant pis,
ils étaient pourris.
Je l'avais mis dans son compartiment.
Quelqu'un l'a changé de face.
Vous venez d'arriver ?
On est passé dire bonjour.
On descend sur la Côte Basque.
Mais je ne parle pas de ma cause.
Je suis venue pour les marmélades.
Mais qu'est-ce qu'il faut faire ?
C'est une belle marmélade.
Il ne faut pas faire de la faute.
Tiens, ça y est,
il y a un grand boulot.
Merci.
Les filles n'ont plus besoin de moi pour ça.
Ça fait bien longtemps que je n'ai pas beurré une tartine.
Je ne garantis pas le résultat.
Et qui beurre les vôtres ?
La femme est très stricte sur le plan diététique.
Il n'y a jamais de pain à la maison.
Et du beurre,
rarement.
Voilà une femme raisonnable.
Pas pour moi.
Moi, la raison majeure pour laquelle je me lève chaque matin,
c'est mon café au lait avec des tartines grillées bien beurrées.
Moi, c'est exactement la même chose.
Tu vois que nous avons quand même des points communs.
Ça va comme ça ?
Ça va.
Je peux avoir la brioche,
s'il vous plaît ?
Renée !
Je veux de la confiture Carazelda !
Je voulais te poser une question.
Pas tout de suite,
j'ai pas... Tu te souviens qu'on s'est rencontrés à Londres,
tous les deux ?
Tout à fait par hasard.
J'étais assise seule à une table en train de pondre le thé.
Je n'allais pas très bien parce que Louis était en mission.
Et tout à coup je t'ai vu arriver avec un groupe de français,
des officiers,
des civils et des jeunes femmes charmantes.
C'était Auritz,
en
43, et tu es venu à notre table.
Auritz.
Oui, je n'en étais pas sûre.
Mais ce dont je ne me souviens plus du tout,
alors,
c'est de ce qui s'est passé ce soir-là.
Est-ce que nous avons dîné ensemble,
toi et moi ?
Non.
J'avais des choses à faire,
nous nous sommes quittés là,
et nous ne nous sommes revus qu'une fois la guerre finie.
T'as fini avec le beurre,
maman ? J'en veux pas !
Alors,
ou tu es gâteux ou tu es un menteur.
Je suis sûr de ce que je dis.
Cette nuit-là,
tu devais repartir pour la France.
Je t'ai conduit près de New Haven,
à la lueur de la lune,
sans allumer les phares.
Nous avons attendu sur la plage le bateau qui devait te ramener,
et nous avons pleuré,
mon coco.
Alors dis-moi,
tu voulais la garder pour toi cette scène-là ?
Tu me prends pour un idiot,
ma chère Liane.
Je savais parfaitement que tu ne pouvais pas avoir oublié cette nuit.
Et que tu me tendais un piège...
grossier.
Écoute-les tous les deux,
c'est incroyable.
La mémoire est une chose tellement fragile.
Oui, peut-être.
Peut-être.
Mais moi bien sûr !
Mais moi bien sûr !
Tu me laisses pas dire de quoi ?
D'abord je me souviens de toi.
Qui toi ?
C'est peut-être encore une tasse de thé ?
Euh...
Non.
Non sinon j'aurais pu faire pour le dîner.
Les hommes aiment la paix mesdames.
Vous pouvez aller dire...
Bonjour à Cathy.
Si vous voulez,
mais je ne sais pas comment elle va me recevoir.
Aujourd'hui,
c'est un vrai porc épique.
On va tenter notre chance.
Vous savez où est sa chance ?
On est passé de bon,
non ? Oui,
c'est ça.
Vous pouvez passer par la salle de bain.
Moi, je mange de la défense.
Je me demande qui dit la vérité et qui les ment.
J'oubliais de vous dire merci,
mes belles dames,
pour ce goûter au parfum de mon enfance.
Cathy !
Cathy !
Cathy !
Cathy !
Je travaille,
Jean Paolo.
Il ne faut pas me déranger.
Que le miel ruisselle dans ton cœur et sur tes lèvres,
pour que tu m'accueilles avec douceur,
car je tremble d'affronter ton regard sévère,
oh belle dame.
Vous pouvez pas aller emmerder quelqu'un d'autre,
non ?
Moi,
je travaille !
Bonjour, vous allez bien ?
Ah ! Oh,
disons, tu pourrais regarder où tu mets les pieds !
Ben, qu'est-ce que tu fais là ?
On descendait à Biarritz.
Je vous avais dit que je vous trouverais,
si j'en avais envie.
Eh oh,
préviens quand tu changes de version.
Il faut qu'on parle de certaines choses,
vous et moi.
Avant tout,
est-ce que vous pouvez me rappeler votre nom ?
Je suis désolée,
mais je l'ai oublié.
Excusez-nous un moment.
Tu sais que t'as une mine,
excuse-moi.
Retourne à table avec les autres.
Bon, alors on est bien d'accord,
après ce coup-ci tu ne me demandes plus rien.
On est quitte.
Mais oui, allez,
allez.
Ah, je crois que j'ai jamais été aussi con que ça moi.
En tout cas,
je m'en souviens pas.
J'aurais jamais dû t'amener ici,
sinon je sens que je te prends en grippe.
Je suppose qu'on vous a pas appris à frapper aux portes.
Alors vous venez me raconter à moi,
vous savez plus comment je m'appelle.
Et à qui d'autre voulez-vous que je raconte ?
Ça n'intéresse personne.
Et quand vous êtes toute seule dans votre lit,
c'est votre lit.
Ça vous regarde pas.
C'est votre lit,
c'est votre parfum.
Vous avez fait 8 heures de voiture.
Vous vous êtes pas lavé les mains en arrivant,
et vous tripotez mon oreiller.
Lâchez-le.
Vous êtes insupportable.
Bon,
je changerai la tête.
Tant pis.
Alors vous voulez me faire croire que quand vous êtes toute seule la nuit dans ce grand lit,
vous murmurez pas mon nom ?
Le nez dans votre oreiller ?
D'abord,
je ne dors pas seule dans mon grand lit.
Ah oui, c'est vrai.
Il y a le père de la petite.
Il tient peut-être de la place dans votre lit,
la nuit.
Mais pas dans votre tête.
Alors,
vous ne dites pas mon nom tout haut,
mais vous y pensez tout bas.
Et c'est quoi le nom auquel vous pensez ?
Aucune idée.
Quand est-ce qu'il s'en va ?
Ça me regarde pas.
Ah si,
si ça me regarde.
Parce que tant qu'il dort dans votre lit,
moi je pourrais pas y dormir.
Fichez-moi le camp d'ici.
Si vous sortez pas,
je vais chercher des hommes.
Et vous sortiront,
mon petit bonhomme.
Car vous ne devez être ni très costaud,
ni très courageux.
Vous voyez,
vous êtes bien contente d'avoir des hommes sous la main,
quelquefois.
Et qui dit le contraire ?
Je croyais que vous pensiez que ça ne servait plus à rien.
Que maintenant,
les femmes étaient tellement fortes,
tellement malines,
qu'elles n'avaient plus du tout besoin des hommes.
Ne changez pas de conversation,
je vous prie.
Je ne sais plus du tout de quoi nous parlions.
Ce qui me tue le plus chez vous,
c'est que vous vous croyez irrésistible.
C'est ça qui est insupportable.
Vous n'êtes pas très beau,
vous n'êtes pas très malin,
et vous êtes très mal élevé.
Mettez-vous bien ça dans la tête.
Mais je ne me crois pas du tout irrésistible.
D'habitude.
Je sais que vous,
particulièrement,
vous ne me résisterez pas.
Et je me demande d'ailleurs pourquoi.
Parce que je ne suis pas très malin.
Je ne suis pas très beau.
Je suis très malin,
oui.
Mais dis-moi bien ça dans la tête.
Salut.
Pardon,
c'est pas grave.
Quand les domestiques étaient sortis,
ma mère et moi bavardions très gaiement.
Ici, on n'essuie pas la vaisselle,
c'est la machine qui fait tout ça.
C'est vrai,
je vais aller retrouver ce chien de la maison.
On arrive à se consoler très facilement de trouver la vue du vaisselle.
Non, non,
arrête,
jeune fille,
arrête,
sinon tu seras malade.
Tu n'auras plus faim pour le bon dîner.
C'est quoi,
le dîner ?
Petit goin.
Non,
non, arrête,
ça suffit.
Tu te fasses vraiment si je mange ?
Oui. Si je mange pas du même plus que si je mange ?
Beaucoup plus.
Bon.
Alors je m'en sers.
Zelda, tu as fini de goûter ?
Oui.
Alors viens me raconter.
J'arrive. N'est près de moi.
Ça doit être agréable comme endroit,
quand on aime ça.
Apparemment ce n'est pas votre cas.
Moi,
au stress simple,
je me sens mal à l'aise partout,
sauf à Paris.
Et encore,
ça dépend des quartiers.
Ça dépend des jours.
Quand j'avais votre âge,
il aurait fallu m'enchaîner pour que je reste à la campagne.
J'aimais que les villes.
Pas les petites villes,
non, les grandes métropoles.
J'aimais sortir,
m'amuser,
connaître toutes sortes de gens.
J'aimais la vie mondaine,
les soirées,
les balles.
Je ne me reposais jamais,
j'avais horreur du calme.
Eh bien aujourd'hui,
étant donné le monde plutôt effrayant dans lequel nous vivons,
je pense que c'est une grande chance de trouver la paix qui règne encore ici.
Et je vous assure que je l'apprécie à chaque instant.
Je serai certainement comme vous plus tard.
Seulement je mourrai avant.
J'ai toujours su que je mourrais jeune.
Et pourquoi donc ?
Parce que je suis très très nerveux.
Puis je me repose jamais.
Ça m'énerve trop.
Alors mon cœur tiendra pas.
Et quand comptez-vous mourir ?
D'ici cinq ans.
Dix maximum.
Eh bien je vous regretterai.
Parce que je vous trouve...
charmant.
Merci.
Chara Kaboom,
la manchika bou,
la bidibiba bidibou.
L'importance est la façon de le dire,
bidibiba bidibou.
Ça suffit maintenant.
Ne te baigne pas Zelda,
ton ventre est trop gros.
Alors papa me fait la douche.
Elle est ravie de sa promenade en bateau.
Tant mieux.
Tu t'arrêtes un peu ma chérie,
tu vas bien travailler ?
Comme si,
comme ça.
Je suis pas très gentille avec Mathieu.
J'ai des maraudes.
T'as raison d'en avoir.
Peu d'hommes le valent,
croisant ta vieille maman.
Je sais.
J'ai mal au crâne.
Où est tout le monde ?
Eh ben,
Pierrot et Jeanne Paolo se promènent,
Liane et Clarence sont dans la verrière,
papa travaille aussi,
puis les autres je sais pas.
Et tu sais pas où est Marc ?
Marc ?
Ils sont repartis,
ils étaient même assez pressés,
on les attendait à Biarritz je crois.
Ils t'ont pas dit au revoir ?
Je travaillais,
j'ai pas fait attention.
Non mais quel culot !
Qui ça ?
Marc ?
Les deux !
Partir comme ça,
je trouve ça vraiment culotté.
Si l'un des deux téléphones,
je suis pas là.
Très bien.
Non attends.
Tu leur dis que je suis là,
mais que je ne veux pas leur parler,
d'accord ?
D'accord.
Non,
après tout.
Si l'un des deux téléphone,
ce ne passera.
Si je ne les insulte pas,
ça me restera sur l'estomac.
D'accord ?
D'accord.
Et puis non.
Je ne l'insulterai pas,
je serai très polie.
Je ferai comme si je m'étais rendu compte de rien.
Il va faire l'intéressant,
ça sera bien fait pour ses pieds.
Qui ça,
Marc ?
Non, grosse maligne,
pas Marc.
De toute façon,
ça n'a aucune importance.
Quel temps extraordinaire !
Je suis si contente que tout le monde soit là,
que les chambres soient pleines.
Je me sens pleine moi-même,
tellement en paix.
Tu tiens cette âme de patriarce ?
On pourrait croire qu'une grande femme...
La famille qui dépend plus ou moins de vous,
c'est une lourde responsabilité à porter.
En fait,
c'est le contraire,
c'est elle qui vous porte.
À propos de grande famille,
je me demande si j'ai pris assez de hachets pour ce soir.
Je vais faire un saut chez le boucher,
ce sera plus prudent.
T'as vu les pétunias violets et les aïédins jaunes que M.
Soubiran a apportés ?
Je les ai mis dans des grosses vasques.
Oui, oui,
je les ai vus.
Non, tu les as vus en passant,
mais est-ce que tu les as bien regardés ?
Ah oui, pas pendant une heure !
Non,
viens les voir.
Attends,
C'est bien, non ?
Ah,
ça fait très très bien !
C'est joli,
hein ? Elle est belle,
la maison.
Je l'adore !
On ne peut pas ne pas l'adorer.
Elle n'est pas comme les autres.
Ils se sentent tous bien ici,
hein ?
Je crois que tout le monde se sent très bien.
Je crois que Liane se sent vraiment chez elle ici.
Pas chez moi,
chez elle.
Moi aussi je me sens chez moi,
pas chez toi.
Et à Paris aussi.
C'est bien.
Bon,
il faut que je retourne travailler un peu.
Tu dois avoir du style.
Qu'est-ce que tu me chantes ?
Je suppose que je vais engager un nègre pour l'écrire à ma place.
J'ai l'intention de l'écrire moi-même,
mon cher,
avec ma main et mon style.
Tu n'as rien écrit de ta vie.
On ne s'improvise pas à écrire.
Qu'est-ce qu'il y a mon amour ?
C'est pas,
il vient chez nous le nègre.
Il vient pas mon amour.
Grand-père croyait que j'allais inviter un nègre,
mais il s'est trompé.
Cathy,
charge-toi de Zelda,
pendant que je règle son compte à ton grand-père.
Viens toi.
Tu dis que je n'ai jamais rien écrit.
Et toi ?
Et toi non plus.
Tu n'as jamais rien écrit de ta vie.
Ah, je te demande pardon.
Moi, j'ai écrit mes discours.
Oh,
René Charles,
tu m'embêtes.
Tu dis des sottises.
À ce compte-là,
moi, j'ai écrit des lettres,
des menus et des listes de blanchisserie.
Tu écrivais des lettres charmantes,
ça.
Je dois le reconnaître.
Si tu dis encore une fois des conneries racistes,
moi,
j'ai fait comme les Istratas.
Je ne couche plus avec toi.
Oh,
Pierrot le Français !
Pure race,
pure connerie.
Écoute-moi bien.
Moi,
ta femme,
j'ai eu un flirt.
Il était un arabe.
Moi,
j'ai eu un amant.
Je les mets comme une force.
Il était juif.
Et si tu recommences,
les prochains avec qui j'épouse seront noirs comme le charbon.
Dis-moi, qu'est-ce que tu as contre les jaunes ?
Oh, tu es trop con.
On ne peut pas te réfléchir avec toi.
Oui, en effet,
c'est très juste.
Excusez-moi,
mon cher Pierre.
Hervé.
Oh, pardon,
Hervé,
bien sûr.
De quoi parliez-vous ?
Grand-père dit qu'il aurait voulu mourir sans voir la libération des femmes.
Il dit ça pour t'énerver,
mon chou-de-lis.
Non,
je suis sûre que c'est quand il dit le contraire qu'il ment,
pour ne pas passer pour un vieux réactionnaire.
Hein, grand-père ?
Absolument.
Je suis pour que les petites femmes restent à la maison.
Ou dans une maison.
Pour qu'on leur enlève leurs jeans râpés et qu'on leur remette des portes-jartelles et des froufrons en dentelle.
Tu as pas honte.
Et vous,
Clarence ?
Moi, je...
Je préfère les dessous en soie naturelle.
Oui, mais vous oubliez une chose,
messieurs.
C'est que les femmes,
elles,
se sentent beaucoup mieux en gym.
Vous en êtes sûr ?
En tous les cas,
je suis sûre que les femmes sont passionnées par la conquête de leur liberté.
Très effrayé aussi.
Oui, le changement fait toujours peur.
En 1789,
les royalistes regrettaient l'Ancien Régime et abhorraient la Révolution.
On se demande bien pourquoi.
Les générations suivantes ont été fières de la Révolution française.
Et le monde entier a suivi l'exemple de la France.
Oui, mais qui va les fabriquer,
les générations suivantes ?
Qui pourrait avoir envie de vous faire des enfants,
mes chéris ?
Malgré tout,
ça se trouve,
grand-père chéri.
Ça se trouve.
Oui, oui,
je sais que des lavettes,
il y en a toujours.
Tiens, voilà ma...
Est-ce que tu peux être méchant ?
Maintenant, grand-père,
réponds-moi à une question.
Est-ce que les hommes étaient différents dans ta jeunesse,
ou bien est-ce que les femmes étaient aveugles ?
Est-ce qu'ils étaient lâches,
menteurs,
irresponsables,
faibles,
comme maintenant,
ou pas ?
Leur rôle dans la famille et dans la société était différent.
Ils étaient respectés.
Et parfois craints.
Et ça en faisait des hommes différents.
Des hommes responsables.
Mais tu nous racontes des contes de fées,
grand-papa.
Nous sommes des grands filles,
maintenant.
Ne parlez pas avec eux,
Cathy.
L'esclave ne parle pas avec le maître.
Il se révolte,
il se libère.
Cathy ?
Viens un moment s'il te plaît.
Vous devez revenir.
Vous avez intérêt à préparer vos arguments.
Bon ben il va falloir que je rentre à Paris.
Ils veulent me voir à RTL,
ils ont quelque chose à me proposer.
On sait pas mais ça peut être intéressant.
Ça peut pas attendre la fin des vacances ?
Ben non, le type qui veut me voir doit partir dans les pays de l'Est à la fin de la semaine.
Alors je rangeais mes affaires et je vais partir tout de suite.
Tu dis au revoir de ma part à tout le monde.
Tu vas rouler de nuit,
c'est stupide,
pars demain matin.
Ben non,
j'aime mieux partir maintenant.
Ça tombe plutôt bien finalement.
Non ?
J'ai pas envie de parler de ça maintenant.
La tête qui tourne,
je suis de très bonne humeur.
Ben tant mieux.
Qu'est-ce que tu feras après ton rendez-vous ?
Tu reviendras ?
Je sais pas.
Quand j'ai lu la lettre qu'il vous a envoyée du camp de Lyon Solent en 1941,
j'ai senti de nouveau,
très précisément,
l'atmosphère sinistre de ce camp d'entraînement.
Je ne me souviens pas que la pluie s'est si un seul jour.
Et ça a été la même chose à Worsy Down.
Ensuite,
tous les jours je lavais mes chaussures et les bottes de Lewis.
Pour en noter les paquets de boue.
Dans certaines lettres,
Lewis parle de Mélisande.
Est-ce que c'est une façon d'appeler votre femme ?
C'est ce que j'ai cru comprendre.
C'est cela,
oui.
Elle ressemblait tout à fait à l'idée que je me faisais de la Mélisande de Debussy.
lorsque je l'ai connu.
Le matin,
quand il partait sous la pluie,
il faisait encore noir.
Et le soir,
quand il revenait,
c'était la nuit,
il pleuvait toujours.
Et puis,
il a terminé son temps d'entraînement,
nous sommes allés à Londres,
il a reçu son ordre de mission.
Par contre il était très beau le jour où il s'est emballé.
Il n'était pas très gay quand même.
Les deux vieux,
en train de raconter leur vie,
aux deux coins du jardin.
C'est pas très gai non plus.
Je crois que c'est la pluie de Worcid Island qui vous fiche le cafard,
même 40 ans après.
Oh, il est évident que je n'ai pas une nature de champignon.
Ce sont bien eux qui aiment la pluie.
Ou bien si ce sont les escargots.
Les deux,
je crois.
Vous m'avez parlé d'une vue très belle sur le Lot,
si nous y allions.
On va voir qui veut venir avec nous.
René Charme,
on va à la base de plein air voir la vue sur le Lot.
Tu viens avec nous ?
Non merci mon petit,
je travaille.
A tout à l'heure.
Les gens oublient que pour arriver au bout d'un livre,
il faut l'écrire.
Il ne suffit pas de dire qu'on va le faire et d'aller admirer la vue sur le Lot.
Hum, tu veux une glace ?
Non, tout à l'heure.
Aucune contrariété ne peut résister à la vue qu'on a d'ici.
Tu ne trouves pas ?
Au lieu de te conduire comme si tu avais tout le temps mal à l'estomac,
si Clarence te plaît,
fais-lui du charme,
bon sang !
On n'abandonne pas sans se battre,
c'est amoral.
Maman, il faut te mettre quelque chose dans la tête.
Toi,
Tessa et Cathy,
vous plaisez aux hommes,
pas moi.
C'est pas de peine,
mais c'est comme ça.
Non, ça ne tient pas à ce que tu dis là.
Parce que tu ne sais pas t'y prendre.
À mon avis,
c'est trop tard pour que je m'y mette.
Si tu étais difforme,
tu ne serais pas responsable.
Mais tu es une belle femme.
Donc si tu veux avoir ce garçon à tes pieds,
tu le peux.
Non.
Non.
Moi, on ne me ferait pas monter dans un voilier.
Et ça devrait être très agréable.
Si on aime ça.
J'avoue que j'en ai assez envie.
Qui est assez brave pour venir avec moi ?
Ah bon, je suis comme maman,
j'aime pas me promener sur l'eau.
C'est ça ?
Si vous voulez.
Menteuse.
Un coup de maman,
il était évident que c'était ça qu'il voulait emmener.
Et alors ?
Tu aurais très bien pu le faire changer d'avis.
Tu veux rire ?
Ça me mêle nerve que toi tu laisses passer ta jeunesse sans en profiter.
Ma jeunesse ?
Tu restes mon cher.
Thierry va probablement perdre son travail après les vacances.
Et moi, il va falloir que j'en cherche un.
Quand je pense à ça,
j'ai envie de me laisser tomber à l'eau.
Vous ne nagez pas ?
Très bien.
Même quand je fais bouillir du lait,
je le laisse échapper.
Je ne vois pas à qui je pourrais donner satisfaction,
dans quel genre de travail.
Est-ce que vous auriez des suggestions à me faire ?
Quand j'étais enfant et que quelqu'un me parlait de la rentrée en plein milieu des vacances,
ça me plongeait dans des crises de désespoir incroyables.
Parfois même ça me rendait violent comme un chiot enragé.
Ma mère avait la plus grande peine du monde à me calmer.
On l'a même une fois fait venir le médecin.
Je n'ai pas envie de parler de ce que vous ferez à Paris,
lorsque je serai retourné en Suisse.
Vous savez barrer ?
Vous voulez dire conduire un voilier ?
Non.
Venez vous asseoir là,
je vais vous apprendre,
si vous voulez.
Mettez votre main là.
C'est très facile à comprendre.
Je vais essayer,
mais je suis sûre que vous n'arriverez à rien avec moi.
Je suis sûre que je ne comprendrai rien.
Pourquoi est-ce que vous faites ça ?
Parce que j'ai envie de vous toucher.
C'est Pipi !
Allez viens avec nous !
Bref, je faisais tranquillement mes cours.
Un beau jour,
la camarade me fait passer un papier.
C'était la nouvelle.
Il y a deux jours.
J'étais dans un tel état d'agitation.
J'étais sûr d'avoir le fils.
Elle m'a bien roulé,
hein.
Bon, je quitte le cours.
C'était, je crois,
un cours sur la politique monétaire de la France après la guerre de 40.
Bon, bref,
je sors en trombe et patatras,
je tombe dans l'escalier.
j'en casse une jambe.
Alors,
des camarades me ramassent et m'emmènent,
à ma demande,
dans la clinique où on avait conduit Liliane une heure plus tôt.
Et c'est la jambe dans le plâtre que j'ai fait la connaissance d'Isa,
ma fille aînée.
Mais qu'est-ce que c'est que ce roman ?
Tu délires ?
Qu'est-ce que tu trouves à redire là-dessus ?
Et tout simplement que tu t'es cassé la jambe,
mais pas ce jour-là.
Oh, tu plaisantes !
Je m'en souviens comme si c'était hier.
Tiens.
Qu'est-ce qu'on a mangé hier à déjeuner ?
Tu sautes du coq à l'âne.
Je m'en fiche de ce qu'on a mangé hier à déjeuner.
Tu t'en souviens pas,
c'est tout.
Écoute, mon petit,
nous ne sommes pas à l'audience.
Je ne suis pas le prévenu et tu n'es pas le procureur de la République.
Alors ne te conduis pas comme si tu l'étais.
Je me suis cassé la jambe le jour de la naissance d'Isa.
Un point,
c'est tout.
Si ta mémoire flanche,
mange du poisson.
On a justement mangé du poisson hier à déjeuner.
Elle n'a pas l'air de t'avoir réussi particulièrement.
La truite sauvonnée.
La truite sur mon nez.
Oui, et alors ?
Et alors ?
Le jour où on a emménagé dans la maison du parc Montsouris,
toi et Gérard,
mariés,
un soir,
vous étiez fins sous.
Vous avez fait un concours de chaux dans l'escalier,
tu es tombé,
tu t'es cassé la jambe.
Ils avaient déjà deux ans et j'attendais tes seins.
Mais pas du tout.
Ce soir-là,
je me suis simplement fait une entorse.
Et Gérard Marigny,
en me conduisant à l'hôpital,
a embouti un réverbère.
Tu confonds tout.
C'est en allant à l'hôpital pour mon accouchement que Gérard Marigny et toi,
vous avez eu un accident de voiture.
C'est sa voiture qui a été cassée ce soir-là,
pas ta jambe.
Bon,
alors garde ta version,
moi je garde la mienne.
D'accord.
Mais moi,
j'ai une photo de mon accouchement.
Cherchez le plâtre,
comme on dit,
vous ne le trouverez pas.
Tu parles d'un sexe faible.
Alors maintenant que nous sommes d'accord,
tu veux boire quelque chose ?
Un jus de fruits,
une tisane ?
Et vous,
Clarence ?
Non, non,
merci, je vais aller écrire quelques lettres.
Moi, je boirais bien un petit jus de fruits,
avec un petit quelque chose dedans,
si ça ne te contrarie pas.
Bon.
Alors,
je t'apporte des jus de fruits et de la vodka.
Tu te débrouilles.
Bonsoir,
demain ?
Oui, oui,
si elle ne m'a pas achevé avant.
Ensuite,
ne plus le lâcher.
Et surtout,
ne pas le cravater.
C'est bien,
c'est mal.
Tu sais que j'aime bien les suspens,
même les mauvais.
Bonsoir,
Richard. Ça te prend bien,
non ?
Bonsoir,
Edwin. Bonsoir.
Bonne heure.
Vous êtes sûr que vous ne voulez pas boire quelque chose ?
Non,
je dois écrire des lettres et travailler un peu.
Je n'ai rien fait depuis mon arrivée.
Les jours passent si vite.
Maman,
s'il te plaît,
allez m'aborder dehors.
Je ne vais pas entendre ce qu'a dit le flic.
C'est enfin,
vous savez.
À demain,
Père.
À demain.
Je pense que c'est un homosexuel et qu'il l'a tué par Jean-Luc.
Justement,
je partais vous chercher.
Où étiez-vous pendant toute cette soirée ? ...
Vous avez les ducs
Non,
je suis trop vieille pour tout ça.
Malagueya,
sale rosa,
besar tus labios quisiera,
besar tus labios quisiera.
Elle est pas descendue de sa chambre aujourd'hui.
Qu'est-ce qu'elle a ?
La gueule de bois encore ?
Mais non !
Elle dit qu'elle a la migraine.
Elle a la figure très enflée,
elle a dû pleurer beaucoup.
Elle a de terribles coups de cafard quelque part.
Et bien elle cueillirait des prunes avec nous.
Ou elle arroserait le jardin.
Elle irait tout de suite mieux.
Calme-moi la scène.
Moi aussi,
je pourrais avoir le cafard si je ne faisais jamais rien.
Sois pas si dure Cathy,
tu as la chance d'être forte !
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Moi aussi,
je pourrais pleurer des nuits entières sur mon pauvre sort !
Oh,
moi aussi,
mamma mia !
Oh,
moi aussi,
parfois j'ai plus de courage,
j'ai envie de rien !
Moi aussi parfois,
je voudrais vivre une autre vie
Pour moi et pour les autres Tout le monde est comme ça
Tout le monde,
parfois,
a envie de laisser tout tomber.
Et toi aussi,
maman,
je le sais bien.
Mais on serre les dents et la vie continue.
La tolérance,
c'est la chose qui me fait le plus peur.
Tu viens,
chérie.
Je vais cueillir des prunes plus loin.
Viens, chérie.
Pour peu que je ne les cueille pas comme il faut et qu'on me porte dans les pieds.
L'Italienne !
Quoi ?
J'ai bâti mon record !
1 km en 12 minutes !
42 secondes !
Vos chéris !
Mais Jean-Paul,
maintenant, c'est assez !
Tu n'as plus de poids !
Je te dis que je te donne un !
Je vais vous dire mon petit pont,
ce n'est pas drôle d'écrire sa mémoire.
Où en étions-nous ?
À votre première rencontre avec le général de Gaulle.
Déjà ?
Non, en vérité,
vous parliez de votre grand-père,
chez qui vous alliez tous les dimanches et qui est mort lorsque vous aviez 9 ans,
et cela vous a amené à parler du général de Gaulle.
Non seulement moi je raconte ma vie,
mais elle aussi,
elle raconte ma vie.
Par moments j'ai vraiment l'impression d'être mort.
Bonjour monsieur,
vous vous souvenez sûrement pas de moi ?
Je viens pas plus près parce que je vais me mettre des trucs dans les chaussures.
Qu'est-ce que vous faites là,
vous ?
Vous voyez,
je suis revenu.
J'ai décidé de passer quelques jours ici,
finalement.
Impossible,
il n'y a plus de chambre,
le thé est complet.
Pourtant, il y a eu des départs.
Ah oui ?
Ah oui.
Je suis très bien placé pour le savoir.
Ah oui ?
Oui.
Il se trouve que j'ai téléphoné à un ami de Paris pour qu'il me rende un petit service.
Ah oui ?
Ah oui.
Je l'ai rappelé ce matin,
il m'a dit que tout était arrangé,
qu'il voyait votre...
je ne sais plus comment il s'appelle...
enfin,
cet après-midi.
Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris.
Vous avez fait téléphoner de Paris à Mathieu pour qu'il s'en aille d'ici,
c'est ça
Vous vous rendez compte tout le mal que je me donne pour vous ?
Bon, vous allez sortir de l'eau et vous allez fiche le camp d'ici !
Mais c'est pas possible !
On verra ça.
Marc il m'a déposé ici et il est reparti.
J'ai pas de voiture.
Vraiment ?
Oui ?
Eh bien,
rien n'est plus facile que de vous conduire à la gare d'Agen.
Vous aurez juste le train du soir.
Moi, je...
Moi, je vais attraper la crème et ce sera de votre faute.
Avec cette chaleur.
Je ne suis pas une force de la nature.
Je suis très sensible.
Je suis très fragile.
Qu'est-ce qui se passe ?
Rien,
rien !
Bon, allez,
excusez-moi.
J'ai pas été très gentille avec vous.
Dites-le encore une fois.
Restez ici ce soir,
on trouvera une solution pour vous loger.
J'ai une idée là-dessus.
Moi aussi.
C'est peut-être la même.
Ou peut-être pas.
À la guerre comme à la guerre.
Est-ce que vous souhaitez dormir tout de suite ou bien lisons-nous un peu ?
Lisons un peu.
Merci.
L'amour est un oiseau,
il ne peut t'apprivoiser Est-ce bien en maintenant qu'il fait de la soupir
Ne parle bien de ça,
si c'est l'autre qui m'aime
Si tu ne m'as jamais trompé,
et si je t'aime encore...
Vous les femmes,
vous les charmes
Vos sourires nous attirent,
nous les âmes
Nous les anges adorables,
nous sommes,
nous les hommes pauvres et diables,
avec des milliers de roses on vous a tous.
Le soleil de l'été fait s'épanouir les sentiments,
et les cœurs se sentent jeunes même si les corps ne le sont plus tout à fait.
René Charles soupire,
Clarence rêve,
Tessa se cache et Isa se languit.
Quant à Antoine,
il se bat contre ses propres sentiments face à Cathy qui en fait autant.
Ils en sont à ce stade.
un stade délicieux incertitude où aucun des deux ne sait ni où il en est,
ni où en est l'autre.
Les gens qui n'ont pas de fric,
ils ne pourront jamais comprendre les gens qui ont du fric.
Et vice-versa,
tout le problème est là.
C'est moi qui ai du fric ?
En tout cas,
c'est pas moi.
Et ben c'est pas moi non plus.
Les gens qui ont du fric,
ils n'en ont jamais suffisamment.
J'ai pas de fortune,
mon petit vieux.
J'ai pas fait l'héritage.
Je travaille comme une brute depuis que j'ai 18 ans.
Et puis je vous emmerde.
Vous vous rendez compte ce que ça coûte tout ce qu'on va manger ce soir ?
Dites donc que vous n'êtes pas le dernier quand il s'agit de 100 pieds frais,
hein ?
Vous me reprochez ce que je mange.
Vous allez rester habillé comme ça ?
Oui.
Pourquoi ?
C'est pas dans la note ?
Bon, je vais rester perdu de temps comme ça.
Vous voyez le tuyau là,
sur votre droite ?
Non.
Le tuyau dans l'herbe derrière vous ?
Non.
Il faut absolument arroser les roses et les hortensias.
Est-ce que vous pouvez le faire à ma place pendant que je finis de me préparer ?
Vous êtes folle.
Vous me voyez en train d'arroser des fleurs.
Ça va pas,
non ?
Vous pouvez pas arroser des fleurs.
Bah non.
Et pourquoi ?
Parce que ça m'intéresse pas d'arroser des fleurs.
Je m'en fous des fleurs.
Je vous demande simplement de me rendre un service.
Je suis pas là pour vous rendre des services.
Et vous êtes là pour quoi exactement ?
Enfin, je sais pas.
J'arrive pas à m'en aller.
Cathy, viens goûter.
Ils ont dit que ça va,
mais moi je trouve que ça supporterait un peu plus de curry.
Attention,
ne te brûle pas.
Hum,
Cathy est très belle en blanc.
Et en noir aussi.
Qu'est-ce que tu vas mettre comme boucle d'oreille ?
Je sais pas encore.
Ben alors,
t'as dit que tu viens tout de suite ?
J'arrive,
j'arrive.
Ramasse le sari et traîne par terre.
Je crois qu'il y avait un peu plus de curry.
Et on sentait plus le goût du poulet et des légumes.
C'était plus corset,
quoi.
Bien, moi je trouve qu'il est meilleur aujourd'hui.
Mais faites comme il vous plaît,
mesdames.
Ton palais est plus fin que le mien.
Moi, je suis comme Cathy.
J'aime que ça ait du goût.
Je vais le laisser bouillonner à petit feu,
ça le réduira un peu,
et puis si ça ne suffit pas,
je mettrai un peu de curry et du bouillon cube.
C'est pas en protocoleur,
mais la dernière fois c'est ce que j'ai fait.
C'était très bon.
Tu viens,
oui, Jean-Pierre.
J'en ai marre,
moi. Oh,
mais dis donc,
change de ton,
ma fille.
Sinon, tu t'habilleras toute seule.
Qu'est-ce que vous mijotez toutes les deux ?
Tu vas lui mettre un sari ?
Oui, je ne sais pas encore.
Mais ça devait être une surprise.
Et tu ne devais pas sortir de la chambre,
mademoiselle.
J'ai oublié.
Où j'en étais ?
Quand elle a envoyé le serviteur pour attraper le tigre.
Ah oui.
Donc,
trois de ses serviteurs,
qui étaient de très habiles chasseurs,
partirent dans la forêt pour attraper un tigre.
Ils avaient repéré des traces de pattes de tigre au sol.
Et enfin,
ils se trouvèrent face à face à un tigre.
avec un énorme tigre,
magnifique.
Mais avant qu'ils aient tué le tigre,
le tigre lui avait mangé deux des serviteurs.
Enfin,
le troisième réussit à tuer le tigre et à le ramener mort au palais.
Puis il a déposé la bête au pied de sa maîtresse et il s'est retiré.
Restée seule,
la princesse Anjouraï a pris ses petits ciseaux de vermeil et elle a coupé les moustaches du tigre.
Elle les a coupés en tout petits morceaux et puis elle a enfilé chacun de ces morceaux dans un grain de riz.
Cuit ou cru ?
Cuit.
Et au repas,
ce soir-là,
la princesse fit servir le riz avec une bonne crème bien épicée à l'officier anglais qui ne l'aimait plus et qu'elle avait invité à dîner pour qu'il se dise adieu avant son départ.
Pour l'Angleterre,
et le pauvre garçon mourut trois semaines après sur le bateau.
Le ventre perforait.
C'est quoi perforer ?
Plein de troncs.
Et tout le monde crut qu'il était mort de maladie.
La moustache de tigre c'est ce qu'il y a de mieux pour tuer ses ennemis sans être soupçonné.
On en trouve pas pareil ?
Non,
et même aux Indes c'est très difficile à trouver.
Voilà,
tu peux aller te regarder.
Allez, à toi.
Les moustaches de chat,
c'est pas pareil ?
Non,
pas du tout.
Tu as compris,
je me parle.
Ça rend pas mal à tête,
vous ?
Non,
ça ne fait rien du tout.
Et que je ne te vois pas toucher au chat des manianos,
tu auras affaire à moi.
Moi, je sais qu'il va leur couper les moustaches au chat des manianos.
Ah oui,
si c'est comme ça,
moi je ne rencontrerai plus jamais rien.
Allez, filez tous les deux,
maintenant il faut que je m'habille.
De moi alors.
Ça dépend de toi.
D'accord.
Le jour de ne pas être touché.
À quoi ?
Au chalet de mon nien.
Je n'ai jamais été très amateur de marche à pied.
Mais je remplis de plus en plus mes journées avec des choses dont j'ai toujours eu horreur.
Je fais même des réussites.
Le soir,
j'hésite longuement entre une tisane à la verveine ou aux tilleulementes.
Et puis je la bois.
Mais le pire c'est même pas ça.
Le pire c'est de ne pas pouvoir rêver à son avenir.
Je trouve assez stupide,
mais quand même pathétique,
ce caractère de l'homme qui vit avec des rêves et puis un jour vit avec des regrets.
Le regard de sa vie devant lui ou derrière lui,
il n'est presque jamais en face de lui.
Il y
a quand même une chose que je veux vous dire.
Moi je suis vieux,
mais vous,
vous êtes encore très jeunes.
Je vous le dis parce qu'il me semble que vous ne le savez pas.
Maintenant,
rentrons parce qu'on va se faire sonner les cloches.
Isa !
Pendant que c'est au four,
je vais repasser ma robe.
Entre une minute.
Regarde-moi bien s'il te plaît et dis-moi l'exacte vérité.
Est-ce que je peux encore porter cette robe sans être ridicule ?
T'es folle !
Regarde-moi bien s'il te plaît.
Est-ce que la peau de mon dos pend ?
Mais non !
On dirait pas de la gelée quand je bouge ?
Non pas du tout,
tout est très ferme.
J'ai des bourrelets sous les bras.
Mais calme-toi Tessa,
tu es très belle et tout va très bien.
Bon allez regarde là.
Mais ça on dirait pas deux sacs vides ?
Ecoute,
je vais pas te dire qu'on dirait des ballons de football mais tu n'as jamais eu une énorme poitrine.
Les épaules,
les bras,
ça va ?
ça va pas aller en flasque écoutez ça tu as toujours eu un corps plutôt appétissant et tu l'as toujours
Rien n'a changé,
pour le moment.
Jure-le.
Je le jure.
Ce qui me fait peur,
c'est que soi-même on ne se voit pas changer.
Jour après jour,
on s'habitue.
Je ne veux pas ce soir être grotesque.
Et moi,
je ne veux pas que tu te tortures comme ça.
C'est mon anniversaire.
Je veux que tout le monde soit heureux ce soir.
Et toi aussi.
Mais je suis heureuse,
très heureuse.
Bonjour,
je suis.
Royale.
Au moins.
Qui est descendu ?
Les enfants et Antoine.
Ah,
Agostina descend ensuite.
On n'a pas eu l'air de lui plaire.
Il s'intéresse qu'à son méchant.
Je ne t'ai pas entendu descendre.
Qu'est-ce que tu as au pied ?
Des ailes,
comme Cupidon.
Il a des ailes au pied,
Cupidon ?
Tu es sûr de ne pas confondre avec quelqu'un d'autre ?
Si toutes les femmes étaient laides,
comme la vie serait facile.
Tu ne pourrais pas être plus direct quand tu me fais un compliment ?
Quel compliment ?
Tu as toujours été une femme terrifiante et ça ne s'arrange pas,
au contraire.
Tu l'aimes bien ma robe ?
Elle est un peu orientale pour moi,
mais je reconnais qu'elle te va bien,
trop bien.
Dis-moi la vérité,
tu as signé un pacte avec le diable ?
Oh, tu es gentil de dire ça.
Un bâble !
Bonne soirée,
ma chère.
Merci,
les filles.
Isa a la porte.
Tu l'avais dit aujourd'hui.
Ah,
laisse-moi démouler mes paroles ici.
Ah, tu penses que sans toi personne ne va les démouler.
Allez,
fuori.
Oh, non,
mais faites bien attention à ne pas les casser,
je suis la prestigieuse.
C'est très fragile.
Ah,
mais je ne peux plus aller tout vite.
Je ne sais rien avouer.
Dis-moi,
il a téléphoné,
Mathieu,
aujourd'hui,
non ? Non.
Est-ce que tu peux être curieux ?
Ce n'est pas possible.
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Il revient ici ?
Il n'a pas téléphoné.
C'est pas mal.
J'espère que tout le monde aime la bouffe orientale.
Ah,
voilà.
C'est pas moi-même où j'en suis,
et j'ai pas envie d'en parler.
Moi, je le sais.
Je te l'ai dit,
tu veux ?
Ah non,
tu vas m'envoyer encore plus.
Ah,
mais une chose je te dis,
que Mathieu,
il peut débarquer ici,
surtout si tu l'as dit de ne pas venir.
Parce que les hommes,
ils sont cons,
mais ces choses-là,
quand même,
ils les sentent.
Mais quelle chose ?
Quelle chose ?
Ces choses.
Mais qu'est-ce que tu racontes ?
De quoi tu parles ?
De quoi je parle ?
Ça c'est une question difficile.
Il y a des gens qui disent que c'est chimique,
ou physique,
ou biologique,
ou sexologique,
et même politique.
Moi,
pour le moment,
j'appelle encore ça l'amour,
chérie.
Vous devez avoir 10 ans environ.
C'est un peu jeune pour vous comprendre.
Faites pas attention,
mon cher Clarence.
Si vous aviez le nombre de gens qui vous ont raconté des souvenirs de la guerre 14...
On a parlé du Michoui.
Clarence a dit qu'il connaissait très bien l'Afrique du Nord.
J'ai pas calculé les dates,
mais j'ai tout de suite pensé à quelque chose de romanaise.
Ça m'est pas venu à l'esprit qu'il avait peut-être été au club méditerranéen de Djerba.
Bah, tout le monde est là,
on va pouvoir commencer.
Va chercher la moulée gata au nissou,
Cathy.
Je vous l'avais promise,
je l'ai faite.
Merci beaucoup.
René Charles,
fais-moi plaisir.
Laisse tes préjugés au vestiaire et essaie d'apprécier ce potage comme s'il était français.
Ça ne dépend pas de moi,
ça dépend de lui.
Bonsoir, c'est...
C'est délicieux.
Et si ça ne te plaît pas,
c'est... Il y a au moins huit jours que je ne vous ai vus.
Où étiez-vous passé ?
C'est ce qu'on appelle,
je suppose,
l'esprit des parisiennes.
Vous dites ça avec peu de sympathie,
il me semble.
Vous n'aimez pas la France ?
Je ne comprends pas très bien le badinage.
C'est dommage,
mais c'est normal.
Les Suisses aiment la fondue,
les Français aiment le soufflé.
Ce n'est pas moi qui l'ai dit.
Beaucoup de vent et rien dedans.
Si je ne me rassieds pas,
c'est que je voudrais dire quelque chose.
Si l'homme occidental pouvait être polygame,
ça commence bien,
j'aurais ce soir auprès de moi deux épouses également adorables.
La civilisation m'a forcé à choisir.
Mais mon cœur,
ma chère Isa,
a gardé pour toi toute sa tendresse,
tu le sais.
Mais moi, je ne le savais pas.
Grâce à ton intelligence,
à ta générosité,
tu as su repousser les sentiments mesquins et rester ma meilleure amie.
Je bois à ta santé.
Que Dieu te garde tel que tu es le plus longtemps possible.
Bien qu'une féroce rivalité littéraire nous oppose à présent l'un à l'autre,
je ne veux pas oublier que cette femme m'a fait le magnifique présent d'une véritable dynastie féminine composée de deux...
d'une petite fille et d'une arrière petite fille que j'aime toute tendrement bien que bien que et je reconnais bien la duplicité enjôleuse de cette femme capable de tout
Qu'est-ce que je voulais dire ?
Bien que j'ai de toutes mes forces désiré successivement des fils,
des petits-fils et des arrière-petits-fils.
Je vais vous faire une confidence,
chers électeurs et chers élect...
Non, excusez-moi,
je ne sais plus ce que je voulais dire.
Je bois à la santé de Liane.
Et la seule chose que je regrette,
c'est que nous n'ayons plus l'âge de faire encore ensemble quelques petites filles de plus.
Voilà,
c'est ça que je voulais dire.
Depuis le début de cette soirée,
nous avons bu à la santé de toutes les charmantes dames présentes ici.
Tu viens de Jean-Paulo.
Et même de quelques dames absentes aussi.
Comme d'habitude,
tout le monde ici se fout de la santé des hommes.
Je lève mon verre.
Je lève mon verre à
Louis, mon frère,
grâce à qui je suis ici ce soir.
Je suis né en Suisse et ma vie est à l'image de ce pays,
plutôt harmonieuse et paisible.
Ma vie ressemble à une montre suisse d'excellente qualité.
Seul,
Lewis,
à plusieurs reprises au cours de ma vie,
a réussi à détraquer le mouvement de mon horloge.
Il a introduit dans ma vie,
à plusieurs reprises,
Des bouffées de ce romanesque qui commandait sa vie de tous les jours.
Bien qu'il soit mort depuis plus de dix ans,
il a recommencé cet été.
Il m'a amené ici,
chez vous.
Je sais déjà que,
comme jadis,
lorsque cette parenthèse se refermera,
je me retrouverai pantelant,
plein de souvenirs,
de nostalgie et de regrets.
Tous les sentiments forts que j'ai éprouvés dans ma vie,
je les lui dois.
C'est grâce à lui,
si parfois j'ai eu l'impression de vivre.
Ah Louis !
Il faut vous décider,
ou vous êtes une montre ou vous êtes un train.
Il fait chaud.
Oui,
vraiment,
vous êtes toile.
C'est incroyable ce qu'il fait chaud.
Il y a longtemps qu'il n'y a pas eu une nuit aussi chaude.
Maman,
regarde Antoine.
Il va trop vite pour vous.
Non, non,
non,
ne nous regardons pas,
il va nous donner du sommeil.
Vous avez vu toutes les étoiles qu'il y a ?
C'est incroyable.
Vous restez ici.
Reconnaissez que c'est vous qui vous êtes caché pendant huit jours et pas moi.
Je le reconnais.
Si vous allez encore vous cacher,
cette fois j'irai vous chercher.
On commence.
Zelda est ravissante avec ce costume.
Pour que tu dises ça,
tu n'as plus de raison.
C'est vrai que j'ai montré.
Je me sens très,
très bien.
Je vais coucher,
Zelda.
Tu veux que je couche ton fils ?
Oh,
si l'on fait,
c'est une amour.
D'accord.
Isa, Isetta,
quoi vous avez ?
Être jeune pour toute la vie,
c'est ça ce que tu veux ?
Pas du tout,
j'ai pas envie d'être jeune toute la vie,
c'est le contraire,
je voudrais déjà être beaucoup plus vieille.
ça viendra tant fait pas allons bien on va danser avant que tu as trop de rhumatismes bien pourquoi tu danses pas avec pierrot écoute j'ai dit avec pierrot j'adore les pierrots j'ai beau pas avec
Pour changer,
peut-être,
je pourrais faire quelque chose sans Pierrot.
Allez, viens,
rendez-vous.
J'ai pas envie.
Je sais pas pourquoi.
Mais dis donc,
c'est ta fête aujourd'hui.
C'est pas ton funérail.
J'ai le cœur fort.
Merde alors.
D'accord.
Je vais essayer.
Eh bien, bien,
bien. Tu te souviens de notre voyage en Espagne ?
Oh mon
Dieu, les deux malheureux.
Si on n'a pas attrapé toutes les malades...
C'est que notre ange gardien s'est bien occupé de nous.
Les hôtels nous ont accouchés de pierres,
ni à plus.
On ne peut pas vraiment dire que c'était trop mal.
C'était des taubis.
C'est bien pour ça que ça a un poids.
Quelle zondeur.
Non,
Levez-vous,
je vais vous apprendre.
Oh non, non,
non, je crois que...
Vous ne pouvez pas crever sans avoir jamais dansé.
Regarde ce défi.
Ils vont danser ensemble.
Ils sont faciles.
Écoutez la musique.
C'est bon ?
C'est bon.
C'est bon. C'est bon.
C'est bon.
C'est bon.
C'est bon. C'est bon.
C'est bon.
C'est bon.
C'est bon.
C'est bon.
Oui.
Vous écoutez bien.
J'avoue que j'ai toujours apprécié les rythmes sud-américains. ...
Non,
non,
non, non,
on recommence.
Allez.
On va mettre ça de côté.
C'est bon,
monsieur le charbon.
Absolument.
C'est vrai que ça te sent bien.
Là ? Là ?
Relevez le manteau.
Relevez toujours.
C'est bien. C'est bien,
vous faites des progrès.
La dernière fois que j'ai dansé,
c'était au Sporting de Monte Carlo.
Le jour où j'ai rencontré Marie-Claire.
Il y a 12 ans.
Bon, on ne prend pas ce thé à pitouille.
vous voyez,
je le dis sans mélancolie,
je me fiche de Marie-Claire quand on est dans la carotte.
Je me demande de quel an 40 il s'agit,
quand on dit ça.
À propos,
c'est Mercure qui a des ailes au pied.
Ça n'est pas Cupidon,
ça m'est revenu.
Cupidon,
il a des ailes dans le dos,
comme tout le monde.
À force d'écrire ce bouquin,
de fouiller sans cesse dans mes souvenirs,
ça rend le passé si proche.
Il me semble que c'était hier que je te regardais danser avec Bertrand Dufresne.
Oh
Mon Jean,
mon frère.
Bertrand Dufresne.
Il était vilain comme tout.
Mais il dansait divinement.
Je me demande ce qu'il est devenu.
Petit Réguin.
Est-ce que tu sais s'il est toujours vivant ?
Lui, je ne sais pas,
mais moi je le suis.
Et je voudrais bien danser avec toi maintenant,
si tu n'as rien contre.
Je n'ai rien contre !
Je suis très heureux.
Je suis intimidé et troublé.
Après tout,
je ne t'ai pas tenu dans mes bras depuis 40 ans.
Quel idiot !
Ne dis donc pas de bêtises !
Alors,
advienne que moi !
Non,
André !
Arrête,
on est passé complètement à contre-temps.
Alors ça, écoute,
j'ai jamais lancé d'une façon aussi exquise qu'Armand Dufresne.
Bertrand
Dufresne. Avec les années,
ça s'est encore dégradé.
Mais vous ne le sont pas.
On viendra au bout du temps et du contre-temps.
Un, deux,
trois, quatre.
Un, deux,
trois, quatre.
Un, deux,
trois,
quatre.
Un, deux,
trois,
quatre. Ça va ?
Ça va !
On n'est pas un contre-temps.
Pas du tout.
Courant !
Fais rien de mort.
Voilà.
Eh ben
Je suis sûre que vous faites semblant.
Oui.
Personne peut dormir dans un fauteuil aussi dur et avec cette musique.
Qu'est-ce qui se passe ?
Vous dormez ?
Je dormais.
Non, attends,
c'est moi qui vous le demande.
C'est possible.
Comme je m'emmerdais copieusement,
j'ai dû m'en...
Je peux m'endormir,
mais je peux m'endormir n'importe où.
Ah,
et vous trouvez ça normal de dormir à table au dîner d'anniversaire de ma mère ?
J'ai pas fait exprès.
Ah, vous faites jamais d'efforts pour faire plaisir aux autres.
J'en fais pas non plus pour me faire plaisir à moi.
Et ça vous aurait vraiment fait plaisir que je m'endorme pas ?
Ben figurez-vous quoi.
Je sais pas,
j'aurais préféré que vous bavardiez,
que vous soyez gays,
que vous vous amusiez avec nous.
En fait, vous préféreriez que je sois quelqu'un d'autre que moi.
Pas complètement.
Je vais me coucher.
Vous êtes vraiment un goujat.
Eh bien, je vais être aussi grossière que vous.
Je vais vous prier de partir d'ici,
demain matin.
Ça suffit comme ça.
Pourquoi est-ce que ça vous fâche que j'aille me coucher ?
C'est un tout,
mon cher monsieur.
Et si vous ne comprenez pas vous-même,
il est inutile que je vous l'explique.
Bonne nuit.
Vous avez envie que je danse avec vous ?
Non.
Je sais danser que le slow.
Encore un contre-temps.
Mais pas force à être dansé,
on peut bavarder.
Je sais pas bavarder non plus.
Je suis pas complètement inconscient.
Je sais que...
Je suis pas quelqu'un de très distrayant.
Je comprends très bien que vous en ayez assez de moi.
Je partirai demain.
Je suis devenue trop belle,
et surtout trop grosse.
C'était tout.
Tu as perdu la danse.
Depuis la période où j'ai vécu avec toi,
j'ai dansé à peu près une fois par décision.
C'est ma dernière danse.
Ma dernière danse.
Il a toujours fallu t'entraîner pour que tu t'amuses.
Est-ce que tu t'es amusé parfois depuis notre séparation ?
Ou est-ce que tu n'as jamais...
Tu m'as jamais fait croire que tu m'aimes.
J'avais fait que des choses barbantes.
Depuis que tu m'as quitté,
je ne me suis plus jamais amusé jusqu'à ce soir.
Non,
t'as...
Appel.
Merci.
Elle est marre,
ton mari. T'en meurs.
Je vais me coucher,
je suis fatiguée.
Bonne nuit,
tout le monde.
Bonne nuit,
maman chérie.
Déjà ?
Plus ils sont jeunes,
moins ils tiennent le coup.
Vous auriez pu fermer la clé.
Ça m'angoisse.
Faut un peu penser aux autres.
Vous n'êtes pas seul au monde.
Si vous le dites.
Ça y est,
j'ai mis un bris noir.
Vous, vous avez votre tribu.
Mais moi,
qui j'ai ?
J'ai personne.
Si c'est comme ça,
c'est que c'est vous qui l'avez voulu.
Est-ce que je sais ce que je veux,
moi ?
Ça vous a traumatisé de me voir nue ?
Non,
j'aime pas ça.
Vous avez jamais vu d'homme tout nu ?
Jamais !
Est-ce que je peux savoir pourquoi vous vous servez de ma salle de bain ?
Celle du haut a un problème ?
Ma salle de bain ?
Je me sers de votre salle de bain parce que...
vous méritez pas que je vous le dise.
Bon.
Si on se dirait bonne nuit,
maintenant.
Vous avez de la chance d'être une femme.
Vous savez pas ce que c'est que d'être un homme.
À mon avis,
là-dessus,
on en est au même point.
Je répondrai pas.
J'ai l'air de rien,
là, mais en fait,
je me torture.
Je me demande comment je vais réussir à vous faire traverser votre salle de bain.
Et puis votre chambre.
Pour qu'on se retrouve sur votre lit.
Et je me dis que c'est irréalisable.
Je baisse les bras.
Il y a quelques années,
je vous aurais donné un bon coup de gourdin sur le crâne.
Et je vous aurais traîné par les cheveux.
Ça, c'était idéal.
Je peux pas faire ça.
D'abord le cuir chevelu ça saigne horriblement.
Et puis je supporte pas la vie du sang.
Si je vous fais un croche-pied,
et qu'on se couche là,
sur votre carrelage,
si y'en a un qui s'enrume,
ça sera moi.
Vous avez pas une idée ?
Vous savez que Zelda a seulement 7 ans.
Eh bien, elle est infiniment plus adulte que vous.
Vous êtes un vrai bébé.
Il y a une énorme différence entre Zelda et moi.
Seulement elle ?
Jamais vous ne laisseriez Zelda avec la tête mouillée.
Vous seriez peur qu'elle s'enrume.
Moi,
vous vous en fichez.
Vous voulez que je vous sache les cheveux ?
Non, ça vous embête ?
Non, non.
Non, ça m'embête pas.
Si, ça vous embête.
Ça vous embête pas ?
Alors, allons-y.
Retenez-vous là.
Ne me faites pas une trop grosse tête.
Je suis sur moi.
Ne me soutenez pas,
je vous le dis.
Ah ! Vous avez vu le bruit de la nuit ?
Je suis désolée.
C'est tout rouge.
Vous auriez dû le dire tout de suite.
Je pensais à autre chose.
C'est ça !
Où êtes-vous ?
Je vous ai posé une question.
Vous m'entendez ?
Est-ce que...
Nous sommes réveillés ou est-ce que nous dormons ?
Il ne me semble pas du tout que je suis éveillé.
Et vous ?
C'est ça ?
Moi non plus !
Il ne me semble pas que je suis réveillé !
Peut-être que je suis dans mon lit,
en train de rêver.
C'est cela !
Il est probable que moi aussi je dors,
et que je ronfle là-bas,
dans la petite maison.
Je suis assez content de rêver de vous.
J'ai justement des choses à vous dire !
Peut-être que dans une minute,
à ma place,
vous rêverez d'un ours.
Et que vous aurez un genou.
Ou bien peut-être que le téléphone va sonner ou que Zelda va appeler maman et tout va s'arrêter.
Quand j'étais enfant,
je rêvais souvent que je marchais,
je marchais,
je cherchais quelqu'un et je ne le trouvais pas.
Et moi je rêvais...
que quelqu'un me cherchait.
Et j'avais une peur horrible qui me trouvait.
Même si on a peur,
on ne peut pas arrêter volontairement un rêve.
Je vous emmène où il veut ?
Je sais.
Vous voulez une tomate ?
C'est la première fois que je rêve aussi précisément d'une tomate.
Merde !
Qu'est-ce qui se passe ?
Je voulais te faire une surprise.
Tu as réussi.
Tu n'avais pas sommeil ?
Je voulais bavarder avec toi.
Est-ce qu'on pourrait pas bavarder demain ?
Tu sais ce que c'est,
à mon âge,
quand on a une idée fixe ?
Ça vous absède ?
C'est pour mon livre.
Je peux te poser une question ?
Oui.
Tu sais où est-ce que je peux m'asseoir sur ton lit ?
Je me suis fait un peu mal à la jambe.
Eh ben,
c'est toi.
Est-ce que je peux écrire dans mon livre que tu as été amoureuse de moi ?
Oui.
Je t'ai fait peur tout à l'heure,
je suis désolé.
Non,
non, ça va,
je suis en mise.
Alors, pardonne-moi cette question,
mais c'est pour mon livre,
bien entendu.
Physiquement,
est-ce que je ne t'ai pas un peu déçu jadis ?
J'étais très jeune.
Nous n'avions pas beaucoup d'expérience.
D'ailleurs, ça n'avait aucune importance.
J'en étais sûr,
j'étais déçu.
Tu n'es pas forcé de l'écrire.
Maintenant,
évidemment,
j'en ai davantage.
Hein ?
Quoi ?
De l'expérience.
Ça m'ennuie que tu sois resté sur une mauvaise impression.
En fait,
c'est de ça précisément que je suis venu te parler.
René Charles,
tu es complètement ivre.
Je me sens très bien.
Très,
très bien.
Oh,
si tu voyais ton expression.
Je sais très bien l'expression que j'ai.
J'ai une expression lubrique.
Oui,
si on veut,
mais tu es tout rouge et complètement ébouriffé.
Il y a longtemps que personne ne m'a dit que j'étais ébouriffé.
C'est une façon de parler.
C'est l'air que tu as.
Je voudrais dormir avec toi cette nuit.
René Charles,
ça suffit.
Arrête de faire le clown.
Tu crois qu'à mon âge,
on ne pense plus à ces choses-là ?
Détrompe-toi,
ma petite.
On y pense peut-être à ton âge,
mais pas au mien.
T'as toujours été une garce avec moi.
J'avais tort de penser que ça pourrait changer.
On en parlera demain,
quand tu auras les idées plus claires.
Tu crois que je divague parce que j'ai bu ?
Eh ben non,
ma petite,
non.
L'alcool me donne seulement le courage de passer aux actes.
Dis-moi que je suis trop vieux ou que je te dégoûte et je m'en irai.
Mais j'ai pas envie de te dire des vacheries.
Ecoute mon p'tit René,
est-ce que tu ne t'en rends pas compte ?
À quel point ce serait ridicule,
mais je...
Mais je n'y survivrais pas !
Mais ben alors c'est quoi les joies du troisième âge ?
La gymnastique et la natation ?
Moi ça ne me suffit pas.
Et à toi non plus.
Mais qu'est-ce que tu veux faire ?
Je veux t'embrasser.
Mais je t'ai interdit de faire une chose aussi grotesque !
Cette fois les bandes du ridicule sont vraiment franchies.
Alors au point mon anglais.
Mais qu'est-ce que tu...
mais rallume immédiatement.
Mon anglais.
Non,
rallume ou je crie.
Oh ben tu as l'air fin.
Allez, va te coucher maintenant,
ça ira mieux demain.
Je ne veux pas aller dormir tout seul là-haut dans ce grand lit.
Ça me déprime.
Ne fais pas l'enfant.
Je ne suis pas un enfant.
Je suis un vieux bonhomme qui n'intéresse plus personne.
Ah non,
non, si tu entends ce refrain-là,
je ne t'adresserai plus jamais la parole.
J'ai horreur de ça.
Je ne veux pas aller dormir là-haut tout seul.
Ça me déprime.
Bon.
Tu n'as qu'à dormir sur le canapé.
Et prends mon hydre d'eau.
Ah,
tu as toujours fait des bêtises quand tu avais trop bu.
C'est parce que quand j'ai bu,
je crois que rien n'est impossible.
Mais ça finit toujours mal.
Allez mon petit René,
couche-toi et dors.
À demain.
Est-ce que vous avez une idée de ce que nous faisons ici tous les deux ?
J'étais en train d'envisager différentes hypothèses.
Je me souviens de rien,
à part d'avoir bu trop de champagne.
Peut-être que quand j'aurai un peu moins mal à la tête,
ma mémoire fonctionnera de nouveau.
Ça vaudrait aller nous promener après le dîner.
Probablement.
Prends ton,
t'as très chaud.
Grand-père !
T'es déjà levé,
toi ?
Tu veux bien m'attacher ma sandale ?
Allez,
viens.
Alors,
maintenant...
J'avais tellement faim que je me réveillais.
Ah.
Hé,
Zelda,
Zelda,
ne me trouble pas.
Papa, qu'est-ce que tu fais là ?
J'attache la sandale de Zelda.
Ça ne se voit pas ?
Comment ça se fait que tu sois descendu si tôt ?
Tu te sens pas bien ?
Ça c'est insupportable.
A partir d'un certain âge,
les gens s'attendent tout le temps à vous voir mourir sous leur nez.
Je me sens extrêmement bien.
Voilà mademoiselle.
Merci.
Et ne me rappelez pas mon âge sans arrêt.
Dites pas sans arrêt que je suis un vieux monsieur.
Ça m'énerve.
Non papa,
t'as mangé du lion ce matin ?
De la lionne.
Il vient d'être fait.
Il est très chaud.
Quelle que soit l'heure à laquelle elle se couche,
Isa est levée à 6h30.
A 7h,
le café est fait.
Je le prends noir.
Vous voulez du lait ?
Non, non,
non.
Mon eau noire c'est très bien.
Merci.
En général,
à cette heure-là,
j'occupe mes sommes d'hiver.
Heureusement,
le réveil du jour dans la nature,
c'est trop noble pour moi.
Ça m'écrase.
Dans ma vie,
il m'est arrivé de boire beaucoup plus qu'hier soir.
Et je n'ai jamais perdu la mémoire,
et hier soir non plus.
Je pensais que ce serait plus facile comme ça.
C'était idiot.
Tu sais ce qui s'est passé cette nuit ?
Ah non !
C'est pas vrai !
Je peux le dire à Clarence ?
Ah oui absolument !
Je trouve ça tout à fait magnifique !
Mon père et ma mère ont divorcé depuis des dizaines d'années,
vous le savez ?
Oui !
Ah oui,
pardon !
Eh bien c'est...
Oui,
ils ont dormi ensemble.
Écoute,
qu'est-ce qu'il me dit Jean-Paul que c'est de lui raconter de René-Charles ?
Il a dormi dans la chambre des clients cette nuit ?
Oui, il ne faut surtout pas montrer qu'on se doute de quoi que ce soit.
Les chéris !
Oh,
dis donc,
dis !
Dis donc,
dis donc,
mais c'est chouette ça.
Alors,
on peut rigoler jusqu'à la fin si on veut.
Ça,
ça me donne vraiment le moral.
Parce que,
tu comprends,
quand on voit une chose comme ça,
on se dit que la vie,
tant que ça continue,
ce n'est pas fini,
chérie.
Maman, maman.
Où tu vas ?
Un soldat m'appelle.
Oui, oui,
mon amour.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Il y a papa,
on est dans le jardin.
Oui,
ma chérie.
Mais je suis encore toute endormie.
Je me lève tout de suite.
Qu'est-ce que c'est que ce regard méchant ?
Il faut que je sène la place,
c'est ça ?
Ça se présente pas du tout comme ça.
Mais si je décide de tromper Mathieu ou quitter Mathieu pour vivre avec un autre homme...
On n'en est pas là.
Raison de plus.
Je le ferai.
Mais je trouve qu'on peut faire les choses avec tact et délicatesse.
De toute façon,
le principal,
c'est pas ça.
Le principal,
c'est que je veux pas choquer Zelda.
Parce que c'est si difficile à comprendre.
Je sais pas du tout pourquoi je me plains.
J'ai eu ce que je voulais.
Et comme j'ai pas du tout l'intention de me mettre en ménage,
tout va bien.
Tout va très bien.
Je trouve que c'est pas très malin de le prendre comme ça.
J'ai pas donné de certificat comme quoi j'étais malin.
Allez.
Bonjour, chez vous.
T'en vas pas comme ça.
Tu me fais de la peine.
Garde ces phrases-là pour l'autre.
Avec lui,
ça doit marcher.
Tu comprends très bien.
Tu fais exprès de pas comprendre.
Je vais me conduire correctement,
c'est tout.
C'est tout.
Avec qui ?
Et voilà.
C'est impossible d'être aussi con !
Tu viens maman ?
J'arrive,
j'arrive !
Je dois être à Paris ce soir.
Tu peux m'amener à la gare ?
C'est Saint-Michel et Saint-Gabriel qui viennent de te faire le message.
Tu veux pas m'amener ?
S'ils s'occupent des télégrammes,
ils peuvent aussi s'occuper des transports.
Parfait,
parfait !
C'est chiant.
C'est quand même mieux que rien.
Il n'y a pas de comparaison.
Bonjour vous !
Bonjour !
Superbe matinée non ?
Si tu as l'intention de faire celui qui ne se souvient de rien,
ça ne marche pas.
Je ne vois pas bien d'ici.
Tu me fais la tête ou pas ?
Je trouve que ça ne t'écorcherait pas la bouche de t'excuser.
On ne peut pas reprocher à un homme de rêver.
C'était le songe d'une nuit d'été.
Au revoir madame,
au revoir monsieur.
jamais connu de loin.
Si tu ne m'aimes pas,
je t'aime.
Si je t'aime,
prends part de toi.
Si tu ne m'aimes pas,
si tu ne m'aimes pas,
je t'aime.
Et si je t'aime,
suis de toi.
Sous-titrage
MFP.
Si je te vois
Les vacances sont finies.
Clarence est retournée en Suisse près de sa femme et de ses enfants.
Le cœur pleure.
Plein de lui et de mélancolie,
Tessa et Isa sont rentrés à Paris.
René Charles,
amoureux comme un jeune homme,
a essayé de reconquérir Liane.
Il n'a pas réussi,
mais il ne perd pas l'espoir d'arriver à ses fins.
La peur de l'amour a encore une fois séparé Antoine et Cathy et aucun des deux ne sait si entre eux c'est la fin ou le commencement.
Ces mesures,
évidemment, ne sont pas étrangères aux attentats à la bombe qui viennent de se produire à Londres.
Ligue Les rats revendiquent ces attentats dont l'un,
je vous le rappelle,
a fait un mort et plusieurs blessés hier après-midi en plein centre de la capitale britannique.
Un engin a explosé à l'aéroport Charles de Gaulle.
La déflagration assez violente n'a pas fait de victime mais a provoqué des dégâts matériels.
La charge avait été placée dans une poubelle devant un ascenseur.
La police enquête.
Le point sur les grèves en France,
alors qu'on croyait le conflit en voie de solution,
il prend un nouveau départ à la régie Renault,
où les grévistes ont voté contre la reprise du travail.
Tu as une drôle de voix.
Tu es sûr que je ne te réveille pas ?
Sinon je te rappellerai plus tard.
Je ne sais pas,
7h,
6h30.
Qui tu téléphones à 7h du matin ?
René-Charles.
Non, je parle à Cathy.
Je me suis réveillée à 5h,
impossible de m'endormir,
alors j'ai travaillé.
Oh,
ça me dépasse qu'on se réveille à 7h quand on n'est pas obligé.
On le reconnaît si bien dans son lit.
Je ne sais pas pourquoi à partir d'un certain âge on se réveille très tôt.
Non, je parle à Cathy.
Et toi, tu as bien dormi ?
Oui,
c'était divin.
Oh !
Y a rien de mieux que de dormir.
Bon,
je remonte réveiller mon pauvre bout de chaud.
Oui, ben,
je pense que j'aurai fini de tout compiler d'ici quelques semaines et que je me mettrai à écrire à l'entrée de l'hiver.
René Charles,
je te parle.
Non,
c'est à toi.
Cathy est montée.
Je ne te dirai rien par téléphone.
Je ne t'ai rien demandé.
Mais tu vas le faire.
Oui.
Je passerai te prendre ce soir à 7h30,
nous dînerons au Camélien.
Non, je voulais juste savoir...
Moi je voudrais aller me faire mon café.
Je déteste rester longtemps à jeun le matin.
A ce soir.
Quelle énergumène.
Je suis encore sommeil,
je ne veux pas me lever.
Oh, t'as raison.
Allez,
je me couche avec toi.
Tu m'écrases,
tu ne vas pas au travail ?
J'ai encore sommeil,
je ne veux pas me lever.
T'es méchante,
moi je suis petite.
Ben justement,
t'es moins fatiguée.
Allez,
debout les jeunes !
Youp !
Rache-toi !
Je veux mettre mes sandales roses.
Mais il pleut mon amour,
c'est fini les vacances.
Faut mettre les couches.
Non.
Si tu mets les sandales,
elles vont être fichues.
Pourquoi alors ? Je vais pas à l'école.
On va déjeuner,
on verra après.
Ok ? C'est vrai que c'est pas rigolo de se réveiller comme ça pour un petit rikiki comme toi.
C'est la vie mon amour,
tout le monde le fait.
Regarde,
quand tu arrives à l'école,
tous les petits-enfants sont là.
Il n'y en a pas un qui reste à la maison,
sauf s'il est très malade.
Tu ne veux pas être une grosse paresseuse comme la tante Tessa qui n'a jamais rien fait,
qui s'ennuie tout le temps.
Ça ne me plaît pas du tout que tu dis du mal de ta famille,
Zébida.
Mais si,
t'as bien entendu.
Tu conviendras que ta soeur chérie ne fait pas grand chose pour la communauté.
Alors elle peut au moins me servir pour élever ma fille.
Tu veux lui apprendre à lire du bal de sa famille,
c'est ça ?
Non, non,
non, on va pas se disputer.
C'est déjà assez dur de reprendre le collier.
Ah !
Faut que je pense appeler le plombier du bureau.
Je crois que je vais m'acheter un bon vieux réveil matin de chaumière.
Je crois que je préfère encore mieux sauter en l'air.
que de me réveiller avec des informations.
Pour commencer la journée,
pour vraiment enfiler son égoïsme en même temps que ses pentes.
Tu savais pas que tu l'enlevais pour dormir ?
Tu as vu Isa,
comme elle s'est faite belle ce matin ?
Elle a mis tous ses piquants.
C'était pas bien méchant,
c'était assez drôle,
non ?
Très.
Mange poussin,
tu vas être en retard.
Je vais le laisser aller.
T'as mal dormi ?
Tu sais bien que plus je suis angoissée,
mieux je dors.
J'ai très bien dormi.
Pourquoi tu t'angoisses à cause de ce garçon ?
Il n'est pas séduisant du tout.
C'est justement ça qui m'angoisse.
Je vois rien.
Je l'ai vu ce matin.
Il a une tête blanche.
C'est tout rouge autour.
Je peux même pas ouvrir l'oeil.
Il doit y avoir quelque chose.
Je vois rien.
Mais j'ai de la pommade ophtalmique,
je peux t'en mettre si tu veux.
Elle va te faire hiver ta pommade.
C'est valable au moins deux ans.
Si tu crois que c'est pas par là,
alors prends-moi.
C'est pour pas m'inquiéter que tu dis que tu vois rien ?
Mais non,
je vois rien.
Cela dit,
t'as une mine de déterré,
ça va pas ?
J'ai même pas vraiment du sang.
Mes globules sont malades,
je sens.
J'ai pas d'appétit,
j'ai des georges laits et j'ai les jambes molles.
T'as vu un docteur ?
Les types comme moi,
ils s'en foutent les docteurs.
Au contraire.
Il les achève.
Eh,
on sait jamais,
hein. Ah,
tiens !
C'est à deux heures à perdre.
C'est ton dernier polar ?
Il commence à se rendre très bien.
J'ai mal.
Oh, c'est molle !
Ah, t'en as pas marre de vivre toute seule ?
Et tu manques pas un peu,
le vieux Marc ?
T'es drôlement romantique au fond,
hein ?
Je te manque pas.
Non ?
Mais je vis pas seule.
Il y avait qu'un type.
Un sacré type.
Il y a le chic pour les trouver.
Il manquait plus que ça.
Il le sait ?
Marc ?
Oui, j'ai demandé le divorce.
Ah, le pauvre type.
Il ne m'a même pas dit tellement que ça doit le rendre malade.
Fallait y penser avant.
Il était sûr que tu reviendrais.
On était sûrs tous les deux.
Moi qui ai déjà le moral à zéro,
il manquait plus que ça.
Avoir ta tête,
on croirait plutôt que t'es la colique.
Mais moi je parie que t'es amoureux.
Ouais,
elle a beau fil.
Moi ça m'a jamais intéressé ces histoires là.
Et c'est pas les dernières nouvelles qu'elle me donne qui vont me faire changer d'être.
Tu me crois pas ?
Et toi,
tu te crois ?
Maman !
Elle a téléphoné qu'elle sera en retard !
Très bien.
Papa vient de passer la prendre,
il dit nos cannelias.
Zeldag dans la verrière ?
Oui. Hum,
que tu sens bon !
Tu sens la confiture de framboises.
Et tu sens la petite brioche.
Et le chocolat au lait.
Tu sens...
Attends,
attends.
Est-ce que tu n'aurais pas sucer un petit réglisse aussi ?
Non,
c'est Maria qui m'a mis la pommade sur ma bosse.
Je me suis fait mal.
Ah oui ?
Ça sent le réglisse.
Tu t'es connu ?
Oui.
Pauvre poussin.
Tu fais un dessin pour l'école ?
Oui. Tu fais quoi ?
Tu as une maison ?
C'est un cochon comme à la campagne.
Il y a de la fumée là,
c'est pas une cheminée ?
C'est la queue du cochon.
Elle n'est pas très futée ta mère,
hein mon amour ?
C'est parce que tu regardes trop vite,
tu t'impliques pas.
Bah tu sais quoi ?
T'as raison.
Allez !
Je reviendrai tout à l'heure.
Je vais me reposer un petit peu.
Ce qui me tue quand je travaille c'est que je rentre en retard pour prendre le thé mais je suis bien contente
Sois seule toutes les deux.
Je veux te parler.
Je reviens tout de suite.
On ne peut pas toujours éviter de parler des sujets désagréables.
Je voudrais aller aux toilettes s'il te plaît.
Je sais.
Tu vas aller t'enfermer dans les toilettes en attendant que maman rentre et qu'elle me fasse faire.
Qu'est-ce que tu as l'intention de faire pour m'empêcher de sortir du salon ?
De m'assommer ?
Tu peux pas continuer à vivre comme tu vis.
C'est pas une question d'argent.
Mais tu vis comme si tu n'existais pas.
Tu m'entends ?
T'as pas d'enfant,
pas d'homme,
pas de maison,
t'as pas de sécurité sociale,
tu toucheras pas de retraite,
t'as pas de compte en banque,
tu reçois pas de courrier,
même pas de facture ou de publicité.
À qui tu parles ?
À Pessa.
Tu peux sortir,
maman est là.
Alors,
que voulaient les gens que tu as vus ?
Ils voulaient que je prenne la rubrique culinaire dans leur journal.
Raconte !
Excuse-moi,
maman, j'étais en train de parler à Tessa.
J'aimerais bien continuer.
Bon, écoute,
Cathy,
c'est pas normal d'embêter Tessa.
Tu sais qu'elle a vécu cet été quelque chose de très douloureux.
Quoi ?
Clarence n'est pas un homme qu'on oublie en claquant des doigts.
C'est insupportable,
vous dramatisez tout.
Je voudrais te poser une question,
Cathy.
Tu penses sincèrement qu'on existe ou pas,
suivant qu'on a ou pas,
un numéro de sécurité sociale ?
Les gens qui sont responsables et qui ont le sens des devoirs passent toujours pour de petits fonctionnaires bornés.
Par contre,
les égoïstes et les inconscients passent pour des êtres larges d'esprit et totalement poétiques.
Et moi je trouve que c'est insupportable,
pour toi,
de dépendre de nous pour tout comme un nouveau-né.
Ça me rend malade de te voir dans une situation aussi humiliante.
Je pensais que pour toi aussi c'était épouvantable,
mais apparemment il n'en est rien.
Alors continuons comme ça.
L'escargot souffre d'avancer lentement,
il voudrait bien être une gazelle.
Mais il suffit pas de vouloir.
Ce que je me dis quelquefois,
c'est que depuis
10 ans ou 20 ans,
on attend que les femmes soient quelque chose que je suis incapable d'être.
Mais avant,
j'aurais été une femme comme les autres,
je pense,
non ?
Bien sûr.
Le monde change,
mais tout le monde ne change pas au même rythme.
Et c'est tant mieux.
Des gens réalistes et affairés,
il y en a déjà bien assez.
Et je ne voudrais pas,
moi, que tu sois différente de ce que tu es.
D'accord.
C'est très joli tout ça.
Reconnais que c'est quand même une chance qu'il y ait des locomotives pour tirer les wagons.
Si tu as une idée,
je vais bien essayer.
Peut-être que cette fois,
ça marchera mieux.
Non,
laisse tomber,
elle va encore dire que je te persécute.
Peut-être que c'est moi qui ai tort de ne pas t'accepter comme tu es.
Peut-être que je suis vraiment bordée.
Bon, on reparlera de ça une autre fois,
tu veux bien ?
Mathieu a téléphoné pour dire qu'il venait dîner.
C'est le type le mieux que j'ai connu.
C'est une chance pour une femme de rencontrer un homme comme ça à notre époque.
Je suis même pas fichue d'être amoureuse de lui.
Elle lit un petit livre et elle a promis les tannes toute seule.
Je monterai voir tout à l'heure.
J'ai des choses à te dire.
Tu vas bien ?
Bof.
Cet été j'ai été très malheureux à cause de toi.
Encore plus que d'habitude.
Je suis désolée.
Je savais que ça ne pouvait pas continuer comme ça,
je ne savais pas quoi faire pour que ça change.
Dans un sens ou dans un autre.
J'étais dans un état...
pas très brillant.
Et puis,
j'ai rencontré quelqu'un.
Une fille très bien.
Et on s'entend très bien.
Tu vas te marier ?
Probablement.
Écoute,
je suis vraiment contente.
Je ne m'attendais pas du tout à ça.
Je me demandais comment j'allais m'y prendre pour te dire...
Que tu ne m'aimais plus.
Ouais.
Ça faisait un moment.
Comment elle est ?
Très bien.
Je ne suis pas amoureux d'elle comme je l'étais de toi.
Heureusement.
Tu dis ça pour mon amour propre ?
Non, je le dis parce que c'est vrai.
J'espère que ça ne m'arrivera plus jamais.
Parce que c'est pire qu'une maladie.
Tu crois qu'elle aimera Zelda ?
Je te dis que c'est une fille formidable.
Elle sera formidable avec Zelda.
Peut-être que tu pourrais venir avec elle dimanche pour qu'elle se connaisse déjà.
D'accord.
T'es incroyable.
Tu trouves que j'ai tort ?
Non, je trouve que t'as raison.
L'important c'est que Zelda soit entourée de chaleur et d'amour.
Convention sociale,
je m'en fiche.
Tu l'aimeras toujours,
hein ?
Même si t'as plein d'autres bébés.
Je l'aimerai toujours.
Et toi aussi.
Reste où tu es.
C'est nous !
Bonsoir,
mes petites dames.
Mes enfants,
on a mangé et bu de façon scolaleuse.
Je n'ai jamais entendu quelqu'un dire autant de bêtises que René-Charles en a dites ce soir.
Mais j'avoue que je me suis bien amusée.
Et vous,
comment s'est passée la soirée ?
On a dit beaucoup de bêtises,
nous aussi.
Tu as fait une tête,
toi ?
Tu as la grippe ?
Non,
j'ai rien.
C'est le cas de le dire.
Oh,
arrête, Cathy,
tu m'énerves.
Peut-on savoir ce qui se passe ?
Mathieu se marie,
ça m'en fiche un coup,
c'est tout.
Pas la peine d'épiloguer là-dessus.
C'est normal,
non ?
Tu trouves pas ?
Elle s'en fichait comme de l'an 40 tant qu'il était là.
Oui,
mais elle avait l'habitude de l'avoir sous la main.
Ça fait un trou.
Exactement.
Maman veut pas comprendre ça.
Il se marie.
Avec qui ?
On la verra dimanche.
Il faut savoir ce qu'on veut.
Si tu le voulais,
tu pouvais le garder.
Une demande excelle pour un garçon.
Et si tu ne le voulais pas,
tourne la page.
Tu me donneras son numéro de téléphone,
j'ai quelque chose à lui dire.
Quoi ?
Bravo.
D'accord.
Sans vouloir t'offenser,
ma petite fille,
je n'aime pas voir les hommes se conduire comme des chiens-chiens à leurs mémères qui attendent leur sucre.
Par contre,
quand c'est le contraire,
tu trouves ça parfait.
Je trouve ça idéal.
Bon,
je vais vous laisser,
je vais rentrer.
Tu me raccompagnes jusqu'à la porte ?
Oui.
Poché ?
Non.
Bonsoir,
ma chère Liane.
Merci pour cette charmante soirée.
Je me permettrai de t'appeler demain.
Très bien.
Ah, au fait,
je voulais te demander quelque chose.
Tu ne voudrais pas te remarier avec moi par hasard ?
Oh, j'attendais celle-là !
Vraiment ?
Je comprends très bien que ça te flanque le cafard de rentrer tout seul dans ton grand machin,
mais c'est pas une raison.
Je te l'ai déjà dit,
prends une gouvernante ou déménage.
Merci bien,
tu es trop bonne.
Tu ne penses pas que je puisse avoir d'autres raisons de te faire cette proposition ?
Écoute, nous sommes trop vieux pour vous dire des bêtises et pour en faire.
Va te coucher,
téléphone-moi demain.
Vous avez la faucheuse manie dans cette maison de traiter les hommes comme des petits garçons qui viennent de voler les confitures.
J'estime que tu peux au moins me donner les raisons de ton refus,
sans m'envoyer au lit comme un galopin.
Mais enfin,
mon petit René,
pourquoi voudrais-tu recommencer quelque chose qui a raté il y a 40 ans ?
En fait,
tu n'en as pas envie,
tout simplement.
J'ai beaucoup d'affection pour toi.
Je suis toujours contente de te voir,
mais je me demande où serait l'intérêt de nous mettre en ménage.
Tu es toujours amoureuse de Léos.
C'est ça,
n'est-ce pas ?
Tu ne vas pas me faire une chaîne de jalousie ?
Oh, je ne vais rien faire du tout.
Je vais m'en aller.
Et je pense qu'il vaudrait mieux qu'on ne se revoie pas pour le moment.
Tu en fais un peu trop,
là.
Tu ne crois pas ?
Non, je ne crois pas.
Quel drôle de bonhomme,
tu es.
Bonsoir,
mon cher.
Bonsoir,
mon cher.
Et merci quand même.
De quoi ?
De ta demande en mariage,
ça fait toujours plaisir.
Oh, attention,
il a plu,
ça glisse.
Alors, maman,
qu'est-ce qui se passe ?
Mais qu'est-ce qui se passe ?
Chut, attends.
Il ne se passe rien.
Tu veux-tu qu'il se passe ?
Tu ne sais pas mentir.
C'est vrai,
j'en suis très fière.
Mais je ne vous dirai rien.
Ça ne serait pas gentil pour René-Charles.
Il t'a demandé d'aller vivre avec lui.
Quelle idée !
Ne te fatigue pas,
j'en étais sûre.
Il a toujours été amoureux de toi.
Je l'ai dit à un moment cet été.
Et alors ?
Et alors,
tu as envie que je m'en aille et que j'aille vivre avec René-Charles ?
Non.
Et toi ?
Moi, j'ai envie de rester ici,
si on veut bien de moi.
Et tu l'as dit à papa ?
Oui.
Pauvre papa.
Et tu es bien sûre ?
Je suis sûre que je n'irai pas vivre chez lui par charité.
Il n'est pas donné à toutes les femmes de faire souffrir un homme pendant 50 ans.
Il pouvait toujours se moquer de Mathieu.
Ah, d'ailleurs,
basta.
Ça devient ridicule.
Enfin, j'en ai assez d'entendre parler de mes amours.
Parlons plutôt d'Étienne.
Au moins,
c'est de ton âge.
Tu vois ce qu'il
dit ?
On peut se voir deux minutes ?
Mais,
quelle heure est-il ?
Maman, tu ne marches pas.
Bon,
je descends t'ouvrir.
Assieds-toi.
Non c'est pas la peine,
je reste pas longtemps.
Alors ?
Voilà.
Je voudrais écrire un livre qui soit pas un polar.
J'ai une idée.
Alors,
je voudrais t'en parler.
C'est pour ça que tu viens me réveiller en pleine nuit ?
T'aurais pu passer au bureau,
il me semble.
J'ai eu envie de m'y mettre tout à l'heure.
Alors,
j'ai décidé avant de t'en parler,
pour savoir si ça vaut la peine que je me lance.
Alors, fais quoi ?
Je voudrais écrire un livre sur
Cléopâtre.
Ça t'intéresse de le publier ?
Je peux pas dire ça comme ça,
je te le dirai quand je l'aurai lu.
Ça sera sûrement un chef-d'oeuvre.
Je sens très bien le sujet.
Je te le propose en priorité.
Merci.
Et pourquoi Cleopatre ?
Comme ça.
Et il y a longtemps que tu y penses ?
Depuis 30 secondes.
Sa cause à Antoine,
c'était un grand soldat.
Il aurait pu être empereur de Rome.
Il faisait des discours,
aussi beaux que du Shakespeare.
Pivellon,
il est tombé sur Cléopâtre.
Les bonnes femmes en votre genre,
quand on les rencontre,
on devrait s'enfuir,
s'en regarder en arrière.
On ne devrait même pas leur dire bonjour.
Parce qu'après on est fichus.
Les types dans notre genre ne peuvent plus s'en sortir.
Au lieu d'être empereurs de Rome,
on se retrouve tapis brosse au caire.
Ouais, ouais,
c'est ça.
Ries.
Ries.
Mais qui parlerait encore d'Antoine s'il avait pas aimé Cléopâtre ?
Prétentieuse.
J'avais envie de te voir.
Bon ben,
voilà,
tu m'as vue.
C'est la dernière fois,
au revoir.
Tu m'aguiches avec ta petite chemise de nuit et tes grands pieds et tu crois que je vais m'en aller ?
Non.
Je dors pas.
Je t'ai laissé un mot.
Je l'ai parti avant que tout le monde se réveille.
Mais une migraine,
c'est dingue.
Je sais pas pourquoi.
Moi j'ai l'impression que ça sent la peinture ici.
Ça.
Bon ben...
Je dois partir en province cet après-midi.
Je te rappellerai à mon retour.
C'est tout ce que t'as à me dire ?
Au revoir.
Salut.
Quand je suis avec toi,
j'oublie tout le reste,
et ça risque de finir très mal pour moi.
Aussi c'est décidé,
je retourne à Rome.
Adieu.
Signé Antoine.
J'ai pas l'intention de continuer comme ça,
mon vieux.
Ça je te le dis.
Je suis au revoir de cette vie-là,
ouais.
Ça me dégoûte,
ça me fout le moral à zéro.
Le linge sale partout,
rien à bouffer dans le frigo,
sans compter que si tu tombes malade,
ou si t'as un malaise dans la rue,
ou si jamais tu te fais renverser par une bagnole sur un passage clouté,
bon ben,
t'es dans le coma,
tu crèves.
Et on prévient,
hein ?
Et on t'emmène.
Moi mes vieux ils sont morts alors.
On y va ?
Je veux pas crever seul à l'hosto.
Et je veux qu'il y ait du monde au cimetière quand on me foutra dans le trou.
Et je veux qu'on me pleure.
Et tu crois que Gaye ira pas au cimetière ?
Écoute mon vieux,
moi je veux bien crever le premier puisque c'est dans les statistiques.
Et j'ai vu une vraie veuve,
pour moi tout seul.
Et je veux pas me précipiter pour pas faire de conneries.
Je vais me remarier,
ça c'est sûr.
Et je la connais ?
Non.
Et moi non plus,
mais je sais comment je la veux.
Ça m'a foutu un ulcère toutes ces conneries.
Je veux pas un prix de beauté,
ni un prix Nobel,
mais je veux pas avoir à me dire qu'elle va se barrer avec un autre mec.
Je veux avoir la paix ce coup-ci.
Je tombe pas amoureux sur commande.
Bah, il n'est pas question que je tombe amoureux.
J'ai déjà un ulcère.
Tu vas me faire crever en l'heure,
toi.
Qu'est-ce que tu bois ?
Un thé au lait.
Deux thés au lait et de l'eau plate.
Et toi, tu me tires du lit à 6h du matin ?
Hum ?
Quelque chose qui va pas ?
Non,
non, ça va.
J'ai envie de te voir,
je voulais savoir comment tu vas.
Bah tu vois,
je vais mal.
Mais j'ai l'intention d'aller très bien.
T'as une sale tête.
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Rien, rien.
L'automne,
ça me fout toujours le cafard.
Ouais.
Ouais, mais c'est quand même la saison que je préfère.
Moi aussi.
Pauvre mec !
T'as revu la belle Cathy ?
Non.
Non, pas depuis cet été.
Tu crois qu'il est tombé malade à cause de toi ?
Ne fais pas de romans !
Il a peut-être inventé ça pour que tu viennes t'occuper de lui.
Si je suis sûre,
je lui frotterai les oreilles,
mais je suis bien contente.
Je déteste la maladie.
Allez, au revoir.
Je vous appelle demain,
hein ? Oui.
Viens, mon chéri.
Au revoir.
Sois sage.
Deux minutes avec maman et je reviens,
je serai là derrière.
D'accord.
Je me demande si tu iras par la faire céder ou pas.
Tu crois que sa maladie c'est une comédie ?
Je crois que lui-même ne pourrait pas répondre.
Entrez.
Bonsoir mon petit René.
Bonsoir ma chère Liane,
c'est gentil à toi d'être venue.
Je pense bien.
Maintenant que je suis là,
vous pouvez vous sauver.
Qu'est-ce qui t'arrive ?
Je suis pas fort,
je suis plein de microbes.
Allez bonsoir monsieur,
à demain et dormez bien.
Qu'est-ce que tu as ?
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Je me suis demandé à Mariette de t'appeler parce que j'étais pris de court.
Mais demain,
tu me trouveras sûrement une garde de nuit.
Oui,
non, pas question.
Je vais rester ici le temps que tu sois sur pied.
Ce sera peut-être plus long que tu ne crois.
Allez, raconte-nous un peu ce qui s'est passé.
Je me suis réveillé cette nuit grelottant de fièvre.
J'ai pris de l'aspirine,
mais la fièvre n'a pas baissé.
Et puis j'ai très mal à la gorge.
Mais tu as une bonne grippe,
quoi.
Une bonne grippe ?
Pourquoi pas un rhume ?
J'ai du blanc dans le fond de la gorge.
J'ai une angine,
mon petit.
Oh, mais là,
il ne faut jamais laisser une angine mal soignée.
Il faut bien le soigner,
mon petit papa.
Allez,
maintenant,
je vais rentrer.
Et maman,
tu m'appelles demain.
Oui, oui.
Bye bye,
messieurs.
Tu as encore quelque chose à prendre ce soir ?
Je ne sais pas.
Ah, voici.
Deux comprimés au coucher,
deux...
Bon.
C'est ça.
Tu as encore de la fièvre ?
Tu as mal à la tête ?
Je me sens plutôt patraque.
J'ai dit à un mariage de te préparer la chambre d'amis.
Tu l'as vu,
ça te va ?
Oui,
très bien.
Si tu as une angine,
il ne faut pas trop bavarder.
Mais toi,
raconte-moi le livre où tu en es.
Oh, à ce moment-là,
je ne sais pas.
Je me casse la tête pour essayer de reconstituer mon enfance.
Il y a des choses dont je me souviens avec une grande précision et puis des trous noirs.
Et évidemment,
là-dessus,
il n'y a plus personne que je peux questionner.
J'ai quelques lettres de maman que j'ai gardées miraculeusement.
Il y en a une,
écrite de Monte Carlo.
Je commençais à gagner ma vie,
je leur ai offert quelques jours de vacances dans le midi.
Ils sont allés au casino,
papa a perdu 500 francs.
Bon, c'était pas grand chose,
mais...
Mon maman a failli en tomber malade,
elle qui avait été habituée à compter sous à sous.
Par la suite,
je crois qu'elle faisait le signe de la croix chaque fois qu'elle voyait un casino.
Même de loin.
Et toi ?
Tu n'as pas trop de mal à retracer tes premières années ?
Tessa !
Si tu ne descends pas dans deux minutes,
je pars sans toi !
Pars sans elle.
Je l'emmènerai dès qu'elle sera prête.
Ça commande bien.
Laisse-lui le temps de s'inquiéter.
La pitié est dangereuse,
t'as dû lire ça.
Si Tessa avait dû se bagarrer pour survivre,
si tout le monde ne l'avait pas portée à bout de bras depuis toujours,
elle serait différente,
crois-moi.
Mais est-ce qu'on n'y perdrait pas ?
Moi je trouve que Tessa embellit notre vie.
Elle amène quelque chose d'unique,
une atmosphère,
un charme.
Moi ça me manquerait terriblement si elle changeait.
Je crois que tu peux dormir tranquille.
Allez,
en route !
Tessa,
Cathy est partie.
Je t'emmènerai dès que tu seras prête.
D'accord, merci.
Ah, maman,
on n'a pas osé vous appeler.
Comment va papa ?
Il a très bien dormi,
il dort encore.
Et toi ?
Ça va,
ça va.
Dis-moi,
Tessa est partie avec Cathy ce matin ?
Elle n'était pas prête.
Je l'emmènerai tout à l'heure.
Oh,
ça commence bien.
Je suis sûre que René Charme n'a rien de grave,
mais la nuit on a facilement des idées noires.
Surtout dans cet appartement,
on les a même le jour.
J'ai repensé à toutes ces nuits où j'éveillais Lewis.
Au début les médecins avaient diagnostiqué une grippe.
Tu parles d'une grippe.
Maman, arrête.
Je n'ai pas peur de grand chose dans la vie,
mais j'ai peur de la maladie.
Tu n'es pas raisonnable.
Papa n'a rien de grave,
je te le dis,
moi.
À son âge,
tout peut être grave.
Bon,
j'ai compris.
Tu vas rentrer à la maison et c'est moi qui vais rester avec papa.
Sinon,
tu vas nous faire une dépression.
Mais non,
c'est impossible.
Ça le blesserait terriblement.
Je vais passer devant cet après-midi,
on verra ce qu'on fait.
Tessa est prête,
il faut que j'y aille.
À tout à l'heure.
Oui, c'est ça,
à tout à l'heure.
La première fois que j'ai rencontré Liane,
j'ai su immédiatement que ce n'était pas une femme pour moi.
Lorsque nous avons commencé à sortir ensemble,
tous mes camarades m'ont dit et répété que ce n'était pas une femme pour moi.
J'ai toujours été un homme raisonnable et posé.
Mes ennemis diraient bourgeois et étriqués,
le goût du risque et de l'aventure qui doit être au fond de chacun de nous,
dans mon cas,
s'est manifesté par mon obstination à faire ma femme d'une femme qui n'était pas pour moi.
Laurent Wolfram était amoureux de Liane.
Ils avaient ensemble des conversations passionnées et violentes sur la littérature,
la musique ou la politique.
Wolfram était aux yeux des femmes d'une séduction à laquelle il était difficile de résister.
Il avait des yeux noirs,
une peau mate,
des cheveux lourds,
une voix vibrante,
des mains fines.
Je fus très vite convaincu que Liane était,
elle aussi,
tombée amoureuse de ce garçon,
beau comme un prince des mille et une nuits.
Un soir de septembre 1938,
j'ai demandé à Liane,
avec un calme forcé,
« Dis-moi,
Liane,
est-ce que tu couches avec ce juif ? »
Elle m'a giflé.
Et entre nous,
après cela,
les choses n'ont plus été comme elles.
comme avant.
Bravo !
Je te fais mes compliments.
C'est élégant.
C'est pour ça que tu as accepté de venir,
je suppose,
pour lire en douce ce que j'écris.
Ne dis pas de bêtises.
Tu es fier de toi,
peut-être.
Eh, ne crie pas !
va te faire mal à la gorge.
Ne me fais pas rire.
Oui, d'accord,
d'accord, je n'aurais peut-être pas dû dire ça.
Mais enfin,
enfin,
c'est destiné à être publié,
ce n'est pas un journal intime.
C'est un travail en cours.
Oui, ne monte pas sur tes grands chevaux.
Tu en aurais fait autant,
et plutôt deux fois qu'une.
Sur mon repas.
Pardon,
pardon,
mais cet appartement rendrait n'importe qui malhonnête.
Il est tellement,
tellement sinistre.
Je ne t'aurais jamais cru capable d'une chose pareille.
Ah,
mais tu te sens mieux,
on dirait.
Tu as peut-être remis du somnifère dans mon médium.
Tu t'es tout simplement endormi parce que je ne parlais plus de toi,
mais de moi.
J'avais une fièvre de cheval,
mais ça tu t'en fiches.
Mais la fièvre n'y était pas ailleurs,
ça s'est toujours passé comme ça.
Mais tu es nubié,
tu es fou.
Affiche-moi la paix.
Va te recoucher,
René Charles.
Non,
non, sois gentil,
sois raisonnable.
Va te recoucher.
Fais pas semblant de t'intéresser à moi.
Ne nous carrelons pas,
ça n'en vaut pas la peine.
Entre nous,
c'est pas bien grave.
Quand tu m'as surprise,
je pensais que nous avions beaucoup de chance,
toi et moi,
d'être encore là aujourd'hui,
en vie et en bon état.
En septembre 38,
on s'est disputé à cause de Laurent Wolfram.
Ça paraît un peu ridicule aujourd'hui quand on pense que trois ans après,
il était déporté et qu'on ne l'a plus jamais revu.
Tu ne trouves pas ?
Tu étais amoureuse de lui ?
Oui.
Excuse-moi
d'avoir été indiscrète.
J'avais envie de savoir ce que tu disais de moi.
Je me demande ce que ça peut te faire.
Tu vois, ça me fait quelque chose,
la preuve.
Tu as été sa maîtresse.
Maintenant, ça suffit de parler de ça.
Tiens,
prends ta température pendant que je vais à la cuisine faire le petit déjeuner.
Attends,
avant,
dis-moi une chose.
Tu n'as pas changé d'avis par hasard ?
Au sujet de ta proposition de l'autre soir ?
Non.
Je ne veux pas vivre ici avec toi,
mais je ne serai pas bien loin,
et tu sauras toujours où me trouver.
Dis-toi bien une chose,
mon petit René.
C'est que quoi qu'il soit arrivé dans le passé...
Ce sont les vivants qui sont les plus forts,
et pas les morts.
Les vivants,
c'est toi et moi.
Liane,
n'oublie pas mon pain grillé.
Non.
Sous-titrage Société Radio-
Vous voulez un café ?
Je vais bien.
Merci.
Le ciel est par-dessus le toit,
si bleu,
si calme.
Eh oui,
le travail,
c'est pas vraiment la liberté.
Ça dépend pour qui,
je suppose.
Pour Cathy,
oui.
C'est la première fois que vous travaillez ?
J'ai déjà fait quelques tentatives.
J'ai réussi jusqu'à présent.
C'est intéressant ça.
Je ne sais pas.
J'ai le cerveau paralysé.
Je n'ose pas le dire à Cathy,
mais je déteste cette pièce.
J'ai l'impression d'être en prison ou à l'hôpital et mon cerveau n'enregistre pas un mot de ce que je lis.
Je lis énormément,
mais il y a des livres dont je ne peux pas lire une seule ligne.
Par exemple,
ce genre de livre-là.
Il m'ennuie tellement que je ne comprends même pas le sens des phrases.
Qu'est-ce que vous aimez comme bouquin ?
Déminez.
Ah,
Fitzgerald,
Proust,
Catherine Mansfield,
Salinger.
Gagné.
C'était pas très difficile.
Je suis marié et j'ai trois enfants.
On prend un pot ensemble ce soir ?
Oh non,
ce n'est pas possible.
Vous me trouvez trop pressé ou vous êtes contre l'adultère ?
Ça n'a rien à voir avec vous.
C'est moi.
Ça ne m'intéresse pas.
Pas pour le moment.
C'est vrai,
je ne sais rien de vous et je me lance.
Pardon.
Et mes compliments,
Vénard.
Attendez.
Je ne veux pas qu'il y ait de malentendus.
Ce n'est pas une personne qui m'arrête.
C'est un chagrin.
Je me demande si pour mes affaires c'est mieux,
ou si c'est encore pire.
On y va ?
Rentre sans moi,
je dîne à Paris.
On me ramènera.
J'aurais besoin d'avoir tes notes sur tout ça à la fin de la semaine prochaine.
C'est entendu ma chérie.
A tout à l'heure.
A tout à l'heure.
Capable,
capable,
capable... Ça changera jamais !
Jamais !
J'ai juste à avoir trois fois plus de boulot...
Alors que je me retapes tous à moi-même...
J'aurais mieux fait de m'abstenir !
Je voudrais savoir si tu vas le publier ou non mon bouquin sur Cléopâtre.
Je n'ai pas réfléchi.
Tu n'as pas pensé à moi alors.
Oh,
quel temps,
mes aïeux,
ça dérape,
c'est pas possible.
Il est encore chaud.
Tu as vu,
comme j'ai les mains froides.
T'as pas des gants ?
Je les ai perdus,
tu imagines ?
Bon, voilà,
c'était un vrai morceau de glace.
Avec le chauffage de cette voiture qui développe complètement,
Antoine a téléphoné qu'il vient dîner.
Et Mathieu vient l'appeler,
il rappellera plus tard.
Il se demande s'il ira à Blois demain ou pas.
Moi je veux y aller.
S'il continue à neiger comme ça,
tu feras des boules de neige dans le jardin,
mais tu iras nulle part.
Je veux aller avec papa voir les lapins d'Isabelle.
Mais les voitures peuvent pas rouler quand il y a trop de neige.
Mon amour,
papa et Isabelle viendront ici.
Avec les lapins ?
Peut-être.
Oui, maman.
Dans sa chambre.
Elle écrit sur l'émission.
Oh,
mes enfants,
encore un peu,
on va nous sortir de là en hélicoptère.
Oh, soixante...
En 1978 ou 1979,
il y a des gens qui sont morts à 500 mètres de leur maison,
sous la neige.
Il y avait un camion qui n'arrivait plus à avancer.
Il patinait sur place.
Et nous, on était bloqués derrière.
Heureusement,
ils sont arrivés à dégager la route avant que nous soyons ensevelis.
Oh, ça tombe avec une violence incroyable.
Moi, je voulais revenir en train,
mais ce fou a tenu à me raccompagner.
Là-dessus, il voulait repartir tout de suite.
Moi, je lui ai dit qu'il devait passer la nuit ici.
Non, et pas de discussion.
Bien sûr.
Tu es fou,
grand-père.
Si je savais rejoindre Antoine,
je lui dirais de ne pas venir.
Quel temps,
non ?
On aura intérêt à prendre le train pour aller à Paris demain.
J'ai quelque chose à vous dire.
Il y a trois mois,
j'ai arrêté volontairement de prendre la pilule.
Et ça y est,
j'attends un bébé.
C'est écrit là.
Et je suis très,
très contente.
Ma chérie.
Il n'y a rien au monde de mieux que les bébés.
Rien,
rien.
Maman va voir un petit bébé.
T'es contente,
mon amour ?
Un petit bébé ?
Oui.
Petit comment ?
Comme ta poupée.
Quand ?
Après les vacances.
Après les grandes vacances ?
Oui.
Maintenant,
je décide.
Viens m'embrasser,
ma Cathy.
Oh,
oh,
avec ce froid,
je crois que j'ai attrapé un long wagon.
Assieds-toi là,
vas-y.
Ça date de quand ?
Un peu plus d'un mois.
Tu l'as dit au papa ?
Non,
il se doute de rien,
c'est une surprise.
J'ai arrêté la pilouille sans le lui dire.
Ah.
Mais je sais qu'il sera très très heureux.
Il aurait eu peur de faire un enfant.
En fait,
le sachant,
il l'aurait pas fait.
Mais je sais qu'il sera très très heureux.
Eh ben, il a une bonne nature.
Moi, j'aurais pris ça très mal qu'on me fasse un enfant sans me demander mon avis.
Mais je te ferais remarquer.
Non, je sais,
oui.
Pendant des siècles,
il y a de pauvres filles à qui on a fait des gosses sans leur demander leur avis.
Mais c'est pas une raison suffisante.
Ah, tu trouves.
Moi je trouve ce retournement de situation très savoureux.
Enfin vous êtes d'une légèreté stupéfiante.
Il s'agit de mettre au monde un enfant.
Et alors ?
Il faut toujours que tu dramatises tout,
Isa.
Si on ouvrait une bouteille de champagne.
Ah oui !
J'y vais. Je vais sortir le bébé.
Et où est-ce que vous avez l'intention de loger ce bébé ?
Je n'y ai pas pensé.
On trouvera bien.
Je ne vois vraiment pas où vous pourrez le mettre.
On ne peut pas dire que tu n'es pas de suite dans les idées.
Non,
on ne peut pas dire ça.
Non.
Voilà Antoine.
Les oreilles de l'amour,
moi je n'ai rien entendu.
Si, j'ai entendu la portière de la voiture.
Bonsoir Antoine.
Bonsoir.
Qu'est-ce qu'on fête ?
Alors ?
Voilà,
ce qu'on fête c'est...
C'est mon cadeau de Noël.
Pour moi.
J'attends un bébé.
Hein ?
Il y a trois mois,
j'ai arrêté de prendre la pilule et voilà.
Et pourquoi t'as arrêté de prendre la pilule ?
Exprès.
Exprès ?
Exprès ?
Non mais t'es folle ou quoi ?
Tu fais un enfant sans me demander mon avis ?
Je voulais te faire la surprise.
Tu parles d'une surprise ?
Vous êtes folle dans cette maison,
vous êtes folle !
J'étais sûre que tu serais fou de joie.
Sûr !
Sûr !
Fous de joie !
Mais...
Si je veux faire un enfant,
je fais un enfant,
mais t'as pas le droit de faire un enfant !
Comme ça !
Je pensais pas que tu réagirais comme ça.
Et,
il va vivre cet enfant ?
Pas ici.
Ah bon ?
Alors je viens,
je fais un enfant et je m'en vais.
Moi si je fais un enfant,
je vais m'occuper de cet enfant.
Je demande que ça.
Oui, mais seulement moi je ne veux pas d'enfant.
Je ne suis pas prêt pour avoir des enfants,
moi je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie.
Je ne suis pas prêt à prendre des responsabilités.
Et puis,
si tu trouves que c'est le moment de faire des enfants en ce moment avec la crise...
On a déjà eu des crises.
Moi je n'en reviens pas.
Je n'en reviens pas !
Mais face à moi,
tu m'as roulé.
Tu t'en rends compte ou moi ?
Jamais.
Tu me fais beaucoup de peine.
Jamais j'aurais cru que tu réagirais comme ça.
J'étais sûre que tu serais très heureux.
Sûre.
Bon, ben tu t'es trompé.
Moi je sais pas,
moi faut que j'aille respirer.
Moi j'ai pas tant angoissé comme ça depuis des années.
Bon,
allez,
merci, merci,
le cadeau.
Où tu vas ?
Je sais pas.
Ailleurs.
Réfléchis si on peut traiter un homme comme ça.
Moi je suis pas un distributeur automatique.
Pour moi c'était une preuve d'amour,
espèce de con.
Mais si tu comprends rien,
frucas.
C'est ce que je fais.
Antoine !
Tu peux pas rouler avec ce temps !
Jamais j'aurais cru que j'agirais comme ça.
Mais beaucoup d'hommes éprouvent une sorte de panique à l'idée d'avoir la responsabilité d'un enfant.
Il faut lui laisser le temps de se faire à cette idée.
Je savais qu'il avait peur de responsabilité,
peur de la vie tout court,
mais je pensais que tout à coup il se sentirait plus fort.
Il ne m'en change pas les gens,
regarde-moi.
Est-ce qu'on peut me changer ?
Heureusement que j'ai mon âge,
mes petites dames,
parce que vraiment...
Vraiment quoi ?
J'ai déjà tout dit sur ce sujet,
je n'ai plus qu'à la boucler,
comme les autres.
Mais quels autres ?
Les autres hommes,
ma chère.
Eux et moi,
nous n'avons plus qu'à la boucler.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je savais bien que c'était pas un salaud !
Je voulais t'acheter un cadeau.
Tu entends ce qu'ils se disent ?
Non,
t'es sérieux ? C'est un store-cit dans ce pays,
tout est fermé.
Alors j'étais au drugstore,
je t'ai acheté des pantoufles.
Elles sont brodées,
tu verras.
Et puis j'ai appris du champagne.
Ils vont se demander pourquoi vous chuchotez comme ça.
Chut !
Tu m'aimes vraiment alors ?
Tu es tellement gentil.
Bonsoir.
Bonsoir.
Voilà,
comme madame a eu la gentillesse de m'annoncer que,
sans le savoir,
j'étais devenu chef de famille,
j'ai l'intention de me saouler.
Et c'est notre que je préfère,
il n'a rien dit mais il me prie,
mais il me prie,
mais j'aime bien mon amour.
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