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Original subtitles

Roulement de tambour Musique majestueuse

...

Musique légère

...

...

- Alger, cette splendide ville moderne

se réduisait à peu près à ceci en 1830.

Des maisons vétustes, comprimées comme des grains de grenade.

L'ombre de Fromentin peut revenir dans l'un de ces cafés,

la Casbah est toujours celle qu'il a décrite :

un mélange de types, de couleurs, d'odeurs et de bruits,

un fantastique lacis de ruelles tortes, d'escaliers.

Mais Alger est maintenant autre chose que l'ancienne Casbah !

La France a su ouvrir ses fenêtres.

La ville nouvelle s'est élancée vers les hauteurs,

élargissant ses artères, se musclant de somptueux monuments,

d'immeubles trop hauts et trop parisiens.

Cloche du tramway

L'indissoluble mélange de la vie occidentale et arabe

est l'un des charmes de l'Algérie.

Ils se rencontrent à Alger plus qu'ailleurs dans le pays.

Alger est comme le 1er sourire de l'Algérie.

La ville se déploie aux yeux du touriste ébloui, elle a envahi...

Musique inquiétante

...

...

Musique sombre

...

Claquement métallique

...

Grincement

...

Brouhaha

Le silence se fait.

La porte claque.

Il parle arabe.

Il parle arabe.

...

Toussotement

- Il te demande ce que tu as fait.

J'ai tué un Arabe.

Musique intrigante

...

On frappe.

...

...

- Bonjour. Monsieur Meursault ? - Oui.

Un télégramme pour vous.

- Bonne journée. - Merci.

Claquements de vaisselle

Il tapote sa cuillère puis la pose.

Écoulement d'eau

Aboiements

Cris d'hommes au loin

Aboiements

Cris d'hommes

Circulation Brouhaha au loin

...

Goutte-à-goutte

...

Circulation Léger brouhaha

...

- On frappe. - Entrez.

La porte s'ouvre.

Ah, Meursault.

Oui ?

Il soupire.

- Je suis désolé, ce n'est pas ma faute.

- De combien de jours avez-vous besoin ? - Deux.

Quel âge avait votre mère ?

Une soixantaine d'années.

Vous pouvez y aller.

Brouhaha

...

Léger brouhaha

Il souffle.

Léger brouhaha

(-Tiens.)

...

(On n'a qu'une mère.)

...

Brouhaha

...

L'enfant parle indistinctement.

- Non ! - Tu veux aller par là ?

L'enfant râle.

- Non ! - Va t'asseoir.

Non...

- Qu'est-ce qu'on va prendre ?

Mais moi, je veux la toupie !

Il veut sa toupie.

Brouhaha

...

Bon appétit, mon ami.

Brouhaha

Coups de klaxon

Brouhaha

...

Le moteur vrombit.

...

Musique lugubre

...

...

Il fait chaud, là, hein ?

...

Bêlements

... ...

Ah !

Ouh là là...

Propos indistincts

Bêlements

...

Il parle arabe.

Bêlements

...

Propos en arabe

Bêlements

Tintement

...

- Monsieur Meursault ? - Oui.

Bonjour, monsieur.

Le directeur vous attend.

- Durant ses trois ans ici, votre mère

était heureuse, non ?

Je sais que vos revenus sont modestes. Vous ne pouviez pas l'entretenir.

Oui.

Bon.

L'enterrement aura lieu à 11 h demain. Vous pourrez la veiller cette nuit.

Votre mère désirait être enterrée religieusement

ainsi qu'avoir une messe.

J'ai donc fait le nécessaire.

Merci.

- Il me faudrait juste... une petite signature ici en bas.

Discussions indistinctes

Je l'ai fait transporter dans notre morgue, pour ne pas impressionner les autres.

Chaque fois qu'il y a un mort, ils sont nerveux pendant 2-3 jours.

- Bonjour. - Bonjour.

- Il se racle la gorge. - Je vous en prie.

Porte qui s'ouvre

- Porte qui se referme - Ah !

Monsieur Meursault.

Je vais vous ouvrir le cercueil.

Vous ne voulez pas voir votre mère une dernière fois ?

Non.

Pourquoi ?

Car ça ne sert à rien.

Aiguilles qui s'entrechoquent

Porte qui claque

Stridulations Quelqu'un approche.

Grésillement

Vous voulez dîner ?

Je n'ai pas faim.

Un café ?

Ah oui, je veux bien.

Stridulations Grésillement

...

Quelqu'un approche.

Stridulations Grésillement

...

Aiguilles qui s'entrechoquent

Stridulations Grésillement

Musique sombre

...

Merci.

...

Stridulations

...

On pose des chaises.

Entrez.

Messieurs-dames.

Prenez une chaise.

Vous avez une place, là.

Quelqu'un pleure.

...

- Votre mère était sa seule amie ici. Maintenant, elle a plus personne.

...

Ronflements

Meursault souffle.

...

Ronflements

...

Il est pris d'une quinte de toux.

...

Quelqu'un approche.

Allez, on se réveille ! Vous regagnez vos chambres.

Grincement

...

Vous revoulez du café ?

Oui.

Musique mystérieuse

...

Chant d'un coq

...

...

- Bonjour. - Bonjour, mon père, ça va ?

Propos indistincts

Le prêtre prie en latin.

...

Amen.

Il souffle.

(-C'est M. Perez. C'était le fiancé de votre maman.)

(Allez-y.)

Elle chuchote.

Stridulations

...

M. Perez halète.

Il gémit.

Stridulations

...

Appel à la prière

...

Léger brouhaha

...

Cloches de l'église

...

Il souffle.

...

Il gémit.

- Ça va, M. Perez ? Appuyez-vous sur moi.

Brouhaha

M. Perez gémit.

Brouhaha

Il parle latin.

Il prie en latin.

...

- Amen. - AMEN.

- In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti.

Amen.

Léger brouhaha

...

Cri de rage

Allez, viens !

Charogne ! Saloperie de chien ! Non !

Charogne, allez, viens.

Gémissements Hein ! Tu m'emmerdes !

Allez, viens là ! Coups et hurlements

Qu'est-ce que t'as à regarder ?

Hein ?

Saloperie !

Gémissement

Porte qui claque

Il soupire.

...

...

...

...

Stridulations

Ronflements

...

(-Merci.)

...

Il ouvre le robinet. Écoulement

...

Aboiement

...

Cris de mouettes

...

Léger brouhaha

...

Bonjour.

...

Bonjour, Marie.

- Vous allez bien ? - Oui.

- Et vous ? - Ça va.

- Vous travaillez toujours chez... - Oui.

Et vous ?

Toujours dactylo.

Très bien.

Il fait chaud.

On se baigne ?

D'accord.

Léger brouhaha

...

Musique calme

...

- (-On y va ?) - Hm.

...

Léger brouhaha

...

Mmh.

Elle rit.

Vous êtes en deuil ?

Maman est morte.

- Je l'ai enterrée hier. - Je suis désolée.

Vous voulez aller au cinéma ?

Oui.

Pourquoi pas.

- Bonjour. - Deux places.

*Actualités

*...

*-Eh bien alors, je commence, voilà.

*La crainte...

*Toussotement

Rires

*Tout condamné à mort

*aura la tête tranchée. Rires

...

*-La pitié. *-Tout condamné à mort

*aura la tête...

*tranchée.

Rires

*Propos indistincts

*-Affirmatif.

*-Tout condamné à mort aura la tête tranchée.

*N'est-ce pas ?

*-Et... pensif !

*-Pensif.

*Tout condamné à mort...

*tranchée.

Rires *-Comique !

...

*-Tout con... *Fernandel toussote.

*Il rit. Rires dans la salle

...

Coup de klaxon

Musique douce

...

...

Chant des oiseaux

Il soupire.

Chant des oiseaux

...

Il soupire.

Chant des oiseaux

...

Il gémit.

Chant des oiseaux

...

Cloches d'église Aboiements

... ...

Salamano crie au loin.

... ...

Grésillement

...

Coups de klaxon

Brouhaha au loin

...

- C'est pas ouvert. Lève-toi, dégage !

Lève-toi, c'est tout.

- Dégage ! - Mais pourquoi ?

- Je t'ai dit de t'en aller ! Allez, va-t'en.

Cris de mouettes

...

Musique sombre

...

...

Vrombissement de moteur

Viens !

...

Brouhaha

Bon appétit.

...

Ça va, ça a pas été trop dur ?

Non.

- Tant mieux. Bonjour. - Bonjour.

- Tiens. - Merci.

Il soupire.

Musique sombre

...

Brouhaha

... ...

Dispute indistincte

... ...

- Bandes de sales crouilles ! Putain, mon costume.

...

Fait chier !

Putain ! Oh Meursault, comment ça va ?

...

J'ai du vin et du boudin, ça te dit ?

Allez, viens.

Nourriture qui grésille Aboiements au loin

...

Et voilà, du bon boudin.

Soupir

Tu vois l'Arabe de tout à l'heure ? C'était le frère à Djemila.

Et il m'en veut car c'est ma poule.

Je l'entretiens, cette garce. Je paye tout.

Si elle travaillait une demi-journée, moi, ça m'arrangerait.

Mais elle veut pas, elle dit qu'elle n'y arrive pas.

Soupir Je lui donne 20 francs par jour.

Je lui paye ses bas, son loyer,

et elle boit le café avec ses copines tout l'après-midi.

Là, j'ai su qu'il y avait tromperie.

Je l'ai tapée,

et elle en a parlé à son frère.

Je lui ai dit toutes ses vérités :

son seul but,

à elle, c'était s'amuser avec sa chose.

Mmh.

Qu'est-ce tu penses de mon affaire ?

Je ne sais pas.

Tu penses qu'il y a tromperie ?

On peut jamais savoir.

Bon, bref, moi, mon idée,

ça serait de lui écrire une lettre.

Comme ça, elle revient, je couche avec elle,

et je la fous dehors.

Tu pourrais m'aider, toi.

Musique lugubre

Comment ça ?

Bah pour écrire la lettre.

...

Djemila. Djemila Hamdani.

...

T'as une belle écriture.

...

Je savais que tu connaissais la vie, mais pas comme ça.

Maintenant, t'es un vrai copain ! Il rit.

...

Ah oui, t'es un vrai copain.

Faut pas te laisser aller, mon vieux.

J'ai su pour ta mère. C'est triste, mais c'est comme ça.

C'est la vie.

...

Petits grognements

Entre hommes, on se comprend toujours.

Marmonnement

Aboiements

...

Cris de rage Gémissement

...

Aboiement

Musique sérieuse

...

...

Elle le sermonne en arabe.

...

...

Soupirs

...

...

Appel à la prière

...

Aboiements Cris de rage

...

- (-C'est quoi ?) - Ça doit être Salamano,

un voisin.

Il a un chien, il le tape et lui crie dessus.

(-Pauvre bête.)

Comme un vieux couple.

Je vais faire des courses.

Je reviens.

Nourriture qui grésille

...

Tu m'aimes ?

...

Ça veut rien dire.

Bah... si.

...

Il me semble que non.

...

Cris de rage au loin

...

C'est encore ton voisin et son chien ?

...

Non, ça doit être Raymond.

Cris indistincts

- Que se passe-t-il ? - Ça vient d'ici.

...

Faut faire quelque chose.

- On peut appeler un agent ? - Y en a un qui arrive.

Par ici, monsieur l'agent !

Alors quoi, c'est où ?

Une femme crie.

- Il frappe. - Police !

Ouvrez !

Ouais, ouais...

- Tu sors ! Dépêche-toi !

- Allez... - Bon, alors ?

Il m'a frappée.

- Il m'a frappée. - C'est faux.

- Ton nom ? - Raymond Sintès.

- Enlève ta cigarette. - Je la termine.

Exclamations

Ah, ouais.

Ouais... Je peux ramasser le mégot quand même ?

Tu sauras qu'un agent,

- c'est pas un guignol, compris ? - Oui.

Il m'a tapée.

- C'est un maquereau. - Dire à un homme

- que c'est un maquereau, c'est légal ? - Ta gueule.

- Tu vas voir, salope. - Ça suffit.

Sintès, t'attends d'être convoqué

au commissariat. Et toi, tu dégages !

Disparais avant que je te convoque !

Murmures

Arrête de picoler, tu t'es vu ? Tu devrais avoir honte.

Allez, rentre chez toi, toi !

Tout le monde s'en va, là !

Oh ! On se dépêche là, oh !

Brouhaha

...

Tu la connais, cette femme ?

Non.

C'est une prostituée ?

- Je sais pas, c'est sa maîtresse.

Ça ne t'a pas dérangé ?

Quoi ?

Qu'il la frappe.

C'est leurs affaires.

(-Je vais y aller.)

La porte s'ouvre.

La porte claque.

On frappe.

Je te dérange ?

- Non. - Oh, c'est bien.

Je l'ai punie, elle a eu les coups qu'elle mérite.

Et l'agent, moi, je m'en fous.

Je sais comment m'y prendre avec eux.

Tu t'attendais

à ce que je le tape ? Tu dis rien.

Je m'attendais à rien.

J'aime pas les agents.

- C'est normal, c'est tous des manches à merde.

Bon, on sort, je t'offre un verre. Il gémit.

...

Léger brouhaha

Tiens, tu pourrais me servir de témoin ?

Comment ça ?

- Pour me défendre au commissariat. - Je saurais pas quoi dire.

- Tu dis que cette garce m'a manqué de respect.

- Et c'est tout ? - Oui, c'est tout.

D'accord.

- Après, on va au bordel. C'est moi qui rince.

- Merci, mais je n'aime pas ça. - T'as raison.

Elle était mignonne, la petite chez toi.

- Comment elle s'appelle ? - Marie.

Marie. C'est joli ça, Marie.

Propos indistincts

Tu sais, j'aime bien les blondes. Viens 5 minutes.

5 minutes ! Allez, merde.

Fait chier, ces pucelles.

- Salamano, qu'est-ce qu'il se passe ? - Pourriture !

Où est votre chien ?

- Il était avec moi au Champ de Manœuvres,

je me suis arrêté pour regarder "Le Roi de l'évasion" et il a disparu !

C'est pas grave, il va revenir.

Je devais changer son collier,

mais jamais j'aurais cru qu'il puisse partir comme ça.

Allez à la fourrière.

Payez et ils vous le rendront.

Combien ?

Combien ça va me coûter ?

Je ne sais pas.

Payer pour cette charogne, hein ?

Peut bien crever !

- D'accord... Bon allez, à la revoyure.

Quelqu'un approche.

...

On frappe.

Oui ?

- Ils vont pas me le prendre, monsieur Meursault ?

Ils vont me le rendre ?

Sinon qu'est-ce que je vais devenir ?

La fourrière garde les chiens 3 jours.

Après...

je ne sais pas. Il soupire.

Bonsoir, M. Salamano.

Il pleure.

...

Musique sérieuse

...

Le téléphone sonne.

...

Allô ?

*Propos indistincts

Meursault. C'est pour toi.

...

Allô ?

- Ouais, c'est Raymond, ça va ? *-Euh, oui...

Je voulais juste te dire...

*-Quoi ?

- Des Arabes m'ont suivi toute la journée.

*Et y avait encore le frère à Djemila donc si tu le vois, tu me préviens.

D'accord.

- Sinon, ça te dit d'emmener ta petite à la plage ? Un ami a un cabanon.

*-Oui.

Je vais lui en parler.

Meursault.

- Venez dans mon bureau. - Oui, monsieur.

Je dois te laisser.

Allez.

Léger brouhaha

...

Je compte installer un bureau à Paris.

Pour traiter nos affaires avec les grandes compagnies.

Ça vous intéresse ?

Vous êtes jeune, ça pourrait vous plaire.

Vivre à Paris, voyager une partie de l'année.

Oui.

Je ne sais pas.

- Un changement de vie ne vous intéresse pas ?

- Changer de vie, je ne crois pas ça possible.

Et puis, toutes les vies se valent.

Ici, la vie ne me déplaît pas.

Votre manque d'ambition,

il n'y a rien de pire dans les affaires.

Vous pouvez disposer.

- Et il t'a proposé d'y travailler ? - Ouais.

J'aimerais voir Paris, c'est comment ?

Sale.

Les murs sont noirs, y a des pigeons partout,

les gens ont la peau blanche.

Oh...

Petit rire

- T'aimerais pas qu'on se marie ? - Ça m'est égal.

Si tu veux.

Donc tu m'aimes ?

- Je te l'ai déjà dit, ça veut rien dire.

Pourquoi m'épouser alors ?

Car ça n'a aucune importance.

Si tu le désires, marions-nous.

- Le mariage, c'est une chose sérieuse.

Non.

Je crois pas.

Le bébé pleure.

... Musique mélancolique

... ...

- Tu aurais accepté la même proposition d'une autre femme ?

Naturellement.

...

Moi aussi,

je me demande parfois si je t'aime.

...

T'es bizarre, pas comme les autres.

Tu dis tout ce que tu penses.

C'est normal.

Je sais pas.

Des fois, ça peut faire mal.

Ça doit être pour ça que tu me plais.

Peut-être qu'un jour tu me dégoûteras.

Mais je veux me marier avec toi.

D'accord.

Appel à la prière

...

- Je reviens de la fourrière, mon chien n'y est pas.

Les employés m'ont dit qu'il a dû être écrasé.

Vous voulez entrer ?

Salamano réfléchit.

(-Oui.) Il gémit.

Je me suis marié tard.

J'ai jamais été heureux avec ma femme, mais je m'étais habitué.

Quand elle est morte,

je me suis senti très seul.

Alors, un camarade d'atelier m'a donné un chiot.

Je l'ai nourri au biberon.

Un chien, ça vit moins longtemps. On a fini par être vieux en même temps.

Il avait un sale caractère,

on avait des prises de bec,

mais c'était un bon chien...

- Il était d'une belle race. Salamano explose de rire.

- C'est le poil qu'il avait de plus beau.

Et vous l'avez pas connu avant sa maladie.

Tous les jours, je lui mettais de la pommade.

Mais sa vraie maladie,

c'était la vieillesse.

Ça, on n'en guérit pas.

Votre pauvre mère,

elle aimait beaucoup mon chien.

Vous devez être bien malheureux depuis sa mort.

J'espère que les chiens vont pas aboyer cette nuit.

Je crois toujours que c'est le mien.

Ronflements Meursault souffle.

...

Ronflements

...

...

Couinements

...

Musique sombre

...

Circulation Léger brouhaha

...

On y va ?

Sintès va arriver.

On doit l'attendre ?

...

- Madame, je vous tire ma révérence.

Ça va bien ?

Ça va, Meursault ? Prêt pour la baignade ?

Qu'est-ce qu'il veut, lui ?

- Que se passe-t-il ? - Des Arabes en veulent à Sintès.

- Pourquoi ? - Oh... des bêtises, mademoiselle.

Bon, allez, on va rater l'autobus.

Musique menaçante

...

Ils parlent arabe.

...

Allez, allez, allez.

...

Coup de klaxon

...

La musique devient plus douce.

...

Hé, Masson !

- Raymond ! - Ça regarde quoi ?

Masson rit.

Ça me fait plaisir.

Je fais les présentations.

Meursault, Marie. Marie, Meursault, Masson.

Musique sombre

...

Elle est épatante, non ?

Oui, elle est mignonne.

Du gâchis.

Masson rit.

...

...

Il souffle.

Tu m'as pas embrassée, aujourd'hui.

Marie rit.

T'es plein de sable !

Viens te rincer.

Elle rit.

Viens !

Allez !

À la tienne, mon Raymond.

Ça fait plaisir que vous soyez là.

Voilà le pain.

Bon appétit !

Comment il est, ce poisson ?

- C'est délicieux. - Ah, j'avais faim !

- Ah ! Il me plaît, ce petit, hein ! Rires

C'était très bon.

- Vous savez quelle heure il est ? - Non.

- Onze heures et demie. - Si tôt ?

- L'heure du déjeuner, c'est quand on a faim, non ?

C'est vrai.

Bon, allez.

- Après le déjeuner, elle fait la sieste. Moi, je marche.

Bon allez, on va se promener ! Sintès souffle.

- Allez ! - Allez.

Il grogne.

Allez, debout, Meursault !

- Et merde... - Quoi ?

- Hé, Meursault, tu le reconnais, lui ?

- C'est qui ? - Le frère à Djemila, il me suit partout.

Musique sombre

Masson, si y a bagarre, tu prends celui avec le béret.

Je prends celui en bleu. Si y en a un 3e, il est pour toi.

Allez !

...

Alors, joli cœur, j'ai des beaux yeux, mais quand même...

Grognement

Espèce de merde ! Meursault, regarde ce que je lui fais !

Attention !

Putain !

Il m'a coupé !

- Saloperie, il m'a coupé. - Raymond, ça va ?

Raymond gémit.

Bordel de Dieu.

- Qu'est ce qui s'est passé ? - Rien.

- Mais tu saignes ! - Non !

Y a un docteur

qui vient le dimanche.

- Dépêche-toi ! Mais oui...

C'était qui ?

Les Arabes de tout à l'heure.

Ils nous ont suivis ?

Sûrement.

- Que veulent-ils ? - Je sais pas.

T'as pas eu peur ?

Non, pas vraiment.

Je veux partir.

Marie.

Musique dramatique

...

Alors ?

Bon, le docteur a dit que c'était rien.

J'y retourne.

- Où ça ? - Je vais me promener.

- Arrête, Raymond ! - Fais pas chier.

On t'accompagne.

- Hé ! Allez vous faire foutre, voilà.

Tu fais quoi ?

- J'y vais. - T'es sûr ?

Musique sombre

...

Ils sont encore là.

Il parle arabe.

...

Je fais quoi,

- je le descends ? - Non.

- Quoi, non ? - Pas s'il sort pas son couteau.

...

- Non. Prends-le d'homme à homme et donne-moi ton revolver.

- S'il sort son couteau, je le descends. - Ouais, bon,

tiens.

- Ah bah voilà, un pétard et y a plus personne, hein ?

...

Bon, on se casse.

...

Oh, Raymond... ça va ?

- Oui, y a pas besoin de s'affoler comme ça !

À force de voir le mal partout, on l'attire.

Moi, j'ai envie de m'en aller.

Vous voulez boire quelque chose ?

Musique dramatique

...

...

...

Coups de feu

...

C'est alors que tout a vacillé.

La mer a charrié un souffle épais et ardent.

Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue

pour laisser pleuvoir du feu.

Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver.

La gâchette a cédé,

j'ai touché le ventre poli de la crosse, et c'est là,

dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé.

J'ai secoué la sueur et le soleil.

J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour,

le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux.

Alors, j'ai tiré encore 4 fois sur un corps inerte

où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût.

Et c'était comme quatre coups brefs

que je frappais sur la porte du malheur.

Musique sombre

... Ronflements

... ...

La porte s'ouvre.

Chant d'oiseaux

Allez, on t'emmène.

...

Il souffle.

Chant d'oiseaux

Meursault souffle.

Chant d'oiseaux

La porte se referme.

Cris de prisonniers

...

- Je peux avoir une cigarette ? - Non.

...

Cris de mouettes

...

La porte s'ouvre.

- Bonjour, je suis votre avocat nommé d'office.

Vous ne souhaitiez pas d'avocat, mais...

tout homme mérite d'être défendu.

C'est la loi.

Des renseignements ont été pris sur votre vie privée.

On sait que votre mère est morte

à l'asile.

Les instructeurs ont écrit que...

"vous aviez fait preuve d'insensibilité" lors de l'enterrement.

C'est vrai ?

Ça me gêne, mais c'est très important.

Ça peut être un argument de l'accusation assez lourd.

Avez-vous été peiné,

ce jour-là ?

J'ai perdu l'habitude de m'interroger.

Mais vous aimiez votre mère ?

Sans doute, comme tout le monde.

Mais on a tous souhaité la mort d'un proche.

Vous ne devez pas dire ça à l'audience,

ni devant le magistrat instructeur.

- Lorsque j'ai enterré maman, j'étais très fatigué,

j'avais sommeil,

je me suis pas rendu compte de ce qui se passait.

Et évidemment, j'aurais préféré qu'elle ne meure pas.

- Est-ce que vous pourriez dire à l'audience

que ce jour-là, vous avez dominé vos sentiments naturels ?

Vos émotions ?

Non.

Parce que c'est faux.

- Je vous préviens, le personnel de l'asile va témoigner.

Ça peut vous jouer un sale tour.

- Je ne vois pas quel rapport ça a avec mon affaire.

- Écoutez, vous n'êtes ni le premier, ni le dernier à tuer un Arabe.

C'est pas ce qu'on vous reprochera.

Alors faites-moi confiance,

je connais la justice française.

Meursault !

T'as une visite.

La porte s'ouvre.

Brouhaha au loin

...

Discussions mêlées, en arabe et en français

...

Je suis là !

...

Je suis là.

...

- J'ai vu l'avocat hier ! - Alors ?

T'as tout ce que tu veux ?

Oui, tout.

Raymond et Céleste te saluent.

Merci.

- J'ai repris le travail. - Jeanne, elle a pas voulu le prendre !

J'ai dit que tu le récupérerais en sortant !

Il va bien ?

- Il va très bien ! - Faut garder espoir !

Quand tu sortiras, on se mariera.

Tu crois ?

Oui.

Tu vas être acquitté.

On pourra se baigner à nouveau, nager ensemble.

Fais attention, je t'aime !

T'as rien d'autre à me dire ?

- Coups sur les barreaux - C'est fini, on sort !

Je ne sais pas.

Au revoir, maman.

- Coups sur les barreaux - Allez, on se dépêche !

Tu fais quoi de tes journées ?

- Mettez-vous en rang ! Avancez !

Je tue le temps.

J'ai lu un article

sur un vieux journal,

un fait divers.

Oui ?

- Sur un homme en Tchécoslovaquie.

Allez, allez !

Il était parti pour faire fortune.

Au bout de 25 ans, il était devenu riche, marié et père.

Alors il est revenu dans son village.

Sa mère tenait un hôtel avec sa sœur, il a voulu leur faire une surprise.

Musique sombre

Mais elles l'ont pas reconnu.

Pour jouer, il a pris une chambre

et il a montré son argent.

...

La nuit, la mère et la sœur sont montées dans la chambre.

Et pour le voler, elles l'ont tué à coups de marteau.

Puis elles l'ont jeté dans la rivière.

C'est vraiment arrivé ?

Oui.

...

Le lendemain, quand elles ont compris qui elles avaient tué,

la mère s'est pendue,

et la fille s'est jetée dans un puits.

C'est horrible !

- Il l'a mérité. - Pourquoi tu dis ça ?

Il ne faut jamais jouer.

- Jouer ? - Oui.

Pourquoi mentir ?

Musique sombre

...

Elle la réconforte en arabe.

(-Merci.)

...

... Léger brouhaha

... ...

...

Aujourd'hui, je suis retournée aux bains.

J'ai nagé jusqu'à la bouée,

je me suis allongée au soleil,

j'ai fermé les yeux et...

j'ai senti ta tête posée sur mon ventre.

...

Quand j'ai rouvert les yeux, tu n'étais pas là.

...

Pourquoi as-tu tué cet homme ?

...

Pourquoi avoir brisé ce bonheur qui nous attendait ?

...

La porte s'ouvre.

Tes mains.

Pas à l'étage

...

C'est la cour qui s'installe.

Tu veux une cigarette ?

T'as le trac ?

Non.

Je suis curieux, j'ai jamais vu de procès.

Tu vas voir,

ça fatigue vite !

Il souffle.

Sonnerie

...

Léger brouhaha

La sonnerie s'arrête.

Léger brouhaha

...

Une porte s'ouvre.

Léger brouhaha

Le silence se fait.

La cour !

L'audience est ouverte.

Avant de commencer, je demande au public de rester calme.

Au moindre incident, j'évacuerai la salle.

Nous allons commencer par l'interrogatoire

de M. Meursault.

Accusé, levez-vous, je vous prie.

On vous décrit comme une personne taciturne

et renfermée.

Qu'en pensez-vous ?

- Je n'ai jamais grand-chose à dire, alors je me tais.

C'est la meilleure des raisons.

D'ailleurs, peu importe, ce qui nous intéresse,

c'est vous.

Il y a des choses qui nous échappent et vous devez nous aider

à les comprendre.

Tout d'abord, regrettez-vous votre acte ?

J'éprouve plutôt un certain ennui.

Protestations

Tintement

Silence !

Le silence se fait.

Le jour du drame, vous avez bien tiré 5 coups de revolver à la suite ?

J'ai tiré une fois

et après quelques secondes, 4 autres coups.

- Pourquoi avez-vous attendu entre le 1er et le 2e coup de feu ?

Et pourquoi avez-vous tiré sur un corps... à terre ?

Monsieur Meursault ?

- M. le Président, mon client est exténué et avec cette chaleur...

Bon, soit.

Soit, soit.

M. le procureur,

des questions ?

- Oui, avec votre autorisation, j'aimerais demander à M. Meursault,

quand il est retourné sur la plage près de la source,

c'était bien avec l'intention de tuer la victime ?

Non.

- Alors, pourquoi étiez-vous armé d'un revolver ?

Et pourquoi revenir vers cet endroit précisément ?

- C'était le hasard. Protestations

Le hasard ?

C'était ce hasard qui vous a poussé à tirer sur un indigène ?

Oui.

Et à 5 reprises ?

Oui.

- Merci, M. le Président. Protestations

...

Tintement

...

- Silence, s'il vous plaît ! Silence !

- Mme Meursault se plaignait de son fils ?

- Oui, mais tous les pensionnaires se plaignent.

- Elle lui reprochait de l'avoir placée ? - Oui.

- Et qu'avez-vous remarqué dans l'attitude de M. Meursault

le jour de l'enterrement ?

Il était... très calme.

Calme ?

Oui, ça m'a surpris.

Il n'a pas voulu voir le corps de sa mère, il n'a pas pleuré

et il est reparti sans se recueillir sur sa tombe.

Exclamations

M. Meursault a bu

du café au lait,

il a dormi, fumé...

- Mais vous avez fumé avec lui, n'est-ce pas ?

Qui est le criminel ici ?

Et pourquoi salir les témoins de l'accusation ?

Répondez à la question.

- Je sais que j'ai eu tort, mais je n'ai pas osé refuser sa cigarette.

Monsieur Meursault, c'est exact ?

- Oui, je lui ai offert une cigarette.

- Mais... c'est moi qui lui ai offert le café au lait.

- Rires - Merci.

Messieurs les jurés apprécieront.

- Je connaissais surtout madame Meursault.

J'ai rencontré son fils qu'une fois,

le jour de l'enterrement.

- Et qu'a-t-il fait ce jour-là ?

- Euh... Je ne me souviens plus très bien.

J'avais trop de peine et puis...

je me suis évanoui.

J'ai pas vu ce qu'il faisait...

- Avez-vous vu M. Meursault pleurer ?

Non.

- Mais l'avez-vous vu qui ne pleurait pas ?

Non.

Voilà l'image de ce procès.

Tout est vrai et rien n'est vrai !

Éclats de rire

- M. Meursault était un de vos clients ? - Oui.

Mais c'était surtout un ami.

Un homme bien.

Il ne parlait pas pour ne rien dire.

Il payait sa pension ?

Oui, c'étaient des détails entre nous.

- Et que pensez-vous de son crime ?

- Pour moi, c'est un malheur, M. le Président.

Vous pouvez préciser ?

- Un vrai malheur. - Je vous remercie.

- Un malheur, ça vous laisse sans défense.

- Oui, c'est entendu. Nous sommes justement là pour juger ces malheurs.

Je vous remercie.

Prochain témoin !

- Vous connaissiez la mère de M. Meursault ? - Oui.

C'était ma voisine.

Mais...

ils n'avaient plus rien à se dire.

La pauvre vieille ne parlait plus du tout.

C'est pour ça qu'il l'a placée.

Faut comprendre.

Très bien.

- Je voudrais ajouter quelque chose. - Oui.

- M. Meursault a toujours été très gentil avec mon chien.

Éclats de rire

- Est-ce que vous diriez, M. Salamano, que M. Meursault...

était plus gentil avec votre chien qu'avec sa mère ?

Exclamations outrées

...

Mmh...

Merci, monsieur Salamano.

Prochain témoin.

Mademoiselle Cardona !

Musique sérieuse

...

- Bonjour, mademoiselle. - Bonjour.

- Depuis quand connaissez-vous M. Meursault ?

Nous nous sommes connus

il y a environ 3 ans,

mais nous nous étions perdus de vue.

- Quels étaient vos rapports avec l'accusé ?

Je suis son amie.

Nous devions nous marier.

- De quand exactement date votre liaison ?

C'était il y a un an.

L'été dernier.

- Au lendemain de la mort de madame Meursault, non ?

- Oui, peut-être.

- Et pouvez-vous nous raconter votre rencontre ?

Je ne me souviens plus

des détails.

- Peu importe les détails, on veut les faits.

- Nous nous sommes revus aux bains,

nous avons nagé ensemble,

puis nous sommes allés au cinéma,

puis...

Oui ?

Toussotement lointain

- Nous sommes allés chez lui. Exclamations

Chez lui ?

Oui.

Suite à vos déclarations,

j'ai consulté les programmes de cette date.

Vous vous souvenez du film que vous avez vu ?

- C'était un film avec Fernandel, je crois.

- Messieurs les jurés, le lendemain de la mort de sa mère,

cet homme prenait des bains,

commençait une liaison irrégulière,

et allait rire devant un film de Fernandel...

Le Schpountz !

Éclats de rire

- Tout est dit ! - Mais non.

Ce n'est pas ça, il y a autre chose !

On me force à dire le contraire de ce que je pense.

Alors dites-nous

ce que vous pensez,

mademoiselle Cardona.

C'était un accident.

Un malentendu.

Un accident ou un malentendu ?

Faut le croire.

C'était pas volontaire.

Il ne ment pas.

Jamais.

Je vous remercie.

- Dernier témoin. - M. Raymond Sintès !

- M. le Président, Meursault est innocent.

Rires

On ne demande pas votre avis.

- (-Je le dis quand même.) - Juste les faits.

Quelle était la nature de vos relations avec la victime ?

- La victime ne m'aimait guère car il m'est arrivé de gifler sa sœur.

- La victime avait des raisons de haïr M. Meursault ?

Non, c'est un hasard,

- leur rencontre sur la plage. - Mais c'est M. Meursault

qui a écrit la lettre à l'origine de ce drame ?

Oui, mais c'était un hasard.

Encore lui ! Mmh.

Le même hasard, j'imagine,

quand vous giflez votre maîtresse et qu'il n'intervient pas.

Oui, exactement.

- Et quand il vous sert de témoin avec de fausses déclarations.

- C'est ça. - Quels sont

vos moyens d'existence, M. Sintès ?

Je suis magasinier.

- Il rit. - Vraiment ?

- Oui, vraiment. - Messieurs les jurés,

il est de notoriété publique que M. Raymond Sintès,

témoin de la défense,

exerce le métier de souteneur.

Et que la sœur de la victime

était une prostituée indigène

qu'il forçait à travailler dans un bordel.

- Exclamations - Foutaises. Foutaises.

- Et l'accusé, M. Meursault, était son complice

dans un drame crapuleux de la pire espèce.

- Il commence à me gonfler. Ce sont des foutaises !

- Monsieur le procureur, continuez. - J'ai peu de choses à ajouter.

Ah, si ! Euh...

L'accusé... était-il votre ami ?

Oui, c'était...

Enfin, c'est mon copain.

- Et vous, M. Meursault, diriez-vous qu'il était votre ami ?

Oui.

- Il a donc tué un indigène pour des raisons futiles,

pour aider son copain, au lendemain de la mort de sa mère.

Mais M. Meursault

est-il accusé d'avoir tué un Arabe ou d'avoir enterré sa mère ?

Il y a entre ces deux états de fait

une relation profonde, pathétique, essentielle.

Et j'accuse cet homme

d'avoir enterré une mère avec un cœur de criminel.

Exclamations

- Tintement - La séance est levée.

Les débats reprendront demain.

Je suis désolée pour votre frère.

- Mon frère, tout le monde s'en fout.

C'est un Arabe.

Y a que votre Français qui compte avec sa mère.

Il devrait rentrer chez lui.

Chez lui, c'est ici.

Djemila rit.

Musique sombre

...

Djemila pleure.

...

... Léger brouhaha

... ...

...

... Appel à la prière

... ...

...

Allez, viens.

Allez, avance.

Messieurs les jurés,

je ferai devant vous la preuve de la préméditation du crime

et je la ferai doublement.

Sous l'aveuglante clarté des faits, tel que déjà constatée,

mais aussi sous l'éclairage sombre

que me fournira la psychologie de cette âme criminelle.

En effet,

cet homme... a tué en pleine connaissance de cause.

J'insiste là-dessus car il ne s'agit pas d'un assassinat ordinaire,

d'un acte irréfléchi que vous pourriez estimer atténué par les circonstances.

Cet homme... Cet homme, messieurs, cet homme

est intelligent.

Il sait répondre.

Il connaît la valeur des mots.

Et il n'a pas agi sans réaliser ce qu'il faisait.

D'ailleurs, a-t-il exprimé des regrets ?

Jamais, messieurs.

Jamais.

Pas une fois au cours de l'instruction, cet homme

n'a paru ému de son abominable forfait.

Je me suis pourtant penché sur l'âme de l'accusé,

mais je n'ai rien trouvé.

En vérité, il n'en a point.

Aucun des principes moraux des hommes

ne lui est accessible.

Car voilà devant nous

un homme qui tue moralement sa mère

et se retranche de la société

dont il méconnaît les règles les plus essentielles

et dont il ignore les réactions élémentaires

du cœur humain.

Et l'horreur que m'inspire son crime le cède presque à celle que je ressens

devant son insensibilité.

Jamais je n'ai senti

ce pénible devoir

compensé, éclairé, balancé

par la conscience d'un commandement impérieux et sacré

et par l'horreur que je ressens devant un visage

où je ne lis rien que de monstrueux.

Je vous demande donc simplement la tête de cet homme.

Murmures de surprise

M. Meursault ?

M. Meursault ?

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Monsieur le Président, je n'avais pas l'intention de tuer l'Arabe.

Murmures

- Mais cet Arabe vous menaçait bien avec son arme ?

- Je ne sais pas. Murmures

- J'ai du mal à saisir votre système de défense,

et il serait bienvenu de nous préciser les motifs

qui ont inspiré votre acte.

Il souffle.

C'est à cause du soleil.

Protestations

...

Tintement

Silence, s'il vous plaît !

- La parole est à la défense. - Asseyez-vous.

Monsieur le Président,

messieurs les jurés,

moi aussi, je me suis penché sur l'âme de monsieur Meursault,

mais contrairement à l'éminent représentant du ministère public,

j'y ai trouvé quelque chose

et j'y ai lu à livre ouvert :

un honnête homme,

de condition modeste,

un travailleur régulier,

infatigable,

un fils modèle

qui a soutenu sa mère aussi longtemps qu'il l'a pu.

Espérant qu'une maison de retraite

offrirait à la vieille femme tout le confort

que ses moyens ne lui permettaient pas de lui procurer.

Mais...

je m'étonne, messieurs,

que l'on ait mené si grand bruit autour de cet asile.

Car enfin, s'il fallait donner la preuve

de l'utilité de la grandeur de ces institutions,

il faut bien dire que c'est l'État lui-même qui les subventionne.

Alors, oui...

il est vrai,

j'ai tué.

Exclamations

Oui, j'ai tué un indigène,

- certes considéré... - Pourquoi il dit "je" ?

Souvent, les avocats font ça.

Mais ce fut un geste de pur réflexe,

dans un moment d'égarement,

sous un soleil de plomb,

dans une chaleur accablante,

face à la menace mortelle

d'un Arabe qui tenait une arme,

ce couteau même

qui avait déjà blessé M. Sintès,

mon ami.

Battement

L'avocat devient inaudible.

Battement

...

... être coupable !

Mais si on lui reproche

de n'éprouver aucune émotion,

c'est son droit,

c'est sa liberté.

Au nom de quoi la société devrait punir

un homme

pour une absence de larmes ?

Porte

Bon, tout va bien se passer. Quelques années en prison

ou au bagne.

Je n'ai pas déposé de conclusions pour ne pas indisposer le jury.

Puis de toute façon, il y a le pourvoi. Mais l'issue sera favorable.

Sonnerie

Faites entrer l'accusé !

Léger brouhaha

...

Après les délibérations,

l'accusé est reconnu coupable de meurtre avec préméditation.

Le jury n'ayant pas retenu de circonstances atténuantes,

M. Meursault aura la tête tranchée sur la place publique.

Cris de joie

Tintement

Silence !

Silence, s'il vous plaît !

Musique lugubre

M. Meursault,

avez-vous quelque chose à ajouter ?

...

- Non. - Gendarmes, emmenez l'accusé.

L'audience est levée. Acclamations

... ...

...

Souffle du vent

...

Soupir

...

Souffle du vent

...

Un jour, à Alger,

ton père s'est levé à l'aube pour voir l'exécution d'un assassin.

Il était malade à l'idée d'y aller.

Mais il l'a fait.

Quand il est rentré à la maison,

il a vomi toute la matinée.

Souffle du vent

...

Le couperet tombe.

Quelqu'un approche.

- Claquement métallique - Meursault !

L'aumônier est là,

tu veux le voir ?

Non.

Musique sombre

...

Il souffle.

...

Il souffle.

...

Il souffle.

Une porte s'ouvre.

Musique calme

...

Je t'ai manqué ?

Comment savoir ?

...

Maintenant que nos corps sont séparés, plus rien ne nous lie.

Je m'étais fait une raison.

Je te pensais fatiguée d'être la femme d'un condamné à mort.

Ou bien que tu étais malade,

morte.

Tu ne t'ennuies pas trop ?

Non.

Hier, j'ai repensé à ma chambre.

Aux meubles,

à leur place,

et puis à chaque objet qui s'y trouvait.

J'essaie à chaque fois de ne pas perdre le fil de mon inventaire.

Ça prend des heures.

Je crois qu'un homme

qui n'aurait vécu qu'une seule journée

pourrait sans peine vivre 100 ans en prison.

Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s'ennuyer.

Tu sais, Marie,

je comprendrais que tu m'oublies après ma mort.

Que tu aimes d'autres hommes.

Si toi aussi tu étais morte, tu ne m'intéresserais plus.

C'est normal.

(-Mais tu ne vas pas mourir.)

- Si mon pourvoi est rejeté, je mourrai.

Puis mourir à 30 ans ou à 70 ans, quelle importance ?

Dans les deux cas, d'autres hommes

et d'autres femmes viendront et vivront après moi,

pendant des milliers d'années.

(-Et si tu es gracié ?)

La porte s'ouvre.

La porte se referme.

N'ayez pas peur.

C'est une visite amicale.

Vous savez pour mon pourvoi ?

Non,

je ne sais rien.

- Pourquoi avez-vous refusé mes visites ? - Je ne crois pas en Dieu.

- En êtes-vous certain ?

C'est une question sans importance.

Vraiment ?

Je ne suis pas sûr de ce qui m'intéresse,

mais je suis sûr de ce qui ne m'intéresse pas.

Et ce dont vous parlez, ça ne m'intéresse pas.

Vous parlez par excès de désespoir.

Je suis pas désespéré.

J'ai seulement peur, c'est normal.

Alors Dieu vous aidera.

Tous ceux dans votre cas se retournent vers lui.

Et c'est leur choix.

Moi, je ne veux pas qu'on m'aide.

- Je ne parle pas ainsi car vous êtes condamné à mort, nous le sommes tous.

Ce n'est pas une consolation.

Certes.

Mais si ce n'est pas aujourd'hui, vous mourrez plus tard.

La même question se posera.

Comment aborderez-vous votre dernière heure ?

- Exactement comme je l'aborde aujourd'hui.

- N'avez-vous donc aucun espoir ?

Et vivez-vous avec la pensée que vous allez mourir tout entier ?

Corps et âme ?

Oui.

Je vous plains.

Meursault inspire.

J'ai la certitude que votre pourvoi va être accepté.

Mais vous portez le poids d'un péché dont il faut vous débarrasser.

(La justice des hommes n'est rien,)

(la justice de Dieu... est tout.)

C'est la première qui m'a condamné.

- Oui, mais elle n'a pas pour autant lavé votre péché.

Je ne sais pas ce qu'est un péché.

On m'a juste appris que j'étais un coupable.

Alors je paye.

Je paye, mais il ne faut rien me demander de plus.

Vous vous trompez, mon fils.

Meursault souffle.

On pourrait vous demander plus.

- On vous le demandera peut-être. - Quoi donc ?

On pourrait vous demander de voir...

De voir quoi ?

Quand je vois ces murs...

Musique sombre

... toutes ces pierres

qui suent la douleur...

...

je n'ai jamais pu les regarder sans angoisse.

...

Mais au fond de mon cœur, je sais

que même les plus misérables d'entre vous

ont vu sortir de leur obscurité un visage divin.

C'est ce que je vous demande de voir.

...

- Y a des mois que je regarde ces murs.

Je les connais par cœur.

...

J'y ai longtemps cherché un visage.

...

Celui de Marie.

Je l'ai cherché en vain.

Maintenant, c'est fini.

(-Permettez-moi de vous embrasser.)

- Avez-vous déjà souhaité une autre vie ?

- Naturellement, mais ça n'a plus d'importance.

- Comment la voyez-vous, cette autre vie ?

- Une vie où je pourrais me souvenir de celle-ci.

- Ça suffit, maintenant, partez. - Je veux encore vous parler de Dieu.

- Monsieur, il me reste peu de temps à vivre.

Je ne le perdrai pas avec votre Dieu.

- Pourquoi vous m'appelez "monsieur" et non "mon père" ?

- Vous n'êtes pas mon père, vous êtes avec les autres.

Non, mon fils, je suis avec vous.

Mais vous ne pouvez pas le savoir car vous avez un cœur aveugle.

(Je prierai pour vous.)

Arrêtez.

Arrêtez !

Avec vos prières.

Je n'en veux pas.

Vos certitudes ne valent pas le cheveu d'une femme.

Vous n'êtes même pas sûr d'être en vie,

vous vivez comme un mort.

J'ai l'air d'avoir les mains vides,

mais je suis sûr de moi,

sûr de tout.

De cette vie, ici,

comme de cette mort qui m'attend.

Alors oui, je n'ai que cela.

Mais je tiens cette vérité

autant qu'elle me tient.

J'ai fait ceci, je n'ai pas fait cela,

j'ai vécu d'une façon, j'aurais pu vivre d'une autre. Et après ?

Rien.

Rien n'a d'importance.

Et je sais bien pourquoi.

Et vous aussi,

vous savez pourquoi !

Toute cette vie est absurde !

Que m'importe la mort des autres,

l'amour d'une mère, votre Dieu, les vies qu'on choisit...

Que m'importe que je tue un Français ou un Arabe

si je suis exécuté pour pas avoir pleuré ma mère.

Qu'importe que Marie ait envie que je l'épouse. Ou que...

le chien de Salamano vaille autant que sa femme !

Ou que Sintès soit autant mon copain que Céleste, qui vaut bien mieux !

Qu'importe que Marie donne sa bouche à un autre !

Vous comprenez ?

(-Calmez-vous.)

- Me touchez pas. - Calmez-vous.

- Répondez-moi. Vous comprenez ou pas ?

Gardes !

Vous comprenez ?

Nous sommes tous coupables ! Et nous sommes tous condamnés !

Cris indistincts

- Lâche-le ! - Répondez-moi !

Ne lui faites pas mal.

Cri indistinct

Meursault halète.

Laissez-le.

...

Appel à la prière

...

- Pour la première fois depuis bien longtemps,

j'ai pensé à maman.

Musique calme

... ...

Il m'a semblé que je comprenais pourquoi, à la fin d'une vie,

elle avait pris un fiancé.

... ...

Pourquoi elle avait joué à recommencer.

...

Là-bas,

là-bas aussi,

autour de cet asile où des vies s'éteignaient,

le soir était comme une trêve mélancolique.

...

Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée,

et prête à tout revivre.

...

Personne,

personne n'avait le droit de pleurer sur elle.

...

Musique sombre

...

Et moi aussi,

je me suis senti prêt à tout revivre.

Musique calme

Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal,

vidé d'espoir.

...

Devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles,

je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde.

...

De l'éprouver si pareille à moi,

si fraternelle enfin...

...

... j'ai senti que j'avais été heureux,

et que je l'étais encore.

...

Pour que tout soit consommé,

pour que je me sente moins seul,

il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs

le jour de mon exécution,

et qu'ils m'accueillent

avec des cris de haine.

...

Souffle du vent

...

...

Cris de mouettes

...

Souffle du vent

...

"Killing an Arab" (The Cure)

...

...

...

...

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