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Roucoulements d'un oiseau
L'oiseau prend son envol.
...
Roucoulements d'un oiseau
Elle soupire.
-Ăa vous arrive souvent de ramasser les filles dans la rue ?
Vous pourriez répondre, au moins.
- Vous faites quoi dans la vie ?
- Je travaille chez Trousselier.
- Le fabricant de fleurs artificielles ?
- C'est ça.
Vous me demandez pas ce que je fais chez Trousselier ?
- Qu'est-ce que vous faites chez Trousselier ?
- Devinez.
- Les seins, s'il vous plaĂźt. - Hein ?
- Vos seins, s'il vous plaĂźt.
- Comment ça, vos seins ?
- Si vous voulez devenir un modĂšle, faut montrer vos seins.
- J'ai pas dit vouloir devenir modĂšle,
vous m'avez demandé de poser pour vous.
- Et vous avez dit oui.
- J'ai pas dit que j'allais vous montrer mes seins.
Soupir
Elle s'éloigne.
- Que faites-vous ? - Faut que je rentre.
- J'ai pas terminé.
- J'en ai marre de rester sans bouger, merci bien.
Aidez-moi !
- Oh !
(-C'est parti tout seul, désolée.)
(Pardon.)
Mmh...
HalĂštements
Gémissements
Elle suffoque.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Je reviens.
Qu'est-ce qui se... HalĂštements plus calmes
Ăa va ?
Ăa va ?
(-Je suis asthmatique.)
Mmh...
Mmh.
...
Des pas s'approchent.
On frappe.
Essoufflements
C'est du faux.
Je l'ai fabriquĂ© moi-mĂȘme pour vous.
Mmh... Mmh...
C'est moi ? - Oui.
- Oh...
Il siffle.
- Je sais mĂȘme pas ton nom.
- Marthe.
(Avec un fort accent) - Marthe ? C'est joli, Marthe !
Elle rit. Marthe comment ?
- De Méligny.
- De Méligny ?
- J'ai des origines italiennes.
- Aristocrate ?
- Si on veut.
Petite main chez Trousselier, donc ruinée.
Et toi ? - Moi ?
Pierre.
- Pierre. - Pierre Bonnard.
- Mmh... - On ne peut plus français.
Moyenne bourgeoisie.
Peintre en devenir.
Déçue ? - Non.
Dans Bonnard,
y a bonheur.
On chantonne dans une autre piĂšce.
T'as toujours voulu faire ça ?
- Faire quoi ? - Peindre.
- J'ai fait des études d'avocat pour faire plaisir à mon pÚre.
J'ai mĂȘme prĂȘtĂ© serment.
Mais j'ai été collé au concours d'administration fiscale.
Heureusement.
- Comment tu fais ?
- Fais quoi ?
- Pour manger.
Faut bien manger, payer son loyer.
Comment tu fais ?
Elle chantonne.
Cri strident
Non ! Elle s'esclaffe.
- Petit canard s'inquiĂšte de savoir comment je fais pour manger.
Cris amusés et rires
- Elle, c'est qui ?
- C'est ma sĆur, AndrĂ©e.
- Elle est jolie.
T'as de la chance d'avoir une sĆur.
- J'ai un frĂšre, aussi. Pas toi ?
- J'ai personne.
Ma mĂšre est morte Ă ma naissance.
Mon pĂšre de chagrin de l'avoir perdue.
Je suis seule au monde.
- Tu es plus libre que moi, alors.
- Pourquoi les femmes posent nues et pas les hommes ?
- Ce sont les hommes qui peignent, pas les femmes.
Allez, viens, j'ai faim.
Allez !
Claquement de porte et pas s'éloignant
Essoufflements Notes de piano
Tu veux vivre avec moi ? - Hein ?
Pierre !
Pierre ?
Pierre...
Ah ! Attends !
Attends !
Essoufflements
(-Alors ?) (-Alors quoi ?)
(-Tu veux vivre avec moi ?)
(-Ăa va pas un peu vite ?)
(-La vie aussi va vite.)
(-On se connaĂźt Ă peine !)
(-On couche ensemble.)
(-C'est pas une raison.)
(Attends...)
Essoufflements
- Ton rĂȘve, c'est un petit mariage bourgeois.
Une robe blanche, un voile, une couronne de fleurs d'oranger.
Et des gosses. C'est ça ?
Il sonne.
TrĂšs peu pour moi.
On ouvre une porte.
- Ah, monsieur Pierre.
- Thadée est là ?
Bon.
- Bonjour, madame.
Elles gloussent.
- J'ajoute des couverts,
monsieur Pierre ?
- Viens !
Mélodie au piano
...
(-C'est qui ?)
(-C'est Misia.)
(-Elle joue bien.)
(-C'est un prodige.)
(Son pĂšre, c'est Godebski, le sculpteur.)
(-Elle est belle.)
(-Le type avec la barbe noire, c'est Sérusier.)
(à cÎté, Vallotton.)
(Le rondouillard, c'est Signac.)
(Le rouquin, Vuillard. Ce sont mes amis. Les Nabis.)
(-Ăa veut dire quoi ?)
(-Ăa veut dire "prophĂštes" en hĂ©breu.)
(Ensemble, on a décidé)
(de révolutionner la peinture moderne.)
(-Rien que ça !)
(-Tu restes dĂźner, Lautrec est lĂ .)
(-Je te présente Marthe.)
(-Bonsoir.)
(Misia va ĂȘtre furieuse si tu restes pas.)
(-Marthe, c'est Thadée. Le mari de Misia.)
(C'est grĂące Ă lui que je mange et que je paye mon loyer.)
(Dis-lui que je gagne assez pour ĂȘtre heureux, mĂȘme Ă 2.)
(-Bouge pas, je reviens.)
(-C'est qui ?)
(-C'est Misia.)
(-C'est toi qui l'a peinte ?) (-Oui.)
(-Tu couches avec elle ?)
Notes finales
Applaudissements
- Salut. Thadée t'a dit pour les indépendants ?
- Non. - Pas encore ?
- Mon chéri, une fois de plus,
vous passez en coup de vent avec n'importe qui ?
Je vais le prendre mal.
Mes chéris !
- Bonjour. - Mes chéris...
- Pour le paravent. J'ai arrondi la somme.
- Ah ! Comme la pluie, ça tombe quand il faut.
Tu vois, Marthe ?
HalĂštements
Pas dans l'escalier
HalĂštements
Clé dans une serrure
Soupir
Elle toque et renifle.
Elle toque Ă nouveau.
(-C'est qui ?) (-C'est moi, Maria !)
(Ouvre !)
Soupir
(-OĂč t'Ă©tais passĂ©e ?)
(-Tu me laisses pas rentrer ?) (-T'as vu l'heure ?)
(Je fais comment ?) (-C'est qui ?)
(-Qui veux-tu que ce soit ?)
(Ta sĆur !) Pleurs d'un bĂ©bĂ©
(-Chut...)
Oh, lĂ , lĂ ...
(Chut...)
(Maria, oĂč t'Ă©tais passĂ©e ?)
- J'ai rencontré quelqu'un. - Qui ?
- Quelqu'un de bien. Un peintre.
- Un peintre, Ă ton Ăąge ?
- Il a voulu que je pose pour lui. (-Il t'a payée ?)
(-Tu vas le revoir ?)
- C'est fini.
Sanglots de Marthe et du bébé - Chut...
Rires
Conversation inaudible
... Des cloches sonnent.
Cris et grognements
Sanglots
- Je...
Je peux pas me passer de toi.
Viens.
Des pas approchent.
Essoufflements
Je veux que t'arrĂȘtes de travailler.
Je te veux pour moi seul.
Je veux tout de toi.
Musique douce au violon
Cri
Cris amusés
- Allez, viens !
Allez, mais viens, Pierre !
Rires
- Et des chiens ?
T'en voudrais ? - J'adore les chiens.
- Alors on oublie les gosses.
On prendra des chiens. - Des bassets surtout.
- J'adore les bassets.
- Je te ferai la cuisine.
Je fais trĂšs bien la cuisine.
La potée, la poularde...
Le boudin.
Tuer un cochon, je pourrais.
...
On va le louper !
La gare, c'est pas par lĂ !
T'as aucun sens de l'orientation, ma parole.
AĂŻe, aĂŻe...
Tu veux toujours avoir raison...
- T'as voulu ramasser des mûres ! - Non, c'est toi !
Menteur...
Ah ! Ah... Il rit.
ArrĂȘte, c'est pas drĂŽle !
Pas du tout ! J'en ai marre !
Oh, t'as vu ma robe ? C'est ma plus belle robe !
Je suis toute crottée !
- Marthe. - Quoi ?
- Regarde !
(-Viens !)
Mais viens ! - Non...
- Viens. Elle rit.
(Y a personne !)
Tu viens ? T'es rabat-joie. - Mais...
Mais...
- Tiens-moi ça. - Oui, bon...
La porte s'ouvre.
(Mais t'es folle !)
Cri
Elle chantonne.
"Je fais souvent ce rĂȘve Ă©trange et pĂ©nĂ©trant
"d'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
"et qui n'est, chaque fois, ni tout Ă fait la mĂȘme
"ni tout Ă fait une autre, et m'aime et me comprend."
"Ni tout Ă fait une autre et m'aime et me comprend."
- Viens voir !
-Car elle me comprend et mon cĆur transparent,
pour elle seule, hĂ©las, cesse d'ĂȘtre un problĂšme.
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blĂȘme,
elle seule les sait rafraĂźchir, en pleurant.
Elle souffle.
- La porte.
- Bois.
ArrĂȘte ton cirque.
Je t'ai ramené du miel, ça adoucira le mal.
T'as des nouvelles ?
T'aurais pu me dire plus tĂŽt.
- Qu'est-ce qu'elle raconte ?
- Qu'il l'a installée dans un appartement plus grand
qui donne sur un square oĂč elle sort avec la petite.
Y a une vraie baignoire.
Elle apprend l'anglais, mais c'est pas facile.
Il vient la voir dĂšs qu'il peut.
- Il divorcera jamais.
- Elle pense qu'il l'a encore mise enceinte.
- C'est bien. - Encore une fille.
-Ăa, c'est moins bien.
- T'as fait mieux, toi ?
Si tu fais pas un effort, je fais venir le docteur.
-Ăa va te coĂ»ter cher. -Ăa me regarde.
Elle renifle. - Mes 2 filles...
Entretenues comme des grues.
- Tiens.
Soupir
J'y vais, je suis en retard.
- Tu viens d'arriver !
- C'est un jour important, je peux pas lui faire ça.
La soupe est sur le feu.
Je t'ai acheté de la viande. Mange-la ou elle va se gùter.
Je t'ai pris un bout de Saint-Nectaire et de Comté.
- Tu reviens quand ?
Soupir
Et si je meurs ?
Comment tu le sauras ?
Je sais pas oĂč t'habites !
- Tu vas pas recommencer !
T'es pas contente de tout ce que je fais pour toi ?
Si le Berry te manque tant, je te ramĂšne Ă Saint-Amand !
Comme tu veux.
Des cloches sonnent.
- Que fabriquiez-vous ? C'est une manie ?
- Quoi ?
- D'arriver en retard !
Je vais croire que vous nous cachez quelque chose.
- J'ai voulu prendre le tramway,
y a eu un accident. - Encore ?
Inventez autre chose !
DĂ©pĂȘchez-vous !
Pierre vous attend, y a un monde fou.
Quoi, encore ?
- Je peux pas.
- Vous pouvez pas quoi ?
- Tous ces gens, je peux pas.
- Marthe !
Marthe !
Pierre a besoin d'ĂȘtre soutenu !
Si y a une personne qui compte
plus que les autres, c'est vous.
Vous débinez pas.
- Pierre m'aime pour la vie qu'on mĂšne.
Le reste, c'est son affaire.
- Va falloir faire un effort.
- Dites-lui que je suis rentrée. - Marthe !
Tout Paris est lĂ !
Pierre va ĂȘtre jugĂ©, admirĂ© ou dĂ©moli.
Vous pouvez pas l'abandonner.
- Vous m'imaginez devant ces gens qui diront :
"C'est elle qui montre ses fesses ?
"On voit enfin sa trombine !"
- Tout le monde se fiche de savoir qui vous ĂȘtes.
(Allez.)
(-Vous vous demandez pas pourquoi Pierre ne peint que mon corps ?)
Pourquoi mon visage est toujours flou ?
- Vous vivez par le regard d'un peintre.
C'est la seule chose qui compte.
(-Alors laissez-moi ça.)
- Alors ?
- Elle est partie. - Comment ça ?
- Cette fille est cinglée et elle raconte n'importe quoi.
Marthe de Méligny. Pourquoi pas Jeanne d'Arc ?
Je dis quoi à Pierre ? - Gagne du temps. Débrouille-toi.
Je te rejoins.
- Misia, Marthe est pas avec toi ?
- Elle m'a filé entre les doigts.
- C'est dommage. Pierre rafle tout.
Brouhaha
...
- Une honte !
- Vous célébrez notre sexe avec la plus grande simplicité.
C'est rare. Merci, monsieur.
- Merci.
OĂč est Marthe ?
- Partie. - Comment ça ?
Il s'est passé quelque chose ? - Rien, elle est rentrée.
- C'est un triomphe.
- Pierre, ouvre les yeux.
Cette fille vous complique la vie. Elle la pourrit.
Elle vous séquestre à la campagne
quand vous devriez ĂȘtre ici avec vos amis
quand tout s'ouvre Ă vous.
Ne laissez pas passer votre chance pour une toquade sans importance.
- Et pourquoi pas ?
- S'il vous plaĂźt, messieurs-dames !
Applaudissements
Aboiements
Cris
Musique douce au violon
...
- Je te vois, tu sais ?
Elle rit.
Je t'ai vu !
Youp, lĂ !
Je t'aime, Pierre !
Je t'aime !
...
Pierre ?
Pierre ?
...
Pierre !
Pourquoi tu veux toujours pas qu'on fasse un enfant ?
- Tu vas pas recommencer.
- Recommencer quoi ?
- Je pensais qu'on était d'accord sur ce point.
- D'accord quoi ?
- Qu'on est pas faits pour vivre comme des bourgeois.
- J'ai envie d'un enfant, s'il te plaĂźt.
- Non, non et non.
Je veux pas d'enfant.
Encore moins de tout ce qui va avec.
Nounou, bonne Ă plein temps.
Rien qui puisse m'éloigner de mon travail.
- En quoi une nounou et une bonne t'éloigneraient de ton travail ?
- Je veux pas ĂȘtre un mauvais pĂšre, c'est tout.
- Laisse-moi au moins ĂȘtre une bonne mĂšre.
Je peux m'occuper d'un enfant seule. Je m'occupe pas bien des chiens ?
- Tu m'en veux ?
- Oui.
- Tu m'en veux vraiment ?
- Oui.
- Tu m'aimes plus, alors ?
- Non.
Ăa dĂ©pend.
-Ăa dĂ©pend de quoi ?
- De comment tu m'aimes toi.
- Bon.
Petit canard a besoin d'une preuve.
Cris et rires
Musique douce au violon
... ...
- Pierre !
Marthe suffoque. - Je suis lĂ ...
Je suis lĂ ... Je suis lĂ ...
Je reviens.
Elle tousse.
HalĂštements et toussotements
HalĂštements
Regarde-moi. Regarde-moi...
- Vous auriez dĂ» m'appeler plus tĂŽt.
Je vais vous prescrire un traitement.
Vous devrez suivre une cure.
L'hydrothérapie est souveraine dans votre cas.
- C'est quoi ?
- Un bain une fois par jour, au minimum une heure.
- Je me baigne tous les jours dans la Seine.
- En hiver, je vous conseille la baignoire.
Et en complément,
une Ă 2 cures par an dans une ville d'eau.
- Au revoir, docteur. - Au revoir.
- Ah, oui.
- Merci.
Votre femme...
Elle a le cĆur fragile.
Elle ne vivra pas longtemps, la pauvre.
Préparez-vous.
Je suis désolé.
- Marthe !
Tu as faim ?
Je vais réchauffer le dßner !
Musique douce au violon
...
(-Oh, Pierre...)
(Mais tu es fou, c'est de la folie.)
Ăa a dĂ» te coĂ»ter une fortune.
- J'ai vendu 2 toiles Ă Bernheim.
...
La musique s'arrĂȘte.
Des pas approchent.
Claquement de porte
Des pas approchent.
Entrechoquement de vaisselle
Pas et claquement de porte
Claquements de portes
- Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Pourquoi tu veux toujours pas faire cette cure ?
- C'est toi, ma cure.
- Tu sais, la Bourboule, c'est trĂšs bien !
Vuillard y a envoyé sa mÚre l'an passé,
tu pourrais y aller avec elle.
- Avec la mĂšre de Vuillard ? Merci bien.
- C'est une femme exceptionnelle.
- Elle a 100 ans ! - 70.
- Tu veux te débarrasser de moi, c'est ça ?
Entrechoquement de vaisselle
Tu crois que j'ai pas compris ?
Tu vas faire quoi Ă Paris toutes les semaines ?
- Tu sais trĂšs bien ce que je fais.
Je peins des panneaux décoratifs pour l'appartement de Misia.
Son nouveau mari me paye une fortune.
OĂč est le mal ? - On en avait soupĂ©, de Paris !
On s'était dit qu'on y remettrait plus les pieds.
T'y passes tout ton temps et tu veux m'envoyer Ă la Bourboule.
- Pas moi, le médecin !
- Et le soir, tu fais quoi avec Misia
quand son mari est pas lĂ , vous jouez aux dominos ?
Aux billes ?
Avoue que je te dégoûte avec mes poumons malades,
mes cernes, ma peau qui jaunit.
- De quoi tu parles ? - Tu me touches plus, Pierre !
Tu me touches plus !
Ni bague ni couronne et encore moins un enfant.
Je fais quoi ?
Je débarrasse le plancher ?
Un jour, je partirai et t'entendras plus jamais parler de moi.
- Houhou ! C'est nous !
Pierre ? Marthe ? C'est nous !
Musique douce
- Oh ! Les amis !
- Houhou !
- On a mis 2 heures, montre en main.
- Qui a ramé tout du long ? Ma pomme !
- C'est ma faute si je me suis fait mal au dos ?
- Oh...
- Ma petite Marthe. C'est bon de vous voir.
Toujours aussi ravissante. - Oh, Merci, Claude.
- Oh... Soupirs
J'ai cru qu'on arriverait jamais Ă quitter Giverny.
Claude a fait 3 fois le tour de son étang avant de partir.
Pour son inspiration.
Le coq ! Encore tiĂšde.
Si on le repasse au four, il sera Ă point.
Attention, la sauce est dans le plat avec les pommes de terre.
Vous avez préparé la salade ? - Oui, et la crÚme caramel.
- Vous ĂȘtes parfaite. - On y va ?
- Quoi, maintenant ? -Ăvidemment.
- Vous allez oĂč ? - Et le dĂ©jeuner ?
- AprĂšs.
- Va pas te plaindre si tu manges froid
et que tu as mal Ă l'estomac.
Oh ! Voilà mes petits chéris !
Musique douce
- LĂ !
Les voilĂ .
Je les ai découverts par hasard.
J'espĂšre que je vous ai pas fait venir pour rien.
- Attendez que je vous dise.
Il renifle.
Hydrocaris morsus ranae .
Le plus banal, avec le lutea .
Et celui-lĂ , l'alba.
Si, c'est lui.
Regardez ce bleu.
Le nymphea caerulae . Le plus rare.
Vous avez de la chance.
De tels spécimens à l'état naturel à 2 pas de chez vous.
Quand je les fais cultiver Ă grands frais
dans une propriété dans le Lot.
...
- C'est du bon.
Claude l'a monté de la cave pour vous.
Il a dit : "Celui-lĂ , c'est pour Marthe.
"Ăa va lui redonner du rose aux joues."
Oh !
Qu'est-ce qui ne va pas, Marthe ?
Vous vous ĂȘtes encore disputĂ©s ?
- Pierre me trompe, Alice. - Oh.
Vous ĂȘtes sĂ»re ?
- Il disparaĂźt Ă Paris 3 Ă 4 jours par semaine.
Je suis inquiĂšte.
- InquiĂšte de quoi ?
Nous passons toutes par lĂ , vous savez.
Vous voulez savoir le fond de ma pensée ?
Pierre ne vous lĂąchera jamais.
Regardez le chemin qu'il a parcouru depuis que vous ĂȘtes ensemble.
C'est vous, sa bonne étoile. Aboiements
Klaxons Ah, les voilĂ .
Vous avez rencontré le nouveau mari de Misia ?
Le Levantin...
Il a une réputation épouvantable.
Il paraĂźt que son pĂšre a fait fortune
en vendant des fausses dents Ă je ne sais quel sultan.
Mélodie au piano
Marthe ! Les pommes de terre !
Oh...
Mmh ! Délicieux !
Ah, qu'il est beau !
Misia, vous prendrez la sauciĂšre, vous ĂȘtes gentille.
Notes finales On referme le piano.
Aboiements
Le coq !
- Nous avons le projet Misia et moi,
avec quelques amis triés sur le volet dont...
Comment s'appelle ce jeune compositeur
dont tu t'es entichée, ma chérie ?
- Ravel ! - Ravel.
Ravel, oui.
Nous avons le projet de partir en bateau
visiter Constantinople, oĂč je suis nĂ©, puis de longer
les cĂŽtes de Palestine jusqu'au Caire.
Je veux faire
dĂ©couvrir Ă Misia les pyramides d'Ăgypte.
Vous ĂȘtes mes invitĂ©s. Qu'en pensez-vous ?
- Claude ! Ă table !
- Je crains trop la chaleur. - Ouais ?
- Faut avoir vu ces pyramides au moins une fois.
- Ah oui...
Et ma chérie serait si contente,
si heureuse d'avoir ses vieux copains d'antan.
- Que complotez-vous,
tous les 2 ? - Alfred nous propose
de partir en croisiĂšre en Ăgypte.
- Ah oui ? - Mmh.
- Ne dit-on pas qu'il y a dans ces pyramides
des momies capables de vous jeter un sort ?
- Et des araignées, Alice ! Grosses comme le poing.
Et trĂšs venimeuses.
N'est-ce pas, Alfred ? Rires
- Claude !
Le coq ! Il va ĂȘtre froid !
- Il ne viendra pas.
- Je vais le chercher ? - Non.
Ne vous y risquez pas.
Quand il est concentré, il est féroce.
Alors, Misia...
Une petite cuisse ? Une aile ? Un blanc ?
- Une cuisse. Je veux bien le haut.
Merci.
- Alfred ? - Pardon.
- TrĂšs bien.
- Pas trop de pommes de terre,
Marthe.
- Pierre, du blanc, comme d'habitude ?
Ădouard, une aile ?
- Oui, merci. - Qui veut du vin ?
- Oui. - Je veux du vin.
Buvons Ă nos retrouvailles.
Aux retrouvailles.
- Santé. - Aux retrouvailles.
- Je vous ai dit que Thadée a dû vendre Villeneuve ?
Sur le coup, ça m'a fendu le cĆur.
Mais c'était une autre vie, n'est-ce pas ?
Faut pas s'attacher aux choses.
- Tu aurais aimé Villeneuve, Marthe.
- Mmh ?
- C'était une maison si vivante.
Nous y étions toujours fourrés, Vuillard et moi.
Y avait aussi Lautrec, Renoir, Vallotton.
- Satie, qui composait pour moi.
- Verlaine. - Verlaine,
qui m'avait écrit un sonnet, je crois,
que Thadée m'avait volé
par jalousie. - Y avait toujours
du beau monde dans cette maison. - Des amis...
Des poĂštes, des saltimbanques.
Des ĂȘtres tous Ă©pris d'absolu et de libertĂ©
qui ne vivaient que pour leur art en faisant la fĂȘte.
- Tous étaient amoureux de vous.
Oui, Misia...
Vous étiez un miracle, et...
le rayon de soleil que chacun attendait
sur cette terre si dure et douloureuse.
- Oh...
- Excusez-moi.
Raclement de gorge d'Alfred
- Comment occupez-vous
vos journées ici, ma chérie, Paris ne vous manque pas ?
- Pas le moins du monde.
Et vous, vos concerts ?
- Mes concerts...
Mmh.
C'est de l'histoire ancienne. N'est-ce pas, Alfred ?
J'ai croisé Diaghilev, l'autre soir.
Il va monter quelque chose de Debussy à l'opéra.
Un ballet.
Il cherche quelqu'un pour les décors.
Je lui ai parlé de vos succÚs. Il était enthousiaste.
- Mmh.
Je demande une explication.
- Une explication ? Quelle explication ?
- Avez-vous couché avec lui ?
- Avec Diaghilev ?
- Non, avec Vuillard !
- Oh, mais...
Comment voulez-vous que je le sache ?
- Avouez !
Dites-moi la vérité !
- Attendez que nous soyons rentrés.
Ne recommencez pas comme l'autre soir.
- Quand allez-vous arrĂȘter ?
Au nom du ciel, quand allez-vous arrĂȘter de me torturer ?
Je vous donne tout ! Que voulez-vous de plus, hein ?
Me rendre fou ? Hein ?
Oh...
Cris
Il suffoque.
- D'ailleurs, avec qui ai-je couché toutes ces années ?
Faites un compte-rendu précis à Alfred.
Ai-je couché avec vous, d'ailleurs ?
Allez, mon ami,
arrĂȘtez votre cirque, ça ne marche pas.
Encore moins vos maladies imaginaires.
Votre soi-disant petit cĆur bat trop vite...
Eh, mon Ćil...
Quand reconnaĂźtrez-vous que vous ĂȘtes hystĂ©rique ?
- Comment osez-vous...
- Parfaitement ! Hystérique !
Vos malaises vous viennent de votre tĂȘte
et de tout ce qu'elle s'invente !
Vous voilĂ comme une pauvre petite bonne femme
qui n'a d'autres moyens pour tenir son mari que son asthme,
c'est pathétique.
- Vous avez gagné. - Qu'ai-je dit de mal ?
- C'est un monstre.
Je vous le dis, un monstre.
J'ai épousé un monstre !
- Laissez-moi me racheter.
Marthe ?
Marthe !
Pardon ! Pardon, pardon !
Il hurle.
Sanglots Marthe !
Oh... Marthe !
HalĂštements
Enfin !
Mais qu'est-ce que vous faites ?
- Fichez-moi la paix !
- Sortez de lĂ , voyons !
Je voulais pas vous blesser !
Je cherchais seulement Ă taquiner Alfred !
Une vulgaire querelle de couple qui ne vous visait en rien.
- Fichez-moi la paix, je vous dis !
Je sais ce que vous pensez de moi.
- Ce que je pense de vous ?
Je ne pense rien de vous, je vous jure !
- Si. Que je suis une menteuse !
Une emmerdeuse qui séquestre Pierre dans sa maison
alors qu'il était épanoui dans la vÎtre.
- Pas du tout !
Pas du tout.
Marthe, qu'est-ce que vous faites ?
J'ai l'impression que vous ne supportez pas
que j'aie connu Pierre avant vous.
Vous le saviez, qu'il a presque vécu chez nous.
C'est normal, cette complicité.
Ăa ne vous enlĂšve rien !
- Vous avez bien dĂ» vous amuser !
La belle Ă©poque oĂč on couchait avec tout le monde !
- Ne bougez pas, je viens vous chercher.
- Vous approchez pas !
- C'est votre jalousie qui parle, Marthe.
Oh... C'est comme Alfred.
Y a rien de pire que la jalousie !
Et...
Dois-je vous rappeler que j'ai aussi été la muse
de Pierre ?
Qu'il m'a peinte avant vous ?
-Ăa ne vous donne aucun droit.
- Sauf celui d'ĂȘtre son amie !
- Son amie ? Qui voudrait d'une amie comme vous ?
Vous ĂȘtes peut-ĂȘtre la plus riche, la plus adulĂ©e de Paris,
mais je voudrais pas d'une amie comme vous.
- Pourquoi dites-vous ça ? Je vous ai fait quoi ?
- Je vous déteste, vous et les gens de votre espÚce !
Je dĂ©teste encore plus ce que vous ĂȘtes devenue
depuis que vous avez épousé Alfred.
- ArrĂȘtez votre cirque
et donnez-moi la main.
- Quand je suis entrée chez vous la 1re fois,
que je vous ai vue, entendue jouer du piano,
j'ai été émerveillée.
Je vous ai admirée.
J'aurais tout donné pour avoir une amie comme vous.
Tout ! - Eh bah...
Soyons-le !
Acceptez que j'aie des défauts, comme tout le monde !
Allez... Venez.
- Des défauts ?
Vous avez tourné le dos à vos dons !
Vous avez renoncĂ© Ă vous-mĂȘme !
- Disons plus prosaïquement que j'ai décroché aucun contrat.
Si j'avais été un homme, tout aurait été différent,
vous le savez !
- Non, vous avez tout sacrifié à l'argent et aux mondanités !
Jusqu'Ă l'homme que vous aimiez. ArrĂȘtez de vous mentir !
Cri
- VipĂšre !
Cette fille est folle !
Je l'ai toujours dit, elle est folle !
C'est une menteuse !
Une hystérique !
Une intrigante qui a mis le grappin sur ce pauvre Pierre
et l'a éloigné de ses amis !
Qu'est-ce que j'y peux, moi...
si Thadée m'a poussée dans les bras de ce type
et que j'en suis tombée amoureuse ?
Sanglots
- C'est ça, c'est vous la victime.
- Thadée était ruiné, Marthe.
J'ai pas eu le choix !
C'était ça ou se retrouver à la rue !
- Non.
C'était ça ou se remettre au piano.
Cri
Misia pousse des petits cris
Des cloches sonnent.
Détonation
Soupir
Elle toque.
(Oh, non.)
Oh... Oh...
- On a passé la nuit prÚs d'elle.
à l'aube, elle a ouvert les yeux et elle a murmuré ton nom...
Maria...
Marthe sanglote.
- Pardon...
J'ai pas pu venir plus tĂŽt.
Pardonne-moi.
J'aurais voulu vous connaĂźtre dans d'autres circonstances.
Et vous apporter des cadeaux.
Ce sera pour la prochaine fois.
OĂč est Adolf ?
- Il est allé chercher le croque-mort.
On l'enterre demain avant qu'on parte.
- Je t'ai apporté
de l'argent.
- Je te le rends dĂšs que je peux. - T'inquiĂšte pas.
- C'est l'argent du peintre ?
- Votre mari est riche et célÚbre ?
- C'est grĂące Ă son argent que vous ĂȘtes Ă©lĂ©gante ?
- Montre, y a combien ? -Ăa suffit !
Vous allez jouer sur le palier, allez !
- Prends tout ce qui t'intéresse. Je résilierai le bail.
- On part s'installer dans le Sud-Ouest,
il paraßt que c'est plus sûr.
Et vous ?
- Pierre a échappé à la mobilisation,
mais a quand mĂȘme Ă©tĂ© envoyĂ© sur le front.
Faut peindre la guerre. Comme au temps de Napoléon.
Depuis qu'il est rentrĂ©, il est plus le mĂȘme.
Il refuse de retourner Ă la campagne.
On a été obligés de louer un nouvel atelier.
- J'espĂšre qu'il viendra Ă l'enterrement.
Ăa ferait plaisir Ă Adolf de le rencontrer.
Et aux filles aussi.
Tu seras lĂ demain matin pour la mise en biĂšre ?
On dit 9 h ? - Enfer !
...
Claquement de porte
- Je suis rentrée à pied, ils ont bombardé
des bĂątiments, j'ai dĂ» me mettre Ă l'abri.
C'est de la folie de rester Ă Paris.
T'as rien entendu ?
- Vaguement.
- Qui est-ce ? Je la connais ?
- Non. Une étudiante aux Beaux-Arts.
Rassure-toi, elle a un fiancé. Un Américain.
Elle devait le rejoindre, mais les bateaux sont bloqués.
Comment tu trouves ?
- Trouve quoi ?
- Le tableau, comment tu le trouves ?
- Pas mal.
- Comment ça ? - Si tu veux toujours
rivaliser avec tes copains cubistes, c'est loupé.
Si tu veux rester fidĂšle Ă toi-mĂȘme,
c'est plutĂŽt pas mal.
J'ai rendez-vous demain matin au dispensaire pour mes bronches.
Je serai pas rentrée pour le déjeuner.
Tu te débrouilleras.
Claquement de porte
Des cloches sonnent.
...
Essoufflements
Elle suffoque.
Sanglots étouffés
Quelqu'un approche.
(Il s'est échappé tout seul.)
- Le vilain.
Soupir
Claquement de porte
- C'est moi !
Faites comme si j'existais pas, j'ai l'habitude.
- Mais...
Ăa, alors. DĂ©solĂ©e, j'aurais dĂ» me douter.
- Vous vous connaissez ?
- Nous nous sommes croisées dans l'escalier.
Alors L'indolente , c'est vous...
Vous allez me trouver ridicule, mais je dois vous le dire.
Votre mari a fait de vous un mythe.
- Un mythe ?
- Aux Beaux-Arts, vous ĂȘtes une cĂ©lĂ©britĂ©.
- Un mythe qui va devoir retourner Ă ses casseroles.
J'ai pratiquement rien trouvé.
Pas de viande, quelques patates, 2 Ćufs...
Et un bout de fromage.
Vous partagez notre modeste repas,
mademoiselle ?
C'est quoi votre petit nom ?
- Renée.
- Renée !
Il en passe tellement, ici.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
L'écoutez pas, elle est jalouse.
- J'ai pas de raison de l'ĂȘtre, peut-ĂȘtre ?
Pourquoi t'invites pas Renée à la Roulotte ?
Hein ?
Ăa vous dirait de venir Ă la campagne, mademoiselle ?
Avec la guerre qui s'éternise,
on va pas moisir ici Ă attendre de crever de faim.
Qu'est-ce que t'en penses, Pierre ?
-à vos risques et périls.
- Alors c'est lĂ .
- Pierre, tu montres sa chambre à Renée.
Je vais tenter de nous trouver quelque chose Ă manger.
- Je connais tout.
Tout.
La terrasse.
Je suis au cĆur de ce qui a donnĂ© un sens Ă ma vie.
- Vous méprenez pas, Renée.
Pierre et moi menons ici une vie tout Ă fait ordinaire.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Les tombes d'Ubu et Poucette, mes chéris.
Mes petits chiens.
- OĂč as-tu rangĂ© mon plaid ?
- Dans le placard, 1er tiroir Ă gauche !
Plié, repassé, comme d'habitude.
- Pierre m'a dit que vous étiez d'origine italienne ?
- Mmh. - Moi aussi.
Je suis née à Rome, j'y ai passé mon enfance.
- Mmh. - Et vous ?
- Moi, oui.
Pierre, tu montres à Renée sa chambre ?
Pierre !
La derniĂšre personne Ă avoir dormi ici, c'est Monet.
Claude Monet.
Il était descendu en bateau avec 2 bonnes bouteilles
pour célébrer je ne sais plus quel événement.
Il aurait été bien incapable de remonter jusqu'à Giverny.
Elle rit.
VoilĂ .
Hop...
C'était juste avant la guerre.
Le pauvre...
S'il avait su qu'il y perdrait son fils
puis sa femme...
Elle soupire.
- Merci. Merci pour tout.
- Oh, vous avez un cil.
Faites un vĆu.
Rire
Je vous laisse vous installer.
Je vais nous trouver quelque chose Ă manger.
Marthe s'éloigne.
Claquement de porte
Cris apeurés - Prends mes bras. Allez, viens.
- Attends...
- Allez...
Cris
Renée rit.
Musique douce au violon
...
La musique s'arrĂȘte.
Grondements du tonnerre
...
- J'ai fait un cauchemar.
- Viens.
Renée sanglote.
EnlĂšve ta chemise de nuit. Je vais t'en donner une.
- J'ai fait un cauchemar...
Elle sanglote.
J'étais seule.
Dans une barque.
Sur le fleuve.
Et je portais une robe de mariée.
Plus j'avançais, plus je réalisais que je savais pas
oĂč j'allais et que j'Ă©tais perdue !
Grondements du tonnerre et sanglots
Et sou... Soudain...
J'ai entendu un bruit...
Quelqu'un ou quelque chose qui frappait.
J'ai...
J'ai eu peur...
Sanglots
J'ai tiré ma robe,
mais le fond de la barque s'est ouvert.
Et une main m'a attrapée par les chevilles
et je me suis retrouvée sous l'eau...
Et ma robe s'est refermée sur moi...
Et je sentais la main qui me tirait vers le fond...
Je me suis débattue...
Grondements du tonnerre
Ruissellement de la pluie
Musique entraĂźnante
Rires au loin
... ...
- Pierre !
Musique entraĂźnante
- LAQUELLE TU PRĂFĂRES ? LA BRUNE ? LA BLONDE ?
LAQUELLE
TU PRĂFĂRES ?
Rires
- Va falloir choisir, Pierre !
- Chat ! Rires et cris amusés
Musique entraĂźnante
Musique troublante au violon
...
HalĂštements
- Renée !
Renée !
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu vas oĂč ?
Qu'est-ce qui se passe ?
J'ai fait quoi de mal ? Je t'ai blessée ?
- MĂȘme pas.
- Pars pas !
Je t'en supplie, reste !
On est si heureux, lĂ .
Tu m'as redonné goût à la vie.
Je...
Attends.
Je vais chercher la voiture. On parlera dedans.
- Parler ?
Dans la voiture ?
Je suis pas une enfant qu'on calme en la promenant
dans une voiture.
Je suis une femme et je suis amoureuse de toi.
Ce qui s'est passé entre nous, je l'ai voulu.
Mais je n'ai jamais été dupe.
Ni de toi ni de Marthe.
Je préfÚre sortir du jeu avant qu'il soit trop tard.
- Du jeu ?
Mais quel jeu ?
Renée, Renée...
Je t'aime.
Et Marthe aussi t'aime.
C'est vrai.
Je suis sûre qu'elle...
Qu'elle t'aime autant que moi.
- Non.
Marthe t'aime toi avant tout. Et c'est Marthe que tu aimes.
Je n'aurai jamais d'autre place
que celle de la jolie fille qui a remis de la braise
dans un feu en train de s'éteindre.
Je dois partir avant qu'il ne soit trop tard.
Je vais trouver un bateau pour New York.
- Ne fais pas ça ! Tu te trompes !
C'est toi que j'aime !
- Alors prouve-le.
- Quoi ?
- Que c'est moi que tu aimes. Prouve-le.
- Comment ?
-Ăpouse-moi.
- Tu plaisantes ?
- Tu vois ?
T'es pas prĂȘt Ă sacrifier ta vie avec Marthe
pour me garder.
Adieu.
Signal de départ du train
- Mmh...
Il a bon dos, ton neveu.
La guerre est à peine terminée, tu vas parader avec lui à Rome.
- Je vais pas parader.
Je vais inaugurer un musée.
Viens.
Viens avec moi.
- Comme ça, sans le moindre bagage ?
Sait-il que j'existe, ton neveu ?
Tu m'as jamais présentée à ta famille.
Signal de départ
(Oh, non...)
Soupir
Il toque.
Elle toque.
Ăcris-moi !
Ă la Roulotte !
Ăcris-moi Ă la Roulotte !
Je t'aime !
Musique troublante au violon
Elle crie.
...
La musique s'arrĂȘte brusquement.
Elle tousse.
Marmonnements inaudibles
...
(Je sais pas...)
(Je sais pas. Je sais pas...)
Musique douce
...
(En italien) - C'est une maison comme il faut.
On ne veut pas de gens...
Vous me comprenez.
Vous voulez des enfants ?
- DÚs que nous serons mariés officiellement.
- Si vous saviez combien d'amoureux ont vécu ici !
Et tant d'enfants !
Aujourd'hui, c'est presque vide.
Un couple ùgé vit au dernier étage,
mais on ne les voit jamais.
Ils sont si vieux
qu'on se demande s'ils sont encore lĂ .
Pour une Française,
vous parlez bien italien, mademoiselle.
- Je suis née ici.
On vivait dans ce quartier avec mes parents.
...
- Cette maison était à la famille Marcantonio Colonna.
Le prince y a vécu
au début du siÚcle dernier.
Puis, tous ses descendants,
jusqu'Ă ce que le dernier perde sa femme ici,
dans cette maison.
Du jour au lendemain, il a tout quitté et a disparu.
On n'a plus jamais entendu parler de lui.
Des cloches sonnent.
...
- Une 1re version du Saint Mathieu et l'Ange
a été refusée par ses commanditaires.
Jugée trop triviale.
L'ange, trÚs équivoque, beaucoup trop charnel,
était vautré sur un Saint Mathieu un peu trop rustique.
Avec les pieds sales.
Celui-ci est bien plus dans les clous.
On a du mal Ă concevoir combien cette Ćuvre Ă l'Ă©poque,
encore plus que son ange impudique,
a frappé par son style révolutionnaire.
- J'aimerais comprendre.
- Comprendre quoi ?
- Comment il fait pour ĂȘtre aussi vrai.
- Mais il n'y a rien Ă comprendre.
Le Caravage était un homme violent, bagarreur, profondément immoral.
Il avait pas peur de puiser dans ses zones d'ombre.
- Je sens que ce discours m'est adressé.
Tu peux développer ?
- T'en as pas marre qu'on t'appelle "le peintre du bonheur" ?
- Le Caravage était un criminel.
Je suis un enfant de cĆur, Ă cĂŽtĂ©.
- Je crois pas qu'on puisse atteindre de tels sommets
sans se mettre en danger.
- Je me verrais bien, moi, assassiner quelqu'un
pour peindre un tel chef-d'Ćuvre.
...
Sonnette
La sonnette retentit Ă nouveau.
Des pas résonnent.
On ouvre une porte.
Conversation en italien
...
Claquement de porte
Des pas résonnent.
Brouhaha
- Qu'en penses-tu, mon chéri ?
Musique douce
- Pierre !
Marthe ! Vous ĂȘtes lĂ ?
- Et... voilĂ . - Pierre !
Ils sont lĂ , maĂźtre, regardez !
- Je suis toute seule.
- Je commençais à m'inquiéter.
Je me disais que vous étiez à nouveau malade.
Vuillard est arrivé ce matin, on a sauté dans le bateau.
- Pierre est Ă Rome chez son neveu qui a Ă©tĂ© nommĂ© Ă l'Ăcole française.
Ils inaugurent un musée.
- Ah bon ? On vous dérange pas, au moins ?
- Non, mais j'ai rien Ă vous donner Ă manger.
- Ah, mais j'ai tout prévu.
Un beau morceau de pùté de lapin,
un rÎti dans l'échine cuit avec des girolles,
des tomates du jardin, une romaine,
la crĂšme caramel que vous aimez tant
et un bon Bordeaux pour arroser tout ça.
Germain viendra nous chercher
ce soir avec la voiture.
Musique douce
Marthe ?
Ma petite Marthe... Que faites-vous ?
Ma petite Marthe...
- Pierre ne m'a pas dit qu'il partait Ă Rome.
-Ăa lui a pris sur un coup de tĂȘte.
- Allez lui tenir compagnie.
Je m'occupe du déjeuner.
- Il a beaucoup épuré son style, dites-moi.
- Vous trouvez ?
- On en vient avec le temps Ă ne peindre que l'essentiel.
Ă ne peindre que l'essence des choses.
Qu'est-ce qu'il est parti faire Ă Rome ?
- Voir son neveu, nommé là -bas.
Inaugurer un musée, visiter des églises.
- Sans vous ?
- Vous préférez
déjeuner dans le jardin ou à l'intérieur ?
- J'arrive !
Qu'est-ce que vous préférez ?
Dehors ou dedans ? - Dehors !
Avec cette lumiĂšre, j'aurai le bonheur de voir vos yeux.
Attendez, restez.
Il y a une expression en Orient pour dire Ă quelqu'un qu'on l'aime.
On dit : "Enterre-moi."
Pour ne jamais voir mourir l'autre avant soi.
Mon fils...
Jean, est mort, c'est une chose terrible.
Mais y a une chose encore plus terrible
que je suis venu vous dire, Marthe.
Ă vous seule.
Alice me manque.
Elle me manque tous les jours.
Si vous saviez comme elle me manque.
- Vous avez un tire-bouchon ?
- Euh, tiroir de gauche du bahut !
- Pierre a beaucoup de chance de vous avoir, Marthe.
Comme j'ai eu beaucoup de chance d'avoir Alice.
- Je ne suis pas certaine qu'il pense comme vous.
- Vous verrez.
Un jour, il comprendra.
- Pùté de lapin en croûte, rillons, saucisson à l'ail,
échine de porc rÎtie et la crÚme caramel.
Qui dit mieux ?
Le vin. J'ai oublié le vin !
- Figurez-vous que ma folie des nymphéas
va ĂȘtre honorĂ©e par le gouvernement.
Dans les sous-sols de l'Orangerie,
on parle d'un espace rien que pour eux.
Depuis que je sais cela, j'y travaille 2 fois plus.
Cris d'hirondelles
- C'est bientĂŽt l'automne, elles rentrent chez elles.
- Marthe, ne vous inquiétez pas.
Pierre a toujours su revenir Ă l'essentiel.
Il sait que son travail est indissociable
de ce qu'il éprouve pour vous.
...
Des cloches sonnent.
- Chéri ?
Chéri, tu viens ?
- Je travaille, mon amour.
- Oui, mais j'ai envie d'ĂȘtre avec toi.
Des pas approchent.
Tu pourrais faire un effort.
- Laisse-moi, s'il te plaĂźt.
Je voudrais terminer.
- Quelle drÎle d'idée.
- Quoi ?
- C'était tellement bien, pourquoi t'as rajouté un personnage ?
C'est qui ?
- Qui quoi ?
- La femme au 1er plan, c'est qui ?
Il soupire.
C'est Marthe ?
Ăcoute, j'ai rien contre elle, mais quand mĂȘme.
On est sur le point de se marier.
- Je vais devoir rentrer, Renée.
- Rentrer ?
OĂč ça, rentrer ?
- Chez moi.
Je vais devoir rentrer chez moi.
Ici, j'arrive pas Ă travailler comme je veux.
- Mais c'est ici, chez toi.
Tu veux plus qu'on se marie ?
Mais c'est dans 3 jours !
- Je suis désolé.
- Désolé ?
Tu m'as fait croire à cette mascarade pour en arriver à ça ?
Tu es un menteur !
Tu m'aimes pas, tu m'as jamais aimée.
- Je t'aime, Renée.
Ăa n'a rien Ă voir. - Non, tu m'aimes pas.
Tu m'as utilisée ! Toi et Marthe m'avez utilisée !
Vous avez fait votre petit trafic minable à mes dépens !
- J'ai été sincÚre.
Et Marthe aussi.
- SincĂšre ? Marthe ?
Et si j'étais enceinte ?
- Je subviendrais Ă tes besoins.
Et Ă ceux de l'enfant.
Tu ne manqueras de rien.
- Et puis merde !
Rejoins-la si ça te chante ! - Calme-toi !
J'ai horreur des scÚnes de ménage.
- Je voulais seulement ĂȘtre ta femme.
Je voulais ĂȘtre...
Ă toi.
Avec toi. Qu'on soit une famille.
Qu'on reste comme on a été ici pour toujours tous les 2.
- J'ai eu tort.
J'ai manqué de courage.
Pardonne-moi.
Cris
Renée !
- Non ! Ne me touche pas ! Ne me touche pas !
Grognements
Sanglots
Gémissement
Sanglot
Musique douce au violon
...
Des pas résonnent à l'étage.
...
- Petit canard s'est mis Ă la peinture.
- C'est de la merde.
- Non.
C'est bien.
TrĂšs bien mĂȘme.
- Tu dis ça pour te racheter.
- Non, je suis sincĂšre.
Je me dis qu'avec quelques cours, tu pourrais mĂȘme aller loin.
- Laisse tomber, c'est trop tard. Je vais faire du café.
- Non !
Moi.
Remets-toi au travail.
Je crois qu'il est temps
qu'on régularise la situation, toi et moi.
- Quelle situation ?
- Tu veux bien ĂȘtre ma femme ?
Mme Bonnard, officiellement ?
- Et ta famille ?
- C'est toi, ma famille.
Sanglots
Elle hurle.
Sanglots et cris
...
Elle ricane. Maria Boursin ?
Non mais, quand mĂȘme !
Tu peux me reprocher des choses, mais ça...
Maria Boursin...
Tu vas m'annoncer quoi ?
Que tu as 7 frĂšres et sĆurs cachĂ©s quelque part
et une mĂšre Ă charge ?
Rires Musique douce au violon
- AH ! Applaudissements
- Merci beaucoup.
- Oh !
Chérie !
Mais quel chemin ! Mais quel chemin. J'en suis encore toute retournée.
Quand j'ai vu ton carton d'invitation,
signé Marthe Solange,
j'ai mis quelques minutes Ă comprendre,
mais j'avais pas vu ton petit mot derriĂšre,
tellement adorable.
Alors ça y est, t'es une véritable artiste...
Si c'est ça que tu voulais, je suis heureuse pour toi.
- Bonjour Misia, c'est gentil d'ĂȘtre venue.
- Gentil ? Non, c'est tellement naturel.
Ne sommes-nous pas des vieilles amies ?
José Maria Sert. Mon nouveau mari.
Lui aussi est un grand peintre.
- Bonjour, Marthe. Heureux de vous connaĂźtre.
- Et alors, tous ces tableaux...
Ah !
Pierre.
Je vais aller lui dire bonjour.
T'es occupée. On se parle aprÚs.
Pierre !
Oh, Pierre... Rire ému
Oh, Pierre...
Oh ! Mes chéris !
Mes chéris, mes chéris...
Mmh...
Oh...
C'est elle ?
- Permettez-moi de vous présenter Henri Dumont, collectionneur.
- Enchanté. - Qui se souvient
de la petite Montchaty ?
- Montchaty ? - Ouais.
- Non, pourquoi ? - Une étudiante aux Beaux-Arts.
Elle venait poser pour nous.
- La petite blonde ? - Oui.
- TrĂšs mignonne ! - Oui.
- Renée. Je m'en souviens. - Pierre ?
Tu te souviens de la petite Montchaty ?
Elle posait pour toi. - Renée. Oui.
- Oui...
T'es pas au courant ?
Elle s'est suicidée.
Ă Rome.
On l'a retrouvée dans sa baignoire, baignant dans son sang.
- Oh ! - Pierre !
- Oh...
- Pierre ?
- Pierre... - Qu'est-ce qui se passe ?
- Renée est morte.
(Je l'ai tuée.)
Sanglots
(-Tu veux qu'on rentre ?)
- Hein ?
- Tu veux qu'on rentre Ă la maison ?
- Maintenant ? (-Oui.)
- Ton exposition...
- Quoi ? Elle est lĂ , mon exposition.
(Elle va pas s'envoler.)
(-T'es sûre ?) (-Oui..)
(Rentrons. Allez, viens.)
(Viens...)
On va rentrer.
Pierre est fatigué, moi aussi.
On rentre chez nous. C'est ce qu'on a de mieux Ă faire.
(Hein, Pierre ?)
Cris des mouettes
Musique douce
...
- Marthe ?
Tu es réveillée ?
Marthe !
Marthe ?
L'amandier...
L'amandier qu'on croyait mort, il est en train de refleurir.
En plein mois d'octobre.
Tiens.
T'as encore perdu tes lunettes.
Musique douce au violon
...
La musique ralentit et s'arrĂȘte.
Sonnerie de téléphone
...
Oui ?
Oui ?
Ah, bonjour, Charles.
Bien sûr, je suis là , je vous attends.
Ă tout Ă l'heure.
Chant des cigales
Marthe ?
Marthe !
...
Marthe...
- Qu'est-ce que j'apprends ?
Vous aussi avez été peintre, Mme Bonnard ?
Vous avez mĂȘme exposĂ© Ă Paris ?
- C'était y a longtemps.
- Mais oui.
Ă la galerie Druet.
Tu te souviens ?
Y avait tous nos amis.
- Au revoir, Mme Bonnard.
- Enterre-moi.
- Hein ?
- Enterre-moi.
- Au revoir.
- Qu'est-ce qu'elle a voulu dire ?
- Pardon ?
-"Enterre-moi".
Elle m'a dit "enterre-moi".
Vous l'avez entendue comme moi.
Qu'est-ce qu'elle a voulu dire ?
- Ne prĂȘtez pas trop attention Ă ce qu'elle dit.
Elle n'est plus vraiment lĂ .
Courage.
- Mon oncle, Pierre Bonnard.
Monsieur Montegazza.
Le notaire dont je vous ai parlé qui arrive de Rome.
- Entrez, entrez...
- M. Bonnard, c'est un honneur.
Le client dont j'ai parlé à M. Terrasse a trouvé ceci
dans l'appartement qu'il vient d'acquérir à Rome.
D'aprĂšs mes recherches,
c'est dans cet appartement qu'a été retrouvée morte
Mlle Montchaty, il y a une vingtaine d'années.
L'appartement est resté longtemps sous séquestre
avant d'ĂȘtre vendu rĂ©cemment aux enchĂšres.
L'ouvrier qui commençait les travaux l'a trouvé au fond d'une penderie.
Avant de le jeter, il a demandé conseil à son supérieur.
En homme de goĂ»t, ce dernier a quand mĂȘme
alerté le propriétaire qui m'a appelé.
Le tableau...
n'a pas été signé.
Mais en tant qu'amateur de vos Ćuvres,
il m'a semblé tout de suite identifier votre palette.
Jugez par vous-mĂȘme.
-Ăa, alors.
Je l'avais laissé à Rome.
Je l'avais complÚtement oublié.
- Sans signature, il n'a aucune valeur.
Mais au regard de la loi, cela nous arrange.
Pour clore le chapitre, je pense...
que ce tableau vous revient de droit.
...
- Pierre !
Pierre !
Sanglots
Elle est lĂ !
- Marthe ! - Elle est lĂ ...
Pierre... Elle est lĂ , Pierre...
Elle est lĂ .
HalĂštements - Marthe. Marthe. Marthe...
Calme-toi.
Sanglots Calme-toi.
Qui ?
Renée ?
Elle est morte, Marthe.
On y peut rien, toi et moi. ArrĂȘte avec ça !
Si c'est de la faute de quelqu'un, c'est de la mienne.
Légers sanglots
Musique douce
...
Marthe !
Marthe ?
Marthe !
L'amandier !
Il est couvert de fleurs !
- C'est bien, alors. Sois tranquille.
- Et dire que je voulais le faire couper.
Je vais le dessiner, tiens.
Et puis je vais le peindre. Pour toi.
Musique douce
...
Comme ça, c'est mieux, non ?
...
Claquement
La musique s'atténue.
...
Vrombissement du moteur
Grincements du portail
- Mon oncle !
Vous ne voulez pas dormir Ă la maison ?
Madeleine s'inquiĂšte de vous savoir seul.
- Madeleine s'inquiĂšte.
Mais de quoi ?
Je n'ai pas de chagrin.
Je suis juste tout bonnement furieux. Et j'ai envie de crier !
Merde ! Merde ! Merde et merde !
...
(Tout ça manque cruellement de jaune, tu ne trouves pas ?)
...
Cris amusés
- Viens, Pierre !
Musique douce au violon - Oui, viens, viens !
Pierre !
Viens !
Viens, Pierre !
Pierre ! Viens !
Allez, viens !
Viens !
Allez, viens !
Viens ! Rire amusé
Allez, viens !
Cri
Musique douce au violon
...
La musique ralentit et s'arrĂȘte.
Musique entraĂźnante au violon
...
Sous-titrage : VDM
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