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Original subtitles

À NOTRE PÈRE

AOÛT 1948, À CALCUTTA.

MÈRE TERESA ATTEND ANXIEUSEMENT LA PERMISSION DU PAPE PIE XII

DE QUITTER LA CONGRÉGATION RELIGIEUSE DES SŒURS DE LORETTE

ET DE FONDER SON PROPRE ORDRE.

Que Dieu te bénisse.

Tout va bien. Respirez. Doucement.

Inspirez. Expirez.

JOUR 7

- Bonjour, Mère. - Bonjour, Agatha.

- Il y a du courrier ? - Non.

J'ai perdu un autre enfant aujourd'hui.

Un enfant ?

Oui.

Un bébé.

L'horreur.

Tous ces gens, ces enfants... Des cadavres partout.

Et nous, ici...

Mais qu'est-ce que vous...

- Mais... ! - Il ne faut pas s'attacher...

aux espaces et aux objets.

C'est un exercice salutaire que de réaménager son espace.

Un exercice que tu ne pratiques pas assez, et tu le sais, ma sœur.

C'est inutile.

Il faut... donner l'exemple si l'on veut que les autres le suivent.

Ce matin, je me suis dit que...

nous devrions toutes avoir des numéros.

Les sœurs seraient envoyées en mission selon une logique préétablie,

en fonction des missions effectuées,

de l'ancienneté...

Ce serait un système plus juste.

Il n'y aurait ni préjugé, ni discrimination,

ni favoritisme.

Et quel serait mon numéro ?

Ton numéro ?

Le numéro 1.

Vous êtes un homme, vous pouvez tout faire.

Moi, je suis coincée ici.

Dans cette prison.

À attendre dans le confort que le monde change.

Je suis une femme.

Dans un système dirigé par des hommes.

Des hommes comme vous.

Des hommes, des hommes, que des hommes...

Regardez ces murs.

À quoi servent-ils ?

Qu'avons-nous à craindre ?

Serait-ce une perte de foi ?

Oui, peut-être.

Est-ce un crime ?

Je me le demande, parfois.

Diriger le couvent ne me suffit plus. C'est fatigant et vain.

Est-ce si terrible de l'avouer ?

Je vous connais depuis dix ans.

Nous n'étions pas qu'un confesseur et une pénitente, nous étions plutôt...

Comme frère et sœur.

Comme un frère et une sœur.

Et nous resterons comme un frère et une sœur.

Qui vous remplacera ?

- Sœur Agnieszka. - En a-t-elle été avertie ?

Oui.

Mère...

Mon Père.

Très bien.

"CH"...

Comme "chapeau" et quoi d'autre ? On connaît un autre mot...

Cheveux !

- Un autre mot ! - Chat !

Chat. Ça fait quoi, un chat ?

Chat.

Bonjour, les filles.

Bonjour, Mère.

Bonjour, Mère.

J'ai laissé quelque chose pour toi dans mon bureau.

Merci.

- "I" - Igloo !

Quoi d'autre ?

- "I". - Inde.

- Inde ! - Inde. Inde !

Ma sœur !

C'est toujours un plaisir.

De même. Combien m'en donnez-vous ?

- Deux-cent-vingt roupies. - Non !

Ça vaut plus.

Deux-cent-quarante, pas plus.

Trois cents.

Deux-cent-quatre-vingt-dix.

- D'accord. - Très bien.

Un sac de farine et un sac de lentilles.

- Namaste. - Merci.

Mère.

- Où étais-tu ? - Votre règlement.

Ah !

C'est très bien. Et quelle belle écriture !

...se vêtir d'un simple vêtement de coton...

...sortir à deux,

utiliser le moyen de transport le plus économique,

réciter le rosaire en voyage...

Rendre visite à sa famille...

une fois... tous les... dix...

ans.

Et en cas d'urgence ?

Un décès dans la famille ?

Les règles s'appliquent à toutes. Sans exception.

Sans exception...

- Je n'ai fait que vous soutenir. - Oui.

- ...s'engager à vivre... - Vous. Votre vision.

Notre vision.

Ma sœur...

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Rien.

- Quelque chose ne va pas ? - Non.

J'ai décidé

De suivre Jésus

J'ai décidé

De suivre Jésus

J'ai décidé

De suivre Jésus

Pas de retour en arrière

Pas de retour en arrière

J'ai décidé

De suivre Jésus

C'est du pain.

Que Dieu te bénisse.

Que Dieu te bénisse.

Que Dieu te bénisse.

JOUR 6

Vous avez l'air fatiguée.

Qu'est-ce que c'est ?

Les gens de la banque me l'ont donnée.

Ils ont remarqué combien il était difficile de tenir nos comptes

alors ils sont passés hier pour nous offrir cette superbe machine.

Ils m'ont dit : "Votre vie sera bien plus facile avec ça, ma sœur !"

- Et c'est le cas ? - Oui.

Il manque un tout petit peu d'argent. Trois fois rien.

Combien ?

Presque rien. Quelques centimes tout au plus.

Chaque centime compte.

On doit se montrer précises.

Je sais bien.

Mais j'ai vérifié deux fois.

Vérifiez encore. On ne peut rien laisser passer en matière d'argent.

Il y a des bruits qui courent sur sœur Agnieszka et vous.

Toujours par monts et par vaux, nuit et jour, à faire Dieu sait quoi.

Il faut ignorer les bruits de couloir.

Notre place est ici.

Entre les murs du couvent.

Depuis quand des questions aussi triviales vous préoccupent-elles ?

Notre réputation n'a rien de trivial.

N'avons-nous pas été assez critiquées à cause de vous et père Friedrich ?

Voulez-vous une nouvelle fois faire l'objet de ragots ?

Père Friedrich est l'homme le plus pur que je connaisse.

Et vous le savez.

Il suffirait de faire accompagner soeur Agnieszka dans ses courses

pour mettre un terme aux rumeurs.

Une fois que je serai partie, vous n'aurez plus à vous en inquiéter.

Si je puis me permettre, Mère, vous en parlez avec certitude.

Or, nous savons, vous et moi,

que rares sont les religieuses qui ont eu le droit de partir

pour fonder leur propre congrégation.

Ce droit n'a pas été accordé à Mary Ward et vous pensez qu'ils vous l'accorderont ?

Vous vous pensez meilleure qu'elle ?

Bien sûr que non, ma sœur.

Qu'essayez-vous de me dire ?

Ne vous laissez pas aller à l'orgueil, ma chère.

On ne peut pas garder cette machine.

Mais pourquoi, enfin ?

Avez-vous un cerveau, numéro 2 ?

Ne m'appelez pas par un numéro.

- Oui ou non ? - Oui.

- Et avez-vous des mains ? - Bien entendu.

Alors quel est l'intérêt de cette machine ?

Cela simplifie grandement les choses.

C'est plus précis.

Et pourtant, il manque de l'argent.

N'est-ce pas ?

Nous rendrons cette machine demain. À la première heure.

Merci, Mère.

Cinq, six, sept, huit...

Bonjour, jeunes filles.

Bonjour, Mère.

- Bonjour ! - Bonjour !

- Bonjour ! - Bonjour.

Vous ne devriez pas être à la prière du matin ?

- Mère ! - Ma sœur ?

Je ne me sens pas bien ce matin.

C'est ce qu'on m'a dit.

Est-ce que je t'ai mis trop de pression avec ma décision ?

Je... Je ne peux pas...

"Pouvoir" ou "ne pas pouvoir" sont des mots qui n'existent pas

dans notre vie monastique.

Notre devoir outrepasse notre volonté, tu le sais.

Il ne s'agit pas de volonté.

De quoi s'agit-il ?

Moi aussi, je vais devoir m'en aller.

Tu n'as aucune raison de partir.

Si.

Je suis enceinte.

Enceinte ?

Enceinte ?

Comment as-tu pu me faire une chose pareille ?

Qui est-ce ?

Où l'as-tu rencontré ?

Je vous en prie.

Je devine à te regarder qu'il n'a pas l'intention de te revoir.

- Je vous en prie. - "Je vous en prie" ? "Je vous en prie" !

Tu as forniqué avec un homme !

Il est mort dans mes bras.

Il y a trois mois, quand vous m'avez envoyée au Pendjab.

Laissez-moi partir avec vous !

Tu as tout gâché !

- Je suis tombée amoureuse. - Amoureuse ?

Qu'est-ce que tu sais de l'amour ?

Comment as-tu pu...

Comment as-tu pu laisser quelqu'un te toucher ?

S'il s'agit d'amour, il n'y a guère de remède, n'est-ce pas ?

Comment puis-je rester ici ?

Et quand les gens l'apprendront ?

Ce sera la fin du couvent et qu'adviendra-t-il de vous,

ma guide spirituelle et mère supérieure,

si vous laissez une femme enceinte poursuivre sa vie religieuse ?

Tu as pris ta décision quand tu as succombé à un homme.

À présent, à toi d'en assumer les conséquences.

Il est peut-être effectivement temps pour toi de partir.

Les autres sœurs n'en sauront rien.

Ce sera le seul secret que je garderai.

Prends tes dispositions.

Bonjour, sœur Mercedes.

Pas de courrier pour vous aujourd'hui.

Numéro 40.

Numéro 17.

Numéro 13.

Utilisez tout le corps. Voilà, comme ça.

Numéro 17 ?

Plus profond.

Parfait.

Très bien.

Laissez-moi partir ! Laissez-moi !

Laissez-moi tranquille ! Laissez-moi !

Lâchez-moi !

Laissez-moi partir !

Lâchez-moi !

Tu veux aller là ?

Ou tu veux rentrer à l'intérieur avec moi ?

À toi de choisir.

Si tu veux revenir avec moi, tu dois bien te tenir.

Tu comprends ?

Rassemblez les filles, qu'elles ne courent pas partout.

Oui, Mère.

C'est pour toi.

Je vous en supplie, Mère. Donnez-moi un peu à manger.

Venez vous asseoir.

Il paraît que sœur Agnieszka est souffrante ce matin.

C'est exact, sœur Mercedes.

Elle ne se sent pas bien.

Peut-on faire quelque chose, Mère ?

- Arroser le potager, peut-être. - Je m'en charge.

Non.

On n'arrose pas en plein soleil. Plus tard.

Petite cochonne ! Petite dégoûtante !

Pourquoi une telle cruauté, ma sœur ?

Sept ans, ma sœur. Sept ans que j'écris ces lettres.

Mais rien ne change jamais.

Je regarde autour de moi, et je ne sers à rien ici.

On n'a pas besoin de moi ici.

Alors j'écris, j'écris, j'écris...

Pardon, pardon, pardon...

Pardon, pardon, pardon...

Il m'arrive à moi aussi d'être fatiguée, Mère.

Fatiguée ?

Je ne suis pas fatiguée, non.

Mon Dieu, aide-moi à me soumettre à tes commandements.

Oui ?

Pardonnez-moi de vous déranger si tard, mais sœur Agnieszka vous réclame.

Merci, ma chère.

Prions.

Seigneur, apprends-moi

à être douce et humble en toutes circonstances de la vie,

face aux déceptions, à l'indifférence des autres,

à l'insincérité de ceux en qui j'avais confiance,

et à l'infidélité de ceux sur qui je comptais.

Amen.

JOUR 5

Mère ?

Ne devrait-on pas appeler père Friedrich ?

Que ferait-il que nous ne saurions faire ?

Tu as demandé à me voir.

L'amour.

L'avez-vous déjà connu ? Ressenti ? Le vrai amour ?

Bien sûr !

Tous les jours. Je suis mariée avec Lui.

Je parle de l'autre forme d'amour.

Je ne compromettrais jamais ma mission pour les plaisirs de la chair.

Je vais rentrer chez moi.

En Pologne ?

Tu n'as plus rien là-bas.

Mère, je n'ai jamais douté de vous.

Mais si, tu doutes.

Bien sûr que tu doutes.

Tu m'as trahie.

Il est mort dans mes bras. Dans mes bras.

La voix de Dieu, j'ai besoin d'elle.

Aidez-moi. Que vais-je faire ? Je n'ai plus de foyer.

Vous nous avez enseigné que Dieu condamne les pécheurs à l'enfer.

Je suis prête.

Je dirigerai le couvent.

Et vous inspirerez des milliers d'autres, qui sauveront des millions de vies.

- C'est l'appel auquel je dois répondre. - Tu m'effraies.

On peut demander au Dr Kumar.

J'y ai réfléchi et j'en suis sûre.

Il faut que vous demandiez au Dr Kumar pour moi.

Je vous en prie.

Jamais !

Demandez-lui, je vous en prie.

Personne ne le saura. Personne sauf vous, le Dr Kumar et moi.

Et Dieu.

Ma sœur.

Et Dieu.

Pardonnez-moi, mon Père, car j'ai péché.

Sommes-nous mardi ?

Non, mais...

Je vous écoute, ma sœur.

Un bébé peut-il être un péché ?

Non, car un bébé n'a pas conscience de sa propre existence

et pourtant, notre seule existence...

fait de nous des pécheurs.

Nous sommes tous des pécheurs.

En effet.

La tentation nous cerne de toutes parts.

Le mensonge est un péché.

Oui, même si certains n'en sont pas.

Infliger la mort est un péché.

Infliger la mort ?

Abraham aurait sacrifié son propre enfant.

Ce meurtre...

n'est-il pas comparable à un avortement ?

J'ai maintes fois entendu l'Église s'élever contre l'avortement

et je suis convaincu qu'on ne condamne pas l'acte mais les femmes qui s'y résolvent.

Je vous ai entendue parler de ces femmes comme si vous ne vous étiez jamais demandé

ce qu'elles avaient traversé, ce qu'elles ressentaient.

Comment pourrions-nous savoir ce qui les amène...

ou les oblige à prendre cette décision ?

Pour vous, l'avortement n'est donc pas un péché.

C'est à Dieu qu'il revient d'en décider.

À mon sens,

l'avortement n'est un péché que lorsqu'on y force une femme

qui veut garder l'enfant.

Ça reste un péché.

N'avez-vous jamais...

souhaité devenir père ?

Un père biologique ?

Pourquoi me parler de cela maintenant ?

Pardonnez-moi.

Mère...

Je suis navrée que le docteur soit déjà parti.

Je suis venue pour utiliser votre téléphone.

- Bien sûr. - Oui ?

Venez.

Asseyez-vous, je vous en prie.

Quelle drôle de journée.

Sœur Agnieszka est passée un peu plus tôt.

Oui, je suis au courant.

Je ne l'avais jamais vue si tourmentée.

Il y a des jours où tout le monde a besoin du docteur et il n'est pas là.

Un peu de thé ?

C'est très aimable, mais je dois téléphoner au plus vite.

Bonjour, que puis-je pour vous ?

Bonjour, je voudrais faire un appel international pour le Vatican.

- Le Vatican ? - Oui.

Je transfère l'appel.

Allô ?

Ici la mère supérieure de Calcutta. Je voudrais parler à Monseigneur Tulli.

- Ne quittez pas. - Merci. Dieu vous bénisse.

Qu'en est-il de ma requête ?

Une décision a-t-elle été prise ?

Puis-je espérer recevoir une réponse positive prochainement ?

Pardon ? Pouvez-vous répéter ?

Allô ?

Je ne vous entends plus. Allô ?

Mère ?

Oui, ma sœur.

La lettre est arrivée.

Plus tôt ce matin.

Je l'ai déposée dans votre cellule.

Merci, ma sœur.

"Ma chère Révérende Mère,

"Après mûre réflexion et une fervente prière,

"nous avons décidé de vous accorder le..."

Merci.

Merci.

"Tel est mon souhait, en vous bénissant,

"ainsi que toute la congrégation des futures Missionnaires de la Charité."

Enfin.

Je suis née ici.

À Skopje.

En Macédoine.

Où est-ce ? Sur quel continent ? Vous vous souvenez ?

Riva ?

- En Europe. - En Europe. Très bien.

Notre leçon de géographie est terminée pour aujourd'hui.

Bon travail, les filles. Bonne journée.

Mon Père !

Au revoir, jeunes filles.

Mon Père.

Qu'est-ce qui vous amène, mon Père ?

Vous allez me manquer.

Vous savez que je dois donner mon approbation

pour votre successeur, sœur Agnieszka.

Mais pour cela, je dois m'entretenir avec elle

pour évaluer sa capacité à reprendre vos fonctions.

Oui, bien entendu.

Je dois la voir.

Aujourd'hui, c'est impossible, mais j'arrangerai une rencontre.

Vous comprenez, j'espère.

Bonne journée, mon Père.

Tu abuses de ma bonne volonté.

Tu es allée voir le docteur Kumar.

Depuis quand sais-tu mentir ainsi ?

Le Seigneur n'est pas Dieu de haine. Dieu est amour.

Tu as trahi Dieu, et moi avec.

Je ne participerai pas à tes manigances.

Prends tes dispositions et pars.

Et qu'en est-il d'aider les pauvres et les gens dans le besoin ?

Oh, tu te compares...

- ...aux gens dans le besoin ? - Je suis dans le besoin.

- De ton propre gré. - Que feriez-vous à ma place, Mère ?

Jamais je n'aurais pu être à ta place.

Je ne suis pas à ta place.

Je pensais que vous seriez heureuse.

Je suis heureuse.

Nous accueillons notre sœur Nous accueillons notre sœur

De tout notre cœur

Nous accueillons notre sœur

Merci, mes sœurs.

Celles qui doivent passer à la laverie peuvent y aller.

JOUR 4

Bonjour, Mère. C'est toujours un plaisir.

- Je vous en prie. - Le plaisir est pour moi, Dr Kumar.

- Tout va bien à l'hôpital ? - Comme d'habitude.

On opère, certains guérissent, d'autres meurent.

On meurt plus qu'on ne guérit.

Sœur Agnieszka est venue me voir.

Je suis au courant de son état.

En Inde, des barbiers se disant médecins pratiquent ces actes.

- Ankita ! - Oui, docteur ?

- Emportez ça dehors. - Oui, docteur.

Merci.

Je peux l'aider.

- Je ne vous demande pas ce genre d'aide. - Mais elle, si.

Certains le font en dépit de la loi.

Elle ira les voir.

Au risque de sa vie.

Docteur Kumar...

Vous savez la confiance que j'ai en vous.

Cette confiance est réciproque.

Vous avez toujours été là pour moi, vous et Mme Kumar.

En effet.

Et vous continuerez à l'être.

Oui.

Offrez-lui un toit.

Accueillez-les, elle et son bébé. S'il vous plaît.

Je croyais que son foyer était avec vous.

Plus maintenant.

Vous me demandez de la recueillir pour vous débarrasser d'elle ?

En quoi est-ce un péché moins grand ?

Merci de m'avoir reçue, docteur.

Mère, écoutez-moi.

Mère !

Vous vous rappelez quand vous m'avez invitée à la maternité, l'an dernier ?

Bien sûr, c'était juste après l'indépendance.

Je me souviens de vos paroles.

Vous disiez que les femmes souffraient, non pas de douleurs physiques,

mais du fait de faire naître des enfants dans un monde où l'on tue et torture.

Vous souvenez-vous de ce que je leur ai dit ?

J'ai dit à ces mères qu'il n'y avait rien de plus sacré que leurs enfants.

Et que ces enfants construiraient un monde meilleur.

J'y crois encore, docteur.

Pardonnez-moi, Mère...

Je suis un homme de science.

Je crois en la liberté de choisir.

Bonne journée à vous, docteur.

Bénissez, Seigneur, nos personnes et ces dons qui viennent de vous

par Notre Seigneur Jésus-Christ.

- Amen. - Amen.

Sœur Agnieszka souffre d'une appendicite.

C'est pour cette raison qu'elle est absente.

Continuez à manger.

Tu as un peu de retard.

Mon vêtement avait une tache de sang. J'ai voulu la laver mais...

elle est encore visible.

Alors on lui amena des petits enfants,

afin qu'il priât pour eux.

Mais les disciples les repoussèrent.

Qui fut repoussé ? Les enfants ou les disciples ?

Qui peut me le dire ?

Jésus dit : "Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi

"car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent."

Il prit les enfants dans ses bras, posa les mains sur eux

- et les bénit. - Je n'aime pas les tout-petits.

Sœur Agnieszka, je vais te raccompagner à ta chambre.

Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau.

Et voici, les cieux s'ouvrirent,

et il vit l'Esprit de Dieu descendre sur lui.

Et mon corps me fait mal à l'endroit de la tache.

Quand on m'a enlevé l'appendice, la douleur était insoutenable.

- Retournons à ta chambre. - Jésus !

Jésus. Jésus. Jésus.

Jésus. Jésus.

Ah, Jésus ! Jésus ! Jésus !

Jésus leur dit :

Jésus leur dit : "Je vous le dis en vérité,

"si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme ces petits enfants..."

- Ma sœur... - "...vous n'entrerez pas

"au royaume des cieux."

Mercedes.

Silence !

Allez !

Vous vous rappelez quand votre frère vous a raconté

qu'il était général dans une armée ?

Vous vous souvenez de votre réponse ? Hein ?

Vous avez dit que vous étiez aussi un général.

Que votre armée était une armée de femmes. C'est nous, les sœurs, votre armée !

J'ai répondu à l'appel. C'est pour ça que je suis ici avec vous.

Comme un sacrifice.

Pour l'amour, pour Dieu et pour le couvent.

Je n'ai jamais demandé un tel sacrifice. Assieds-toi sur le lit.

Voilà, c'est bien.

Et pourtant, si.

Voilà, c'est bien.

Isaac.

Isaac ?

Je l'aurais appelé Isaac.

Ce qui fait de moi Abraham et il n'y a pas plus grand héros.

Repose-toi.

Repose-toi.

J'ai besoin de votre aide.

Repose-toi.

Ces temps-ci, j'ai pensé à ma mère.

J'ai longtemps cru qu'il suffisait de lui écrire

pour ne pas qu'elle s'inquiète pour moi.

Je pensais à elle deux fois par an.

À Noël et à Pâques.

Et aujourd'hui, j'ai oublié son visage.

J'ai cette vision qui revient encore et encore

de ma mère en train de faire du pain.

Ses mains...

Ses mains qui pétrissent la pâte...

Ses mains qui répandent la farine sur la table et...

Ses mains qui disparaissent dans la farine...

Ma mère était bonne.

Elle était très bonne.

Tous les dimanches, elle faisait du pain pour les familles pauvres.

Tous les dimanches, nous avions faim.

Cette vision de votre mère que vous gardez au plus profond de vous

nous relie plus que toutes les discussions que nous avons eues depuis dix ans.

Sœur Agnieszka est le bon choix.

Vous avez raison.

Elle n'est pas vous, mais elle a la force nécessaire.

C'est elle qu'il nous faut.

JOUR 3

Dieu Tout-Puissant, Père d'amour,

je t'aime de tout mon cœur.

Je t'offre mes pensées et mes actions,

et j'implore ta bénédiction pour cette journée.

Aide-moi à toujours te connaître, t'aimer et te servir,

et à me réjouir pour l'éternité avec toi au ciel.

Dieu Tout-Puissant, Père d'amour,

je t'aime de tout mon cœur.

Je t'offre mes pensées et mes actions...

Qu'est-ce que vous faites là ?

Retournez immédiatement à vos tâches.

Que veux-tu ?

Où vas-tu ?

Pardonnez-moi. Besoin naturel.

Oui !

Par ici !

Ici !

Mercedes est douée en calcul.

Elle vous aidera à partir de maintenant.

Asseyez-vous.

C'est un travail complètement différent.

C'est difficile à croire mais je...

Restez, je vous prie.

Asseyez-vous.

Les épreuves d'une vie façonnent souvent l'essence même de notre âme.

Elle s'appelait Sarah, avant de se convertir.

C'était le seul moyen d'échapper au camp de concentration.

Je sais.

Sarah...

Le nom de la femme qui a failli voir périr son fils aux mains de son mari

et seule l'intervention d'un ange de Dieu a sauvé son enfant.

J'ai une autre idée.

- Sœur Mercedes. - Non.

Vous aviez raison. C'est sœur Agnieszka qu'il faut.

Elle sera ma pénitente après votre départ.

Et moi, je serai son confesseur.

Vous l'avez vu ?

Il y avait un petit garçon !

Réveillez-vous, mes sœurs ! Mes sœurs...

Le garçon. Il est forcément là.

Il est petit. Habillé en blanc.

Il a soufflé de la farine.

Tu es là ? Il est forcément quelque part.

JOUR 2

Il n'y avait pas d'enfant dans la cuisine et pourtant, je l'ai vu.

Est-ce que je perds la tête ?

Les hallucinations sont un symptôme de folie.

Je l'ai vu me souffler la farine au visage,

mais en réalité, c'est moi qui me suis recouverte toute seule.

N'est-ce pas la preuve de ma folie ?

Ou d'une tentation qui voudrait me détourner de ma mission ?

Pour tenter les saints,

le diable leur envoie des créatures démoniaques

ou leur montre des scènes de dépravation.

Moi, il m'a envoyé un enfant.

Et si c'était...

le diable qui voulait m'envoyer dans cette mission ?

Ou mon orgueil ?

Et si mon orgueil m'avait ordonné de vivre parmi les plus pauvres des pauvres ?

De les aider au nom du Seigneur

pour me donner l'illusion que je me suis sacrifiée moi-même.

Ne serait-ce pas mon orgueil qui a créé cette image d'héroïne et de sainte ?

C'est une possibilité.

Mais qu'en pensez-vous ?

Je sauverai des millions de vies.

Une vie en vaut des millions aux yeux du Seigneur.

Vous avez tant de choses à l'esprit,

j'ai l'impression que votre enthousiasme pour votre mission pourrait en pâtir.

Devrais-je devenir mère ?

Vous êtes une mère pour tous.

Je voulais dire biologiquement.

Être la mère de...

quelqu'un né de mon sang,

que j'aurais porté sous mon cœur,

que j'aurais...

que j'aurais allaité,

bercé et...

dont j'aurais calmé les pleurs,

à qui j’aurais fait faire ses premiers pas, dire ses premiers mots.

Devrais-je nourrir un enfant plutôt que mon propre orgueil ?

Une mère et une sainte ?

Une mère ou une sainte ?

Je ne peux plus continuer.

Mon Père !

Vous avez reçu votre lettre...

Oui.

Maintenant vous n'avez plus besoin de moi.

Père Friedrich !

Ô, Seigneur, mon Dieu

Lorsque je songe avec émerveillement

À tous les mondes que Tes mains créèrent

Je vois les étoiles

J'entends le tonnerre gronder

Ton pouvoir se révèle dans tout l'univers

Et quand je pense

Que Dieu, n'épargnant pas Son fils

L'envoya à la mort

Je ne peux que rarement comprendre

Que sur la croix

Portant volontiers mon fardeau

Il saigna et mourut

Pour racheter mes péchés

On me punit.

Vous avez raison.

Juste au moment où j'ai pris conscience de mon désir d'être mère.

Pas une mère comme vous, mais une mère pour cet enfant.

Je suis désolée. Je suis désolée. Je suis désolée.

Agnieszka, je vais envoyer chercher le docteur Kumar.

Je vais chercher de l'aide. Ne bouge pas. Tu as compris ?

- Je suis désolée. - Ne bouge pas. Compris ? Ne bouge pas.

Je reviens. Je reviens !

Prends le rickshaw.

Dis-lui de faire vite.

Le docteur Kumar va arriver.

Je te demande pardon.

Mon pardon ?

Pour quoi ?

Pour ma cruauté à ton égard.

J'entends mon enfant respirer.

Je suis vraiment désolée.

- Bonjour, Mère. - Dr Kumar, par ici.

Apportez-moi de l'eau chaude et des serviettes.

- Occupez-vous de l'eau chaude. - Oui.

Tu t'es bien débrouillée. Va m'attendre à la cuisine.

Oui, Mère.

Vous aussi, Mère.

Oui, bien sûr.

JOUR 1

Je ne reviendrai pas, Mère.

Je sais.

Se vêtir d'un simple vêtement de coton.

Se munir d’un simple sac en tissu et ne pas porter de montre au poignet.

Ne porter ni anneau ni accessoire.

À l'exception d'un parapluie.

Toujours sortir à deux.

Utiliser le moyen de transport le plus économique.

Réciter le rosaire en voyage.

N'avoir aucun compte bancaire personnel ni propriété à son nom.

Pas d'argent personnel.

Quand partez-vous ?

Sur-le-champ.

- Vous savez que je ... - Je sais.

Oui...

JOUR 0

Que Dieu vous bénisse.

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