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La pluie ! Dieu nous bénit !

Ce sera un mâle ! Promis !

Oui, monsieur le comte !

Deus lo Vult : Dieu le veut !

Notre belle devise.

Deus lo Vult ! Deus lo Vult !

Courage, madame la comtesse !

- Chère amie, un mâle... - Monsieur le comte !

C'est promis.

Voyons, monsieur le comte !

- Un mâle ou je vous éclate le nez. - M. le comte, il faut vous retirer.

Vous avez la charge d'assurer la lignée.

Ça sera un mâle, je le sens. Mon sang bout ! Mes orteils frétillent !

Allons, pourquoi cette panique ?

Souvenez-vous, vous avez la charge d'assurer la lignée.

Courage, madame la comtesse !

Vous entendez ? Le grand moment est arrivé.

- Courage, madame la comtesse ! - Courage !

Merci.

Vous n'avez rien à boire ?

Dieu se fout de notre impatience.

Il n'est pas pressé, lui. Il patauge dans l'éternité.

M. le comte !

C'est un garçon !

Un héritier ! Il est superbe.

C'est un beau bébé.

Félicitations, monsieur le comte !

Sonnez, trompette !

Que se passe-t-il ?

Fermez la fenêtre ! Le bébé !

Mais fermez cette fenêtre !

M. le comte remercie Dieu.

Il faut vous protéger de la pluie glacée !

Je me fous de la pluie ! On se fout de la pluie !

Merci, mon Dieu ! Ma lignée est assurée !

Sonnez, trompettes !

Bravo !

Mon Dieu, que ce monde est beau...

Petit cœur vaillant,

Dieu t'aime. Il va te guérir.

- Je comprends pas. Les os, ça se recolle. - Oui.

Mais pour les jambes de mon petit Henri, vous êtes impuissant.

Je méprise les impuissants.

Les médecins, ici, sont impuissants. Et pourquoi ?

Mme la comtesse, pourquoi ?

En vous mariant, vous saviez le risque que vous preniez.

Vous êtes apparentée à votre mari.

- Nos mères étaient sœurs. - Oui.

On ne donne pas la vie n'importe comment.

Ne baissez pas les yeux.

Rentrez chez vous.

En restant, vous n'aidez pas votre fils à accepter son malheur.

Quel malheur ?

Z‘yeutez les solitaires aux poches rembourrées.

Petite Pomme, t'as vu ?

Une poire ?

Fais-lui de l'œil, Mme Fourre-Tout.

- Alphonse, comte de Toulouse. - La môme Crevette.

- Me ferez-vous l'honneur... - Ventre à terre !

Un gentilhomme ! Mazette !

Il va valser, l'aristo.

C'est beau de faire valser la noblesse française.

Ici, c'est chic et beau. Vous venez souvent dans ce caboulot ?

Du champagne rose ! Deux bouteilles pour commencer.

Pose ton postérieur sur le velours, Alphonse.

- Mon comte, de quoi qu'on cause ? - De ma semence, bien sûr.

De son inutilité dans le cadre de mon mariage,

et que je vous offrirai après souper.

Ben, mon colon...

Il présente ça comme un cadeau.

T'as mis dans le mille, Alphonse. C'est une liqueur raffinée.

Madame la comtesse...

Dieu a besoin de souffrance pour racheter le monde.

Que Dieu me frappe, pas mon fils !

Dieu est moins bête. Il ne va pas vous écouter.

Allez, je vais vous préparer un lait chaud.

Que Dieu me frappe ! Que Dieu me frappe !

Accordez-moi les souffrances

que vous lui destinez.

Monsieur cloche-pied...

Salut, nabot.

Pour madame la comtesse.

Gabriel et les cousins d'Henri vont le distraire.

Ils arrivent samedi.

M. Henri ! Tous vos cousins seront là samedi !

Jeanne d'Armagnac vient aussi ?

Jeanne ? Où est Jeanne ?

- Jeanne ? - Elle est là-bas, avec Henri.

Jeanne ?

- C'est Gabriel. - Jeanne !

Ces imbéciles nous défient !

Jeanne.

Quoi ?

- Je t'écoute, monsieur barbu. - Aïe !

Mon père dit qu'il faut apprendre la vie avant de faire pousser le poil.

Pour lui, c'est quoi, la vie ?

La chasse et les femmes.

"La chasse et les femmes"...

Pour toi, la vie, c'est...

La peinture.

Et...

Vous.

Jeanne d'Armagnac, je te donne ma vie.

Henri, si l'amour vient, je peux très bien vous épouser.

Ces petits bonshommes nous défient et veulent faire une partie de ballon.

Non. Pas maintenant. Cet après-midi après la promenade.

- Pourquoi ? - Parce que je l'ai dit

et parce qu'ici, c'est moi qui décide.

Mon vieux, cette femme est splendide.

Ses qualités de cœur m‘émerveillent.

En pensant à elle,

je me caresse trois fois par jour.

Et toi, à qui penses-tu, lorsque tu te caresses ?

À qui ?

- Gabriel ? - Pardon ?

Tu es sourd.

Ça ne m'étonne pas. La masturbation rend sourd.

On va faire une promenade !

D'abord, on joue au ballon.

- Non. D'abord, une promenade. - Envoie le ballon !

Oui ! Hop !

Tu peins ta mère comme une reine en exil.

C'est une reine, une déesse.

Une déesse, et moi, je la piétine.

Je la piétine.

Avec vous, je suis une brute.

Pourquoi vous diminuer aux yeux d'Henri ?

Henri, la réalité est pire.

Je suis une truie.

Chère amie, dans ce château, je m'ennuie.

Mardi, à l'aube, à Paris, j'offre le lait de mes juments à mes amies.

Amies, i, e ?

Pourquoi acceptez-vous les maîtresses de mon père ?

Plutôt refuser que le soleil brille.

Ce n'est pas une réponse.

Si.

Interroge ton cœur.

Henri, la peinture, c'est un métier. La vie aussi, ma chère.

La peinture, Henri, ça s'étudie à Paris.

Oh ! Du pain d'épices, de la cannelle et du miel.

Quand vous aurez rempli vos panses, nous organiserons une course en sac.

Très bien !

J'ai récupéré des sacs de farine géants chez les fermiers.

Jeanne, je vous aime.

- Répondez-moi ou je vais m'évanouir. - Moins de pathétique, je vous prie.

C'est de mauvais goût.

Non !

Un nabot qui fait une demande en mariage

et qui tombe dans un abîme, c'est pas pathétique, c'est rigolo.

L'amour ne se commande pas.

Henri, restons amis.

Amis à mort !

- Regardez, un morse amoureux ! - J'en meurs...

Henri, ta carrière est toute tracée :

le cirque.

Alors, on bouffe de la peinture, mon vieux ?

Jeune baptisé, veux-tu entrer dans l'atelier Cormon ?

C'est beaucoup de prétention pour un bas du cul.

Beaucoup de prétention, oui, si j'en juge par vos barbouillages.

Voici les "croûtes".

Enfin, voici les crottes de monsieur de Toulouse !

Beurk !

Mais, pour nous faire oublier ses diarrhées picturales,

notre provincial nous offre...

Foie gras d'Albi,

- jambon de pays et friandises ! - Ouais !

- Toulouse est des nôtres ! - Oui !

♪ Allons enfants de la peinture ♪

♪ Le jour de gloire va arriver ♪

♪ Nos anciens l'auront dans le cul ♪

♪ Le pinceau est déjà commandé ♪

Oh ! C'est très beau. Ça doit être très bon.

C'est nos premières groseilles

- qui arrivent d'Albi ce matin. - Bien !

♪ Aux armes les rapins ♪

♪ Sortez vos convictions ♪

♪ Marchons, marchons ! ♪

♪ Que les anciens L'accueillent bien profond ♪

Bien profond !

Henri de Toulouse-Lautrec, éminent peintre français.

Bonne lessive, Henri.

Au revoir, messieurs-dames.

Au revoir, messieurs-dames !

Mère...

"voici ton fils", comme il est dit dans l'évangile.

Henri, vous parodiez les écritures.

Pas de panique. Les blasphémateurs sont des pitres.

Les pitreries n'excusent pas les blasphèmes.

Je veillerais à ce que mon fils n'oublie pas Dieu.

Santé !

M. Lautrec, idéalisez le modèle.

Un cul est un cul,

mais donnez-lui les courbes idéales, épanouies.

- Les fesses des statues font rêver. - Les miennes aussi, j'espère.

Tes fesses, c'est les tropiques !

- Ouais ! - Chut !

Votre trait est nerveux.

Tous les puceaux sont nerveux.

- Vous êtes puceau ? - Oui, notre bon maître.

Quelle tristesse ! Oh là là !

- Pauvre minet, va. - Normal.

La virginité est la tragédie des nabots.

Marie Charlet, la patrie te demande de prendre en charge ce garçon.

Marie, décongestionne-lui l'asperge.

Quand, monsieur de Toulouse ?

Ce matin, ce soir, cette nuit ou demain après-midi ?

Je prends la série, mademoiselle.

Eh ben, bravo !

Allez, dehors !

Trop de curiosité peut nuire à la concentration du modèle !

- Allez, dehors ! - Chut ! Ça va...

Vous aviez l'air moins faraud le jour de votre dépucelage.

Allez, dehors !

T'as pas peur ?

Attends. Ne sois pas pressé.

C'est le casque et les cothurnes qui t'ont excité, petit ?

Non, tes yeux.

J'aime ton sourire et tes deux petits creux au bas du dos.

Allez, je retourne aux pinceaux.

- Mais ils ne reviennent que demain. - Je dois peindre.

Reste. J'ai les pieds glacés, tu seras ma bouillotte.

Maman sera inquiète.

Oh...

Tous les matins, lorsqu'elle part pour la messe,

elle me donne un petit poutou.

Je dois peindre.

Désolé.

Bonjour !

- On peut pas se passer de sommeil. - Si, facilement.

Avec un petit blanc.

Mon Michel-Ange, reposez-vous.

Vous êtes fou !

Il faut l'être, bonne maman, pour être Michel-Ange.

Maman, une boniche tendre comme vous m'a déniaisé.

Un tremblement de terre, un cyclone sur l'océan.

Oh, maman. Votre fils va devenir un libertin impénitent.

Ce n'est pas une confidence qu'on fait à sa mère.

Chut !

♪ Il était né près du canal Par là, dans le quartier de l'Arsenal ♪

♪ Sa maman, qui n'avait pas de mari L'appelait son petit Henri ♪

♪ Mais on l'appelait la Filoche À la Bastoche ♪

♪ Un soir qu'il avait pas mangé Il rôdait comme un enragé ♪

♪ Il a pour barboter le quibus D'un conducteur des omnibus ♪

♪ Crevé la panse et la sacoche À la Bastoche ♪

Manant répugnant !

Quand on entre dans cet antre, on se présente !

Mon petit amant préféré : Henri de Toulouse-Lautrec.

Mazette !

♪ Comment savait mourir un broche De la Bastoche ♪

Silence !

Silence ! Henri de Toulouse-Lautrec,

vieille noblesse, mes enfants.

Il y a mille ans, les comtes de Toulouse

firent la première croisade.

Ça me laisse sur le cul.

Vous pouvez vous asseoir.

D'accord, si monsieur le comte nous paie à boire.

Le restant de giclée de la belle lignée

offre une tournée !

Dis donc, l'aristo, tu cherches des voix

pour te présenter aux élections de Montmartre ?

Qui est-ce ?

- Quel provincial ! - Il est de Toulouse.

Aristide Bruant.

Montmartre n'aime ni les aristos ni les bourgeois.

Sur cette colline inspirée, monsieur de Toulouse,

on aime le rouge et la viande crue, ça donne des forces.

‪Ici, on se torche ‪avec les bonnes manières.

On chante la poésie de la rue,

glands vérolés.

Voici Nini Peau de Chien.

♪ À la Bastille ♪

♪ On aime bien Nini Peau d'chien ♪

♪ Elle est si bonne et si gentille ♪

- ♪ Qu'on l'aime bien ♪ - ♪ Qui ça ? ♪

- ♪ Nini Peau de chien ♪ - ♪ Où ça ? ♪

‪[Bruant et la foule] ‪♪ À la Bastille ! ♪

La Sologne est superbe, mais les chasses sont devenu misérables,

et les chasseurs d'une vulgarité terrifiante.

Mais ces marais sont magiques quand le soleil du soir les frappe.

Berthe, prévenez les cuisines.

Il y a quelques bécasses dans le coffre de la voiture.

Où est mon bambino chéri ?

Où est monsieur Léonard de Vinci ?

Ma chère, où est Henri ?

Eh bien, répondez.

Henri est parti de la maison. Il vit dans un atelier à Montmartre.

Ah ! Elles sont belles.

Henri travaille comme un forcené.

La nuit, il s'amuse, et à l'aube, sans dormir, il retourne peindre.

Il peint et il boit.

Peut-être devrions-nous nous mettre à l'absinthe, nous aussi.

En Russie, une nuit d'orgie, la grande Catherine,

chevauchée par sa garde d'honneur, ne lâchait jamais la bouteille.

Quelle leçon, ma chère amie !

Que cherchez-vous, avec vos plaisanteries salasses ? À me choquer ?

À me voir pleurer ?

Restez déjeuner, je vous prie.

C'est si difficile de me regarder dans les yeux ?

Je t'aime, mais je ne veux ni voir tes larmes ni vivre en baissant la tête.

Comment dit-on "tristesse" dans la langue de Shakespeare ?

Degas a accepté de voir tes toiles.

Ça va marcher, Henri !

Degas, c'est Dieu le père.

S'il déteste, je suis incapable de supporter son mépris.

Qui te dit que Degas méprisera tes peintures ?

- Je vais crever. - Mais regarde !

Regarde !

C'est un guet-apens ?

On m'invite gentiment et je me retrouve dans une souricière.

Qu‘attendez-vous, Lautrec ? Des bons points ?

Éventuellement.

- C'est vous, le docteur ? - Oui. Je suis un ami d'Henri.

La médecine, c'est zéro.

Les médecins ne soignent pas la vieillesse.

Vous, Lautrec, vous avez une bonne santé ?

Un...

deux.

- C'est son ordre de préférence. - Trois, quatre... Etc.

Pas de bons points entre confrères. Bon Dieu, vous êtes du bâtiment, Lautrec.

Du bâtiment !

Ça a pété dans vos pinceaux, mon salaud !

Vive Degas !

Degas, c'est le maître du siècle !

Waouh !

♪ L'été, par les chauds crépuscules ♪

♪ A rencontré Jules Qui était si caressant ♪

♪ Qu'elle restait la soirée entière ♪

La girafe, interdit de bouger.

J'ai le hoquet.

Je ne peux pas te peindre avec ta pomme d'Adam qui danse !

Espèce de sale garce, tu l'auras voulu !

Trou du cul !

Que veux-tu ?

M'arracher les yeux ?

Il veut me tuer, ce maudit !

- M. Bruant, vous avez vu ses mains ? - Donne-moi ça, toi !

Touche pas à ce carton ou je te cogne !

De la crotte ! C'est pourri, ton truc !

Tu vas me le payer !

Ton papa veut t'écrabouiller la cervelle.

Il veut faire un pâté de ton crâne. Je vais m'expliquer avec ton père.

- Je vais lui péter les couilles ! - Allez vous battre dehors !

C'est pas un spectacle pour le Chat Noir !

T'as tort, Aristide ! C'est une attraction !

- Tu l'as cherchée ! - Virez-moi ce maquereau !

Allez, dehors !

La Valadon, une marmite qui pose pour Renoir.

- Tu vas voir ! - Belle marmite pour un cassoulet.

Et en cuisine, Renoir s'y connaît.

Putain ! Ah !

Allez, ça suffit, maintenant !

- Oh oh ! - Face de rat !

Dehors !

Beau croquis, madame Valadon.

Il y a du nerf, il y a du muscle dans votre crayon.

♪ Elle avait sous sa toque d'martre Sur la butte Montmartre ♪

♪ Un petit air innocent ♪

♪ La Valadon, elle était belle ♪

♪ Elle sentait bon la fleur nouvelle ♪

♪ Rue Saint-Vincent ♪

♪ Elle n'avait pas connu son père Elle n'avait plus de mère ♪

♪ Et depuis bien longtemps ♪

♪ Elle demeurait chez sa vieille aïeule ♪

♪ Où qu'elle s'élevait comme ça toute seule ♪

♪ Rue Saint-Vincent ♪

Il y a du coup de foudre dans l'air, M. Lautrec ?

Il y a du coup de foudre ?

J'ai de bonnes raisons de me méfier des mâles.

Mais toi, petit morpion...

Je t'attends depuis toujours.

Un embarquement pour Cythère sur une table de cuisine,

- c'est de la poésie. - Oui.

Seul celui qui a toujours pété dans la soie peut dire cette ânerie !

Quand on sort du trou du cul de la Terre, on aime le confort.

Demain, on remet ça, mais dans un lit douillet.

Il faut que je ramène Maurice à sa grand-mère.

Il dort.

"La nature est un temple où de vivants piliers

laissent parfois sortir de confuses paroles. L'homme y passe à travers..."

C'est pas beau, la campagne française ?

Je préfère ton sourire.

Un sourire qui me fouette comme une cravache.

Henri, regarde ces couleurs ! Elles explosent !

- Je peins pas de paysage ! - T'as tort !

La nature m'emmerde.

T'as tort.

La peinture officielle, c'est de la merde triste.

Mais pas ces couleurs, ça vous rentre comme une balle dans le cœur.

Vive la lumière des impressionnistes !

Vive la lumière ! Vive les couleurs !

Henri...

En amour comme en peinture, il y a des faussaires.

J'en ai marre des mâles, de la triche, de la guimauve, des sentiments.

Confrère, on s'aimera sans s'aimer, les yeux ouverts.

On les fermera pour rentrer sous terre.

Hé !

Vive le nabot que la nature emmerde !

Face à ce chef-d'œuvre, un seul mot : "Admirons."

Oui, mesdames, messieurs, admirons.

J'aime particulièrement les nuages...

Quelle tristesse !

‪C'est pas une peinture, mais une anecdote.

Vous êtes dans un temple. Allez faire les pitres ailleurs.

Mais oui, ma vieille, t'es vieille.

Et j'aimerais aussi louer la Mort de Ravana,

chef-d'œuvre de Fernand Cormon.

Une horde d'hommes et de femmes dans des drapés artistiques

qui laissent voir ce qui peut être vu.

Nudité historique et utile pour éduquer la jeunesse française.

Merci, mon garçon.

Mesdames, messieurs,

un combat de titans s'est engagé

dans la peinture actuelle.

Les uns se réclament de la tradition, les autres de la nouveauté.

Je vous laisse deviner de quel côté penche mon cœur.

Citoyens, on vous ment.

On vous ment.

Ceci.

Ceci, ça et puis ça, ça n'est pas de la peinture.

Non. Et cela n'est pas une vraie femme.

C'est une image pour se branler.

Oh !

Ça suffit !

Messieurs, ouvrez vos braguettes.

Les peintres mondains vous invitent à consommer.

♪ Allons enfants de la peinture ♪

♪ Le jour de gloire va arriver ♪

Anarchistes !

Mandrins ! Iconoclastes !

S'il vous plaît !

La médiocrité !

Apprenez à peindre

avant de critiquer, les enfants !

Anarchistes !

Vieux débris !

- Trous du cul ! - Trous du cul !

Foutriquets !

- Petits péteux ! - Impressionnistes.

Alors, les jeunots,

on invite les hauts fonctionnaires à se masturber devant mes toiles ?

M. Bernard, M. Lautrec,

depuis quelque temps, dans vos travaux, je remarque l'influence déplorable

des impressionnistes.

Tous les génies de la peinture crachent sur l'impressionnisme.

Regardez-les.

Ils vous jugent.

Ils jugent les imbéciles qui négligent la perspective, l'anatomie

et le bon sens.

Je le prophétise : les Degas, les Seurat, les Monet

n'entreront jamais dans l'héritage de l'humanité !

Et il y a une raison à cela.

Quel rapport y a-t-il entre la science d'un Raphaël

et les barbouillages de monsieur Monet ?

Pas de ça ici, Lisette !

Et la liberté, alors ?

La liberté de l'impressionnisme ? Je lui pisse au cul !

C'est rafraîchissant.

Émile Bernard, vous êtes viré !

Merci. Plutôt la porte que d'appartenir à la tribu des débiles

qui méprisent la nouveauté.

Silence !

- Vive la liberté. - Vous êtes viré !

Taisez-vous !

Vive l'art sans entrave ! Vive la liberté !

La liberté d'aller planter votre chevalet au milieu des bouses de vaches.

C'est vous qui êtes vache, M. Cormon, en le chassant de ce concours.

Lautrec, quand je vois les couleurs dont vous vous servez,

je sais ce que vous pensez de mes peintures.

"Je ne suis pas en train de régénérer l'art français.

"Je me débats sur un papier qui ne m'a rien fait

"et sur lequel je ne fais rien de bon. Envoyez-moi 300 francs au plus tôt.

"En février, j'expose en Belgique.

"Embrassez ma mère et autres ornements de notre arbre généalogique.

"Adieu, my dear.

"Tout mauvais fils que je sois, vous me manquez.

Yours, Henri."

Voilà. C'était le petit courrier.

Oh ! C'est maman.

Quand ta mère sera à Paris, tu me présenteras ?

Oh ! C'est beau.

C'est bath !

Henri ? Suzanne ?

- On n'est pas chez ta mère. - Embrasse-moi.

Pardon.

On ne s'embrasse pas dans un escalier.

Je te veux ! Je te veux !

Vous vous êtes embrassés tout le repas.

- Ma chère Léontine est choquée. - Léontine est choquée ?

- Léontine est choquée. - Oui.

Suzanne, déshabille-toi.

Dans ton atelier,

mais pas dans ma salle à manger.

Léontine est catholique, elle va me quitter.

Un médecin sans bonne ne peut pas travailler.

La culotte aussi ?

Oui !

La peau de la Valadon est plus douce qu'une culotte en coton.

Les lubriques vont en enfer. Qu'ils y aillent vite.

Cette chute de reins, c'est un scandale, une honte.

- Mon petit cul, une honte ? - Léontine, vous avez vu ?

Je ne sers pas les paupières closes.

Hélas...

Vous qui êtes vierge, Léontine,

savez-vous qu'Auguste Renoir

retrouve sa jeunesse quand il voit cette chute de reins ?

Léontine !

Le dessert est servi !

Attention, c'est fragile, un meuble de collection.

Il est jaloux de Renoir, parce que je pose pour lui cet après-midi.

Ah, la concurrence est dure !

Renoir, c'est pas la Valadon, c'est un peintre solide.

Oui, mais il y a trop de mièvrerie. Dans la vie, il y a du piment.

Tu veux du piment dans ta vie ? Épouse-moi.

- Ils ne sont pas mariés ? - Léontine, ne pleurez pas.

Ils vont bientôt se marier.

Léontine, une beauté qui rentre dans une famille de dégénérés,

ça arrange un pedigree, non ?

T'es d'accord ? Alors, on se marie.

Léontine, n‘allongez pas votre cou comme une autruche.

Qu'est-ce que je suis pour toi ?

Une chute de reins ?

Un modèle qu'on tringle dans un atelier ?

On se revoit quand ?

On se revoit quand ?

Quand tu me présenteras à tes parents.

Lautrec...

je ne suis pas une serpillière.

Moi non plus, je ne suis pas une serpillière.

M. Renoir, mon mioche est chez ma mère.

Je peux dormir dans votre grenier ?

Ton amant t'a foutu à la porte ?

Avec Lautrec, c'est compliqué.

Compliquer ce qui est simple, tu sais faire.

Merde, Renoir !

Bonjour, M. Renoir.

Ça va-t'y, la santé ?

Je l'aime d'amour vrai, Lautrec.

Mais devant sa peinture, je crève de jalousie.

Vous comprenez, vous ?

Même un pied dans la tombe, on comprend tout, fillette.

Pas de coquetteries, Auguste.

Vous êtes frais comme un gardon.

Oh, merde ! Le petit m'a attendue toute la nuit.

Je suis morte de fatigue.

Le vieux Renoir peint à la lueur des bougies ?

Il a une lampe à gaz.

Et il a assez de gaz pour tenir toute la nuit ?

La peinture conserve.

Il souffre, alors il m'accuse !

Tu parles d'un guignol !

Tu crois que je te trompe car tu sais que tu le mérites !

Quand tu reviendras, je ne serai plus là !

Tu es très silencieux.

Une petite demoiselle dans ma vie est devenue indispensable.

Et ?

Parfois, elle se volatilise comme une bulle de savon.

Je me souviens, quand j'étais petite,

lorsque les bulles de savon explosaient, je pleurais.

Viens avec moi dans le midi cet été.

Promis ?

Berthe m'a dit que, souvent, tu pleures.

C'est le rôle des mères. C'est leur façon de se distraire.

Oh, maman...

Maman...

Shinpu ha arimasen, la famille !

Bonjour, Alexandre.

Vive le Japon !

Henri est là aussi ! Bonjour, Henri !

Je suis contente que vous ayez pu venir.

Bonjour, Adèle.

Bonjour, ma tante !

Bonjour, Henri.

Ah ! Monsieur Henri !

On le tient solidement !

- Tu descends, c'est stupide ! - Jeanne !

Jeanne !

Mon barbu.

Mon mari.

Son mari.

Vive les militaires !

Shinpu wa arimasen, maman, maman...

Qu'est-ce qu'il dit ?

Mon ange.

- Papa est réveillé ? - Non.

Papa dort.

Mais il siffle une jolie fille.

Vous, votre peinture ne me dérange pas.

Lautrec, j'ai toujours envie de le copier.

Ça, je le supporte pas.

Oh ! Jalousie d'artiste, jalousie triste.

- Quoi ? - Hein ? Non, rien.

Dodo. Allez, dodo !

Dodo, dodo...

Oh !

Qu'il est beau, mon papa gâteau,

qui dort comme un bébé...

Mais c'est le grand Renoir, qui peint des grosses filles fessues.

Sale bête, va.

- Quand retournes-tu chez Lautrec ? - Rien ne presse.

Il m'a accusée de le tromper, je le punis.

Les fillettes, c'est aussi compliqué que la peinture.

Auguste, restez poli.

Est-ce bien utile de compliquer une histoire de cul ?

- Ouais. - Arrête !

Ce vieux maître a su capter la vraie vie.

La vraie vie, c'est vivre avec un modèle qui a couché avec les peintres de Paris ?

Tu aimes les femmes de mauvaise vie ? Elles sont démunies.

Que se passe-t-il ?

La vérité écorche les tympans ?

Il n'y a qu'une vérité, la tienne. N'est-ce pas ?

Ta gueule, l'asperge.

Dieu, c'est quoi, pour toi ?

Un être stupide comme ta mère.

Henri, dis à ta mère que tu l'adores.

A-t-elle une princesse de rêve à proposer ?

Vous voulez des mioches qui soient des monstres

comme votre nabot ?

Tu n'as jamais été amer, ne le deviens pas.

La vie est un don de Dieu.

La vie... je n'y comprends rien.

Enfin, tout se simplifie quand je fais un dessin.

Maman, j'ai envie de pleurer.

Si cette jeune femme t'attend à Paris,

il faut la rejoindre.

Maman...

C'est bête, j'étais pressé de te retrouver.

Je pars à Limoges.

Tu veux de l'argent pour le voyage ?

Chère amie, vous n'en aurez nul besoin.

Écoutez, Gaston, occupez-vous de vos moustaches.

Mon fiancé a des vignobles et son pinard se vend très bien.

- Grand-mère est malade. - Oh !

Tu l'as déjà enterrée trois fois.

C'est possible, mon lapin. Et alors ?

Alors, ce n'est pas grave.

Suzanne, ce que je ne comprends pas, je le mets sur mes toiles.

Les Gaulois craignaient que le ciel ne leur tombe sur la tête.

La peinture est faite pour dire que le ciel tombe sur nos têtes.

Ah, c'est ça, le génie ?

C'est haut comme trois pommes, et ça vous regarde avec un air supérieur.

Venez, chère amie. Allez, montez.

Fouette, cocher !

Qu'est-ce que t'as contre Limoges ?

Les gens de Limoges font des pots de chambre.

Pas d'histoire, Lautrec !

- Limoges, c'est moins loin que Tahiti ! - Ça, c'est de la géographie.

♪ Sur la route de Charenton Tu ne manieras pas mes tétons ♪

♪ Sur la route de Charenton... ♪

Henri !

Qu'est-ce qu'on fout devant une blanchisserie ?

La peinture a besoin de coups de pied au cul et de beautés crues.

Voilà la beauté crue.

Mademoiselle, vous êtes la beauté même. Je vous veux.

Je vous veux. Posez pour moi. Vous ne pouvez pas refuser.

On sait ce qui se passe dans les ateliers.

T'as le cul à l'air et tu te retrouves avec un marmot dans le tiroir.

Allez, les sauterelles, la pause est terminée.

Posez pour moi.

Il y a du col à amidonner et des chemises à livrer.

Allez, les sauterelles, on remue son derrière !

- Il faut qu'elle pose pour moi. - Adieu.

Allez, viens, Hélène.

Je veux la petite flamme que mademoiselle a dans les yeux.

Hélène.

Posez pour moi.

♪ Tu ne manieras pas mes tétons J’ai rencontré la Jeanneton ♪

♪ Tu ne mi, tu ne ma Tu ne mi-ne-manieras, ah ! ♪

Donnez-moi votre réponse demain ! Ce soir, je vous invite à souper !

- Qui, nous ? - Ce soir, j'offre un repas chez Maxim's !

Adieu, monsieur !

Mesdames, vous aussi, je vous invite.

Seuls les princes peuvent inviter les reines de Montmartre.

Dégage, le loustic.

C'est La Goulue qui lève la cuisse au Moulin Rouge.

Bas du cul, viens me voir au Moulin.

Très honoré de votre invitation.

Belle bouche obscène, des jambes divines,

une voix de casserole. Merveilleux !

♪ Tu ne manieras pas mes tétons tontaine ♪

♪ Tu ne manieras pas mes tétons tonton ♪

Le cancan ! Le cancan !

C'est quoi ces fleurs en veux-tu, en voilà ?

Des corbeilles pour vos princesses.

Il est maboul.

C'est pas des princesses, c'est des boniches.

Ah ! Lautrec.

Venez !

Qu'est-ce que tu fous ? Tu pars avant le cancan ?

Tous les trois, on va pisser. C'est une bonne idée, non ?

- C'est Suzanne, là-bas ? - Impossible. Elle est à Limoges.

Montre pas tes moustaches.

Silence, silence !

Hop hop ! Et maintenant, on se déboîte la rotule !

Le cancan !

Psst ! Le petit nain te cherche.

Moi aussi. Pourquoi crois-tu que je suis à quatre pattes ?

- Suzanne est là. - Quoi ?

Là-bas !

- T'étais pas à Limoges ? - J'en viens.

À quatre pattes ?

On t'a jamais dit que les garçons,

plus ils sont grands, plus ils sont bêtes ?

Aïe !

Anatole, tu me suis.

La fleur des fleurs du pavé de Montmartre : le quadrille !

La môme Fromage !

Nini-Pattes-en-Pair, Grille d'Égout.

La Goulue !

Et le phénomène montmartrois :

Valentin le Désossé !

Valadon, ton morpion te cherche.

- Par ici ? - Par là.

Alors, par là.

Oh...

- Gabriel, Suzanne est là ? - Si elle est là, on la trouvera.

- Personne n'a vu la belle Suzanne ? - Quelle Suzanne ?

Suzanne ?

Suzanne ?

- Ça, c'est de la gambille ! - Oui, mais toujours pas de Valadon.

- Je l'ai vu là-bas, à quatre pattes. - Valadon ?

Ramène ton croupion !

Valadon ! Mademoiselle Valadon ?

Il y a d'autres fesses que celles de la Valadon !

- Pas vrai, les filles ? - Oui !

Alors, Suzanne était là ou pas ?

C'était quelqu'un qui lui ressemblait.

Tu mens.

Pose tes pinceaux.

J'ai envie de toi, petit nabot.

Valadon,

nos amours sont assez décevantes.

Il est temps d'y mettre fin.

Fin.

F-I-N.

Tu m'as manqué.

C'est loin, Limoges.

Eh... canaille.

T'en as profité ?

T'as fait des folies ?

Tu vois, Henri...

Ta petite femme n'est pas jalouse.

Mère-grand va bien ?

Quelle mère-grand ?

Ah, mémé ? Qui a une belle moustache ?

Elle m'a offert cette robe.

Je l'ai tuée.

Maintenant, entre toi et moi, plus de grand-mère.

Petit bouc, je t'aime.

Dis-le, petit bouc.

Bon, ben... je vais pas tenir la chandelle.

Pourquoi avoir peur de poser pour moi ?

Je voulais pas vous faire pleurer.

Je ne pleure pas.

On s'en va.

Acceptez, je vous en prie.

- Acceptez. - Ce petit aristo est rigolo.

On va rigoler, bouffer des truffes. Et des glaces arrosées de Madère.

On va se faire péter la sous-ventrière.

N'attendez rien de moi. Vous perdez votre temps.

Une fille comme moi n'est pas intéressante.

Toi, va bouffer les truffes.

T'es Sarah Bernhardt ? T’es une tzarine ?

Si t'étais pas ma frangine, je ferais de toi un clafoutis !

Théo ! Théo !

Elle a peur des miroirs et des lumières. C'est ça, les filles constipées.

Vincent, tu pleures ? Qu'y a-t-il ?

Qui a peint ça ?

Qui a peint cette toile ?

Impossible.

Impossible de se réunir gentiment pour regarder des dessins, des reproductions.

Et surtout...

surtout pour s'encourager les uns les autres.

Du beau brodequin.

C'est de la belle glaise.

Du beau brodequin.

Frère,

tu es sincère ?

T'es un cœur vrai ?

Votre toile parle des pauvres gens et de la douleur.

M. Vincent, merci.

Youpi !

Waouh !

Youpi !

Aïe !

- Ah, une femme honnête ! - Parfaitement, une femme honnête.

- Je vais te planter ! - Pas le couteau !

Laisse-le, il est bourré de vin rouge. Le grand rouge, ça tache !

L'amour, c'est compliqué. Pas vrai, Henri ?

Dégagez le plancher des vaches ! On veut danser ! Musique !

Musique !

Aïe !

Tue-le !

Non. Pas de ça ! Pas de ça !

- Il est ivre ! - C'est un chien ! Qu'il crève !

Non !

Vas-y, saigne-le ! Saigne-le !

Salaud !

C'est une pièce à conviction, merci.

Avec du rose tendre, du rouge sang et lie de vin,

dire sur la toile que le café est un endroit où on peut se ruiner.

Devenir fou, commettre des crimes,

sous une apparence de gaieté japonaise

et de bonhomie à la Tartarin !

Sales flics !

C'est un chien ! Qu'il crève !

- Dehors ! - Ne m'envoyez pas en Guyane !

- C'est un chien ! - Je vous en prie !

Une baffe dans une guinguette et...

...la guillotine coupe une tête.

- C'est beau. - Oui, c'est beau.

Henri.

On pourrait peindre tous les deux le même tableau.

Oh !

C'est risqué.

Mais pourquoi pas ?

Pourquoi pas.

Tu veux essayer ?

Regarde. Ces vieux maîtres japonais nous indiquent le bon chemin.

Des couleurs raffinées, mais vives comme des enseignes.

Oui.

Avec des combinaisons de couleurs, exprimer l'allégresse,

la sérénité, la douleur.

La sérénité. La douleur.

Douleur et sérénité ?

C'est l'eau et le feu ensemble, ça. Comme nous deux.

Comme nous deux.

Le feu et l'eau, c'est... la beauté.

Vincent l'a dit.

Allégresse, sérénité, douleur !

- On ne braille pas, ici. - Veuillez sortir.

Ne me touchez pas !

- Qui a servi ces braillards ? - Ne me touchez pas !

Ici, on ne reçoit pas la lie de la terre !

Mesdames, messieurs,

si pour vous, la peinture, la poésie sont agréables comme un plat,

vous êtes des cochons.

Bon appétit, messieurs-dames.

C'est un restaurant bourgeois, ici.

C'est atroce.

- Atroce. - Vincent.

Seuls les démunis peuvent comprendre.

La poésie est faite pour eux.

C'est quoi, cette vie ?

Viens dans mes bras.

C'est quoi, notre vie ?

Viens dans mes bras. Toi aussi.

Il faut être humble.

La peinture se fait avec nos mains,

mais elle n'est pas le produit de nos seules mains.

Elle jaillit d'une source plus profonde.

Il y a une source.

J'en suis loin.

Henri, mes mains sont lourdes.

Ma tête est trop faible.

Ne tremble pas.

Les choses changent. Tout changera.

Le siècle s'achèvera par une révolution colossale.

Nous ne serons plus là après ces orages pour connaître les temps meilleurs,

quand toute la société sera baignée d'air pur et de fraîcheur.

Frangine, t'as vu ?

C'est le rapin qui voulait peindre la petite flamme que t'as dans les yeux.

Salut, M. Lautrec.

Eh... Hélène !

- Et des couleurs vives. - Oui.

Très beau travail.

Beau boulot.

C'est beau !

Bravo, le nabot.

Dans dix ans, les critiques mondains

‪et les porcs qui spéculent ‪comprendront que tu es un génie.

Dans dix ans, tu me salueras encore, dans la rue ?

Moi, je finirai dans le caniveau.

Et toi, tu passeras... fier.

Avec tes petites ailes dans le dos, comme le Génie de la Bastille.

M. Lautrec, on met en route les machines ?

Allez ! Envoyez !

Henri, c'est toi qui finiras dans le caniveau.

Un matin, j'irai te chatouiller les orteils à la morgue.

Pascal l'a dit : "Le dernier acte est toujours sanglant."

Oh, le morpion !

On t'enterra au Panthéon !

Quel guignol !

♪ Jadis une pauvre ouvrière ♪

♪ Vivait près de son cher trésor ♪

♪ C’était sa petite Gisèle ♪

♪ Une enfant pure, un vrai cœur d’or ♪

♪ Qui travaillait comme cousette ♪

♪ En haut de la rue des Martyrs ♪

♪ Et le samedi à La Galette ♪

♪ Elle dansait pour se divertir ♪

♪ L’épervier farouche ♪

♪ Te guette, méfie-toi ♪

♪ Son allure est louche ♪

♪ Et déjà tu es sa proie ♪

♪ Il t’enlace et danse ♪

♪ La valse aux accents troublants ♪

♪ Mais le brigand manigance ♪

♪ Ta perte, pauvre enfant ♪

La pose.

♪ En effet, au bout d’une semaine ♪

♪ La petite était en maison ♪

♪ Et dans cette ambiance malsaine ♪

♪ Avait perdu ses illusions ♪

♪ Prenant un couteau sur la table ♪

♪ Elle s’en transperça le cœur ♪

♪ En maudissant le misérable ♪

♪ Qui s’enfuit cynique et moqueur ♪

Pourquoi je lui fracasserais pas la mâchoire ?

Bois plus, t'as pas le droit. Va danser.

J'ai tous les droits. Je suis la Goulue.

- Non, mais t'as vu ? - C'est beau.

Il n'y a pas un Parisien qui parle pas de cette merde.

Et tu sais ce qu'ils disent : "La Goulue, c'est une grosse vache."

Ta saloperie, tu vas la bouffer.

Cogner un infirme, c'est moche !

T'es moche !

Si tu la ramènes, je t'éclate le nez. Toi aussi !

Encore toi ?

T'es conne ou tu fais semblant ?

‪Avec cette affiche, le monde entier ‪est aux pieds de la Goulue.

Elle t'a démoli, petit.

- Je l'adore. - Allez.

Le prince de Galles est venu te voir danser grâce à cette affiche.

♪ Dans vos nids timides ♪

♪ Mères, gardez vos petits ♪

♪ Car le rapace avide ♪

♪ A beaucoup d'appétit ! ♪

Bravo !

M. Lautrec.

Monsieur Zidler, vous avez vu ?

Toi, si tu recommences, t'es virée.

Cette affiche, c'est l'art nouveau, c'est la réclame.

Le musée descend dans la rue,

et ça rapporte du pognon.

C'est fort, la réclame.

C'est parti, mes jolies. Ça va gambiller !

Ton art nouveau vaut pas mon cul.

Donne-nous tes fesses, la Goulue !

Pleurez pas, monsieur.

C'est trop triste.

Petit génie. Les salons officiels te boudent,

mais ton affiche t'a rendu plus célèbre que les peintres décorés.

C'est pas de la crotte, le petit nabot.

Chut !

Pourquoi es-tu triste ?

Pourquoi cette tristesse ?

Van Gogh s'est suicidé.

Je veux tuer ! Je veux tuer...

Laisse-moi.

T'es fou, Henri. Tu vas pas te battre.

Henri, on n'est pas chez nous. T'es en Belgique.

- Il y a des glands partout. - Calme-toi.

Il y a des glands partout !

C'est de moi qu'il parle ?

Je rêve.

Ce croupion me menace.

Je vois mal ce croupion, il est si petit.

M. de Groux.

Monsieur de Groux, sauvons l'amitié franco-belge.

Votre nabot sait que, régulièrement, je m'entraîne au pistolet ?

Le duel sera inégal.

Monsieur de Groux !

Nom d'un pétard, ça va saigner...

Les Français sont des poux.

Monsieur de Groux.

Vous affirmez calmement

que M. Van Gogh était un esprit dérangé

et que sa peinture est...

l'expression d'un malade.

Je défends la vraie peinture contre les délires peints des aliénés.

Tu ne sais rien de la barbouille, sac à merde.

Mais oui, mon ami.

- Trou du cul. - Monsieur de Toulouse !

- Trou du cul ignare. - Là, vous exagérez.

Grosse palette de boue.

- Gros Belge de merde. - Henri...

Demain,

je te logerai une balle dans le crâne.

Et tous les ans,

je viendrai sur ta tombe te pisser dessus.

Monsieur de Toulouse !

- Vous êtes pas un gentilhomme. - Oh, ça va !

Si t'étais mort en duel à Bruxelles, qu'est-ce que je serais devenue ?

Toi-même, la grande Valadon.

Non...

Encore un mètre de pinard à engloutir, et tout sera parfait.

La peinture est un ogre.

Votre frère le savait.

Tu vois, Vincent, on se console en bouffant des omelettes.

Pauvre Vincent...

Les chiens ont eu ta peau.

Sacré nabot.

Suzanne...

Me colle pas, il fait chaud.

Où il va, avec sa petite queue et son chapeau melon, le petit garçon ?

Chez les putes.

Il est solitaire ?

- Pas plus que tout le monde. - Ah.

Viens ici si t'aimes les grandes. Tu pourrais te perdre entre mes seins.

- Allez, viens. Viens ! - Rien ne vaut l'expérience, petit.

Non merci, mesdames.

Moi, je suis pas une morue de bas étage.

Papa était fonctionnaire. Je mets du cœur au lit.

Et je fais des trucs inédits.

T'as l'air sonné.

- Une enclume m'est tombée sur la tête. - Une quoi ?

Une enclume. Ça aurait pu être pire. Une enclume, c'est rigolo.

Il est rigolo, le nabot. Ta petite femme t'a quitté ?

Rosa la Rouge va te consoler.

Ah ! Je recommencerai plus !

Il va la massacrer !

Mais il la massacre, le salaud !

- Espèce de gouine ! - Cognez pas, M.Théodule.

Dans mon petit ventre, ton bébé bouge ! Salaud ! Ah !

C'est Mireille.

Son mac la cogne. Normal.

Quand on fait ça...

Ce chien-là, c'est plus salaud qu'un fils de riche.

Pourtant, ils sont trois fois moins qu'une crotte de chien.

Je l'aime,

mais je veux pas qu'il me cogne.

Je suis sensible. J'ai des articulations fragiles.

Ton mac te cogne ? Tu lui rapportes pas assez ?

Je suis le meilleur tiroir-caisse de la place Blanche.

Alors pourquoi ?

- Théodule nous a surprises ensemble. - Ton Théodule, quel gougnafier.

Rien de plus gentil que deux fillettes qui se branlent.

Ah, enfin !

Voici un mâle qui sait qu'entre femmes,

une histoire de cul est toujours une histoire de cœur. Ah !

Couvrez-le de baisers, mes belles.

- Vive les exclus ! - Viens, toi.

Vive la "Lesbi"! Champagne !

Que Théodule la batte, passe encore, mais il l'a vendue.

Ma Mimi sensible va vivre dans un boxon.

- Le bagne. - De la tendresse.

Du champagne ! Champagne !

Il s'est éloigné de Dieu. Je n'ai pas su le retenir.

J'ai honte. Je suis maladroite avec lui.

Une vieille femme inutile.

Ce ne sont pas les rides qui me tourmentent,

c'est ma pauvreté intérieure.

Une âme sèche, vieille, inutile.

C'est horrible.

Nos plus grandes saintes et mystiques

ont tous dit la même chose : "Mon âme est sèche."

Le saviez-vous ?

La peinture d'Henri devient inquiétante.

Il a un monstre tapi dans le cœur.

Je ne veux pas le croire perdu.

Son âme est si grande.

J'ai peur.

Et vos amours ?

Valadon ? Elle est partie.

Où est le prince d'Albi ?

- Mlle Valadon. - Où est mon fiancé chéri ?

Henri ? Henri !

T'échapperas pas au mariage à la Madeleine,

avec grandes orgues et orphéons !

Pas besoin de mâle pour se faire chatouiller le bonbon.

Oh, chérie...

Henri !

Elle aura son mariage, mais elle m'épuise.

Cette nuit, j'enterre ma vie de garçon.

Où est le petit prince d'Albi ?

Allez !

Répondez, les gouinasses.

C'est une vorace.

Lautrec !

On se marie ou je me suicide ?

- J'ai acheté l'arsenic ! - Chantage ? C'est moche.

- Tout ça pour une quéquette. - Mais celle-là n'a pas de prix.

J'aime pas les gouinasses, elles me font peur.

C'est vulgaire ce que tu dis, chérie.

- Tu veux ce mariage pour t'enrichir. - Non, je ne suis pas une putain.

C'est une honte, les traînées qui monnaient leurs minets.

C'est un puits d'amour qu'on a, pas un tiroir-caisse.

‪Crache pas sur ces pauvresses.

Aucun de nous ne vaut ceux que la vie piétine.

Toutes les raclures de la Terre ont droit à ton amour.

Et ton amour a droit à quoi ?

J'en ai ma claque de l'amour universel.

Suzanne, je t'aime. On va se marier.

Au revoir, comtesse.

Au revoir, comtesse !

Allez, Suzanne.

Debout !

On va t'acheter une robe de mariée.

Et on va voir le curé de la Madeleine.

À Montmartre, il y a pas si longtemps,

on voyait les vaches sous les ailes des moulins.

Le purin courait dans les ruelles.

Henri...

Je vais me jeter dans une fosse à purin.

Suzanne, je t'aime.

On va se marier.

Tu es sûre de m'aimer ?

Tu es vraiment sûre ?

Non.

J'aime ta peinture.

♪ Alors, de cailloux, on bombarde ♪

♪ La Soûlarde ♪

♪ Sensible à ce brutal affront ♪

♪ Du sang lui coulant sur le front ♪

♪ Elle se retourne et les regarde ♪

♪ La Soûlarde ♪

♪ Tous interrompant leurs lazzi ♪

♪ Filent le cœur d’effroi saisi ♪

♪ Devant les regards que leur darde ♪

♪ La Soûlarde ♪

♪ Au milieu des passants surpris ♪

♪ Baladant le vice en cheveux gris ♪

♪ Pour sûr, elle est vraiment tocarde La Soûlarde ♪

♪ Pourtant, ouvrier ou gamin Laisse-la passer son chemin ♪

♪ Qui sait le noir secret que garde ♪

♪ La Soûlarde ? ♪

♪ Peut-être que pleurant un fils ♪

♪ Songeant au bonheur de jadis ♪

♪ Un soir elle trouve ♪

Arrête, Henri !

‪♪ Que sa fin tarde ‪La Soûlarde ♪

♪ Quand la mort qu’elle appelle en vain ♪

♪ Brisera son verre de vin ♪

♪ Elle bénira la camarde ♪

♪ La Soûlarde ♪

Chut !

La Soûlarde, c'est moi.

La vieille peau remplie de porto, c'est Toto !

Oh, une crotte !

C'est mon poto qui fait dodo.

La représentation est finie, monsieur Henri.

Tout est fini, chère madame. Valadon m'a quitté.

C'est la fin de tout. Elle va déménager.

- J'en crève. - Mais non.

On va te consoler, mon petit.

Les filles !

C'est monsieur Henri !

Avant de pénétrer en enfer, Dante se dit

que le paradis n'est plus très loin : il suffit de pousser la porte du fond !

Oh, ça alors.

Quand tu rentres chez les putains, souviens-toi de Dante et la girafe.

Dans cette maison, on a le souci du client : joie et plaisir.

Nos petites cochonnes sont très saines.

Et vous savez que rien ne vaut une partie de jambe en l'air

sans craindre une chaude pisse.

Joie et plaisir !

Ça, c'est du sport.

Nous avons une chambre mortuaire,

des nourrices sévères et une pouponnière.

M. Henri ! M. Henri !

Je vais prévenir Mireille !

Je vais te présenter ma copine.

C'est gentil de nous faire une visite.

Messieurs, sortez votre pognon.

Ici, on casse la tirelire. Allez, les petits cochons !

On a des rousses, des blondes,

on a les filles du Nord qui sentent bon les grandes marées !

Henri, c'est ça, les bordels de Paris ?

Oh, Sainte Mère !

Allez, messieurs, aboulez le pognon !

Allez, monte !

Tu veux quoi ? Que je pose pour toi ou qu'on baise ?

Un peintre sérieux fait les deux à la fois.

Petit moineau, sors ton pinceau.

Mademoiselle Valadon.

Rosa la Rouge.

Je ne te présente pas Gaston. Tu connais grand-mère à la moustache.

Mon cher, je vous en prie.

Non, je ne reviens pas à la maison. Je déménage. Oui, madame.

J'ai besoin de Gaston pour porter mes cartons.

Gaston, serez-vous assez musclé pour porter Valadon ?

Il est jaloux. Il voulait que je l'épouse.

Que je devienne son esclave.

Que je lui cuisine des petits plats. Que je nettoie ses pinceaux.

Pardon.

Je vous en prie, madame.

Ramassez les cartons, Gaston.

Quand elle parle, c'est n'importe quoi.

Pressez-vous, mon cher.

Mais quand elle peint, elle plonge profond.

Elle peint des âmes.

Des âmes qui ont pris des gnons.

Ne soyez pas troublé, Gaston.

Lautrec, c'est ni Platon, ni Bergson.

Bergson !

Sa philosophie pue l'absinthe.

Sale morpion, j'ai besoin de quelque chose que tu ne peux pas me donner.

Besoin de quoi ?

Besoin de quoi ?

Comment veux-tu que je sache ?

Pauvre petit chat.

Qu'est-ce que tu en dis ? Le Lac des cygnes.

Une chic décoration, pour un boxon.

Ah, joli trouffion.

Mon fils est militaire comme toi.

Plaisir d'amour et grand chic parisien.

Messieurs, faites votre choix.

Toutes nos fillettes parlent anglais...

Je connais pas toutes les petites femmes de Paris, mais je garantis celle-ci.

Très propre.

Au premier étage, mes gentlemen, c'est plus humide.

Bien sûr, j'avais oublié.

Messieurs, venez. Vite.

Allons, messieurs.

Venez vite !

Vous êtes mignonnes.

Entrez.

Entrez !

Venez voir !

Et voilà.

- Henri ? - Papa.

Vous devrez patienter. Ces dames se consolent.

Je suis désolé. Pardonnez-moi.

Je suis confus.

Non, monsieur. On est disponibles.

Monsieur Henri confond plaisir et boulot.

- Entrez, les amoureux. - Non ! Vous ne passerez pas.

Une délicate affaire de famille.

C'est mon fils.

Mon Dieu !

C'était deux amis timides qui voulaient faire une partie carrée.

- Il n'y a qu’à s’y mettre. - Venez !

Venez dans mes jupettes !

Par ici, les rosbifs !

Le compte-rendu de ton exposition a déchiré le cœur de ta mère.

Ces chiens s'en prennent à ton infirmité.

Papa, on ne discute pas la critique.

La critique, c'est au-dessus de nous.

Ça vit sur nos têtes...

comme les poux.

Écoute la chute : "Les dons de Lautrec sont les dons dépravés

"d'un être difforme

- "qui voit la laideur en tout". - Pauvre papa.

C'est scandaleux.

Qu'est-ce qui se passe ?

Le nom de Lautrec par la critique est traîné dans la boue.

Quels salauds, ces critiques ! Une pute se moquerait jamais des aristos.

‪Merci, mademoiselle.

On sait vivre. Au boxon, on reçoit des altesses,

des ecclésiastiques, l'état-major de l'armée française.

Et des rosbifs.

Alors, les héros ? On joue de la cornemuse ?

C'est l'entente cordiale !

Sous les jupettes, on n’a pas le bâton de pèlerin dressé ?

N'agitez pas cet article comme Moïse les Tables de la Loi. C'est excessif.

En lisant ça, on pourrait croire que tu as choisi d'être difforme.

Qui sait...

Dieu est rusé.

Sincèrement, je préférais quand tu dessinais des chevaux.

On a eu deux Écossais qui puaient l'ail.

Oublie, mon ange.

On parle pas des choses tristes.

Je suis vidée.

- J'ai une gueule de papier mâché. - On parle pas des choses tristes.

C'est interdit.

Pourquoi faire de cette scène un tableau ?

Ces femmes sont si détruites, si grandes.

La beauté.

Monsieur Henri, vous bouffez avec nous des patates ?

Sincèrement, je préférais quand tu dessinais des chevaux.

Papa. Pauvre papa !

Pour ceux qui savent regarder,

votre noblesse les laisse souffle coupé.

Vous êtes belles, mes amours.

Non, non ! Celle-là est vérolée.

Cent quatre-vingt sext

Rosa la Rouge, normal.

Envoyez le deuxième lot.

En avant !

Allez !

Allez, les filles ! On y va !

Allez, avance !

Ça suffit ! T'avances, oui ou quoi ? Merde, avance !

Non, non. Je t'ai dit : avec les contaminées.

♪ C’est de la prison que je t’écris Mon pauvre Polyte ♪

♪ Ce matin, je sais pas ce qui m’a pris ♪

♪ À la visite ♪

♪ Ces maladies-là, ça se voit pas ♪

♪ Quand ça se déclare ♪

♪ N’empêche que maintenant Je suis sur le tas ♪

♪ À Saint-Lazare ♪

Une fille t'a fait un mauvais cadeau, Henri.

Ce cadeau, tu le garderas toute ta vie.

Bubons indolents. Bubons indolents, sans aucun doute.

- Tu vas me charcuter ? - Non.

Embrocation.

Enrichir ton sang de mercure, en espérant que ça aura de l'effet.

Madame ! Madame !

Madame, la police !

- Madame, la police ! - La police ?

Pourquoi la police ? Henri n'est pas un assassin.

Oh, mon Dieu. Le pauvre petit.

Maman, la police, comme la poste, te livre les colis à domicile.

On n'arrête pas le progrès.

Encore un peu.

Vous vous suicidez dans l'alcool.

Pour me tenir éveillé.

Pour voir sur mes toiles la réalité.

Un petit verre...

Maman, voir la réalité, c'est difficile.

Où est-elle, la réalité ?

Dans les maisons de tolérance ?

On m'a dit que vous vous enfermez de longues semaines dans ces maisons.

- Pourquoi ? - Parce que j'y suis bien.

Maman, au bordel, ma peinture fait des pas de géant.

Je vous en prie.

Je dois peindre.

Je vous en prie.

Henri !

Je sors de Saint-Lazare.

Plus question de baiser. Faut plus rigoler avec Rosa, je suis vérolée.

Pourquoi tu souris ?

Si on continue, je bousille ta vie.

Rosa, tu m'as fait le plus beau des cadeaux.

Pas toi...

Je t'ai contaminé. Merde.

Merde...

Le plus beau des cadeaux... tes cheveux.

Le roux merveilleux des maîtres italiens de la Renaissance.

J'ai adoré peindre tes cheveux.

Tous les anges qui descendent sur Terre viennent d'Albi,

sur leurs pattes atrophiées.

J'ai peur. Toutes les nuits, je me réveille dix fois en sueur.

ADIEU, MES AMIS !

Ça ne prouve pas qu'Henri est mort.

Ce petit-là, il me mettait du baume au cœur.

Vous, les hommes, vous me déchirez.

J'en ai marre de vos pleurnicheries sur l'oreiller.

Les hommes, vous savez ce que vous êtes ?

Des pompes à merde.

Les amis d'Henri ont fouillé les tripots, les hôpitaux, la morgue.

Souffrant, détruit, malade...

Henri veut mourir loin de moi, monseigneur.

Le poids du monde est-il réparti de façon égalitaire ?

Dieu est-il juste ?

Je ne sais pas, comtesse.

Je ne sais pas.

Mais je sais que cette question donne des ulcères aux mystiques.

Des prostituées ont vu Henri.

Musique.

Une petite bébête dans le caleçon ?

Ils ont besoin de rêver, ces garçons !

Regardez ça, jeunes gens.

Ça, c'est de la bidoche.

Belle viande de contrebande, anatomie qui fait rêver.

Et à l'intérieur, on peut bigler le puits de volupté de la Goulue,

qui fit perdre la boule au prince de Galles !

Ouais !

Envoyez les piécettes, jeunes gens !

Le voilà.

Henri.

Ta mère ne dort plus, elle ne mange plus.

- Madame la comtesse pleure. - C'est le rôle des mères.

Elle se meurt.

Tu dois la suivre dans le Midi.

Qu'est-ce qu'elle veut ?

Que je vienne crever à Albi ?

S'offrir l'agonie de Riri dans son salon ?

Allez, viens.

Ils n'ont plus de mains, mais des crochets !

Cessez de me harponner ! Je suis un cachalot !

J'ai besoin de grand large.

Allez !

Sa folie l'a dévoré.

Vous ne pouvez rien pour lui. Protégez-vous contre vous-même !

Votre désespoir devient folie !

Henri, un jour, il faudra sérieusement qu'on parle de la folie.

De la folie, Henri.

Pourquoi me parle-t-elle de la folie ?

Quittez Paris.

Foutez-lui la paix, comtesse.

Le petit cachalot a besoin de vinasse.

Foutez-lui la paix, madame.

Vous dites que vous aimez votre mère et vous la chassez.

Madame mère partie, les mouches sont arrivées pour dévorer le petit.

Pourquoi lui dire qu'elle ne pouvait rien pour vous ? Honteux...

Mais, sur les mamans...

il fait pan ! pan ! Le petit Henri !

Oh, monsieur Henri...

Chut !

Je médite sur un produit de la terre :

le pétrole.

- Oh, M. Henri... - Chut !

À ta santé, vieux tronc.

Au pied de cet arbre, Van Gogh m'a embrassé.

- Qu'est-ce qu'il fait ? - Qu'est-ce qu'il dit ?

Je dis que la terre qui a porté Van Gogh ne peut pas...

être damnée.

Mademoiselle Amélie !

Mademoiselle Hélène !

À Montmartre, la beauté fleurit.

Mes respects, mademoiselle Hélène.

Je n'arrive pas à mettre ta gravité...

ta noblesse sur une toile.

D'où vient ta tristesse ?

Je n'avais aucune envie de poser. Je n'ai aucune envie de me raconter.

Je ne sais plus peindre.

Peut-être que je n'ai jamais su.

Il y a des billets sur la table. Tu te sers.

♪ Sa maman qu'avait pas de mari ♪

‪♪ L'appelait son petit Henri ♪

♪ Mais on l’appelait La Filoche À la Bastoche... ♪

Sale morpion, t'as pas le droit de rater un tableau.

Un jour,

le garçon que j'aimais m'a demandé de me suicider avec lui.

Il l'a fait.

Je ne l'ai pas suivi.

Depuis, j'ai de la suie dans la tête.

Voilà l'histoire.

J'ai honte.

Le mort qui te dévore de l'intérieur, je ne l'ai pas vu.

On s'y remet ?

Monsieur Lautrec...

les gens, comment font-ils tous pour vivre ?

Dans un but d'éducation scientifique,

le professeur Péan ouvre à un public sélectionné ses cours de dissection.

Mais nous rappelons aux personnes du beau sexe

‪que cris et manifestations émotionnelles

perturbent le travail chirurgical.

Chut ! Silence...

Mais c'est...

Hier soir, Hélène m'a dit : "J'aime un mort, je dois le rejoindre."

J'ai répondu : "C'est idiot de se suicider."

Au matin, la blanchisseuse s'est pendue.

Admirable et bête à pleurer.

Regarde son pauvre cou.

Les cris et les manifestations perturbent...

Qu'est-ce qui te fascine dans cette charcuterie ?

Tu veux mettre cette violence en image ?

Pas de pathétique en peinture.

La cruauté tranquille du quotidien suffit.

"La cruauté du quotidien" ?

♪ Il était né près du canal ♪

♪ Par là près du quartier de l'Arsenal ♪

♪ Sa maman qu'avait pas de mari ♪

♪ l'appelait son petit Henri ♪

♪ Mais on l'appelait la Filoche ♪

♪ À la Bastoche ♪

Interner Henri, c'est l'aider.

Vous devez signer.

Nous aurions dû l'envoyer en Angleterre. Là-bas, boire est bien vu.

- Tous les lords se soûlent. - Vous ne signez pas ?

Non, je conchie les lois de la République.

Berthe m'écrit qu'Henri met régulièrement le feu à son atelier. Lisez.

Un Lautrec est libre de mettre fin à ses jours comme il l'entend.

À quoi pense l'amie de la vertu ?

Aux statues de l'île de Pâques.

Elles savent que les femmes accouchent dans la douleur.

Vous signez seule.

Comtesse, la solitude est votre lot.

Je vais vous remettre d'aplomb, Henri.

Pas besoin d'aide ! La force, je la puise en moi seul !

Comme le grand Van Gogh qui offrait son oreille coupée à une putain !

Ça ressemble à quoi, ce que nous faisons ?

Ça ressemble à quoi ?

Hallali ! Hallali !

Le temps des Toulouse est passé comme est passé celui des croisades.

- Alphonse ! - C'est fini.

C'est fini.

Mon oncle, vous avez bu.

- Alphonse a bu. - Non.

J'ai vu de mes yeux le naufrage d'une grande famille. C'est fini !

L'aristocratie a sombré corps et âme...

dans le pipi.

Vous êtes ivre.

Terminé !

Oui, mes chiennes. Voilà vos sucres.

Cadeau, cadeau.

Et le plus beau pour une sainte :

Madame de Toulouse.

C'est un rubis.

- Il est bath. - Bath à pleurer.

Même en République, il faut être comtesse pour porter des bijoux.

- Alors, la République, c'est triste ? - Comme la pluie sur un cimetière.

L'égalité républicaine, je t'en foutrais, moi, de l'égalité.

Allez, la bague est à vous.

Je garde l'étui.

Un étui vide, le résumé de ma vie.

Mais attends. Pars pas.

La môme et moi, on va te lécher toute la nuit.

D'accord ?

Une lignée morte.

Le dernier descendant est dans une maison de fous.

Pour le final wagnérien, les Toulouse ont trouvé leur écusson.

Un étui vide.

Monsieur le comte. Votre canne.

- Aïe ! - Attention à votre tête.

Lautrec veut des crayons, du papier. Il veut prouver qu'il a toute sa tête.

- Il a toute sa tête ? - Pas de panique.

On va le traiter.

Tenancier,

ton boxon est trop aseptisé, trop hygiénique.

Au bordel, la clientèle aime le clinquant !

Les couleurs !

Un humour très particulier. Une façon de danser au-dessus du vide.

Très risqué.

Suzanne !

Il délire.

Vous n'en savez foutrement rien !

- Tu t'es mariée ? - Mariée.

Avec un agent de change friqué. La Valadon est devenue respectable.

Les mémères lui disent "madame", et elle a des amants par milliers.

Les amours, c'est la santé. Le miel de la vie.

Vous délirez, c'est normal. On va vous traiter. L'eau glacée.

Tradition thérapeutique ancestrale.

Henri, j'ai des milliers de clowns dans ma vie.

Mais la nuit, tu me manques.

Le jour aussi.

Avec Suzanne, c'était l'enfer.

‪Mais au fond de l'enfer, ‪il y avait du ciel bleu.

Le ciel bleu.

Mon lapin,

tes crayons vont te sortir de cette prison.

Les crayons, c'est pas du bois et de la mine de plomb.

C'est de la pensée par les phalanges.

Je ne reconnais pas mon Henri.

Il est là, hébété, comme si la foudre l'avait frappé.

Comme si le vide de son crâne lui avait été révélé.

Comme si, au fond de l'angoisse, il avait trouvé un apaisement.

Et qu'a-t-il pu trouver ?

Le secret de la peinture ou une façon snob de faire des traits ?

Je ne sais pas.

Vous le libérez ?

Oui.

Ses dessins sont très beaux.

Un trait terrifié au-dessus du vide.

L'art nouveau se ressource dans la folie.

Son inspiration n'est plus Dieu, le prince ou la patrie.

- C'est la démence. - Oui.

Si les artistes sont des prophètes,

le siècle qui vient sera terrifiant.

- Qu'ont décidé les grands juges ? - Henri, tu es libre.

Liberté conditionnelle ? Mais Viaud est chargé de me surveiller.

Henri, tu es fragile.

- Je suis ton ami. Ta nounou. - Ma nounou. Ma dame de compagnie.

Ma Pompadour un peu poilue.

Qu'est-ce qui ne va pas, Henri ? Pardon.

Demain, tu es libre.

Henri, les oiseaux chantent.

Le ciel bleu, les oiseaux chantent "cui-cui".

Cui-cui.

Cui-cui.

- Cui-cui. - Cui-cui.

- Cui-cui. - Cui-cui.

Cui-cui.

Cui-cui.

Cui-cui.

Cui-cui...

Cocher : 24, rue des Moulins.

Rue des Moulins ? Mais c'est un bordel !

Chez madame Denise, un bordel très bien fréquenté.

Vous cherchez l'abîme, monsieur Lautrec.

Henri, tu es fragile, tu le sais.

C'est l'abîme que tu recherches ?

Le petit a besoin de se requinquer.

Nom de Dieu, où est-il ? Henri !

Henri !

- Tu m'as bousculé. - T'as perdu quelque chose ?

Henri !

Viaud, tête de Viaud, qu'est-ce que t'as perdu ?

Henri !

Il est idiot, il est idiot, il est idiot...

Henri !

Henri !

Messieurs !

Messieurs !

Alors, les dégourdis, on se remue !

Vous n'auriez pas vu un petit homme malheureux, un petit barbu ?

Allez, on se dépêche !

- Allez ! - On l'a vu par ici !

Votre serpe est sinistre, cher monsieur.

Tu nous couperas les roupettes avec une serpe au jugement dernier ?

Je vous connais, maître.

Je connais vos affiches, vous êtes célèbre.

Moi, c'est le contraire, mais j'ai la foi.

Dans cette vieille cage thoracique,

un cœur d'adolescent bat pour Shakespeare et pour Molière.

Ah, notre Molière !

J'ai joué Molière.

Oui. Maladroitement, mais appliqué.

M. Lautrec, applaudissez l'imbécile heureux qui a joué Molière.

Et qui, maintenant, coupe de l'herbe

- pour ses lapins. - Henri !

Tout va comme vous voulez, maître ?

Non.

- Ah ? - Je manque de sérieux.

Un peintre sérieux devrait...

se prendre par les cheveux et se soulever seul au-dessus du plancher.

Au-dessus du...

Et à part ça, maître ?

On rigole, on s'emmerde, on attend le jugement.

Le jugement ?

Le jugement dernier ?

Celui de la cathédrale d'Albi m'a toujours laissé le souffle coupé.

Le jugement...

Les temps ont changé, mon vieux.

Ce n'est plus Dieu qui juge.

‪Les peintres sérieux, ‪dans leurs tableaux, doivent juger Dieu.

Maître, juger Dieu, c'est...

C'est peut-être péter au-dessus de son cul, non ?

Il faut y arriver.

Van Gogh l'a su le premier.

Oh, la Pompadour a retrouvé bébé ! Hein ?

Elle est contente !

Maître ! Maître !

Regardez !

Suzanne !

Suzanne !

À nos amours au goût d'ortie.

Le crapaud ne boit plus que du jus de pomme.

Nounou veille sur ma santé.

Henri !

Je t'aime, tu m'aimes.

J'ai le cœur qui saigne.

Quand ceux qui se sont grandement aimés se retrouvent, ils la bouclent.

Il faut pas cochonner avec des mots quand le cœur saigne.

C'est beau.

C'est beau.

Je suis heureuse de t'avoir plaqué.

Sinon, t'aurais corrigé mes dessins,

tu m'aurais imposé de faire du Lautrec.

J'ai jamais corrigé tes dessins.

Non, c'était plus insidieux.

Tu plissais tes yeux quand mon trait se rapprochait du tien.

J'aimais tes yeux.

Et pour te les voir plisser, je t'aurais singé.

Quelle blague !

Vous entendez ?

Le génie bête comme ses pieds.

Et ton agent de change ?

On l'oublie, celui-là. C'était un morpion.

Ne lâche pas tes crayons, fillette.

Un crayon, c'est une bonne rampe.

Que Dieu te protège contre toi-même.

Henri ! Où est la romance des jeunes années ?

Le passé finit dans le caniveau ?

Non.

- Dans votre cœur, au chaud. - Ah ? Oui...

Le petit est flapi.

Il a besoin de la mer pour se requinquer.

Henri, il faut rentrer ! Le vent est glacé !

Merde, Viaud !

Cher ami, je vous en prie.

La mer, monsieur.

La mer, chère à Homère.

Quand le vieil aveugle entendait les vagues, il criait,

"Yo ! Yo !" pour les saluer.

Tous les rêveurs aiment le grand large !

Face au grand large,

Homère aussi devait déclamer !

Un poème, je vous en prie.

Quand j'entends mon cœur qui bat C'est maman là-bas qui m'appelle !

On rit de moi dans les rues De mes mines incongrues

Laïtou, d’enfant sould

Mais moi, à chaque pas J’étouffe, je chancelle !

♪ Quand j’entends mon cœur qui bat ♪

♪ C’est maman, là-bas ♪

♪ Qui m’appelle ! ♪

Maman !

Maman !

Alors, la comtesse est là ?

Que monseigneur m'excuse.

Qu'est-ce qui se passe ?

- Il se passe quoi, les enfants ? - On ne sait pas, on attend.

Madame, il faut descendre.

Henri.

Henri !

Nous sommes arrivés.

Avant de descendre, je peux faire dodo ?

Je suis épuisé.

Oui.

Peut-être devrions-nous tous prier.

Petit garçon, je savais

qu'au printemps, la sève remonte dans les troncs.

‪Oui.

Une après-midi comme celle-ci, pour vérifier,

j'ai couru dans les prés.

En ce temps-là, un arbre était mon ami.

Heureux, je trottais sur mes petites jambes.

C'était la dernière fois.

Le lendemain, j'étais plâtré.

C'est beau, les arbres.

Allez.

Vous n'avez jamais peint de paysage.

Le corps, le visage,

c'est déjà insaisissable.

Alors, le paysage...

Je vais vous confier un secret.

J'adore les secrets.

Le parfum le plus délectable, c'est celui du nombril des femmes.

En le reniflant, j'ai pressenti le divin.

Henri...

Qui peut se cacher dans ce recoin si ce n'est pas Dieu ?

Madame la comtesse, regardez ce qui nous arrive de Paris ?

Henri !

Ton père dans un chariot à pétrole.

Les poules ont intérêt à se cacher. Cet engin va en faire de la purée.

Ces engins n'ont pas d'avenir, trop de bruit.

M. le Comte, votre carriole est très belle.

Henri ! Tu te prélasses au soleil comme un touareg.

Mon Henri Flaubert, le grand Flaubert, adorait les Touaregs.

Surtout leurs belles, aux hanches comme des amphores.

Veux-tu que nous allions tous les deux au Sahara ou en orient ?

Vous êtes venu pour l'hallali ?

- Pardon ? - Une bêtise.

Vous êtes venu pour l'hallali ?

Précisément, je vais tuer un sanglier,

et avec sa bonne viande noire,

te remettre sur pied, sur tes trois ou quatre pieds,

si on compte tes cannes.

Attention. Attention.

Van Gogh, Raphaël, Watteau, exitus à 37 ans tous les trois.

Tais-toi.

Ça me laisse peu d'heures si Dieu sait compter.

Tu dis des bêtises.

Des bêtises...

Des bêtises...

T'es un petit bêta.

J'en suis réduit à tuer les mouches.

Dieu soit loué, en République, le ridicule ne tue pas.

Henri, je ne veux pas que ces bestioles te piquent.

Pourquoi pas, si Dieu le veut. Deus lo Vult.

C'est la devise de la famille.

Ah, pauvre papa...

C'est mystérieux, la beauté.

Cochonnerie.

Un peintre rêve une peinture, Dieu lui fait un croche-pied.

Tu as fini de taquiner monseigneur ? Tu es un provocateur.

Une parenthèse, maman. Dans l'histoire de la peinture,

une parenthèse insignifiante.

Amiral !

Tout a un sens, Henri.

Tout est cohérent.

Merci, Amiral.

Merci.

À quoi rêves-tu ?

Aux vagues du large.

La mer, disait Homère.

Mère.

Toi.

Toi seule, mère.

Dieu va t'aider.

Il est bon, Il est juste.

Ah ouais ?

Alors, c'est parfait.

Car il faut être gland comme votre nabot pour réclamer à Dieu justice.

‪[Adèle] Henri !

♪ Ils sont des tas Des fils de race et de rastas ♪

♪ Qui descendent des vieux tableaux Ah, les salauds ! ♪

♪ Ils sont presque tous mal bâtis Ils ont les abatis trop petits ♪

♪ Et des bidons comme des ballots Ah, les salauds ! ♪

♪ Quand on les rapporte le matin Ils sentent la vine et la putain ♪

♪ Ils ont bu dans les caboulots Ah, les salauds ! ♪

Cocher, votre nom, c'est Henri ?

Henri ?

Comme les rois de France.

Comme mon petit roi.

Salut, Henri ! Salut, Henri !

On va fouetter ! Allez !

Salut, Henri !

Salut, Henri !

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