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À l 'aube du XIXe siècle, une ombre menaçante s 'étendit sur l 'Europe.
Cette ombre était celle d 'un seul homme, Napoléon Bonaparte.
Il n 'y eut que la Russie et l 'Angleterre pour lui opposer une
active.
Sur la Russie, le ciel était clair, le soleil brillait.
Napoléon était à des milliers de kilomètres, et les rues de Moscou
être le décor idéal pour les défilés militaires.
Quels hommes splendides, hein ? Pour défiler, oui.
Qu 'est -ce que vous entendez ? N 'oubliez pas que j 'ai vu les Français
en campagne.
Vous ne voulez pas me dire qu 'ils avaient plus d 'allure que les nôtres.
Ils ont à leur tête le plus grand homme d 'Europe.
Bonaparte ? Bonaparte.
C 'est usurpateur, c 'est républicain, c 'est aventurier.
C 'est un colosse.
Un homme en qui s 'incarnent les temps nouveaux.
Comment réagit votre père lorsque vous avancez des idées pareilles ? Jamais
n 'abordons ce genre de sujet, mon père et moi.
Comment va -t -il ? Les docteurs adoucissent ces derniers moments.
Est -ce que vous irez le voir ? Pas avant qu 'on me le demande.
Triste situation, mais faisons confiance au ciel.
Oui, et c 'est tellement plus commode.
Rappelez -vous, Pierre, que vous serez toujours ici chez vous et que la famille
Rostov sera la vôtre quand vous le voudrez.
Vous êtes très joli.
Vous n 'avez pas envie de vous joindre à eux ? Je n 'aime pas la guerre.
Moi, si j 'étais un homme, je voudrais partir avec eux.
J 'aimerais avoir un grand cheval noir et une lance.
C 'est toujours pareil.
Il n 'y a que les hommes qui ont le droit de s 'amuser dans la vie.
que tous ces jeunes gens qui partent pour se battre vont peut -être mourir.
N 'aie
pas
peur, voyons.
Natacha, mais qu 'est -ce que tu as ? Rien.
Tu es très séduisante dans ton uniforme.
Dire que tu t 'en vas assez loin.
L 'Autriche est à l 'autre bout du monde, à des milliers de kilomètres.
Je le déteste, Napoléon.
Les Autrichiens font de merveilleux bracelets.
Je t 'en rapporterai un.
Deux, Nicolas, j 'en veux un pour chaque bras.
Tu les auras.
Pierre, vous vous souvenez de notre cousine Sania ?
Elle va habiter avec nous maintenant.
Je me la rappelle très bien. Mais c 'était une toute petite fille la
fois que je l 'ai eue. Les filles grandissent aussi.
Elles grandissent, Pierre.
Je te trouve magnifique.
Qui aurait jamais cru que maman et papa auraient des enfants aussi réussis ?
Vous entendez ce qu 'elle dit, ma chère.
Gardez -vous.
Enseigne -compte Nicolas Rostov, je vous décorde l 'ordre de... l 'affection de
ta soeur adorée.
Je trouve déplacé de faire de telles plaisanteries alors que l 'armée part
la guerre.
Mon cher enfant, les femmes sont le charme de l 'existence.
Tu es rutilant, Nicolas, si seulement j 'avais ton âge. Ça viendra, Pétia, ça
viendra. Trop tard. Quand j 'aurai enfin l 'âge d 'être soldat, il n 'y aura
plus un seul ennemi à tuer.
Ne t 'inquiète pas, Pétia, ton frère ne les tuera pas tous.
Bonne chance.
Sachant que vous pensez de la guerre, j 'apprécie.
Mais vous, Pierre, pourquoi ne demandez -vous pas un commandement ? Oui, tout
est facile pour vous, les hommes.
Quand vous décidez quelque chose, il ne vous reste plus qu 'à le faire.
Vous, si vous étiez un homme, que décideriez -vous de faire ? Je
'octroyer un pouvoir formidable.
Je voudrais être pour le tsar le plus écouté des ministres, qu 'il n 'ose rien
ordonner sans me consulter en premier. Et vous, vous seriez assis à ma droite
vous jugeriez la nation.
Chaque fois qu 'une chose serait compliquée ou qu 'on aurait commis une
injustice, l 'affaire vous serait soumise et votre avis aurait force de
Pourquoi moi ? Parce que vous êtes pur et sans haine.
Voilà qui est très bien dit, ma chère Ange.
Après cela, il vaut mieux que je m 'en aille.
Vous, si vous aviez ce pouvoir, que feriez -vous ? Moi ? Je
crois que j 'hésiterais.
Au revoir, tante. Au revoir.
Revenez bientôt.
Au revoir.
Je vais vous reconduire, monsieur le ministre Édith. Au revoir, Pierre. Au
revoir.
Vous reviendrez bientôt, n 'est -ce pas ? Maman et papa ne veulent pas le
montrer, mais ils vont se sentir affreusement tristes lorsque Nicolas
Et vous savez qu 'il raffole de vous. Oui, je reviendrai, c 'est promis. J
beaucoup toute votre famille.
Toute la famille ? Et autant les uns que les autres ? Oui, qu 'y a -t -il d
'étonnant à cela ? Oh, quelquefois, on a certaines préférences.
Pardon, monsieur.
Au revoir.
Et maintenant, où allez -vous ? Chez le local, je suppose.
En effet, oui. Comment êtes -vous au courant ? Je le sais, je l 'ai deviné.
Allez, allez vivre une de vos affreuses nuits de débauche.
Va me chercher une bouteille de rhum.
Laguet, faites sauter la fenêtre.
Maintenant, mettons -nous bien d 'accord.
Je parie 50 pièces d 'or avec le prince Anatole Coragine que je peux boire une
bouteille de rhum sans que le goulot quitte ma bouche.
Debout sur l 'embrasure de la fenêtre et sans que jamais je prenne appui sur
quoi que ce soit.
Veux -tu monter jusqu 'à 100, Anatole ? Ce serait trop si tu ratais ton coup.
Attendez. Descends de là, toi, avortant.
Viens voir ça, Pierre.
Et ceci s 'adresse à tous ceux qui sont ici.
Musique, pourquoi croyez -vous que je vous paye ?
Regardez comme c 'est boire de la colle.
Rappelle -toi que la bouteille ne devra pas quitter tes lèvres.
Les 50 pièces d 'or, Anatole, et j 'offre le double à qui sera de taille à
faire autant.
Je vous conseille une bonne friction à l 'eau froide.
Je vous attends ici.
Prince André, est -ce que cela veut dire que le vieux bonhomme va plus mal ? Les
médecins ne croient pas que le prince Dessouva passe la nuit.
Mon père et ma soeur sont -ils à son chevet ? Votre père y est déjà et la
princesse Hélène est attendue.
Parfait, alors je n 'ai pas à y aller puisque la famille est représentée.
Attention. Vous désapprouvez ma conduite. Mon Dieu.
Donc, à contraire, vous auriez tort.
On ne se présente pas devant le lit de mort de son père, l 'œil vague, puant l
'alcool.
Lui aussi désapprouve ma conduite.
Et c 'est normal, car moi, je désapprouve la sienne, sur bien des
Et avant tout, je désapprouve le fait qu 'il n 'ait pas épousé ma mère.
Peut -être que s 'il m 'avait reconnu.
J 'ai péché, Seigneur, mais j 'avais quelques excellentes excuses.
D 'ailleurs, quoi que je dise, André, vous me désapprouvez.
La vie que vous menez n 'est pas digne de vous, Pierre.
Vous vivez au niveau de vos sentiments les plus bas.
Devenez quelqu 'un.
Facile à dire, devenez quelqu 'un. Très facile.
Devenir quoi ? Serais -je le prochain comte Pessoukhov ? Possédant de vastes
terres et une situation stable, des responsabilités honorifiques.
tout à fait reconnaître que je suis son fils.
Mais il ne peut pas non plus tout à fait nier que je le sois.
Ce qui fait que tout le monde se sent très mal à l 'aise, moi y compris. Vous
devriez trouver un but à la vie, tout recommencer. Oui, vous avez raison, vous
avez raison, je suis bien de votre avis.
Chaque matin, je me réveille dégoûté de moi -même, dégoûté de ce que j 'ai fait
la veille.
Et je me dis, aujourd 'hui, je changerai.
Et si mon mal de tête est violent, j 'ajoute, Pierre, Il est temps de prendre
chemin de la sainteté.
En réalité, je vais au club et je regarde jouer aux cartes.
Je ne commande qu 'un verre d 'eau pour me prouver comme je résiste
magnifiquement à la tentation.
C 'est alors qu 'un ami s 'approche et me dit, buvons -y une vodka, Pierre.
Et le lendemain, j 'ai un peu plus mal à la tête et je suis un peu plus pauvre.
Il doit pourtant y avoir des choses qui vous intéressent.
Bien sûr, je voudrais savoir.
Savoir quoi ? Tout savoir.
Je voudrais savoir pourquoi, connaissant le bien, je continue à faire le mal.
Je voudrais savoir ce qu 'est le bonheur et ce que représente en vérité le
malheur. Je voudrais savoir pourquoi les hommes font la guerre et ce qui peut se
cacher au fond de leur cœur quand ils prient Dieu.
Je voudrais savoir ce que ressentent les hommes et les femmes en disant je t
'aime.
Vous voyez, j 'ai largement de quoi m 'occuper.
Mais vous devez avoir beaucoup de mal à comprendre ce que je veux dire, André.
Toutes les choses sont simples pour vous.
Vous savez toujours exactement ce qui est juste et vous le faites. Oh,
exactement. Vous êtes si différent de moi.
Vous étudiez et tout devient clair.
J 'étudie, tout devient obscur.
Vous aimez, vous vous mariez.
Vous rassez, vous agissez, il y a une guerre, vous vous battez.
Comme ça serait merveilleux si je pouvais ressembler au portrait que vous
de moi. Il est pourtant fidèle. Voulez -vous que je vous montre combien vous
avez tort ? Moi, peut -être, pas vous.
Vous savez pourquoi je pars pour la guerre ? Parce que je pense que Napoléon
un monstre ? Parce que je pense qu 'il y va de notre intérêt d 'aller combattre
pour l 'Autriche, à 2000 km de Moscou ? J 'envisage l 'avenir de la Russie plus
beau, lorsque c 'est vieille, ça finit.
Pourquoi y allez -vous ? Parce que j 'ai épousé l 'une des femmes les plus
aimantes, les plus honorables, les plus séduisantes de Moscou.
Et que c 'est odieux.
Vous ne mariez jamais, Pierre.
Ou si vous ne pouvez l 'éviter, attendez d 'être usé, plus bon à rien.
Sinon, tout ce qu 'il y a de beau et de noble en vous sera perdu et votre vie
sera gaspillée en bêtises.
Oui, mais ne me regardez pas ainsi.
Vous parliez de Bonaparte et de sa carrière.
Bien clair.
J 'étudie, tout devient obscur.
Vous aimez, vous vous mariez.
Vous rassez, vous agissez, il y a une guerre, vous vous battez.
Comme ce serait merveilleux si je pouvais ressembler au portrait que vous
de moi.
Prince André.
Princesse Hélène.
Avez -vous dit à mon frère que nous l 'attendions ici ? Je le lui ai dit.
Et il ne vient pas ? Je ne pense pas.
Son professeur est avec lui.
On lui administre l 'extrême -ondule.
Il a demandé à vous voir, Pierre.
J 'espère que vous êtes dans l 'état qui convient, vu l 'état où il est.
Suivez -moi.
Allez, je vous attends ici.
Si vous voulez bien venir, Monsieur Pierre, le prince veut vous donner un
d 'adieu.
Ceci est pour vous.
Le prince désire se reposer.
Alors, il s 'est décidé trop tard à m 'aimer.
Trop tard.
Il m 'a donné ceci.
Une lettre pour le tsar.
Il y en a une pour vous, Pierre.
Ouvrez -la.
Votre père tient à ce que vous sachiez que dans la lettre adressée au tsar, il
demande que vous soyez légitimement reconnu comme son fils, que vous preniez
nom de comte Bezouof et soyez unique héritier de tous ses biens.
Soyez digne, mon garçon.
Soyez digne du grand disparu.
Ah, comme nous péchons !
Comme vous trompons et tout cela, pourquoi ? Pour mourir un jour.
Embrasse ton cousin, Hélène.
Il est con de Bézois.
Embrasse -le.
Et souhaite -lui du bien.
Je suis heureux que nous soyons sur le chemin de Moscou. Après ces trois
semaines à la campagne, je suis à bout de force.
En tout cas, ce fut un voyage profitable.
N 'est -ce pas, Pierre ? Oui, très profitable.
Non, non, ça donnera à mon père l 'occasion de dormir un peu.
André ! Qui est -ce ? Par exemple !
Vous allez -vous chez votre père ? Oui, je vais y installer ma femme pour
quelques temps. Et vous, vous êtes seul ? Non, je suis en compagnie du prince
Vassili et de sa fille.
Ah oui ? Nous avons fait un tour d 'inspection de mes propriétés. Je n 'y
jamais allé auparavant. C 'est très grand, mais très arriéré.
À partir d 'aujourd 'hui, je vais m 'employer à transformer tout cela.
Je vois. Est -ce la raison pour laquelle le prince et sa fille sont avec vous ?
Oui, le prince me donne quelques conseils pour gérer mes terres.
Évidemment.
Venez donc saluer ma femme.
Cela lui fera plaisir.
Elle est toute triste à l 'idée de vivre en reclus à la campagne. Hélène est
différente. Elle adore la nature. C 'est elle qui m 'a entraîné. Je n 'en doute
pas.
Éloignez -vous, mes enfants.
Combien de temps pensez -vous rester chez le comte Volkonski ? Hélas, des
des mois.
Jusqu 'à la naissance de mon bébé.
Non, merci.
Savez -vous qu 'André s 'en va demain ? Il croit préférable pour moi de vivre
avec son père et sa sœur plutôt que seul à Moscou.
Et vous, que pensez -vous de cela ? J 'en suis effrayée.
Comment, dans ces conditions, consentez -vous à vous enterrer ici ? André l
'exige. Que puis -je faire d 'autre ? Eh bien, je vous assure que s 'il s
'agissait de moi, je trouverais le moyen d 'y échapper.
Je m 'en doute, mais nous sommes très différentes l 'une de l 'autre.
Oui, très différentes.
Avez -vous déjà demandé la main d 'Hélène ? Non.
Vous pouvez le faire ? Je n 'en sais rien.
Si vous avez besoin d 'un conseil... Sur tous les sujets, André, sauf sur celui
-là.
Je croyais que vous ne viendriez jamais.
Oh, Lise, vous êtes magnifique.
Vous aussi, Marie.
Oh non, moi, je ne suis qu 'une petite campagna.
André,
est -ce vrai ce que tu as écrit dans ta lettre ? Tu ne restes avec nous qu 'une
seule nuit ? Crois bien que je le regrette.
Lise, persuadez -le.
Faites qu 'il rêve. J 'ai déjà essayé. Marie, Lise est fatiguée. Il est
nécessaire qu 'elle se repose.
Oui, Excellence, votre père a entendu la voiture et voudrait que vous vous
présentiez à lui immédiatement.
J 'y vais.
Tu devrais monter dans ta chambre, Lise.
Tu verras mon pire dîner.
Venez.
Ah, te voilà, guerrier.
Est -ce un Volkonski qui va battre Napoléon ? Comment vas -tu, mon garçon ?
Embrasse -moi ici.
Je vais très bien, Inter.
Et vous -même ? Solide, mon fils, solide.
Seuls les imbéciles tombent malades.
Tu me connais, je travaille de l 'aube à la nuit.
Je mange peu, bois moins encore, je ne peux que bien me porter.
Merci.
Dieu n 'est pour rien dans cette affaire.
André, attends un moment, je te prie.
J 'ai quelque chose à te donner. Qu 'est -ce que c 'est ? Notre grand -père l 'a
toujours gardé sous son uniforme, dans toutes ses guerres.
Si ce n 'est pas trop lourd, je veux bien l 'essayer.
André.
Promis -moi de ne pas l 'enlever, de la garder sur toi.
Promis ? Oui.
Embrasse -moi ici.
Merci, mon fils.
Merci.
De quoi me remerciez -vous, père ? De faire ton devoir.
de t 'arracher à la dangereuse douceur des liens conjugaux.
L 'armée passe avant tout.
Merci. Merci.
Il faut que je vous parle de ma femme.
Ta femme ? Eh bien, va, je t 'écoute.
Lorsque le moment sera venu, faites venir un médecin de Moscou.
Un médecin ? Je sais que si la nature faillit à sa tâche, nul ne pourra rien,
mais on lui a raconté tant de choses que... que maintenant, elle a... elle a
peur.
Tu donneras ceci à Michel Koutouzov.
Nous fûmes à l 'école ensemble.
Ce n 'était pas un brillant élève, mais qu 'importe.
Je lui dis dans cette lettre de ne pas trop tenir à son état -major.
Que tu as mieux à faire.
Dis -lui que je me souviens de lui et que je l 'admire.
Adieu.
Rappelle -toi ceci, Prince André.
Si tu es tué à la guerre, j 'épauvrai de la souffrance.
Mais si j 'apprends que tu ne t 'es pas conduit comme le digne fils de Nicolas
Polkowski, ce sera pire.
J 'aurai honte pour notre nom.
Il était inutile de me le dire, père.
Je voulais aussi vous demander, si je viens à mourir et s 'il me naît un fils,
faites qu 'il reste dans cette maison.
Je veux qu 'il soit élevé ici.
Avec vous, père.
Qu 'attends -tu maintenant ? Nous nous sommes dit adieu.
Alors, battons.
André ! Tu pars déjà ?
Je ne le supporterai pas. Je vais être aussi seule, André. Mais tu ne seras pas
seule, voyons. Tu seras avec mon père et avec ma soeur. Reste jusqu 'à demain.
Seulement jusqu 'à demain. Il est inutile d 'insister, tu le sais.
Tu es content de t 'en aller.
Tu es content de te débarrasser de moi.
Oh, André !
Katia, va me chercher un flacon de sel, vite.
Poudrais -tu dire à ton cheval de ne pas secouer la tête ? Sans ça, je n 'y
arriverai jamais.
Tu as entendu ? La dame t 'a demandé de ne pas secouer la tête.
Les animaux sont beaucoup plus raisonnables que les hommes.
Mademoiselle, si je vous offrais un million de roubles, feriez -vous mon
portrait ? Pierre ! Mais à condition d 'être peint sous les traits d 'un
centaure.
Il est interdit de regarder avant que ce soit fini.
Ce n 'est pas très prometteur.
Je trouve que si.
Vous n 'êtes pas sincère.
De toute façon, je n 'ai pas l 'intention de faire une œuvre d 'art.
Papa a acheté ce poulain pour l 'offrir à mon frère Nicolas lorsqu 'il reviendra
de la guerre.
Et je veux lui envoyer ce dessin pour qu 'il fasse connaissance.
C 'est fini ? Oui, pour le moment.
Allez ! Chargez ! En avant ! En avant ! Ça
vous plaît ? Les nouvelles de Nicolas
? Maman et papa ont reçu une lettre. Il n 'a même pas écrit à Sonia.
Les hommes oublient les femmes très rapidement lorsqu 'ils sont à la guerre.
Les enfants, pas les hommes.
Nicolas serait furieux de vous entendre le traiter d 'enfant. Il vous
provoquerait sûrement un duel.
Ce serait une raison aussi valable qu 'une autre.
En réalité, s 'il a écrit, c 'est qu 'il avait besoin d 'une assez grosse somme.
Il prête de l 'argent à son capitaine et son capitaine le perd aux cartes.
Ce capitaine ressemble à papa.
Il se nomme Denis Zoff.
Nicolas dit qu 'il a de très grandes moustaches, qu 'il zozote, mais que c
sûrement un homme très brave.
Nicolas dit que la vie militaire est très agréable et que nous allons bientôt
gagner la guerre.
Il dit aussi qu 'il faut avoir pitié de Napoléon.
Chargez ! En avant ! Chargez, cavaliers ! En avant
! Chargez ! Il n 'y a aucun doute, la guerre doit être très amusante.
Il faut que je la mette sur ma liste.
Quelle liste ? J 'établis une liste de tous les grands plaisirs qu 'il y a dans
l 'existence par ordre d 'importance. J 'ai oublié la guerre.
Et quels sont les autres plaisirs par ordre d 'importance ?
L 'opéra, l 'amitié éternelle, le printemps, les balles, danser la
partir à la campagne lorsqu 'il fait beau et accueillir des soldats rentrant
la guerre. Avez -vous d 'autres suggestions ? Eh bien, laissez -moi
Être capable d 'avoir foi en Dieu, savoir rendre heureux, aimer.
Aimer ? Regardez Sonia, elle est amoureuse de Nicolas. Et pourtant, elle
tous les jours entre 8 et 9 heures du matin sans s 'arrêter.
Alors, vous ne tomberez jamais amoureuse ? On dit souvent foi, peut -être, pour
m 'amuser.
Je changerai de partenaire comme de danseur.
Mais si jamais il m 'arrivait de dire à un homme, je vous aime, alors je me
sentirais comme un général vaincu qui a perdu toutes ses troupes, qui s 'incline
et qui se rend à l 'ennemi.
Vous changerez.
Ce qu 'il y a de désagréable dans le fait d 'être jeune, c 'est que tout le
monde vous dit toujours, vous changerez.
Dînerez -vous avec nous ce soir ? Je ne pourrai pas, non, je suis déjà engagé.
Auprès de qui ? De ma cousine, la princesse Hélène.
Je voudrais bien lui ressembler plus tard.
Évidemment, il faudra que je me remplisse un peu du coup.
Grande, fière, magnifique, hautaine, inaccessible.
Avec des régiments d 'hommes pour m 'admirer.
Je vais l 'épouser, Natasha.
Allons, allons.
Lequel de vous deux se rend à l 'autre ?
Tous mes vœux, cher Pierre.
Je vous ordonne d 'être le plus heureux des hommes.
Je repars immédiatement. Attendez -moi.
J 'apporte un message pour le général Kutuzov. Je dois lui remettre de toute
urgence. Eh bien, voici son aide de camp.
Adressez -vous plutôt à lui.
Mon colonel ?
J 'arrive à l 'instant des lignes avancées. J 'apporte un message dont je
faire part immédiatement au commandant en chef.
Son Excellence préside le conseil de guerre. Donnez -moi le message, je lui
remettrai moi -même. C 'est un message verbal.
Vous pouvez me le communiquer.
Mon escadron est en première ligne.
Au crépuscule, les Français ont éteint leur feu et nous avons entendu cliqueter
les armes. L 'ennemi est en mouvement, colonel. Et c 'est tout ? Si c 'est tout
? C 'est la première fois que vous êtes engagé dans une action, sans doute.
Bonne chance, mon ami.
D 'après les rapports reçus, il apparaît clairement que... L 'ennemi a regroupé
ses forces.
En conséquence, je crois que Votre Excellence devrait prendre en
le fait qu 'elle doit changer ses ordres pour demain. Ou plutôt pour aujourd
'hui, car il est minuit passé.
Messieurs.
Messieurs.
Les ordres pour demain ne sauraient être changés.
Vous les connaissez.
Et nous ferons tous notre devoir.
Mais avant la bataille, il n 'y a rien de plus important qu 'une bonne
nuit de repos.
Bonsoir.
Bonsoir. Bonsoir.
Si les Français sont au sud d 'Austerlitz, nos plans... Tes plans.
Demain, après la bataille, les généraux se demanderont pourquoi leurs plans n
'ont pas réussi.
Ils blâmeront tout le monde, sauf eux -mêmes.
Comment se passeront les choses demain ? Je crois que nous perdrons la
bataille.
Mais nous ne perdrons pas la guerre, André.
En perdant une bataille, nous signerons la paix et nous
recommencerons la guerre.
Des hommes comme Napoléon ne s 'arrêtent que lorsque leur propre ambition les a
détruits.
La seule bataille importante, c 'est la dernière.
Bonsoir.
Général, il semble que les Français ont enfoncé notre flanc.
Capitaine, faites charger les hussards.
C 'est là qu 'elle est, ma blessure.
Empêchez -les de fuir.
Retirez ces larges pour le conscrit.
Oh, il est vivant.
Que ce jeune homme soit secouru, ensuite conduisez -le à mon bivouac avec les
autres. Mon médecin personnel s 'occupera de lui.
Laisse -moi dormir.
Il est 11 heures.
Comment déjà ? Nous avons beaucoup d 'achats à faire et nous partons pour
à la fin de la semaine.
Pierre, je suis fatiguée.
Très bien, alors j 'irai seul faire les achats et j 'en viendrai te chercher.
Voici les gazettes, monsieur.
Merci.
Amusant, ce qu 'on dit.
Pas très amusant. Nous sommes vaincus.
Les termes d 'un armistice sont discutés.
Les prisonniers et les blessés des deux côtés seront immédiatement libérés.
En d 'autres termes, nous quémandons la paix.
Tu as l 'air amer.
Il y a de quoi l 'être.
Est -ce que cela a de l 'importance qu 'un morceau de la Pologne change de
maître, qu 'un nouveau prince monte sur le trône d 'Autriche ? Il y a tellement
de choses plus intéressantes sur la Terre.
Allez, oublions la guerre, va.
Pour le moment.
Si la guerre se termine, alors l 'armée va bientôt revenir.
Oui, certainement.
La vie à Moscou va être très grave.
Pierre. Hélène. Pourquoi ne restons -nous pas par ici au lieu d 'aller dans
terres ? Attendons quelques temps.
Les jours à venir vont être si joyeux. Je ne tiens pas à connaître ces jours
joyeux et j 'ai à m 'occuper de beaucoup de choses là -bas, l 'hôpital, les
écoles. Les gens mourront tout aussi bien avec ou sans ton hôpital.
Et ils apprendront tout autant de stupidités avec ou sans ton école. J 'ai
promis de les aider. Je n 'ai pas le droit de les décevoir. Tout ça n 'a
intérêt.
Pierre, approche.
Chéri, tu sais ce que tu vas faire.
Tu vas partir sans moi pour ton domaine. Tu seras bien mieux tout seul pour
régler toutes ces choses.
Et je te rejoindrai au printemps.
La campagne, c 'est sinistre en hiver.
Je préfère rester ici, je t 'en pourrai, Pierre.
Très bien, alors reste, mais je serai complètement perdu sans toi, chérie.
Mais non, ce sera très salutaire pour nous deux.
Et tu verras que tu m 'apprécieras beaucoup plus quand tu auras été séparé
moi. Je ne puis l 'apprécier plus qu 'en ce moment, chérie.
C 'est incroyable tout ce que j 'ai à faire.
La couturière vient à midi et j 'ai à choisir toutes sortes de choses.
Mais pourquoi me regardes -tu ainsi ? Pourquoi ?
Qu 'est -ce que tu as, Pierre ? Rien, ma chérie.
Enfin.
Ils sont vaincus, ils se sont mal battus.
Pourquoi ont -ils l 'air si heureux ? Parce que c 'est fini, parce qu 'ils
vivants, parce qu 'ils rentrent chez eux.
Je suis
bien
content de revoir ma famille.
Dieu du ciel, le jeune comte. Prokofy. Comment est -ce possible ? Prokofy, est
-ce que tout le monde va bien ? Oui, monsieur le comte.
Gloire au ciel ! Ah, donne -le -moi !
Soyez le bienvenu.
Sonia, c 'est merveilleux.
Nicolas, tu n 'as pas encore embrassé Sonia.
C 'est tout ce que tu trouves à faire après une si longue absence ? Natacha.
Bonjour, mon capitaine.
Bonjour. Rostov, il est temps de se mettre sur pied.
Rostov, lève -toi.
Pourquoi ? Il est tard ? Tard ? Mais il est 10 heures.
Lève -toi, Nicolas.
Tout de suite.
Sauf que tu peux... Je te propose, Nicolas, vous aussi.
Détourne -moi, Napoléon.
Qu 'est -ce que là ? Pourquoi es -tu restée au lit si tard ? Moi, je me suis
levée à l 'aube pour te voir.
Tu penses du mariage ? Sonia est si jeune.
Sonia est ma meilleure amie.
Lorsqu 'elle aime quelqu 'un, c 'est pour la vie. Et c 'est ainsi qu 'elle
aime, toi et moi.
Tu l 'as compris, le jour de ton départ ? Elle a eu beaucoup de chagrin.
Et elle a dit, j 'ai beau l 'aimer plus que ma vie, je veux qu 'il sache qu 'il
est libre.
Tu ne trouves pas ça noble ? Dis, Nicolas.
Je ne reprendrai jamais ma parole.
Je savais que tu dirais cela.
Mais ce n 'est pas suffisant.
Car si tu ne l 'épouses que parce que tu te sens liée par une promesse, tôt ou
tard, elle saura que tu ne l 'as pas épousée par amour.
Et ce ne serait pas honnête.
Nous en reparlerons plus tard.
Oh, toi aussi, tu as changé. Tu es une femme, maintenant.
Dis -moi, es -tu encore jalouse de Pierre, maintenant qu 'il est marié ?
es idiot ! Je ne me marierai jamais. Moi, je vais être une grande danseuse.
Comment ? Ne dis rien à personne.
Non, non.
Va vite t 'habiller, ça va être l 'heure du déjeuner.
André ! As -tu reçu mon message ? Oui, j 'ai rencontré le médecin au dernier
relais de poste. Et tu as compris ? Comment va -t -elle ? Il nous faut prier
pour elle, André. Elle est très mal. C 'est l 'étrange destin, notre pauvre
Marie.
Pourquoi dois -je souffrir ? Je t 'en prie, ne me dites pas André.
Il vaut mieux vous éloigner.
Que Dieu les protégeant, qu 'à pouvoir le faire.
Je pourrais voir 50 fois le même opéra.
Je me demande si j 'arriverai jamais à comprendre ce qu 'il chante.
Mais j 'aime beaucoup les autres actes.
Oh, regarde, Rostov, regarde.
Quoi ? Qui est cette belle créature ? Je te dévorerai le baiser.
C 'est vrai.
Hélène. Et où est son mari ? Pierre ? Il passe la plus grande partie de son
temps sur ces terres.
Eh bien, moi, si j 'étais sans mari, je me dépêcherais de quitter mes terres. Et
vite.
Mon cher comte, je vous écris ces mots pour vous conseiller de vous acheter d
'urgence une nouvelle paire de lunettes.
Vous devez être aveugle si vous ne voyez pas ce qu 'il se passe en votre absence
entre votre femme et le capitaine Dolokhov.
Leur intimité n 'est un secret pour personne, sauf pour vous.
Ensuite, nous avons amené l 'ours chez cette actrice.
Et lorsque la police est venue pour essayer de nous arrêter, nous avons pris
plus insolent de ces policiers. Nous l 'avons attaché au dos de l 'ours et les
avons jetés tous les deux dans le fleuve. Non. Si.
Tous les deux, dos à dos et dans le fleuve glacé.
Hé, bonne nuit, réveillez -vous. La soirée ne fait que commencer.
Ne sois pas grossier avec lui. Il faut toujours être poli avec les maris des
jolies femmes. Très bon conseil. Alors, buvons à la santé des plus jolies femmes
du monde, si vous voulez bien.
Oui, vivons à la santé de toutes les jolies femmes, hein, Pierre ? Ainsi qu
leurs amants.
Pierre, regardez ça. Une nouvelle chanson sur le général Koutouzov.
Donnez -moi ça.
De quel droit ? Je n 'ai pas la vue courte, moi.
Non, je ne vous permets pas. Je suis prêt.
Pas d 'excuses. Dites -moi plutôt comment utiliser cet engin.
C 'est très simple.
Vous l 'armez et vous appuyez là. Ah oui, c 'est vrai. J 'avais oublié.
Je n 'accepte pas d 'excuses. Je suis l 'offensé.
Lorsque j 'aurai compté l 'U4 -3, mettez -vous en marche.
Ce n 'est pas fini.
N 'avancez pas.
Restez où vous êtes.
Gardez -vous donc, imbéciles.
Mon protecteur, merci infiniment d 'avoir défendu mon honneur. On t 'a
que Dolokhov était mon amant et tu l 'as cru.
Et maintenant, que crois -tu avoir prouvé ? Que tu n 'es qu 'un imbécile ?
tout le monde le savait déjà. Seulement moi, je serai désormais la risée de tout
Moscou. Tout le monde dira que tu étais libre et que tu avais perdu le contrôle
de tes actes. Que tu as provoqué un homme dont tu n 'avais aucune raison d
jaloux. Un homme en tout cas qui vaut mieux que toi sur tous les plans.
Il va falloir nous séparer. Nous séparer ?
C 'est une charmante idée.
C 'est une merveilleuse idée.
C 'est la meilleure idée que tu aies eue de toute ta vie.
De toute façon, nous nous serions séparés à plus ou moins brève échéance.
Mais cela va te coûter une fortune.
Non ! Non ! Attends !
Monsieur
le comte vous attend dans ses appartements.
Quelle nouvelle de Dolokhov ? D 'après le médecin, il est maintenant hors de
danger. Tant mieux.
Ce genre d 'hommes ne meurent pas.
Les hommes comme Dolokhov ne sont bons qu 'à faire la guerre.
En temps de paix, on devrait les enfermer dans des cages.
Je voudrais quitter Moscou, m 'éloigner d 'une certaine société qui trouve
normal de tuer, qui vous méprise si vous respectez la vie.
Au banquet, lorsque Dolokhov a porté ce toast, j 'ai tout de suite compris qu
'il était en train de me bafouer.
Et j 'ai été convaincu de la culpabilité de ma femme.
Mais était -ce une raison pour tuer ? Mon cher ami, c 'est Hélène qui a été
fautive et non Dolokhov. Si j 'avais été à sa place, qui sait ce que j 'aurais
fait ? Après tout, qui me dit que je n 'aurais pas agi comme lui ? Alors
pourquoi nous sommes -nous retrouvés dans la neige avec nos pistolets tous
deux ? C 'est moi le coupable, moi, moi le fin.
Pierre, vous exagérez.
Et savez -vous pourquoi ? Parce que j 'ai épousé Hélène sans l 'aimer.
Je la voulais, il fallait que je la possède. Je n 'ai pas cherché à voir
loin.
Et je lui mentais lorsque je lui disais, je t 'aime.
Voilà la vérité.
Et si Dolokhov a failli mourir dans ce duel idiot, c 'est à cause de cela.
À cause de ma faiblesse, de ma lâcheté criminelle. Je suis coupable, je dois
payer. Pierre, je vous en prie, chassez toutes ces pensées ou ça va devenir chez
vous une obsession.
Et... Écoutez, je vous propose de venir faire un petit séjour dans notre maison
de campagne.
Justement, Nicolas veut y amener son ami Denisoff.
Nous partons ce soir, vous nous accompagnez. Allez, c 'est décidé, vous
avec nous. Je vais prévenir la famille.
Maman ! Natasha ! Sonia ! Petya ! Dépêchez -vous ! Mes enfants,
nous partons pour nos terres.
Pourquoi ne m 'as -tu pas déclaré...
Nous allons profiter du clair de lune. Bien sûr que Pierre a des nôtres. Il y a
? Que se passe -t -il, il y a ? De quel clair de lune parlez -vous ? De celui
que nous avons ce soir.
J 'espère que Nicolas ne va pas nous faire attendre. Oh, papa, tu ne peux pas
savoir à quel point je suis heureuse. Un jour de plus et nous n 'aurions plus
trouvé de neige.
Oh, oui. Ça vient, dépêche -toi.
Procopie, faites sortir les Troïkiens.
Immédiatement, monsieur le grand.
Nicolas, nous partons.
Dépêche -toi, Nicolas, dépêche -toi, nous partons pour la campagne. Pour la
campagne ?
Parfaitement. Et puisque tu voulais inviter Denisov, c 'est l 'occasion.
allez. Vite, Pascal, nous attend. Je commençais à m 'habituer à Moscou.
Plus vite, plus vite, plus vite, plus vite.
Plus vite, Pascal.
Si je pars, n 'oublie pas que tout se casse, mon amour éternel.
Nous glissons entre Ika, toi et moi, le ciel, les temps qui nous sautoient, et
les balades à Ika crescendo se mêlent au grenouille des chevaux.
Si je pars, n 'oublie pas que tout se casse, nous montons vers le ciel. Si je
pars, n 'oublie pas que tout se casse, mon amour éternel. Si je pars, n 'oublie
pas que tout se casse, nous montons vers le ciel.
Je reconnais à peine mon propre nom.
Il a beaucoup changé.
Attendez un moment.
Il me semble apercevoir là -bas un de mes vieux amis, le prince André
Puis -je le prier de se joindre à nous ? Excellent occasion de faire sa
connaissance.
Nous sommes ses voisins.
Il monte bien, Pierre.
Allons avec lui, l 'attachant.
C 'est bien aussi, il monte bien.
Bonjour, je suis très content de vous revoir.
Je ne savais pas que vous étiez encore ici.
Les Rostov vous invitent à suivre leur chasse.
En ce moment, je dois avouer que je me sens assez puant à goûter la compagnie
mes semblables.
Prince André, je vous présente la comtesse Rostova et son frère, Petya
J 'ose espérer que vous allez être des nôtres, Prince André. Cela promet d
une des plus belles chasses de l 'année.
Nos veneurs affirment qu 'ils ont repéré une louve et son petit.
Le terrain est parfait et nous serions tellement ravis si vous...
Enfin, je pense que ça vous amuse.
Peut -être pourrais -je vous retrouver plus tard.
Venez maintenant.
Venir maintenant.
Les Rostovs seraient ravis de vous connaître.
J 'accepte alors.
Magnifique !
Je suis heureux que vous soyez resté ce soir.
Je le suis aussi.
Les Rostovs sont charmants, n 'est -ce pas ? Charmants.
Il est merveilleux de les observer ensemble. On dirait des gens d 'une
race. Ils sont gais, sains, élégants, désinvolts, inconscients.
Inconscients. C 'est un des traits les plus frappants de leur caractère.
Toute la famille ? Toute la famille, non.
Dans un an ou deux, la jeune Natasha va commencer à penser.
Cela la rendra encore plus charmante, mais un peu moins Rostov.
Vous voyez ce que je veux dire ? Je crois que oui.
André, il est mauvais pour vous de rester sur vos terres à couver de
pensées, à ne voir personne, à vivre la vie d 'un ermite.
Mauvais ? Non.
Il n 'y a en réalité que deux choses qui soient mauvaises dans la vie, Pierre.
Le remords et la maladie.
Lorsque je serai guéri de ces deux maux, je retournerai dans le monde.
Le remords ? Pour quelle raison éprouveriez -vous du remords ? Je suis
trop tard.
J 'ai laissé Lise mourir sans amour, sans réconfort. J 'étais trop occupé à
suivre le chemin de la gloire pour prendre le temps de m 'occuper de ma
Et j 'ai trouvé la gloire.
Je l 'ai trouvée en empêchant la retraite de quelques centaines d 'hommes
pendant cinq minutes. J 'ai été laissé pour mort sur un champ de bataille lors
'une guerre inutile.
Je cesserai de vivre en ermite, Pierre, lorsque quelque chose arrivera qui me
fera oublier tout le reste.
Maintenant, Il est temps que j 'aille me coucher.
Bonsoir, Pierre.
Et encore merci.
Bonsoir, André.
Après une journée comme celle -ci, il est impossible de dormir.
Comment fait -on dormir ? On vient voir comme la lune est claire cette nuit.
Sonia. Oui ? Crois -tu que le prince André nous aime ? Évidemment.
Il est si étrange.
Il reste toujours assis, immobile, comme s 'il nous jugeait.
J 'ai un petit peu peur de lui. Pas toi ? Non.
J 'ai un peu peur de lui et pourtant...
Lorsque j 'ai chanté après le dîner, j 'ai eu envie d 'aller vers lui, de lui
prendre la main et de ne chanter que pour lui seule.
Le malheureux, il ne serait jamais revenu ici si j 'avais fait cela.
As -tu remarqué qu 'il ne souriait presque jamais ? Pendant que je
me suis retournée tout d 'un coup et je l 'ai surpris qu 'il me regardait.
À ce moment -là, il souriait.
J 'ai cru... C 'est impossible à dépeindre.
C 'était comme si quelqu 'un m 'avait fait...
Le plus merveilleux des cadeaux.
Viens te coucher, Natasha.
Il est horriblement tard.
Pourquoi faut -il toujours que tu gâches tout ? Par une nuit comme celle -ci, je
me sens tellement heureuse et si légère qu 'il me semble que je pourrais m
'envoler. Attention, tu vas tomber.
Mais non.
Moi, je trouve honteux de se coucher par une telle nuit.
C 'est un peu comme si on était baigné de musique, qu 'on ait l 'impression que
le prochain accord ou bien celui d 'après sera la chose la plus
'on ait jamais entendue de toute sa vie.
Et que si par hasard elle s 'arrêtait, on ne pourra jamais l 'oublier.
Plus jamais.
Natacha ! Je viens.
Nicolas ? Oui ? Quelle expression ai -je sur le visage ? Tu es comme d
'habitude. Je n 'ai pas l 'air d 'aider le mieux ? Non.
C 'est impossible, je suis sûre que j 'ai l 'air d 'aider le mieux. Bon, moi
veux bien, mais pourquoi ? Eh bien parce que si j 'ai l 'air d 'aider le mieux,
personne ne remarquera que c 'est aujourd 'hui mon premier bal.
Et comme ça, c 'est mieux ? Oh oui, c 'est beaucoup mieux.
Merci.
Voilà, tu vas me promettre quelque chose. Oui, quoi ? De ne pas danser avec
De ne pas danser avec moi ? Même si je reste debout plantée pendant cinq
Même si personne ne s 'approche pour me dire un mot.
Et si malgré cela, j 'ai l 'air de te supplier du regard, il faut absolument
promettre que tu ne me feras pas danser. Mais pourquoi ? Eh bien, parce qu 'aux
yeux du monde, je trouverais très humiliant que la seule personne qui m
à danser soit mon frère.
Parce qu 'il a pitié.
Promis ? C 'est promis.
Nicolas ? Quoi encore ? Est -ce que les gens ont les yeux fixés sur moi ? Le
peux -tu te rendre compte par toi -même ? Non, il faudrait que je change l
'expression de mon visage.
Eh bien, Natacha, je vais te dire quelque chose d 'affrait.
Dis -le -moi vite.
Dis -moi toute la vérité.
Je n 'ai jamais rencontré de jeune fille qui m 'amuse autant que toi.
Je t 'interdis de dire ça.
Va -t 'en. Laisse -moi à mon destin.
Je vous laisse, mesdames. Nicolas, viens te dire compagnie à ta mère. Est -ce
que c 'est nécessaire, maire ? Non, mon garçon.
Quelle épouvantable erreur j 'ai commise.
Je n 'aurais pas dû venir.
Il ne va rien se passer.
Ce bal sera le plus horrible, le plus affreux, le plus noir des souvenirs.
Ah, qu 'on ne dit mille offres. Venez que je vous présente ma famille.
Madame Maria Peronskaya. Vous connaissez ma femme, ma nièce Sonia et ma fille
Natacha.
Voulez -vous m 'accorder cette danse ?
Peut -être aurais -je plus de chance la prochaine fois.
Comptez sur moi, je reviendrai.
Adieu. Au revoir, au revoir.
Le comte Dimilov est le cousin de notre hôtesse. Il paraît qu 'il est
extrêmement riche. Il vous a éloigné, cher.
Ah, voici l 'ambassadeur d 'Espagne.
Il se prend pour un roi, ma parole.
Vous arrivez un peu tard, vous savez.
Mais vous êtes sûre que c 'est bien moi ?
Pourquoi
pensais -je toujours au prince André ? Suis -je tellement amoureuse de lui que
les autres me sont indifférents ? Nous nous connaissons très peu.
Et pourtant, je le sens toujours présent à mes côtés.
Oh, si seulement il était mon cavalier ce soir.
Pourquoi n 'aime -t -il pas la société ? C 'est mauvais pour un homme de se
cloîtrer comme il le fait pendant des mois et des mois.
Je suis ravi de vous revoir.
Voulez -vous me faire l 'honneur de m 'accorder cette dent ? Pierre !
Quelle joie de vous revoir. Bonsoir, Pierre.
Bonsoir, Gon.
Voulez -vous me faire l 'honneur de m 'accorder cette dent ?
N 'aimez -vous pas la danse ? D 'habitude, non.
C 'est le premier bal auquel j 'assiste depuis trois ans. Je suis heureuse que
vous soyez venue.
Je veux dire, quand vous êtes partie après la chasse, maman et papa ont
parlé de votre visite. Ils espéraient bien vous revoir.
Enfin... J 'espère que vous avez dit à maman et à papa que je reviendrai les
voir très souvent.
Très souvent, mais avec leur permission.
Je les leur dirai.
Est -ce qu 'à chaque claire de lune, vous vous sentez toujours aussi légère
prête à vous envoler ? Alors, vous avez entendu ce que j 'ai dit ? Je ne pouvais
faire autrement qu 'entendre. Ma fenêtre était juste sous la vôtre.
Mais c 'est un désastre si vous avez tout entendu.
Pas tout, vous avez disparu trop tôt.
Vous devez me prendre pour une folle.
Non, je ne vous prends pas pour une folle.
Je vous permettais, mademoiselle.
Voulez -vous m 'accorder cette danse ? Merci.
Quel bonheur de danser avec elle.
C 'est comme si on valsait avec le printemps.
C 'est comme si on frôlait une branche de lilas.
Comme elle est belle.
Si au prochain tour, elle se tourne vers moi et me sourit, je demande sa main.
Guide -nous dans ton infinie sagesse.
Enseigne -nous à croire en ta miséricorde.
Et si c 'est ta volonté, Seigneur, que ce lit soit ma tombe.
Maman, ne me revois pas, il faut que je te parle. Très bien, très bien.
Tu veux me parler du prince André, je suppose.
Jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi.
Cinq jours qu 'il ne donne pas de nouvelles.
D 'abord, il vient pendant toute une semaine, matin et soir, et il me tourne
complètement la tête. Et puis, il ne donne plus aucun signe de vie. Écoute,
vais te raconter ce qui m 'est arrivé lorsque j 'étais jeune.
J 'avais un cousin, un garçon vraiment charmant.
Oh oui, un très séduisant jeune homme. Oui, je sais, cela n 'a abouti à rien.
Tu crois que pour moi aussi, cela n 'aboutira à rien ? Ah, tu es impulsive
je l 'étais.
Mais il faut être patiente, très, très patiente.
Il faut attendre qu 'il ait fait une véritable déclaration, mon enfant.
Tu le reverras.
La dernière fois qu 'il est venu, il l 'avait là, sur le bout de la langue, sa
déclaration. Il semblait si amoureux.
J 'ai toujours un peu peur de lui en sa présence.
Qu 'est -ce que cela veut dire ? Est -ce que ce serait cela, le grand amour ?
Mais tu dors, maman ? Non, ma petite.
Mais j 'ai un peu peur, moi aussi.
Maintenant, va.
Je m 'en vais, mais je ne dormirai pas.
Rends -toi compte, maman, qu 'une telle chose ne m 'était jamais arrivée.
Aurions -nous jamais pu penser, lorsque nous sommes allés à la campagne au
printemps, que nous nous retrouverions à ce bal ? Il faut que ce soit le destin.
C 'est certainement le destin qui a fait que nous nous sommes retrouvés.
Maman, y a -t -il quelque chose de répréhensible à ce qu 'il soit veuf ?
chérie, prie le Seigneur. Les mariages se font au ciel.
Va.
Maman, je t 'aime, tu sais.
J 'adore, maman.
Petite comtesse, dormez -vous ? Oui, mon ami, je dors.
Bonne nuit.
Se marier ! Se marier ! Comme si la vie n 'était pas assez compliquée telle qu
'elle est.
Ça ne t 'a pas suffi ? La dernière fois aussi, tu croyais savoir ce que tu
faisais, tu ne l 'as pas oublié. C 'est complètement différent.
C 'est toujours complètement différent.
Mais avant que je la rencontre, la vie était triste.
Sans intérêt.
Désespérante.
Tu as plus de 30 ans.
Lorsqu 'un homme atteint la trentaine, la vie doit être triste, sans intérêt,
désespérante. Père.
Bon, ça suffit, ça suffit.
Voyons les choses en face.
Sa famille n 'est rien. Père, aujourd 'hui... Rien comparé à celle des
Bolkonskis, rien.
Son père a la réputation d 'un homme qui a couru après toutes les femmes de
Moscou et de Saint -Pétersbourg.
Sans aucun succès.
Maintenant qu 'il vieillit, il a celle d 'un homme qui joue dans tous les
tripots de Moscou et de Saint -Pétersbourg, également sans succès.
Et il a la réputation de rendre sa famille très heureuse.
Pour moi, c 'est une chose qui compte.
Mais crois -tu être correct à l 'égard de cette jeune fille ? Tu es beaucoup
plus vieux qu 'elle.
Tu as un fils à élever. Qui se chargera de cette responsabilité ? Une petite
fille ?
Alors je te demande de reculer ce mariage d 'un an.
Va à l 'étranger.
Nous envoyons une mission en Prusse. Le tsar et l 'empereur Napoléon doivent
signer un traité.
Je sais que tu voulais aller en Prusse.
Si au bout d 'un an, tu éprouves toujours cet amour, cette maladie, cette
passion, appelle cela comme tu voudras, tu l 'épouseras. C 'est mon dernier mot
sur ce sujet. C 'est mon dernier mot.
que moi, Natacha, je devienne la femme de cet homme étrange, intelligent,
attachant, que mon père admire ? Est -ce possible ? Se peut -il que ce soit déjà
la fin de mon enfance ? Se peut -il que j 'aie atteint l 'âge où l 'on est
responsable de ses actes et de chacun des mots que l 'on prononce ?
Je vous aime depuis le premier instant où je vous ai vus.
Vous, vous m 'aimez ? Oui, oui.
Je suis
sûre.
Ou que vous en aimez un autre que moi.
Je vous interdis de dire une chose aussi insensée.
Nanny, nous ne verrons pas tout ce temps -là.
Mais si.
Je dois aller en Pologne, mais je ne serai absent que quelques mois. Nous ne
pouvons nous rien faire. Il n 'y a pas d 'autre solution.
C 'est affreux. Je mourrai si vous n 'êtes pas là. C 'est impossible.
Non, je ferai tout ce que vous voudrez.
Je suis si heureuse. Nous avons devant nous toute la vie.
À Tilsit, en Prusse, le 13 juin 1807, Napoléon rencontra l 'empereur
Alexandre de Russie pour discuter avec lui des clauses d 'un traité de paix.
Il faut que les Bolkonskis m 'aiment.
Ils ne pourraient pas faire autrement que m 'aimer.
Moi, je suis prête à aimer le prince, puisqu 'il est le père d 'André.
Je suis Marie Bolkonska.
Charmée.
Voici ma fille Natacha.
Enchantée. Moi, elle m 'aime.
Veuillez excuser mon père.
Il est souffrant.
Il m 'a demandé de vous recevoir à sa place.
Oh ! Puis -je vous offrir le thé ?
Mais voilà qui me semble... Non, merci.
Non, merci.
Je suppose que vous avez des nouvelles d 'André ? Oui.
Père ! Ah, vous êtes la jeune comtesse Rostava.
J 'ignorais que vous me feriez l 'honneur de me rendre en visite.
Je vous prie d 'excuser ma tenue, j 'étais entré pour parler à ma fille
Pourquoi ne m 'a -t -on rien dit ? Contre -stop.
Oui, oui, j 'ai entendu parler de vous.
Beaucoup entendu parler de vous.
Que le Seigneur me soit témoin, j 'ignorais qu 'il y avait des visites.
Cette maison vit dans la confusion, le chaos.
Les gens entrent et sortent et on ne trouve jamais rien.
Pas même un papier sur mon bureau.
Je vous prie de m 'excuser.
Vous voyez que je ne suis pas venu pour vous recevoir.
D 'ailleurs, je ne peux supporter Moscou.
Et si j 'avais le choix, je ne serais pas ici.
Mais je suis forcé d 'y rester, hélas.
Nous ferions aussi bien de partir, princesse.
Attendez, il faut que je vous parle.
J 'ai un attachage.
Je voulais vous dire combien j 'étais sûre que mon frère avait trouvé le
bonheur.
Princesse, je crois le moment mal choisi pour parler de ces choses.
Ce n 'est pas merveilleux. N 'es -tu pas contente d 'être venue plutôt que d
'être restée à te morfondre à la maison ? Je n 'en sais rien.
Tant qu 'André ne sera pas là, je ne pourrai être contente de rien.
C 'est une question de quelques semaines.
Tu vois là -bas cet homme de haute taille ? Oui, je le vois. Pourquoi ?
nous sommes passés près de lui, je l 'entendais dire à sa femme, voici la
comtesse Natacha Rostova, la jeune femme qui doit épouser Volkovski, l 'heureux
homme.
Il a dit heureux homme ? Heureux homme.
Je vais écrire cela à André pour qu 'il le répète à son affreux vieux père.
Papa, la comtesse Besouhoff est dans la loge à côté. La comtesse Besouhoff ? Je
vais lui présenter mes hommages.
Comtesse Besouhoff, je suis vraiment enchanté de vous revoir.
Moscou se mourrait d 'ennui en votre absence.
Comme vous le voyez, j 'ai amené mes deux jeunes filles avec moi.
Et je serai...
Quelle merveilleuse femme.
Oui, et l 'on comprend que tous les hommes entendent l 'amour.
Tcholokov, regarde cette jeune femme dans la loge.
Charmante.
Charmante.
Pour toi ? Non, Alatole, ce n 'est pas tout à fait ton genre.
Comte Rostov, je suis seule. Votre charmante fille pourrait me tenir
Comtesse, mais avec plaisir.
Viens, Natacha.
Elle est gentille. Oui.
Elle est charmante.
C 'est monstrueux de l 'enterrer à la campagne. Comtesse, vous êtes trop
aimable. Natacha, assieds -toi.
Et maintenant, poutinons en attendant la suite.
Savez -vous que tout le monde dans ce théâtre parle énormément de vous, de
beauté et de votre brillant mariage ? Vous êtes le courant ? C 'est la
de l 'année, ma chère. Le prince André Bolkonski.
Mais toutes les femmes qui sont ici sont jalouses de vous en ce moment.
Tiens, Anatole.
Je vous présente mon frère, la comtesse Natacha Rostova.
À Moscou, mon frère est le roi des dons.
Cela signifie qu 'il mange et boit trop et qu 'il perd beaucoup d 'argent aux
cartes. Il fréquente des gens affreux, mais les plus amusants du monde.
Demandez -lui ce qu 'il sera de bon ton de faire, c 'est -à -dire.
Comtesse, comtesse. Prince, vous êtes un revenant.
Et vous aussi, comtes.
Lorsque je vous ai vu pour la première fois au bal, c 'était il y a six ou sept
semaines, je crois, j 'ai pensé, comme elle est belle.
C 'est tout ce que j 'ai pensé.
Mais ce soir... Et vous l 'avez ressenti aussi.
Ressenti ? Quand nos regards se sont rencontrés.
Vous rougissez.
Il n 'y a pourtant rien de mal.
Non.
Aimez -vous cet opéra ? Il est très joli.
Ah, vraiment ? Je n 'ai pas fait attention.
Je n 'ai pas regardé la scène de la soirée.
Il faut que je vous revoie.
Il faudra venir rendre visite à ma sœur.
Très bientôt.
Je crois que je...
Je crois que ma mère est à la campagne.
Il se pourrait que j 'aille la rejoindre.
Elle est gentille.
Va -t 'en, Anatole. Tu vas nous empêcher d 'attendre.
Oui, oui.
À bientôt.
J 'emporte ceci, comme gage.
frère à une joyeuse nature.
Oui, je suis tout le jour dans un émoi extrême.
Et bien que, sachant le mal que cause un amant, je ne puis m
'empêcher de penser que je l 'aime.
Mademoiselle, vous avez été splende. Vous êtes... Vous avez été admirable,
mademoiselle. Merci.
Vous êtes divine.
Depuis le moment où je vous ai vue, je ne cesse de penser à vous.
Je vois que vous n 'êtes pas indifférent au muscle.
Oh, j 'adore la poème.
Je suis follement amoureux.
Et j 'ai obtenu un triomphe. C 'est une minute que je n 'oublie rien. Papa, il
faut partir.
Pas encore, ma chérie, ce serait d 'abolir.
Toute la salle communiait dans la même émotion qu 'un majesté était si
émue que des larmes inondaient son visage.
Mon manteau, je vous prie.
Je ne peux pas. Non, je n 'ai pas le droit.
Très chère Natacha, je connais maintenant mon destin.
Être aimée de vous ou mourir.
Je sais que vos parents ne vous donneront pas à moi et ceci pour des
secrètes que je ne révélerai qu 'à vous.
Mais si vous m 'aimez, il vous suffira de dire oui et nul pouvoir humain ne
pourra nous séparer.
Anatole.
Ah, tout voilà.
Ça s 'est bien terminé.
Tu t 'es amusée ?
Oui.
J 'ai présenté tes excuses.
J 'étais très inquiète.
Est -ce que tu te sens mieux ? Sonia, tu as lu cette lettre ? Oui.
Eh bien, j 'en suis heureuse. Je n 'aurais pas pu te le cacher plus
Sonia, nous nous aimons.
Tu aimes Anatole Kouragine ? Oui, et tu ne peux savoir quel est mon bonheur. Et
André, tu ignores toi ce qu 'est l 'amour. Tu renonces à épouser André ? Tu
comprends rien à rien. Ne dis pas de stupidité.
Comment as -tu pu aimer un homme pendant plusieurs mois et tout à coup y
renoncer ? Enfin, tu n 'as vu ce garçon que trois fois.
Je me rends compte que je n 'avais jamais aimé avant.
Je sais que c 'est difficile à comprendre, mais ce sont des choses qui
arriver après tout.
C 'est aujourd 'hui seulement que je connais l 'amour.
Dès le jour où je l 'ai vu, j 'ai compris qu 'il était mon maître.
Et moi, son esclave, et que je ne pourrais faire autrement que l 'aimer.
Oui, son esclave, et quelle que soit sa volonté, je veillerai.
Que faire d 'autre, Sonia ? Que faire d 'autre ? Mais s 'il t 'aime, Natacha,
pourquoi ne vient -il pas trouver ton père ? Pour lui demander de te faire
rompre tes fiançailles avec le prince André.
Pourquoi veut -il tant garder le secret ? Je n 'en sais rien et cela importe
peu. Quelles que soient ses raisons, je les trouve bonnes.
Je t 'ai dit que je n 'avais plus de volonté, Sonia, que je l 'aimais. Je ne
laisserai pas les choses en arriver là.
Je le dirai.
Sonia, tu es folle. Tu ne vas pas faire une chose pareille.
Je suis sûre que je ne peux plus vivre sans lui maintenant.
Natacha, te rends -tu compte de ce que tu dis ?
Pense à ton père et à Nicolas.
C 'est lui et personne d 'autre que j 'aime.
Va -t 'en, Seigneur.
Je ne veux pas me disputer avec toi.
Va -t 'en !
Anatole,
où as -tu l 'intention de l 'emmener ? Sa famille apprendra la vérité sur cette
Polonaise que tu as dû épouser.
Si tu es pris, ça te coûtera cher.
Cela en vaut la peine.
Même si je ne passe qu 'un mois, qu 'une semaine, sans lesquelles, il y a des
occasions dans la vie qu 'on n 'a pas le droit de manquer.
Le conducteur de l 'attelage est là.
Approche, approche. Bonjour, mon prince.
Viens voir.
Il va falloir aller loin. Appelle mes prévenants et dis -lui d 'apporter le
manteau que je lui ai donné. Oui, monsieur. Je vous retrouve enfin,
Pour un enlèvement, cette fois.
J 'adore ce genre de travail. De la jeunesse, de l 'amour, de l 'aventure.
a un prêtre défroqué qui nous attend à Tévert. Tu écraseras quiconque voudrait
nous arrêter en route.
Au moins, il sait ce qu 'il veut.
Tu m 'as demandé ? Oui.
Donne -moi ça.
Écoute -moi, Anatole, j 'ai l 'habitude de ce genre d 'aventure.
Tu vas retrouver une jeune femme tremblante de peur et qui aura
oublié de se couvrir. Tu l 'envelopperas là -dedans. Car tu peux être sûr qu 'en
sortant dans le froid, elle se rappellera à la minute même qu 'elle a
cette faute.
Son papa se réveillera, son maman hurlera, il y aura des larmes, des
gémissements, des duels, etc.
Ce qui compte, mes amis, c 'est de savoir réchauffer les filles.
Voilà. Et quand elle sera bien enveloppée, en avant !
Viens, merci.
Un moment tout. Je t 'en offrirai un autre.
Mais quand ? Viens, maîtresse.
Viens, toi.
Et maintenant, chers amis de ma jeunesse, avec qui j 'ai aimé, j 'ai
'ai péché, je vous dis adieu. A tes amours. A vos amours.
Mais vous reviendrez. Oui.
Anatole, je continue à croire que tu as tort.
Et moi aussi.
Non, je ne t 'ouvrirai pas. J 'ai prévenu Pierre.
Sonia ! Je ne te pardonnerai jamais. Ouvre cette porte.
Non, je ne t 'ouvrirai pas.
De quel droit vous permettez -vous ? Votre sœur est incapable de garder pour
elle un secret.
Elle n 'a pu résister au plaisir de vous trahir. Je ne vois pas de quoi vous
voulez parler. Je sais que vous avez envoyé de l 'argent en Pologne.
C 'est faux.
Vous allez quitter Moscou.
Vous n 'irez pas un mot de ceci à qui que ce soit.
Comprenez qu 'à côté de votre plaisir passager, il existe une chose qui s
'appelle le bonheur.
Vous allez gâcher toute une vie pour un moment d 'amusement.
Si vous vous amusez, faites -le avec des femmes de votre race pourrie.
Elles pourront lutter au moins à armes égales.
Je suis un homme d 'honneur. Vous n 'avez pas le droit de me parler sur ce
Vous voulez des excuses, peut -être ? Oui.
Je vous les fais.
Je vous les fais, puisque votre honneur y trouve son camp.
Conduisez ce monsieur où il voudra.
Elle est dans sa chambre. Venez.
Que venez -vous faire ici ? Vous empêchez de commettre une bêtise.
Rien ne pourra m 'empêcher de rejoindre l 'homme que j 'aime.
Que comptez -vous dire à André la prochaine fois que vous le verrez ? Je n
pas l 'intention de revoir André. Je lui ai écrit et je lui ai dit toute la
vérité. Ah oui ?
Il n 'est pas assez bon pour vous, c 'est ça, n 'est -ce pas ? Il a fallu que
vous choisissiez le plus fief et menteur, le plus notoire de tous les
de filles de Moscou. Je veux vivre avec lui, je veux l 'épouser.
Quoi qu 'il vous ait dit, il a menti.
Il est déjà marié.
C 'est faux.
Regardez -moi, Natasha.
Serais -je capable de vous tromper ?
On ne parle que de cela à Moscou.
Qui a pu répandre ce bruit ? Je n 'en sais rien, mais aujourd 'hui le prince
André lui a renvoyé ses lettres.
Comme tout cela est navre.
Elle a été très malade.
Elle garde encore la chambre.
Lorsqu 'elle a appris que vous veniez, elle a insisté pour se lever.
Elle est habillée, elle vous attend.
Je vous en prie, ménagez -la.
Elle est très éprouvée.
Elle a besoin de réconfort.
Il est à Moscou, paraît -il.
Je voudrais... Je voudrais qu 'il me pardonne.
Je le lui demanderai, mais peut -être que... Je sais que tout est ma faute.
Ma faute.
Je m 'en fais affreusement pour la façon dont je me suis conduite.
Je lui rapporterai vos paroles.
Mais je vous demande à mon tour de vous souvenir que je suis un ami.
Si vous avez besoin d 'une aide, d 'ouvrir votre cœur, pas aujourd 'hui,
lorsque vous y verrez plus clair, appelez -moi.
Je serais heureux s 'il était dans mon pouvoir de... Ne me parlez pas de cette
façon, je n 'en suis pas digne. Non, ne dites pas ça. Vous avez toute votre vie
devant vous. Ma vie devant moi, non.
Elle est finie, tout est perdu. C 'est ridicule, Natacha.
Natacha, écoutez, si je n 'étais pas moi -même, mais...
Le plus beau, le plus intelligent, le meilleur homme qui soit sur terre.
Je n 'hésiterai pas à m 'agenouiller devant vous et à vous demander de
ma vie.
Il ne fait pas froid, Mishka.
C 'est une question d 'opinion, Excellence.
Le thermomètre est bien au -dessous de zéro.
Magnifique. Où allons -nous, Excellence ? Je ne sais pas, Mishka.
Vous regardez la comète, Excellence ? Oui.
Il paraît que c 'est un mauvais signe.
Elle annonce des guerres, des famines, la peste, toutes sortes de malheurs.
cette comète est dans le représage. Et la vie est belle. Va, Mishka.
Bon, Excellence.
Au club ? Non.
Chez vous, alors ? Non. Droit devant toi, Mishka. Oui.
Si votre majesté souhaite éviter que coule le sang de nos deux peuples pour
régler un simple malentendu, et si elle consent à retirer ses troupes, moi, de
mon côté, j 'oublierai ce qu 'il s 'est passé et un accord entre nous sera
possible. Dans le cas contraire, je me verrai forcé de repousser une agression
que je n 'ai en aucune façon provoquée.
La décision qui permettra d 'éviter à l 'humanité les horreurs d 'une nouvelle
guerre ne dépend que de vous.
Je suis, etc., Alexandre.
Bon. Cette lettre est très courtoise, très éloquente. Elle est pleine de la
fraternelle expression de dévotion et d 'affection de votre maître, le tsar.
Des sentiments qui, je vous assure, sont bien évidemment réciproques.
Mais quoi qu 'il en soit, colonel... Bolkonski, que signifie selon vous la
lettre que j 'ai dans les mains ? Ce n 'est pas à moi, sire.
qui ne suis qu 'un simple messager de formuler les souhaits de sa majesté
impériale, le tsar.
Allons, allons, mon cher.
Vous devez bien avoir une opinion.
Nous... Je vous connais
? Où nous sommes -nous rencontrés ? Votre visage ne m 'est pas inconnu ? Sur
champ de bataille d 'Austerlitz, sire.
Austerlitz, Austerlitz... Oui...
En effet, je m 'en souviens.
Vous étiez étendu sur le sol avec un drapeau entre vos mains.
Oui, sire.
J 'ai cru que vous étiez mort.
Eh bien, eh bien, vous voilà de nouveau.
Je suis content de vous voir.
Bien, colonel, cette lettre, que pensez -vous qu 'elle exprime ? Je crois qu
'elle n 'exprime, sire, que les souhaits sincères de sa majesté le tsar d
'éviter la guerre.
et d 'empêcher que le sang de nos soldats français et russes coule.
Un but digne d 'éloge, un but qui est aussi le mien, je vous le rappelle.
Mais encore, poursuivez.
Dites -moi ce qu 'il y a d 'autre dans cette lettre.
Puisque vous me demandez, Sire, d 'exprimer une opinion personnelle, je
qu 'elle contient une requête pour le repli des troupes de votre majesté hors
des frontières de notre pays.
Une opinion personnelle, c 'est ainsi que le tsar a dit à son messager de le
présenter. Vous m 'avez parlé de repli, je crois. Dites retraite ! Je suis un
soldat et je parle comme un soldat.
Pour qui me prenez -vous ? Je ne suis pas fou. On me demande de me jeter dans
gueule du loup pendant que mes ennemis conspirent contre moi.
Sire, ce n 'est pas une opinion personnelle que j 'avance lorsque je dis
tsar n 'est pas l 'ennemi de votre majesté et qu 'il ne conspire pas contre
vous.
Vous en serez convaincu si vous relisez soigneusement cette lettre.
Je relirai la lettre plus soigneusement et j 'enverrai au tsar ma réponse.
Bonsoir, colonel.
Messieurs, demain à l 'aube, nous passerons le Niémen et entrerons en
Nous parlerons de paix.
À Moscou.
Et le 12 juin 1812, à la tête d 'une armée de 200 000 hommes, Napoléon
traversa le Niémen et pénétra en Russie.
Pour lutter contre l 'invasion de leur patrie, les paysans russes employèrent
les moyens extrêmes et ne laissèrent devant l 'envahisseur qu 'un pays
brûlé, détruit.
La situation est très grave.
Dès que Napoléon approche d 'un village, les paysans, les serfs s 'enfuient avec
leurs charrettes, leurs chevaux, leurs grains.
Ce qu 'ils ne peuvent emmener, ils le brûlent ou le détruisent. Si nous n
'arrêtons pas Napoléon quelque part, la Russie ne sera bientôt plus que chaos,
une terre désolée.
Nous devons nous battre. L 'armée le demande, le tsar le demande et le peuple
demande.
Qu 'est -ce que l 'armée demande ? Sa destruction ? Elle serait anéantie si
combattions maintenant.
Qu 'est -ce que le tsar demande ? Devenir le vassal de Napoléon ? C 'est
arriverait si nous combattions maintenant.
Qu 'est -ce que le peuple demande ? Devenir esclave de Napoléon, car c 'est
qui arriverait certainement si j 'acceptais le combat maintenant.
J 'ai pris la responsabilité de donner à notre armée, aux tsars et au peuple ce
qu 'ils veulent réellement.
Et ce qu 'ils veulent réellement, c 'est voir chasser et à jamais l 'envahisseur
français.
Et cela, c 'est le but que je compte atteindre quand je le pourris.
Mais général, toutes ces dévastations, qu 'elles continuent, qu 'elles
augmentent.
Smolensk abandonné. L 'armée française avance vers Moscou. Après les
bombardements intensifs des 130 canons de l 'armée française, le commandant
russe a ordonné l 'abandon de la ville de Smolensk sans offrir de bataille ou
résistance à l 'avancée française.
Écoute notre prière.
Donne -nous ta force et viens en aide à notre gracieux souverain, l 'empereur
Alexandre Pavlovitch.
Donne -lui la victoire sur ses ennemis, comme tu donnas à Moïse la victoire sur
Amalek, à Gédéon sur les Nadianites, à David sur Goliath.
Frappe nos ennemis et détruis -les vite, qu 'ils soient tous écrasés par les
pieds de tes fidèles.
Préserve notre armée entre les mains de ceux qui se sont armés en ton nom, et
cuirasse leur cœur pour qu 'ils soient forts au combat.
Prends l 'épée et le bouclier et lève -toi pour nous aider.
Confonds et jette la honte sur ceux qui nous veulent du mal. Ô Seigneur,
puissent -ils redevenir poussière devant nos valeureux guerriers, qu 'ils
disparaissent à tout jamais.
Puis tes archanges sont posés éternellement à leur dessein, qu 'ils
devant tes fidèles, et qu 'ils soient écrasés pour les siècles des siècles.
Je suis venu vous dire adieu. Je quitte Moscou aujourd 'hui. Où allez -vous ?
Rejoindre l 'armée. On espère maintenir l 'avance de Napoléon à Borodino.
Est -ce que vous me comptez prendre du service, vous aussi ? Je n 'en sais
Je vais voir.
Il faut que je vois ce que c 'est, ce que cela représente par moi -même. Le
prince André a le commandement d 'un régiment. Je vais essayer de le trouver
de l 'accompagner.
Quand avez -vous pris cette décision ? Oh, j 'y songeais déjà depuis plusieurs
semaines. Vous, Pierre ? Vous allez venir dîner avec nous ? Oui, je vous en
prie, ne refusez pas.
Pour nous dire au revoir, alors ? Parfait.
En route.
Je voudrais partir aussi. Tous mes amis s 'engagent. C 'est ridicule. Fini tes
études. C 'est pas ridicule. Tous les hommes doivent y aller.
Tous les hommes ? Pas les enfants ?
Comment voulez -vous que je continue d 'étudier alors que ma patrie est en
danger ? Eh bien, je ne peux plus te taire.
Avez -vous des nouvelles d 'André ? Oui, une lettre.
Est -ce qu 'il... Comment va -t -il ? Il est très affecté.
Son père est mort, vous le savez.
Oui, je sais.
Et bien que son père fût mon ennemi, j 'ai prié pour son âme.
C 'était la première fois que quelqu 'un ne me faisait pas confiance, Pierre.
On ne doit pas être une grande personne tant que cela ne nous est pas arrivé.
Est -ce qu 'André parlait de moi dans sa lettre ? Non, Natasha.
Me pardonnera -t -il jamais ? Il n 'a rien à vous pardonner.
Pierre, il faut que vous me fassiez une promesse.
Laquelle ? Veillez à ce qu 'il ne vous arrive rien.
S 'il vous arrive rien...
Vous m 'avez entendu, Pierre ? Je vous ai entendu.
C 'est promis.
Pierre.
Oui ? Si vous voyez André, dites -lui, je vous prie,
que ma pensée ne l 'a pas quitté à la mort de son père.
Je ne sais pas.
Il y a là un civil qui demande à vous voir.
Pierre ! André ! Enfin !
Que faites -vous ici ? C 'est un peu ridicule à dire.
Je suis venu assister à la bataille. Pourquoi ? C 'est difficile à expliquer.
Un événement d 'une telle importance.
Je pense que notre vie entière va dépendre de la bataille qui va se livrer
demain.
J 'ai appris la mort de votre père, André.
Oui, il a souffert.
Il espérait que le Tsar lui confierait un commandement.
Quel est l 'état d 'esprit à Moscou ? Combative.
Vous savez que votre sœur s 'est réfugiée chez votre tante, à Ryazan. Et
Nicolas Rostov qui, passant par Bogucharovo, l 'a aidé à s 'échapper.
Hein ?
Alors Anatole Kuragin n 'a pas honoré la comtesse Rostova d 'une demande.
Il ne le pouvait pas, il était déjà marié.
Il s 'est passé tellement de choses depuis que Natacha a dû oublier cette
déception.
André, vous souvenez -vous de nos discussions sur le sens de la vie ? Oui,
disais qu 'on doit pardonner à une femme déchue, mais je n 'ai pas dit que j
'étais capable de le faire.
Vous ne comparez pas Natacha à une femme déchue tout de même.
J 'ai été très romanesque.
Vous voudriez que j 'aille redemander sa main ? Que je me montre magnanime ? Ce
serait noble, en effet.
Mais... Excusez -moi.
Qu 'avez -vous, André ? Vous semblez si étrange, si différent.
La première chose à apprendre à propos d 'une bataille, Pierre, c 'est qu 'au
cours de la nuit qui la précède, les hommes qui vont se battre ont quelque
raison de paraître différents.
Chez vous, c 'est autre chose.
Peut -être, oui.
J 'ai participé à bien des batailles.
Mais c 'est la première fois, Pierre, que j 'ai le pressentiment de ma mort.
Quelle idée ! Pourquoi ? Une impression.
Quelle est la vraie raison de votre venue ? Pourquoi, vous qui haïssez la
violence, venez -vous assister à cette purie ?
Je n 'en sais rien.
Peut -être est -ce parce que j 'ai réalisé qu 'il fallait s 'efforcer de
comprendre les choses avant de les haïr.
Est -ce que la bataille tournera à notre avantage en vrai ? La victoire ne
dépend pas d 'une position, d 'un ordre, d 'un plan ou d 'une supériorité
numérique. Une bataille est gagnée par des hommes déterminés à la gagner.
Et ceci malgré les gens du quartier général qui ne voient qu 'un jeu dans la
guerre.
La guerre est la plus horrible des choses.
Si cela était dans mon pouvoir, je ne ferais aucun prisonnier.
Les Français sont mes ennemis.
Ils ont détruit ma maison, causé la mort de mon père, chassé ma soeur et mon
fils de chez eux.
Et maintenant, ils vont détruire Moscou.
Pourquoi faire des prisonniers ? Cela s 'appelle jouer à la guerre.
Pas de prisonniers.
Tuer ou bien être tué.
Si la guerre était vraiment une question de vie ou de mort, on ne la ferait que
pour des raisons justes, comme on la fait aujourd 'hui.
Je suis navré.
Je vous ennuie avec toutes ces histoires.
Si nous sommes encore vivants demain soir, nous ouvrirons une bouteille et
rirons de tout ce que je viens de dire.
Allez prendre du repos.
Il est temps que je dorme aussi. Non, je préfère rester ici.
Allez -vous -en.
Allez -vous -en.
Je n 'ai pas de temps à vous accorder.
Les seuls amis que j 'ai en ce moment, ce sont les hommes qui vont se battre à
mes côtés demain.
dans ce monde ou dans l 'autre.
Prenez note d 'une proclamation pour nos troupes.
Soldats !
Voici la bataille que vous avez tant désirée.
La victoire dépend de vous. Elle nous donnera l 'abondance de bons quartiers d
'hiver et un prompt retour dans notre pays.
Agissez comme vous l 'avez fait à Austerlitz, à Friedland, à Vitebsk et à
Smolensk.
Et que la postérité dise avec orgueil de chacun de vous, il était à la grande
bataille de la Moscova.
À l 'heure de bosser, que dit -on à Paris ? Si, tout Paris regrette votre
absence. C 'est une excellente chose.
Que m 'apportez -vous ? Une surprise, votre majesté. Qu 'est -ce que c 'est ?
présent de l 'impératrice, votre majesté.
de Bosset.
Il est trop jeune pour contempler un champ de bataille.
Suivez -moi, de Bosset.
Euh, non, de Bosset, restez ici.
Attendez -moi, je vous donnerai un message pour Paris.
ou bien la prochaine fois, c 'est pas votre chapeau qui va tomber, mais votre
tête.
Vous avez raison.
Dépêchez, numéro 3, c 'est trop lent.
Vous pouvez rester ici, monsieur, vous nous gênez.
Pardon, je gêne tout le monde en essayant de ne gêner personne.
Répétez, numéro 4, vous tirez trop court.
Numéro 5, activé.
Comment se fait -il que vous n 'ayez pas peur ? Vous avez peur, vous ? Ils sont
impitoyables quand ils arrivent en chantant.
On risque d 'y passer.
Prêt ? Feu ! Alors, bonne matinée,
monsieur.
Instructive, mon ami.
Instructive ? Vous entendez ça, les gars ?
Votre dernière salve, soldat ! Ne t 'arrête pas là ! Va plus loin ! Nous, on
déjà servis ! Ne cherche pas ta pipe ! Je l 'ai donnée à Napoléon !
Attention, mon colonel ! Les
grenadiers français avancent sur nos batteries !
Je dois vous rapporter que plusieurs régiments d 'infanterie battent tort
et qu 'ils se replient dans le plus grand désordre.
La cavalerie aurait dû se charger de nettoyer le terrain.
Faites la donnée.
On n 'a plus de munitions pour une seule charge, mon colonel.
Courez à réserve et faites en donnée. Je vais avec lui.
Je vous amène un blessé.
Il y a longtemps que vous l 'avez trouvé ? Non, pas longtemps.
Hélas, il n 'y a plus rien à faire.
Il est mort.
Tu es un monstre, Napoléon.
Un monstre !
Excellences, nos positions sont
intactes. Nous avons résisté à ce que Napoléon avait dit.
Il nous faut attaquer demain matin.
Est -ce que vous êtes d 'accord, Excellences ? Je suis d 'accord
D 'après toutes les lois qui régissent l 'art de la guerre, Nous devrions
attaquer demain matin.
Mais nous ne le ferons pas.
Nous ne sommes pas en état pour attaquer.
Alors, il faudra encore nous plier. Et laisser le terrain à l 'ennemi.
Mais il paiera très cher sa victoire.
Et finalement, l 'aigle succombera d 'avoir été victorieux.
En continuant à nous plier, nous lui abandonnons Moscou.
Oui, général.
C 'est exact.
Entendez -vous abandonner à l 'ennemi notre vieille capitale, Excellence ? Si
compte abandonner notre capitale.
Permettez -moi de vous dire, Excellence, que cette éventualité ne saurait
compter pour un Russe. C 'est une question qu 'il est inutile de poser car
est ridicule.
Le problème que nous discutons en ce moment avec ces messieurs se place sur
plan militaire uniquement.
Ce problème consiste à sauver la Russie.
Vaut -il mieux abandonner Moscou sans livrer bataille ou bien accepter la
bataille et perdre l 'armée en même temps que Moscou ?
Je n 'ai pas beaucoup d 'empressement à répondre à ma question.
Messieurs, il apparaît clairement que vous n 'êtes pas d 'accord avec moi.
Mais moi, de par l 'autorité qui m 'a été dévolue par mon souverain et mon
j 'ordonne la retraite.
Et aussi ces gants que je ne porterai sans doute jamais plus. Tout ça !
Ce sont les blessés qui arrivent de Borodino.
Vera ! Marie ! Vite, vite.
Vertou, mon Dieu.
Papa, as -tu vu tous ces soldats blessés ? Oui, et je leur ai donné la
permission de vivre dans la maison après notre départ.
Il est grièvement blessé.
Oui, grièvement, mademoiselle.
C 'est un miracle que son excellence ait pu tenir jusqu 'ici.
Son excellence ? C 'est notre colonel, mademoiselle.
Oh ! Mais, mademoiselle, c 'est... Surtout, n 'empare la
personne.
Tu me le promets, n 'est -ce pas ?
Ma tante, le prince André est ici, avec les blessés.
André ? Je viens de le voir, il est grièvement blessé.
Il est dans le coma.
Est -ce que Natacha... Elle ne sait rien encore.
Il ne faut pas qu 'elle le sache.
Il paraît qu 'il est mourant.
Il ne faut surtout pas qu 'elle le sache.
Allez, faites avancer vos charrets.
Avance, il faut dégager la place.
Toi là -bas, fais -en autant, il y a un autre convoi qui attend pour passer.
Dépêchez -vous.
Monsieur l 'officier, lorsque nous serons partis et que les blessés seront
nous, que se passera -t -il ? Je suis incapable de vous répondre,
Moi, je ne m 'occupe que des convois. Mes ordres consistent à libérer aussi
que possible mes voitures pour aller chercher d 'autres blessés. Vous voulez
dire qu 'ils vont être abandonnés ici en personne pour s 'occuper d 'eux ? Mais
ils vont mourir ou être faits prisonniers. Nous ne pouvons
faire de plus pour eux.
Excusez -moi.
Laissez ce bouteille.
Celui -là aussi.
Prenons la méridienne, je vais vous aider. Papa, nous ne pouvons pas faire
Qu 'est -ce que tu veux dire ? Si on prend la méridienne, on est bien obligé
prendre la place. Si tu la t 'emmeubles ici, on pourrait emmener des blessés qui
ne tomberaient pas aux mains de l 'ennemi.
Quels blessés ? Ceux -là.
Ceux... Ah, oui, évidemment.
Mais si nous abandonnons la méridienne, ce ne sera pas du tout du goût de ta
mère. Je me charge de maman.
Rentrez ça à l 'intérieur.
Venez avec nous.
Nos hommes peuvent s 'installer chez moi. Je leur offre l 'hospitalité. Je
remercie, monsieur le comte. Est -ce que dans une de vos voitures, il y aurait
une place pour ce malheureux ? Oh, mais évidemment !
Faites vite.
Tout s 'est blessé, papa.
Je sais, je sais.
C 'est triste.
Mais c 'est la guerre. Nous devons les emmener avec nous.
Papa, nous allons décharger toutes ces charrettes et emmener tous ceux qui
peuvent voyager.
Tu as raison. Tu as tout à fait raison.
Remportez tout ça dans la maison.
Vasili, fais décharger toutes les charrettes. Toutes les charrettes ? Fais
que je te dis. Monsieur, dites à vos hommes qu 'il y a de la place pour tout
monde. Merci, monsieur.
Dépêchez -nous.
Enlevez ça. Il faut tout décharger. Tout décharger la charrette. Je compte sur
vous. C 'est là aussi. Il faut faire de la place. Au diable, les meubles.
Rentrez tout le mobilier.
Redescend cette affreuse table. Nous n 'en aurons pas besoin pendant le voyage.
Décharge cette charrette, vite.
Le temps presse. Toi, viens nous aider.
Voilà qu 'il décharge tout à présent.
C 'est pour faire de la place aux blessés, ma chère.
Mais ces choses sont nécessaires.
Ah, les choses, les choses, les choses, ça se remplace.
Tandis que la vie de ces malheureux n 'est pas remplaçable comme des meubles.
Mais il y a, c 'est au gouvernement à prendre soin des blessés.
Maman, ce n 'est pas sérieux.
Regarde ces hommes.
Tu les abandonnerais pour sauver quelques vieilles reliques ? Maman,
Nicolas soit parmi eux.
Ou Petya.
Nicolas,
Petya.
Oui, tu as raison, ma chérie.
Excusez -moi.
Généreuse jeunesse.
Pressons, pressons.
Nous partons dans dix minutes.
Reviendrons -nous jamais ? Allez, en route.
Montez, vite.
Fouette les chevaux, Pioche ! Que Dieu soit avec nous ! Que Dieu soit avec nous
!
Tout le monde t 'abandonne.
Oh ! Regardez qui est là -bas ! Pierre ! Pierre !
Pierre ! Pierre ! Venez, Pierre
! Vous êtes saufs ! Comme je suis
heureuse que vous soyez là. Il ne peut pas rester ici, Pierre.
Il faut venir avec nous.
Vous avez vu la bataille ? Oui, j 'ai vu la bataille, Pétière, et pour mon
malheur. Pierre, venez avec nous.
Non, je ne peux pas, Natacha.
Il faut que j 'accomplisse. Arrêtez la voiture. J 'ai quelque chose à faire
Mais vous ne pouvez rester à Moscou.
Continuez.
Mais n 'oubliez pas.
Pourquoi
ne
veut -il pas venir ?
Natacha... Sonia.
Tu pleures.
Pour Pierre ? Ou est -ce parce que nous partons ? Réponds.
Il faut que je le lui dise, il le faut.
Il y a parmi les blessés un homme que nous connaissons.
André ? Oui, il est dans notre convoi.
C 'était délicat, t 'annoncer.
Et est -ce qu 'il t 'a parlé ? Non.
Il semblait inconscient.
Il n 'a rien pu dire.
Il n 'a rien pu dire ?
Moscou.
Capitale asiatique aux innombrables églises.
Il y en a des milliers.
Moscou la sainte, là, à mes pieds.
Il était temps.
Sur ces monuments élevés à la gloire de la barbarie et du despotisme, je
graverai des paroles de justice.
Et de pitié.
Oui, de pitié.
Splendide règne, l 'empereur Alexandre a dû avoir.
Maintenant, je suis prêt à accepter la reddition de la ville.
Maintenant.
Eh bien, où sont les boyards ? Où est la députation ?
Il n 'y en a aucune, sire.
La moitié est en feu.
Il n 'y a pas de gouvernement.
Personne n 'est là pour se rendre à vous.
C 'est impossible.
Impossible.
Et complètement ridicule ! Il doit absolument
y avoir une reddition.
C 'est une insulte ! Ah, ils vont me le payer très cher.
C 'est
Moskou
qui brûle.
Pauvre Moskou.
Natacha, Sonia, venez voir, Moskou est en feu. Quoi ? Moskou ? Oh non !
Natacha ! Allons -nous recoucher, la journée sera dure demain.
Papa, il faut que je te parle. Encore ? Viens plutôt te recoucher, viens.
Papa, donne -moi la permission de m 'engager.
Je te l 'ai déjà dit, c 'est non.
Mon devoir est de donner le meilleur de moi -même à la Russie.
Mais tiens, ton devoir n 'est pas là où tu crois.
Ton devoir est de rester avec nous aux côtés de ta mère.
Tu m 'excuseras papa, mais je ne passerai de ta permission.
Natacha, tu as vu ? Toute la ville est en flammes.
Il ne restera rien de Moscou.
Tu ne me regardes pas.
J 'ai déjà regardé.
Couche -toi, Seigneur. Et couvre -toi, tu vas attraper froid.
Toi aussi, Natacha, chérie.
Couvre -toi.
Est -ce que ce sont les Français ou les nôtres qui incendient la ville ? Qui
sait ? Pardon ? Où sont vos officiers, s 'il vous plaît ? Vos officiers,
mademoiselle ? J 'en sais rien.
Par là, quelque part.
Pardonnez -moi, pardonnez -moi.
Je vous aime.
Pardonnez -moi.
Pardonnez -moi.
Pourquoi ? Pour tout le mal que je vous ai fait.
Faites étabre ces incendies.
Que la ville soit préservée.
Reconduisez -les en prison.
Armes sur l 'épaule ! Droite !
N
'y pensez plus, monsieur.
Ça pourra nous juger si nous devons être épargnés ou fusillés.
Quand on sera dans notre monde, Dieu nous donnera quelques explications et
deviendra clair.
Tu m 'as retrouvé.
Oui, je sais que tu m 'aimes.
Maintenant, couche -toi ici et ne bouge plus.
Vous voulez une pomme de terre ? J 'en ai gardé quelques -unes de celle qu 'on
vous a donnée.
Oui, tiens.
Vous voulez peut -être un peu de sel ?
C 'est meilleur avec du sel.
Bien meilleur.
Pourquoi ont -ils fusillé ces malheureux ? Le dernier n 'avait même pas 20 ans.
Ah oui, c 'est un vrai péché, monsieur.
Quand on a créé les doigts, on a créé l 'injustice.
Allons, visionnez -vous.
Qui doit mourir noyé ne mourra pas pendu.
C 'est ce que vous dites.
Je dis que les choses ne se passent jamais comme nous voulons, mais comme
veut.
Vous avez bien une famille, monsieur. Vous avez une femme.
Et vos parents, est -ce qu 'ils sont encore vivants ? Ah, mais vous avez peut
-être des enfants.
Oh, vous avez tout le temps, vous êtes jeunes encore.
Voyez -vous, ce qui compte surtout dans la vie, c 'est de savoir mettre les
choses à leur vraie place.
Tenez -moi par exemple.
Tu vais chez moi tranquillement.
On avait une jolie maison, un petit morceau de terre et une vie qu 'on
nous envier.
À l 'époque de la moisson, toute la famille se réunissait et on se trouvait
heureux.
Et puis, un jour, j 'ai pénétré dans une forêt privée pour y couper du bois.
Seulement, le propriétaire m 'a vu.
Il m 'a traîné devant un juge qui m 'a condamné, fait fouetter et envoyé servir
comme soldat.
D 'abord, on a pensé que c 'était un grand malheur. Mais dans le fond, ça a
une bénédiction.
Eh oui, si je n 'avais pas volé de bois, mon jeune frère aurait dû partir faire
son service et lui, il a cinq petits -enfants.
Tandis que moi, je laisse qu 'une femme au pays.
On avait une petite fille, mais Dieu nous l 'a reprise avant mon départ.
La malchance.
Ça, c 'est surtout l 'idée qu 'on se fait de la chose.
La malchance, c 'est comme un filet qui serait dans l 'eau. On le tire, il se
gonfle, et quand il est remonté, il est vide.
Il s 'agit de remonter le filet.
Allez, maintenant, il est temps de dormir.
Seigneur Jésus -Christ, Saint Nicolas, Sainte Flora et Sainte Lavra, écoutez ma
prière et ayez pitié de nous et sauvez -nous.
Je me sens mieux.
Je te confie mon âme, Seigneur. Fais que je la retrouve à mon réveil.
Je n 'ai jamais entendu cette prière. C 'est la mienne. Et vous, vous priez ?
Oui, souvent.
Mais qui sont ces saints, Froula et Lavra ? Ah, ils protègent les chevaux.
Il faut penser aux animaux aussi.
Allez, viens, Grison, viens.
Dépêche -toi. Allez, viens, mon chien, viens. Viens te mettre au chaud.
Voilà, voilà Grison.
Je vous croyais endormi.
Non, non, Natasha, je vous observais.
Je suis heureux.
Heureux de votre présence.
Dormez, mon chéri.
Pas encore.
Je veux garder les yeux ouverts.
Je veux vous voir encore.
Vous savez, vous n 'êtes plus la jeune fille que j 'ai vue danser au bal, ni
celle que j 'ai entendue parler à la lune sur son balcon.
Vous êtes devenue quelque chose de mieux.
Il y a en vous une telle sérénité à présent, une telle sagesse.
Je vous aime infiniment.
Quelle terrible chose.
Il faut des moments tels que celui -ci pour ouvrir totalement son cœur. Jusqu
ce jour, j 'ignorais ce qu 'aimer voulait dire.
J 'ai beaucoup haï, Natacha.
J 'ai haï un grand nombre de choses, mais plus que tout autre, je vous ai
Vous en aviez le droit.
Je vous aime aujourd 'hui plus que j 'ai jamais aimé sur cette terre.
Peut -être l 'ambiance de ce monastère m 'y aide -t -elle maintenant.
Peut -être les moines ont -ils compris ce qu 'est l 'amour.
Je commence seulement à comprendre aussi.
Peut -être que la mort est le monastère qui m 'est réservé.
Où est -il ? Est -ce que je peux le voir ? Oui, mais dites -moi, est -ce que cet
enfant est le fils du prince André ? Oui, monsieur le comte. Comment s
-t -il ? Collien.
Collien, comme il est charmant.
Où est -il ? Natacha est à son chevet. Elle est arrivée il y a trois jours.
Vous devez être fatiguée, princesse. Nous vous avons fait préparer une
Où est Pétia ? Il est parti il y a quelques jours.
Nous avons été incapables de le retenir.
Ce cher enfant n 'avait plus qu 'une idée en tête, rejoindre l 'armée.
Nous avons dû nous résoudre à le laisser partir.
Ne craignez rien, mère.
La guerre sera probablement terminée avant qu 'il n 'ait plus ce bar.
Avez -vous reçu ma lettre ? Oui.
Oh, Dieu soit loué.
Enfin de bonnes nouvelles.
Toi et la princesse Marie.
Je m 'inquiétais au sujet de Sonia. On ne craint rien. Je lui ai tout expliqué.
Mais maman, j 'aurais préféré lui en parler moi -même.
Marie. Voilà.
Et maintenant, tu vas rester avec nous, mon petit. Regarde, Natasha.
Bonjour, mon petit chéri.
Je vous accompagne, Marie.
Venez.
Nicolas, viens.
Nicolas, j 'ai lu ta lettre.
Oui, je sais.
Je crois que c 'est la femme qu 'il te fout.
Je tiens à te dire que tu es libre, Nicolas.
Pardonne -moi, Sonia.
Natacha, personne ne veut rien dire.
Ne me cachez pas la vérité. Comment est -il ? Que pensent les médecins ? Le
sauvera -t -on ?
Chère André.
Bonjour, Marie.
Comment es -tu venue ? As -tu amené Colia ? Il faut vite guérir.
Tu vois de quelle étrange façon le destin nous a réunis, Natacha et moi.
Il a fait d 'elle mon infirmière.
Marie arrive de Riazan.
Oui.
Et c 'est Nicolas qui t 'y avait conduite.
Oui. Il a écrit qu 'il t 'aimait beaucoup.
Si tu l 'aimes aussi, vous devriez vous marier.
Ne parlons pas de moi, André.
Veux -tu embrasser Colia ? Il est à côté.
Oui, Marie, qu 'il vienne.
Ces conversations vont vous fatiguer ? Non, j 'ai beaucoup de choses à dire à
Marie, mais je crains.
Embrasse ton père.
Personne ne doit pleurer dans cette chambre.
les enfants que les grandes personnes.
Moissonne, cependant le Père Céleste les nourrit.
Et en mourant, je m 'éveillais.
Oui, la mort est un éveil.
Vous voyez, tout est si simple.
Où s 'en est -il allé ?
Qu 'est -ce que ça veut dire
? Qu 'est -ce que ça veut dire ? Nous voici donc maîtres, maîtres de la
du plus grand pays du monde.
Nous n 'avons pas un seul civil à nourrir et néanmoins je reçois ces
Nos réserves diminuent, la nourriture disparaît, les munitions ont été
incendiées, nous nous approchons du point de long retour.
Qui a écrit ce rapport ?
Qui prend des mesures pour remédier à la situation ? J 'ai
conduit la plus grande armée d 'Europe dans cette ville.
Je voyage autour de moi aujourd 'hui une bande de pillards et d 'ivrognes.
Ce ne sont plus des conquérants.
Ce sont des mendiants.
Des bons à rien !
que Kutuzov a dû envoyer des émissaires pour demander les termes d 'une
reddition.
Que s 'est -il passé ? Ont -ils été arrêtés aux avant -postes et exécutés ?
Sire, j 'ai moi -même donné des instructions explicites à tous les
de tous les avant -postes.
Le commandant en chef russe n 'a envoyé aucun émissaire.
après maison.
J 'ai donné l 'ordre d 'exécuter tous les incendiaires et même dans mon
général, on ne parvient pas, on ne parvient pas à se débarrasser de cet
de fumer.
Messieurs, ressaisissez -vous, ressaisissez -vous ou je vous promets
remplacerai tous.
Je vous reprendrai tous vos titres, toutes vos décorations et toutes vos
batailles. J 'irai dans les rues et je demanderai aux dix premiers soldats que
je trouverai qui ne seront pas ivres morts.
De vous remplacer tous !
Car je vous
préviens, messieurs, je ne peux rester ici mon allantant à regarder mon armée
pourrir.
Fermez donc cette fenêtre !
Les oies sauvages immigrent vers le sud.
Qu 'arrivera -t -il si l 'hiver nous prend à son piège ? Il faut de la
de la patience avant tout.
La grande armée est blessée, mais l 'est -elle mortellement ?
Il faut qu 'une pomme soit mûre pour l 'acquérir.
Qu 'est -ce que c 'est ? Entrez.
Un courrier spécial, votre Excellence.
Excellences, les Français se préparent à quitter Moscou.
Excellences, voulez -vous que...
J 'ai sauvé. Je te remercie, Seigneur.
C 'est la vermine qui s 'attache au conquérant.
Elle doit les suivre ou mourir.
Vous n 'avez que ce mot -là à la bouche.
Messieurs, les Français sont abattus comme des sauterelles, ne laissant
eux aucune nourriture.
Maintenant, ils retournent d 'où ils viennent, à travers la désolation qu
ont semée.
Elle a froid et faim, cette armée.
Elle est loin de ses bases.
Elle abandonne notre pays.
Elle l 'abandonne aussi vite qu 'il lui est possible.
Mais le pays détruira cette armée.
Nous avons aussi une armée. Depuis Borodino, l 'armée russe a constamment
en retraite.
Maintenant, quelle attaque ? Pourquoi faire ? Je ne donnerai pas un soldat
pour dix soldats ennemis.
C 'est en battant en retraite que notre armée a amené la destruction des troupes
françaises.
Et c 'est notre armée qui libérera notre pays.
L 'animal est aux abois.
Nous le suivrons.
Et nous aiguillonnerons ses flancs pour précipiter sa marche.
Et nous lui ferons un petit bout de conduite.
De peur que depuis le temps, il n 'ait oublié la route de l 'Ouest.
Avancez ! Allez, avancez ! Tous les retardataires seront abandonnés !
Sur le côté.
Dégagez la route.
Dégagez la route.
Mettez -vous sur le côté. Allez.
Sur le côté.
On repart.
Avancez.
Pourquoi ? Est -ce que vous comptez comme ça ? Je compte jusqu 'à mille et
recommence. Ça m 'aide à marcher. Mes pieds sont comme morts.
Monsieur, vous n 'avez jamais eu besoin de la mort ? Dans votre société, en
roule -carrosse ou en montage, moi, j 'ai toujours passé ma vie sur mes pieds.
Les routes ne sont pas usées ? Recommençons.
Avancez !
Vous
aussi vous avez peur.
Enseigne Rostov. Je cherche le détachement du colonel Dolokhov. J 'ai
dépêche à lui remettre de la part du commandant Lanchette.
Suis -moi.
Comment as -tu fait pour nous trouver ? Des paysans du village m 'ont renseigné.
Dragon, hein ? Oui, mon colonel, dragon.
Combien êtes -vous là -bas ? Une centaine, mon colonel.
Ou peut -être deux cents.
Oui, mon colonel, peut -être deux cents.
Peut -être ! Peut -être. Eh bien, je vais te faire rafraîchir la mémoire.
'ici.
Quand a -t -il été pris ? Hier soir.
Mais nous ne le garderons pas longtemps.
Je n 'ai pas l 'habitude de faire des prisonniers.
Où est ce message ?
Le voici. C 'est urgent, mon colonel.
Qui es -tu ? Enseigneur Rostov.
Rostov ? Le frère de Nicolas Rostov ? Oui, mon colonel. Vous le connaissez ?
Oui.
Votre détachement devra se replier et rejoindra le gros de l 'armée.
Nous déclencherons une attaque générale quand les Français traverseront la
Bérezina.
Rostov, tu ne m 'as pas trouvé ce soir, mais tu ne m 'auras remis ce message que
demain matin.
Pourquoi ça ? Les Français sont à ma merci.
J 'attaquerai leur arrière -garde demain matin, à ma manière.
Je vous accompagne. Non. Je dirais que je ne vous ai pas trouvé ce soir, à
condition d 'aller avec vous et de me battre, c 'est un marché.
Non, non, non. Si, si, laissez -moi venir.
Bon, j 'accepte, mais prends bien garde à toi, sinon c 'est moi qui aurai
quelques petits ennuis avec le général en chef.
Oh, merci, merci.
Va manger quelque chose.
Bon, j 'arriverai en passant par la forêt.
Vous et vos hommes vous bloquerez l 'entrée de la vallée à la faveur de la
Soyez prêts à attaquer à mon signal.
Parfait.
Gardons -nous des réserves. Pas de réserves. C 'est notre dernier combat.
jetterons toutes nos forces dans la bataille.
Enseigne, tu veux boire ?
Tu as faim ? Viens, prends -moi.
Mais surtout,
ne t 'éloigne pas de moi !
Vous avez dû souvent regretter de ne pas m 'avoir tué dans ce duel stupide.
Probablement ignorez -vous qu 'Hélène est morte à Saint -Pétersbourg.
Maintenant, je vous demande de me pardonner le mal que je vous ai fait.
C 'était un amusement.
Son sabre était un jouet.
Je ne fais jamais, jamais de prisonnier.
Canonniers, à vos pièces !
La Russie n 'oubliera aucun de vous.
Soyez honorés à jamais.
Eh bien, nous n 'allons pas voir ce qu 'il était devenu du reste de la maison.
Venez, Marie.
Sonia, va voir dans quel état sont les cuisines.
J 'y vais.
Trococie, va, ça t 'intéresse aussi ? Oui, mademoiselle.
Vassilitch, va voir si les câbles ont tout fait.
à monter.
Et emporte ce tabouret.
C 'est celui qu 'elle préférait.
On attalera Colia dans ma chambre.
Allez, hop, hop, va mon chéri.
J 'espère que Vasilis va me trouver une bouteille de porto.
Vous voyez, Marie, l 'optimisme de votre futur beau -père est intact.
Je vous ai aimé dès que je vous ai vus.
Dépêche -toi, Nicolas.
Nous partons pour la campagne.
Nous avons appris que vous aviez été prisonniers.
Mais maintenant, vous êtes là.
Vous
êtes
comme cette maison. Vous avez souffert.
Vous aussi.
Mais vous êtes solide.
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