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Note au piano
Carillon
Une voiture passe.
Note au piano
Souffle du vent
Klaxon de bateau au loin
Souffle du vent
- Simon est couché ? - Oui.
Et la baby-sitter est devant la télé.
Merci.
- T'es prête ? - Tu me racontes une histoire ?
- Pour moi. - Maintenant ?
- Oui. S'il te plaît.
Tu connais toutes mes histoires.
S'il te plaît.
Allez, encore une.
Je n'ai plus rien à te raconter.
- J'ai tout dit. - Encore une.
Bon...
Une histoire, une histoire...
Très bien.
Euh...
Bon, ce n'est pas la plus drôle, mais j'y vais.
C'est l'histoire de Sarah.
Sarah arrive en larmes chez le rabbin Mordekhaï,
- à Nezhij. - C'est où, Nezhij ?
Nezhij...
Elle pleure, car son mari est parti à l'étranger depuis longtemps.
La femme supplie le rabbi de le retrouver.
Le rabbin répond : "Tu dois m'aider.
Rire "Tu ne crois pas qu'il est ici,
"dans la cuve à eau ?"
- C'est quoi, la cuve à eau ? - Je ne sais pas.
C'est peut-être un mikvé, va savoir...
Alors, comme la foi de Sarah
est grande,
elle s'approche de la cuve à eau, et elle regarde.
Inspiration d'étonnement
"Oh putain, il est là !
"Il est assis dans l'eau !"
"Est-ce qu'il porte un chapeau ?"
"Ah non, je ne vois que sa kippa."
"Alors, enlève-la."
La femme remonte sa manche,
elle plonge sa main dans l'eau,
et elle sort une kippa toute mouillée.
Inspiration de surprise
Au même moment, à l'autre bout du monde,
le mari de cette femme,
il était tailleur, il cousait près de la fenêtre ouverte.
Et un grand coup de vent lui arrache sa kippa
qui s'envole par la fenêtre.
L'homme est tellement saisi par l'angoisse,
il prend ses affaires illico,
et rentre chez lui retrouver sa femme.
Tu voulais partir et m'abandonner ?
Il chantonne en murmurant.
Annonce en japonais
- Monsieur ? Ça va ? - Pardon, je chantais tout haut ?
Non.
- Des passagers se sont plaints ? - Pas du tout.
- Encore combien de temps avant d'atterrir ?
- Une heure à peine. On y est presque.
- Je ne suis pas rentré depuis des siècles.
Alors, bienvenue à la maison.
Merci.
- Je vous ai vu à l'embarquement à Narita.
Il y avait une délégation japonaise avec vous, des fleurs.
- Il acquiesce. - Des collègues.
Ils étaient contents de me voir partir.
- Vous ne me dites pas la vérité. - Ah si, je vous assure.
- C'était un adieu. - Vous êtes qui ?
Je suis juste musicien.
- Elle soupire. - Pourquoi je reste pas ici ce soir ?
Je n'aime pas ces soirées. Pourquoi tu y vas ?
Tu dis que tu es libre, mais tu n'es pas libre.
Tu n'aimes pas la musique, tu n'aimes que tes peintures.
- J'ai des clients là-bas.
Qui sont adorables.
Et toi aussi, t'aimes mes peintures.
- Tu n'es pas peintre. T'as une galerie.
Rire
- T'es méchante avec moi ce soir. - Je ne suis pas méchante.
C'est parce que je voudrais m'échapper.
Alors, viens avec moi.
T'écouteras de la musique entourée d'amis.
- Ce sont tes amis, ils savent à peine qui je suis.
Faux. Ils t'adorent
et tu ne le vois pas.
- Hé... - Je te fais honte ?
Non. J'aime sortir avec toi,
être avec toi,
être à ton bras. Tu m'emplis de fierté.
De quoi tu serais fier ?
Je suis fier...
de t'avoir épousé.
Je ne suis pas une peinture, hein !
Monsieur...
Désolé, mais j'ai fait 12h d'avion, je n'ai pas pu fumer.
Ça vous dérange si j'ouvre la fenêtre pour fumer ?
- Non, monsieur. - Donc c'est oui ?
- Oui, monsieur. - Merci, c'est gentil.
Musique douce au piano
Monsieur, entrez.
Bonsoir, merci.
- Votre sac. Fermeture de la porte
Votre carton d'invitation.
Je n'ai rien avec moi.
Mes bagages ont été égarés.
Ne vous inquiétez pas, monsieur.
Je vais retrouver votre nom dans les listes.
- Je vais être livré ce soir ou demain.
- Mathias Vogler. - Je peux vous proposer une cravate ?
- Ah, je ne suis pas habillé pour l'occasion.
Merci.
Musique classique
Non, merci.
Discussion inaudible
Mathias !
Je ne veux pas de reproche.
Jamais !
Tourne-toi.
Léger rire Si !
Comme tu es devenu bel homme !
Tu étais un enfant quand tu es parti. Assieds-toi.
Range tes yeux.
C'est pour moi. J'étais la première.
Rires
- Alors, tu as tout Lyon est à tes pieds.
Ce soir, Elena règne.
Alors ?
Bah, comment va ta mère ?
Bien, j'imagine.
Tu "imagines" ! Mauvais fils.
Ta mère est étonnante, comme tous les enfants, tu l'ignores.
Pourquoi tu m'as pas
accueillie au piano, ce soir ?
J'arrive tout juste de l'aéroport.
- Non ? - Pour toi.
Oh !
Comme c'est gentil !
Ce n'est pas si gentil, non.
Mais tu me manquais.
- Qu'es-tu allé faire à l'autre bout du monde ?
Messiaen, Dutilleux,
les Japonais adorent.
Je n'aime pas que tu enseignes.
Tu es trop jeune, trop doué pour ça.
- Redis-le plus fort, s'il te plaît ?
Ne sois pas humble, je déteste ça.
Regarde, tu es revenu au paradis.
Applaudissements
- Bonsoir, Mathias. - Ah, Charles !
C'est Charles qui nous accueille à Lyon.
C'est à lui que j'ai dit que je te voulais pour les concertos.
Ils ont tous froncé les sourcils,
mais j'ai eu gain de cause.
- J'ai toujours gain de cause. - Toujours.
Vous avez réussi à le sortir de sa tanière ?
Alors Mathias,
vous revenez à Lyon après tellement d'années ?
Oui.
Prêt à retrouver la scène ?
- Je n'avais pas envie de jouer seule tous les soirs.
Mathias jouera avec moi.
- C'est un bel honneur qu'elle vous fait.
- Je le mesure. - Excusez-moi, Mathias,
- puis-je vous dérober El... - Non, Charles,
pas maintenant.
Je suis heureuse !
- Laissez-moi être votre invitée. - D'accord.
Je vous laisse avec votre protégé.
Léger rire
- Ils ne m'aiment pas beaucoup. - Ils sont jaloux.
Ils sont tous jaloux.
Tu te cachais dans l'ornière, et je suis venue te chercher.
- Je dansais de joie quand tu m'as écrit.
Toutes ces années...
Mathias à 16 ans !
Je me souviens quand je t'ai déniché.
Je donnais une classe à Vienne.
Vous étiez 20 étudiants,
tous là, tellement fiévreux, sérieux, tous droits !
Je suis entrée dans la classe,
et je t'ai choisi, toi.
Et je t'ai déçue.
- Bien sûr. - C'est ce que je fais de mieux.
Tu es orgueilleux, maintenant.
N'essaie pas de me séduire.
Tu as une moue d'enfant, et je n'ai pas
- d'enfant. - C'est un regret ?
- C'est bien le seul qui ne m'ait jamais tourmenté.
- Que ferais-je avec un enfant ? - Je ne sais pas.
- J'ai eu un chien une fois. Rire
Je l'ai vendu au bout de 3 mois, il prenait trop de place.
Non.
Je préfère être seule. Comme toi. Tu es tout seul.
Oui.
- Combien de fois j'ai fait le tour du monde ?
- Il souffle. - Cent fois !
Plus ! Beaucoup plus !
Je suis faite pour la guerre, moi.
Toi aussi, tu es fait pour la guerre.
Alors demain, on va répéter, et tu vas souffrir.
Et puis, nous allons jouer ensemble,
pour le public. On va leur offrir nos quatre mains.
Pour devenir la pianiste que je suis, j'ai accepté d'être un monstre.
Les monstres n'ont pas de maison.
Je veux que tu repartes. Que tu repartes en tournée
à Paris, Amsterdam, Berlin.
Et quand la musique reprendra toute sa place,
tu commenceras à aimer le petit monstre
que tu es devenu.
Et si je n'y arrive pas ?
Tu me ferais de la peine.
Allez, Mathias, il faut t'en aller. Les répétitions sont tôt demain.
Allez, fiche-moi la paix.
Il faut que je parle aux mécènes.
Regarde : ils vont tous m'admirer.
À demain.
Musique classique
Allez, en piste.
Rire
Il grelotte.
Attention tes pieds.
Oups !
Rires
- Allez ! - Oui !
- Bonsoir, Pierre Solal, enchanté. - Bonsoir.
- Bonsoir, Pierre, enchanté. - Bonsoir.
- Oui, c'est un peu long. - Ah ouais ?
- On va monter à pied. - C'est quel étage ?
- Cinquième. - Oh, putain !
Impossible, désolée.
On va attendre, nous.
Courage !
Merci.
Allez.
Pardon ! À qui est
la voiture garée devant ?
- C'est à moi. - Vous pouvez la bouger ?
- Oui. - Merci.
À tout de suite.
Une porte se ferme.
Claquement métallique
- Qu'est-ce que tu fais ?
Ce soir, je n'y arriverai pas.
Je suis une catastrophe.
Non...
- Tu t'es sauvée ? - Ouais.
- Alors on est reparti à la maison, folle femme ?
- J'ai eu peur. Je veux dormir avec toi.
D'accord.
Allez, on y va.
Monsieur ! Monsieur !
- Vous vous êtes évanoui ! - Non...
- Ça va, ça va. - Allez.
Vous allez remonter avec nous.
- Ça va. - Je peux vous appeler une voiture.
Je vais prendre l'air.
Je vais prendre la même chose.
Cliquetis de bouteilles
Je vais prendre la même chose, s'il vous plaît.
Non, c'est fini, monsieur.
- Faut rentrer chez vous maintenant. - Un dernier !
- Non, allez ! - S'il vous plaît !
Allez, s'il te plaît, sois sérieux !
- C'est juste là... - Regarde ta tête, c'est bon.
T'as eu ton compte. Rentre, on verra demain.
Lèche mon cœur, connard.
- Lèche mon quoi ? - Lèche mon cœur !
Fous le camp d'ici, bouge.
Bouge ! Merde... Bris de verre
Fous le camp !
Allez, dégage.
Vous avez atterri ou quoi ?
Beh oui...
- Où est-ce que tu es ?
Écoute... Je sais pas.
Pourquoi tu ne m'as pas appelée ?
Je t'attendais. Tu as bu ?
Oui. Ce soir, j'en avais besoin.
Propos inaudible crié
- "Va sucer la chatte de ta mère, connard."
Gémissement
C'est moi !
"Va sucer le con de ta mère."
Vous êtes un poète, mon gars.
- Qu'est-ce que vous me dites ça à moi ?
C'est vous qui disiez ça aux flics
la nuit dernière. Et ça a déplu.
- Putain Max, vous avez vieilli. - 8 ans...
8 ans !
Je suis venu à Lyon pour vous chercher,
- j'ai bien fait. - Comment vous êtes entré ?
- J'ai mes entrées partout. L'aéroport a appelé l'agence.
J'ai dû récupérer vos bagages.
Vous êtes une tannée.
- Je vais dormir encore un peu. - Quoi ?
Vous avez un concert dans 5 jours.
Je suis venu vous sortir d'ici.
Mathias, debout ! On y va ! Mathias !
En italien He partito no cosi!
J'ai la nausée.
- Je n'aurais jamais dû revenir. - Taisez-vous.
J'ai eu votre mère au téléphone.
Vous devriez la visiter.
Putain, Mathias ! Vous êtes un gosse, c'est insupportable.
Allez, s'il vous plaît...
J'ai mal au crâne...
3,5 g ! 3,5 g !
Rire Vous ne vous êtes pas loupé.
Vous n'aviez pas décroché, mon garçon ?
Je ne sais plus ce que j'ai fait.
- Je ne me suis pas mis pas en danger ? - C'est insensé,
ces histoires de bagarre.
- Vous n'êtes pas un clochard. - Ce n'est pas moi.
Les flics m'ont tapé dessus.
- Je m'en fous ! Donnez-moi vos mains.
Vous voyez, vos mains,
c'est un trésor. Rire
C'est le vôtre, mais c'est le mien aussi.
Il faut
préserver ces mains.
Ils nous attendent à l'Auditorium pour les répétitions à 13h.
Ah, voilà !
Ça va vous dessaouler.
- Regardez-moi bien, Max.
Dans 2 semaines, vous me verrez plus. Après le concert, je m'enfuis.
Je n'ai pas de crayon pour cet après-midi.
Vous en avez un ?
- Merci. - J'ignore comment
vous avez survécu au Japon sans moi. Tenez.
Ça aussi.
S'il vous plaît, ne me faites pas honte, aujourd'hui.
- C'est infect. - Ouais.
Si je peux me permettre, vous sentez le fauve, quand même.
- Ah bon ? J'ai le temps de me doucher ?
- Non. Je vais vous trouver des vêtements propres.
Vous vous êtes souillé.
Regardez-moi ça,
des taches de vin, là ! De vin !
Ah...
- C'est quoi ? - La clé du ciel.
Votre badge pour les répétitions.
Je vous retrouve là-bas.
Soyez à l'heure.
Musique classique vive Cris d'enfants
- Je n'aime pas quand tu restes là-haut.
T'es arrivé tout en haut, tu descends.
Descends, s'il te plaît.
Descends !
Non !
- Ça me fait peur quand t'es là-haut.
Non !
- Tu l'as fait, mais descends maintenant, je n'aime pas.
Musique inquiétante
Voix étouffée S'il te plaît, sois gentil, descends.
Je ne vais pas être obligée de me fâcher quand même ?
Je voudrais que tu descendes. Descends.
Musique classique vive
Attention ! Cris
Ça va ?
Mélodie mélancolique
Ça va ? Réponds-moi. Dis-moi, ça va ?
Oui ? Tu peux bouger ?
Oui ?
Doucement, doucement.
Attends, attends,
je vais t'essuyer le nez.
Attends.
Musique classique vive
Tu ne fais plus jamais ça, hein ? Il acquiesce.
Musique mystérieuse
Non ! Non !
- Je sais. - Vous êtes à la bourre, c'est chiant.
Tenez, tenez ! Le badge.
Allez.
Maintenant, vous allez vous changer aux chiottes.
Ils accordent leurs instruments.
Merci.
Monsieur Vogler ?
Je vous ai vu enfant.
Quoi ?
- Je vous ai vu jouer quand j'avais 11 ans.
Dans la grande salle de l'Auditorium.
- Je suis très honoré. - Merci.
Bonjour, merci.
Allez, tout le monde au travail.
Les yeux sur moi.
Concerto pour deux pianos, Max Bruch
Mathias, droit dans le fugato.
Pas de rubato, s'il te plaît.
Mathias, tu traînes !
Arrêtons, arrêtons.
Je veux plus d'engagement
à l'intro, et droit dans le fugato.
Moins de timbales, moins d'emphase. On reprend à la mesure 13.
- Au revoir. - Au revoir.
Au revoir. Oui, c'était très bien.
Continuez.
J'attendais beaucoup plus. Tu es médiocre. Je veux du travail.
Et je ne veux plus voir une gueule de bois en face de moi au piano.
Ne boudez pas,
c'est con.
C'est con et je ne le supporte pas.
- Max, s'il vous plaît, laissez-moi ici.
Ah non. Ah non, non, non, non, non.
Pourquoi elle m'a fait venir ?
- Qui ? - Elena.
- Pour vous traîner dans la boue du sommet de son trône, ça se voit.
J'ignore pourquoi elle vous a fait venir.
Pourquoi vous, vous lui avez dit oui ?
- Je n'avais pas le choix. C'est Elena. - Voilà, vous avez la réponse.
Pépiements
- Qu'est-ce qui s'est passé
cette nuit ? Je t'ai appelé et...
Il était quelle heure ?
Il était tard, je m'étais endormie.
Pardon,
je n'étais pas bien.
- Qu'est-ce qui se passe ? T'es tout bizarre.
Qu'est-ce que t'as vu aujourd'hui ?
Je ne sais pas ce que j'ai vu.
- C'est moi. Ça fait tellement longtemps, j'ai changé.
- Ce n'est pas toi. - Si, c'est moi.
Oh non !
- Toi, je te reconnais. - Moi, je te reconnais.
Tu n'as pas amené une femme dans tes bagages ?
Non. Je suis solitaire.
Tu parles !
J'adorais ton conservatoire,
avec toutes les petites amies qui défilaient dans ta chambre.
C'est loin ça. C'est fini.
- Pourquoi ce serait fini ? Je ne te crois pas une seconde.
Allez, raconte-moi.
C'était comment le Japon, la musique ?
- Je n'aime pas parler de musique avec toi.
Parce que je suis une ignorante.
Non, tu ne l'es pas, Anna.
- Pourquoi tu ne joues plus en soliste ?
C'était délicieux pour moi de voyager, m'habiller,
m'asseoir au premier rang,
quand j'entendais les applaudissements.
Ça ne me manque pas.
T'étais tellement petit,
tellement jeune.
Et maintenant, t'as l'air si perdu.
Tu vas jouer à nouveau, mon chéri.
J'ai cassé ma vie en deux.
C'est comme ça.
- Je n'aime pas que tu dises une chose pareille.
- Tu te souviens pourquoi j'ai abandonné le violon ?
- Parce que tu n'étais pas très doué. Rire
Au piano, t'avais un don.
C'est bien.
Mélodie douce au piano Plus ronde.
- C'est toi ou c'est moi qui ai décidé d'arrêter ?
- C'est toi. - Non, c'était toi.
Non !
- Si, je me souviens. - Mais non, c'était toi.
Un jour, tu m'as dit : il y a 5 violonistes par génération.
- "Et je ne serai jamais un des 5." - Voilà. Tu te rends compte !
Tu étais trop dur avec toi, déjà tout petit.
Partition...
- Je ferai passer l'accordeur. - D'accord.
- J'avais quel âge quand j'ai dit ça ? - Je ne sais plus.
Je ne sais pas si t'as eu de la peine pour le violon.
Mais devant un piano, t'étais tout content.
Bah, tu farfouilles encore ?
Dis-moi, tu veux quoi, comme photos ?
- Pas des photos de concert, s'il te plaît.
Pas des photos de concert.
- Des photos de moi à 7 ans, 11ans, je ne sais pas.
- À 11 ans, tu étais déjà un jeune homme.
Alors non, enfant.
Quelle taille ?
- 8 ans. - J'imagine.
- J'ai tout ce qu'il faut. Je vais te trouver ça.
Tiens, cherche.
Là... C'est lui.
Qui ça, "lui" ?
L'enfant.
Mais enfin,
c'est toi, mon chéri. Regarde.
- C'est moi, ça ? - Mais oui.
- Je n'ai aucun souvenir de cette photo.
- J'étais comment ? - T'as 8 ans sur la photo.
T'es déjà tout sérieux.
La faute à qui ?
- C'est ton père qui avait pris cette photo.
Je peux la garder ?
- Bien sûr. Tu peux prendre la boîte.
Bonsoir, toi.
Bonjour, Mathias Vogler. Pour la salle Boulanger.
Bip
Concerto pour deux pianos, Max Bruch
Alors ?
Toi, t'es venue me gronder.
Tu souris, c'est ton air des mauvais jours.
Alors, tu me connais bien.
Je crois, ouais.
Mon chéri, j'ai un secret.
Quel secret ?
Je vais arrêter.
Arrêter quoi ?
- La musique. C'est mes derniers concerts.
Non.
Non.
Je ne suis pas revenu pour entendre ça.
- Tu m'en veux. - Oui, je t'en veux.
- Je voulais que tu sois là quand j'annoncerai ma retraite.
- Ne dis pas ce mot. Merde. Pas toi. C'est laid.
- Je ne peux pas entendre ça. - Alors, je ne te l'ai jamais dit.
J'ai besoin que tu joues, moi.
Encore.
Tu vois, ici,
ici, tout ça, tout ça s'envole.
- Qu'est-ce que tu racontes ? - La mémoire...
Et si tu le dis à qui que ce soit, je te tuerai.
Je te promets que je te tuerai.
- T'en as parlé à qui ? - Toi.
- Y a que moi ? - J'avais besoin d'un confident.
C'est pour ça que je suis venu ?
Oui.
Et la presse ?
Charles ?
Je vais les prendre par surprise.
- T'as vu un médecin ? - Non. J'ai bien trop peur.
Un jour, tu te réveilles,
et les choses sont dans une sorte de brouillard.
Et tu dois le cacher,
parce que tu es saisie par la honte. La honte d'oublier.
Tu n'es pas dans un brouillard.
- Je suis en train de perdre qui je suis.
- Et je veux que personne me voie. - Je ne peux pas vivre avec ça.
Tu vas apprendre.
Je ne jouerai jamais
avec des partitions en public. C'est trop humiliant.
- Richter jouait avec des partitions. - Ne parle pas de Richter.
- Si. - Non, je suis jalouse.
À Londres, tu jouais sans partition.
J'ai trouvé une maison à Majorque.
- Qu'est-ce que tu vas foutre là-bas ?
- Je suis un vieux monstre, j'ai besoin d'une maison.
Tu vas mourir
- d'ennui là-bas. - Je ne vais jamais mourir.
Ben non, voilà ! Jamais.
- J'ai tellement peur que les notes s'enfuient.
- Je tournerai les pages pour toi. - Jamais.
Demain, on répète le Bartók avec orchestre,
et aujourd'hui, on fait juste la version sonate.
Avec un seul piano. Je vais conduire.
Mathias, vous pouvez faire les deux parties ?
Euh...
- Oui... Je vais essayer. - Bon courage.
Concerto pour deux pianos, percussion et orchestre, Béla Bartók
Encore plus mystérieuse.
Le Bartók sera très bien,
mais je n'aime pas les attaques de cordes dans le Bruch.
Il faudra que je les dirige autrement.
- Elles ne doivent pas être en colère quand elles rentrent.
Non, elles sont trop gentilles.
Tiens, donne-moi du feu.
Fume, toi aussi.
- Qu'est-ce qu'on fait là ?
Regarde mes mains.
- Quoi ? - Les taches.
T'es âgée.
- Je crois que je tremble. Quelle horreur...
Non. Regarde.
Ta main est ferme.
Qu'est-ce que j'aime quand tu diriges au piano.
Sois brillant demain soir.
Promis.
- Pour les adieux, je serai seule sur scène.
Ça me tue.
- Tu vas jouer quoi ? - Je ne sais plus...
Les Estampes.
- Tu viendras ? - Évidemment.
Je hais Debussy.
- Amusé - Non, ce n'est pas vrai.
Je vous adore.
Je crois
que ton admiratrice t'attend.
Ne me juge pas.
- Pas toi ! - Oh non.
Rire
Musique inquiétante
Cris d'enfants
Pourquoi tu fais ça ?
Ça ne va pas ?
Pardon, qu'est-ce que vous faites dans le parc ?
Pourquoi vous traînez avec les enfants ?
- Est-ce que c'est votre enfant ?
- Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Vous lui avez fait quoi ?
Vous êtes qui ? Vous voulez quoi ?
Foutez le camp ou j'appelle
la police.
Où t'as volé ça ?
Espèce de malade !
- Rends-moi ça, voleur ! - Non.
- Rends-moi ça ! - Non !
Simon !
Viens, viens ici.
Reste avec moi. Tu connais ce monsieur ?
D'accord. Je vous rappelle.
Mathias ?
Max... j'ai besoin de votre aide.
- C'est pour ça que je suis venu au monde.
Ce n'est pas le concert.
- Réveillez-vous, mon petit !
L'Auditorium nous attend, confiné dans le mépris.
Je veux que vous les crucifiiez.
Vous avez flingué la 1re répétition...
- Je me suis vu. - Quoi ?
Je me suis vu.
Comment ça ?
C'était moi,
et c'était un enfant.
Qui était qui ?
Un enfant,
dans le square, hier.
Je l'ai pris en photo.
Quoi ?
C'est juste
une putain de photo d'enfant.
- C'est la même photo que chez ma mère.
J'avais le même âge,
et j'étais lui.
J'étais dans le parc hier,
j'ai levé les yeux,
et c'était moi.
J'étais tout là-haut, je m'amusais.
Après, je suis tombé...
Je... ne me souviens plus.
- C'est votre voyage, c'est la pression.
Vous n'encaissez pas la pression.
Vous allez filer voir un médecin.
- Je ne verrai aucun médecin. - Mais si, y a pas de honte.
Vous prenez de la Ritaline ? ABILIFY ?
Il y a des médicaments.
Ça protège. Je veux que vous soyez protégé.
- Non... J'ai besoin de trouver l'enfant.
Non !
Vous foutrez le camp d'ici après le concert.
Un quatuor italien très bien vous attendra à Rome.
Vous avez encore un nom, je vais le faire briller.
Musique classique vive
Claquements métalliques
Musique mystérieuse
- Papa ! - Bonjour, Rosa, ça va ?
Gémissement d'effort
- Non. - Non !
- Ça a été, le violon, t'as bien joué ? - Oui.
Propos indistinct
Musique mélancolique
Bip
- Mathias ? - Pierre...
Mais... Putain... C'est toi ?
Qu'est-ce que tu fais ici ? T'es venu nous voir ?
- Non je... Je traînais, j'ai vu ton nom sur la plaque...
- C'est merveilleux de te voir, ça fait combien de temps ?
Je ne sais plus.
- Je croyais que t'étais partout à travers le monde.
- Je suis revenu. - Ici ?
Ouais.
Je joue avec l'orchestre de Lyon.
- Je ne l'ai pas vu passer dans le journal.
Tu joues chez nous, je ne suis pas au courant.
Il faut que tu montes. Ça fait si longtemps...
Non...
T'allais courir, là...
- Je m'en fous ! J'irai demain. - Non, je ne peux pas...
- Claude est là. Elle serait contente. - Je ne peux pas.
Je vais à l'Auditorium.
- Attends... Tu joues ce soir ? - Voilà.
On va venir t'écouter.
Non.
Non. Je dois y aller.
- Tu vas m'appeler après, hein ? - Oui.
- Texte-moi, s'il te plaît.
Je veux que tu viennes chez nous.
Tu viendras demain ? Ou samedi, à la maison...
Je veux que tu nous racontes la musique, ta vie.
Bientôt, je viendrai.
Je suis très ému.
Ne me perds pas de vue, hein ? Jamais.
Jamais.
- Vas-y, tu vas prendre froid. - Ouais, j'y vais.
Et tu m'appelles, hein ?
Ouverture et fermeture d'une porte
Ah, mais tu es rentré.
Qu'est-ce que tu fais ?
Mathias !
Qu'est-ce que tu as fait ?
Qu'est-ce que tu as fait ?
Mathias, regarde-moi !
Regarde-moi !
Tu ne peux pas faire ça avant un concert.
Réveille-toi !
Allez, viens, viens !
Allez !
Grognements
Ça va te faire du bien.
Donne-moi ton visage.
Tu mets ton costume, d'accord ?
Respiration haletante
Grognement
Soupir
Y a une voiture en bas.
Merci.
Mathias ?
Ils accordent leurs instruments.
Applaudissements
Concerto pour deux pianos, percussion et orchestre, Béla Bartók
- Monsieur ? Vous m'entendez ? Ouvrez les yeux !
- C'est votre mari ? - Oui. Pierre Solal.
- Il s'est passé quoi ? - Il claquait des dents.
- Il a vomi ? - Il sature.
- Y a du sang partout... - Comment ça, du sang partout ?
- Attendez, laissez-nous faire.
Il fibrille, là !
- Reprends le massage, je vais le choquer.
- Je veux pas que tu meures ! Arrêtez !
Vous inquiétez pas.
- Lâchez-lui la main. Écartez-vous.
Vous allez prendre un choc.
- 3,2,1... - Lâchez-le.
- Choc ! Elle crie.
Il fibrille, t'as quelque chose ?
3,2,1... Choc !
Pleurs
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Pierre !
- Y a du sang partout. Je continue le massage.
Pierre !
- Bonjour. - BONJOUR.
- Attends. Simon, sors pas de la voiture.
Il faut que tu fasses la Qeri'ah.
- Je ne sais pas comment on fait. - La Qeri'ah, la déchirure.
- Faut juste déchirer la chemise. - Non, je ne veux pas...
- Claude ! Fais-le.
Aïe !
- Comme ça ? - Oui. Voilà.
Faudra pas la recoudre avant 7 jours.
Viens là.
Pierre est mort.
Ça a été très soudain.
Très...
Je ne sais pas.
Je dois trouver les mots et je ne sais pas parler.
Pierre, c'était un homme
très aimé des hommes, des femmes...
Enfin de vous tous.
Je n'étais pas la seule à le penser.
Je crois que mon mari connaissait
toutes les blagues juives du monde. Légers rires
Et, bon, je ne sais pas si Pierre m'a été très fidèle.
Mais, ce matin, je me souviens
d'une histoire, comment il la racontait.
Simon, bouche-toi les oreilles, s'il te plaît.
Merci.
Euh...
Alors, c'est Moshe qui rentre chez lui.
Il ouvre la porte de sa chambre, et il trouve son ami Raymond
avec son épouse toute nue dans le lit.
Raymond
se prend la tête dans les mains : "Moshe, je suis désolé !"
Moshe n'en revient pas.
"Mais enfin, Raymond... Pourquoi tu as fait ça ?
"C'est quoi, ces manières ?"
Raymond range sa bite, remet son pantalon.
"Moshe, je ne sais plus ce qui s'est passé,
"c'était une folie !"
Moshe secoue la tête.
"Moi, j'y suis obligé.
"Mais enfin, toi !"
Léger rire
Chant en hébreu
Je ne sais pas ce que j'aurais pu faire sans elle.
Sonnette
J'y vais. Bougez pas.
- Par contre au cimetière, je... J'ai honte.
- Non. - Faut pas.
Mais enfin...
Qu'est-ce que vous faites ici ?
Je suis un ami de Pierre.
- Mais c'est Mathias ! - Judith.
- Qu'est-ce que... T'es à Lyon ?
Viens, rentre, il fait froid.
Musique douce au piano
Ne me touche pas.
J'ai vu Pierre, il y a trois jours.
T'attendais sa mort, c'est ça ?
- Non. - Alors qu'est-ce que t'attends ?
Toi.
T'es immonde. C'est obscène...
- Tout va bien ? - Bien, merci.
- C'est sans alcool. - Merci.
Viens, on va dans ma chambre.
Doucement, les enfants.
Bonjour.
- Regarde pas le monsieur comme ça, c'est pas poli.
Allez.
Chocs des jouets
Ça va ?
C'est un peu dur, hein ?
Tu ne connais plus personne, ici.
Non.
- T'es venu de Tokyo pour l'enterrement ?
Non, je jouais à l'Auditorium.
J'ai appris la nouvelle.
C'est touchant de te voir ici.
T'as vu Claude ?
Je ne sais pas comment elle fait pour tenir.
Elle est forte, hein, mon amie ?
Tu connais leur fils ?
Non, je ne le connais pas.
- T'as toujours le même numéro de téléphone ?
Je peux t'appeler ?
- Juste comme ça... - Bien sûr.
Pour parler du passé.
Je t'appellerai alors.
Je peux aller dormir chez Eliott ?
- Bien sûr, je veux que tu te sauves d'ici.
Que tu me laisses seule, que je puisse pleurer.
Tu vas pleurer quand je serai parti ?
- Oui, je vais penser à ton père, et je vais être très triste.
Et Judith me servira un verre...
Va dormir chez ton copain, tu reviendras demain.
Va préparer tes affaires.
- Tu ne vas pas finir toute seule, je vais t'aider.
Tu peux y aller. Ne t'en fais pas.
Tu ne veux pas que je reste ?
Non, tu peux me laisser.
T'es sûre ?
Sûre.
À demain.
À demain.
Elle ouvre la porte.
La porte claque.
Elle souffle.
Quoi ?
- Qu'est-ce que t'es venu faire ici ?
Je suis venu...
Pour te donner quelque chose.
Me donner quelque chose ?
Moi, je voudrais que tu me rendes mes lettres.
Non.
Ça, tu sais bien,
je ne te les rendrai jamais.
Tiens.
- Qu'est-ce que c'est ? - Bah regarde.
- Attends, t'as volé une photo de mon fils ?
Non.
- T'es le type du square ? - Je n'ai rien volé.
J'ai trouvé la photo chez ma mère. C'est une photo de moi,
au même âge que Simon.
- Pourquoi tu me montres ça maintenant ?
J'enterre mon mari !
- Va-t'en ! - T'as triché, Claude.
- Va-t'en !
Je me hais d'avoir trompé Pierre avec toi.
Moi, j'ai trompé personne. Non.
Je n'ai jamais rien pris à ton homme. Je savais que tu resterais avec lui.
- Tais-toi ! T'es plein de haine.
Non.
- Regarde-toi, t'es amer ! - Non.
Jamais je n'ai eu un mot
sur Pierre...
Jamais.
Je mourais de peur qu'il nous découvre.
Et toi aussi. On était malades
de nos rendez-vous clandestins.
- Tais-toi ! - J'ai le droit !
J'ai le droit,
parce que j'ai payé le prix.
T'es partie une semaine avec Judith.
Quand t'es revenue, tu m'as téléphoné pour rompre.
Je t'ai suppliée,
et tu m'as accordé une dernière nuit.
Et on a couché ensemble.
Je ne me souviens pas.
Moi, je m'en souviens.
- C'est parce que tu pleurais au téléphone.
Oui, je pleurais au téléphone.
Et je suis venu, ici.
Pierre était en voyage.
On n'a allumé aucune lumière.
Je ne voulais pas voir où vous habitiez.
- À l'époque, je vous aimais tous les deux.
Et t'as triché.
- Non. - Si.
- Bah prouve-le. - T'as la photo.
Le fils de toi et Pierre, c'était le mien.
Je l'ai regardé ton fils aujourd'hui,
je le mangeais avec mes yeux !
Il a mon visage,
et le tien aussi... Tu sais,
je m'en bats les couilles, je ne suis rien venu te demander.
C'est comme ça...
Maintenant, je vais m'en aller.
Je le faisais tellement bien
- avec toi. T'aimais bien, hein ? - Non.
- Si. Tu me foutais à la porte, et je disparaissais.
Ouverture et fermeture de la porte
Bonsoir. Ça va ?
- Oui. - Mais vous jouez ce soir ?
- Non, je suis là pour Elena. - Oui, bien sûr.
Oh elle doit être dans sa loge. Bonne soirée.
- Vous avez appris la nouvelle pour Elena ?
Quelle nouvelle ?
Son départ.
Elle vient de nous l'apprendre.
Elle a choisi notre scène pour annoncer ses adieux.
- Ouais... Elle dit ça... Elle reviendra.
Elle vous l'a dit ?
Non.
Je suis de retour.
Je voudrais postuler pour le poste de chef de chant.
Je vais rester ici.
Oui. Ce serait formidable, mais...
les choses ne sont plus aussi simples.
L'Auditorium a décidé de faire une audition derrière paravent.
- Pourquoi derrière un paravent pour un chef de chant ?
Pour ouvrir à la candidature.
Mais vous pouvez participer, vous avez toutes vos chances.
- Pour nous, c'est un poste clé. Le piano d'orchestre, l'opéra...
C'est très éloigné de ce que vous jouiez.
Je sais, merci.
Vous allez repartir sur les routes.
Vous ne réalisez pas toutes les productions qu'on a.
- Très jeune, vous aviez une magnifique carrière de soliste.
Pourquoi vous être sabordé ?
Je veux m'inscrire à cette audition.
Faudra me croire sur parole.
Mon agent entrera en contact avec l'Auditorium.
- On toque. - Entrez.
Qu'est-ce que tu es venu voir ?
Toi.
Je vais rester à Lyon. Ils cherchent un pianiste d'orchestre.
Quoi ?
- Je reste. Ils cherchent un pianiste d'orchestre
à résidence.
- Tu es méprisable. - Bien sûr.
- Je suis méprisable. - Regarde-toi.
Tu n'as même pas commencé à vivre.
Tu ne sais rien.
Je vais passer leur audition.
Choc
- Si tu le fais, tu n'existes plus. Pour moi, pour personne.
Mais quelle vie tu auras ?
Tout petit ! Tu ne sais rien faire d'autre.
Et ben j'apprendrai.
Sonnerie
Ce soir, tu vas jouer pour moi.
- Quoi ? - Tu m'as entendue.
À ma place.
C'est toi qui vas entrer en scène pour moi.
- Non. C'est parce que t'es morte de peur.
- Va leur dire ! Maintenant... - Non.
- Si ! Je déteste les adieux ! Je ne les ferai pas.
- Donne-moi ça, tu ne peux pas faire ça !
C'est ton dernier soir.
Va leur dire, je t'en supplie.
Mathias, je suis terrorisée.
Toux Vomissement
Tu n'as plus qu'un concert à tenir.
- Je n'y arrive plus. - Ils t'attendent.
- Si je m'effondre sur scène, je mourrai.
Tu ne vas pas t'effondrer.
T'étais merveilleuse mardi, tu le seras ce soir.
- Je ne sais plus rien. - Tes mains se souviendront.
- Où est ta partition ? - Ce soir. Pour moi.
Non. La partition !
Ho, j'ai demandé la partition !
Le public l'appelle en applaudissant.
Applaudissements
Bravo !
Bravo !
Bravo !
Estampes, Claude Debussy
- Salut. - Salut.
- Assieds-toi.
- Tu veux un truc ? - Non, ça va, je te remercie.
C'est drôle de te voir habillé
- comme ça. - Ah ouais ?
- Vous faisiez voyous avec Pierre avant.
Voyous ?
Non, pas tellement, non.
- Quand tu fumais une clope... - Quoi ?
- Si ! Mais j'aimais bien, c'était drôle.
Là, t'es chic.
Je te remercie.
- Tu jouais ce soir ? - Non.
Mais j'étais à l'Auditorium.
Pour écouter une amie.
- T'es chic, toi aussi. - Bof... Pas tellement, non.
- Excuse-moi... Je ne sais pas trop ce que je fais là.
Pourquoi tu m'as appelé ?
- Bah je... J'étais émue de te voir à l'enterrement.
Je voulais te voir seul.
C'est moi.
Je suis venu.
Bon. Qu'est-ce que je dois te dire ?
Ben, rien.
- Rien. - Alors, qu'est-ce que toi, tu sais ?
Soupir
Je sais que...
il y a mille ans, peut-être, dans une autre vie,
t'as eu une histoire avec Claude.
J'ai eu d'histoire avec personne.
- J'étais avec Claude juste avant que tu lui donnes un enfant.
Quand ?
Il y a mille ans.
Faux.
C'est impossible.
Claude n'était pas libre.
Et je n'ai eu d'histoire avec personne.
- On était parties en vacances au bord de la mer.
Mes parents ont une maison là-bas. Et...
C'était un moment où Claude était un peu fatiguée.
J'attendais les résultats de mes concours...
Alors ?
Tu vas emménager avec Pierre ?
- C'est Pierre qui t'a dit ? - Ben oui !
Tu vas faire quoi ?
Je ne sais pas.
J'ai arrêté la pilule il y a une semaine.
Tu mens...
C'est vrai ?
- Mais t'as couché avec Pierre depuis ? - Ben oui.
Alors t'es enceinte ?
Je n'en sais rien, c'est trop tôt !
Mais t'as couché avec Mathias ?
Claude !
Tu ne peux pas faire ça !
Je resterai avec celui qui gagne.
Elle l'a dit comme une blague :
"Je resterai avec le premier qui gagne."
Mais je ne sais pas si elle-même, elle le pensait vraiment...
Je crois qu'elle était tellement...
Tellement fatiguée à ce moment-là.
Inspiration de surprise
Tu vas avoir un enfant ?
Ouais.
- Je la regardais, je trouvais ça beau. Je me disais...
Bah...
Elle va avoir un enfant, et...
C'est Simon.
Vous étiez tellement drôles, tellement enragés.
Les deux jeunes hommes pauvres.
Claude était fascinée par ça.
Et après, elle s'est mise avec Pierre.
Il a acheté la galerie.
Elle est devenue raisonnable.
Et toi, un jour, t'étais parti.
Qu'est-ce que t'as fait pendant tout ce temps ?
- J'ai essayé de faire partie du même monde qu'elle.
Je n'ai pas compris.
- Je ne sais pas bien expliquer. C'est idiot...
Comme moi.
- Ne pose pas ta main. - J'en avais envie.
T'es trop blessé, toi.
Pourquoi Claude
a choisi Pierre ?
Parce qu'elle avait peur de toi.
Hé ! Ça ne sert à rien d'être malheureux.
Le malheur, c'est une perte de temps.
Viens.
De l'eau coule.
Elena ?
Je n'aime pas que tu restes enfermée.
Réponds-moi.
Elena ?
Qu'est-ce que tu fais ?
Elena. Parle-moi.
Elena.
Tu me fais peur.
Allez, viens. Viens avec moi.
Viens !
Viens.
Elena ?
C'est fini.
Elena !
Mathias.
Je veux me souvenir encore de tes 16 ans
quand ton sourire pétillait.
Combien j'ai adoré que tu m'admires.
Ton admiration fut mon viatique jusqu'à ma chute.
Je ne te reverrai plus.
Tu ne me manqueras pas, et je te manquerai terriblement.
Toute manière de chose sera bien. C'est dit.
Cette lettre pour toi sera un talisman.
Ma vie, combien de chambres d'hôtel, d'hommes, de femmes,
peu importe...
Je voudrais que tu atteignes à la grâce.
Je te salue.
Tu rentres tard.
- À dans une autre vie. - Oui.
Ils ont déposé une lettre pour toi.
C'est Elena ?
Oui.
Elle est partie ?
T'es contente ?
- Léger rire - Non.
Elle dit que...
sa lettre, c'est un talisman, et...
Elle m'embrasse.
Et puis ?
- Et elle a écrit : "À dans une autre vie".
Ne reste pas à Lyon pour moi.
Je veux que tu sois heureux.
- Le monde ne m'attend plus, maman. - Oh si,
mon garçon.
Je voudrais que tu partes.
- Et qu'un jour, tu ramènes un enfant. - Anna,
je n'aurai pas d'enfant.
Oh ! Ça c'est...
C'est le premier livre que ton père m'a offert.
Il a voulu me charmer, et ça a marché,
parce que c'est un très beau livre.
Pardon, c'est à moi, ça.
- C'est qui sur la photo ? - Rends-moi ça !
- C'est qui ? - Rends-moi cette photo !
- Rends-moi ça. - Maman, c'est qui sur la photo ?
C'est Mathias Vogler.
C'est lui quand il était enfant ?
Oui.
Il me ressemble, hein ?
Oui, il te ressemble beaucoup.
Simon...
Il y a longtemps, j'ai eu une histoire d'amour avec Mathias.
Je le savais.
Tu savais quoi ?
Ben, l'histoire avec Mathias.
Mais depuis quand ?
Bah, papa aussi le savait.
- Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
- Il m'a dit que peut-être,
j'étais le fils de Mathias. Mais je m'en fous.
Je suis le fils de Pierre.
C'était sa dernière exposition ici.
C'est beau, non ? Elle acquiesce.
J'aime bien.
- Pierre adorait ce peintre. - Tu gardes une œuvre en souvenir ?
- Non, ce serait trop triste, un souvenir.
- Alors vends la galerie. - Pourquoi je la vendrais ?
Je ne sais pas. Pour vivre ta vie.
T'as vu Mathias ?
Je t'interdis de me parler de ça.
Si je ne le fais pas, qui le fera ?
Regarde-moi.
Pierre est mort, mais toi, t'es vivante.
Oui, je suis sa veuve.
Et alors ?
- Tu seras une veuve pour toujours ? Tu vas entrer au couvent ?
- Ne t'en fais pas, je n'irai pas au couvent.
Allez, on y va.
Personne, hein...
Pas même Pierre t'a aimée autant que Mathias.
Tu n'en sais rien.
Si, je le sais, j'ai couché avec lui.
Quand ?
T'es vraiment une pute, toi.
Ça va, je m'en fous.
- Pierre a toujours su que Mathias t'aimait.
Tout le monde le savait.
Je vivais pour mon homme, moi.
Mais...T'en avais deux !
Et l'un des deux, il est mort.
Mélodie douce
Il s'en sort, non ?
Oui.
Très bien Simon, merci.
Bravo, Simon, très bien. À toi, Louise.
Je suis fière de toi.
Mélodie au violon
Comment tu tiens ?
Je tiens.
Tu es son trésor.
Quoi ?
- Pierre disait que tu étais son trésor.
Tu l'as béni.
- Je ne suis la bénédiction de personne.
Bonjour.
Bonjour.
- Tu m'as trouvé ? - C'est une petite ville.
Pourquoi tu regardes tes pieds ?
Je n'ose pas te regarder.
C'est comme ça depuis que je te connais.
- Ça me fait toujours un choc. - Je ne suis pas très spectaculaire.
Tu es spectaculaire.
- Je t'aurais laissé sortir avec moi pendant 3 semaines,
t'aurais pris l'habitude.
Tu te serais lassé.
T'aurais sauté dans les bras d'une autre.
T‘étais jalouse ?
Bien sûr !
Judith te tournait autour, je ne supporte pas.
- Mais tu ne voulais pas de moi ? - Non.
- Tu ne veux toujours pas de moi ? - Non.
T'es encore pianiste ?
Tu ne t'es pas lassé ?
Je ne sais rien faire d'autre.
- Je ne comprends rien à la musique. Ça me saoule !
Rire
- Tu rigoles ? - Oui.
- Explique-moi. C'est comment, la musique ?
La musique, c'est...
Oh, waouh ! C'est beau alors !
Rires
Tu trembles ?
Je sais.
Je n'arrive pas à cacher mes sentiments.
- À mon âge, ça devient ridicule. - Non, tu as froid.
- Non. - Si, tu vas prendre froid.
- Non je suis un roc, moi ! - Ah !
C'est grisant
de te tourner la tête, mais ce n'est pas moi.
Je ne rends pas les hommes fous.
Je n'ai pas l'audace.
- Je n'ai pas les fesses... - Si.
- Non, je n'ai pas le visage... - Si.
- Et je n'ai pas les seins. - Oh si !
- Non. Rires
Pierre m'aimait de manière raisonnable,
il n'était pas fou,
comme toi.
Et ça me suffisait.
Je ne savais pas me construire une vie,
c'est pour ça que Pierre m'a choisie.
Toi, tu es arrivé...
Tu me mettais toujours au pied du mur.
Ça me terrifiait.
T'as encore peur de moi ?
Oui.
Je ne sais pas dire à Simon que j'ai couché avec deux hommes.
J'étais folle...
Alors, il ne faudra jamais lui dire.
Il a deviné.
Tu m'en veux ?
Non.
Ça m'est arrivé.
- Pourquoi tu n'as pas eu d'enfant après ?
Bah, de toute façon,
les hommes n'ont pas vraiment d'enfant.
- Pardon ? - Bah oui.
- Tu dis n'importe quoi ! - Quoi ?
- Tu dis n'importe quoi ! - Mais c'est vrai !
- T'as l'air intelligent, mais quand tu parles des enfants, t'es con.
Mais attends...
T'as eu beaucoup de filles au Japon ?
687.
Ah ouais.
- C'est bien ! - Oui !
- Comment s'appelait ta pianiste toute maigre ? La vieille, là...
- Léger rire - Elena ?
Ah oui, Elena.
T'as fait la carrière qu'elle voulait ?
Presque.
- C'est elle qui t'a fait revenir ici. - Oui.
Et tu repars avec elle ?
Non.
Bon bah, moi, j'y vais.
Ah oui ! Surtout, je ne voudrais pas que tu m'appelles.
Que tu m'écrives, m'envoies des messages...
D'accord ?
Je dois faire quoi du coup ?
Si je ne peux pas t'appeler, pas t'écrire...
Bah, tu m'attendras.
Ça, je sais faire.
- Tu viendras ? - Tu verras...
Mon amour.
Je veux voir ton fils !
Étude op. 10, no 4, Frédéric Chopin
Raclement de gorge
- Mais vous étiez là ? - Eh oui...
Depuis combien de temps ?
Le Torrent !
4e opus 10 de Chopin...
C'est ça que je suis venu écouter ?
Je n'ai jamais aimé ce piano.
Même quand j'étais gosse, je ne l'aimais pas.
J'espère qu'ils auront mieux à l'audition.
J'ai dû dire non aux Italiens
et leur expliquer que vous vous enterriez à Lyon.
Je ne peux pas sauver ce qu'il vous reste de carrière
si vous ne m'aidez pas.
- Je vais gagner ce concours. - Vous n'êtes pas tenu
de passer cette audition.
- C'est-à-dire ? - Enfin, vous les emmerdez !
Foutez-leur votre billet à la gueule,
- et partez la tête haute. - Je ne peux pas.
- Eh bien, vous jouerez derrière leur putain de rideau.
Mais moi, je vous quitte.
Vous m'entendez ? Je vous quitte.
Elena a foutu le camp, et vous me pétez dans les doigts.
Je dois voir un enfant.
- Non, taisez-vous, là.
Sa mère m'a demandé de le voir.
Vous n'avez pas compris.
Vous ne faites plus partie de mon agence.
Max, j'ai besoin de votre aide.
Il soupire.
J'ignore quoi faire quand on sort
avec un enfant.
- Mes frères m'emmenaient à la piscine.
J'aimais ça, enfin, je ne sais plus...
- T'as bien ton sac ? - Oui.
- Tu lui diras si tu veux rentrer ? Tu n'es pas obligé de rester.
- Oui. Ça va bien se passer, t'inquiète.
- Rosa viendra te chercher en fin de journée.
Bah c'est là.
T'es sûr, t'es d'accord pour y aller ?
- Sûr ? - Oui.
À tout à l'heure.
- Tiens, mon garçon. - Merci.
- Qu'est-ce que je vous sers ?
- Il paraît que tu fais du violon ? - Oui.
C'est bien. Combien de temps ?
- Quatre années. - Quatre ans, c'est bien ça.
Et qu'est-ce que tu joues ?
- Je ne sais pas. - Tu ne sais pas ?
Comment ça, tu ne sais pas ?
T'es bon ou t'es pas bon ?
Il ne sait pas...
Tu ne sais rien quoi, hein ?
Tu voudrais pas commencer le piano ?
Je ne veux pas.
T'as entendu Mathias jouer ?
Non.
- Ah... - Je ne le connais pas.
Tu devrais l'écouter et apprendre.
T'aimes bien la piscine ?
Propos indistinct
Viens, Simon. Laisse Max.
Tu viens te mettre là ?
C'est qui, Max ?
Ah, Max, c'est mon ami.
C'était mon agent.
Il s'occupait de me trouver des concerts,
il organisait ma vie.
Maintenant, c'est différent.
On y va ?
Tu viens ?
Euh non...
Je préfère aller dans le petit bain.
Tu ne sais pas nager à ton âge ?
Je n'aime pas trop nager.
Tu sais,
il y a longtemps,
tu étais un poisson.
- Un poisson ? - Ouais, c'est ce que je dis.
Comment tu sais ça?
Moi aussi, j'ai été un poisson.
Toi aussi ?
- C'était il y a longtemps. - Combien de temps ?
Assez long.
Tu savais nager, puisque tu étais un poisson.
- Je ne te crois pas. - Pourtant
je te promets. T'étais un excellent nageur.
Un champion de natation. T'aimais l'eau.
Bah... Pourquoi ?
Comment ça "pourquoi" ?
Pourquoi j'aimais l'eau ?
Parce que c'était toute ta vie.
T'as faim ?
Euh...Pas trop, ça va.
- On va t'acheter un goûter quand même.
Je ne sais pas.
Attends, t'es encore super mouillé.
Faut te sécher, tu vas attraper froid.
Pierre... Ton père t'emmenait nager ?
Non.
Il ne m'a jamais emmené à la piscine.
- Quand j'avais ton âge, peut-être un peu plus vieux,
- mon père est mort. - Ah.
Après j'ai fait du piano. Va savoir.
Il est où ton pull ?
Dans mon petit sac.
T'as été avec beaucoup de fiancées ?
Rire
C'est quoi, cette question ?
Beaucoup... Je ne sais pas, j'imagine.
- Tu penses que j'aurai beaucoup de filles ?
Bah bien sûr !
Tu dois juste tenir bon avec la piscine.
Allez, on y va.
On va faire pipi.
C'est votre gosse, c'est ça ?
Ouais.
- C'était le fils de mon ami. - Ah...
- Elle est bien, la mère ? - Oh !
Mieux !
- Elle en vaut la peine, quoi ! - Ouais.
- Ça va, vous êtes assez jeune pour changer de vie.
Je suis vieux, moi.
- Non... Une porte s'ouvre.
Ah. Bon, mon gars.
- Je vais vous laisser. - Au revoir, monsieur.
- Vous viendrez à l'audition ? - Non.
Ça me ferait trop de peine. J'ignore ce que vous voulez réparer.
Mais parfois, faut laisser les choses foutre le camp.
- La débâcle. - C'est ça ! La débâcle !
- J'imagine que tu ne joues pas dans le bac à sable ?
Ben non. Je ne suis plus un enfant.
Bah oui, bien sûr.
La dame doit venir, mais pas tout de suite.
Donc... Tu veux faire quoi ?
- On va aux échecs, là-bas ?
D'accord.
Cris d'enfants Pépiements
Léger grognement
T'es fort.
Pierre était très fort aux échecs.
Je sais.
Papa disait que tu étais son ami, même si t'habites loin.
Oui, c'est vrai.
Qu'est-ce que j'ai aimé ton père.
Je ne sais plus si j'étais amoureux de Claude
ou de ton père.
À toi.
Cris d'enfants
Alors, ça s'est bien passé ?
Oui. Euh... Je crois.
- Simon, ça s'est bien passé ? - Très bonne journée.
Voilà.
- Bon bah, bon retour. - Merci.
- Salut, Simon. - Au revoir.
C'était cool ?
Maman ?
Mm ?
Mathias va rester avec nous ?
Musique mélancolique
Ben... Non.
Il va...
Il va repartir, j'imagine.
Toi, t'aimerais quoi ?
Je ne sais pas.
Il nous manque, hein, papa ?
Oui.
Il est mort tellement vite.
J'étais étonnée, et maintenant, tout le chagrin m'arrive.
Toi, tu vas dormir maintenant parce que demain, il y a école.
- Non. - Dans ta chambre ! Si !
- Fais le lion. - Non, il est tard.
- Allez ! Fais le lion ! - Non !
- Allez, Simon ! - "En route, mauvaise troupe."
Elle imite le grognement du lion.
Elle chantonne doucement.
Bonne nuit, petit lion.
- Bonjour. - Bonjour.
Tu n'as pas changé, en fait.
Je croyais que je ne viendrais pas.
Alors, j'ai de la chance.
Ça, ce n'est pas sûr.
Ta tête...
Léger rire
- Pourquoi tu n'as jamais essayé de m'enlever ?
Parce que t'étais avec Pierre.
- Quand Simon est né, j'ai repris mes études.
Pierre m'a aidé à m'inscrire à l'École du Louvre.
Je prenais le train 3 fois par semaine.
J'adorais.
Ça m'a sauvée.
J'ai eu tous mes diplômes, figure-toi.
Je suis devenue spécialiste.
- Spécialiste ? - De Nittis. Tu ne connais pas ?
Ah non.
C'est un impressionniste italien.
- Qu'est-ce que t'es snob ! Léger rire
Parfaitement !
Je ne vois pas ce que je fais ici.
Arrête de me regarder comme ça.
Ouais, je pèse une tonne.
- Alors bats-toi.
- Pierre se battait pour moi. Tu ne sais pas faire ça.
- Quoi ? - Te battre pour une femme.
Tu ne sais même pas te battre pour toi.
Tu piques...
- Je m'en fous. Rire
Pourquoi tu me fais ça ?
Respirations haletantes
Tintement
Respirations haletantes
Faut qu'on arrête.
Il y a Simon...
Simon et Rosa à la maison.
- Non. - Viens à l'hôtel.
- Non. - Viens.
C'est...
- Viens. - Tu sais bien...
Tu le sais.
Maman ? T'es rentrée ?
Oui, je suis rentrée, mon chéri.
- Rosa est encore à la maison ? - Oui.
Je suis là, madame.
Désolée, je suis rentrée tard.
Simon a mangé.
Je le dépose à l'école demain matin ?
Non, merci. Demain, c'est mon tour.
Rentrez chez vous, Rosa. Merci beaucoup.
Bonne soirée.
Mon petit !
Sanglots
Mon petit...
Sanglots
De l'eau coule.
- Sanglots - Claude...
- Je t'en veux, je t'en veux tellement.
Je sais, ma chérie.
- Mais non, tu ne sais rien ! Tu ne sais rien !
- Si je sais. - Tu ne sais rien...
Quand j'accouchais,
je ne voulais pas voir sa tête ou ses cheveux sortir de moi.
Ça me dégoûtait.
Ça me faisait horriblement mal, la péridurale ne marchait pas.
Pierre était là.
J'étais terrifiée.
J'étais terrifiée...
qu'il voie le visage de l'enfant d'un autre.
J'ignore comment on reconnaît un nourrisson,
ils ne ressemblent à rien.
Mais quand Simon a grandi...
j'attendais chaque semaine...
Tous les mois ! Et chaque jour...
Sanglots
T'étais parti.
Je ne partirai plus. Tu m'entends ?
- Je vais rester, Claude. - Mais non.
Tu vas t'en aller ! Car un jour, je vais te le demander.
Non. Je t'attends.
- Tu m'attends où ? Tu m'attends chez ta mère ?
Mais je ne vais pas chez ta mère, moi !
- Non, je suis à l'hôtel, place Bellecour. Viens.
Mais tu crois que tu es qui ?
Tu crois que tu es qui ?
Je suis en colère !
Viens.
Je suis fatiguée, putain.
- Claude, s'il te plaît. - Je vais raccrocher.
Non, je t'attends, viens.
Viens.
S'il te plaît.
Sanglots
Simon ?
Il est où cet enfant ?
Judith ?
- Judith ! - J'entends une voix !
Judith !
Judith !
Ben... Il a disparu ?
Maman !
Maman ! Maman ?
Claude !
J'ai trouvé un enfant perdu.
Mais oui !
Je le veux cet enfant ! Cri
Je le veux cet enfant, je le veux, je le veux.
Pépiements
- Tu m'attends une seconde ? - Oui.
J'ai le droit de prier,
- ou bien... - Oui, t'as tous les droits.
Je fais comment ?
Tu fais comme tu peux.
Tu vas encore coucher avec Mathias ?
Je ne sais pas, à toi de me dire.
Ne le fais pas, s'il te plaît.
- Bonsoir, Madame. - Bonsoir.
Je crois que Mathias Vogler avait une chambre chez vous.
Bien sûr.
Monsieur Vogler est dans la chambre 901.
- Très bien, merci. - Les ascenseurs sont par ici.
- C'est interdit ce que je suis en train de faire.
Je sais.
- Tu sens l'alcool. - Ce n'était pas une nuit facile.
Tu n'es pas sorti d'ici ?
- Tu n'as pas joué depuis quand ? - Je ne sais plus.
Tu dois jouer ! T'en as besoin.
Mets un pantalon, s'il te plaît.
Si ça te gêne, tu n'as qu'à partir.
C'est qui ?
C'est Elena.
Mathias...
Tu dois nous laisser.
Je sais.
Mais tu vois, j'aurais tellement voulu...
partir avec vous.
Loin d'ici.
Avec Simon.
Qu'on soit ensemble les matins, les soirs,
- tous les 3. - Je ne peux pas.
- Tu sais que je ne peux pas. - Ouais.
Tu me haïrais de pleurer Pierre.
Soupir
Je ne veux pas que tu touches à son fils.
Je t'aime, mais ça ne suffit pas.
- Laisse-moi.
Viens.
On devrait éteindre la lumière, non ?
- Tu ne veux pas voir comme j'ai vieilli ?
C'est ça.
Allonge-toi.
Demain, j'ai mon audition.
Alors je veux que tu perdes.
C'est un ordre.
D'accord.
- Je vais te manquer. - Non.
Je vais coucher avec toi,
et je vais m'en aller.
T'es bien mariée, toi !
- Ça te fait peur, hein ? - Ouais.
Très peur.
- Arrête, j'ai eu un enfant. - Chut.
Gémissement
Respirations saccadées
Gémissement
Avec toi au désert,
- avec toi dans la soif... - Non !
Non, non, non.
Non.
Allez, oust !
Hors du nid.
Max ? C'est moi.
Je vais encore avoir besoin de votre aide.
Si vous pouviez venir.
Il faut que je parte d'ici, vous savez.
- Non, laisse-moi faire.
Tu n'as jamais su plier une chemise.
Je t'en prie.
De toute façon, elles sont froissées.
- Pourquoi tu ne mets pas un costume ?
- Je vais jouer derrière un paravent. Je ne vais pas mettre un costume.
Ne prends pas l'air tourmenté.
- Je n'ai pas l'air tourmenté. - Mais si.
Ben non.
- Tu vas gagner ce concours, t'es le meilleur.
- Ça, tu n'en sais rien. - Si, je le sais,
car t'es mon fils. Ne t'en déplaise.
Je veux que tu sois fier. Allez ! Vas-y.
Et écrase les prétendants.
Étude op. 10, no 4, Frédéric Chopin
Bonjour, merci d'être là.
Bonjour, merci.
Tout va bien ?
Vous êtes décidé finalement ?
- Ça ne m'appartient plus. - Effectivement.
Ça va, tout se passe bien ?
Merci.
Merci. Candidat suivant, s'il vous plaît.
Candidat numéro 4.
Candidat numéro 4, s'il vous plaît.
Bon courage.
- Au revoir. - Au revoir.
Hé, ça va aller.
Merci.
- Cloche - Vous pouvez y aller.
Étude op. 10, no 4, Frédéric Chopin
Propos inaudible
Cloche Merci.
Merci beaucoup.
Pianiste suivant.
Alors... Le candidat numéro 2.
Candidat numéro 2, s'il vous plaît.
Là, c'était mieux tu vois, plus virtuose...
Le phrasé, hein ?
Vous pouvez y aller.
Y a un problème ?
- Allons-y. - Un instant, s'il vous plaît.
Bon, euh,
il y a beaucoup de candidats encore aujourd'hui.
Ich ruf zu dir BWV 639, Jean-Sébastien Bach
Pardon, vous pouvez nous jouer l'Étude de Chopin ?
Cloche Bon, s'il vous plaît !
S'il vous plaît.
C'est très beau, mais on n'a pas demandé de jouer du Bach.
- Quelqu'un peut intervenir, s'il vous plaît ?
- Bon, laissons-le aller.
Je n'ai jamais vu ça.
Mathias !
- Ah, bonjour ! - Bonjour.
Alors ?
- Vous m'avez reconnu ? - Oui. Je crois que oui.
Rire
- Et ça vous a plu ? - Beaucoup.
J'ai pris 2 billets pour Rome, je vous accompagne.
C'est vrai ?
On prend l'avion ?
Je ne pourrai rester que 2 jours.
Mais l'Italie me manque, Rome me manque.
- Vous êtes adorable. - Non...
Vous préférez la voiture, c'est ça ?
Vous me laissez le choix ?
En voiture, ça sera interminable.
Bon... Alors je choisis la voiture.
Je suis garé là !
- Je sais. - Là !
Rires
- Il fait un temps de merde, hein ? - Oui.
Et là à gauche,
- et vous pourrez vous garer... - Quoi ?
Là, à gauche.
Mais vous allez où, là ?
Je veux bien que vous vous gariez.
- Qu'est-ce que vous allez faire ? - C'est très bien.
Merci.
Hé, vous revenez. Hein ?
- Maman, regarde ! - Waouh !
Oh !
Salut.
T'étais en train de jouer ?
Je suis venu te dire au revoir.
Oui.
Bon, voilà.
Tu vas où ?
Je vais en Italie, là.
Ah.
Tu sais,
à chaque fois que je te vois,
je trouve que tu ressembles énormément à ton père.
- Tu faisais du piano ? - Oui.
C'était mon concours aujourd'hui.
- Et t'as gagné ? - Non !
Non !
J'ai même bien perdu.
Attention, regarde tes lacets.
Je ne voudrais pas que tu tombes.
C'est imprudent.
Voilà.
Oust...
Tu salueras Claude pour moi ?
Oui.
Bonne chance.
Merci.
Klaxons
Il soupire.
- On est parti ? - En route !
Rire
En italien Avanti!
Rire
Mélodie douce
En italien Grazie mille.
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