All language subtitles for Compartiment.Tueurs.1965

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Original subtitles

*-Avignon, Avignon.

Deux minutes d'arrĂŞt.

- Vous permettez? - Ça va aller.

- Ah non, non, mais il faut...

- AĂŻe! Mon bas!

- C'est lourd, hein? Il est fichu?

J'ai des fers sous mes semelles.

Maman me les met. J'accroche les bas de tout le monde.

- Ah non! Ça suffit comme ça.

Il me reste un bas, je tiens Ă  le garder.

- Pardon, mademoiselle.

- Il est mignon.

- Ces petits yeux fatigués.

- C'était un film important?

- Pour la télévision. Un feuilleton sur la guerre de Sécession.

- Vous permettez? - Merci.

- Je jouais l'infirmière du général nordiste.

- Vous avez tourné à Aix?

- Dans les environs. Dans la campagne.

Il paraît que ça ressemble à la Caroline du Sud. Mademoiselle?

Vous avez une lampe au-dessus de l'oreiller.

Au-dessus de l'oreiller.

- Merci, madame.

- Je fais du théâtre aussi.

Enfin, je fais surtout des émissions de radio,

sur une radio pour le Canada.

Enfin, pour les Canadiens français.

- C'est bien, aussi. - Oui.

On atteint des millions de gens.

- Messieurs, dames, contrĂ´le des billets,

s'il vous plaît.

Merci.

Musique angoissante

- Merci.

Elle frappe.

- Messieurs, dames, contrĂ´le des billets.

- Mais fichez-moi la paix!

- Encore vous?

- Je croyais que c'était le contrôleur. Que voulez-vous?

- Ça vous regarde?

- Ne restez pas lĂ , allez-vous-en.

J'ai pas de billet.

- Vous n'avez pas de billet?

Et vous enfermer lĂ -dedans! Vous n'ĂŞtes pas un peu malade?

- Ne parlez pas si fort.

- Je ne parle pas fort! - Mais si.

(Mais si, vous parlez fort.)

- C'est pas parce que vous avez une jolie figure

que vous allez jouer au dur! - Une jolie figure?

- Oui, une jolie figure.

Ça n'arrive qu'à moi.

Si maman voyait ça, elle s'évanouirait.

Et ma brosse?

- J'ai voulu sortir sur le marchepied, mais avec la valise...

Et j'avais peur de ne pas pouvoir ouvrir la portière.

- Et vous voyagez comme ça, sans billet?

- J'étais pensionnaire chez les frères à Toulouse.

J'ai raté mon bac à cause des maths, alors j'ai tout plaqué.

Je vais Ă  Paris. - Quoi faire?

- Paris, c'est autre chose. - Autre chose quoi?

- ContrĂ´le!

ContrĂ´le!

Il y a quelqu'un? - Oui, oui.

(Mettez-vous lĂ .)

(Faites pas tant de bruit.)

- Votre billet, mademoiselle. - C'est fait.

- Oui, c'est vrai.

Seulement, pour le savoir, il fallait m'ouvrir.

Vous étiez au 2e compartiment? - C'est ça.

- Merci.

- Merci, mademoiselle.

Vous avez du noir sur la joue.

Vous en avez de l'autre côté, aussi.

Petit, j'avais des mouchoirs comme ça chaque jour de la semaine.

- Et maintenant que vous ĂŞtes grand? OĂą allez-vous passer la nuit?

- Vous savez, depuis 8 jours, je dors un peu n'importe oĂą.

Un camion ou...

Ou une auberge de jeunesse,

à la belle étoile, dans une grange, même une salle d'attente.

- Bon, vous pouvez sortir.

- Le couloir d'un train, en général, ça dépend du train,

c'est plus confortable... enfin...

- Dans mon compartiment, il y a une couchette libre.

Quand tout le monde dormira, venez.

- Et ma valise? - Eh ben, alors? Prenez-la.

(C'est lĂ .)

(Au-dessus.)

(-Je me suis trompé.)

(Je me suis trompé de compartiment.)

(La femme croyait... Zut! Mon imperméable.)

(-Chut.)

- Merde! Bambi rit.

(-Chut!)

(-Merde. J'ai tout renversé.)

Rires étouffés

(-Chut... )

(-Elle croyait que j'étais un satyre.)

(La dame de l'autre compartiment.)

On va réveiller tout le monde.

Ils rient.

(Mademoiselle? Mademoiselle, je sors.)

(On se retrouve après l'arrivée, comme on a dit.)

- J'étais à Aix pour la télévision. - C'est bien, ça.

- Oh, vous voilĂ . Mais qu'avez-vous fait?

- Comment, qu'est-ce que j'ai fait?

- Vous n'avez pas pris ma valise? - Comment, votre valise?

- Nous étions d'accord! - Comment,

nous étions d'accord?

C'est un foulard de femme, ça.

- C'est le foulard de maman.

Je vous avais tout expliqué.

Vous prenez ma valise, 2 tickets de quai,

et on sort ensemble.

Allez chercher les tickets, j'irai prendre la valise. Les femmes...

- On n'a jamais parlé de ça. Vous en avez de bonnes, vous.

- Bon... On fait comme j'ai dit?

- On fait comme vous avez dit. - Vous ne partez pas?

- Je ne pars pas.

Il ne sait pas non plus dire merci.

Qu'est-ce que vous avez?

- Quoi? - Vous en faites, une tĂŞte.

- Je fais pas une tĂŞte.

- C'est votre tĂŞte de tous les jours? Eh ben, pardon.

Les taxis, s'il vous plaît.

- En face, mademoiselle.

- Bien... Au revoir, mademoiselle.

- Qu'est-ce que vous allez faire?

- Vous en faites pas pour moi. - Si, je m'en fais! Venez.

Vous venez, oui?

- OĂą?

- On verra bien.

C'est la 1 re fois que je viens Ă  Paris, moi aussi.

J'ai trouvé une place comme secrétaire de direction.

Il se dérangera pas, hein!

Tenez, c'est l'adresse.

C'est le studio d'une cousine qui s'est mariée.

Elle me l'a laissé.

- Trace de strangulation plate et bordée d'un enflement noirâtre.

La peau est violacée et le noir s'en va

comme si on s'était servi d'une ceinture sale.

Il s'est tenu derrière la victime et lui a passé un bâillon autour du cou.

La nuque ne porte pas d'ecchymoses.

Les vertèbres cervicales ne sont pas brisées.

- Il est fort?

- Placé comme il l'était, il n'avait pas besoin de l'être.

Une femme comme un homme pourrait faire ça.

- Oui... Sauf que les femmes n'étranglent pas.

- Je la reverrai Ă  l'institut. Bonne chance.

- C'est ça. - Salut.

Grazziani se mouche.

Je crois que je couve une grippe.

- Tu la feras attendre. Quelqu'un doit s'occuper de ça.

Ça peut être que toi.

Sacrées perles! Il y en a partout.

Bon Dieu... Je crois bien que je la couve aussi.

Tu ferais bien de t'y mettre tout de suite.

Alors, résumons-nous: la valise, les vêtements.

Primo: qui est la nana?

Secundo: d'oĂą vient-elle, que fait-elle,

où habite-t-elle, qui connaît-elle? Et tout le toutim.

Tertio: la liste de réservations du compartiment.

Rapport ce soir Ă  19 h.

Un peu moins de conneries que d'habitude, ça fera pas de mal.

L'instruction, c'est Frégard. Le truc, c'est d'envelopper.

Jette un coup d'œil sur les autres compartiments, même si tu trouves rien.

Ça fait du poids pour le rapport.

Mets des suppositions, pas des conclusions.

- Et moi, patron, qu'est-ce que je fais?

- Tu les enfiles et tu les comptes.

- Le Phocéen a quitté Marseille hier, vendredi, à 22 h 30.

ArrĂŞts Ă  Avignon, Valence, Lyon, Dijon.

Un seul contrĂ´le a eu lieu pendant le voyage.

Le contrôleur n'a rien remarqué de particulier.

VoilĂ  son nom et son adresse.

Il ne se souvient pas des occupants du compartiment.

On peut vous en donner la liste dans 1 heure.

- Bien. Merci. Tu passeras la chercher.

- Sous-vĂŞtements fantaisie.

Cliquetis de machine à écrire

- Feuille de papier avec dessins.

Elle a ses initiales partout.

Avec dessins abstraits.

Non. Plutôt obscènes.

Sous l'inscription... Fous le camp!

- Si on commence les violences, moi, je m'en vais.

- Sous l'inscription: "Fous le camp."

- Mais non. Sous l'inscription...

- "La grande dolichocéphale sur son sofa s'affale et fait la folle."

- La grande dolichocéphale sur son... Son quoi?

- Il n'y a personne le matin et le concierge est un ancien de la boîte.

Ne touchez Ă  rien. Copiez juste les carnets d'adresses.

C'est pour l'affaire des fausses communiantes.

Je les envoie en femmes de ménage, c'est plus discret.

- Si on peut dire.

- Très drôle.

- Oh lĂ  lĂ ... A voir ta figure,

ça n'a pas l'air d'aller très fort.

- Les empreintes sont mauvaises.

Elle s'appelle Georgette Thomas, 30 ans,

mariée à 20, divorcée à 25.

Représentante des produits de beauté Barlin.

En tournée de démonstratrice à Marseille.

Etait descendue Ă  l'hĂ´tel Rex.

Elle gagnait 922,85 francs par mois charges sociales déduites.

Argent liquide dans son sac: 342 F plus un dollar canadien.

Canadien...

Le vol ne paraît pas le mobile du meurtre.

Une lettre vaguement câline commence par "Ma caille".

Elle est sans date ni signature.

VoilĂ , c'est tout. - C'est simple comme bonjour.

Il faut faire baver les gens.

Primo: là, où elle crèche. Secundo: les machins...

- Barlin. - Barlin, c'est ça. Et tertio:

les parents proches, et qu'ils aillent la reconnaître.

C'est marrant, ça.

T'en penses quoi? - Oui...

- Moi, j'ai rendez-vous avec mon fils.

Tiens.

Mon fils veut faire les Beaux-Arts.

20 ans et rien dans le crâne.

Les Beaux-Arts et la guitare, c'est tout ce qui l'intéresse.

Mon fils est un petit con.

Mais si. Tu peux me croire.

Aide-moi.

Malheureusement, ça n'empêche pas les sentiments.

Allez, on se reverra ce soir.

Et pas la peine de bombarder le labo avec une tapée d'examens.

Couper le sifflet d'une nana, c'est pas le travail d'un pro.

Avant que tu aies fait ouf,

un pauvre tocard te tombera tout cuit dans les bras.

"Je l'aimais" et tout le toutim. Plus qu'Ă  envelopper pour le juge.

Ou alors il s'agit d'un obsédé sexuel.

- Il y a un canard à côté. Je dis quoi?

- Pas un mot sur les fausses communiantes.

Tu lui refiles la parfumeuse et tu la boucles sur le reste.

- Les occupants du compartiment et le numéro de leur place.

- Fais-moi un croquis au tableau.

A propos, si vous en parlez dans votre édition de ce soir,

ça peut avancer nos recherches.

- On ne sait pas si ce sont des hommes ou des femmes.

La SNCF ne précise pas.

- L'assassin a signé son crime, il ne peut plus nous échapper.

- Et les fausses communiantes?

- Vous trouverez des photos de la victime Ă  la morgue.

Inscrivez cette liste des voyageurs dans votre article,

en les priant de nous appeler.

- Comment voulez-vous qu'un vrai journaliste fasse 3 lignes avec ça?

- Et le talent, jeune homme? Le talent.

- Mais c'est pas possible.

C'est elle.

Musique intrigante

On étouffait, dans ce train.

C'était sûrement le chauffage.

Les bonnes femmes...

On mélange les hommes et les femmes, maintenant.

Leur parfum, on sait jamais si ça pue ou si ça sent bon.

Mais enfin, c'est...

On se couche habillé

ou on met un pyjama?

Elle se gĂŞnait pas, avec ses jupes courtes.

Sacrées bonnes femmes.

Pourquoi elle me fixait comme ça?

C'est parce que je suis mal habillé? Elle sourit.

On met un pyjama.

Il est sale, j'aurais dĂ» le laver avant.

J'aurais dĂ».

J'aurais pu faire ça, j'aurais dû dire ça.

Toujours après coup.

Quarante ans... J'arrive jamais Ă  faire ce qu'il faut.

Toujours les genoux en coton devant une belle femme.

40 ans...

Un métier qu'on prend à 18 et qu'on garde à vie.

On finit par détester tout,

à douter des amitiés, des tendresses.

Pourquoi elle me souriait?

Elle rit pour ma tête d'employé besogneux?

Elle me montre ses fesses exprès, la vache!

Mais elle me nargue!

Allez, hop! Il faut lui parler.

Qu'est-ce que je vais lui dire?

Qu'il fait beau? Que le train file vite?

Elle me parlera peut-ĂŞtre, elle.

Non. C'est Ă  l'homme de commencer.

C'est l'homme qui propose et la femme qui...

Si ça marche,

qu'est-ce que j'en ferai? OĂą aller? Chez moi?

Je ne pourrai jamais l'emmener ici.

Qui emmener ici?

Comment aimer ici?

On aurait été chez elle.

Ça doit être bien, chez elle.

Elle était très chic.

Elle avait ses initiales sur la valise.

Elle portait évidemment des dessous...

Laisse tomber.

Ça sert à rien de penser.

J'aurais dû. Toujours après coup, imbécile.

Ils devraient avoir honte. S'embrasser comme ça, en public.

"Les occupants du compartiment, Darrès, Rivolani,

"Bombat, Garaudy,

"Cabourg,

"se faire connaître en téléphonant à l'inspecteur Grazziani."

L'amour...

Il faut téléphoner.

C'est peut-être un piège.

Mais non. Ils ont la liste des noms.

Est-ce que je suis le 1er Ă  appeler?

Je dirai que...

Non. Essaie de ne pas réfléchir.

Je suis un voyageur du Phocéen. M. Cabourg.

*-Et alors?

- Je voudrais parler au commissaire Grazziani.

*-Il n'est pas commissaire. Ne quittez pas.

- Comment? *-Ne quittez pas!

*-J'écoute.

- Je suis M. Cabourg.

*-Oui. René Cabourg. 2, rue des Abbesses. C'est ça?

- Comment le savez-vous?

*-Vous avez déjà oublié? Il y a 2 ans, l'histoire au Bois.

- Je l'ai même pas touchée.

*-N'empĂŞche qu'on vous retrouve toujours dans des histoires de fesses.

- Je la connaissais pas, cette personne.

Cette nuit, j'étais dans le compartiment.

Je travaille toujours chez "Pogine, le progrès dans votre cuisine."

J'ai 40 ans.

*-Oui. Je sais.

- J'étais à Marseille juste deux jours

pour mon travail.

Je mélange tout.

Personne n'a téléphoné. Ils ne savent rien.

Ils nous réuniront pour la confrontation.

Je vais rater le début du match.

Je ne sais pas. J'ai vu personne.

Enfin, plus tard, quelqu'un est entré.

J'ai entendu sa voix. *-Vous avez entendu la voix

de cette personne?

- Enfin...

Je présume que c'était la sienne.

Elle devait parler Ă ...

à la jeune fille qui était au-dessous d'elle.

*-Pourquoi dites-vous "elle"?

- Je présume que c'était une femme.

*-Pourquoi?

- Sa voix était douce. Difficile à expliquer.

J'ai le sommeil léger.

Je sentais sa présence.

*-M. Cabourg, passez me voir demain dimanche Ă  9 h 30.

Vous connaissez l'adresse.

Inspecteur Grazziani, bureau 303, 3e étage. Bonsoir.

Grazziani raccroche.

- J'aurais dĂ» parler de la dispute.

- Non. Je m'appelle vraiment Bob.

C'est Robert qui est un pseudonyme.

Mes parents avaient des idées bizarres.

Ils se sont tués en tandem il y a 10 ans.

Georgette est morte Ă  30 ans.

Le chagrin que j'ai ou j'ai pas ne regarde pas M. l'inspecteur.

Sauf votre respect, les flics me dégoûtent

ou me donnent envie de rire.

En ce qui vous concerne, je sais pas encore.

Ce serait plutôt la 2e catégorie.

S'imaginer que Georgette avait de l'argent,

il y a de quoi se marrer.

Et s'imaginer que son mari était capable de monter dans un train

pour assassiner quelqu'un, il y a de quoi se marrer.

- Ta femme t'attend. C'est l'amant?

- Je disais que...

s'imaginer que moi, Bob, je me suis donné le ridicule

de commettre un crime passionnel, et encore, en 2de classe,

eh ben, c'est triste.

Non. Je suis venu parce que ça m'a fait mal de voir l'état

dans lequel vous avez laissé son appartement.

Quand on n'est pas capable de remettre les choses en place,

on ne les dérange pas.

La susceptibilité des flics, ça devrait jouer

avant de choisir leur métier.

A votre âge, ça fait pas sérieux.

- Qu'est-ce qu'on attend pour le foutre au dépôt?

- D'abord, on n'a pas volé Georgette.

Parce qu'il n'y avait rien Ă  voler.

Ensuite, elle était trop bien

pour connaître quelqu'un d'assez moche pour la tuer.

MĂŞme un flic

peut comprendre ça. Enfin, si on peut se fier

Ă  la phrase ignominieuse d'un journaliste,

il a fallu 3 minutes Ă  Georgette pour mourir.

Et quand je pense Ă  ces 3 minutes, j'ai envie de faire sauter Paris.

C'est pas la peine de suivre les cours du soir de la police

pour comprendre que c'est trop, pour un professionnel!

Le salaud qui a fait ça est un amateur de la pire espèce!

- Allez-nous-en, parce que je vais lui casser la gueule.

- Encore une chose.

J'ai vu dans le couloir le minable et l'abominable.

C'est la sœur et le beau-frère de Georgette.

Alors sauf votre respect, autant éviter aux flics

des enfantillages qui coûtent cher au contribuable.

C'est des affreux.

Pire. Des bien intentionnés, et bavards.

Ce qu'ils vous diront, c'est aussi vrai que l'Apocalypse.

Ils connaissaient pas Georgette.

On connaît pas les gens qu'on n'aime pas.

Ils vous diront que du vent.

Bonsoir.

- Et il s'en va comme ça.

Gardien! Attrapez-moi cet énergumène

et foutez-le-moi au dépôt!

Au dépôt! Jusqu'à demain matin!

Allez, ouste!

- Tu as trouvé?

J'ai bientĂ´t fini. Plus que 2 clients.

- Que t'a-t-on donné?

- Une femme étranglée dans un train. - Et le patron?

- Hein? - Tarquin s'en occupe pas?

- Non. Il est sur une histoire de fillettes.

- Il ne se sent pas de prendre un truc dont il n'est pas sûr.

- Si ça marche, il couvrira, sinon, c'est moi qui prends.

Et comme il doit prendre du galon en janvier, il se mouillera pas.

D'oĂą tu viens, toi, brigand?

- Il y a dehors la famille et l'ex-mari de Thomas.

- Ah... Comment il est? - Un grand,

un peu empoté, tête à gifles, pas de casier.

Il retape des américaines dans un garage.

Petite moustache, bien habillé, alibi inattaquable.

- Donne-le à Félix, je prendrai la famille.

Je reviens.

- Mets-le au dépôt, ça lui rafraîchira les idées.

Tu perds ton temps avec ces types.

Primo: il faut se mettre dans la peau de la nana.

La connaître mieux qu'elle se connaissait,

devenir son double et tout le toutim. Comprendre par l'intérieur.

- La famille vous attend.

- Par l'intérieur, tu comprends?

- Je reviens tout de suite.

- Vous aimez votre métier, hein?

- Disons que je ne le déteste pas.

Je ne suis que stagiaire et depuis peu de temps.

- Vous auriez voulu faire autre chose?

- Voyager, faire de la danse. Mais je suis trop grand, paraît-il.

C'est mon père qui a voulu à notre retour des colonies.

C'est un maniaque de l'administration.

Et un maniaque têtu. Pour avoir la paix, j'ai obéi.

J'ai eu la chance de tomber sur votre mari.

On s'entend bien. Il me laisse faire plein de trucs.

- Il y a 2 mois, nous avons rencontré Georgette avec Bob Vatsky.

Il fait de la peinture, de la musique.

De la peinture... La bohème, quoi.

- Il barbouille.

- Il l'avait beaucoup changée. - Il l'emmenait aux concerts.

C'était du jazz, avec des Nègres.

- Georgette était l'enfant prodigue de la famille.

Elle est montée à Paris à 18 ans. Papa ne voulait plus la voir.

Je me suis mariée, et nous sommes montés à Paris.

Depuis son divorce, on ne la voit presque plus.

- Avez-vous une idée de qui a pu faire ça?

- Nous avons vu le corps.

Nous sommes les seuls de la famille Ă  Paris.

- C'est le satyre qu'on nous a signalé à la gare de Lyon.

- Baujus!

Continuez.

- Nos parents... - Je t'en prie.

- Nos parents habitent en Dordogne,

sur la route de Pérignac.

- Enfin, dans le Lot-et-Garonne. - C'est moi ou toi?

- Il se promenait dans la gare.

Ouvre ton imper, toi.

J'ai le rapport du gardien. Ça vaut le coup.

"...et montrait aux passantes la partie de son individu

"que généralement on cache.

"AussitĂ´t, nous lui avons mis la main dessus..."

Il montrait tout ça aux dames.

- Allez, emmenez-moi cet abruti au dépôt. Vite!

- Tu as eu Marseille?

- Ils nous retéléphoneront.

- Tu perds ton temps.

Tu patauges. Tout ça, là, c'est rien.

On lui donne du temps, et lui, il prend le large.

Il faut trouver autre chose que les vicelards de la gare.

Primo: on étrangle la nana pour quelque chose

qui s'est passé avant le séjour de Marseille.

Secundo: pour quelque chose qui s'est passé pendant.

Tertio: pour quelque chose qui s'est passé après, dans le train.

L'important, c'est le mobile. Tu verras où ça mène.

- C'est un peu simpliste.

Je ne crois pas que le mobile soit...

- Si tu connais une solution sans mobile, fais-le-moi savoir.

J'ai pas tellement d'instruction.

Je fais confiance à ça.

Si je sais faire une chose, c'est gamberger.

Du nouveau?

- Des adresses. La plus coriace Ă  trouver, c'est Bombat.

- Au revoir, madame. - Au revoir.

- Il est 22 h 30. On va chez des amis qui nous attendent Ă  20 h.

Brouhaha des conversations

- Tu permets? C'est moi, qui étais la bonne élève.

Elle n'a jamais rien fait,

et papa n'a pas été étonné qu'elle veuille faire les Arts déco.

Ensuite, elle a fait un mariage d'argent.

Hurlements d'une foule

- Une dispute.

Les voyageurs raconteront chacun la dispute à leur façon.

Moi, ils me croiront jamais.

Et ils m'ont collé une fiche après cette histoire au Bois.

Quels salauds!

Ils croiront jamais qu'elle me souriait, qu'elle m'a nargué,

que c'est Ă  cause d'elle que j'ai voulu l'avoir pour moi tout seul,

faire comme les autres,

tous ceux qui l'ont tenue

dans leurs bras... ...bouleversée.

Tous ces hommes avec le sourire décontracté

que donne la réussite dans la vie,

la réussite auprès des femmes.

Comment ils font, pour avoir tout, pour réussir partout?

- Fichez-moi la paix! Pour qui vous prenez-vous?

Hurlements de la foule

- C'est bien fait, qu'elle soit morte!

Me faire insulter par les femmes...

Comme celle à Marseille qui m'a traité de pauvre type.

J'ai payé sans rien faire,

comme avec la fille dans le train.

Je me suis persuadé qu'elle me souriait,

qu'elle cherchait Ă  engager la conversation.

Une fois de plus, j'ai tout gâché.

Une fois de plus, je me suis laissé avoir comme un pauvre type.

Cette manie de boire au robinet, comme un clochard...

Et si quelqu'un me...

Non!

- Passez-moi la serviette

qui est dans la valise.

LĂ . Devant vous.

VoilĂ .

Vous n'enlevez jamais votre imperméable?

Vous avez passé la journée avec.

Merci.

Même au restaurant, le col relevé et les yeux tristes.

Qu'est-ce que vous avez, depuis la sortie de la gare?

Vous ne voulez pas prendre une douche?

Vous devez ĂŞtre sale comme un peigne.

A fréquenter l'Armée du Salut.

Allez!

Je ne veux pas de puces chez moi.

Et ça me donne le temps de m'habiller.

- Vous savez,

je vais chercher du travail dès lundi.

Je vous rembourserai ce que vous avez dépensé pour moi.

Les restaurants, le taxi, et puis tout.

- Il doit ĂŞtre maigre comme un coucou.

Qu'est-ce que je vais en faire?

- Si vous voulez, je vous inviterai à monter au 3e étage de la tour Eiffel.

Il faut que je trouve une chambre. A l'hĂ´tel, mes parents me trouveront.

- Eh ben...

Tu n'as pas pris de linge propre?

- Depuis 8 jours, j'ai pas eu le temps de le laver.

Comment je sors?

- C'est à toi, ça?

- Non.

- C'est la dame de la couchette d'en bas.

On ira le donner demain Ă  la police.

- Il y avait une femme morte dans le compartiment.

Et j'ai vu s'éloigner un type en courant.

- Et vous dites ça comme ça?

Et maintenant? 15 heures après?

On aura deux raisons pour aller Ă  la police.

- Je veux pas y aller.

Ils avertiraient mon père et il viendra.

Et vous auriez des ennuis.

- Il ne manquerait plus que ça. Et ça?

Qu'est-ce que j'en fais?

- Il y a une adresse. On le portera nous-mĂŞmes demain.

Je ne veux pas de contact avec la police.

C'est sûrement un règlement de comptes.

- Ben, alors? Vous m'aidez, oui?

- Et votre mère? Que dirait-elle de tout ça?

Elle n'aime pas que vous fréquentiez n'importe qui.

Vous auriez votre nom dans le journal et tout le monde en parlerait.

- Vous coucherez lĂ .

Si maman voyait ça, elle s'évanouirait.

- Bonjour, grand chef. Ça va?

- Bonjour. - Salut.

- Salut, grand chef.

- Ho, brigand!

- J'en ai trouvé 3 autres.

73 communications, 12 envois sur les roses

2 dingues, une hystérique

et une engueulade d'un épicier qui fait les Halles à 4 h du matin.

- Et qui tu as eu?

- Darrès. C'est une actrice.

Elle vient de faire la guerre de Sécession.

Elle nous attend chez elle. - Et puis?

- Rivolani. Il était dans le Midi pour voir des parents.

Il a rien remarqué.

Comme il travaille la nuit, le dimanche, c'est sacré.

Alors il déposera que demain.

- Cabourg n'est pas venu? - Non.

- Et le troisième?

- Garaudy. C'est une femme.

C'est une femme et cette couchette était aussi occupée...

- Pourquoi "aussi occupée"?

- Il y avait quelqu'un, quoi.

Mme Garaudy. Il y en a beaucoup, dans la famille.

La nôtre est mariée avec un ingénieur de l'électronique

muté à Marseille.

C'est marrant, l'électronique. J'ai un copain qui en faisait.

On retrouve toute la mythologie, dans ce machin-lĂ .

- C'est une théorie à lui. - Et alors?

- J'ai eu la fille elle-même au téléphone.

Jolie voix.

Je lui ai demandé de se décrire pour m'amuser un peu.

Elle doit...

L'homme chante Ă  tue-tĂŞte.

Tu vas la fermer!

- Laisse tomber, Jean-Lou, allons.

- Elle doit ĂŞtre chouette. Genre mannequin.

Avec une voix de vicieuse.

Musique très fort

- Et moi, je vous em...

- Elle m'a dit qu'elle venait Ă  Paris pour le week-end.

- C'est au-dessus. - C'est la police.

- Viens.

Allons, sois pas ridicule.

Viens.

- Je te dis que c'est la police.

- C'est la police?

- Vas-y, passe.

- Elle jure n'avoir étranglé personne.

Je lui ai dit qu'on verrait.

Sonnette

Si le grand chef est d'accord, je la verrai seule.

- On verra.

- Qui est lĂ ?

- Police, madame.

- AĂŻe! Mon bas!

Ecoute...

- Elle renvoie quelqu'un, on dirait.

- Oh...

Pardon de vous recevoir comme ça. Je vous attendais plus tard.

- Mme Darrès? - Oui. Entrez.

Dans ce diable de métier,

on a si rarement

l'occasion d'ĂŞtre dans son chez-soi.

C'est extraordinaire ce que la police est rapide.

Surtout quand on pense

que Darrès est mon nom de théâtre.

- Vous connaissez l'objet de notre visite?

- Oui, oui. Quelle horrible chose!

Asseyez-vous.

Oh non, pas celui-lĂ .

Il a vécu.

- Nous ne vous retiendrons pas longtemps.

- Vous êtes gentils. Je suis très prise.

Une radio par-ci, un doublage par-lĂ ,

des textes immenses et insipides

qu'il faut être capable de jouer après la 1 re lecture.

Enfin, je parle, je parle... Il s'agit d'un meurtre?

- En effet.

Vous êtes mariée, madame? - Je l'ai été.

Un industriel du Puy-de-DĂ´me.

Un homme très fin, très cultivé.

Collectionneur Ă  ses heures.

Je l'ai perdu il y a quelques années.

Nous avions une grande différence d'âge.

Et maintenant, je vis seule, avec Ophélie.

- Oui. Je comprends.

Il se mouche.

Et vous reveniez d'oĂą, hier matin?

- Je revenais d'Aix,

où je suis restée 8 jours

pour le tournage d'une série d'émissions

sur la guerre de Sécession pour la télévision.

Pas un grand, grand rĂ´le,

mais enfin,

intéressant sur le plan dramatique.

- On ne fait pas voyager les artistes en wagon-lit?

- Ah si. Si. Si, si.

Mais...

Comment vous expliquer cela?

Le mieux est peut-être de vous dire la vérité.

- Ce serait plus sage.

- VoilĂ ...

Mon défraiement me permettrait parfaitement de prendre un wagon-lit,

seulement, une femme seule doit être prévoyante, et...

J'ai préféré faire la petite économie de la différence. Voilà.

Vous savez tout.

Je compte sur votre discrétion.

- Cela va sans dire, madame.

Votre couchette, c'était bien celle du bas à droite?

- Ah oui. Parce que moi, en haut, je ne peux pas.

On rĂŞve, on tombe... - Juste en face,

il y avait un homme.

- Oui. Oui, un fonctionnaire.

- Un fonctionnaire? Il vous l'a dit?

- Non. Mais il en avait l'air.

- Ah... Et c'est comment, l'air d'un fonctionnaire?

- L'air sérieux, un peu triste.

Des petits gestes, des petites mines,

un petit costume

d'une méchante étoffe.

- Et alors?

- Une chose importante, je crois: il s'est disputé

avec la victime.

- Le fonctionnaire?

- Oui. Je ne crois pas qu'ils se connaissaient, d'ailleurs.

Mais ils fumaient ensemble

dans le couloir.

L'homme a dû avoir un geste déplacé.

Ça arrive très, très fréquemment, dans les trains.

Dix ans de voyage au service du théâtre...

Si je vous racontais qu'un jour, Ă  Brive...

Enfin, il a dĂ» s'enhardir.

Déjà dans le compartiment, il la regardait d'un drôle d'air.

Ils ont eu une dispute

et puis la femme est rentrée seule dans le compartiment,

s'est couchée, et je me suis endormie.

- Avez-vous l'impression que Cabourg, le fonctionnaire, lui en voulait?

- Non. On avait plutĂ´t l'impression que...

qu'il avait honte.

D'ailleurs, il a vite quitté le compartiment à l'arrivée.

- Donc, Cabourg est descendu le premier.

Ensuite? - Non. Non, non.

Non. C'est le jeune homme de la couchette du dessus

qui a quitté le compartiment le 1er.

- Le jeune homme?

Pourquoi le jeune homme?

De quelle couchette parlez-vous?

- Comment était ce jeune homme?

- Il était assez grand, mince.

A vrai dire, je ne l'ai pas vraiment vu.

Ecoutez, monsieur le commissaire...

- Inspecteur. - Inspecteur.

Vous...

Vous n'avez pas l'air de me croire.

Quand je vous dis que je ne l'ai pas vraiment vu,

c'est parce qu'il est entré

très tard et que tout était éteint.

- Vous avez dit que vous dormiez.

- Oui, je dormais. Je dormais.

Seulement, il a dĂ» faire un faux pas

et il a renversé mon sac. J'ai dû ramasser mes affaires au matin.

Et je n'ai pas retrouvé certains papiers.

Alors, ça m'a réveillée à moitié.

- C'était une femme, on l'a trouvée. Vous vous êtes trompée.

VoilĂ  tout.

- Je les ai entendus parler,

lui et la jeune fille de la couchette du dessous.

Je peux vous assurer

que c'était une voix de jeune garçon.

Je ne peux pas vous expliquer,

mais je le sais.

- Cabourg a entendu cette jeune femme bavarder.

Vous avez pu vous tromper sur la voix.

Venez déposer demain matin à partir de 9 h

bureau 303, 3e étage. Inspecteur Grazziani.

Au revoir, madame.

- Je ne me suis pas trompée.

Je ne suis pas folle.

Une femme qui vous renverse votre sac et qui vous réveille s'excuse.

Elle ne vous dit pas merde.

- Il est fichu.

- Je regrette d'avoir craqué vos bas.

Je peux rester quand mĂŞme?

- Imbécile...

Je l'embrasse et tant pis pour moi.

Maman aura encore plus de raisons de s'évanouir. Tant pis.

Tant pis. Tant pis.

- T'as déjà fait ça, toi?

- Ça, quoi?

- Je ne sais pas, moi.

Les hommes n'ont pas de jolis mots pour dire ces choses-lĂ .

- Non.

Jamais.

- Moi non plus.

C'est pour toi.

- Mais... Tu n'avais pas d'argent.

- Non. J'ai pris 5 francs dans ton sac, ce matin,

pendant que tu prenais ton petit déjeuner.

Il y a une lettre d'amour, dans le portefeuille.

- Une lettre d'amour? - Oui. Et il y a l'adresse.

On portera le portefeuille demain.

- "Appelé encore", "Je t'ai"

"Jalouse et folle"

"Sûre que tu m'échappes."

"Je n'ai de goût à rien." - Tourne.

- "Voir et revoir."

"Je n'ai de goût à rien,

"qu'Ă  penser Ă  toi,

"voir et revoir notre histoire pourtant si bien commencée.

"Cette rencontre à l'école vétérinaire

"restera pour moi le plus beau jour que j'aie connu."

- Cette école vétérinaire

dans laquelle je ne serais jamais entrée

si on ne m'avait recommandé un professeur spécialiste pour Ophélie

qui faisait une dépression.

On me l'a prise

et je suis restée seule.

Encore plus seule.

Je n'étais personne pour tous ces gens, et...

comme une petite fille, j'ai fui.

Et je me suis trouvée égarée dans cet amphithéâtre.

Dans ce grand théâtre vide.

Et tu étais là.

Tu étais là, si loin et si proche.

Comme un Hamlet.

Comme un Hyppolite.

Et mon cœur a battu la chamade.

Et mon âme en lambeaux

au bord du précipice de sa misère a poussé un cri de joie.

J'ignorais alors que la plus belle partie de ma vie allait commencer.

Tu m'as dit: "La salle d'attente est à côté, vous savez."

Tu jouais déjà avec moi.

Ce luxe de cruauté inutile.

Moi qui étais venue pour Ophélie,

je l'avais presque oubliée.

Je ne voyais plus que toi.

Mais tu étais délicat.

Si merveilleusement délicat.

Pauvre Ophélie.

Son ordonnance était une invitation à dîner pour moi.

C'est vertigineux, de penser qu'en une minute,

j'ai cru recommencer une vie

qui déjà, descendait la pente.

Et voilĂ  que je vivais une passion totale, effrayante.

Dans un milieu si... si différent du mien,

et où j'étais comblée de bonheur

et de tourments.

La disparité de nos âges.

Ces filles jeunes que tu trouvais si belles.

Et qui étaient si belles.

Et quand je rentrais, je te trouvais lĂ ,

et je recommençais à aimer cette maison.

Et je voulais que tu me regardes comme ces filles jeunes et belles.

Et tu me regardais comme ces filles jeunes et belles.

Ah... avoir 20 ans.

Avoir 20 ans et pouvoir te les donner.

Tu ne me laissais plus sortir.

Tu m'as fait rater tous mes rendez-vous professionnels.

Tu m'as fait rater la générale de Mogador,

oĂą j'avais promis d'aller.

Tu voulais que je laisse tout tomber.

Et j'ai laissé tout tomber.

Et j'aurais voulu te crier, comme le poète:

"Aime-moi!

"Car sans toi, rien ne puis,

"rien ne suis."

Et tu me voulais comme j'étais.

Tu me voulais

sans artifice,

sans maquillage.

Tu me voulais naturelle.

Tu disais: "Il faut rester

"comme la nature a eu le plaisir ou le déplaisir

"de nous créer."

- L'autre.

Si. L'autre. L'autre. - Non, non.

Non, non, non. - L'autre!

- Et puis, tu as changé. Tu es devenu triste.

Je crois que tu l'es seulement avec moi.

Je te cherche et je sais que je t'agace

et que je ne fais qu'élargir l'abîme entre nous.

Mais quoi faire? Aller te trouver?

Comment supporter ton regard méchant et vide

comme celui du petit inspecteur de ce matin?

L'œil vide des hommes qui ne vous regardent plus comme une femme.

Je vais aller le trouver.

Il ne faut pas.

Il ne faut pas, je...

Je vais l'agacer encore plus.

Il ne faut pas y aller.

Il ne faut pas.

Il va me prendre pour une folle.

Une femme qui se raccroche Ă  sa jeunesse.

L'ogresse du retour d'âge qui se paie du bon temps.

Et la vieillesse qui guette.

Encore 4 ou 5 ans et la jeunesse aura glissé pour toujours.

Ce sera fait.

Plus jamais de jours ensoleillés.

Plus jamais de désir neuf.

Plus jamais, les yeux levés

sur le visage d'un homme.

Coup de feu

- C'était son anniversaire dans 8 jours.

Je lui avais acheté des chaussures fourrées

pour supporter le froid pendant ses heures de travail, la nuit.

Qu'est-ce que je vais en faire, maintenant?

Qu'est-ce que je vais en faire?

- C'est moche.

Mais c'est rien à côté de sa femme.

Elle te regarde comme si tu pouvais lui rendre son mari.

- Qu'est-ce que je vais devenir? Et les enfants?

Il voulait nous emmener voir quelque chose de gai Ă  cause

de l'histoire du train.

- On lui a tiré 6 balles, dont 2 presque à bout portant.

La première, il l'a prise là.

Les balles sont rayées en croix, creusées, même.

Elles s'aplatissent à l'arrivée,

et avec les 700 kilos de poussée à la sortie,

ça fait comme un entonnoir à l'envers.

La seconde, il l'a prise dans la poitrine.

- Et personne n'a rien entendu?

- Rien, jusqu'à ce que la femme le découvre et crie.

- Il voulait fĂŞter son anniversaire en famille.

Mais je lui avais pas montré ses bottes fourrées

que je lui avais achetées pour mieux supporter le froid au travail, la nuit.

Et maintenant?

- C'est trop con de m'être laissé refiler une affaire pareille.

Je devrais le savoir, depuis le temps. VoilĂ  l'autre qui arrive.

Tu vois, que ça te serve de leçon.

Ils l'ont éliminé avec une espèce de canon.

- Pourquoi "éliminé"?

- Je dis ça comme ça.

- Ils l'ont pas attendu pour le remercier d'avoir dormi pendant le voyage.

- Un flingue pareil, il est trafiqué, mes canards.

Les propriétaires d'un .45, ça court déjà pas les rues...

- Je veux la liste de tous les propriétaires d'un .45.

Tu peux l'enlever.

- Le salaud qui travaille ses balles, c'est pas un pro.

*-AllĂ´, M. Tarquin?

- Si vous trouvez beaucoup de truands qui se laissent aller Ă ...

Ici Tarquin.

*-Inspecteur Félix. On a retrouvé la Darrès dans son ascenseur.

Une balle dans la poitrine

d'une espèce de canon incroyable.

- On arrive.

Allez, allons-y.

- Prends la voiture.

- Il faut se magner, Grazziani.

Ce salaud trouve les témoins avant toi. Des témoins gênants, évidemment.

Comment les trouve-t-il aussi vite? On les avait interrogés, eux deux?

- La Darrès, oui. Rivolani devait venir. - Bon...

Il faut se magner.

On est tous dans le bain, et c'est moi qui porte le chapeau.

- Il les trouve vite.

Beaucoup trop vite.

Elle pousse un cri.

- Tu m'as fait peur.

Qu'est-ce que c'est?

- J'ai tiré un peu trop fort.

Il n'y a pas moyen d'arrĂŞter l'eau.

Il faut que j'aille arrĂŞter l'eau.

Il faut que tu partes Ă  ton travail. Il est tard.

Attends... Il faut...

- Tu en trouves?

- Je casse tout ce que je touche. Comme Ă  la maison.

Papa dit que je me sers de mes bras comme des gourdins.

Un vrai fléau pour une famille bourgeoise.

- Tiens, je t'ai mis mon numéro de téléphone au bureau.

- Je t'accompagnerai au travail.

Après, je porterai le portefeuille... - Tu m'aimes un peu?

AĂŻe!

Encore une paire de fichue.

- Merde. C'est un sort, hein.

- Avec toi, il va vraiment falloir que je m'achète des bottes.

- Ça me rappelle Notre-Dame.

- C'est comme le Sacré Cœur.

- C'est du gothique flamboyant.

- C'est du pareil au mĂŞme.

- Antoine?

Il faut me convoquer tout le monde.

Les parents, les amis, les amants, les voisins des 3 victimes.

- Ça fait un monde fou.

- Et alors?

Vous le connaissez? - C'est son jules.

Elle disait qu'il lui avait mis le feu au cœur, mais je dirais plutôt...

- Ça va.

Dis-moi, je veux aussi le compte en banque des victimes.

- Non, messieurs, pas dans la rue. Venez me voir Ă  mon bureau.

Non, messieurs! Pas dans la rue!

Venez Ă  mon bureau.

- Il me faut tous les collègues disponibles, pour ce soir.

- Prends-les. Alors, t'en penses quoi?

- C'est un fou.

Il faut me trouver les 3 autres: Cabourg, Bombat et Garaudy.

S'il les trouve avant nous, adieu Berthe.

- Oui. Je crois aussi.

Les canards ont senti la chair fraîche,

alors ils deviennent voraces. Je vais voir le juge.

- Si on mettait un cordon de pèlerines chez Garaudy?

- C'est ça, fais-nous de la publicité.

Ce cinglé, je veux le piquer, pas le faire caleter.

Trouve-moi Cabourg et Bombat ou je mets quelqu'un d'autre sur le coup.

Moi, je vais aller voir celui-lĂ  avant qu'il ait appris la nouvelle.

Eric Grandin. 36, rue du Pas-de-la-Mule.

Et alors?

Démarrage en trombe

- Je suis resté à la Coupole avec des amis, très tard.

- Ça reste à confirmer. - Je faisais du thé,

vous en voulez?

- Non, merci.

- Eliane me l'avait offerte pour mes examens de fin de 3e année.

Je fais l'école vétérinaire.

J'espère un jour me consacrer à la recherche.

Avoir une grande ferme en Normandie.

Une sorte de clinique-laboratoire

où j'élèverai des bêtes croisées. Ou j'irai en Afrique du Sud

si j'ai les moyens.

Là-bas, la main-d'œuvre ne coûte rien.

Mais il faut beaucoup d'argent pour s'installer.

Je vous ennuie?

- Non, non. Je m'instruis.

- Le danger

et l'amusant, dans ce genre de recherches,

c'est qu'on peut déboucher sur des bêtes nouvelles, ou alors...

des monstres.

- Oui...

L'apprenti sorcier, quoi.

- A peu près, oui.

- C'est sympathique, chez vous.

Vous la connaissiez

depuis longtemps?

- 6 mois.

Ces derniers temps, ça n'allait plus très bien.

Elle devenait envahissante.

Elle était ce genre de caractères

qui tisonnent pour faire des étincelles

et finissent par soulever des nuages de poussière.

Vous voyez ce que je veux dire?

- Non. Non, je ne vois pas, mais continuez.

- C'est tout.

- Vous l'avez entendue parler d'un certain Rivolani?

- C'est de la sculpture électronique.

- Vous voyez quelqu'un qui souhaitait sa mort?

- Dans la vie, au cours d'une même journée,

des tas de gens souhaitent votre mort.

Par exemple, tous ceux que vous gênez dans le métro.

Tous ceux

qui passent devant votre appartement et qui n'en ont pas.

Vos enfants, tous ceux qui... - Bon!

Passez me voir à mon bureau cet après-midi.

Inspecteur Grazziani.

Bureau 303, 3e étage.

Nous reprendrons tout ça du début sans littérature.

- D'accord.

Cliquetis de machine à écrire

- C'est un producteur de Darrès.

- Vous vous rendez compte?

Aller à Marseille sans même nous prévenir!

- La sœur de René Cabourg. Elle ne l'a pas vu depuis...

- Je disais à Monsieur que mon frère ne vient jamais nous voir.

Je ne savais même pas qu'il était en voyage.

Mais il devient bizarre, ces derniers temps.

- Vous disiez ne jamais le voir.

- Si je pouvais faire une prière, moi, Bob Vatsky, qui ne crois pas en Dieu,

je prierais que le contribuable auquel vous coûtez tant

ne tombe jamais entre vos mains.

Un proverbe dit:

"Méfiez-vous de l'âne par-derrière et d'un moine par-devant."

Et j'ajouterais "d'un flic de tous les côtés."

- Il me parle comme si j'étais à une réunion publique

à la Mutualité. Je le fous dehors ou pas?

- Votre collègue est triste comme un perroquet enrhumé.

A le voir, j'imagine difficilement un flic se déshabiller, se mettre au lit

et faire des enfants Ă  sa femme.

Vous, j'y ai pensé aussi, sauf votre respect.

Vous êtes l'employé idéal.

Bon écouteur,

doué d'une patience extraordinaire,

et doué, également, pour le silence.

Je suis sûr, sans vous avoir vu à l'œuvre,

que vous êtes capable d'éclater de rire à volonté et au bon moment.

Je crois que j'y ai été un peu fort.

- Pourquoi nous?

Dans la maison, quand il riait,

c'était comme le printemps, plein de gaieté.

Maintenant, c'est fini. Il ne rira plus jamais.

Il était si tendre avec les enfants.

Mais pourquoi me faire cela?

Pourquoi ça?

Pourquoi ça? - Calmez-vous, madame.

Ça ne sert à rien de penser à tout ça.

Comment la trouvez-vous?

- Bof... Et le type, lĂ , qui est-ce?

- Un ami du mari, dit-il.

- Oui. Suis-moi ça de près.

- Pour Darrès, j'ai vu des producteurs, des acteurs, ils la connaissent pas ou peu.

Sa spécialité, c'est mères douloureuses, infirmières dramatiques...

Moutard interroge son frère.

- Dernièrement, elle avait

une liaison, de celles qu'on critique méchamment

et comme on rêve d'en avoir une à cet âge-là.

Ça me gêne d'en parler.

On parle mal de la tendresse qui n'est pas pour nous

et des sentiments que beaucoup placent au bas-ventre quand

ils viennent du cœur.

- Vous connaissiez Eric Grandin?

- C'est elle qui m'en avait parlé.

Elle était épanouie.

Elle avait 20 ans de nouveau.

C'était à la fois la maîtresse, la mère, la sœur.

Si vous l'aviez entendue parler de lui:

"C'est un enfant. Il a des idées sur tout.

"Sur les hommes, sur les animaux.

"Il parle si bien des choses qu'il ne connaît pas."

Comme tous ces jeunes qui sont revenus de tout

avant d'avoir été nulle part. - Je comprends pas.

- Ça, ça m'étonne pas. - Bon, continuez.

- Il y a 6 mois, elle était venue me demander un prêt

pour cette histoire de laboratoire en Afrique du Sud.

Elle n'avait aucun sens des réalités, la pauvre petite.

Elle voulait partir avec lui avec ses économies.

Le prĂŞt devait

leur suffire pour débuter.

Vous vous rendez compte?

Une ferme laboratoire en Afrique du Sud.

Elle en parlait comme

d'une maison de campagne Ă  Melun.

- Vous le pensez mêlé à l'assassinat de votre sœur?

- Le laboratoire?

- Mais non. Eric Grandin.

- Aucune piste?

- Toujours pas. Sauf si le petit Eric Grandin...

- Grazzi, téléphone! - A son âge?

Ils sont capables que de grands plans. Comme le mien.

Il a pas plus de cervelle qu'il en avait à la maternité.

- On était pareils.

- Ça t'intéressait, toi, les Beaux-Arts

et la ferme en Afrique du Sud?

Tu partageais une petite amie et de te la faire

pendant que l'autre couvre les bruits avec sa guitare électrique?

*-AllĂ´, c'est toi?

- Oui, c'est moi. Tiens, c'est Marseille.

*-Thomas sortait ici avec un type.

- Un dans chaque port, comme les marins.

*-Elle lui a dit qu'elle était contente car son billet de loterie avait gagné,

mais elle refusait de le lui montrer. L'avez-vous trouvé sur elle?

- Non.

*-On cherche le jules et on vous rappelle.

- Le dossier sur les revolvers.

Garaudy est lĂ .

- Et la petite d'Avignon?

- Rien. Il reste les taxis. J'irai tout Ă  l'heure.

- On enverra quelqu'un, j'ai besoin de toi ici.

- Vous ĂŞtes pas chic.

Je vais l'avoir.

- Il nous la faut, tu comprends?

C'est un fou. Il s'arrĂŞtera plus.

- Vous en faites pas, grand chef,

tous les gardiens de Paris ont son signalement.

- Le rapport sur les vols et disparitions de revolvers.

C'est fou, le nombre de flingues qui peuvent disparaître.

En février, on a coffré un truand qui en avait piqué un au planton...

- Mallet veut le bureau pour amener Garaudy.

- Garaudy?

Ah...

Qu'il vienne.

- Entrez lĂ .

- Ce flingue aux balles limées et la nana du train, ça va pas ensemble.

- Si. Si on admet que c'est un malade.

- Comment il a fait pour les trouver avant nous?

Ils le gĂŞnent, ils ont vu quelque chose.

On tue pas pour rien.

*-AllĂ´, c'est toi? - Non. C'est pas lui. Marseille.

*-J'ai une autre information.

Au bar où elle a rencontré son jules,

Thomas a acheté un billet de loterie qui gagne 700 sacs.

- Appelle Antoine.

*-Le jules est introuvable.

Le numéro du billet est 13233, 2e groupe.

- Combien? - Combien?

*-13233, 2e groupe.

Je vais aux informations.

- Préviens la Loterie nationale.

Il me faut la personne qui présentera ce billet.

Passe le renseignement Ă  tous les commissariats.

- Ça fait moins de 250 000 le cadavre. On tue pas pour si peu.

- Merci. On attend.

Sache qu'on tue souvent pour un paquet de Gitanes.

Ça manque pas d'intérêt, ça. Allez, hop!

On va faire le point avant de prendre cette piste.

- C'est pas un peu gros, comme piste?

Hein?

Des balles limées, un tueur qui trouve les victimes

plus vite que nous dans une ville qu'il connaît peut-être pas.

- Ou qu'il connaît très bien.

Elle a acheté le billet, mais on a rien retrouvé sur elle.

Ça colle trop bien, non?

La nana dîne avec son jules

et elle voit à la télé ou lit dans un journal les résultats

de la Loterie.

- Et alors?

- Elle se souvient du numéro. Les gonzesses ont de la mémoire.

Mais ça, tu le sais, c'est l'ABC du métier.

- Et alors?

- Elle dit que son billet a gagné, mais elle le lui montre pas.

Alors ça, ça lui met la puce à l'oreille.

Il prend le même train qu'elle, il l'étrangle,

et il lui prend son billet.

Et il sait pas s'il s'agit de 700 000 ou de 7 millions,

parce qu'elle lui a rien dit.

- Et pourquoi? - LĂ , je t'attendais,

avec ta spécialité sur la psychologie du comportement.

Initiales sur le linge,

initiales sur les portières de sa voiture.

Egoïsme forcené.

Hein? Et en outre, pourquoi lui dire?

Bon, faisons le point. OĂą en ĂŞtes-vous?

Les pistes étaient: crime passionnel.

Rien? Crime d'un fou?

Rien? Alors? Crime pour de l'argent?

Et Cabourg? - Aucune nouvelle.

On le recherche partout.

- Rivolani? - Il a des dettes.

- Oui. Moi aussi.

- Darrès? - Rien de spécial.

Quant Ă  ses finances...

- J'ai téléphoné à sa banque.

Elle avait à peu près 3 000 nouveaux francs à son compte.

Je vais aux taxis.

- Donc, c'est la nuit complète.

La seule piste qui reste est celle du billet.

- Patron? - Oui?

Grazzi, viens. Vous aussi, patron.

Il faut pas se fier à une femme qui dit son âge.

J'avais raison.

- Abrège. - La Garaudy a avoué.

- Avoué quoi?

- Elle a craqué à la 2e.

- Avoué quoi? - Elle était pas dans le train.

- Quoi? - Non, non, non.

Sa place était louée, mais elle avait pris le train de midi.

Une histoire de coquin.

Le mari bossait le vendredi, alors elle a pris le train de midi.

Arrivée à Paris, elle a rencontré un type.

Un ami du mari. J'ai l'adresse.

Elle a passé la nuit avec lui dans un hôtel.

Le samedi matin, elle est allée à la gare,

et elle est ressortie avec les voyageurs de Marseille.

Belle-maman l'attendait.

- On a compris, ferme-la. Téléphone

*-Marseille pour M. Tarquin.

- Oui?

*-On a retrouvé le type de Thomas. C'est un parfumeur.

Il nous confirme l'histoire du billet.

Elle l'a acheté mardi dernier à son arrivée.

En ce qui le concerne, il n'a pas quitté Marseille.

- Merde...

- Grazzi! Le billet de loterie a été payé à Paris au siège central.

- Merde.

- L'employé qui l'a payé se souvient du type.

30, 35 ans, brun, visage anguleux.

Il leur a fait toute une conférence. Un type spécial et pas poli.

- Je vois qui c'est.

- Quoi? Qui est-ce?

- Je vous dis ce qu'il m'a dit.

- Il était là il y a 10 minutes! - Qui?

- Bob Vatsky! - Je l'ai renvoyé, moi.

- Il faut me le retrouver.

Laissez tomber tout le reste. Il faut me le retrouver ce soir.

Je dis bien "ce soir".

C'est clair?

(-Elle habite ici, mais elle doit pas ĂŞtre lĂ .)

(Quand la police la trouvera... )

(-Tu crois pas que 4, ça suffit comme ça?)

(Tu crois pas que le poisson est assez noyé?)

(Laisse-la.) (-T'es fou.)

(Il n'y a plus qu'elle et Garaudy qui est bien gardée, mais je l'aurai.)

(-Et si le portefeuille dans la boîte est un piège de la police?)

(-Mais non. On l'aura trouvé.)

(Je te dis que la police est complètement paumée.)

(Tiens, voilà ton périodique.)

(-Ah, c'est gentil. C'est gentil de penser Ă  tout.)

(-Elle habite au studio numéro 5.)

(Ça sera très facile.)

(-Non! Pas quand je suis lĂ .)

Il frappe Ă  la porte.

(-Tu vois, il n'y a personne.)

(Elle est Ă  son travail.)

(Je me cacherai ici et je l'attendrai.)

(Elle a laissé la clé.)

(Fermé.)

(Je vais essayer de la rattraper Ă  son travail.)

(C'est un quartier désert.)

(Va au café d'en face.)

(Si je la rate, elle arrivera, et tu m'appelleras.)

(Sinon, je t'appelle.)

(-Je suis convoqué à la police.)

(-T'iras après, quand j'en aurai fini avec elle.)

(-La police peut... )

(-La police est paumée.)

(Et nous, on doit continuer.)

Crissement de pneus

- Garçon, s'il vous plaît.

- Un jeton pour téléphoner.

- Il n'y a pas de jeton.

- Je vous dois...

- Vous paierez tout Ă  l'heure. - Bien.

Je pourrais parler Ă  Mlle Bambi?

Pardon. A Benjamine Bombat. *-Ne quittez pas.

Dites à vos amis d'éviter de vous appeler ici.

- Oui, madame.

*-AllĂ´, Bambi? Ecoute-moi bien.

Fais ce que je te dis. Quitte immédiatement ton bureau

*et loue une chambre d'hĂ´tel.

Il y en a un juste en face de ton bureau.

Tu leur donneras mon nom.

Et restes-y jusqu'Ă  ce que j'arrive.

*C'est important. Tu as compris?

- Qu'est-ce qui se passe?

*-Le type du train... Il te cherche aussi.

- Il faut appeler la police!

Si tu le fais pas, je l'appelle!

*-Quoi? - La police!

- Tu y vas, oui?

J'alerterai la police après.

- Bon, j'y vais.

- Mlle Bombat,

oĂą allez-vous?

- Je dois partir.

- Il n'est pas 18 h.

- Mais il faut que je parte.

- Sans motif,

vous serez renvoyée.

- Des motifs, c'est pas ça qui manque.

- Allez-y. - Merci.

- Une autre communication. - Après le monsieur.

En attendant, qu'est-ce que vous prenez?

- Non...

Un petit café, alors.

Brouhaha des conversations

- Il y a du nouveau. Ton patron te cherche.

- Pour ton patron, un type vient de téléphoner.

Il dit qu'il est le 6e voyageur,

qu'il sait tout sur l'assassin et qu'il a caché Bombat.

Il peut pas rappeler parce qu'il a pas un sou.

Il ne veut pas parler qu'Ă  l'inspecteur Grazzi

et à personne d'autre. C'est sûrement un dingue.

- Vous ĂŞtes M. Grazziani?

(Voix de Jean-Lou) *-Oui. Qui ĂŞtes-vous?

- Daniel. Je ne peux pas vous dire mon nom.

*-Qu'est-ce que vous pouvez me dire?

- Vous me promettez que...

*-Tout ce que vous voulez si vous pouvez nous aider.

- Je suis dans un bar-tabac place de Rungis.

L'un des assassins est ici.

Il attend Bombat qui habite juste en face.

Mais elle viendra pas.

Lui, je le connais pas, mais...

j'ai l'impression que c'est l'ami de Mme Darrès.

*-Vous connaissez Bombat? - Je l'ai connue dans le train.

Ils veulent la tuer aussi.

Alors...

je lui ai dit de se cacher dans un hĂ´tel.

*-Quel hĂ´tel?

- HĂ´tel Arizona, rue de Moscou.

Je suis pas venu Ă  la police, parce que je...

je savais pas si vous me laisseriez repartir.

Et maintenant, je sais pas comment repartir d'ici,

parce que j'ai plus de quoi payer.

*-Ne bouge pas, on vient te chercher.

Comment on te reconnaît?

- Je vais rester dans la cabine.

*-C'est ça. On arrive. - Et Bambi?

Jean-Lou raccroche.

Le téléphone sonne.

- AllĂ´?

M. Eric!

Au revoir, monsieur. Merci.

Cliquetis de la machine à écrire

- Note: Vatsky, inconnu au fichier.

- D'accord. Tenez, j'ai fini.

- Il n'y avait personne chez Vatsky, mais on a trouvé des photos.

On a laissé deux collègues sur place.

Si vous voyiez son intérieur... C'est pas croyable.

- Télégramme

de la banque de Darrès.

- C'est la confirmation du coup de fil de Jean-Lou.

Tiens, Ă  diffuser.

- Voilà le texte. "Nous vous confirmons par écrit

"les renseignements donnés par téléphone

"concernant le compte d'Eliane Darrès.

"Un chèque de 60 000 francs..." Ça fait 6 briques, ça.

"...a été payable sur Rahis, permis de conduire: 75 173 12,

"touché vendredi 13..."

- Qu'est-ce que tu racontes?

- Je raconte ce qui est écrit.

- Mais nom de Dieu, c'est vrai...

Appelle-moi Jean-Lou.

Fais venir ce Rahis et vois s'il est fiché.

Le vice de l'affaire est lĂ .

- Devine qui j'ai trouvé. - Cabourg.

- En personne. Et Ă  la morgue.

On l'a tué samedi aux toilettes de la boxe.

On l'a découvert hier, dimanche, au match de l'après-midi.

Les collègues ont cru à un règlement de comptes.

On l'a identifié par ses empreintes. C'est Cabourg.

Oui, mon canard.

2 balles taillées dans la nuque, silencieux et le toutim.

Ça fait le 4e à notre santé.

- Il va les tuer tous. Il faut trouver Bombat et le...

- Qu'il a peut-être déjà trouvés,

et avant nous, naturellement.

- Et le 6e homme qui a téléphoné, tu l'as eu?

- Quel homme?

- Un Je-sais-tout qui voulait parler qu'Ă  toi.

J'ai donné le téléphone...

- Alphonse Rahis qui a touché le chèque de 6 millions,

est mort à la Santé il y a 6 mois.

Escroquerie et tumeur au foie.

- Jean-Lou est parti en courant après avoir téléphoné en ville.

- Il est parti chercher le 6e homme.

- Tu nous les casses, avec ton 6e homme!

- C'était un type qui disait être la 6e personne du compartiment.

- OĂą il est?

- J'ai donné le téléphone à Jean-Lou. Le type voulait te parler.

Il était dans un café avec l'assassin. C'est un dingue.

- Et quoi, encore?

- Qu'il avait pas de quoi payer son téléphone,

qu'il avait caché Bombat et qu'il s'appelait Daniel.

- Et tu trouves ça sans intérêt?

- Ecoute, c'était juste un cinglé.

- Tu appelles cinglé un type qui a l'air d'en savoir autant que nous?

Un type que nous cherchons partout?

Et tu trouves ça sans intérêt?

Tu réalises ce que tu dis, oui?

Connard!

Le numéro de téléphone! - Je l'ai donné à Jean-Lou.

- Et Jean-Lou est parti.

Laissez-nous. ArrĂŞtez tout ce qui est en cours.

- Ecoute... - Barrez-vous.

- Qu'est-ce qui t'arrive?

- Vous voyez pas la tuile?

- Pas très bien, non.

- Je vais vous dire une bonne chose. Votre avancement,

dites-lui "goodbye".

- Plaisante pas avec ça.

Qu'est-ce que tu veux dire?

- On cherchait dehors ce qui était dedans.

*-J'écoute. - Allô, oui!

AllĂ´, mademoiselle?

Il y a 10 minutes, Jean-Lou Gabert vous a demandé un numéro.

Pouvez-vous me le passer?

*-On téléphone beaucoup, ici. Je ne me souviens pas de tout.

C'est Gobelins 0516.

- Passez-le-moi vite. Et trouvez Ă  qui il appartient.

Je prends la priorité absolue pour tous les appels.

*-AllĂ´? AllĂ´?

- Voulez-vous me passer M. Daniel, s'il vous plaît?

*-C'est moi.

- Daniel? lci l'inspecteur Grazziani.

- Non. Je viens de lui parler.

- C'est un gosse.

Ecoute-moi bien, petit.

Je sais pas ce que tu as dit Ă  l'autre, mais Grazziani, c'est moi.

Explique-moi ce que tu as Ă  dire.

- Si vous êtes Grazziani, où étiez-vous ce matin?

- Chez Eric Grandin.

- J'y étais aussi. C'est l'un des 2 assassins.

- Il y en a deux? *-Deux.

Ils veulent éliminer Bombat pour noyer le poisson.

- Comment tu sais tout ça?

Tu connais aussi Bombat?

*-Je les ai entendus.

L'un d'eux est au même café que moi, mais je le connais pas.

*Il attend le retour de Bombat. L'autre est parti l'attendre Ă  son travail.

- Où ça?

- Vous inquiétez pas, je lui ai téléphonée.

Elle est dans un hôtel. J'ai déjà expliqué tout ça!

- Nom de l'hĂ´tel! *-HĂ´tel Arizona, rue de Moscou.

- Le commissariat le plus proche de la rue de Moscou.

Dis-moi, tu as aussi donné cette adresse à l'autre?

*-Bien sûr.

- Une voiture radio.

L'autre est lĂ  oĂą tu es?

- Mais je le connais pas.

- Regarde si tu vois pas un garçon de taille moyenne

cheveux châtains courts,

*entre 20, 25 ans. Assez beau garçon.

- Merde!

- Quoi?

*-Il vient de partir.

- Préparez une voiture, on descend.

- Qu'est-ce que t'as dit d'autre? Une seconde.

*-Commissaire Zuffi.

- Inspecteur Grazziani.

Vous avez dans votre secteur l'hĂ´tel Arizona.

Prenez du monde. Vous y trouverez une jeune fille du nom de Bombat.

Prenez-la sous protection et coffrez quiconque se présentera.

Nous arrivons.

Tu as dit à l'autre que tu étais la 6e personne du compartiment?

- Ben oui.

- Ne quitte pas.

Le commissariat le plus près du café que j'ai en ligne.

Dis-moi, petit, quel âge tu as?

*Tu es courageux? - Comme ça.

- J'ai une proposition Ă  te faire.

Tu peux accepter ou refuser.

*Mais si tu acceptes, tu nous aides beaucoup.

- Dites toujours.

- Le type qui t'a téléphoné,

il va venir te chercher.

On voudrait que tu restes lĂ  oĂą tu es Ă  l'attendre.

Que tu sois un peu le...

l'appât, en quelque sorte.

- Ah, très bien...

Je serai la chèvre qu'on attache à un piquet pour attraper le tigre.

- C'est pas si grave que ça.

- La voiture est prĂŞte.

- Ne quitte pas et ne bouge pas. On arrive.

Prends-moi mes affaires.

Passez-moi les communications dans la voiture radio.

- Il est encore lĂ , lui?

- Thomas lui a envoyé le billet de la loterie. Voilà sa lettre.

C'était pour acheter un piano.

- Vous savez, ces machins qui font de la musique?

Le reste, c'est strictement personnel.

- Laissez tomber, on a pas le temps.

Relâche-le.

- Enlève-lui les menottes.

- Il faut qu'ils vous emmerdent mĂŞme quand on a de la peine.

- Quoi? - Je parlais Ă  ma peine.

Vous comprendriez pas.

- Daniel, tu m'entends bien?

Je suis en route pour l'hĂ´tel...

*Mademoiselle, ne coupez pas!

*Tu es toujours lĂ ?

- Oui. Oui, oui. Je suis toujours lĂ .

*-Je suis en route pour l'hĂ´tel de Bombat.

Deux inspecteurs vont arriver lĂ  oĂą tu es.

Ils s'installeront comme deux clients.

Ne quitte pas l'appareil et dis-moi ce qui se passe.

- AllĂ´, vous m'entendez?

Deux types viennent d'entrer. On dirait des assassins.

*-Décris-les.

- Un en ciré noir et chapeau noir, et l'autre en imperméable clair.

- Ça va, ce sont eux.

- Non. Ce sont deux inspecteurs du commissariat.

- Il n'y a aucune cliente du nom de Bombat.

- Fouillez partout.

- On n'a pas de mandat. - Attends.

Tu es sûr pour l'hôtel? *-Absolument sûr.

- Oubliez votre mandat.

*-Elle a dĂ» donner mon nom.

- C'est pas légal, ça. - Et alors?

- Qu'est-ce que vous faites?

On vous a dit qu'il n'y a pas de Bombat ici!

- Fouillez partout.

Brouhaha des policiers

Allez au 2e, vite.

- C'est l'appartement du patron!

Vous allez déranger les clients! C'est une heure de pointe.

- C'est fini, vous? - Non, c'est pas fini!

- POLICE!

- Vos papiers. - Quels papiers?

Je les ai pas aux toilettes!

Brouhaha

- Evidemment, il n'y a personne!

- Enfoncez-la.

- En voilà des manières!

- Mademoiselle Bombat? - Oui.

- C'est elle. Vérifiez les autres clients.

- C'est elle? - Oui.

- Elle s'appelle pas Bombat! Ils vont tout casser!

- Oh, la vache. - Vas-y, Henri!

- Il se cachait lĂ -dedans.

- Ben, qui c'est, celui-lĂ ?

- Tu as tué Eliane Darrès? - Je n'ai tué personne.

- Qui a eu l'idée, au départ?

- Il pouvait pas sentir Eliane. Il était jaloux.

Quand elle a accepté de m'aider, il est devenu furieux.

Moi, elle me fatiguait. je préférais partir avec lui.

Mais sans elle, pas d'argent.

- Alors, vous avez décidé... - Il a décidé. Lui.

Il disait qu'on peut commettre un crime parfait

du moment qu'il est sans motif.

On savait qu'Eliane venait de Marseille.

Donc, on tue quelqu'un dans son compartiment.

L'enquĂŞte part sur cet assassinat

et on élimine 2 autres personnes, dont Eliane.

Il disait que la police enquĂŞterait sur le 1er crime,

et considérerait les autres victimes comme des témoins éliminés.

- Et Darrès était le vrai motif?

- Ben oui. Evidemment.

- Et tout ça pour 6 briques.

- Combien de temps il vous faut pour les gagner?

4, 5 ans?

- Petit salaud, va.

Qui a signé le chèque?

- Moi. J'ai imité sa signature et il m'a apporté le permis de Rahis.

- Qu'il a été prendre aux archives.

- On a juste changé la photo.

- C'est toi

qui devais supprimer Bombat?

- Je ne suis pas un assassin, moi.

Je devais juste la surveiller,

et lui, en finir avec le type qui m'a identifié.

Ensuite, il devait venir me chercher Ă  l'hĂ´tel.

- Et il raconte ça comme ça.

- Il veut vous parler.

- Daniel?

- Un 3e inspecteur vient d'arriver.

*-Comment il est?

*-Grand, jeune. Il était avec vous chez Darrès.

- Il va le tuer et vous dira que c'était lui, l'assassin.

*-Qu'est-ce qu'il fait?

- Dans la cabine.

- Tirez-vous, je reste.

- Il dit aux autres de sortir.

- Ne bouge pas.

Tu dois faire exactement

ce que je te dirai.

- Qu'est-ce qu'il y a?

Je ne risque rien, maintenant.

- Si, précisément. Ici, on se méfie de tout le monde.

*Tu comprends? Qu'est-ce qu'il fait?

AllĂ´? - Il vient vers moi.

- N'aie pas peur.

*La porte s'ouvre vers l'extérieur ou l'intérieur?

- L'extérieur.

*-Bon... Alors écoute...

Que se passe-t-il?

- Il est devant la cabine.

*-Ecoute-moi.

Quand il va ouvrir,

fonce sur la porte.

Fracas

- ArrĂŞtez-le!

Coup de feu

Crissement de pneus

ArrĂŞtez-le!

- Daniel!

- Vous deux, avec moi. Vite! Allez!

Jean-Lou!

Jette ça!

- LĂ . A la petite porte!

- Il a filé par une fenêtre!

- Allez bloquer la rue. Vite!

Allez! Faites vite!

Tirez, bon Dieu! - Tirez dans les pneus!

- Tirez!

Tirez dans les pneus! Tirez!

- Sors-le-moi. - Il a une mitraillette.

- Passe-moi ça.

C'est une affaire de famille.

Sirènes

- On va vous donner un coup de main.

- Tu parles. On aura tout vu, tiens. - Allons-y!

- Des blousons noirs qui courent après la police!

Embarquez-moi tout le monde, lĂ ! Vite! Oui?

Musique très rythmée

- Suivez-nous, jeune homme!

- Il se dirige vers le centre. Prévenez les patrouilles.

Son feu tourne toujours.

Crissement de pneus

- Bloquez les berges. Je crois qu'il est passé par là.

*-Nous y sommes!

- Attention, le voilĂ ! Je vais le coincer!

Crissement de pneus

Sirènes de police

Fais pas le fada, Jean-Lou.

Vacarme de la mitraillette

- Allez! Embarquez-moi tout le monde!

Sous-titrage: DUNE MK

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