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D'après le roman éponyme d'Olivier Guez
Un film de Kirill Serebrennikov
LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE
Aujourd'hui, nous étudions le système musculo-squelettique humain.
Il est constitué d'un squelette
et de muscles squelettiques.
2023. São Paulo. BRÉSIL
"Squelette" vient du grec skeletos, qui signifie "séché" ou "desséché".
Le poids total d'un squelette humain sec est de 5 à 6 kg,
environ 8 à 10 % de notre masse corporelle.
Regardez, c'est un squelette humain.
- C'est un vrai ? - Oui, un vrai.
C'était autrefois un être humain.
Ces ossements sont très instructifs.
Rapprochez-vous.
L'histoire de l'identification de ce squelette
est un véritable roman policier.
Il fallait prouver que c'était bien celui
de l'homme dont je vais vous dire le nom.
Mais comment en apporter la preuve ?
Cela nous oblige à nous pencher sur la biographie de cette personne.
Ce squelette appartenait à Josef Mengele.
Il a été donné à la médecine brésilienne il y a de nombreuses années.
Et maintenant, il est là.
Savez-vous quelque chose sur Mengele ?
Pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe,
ce médecin travaillait
au camp de concentration d'Auschwitz.
Il a expérimenté sur des humains. On l'appelait l'ange de la mort.
C'est lui qui décidait
quels prisonniers seraient gazés
et lesquels seraient obligés de travailler.
Puis il en prenait quelques-uns dans son laboratoire
pour des expériences.
D'ailleurs,
il était surtout fasciné par les jumeaux.
Visiblement, il s'intéressait au secret des naissances multiples.
Le Dr Mengele adorerait Carlos et Demetrio !
Des documents d'Auschwitz
ont confirmé que Mengele a eu un accident de moto en 1943.
Professeur, c'est vraiment lui ?
On peut pas savoir pour l'accident.
C'est vrai.
- Carlos ou Demetrio ? - Demetrio !
D'accord, Demetrio.
Prends-le. N'aie pas peur.
Mengele ne peut plus te faire de mal.
Il y a ici un grand espace.
Le même écart entre les dents est visible sur les photos de Mengele.
Cette cavité semble avoir été causée par une sinusite
due à une infection grave...
Toute personne affichant une image ou une sculpture
du criminel en fuite et de sa défunte épouse...
1956. Buenos Aires. ARGENTINE
... qui évoquera "Perón", "péronisme", "Eva Perón" et "troisième voie",
ou vantera les mérites du régime déchu,
sera passible d'une peine de six mois à trois ans de prison.
Vous avez Der Weg ? La dernière édition ?
Un instant, monsieur.
Je vous en prie.
- Oui, je l'ai. - Je le prends.
Merci.
De rien.
Monsieur, vous savez comment on peut aller à cet endroit ?
Bien sûr. Prenez cette direction...
Toute personne affichant une image ou une sculpture
du criminel en fuite et de sa défunte épouse...
Monsieur, on est fermés.
- Et maintenant ? - Une autre réforme.
Quelle réforme ? De quoi parles-tu ?
Ces types vont encore tout voler.
C'est fou, je n'arrive pas à y croire.
Ce sera exactement pareil qu'avant.
À l'aéroport, tout de suite !
Les autres là-bas sont directs.
Pas grave, dépêchez-vous !
- Bon sang... - Je suis pressé !
Je voulais manger.
C'est plus facile de l'autre côté de la rue.
Très bien, imbécile, on va passer un bon moment.
Pas besoin de démocratie. On a besoin d'une main forte.
Regardez les Russes ! La situation a empiré après Staline.
Viens voir.
Je le laisse passer ?
- Taxi ? - Oui.
Vous pourriez me conduire à...
Je ne comprends pas. Une adresse ?
1977. São Paulo. BRÉSIL
- D'accord, montez. - Merci.
C'est lui.
Viens.
On est arrivés.
Rolf ?
1956. Munich. RFA
On pourrait entraver cette foutue démocratie américaine en Allemagne.
Il suffirait d'être intelligent.
Je suis sûr que les Allemands veulent le national-socialisme.
Ils l'ont toujours voulu. On change pas d'avis comme ça.
Personne ne peut vraiment vouloir ce qui se passe.
Adenauer vend le pays à l'Occident, aux USA,
et ces foutus Soviétiques pillent l'Est. C'est ignoble.
Pire qu'après la Première Guerre mondiale !
À un moment, ils finiront par s'anéantir à coup de missiles nucléaires.
Et c'est là que l'esprit allemand renaîtra.
Il est tenace.
Ton père est content, tu as eu ton passeport si vite.
Ils t'ont causé des problèmes ?
Qui se soucie d'où je viens, de qui je suis ?
Le passé n'existe pas.
Les Argentins se fichent des querelles européennes.
Ils détestent les Juifs pour avoir crucifié le Christ.
Après tout, ils sont catholiques.
Tu sais, Perón a lu Mein Kampf.
En espagnol bien sûr, mais aussi en italien.
On dit que la situation a empiré depuis qu'il a fui.
Tu as pensé à aller ailleurs ?
Peut-être au Paraguay...
Mais c'est encore trop tôt.
Que se passe-t-il à la maison ?
Pourquoi cette soudaine hystérie ?
Martha...
Si elle épouse un étranger, il siégera au conseil.
La famille n'acceptera cela en aucun cas.
Quoi qu'il arrive, nous devons lui dicter ses décisions.
Ton père l'ordonne.
C'est normal après la mort de mon frère.
Il va se calmer.
Oui.
Sûrement.
L'enterrement s'est bien passé ?
C'était une crémation.
Ton père a fait poser l'urne sur la cheminée,
à côté de celle de ta mère.
C'est une bonne place pour lui.
Irene a exaspéré ton père.
Il ne l'a jamais aimée.
Elle ne m'aurait pas suivi,
l'Argentine, c'était trop loin.
Ou Rolf était trop jeune ou...
Qu'en sais-je ?
Dis-moi, sais-tu ce qui s'est réellement passé avec Irene ?
Pourquoi m'a-t-elle quitté comme ça ?
J'imagine qu'elle en a trouvé un autre.
Elle m'a envoyé une photo de Rolf.
En culottes de cuir. Elle m'a écrit de rompre ma solitude avec un chien.
- Un chien ? - Oui.
Peut-être que je ferai ça.
Du calme, Cigano !
Du calme !
Arrête de grogner. Bon chien !
Il ne va pas nous faire de mal. Allez, sors.
Voilà ta chambre.
Depuis mon AVC...
j'ai perdu toute sensation dans les mains.
Mes vertèbres sont en sale état. J'ai de l'arthrose...
Je souffre le martyre.
Oui...
La mort et le courage vont toujours de pair.
Avec le diable.
Tu ressembles à ta mère.
Les mains...
Les yeux...
Le nez...
Comme ta mère.
Tu as assez d'argent ?
Assez pour du pain et de l'eau.
Depuis la mort de père, ils m'en envoient de moins en moins.
Ils n'en ont rien à foutre de moi.
Je ne suis qu'un fardeau.
C'est comme ça.
Karl-Heinz m'en envoie parfois.
Derrière le dos d'Alois.
Voici de l'argent.
1956. Günzburg. RFA
Bienvenue chez vous, M. Mengele.
Quel plaisir après tant d'années.
Falk !
Tu n'as pas changé.
Vous non plus, M. Mengele.
Oui...
Rien n'a changé.
Bonjour, mère.
Bonjour, mon frère.
Comme on se retrouve.
Père.
Tu t'es enfin débarrassé de cette garce d'Irene.
Je ne lui ai jamais fait confiance.
Je veux quand même voir Rolf.
On va arranger ça.
Mais arrête d'essayer de la reconquérir.
Tu es trop vieux pour ça.
Surveille ce qu'elle dit et fait.
Nous y veillons.
Elle a dit aux Américains que tu avais été tué en Russie.
Mais qui sait ce qu'elle dit à ses amants.
On espère...
que tu composeras avec Martha.
C'est une vraie Allemande et une bonne mère.
Rolf et Karl-Heinz l'écoutent.
Elle est intelligente et elle veut fonder une famille.
J'ai demandé à Rolf s'il se souvenait de son père quand il était petit.
Qu'a-t-il dit ?
Il ne se souvient de rien.
Juste que son père est mort au combat contre la Russie après sa naissance.
C'est un faible !
Il tient de sa mère.
Alois, tu t'en occupes.
Oui, père, je m'en charge.
Martha...
Oui, pourquoi pas ?
J'ai besoin d'argent pour l'Argentine.
L'argent n'est pas un problème.
Pourquoi l'Argentine ? Les USA reviennent à la raison.
Ils comprennent enfin qui est leur véritable ennemi.
Josef...
Oublions la guerre et développons notre entreprise.
On ne se laissera pas abattre.
Falk !
Je ne peux pas revenir ici.
Pourquoi pas ?
C'est trop dangereux.
C'est petit, les gens causent, me connaissent... Trop risqué.
Tu n'es pas traqué. Il n'y a pas de mandat d'arrêt.
Pas encore.
Cela fait des mois qu'ils retardent toute poursuite.
Les anciens membres du parti sont toujours à la tête
en politique et dans l'industrie de la RFA.
La RFA !
J'imaginais vivre dans le Grand Reich allemand, mais non.
Et à la place, on a cette ineptie : la RFA !
- Un dessert...? - Pas maintenant !
On contrôle complètement Günzburg.
Sans nous, la ville s'effondrerait.
On finance les logements sociaux, l'hôpital.
Père offre des saucisses aux enfants pour son 75e anniversaire.
Personne ne dénoncera le fils du plus gros employeur de la ville.
À six ans, tu as failli te noyer dans un réservoir d'eau de pluie.
Depuis, je dis une prière avant de me coucher :
"Procul recedant somnia et noctium phantasmata".
"Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit."
Si tu la récites aussi,
cela t'aidera peut-être à faire le bon choix.
Reste un peu.
Va à Munich, prends du bon temps.
Sedlmeier peut te louer une voiture.
Qu'il la loue à son nom. D'accord ?
Très bien.
Mais ta prudence est inutile, crois-moi.
Je vous ai préparé une chambre à l'étage, M. Mengele.
Avez-vous besoin d'autre chose, messieurs ?
Non, merci.
M'autorisez-vous à libérer la cuisinière pour aujourd'hui ?
Oui, Falk. Vous pouvez également disposer.
Je vous souhaite une bonne nuit, Josef.
Et s'il signale ma présence à la police ?
Falk est à notre service depuis vingt ans !
Arrête, Josef. Il faut que tu te calmes.
Ça va aller.
Bien sûr.
Ou pas.
Je ne peux pas juste compter sur le hasard.
Günzburg vous obéit,
mais ces foutus Yankees ne sont pas faciles à gérer.
Adenauer a un conseiller, un homme très agréable.
M. Globke.
On sait tous que c'était son idée de faire porter une étoile aux Juifs
et de leur imposer le même nom.
Et alors ?
Ça ne dérange personne !
Josef, tu as accompli ton devoir pendant la guerre.
Tu n'as rien fait de mal.
Revenons sur la situation en Argentine,
où Isabel Perón a effectivement été destituée par une junte militaire.
Le général Jorge Rafael Videla est le nouveau président.
Les conséquences du putsch militaire n'étant pas encore prévisibles,
l'incertitude règne.
La situation en Argentine a été difficile
ces dernières années et ces derniers mois.
L'inflation record a exercé une pression considérable...
Tu as quelque chose contre la fièvre ?
Quoi ?
Tu as des médicaments ?
Je pense que c'est le vol. Je ne me sens pas bien.
Je connaissais son mari.
Il a lutté contre les communistes, comme elle.
C'est pour ça qu'ils l'ont enfermée.
Une Argentine forte dessert les Américains.
Ils soutiendront tout scélérat qui sèmera la pagaille.
Foutus Amerloques avec leur culture avilie !
Ses sales hippies, ses nègres insolents,
leur art dégénéré répugnant...
Ils le font exprès pour détruire la véritable et grande culture du monde.
Comme Wagner,
Beethoven.
Toutes ces conneries ne leur arrivent pas à la cheville.
Mais que faire ?
On a fait de notre mieux.
On a fait de notre mieux...
Hé, gamin ! Viens ici !
1958. Villa Clara. ARGENTINE
- Jorge ou Luis ? - Jorge.
Sers le vin, Jorge.
- Où est-il ? - Juste là.
Détends-toi, mon garçon. Tout ira bien.
N'oublie pas le tire-bouchon.
Ce sont de bonnes personnes. Tu verras.
Allez !
Dépêchez-vous, ils attendent cette caisse en cuisine.
Mais je ne parle pas allemand.
Le marié parle espagnol.
Tu lui dis le nom et l'année, puis tu le sers.
S'il goûte et acquiesce, sers tout le monde.
La mariée et les femmes d'abord. Donne, je l'ouvre.
Et tes gants, Jorge.
Où est le marié ?
Là-bas.
Où ? C'est lui, là ?
Allez !
Skorzeny prétend avoir séduit Evita lors de sa tournée,
juste avant son audience avec le pape.
Une vraie sainte traînée, cette señora Perón !
Monsieur ?
En parlant de notre ami Adolf Eichmann,
ses soirées sont devenues assez célèbres.
Il se soûle à souhait, joue du violon, plutôt bien,
et dit que les Juifs lui baisaient les pieds pour sauver leur peau.
C'est plutôt un roi des Juifs qu'un Obersturmbannführer SS retraité !
Eichmann devient dangereux et attire l'attention des Juifs.
Les "millions de Juifs assassinés" ? Mensonges.
Pour que l'Allemagne se sente coupable d'avoir déclaré la guerre
et responsable de la mort de sept millions d'Allemands.
Le vin est bon. Apportez les bouteilles.
Ils veulent qu'on se sente coupables
de la perte de nos belles villes
et de nos terres ancestrales dans l'Est.
Des millions de Juifs assassinés ? N'importe quoi !
Je dirais tout au plus 65 000. Probablement moins.
- Qu'est-ce que je t'ai dit ? - Il a faim !
Pas de viande aux chiots !
Viens, Henri le Lion...
"Henri le Lion" ? En voilà un nom étrange pour un chien !
Josef a choisi ce nom en l'honneur du fondateur de Munich,
le duc de Bavière et de Saxe.
Henri le Lion... Une petite souris suffit à l'effrayer !
Comment se porte M. Mengele père ?
Il va bien, mais pas assez pour un si long vol.
Mais il a envoyé une lettre et un cadeau.
Alois veille sur lui.
Karl-Heinz, peux-tu emmener ce chien dehors ?
Il y a aussi le Festival de Bayreuth, qu'il ne manque jamais.
Kopps était le chef des renseignements de Himmler.
Vraiment ? Je ne me souviens pas de lui.
Mais si, Josef !
Tu l'as croisé une fois dans les bureaux de Der Weg.
Où est le vin ?
Il a récemment ouvert un hôtel !
Eh bien, il n'était pas idiot.
Oui, la Campagna.
Chéri, tu viens ?
Oui, bien sûr.
Eh bien, ma femme a demandé le divorce juste avant mon départ.
Me voilà complètement libre.
Alors, tu vas peut-être commencer à suivre mon exemple.
Qu'en penses-tu, Ulrich ?
Tout est possible en Argentine, mon cher Josef !
Tant que tu ne te vois pas comme un perdant.
Seul celui qui s'abandonne à son sort est perdu.
Savez-vous à qui appartient la meilleure épicerie de Bariloche ?
La Vienna Delikatessen ?
Au Hauptsturmführer Priebke !
Il a beaucoup œuvré en faveur de la Solution finale pour les Juifs d'Europe.
C'est la vie.
Mon jeune Krug, tu supposes que tout finira bien.
Oui. Je suis un optimiste convaincu.
L'optimisme est une maladie
que l'on peut soigner efficacement.
Mon cher Jung,
on n'est pas tous aussi lugubres.
Où est passé votre zèle ?
Vous avez dirigé sans relâche les Jeunesses hitlériennes
et vous voilà ici, paisible homme d'affaires.
Bel exemple d'un heureux concours de circonstances !
Je suis sûr...
Gamin !
... que le Reich va bientôt se relever.
Si ce n'est pas en Europe, alors ici.
Fais très attention avec le gâteau. Je mets la musique.
Laisse. Il vaut mieux que je le fasse.
Apportez le gâteau.
Laisse-moi faire.
Et voilà. Allez !
Par pitié, ne brûlez pas le gâteau.
- Tu es Jorge ou Luis ? - Jorge.
Tu es un idiot, Jorge...
Allez, allez !
HEUREUX MARIAGE
Attention ! Il est tranchant.
Ne t'inquiète pas, il est médecin.
Depuis Caïn et Abel, l'humanité est dans une lutte éternelle.
Le vil matérialisme, associé au déni de Dieu,
est la cause de tous nos malheurs.
Nous devons nous unir
et lutter pour l'avenir du Grand Reich.
Ce couple ici présent,
qui devient aujourd'hui une véritable famille allemande,
est la force dont nous avons besoin
dans la lutte et l'idée du Grand Reich. Et nous...
Mon cher Alexandre ! Nous avons déjà porté un toast.
Buvons à l'Argentine,
où certains ont trouvé le bonheur.
Non, cher Ulrich !
Vive la lutte !
Comme le disait notre Führer :
"La lutte est partout."
La sélection naturelle obéit aux lois aryennes de la nature.
Les faibles et les êtres inférieurs doivent être éliminés.
Pureté de la race, ordre et discipline !
L'Allemagne est la plus grande puissance du monde !
Sieg Heil !
Santé !
Vive les mariés !
Merci à tous.
Y a-t-il une raquette de tennis ?
Et des balles, s'il vous plaît.
Ulrich...
Un instant.
Que vas-tu faire ?
J'ai une petite surprise pour toi.
Qui m'apporte une raquette ?
Comment dit-on "raquette" en espagnol ?
Cher Josef, la guerre se termine pour chacun à un moment différent.
Pour moi, c'était le 8 mai 1945.
J'ai détruit 26 chars russes depuis les airs,
j'ai perdu ma jambe et je me suis rendu aux Américains.
Bravo, Ulrich !
Combien en avez-vous détruit ?
J'en ai fait exploser 519
et abattu 2 530 avions de combat.
Avons-nous cette chose pour jouer au tennis ?
Comment ça s'appelle en espagnol ? Le tennis ?
Et des balles !
Il a dit une balle aussi.
C'est un mec bizarre.
Il a un regard étrange.
Tu trouves toujours à redire. Tant qu'il paie...
Oui, c'est ça.
Merci.
Ulrich ?
Josef...
Pilote, salue le soleil pour moi
Et les étoiles, et le soleil
Toute ta vie, tu traverses en flottant
De lointaines contrées inhabitées
Plus vite, toujours plus vite
L'hélice tourne selon ton gré
- Allons-y. - Maintenant ?
Maintenant. Allez !
Tu as aimé mon frère ?
Ce n'est pas le moment.
Tu m'as écrit que vous aviez divorcé un an après le mariage.
C'est vrai ?
Oui.
Pas étonnant. Pourquoi as-tu choisi d'épouser une...
une femme si étrange ?
On s'aimait.
Seulement un an.
Oui.
Seulement un an.
Cela montre ton manque d'assurance.
Tu ne sais pas ce que tu veux dans la vie.
Je sais ce que je ne veux pas.
Ben voyons. Et ça serait ?
Tu as toujours été un froussard.
Mais ce n'est pas ta faute.
Ta mère t'a élevé ainsi. Et maintenant, tu manques d'ambition.
Pourquoi ne parles-tu plus à aucun membre de la famille ?
Ce n'est pas bon.
La famille, Rolf, l'ascendance...
Ce sont des valeurs immuables.
Ne trahis jamais ton sang.
C'est un sujet délicat.
- Un sujet délicat ? - Oui.
"La lâcheté
est l'inertie qui, dans le rapport avec d'autres,
nous empêche d'affirmer notre liberté et notre autonomie."
Fichte.
Je n'ai pas peur.
Je les méprise tous.
Et moi-même, pour être un Mengele.
Qu'est-ce que notre famille t'a fait, bon sang ?
Ils sont cupides et lâches.
Ils ne s'intéressent qu'à l'argent et aux affaires.
Comment peux-tu te taire face à ces accusations ?
Ce sont des mensonges.
Tu ne crois quand même pas ces Juifs qui tentent de diffamer ton père ?
Tu es mon fils.
Mon fils unique,
et tu crois tous les mensonges sur moi ?
Tu es communiste ?
Tu es communiste ?
Tu as raison.
Il est temps
de tirer un trait sur certains événements douloureux.
Père et fils...
devraient s'aimer.
Quelles que soient les circonstances.
Je ne voulais pas venir,
mais je l'ai fait quand même.
Même si c'était très difficile.
J'ai dû me procurer un faux passeport.
On ne peut pas venir au Brésil en s'appelant Mengele.
C'est comme ça.
Et maintenant je suis là.
Je veux que tu me dises la vérité.
Pourquoi es-tu allé à Auschwitz ?
Qu'y as-tu fait réellement ?
As-tu commis les crimes dont on t'accuse ?
C'est quoi ces horribles lunettes ?
Là.
On les accroche au col maintenant ?
Tu te prends pour un acteur américain ?
Et ces cheveux, c'est pas possible !
Tant que tu seras ici, tu auras une coiffure soignée.
Je connais un coiffeur au coin.
Ne bougez pas !
Monsieur...
C'est une erreur, je suis médecin. J'ai rien fait.
On verra.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? - Fermez-la !
Silence !
C'est quoi tout ce bruit ? Y a des gens qui dorment !
Fermez-la !
1960. Buenos Aires. ARGENTINE
Vous la connaissez ?
Elle est décédée après avoir avorté.
Elle n'avait même pas quinze ans.
On nous a dit de chercher un certain Gregor.
Il s'avère que c'est votre pseudonyme.
Josef Mengele.
Je ne comprends pas.
Je vous aide.
Vous êtes accusé...
Vous êtes accusé...
de pratiques médicales illégales, d'avortements clandestins,
et de corrompre la moralité de votre pays d'accueil.
Oui.
C'était il y a longtemps.
J'essayais d'apporter mon aide.
J'ai opéré une ou deux fois, c'est tout.
Je regrette ce que j'ai fait, monsieur.
Je ne recommencerai plus.
Monsieur l'officier...
Pourquoi ne pas conclure un marché
et oublier ce petit problème ?
De profil.
Tu connais la route des rats ?
C'est quoi ?
Il doit y avoir plein de routes ici.
Ils creusent la pierre et s'entraident. Malin.
Toi. Sors.
Sors cette sale bête. Ça apporte des maladies.
Tu l'as trouvée où ?
Ces bestioles sont super intelligentes.
Laisse-nous.
D'accord, Mengele...
Combien ?
Je ne veux pas supporter ça. J'en ai marre de cet endroit.
La chaleur, l'obscurité, des jours entiers sans électricité...
Je déteste cette poussière rouge qui se dépose partout.
Mon fils et moi t'avons suivi en Argentine, pas au Paraguay !
Le Paraguay est un trou à rats.
On y est allés un week-end et j'ai été mordue par une araignée !
Je déteste les araignées !
J'ai peur des araignées, Josef !
Je veux pas d'une vie de fugitive.
Être constamment en fuite, devoir dormir à l'hôtel...
Pour que je comprenne :
tu refuses d'aller là-bas à cause d'une araignée ?
Exact ?
Nos amis me demandent comment je vais et je ne sais pas quoi leur répondre.
Karl-Heinz est harcelé à l'école à cause de ces articles.
Et si on déménage dans la jungle, où ira-t-il à l'école ?
Tu pourrais juste me livrer à la police.
Ou mieux encore, aux Juifs !
Ma tête est mise à prix pour combien ? 20 000 marks ?
Assez pour des dîners chics et des robes de luxe.
N'est-ce pas, Martha ?
Tu exagères. Tu ne risques rien.
Je ne risque rien !
Je ne risque rien...
Tu ne serais pas un peu bête, Martha ?
C'est ça que Karl aimait chez toi ? Ton côté légèrement débile ?
Karl était plus viril que toi.
L'Argentine considère l'enlèvement d'Eichmann
par le Mossad
comme une grave atteinte à sa souveraineté,
une déstabilisation de la paix mondiale.
Eichmann a fait aujourd'hui la déclaration suivante :
"Je déclare volontairement, maintenant que mon identité est révélée,
qu'éviter les poursuites est vain.
J'accepte d'être jugé en Israël.
Sous protection juridique, j'exposerai ma version des faits
concernant mes dernières années de service en Allemagne.
Je ne cacherai rien,
afin que les générations futures sachent la vérité..."
Ce salopard !
Je parie qu'il va me livrer aux Israéliens !
Ce... salaud !
Tu n'as rien à craindre, Josef.
Tu as suivi les ordres et géré les déportés.
Ce sont les lois de la guerre.
Tu vas rencontrer Wolfgang Gerhard.
Il est de notre côté.
Jeune, mais digne de confiance.
Un national-socialiste convaincu.
Combien je vous dois ?
Pas un sou !
C'est un honneur de vous aider.
Mon fils s'appelle Adolf.
Comme le Führer.
Hauptsturmführer Josef Mengele !
Votre guerre n'est pas terminée !
Donc j'étais chez cette fille hier...
Une vraie déesse.
Regarde par là.
J'étais à la maison et une autre nana rapplique.
Tu devineras jamais son nom...
Jéssica.
Une princesse brésilienne. L'archétype de la femme brésilienne.
Donc je suis à la maison avec ma copine et on sonne à la porte.
Et qui est là ?
Une autre nana,
Jeniffer.
Elle a un bébé dans les bras et dit que je suis le père.
Ma copine devient folle.
Ma copine ressemble à la fille basanée sur l'affiche.
Attends une seconde.
Salut, comment ça va ?
Bien, et toi ?
Allez au fond. Il y a un bar et un billard.
João, tu peux leur préparer à boire ?
Et la prochaine fois, je rentre direct.
Celui qui perd doit sortir. Allez, arrête !
Alors oui, cette nana rapplique et dit que c'est mon gosse...
C'est tellement dur pour moi...
Je vis...
dans ce trou à rats.
J'ai failli mourir deux fois.
Deux fois !
Les Israéliens veulent me tuer.
Je n'ai même pas pu enterrer père !
Je voulais monter dans le premier avion pour l'Europe.
On m'a dit que ce serait du suicide,
qu'au mieux, on me cueillerait au cimetière.
En Allemagne, ce salaud d'Adenauer
a mis ma tête à prix pour dix millions de dollars...
Je n'ai même pas pu
envoyer une couronne avec mon nom dessus !
C'est gentil à toi d'être venu, Rolf.
J'ai besoin de toi maintenant.
J'ai vraiment besoin de toi.
Il faut comprendre qu'après la Première Guerre mondiale
l'Occident était à un tournant,
notamment l'Allemagne.
Notre civilisation était rongée par l'individualisme
et par le capitalisme.
On avait deux options :
périr ou défendre notre pays.
L'Allemagne
était en péril, au bord de la destruction.
Cela arrive sans cesse dans l'Histoire.
Mais nous, Allemands, ne sommes pas une race d'esclaves, mais de maîtres.
Il fallait donc agir.
Nous devions protéger les nôtres.
Assurer la suprématie pérenne de notre race pour l'avenir.
C'était une question de vie ou de mort.
- Tu comprends ce que je dis ? - Complètement.
Le Führer voulait d'abord 100 millions d'Allemands,
puis 250 millions dans un futur proche
et un milliard d'ici 2200,
un milliard !
C'était notre César et nous, ses généticiens,
étions chargés de la croissance de notre race,
et d'assurer qu'elle était forte et capable de croître.
Chaque grande nation a besoin d'un leader.
Sinon, le monde sombrerait dans le chaos et l'humanité dans les ténèbres.
Je connais ces théories de Spengler sur le déclin de l'Occident.
Je ne suis pas ici sous un faux nom
pour écouter cette doctrine nationale-socialiste.
Papa !
Qu'as-tu fait à Auschwitz ?
Helene !
Où es-tu ?
J'arrive !
- Tout va bien ? - Oui.
J'ai beaucoup de boulot.
Ce n'est pas nouveau.
Je pourrais terminer plus tôt aujourd'hui.
Mais il faudrait une bonne raison. Tu as une idée ?
N'importe quoi ?
Eh bien...
Cela va dépendre de ton comportement.
Je pourrais nous concocter un dîner romantique.
Avec tes côtelettes préférées.
Une excellente raison de terminer plus tôt...
Et si tu m'aides à cueillir plus de myrtilles,
je pourrais nous faire la recette de confiture de ma mère.
Le dernier à l'eau a perdu !
Gare à toi...
1943. Camp de concentration d'Auschwitz
Amenez-les à Nyiszli.
Contrairement au père,
le fils n'a pas de scoliose...
Très intéressant...
Quelles méthodes parfaites de nettoyage du squelette connaissez-vous ?
L'une est la dissolution :
le cadavre est plongé dans du chlorure de calcium.
En deux semaines,
les parties molles sont brûlées.
La graisse est ensuite dissoute dans un bain d'essence,
laissant les os secs, inodores et blancs.
La 2e méthode s'apparente à la cuisson des aliments.
La chair est bouillie dans de l'eau
jusqu'à ce qu'elle se détache des os.
Puis on utilise un bain d'essence.
Traitez-les le plus rapidement possible
et envoyez les squelettes
à l'Institut d'anthropologie de Berlin-Dahlem.
Le professeur von Verschuer est le premier
à s'intéresser à la génétique et à l'hygiène raciale.
Il nous demande des échantillons
prouvant l'infériorité des Juifs.
Ce piètre patrimoine génétique
corrobore parfaitement cette théorie.
BIENVENUE
Des cadavres ambulants arrivaient chaque jour.
Des maladies.
Poux, typhus,
tuberculose.
Tous les jours.
Que penses-tu que j'aurais dû faire d'eux ?
Auschwitz était un camp de travail.
J'assumais mes responsabilités.
Mes responsabilités ! Tu sais ce que c'est ?
Et parfois, il vaut mieux libérer les gens de leur douleur.
Ce n'est pas toujours facile.
Crois-moi.
Tu comprends ?
J'ai sauvé beaucoup de gens en décidant
qui était apte ou pas au travail !
Arrêtons, ça ne mène à rien.
Passer son temps à ressasser le passé, il n'y a rien de pire pour la santé.
Et les Juifs ?
Que vous ont fait les Juifs ?
Tu vois ce moustique ?
Si ce soir,
il te piquait,
que ferais-tu ?
Tu le laisserais te piquer encore et encore ?
Non, tu l'écraserais.
Et pourquoi ?
Parce qu'il peut être dangereux, propager des maladies.
Parce qu'il ne fait pas partie de toi,
mais il te suce, et te suce, et te suce.
N'as-tu jamais eu pitié des enfants ?
Des femmes et des vieillards gazés ?
N'as-tu aucun remords ?
Le remords n'a pas sa place ici.
Ce sont les Juifs ou nous.
Ils ont engagé la guerre il y a 1000 ans en attaquant les nations nordiques.
On devait les éliminer.
Leurs garçons seraient devenus des hommes,
leurs filles des mères vengeresses.
Les Juifs qui quittent l'Allemagne aujourd'hui
reviendront demain.
Et Israël...
Israël...
menace la paix mondiale.
Des remords, Rolf,
c'est une maladie inventée par les faibles
pour empêcher l'action et paralyser la volonté.
Et pourquoi tu as peur d'être jugé ?
Je n'accepte pas leur justice !
Leurs juges ne sont pas de vrais juges !
Ce sont des assassins engagés par des Juifs qui veulent se venger !
Et je n'ai plus aucune envie de vivre !
Je me suis battu pour les valeurs traditionnelles de la nation.
Et chez nous, personne n'était contre le Führer.
Personne ! Même le pape l'a béni !
Et maintenant, regarde ça !
Tiens !
Regarde !
Tiens...
Tu crois que c'est facile pour moi de lire tout ça ?
Regarde !
Ils tournent un film sur moi aux USA !
Un acteur me joue !
C'est de la calomnie !
De la calomnie !
Je suis innocent !
Un tas de conneries !
Un tas de conneries !
CRIMINEL RECHERCHÉ
1962. Ferme Santa Lucia. BRÉSIL
Lève-toi.
J'ai du travail.
Qu'est-ce que tu regardes, Peter ?
J'ai grossi ?
Tu dors trop.
Tu devrais manger moins.
J'ai toujours voulu devenir ballerine.
Mais je n'ai pas eu de chance.
Le directeur de la compagnie ne m'aimait pas,
car je refusais de coucher avec lui.
Il a confié tous les grands rôles à une salope sans talent.
Ce salaud de Juif.
Dieu l'a puni quelques années plus tard.
Il a été envoyé dans l'un de vos camps.
Mais à ce moment-là, c'en était fini du ballet pour moi.
La guerre a éclaté, j'ai dû fuir les Russes.
Mariage, grossesse...
Le temps tue tous les rêves.
Brosse-toi les dents de temps en temps.
Et arrête de fumer.
Tiens.
Achète-toi des robes, tu as l'air négligée.
Et arrête de te gratter le derrière devant les ouvriers.
C'est indécent.
Mais je dois bien avoir quelques qualités.
Non ?
Tu parles un peu mieux l'allemand que ton cher époux.
Viens ici. Cigano !
Viens ici.
Hochbichler est là ?
Il est allé dans les bois.
Gitta...
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Regarde.
M. Hochbichler,
vous pouvez expliquer ça ?
Arrête ! Ne tire pas !
C'est moi ! Gerhard !
Ça parle du jeune nazi Josef Mengele,
"l'ange de la mort d'Auschwitz",
qui est toujours en cavale.
Toutes ces photos !
Le criminel de guerre le plus recherché.
Sa tête vaut un million en Allemagne !
Il sait pour Mengele.
Il est écrit qu'Israël est prêt à enlever Mengele,
comme ils ont kidnappé Eichmann en Argentine.
Le Mossad va prendre d'assaut notre ferme.
Ils vont tous nous tuer ! Ma femme, mes enfants et moi.
Calme-toi, Geza.
Personne ne sait qu'il est ici. La presse publie n'importe quoi.
Tu n'es pas en danger.
On a déjà souffert avec les Juifs et les Russes.
Une de mes sœurs a été violée par les soldats de l'Armée rouge,
elle est morte.
Et ils ont envahi la Hongrie.
On devait partager les frais de la ferme avec un zoologue suisse,
pas avec le boucher d'Auschwitz !
Il ne veut pas vivre avec "le boucher d'Auschwitz".
Ils devraient être fiers d'héberger une sommité du Troisième Reich.
Avec ce qu'on leur verse.
Je ne veux plus avoir affaire à lui !
Cette personne doit partir.
Très bien.
Laissez-nous du temps.
Nous allons chercher où le reloger.
Je dois parler à sa famille à Günzburg.
Laissez-nous un peu de temps.
Mais ne parlez à personne. Ne faites rien dans la précipitation.
Restez calmes.
Tu crois que le problème est réglé ?
- Oui, je crois. - On va bien voir.
T'aurais fait quoi ?
Je sais pas. J'ai la tête qui va exploser.
- Comment s'appellent vos fils ? - Roberto et Miklós.
Les garçons, rentrez. Vite ! Dépêchez-vous !
Allez vous laver les mains !
Allez, allez.
Roberto et Miklós.
Gentils garçons.
Ils vont à l'école ?
Pense à l'avenir de tes fils.
C'est un piège, Hans.
Ces fumiers de Hongrois me livreront aux Juifs sans sourciller.
Je ne peux plus vivre comme ça.
Je ne peux plus.
Je leur ai parlé.
Ces salauds ne te causeront plus d'ennuis.
"Seul celui qui s'abandonne..."
C'est des conneries tout ça !
L'argent soulève des montagnes, Josef.
Hauptsturmführer !
Je ferai tout pour assurer votre sécurité.
Je n'ai pu servir le Führer et le Reich.
C'est mon devoir de vous aider.
Merci, cher Wolfgang.
Mais laissez-nous seuls un instant.
C'est une affaire de famille.
- Heil Hitler ! - Oui, oui.
Merci.
Ça va s'arranger, Josef.
Fais profil bas pendant un moment.
Aucune correspondance.
Gerhard continuera à t'apporter tout ce qu'il te faut.
Il nous donnera de tes nouvelles.
Il t'est fanatiquement dévoué.
Vingt médecins SS travaillaient à Auschwitz !
Vingt !
Horst Schumann, ce répugnant hypocrite,
stérilisait femmes et hommes.
Carl Clauberg, jovial, ivrogne et joueur,
implantait des embryons d'animaux chez les femmes,
puis leur injectait du formol dans l'utérus.
Capesius, le pharmacien,
s'est fait prendre en train de faucher des dents en or !
Des vauriens, des criminels, tous !
Friedrich Entress, ce psychopathe renfermé et amer,
inoculait le typhus aux détenus,
puis leur injectait du phénol dans le cœur.
Et August Hirt, cet enfoiré de carriériste,
il m'a dénoncé
alors qu'il injectait des hormones de déportés à des homosexuels
pour prouver leur infériorité.
Et je suis "l'ange de la mort" ?
Je suis responsable de tout ?
Pourquoi ?
Aide-moi, Hans !
Pourquoi ?
Calme-toi, Josef.
Sois patient. Ils t'auront bientôt oublié.
Les Juifs n'oublient pas, Hans. Ne te fais pas d'illusions.
Ils ont eu Eichmann et ils veulent ma peau.
Je ne peux pas continuer à me terrer comme un animal.
Toujours traqué.
Je suis fatigué, je...
Je me sens si mal !
Je te comprends.
Je t'assure, Josef.
Martha a déménagé avec Karl-Heinz dans le Tyrol du Sud.
Elle est fiable. Elle ne parlera pas aux journalistes.
Mais ils la traquent.
Deux électriciens sont venus chez elle
prétendant s'être trompés d'adresse.
Tu m'as apporté des laxatifs ?
- Je t'en apporte la prochaine fois. - Vous me faites chier.
Putain, Hans !
Comment va Rolf ?
Très bien.
Il est à Fribourg avec sa mère.
Mais il ne parle pas aux autres.
C'est l'influence de sa mère.
C'est très possible.
Crétins !
Josef !
Interdiction de fumer !
Vous fumez,
vous êtes virés !
C'est clair ?
On comprend pas ce que vous dites...
Clochard !
T'as compris, là ?
Espèce de macaque !
C'est du portugais ? Tu comprends ça ?
Va te faire foutre !
Arrêtez !
Vous faites quoi ?
Arrêtez !
Fumiers !
Espèce de dégénérés !
Lâchez-moi !
- Personne ne te dénoncera ! - Si ! Je dois partir.
Tu sais rien faire.
T'es même pas capable d'apporter des laxatifs !
Tu sais quoi ? Ça m'est égal.
Partons vite d'ici.
Il devient insupportable.
Pourquoi fumes-tu ?
Vous nous traitez tous de meurtriers, et oubliez
que nous avons lutté contre le cancer pour le bien de la nation.
La chose primordiale pour nous, c'était la santé publique.
Le Führer avait même donné l'ordre de lancer une campagne antitabac.
Es-tu au moins conscient
de tous les additifs chimiques que tu inhales ?
Non, il ne le sait pas.
Avec nous, il était interdit de fumer dans les lieux publics.
On a même inventé les compartiments non-fumeurs
dans les trains.
Construit des autoroutes, des logements...
Et les Allemands étaient heureux !
Tu peux me croire.
Je me souviens encore
de l'euphorie générale des années 1930,
quand ils ont chassé les vieux "humanistes"
des hôpitaux et des universités
avec l'approbation générale.
Ça a été pareil pour le darwinisme social
et l'hygiène raciale.
On en avait besoin et on le voulait.
Et maintenant les Allemands sont mécontents.
Ils rampent devant les cocos et les Juifs,
car ce sont eux qui détiennent le pouvoir.
Je les déteste tous,
ces putains de girouettes.
Tous les grands industriels
faisaient travailler des déportés des camps.
Tous !
Cigano !
Auschwitz était une entreprise très fructueuse.
Mais personne ne veut plus entendre ça, hein, Rolf ?
Ils en ont tous profité.
Les banquiers,
les industriels,
les organisations gouvernementales, s'en sont mis plein les poches.
Moi, pas un sou, et maintenant, c'est à moi de payer l'addition.
Ils ont tous gagné de l'argent grâce au système jadis en place.
Personne ne protestait quand les Juifs nettoyaient les trottoirs.
Personne n'a dit un mot quand ils ont brusquement disparu.
Prenons le professeur von Verschuer.
Ancien directeur de l'Institut Kaiser-Wilhelm,
à qui j'avais envoyé les échantillons...
Eh bien, il dirige désormais le centre de recherches génétiques de Münster.
Pendant ce temps, en mon absence,
j'ai été déchu de tous mes titres et honneurs.
Un pilote qui bombarde une ville
ne commet pas de crime de guerre.
Bien au contraire.
On le considère comme un héros.
Alors pourquoi me persécutent-ils ? J'étais médecin, j'ai sauvé des vies.
J'ai travaillé pour l'avenir de l'Allemagne.
Et, moi, patriote, je suis obligé de me planquer
dans ce repaire de vauriens mal blanchis,
bourré de criminels et de toxicos, au milieu de nulle part,
entre les détritus et les rats.
Deux coupures de courant par jour,
des fusillades, de la crasse partout...
Quelle déchéance !
Je n'aurais jamais pensé devoir vieillir ainsi.
Maman te disait bon comédien.
Ferme ta gueule !
Tu as tué des gens ?
Tu as torturé des gens ?
Tu les as ouverts sans anesthésie ?
Tu as expérimenté sur des enfants ?
Brûlé des nouveau-nés vifs ?
Qu'es-tu venu faire ici ?
Tu es venu me juger ?
Je suis venu, car tu disais être seul
et tu menaçais de te suicider.
Je n'ai besoin de personne, encore moins de toi.
Tu n'es rien. Tu n'es personne.
Un petit-bourgeois naïf,
influencé par sa mère, son beau-père et la propagande juive.
Comme ta foutue génération.
Tu ne comprendras jamais
ce qui est arrivé à notre pays !
Jamais !
Laisse-moi crever en paix !
Laisse-moi et fous le camp !
Ou montre au moins un certain respect pour tes aînés.
Attention, Brésil, il est 17 heures et 6 minutes !
Rubens Paulis ouvre la 2e période à Campinas.
Santos est là. Passe de Totonho à Da Silva...
... s'apprête à se rendre à l'Assemblée législative
pour tenter de convaincre ses membres
d'approuver le budget d'un projet d'infrastructure
qui pourrait changer le destin de l'État.
Passons à l'actualité internationale.
Eichmann a été pendu en Israël à la prison du palais de Ramla.
Miklós, monte le volume.
... accusé de crimes contre les Juifs
et l'humanité,
et d'appartenance aux organisations criminelles SS, SD et Gestapo.
Son procès a débuté il y a un an,
après qu'il a été capturé en Argentine par le Mossad.
Eichmann a été reconnu coupable de crimes de guerre.
La peine de mort, abolie en 1954...
Vous avez terminé vos devoirs ?
Allez vous préparer pour l'école demain.
N'écoutez pas !
... s'applique exceptionnellement
comme pour les crimes de guerre.
La ministre israélienne des Affaires étrangères, Golda Meir,
s'est excusée pour son ingérence
en Argentine,
mais a soutenu que ses actions étaient justifiées.
Tournons-nous vers notre propre capitale,
Brasilia,
qui poursuit son inexorable expansion
deux ans seulement après son inauguration.
Malgré son état inachevé, c'est un symbole de cohésion nationale.
Il ira à São Paulo la semaine prochaine, je l'y traînerai.
Laissons Gerhard ou un autre le sauver.
Ne fais pas ça. Faisons-les payer davantage.
Pour une plus grande ferme.
Hochbichler est notre vache à lait !
Tu es folle ?
Si t'étais pas un raté,
on planquerait pas un Allemand pour joindre les deux bouts !
Ou pour t'acheter des robes ?
Tu as déjà pensé à moi ?
Toujours seule,
à m'occuper des enfants, gérer les ouvriers !
À repriser et à laver
pendant que tu es en déplacement, Dieu sait où !
À peine rentré, tu es déjà reparti !
On va vivre comme ça longtemps ?
Pense aux enfants.
Je ne parle pas pour moi. Pense à leur éducation.
J'ai passé mes meilleures années dans ce trou pour toi.
Si la police ou le Mossad arrivent ?
Alors ? Laisse-les venir.
On feindra l'ignorance en prétendant que Gerhard nous a dupés.
Ils veulent les Beatles !
Ils n'ont rien à manger et ils veulent les Beatles.
Nous sommes en direct du Southern Cross Hotel.
Les Beatles sont arrivés, mais restent invisibles.
La police a fait une manœuvre de diversion
qui a créé l'hystérie,
et les Beatles ont été discrètement dirigés
vers une autre entrée de l'hôtel.
Les fans savent qu'ils sont arrivés, ils se déchaînent, comme vous le voyez.
La police est littéralement dépassée.
Les barrières sont au sol
et je suis sans voix devant l'hystérie qui règne ici,
devant le Southern Cross Hotel.
Je t'ai déjà dit d'arrêter ces bruits de mastication.
Il a raison, mange en silence. Ce n'est pas poli.
Cette bouffe de gitan est immangeable. Bourrée de sel, de paprika...
Ce salaud m'exaspère. On va le supporter encore longtemps ?
Calme-toi.
Oui, j'ai mis trop de sel.
C'est délicieux.
Juste ce qu'il faut de sel.
Comme la soupe de ma mère.
C'est impoli de parler hongrois en ma présence.
Je pourrais penser que vous parlez dans mon dos.
Ou que vous vous moquez de moi.
Vous aimez la soupe ?
Moi, j'aime bien.
Moi, pas.
Dis à ton père ce que ton maître a écrit.
Traîtresse !
Devant les enfants ? J'ai...
Tais-toi !
C'est ignoble la façon dont tu le défends.
S'ils étaient mes fils, je ne tolérerais pas ce comportement.
Soyez plus sévère.
Qu'ils s'instruisent plutôt que de traîner avec les autochtones
et de tirer des pierres sur des chauves-souris.
Et qu'ils arrêtent de regarder ces conneries à la télé.
Vous avez vu à quoi ressemble Roberto ?
Avec ses cheveux longs...
Il devrait avoir une coupe de cheveux décente.
Aujourd'hui,
j'étais au village et j'ai remarqué
un groupe suspect de touristes israéliens.
Mauvaise nouvelle pour vous, Herr Hochbichler, hein ?
Apprenez l'allemand.
Du bon allemand.
Les enfants aussi.
Votre accent hongrois me donne mal à la tête.
Pourquoi n'apprenez-vous pas le hongrois ?
À quoi cela me servirait-il d'apprendre la langue d'un pays pauvre ?
Votre Hongrie est en faillite,
inférieure en tout à l'Allemagne, qui est honnête et laborieuse.
Cette occupation soviétique est une punition méritée
pour une nation de gitans dont la seule contribution à l'humanité
a été le goulasch et le paprika.
Mais l'Allemagne aussi est occupée par les Soviétiques.
Ne l'oubliez pas,
mon cher Dr Hochbichler.
Tout cela à cause de la paranoïa de votre Führer végétarien.
Le Führer est unique en son siècle.
Un géant de l'Histoire tels Alexandre le Grand et Hannibal.
Et le petit pygmée ignare que tu es
devrait faire attention à ce qu'il dit.
Tu n'y connais rien, tu ne peux pas juger.
"L'Allemagne est si grande !"
Pourquoi alors, Herr Hochbichler, avez-vous si peur
de comparaître devant un tribunal de pygmées ?
Vous n'avez fait que votre devoir, n'est-ce pas ?
Vous êtes innocent.
Pourquoi rester ici ?
Retournez expliquer à vos compatriotes
qu'Auschwitz n'était qu'une pierre d'achoppement
sur la voie de la pureté de votre race !
Espèce de salaud ! Voyou !
Arrête !
Espèce de salaud !
Dehors !
Sors d'ici, Hochbichler !
Espèce de monstre !
Sors d'ici ! Tout de suite !
Ou j'appelle la police !
Cette ferme
m'appartient également !
Alors si je pars d'ici, vous aussi !
Espèce de sales gitans !
C'est mieux là-bas.
Plus de lumière.
C'est vraiment nécessaire ? C'est trop dangereux.
Je ne la montrerai à personne.
C'est juste pour moi.
Cigano, calme-toi. Reste là.
Qui va prendre la photo ?
Personne.
Je règle le retardateur,
et on se met là.
Je suis censé regarder où ?
Là.
Excuse-moi, Rolf.
Je n'ai pas été très gentil avec toi.
C'est dur. Tu comprends, j'espère.
La guerre se termine à un moment différent pour chacun.
Le mien n'est pas encore arrivé.
Je dois partir.
J'espère qu'on se reverra.
N'oublie pas les choses qu'il me faut d'urgence.
Des pièces de rechange pour mon rasoir,
de la confiture...
et mes médicaments.
Viens ici,
Cigano...
Le pays présente des conditions climatiques très variées.
Dans le Nord, à Manaus,
on annonce des pluies tropicales tout au long de la journée,
avec des températures maximales avoisinant les 30 degrés.
Attention aux risques d'inondations...
Regarde...
Regarde comme il est beau.
Tu ne trouves pas ?
Heureusement qu'il te ressemble.
Rolf.
Rolf.
Rolf Mengele.
Mon fils.
Rolf Mengele...
Quel drôle de nom de famille...
Mengele.
Il vient d'où ?
Je ne sais pas.
Josef...
- Tu ne sais pas ? - Non !
Tu es pourtant un scientifique.
Un ingénieur eugéniste et aryen !
Tu dois bien savoir d'où vient ton nom.
Je n'en ai aucune idée.
Cela ressemble un peu à...
une sorte de gâteau de Noël.
Ou...
à une sorte d'arachnide velue.
Pourquoi as-tu la peau et les cheveux si foncés ?
1978. São Paulo. BRÉSIL
Cigano !
Rolf ?
Attends !
Monsieur, où puis-je trouver la maison de Don Pedro ?
Vous y êtes. C'est celle-là.
Merci.
Bonjour, monsieur.
J'ai vu votre annonce. Vous avez toujours besoin d'une aide ?
Je sais cuisiner, faire le ménage, j'ai des références...
Excusez-moi.
"Le monde vieillit...
"et rajeunit.
"Mais l'homme espère des jours bénis.
"L'espérance l'accompagne toute sa vie.
"Elle danse autour du garçon qui sourit.
"Le jeune homme se laisse envoûter.
"Mais avec lui, elle ne sera pas enterrée.
"Dans la tombe,
"il termine son parcours fatigué.
"L'espérance sur sa stèle est plantée."
Doucement...
Plus vite.
Plus vite.
Bon sang ! Y a plus rien qui marche !
Je suis maudit.
Luisa...
Reste avec moi ce soir.
S'il te plaît !
Dom Pedro, je ne peux pas.
Que penseront les voisins ? Et ma mère ?
Non, M. Pedro.
Peut-être que si nous étions mariés en bonne et due forme...
Très bien.
Marions-nous.
Vraiment ?
Mais sans papiers.
Pourquoi ?
Je ne peux pas...
Je ne peux pas !
Tout va bien.
Dom Pedro ! Une croquette de morue ?
Plus tard.
Mengele !
Mengele !
Qui est là ?
Je vais te tirer dessus, sale chien !
Fous le camp !
Si je sors, vous êtes tous morts !
M. Pedro, voici ma petite sœur.
C'est M. Pedro.
Enchantée, M. Pedro !
Voici mon mari.
Venez, pour une photo.
Venez, allons-y.
Dom Pedro !
Josef Mengele est mort au Brésil en 1979.
Il a été enterré à Embu sous un faux nom.
Le 21 juin 1985, la police de São Paulo et les médecins légistes
ont déclaré avec une grande certitude
que le squelette retrouvé à Embu appartenait à Josef Mengele.
En 1992, des analyses ADN ont confirmé leurs conclusions.
LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE
Adaptation : Aya Kouamé BABELFISCH TRANSLATIONS
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