All language subtitles for Dandelions.By.The.Roots.1964.1080p.BluRay.x264.AAC

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (SoranĂ®)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil) Download
pt Portuguese (Portugal)
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

- Bonsoir, Émile. - J'arrive, M. Martinet.

- J'aimerais une fiche de tiercé. - Bien.

- Vous avez un tuyau ?

- Non, une idée.

- Émile, un Vichy fraise.

Il faudrait des sous.

- Vous avez vu mon petit-cousin Jacques ?

- S'il se ramène, le petit-cousin, faudra vous magner pour lui parler.

Le temps pourrait se couvrir.

- Je crois qu'il va pleuvoir, mais je vois pas le rapport.

Je vois pas. Non.

- Jacques.

Si je le vois, je le crève, parole d'homme.

- Mollo, Pommes-Chips, mollo.

- Jo a raison, Pommes-Chips. Vas-y mollo.

- Si je savais où il est, il y serait déjà plus.

- 2 ans à faire de l'espadrille pour les congés, ça te suffit pas ?

Moi, si. Donc je dis et je réitère : "Alors, mollo".

- Mollo.

- Il a sauté ma fiancée quand on était au placard

et il s'est installé chez elle. Il a changé les serrures.

- Elles étaient usées ?

- Oh, écoute, La Douane.

Écoute.

Quand un homme fait ça à un autre homme,

l'homme doit le passer Ă  la moulinette, ou alors,

c'est pas un homme.

Dans ces cas-lĂ , moi, je bute pas.

J'anéantis.

- Vas-y mollo.

- Messieurs,

à la liberté, qui est le premier besoin du peuple.

- Ils sont sortis de prison ce matin.

Et votre cousin qui a pris la dame de l'autre…

- Cette dame ne dispose pas d'elle-même ? Le Moyen Âge.

- C'est pas si simple. Ils sont "morale morale".

Bien sûr, vous êtes un artiste, un bohème.

Vous avez l'habitude de l'amour libre, des mœurs dissolues.

- On en dit plus qu'on en fait.

- Faudrait des sous. - Ah…

- La mĂ´me Rockie ce serait Blanche de Castille,

les diamants de la Couronne ?

C'est un bourrin comme les autres.

- Forcément, tu causes sans connaître.

- "Sans connaître", qu'il dit.

T'as parlé que de ça pendant deux ans.

Les chasses de madame, les cannes de madame,

les noix de madame.

Je suis curieux, mais ça finit par lasser.

- Alors, vous avez dit le 11…

le 5 et le 2.

- Oui. 11 et 5, 16, 16 et 2, 18,

8 et 1, 9. Neuf, c'est mon chiffre.

- Faudrait des sous. - Présentez ça au guichet.

- Merci, Émile.

- Écoute-moi bien, c'est un avis sérieux.

Oublie la môme Rockie et repars à zéro.

Ă€ Paris, avec le beau temps et le tourisme,

tu peux pas savoir les petits sujets disponibles.

T'as de l'Anglaise ou de la Suédoise, si t'aimes le grand format.

Le marché commun à portée de la pogne.

Moi, j'ai sorti le costard Rider,

et je pointe en rafale.

- Il est chouette.

- Il peut, 80 sacs. On me l'avait livré le jour où…

Bref, il a pas vu le jour.

L'avantage de mettre le prix,

c'est que ça se démode pas.

Tissu british.

Coupe italienne.

Deux boutons.

Revers long, doublure de soie avec les initiales brodées.

Facile, y a pas mieux.

Mate un peu le tombé du froc.

Et l'aisance.

- Il plonge un peu devant.

- J'aime mieux rien dire.

- Moi, j'ai plus de crèche.

Plus de casse-croûte.

Plus de vestiaire.

Ce veston, je l'avais quand les poulets m'ont épinglé.

C'est tout ce qui me reste.

- Ça, faut reconnaître… Et c'est quoi, la couleur ?

- Un Prince de Galles

qui a viré framboise ?

- Je te donnerai l'adresse de mon fripier. "Ze moderne taylor".

Il te fera des prix.

- Des prix ? T'es marrant. Je suis raide Ă  blanc.

- Eh ben, t'as des potes, non ?

C'est pour quoi, les potes ?

Et voilĂ .

Tu vas commencer par aller me faire mon jeu.

T'as 5 % si je suis affiché.

Le 7 et le 9, et 20 fois le champ dans les deux sens. Allez, va.

Peut-être un coup de légende.

- Le 7 et le 9 ?

Reine de Cachemire et Pasiphaé Quatre ? Ils ont jamais fini un parcours.

- Dans le domaine du turf, y a deux façons de croquer.

La magie, ou le hasard.

J'explique.

Favori sur faux ticket

ou tocard sur vrai ticson.

La magie m'a coûté 2 ans de placard,

j'aime mieux un mauvais cheval qu'un bon juge d'instruction.

- Le 7 et le 9, vingt fois le champ dans les deux sens.

- Vous avez cédé votre place, alors à la queue.

Musique sombre

- Faut ĂŞtre dingue, le 7 et le 9. Deux tocards.

Valse

- Émile, t'as vu mon cousin ?

Il devait nous filer 2 places pour la dernière.

- Va voir du théâtre en province. - Pourquoi ?

- Pommes-Chips est sorti. - Pommes-Chips ?

Je serais pas fâchée qu'on se revoie.

- Lui non plus, il serait pas fâché de te revoir.

- Tu viens, oui ?

- Jacques !

Cousin, y a une lettre urgente pour toi Ă  la maison.

Il bafouille.

C'était pas urgent à ce point. - Pommes-Chips !

- Mollo, Pommes-Chips, mollo.

- Il aurait pu dire bonjour. Il va me faire regretter mes oranges.

- Faites pas attention. C'est un mec qui vit sur les nerfs.

- J'ai les billets pour ce soir.

- J'ignore si Jacques pourra. - Bien sûr.

- Je pourrais le remplacer.

- Monsieur, dans de telles circonstances…

- Je sais me tenir. Et je suis de la famille.

Pommes-Chips et moi, on a voisiné pendant 2 piges.

Je m'appelle Jo Arangeot.

- Je vous avais reconnu.

J'avais vu votre photo dans "Détective".

- C'était bien moi.

- J'ai ma photo dans "L'encyclopédie de la musique de chambre".

Je suis le cousin de Jacques. - Et alors ?

- Ben…

Rien, je précisais, c'est tout.

- On viendra vous voir à la fin de la pièce.

- Je compte sur vous, Rockie.

- Pauvre Pommes-Chips. - Pourquoi vous dites ça ?

- Parce que je vous regarde.

Vous pouviez pas rester Ă  faire de la tapisserie pendant deux ans.

- C'est rare, un homme qui comprend ça.

Vous diriez quoi à votre dame…

- Rien. Georgina est en déplacement à Dakar.

- Ça donne bien, l'Afrique.

- Le micheton émancipé a plus ses fatigances du début.

Oh, ça reste actif.

Seulement, faut travailler ou avoir le don.

Une femme de votre classe,

ce serait les chantiers de la Loire au 3,5 % Pinet, mais en plus sûr.

Seulement, si y a un truc qui s'apprend pas, c'est la classe.

- M. Arangeot…

- Je me suis laissé aller. Je parle avec mon cœur.

- Ça se sent.

- Allez venez, ça s'arrose.

D'habitude, avec les nanas,

je dépasse pas le diabolo menthe.

Avec vous, le champagne s'impose.

Et millésimé.

- Vous croyez vraiment que…

- Je suis un impulsif.

- As-tu remarqué son balancement des hanches ?

On le trouve que chez les femmes qui ont souffert.

- Tu ne déconnes pas un peu ? - Si.

- Bon, c'est pas tout ça. Le rideau se lève dans 30 minutes.

J'ai décidé, pour le dernier soir,

d'avoir du génie.

- Chez moi, c'est une seconde nature !

- Bonsoir, messieurs.

- Adieu !

- Adieu.

Grincement de la porte

- HĂ©, vous !

Où allez-vous ? - Porter un télégramme.

- Vraiment ?

Drôle de télégraphiste.

- C'est vrai, ça, c'est vrai.

- Et… c'est pour qui, ce soi-disant télégramme ?

- M. Martinet. - Pas arrivé.

- J'attends dans sa loge. - Hep ! Venez ici.

Vous allez me trouver méfiant,

mais habituellement, un télégraphiste,

ça porte ou ça laisse un avis de passage,

ça ne s'installe pas. - Oui.

- Et l'uniforme ? - OĂą il est ?

- L'uniforme de petit télégraphiste.

- Oh… l'uniforme…

C'est très dangereux, l'uniforme.

Le client ouvre la porte,

vous prend pour un colonel, téléphone à la DST,

et on se retrouve au… pour 20 ans. Très dangereux.

Très dangereux.

Chut.

- Bonsoir, Léon.

- Bonsoir, Léon.

- Alors, ça se tire ?

- HĂ© oui.

- C'est du pur jus.

- HĂ© oui.

- Bonsoir, messieurs. - Bonsoir, Jacqueline.

- La fin d'un spectacle, c'est comme la fin d'un amour.

On croit qu'on va perdre ses petites habitudes.

Et on retrouve plus facilement un amour qu'une bonne pièce.

Cinq ans, ça fait tout de même un bail.

- C'est 14-18 avec du rabiot, le temps de l'entracte.

Que fais-tu lĂ  ? - Je suis venu voir le spectacle.

- Dans le placard ?

- Je t'expliquerai.

- Inutile. Rockie l'a fait pour toi.

- Tu as quelque chose en vue après la pièce ?

- D'abord, quelques vacances.

- Et après ?

- Je reprendrai mes programmes de concerts.

- C'est vrai.

Dans le fond,

tu es plus musicien qu'acteur.

- C'est moins fatigant.

- Oui.

Avant "La lune dans la bière", tu avais déjà joué ?

- Non, jamais.

- Si je t'écrivais une pièce, la jouerais-tu ?

- Oh, je ne pense pas.

- Tu trouvais ça pas mal, pourtant.

- Mozart aussi.

- Tu es prĂŞt ?

- Oui.

Et la musique, ça se répète à la maison.

En pantoufles. Surtout la musique de chambre.

Si ça t'arrange, je te placerai dans un coin des coulisses.

- Merci, Jérôme. - Oui.

- Tu ne vis pas seul ? - Bien sûr que non.

- Une femme, une maîtresse ? - Une sœur et un beau-frère.

- Dommage, tu ferais un mari formidable.

- Nous devons ĂŞtre les seuls Ă  le savoir.

- Il a fallu 5 ans pour que j'apprenne quelque chose de ta vie.

Qui me surprenne.

- Après 35 ans de vie commune, je me surprends encore.

Jacques. - Hein ?

Je suis lĂ .

- Tu peux rester là. - J'aurais préféré une loge.

- Lincoln a été assassiné dans une loge.

Coups annonçant la pièce

- Ma chère Sonia.

Six longues années ont passé depuis ce soir funeste

oĂą il partit.

Six longues années à attendre dans ma retraite

le retour de mon prince tant chéri.

- Et c'est ce soir que pour tenir sa promesse,

il doit revenir.

Cloches

Oh, comtesse, j'entends une troĂŻka.

- C'est lui.

J'en suis sûre.

Oh, mon Dieu, merci.

Merci de m'avoir ramené mon héros.

- Natacha, amour de ma vie.

Tel Ulysse au retour d'un long voyage,

me voici.

- Oh, prince, l'émotion l'a brisée.

- Je suis une brute. Que n'ai-je prévu, mon amour,

l'émotion qui allait te terrasser.

Voici que tu es là, comme si le souffle de la vie t'était ôté.

Je te le promets,

je ne t'abandonnerai plus.

- Oh, Igor…

Soupir

Mon prince !

- J'ai fait mille verstes pour te rejoindre,

crevé trois chevaux de poste sous moi.

Mais qu'importent les routes, me voici Ă  tes pieds.

- Quel amour merveilleux…

- Raconte-moi, mon héros,

ces longues années,

ces derniers jours où j'étais dans l'angoisse.

Réplique indistincte

- Quel amour merveilleux…

- Dis-moi que tu n'as pas été blessé.

- Non. Mais hélas, mes amis…

Petit rire inquiétant

- Wouah ! Il rit aux éclats.

Répliques lointaines

- Ah !

Non !

Pommes-Chips ! Je vais t'expliquer, fais pas le con. Fais pas le con.

Je vais t'expliquer.

On peut tout s'expliquer, tu sais.

Il bredouille.

Non, non, je… Oh non, je vais t'expliquer.

- Bien sûr, qu'on peut s'expliquer.

- Sois pas con !

- Salopard.

- Oh, mon amour…

- Natacha…

Musique russe

- Oh…

mon prince,

vous me comblez.

Solo de contrebasse

Oh, mon chéri. Mon amour.

Mon amour, mon chéri.

Mon chéri.

Mon amour.

Mon chéri, mon amour ! ——

Mon amour, mon chéri ! ——

Mon chéri, mon amour. ——

- Maman, non !

- Je vous ai attendu, prince.

- Oublie, mon amour, la cruauté du sort.

Songe Ă  ce printemps qui nous attend.

- Demain, les primevères…

Grondement

Nous tenant…

- Pour moi…

* Orage

Mon aimée…

Entendez-vous…

TempĂŞte

Orage

Grincement Orage

Orage

- Stop !

- Non ! Non !

Cri de douleur

TempĂŞte

- Rien n'est trop beau pour toi, mon amour.

Chant d'oiseau

C'est pour toi que chante le rossignol.

Il chante le chant de l'amour vainqueur.

- Tout est trop beau.

Tout est trop calme.

Cette nuit d'été pourrait précéder la tempête.

- Non, ma bien-aimée. L'amour nous a réunis,

il ne peut y avoir quelque chose de sale dans ce monde.

Tout est merveilleux. - Oui, Igor, tout est merveilleux.

Embrassons-nous encore.

Musique russe

- Comtesse !

Moscou est la proie des flammes.

L'envahisseur français massacre tout sur son passage.

Ils torturent, ils fusillent, ils brûlent, ils violent.

- Oh !

- Cela, comtesse, je ne le permettrai pas !

- Il nous faut fuir ce péril.

- Un prince Igor

ne fuit pas, comtesse.

Je perdrais

votre estime.

- Oh, mon guerrier.

Vania, tu pars ?

- Je pars, Natacha.

- Moi, le sauté de veau, je digère pas.

- Faut aimer. - Ah, j'aime.

Mais je digère pas.

- Je comprends pas.

Remarque, faut pas le cuire comme un bourguignon.

- Oui…

- Chut. Alors, c'est pas fini ?

- On parle travail.

- J'aime Igor.

- Oh non, mais c'est pas vrai. Ils vont pas rester lĂ .

Grincement Oh lĂ  lĂ .

Merde.

- Oh oui, mon aimé.

Joue-moi une dernière fois notre air favori.

Contrebasse

- Tous les soirs plus lourd, ce putain d'engin, Ă  croire qu'ils profitent.

- Ces mecs ont la folie des grandeurs.

Il pourrait aussi bien jouer du pipeau.

- C'est pas russe. - De l'harmonica.

- Ce serait plus chouette de se coltiner un harmonica Ă  trois.

- Qu'est-ce qu'ils foutent ?

Qu'est-ce qu'ils foutent ?

Soupir

Applaudissements

- C'est bath. DrĂ´lement chouette.

- Bravo ! - Bravo !

Chapeau !

Il marmonne.

- Et voilĂ , encore une de morte.

- Alors, mon tonton, tu viens ?

- J'aurais aimé qu'elle salue avec nous.

- Allez, en enfer, la contrebasse.

Cinq ans qu'elle bouffe mes meilleures répliques.

Elle se prend pour Sarah Bernhardt.

- Tu me dirais, "C'est bath", je te rétorquerais :

"Un peu court, madame". Bath, c'est vite dit.

La chose vaut mieux que ça.

Puissante, elle est. Vachement. Ça me travaille encore.

- Question de virilité, je préfère Montherlant.

- C'est autre chose, la virilité, tu sais de quoi tu causes.

- Oui.

- Oui.

Et la vie n'est pas faite que de ça.

Ou on serait pareils Ă  des bĂŞtes.

- Et les costumes ? - La malle est pleine.

- Qu'elle déborde.

Alors chez moi, tout de suite.

Jérôme, t'amènes ta contrebasse, hein.

- Tu crois ? - Ah si.

- Je m'en occupe, M. Michon.

- Jérôme, tu ne peux pas ne pas l'amener.

C'est le symbole du spectacle.

Jérôme sans sa contrebasse, c'est Paul sans Virginie.

- Tristan sans Iseult.

- Alpha sans Roméo.

Petit rire

- VoilĂ  qui est drĂ´le. En tout cas, inattendu.

- Puissant, voilĂ  tout.

J'ai pas peur de me mouiller.

Je dirais même que vous êtes…

- Il le sait. - Que vous…

- En prince tsigane, il est fascinant.

C'est le mot : fascinant. Oh…

- J'y pense, venez avec nous.

J'organise un bal costumé pour la dernière.

- Je suis pas déguisée.

- Ah bon ?

- Ça ira très bien comme ça.

- Son crincrin est dedans ?

- Tu l'as soupesé ? Bon.

Musique lente

- Ça y est, me voilà reparti.

- J'embrasse comme tu aimes ?

- Quand j'aime pas, je dis. Si je dis rien, c'est que j'aime.

Musique mystérieuse

- Et maintenant, Paris la nuit. C'est pas vrai.

C'est pas vrai…

- C'est au 7e.

- Alors, poussez !

C'est toujours moi qui porte tout, lĂ -dedans.

- Je devine que nous allons au mĂŞme endroit.

Je vais au 7e. - Allez-y, on montera après.

- Après vous.

- Le Seigneur a dit : "Va devant nous avec le cheval,

"nous te suivrons avec l'âne".

- Lévitique. - 29.

- Alors, vous venez ou pas ?

- Je vous en prie, montez.

Pardon.

Il est facile de deviner que vous ĂŞtes musicien.

- Oui, M. l'abbé.

- Pasteur. Je suis pasteur. - Excusez-moi.

Avec tous ces changements, c'est difficile.

- Dieu saura. Quelle nourrissante idée de vous avoir invité.

Qu'allez-vous jouer ?

- Mon solo. - Votre solo ?

Grincement

- Oh mince, une panne.

- 3 personnes maximum. Nous sommes 4.

- Et l'instrument ? - C'est peu.

- D'ici à ce qu'on casse la diolle…

- Nous sommes cinq. Oui.

Il est lĂ . Toujours lĂ . Avec nous.

Il ne nous quitte pas.

Soutiens-nous.

Moteur

- Oh, merde !

Musique mystérieuse

- L'heure était venue de savourer

un léger en-cas composé d'un petit blanc

très pierre à fusil,

et d'un pâté de lièvre parfumé au kirsch

sur du pain de ferme.

LĂ , dans la belle plaine de Lorraine,

c'est si joli, la Lorraine, en juin,

vous allez apercevoir… tenez, vous voyez ?

C'est un char AMX transformé.

En fait, c'est un VTT, Véhicule Transport de Troupes.

Il y a une mitrailleuse 12,7 mm sur la tourelle.

LĂ , vous le voyez mieux.

J'ai profité du 14 juillet. Vous voyez les VTT en marche,

qui transportent dix hommes.

On ne s'y attend pas. Un vrai petit Cheval de Troie.

Ă€ eux dix, ils ont un lance-roquettes,

neuf pistolets-mitrailleurs,

quatre fusils dont deux lance-grenades,

deux FM, et puis les mines.

Eh bien voilĂ , c'est fini.

- Merci de nous avoir montré vos films de vacances, Frédéric.

- "Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu."

- Matthieu, 5-9.

- Jérôme.

Oh, Jérôme, quelle surprise.

On se vouvoie ou on se dit "tu" ?

- Bah, faut voir.

- Tu me reconnais pas.

Ah, il faut dire, c'est si loin.

Jérôme, le conservatoire.

- Dorothée ! "Souvenir, souvenir, que me veux-tu ?"

- Tu savais 2 000 vers par cœur.

- Je les ai remplacés par d'autres.

Je ne plaçais pas "Oceano Nox" dans les tête-à-tête.

Musique de suspense

- Pierre Michon, vous connaissez ? - C'est au 7e.

- Je reconnais la malle, suivons-la.

- Quelle observation.

- Bon, qui appuie ?

- Vous deux, et j'aimerais que ça cesse.

- Oh là là… - Bon, on y va ou pas, au 7e ?

- Jo, y a un monsieur qui fait rien que me tripoter.

- Les paluches dans les fouilles.

Mademoiselle est accompagnée.

- Oh là là…

Grincement

- VoilĂ  autre chose.

- Forcément, charge maximum, 3 personnes. On est 4, là.

- Tss. Cinq.

On est cinq.

Il est lĂ . Toujours lĂ .

Il nous quitte pas d'un poil.

Un beau mouvement, Seigneur.

Moteur

Léger brouhaha

- Christine pend la crémaillère, mais comment a-t-elle eu l'appartement ?

- Tu sais qui habitait ici ? - Non.

- Palmyre. - Palmyre ?

- Sa cousine. - Elle est morte ?

- Non, elle est dans un asile. - De vieux ?

- De fous. Christine a rapidement fait les démarches.

- Elle est très dynamique.

- C'est quoi ?

Léger brouhaha

- Salut, les copains !

- D'oĂą sortent-ils ? Je ne les connais pas.

Des amis du général, sans doute.

Il conservera toujours des relations de corps de garde.

C'est à vous, ça, Frédéric ?

Ayez le courage de répondre.

- Je ne connais pas, mais à la première danse, j'attaque.

- Asseyez-vous, Rockie.

- Ben où qu'on est tombés.

- La soirée va être longue.

- Mais attendez, c'est le début, ils vont se déchaîner.

- Si vous le voulez bien, nous allons danser.

Soyez gentilles, mesdames, au salon.

- "Mesdames, au salon". C'est marrant, elle me rappelle ma mère.

- Mademoiselle,

je me présente, général Cédille.

- Et moi, Rockie La Braise.

- Amusant.

M'accorderez-vous cette danse ? La valse me donne des ailes.

- Non, moi ça me donne le tournis.

- Excusez-moi. Je reviendrai.

- Les façons militaires, j'aime pas.

- Christine, après cette danse, Jérôme nous jouera quelque chose.

- Ne pensez pas Ă  un caprice de vedette.

Je suis resté simple.

Mais je ne peux jouer sans mes accompagnateurs.

- Lesquels, Jérôme chéri ?

- Ceux de la pièce.

- Quelle pièce ?

- "La lune dans la bière".

- "La lune dans la bière", vraiment ?

Avant de prendre ses aises, on se renseigne.

M. Michon, c'est en face.

- Oh, pardon. Si j'avais su.

Musique blues

- Ciao !

- Ah !

Musique blues

- T'as vu le taulier ?

Et je te révérence, je te baise la main, je te dis "milord"…

- Je suis pas Lawrence d'Arabie, je traverse pas le désert sans boire.

- Jo. - Oui ?

- Tu regardes les filles ? - Quelles filles ?

- Les filles de banquiers.

Quand on est bâtie comme ça, on n'exhibe pas ses osselets.

- Ce sont des mĂ´mes. - Des vicieuses.

C'est pas une question d'âge, mais de mentalité.

Je me déshabillais pas à l'œil.

- T'as les retardataires et les enfants prodiges.

Plus t'as de pognon, moins t'as de principes.

L'oseille, c'est la gangrène de l'âme.

- Dis donc ! C'est joli, ce que tu viens de dire.

- Tu m'as déjà vu à cours de mots ?

À ce propos, j'ai failli attraper la gangrène.

La prison m'a sauvé.

Faut dire, j'avais débuté trop fort.

Un caissier Ă  la Garenne-Colombes, un rentier Ă  Bezons,

un poker Ă  Malakoff, un hold-up Ă  Saint-Ouen

et tout ça en une semaine.

Je commençais à me croire. Je saluais plus les potes,

j'avais une charrette américaine, j'allais entrer au Diners Club.

Et puis, crac, le ballon, la cellule, le parloir…

Le retour Ă  la nature, quoi, la vraie vie.

Tu sais, je l'ai échappé belle.

- Pauvre lapin.

T'as quand même bien mis du fric de côté ?

- Oh, pff…

Rires

- Eh oui, j'ai l'oreille, j'ai le rythme,

j'ai le port de la tĂŞte,

j'ai la prestance…

Mais je n'ai pas encore acquis l'indépendance des pieds.

Seulement, est-ce vraiment important ?

Musique blues

- Excuse-moi, Rockie.

Je pouvais plus attendre.

- Et moi, tout le monde m'oublie.

Musique blues au loin

Oh non…

- Oh, Rockie.

Tu me rends fou.

- Jo…

- Mais je suis lĂ  !

- J'ai dĂ» trop penser Ă  toi en taule.

Je rĂŞvais de ta pomme toutes les nuits.

- Tu me voyais comment ?

En robe de mousseline sur un lac ?

- Toute nue dans une carrée.

- Jo.

- Je te dis pas tout, je reste vague.

Rires

- Oh, vous…

- T'as rien entendu ?

- Ah ben toi alors ! T'es une vraie sensitive.

J'ai l'habitude d'émotionner, mais là, en début de parcours…

Calme-toi, mon petit cœur.

Reste donc lĂ -haut.

- Ah ! - Eh ben quoi ?

Ah, merde !

Musique mystérieuse

Soupir

Oh, merde !

Pommes-Chips.

On l'a dérobé.

Cri

On a beau y ĂŞtre pour rien, faut se tirer.

Et un peu vite.

Rockie… Eh ben, mon petit roseau, ma petite fleur ?

- Oh pardon, je m'excuse.

Hum hum.

Comment est-ce arrivé ?

- Ben, je…

Je comprends pas.

Elle est en excellente santé. On parlait de lac, de mousseline,

elle a pas supporté la description.

Rockie, eh ben, Rockie !

- Rockie, c'est charmant. J'avais une cousine, Solange.

Solange et Rockie, ça n'a aucun rapport.

- C'est une nature sensible, vous savez.

- Elle a l'air, lĂ .

Vous permettez ? J'ai l'habitude.

- Toubib ? - Non, milliardaire.

Dans ces cas-là, il faut de l'oxygène. Beaucoup. Il faut de l'air.

Comme ça.

Il faut de l'air.

Comme ça, elle a de l'air. Pardon.

Je m'excuse.

S'il n'y a pas d'air…

Tango

Ah… Hein, comme ça, c'est…

Vous voyez ?

C'est infaillible.

- Merci beaucoup. - Oh !

Qu'est-ce que c'est ?

Oh… Il est complètement saoul.

Complètement saoul. Qu'est-ce qu'il tient…

On va le laisser dormir.

- Vous ĂŞtes vraiment milliardaire ?

- Euh… Ah, tout de même, six et six douze,

douze et six, dix-huit, et quatre, vingt-deux,

vingt-deux et deux ?

- Vingt-cinq. - Vingt-cinq.

Vingt-cinq milliards, tout de mĂŞme.

Et j'ai un peu de monnaie.

- Vous avez fait comment pour ĂŞtre milliardaire ?

- Oh… Vous m'êtes sympathique, je vais vous le dire.

Mais pas… - Non.

- Bon. J'ai travaillé dur.

Très, très dur.

Très dur. Mais pas du tout, hein.

Allez.

- Ah. Excusez-moi, ils veulent que je joue mon solo.

- À la contrebasse ?

- Eh oui.

La la do si do ré do la sol si

Do…

Avec un bémol. Et soudain, je diamante.

Rapide, mais brillant.

La do si do ré do si do si…

Toujours avec un bémol.

Puis reprise du contrepoint en souplesse.

Allegro ma non troppo.

La do si do si do ré la sol

Une magnifique tapisserie de contrapontiste.

- Y a quoi dans ta caisse ?

- Bah, voyons…

Néfertiti.

Et Agamemnon.

- Non.

Pommes-Chips.

Petit rire

- Ah. C'est malin, ça, où est ma contrebasse ?

Ah ben il est mort !

Mais il a un couteau dans le dos.

Oh, comme c'est curieux.

Il faut prévenir la police. - Mollo !

Je suis en conditionnelle.

- Mais je peux avoir besoin de ma caisse.

- Je veux

sortir.

Soupir

- Mais il est pas mort. Il parle.

Soupir étonné

Mais… il parle !

- Ouh !

- Ah, j'en peux plus, moi. J'en peux plus.

Ah, j'en peux plus.

Cri

J'en peux plus.

- C'est une vraie plaque tournante.

- Je peux pas…

- Ça ne se fait pas, nous ne sommes pas chez nous.

- Bonsoir. Je m'appelle Palmyre.

Et si on jouait Ă  cache-cache ?

Comme lui…

- Je vais chercher Pierre. C'est lui que ça regarde.

- Il a plus envie de jouer ?

Plus personne veut jouer avec moi.

Si on s'allongeait, comme eux ?

- C'est pas le moment.

Et moi, d'être allongée, j'en ai marre.

- Bon, tant pis.

Y a un cadavre dans la contrebasse

Y a un cadavre

dans la contrebasse

La porte se ferme.

- Faut se barrer, Jo, ça va exploser.

- Tout le monde est debout ? On m'avait signalé des hécatombes.

- Vous allez bien ?

- Faut pas vous biler, c'était rien.

Justement, on se tirait.

- Il se fait tard. On craint que la nuit soit fraîche.

- Oui.

- Pas question.

Jacques marmonne.

- J'ai mal Ă  la tĂŞte.

- Il s'est farci au punch.

- Petite recette Ă  moi.

Jacques marmonne.

- Y a un cadavre dans la contrebasse

Y a un cadavre dans la contrebasse

Y a un cadavre dans la contrebasse

Y a un cadavre

dans la contrebasse

- Tu crois me faire peur avec tes blagues ? Je marche plus.

Je t'attends en bas. - Oui.

Sans ĂŞtre un hĂ´te abusif,

j'aimerais savoir Ă  qui est ce cadavre.

- À moi, monsieur.

C'est un accident.

- Soyons honnĂŞtes, il a un poignard dans le dos.

- Justement, c'est…

c'est un accident.

D'un coup, pang, euh…

- Moi je sais rien, je me tire. - Une seconde.

Qui est-ce ?

- Monsieur, c'est mon petit-cousin.

Jacques. - Mais qui est-ce ?

- Son ami.

- Et le type ?

- Son vieil ami.

- Et vous ?

- C'est mon nouvel ami.

- En famille, la discrétion est de rigueur.

- D'accord, la vie privée est un truc personnel.

Que j'aimerais que tu transportes ailleurs.

- Pourquoi ?

- Vous encombrez. - Qui ça, "vous" ?

- Toi, ta caisse,

ton cousin, et le cadavre qui appartient Ă  ton cousin.

Vous allez disparaître au plus vite.

Vous dissoudre, vous évaporer.

Embarque aussi ta famille par alliance.

Pff !

- Je trouve cette attitude assez inamicale.

- Aide-moi, aide-moi.

- Ne t'inquiète pas.

- On a rien Ă  voir ensemble. On est pas du mĂŞme monde.

- Vous allez donner un coup de main.

Travaillez, pour une fois.

- Doucement. Jo Arangeot sait se tenir,

mais quand on est malpoli, il frappe.

- Vous les aidez ou j'appelle la police.

- Eh ben voilĂ . Le tout est de demander.

Avec un peu de bonne volonté, tout peut se faire.

C'est vrai.

L'enflure, disparais avec la caisse et le maestro.

J'entendrai plus jamais parler de vous. C'est juré ?

- Oui, sur la tĂŞte de Pommes-Chips. - Cause pas de Pommes-Chips !

Pauvre vieux.

S'il réapparaît, je fais pogrom, je bikinise.

T'es inscrit pour la 1re fournée. Toi, t'as ton ticket pour la 2e.

- J'élève une protestation. - Hein ?

- Enfin, une protestation de principe.

- Tu veux le rejoindre ? - Je m'incline devant la violence.

Je cède aux barbares. - C'est ça, remballe.

T'as saisi ma pensée profonde ? Ce qu'il y a là-dedans ?

- Oui.

- Pommes-Chips disparaît en fumée.

- Comment je peux faire ?

- N'agace pas Jo, tu te noies dans les détails.

- On trouve plus un œuf. Rien.

- J'en ai assez. On ordonne, on décide, on menace,

et votre imbécile, j'arrive pas à le faire rentrer.

Vous qui êtes grand et fort, et tout…

vous y arriverez peut-être, moi, je…

- Il s'agit de logique. Il tenait, il doit tenir.

- Rabattez.

- Oui, bah, ça coince.

- Tirez le couvercle.

Poussez !

Musique jazzy

- Jérôme !

Tu t'en vas ?

Tu m'avais promis…

- Un contretemps absurde. Je suis désolé, absolument confus.

- Tu fuis ?

- Non, je m'absente.

Le hasard nous a réunis, il nous sépare à nouveau.

C'est cruel.

- Tu ne veux pas forcer un peu la main au hasard ?

- Si, mais je préfère par téléphone.

Je t'appellerai demain.

- C'est promis ?

- Bonsoir tout le monde.

Police.

- Demain ?

- J'espère, je sais pas.

- Bonsoir, m'sieurs dames.

- Quoi ? La police, chez moi ?

Ă€ 2 h du matin ?

- La police est chez elle partout, Ă  toute heure.

Et je suis pas lĂ  pour vous.

Oh, mais c'est mon petit Jo Ă  moi.

Mon petit préféré.

Tu transportes de la drogue ?

Tu vas pas me dire que tu joues de la contrebasse ?

- Vous jouez bien du violon.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?

En liberté conditionnelle, monsieur joue les astucieux ?

Il pourrait bien retourner au trou, monsieur.

- Voyons, M. l'inspecteur, je plaisantais.

- Ah bon ! Si c'est une plaisanterie, c'est autre chose.

Mais faut prévenir. On comprend les plaisanteries.

Ça nous arrive même d'en faire, avec les collègues. On sait rire.

Mais on aime que ça soit clair.

Pas de quiproquo. Compris ?

- Je joue de la contrebasse.

J'y excelle. Vous avez vu "La lune dans la bière" ?

- Oui, j'y suis allé avec madame.

On a pas détesté.

- La contrebasse, c'était moi.

- Mes compliments. - Merci.

- Qui ?

- Merci, M. l'inspecteur.

- Ah !

Cri

- Oh…

Pardon, je n'ai pas pu m'empêcher…

Vous me rappelez quelqu'un.

Une histoire du passé.

- On s'en fait pas, M. Michon, chez vous.

- Quand mademoiselle voit un uniforme, elle se contrĂ´le plus.

- Mais je suis en civil.

- Que faites-vous de la tĂŞte ? Vous avez celle de l'emploi.

Avec vous, l'uniforme est un pléonasme.

- Ah oui ? - Oui.

- Oui, qui ? - Ah, ben… Oui, M. l'inspecteur.

- Y a un cadavre

dans la contrebasse

- Quoi ?

- Y a un cadavre

dans la contrebasse

- Ah, vous voilĂ , vous.

Excusez-nous

pour le dérangement.

On était venus pour la dingue évadée de l'asile.

On va la remettre dans le capitonné.

Bon, ben, bonne continuation.

Et encore pardon.

- Qui ?

- Ben, euh…

Pardon, M. Michon.

- Ah, oui !

Musique mystérieuse

- Rien qu'une nuit.

- Non !

- Une demi-nuit, alors.

- Non ! N'insiste pas, assassin.

- C'est un accident stupide.

- Ce qui mène aux Assises est toujours stupide.

- Le temps que je m'organise. - J'ai dit non !

- Bon, ben d'accord.

D'accord…

Je comprends que tu le fasses pas pour moi,

je ne suis pas intéressant. Fais-le pour maman.

En souvenir de maman.

Tu te rappelles, quand elle est morte ? - J'avais 18 mois.

- N'empĂŞche, elle t'aimait bien.

Elle m'avait dit que tu étais plus qu'un frère.

C'est vrai. On était petits, puis on a grandi ensemble.

- Oui, mais nous ne serons pas guillotinés ensemble.

- Pourquoi tu t'arrĂŞtes ?

- Tu préfères le commissariat ? - Non.

- Alors, je vous laisse. - Avec ça ?

- Que veux-tu que j'en fasse ?

- Et moi ?

Dans la Seine ?

Mais il va flotter.

Dans l'enquĂŞte, tu seras complice.

- Non.

Ton adresse actuelle ? - J'en ai plus.

Je ne peux pas descendre chez Rockie avec ça.

Tu te rends compte ?

- Maintenant, descends.

- Ah, non.

- Maintenant, descends.

- Mais pas tout seul. - Non. Avec lui.

- Je ne suis pas assez fort. Et j'ai un souffle au cœur.

Mon docteur te montrera les ordonnances, tout.

Je ne peux pas le porter tout seul. Et oĂą ?

Jérôme.

- Quoi, encore ?

- Tu me vois aux Assises, avec les menottes ?

Le déshonneur.

- Tu n'es pas le dépositaire de l'honneur familial.

- Je parle de votre déshonneur à vous.

À toi. À tante Olphie, ton oncle, ton ami Michon.

Mon avocat dira que j'ai été victime de mon entourage.

La presse vous traînera dans la boue, tu feras plus de concerts.

Si tu le fais pas pour moi, fais-le pour la musique.

Fais-le pour Bach, pour Mozart.

Et pour maman.

Je passe la nuit chez tante Olphie et demain on s'en va.

Merci, Jérôme.

Dis-moi, tante Olphie a toujours ses petits chats ?

- Oui, bien sûr.

Mais compte pas sur eux. Ils sont végétariens.

Les petits chats.

Musique mystérieuse Miaulements

- L'oncle

recueillait les chats, je recueille mon neveu.

- Oh…

- Jérôme, tu es un être d'élite.

- Je suis indulgent parce que dur envers moi.

- C'est bien vrai.

Chez Pierre Michon, tu as joué ton solo ?

- Personne ne m'a jamais empêché de jouer.

- Tu n'as pas l'air satisfait. L'ambiance était mauvaise ?

On ne résiste pas à un mauvais public. - Je résiste à tout sauf à Jacques.

- J'aurais aimé

les voir t'applaudir. Le Tout-Paris.

- Tu exagères, Olphie.

- Bois ta fleur d'oranger, pendant qu'elle est chaude.

Tu devrais en boire aussi.

- J'aime pas ça, tantine.

- Ça n'a jamais tué personne.

- Bon, alors… Mais juste une… Stop !

VoilĂ , merci.

- Jérôme, j'aimerais que tu répètes demain avec l'oncle.

Nous avons travaillé toute la soirée,

mais il a une difficulté dans l'allegretto.

- Oui, c'est un passage qui demande des "la la li"…

- Ça m'inquiète. Serons-nous prêts ?

Dans dix jours,

nous donnons un concert.

- Ça fait juste. - De quoi te mêles-tu ?

- Pour une fois qu'il s'intéresse.

- Ça ne le regarde pas.

Et demain matin,

il part très tôt. - Des affaires personnelles.

- Ah… enfin…

S'il n'y a pas de nocturne Ă  Vincennes, tu viendras peut-ĂŞtre.

- Mais seul.

Tu as bien compris ? Seul.

Miaulement

- Jérôme, dis, Jérôme.

- Quoi ?

- L'Enfer, tu y crois ?

Jérôme, l'Enfer, tu y crois ?

- Aïe, ça brûle.

- Ça brûle, ça brûle, l'Enfer, hein.

- Non, pas l'Enfer, l'eau bouillante, imbécile.

- Dis, Jérôme, il fait chaud, hein.

Il fait une chaleur…

Tu crois pas que Pommes-Chips… Hein.

- Tu le mets au frigidaire ?

- Ne plaisante pas. Ne plaisante pas.

Jacques marmonne.

Musique douce

Dis, Olphie risquerait de le trouver ?

- Qui ça ? - Pommes-Chips.

- Le réveil sonne à 6 h.

Partez avant que tantine fasse le ménage.

Jacques marmonne. Musique douce

- Dis, dans le fond, Pommes-Chips, je l'aimais bien.

Maintenant, il est parti,

Rockie est partie,

et moi je suis tout seul, tout seul.

Alors aide-moi. Aide-moi !

Aide-moi…

- Tu couches avec une jolie fille, d'accord.

Tu fais cocu un de tes amis, tu l'assassines dans mon théâtre,

tu mets son cadavre dans ma contrebasse,

tu le ramènes chez moi,

tu me réveilles, et tu te sens seul ?

- Dis donc, dis donc,

si on l'enterrait dans le jardin ?

- Dans mon jardin parmi les fleurs, c'est le bouquet.

Tiens, un somnifère. Demain, je te réveille.

Tu risques d'avoir une matinée chargée.

- Non…

Son de cloches

Radio

- Debout ! Je me suis pas réveillé !

Oh, nom de Dieu !

*- Vous avez triché,

vous n'irez pas pour autant en correctionnelle.

Cris

- Deux caisses. - Mais…

- Non, non, non. - Y en avait qu'une.

- Maintenant, y en a deux.

- Mais qu'est-ce que…

- Ce serait trop beau qu'on nous l'ait volé.

Jacques marmonne.

- Non !

- Quoi ?

- LĂ  !

- Oh !

- La veste de Pommes-Chips.

Là. - T'es sûr ?

- Cette veste est unique. Regarde.

- Salut, Jacques.

Brr…

Fait pas chaud, hein.

T'as maigri, toi.

- Le travail.

- Attendez.

J'en apporte du chaud.

Tiens, Absalon.

VoilĂ  la veste.

Prends pas froid.

- Tu ferais mieux d'arranger les miennes.

- Une pièce,

c'est plus facile dans le dos. - On nous les livre

avec des trous dans le dos ?

Grognement

Musique sombre

- Darwin ?

Darwin, veux-tu ? Ici !

- Ici, apporte !

- Oh…

- Darwin, donne le nonos !

- Ici, Darwin !

Soupir d'aise

Il marmonne.

Musique mystérieuse

Fracas

Jacques délire.

- Ah, Pommes-Chips…

Ah…

Jacques délire.

- Il semble avoir une commotion. - Bah, oui.

Il a dĂ» ouvrir la caisse, le choc. Il pouvait pas savoir.

- Si, il savait. - Pour le cadavre ?

- Mais non, Jérôme, ton oncle vient de le recevoir pour son travail.

- Oui.

Excuse-moi d'utiliser ce genre d'emballage,

mais pour le transport, c'est plus discret.

Parce qu'un cercueil,

ça pourrait déplaire aux voisins.

J'en reçois jusqu'à trois par semaine, ou plus.

- Une nouvelle activité ? Un violon d'Ingres ?

- Oui. - Depuis quand ?

- Euh… Bientôt trois mois.

C'est pas par désœuvrement, ça représente du travail.

Je taille, je fignole,

je nettoie, je gratte.

Je fais bouillir.

Puis je passe au papier de verre. C'est ingrat, le papier de verre.

Après, toujours par le même moyen, la caisse de…

je renvoie le squelette aux facultés.

- Aux facultés ?

- Oui.

- Aux facultés.

- C'est pour les facultés.

- Oui, tonton, les facultés.

- Ils consomment du squelette, c'est fou.

Tu sais, les ossements, ça a toujours été ma partie.

Et comme je gagne pas tellement au Museum,

il faut bien arrondir.

- Oui, bien sûr, faut… faut arrondir.

- Non ? - Bah, si.

- Bah…

- Bah…

- Faut arrondir.

- Oui, tu n'arrĂŞtes pas. Tu me dis, "Faut arrondir",

oui, je suis d'accord.

*- Reine de Cachemire va être battue par Bonbonnière et Pasiphaé Quatre

qui viennent en pleine piste.

La distance parle, le terrain collant

pèse aux jambes. Non, voyez, la jument repart

et elle en prend, mĂŞme.

Ne me parlez plus de la passivité des femelles.

C'est une victoire acquise de bout en bout,

j'ai rarement vu ça sur cette piste.

Le 7, donc, gagne facilement,

et photo pour la 2e place entre le 9 et le 18,

Pasiphaé Quatre et Bonbonnière.

- Quoi, photo, quelle photo ?

C'est Pasiphaé, non ?

Y a pas de photo qui tienne !

Rockie, hein c'est Pasiphaé ?

- Si t'as vu que c'est Pasiphaé, c'est Pasiphaé.

- Oui, c'est Pasiphaé.

- C'est pas sûr, y a photo.

*- Dis, Émile.

*- Voilà à l'affichage le résultat de la photo. Le 7 a gagné facilement,

deuxième, le 9, troisième, le 18,

Reine de Cachemire,

Pasiphaé Quatre, Bonbonnière, un tiercé qui va chiffrer…

- Je te crois !

Tu réalises ? 20 fois dans l'ordre et 20 fois en vrac.

Ça va faire du mal. - T'es sûr ?

- Ça va saigner. La Saint-Barthélemy du tiercé !

Tu vas voir un peu.

Sonnette

- 20 fois dans l'ordre, 20 fois dans le désordre, en supposant…

Oh, merde !

- Mes fiches de tiercé, ça a fait un malheur, donne.

- Tes fiches ? - J'ai gagné !

- Y avait photo. - Y a plus, sois pas con.

- J'ai pas ton tiercé.

- Quoi ?

Je t'ai bien donné des sous.

- Pas à moi ! J'ai désapprouvé ton jeu.

- Ta gueule.

*- … 7, 9 et 18 devraient à peu près rapporter dans l'ordre

18 000 francs pour 1 franc, Ă  vue de nez.

- Une brique 800 pour 100 balles ?

- Monsieur désapprouve toujours ?

- Y avait photo.

- Deux tocards, oui.

- J'ai pas ton jeu. Tu avais donné le fric à Pommes-Chips.

T'as rajouté que ça valait 5 %.

- Nom de Dieu… - Pommes-Chips.

- Dis, il l'a fait, mon jeu ?

Il l'a fait, mon jeu, avant de caner, Pommes-Chips ?

- Avant de caner ?

- Il l'a fait, mon jeu, dis ?

- Jo !

Tu travailles trop en force. Tu t'essouffles.

- Il a cané, Pommes-Chips, il a cané.

Comment qu'il a cané ?

Comment ?

- Ingurgite ça, La Douane. Tu vas voir, ça va rouler.

- Pommes-Chips.

Un vrai copain.

Réglo, et tout.

Respiration haletante

Dire qu'hier, on était ensemble.

Pleurs

- Chut…

Dis, il l'a fait, mon jeu ?

- Comment qu'il a cané ?

- Il a joué, dis ?

- Oui, il a joué, Jo, il a joué.

- Sûr ?

- Parole d'homme.

- Alors oĂą il a mis la fiche ?

- LĂ  ! LĂ  oĂą on met la pochette. Je l'ai vu, je le jure !

Il a mĂŞme pris une enveloppe, il l'a mise lĂ .

- Banco.

Soupir

- Plus de 100 millions, ça fait !

- C'était un bon copain, Pommes-Chips. Je voudrais le revoir.

- Moi aussi, figure-toi !

- Et le corps ? - Faut le trouver.

- Tu voulais pas le voir.

- Oh, je… - C'est vrai ?

- Dans un moment de chagrin, on sait plus ce qu'on dit.

Où il crèche, Jacques ?

- Il créchait ici. Mais là tu y es, alors il y est pas.

- OĂą il a pu aller ?

- Je peux pas Ă  la fois me souvenir et faire les additions.

Oh, c'est ça. 110 briques. 110 briques !

J'arrondis Ă  peine.

- T'auras rien si on trouve pas Jacques.

- Dis pas ça, ce serait inhumain. Saint Antoine, faites qu'on le retrouve.

Musique sombre

- Je sonne ou je sonne pas ?

- Attends que les blés soient mûrs.

Sonnette - Charrie pas.

- Si Jacques nous dit pas oĂą est Pommes-Chips,

t'auras 10 % de rien du tout.

- Ah, des représentants, j'en étais sûr.

C'est effrayant, à présent.

Appareils ménagers, assurances vie,

encyclopédies à tempérament, savon des aveugles,

c'est pire que le péril jaune.

Ça vous submerge, ça vous emberlificote.

"Permettez, on va passer votre tapis Ă  l'aspirateur.

"Le mistral, la mousson, ce n'est rien à côté du rasoir Machin."

Arrière !

Les mantes religieuses,

les suceurs de sang,

les Jules César de l'huile Tartempion,

les Napoléon de la montre Truc !

- Mais monsieur… - Ah…

À moins que…

Petit rire

Ă€ moins que vous ne soyez les marcheurs de la paix,

les témoins de Gandhi,

où les pétitionnaires pour les petits polynésiens.

Dans ce cas, je signe. Je signe tout, moi.

Des deux mains, des deux pieds ! En cursives, en gothiques,

en caractères d'imprimerie. Je signe la Somalie somalienne,

je signe de Vladivostok Ă  Gibraltar.

- Mais… nous venons juste voir Jacques.

- Jacques. Ah, Jacques !

Il est plus lĂ .

- Plus lĂ  ? - Non.

Non.

Ils l'ont emmené,

ils l'ont emmené en ambulance.

Rire

Le malheureux. Congestion cérébrale, plus une jaunisse.

- Il va pas mourir, ce serait pas juste.

- Oh…

Oh, admirable.

Admirable.

Mais c'est le dolichocéphale parfait, c'est très rare chez un Européen.

Chapeau.

Chapeau !

Regardez, regardez.

Le frontal

dahoméen. L'occipital malgache.

Le pariétal berbère.

Et l'orbite égyptienne. Très rare, ça.

Quel dommage, si on veut chercher.

Quel dommage que les apophyses ne soient pas plus agressives.

Mais quelle tĂŞte

admirable.

Quel faciès. Ah, enfin.

J'espère avoir la chance de travailler un jour sur vous.

- Jaques avait un paquet ? - Non.

- Il a rien dit avant de partir ? - Non.

Ah si, il réclamait sans cesse

un certain Pommes-Chips.

- Ah, nous aussi.

- Avant de perdre connaissance, il a dit :

"Relance Jérôme, moi, je passe."

- Jérôme, le racleux ?

- Le… Oui, enfin, Jérôme. Quel dévouement.

Il ne l'a pas quitté. Il vous renseignera mieux que moi,

il l'a accompagné à l'hôpital.

- On peut appeler l'hĂ´pital ? - C'est 50 francs. Je m'en occupe.

Quelle construction.

Quelle morphologie.

J'ai votre numéro.

Dolichocéphale merveilleuse. Allô !

- Désolé, monsieur.

Non, ce monsieur n'est pas Ă  l'hĂ´pital.

Désolé.

Oh, attendez une seconde.

On peut dire que vous avez de la chance. Il est retrouvé.

Pavillon Péricard.

Chambre 12.

Chambre particulière, oh oh.

Quand il y a chambre particulière, c'est très grave.

Musique lente

- Oh, maman. - Oui…

- Oh, papa !

- On est venus te voir, Jacky.

- On voulait savoir si ta fièvre était tombée.

- T'es du mauvais côté.

Jacques marmonne.

- Comment ?

Charabia

- Oh…

- Il est très bas.

- Hein ?

- Tu as vu Pommes-Chips ?

- Oui.

- OĂą il est ?

- Il est dans le "schmurz".

- OĂą ?

- Dans le "schmurz".

- Il est vachement bas.

- On va le remonter.

- L'infirmière lui en a donné.

- Et pourquoi pas nous ?

- Il faut pas dépasser la dose prescrite.

- Tu refuserais d'aider un ami malade ? - Bah, non.

- Tiens, avale.

- Ah oui. - Une pour maman.

- Mm. - Une pour papa.

Il marmonne.

- Quatre pour Rockie.

Soupir OĂą il est, Pommes-Chips ?

- Dans le "schmurz".

- OĂą il est, Pommes-Chips ? - Mais enfin !

Charabia - Silence !

- Non !

Charabia

- Chut.

Tu as dĂ» lui en donner une de trop.

- Il en a pris 6, c'est 3 par jour.

- Ça aurait pu le remonter.

- OĂą est

Pommes-Chips ?

- Le "schmurz"…

Et c'est un miracle.

Et puis c'est un miracle.

VoilĂ  oĂą est Pommes-Chips.

- Les miracles,

Jo y croit pas.

Ça va déplaire.

- On a perdu une bataille, pas la guerre.

Jacques, on l'oublie, on a pas le temps de l'attendre.

Tu as de l'oreille, apprends la musique.

- Y a dix ans que je la connais.

- HĂ©, mollo, bon.

Pommes-Chips, Jacques le minable et Jérôme le racleux étaient ensemble.

Pommes-Chips nous dira pas oĂą.

Jacques parle à côté. Reste le petit Mozart.

Je conduis l'instrument, tu ensorcelles le soliste.

Attention, pas d'agaceries, pas de bagatelle.

Du travail sérieux.

D'ailleurs, tu tiens la grande forme.

T'as la science du train. Faut me le confesser à l'arraché.

- Formidable, t'as tout prévu.

- Une leçon à 11 h du soir ? Non, je regrette…

Coups secs Tonton, s'il te plaît.

Je regrette, c'est impossible. MĂŞme au tarif de nuit.

——Ah… Ah c'est vous, Rockie.

Oui.

"Envoûtée par la contrebasse" ? C'est passionnant.

Mais non. Peu importe l'heure. Les conversions sont si rares…

——Tonton, s'il te plaît. S'il te plaît !

C'est tonton qui fait du bruit.

- De la musique.

- Les conversions sont si rares, oui. Je note l'adresse.

Oui, je note. C'est ça.

Merci, tonton.

Merci pour le bruit. - Le tempo dit "marche" !

- VoilĂ  le tempo.

Musique rythmée

Coups secs——

C'est ça, boum, vas-y.

- J'avais peur que vous ne veniez pas.

- Les musiciens ne résistent jamais à l'appel des sirènes.

Musique lente

- Excusez-moi.

Vous donnez souvent des leçons la nuit ?

- Non, jamais.

- Mais ce soir, vous avez dit oui.

- On ne doit pas bouder sa chance.

- C'est joli, ce que vous venez de dire.

- J'ai fait… classique.

Latin et grec jusqu'en seconde.

- Oh toi, alors, tu es drĂ´le.

On se tape un drink ?

- Je ne voudrais pas abuser.

- T'abuses pas, puisque j'offre.

- Depuis quand aimez-vous la contrebasse ?

- Depuis que je te connais.

La musique, c'est dans la famille. Mon paternel tirait sur les binious.

- Ah bon ?

Et c'est votre première leçon ?

- La première, je te jure.

Content ?

- Flatté.

Comme ça, nous n'aurons pas de mauvaises habitudes.

- Les habitudes, je veux que tu me les donnes.

Tchin. - Tchin.

Elle est Ă  vous, la contrebasse ?

- Non, je l'ai louée.

- Il faut sans doute que je l'accorde.

- C'est drĂ´le,

on dirait que tu déshabilles une femme.

- Il y a de ça.

On ne vit pas toute une vie avec un instrument

sans que des liens ne se créent.

Il y a une symbiose.

- Tu aimes, comme je m'habille ?

- Beaucoup.

Une aisance des gestes…

Grincement de l'archet

… dans la plupart des manuaires.

- C'est bien ce que j'ai pensé.

Bon, on y va ?

- Tu es sûre que c'est ta 1re leçon ?

- Oui.

- Il y a quatre cordes Ă  la contrebasse.

Accordées en quarte.

Mi, la, ré, sol.

Mais sa musique s'écrit

un octave plus haut qu'elle n'est entendue.

Soit : mi, la, ré, sol.

- Mi, la, ré, sol.

- La main gauche ici. - Oui.

- Le pouce et l'index entourant le manche.

Et la main droite lĂ .

Pour le pincement,

ou pour le travail de l'archet.

Mais il ne faudrait pas croire

qu'elle fait partie de la famille des violons.

- Ah non ? - Non.

Le violon lui a donné la spirale,

le nombre réduit de ses cordes,

le chevalet, moins plat,

tandis que la viole de gambe,

elle,

lui a donné…

Qu'est-ce qu'elle lui a donné, la viole de gambe ?

Elle lui a donné les épaules étroites et tombantes,

la table inférieure plate,

et les larges éclisses.

La technique du coup de l'archet est particulière.

Le saut, les doubles notes,

sont possibles dans certaines limites, mais on obtient…

Le trémolo…

Le…

Le staccato…

et le… piz…

… zica…

… to.

Oh, oui.

Pizzicato, oh oui.

- Voir ça, tu te lasses pas, c'est de la démonstration.

- Je peux m'instruire ? - Admire, c'est pas courant.

Jérôme et Rockie chantent.

- Oh ben merde, ils chantent.

- Mais oui.

La li, la la li la la…

- La… - La…

- Mon chéri, mon amour.

Mon chéri,

mon amour, mon amour.

Mon amour…

Mon chéri…

Mon amour, mon amour.

Mon amour.

Rires

Mon chéri. ——

——Mon amour, mon chéri.

Ha ha ! Mon amour…

Jérôme rit aux éclats.

Contrebasse

- Je comprends le labeur, mais ça traîne un peu.

- On joue les prolongations.

- Oh…

Oh, ma chérie, c'est trop.

Oh…

Jérôme et Rockie rient.

- T'entends ? Il rigole, le con.

Il se croit au paradis ?

Il pourrait lui arriver des bricoles.

Non mais ils rigolent.

Rires

- Tu ne t'es pas trop inquiétée ?

- Je n'aime pas que tu te surmènes.

- Tu connais. - Une leçon difficile ?

- Je dirais plutôt…

délicate.

Oui, d'une délicatesse insoupçonnable.

Comment te dire…

Si c'était un violon, ce serait un Stradivarius.

Si c'était une plante, un rosier grimpant.

- Et si c'était une femme ? - Elle devrait s'appeler Juliette.

- J'aimerais la connaître. - Tu vas avoir un choc.

Elle surprend.

Les surprises, ça m'a toujours manqué.

Il ne m'est jamais rien arrivé de mal ou de bon.

Mais depuis deux jours, il se passe des choses.

Ça bouge énormément.

Je ne peux pas tout te dire,

mais je sais que si je rate cette occasion,

je n'en aurai pas d'autre.

- Une occasion de quoi ?

- De faire des bĂŞtises.

- Il y a 20 ans que j'attends ça pour toi.

Une bĂŞtise qui soit jolie et amusante.

- Eh bien, j'espère qu'elle t'amusera aussi.

- Il t'a dit ou il t'a pas dit ?

- Pommes-Chips, ils l'ont ramené chez Jérôme,

ils l'ont pas sorti. Et il ne risquait pas de s'envoler.

- C'est tout ?

- C'est tout.

- Un tour de cadran pour ça ? On va se faire repasser notre carbure.

Ah, je la subodore, je la vois venir, la malédiction.

Toi, c'est pas le moment de dormir.

Une visite des lieux s'impose, mais il faut un motif.

- Viens avec moi.

- Où ça ?

- Il m'a invitée à sa répétition.

- Tu sais que t'es un crack ? Un cador, une intelligence phare.

- J'y vais pas. Les morts, ça porte malheur.

- Notre malheur serait de se faire engourdir notre paquet d'oseille.

Pour 200 briques, je fais du camping Ă  la morgue.

Chants d'oiseaux

- Pour commencer, un morceau à ma façon.

- Jérôme compose tout ce que nous jouons.

- La musique, moi, ça me remue.

- Ça tombe bien. Allez, au turf, et rapido.

- "Invention Ă  trois voix".

Tempo Un, deux, trois, quatre.

Musique classique

Musique jazzy

- T'en fais pas un peu trop ?

- Il se plaint pas, alors ?

Musique vive

Musique jazzy

Musique en fond sonore

- Ce serait pas Pommes-Chips ?

- Il aurait pas changé comme ça en si peu de temps.

J'aime pas ça, moi.

Magne-toi.

Musique douce

Applaudissements

Contrebasse très lente

Attends. En admettant que ce soit ses os, Ă  Pommes-Chips,

que sont devenues ses fringues ? On aurait dĂ» les trouver.

- Surtout sa veste Prince de Galles framboise.

- Mais oui ! La miroitante ! Le tonton l'avait sur le dos !

Tu te souviens, dimanche ?

Il t'a passé les manches sous le nez !

- Ah, c'est pour ça ! - Quoi ?

- À l'hôpital, Jacques criait : "La veste !"

Tu te rappelles ? - Il disait n'importe quoi.

- Mais si ! - Non !

- Stop, on va parler au tonton.

- Ah non, Jo.

Je préfère les électrodes, les tueurs siciliens,

mais lui, il me fait peur.

- Allez, en route.

- Qu'est-ce que la paléontologie ?

De mĂŞme que la cuisine est l'art d'accommoder les restes,

la science dite paléontologique

est l'art de raccommoder les os.

Lavoisier disait : "Dans la nature, rien ne se perd,

"rien ne se crée." Mais Darwin ajoutait :

"L'homme y veille jalousement.

"L'homme ce sous-officier d'avenir, puisqu'il descend du singe."

Rire

Il tousse.

Extraordinaire. Dommage, il est pas bĂŞte.

Enfin. Passons, après les monstres,

passons aux oiseaux.

La grâce, la légèreté,

la poésie, le sel de la terre.

Comme disait François d'Assise,

les oiseaux, dont la membrane…

- Je vais te faire une conférence, moi.

Je te le dis, moi. Allez…

Brouhaha

Oui, le bifton. Tu sais ce que je veux dire.

- Je suis ruiné, je sors de la clinique.

- Tu paries que t'y retournes ?

- Le "schmurz"… - Quoi ? Moi, je…

- Y en a ici que la visite n'intéresse pas.

Ah, te voilĂ , toi.

- Je disais que même chez les primaires, y a pas d'âge pour s'instruire.

- T'es guéri ?

- En convalescence. - Il peut faire une rechute.

- La visite continue. - Bien, tonton.

- Il va sans dire…

- Tu lui as filé, toi.

- Tu me prĂŞtes de l'argent ? En souvenir de Pommes-Chips.

- Je suis pas un mécène, je suis un gagneur.

J'aime pas me faire bottiner.

- J'aimerais bien être écouté. Qu'est-ce que je disais ?

- Vous disiez, monsieur,

que chez les ramphorhynchidés du Trias-Jurassique,

la queue est longue,

alors qu'elle est rudimentaire chez les ptérodactylidés.

- Pas du tout. Vous copierez 50 fois :

"Le dimorphisme sexuel chez les…"

L'horloge sonne.

Ah tiens… Cinq heures.

On ferme !

- Tire-toi, compris ?

- PrĂŞte-moi de l'argent. - Rien Ă  foutre !

OĂą il est parti ? - Se changer.

- Se changer ? - Jo !

On voulait pas partir sans vous remercier de votre gentillesse.

- Tonton, tu me prĂŞtes de l'argent ?

- Ne fatigue pas M. Absalon.

- VoilĂ , M. Absalon.

- Merci, mon jeune ami. Pardon.

- La veste. La veste…

- Qu'est-ce qu'il a ? - Il est fragile.

- Fragile. Qu'est-ce qu'elle a, ma veste ?

- Rien du tout.

- Elle est un peu…

- Vous permettez ? - Je vous en prie.

C'est une idée de ma femme.

On s'y fait. - Eh ben voilĂ .

- Merci de votre courtoisie, M. Arangeot.

- Appelez-moi Jo, je serais honoré.

Musique solennelle

Le 7 et le 9.

Le 7 et le 9.

Et le 18.

Le 7 et le 9, le 7 et le 9.

Et le 18.

Le 7 et le 9, et le 18.

Le 7 et le 9, et le 18.

Le 7, le 9, le 18.

Le 7, le 9, et le 18.

Musique joyeuse

Flush royale, 421, belote, rebelote,

et Fanny.

- Ça veut dire ?

- Envoyez l'oseille et fissa, les riches, ça attend pas.

- Que voulez-vous ?

- C'est écrit dessus.

- Le 11, le 5, le 2 ?

La dernière fois qu'on les a vus, ils barbotaient

dans la rivière.

Musique lente et sombre

- Le 11, le 5 et le 2.

Fumier de Pommes-Chips,

je t'espère en Enfer avec Judas et tous les gros dégueulasses.

Fumier, va !

Me faire paumer 200 millions…

Vingt ans de labeur…

Il marmonne.

- 1 780 000…

francs.

Par le 7, le 9, le 18.

C'était difficile à trouver.

- Dans le domaine du cheval, la fortune ne sourit plus aux audacieux.

Le tiercé exige une certaine compétence,

mais d'abord de profondes qualités humaines.

Honnêteté foncière, mœurs spartiates, esprit d'entreprise.

Mais de la musique avant tout. Et un peu de chance.

Mais si peu.

Il n'est pas nécessaire de vaincre pour persévérer.

Mes amitiés autour de vous et à lundi prochain.

Musique vive

- Y a les vents contraires,

la dégoulinante, la scoumoune,

mais y a ceux qui s'effondrent et ceux qui réagissent.

Et c'est une affaire de tour de main.

Le Jo, il l'a gardée, sa paluche miracle.

Sa pogne en zéphyr.

Le Rubens de la taille douce, le Léonard du composteur.

Quand je vais palper mes 200 briques, qui l'aura dans le baba ?

Ce fumier de Pommes-Chips !

C'est le monde moderne, ça.

Y a plus de bon Dieu, y a que des fatalités.

- Et voilĂ .

T'as encore fait le coup du faux ticket de PMU.

Il pouvait pas supporter d'ĂŞtre dehors.

- Ce que je supporte pas, c'est l'injustice.

- Te voilĂ  reparti pour la fabrication d'espadrilles.

Au fond, t'apprends un métier.

C'est pas plus mal, à notre époque.

- C'est toi que je plains, mĂ´me.

Ça va être dur de penser à moi toutes les nuits.

Chaque fois que vous me harponnez, vous brisez des cœurs.

Musique lente et sombre

Elle rit.

- Viens.

Musique légère Rires

Jérôme rit aux éclats.

Rires Musique légère

Sous-titrage TITRAFILM

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.