All language subtitles for Retour à la vie N&B (1996)1h53Drm

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Original subtitles

1945.

Deux millions de Français et de Françaises, prisonniers militaires,

politiques, sont délivrés et regagnent la France par l 'air ou par la route.

Ils ont attendu longtemps cet instant du retour qui sera merveilleux.

Pourtant, ceux qui sont partis, ceux qui sont restés ont traversé des drames

différents et le plus difficile pour eux sera de se reconnaître.

Oui, de se reconnaître et de se comprendre.

Nous allons vous raconter cette histoire de retour à la vie.

Les personnages qui ne se connaissent pas ont un trait commun qui fait l

du récit.

Dans la souffrance, ils ont tendu à devenir meilleurs, plus indulgents.

Et notre sujet, c 'est l 'immense bonne volonté de ceux qui reviennent et leur

déception de ne pas découvrir autour d 'eux le climat dont ils avaient rêvé.

Qu 'on ne nous accuse pas de pessimisme.

Beaucoup ont retrouvé chez eux des cœurs fidèles.

Nous le savons, mais nous n 'en dirons rien puisque le bonheur est sans

histoire.

Voici le retour d 'Emma.

Pourtant, ta cravate est de pravée.

Je suis très ému, tu sais.

Ce n 'est pas une raison pour te négliger devant la famille.

C 'est gentil d 'être venu si vite.

Bonjour, Tante Bette.

Dis -nous, comment est -elle ? Entrée.

Henriette et Charles sont déjà nés.

Bonjour, Henriette.

Bonjour. Ça va mieux ? Ça va.

Mais écoutez, nous ne sommes pas réunis pour un enterrement. C 'est un beau

jour, un jour de fête.

Ne parle pas trop vite.

Pourquoi ? Si tu la voyais.

On ne peut pas sortir d 'un camp de la mort en bonne santé.

C 'est déjà beau que Dieu ait permis qu 'elle en revienne. Pardon, ne mêlons pas

Dieu à cette histoire.

S 'il a bien voulu que Tante Emma en revienne, il avait admis d 'abord qu 'on

déporte. Charles, ce n 'est pas le moment de faire de la philosophie.

Henriette a raison, Tante Emma est revenue, c 'est l 'essentiel.

Dis -nous, comment est -elle ? C 'est affreux.

Elle n 'a plus d 'âge, plus de chair.

Et surtout, elle n 'avait pas de nourriture.

Un docteur m 'a expliqué que l 'estomac pouvait se réduire au point de... Vous

de mon vieux, laisse parler Tante Berthe.

Elle peut marcher ? On l 'a ramenée sur une civière, mais en s 'appuyant sur

moi, elle a pu rester quelques instants debout. C 'est déjà ça.

D 'où vient -elle ? De Dachau.

Il paraît qu 'à Ravensbrück, c 'était encore pire. La soeur de mon chef de

bureau... On s 'en fout.

Enfin, je veux dire, il ne s 'agit pas de cette dame que nous plaignons de tout

notre cœur, mais de Tante Emma.

Qu 'est -ce qu 'elle t 'a raconté ? Rien.

Je lui ai posé mille questions, elle ne répondait pas.

Elle faisait seulement des signes avec la tête.

Qu 'est -ce qu 'elle souffre ? Comment savoir ? Elle ne dit rien.

Elle a peut -être la langue paralysée ? Elle a demandé où était le chien.

Et nous ? Elle n 'a pas demandé de nos nouvelles ? Elle était si épuisée, elle

'est couché tout de suite. Sans manger ? Un petit beurre qu 'elle a mâché par

tout petits morceaux.

Ça a duré dix minutes, peut -être un quart d 'heure.

Et elle a bu deux gorgées d 'eau de vitre.

Mais vous ne voulez jamais me croire.

C 'est l 'estomac qui devient... Mais si on te croit, on a très bien compris.

Et quand tu lui as dit que son chien était mort, elle a réagi ? Non, non,

On ne sait même pas si elle entend.

Elle était sourde ? Non.

Il y a des moments où elle est présente et d 'autres où elle s 'en va.

Emma était plus lourde que moi, mais je la portais facilement.

C 'est nous, sans deux.

Deux clous qui soulèvent sa cheville.

Et cette nuit, elle a dormi ? C 'est difficile de se rendre compte.

Elle ne bouge pas.

Elle a tout le temps les yeux fermés.

Pourquoi ? Je ne sais pas.

Vers 4 heures, elle a sonné.

Elle a dit qu 'elle n 'était pas bien dans son lit. C 'était trop doux.

J 'ai tiré le matelas au milieu de la chambre.

Je vous préviens.

Je vous préviens.

C 'est terrible de la voir sur le plancher, limite, avec les yeux fermés.

Et de l 'affaire, tu n 'as pas pu lui dire un mot

? Oui, Augustin, c 'était impossible.

Attention, j 'ai téléphoné avec le notaire.

C 'est pour nous rendre service qu 'il a commis cette grave faute

professionnelle. Il exige que nous rentrions dans la légalité de toute

D 'accord.

Mais à une déportée qui rentre de Dachau sur une civière, on peut tout de même

dire bonjour avant de lui parler de son notaire.

D 'accord.

Embrassons -la.

Et puis après, abordons la question.

Tu verras dans quel état elle est.

Une minute, c 'est pas à moi de lui en parler.

On m 'a assez souvent fait comprendre que je n 'étais pas vraiment de la

pour que je m 'en mêle.

Qui t 'a jamais contesté d 'être de la famille ? Quand ?

Et dans quelles circonstances ? Oh, des nuances.

Mais je suis très sensible aux nuances, figure -toi.

Tiens, quand Henriette parlait de tante Emma dans une réunion d 'amis, elle

disait à ma tante, qui était à Dachau, mais elle aurait pu dire notre temps.

Mais non, les héros étaient de votre famille, pas de la mienne.

Eh bien, aujourd 'hui, expliquez -vous avec votre temps. Tu es monstrueux. Et

quand tu m 'accuses d 'avoir tiré vanité... Henriette, on ne répond pas à

insanités. Merci.

Ne m 'oblige pas à te rappeler que ton cousin s 'est drôlement comporté.

Jusqu 'au débarquement, il a tenu le drôle de discours.

Et pour rouler en voiture, son off -bike et son essence, où les a -t -il trouvés

? Je ne suis pas responsable d 'un beau cousin.

D 'un autre cousin, si vous permettez.

Voyons, aucun de nous ne s 'est mal conduit pendant l 'occupation.

Aucun de nous ne s 'est enrichi.

Alors, à Paris, il me s 'est piqué ses aigreuses.

Pas rien.

C 'est Charles qui, comme d 'habitude, fait sa tête de cochon.

Parce que je résiste pour qu 'on expose la situation à tant d 'aimements en

trouvant mieux que ce soit son préleveu ou sa vraie nièce qui s 'en charge. Ça

va, je lui parlerai.

Tante Berthe, à ton avis, humainement, est -ce qu 'il est possible de le faire

tout de suite ? Détite -toi, Ben.

Bon, j 'y vais.

Henriette, tu ne viens pas avec moi, tu étais sa préférée.

Je ne comprends rien aux histoires de notaire. Ça va, j 'ai compris, tout le

monde se dégonfle.

Au moment du partage, vous étiez tous là.

Vous êtes presque battus pour la maîtrise cuisine.

C 'est une mauvaise foi, Gaston. Vous avez volé la nôtre pendant l 'exode.

aviez touché des bons. Des bons, qu 'est -ce qu 'on pouvait en faire ? Nous

avions trois enfants, vous deux seulement. Et deux enfants, ça ne mange

'est formidable, votre égoïsme. Et votre cupidité, parlons -en. L 'exode a bon

dos. Les brosses, les lessiveuses en zinc, jusqu 'à la tondeuse du jardin, il

vous fallait tout. Les sinistrés, les vrais, je les respecte. Et encore.

Mais les sinistrés de la poudre d 'Iscampès, alors ça... Simone, voyons,

Henriette. Tante Emma est à côté.

Parce qu 'elle a souffert si elle vous entendait vous chamailler pour une

tondeuse de jardin hors d 'usage, je vous le rappelle, quand vous n 'avez de

jardin ni l 'une ni l 'autre. Mais Gaston a raison.

Nous avons tous nos petits points faibles.

Mais nous sommes une famille, nous les aimons tous. Bon, voyons.

Allez Henriette, on brasse Simone.

Simone, on brasse Henriette.

Voilà.

À la bonne heure.

Bon, maintenant j 'y vais.

Je remets la chose à demain, non ? Ah non, tu es là depuis une heure à te

Tu l 'as voulu, Gaston. Et je te rappelle tes propres paroles.

Tante Emma est une femme de cœur et je prends tout sur moi. Moi, j 'ai dit ça ?

Mais tu étais là devant la cheminée, avantageux et pontifiant comme d

Moi, je pontifie, moi ? Oui, tu as même répété, Tante Emma, c 'est un peu notre

mère. Elle nous donnera raison.

Que je sois coupé en rôdelles si je mens. Je mens naturellement. Toujours de

mauvaise foi.

Tu ne te gênes pas de dire que je mens ? Non.

Et tu fais bien de me le rappeler.

Parce que c 'est la vérité que Tante Emma est une brave femme et qu 'elle

toujours aimés.

Maintenant, j 'ai plus peur, j 'y vais.

Elle ne répond pas.

Elle ne dit rien.

Laissez -moi faire.

Tant est de mal.

C 'est moi, Gaston.

Tu reconnais pas ma voix ? Tu m 'appelais Totinet.

Tu m 'as reconnu.

C 'est bien parce que j 'ai maigri, hein, dame de privation.

Enfin, je veux dire... Simone et les enfants ont prié

tous les jours pour toi.

Moi aussi, naturellement.

Malgré les plaisanteries de Charles qui racontait que... Surtout,

je ne voudrais pas te fatiguer, mais... Je suis venu pour te dire que nous

allons... T 'entourer de tellement de soin et de tendresse que tu reprendras

vite le dessus.

Dans la famille, on est solide.

Tu te souviens de ton père, comme ici à son bois à 93 ans ? Et ta mère, comme

elle a dansé à la noce à Clémentine passé les 80.

Du coffre, nous en avons.

Bon pied, bon oeil jusqu 'à la fin.

Bien sûr, il limite à tout.

Justement, je voulais te dire que... L 'oncle Arthur...

L 'oncle Arthur est mort.

Deux mois après ton arrestation. D 'un coup.

Pas de femme, pas d 'enfant.

Une belle mort.

Tu as aussi un bel héritage.

Un testament de brave homme.

Droits de favoriser, chacun sa part.

La tienne est chez le notaire, pas diminuée d 'un sou.

Et pour le partage d 'immobilier, on t 'a mieux servi que si t 'avais été là.

T 'aurais été contente.

Moi, il y avait un point difficile à régler.

Pour la succession, le notaire exigeait ta signature.

Où étais -tu ? Je ne savais pas.

Nous n 'avions aucune pièce officielle attestant que tu étais arrêté.

Il suffisait pas de te réserver ta part intacte, ça, non ? Pour nous payer ce

qui nous revenait, le notaire exigeait que tu signes tes paperas.

Tant et mal, tu comprends, la... La vie devenait de plus en plus chère.

600 francs une livre de beurre, pour un petit rôti de rien du tout, 400 francs.

Tiens, sens que dans mon bistrot, j 'ai payé mon vermouth jusqu 'à 18 francs à

dé à coudre.

Tu me diras qu 'on peut vivre sans vermouth, oui.

Et même sans beurre et sans rôti.

Mais pas les enfants qui grandissaient.

Avec ton bon cœur, tiens, t 'aurais eu tout de suite pitié de leurs pauvres

mines et de leurs petites jambes.

Quant à moi, est -ce que tu m 'entends ? T 'as pas soif

? Tu veux pas que j 'arrange ta couverture, non ? Note que ça ferait l

tout mettre sur le dos des enfants, ça.

Nous aussi, nous avons de continuer de vivre pour le mieux.

Cet argent nous donnait des tentations.

On ne savait pas ce qui pouvait arriver.

Les avions venaient presque toutes les nuits.

Les femmes restaient les femmes avec l 'envie d 'un petit chapeau.

Les hommes aussi étaient eux -mêmes, ça oui.

On ne pouvait pas se dire toute la journée, il y en a d 'autres comme toi

souffrent l 'enfer.

Tante Emma, pour toucher l 'héritage, j 'ai imité ta signature.

Tu trouves que j 'ai eu tort ? Merci.

Tu es si bonne.

Si humaine.

Remarque, moi j 'avais confiance.

Je savais bien que tu comprendrais. Le notaire est dans ses petits souliers et

Charles se voit déjà traîner en correctionnel.

Voilà.

Je te demande pardon, mais...

Il faut que je te demande encore un petit effort.

Tous les papiers sont dans le secrétaire de Tante Berthe.

Pour que tout rentre dans l 'ordre, est -ce que tu peux les signer tout de suite

? Merci.

T 'agites pas.

C 'est tout de suite fini.

Elle est d 'accord.

Il ne suffit pas d 'être d 'accord.

Les paroles, c 'est du vent.

Il faut signer.

Elle va signer.

Tante Berthe, si tu veux me confier les papiers, s 'il te plaît.

Elle n 'a pas demandé à nous voir ? Non, elle ne dit rien. Pas un mot.

Mais es -tu sûr, au moins, qu 'elle a compris ? Elle a compris, oui.

Toutes vos histoires ne m 'intéressent pas. Je veux la voir, elle l 'embrasser.

Bon, ben, entre un instant.

Pourquoi Henriette et pas moi ? Entre aussi, mais surtout ne la fatiguez pas.

J 'insiste pour voir de mes propres yeux tant aimer signer l 'acte de

succession. Pourquoi ? T 'as peur que je le signe moi -même une seconde fois ?

Non, mais j 'aime les choses faites dans les règles. Allez, prends la plume et

en criez.

Les enfants m 'avaient chargé de te dire des choses, tant de choses.

Mes parents aussi.

Ils viendront vous saluer dès que vous pourrez les recevoir.

Mon père était dans la résistance et il a failli avoir de graves ennuis.

Un soir, un individu qui était sûrement de la Gestapo est venu interroger la

concierge et... Non, Simone.

Pas de moment, voyons.

Tu as toujours l 'air de dire que papa n 'a rien fait. Je n 'ai jamais rien dit

de pareil. Je vous en prie, laissez tenter ma tranquille.

C 'est encore moi.

Totinet.

Avec les papiers.

Mais... Pour les signer, il faudrait que tu te soulèves.

Tu peux le faire toute seule ? Henriette et Simon vont t 'aider.

Prenez -la chacune sous une épaule.

Là, doucement.

En même temps.

Là, tu n 'as pas mal ? Sur les deux premières pages, tu n 'auras qu 'à

tes initiales à côté des nôtres. Tu signeras en bas de la troisième.

Charles, passe la plume. Je m 'excuse, mais il faut d 'abord que tu lises à

tante Emma l 'acte de succession.

Tout ce galimatia de notaire. C 'est régulier. Charles, il y a des limites à

tout et des calottes qui se perdent. Toujours aimable.

Je m 'incline à la condition que tante Emma déclare nous faire confiance.

Tu as entendu l 'objection de Charles ? Tu es d 'accord sur tout ? Bon, passe la

plume.

Tiens.

Tes initiales, ici.

Tu veux que je te soutienne le bras, non ? Là.

Ici, maintenant.

Là. Tu signes là.

Courage, c 'est fini.

Reposez -la doucement.

T 'as pas trop fatigué ? Laissez -la te tenir.

Fabien, tu seras déjà mieux, j 'en suis sûre. Et à la fin du mois... Ça va

Henriette, laisse -la te reposer, elle l 'a bien mérité.

J 'ai l 'impression que la lumière la gêne.

Dans la pénombre, elle reposera mieux.

Que m 'appelle ?

Tu ne m 'as pas dit de quoi le chien est mort.

Or, c 'est tout simple.

Quand les amants t 'ont emmené, Follette a refusé de manger.

Même le sucre.

Elle n 'en voulait plus.

Je lui ai donné du riz, du lait, tout ce qu 'elle aimait.

Elle a gémi pendant cinq jours.

Puis elle est morte.

Tu n 'as besoin de rien.

Tu préfères que je tire le lit d 'eau.

Voici le retour d 'Antoine.

Lieutenant Macy, see me in my office at 10 o 'clock. Yes, Captain. Lieutenant

Burns, report to Major Hill in G4 on Rivoli Street. Yes, Captain.

Lieutenant Stevens.

You'll take over duty in the hotel.

Yes, Captain. Effective immediately.

Yes, Captain.

Get me the motor pool and ask for Colonel Westman. Right away, Captain.

Lieutenant Saunders is wanted on the line.

I'll get her.

Elle est partie, tu peux venir. Viens, viens, viens.

Si c 'était comme ça à la caserne, nous on sera d 'accord pour le service de

sept ans. Et alors tout l 'hôtel est à leur disposition.

Réquisitionné, qu 'est -ce que tu bois ? On va t 'apporter blanc. Mais tu

penses, j 'ai toujours un litre à ma disposition.

Ah bon ? Rien que des femmes.

Les ouattes. Elles sont gentilles.

Oh, d 'abord la discipline et puis le règlement.

Nous, ça fait mille ans qu 'on est en discussion avec l 'adjudant.

Pour elle, c 'est du tout neuf et du sérieux.

À ta santé, Antoine. À ton bon retour. À la tienne, Félix.

Après quatre ans, Paris doit paraître changer.

Pas tellement.

24 heures et je m 'y suis fermé. Moi, je n 'avais quitté personne.

Je n 'avais pas de femme, plus de parents.

Ça facilite le retour.

Non, ce qu 'il me faudrait, c 'est du boulot et puis alors ça, d 'urgence.

Bien sûr.

Note que les bars, ce n 'est pas ce qui manque.

On n 'a rien à boire et toutes les semaines, on en ouvre de nouveau.

Alors, tu pourrais me trouver quelque chose, tu crois ? Écoute, tu reviens d

stalag et tu es mon copain.

On va s 'arranger avec la direction.

Moi, je ferai mon service le jour et toi, la nuit.

Ah, parce que la nuit, les wax, elles boivent.

Non, parce que le bar était fermé. Mais s 'il était ouvert, ça ferait l 'affaire

de tout le monde.

All right.

Sous -titrage ST' 501

Don't forget about midnight.

Don't worry, Captain. I'll remember.

Sous -titrage Société Radio -Canada Sous

-titrage

Société Radio -Canada

C 'est une invitation ? Oui.

Bonne nuit.

Bonne nuit. Bonne nuit.

Au revoir.

Excusez -moi.

All right, come on.

Good night, girls. Good night.

You might as well go to bed, too.

Où allez -vous ? Je suis capitaine.

Ah, mon capitaine. Vous ne parlez pas américain ? En quelques mots, les mots

base. Gin, whisky, Coca -Cola.

Le vieux monsieur qui était bartender ici avant vous montait tous les soirs

ma chambre une bouteille d 'eau.

Il ne vous a pas prévenu ? Non.

Chambre 42.

Un petit périllé tous les soirs.

Un petit périllé tous les soirs. Yes.

Et une whisky entière tous les deux jours. Merci.

42.

42.

Whisky. Un tiers.

Hello ? Martini sec.

Eleven. Oui, d 'accord.

Martini.

Hello ? Slowly, bitte schön.

Cognac. Oui, compris.

Et de la bière. Oui.

Enfin, si vous aimez ça.

Une araignée ? Ah, une araignée au plafond.

Et vous avez peur, mon lieutenant.

Mais I am coming. Je viens, oui.

Excusez -moi.

On m 'a demandé tellement de boissons différentes.

Impossible de me souvenir. Je suis monté avec un petit assortiment.

Vous permettez ?

J 'ai sonné, mais je n 'ai pas soif. J 'ai faim.

Faim ? Si vous permettez, j 'ai décidé d 'avoir faim.

Décider ? Je ne comprends pas.

Bien faire la guerre, c 'est refuser les attendrissements.

Alors quand je sens la mélancolie, je mange.

Comprenez -vous ? Je décide que cela vient de l 'estomac et jamais du cœur.

Préparez -moi un oeuf au bacon.

Oui, votre fête de pique passe sur votre huile de cœur.

Vous connaissez cette réussite ? Ah ben, j 'ai été prisonnier pendant quatre

ans. Mais nous, nous appelions ça des patients.

Et ça, je les connais toutes. Alors, les Françaises, les Anglaises, les

Américaines, les Russes, les Yougoslaves.

Vraiment, vous ne voulez rien boire ? Rien.

Alors, si vous permettez, mon capitaine, la garnison a soif.

Partez ! Mon capitaine.

Rappelez à la garnison qu 'il est interdit de recevoir un homme dans sa

après le couvre -feu.

A vos ordres, mon capitaine.

Et le profil ? Oui.

Ah, parfait. Ah, oui.

Alors, Napoléon, je crois que c 'est peut -être exagéré, hein? Oui, vous

des ennuis.

Hier soir, j 'ai été à Tabaret et j 'ai vu le French Cancan. Vous connaissez?

Le French Cancan?

C 'est très connu, vous savez.

Avec le petit jupon blanc et puis les bas de soie noires aussi très jolis.

It's very exciting.

Et surtout, comment vous appelez ça, là, les... les fixes chaussettes pour bas

de soie?

Les fixes chaussettes pour bas de soie?

Oui, les choses, là.

Ah, les jartelles. Oui, c 'est vrai. Avec les petites roses et puis les

violettes et tout ça, c 'est très joli.

Dites -moi, est -ce que vous savez où je peux acheter des jartelles fleuries?

Mon lieutenant, personnellement, je n 'en porte pas.

Mais je puis m 'informer. C 'est très parisien. Et Fred, mon mari, il adore

tellement la France.

Et un martiné, un. Merci.

À la victoire.

Ah, Teddy!

Come on in.

Don't be so scared.

Qu 'est -ce qu 'il y a?

Excusez -moi, mon lieutenant, je croyais que vous alliez sonner.

Non, j 'ai eu envie, mais je n 'ai pas sonné.

Mais voulez -vous en profiter?

Non, je n 'ai pas soif.

Teddy, are you thirsty?

Non, il n 'a pas soif.

Mais, mon lieutenant, est -il autorisé que, passé l 'heure du couvre -feu, un

individu du sexe mâle se trouve dans votre chambre et même dans votre lit?

Mais Teddy n 'est pas un homme.

Il est à lui tout seul, tous les hommes du monde.

Vous ne pouvez pas comprendre.

Oh, croyez -vous.

Enfin, excusez -moi pour le dérangement.

Et dormez bien tous les deux.

Quel drôle d 'armée.

Bartender.

Bartender.

Quelle grade avez -vous dans la main française?

Euh, caporal.

Eh bien, caporal.

Venez avec moi.

Oh, obéissez au vôtre supérieur. Entrez, entrez.

Voilà, très bien.

Très bien.

Votre lieutenant.

Elle en avait assez des étapes qui grattent. Des gaudiots, des ceinturons,

calots. La guerre est trop longue.

Et ce soir, pour un moment, elle est finie.

Entrez. Entrez.

Posez votre plateau là.

Nous sommes de sortie.

Moi, robe de soie, et vous... Un moment.

Voilà. Non, non, c 'est mieux. Attends, attends.

C 'est bien.

Oh, cher ami, comme c 'est aimable à vous d 'être monté me dire bonsoir.

C 'est bien, répondez -moi.

Il faut répondre quoi ? Ce que vous voulez.

Que ma robe est exquise.

Que je suis en beauté.

Mais, mon lieutenant... Oh, je m 'appelle Evelyn.

Asseyez -vous là.

Vous allez très bien.

Je dois m 'asseoir ? Oh, puisque je vous le dis.

Voilà.

Un drink.

Que puis -je vous offrir ? Mon petit bain n 'est pas mal sorti.

Martini ? Whisky ? Non, je vous assure. Oh, laissez -moi faire.

Vous ne savez pas quel plaisir c 'est pour moi de vous recevoir.

Et de vous servir.

Et de porter enfin des souliers qui me font mal.

Beaucoup d 'eau dans le whisky ? Je suis horriblement gêné.

Vous ne comprenez pas que c 'est un jeu.

On nous a demandé les choses trop graves, trop longtemps.

Vous ne voulez pas jouer avec moi ?

Evelyne,

combien de fois devrais -je vous répéter que je n 'aime pas trop d 'eau dans le

whisky ? Vous connaissez ma tête, Lina ? J 'ai même oublié votre prénom.

Ecoutez, ça, ce n 'est pas gentil.

Antoine. Antoine.

Il y a des cigarettes à côté de vous. Freinez.

Vous avez du feu, Antoine. Oh, mais bien sûr.

Qu 'est -ce que c 'est que ça?

C 'est le briquet français.

Oh, c 'est ce qu 'on fait de mieux aujourd 'hui, oui. Plus d 'essence et

'allumettes. Alors, c 'est le système qu 'on employait dans les cavernes. La

pierre à feu et la madouce en flamme.

C 'est très difficile à allumer, mais pour l 'éteindre, on y parvient rarement

du premier coup. C 'est amusant avec de la cordelière.

Nos briquets sont tous les mêmes.

S 'il vous plaît, il est à vous.

Oui.

Oh, Antoine, vous êtes toujours si adorable.

Hello.

Captain Baxter ? Qu 'est -ce que c 'est ?

Vous n 'avez

pas peur de réveiller tout l 'hôtel ?

Oh, Antoine.

Antoine, c 'est très difficile à dire.

Savez -vous de quoi j 'ai envie ? Une envie folle.

Je crois.

N 'allez pas vous tromper.

Non, je ne crois pas.

Et vous avez deviné.

C 'est aussi merveilleux. Vous avez une envie folle, irrésistible de sauter le

mur et d 'aller danser.

Oh, Antoine, comment avez -vous compris ? J 'ai pas mal souffert en quatre ans.

Par un peu moins bête et un peu plus délicat.

Alors, on y va ?

Si on vous semble. Je rétablis le régime sec. C 'est très bon pour le foie.

Mais si on vous finit. Si vous faites des fortes jobs.

Tant pis.

C 'est mon retour.

C 'est autrement, je ne l 'avais imaginé, mais c 'est beaucoup mieux.

Allez.

Oh, je vous adore.

Raison de plus pour aller danser. Seulement, il ne faut pas faire de

Alors, sur la pointe des pieds.

Allez, jetez un coup d 'oeil. Si le chemin est libre, faites -moi aussi.

Si une faute a été commise, c 'est par moi.

Par moi tout seul.

Vous, je ne vous demande qu 'une chose, mon omelette.

Mais je peux pas tout faire à la fois, moi. Suivez -moi au bar ou de nouveau

vous allez disparaître.

Come on.

Mon capitaine, si vous le désirez, je peux vous servir dans votre chambre.

Je préfère ici.

Alors, mon capitaine, vous m 'autorisez à passer dans la cuisine ? Je suis

curieuse de vous voir en cuisinier.

Ah non.

Finalement, je vous fais combien d 'œufs ? Un seul.

Vous vous croyez donc tellement irrésistible ? Moi ? Oh, pas du tout.

Je sais très bien que jusqu 'à minuit, personne ne m 'avait remarqué.

Oui, le barman faisait partie du mobilier.

Ça n 'est qu 'après, quand les autres sont partis, qu 'on s 'est aperçu que le

barman aussi était un homme.

Je vous sers à toutes du catalyseur.

Vous n 'êtes pas irrésistible, mais vous êtes très gentil.

Merci.

Je ne prouve ni le beurre, ni les oeufs.

Et je n 'ai même pas de poids à la frire.

Je dois dire que c 'est la première fois que j 'entre dans ma cuisine.

Moi aussi.

Mais je parie que vous trouverez les oeufs ici, le beurre là, et quand à la

la frire, elle vous crève les yeux.

Comment faites -vous ? La cuisine, c 'est le vrai champ de bataille d 'une

femme. Laissez -moi faire et asseyez -vous. Mais non, mais non, c 'est à moi

préparer.

Faites ce que je vous dis sans discussion.

Avez -vous faim ? Moi ? Oh non.

Oh, dites que vous avez faim.

Pourquoi? Pour me faire plaisir.

Avec Harry, quand nous revenions du cinéma, souvent il avait faim. Il me

Betty, deux oeufs.

Ça m 'embêtait, mais je les faisais quand même.

Je ne savais pas que c 'est merveilleux de faire cuire quelque chose pour celui

qu 'on aime.

Betty!

Voulez -vous me préparer deux oeufs, je vous prie ? Et faites attention qu 'ils

ne soient pas cassés comme l 'autre fois.

Je vais essayer, chérie.

Ce soir, j 'ai trouvé le film idéal.

Vous parlez ? Complètement.

Il n 'y a que cette petite qui jouait le dactylo qui était assez charmante.

Tiens, et elle avait de jolies jambes. Oh, mais les plus jolies jambes du

ce sont les vôtres, mon capitaine.

Oh, pardon.

Ce sont les vôtres, chérie.

Merci.

J 'ai perdu

mon

briquet.

Vous permettez ? Merci, mon lieutenant.

Vous avez laissé votre plateau dans ma chambre.

Ce serait mieux si vous mentiez de reprendre avant mon retour.

Good night.

Alors, Betty, c 'est eux. C 'est pour demain?

Il n 'y a plus d 'eux et plus de Betty.

Partender, appelez -moi capitaine. Et notez bien ceci.

Si je vous sonne parce que j 'ai faim ou soif ou besoin de quoi que ce soit, je

vous interdis de monter dans ma chambre.

Laissez -moi sonner sans me répondre jusqu 'à ce que je renonce.

À vos ordres, mon capitaine.

Bonsoir, catalyseur.

Un dernier mot.

Vous rentrez en captivité et je ne veux pas vous faire perdre votre job.

Mais à l 'avenir, vous serez barman de jour.

Et le vieux monsieur, barman de nuit.

C 'est à se demander pourquoi les wax ont besoin d 'un barman la nuit.

On ne sonne jamais.

Voici le retour de Jean.

Je voudrais 50 grammes de pain. Viens, mademoiselle.

Oh, cet enfant ! Tu ne peux pas te tenir tranquille, non ? Bébé, je vais me

fâcher. Faut qu 'elle se fonge, s 'en prie. Elle est énervée, ce petit.

Quand est -ce qu 'on sera chez nous ? Il n 'y a pas de nouveau pour le départ ?

C 'est encore remis. On vit dans les bagages, cette guette. Avec l

'administration, il ne faut jamais être pressé. Mais moi, je le suis.

Il y a au moins 10 personnes qui attendent après votre chambre.

Alors, mademoiselle Platin, on a bien mangé ? Légèrement.

Ah, mais ça vaut mieux pour le soir.

Eh bien, mon commandant, ça va l 'appétit ? Ça va mieux que les rations.

Il n 'y a pas grand dans les gamelles.

Et encore, il ne faut pas vous plaindre. Pour le prix d 'ici, ailleurs, il n 'y

a pas de dessert.

Vous avez été docteur.

Monsieur Girard n 'est pas plus malade ? Oh, pas plus que d 'habitude.

Mais maintenant, c 'est un nouveau genre. Monsieur vient manger après tout

monde.

Il commence à attiger, notre ami Girard. À l 'offre -là que j 'observais avec

tous les autres, il n 'était jamais le dernier, tu te rappelles ? Les copains

captivité, c 'est sacré, d 'accord.

Mais s 'ils lui font un service spécial, il y a le risque.

Pleure plus.

Le voilà.

C 'est malheureux quand même.

Allez vers Boutralpa, t 'es plus custo. Fais -nous le voir, ton cœur d 'or. Je l

'ai assez montré.

Quand on est rentrés, sans moi, vous saviez seulement pas où loger.

Et maintenant, je pourrais drôlement les louer, mes chambres. C 'est plus cher.

Pour un petit moment, ou pour toute la journée ? Comme ça, on aurait peut -être

un peu d 'eau chaude.

Mange, il est temps, tout le monde a fini.

Je n 'ai pas faim.

Vous permettez ? Qu 'est -ce que je vous dis que je n 'ai pas faim ? Ce n 'est

pas comme moi.

J 'ai vu trois guerres, mon cher monsieur.

70, 1914 et celle -ci.

Et jamais ça ne m 'a coupé l 'appétit. J 'ai un moral de fer.

Comme le baréchal.

Donnez -moi un morceau de fromage.

Tu exagères, tu sais, il faut te forcer.

Votre atout est bien raison, Gérard.

Nos prisonniers doivent se fortifier.

Il faut refaire la France.

Elle s 'est passée de moi pendant cinq ans. Elle se sert fort du ciel.

Avec une mentalité pareille, pas étonnant qu 'on ait perdu la guerre.

Laisse -la.

Ah, au fait, je reçus ça.

L 'amicale du 15ème, c 'est le but d 'organiser un gala.

Il faut dire que les deux copains seront là.

Je l 'ai vu pendant assez longtemps.

Il ne s 'agirait rien moins que d 'Hitler accompagné d 'Eva Brown et de

Bormann. Ils auraient réussi à quitter Berlin en flamme à bord d 'un

qui les aurait conduits jusqu 'à un port hollandais où tout était prêt pour

cette éventualité.

La guerre dans le passé...

Ben quoi, Gérard, qu 'est -ce qui te pend ?

Si la guerre ne vous intéresse pas...

C 'était pas une raison pour en priver des autres.

Tant pis, ne fais pas l 'imbécile, viens manger. J 'en ai marre, tu m 'entends ?

Marre d 'une histoire de prisonnier, marre de la radio, marre de vous tous.

Tu as surtout besoin de ta piqûre, tu es à bout.

Et je suis à bout, et j 'en suis ravi.

Parce qu 'au bout du bout, il y a peut -être autre chose.

Quelque chose qui me changera de mon gueule.

Et de la mienne.

Je vais t 'attendre chez toi.

Dernière quittance de loyer, certificat médical et certificat de domicile,

livret militaire et attestation de votre dernier employeur à la date du 16 juin

1939.

Attestation qui, pour être valable, devra être...

Vous êtes souffrant, monsieur Girard.

Ces imbéciles m 'ont coupé le peu d 'appétit qui me restait.

C 'est tout.

Vous voulez une tasse de chocolat ? Une petite tasse avant de dormir ? De toute

façon, j 'en fais pour moi. J 'en ferai pour deux.

Excusez -moi, voilà le docteur.

Chez vous, tout à l 'heure.

Quand la piqûre vous aura fait du bien.

Non, pas la peine.

Quand le mâle s 'endort, j 'en profite pour en faire autant.

Vous êtes terrible.

Il est terrible.

N 'est -ce pas, docteur ? Il était déjà comme ça au camp. Rien ne lui faisait

envie. Si, manger de la viande et faire l 'amour.

Oui. En somme, vous êtes un homme normal.

C 'est de la jambe que j 'ai été blessé.

Pas ailleurs.

Il faudrait que vous trouviez un intérêt dans la vie.

Je me suis prêt dans deux minutes.

Alors, je vous laisse.

Moi, ça ne me gêne pas.

Eh bien, je montrais tout à l 'heure.

Et vous le prendrez, mon chocolat, de gré ou de force.

Punaise.

Il ne te dit rien à son chocolat ? Il doit être bouillant, tu sais.

Eh bien, vas -y.

Elle demande quelle place c 'est. Je ne dis pas non. Elle est encore

appétissante, cette fille -là. Ah, la tienne.

Moi, les femmes, c 'est fini.

Comme le reste. Tu n 'es quand même pas devenu impuissant ? Impuissant à tout,

oui. Un puissant à vivre, à travailler, à aimer.

La paresse, c 'est terrible.

Je me suis enquilosé à ne rien foutre.

Maintenant, il n 'y a plus qu 'une chose qui m 'amuse, c 'est essayer de

comprendre.

On m 'a fait une âme de spectateur et je suis d 'ailleurs mauvais public.

Heureusement que tu n 'apprends pas ça au monde.

C 'est pour ça que j 'ai donné ma démission.

Quand je saurai quoi leur dire, je reprendrai du service.

Fais voir ta guipole.

Mais pareil, pas mal, les Toulibans.

Les Sentinelles non plus.

Il ne fallait pas chercher à t 'évader.

Surtout pour ce que tu fais ici.

Tu pouvais méditer aussi bien là -bas, en vase clos.

Je n 'aime les prisons que quand la clé est à l 'intérieur.

Il va falloir te secouer, mon vieux. Si tu ne te décides pas à marcher un petit

peu, tu verras ta femme dans six mois.

Regarde -moi, avec mon installation à la banque. Je n 'ai pas d 'appartement,

mais je fais déjà un peu de clientèle.

Tant mieux pour toi.

Ça recommence.

On tire sur quelqu 'un.

Oui.

On dirait.

Bien sûr.

La fête continue.

Vous entendez ? Ça vient de là -haut.

N 'ayez pas peur, je suis là.

Sur qui est -ce qu 'on tire ? Rentrez chez vous, vous le verrez bien.

La

lumière,

les rideaux.

C 'est sur vous qu 'on dirait ? Sur nous.

Il y en a plusieurs ? Deux. Deux prisonniers, Valet. Blechés ? Il y en a.

Allez, vache.

Une minute.

N 'ayez pas peur.

Je reviens.

Je reviens.

Calin, ouvre, chez moi.

Dépêche -toi.

Oh,

pardon.

Tu te rends compte ? Ben, décroche -toi, je t 'en prie, j 'ai besoin de toi.

Tu es plus malade ? Ben, vas -y, puisqu 'il te le demande.

Allons -y.

J 'ai un blessé chez moi.

Un quoi ? Un frite s 'est évadé, il a les flics derrière lui. Allez, viens.

Qu 'est -ce que vous attendez ? Circuler ou quoi ?

Je ne peux rien faire ici tout seul.

Il faut le mener à l 'hôpital.

Quoi ? Pas d 'hôpital, non.

Près de l 'hôpital, la prison.

Je ne veux pas. Mais puisqu 'on ne peut pas te soigner ici.

Ça n 'est égal.

Gardez -moi ici.

Une heure.

Une heure seulement.

Partirez tous seul après.

Tu partiras les pieds de vent, oui.

Je ne peux pas prendre cette responsabilité.

Il faut.

Ayez pitié.

Donne -moi un coup de main, on va me coucher.

Dans ton lit, madame.

Merci.

C

'est

quand même bizarre qu 'il veuille pas se laisser soigner.

Comme si on les tenait.

Vous voyez, dans l 'immeuble, tous les deux, il y en a un qui doit être encore

armé.

Merci, monsieur le commissaire.

Envoyez -moi tout ce que vous voudrez, pas besoin de mandat.

Si vous voulez, je vais les avoir recueillis avant qu 'ils arrivent.

Allez, en route.

Ça y est, c

'est tout.

Eh bien, nous voilà dans le beau drap.

Qu 'est -ce qu 'on fait ? Soigne -moi.

Je suis malade. Soigne -moi.

C 'est un débat.

Vous avez la clé ?

Hélas,

il doit déjà dormir.

Police ! Entrez.

Il y a longtemps que vous êtes dans cette chambre ? Trois quarts d 'heure,

ami Girard est malade.

Vous n 'avez rien vu d 'anormal ? Non.

Rien entendu ? Non.

Tant pis, on s 'en va.

Pardon, messieurs.

Allez, venez, ne parlons pas de ça.

Tu as gagné.

Nous sommes frais.

Tout ça pour un type qu 'on aurait descendu sans y penser.

Il n 'y a pas un an.

Ou qu 'il nous aurait descendu.

On va tout de même lui faire un peu de morfine.

Je vais chercher ce qu 'il faut.

Il ne doit pas être à la noce.

Pas eu trop peur ? Si.

Mais j 'ai cru que vous alliez parler.

Pas question.

Moi aussi j 'ai été prisonnier.

Traqué.

Moi aussi j 'ai eu les flics derrière moi.

J 'ai été aplati dans la neige.

Du côté de Kelly Bell.

Tu connais ça, toi, Calisbell ? Non, München.

Que tu es si pressé que ça d 'y retourner ? Là -bas, ma femme, mes

besoin de moi.

Vous êtes mariés ? Ah non, alors.

Pour ce que c 'est gay, la vie.

Joli cadeau à faire à quelqu 'un.

Vous parlez français couramment ? J 'étais professeur de langue.

Ah, vous aussi ? Madame, on est propre.

Qu 'est -ce qu 'il y a ? Il n 'y a rien ?

Non, mais ils sont passés chez moi.

Ils m 'ont parlé.

Tu sais qui c 'est, ce type -là ? Oui, je sais. Un pion comme moi et un pauvre

type. Tu crois ça ? C 'est un beau salaud.

Il est condamné à mort, comme son copain.

Oui.

Pourquoi ? Demande -le lui.

Eh bien, parlez.

Pour avoir fait mon devoir.

Grand devoir, ce salaud.

Il a torturé de sa main je ne sais pas combien de types.

Des hommes, des femmes, toutes fourbilles, quoi.

C 'est vrai ? Parlez.

On ne comprendrait pas. Et puis, ce n 'est pas le moment de discuter. Un

prévenir les flics.

Pourquoi n 'as -tu rien dit, toi ? Je l 'ai bouclé dans ton intérêt.

Après tout, c 'est ton invité, pas le mien.

Eh bien ? On a le temps.

Alors, je me tire.

Prisonnier évadé, ça va. Bourreau, je n 'en suis plus.

Fais -lui d 'abord sa morphine.

Tu t 'en iras après.

Tu es dingue, non ? Tu trouves qu 'il n 'a pas mérité de souffrir, celui -là ?

Il ne s 'agit pas de ça.

Je veux qu 'il ait la force de parler.

On ne parle pas bien quand on souffre.

Demande -lui donc son avis là -dessus, tiens. Je t 'en prie, fais -lui sa

morphine. Qu 'est -ce que tu peux bien avoir à dire à une ordure pareille ? Il

'est pas curieux.

Voilà un homme comme nous.

Il a une tête, des yeux, un cœur pareil au nôtre.

Une femme.

Des enfants à qui il caressait les joues pendant ses permissions.

Et c 'est cet homme -là qui, pendant quatre années, a torturé un tas de gens.

Tous les jours, comme on vit au bureau, il a enfoncé dans de la chair vivante

des choses qui coupent, qui brûlent.

Et tu n 'as pas envie d 'essayer de comprendre ? Non, ça ne m 'intéresse

Je ne veux pas y penser.

Tu as peur de savoir, hein ? Pas moi.

Fais -lui sa piqûre.

Ils s 'adurent encore un peu, ils nous enverront les tanks.

Et non, ne te trompe pas, ne le tue pas.

Pas encore.

Il va avoir le cœur faible.

Il en faudrait quatre fois comme ça, alors. Tant mieux.

Il faut que je sache, tu crois ? Là -bas, au camp, tout était simple.

Quand on s 'est battus avec un gars et qu 'on s 'est fait torcher, on lui tend

la main et on n 'a pas le plus.

Seulement, tout d 'un coup, en arriant ici, j 'ai appris le reste.

Les déportations, les camps, les fusillades, les tortures.

Alors là, j 'ai chaviré.

C 'est comme un vertige qui m 'a pris et qui ne me lâche plus.

Ça me revient la nuit, je suis hanté.

Calme -toi.

Comment tu te calmes quand ça continue ? Parce que ce qu 'ils ont inventé, enfin

réinventé, ce qu 'ils ont sorti de la nuit, ça dure toujours.

Ça n 'a pas arrêté.

C 'est tout de même pas la même chose.

Exactement. Maintenant, l 'habitude est prise.

Pendant que je te parle en ce moment, je suis sûr qu 'il y a quelque part dans

le monde...

Des hommes qui crient sous le frais de l 'autre homme. Des nerfs qu 'on

tenaille. Des vies qui se brisent dans les hurlements.

Et ça, c 'est insensé.

C 'est impensable.

Pour moi, en tout cas.

S 'il y a une explication, je vais la connaître.

Et il est le seul à pouvoir me la donner.

Tu appelleras les flics après ? Peut -être, je ne sais pas.

Probablement.

Faut décider.

Mais c 'est pas ton affaire, mon vieux.

Personne ne t 'a chargé de rendre la justice.

D 'ailleurs, elle a déjà été rendue par de vrais juges. Ce bonhomme -là leur

appartient. Si tu savais ce que la justice des autres peut ne pas m

'intéresser... Tiens, écoute là ce que je pense.

C 'est pas la justice, ça, c 'est la police.

Elle aussi marche avec des gros souliers.

Alors, mon cher confrère, ça va mieux ?

Vous pouvez parler maintenant.

Vous avez entendu ? Expliquez -vous.

C 'est tout ? Il faut.

Laisse -le assis, j 'en ai marre.

Donne -lui un verre d 'eau.

Il n 'y a rien. Il est sur le toit. Tenez -vous prêts. Parce que vous n 'y

pas vous -même.

Il n 'y a qu 'une lucarne pour passer là -haut. Il est armé.

Allez, allez, foutez -le.

Armez vos mitraillettes.

En avant.

Voulez -vous fermer vos fenêtres là -haut ?

Bon.

Eh bien, maintenant, allons -y.

Pendant des séances, quand le sang giclait, que les yeux se réveillaient,

vous faisait plaisir ? Non, c 'était horrible.

Au début, j 'ai vomi. Mais vous vous êtes habitué.

Vous avez appris à manier de sang froid la neige de bœuf, n 'allant pas souder,

proprement, correctement.

Et à ce moment -là, vous ne pensiez plus à vos gosses, bien sûr.

Vous pensiez à autre chose.

Et je sais bien à quoi.

Non, je souffrais avec eux.

Naturellement, il faut ça.

Et quand c 'était fini, tu te lavais les mains et tu courais au bord d 'elle.

Oui. Vous avouez ? Pour ne plus voir, ne plus entendre.

C 'est faux ! Regarde -moi ce type, Bernard.

Tu sais quelle a été sa plus grande chance ? De se cacher chez un connard

toi.

Il est projetteur, maintenant.

Je vais t 'expliquer, Bernard.

La bénédiction de sa vie, ça a été la guerre.

Sans la guerre, il aurait continué à vivre tranquillement entre ses bons

élèves et sa chambre de famille, en rêvant toutes les nuits qu 'il découpait

femme en morceaux.

Mais il y a eu la guerre avec tous ces perfectionnements.

Et il a découvert de quoi il était capable.

Il a pu travailler dans le vrai, dans le saignant.

Enfin, vous vous trompez.

Je ne suis pas un sadique.

Je me suis endossé parce qu 'il le fallait.

Mais la première fois, j 'ai été malade.

Très malade.

Oh, c 'est fâcheux.

Mais après, on s 'habitue à tout.

Vous êtes sûr que vous n 'aimiez pas ça?

Vous pouvez le jurer ? Je le jure.

Alors, tant pis pour vous.

Qu 'est -ce que tu dis ? Il n 'a pas d 'excuse.

Ah, ben, tu parles d 'une excuse.

Alors, s 'il t 'avait dit qu 'il s 'excitait en massacrant, tu lui aurais

ta bénédiction.

Les fous, c 'est fait pour l 'asile, pas pour le poteau.

Mais il n 'est pas fou.

Il prend ses responsabilités, n 'est -ce pas ? Je les prends. Alors, la seule

excuse de la cruauté, monsieur, c 'est d 'être efficace.

La brutalité n 'a pas de sens.

On ne fait pas parler un homme en légifiant.

Quand on a battu et qu 'il n 'a rien dit, si on s 'arrête, tous les

coups qu 'on a donnés, toute la douleur qu 'il a sentie, c 'est inutile, c 'est

mauvais.

Alors, il faut continuer, toujours continuer, pour avoir eu

raison.

C 'était impensable.

Comme vous dites, c 'était un bourreau, gratuitement.

Mais vous n 'avez pas toujours réussi.

Certains sont morts sans avoir parlé.

Oui, c 'était affreux.

Mais vous, comment le fiez le lendemain ? Le soir, mais.

C 'est le TV.

Il fallait effacer ma défaite à mes yeux ou me faire sauter la cerfie.

C 'était peut -être la vraie solution ? Docteur, on n 'a pas le droit de se

tuer. Quand on a la voie, nous devions gagner la guerre.

Vous l 'avez perdue.

Je le devais quand même.

J 'avais choisi de croire.

La grande échelle.

Essayez de me reprendre, puisque vous ne m 'avez demandé pas.

J 'avais 20 ans, après l 'autre hier.

J 'ai passé ma jeunesse dans le désordre.

L 'Allemagne était comme une fourmilière sur laquelle on a marché.

J 'étais seul, affreusement seul.

Un jour, l 'appellement s 'est réformé et je me suis senti un membre de ce

corps.

Je me suis donné tout en vie.

Je me suis perdu, comme on se perd en amour.

Quand la guerre est venue, je ne me suis pas répris.

Et vous avez choisi la besogne la plus ignoble.

Extrême. Parce qu 'il fallait que quelqu 'un en fasse et que je m 'en sente

capable.

Vous en auriez fait autant s 'il avait fallu.

Jamais. Tu m 'entends ? Jamais.

Tu crois avoir raison parce que tu raisonnes bien, mais tu as tort.

Et tu aurais cent mille fois plus raison ou tu aurais encore tort.

Parce que tout ça n 'est pas vrai.

On ne prend pas une femme dans les couches.

On ne découpe pas des lanières dans le dos d 'un homme quand on n 'est pas un

monstre.

Tu parles de patriotisme.

Qu 'est -ce que c 'est qu 'une patrie qui organise des écoles de torture ? Et

'est quand où vous faisiez marcher des hommes à quatre pattes ? Où vous les

attachiez dans des niches à chiens ? Où vous les faisiez hurler comme des bêtes

? Jusqu 'à ce qu 'ils aient perdu la notion qu 'ils étaient des hommes.

C 'est ça qui est inespiable.

Parce qu 'au -dessus des patriotes, au -dessus des églises, il y a l 'homme.

La personne humaine.

Le respect de l 'homme.

La confiance en l 'homme.

Et tout ça, vous l 'avez aplati, barbouillé de sang.

Et à cause de ce que vous avez pu faire, on est honteux tous autant que nous

sommes.

Quand est -ce qu 'on pourra oublier tout ça ? Retrouver un peu d 'espoir ? Quand

est -ce qu 'on sera guéris ? Répond ! Trapez -le ! Il est trop mal.

Si vous étiez un prêtre, vous me laisseriez mourir tranquille. Je ne suis

prêtre.

Et puisque j 'ai le droit de juger, j 'en ai aussi le devoir.

Et mon jugement est que tu ailles crever ailleurs.

Vous vous êtes mûrs en dehors de l 'humanité.

Restez -y ! Je me sens solidaire de tous les hommes, mais pas des monstres.

Allez, qui s 'en arrive ? Ouvre la fenêtre, prenez -toi ! Allez, debout !

lève -toi ! Qu 'est -ce que c 'est ? C 'est comme ça que nous sommes, nous, les

forts, les maîtres.

Et tu connais, mon vieux ?

Sous -titrage Société Radio -Canada

Même moi.

C 'est contagieux, Bernard.

J 'ai frappé un blessé. Un blessé qui me demandait asile.

Ça t 'apprendra à vouloir rendre la justice toi -même.

La justice ? Dire qu 'il va falloir livrer ce gars -là.

Et qu 'ils vont le guérir avant de le fusiller.

On ne risque pas de le guérir.

Dans quelques heures, tout sera fini.

Tu jures ? Il va en baver jusqu 'au petit matin, mais ce sera tout.

Toi.

Va chercher les clics.

Ça n 'a plus d 'importance.

Vas -y, je prends tout sur moi.

Allez, c 'est doucement, là -haut.

On a eu. On va.

On a tout pris dans la couvercle.

Tu parles d 'un déménagement.

Non,

madame,

je ne sais pas ce qui se passe. Et je le saurai, je ne vous le dirai pas.

Si vous existez, pardonnez -lui, pardonnez -moi.

Où est -il?

Là, voilà, il est à vous.

Faites -en ce que vous voudrez.

Mais il est mort.

Évidemment.

Voici le retour de René.

Tu trouves qu 'on n 'a pas fait notre temps ? Un peu de

patience, ça va y être.

Eh bien, on va pouvoir y aller.

Mon colonel Deschamps de Figaro, je n 'y suis pas en train. Non, non, on va

commencer. Le délégué du gouvernement vient d 'arriver. Où est -il ? Là -bas.

Ah, je... Oh non, non, non, non, non, non, non, non, ne le dérangez pas.

Vous vous retrouvez dans notre chère France.

Tous, seulement, entre Français.

Monsieur Derrier, vous êtes prêt ? Oui, mais je vous attendais. Parfait.

Brugnon ! Oui, mon colonel.

Merchant ! Allez, allez, Brugnon, allez, redémarrez tout de suite.

Ah, comment sommes -nous ? 495, mon colonel.

495, voyons.

Martin René. Allez me chercher Martin René, tout de suite. Martin René, allez

chercher. Oui, sergent.

Martin René ! Martin René ! Il n 'y a pas de Martin René, là -dedans ? Non, il

doit être à la douche.

Martin René ! Déshabillez -vous, suivant.

Suivant. Ah, tu te rends compte ? Non. C 'est la dernière fois qu 'on en tue de

ça. Oh, comment c 'est si fait ! Oh, je n 'arrive pas.

Merci, mon lieutenant.

Il n 'y a pas de poids, mon petit.

Ah, c 'est pas trop chaud ? C 'est pas trop froid ? Non, mon lieutenant, c 'est

au poil.

Parce que vous savez, il faudrait le dire.

Vous

êtes

le quinze cent millième.

Qu 'un cent millième prisonnier qui rentre. Et alors ? On l 'a trouvée. Ça

être. Vous êtes pressé ? Mais c 'est que je préside en 11 heures mon comité d

'épuration. Et qui jugez -vous ? Aujourd 'hui, des femmes de journée qui

faisaient le ménage à la propriétaire d 'Astafalion Majestic. C 'est que c

'était bien pédible.

Je crois que la fameuse Mme Charlie Cranval a été épurée avant -hier.

Oui, elle a été acquittée.

Non, sans blague.

Je la connais. Elle a terriblement collaboré.

Oui, mais non, il paraît qu 'elle était de la résistance.

Vous connaissez Martin Rony ? Avancez, mon ami, avancez, avancez.

Monsieur le délégué, voici notre homme, Martin Rony.

Bonjour, mon ami.

Eh bien, je tiens à vous faire toutes mes félicitations. Il n 'y a vraiment

de quoi. Je vous en prie.

Je tiens, mon ami, à vous féliciter pour avoir cinq ans sagement, modestement

accepté la cruelle discipline de la captivité.

Cinq ans payé la défaite de son pays, sans même, par honnêteté scrupuleuse,

chercher l 'évasion salvatrice.

Cinq ans stoïquement souffrir dans sa chair, car vous avez été blessé. Oui, c

'est en essayant de m 'évader.

Éclairé par les erreurs de la guerre précédente, nous allons faire ensemble

France laborieuse, juste et fraternelle.

C 'est pour moi qui ne suis qu 'un modeste délégué du gouvernement

membre du Conseil supérieur de la République, attaché auprès de M. le

de la Guerre, président d 'honneur de ce comité d 'accueil.

C 'est pour moi, dis -je, une immense joie de vous tendre les bras.

Vous êtes pour nous un inconnu, certes, d 'où le symbole.

Et vous vous appelez Martin.

Autrement dit, vous n 'avez pas de nom.

Vous êtes l 'inconnu type, l 'anonyme par excellence. Et pourtant, pour la

France... Non, vous n 'êtes pas cet inconnu.

Vous êtes le quinze cent millième fils qui lui manquait.

Dites -donc, dites -donc, mais non, mais non, on a sauté deux. Non, c 'est pas

lui le quinze cent millième, c 'est un autre. Allons bon, oui, alors on

recommence. Non, mais je n 'ai plus le temps. C 'est la meute Albert le quinze

cent millième. La meute ? Ah, la rosse. Ah, ben tant pis, laissez courir, à deux

brins, le geste est le même.

Allons -y.

Acceptez donc que la France toute entière, par mes bras, vous tende les

Quand c 'est pour la meute, il faut le rendre à sa femme.

Cher quinze cent millième, acceptez de la part du pays cette oeuvre d 'art.

Gage de sa somnissitude et de sa joie.

Le son vous en fait des positaires, soyez -en dignes et souriez aux

photographes. Voilà.

Alors, vous disiez, vous avez été blessé en tant que vous émanez.

M. Martin, s 'il vous plaît. M. Martin n 'est pas là, il est prisonnier.

Morteuse.

Oh, pour l 'exemple.

Ça fait plaisir. Vous êtes blessé ? Non, c 'est rien, c 'est un souvenir des

boches. Oh, voyez -vous, ça c 'est boche tout de même.

Vous avez bonne mine, vous n 'avez pas changé.

Monsieur, la fille va bien ? Oui, ça va, ça va.

Oh, il vieillit lui aussi.

Il vient de partir justement en tirer à sa commissaire d 'expérimentation. Ah

oui ?

Vous êtes monté chez vous ? Non, pas encore, j 'y vais.

Oh, ben, entrez, entrez donc.

Qu 'est -ce que vous apportez là ? Ah, ça, c 'est la France, c 'est émue et

compatissante. Ah, c 'est joli.

C 'est en bronze ? Ah non, c 'est une imitation.

Qu 'est -ce que vous faites là ? Oh, mais, mais, asseyez -vous donc.

Je trie les tickets pour le boulanger.

D 'un côté les vrais, de l 'autre côté les faux.

Ce sont les vrais ? Non, les faux.

On triche beaucoup.

Vous savez, les gens sont plus honnêtes qu 'on le dit. La première quinzaine, c

'est rare qu 'il y ait des faux. Puis la seconde quinzaine, c 'est rare qu 'il y

ait des vrais.

Qu 'est

-ce

qui se passe ? Vous n 'allez pas me le rappeler, tiens.

Cette fois, je vous ai entendu l 'appeler votre linotte, ma muguette,

'elle oubliait tout.

Elle oubliait d 'acheter du pain, elle oubliait son sac dans les boutiques, son

parapluie. Mais enfin bon, j 'ai compris, elle m 'a oublié.

Vous êtes parti trop loin et trop longtemps, M. René.

On est parti il y a trois mois.

Avec quelqu 'un ? Bien sûr.

Mais ça, il faut dire ce qu 'il y a avec un type très bien.

Pas avec un Allemand ou un Militien, ça, je vous le garantis. Elle est partie

avec un Français, et un bon Français, même qu 'il était dans la résistance, la

vraie.

C 'est bien que ce n 'est pas une consolation, mais c 'est tout de même

gérable. Je vous avouerai pour l 'instant, ça ne m 'importe rien.

Mme Lapie, il y a des saucissons chez la Mercier. Merci, j 'y vais tout de

suite. Oh, mais c 'est M.

Martin.

Comment allez -vous, cher monsieur ? Vous allez revenir ? Oui, bien. Vous

être content. Je suis très content.

C 'est des jours qui comptent dans une vie. Ça, oui.

Alors, au plaisir.

Au revoir, madame. On vous a dit qu 'il y avait du beurre sur le sardonnier ?

Oui, mais c 'est trop cher, il faut qu 'on le paye en goulois bleu. Merci quand

même.

On se rend service, vous comprenez ? Vous avez du chagrin.

Oh, je ne saute pas de joie.

Mes chiens, en fait. Oui, ils vont bien.

On vous expliquera ça là -haut.

Là -haut ? Il y a quelqu 'un dans mon appartement ? Oui, des réfugiés.

Oh ! J 'ai pas pu faire autrement. J 'ai sinistré du arbre avec trois enfants.

C 'est fini, les bonnes nouvelles, oui ? C 'est fini.

Alors, et mes affaires, mes collections ? On craigne rien sur des gens très

soignés.

Ils sont là -haut, ces gens -là, en ce moment ? Mais j 'ai pas encore vu

Bon.

Je vais aller leur parler du pays.

Tout à l 'heure.

Ah, c 'est un truc !

Ah, vous avez trouvé une France assez singulière.

Mais avec de la bonne humeur, vous vous y ferez.

Des difficultés, surtout pour le logement.

Où comptez -vous vous installer ? Mais, vous comptez loger longtemps chez moi ?

Et trouvez -moi un appartement, je vous rends le vôtre.

Vous ne voulez pas mettre à la porte un sinistré du or, résistant de la première

heure ? Oui,

j 'ai même été blessé à Vagram.

À Vagram ? Oui, nous avons pris d 'assaut la station de métro Vagram, une

avant l 'arrivée de la division Leclerc.

Mes compliments. D 'ailleurs, je sais que la résistance a beaucoup servi l

'armée.

Oh, la barbe ! Marie, fais -toi des bosses, quoi ! Sinon, c 'est mauve. Je

vais plus vous entendre, hein ? Ou j 'arrive ? Dévoile la fâche.

Merdez -vous.

Ah, le service de mon arrière -grand -mère. Bien joli. Et entier.

Figurez -vous, l 'autre jour, je l 'ai foutu par terre. Mais sur le tapis, pas

ça de cassé. Vous avez de la veine.

J 'ai de la veine, en effet.

Mais vous avez toujours ma collection de porcelaine ? Ah, non.

Non, Mme Huguette l 'a vendue.

Elle a vendu ma collection de porcelaine ? Et mes livres, mes beaux livres ? Ah

oui, vos livres, ils sont là. Rassurez -vous, ils sont là.

Mon Don Quichotte, tout ? Tout.

Vous devez avoir ici des...

Vêtements à moi, des souliers, je ne sais pas si vous voyez, je ne connais

ça. Ah non, Mme Huguette les a donnés à ce jeune homme qui, enfin... Elle lui a

donné, mais... C 'est une garce.

Étonnez, buvez un coup, ça vous remontera.

À votre retour.

Oh, les sales gosses !

Je vous ai déjà défendu tout cher. Assage, n 'a pas. Et toi aussi,

'a pas.

Je suis en train d 'élever tes mots, ton petit chat.

Allez. Donne -moi ça.

Et toi aussi, dépêche -toi.

Allez, allez, vite.

Je ne veux plus vous entendre. Je suis très fâchée.

Bonjour,

monsieur. Bonjour, monsieur.

Bonjour, monsieur.

Bonjour, mademoiselle.

La boboie à la tête, monsieur.

Ah oui, la boboie à la tête.

Ils sont charmants, vos enfants. Ils sont bien liables.

Il a fait poum. Non, c 'est l 'autre qui a fait paffre.

Ce n 'était rien.

Vous savez où sont mes chiens ? Ils sont chez votre oncle. Mais nous avons

encore vos affiches. Tu donneras les affiches de monsieur.

Justement, je les cherche.

Je vous cause du dérangement, madame. Non, non, du tout.

Et en attendant, où comptez -vous vous installer ?

Ah, je vais voir, je ne sais pas.

Monsieur devrait accepter la flamme de bonne en attendant.

C 'est une idée, en effet.

Ah, voilà vos affiches. Merci.

Et vous avez encore des vêtements ici.

Des vêtements ? Oui, j 'en avais caché. Non.

Il y a, je crois, un complet gris, presque neuf, un peu de linge. Je ne

comment vous remercier, madame. Je vous en prie. Donne -moi les clés, ils sont

là -haut. Mais il n 'y a pas de costume là -haut. Oui, dans les cartons, sous la

grosse lampe ancienne. Ah, ma lampe de bureau.

Ah oui, la lampe cassée.

Je vais la chercher.

On laisse ça tous les deux, je vous laisse. Excusez -moi, j 'ai un rendez

Vous avez encore à dîner ? Oui.

Je dois trouver un petit peu de charcuterie.

Passez chez la mercière, il y a du saucisson.

Très bien, vous ne perdez pas de temps pour vous mettre à la tâche. C 'est un

drôle de débrouillard.

Je ne m 'inquiète plus pour vous.

Où vas -tu ? Comme d 'habitude, à mon comité d 'épuration.

Ah, bien aussi.

C 'est voilà, toi.

Qu 'est -ce qu 'il fait ? Des additions ? Oui, et il les fait juste.

Ben, il me dégote, alors.

Calculateur, tiens.

Tu veux un bonbon ? Merci.

Merci, monsieur.

Qu 'est -ce qu 'on dit quand un monsieur donne un bonbon ? Qu 'est -ce qu 'on

dit après ? Ben, on dit encore.

Oh, coquine.

T 'as vu mon bonbon, non ? Oui.

Tu fais de la musique, hein ? Oh, formidable.

Je ne m 'en souviens pas, monsieur.

Oh, il ne m 'en dit pas, voilà.

Oh, tenez.

Il est sur mon air préféré.

dans mes vieux disques de jeune fille. Je ne l 'ai pas entendu depuis cinq ans.

Qu 'est -ce que c 'est ?

C 'est pour la chambre, alors. Tu es entendu ? Revenez ce soir, tout sera

C 'est la moindre des choses.

Mon Dieu, j 'accepte. A la bonne heure.

Je vais même alors vous demander les clés tout de suite parce que j 'ai hâte

'aller endosser mon vieux complet neuf.

Eh bien, voilà.

Quelle tête comme chez vous. Merci.

Qu 'est -ce qui va aider, monsieur ? Je n 'ai pas besoin de personne, mais c

'est bon, pensez -vous.

Tu veux ? Ce n 'est pas trop lourd, non ? C 'est la France

reconnaissante. Et les cartons.

Je vous remercie de votre gentillesse.

Il y a un peu de poussière.

L 'excuse est dans son cas, c 'est quelques bibelots. Je vous en prie.

Je suis trop faible avec eux. Mais non, ne vous plaignez pas, ils sont

délicieux. Non, ils sont trop gâtés. Regardez le militaire.

Vous ne les avez pas toute la journée.

Oh, j 'entends les diables qui font des bêtises ce soir.

Oh, mais ne juge pas trop vite.

C 'est le mauvais poil parce que ta femme t 'a plaqué.

Mais si on est pourri, on a des excuses.

Ta femme -même a des excuses.

Oh, ben oui.

Si les femmes avaient subi votre captivité, vous les auriez trompées

plus vite.

Alors, Rio.

C 'est à toi, ça ? Oui.

Tu as fait de la résistance ? Ah oui.

Tu ne me l 'as pas dit ? Je ne t 'ai pas fait de la résistance pour te le dire.

Allez, on vient voir tes chiens.

Si mes chiens ne me reconnaissent pas, il ne me restera plus rien.

Ah, merci pour moi.

Oh, mon oncle.

Avance -toi tout seul devant le chenil et observe -le. Mais qu 'est -ce que tu

vas faire ? Tu vas voir.

Alors,

on est triste ?

Ah, tu vois, il y a tout de même de bons moments dans la vie, le crétin.

Bonjour, mes enfants, bonjour.

Bonjour, petit, petit, bonjour, bonjour.

Bonjour, premier, bonjour.

Bonjour, mes enfants, on est content de retrouver son même -être.

Mais oui, madame, on ne l 'a pas oublié, son même -être. Oh, mais non, on ne l

'a pas oublié.

Bonjour, bonjour. Mais lui aussi, le même -être, il ne vous a pas oublié,

savez. Il ne vous a pas abandonné, il est allé combattre pour le droit et pour

la liberté.

Vous en foutez, bon.

Une autre nouvelle, voilà, il n 'y a plus de maîtresse et puis il n 'y a plus

'appartement. Vous en foutez aussi, bon, moi aussi, alors. Maintenant, plus

grave, attention, le même être, il n 'a plus... Il n 'a plus beaucoup d 'argent

pour les sous -soupes, le même être.

Alors, il va falloir travailler.

On va voir ce que vous savez encore faire.

On va voir.

Pantalon, allez, à toi pour commencer. Allez, pantalon, sage.

La marge des grenadiers, hein.

Oui, oui, on s 'aime, on s 'aime, oui, on est content, oui.

Beaucoup d 'amour, mais un petit peu de marge des grenadiers quand même, hein.

Allez, pantalon, départ du pied gauche.

Pantalon, voyons, allons.

Ça commence mal.

Gilma, allez, à toi. Avance au ralliement. Allez, quelque chose de

Tiens, le tourbillon de la mort. Allez, Gilma, hop, hop, le tourbillon de la

mort, ma chérie.

Hop,

hop, hop, tu ne t 'en rappelles plus ? Tu ne les as pas fait travailler ? Si tu

veux, je les ai peignés, lavés, soignés, pour le dressage, oui.

Oui, évidemment.

Allez, Albert, allez, toi, le plus calé, le bachelier.

Tu vas faire plaisir au même être pour le rassurer. Allez, le saut de la puce,

hop.

Allez, le saut de la puce, mon bébé. Hop, hop,

hop.

Ah, ils savent que rien du tout.

Ça reviendra.

Oui, mais quand ? Heureusement que je vais voir mes camarades à 6 heures. Ça

donnera les idées.

Dis -donc, tes copains ne viendront plus maintenant.

On va s 'en aller. Pardon, monsieur, vous ne seriez pas René Martin ? Oui.

Je n 'avais jamais deviné au coup de grâce. Je suis le fils de votre camarade

Poirier. Ah, enchanté. Enchanté. Mon oncle, asseyez -vous donc. Monsieur,

Et votre père ? Il ne viendra pas.

Non, il s 'excuse, mais vous savez, il a retrouvé maman, alors... Vous comprenez

? Qu 'est -ce que vous prenez ? Martinissette. Non, mais si la mode ne

pas. T 'es bon pour embarquer la statue.

Oui, le chameau. Cigarette américaine, anglaise.

Je ne veux pas vous en prier. C 'est des anglaises, c 'est formidable.

J 'en ai des stocks.

Vous savez, j 'achète, je vends. Je vends de tout, d 'ailleurs.

Si vous avez besoin de n 'importe quoi, laissez -moi un petit coup de fil.

Ça me fait rigoler parce que Poirier m 'a toujours parlé de son fils comme d

petit garçon timide, d 'une petite fille.

Oui, en fait, ça, il m 'a trouvé changé. Je veux bien le croire. Mais alors, ce

qu 'il a pu souffler, c 'est Maman.

Oui, il avait une petite épicerie avec des dettes.

Maman s 'y colle et elle lui rend à bout de cinq ans un magasin qui tient toute

la moitié de la rue. Oh, mais c 'est formidable. Ça, il doit être content,

alors. Ah non, il est plutôt un peu fixé. Mais il a bien tort. Il

Vous faites votre retour.

Papa m 'a envoyé pour savoir.

Ça a été moins bien.

On ne peut plus s 'entendre avec ces gars -là.

Vous me disiez que la femme qui loge chez vous est adorable.

Vous avez le végan, c 'est net.

Mais vous ne le savez peut -être pas encore, mais moi je vous le dis.

Eh bien moi je me serais vu, je sais ce que je ferais.

Je me marierais avec elle et je récupérerais du manco mon appartement.

Très rigolo.

Mais je ne blague pas.

Ah, ceux -là alors.

Les Américains et les Anglais, vous allez voir, ils vont finir par se foutre

la gueule tout à l 'heure.

Vous avez le végan, c 'est net.

Vous n 'avez qu 'à vous amener un soir chez elle.

Enfin chez vous.

Avec un petit bouquet.

C 'est mon amour.

Ça commence comme ça. Mais mon pauvre vieux, c 'est toujours ma sacrée veine,

aller marier.

Il n 'y a qu 'une bonne solution, il faut tuer le mari.

Et puis ça y est... Non, non, non ! Non, non, j 'ai accepté bien des déceptions,

bien des valeurs, mais j 'accepterais pas que les saliers se battent.

C 'est ridicule, s 'il vous plaît, l 'exact.

Ici, vous voulez vous battre, go away. Oh, ce sont des brutes, ces gars -là.

Quoi, qu 'est -ce que vous dites ? De boche, fumier de boche.

Salaud de boche. Mettez -toi dedans, ce sont les Américains.

Je crois que vous n 'avez pas compris, ce pauvre type, sa statue, ses

ce sont les... Et puis vous, vous, vous, vous, vous, vous, vous, vous, vous,

vous, vous, vous, vous, vous, vous, vous,

Oui, ça va.

Heureusement, la France compatissante, c 'est pas solide.

Il plaisante, tout va bien.

Oui.

Voilà tout ce qu 'il vous en reste.

Il m 'en reste assez pour vous rappeler ce dont il s 'agit. Mais non, mais non.

Vous croyez tout ce qu 'on vous raconte. On vous dit, vous et les alliés, vous

êtes l 'élite du monde. L 'ennemi, c 'est un tas de sauvages. Mais des

il y en a partout.

Et là, on pourrait écrire un livre sur nos retours. On appellerait ça la grande

des illusions.

Mais non, parce qu 'il y a aussi de par le monde innombrablement de bons types.

Et c 'est ça qui me donne le courage de vivre.

Ça n 'ira pas toujours mal, la route tourne.

Pour l 'instant, elle est plutôt coincée, la route. Vous avez vu le

Oui. Vous l 'avez là -haut ? Oui, au sixième.

Oui, j 'en ai mon port, j 'ai mis à sa soeur.

Sa soeur ? Il y a une soeur aussi là -dedans ? Non, la mère des trois

Comment, c 'est pas le mari de la femme ? Oui, non.

Bonjour, madame. Bonjour, il y a du courrier ? Oui, c 'est son frère, c 'est

célibataire. Elle est l 'élève depuis trois ans.

Depuis leur retour du talac, ça tombe fort.

Et pour finir, voici le retour de Louis.

Maman ! Tilly ! Maman ! Regarde -moi ! Tu as maigri,

mais cette fois, tout va bien.

Et toi, c 'est bien passé ? Ça a été long, mais on a fait de son mieux. Bon,

Yvonne ? Ça va, son petit aussi.

Seulement le mauvais, c 'est pour Fernand. Qu 'est -ce qu 'il a ? Une

'on a dû lui couper. Ça va, Tilly ? Dis -donc, t 'as pas maigri, toi ?

C 'est de l 'ennemi graisseuse. C 'est pire que l 'autre.

Allez, en plus, pour le vin de noix.

J 'ai tant de choses à te raconter que je ne sais plus où faire recommencer.

Fais -moi.

Viens, il ne faut pas que le maire attend. Alors, une minute.

J 'aurais voulu avoir tout mon temps pour t 'expliquer, mais... Bon, enfin,

pis.

Maman, je ne suis pas tout seul.

Pas tout seul ? Je vais ramener une femme.

Tu as... Est -ce... Ouais.

C 'est pas une Allemande. C 'est la femme que j 'aime, quoi.

Dans son pays, tout est détruit.

Rasé.

J 'ai ramené.

Et tu n 'as pas pensé ? Je n 'ai pas l 'oncle Henri et beaucoup d 'autres, et

après ? Elle va, elle va.

Allez, va l 'embrasser.

Tout le monde nous regarde.

Justement. Tu peux, tu dois.

Elsa, c 'est ta fille.

Tu me demandes des choses. Je demande si tu m 'aimes.

C 'est tout.

Elle ne comprend que mon français, je ne comprends que son allemand.

Fatiguée ? Voilà.

M. le maire, c 'est à vous de faire quelque chose.

Ouais. Vous n 'avez pas lu dans les journaux des cas semblables, non ? Et

les prisonniers, vous allez admettre ça ? Oh, nous, on est revenus.

Nous, on était heureux. Et nous, on s 'en fout.

À la bonne vote, Mme Pellu.

Allez, venez, le vin blanc de M. le maire vous fera du bien.

Tu ne te rends pas compte ? De quoi ? Le vin blanc, c 'est pour les prisonniers,

non ? Les autres femmes, les autres mairies ont droit, pourquoi pas nous ?

voudrez peut -être mieux attendre. Oh non, je marque le coup tout de suite,

oui.

S 'il ose amener sa fridoline, je lui rappellerai, moi, où j 'ai perdu mon

Vous énervez pas. Surtout pas d 'histoire.

Et laissez -moi faire.

Allez, tout le monde.

Ça veut dire que vous avez eu si faim que vous avez mangé vos langues ?

Vraiment ?

Nous sommes heureux que tu sois bien tiré de l 'aventure.

Je trinque à ta mère, qui n 'a jamais manqué de courage.

Et à ta bonne santé.

Nous sommes trois.

T 'extrais quelques -deux verres ?

Comment ?

Quel verre ? Moi, je boirai chez moi, à la ferme.

C 'est la tradition depuis toujours qu 'on offre le pain et le cidre à celui

vient frapper à la porte.

Sans lui demander qui il est ni d 'où il vient.

Monsieur le maire, merci du bon accueil.

Salut les gens de mon village.

Encore un peu et ils nous insultaient.

Quand les Allemands sont partis, ça n 'a pas été sans bagarre.

Ta sœur et Fernand étaient dans la résistance.

On s 'est battus.

Et puis ça a fait encore des morts, des fermes brûlées et de la haine en

supplément.

Et moi, je n 'étais pas là et ils n 'en ont plus.

On n 'a tué personne, on n 'a brûlé aucune ferme.

C 'est déjà assez terrible que les guerres commencent, mais si elles

plus quand on a cessé de se battre, on n 'en sortira jamais.

Mais il y a des blessures qui sont encore ouvertes.

Et l 'amour aussi, non ?

Tu viens ? Dans 5 minutes, on sera chez moi.

Chez nous.

Tu comprends ? 5 minutes.

Son père, sa mère, ses frères, tout le monde est mort.

Disparu, comme on disait chez eux.

Ils voulaient pas me suivre.

Ils avaient peur qu 'on veuille pas d 'elle en France.

Alors moi, je dirais que les gens chez nous étaient plus intelligents.

Qu 'à part de souffrir des guerres, ils avaient compris.

La plus difficile à convaincre, ce sera Yvonne.

Encore un peu de pomme de terre.

Cartofon.

Cartofon. Oh non, mère, je t 'en prie. Tu ne vas pas te mettre à apprendre l

'allemand maintenant, non ? C 'était un mot, par gentillesse.

Un mot, puis un autre.

Et nous y viendrons tous, et le petit aussi.

Dis -donc pas de bêtises.

C 'est des bêtises de ne pas vouloir que mon fils m 'appelle moteur.

En fin de compte, c 'est peut -être pour ça qu 'on s 'est battus.

Autrement dit, pour des mots.

Il y en a qui comptent.

Si on s 'est battu, c 'est pour que les Allemands s 'en aillent. Pour qu 'ils

rentrent chez eux.

Ils sont rentrés, non ? Mais Fernand n 'est pas rentré.

Ça fait huit mois qu 'il souffre dans un hôpital.

Et personne ne sait s 'il guérira.

C 'est pas notre faute, Yvonne.

Dire qu 'elle occupe sa place à table.

C 'est pire qu 'une injustice, c 'est une offense.

Tu voudrais qu 'elles s 'en aillent ?

J 'ai été quatre ans à tourner en

roue dans un camp.

Les centaines de milles nous sommes restés comme ça à rien faire, alors on a

le temps de réfléchir, tu comprends.

Il y a pire que la cruauté des guerres, Yvonne.

C 'est leur stupidité.

Ce sera vraiment à pleurer si tant de force avait été perdue pour rien.

En tout cas, nous, ça nous a rendu un peu moins bêtes.

Pendant ce temps -là, ils nous en ont fait voir de toutes les couleurs.

Nous avons vraiment souffert.

Vous avez aussi gagné beaucoup d 'argent.

Quand le matin que tu nous reproches d 'avoir peiné la mère et moi, quand tu

rigolais avec ta fridoline... Yvonne ! On va se la dire.

Ce n 'est pas à ceux qui sont croisés les bras pendant cinq ans de faire la

leçon à ceux qui ont travaillé.

Bon, va pour les bras croisés.

Tu vois, il va un peu fort, mais enfin, j 'essaie de comprendre.

Je sais mieux que personne ce que vous avez souffert, la mère et toi.

Mais devant Elsa, c 'est autre chose que je vous demande.

Quelque chose qui vient du cœur, quoi.

Tu ne veux pas comprendre ça ? Ils ont torturé Fernand.

Maman, honnêtement, qu 'est -ce qu 'il faut faire ?

Je ne sais pas.

Qu 'elle t 'en aille.

Les autres, courageux.

Un beau courage.

Eh bien, c 'est un avertissement.

Et bientôt, ce sera plus grave.

Ils ont raison.

Les femmes de chez nous qui ont couché avec les Brits, on leur a rasé la tête.

Eh bien, les Allemandes qui couchent avec les Français sont des putains comme

les nôtres.

Yvonne. Si tu veux qu 'elle reste, c 'est moi qui m 'en irai.

Oh, d 'ailleurs, ne t 'inquiète pas.

Avec Ferdinand qui est mutilé et mon gosse sur les bras, je trouve bien les

Français pour m 'accueillir.

Si je n 'avais pas ton fils dans les bras, je te planquerais une paire de

claques.

Ose.

Cesse d 'idiot, triple imbécile. Est -ce que tu vas te taire, tu vas foutre le

camp, oui ? Merci pour ton tour.

Laisse -moi faire.

Je la calmerai.

Elle, oui, mais les autres.

Après le caillou dans la vie, très important autre chose.

J 'ai trop le feu aux branches.

On nous connaît, on nous estime.

Quand le patriotisme t 'arrive les mauvais sentiments, on en profite.

Pure page.

Regarde Elsa.

Mon enfant, ne pleurais pas comme ça.

Comment dit -on patience en allemand ? Geduld.

Elle me l 'a dit souvent quand je pensais en retour.

Geduld Elsa.

Geduld.

Elsa, je te demande pardon.

Je sais bien qu 'il y aura de la gêne, mais pas ce point.

Elsa, je t 'aime.

Je t 'aime encore plus.

Je n 'aimerais pas aller avec toi.

Tout est contre toi.

Tu es si pauvre.

Pas de parents, pas de amis, pas de famille.

C 'est moi qui prendrai tout ça, Elsa.

Alors, c 'est tout ce qui vous reste comme bigoudi, M. Gaillard ?

Il m 'a pas lu. Encore un an de guerre et nous ne faisions plus.

Votre pointure, c 'est de combien ? 42.

Regardez !

Ça se promène comme chez soi.

Et vous croyez qu 'il y a des commerçants honnêtes qui accepteront de

quelque chose ? Oh, dans le commerce, il y a peut -être des interprétations...

Monsieur Gaillard, elle vient de Paris.

Tant mieux, j 'aurais bien l 'air savoir.

Bonjour à tout chacun.

C 'est l 'occasion de vous présenter la femme de petit Louis.

Elsa, c 'est son nom.

Je voudrais de l 'étoffe. Je n 'en ai pas.

Mais la semaine dernière, j 'ai vu un coupon.

J 'en ai plus, Mme Fromand.

Je ne vends ni canon, ni mitraillette, ni barbelé pour compte concentration.

Je ne vends rien qui intéresse une Allemande.

Dommage.

J 'aurais voulu aussi lui acheter un livre de messe, pour qu 'elle apprenne à

dire en français, aimez -vous les uns les autres.

Ça sera pour plus tard.

Allons -y, mon enfant.

Dans un temps, elle a raison.

Je vous en prie, il m 'a me pelu.

Ses frères et ses cousins, ils auraient dû l 'apprendre en allemand qu 'il faut

s 'aimer les uns les autres.

Aujourd 'hui, c 'est trop tard. Je ne marche pas.

On a eu les allemands en 1914.

C

'est

lui qui n 'est pas venu ? Pas encore, s 'il vous plaît.

Bonsoir M. le maire. Ça va ? Faites -vous bien les gars. Merci bien.

Bonsoir.

Alors M. le maire.

Alors,

il y a que j 'en ai plein d 'autres ces petits fois. On en consigne.

Eh bien tout le monde en parle.

Et les lettres que je reçois.

Les anonymes et les autres avec des menaces. Ces menaces là, moi je vous

pourquoi. On trouve que... La même chose. Oui M. le maire.

On trouve que l 'autorité devrait agir. M. le maire, je vous demande pardon.

Quand on s 'est aperçu que l 'aveugle qui mendiait devant l 'église n 'était

'un sourd, il y a eu un procès verbal.

Et quand le vieux Laulette était surpris devant l 'école des filles, hein ? N

'oublie l 'histoire.

Et quel rapport avec celle -ci ? Gaillard veut dire que quand il y a

sur la voie publique, c 'est au garde champêtre d 'intervenir.

Alors exactement.

Mon sentiment d 'individu, vous le connaissez.

Mais ceci dit, répétez, que voulez -vous que j 'y fasse ? Je ne voudrais pas

tomber dans les sottises.

Mais j 'ai perdu un oeil en 14 et un lueur en 40.

Si petit Louis aimait une autre femme, ça ne te rendrait ni ton oeil ni ton

neveu. Non, mais quand je vois que les autres se conduisent bien, ça m 'aide à

supporter mon deuil. Et quand ils oublient déjà, ça me fait mal.

C 'est trop tôt, beaucoup trop tôt pour tout effacer d 'un coup d 'éponge.

Ce que tu dis là, c 'est la raison.

Mais l 'amour, c 'est justement le contraire de la raison.

Et ce qu 'il faut faire, ben j 'en sais rien.

Salut tout le monde.

Mère, bonjour et la satisfaction de vous rencontrer.

Si Louis, ça me fait plaisir que tu sois venu à notre fête. Et encore plus que

tu sois venu seul.

Elsa a resté à la maison à aider la mère.

Mais elle va bien, je vous remercie.

Je vais te dire un mot entre amis, tu ne veux pas t 'asseoir avec nous ? J 'ai

lu simplement pour vous rapporter ça.

Je crois qu 'on en aurait encore besoin.

Si Louis, tu devrais comprendre.

Quoi ? Est -ce que je me mêle de savoir ce qui s 'est passé pendant que je n

'étais pas là ? Qui a couché avec qui ? Qui a eu peur de la guerre ? Qui en a

profité ? Je m 'en fous. Alors ?

Chez le maire, tu devras votre service pour la farine. Elle sent que ma soeur

vous livrait pour vos cochons.

Bravo à tous.

Quand il est là, il n 'y a plus personne.

C 'est moi qui prends.

Les cochons, maintenant.

C 'est agréable.

Monsieur le maire, en écoutant le petit lever, j 'ai compris tout d 'un coup ce

qu 'il fallait lui dire.

Ça fait trois jours qu 'on est tous à chercher ce qu 'il faut dire.

On sentait bien la chose, mais on trouvait pas les mots.

Maintenant, ça y est.

À la bonne heure.

Allez -y, j 'écoute le discours.

Justement, il n 'y aura pas de discours.

Je vais simplement tenir la liste des enfants de la commune mort pour la

Vous pensez bien que la mère m 'a dit, non ? Vous étiez tous des copains, et

frères Sigion, c 'était mes amis.

M 'interromps pas, écoute.

Benoît Fernand, mort au champ d 'honneur.

Chapu René, mort en déportation.

Palana Victor, fusillé par les Allemands.

Gomier Camille, mort au champ d 'honneur.

Le Saint -Pélois, mort en captivité.

Pardot Joseph, tombé dans le maquis.

C .J .Hommard, fusillé par les Allemands.

C .J .Hommard Jean -Marie, fusillé par les Allemands.

Et alors ? Tu n 'as pas encore compris.

Quoi ? J 'ai fait huit noms sur votre papier. Avec un neuvième, le mien, vous

seriez plus content ? Évidemment, ça ferait bien de vous raconter que c 'est

Elsa qui m 'a sauvé d 'une pneumonie à force de cataplasme.

Et moi, ce n 'est pas vrai.

Je n 'ai pas été malade un seul jour.

Je suis simple, je suis costaud et c 'est pour ça que j 'aime Elsa.

C 'est ma femme qui est la garde.

Quant au frère si géant, je le connaissais mieux que vous.

Que je sois heureux leur ferait sûrement plus plaisir que votre petite

orchestre. Il lui vaut mieux qu 'on en reste là pour ne pas se dire des choses

désagréables.

C 'est aussi mon avis.

Allez, venez.

Encore un mot.

T 'arranges tout à ta manière.

Marc et Jean -Marie, tu leur fais dire des choses qu 'on ne peut pas contrôler.

Mais moi, j 'ai donné mon oeil.

Et je sais ce que je pense.

Tu ne l 'as pas donné ton oeil, Girolet.

Tu l 'as pris de force.

Si tu avais pu pencher la tête pour le garder, tu aurais penché la tête.

Et comme ça, l 'autre, moi, je l 'ai perdu.

Et ça revient au même.

Non, Girolet.

Car si tu me comprenais, ton autre œil serait devenu plus grand et il l 'aurait

vu pour deux. Ça n 'a pas de sens ce que tu dis. Votre visite pour moi n 'a pas

de sens non plus. C 'est toujours la même chose, c 'est mieux qu 'on en reste

là. Sans qu 'on se touche la main ? C 'est pas possible.

quand ils ont joué leur musique.

Elle va !

Montre ! Montre ! Montre ! Il

faut lui faire la

respiration.

Non, non, plutôt à la ferme. Non, écoute, le village est plus près, puis

le docteur. Bon, allez. Allez, Girolet ! Dépêchons -nous !

On vous dira ça tout à l 'heure.

Partez tous. Allez, circulez, garde champêtre.

Alors, elle est mieux ? Non.

Le docteur pense qu 'il pourra, mais...

Chacun a apporté quelque chose pour l 'habiller.

Moi, les sabots.

Depuis quand est -ce qu 'on enterre les morts avec des sabots ?

Et petit Louis, qu 'est -ce qu 'on va lui dire

? Ah, je comprends rien.

J 'étais sincère, je le jure.

Tout ce que j 'ai dit contre elle, je le pensais. Et du fond du cœur.

Et maintenant, je fais n 'importe quoi pour la sauver.

Cherche pas à t 'expliquer.

On peut pas expliquer.

Attention.

Il y a du nouveau.

Alors ? Eh bien, elle vient d 'ouvrir les yeux.

Alors, elle est sauvée, ta Follade ? On a eu peur, c 'est M. le maire lui -même.

Mediac, Champet, ta sœur, tous ont aidé. Tout le monde a apporté quelque chose.

Mouez les sabots. Allez.

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