Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
C 'est là, mais ça porte, elle nous emmerde !
Vous avez une journée dure à passer.
Vous foutez -moi la paix.
Alors, tu vas au soupe ? Oh, bah, écoute, laisse -la tranquille. Tu sais
'elle monte aux assises aujourd 'hui.
Oui, toi, ça va bien, c 'est un chouchou.
Seulement, moi, j 'ai ni pué ni volé. Oui, je sais. Si t 'es ici, c 'est parce
que t 'as donné cinq sous à un pauvre.
Voyons.
Regarde.
Je ne voulais pas ouvrir. Ce n 'était pas très régulier, maître. Il faudrait
mieux demander au chef. Non, mais vous direz que c 'est moi qui ai placé,
madame. Ça s 'arrangera très bien. Oh, merci, maître, merci.
De là -bas, je ne voyais rien et j 'étais tellement déçue. Si, si, mais
pouvez pas comprendre.
Naturellement, vous êtes blasé. Quand on est blasé, c 'est qu 'on n 'a plus de
talent.
Oui, Parvier, c 'est le chiquet.
Elle soutient, la mère est pleurée.
Elle vit va, elle est fort. La pauvre, on s 'est à moitié évanoui dans les
couloirs. Parvier avait dû prévoir un photographe.
Ben oui, qui est vous ? C 'est la cliente. C 'est ça, et pendant ce temps
'est moi qui passe Mme Boutreau. Je ne peux pas me couper en deux.
Le laboratoire Boutreau, ça fait 5 millions par an. Alors à côté de ça, les
états d 'armes de Dominique Marceau.
Où en êtes -vous avec elle ? Toujours au même point.
Elle veut s 'expliquer.
Je lui passerai.
Quand ils sont dans la boîte à sel, ils comprennent vite.
De quoi ça m 'étonnerait ? Eh bien, ça va être gentil.
Dire que ça pourrait être un si beau métier, sans les clients.
Comment l 'avez -vous attifée ? Pas trop putain ? Non, au contraire, mais elle
est difficile à enlever.
Ça tombe mal.
Regardez les jurés.
Arrêtez ! Faites du bon, là.
Vous récuserez les femmes.
Non,
féroce.
Marceau, 22 ans.
Profession.
Comment c 'est, vous ? Monsieur le préfet, veuillez procéder à l 'appel des
de mesdames et messieurs les jurés.
M. Vidal.
Présent. Répondez seulement présent.
M. Perrier. Présent. M. Angèle.
Présent. Mme Miro.
Présent. M. Verdier. Présent. M. Buisson.
Présent. Mais vous, il y en a encore pour une heure.
Attendre, toujours attendre. Ce matin, je vais se réveiller.
Bah, tirez pas trop dessus quand même. On en aurait besoin tout à l 'heure.
Présent. Mme Bompard. Présent. M. Hubert.
Présent. M. Moineau. Présent. M. Papin. Présent. Mme Souplet. Présent. M.
Perrin. Présent. M. Berry.
Présent. Mme Gallon.
Présent.
Consolé au tirage au sort de messieurs les jurés.
Premier juré, M. Verdier, numéro 7.
M. Vallon, numéro 16.
M. Drapier, numéro 17.
M. Baudin, numéro 11.
M. Buisson, numéro 8.
M. Gaillard, numéro 9.
M. Moineau, numéro 21.
Mme Tardy, numéro 12.
Récusé. Mme Galland, numéro 23.
Récusé.
Ils sont vaches.
Vous êtes jeunes.
M. Vidal, numéro 1.
M. Hubert, numéro 17.
Comment tu trouves la petite ? Une garce.
Elle a prémédité son truc, c 'est évident.
Guérin va plaider le crime passionnel. Il est gonflé.
S 'il le démontre, la fille s 'en tire avec 5 ans. 18 mois de prévention, elle
sort l 'année prochaine.
C 'est donné.
Et épargner n 'est pas donnant. Avec lui, ça peut faire perpète.
Ou pire, ou on s 'en fout. Ça, c 'est pour demain.
Embêtant, c 'est l 'édition d 'aujourd 'hui. Pour ceux qui désirent assister à
'audience, il y a un banc réservé, là.
Messieurs les jurés, veuillez vous lever. Je donne la lecture de la formule
serment. Vous jurez et promettez devant Dieu et devant les hommes d 'examiner
avec l 'attention la plus stupuleuse des charges qui seront portées contre
Marceau -Dominique.
de ne trahir ni les intérêts de l 'accusé ni ceux de la société qui l
de ne communiquer avec personne jusqu 'après votre déclaration, de n 'écouter
la haine, ni la méchanceté, ni la crainte, ni l 'affection, de vous
'après les charges et les moyens de défense suivant votre conscience et
intime conviction, avec l 'impassibilité et la fermeté qui conviennent à un
homme propre et libre, et de conserver le secret de vos délibérations même
la cessation de vos fonctions.
Accusés, soyez attentifs aux charges qui ont été relevées contre vous.
Monsieur le greffier, vous avez la parole pour la lecture de l 'arrêt de
La chambre d 'accusation de la cour d 'appel de Paris est réunie en chambre du
conseil. Le 15 octobre 1959, la procédure est suite au tribunal de
instance de Paris contre Marceau, Dominique, Nédomène d 'Octobre 1939.
Avec une fille comme ça, on devrait peut -être plaider la vérité pour une fois.
Quelle vérité ? Je ne sais pas, moi.
Une histoire de gosse, vous pourriez leur faire comprendre.
On dirait que vous ne les connaissez pas.
Mais non, je ne vais pas ramasser une camelle pour faire plaisir à cette
infusine.
J 'ai qu 'un moyen de marquer des points.
J 'y mérite un salon.
Il racontait des salades pour les baisers.
Il y avait une pauvre idiote qui marchait dans un rêve.
Quand il a ouvert les yeux, elle a tiré. Voilà la vérité.
Toujours la même, quoi.
Aux assises, il n 'y en a qu 'une.
Le 15 décembre 1958, le commissariat de police du Chemin Vert était alerté par
un coup de téléphone du sieur Martineau André.
Celui -ci rentrait au domicile de son ami, le sieur Thélier Gilbert.
Avant de sortir, il avait mis ce dernier en garde et l 'avait prévenu de la
menace qui pesait sur lui.
La voix de journal, M. Spillane.
Pour tourner chez M. Tellier ? Oui, nous vînons ensemble.
Travaillez pas votre musique trop tard, les voisins se plaignent du bruit. C
'est entendu, madame Gaubert.
Gilbert ! Gilbert, ouvre chez moi !
Madame Gaubert ? Oui ? M. Tellier n 'est pas sorti ? Sûrement pas. Il y a quelqu
'un qui est venu le voir. Une jeune fille blonde.
Nom de Dieu ! Vous avez une clé ? Un double, si vous voulez.
Qu 'est -ce qui se passe ? Ça, c 'est une drôle d 'odeur. On dirait une fuite
gaz. Il y a peut -être eu un accident ? M.
Tellier ! Attendez ! Mettez -moi la paix ! M. Tellier ! Merde ! Ce pneu
lumérien !
Touchez rien. Je vais fermer le gaz.
Monsieur Martineau ! Elle est ici.
Appelez la police.
Je vais prévenir les pompiers.
Si c 'était moi, je la laisserais bien crever.
Elle a mis le paquet.
Elle sera dure à avoir.
Je ne sais pas si c 'est un service à lui rendre.
Si elle y passe maintenant, elle ne s 'aperçoira de rien.
Justement, ce sera trop commode.
La chambre d 'accusation prononce la mise en accusation de Marceau -Dominique
devant une cour d 'assises du département de la Seine et ordonne que
-Dominique, actuellement détenu, accusé d 'effet situ, spécifié, sera pris au
corps et conduit à la maison d 'arrêt par la cour d 'assises du département de
la Seine pour y être jugé conformément à la loi.
Accusé, levez -vous.
D 'après les pièces qui viennent d 'être lues, vous êtes accusé d 'assassinat.
Vous pouvez donc encourir la peine de mort.
Procédez à votre interrogatoire.
Vous êtes né le 12 octobre 1939.
À Rennes, vous resterez jusqu 'à l 'âge de 18 ans.
Votre père étant officier d 'active, c 'est votre mère qui a surveillé votre
éducation et celle de votre chère cadette, Annie.
Tous les témoins ont relevé chez vous les mêmes traits de caractère.
Égoïsme, instabilité d 'humeur, manque d 'affectivité, ingratitude envers les
vôtres.
Pourtant, vous avez eu la vie d 'un enfant choyé.
Heureuse. J 'avais ce qu 'il me fallait, mais... Vous étiez maltraitée ? Non.
C 'était sinistre. Votre mère menait l 'existence retirée d 'une femme seule.
Son sens du devoir vous pesait comme vous héritez la conduite parfaite de
sœur. Vous me la donnez tous les jours en exemple.
Dès l 'enfance, vous la détestiez.
J 'ai, sous les yeux, le récit d 'un incident caractéristique.
Vous m 'avez offert à votre sœur une magnifique poupée.
Vous la dérobez.
Vous lui arrachez les cheveux, vous lui tordez les membres, vous lui crevez les
yeux.
Vous vous acharnez sur ses restes avec une cruauté inquiétante.
L 'assassinat de la poupée, jolie démonstration. Maître, je vous en prie.
Alors ? J 'avais huit ans.
C 'est ce que je dis.
À huit ans, vous étiez déjà jalouse de votre soeur. On ne donnait jamais rien à
moi. Parce que vous ne le méritiez pas.
Annie, elle, travaillait. Elle a toujours été comme ça, elle apprend tout
'elle veut.
Moi, pas.
Vous n 'en prenez guère le temps.
Pendant que votre sœur s 'acharne, messieurs les jurés, Annie poursuivait à
fois ses travaux d 'écolier et des études de violon.
Vous, vous courez la ville avec des jeunes gens.
Votre tenue fait scandale.
Scandale. À Rennes, il n 'en fallait pas beaucoup.
Vraiment ? Vous trouvez normal d 'introduire dans votre collège un livre
scabreux que les mandats ? On se le passait entre nous.
Ça valait vraiment pas le coup, c 'était plutôt barbe.
Et cette lecture ne vous a ni surprise, ni choquée.
Tenez, M. le Président, au hasard, page 74.
Sa bouche taquina mes seins, rempa sur mon ventre et descendit.
Je me réfugiais tout entier dans le plaisir qu 'il m 'arrachait. Non, non,
Président, non. On choisit trois lignes dans un roman de 600 pages. Avec quels
soins ? Elles n 'y sont pas.
Elles n 'ont pas empêché ce livre d 'avoir le prix Goncourt.
En somme, vous le donneriez à lire à votre fille.
Fait -on le procès de Mme de Beauvoir ? Messieurs, messieurs, l 'incident est
clos. Nous ne sommes pas ici pour vous reprocher vos lectures.
Je suis heureux de vous l 'entendre dire.
Si je rappelle cet épisode, c 'est parce qu 'il a causé votre renvoi du collège.
Devenu définitivement oisif, vous restez sourde aux avertissements de votre père
qui a pris sa retraite et qui est revenu vivre près de vous.
On vous voit dans les cafés.
Vous allez jusqu 'à trois fois par semaine au cinéma.
Cette vie de dissipation aboutit très rapidement.
à sa conséquence logique.
Vous prenez un amant.
C 'est bien exact.
C 'est moi qui l 'ai dit au juge d 'instruction.
Spontanément, je dois le reconnaître.
Ce qui est curieux, c 'est que votre partenaire, lui, l 'a nié.
Pauvre Henri.
Oui, quel monde à l 'envers.
Enfin, jeune homme est aujourd 'hui marié, passons.
L 'histoire commence à s 'ébruter et sans doute pour échapper aux
vous décidez de quitter la ville.
Quelles conséquences ? Mais ça n 'avait aucun rapport.
Annie venait d 'avoir son premier prix de violon à Rennes.
Papa l 'a envoyé au conservatoire à Paris. J 'ai sauté sur l 'occasion.
Si Annie va à Paris, j 'y vais aussi. Non.
Pourquoi ? Tu restes ici.
On t 'a crevé tout de suite.
Dominique, qu 'est -ce que c 'est que ce langage ? Celui des mauvaises têtes.
Il fallait travailler, ma fille.
À Paris, je travaillerai.
Tu n 'as jamais rien su faire de tes dix doigts.
Quant à la cervelle... Pauvre enfant.
Je ferai n 'importe quoi. Je serai secrétaire. Tu ne sais pas taper. Je te
dans un bureau.
Il n 'y a pas que les bureaux.
Il y a les boutiques, les instituts de beauté. Je ne donnerai pas un sou pour
que ma fille soit manipule.
Que je deviendrai.
Ça.
Écoutez, je ne vous coûterai rien.
Je gagnerai ma vie presque tout de suite, beaucoup plus vite qu 'Annie.
Esthéticienne, c 'est un métier à la mode.
Je vous rembourserai mon voyage. Non, non et non.
Alors, je me fous. Et moi, je te fous une paire de claques. Bien.
Elle est excellente, on vous dit.
Bonjour, mon petit. Que se passe -t -il ? Il est tard.
Tu t 'y es mal prise.
En émettant un peu du tien, tu aurais pu les avoir.
Oh, dis, ça va, je sais bien que tu dors pas.
Pas la peine de faire l 'endouille, je suis pour rien, moi.
Écoute, c 'est idiot à la fin.
Dominique, ça suffit.
Tout ça n 'était pas très sérieux. Quand on veut mourir, c 'est sérieux.
Précisément, la sincérité de votre geste est très contestée. C 'était une
comédie. La première.
Une comédie ? Vous appelez ça une comédie ? Personnellement, à l 'âge de
ans, absorber deux grammes de Vironal, j 'appelle ça un drame.
N 'exagérons rien. Le médecin appelé par les parents de l 'accusé a été entendu.
Il qualifie ce suicide de théâtrale. Théâtrale, pas simulé.
Je lis.
La malade était dans un état semi -combatteux.
Évidemment, la dose absorbée était mortelle.
Ah non.
Si vous voulez lire, lisez tout.
Et ne changez pas la ponctuation.
Évidemment, la dose absorbée était mortelle, mais la malade n 'a jamais
moindre danger.
J 'attends.
Vous voulez lire tout, non ? Alors, je continue.
La malade n 'a jamais couru le moindre danger.
Comme c 'est le cas lorsque l 'intervention a lieu dans un délai
court.
Sous -entendu parce que je suis arrivé à temps. Elle y comptait bien.
Ni le médecin ni les parents n 'ont douté une minute de la sincérité de son
geste. La preuve, c 'est que d 'un commun accord, ils ont jugé prudent de
En effet, vos parents se montrent faibles.
Ils s 'imposent un sacrifice supplémentaire en vous installant avec
Paris. À la chapelle, une heure de métro. Oui, un quartier un peu
peut -être, mais sain et aéré.
Pour un prix modeste, vous jouissez d 'un certain confort.
T 'en as encore plus longtemps ? Tu peux pas m 'aider, non ?
Je vous jure le confort.
Ma parole, t 'as deux mains gauches.
Bon crin -crin.
Tout de suite, vous courez à la facilité.
Vous ne voyez dans Paris que l 'animation des quartiers de luxe.
Vous vous laissez éblouir par tout ce qui est factice.
L 'étalage de l 'argent, l 'éclat des boutiques. Pas longtemps.
En effet.
Très vite, vous délaissez les Champs -Élysées pour la rive gauche.
Oh, vous n 'y cherchez pas le recueillement.
Le contact avec une jeunesse studieuse.
À l 'ombre de nos facultés, vous découvrez les cafés, la turbulence, le
débraillé physique et moral, l 'atmosphère douteuse, la familiarité de
allois qui raillent là.
Cette promiscuité qui autorise tout semble pleine de promesses.
Les avances les plus brutales ne vous déplacent pas, au contraire. Pardon.
mignonne.
Au lieu d 'en être choqué, vous vous sentez à l 'aise dans ce milieu
Vous vous y épanouissez.
Et tout de suite, vous liez connaissance avec ceux qui vont devenir vos amis.
Merci. Vous avez trouvé votre climat.
Tous les jours, tous les soirs, vous reviendrez là.
Au milieu de ceux que vous appelez les autres parce qu 'ils sont vos pareils.
Les autres comme vous.
Ah merde, fous -moi la paix. Touche pas à Georges, c 'est notre honte.
Faut bien que je fasse ça quelque part dans ma pie au longet.
Non, merci, je me lève.
Hé, Crème ! Quel est le violent homme qui crache ? Moi.
Je t 'invite.
Merci. Joli trait de caractère. Tu permets ? Je note.
Note quoi ? Ah, t 'es pas au courant ? Il est rentré dans son roman.
Son roman ? Où est ton roman ? Là.
Et Destina est restée. L 'important, c 'est qu 'il soit conçu.
Permettez. Occupé.
Dis donc, quoi ça parle de toi ? Mon œuvre ? De la vie.
C 'est quelque chose.
Tu peux le dire.
Non, t 'as pas fini de nous casser les pieds. Je cherche Henri.
Conserve un peu, elle suffit pas.
Peut -être que j 'ai pas de pot avec la musique.
T 'en fais aussi ? Moi ? Plutôt crever.
Qu 'est -ce que tu fais alors ? Faut que je le sache, c 'est pour mon roman, tu
comprends ? Moi, je fais... un peu rien.
Ainsi, vous avez définitivement renié la promesse faite à vos parents.
Mais quelle promesse ? Vous vous étiez engagé à gagner rapidement votre vie.
Cela voulait dire que vous alliez travailler, non ? Ben...
C 'est tout ce que vous trouvez à répondre ? Je m 'étais inscrite dans un
institut de beauté pour suivre des cours d 'esthéticien.
Vous avez fréquenté huit jours.
Les cours, c 'était le matin. Moi, le matin, c 'est pas mon heure.
Silence ! Soit.
Ainsi, vous vous enfoncez dans ces habitudes de veulerie, de licence et d
'oisiveté qui vous mèneront au crime.
Pour fuir le bon exemple de votre sœur, vous rentrez de plus en plus tard.
Ou même pas du tout.
Quoi ? Dis, Michel.
Tu penses à te suicider, des fois ? Naturellement, comme tout le monde.
Moi aussi, chaque fois que je prends le métro.
Je veux pas rentrer ce soir, ça me dégoûte.
Qu 'est -ce que tu vas faire, alors ? Eh ben ? Je pourrais rester avec toi
? Dis.
C 'est très petit, je t 'avertis.
Le lit aussi est très petit.
Bonsoir, Daisy.
Elle habite là ? Hey, Michel.
Tu as du feu ? Garde -le. Merci.
Elle est belle, ma tâche, hein ? Et mon mobile.
Il te plaît, mon mobile ? Oui.
Ça fait de quoi regarder du lit.
C 'est Barbastre qui me l 'a fait.
Barbe quoi ? Tu connais pas.
Personne. Qu 'est -ce que c 'est, cette corde ?
C 'est ce qu 'on disait tout à l 'heure.
La corde pour se pendre.
Et tu vas le faire bientôt ? Oh, j 'ai tout le temps.
Ça me dirait rien, une corde. C 'est moche.
Eh ben, je te demande comment on va dormir avec toute cette place. Tu sais,
je dors n 'importe où.
Tu travailles jamais le soir ? Je travaille jamais de la vie.
Je pense.
C 'est drôle, on s 'ennuie pas tous les deux.
Pourtant, je dis rien.
Ben, justement.
À force d 'envoyer des fusées, ils vont nous foutre un de ces feux d 'artifice.
Ouais.
Bon.
Bonne nuit, ma jolie.
Bonne nuit.
Tu peux éteindre.
Tu es douce, tu sais.
Tu veux bien.
Alors, on fait ça en copains.
On n 'est peut -être pas doués pour aimer tous les deux.
C 'est pour ça qu 'on s 'entend.
Marre, marre.
Tes slips dans la cuvette, tes patients pour pupitres, le pot de confiture sur
Mozart.
Que tu découches ? Je m 'en fous.
Mais si je viens d 'ici pour foutre le bordel, non.
Tu fauches mon lot de colonnes, tu balances le savon par la fenêtre. Une
que tu avais envie de te laver, je ne pouvais pas deviner.
Ça alors, il n 'y a plus de sucre.
Je l 'ai fini hier.
Et tu ne pouvais pas en acheter ? Tu ne fous rien de la semaine et le dimanche,
il faut encore que je m 'appuie les courses.
Oh, mal temps.
C 'est dimanche, je te dis, dans un quart d 'heure tout sera fermé.
Sans moi, tu mourrais de faim. Non, de joie.
Oh, pardon, je cherchais mademoiselle Annie Marceau. Elles viennent descendre.
Excusez -moi.
Eh, voilez -vous.
Attendez -la ici, elle revient tout de suite.
Eh bien, entrez.
Fermez la porte.
Vous pouvez approcher, vous savez.
Alors, Dominique, c 'est vous. C 'est moi.
Gilbert Tellier.
Asseyez -vous. Non, non, merci.
Vous fumez ? Non, merci.
En entendant votre disque, j 'ai cru m 'être trompé de porte.
C 'est pas tout à fait le style d 'Annie.
Elle sait plutôt Jean Caspier.
Moi aussi, vous savez.
Sans blague. Oui.
Les orchestres typiques, ça me fait dégueuler.
Simplement.
Moi, ça m 'excite.
Annie ne vous a jamais parlé de moi ? Non.
Croyez -vous qu 'elle est hypocrite ? Vous jouez du violon, vous aussi ? Non,
piano, rock, classe d 'écriture, maintenant direction d 'orchestre. Une
de virtuose, c 'est très bien, évidemment, mais quand on veut vraiment
musique, conduire, c 'est autre chose.
Je vous rase.
Oh non, c 'est intéressant.
Et avec Annie, vous vous voyez souvent ? Oui, assez, oui.
Vous l 'avez déjà sauté ?
Non, alors là, vous y allez un peu fort quand même.
Annie est une fille bien.
Justement, qu 'est -ce que vous attendez ? Ça la rendrait peut -être plus
vivable. Je la trouve très vivable comme elle est.
C 'est une excellente amie. Je l 'emmène au concert, nous déchiffrons ensemble,
je lui donne des conseils, je la fais travailler.
Vous devez bien rigoler tous les deux.
Enfin, bon Dieu, il n 'y a pas que la rigolade.
Ce n 'est pas ce qui remplit une vie.
Si vous ne l 'avez pas encore compris... Oh, les grands principes, j 'en ai ma
dose. Il n 'y a pas à dire. Avec Annie, vous vous êtes trouvés.
Qu 'est -ce que tu fais là ? J 'ai deux places pour Playel à quatre heures.
C 'est gentil d 'avoir pensé à moi.
Oui, Markiewicz dirige Bartok, si ça te dit. Mais bien sûr, quelle bonne idée.
Donc, alors on se retrouve dans le hall.
C 'est ça.
C 'est ça.
Alors au revoir.
Au revoir.
C 'est toi ma petite, c 'est une fois de trop.
Quand on est toutes les deux, Jean -Claire.
Aïe, mais devant les gens auxquels je tiens.
Qu 'est -ce que vous pensez de moi ? Tu me fais honte, tu comprends, je ne sais
plus où mettre.
Tout ce foin pour un petit connard pontifiant.
Connard ? Tu tombes bien.
Un type formidable, le plus doué de l 'école.
Mais pour qui tu te prends ? Ça recommence.
Non, ça recommence pas, ça se termine. Parce que vraiment, ce coup -ci, je t
assez vu.
Ça tombe bien, moi aussi.
Ce soir, tu me retrouveras pas.
J 'y compte bien.
Rempez ainsi le dernier lien qui vous rattachait aux traditions d 'honneur et
'honnêteté de votre famille.
Vous quittez votre soeur pour aller rejoindre votre amant Michel de Launay.
Mais c 'est pas ça du tout.
Comment pas ça du tout ?
Michel Delonnet a été votre amant ? Oui.
Il habitait bien l 'hôtel Boileau ? Oui. Et vous vous installez, hôtel Boileau,
donc vous allez le rejoindre ? Oui, non, j 'habitais dans la chambre de Daisy.
On partageait le loyer, 15 000 francs chacune.
Puis d 'abord, avec Michel, c 'était fini depuis longtemps.
Depuis longtemps ? Et c 'est sa maîtresse depuis huit jours ? Oui,
comme ça.
Et vous aviez déjà rompu ? Ça s 'était -il passé ? Rien.
C 'était fini, voilà tout.
Pourtant, vous continuez à le voir.
Je le voyais avant, je l 'ai vu après, ça ne faisait pas de différence.
En silence ! Les gens n 'ont ça à comprendre.
Enfin, arrivez à Gilbert.
D 'après vous, il se serait présenté à l 'hôtel Boileau, un matin, spontanément,
à l 'impromis.
C 'est Annie qui me l 'avait envoyé. C 'est faux.
Votre sœur l 'a toujours dit. Sur ce point -là, l 'instruction Annie m 'a
sincère. Et celle -là aussi.
Alors...
Il manque des réponses.
Je voulais savoir, avec ta sœur, ça s 'est arrangé ? Très bien, elle est
Partie ou ça ? Rejoindre sa bande, peut -être Boileau.
Pourquoi, ça t 'intéresse ? Non.
Non, mais ce qui est arrivé est de ma faute.
Si elle fait une blague, je me sentirais un peu responsable.
T 'as pas moyen d 'arranger ça ? Oh, je t 'en prie, laisse tomber.
Entrez ! Bonjour, c 'est moi.
Quelle petite formidable !
Ah, c 'est l 'heure.
Ah, non.
Non, plutôt l 'heure.
Salut. Bonjour.
Salut. Bonjour.
Salut. Qu 'est -ce qui vous amène ? Je vais vous parler.
Allez -y.
Je crois qu 'il préfère te parler seul.
Vrai ou faux ? Vrai, oui.
Vu, on est tôt. Allez -y, on se tire.
Ils sont discrets, vos petits camarades. La discrétion est une vertu que je
pratique à mes heures.
Ils sortent.
Vous vous droguez, vous fumez ? Non, je me brûlais de l 'encens.
Ça m 'évite d 'ouvrir la fenêtre, j 'aime pas les corandaires.
Vous en faites pas, quoi.
Oh non, je m 'en fais pas.
Vous pouvez me dire ça, que vous êtes venu ? Non.
Non, c 'est votre soeur qui m 'envoie, elle est très inquiète et je la
comprends. Elle pouvait pas se déranger ? Elle craignait peut -être de
rencontrer votre amant. Michel ? Un ancien seulement.
Un ancien qui continue, moi j 'appelle pas ça un ancien. Bon, il fait presque
plus rien, Michel.
Juste un peu les pieds de temps en temps, parce que j 'aime ça.
Puis les seins pour se faire plaisir à lui. Rien d 'autre.
Si vous croyez m 'épater... Je vous quoi, alors ? Vous m 'intéressez.
Ça m 'amuse de vous observer, vous.
Vous êtes un cas.
Un cas ? Et mon cul, c 'est du poulet.
Faut que je m 'habille.
Déjà ? Il est que trois heures et demie, vous savez.
Je crève de faim.
Puis avec les types genre Sécotine, c 'est encore le meilleur truc.
Est -ce que tous les garçons ont envie de coucher avec vous comme ça ? Comme ça
tout de suite ? Oui.
Ça vaudrait mieux, non ? Vous n 'êtes pas le genre.
Merci.
Je suis très antipathique. Un peu moins maintenant.
Tu peux en prendre un au gruyère ? Deux même. Faut que j 'en me gêne pas, il est
bourré le vieux. Tu parles. Il donne des leçons de piano aux chiards du 16e.
Oui, trois chiards.
Et tes viandes froides, t 'en croques, non ? Des viandes froides ? Oui, cet
individu veut dire que je m 'engraisse en jouant de l 'orgue aux enterrements.
Il se nourrit de la douleur humaine.
J 'aimerais bien.
Moi, je joue les baby -sitters.
Quand les mamans vont au ciné, je donne les biberons et je lave les couches.
Dis donc, elle est drôlement chouette ta chemise. Comment tu l 'as eue ? Cadeau,
une charmante.
T 'en as du pot ? Ah non, des talents.
Démonstration.
C 'est vrai qu 'il est doué.
Vous êtes vraiment impossible.
Alors pourquoi vous revenez ? Ça crabe le chéri, il est amoureux.
Ça lui réussit pas.
Tiens, prends plus fort.
Encore.
Oui, c 'est ça.
À vous du moment qu 'on vous tripote.
Pauvre chéri, tu vois, il est jaloux.
Quand vous aurez fini de débloquer.
Ici, là.
Vous êtes libre ce soir ? Non, pas aujourd 'hui. Tu connais pas.
Mais non, voyons, je suis seule.
Non,
je vais au ciné.
Avec un type.
Oui, c 'est ça, on verra.
Tu vas au ciné ce soir ? Avec qui ? Avec un tocard.
T 'es une patate, mais t 'es chouette quand même.
Je peux monter ? Oh non.
D 'abord, il y a Daisy.
Puis de toute façon... Mais pourquoi ? Ça te déplaît ? Non.
Avec toi, c 'est pas pareil. Toi, tu fais sérieux. Mais c 'est sérieux,
Tu as tous les défauts du monde, mais je t 'aime.
Je t 'aime pour de bon.
Tu regrettes ? Non.
J 'aime bien tout.
J 'aime bien qu 'on m 'aime aussi.
Trouve -le !
Bon, j 'ai compris.
Ciao. Au revoir, miss.
Au revoir, miss. Au revoir.
Dis, combien de temps tu vas le faire souffrir ? Je ne sais pas.
J 'invente à mesure.
Pendant deux semaines, vous vous refusez à Gilbert.
Pourquoi ? Vous vouliez vous faire désirer ? Monsieur le Président, une
précision.
Dans quel délai est -il loisible à une jeune fille de se donner ? Parce que...
Trois jours, c 'est trop court. Elle se conduit comme une fille.
Quinze jours, c 'est trop long. On la traite d 'allumeuse.
Alors, j 'aimerais connaître la jurisprudence.
Meutre, encore une fois, laissez répondre votre cliente.
Enfin, mademoiselle, vous n 'êtes pas une vertu très farouche.
Pourquoi faire attendre celui -là ? Le seul que vous prétendez avoir aimé.
Il me semblait qu 'avec lui, ça devait être différent.
C 'est votre explication.
Vous aviez découvert le grand amour et vous vous imposiez une attente.
Des fiançailles, en quelque sorte.
Voilà, c 'est ça.
Eh bien non, ça n 'est pas ça.
Et vous savez très bien à quoi je fais allusion.
Alors,
t 'es un imbécile, non ? Vous pouvez pas faire attention ? Grand assassin.
C 'est de la mécanique, ça, non ? Salut, Louvier.
Salut. Adieu, champion.
Ah, t 'es là, toi.
Dis donc, ça te réussit, toi, les affaires ? Ah, mieux que l 'attaque,
Bonjour. Bonsoir, plutôt.
Vous voulez faire un tour ? Je ne peux pas lâcher tout le monde. Oh, juste le
tour du pâté de maison.
Allez, deux minutes.
Vas -y, fonce. Écoutez -vous, je veux qu 'on en mette.
Vite. Mais il est dingue de se mettre là, non ? Douze. Il t 'épate avec son
engin. Le gars n 'est pas mal non plus, hein ? Si tu me dégoutes, viens.
Jaloux.
Idiote. Laisse tomber, vieux, tout pareil.
C 'est ça qui les chatouille. Eh, où allez -vous ? Au rapport.
Attendez, les voilà !
28, 29, 30, 31, 32... Qu 'est -ce qu 'ils peuvent foutre ? 33,
34... Le feu était bien trop rouge ? Peut -être.
38, 39... Ouais, les comptes plus bas, c 'est pas la peine.
Partir avec un compte pareil, merde alors ! On a tous l 'impression d 'être
cocus. C 'est peut -être un accident.
Des accidents comme ça, on n 'en meurt pas, va.
Tromper Gilbert avec le premier venu, ça vous semblait normal ? Je ne le
trompais pas, puisque je n 'étais pas sa maîtresse.
Bon, d 'accord.
Mais alors, il n 'est plus question d 'attente passionnée, de fiançailles.
Dites, ça m 'amusait de ridiculiser un amoureux timide, de le faire souffrir.
Mais ce n 'est pas ça.
J 'avais envie de faire un tour en moto.
C 'est tout. Et vous êtes devenue la maîtresse de Louvier sur sa moto.
C 'est facile de faire rire.
Dépuisez -vous, Dieu.
Vous êtes ici pour défendre la mémoire d 'un mort.
Et non pour fournir des armes à l 'accusation.
Quand vous posez des questions, souvenez -vous que vous êtes avocat.
Mes questions n 'ont qu 'un but, rétablir la vérité, même quand elles
gênent. Pour le moment, c 'est moi qui interroge.
J 'en reviens à M. Louvier. Alors ? Vous savez si peu d 'importance. Pour vous,
peut -être.
Mais pour Gilbert...
Tiens, fais -la, toi.
On se demandait où t 'étais passé.
T 'as ton domini ? Ah non, non.
Quand on veut coucher avec une fille, courir après, c 'est pas le bon truc,
? Oui, je sais, oui.
Moi, à ta place, si j 'en avais les moyens, j 'irais prendre une bonne
'est encore le meilleur remède. Oui, tu n 'as peut -être pas tort.
Je ne sais pas.
Vous avez l 'air, s 'il vous plaît.
Vive l 'Urbain.
Merci.
Et toi, d 'où sortais ? Que ça peut te foutre ? Ça peut me foutre que je t 'ai
attendu toute la nuit. Je suis complètement gelé. Ça, mon vieux, tu l
voulu. Oui, on s 'expliquera tout à l 'heure. Allez, remonte. Dédé, vous quoi
J 'ai un mariage en banlieue à 11h. Allez, à l 'église d 'Épinay, vite.
Alors ?
Ça s 'est bien terminé, cette petite virée ? Comme ça.
Comme ça, au lit ? Oui.
Et c 'était bien ? Comme ça.
Alors tu vas tous te les envoyer les uns derrière les autres.
Toute la liste. Et alors ? Salope.
Ne regrette pas d 'être venu.
De quel droit tu m 'engueules ? Tu n 'es même pas mon amant. Je vais l 'être, ça
je te le promets. Vous m 'avez dit que non. C 'était plus gentil de rester
ça. Non mais dis -moi tout de suite de rester con.
Tu veux être sur la liste ? Parfait, viens.
Tu gâches tout. C 'est toi qui gâches tout.
Alors tu décides ou non.
Allez, rentre, comme ça, ça sera fort, on n 'en parlera plus.
Eh bien, rentre.
Allez, Dési, debout. On a besoin du lit.
Ah bon, j 'ai compris.
Tiens.
Bonjour, Carmen.
Oui, bonjour.
La place est toute chaude.
C 'est vrai, c 'est moi.
Je voudrais bien rentrer un peu tout de même.
Ce n 'est pas le moment.
Repasse.
Au revoir ici, gommard.
Deux minutes, ça va être prêt. J 'ai pas le temps.
T 'es tombée sur la tête ? Je crois que je suis amoureuse.
Pardon, monsieur, la classe de direction d 'orchestre, s 'il vous plaît.
Le couloir ici, la deuxième porte à gauche.
C 'est pas défendu ? Si vous vous faites pas remarquer, non.
Merci.
Alors, Annie, tu sais plus compter ? Dis donc, Tellier. Oui, maître. Attention
aux corps.
Ils sont vraiment anémiques.
Bon, alors, on reprend, hein ? Quatre mesures avant I. Et les corps...
C 'est terminé.
C 'est pas mal du tout.
C 'est un peu trop nerveux.
Tu permets, je vais pas finir.
Et si tu ne t 'habitues pas à tenir l 'orchestre plus serré, tu verras, ça te
jouera des tours.
T 'as vu ta frangine ? Il s 'embête pas, Gilbert.
Je ne savais pas que tu aimais tellement la musique.
Je te demande pardon, Annie. C 'est pas de ma faute. Sale garce. C 'est pire que
je ne croyais. Écoute, essaye de comprendre.
Je t 'en supplie. J 'ai compris.
T 'es une vraie dégueulasse.
Bonne chance.
Oh, mon amour.
Je t 'aime. Je t 'admire.
Est -ce qu 'il lui prend l 'air furieuse ? Il a de la peine.
Ça t 'étonne ?
C 'est idiot.
Pour Rémy.
Ah là là, c 'est compliqué, les filles.
Ouf, lessivé.
Et non, t 'aurais pas un mouchoir, je suis en âge.
Pierre.
T 'as pas plus petit ? Dis donc, Thélier.
Oui ? T 'as pas beaucoup vu ce jour -ci ? Ah oui, j 'ai été très pris.
Ah, je vois.
On a quand même discuté de ton idée à la cantine.
Alors ? Je crois que ça va coller. En vrai ? Tu peux compter sur une trentaine
de gars. Au moins. T 'es bon ? Les meilleurs.
Ça faisait des semaines que j 'essayais de les convaincre. Ça y est.
Allez, au revoir. Salut.
T 'as entendu ? Ils me font confiance.
On va former un ensemble.
J 'aurai mon orchestre à moi.
C 'est une drôle de sensation, tu sais.
J 'hésitais, j 'avais un peu peur.
Mais plus maintenant.
Maintenant, je suis sûr.
Hé, Thélier ! On ferme.
Viens.
C 'est
beau, hein ? Regarde comme c 'est beau.
Tu vois, ici, je me sens chez moi.
Je respire.
Il y a des jours comme ça où on est comblés.
Tu es belle.
Si belle.
Je ne peux plus vivre sans toi.
Mais nous, on va se marier.
Quoi ? On va se marier.
Mais tu vas vite.
Pas 20 ans quand même. Pourquoi ? On n 'aura plus de temps pour être heureux.
Jean -Marie a toujours l 'air si malheureux. Mais les autres, pas nous.
Tiens, j 'ai pensé à toi toute la nuit.
Je n 'ai pas dormi une heure.
Je ne te laisserai plus jamais partir.
Tu es à moi maintenant, quoi qu 'il arrive.
Je voudrais essayer de comprendre vos sentiments.
Reprenons. Quand vous courez au conservatoire, ce n 'est pas pour
soeur. Narguer ma soeur ?
Mais j 'avais qu 'une envie, revoir Gilbert.
Vous ne pouviez pas tenir une heure sans lui, mais quand il vous demande en
mariage, vous dites non.
Je n 'ai pas dit non.
Je ne pensais pas au mariage.
Je voulais qu 'on soit heureux, c 'est tout. Et pour vous, le bonheur n 'est
compatible avec une vie honnête. Je ne vois pas ce qu 'il y a d 'honnête à se
faire épouser.
C 'est un point de vue.
Mais vous demander un mariage pour Gilbert, c 'était une preuve d
non ? Mais il ne lui a jamais demandé sa main.
Un jour, il lui a fait miroiter l 'idée de mariage, mais comme ça.
quand il n 'avait pas le sou, quand il savait qu 'elle ne pouvait pas accepter.
Mademoiselle Marceau, ce jour -là, Gilbert était -il sincère, oui ou non ?
'est pas vous que j 'interroge, c 'est votre client.
Elle ne répondra pas, je le vous interdis.
Vous êtes prudent.
Non, trop vieux pour tomber dans vos pièges.
Évidemment, elle a cru Gilbert à ce moment -là, et toujours, autrement elle
serait pas ici.
Mais qu 'est -ce que ça prouve ? Qu 'elle a été crédule, et pas que Gilbert
été sincère.
Il y a une question que je vais poser à votre cliente. Elle n 'y répondra pas,
je le sais, mais vous pouvez me démentir.
Gilbert lui a -t -il parlé de ses projets de mariage ? Non. Lui a -t -il
présenté Dominique ? Non. Il a quand même annoncé ses fiançailles. À qui ? À
logeuse. Mais c 'était une blague.
Un truc de Gilbert pour qu 'on puisse se voir chez lui.
Je ne suis pas sourde.
Attention, on va bien rentrer.
Tu as vu, avec rien, ce qu 'il arrive à faire, c 'est... Tu n 'es pas un
cinémonde ? C 'est tous les faits que ça te fait.
Mais c 'est du bac, mon chéri.
J 'aime bien lire en écoutant la musique.
Non, ce n 'est pas possible, tu le fais exprès.
Enfin, bon Dieu, qu 'est -ce qui t 'épate dans la vie ? Marlon Brando.
Ah non, ça, ce coup -ci, tu m 'auras pas navé en quinze jours, ça suffit. Alors,
qu 'est -ce qu 'on fait ? On rentre, tiens.
Encore ? Fiche -moi la paix.
Qu 'est -ce qui se passe, mignon ? Tu ne m 'aimes plus ? Mais si.
Seulement, tu ne penses qu 'à ça. Je ne sers qu 'à ça.
J 'existe aussi.
Mais bien sûr, tu existes. Au lit, oui.
Seulement, il n 'y a pas que ça dans la vie.
Je ne sais pas, moi, j 'ai envie de sortir. J 'ai envie de me balader, de
traîner, de danser, de vivre, de voir des copains. Merde !
On voit plus personne depuis que tu m 'aimes. Écoute, j 'ai pas de temps à
perdre avec tes copains.
Déjà, comme ça, je m 'en sors pas, j 'arrive pas à travailler pour moi.
Les jours passent, les semaines passent, et tout ça, c 'est du travail en
retard.
Et puis l 'amour, ça se vit à deux. C 'est plus de l 'amour, c 'est de la
conserve. Entre ta musique et ton plumard, j 'en peux plus, tu entends ? J
'étouffe. Eh ben, va prendre l 'air, ma fille.
Ça te fera du bien, va.
Si à mon vieux, tu me le répèteras pas deux fois.
Je me tirerai en vitesse.
Je vais prendre l 'air, comme tu dis. Oui, c 'est ça, à demain.
À demain ? Ça non, alors.
Écoute, il te prend.
C 'est pas moi qui suis venu te chercher.
Je m 'en vais, tu entends ? Et pour de bon.
Femini.
Minou.
Fais pas le diable, quoi.
Non, elle n 'est pas là.
Je ne sais pas, mon vieux.
Ça fait trois jours que je ne l 'ai pas vue.
Oui, elle est partie fâchée, oui.
Hein ?
Oh, c 'est bêtise, quoi.
Moi, je sais bien, mais c 'est quand même pas une raison.
Surtout un jour d 'anniversaire.
Et deux mois.
Un vrai bail.
Je lui avais acheté un cadeau.
Moi aussi.
Oh, merci d 'y aller, là.
a fait pendant ces trois jours ? Qui as -tu vu ? La bande, comme d 'habitude.
Non, non, ne fais pas semblant de ne pas comprendre.
Regarde, tu as mis la glace.
Je ne vois pas. Tu ne vois pas ? Non.
Et cette chemise ? Aïe ! Tu me fais mal. Je m 'en fous.
D 'où vient -elle, cette chemise ? Je la connais, tu sais.
Évidemment, tout le monde la connaît.
C 'est la chemise de Jérôme.
Et après ? Et après ?
Qu 'est -ce qui se passe ? Une
scène abominable.
Elle poussait des cris à émeuter le quartier. Le lendemain, j 'ai parlé à ce
pauvre Gilbert.
Je lui ai dit que je ne pouvais plus supporter ça.
Que cette fille ne remettrait jamais les pieds chez moi.
Gilbert a très bien compris.
Il n 'y a pas insisté.
Je ne vois plus rien.
Des questions, monsieur l 'avocat général ? Ça me suffit.
Maître ? Vous nous avez fait le récit de scènes multiples, dont une, la
dernière, particulièrement violente. Connaissez -vous le motif de ces
? Elle le trompait à tout bout de champ. C 'est pas vrai ! Je ne trompais qu
'une seule fois, avec Jérôme. Une seule fois ? Avec un galopin ? Et pourquoi ?
Parce que j 'aime. Ah, tout de même ! Quand on trompe un homme à tout bout de
champ, bon, c 'est une habitude.
Mais la défaillance unique d 'une femme fidèle, vigre...
Il doit y avoir une explication sérieuse.
Laquelle ? Un moment d 'égarement ? Vous aviez perdu la tête ? Pour Jérôme ?
Non.
Alors ? Ça s 'est fait si bêtement.
On était tous les deux dans ma chambre. Jérôme avait une chemise sensationnelle.
Je me suis déshabillée pour l 'essayer. Après ça, j 'ai pas voulu la lui rendre.
On s 'est battues et... Voilà.
Et il vous a laissé la chemise ? C 'était bien le moins.
Et par la suite, vous n 'avez plus jamais eu envie d 'autre chemise ? Vous
prenez pour qui ? Pour une menteuse.
Vous n 'avez jamais aimé Gilbert.
C 'est la seule explication à vos infidélités. Répétez.
Répétez ? Quoi, répéter ? Au cours d 'une instruction qui a duré 18 mois, on
'a jamais rien trouvé que cette lamentable histoire.
Et encore, c 'est elle qui en a parlé la première.
Elle a eu une vie libre, soit.
Mais je voudrais savoir si on la juge parce qu 'elle s 'est montrée légère ou
parce qu 'elle a tué un homme. Pardon, c 'est vous qui plaidez le crime
passionnel. Abandonnez votre thèse et je ferme mon dossier.
Mais quand votre client de jolie maîtresse s 'est pleuré, je dis non.
Elle a trop souvent bafoué l 'amour de Gilbert.
L 'amour de Gilbert ?
Eh bien, parlons -en de l 'amour de Gilbert, madame.
Vous avez dit tout à l 'heure que vous aviez donné à choisir à Gilbert entre
Dominique et votre appartement. Je lui ai dit, c 'est à prendre ou à laisser.
Et il n 'a pas hésité, il a choisi l 'appartement.
Ça ne l 'a pas empêché de la revoir.
Oui, mais dans quelles conditions ? À la sauvette.
Pour ce qu 'il en faisait. Pour ce qu 'il en faisait. Alors là, nous sommes d
'accord. Merci, madame. Je vais vous attirer.
Témoin suivant.
Ludovic Toussaint.
Monsieur Ludovic Toussaint.
Profession, domicile.
Toussaint Ludovic, 30 ans, restaurateur, 42 rue Bria.
Vous n 'êtes ni parent, ni allié de l 'accusé. Vous n 'êtes pas à son service,
ce n 'est pas au vôtre. Vous gérez de parler sans haine et sans crainte. Vous
dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Levez la main droite,
dites, je le jure.
Je le jure.
Faites votre déposition.
Comment avez -vous connu l 'accusé ? Voilà, elle cherchait du travail. Son
lui avait coupé les vivres. Les parents sont des ingrats, ma petite.
Quand ils sont bien amusés avec nous, ils nous jettent au panier.
Faut que j 'en sorte quand même.
Qu 'est -ce que tu sais faire ? Moi ? C 'est pas de sa faute, elle est née comme
ça. C 'est comme ça que je l 'aime. C 'est pas comme ça qu 'elle bouffera, en
tout cas.
Lui, le mâle, il va la faire vivre. J 'espère bien, mon vieux, un peu plus
J 'ai des projets en attendant.
Oui, mais en attendant, confiserie demande vendeuse.
Référence exigée.
Bonne ouvrière floue.
Qu 'est -ce que c 'est des ouvrières floues ? On t 'expliquera.
Vendeuse, lingerie luxe, Champs -Élysées.
Bonne présentation.
Bonne présentation.
Alors, qualifiée, spécialisée, sachant calculer, connaissant... On demande
fille, sans spécialité, belle, bien faite.
Dès -dedans, vous, on vous a pas sonné, non ? C 'est pour tirer le vestiaire.
Ouais. Bon, c 'est très sérieux, la fille que j 'avais tombée malade. Qu
-ce que c 'est, votre boîte ? Spoutnik.
Vous connaissez ? Ben, je comprends.
On vous écrira, mon dieu, hein.
Mais qu 'est -ce qui te prend ? Dominique, je t 'interdis d 'accepter.
Dominique, passe -moi une chaise.
T 'en as de belles tatanes ? Idiot ! T 'as pas mégoté sur le diam' ? 8500
balles, tu parles de diam' !
Tiens, aide -moi.
Tu crois que c 'est une vie, ça ? Tu parles ! Gagner du fric sans avoir à se
lever le matin, t 'aurais jamais cru ça possible.
Oui, mais moi, le jour, je travaille.
Le temps ne se boit plus.
Les potons dînent ensemble tous les soirs. Il y a la fermeture, le marbre.
te suffit, c 'est parfait.
Dominique !
Bien, on fait le deux -trois. Vas -y, j 'attrape la crêpe. J 'espère que tu
viendras me soigner.
Promis.
Tiens, je sens que j 'ai déjà la tête.
Allez, ciao.
Tu trouves ça drôle ? Si je leur fais la gueule, je pourrais repasser pour le
pourboire. Belle mentalité.
Qu 'est -ce que j 'ai fait de mal ? Je t 'ai laissé tripoter.
Allumez le client, tu trouves ça bien peut -être ? 200 francs, vous avez le
droit à sourire. C 'est dégueulasse.
Tiens, on voit la fin de temps. À quoi j 'ai droit ? À ce qui te fera plaisir.
Il n 'y a qu 'une chose qui me fait plaisir.
Ah oui ? C 'est de foutre une paire de claques. Alors, ça vient, oh ! Dis donc,
le gars, il s 'améliore pas. Il commence à m 'emmerder.
À quoi, le pommeau ? Tiens, moi, qu 'elle te ramène là -bas. Allez, crotte.
Bonsoir. D 'accord, bonsoir, patron.
C 'est indispensable.
Ça te déplaît ? C 'est pas que ça me déplaît, mais j 'aime Gilbert, figurez
-vous. Bon, de bon ? Oui.
Bien, bien.
D 'ailleurs, moi aussi je suis en main.
Plutôt trop, d 'ailleurs.
Merci.
On n 'a qu 'une soirée de libre par semaine. Il faut que tu la gâches. De
façon, notre vie est gâchée. Un peu plus, un peu moins.
Gâchée parce que je travaille au Spoutnik. Mais non, ça ne tient pas
ton travail, ça tient à toi.
Enfin, tu ne te sens pas comme ils regardent tous.
Ce n 'est pas de ma faute. Non, non, hier soir, ce n 'était pas de ta faute
plus. J 'ai quand même le droit de rigoler cinq minutes.
J 'ai 20 ans, moi, et des jambes pour danser. Avec moi, tu ne veux jamais. Tu
sais pas. Pas le cha -cha, évidemment.
Ni le rock.
Apprends -moi.
C 'est vrai, tu veux ? Pour de bon ? Alors, sors, on se fait une boîte
Ah non.
Ce soir, je répète. C 'est pas possible, tu le fais exprès.
Mardi dernier, c 'était pour ta subvention.
Mardi, d 'avant, t 'as un verre qui s 'amène. Et ce soir, monsieur répète. Je
prends la salle quand elle est libre.
Et moi aussi, je suis libre ce soir, figure -toi.
Alors, t 'as le choix.
Mais non, j 'ai pas le choix.
J 'ai 40 types qui m 'ont fait confiance, qui turbinent comme des
Enfin, tu comprends, Samino ? Oh, pour un soir.
Non.
Non, j 'ai pas le droit.
Non, il y en a marre.
Allez, reprenez -moi ça tout seul, tous les deux.
Maintenant, c 'est toi qui es en retard.
Non, je m 'en fous, on est là jusqu 'à 4h du matin.
Non, silence, s 'il vous plaît.
Voilà.
On reprend, on reprend. Une mesure avant 13.
T 'as attrapé la crève, toi ? La salle était glacée, ils ont travaillé jusqu 'à
3h du matin.
Il fallait te tirer.
Je dirais que vous connaissez pas Gilbert.
Il m 'aurait faim de ses drames. Et alors ? J 'ai pas eu le courage.
Quand il conduit, il est transformé.
Il a l 'air si heureux. Ouais, qu 'il se fout complètement des autres.
T 'es un égoïste, t 'es un ambitieux.
Pourquoi dites -vous ça ? Gilbert est un type formidable.
Y a des moments cette nuit où en l 'écoutant, j 'oubliais tout. Ouais, tu
dormais. Vous me prenez pour une gourde.
Dans un temps, je peux m 'intéresser à la musique sérieuse, figurez -vous.
Sans blague. Alors si tu es veuve encore mardi prochain, je te sors.
En copain, bien entendu.
Vrai ? Vrai.
M 'emmenez -vous. À Sainte -Eustache, on donne la messe en ré.
C 'est formidable quand même, il n 'a pas pu s 'envoler.
T 'es sûre de l 'avoir paumé ici ? Il n 'est pas à l 'hôtel.
J 'ai cherché partout.
Dans la chambre, dans le vestibule, dans le hall.
Il ne peut être qu 'ici, quoi.
Tu as pu le semer sur ton chemin en rentrant. Non, ce n 'est pas possible.
Comment peux -tu le savoir ? Parce que je le sais. Et puis tu m 'agaces.
Je suis déjà assez embêtée comme ça.
Je cherche.
Partout, derrière le bar.
Il faut le trouver.
Tu as perdu quelque chose ? Garde de quoi j 'élève.
On dirait que je suis borne d 'un pied.
T 'as regardé dans la sieur ? Si il avait balayé, c 'était assez gros, je l
'aurais remarqué. Roger ! Tiens.
Paulette ? Dominique est arrivée ? Oui. Je suis là ! Ah, tu es là, toi ? Viens
voir.
Devine où je l 'ai trouvée.
Sur le trottoir, devant la porte. Un vrai coup de chance.
Ton lait, ça manquait à ta collection.
Ça vous prend souvent, mon vieux ? Vous êtes tordu, non ? Faut que je vous
emmerde. Dites donc ! Non ! Gilbert, te rends pas ridicule. Oui, ça, tu t 'en
charges. Vous vous êtes bien foutus de moi, tous les deux, non ? C 'est pas
parce que je ramène Dominique un soir... Tous les soirs.
Admettons, qu 'est -ce que ça prouve ? Vous ne vous fatiguez pas.
Je devrais sans doute vous casser la gueule, mais c 'est marrant, ça ne m
'intéresse plus.
Non, laisse ! Non, c 'est trop injuste ! Gilbert !
Écoute, Gilbert !
Tu me touches pas, hein ? J 'ai rien fait de mal, je te jure, je t 'aime. Tu
mens. Tu m 'as toujours menti. Tu es qu 'un énorme mensonge.
Ne me regarde pas comme ça, c 'est pas vrai. Si je te regarde, je te regarde et
je te vois.
Je te vois comme tu es.
Eh bien, c 'est pas beau, hein ? Tu te trompes.
Écoute, je vais t 'expliquer tout.
Salade, ça va, hein ? C 'est pas possible, tu peux pas.
Si je peux, je peux, figure -toi.
Je suis libre.
Libre et heureux de l 'être.
Alors je te dis merci et bonsoir. Tu te trompes, Gilbert, c 'est pas vrai, tu te
trompes. Mais tant pis.
T 'as bien réfléchi ? Parfaitement.
Parfaitement, j 'en ai ma claque de tes histoires farzeuses.
Moi aussi, figure -toi, j 'en ai ma claque.
Depuis trois mois, j 'ai rien à me reprocher.
Rien ! Alors, si tu veux me quitter, quitte -moi.
Non, Damini ! Non ! Oh, le sale, le sale !
Oui, comme tu dis.
Où va -t -on ? N 'importe où. Au moins, elle aura gueulé pour quelque chose.
Alors, à Saint -Eustache ? C 'est ça, à Saint -Eustache.
Bien entendu, vous n 'êtes pas allé à Saint -Eustache.
Non, j 'ai emmené Dominique boire un dernier verre à Montmartre.
Elle est terminée la nuit à l 'hôtel Radio.
Oui, monsieur le président.
L 'accusée prenait la rupture avec philosophie. Au contraire, elle était
une rage folle, elle voulait se venger.
J 'ai profité de sa colère, j 'ai eu tort. Vous auriez saisi l 'occasion.
Ce n 'est pas impossible.
Bien que si l 'on en croit vos employés, l 'accusée était votre maîtresse depuis
longtemps. C 'est faux.
Celui -là, je le descends en flammes.
Et cette intimité subite s 'est arrêtée là. Vous n 'avez jamais cherché à revoir
Dominique ? Si, j 'ai essayé de lui téléphoner.
On m 'a répondu chaque fois qu 'elle était malade.
Je ne l 'ai revue qu 'à la rentrée, quand elle est revenue au Spoutnik,
les vacances.
Et au moment des faits ? Je la croisais de temps en temps, dans la boîte ou dans
le quartier, c 'est tout.
M.
l 'avocat général, des questions ? D 'après vous, pendant toute la période où
'accusé a été votre employé, elle s 'était montrée sincèrement éprise de son
amour ? Je le maintiens.
Gilbert était son grand homme et ne jurait que par lui.
Pourtant, tous les autres témoins rapportent des disputes, des sels.
C 'est Gilbert qui les faisait.
Sans aucun motif.
Il trouvait toujours un prétexte.
Pour boire un peu plus généreux, une plaisanterie, un sourire, tout lui était
bon. Il est allé même jusqu 'à rapprocher à Dominique de travailler la
'est un monde.
S 'il n 'était pas d 'accord, il n 'avait qu 'à la faire vivre.
Il n 'aurait peut -être pas les moyens. Quand même, il aurait pu l 'aider.
Mais lui, rien, pas une attention.
Tenez, quand Dominique avait besoin d 'une paire de godasses, elle se les
elle -même, quitte à ne pas manger pendant huit jours.
Monsieur le juré, c 'est la première fois depuis le début de cette
qu 'on nous dépeint un Gilbert Tellier injuste et mesquin, une Dominique
fidèle et passionnée. Restons -en là.
Si vos relations avec l 'accusé expliquent votre attitude, monsieur,
'excuse pas.
Une simple précision.
Quand les policiers vous ont interrogé sur vos relations avec Dominique, vous
avez parlé de cette nuit à l 'hôtel radio ? Oui ou non ? Non.
À ce moment -là, je n 'en voyais pas l 'utilité.
Vous avez compris.
Voyez -vous, monsieur, une chose m 'inquiète.
Cette utilité ne vous est apparue que lorsqu 'on vous a présenté la fiche d
'hôtel. Alors quand vous nous dites aujourd 'hui, la nuit où Gilbert nous a
surpris, Dominique n 'était pas ma maîtresse, je me demande si c 'est vrai,
si un aveu plus complet vous semble inutile. Je ne discute pas avec les gens
mon espoir. C 'est ce qui nous différencie, moi je discute avec vous.
Examinons votre thèse, la thèse de l 'amitié.
Un après -midi, vous trouvez dans un bar une jolie fille sans ressources.
Vous lui offrez un emploi et vous n 'en espérez aucune reconnaissance.
C 'est bien exact. L 'exploitation de l 'ADES, ce n 'est pas mon genre.
Pourtant, quelques semaines plus tard, vous lui offrez amicalement de devenir
votre maîtresse.
Elle a refusé. Je n 'en ai pas voulu. Au contraire.
À partir de cet instant, tout va pour le mieux entre vous.
Gilbert multiplie les scènes au Spoutnik, ce qui doit être bien gênant
clientèle. Vous fermez les yeux.
Amicalement. Et au petit matin, vous partez en voiture avec l 'accusé. En
habitude, bien entendu.
Comme c 'est vraisemblable.
Elle était claquée, je l 'ai ramenée à son hôtel.
Vous aviez l 'habitude de reconduire votre personnel en voiture ? Je passais
devant chez Dominique, ça ne me dérangeait pas beaucoup.
Et puis on est amis ou on ne l 'est pas.
Mais alors pourquoi ne pas mettre Gilbert au courant ? Dieu sait ce qu 'il
aurait été imaginé.
On se le demande.
Donc Gilbert n 'avait aucune raison de douter de vous.
Pourtant, au petit matin, il se cache dans une incoignure près du Spoutnik.
Sans doute pour vous faire une farce.
Et sans explication, il rompt.
À tort, évidemment.
Je vous ai déjà répondu et j 'ai juré de dire la vérité. Oh, monsieur ! Les
serments, dans votre cas !
Donnez.
Ludovic Toussaint dit Ludo 30 ans, débutant de boisson. C 'est bien vous.
Serment préalablement prêté. J 'affirme à nouveau n 'avoir jamais eu de rapport
sexuel avec mon employé Dominique Marceau, ni avant, ni après sa rupture
Gilbert Tellier. Je suis absolument catégorique.
Serment préalablement prêté. Je suis absolument catégorique.
Et c 'était un mensonge.
Pourquoi c 'est facile à comprendre ? Mais j 'ai compris, monsieur.
Et tout le monde avec moi.
Silence ! À défense.
Écoutez, monsieur, elles sont là, les effets d 'audience, et puis raisonnant.
Voyons, d 'après mon confrère, Dominique a avec vous depuis longtemps une
liaison. Mais si c 'est vrai, elles ront avec Gilbert ou avec vous. Mais pas
avec les deux en même temps, c 'est ridicule. Bien sûr, c 'est ridicule. Et
'il ne veut pas vous revoir, c 'est qu 'elle vous a cédé dans un moment de
et qu 'elle le regrette. La preuve, dès le lendemain, elle se terre dans sa
chambre. Elle ne veut voir personne. Elle s 'enferme dans son chagrin et dans
ses regrets.
Et elle ne cherche pas à s 'expliquer avec Gilbert ? Evidemment non.
Elle souhaite le revoir, mais elle n 'ose pas l 'appeler.
La nuit passée avec le témoin lui a donné mauvaise conscience. Elle ne sait
où elle en est. Elle voudrait tomber malade.
Toujours pas levé ? Je crois que j 'ai la grippe.
Mais les dépressions nerveuses coûtent cher.
Mais où sont tes manteaux ?
J 'ai tout vendu. Le moment des vacances arrive.
Dominique ne bouge toujours pas.
Pourtant, Daisy est restée aux États -Unis.
Une étrangère l 'a remplacée.
Écoutez, j 'ai payé le mois dernier, je paye encore ce mois -ci.
Ne vous fatiguez pas, j 'ai compris.
J 'aurais bien voulu vous garder, mais... Vous garderez ma malle. Je ne
la trimballer avec moi sous les ponts.
Je vais prendre une tartine et un petit crème.
Pas un grand, un petit. Merci, Jean.
La crème.
Hé ! Hé, Michel ! Ça va, Minou
? Pas fort.
C 'est vrai que t 'as une sale gueule.
Tu te donnes trop ma fille. Tu parles.
J 'ai passé la nuit gare de Lyon dans la salle d 'attente.
Ça se présente mal pour ce soir. Il n 'y a rien à faire. Tu le sais bien, le pro
-bloc t 'a à l 'œil.
Et chez toi ? T 'es emmerdante quand même.
Je sais.
Écoute, pour aujourd 'hui, ça va.
Merci, Georges. Mais demain, trouve un autre pigeon.
T 'avais pas 300 balles ? Ah non, pas à moi, mon petit.
Je vais te faire foutre. Ah, alors.
Il me défend mal.
L 'estin.
T 'as envie de recoucher sur la banquette ? Écoute, tu vois là -bas le
lunettes ? C 'est un ricain.
Il est venu à Paris pour rigoler. Si tu veux l 'aider, il a sûrement une salle
de bain.
Bonsoir, monsieur.
Alors ? Vous permettez ? Sure.
Sous -titrage
Société Radio -Canada
C 'est affreux.
Des bombes funèbres auraient déjà dû tout enlever.
De leur pape avec votre fille.
Mon Dieu, on dirait qu 'une tempête est passée par là. Monte une heure dans ta
chambre, ça se reposera. Je vais mettre un peu d 'ordre. Non, j 'irai jusqu 'au
bout. C 'est trop injuste.
Mon pauvre Marcel, il était si gai, si bon.
Mais qu 'est -ce que je vais devenir sans lui ? Tu pleures, je le comprends.
as très bien vécu sans lui pendant des années.
Mais c 'est de ma faute.
Quand j 'ai épousé un officier, est -ce que je pensais qu 'il y aurait toutes
ces guerres ? M 'entreproche rien.
Il ne manquerait plus que ça.
Rien pour ça.
Ma pauvre petite maman, n 'aie pas trop de chagrin, va, je suis là.
Heureusement que tu me restes, toi. Tu es ma seule consolation.
Mais pour combien de temps ? Quand je pense que tu vas te marier.
Mais pas avant la fin de l 'année.
Et puis tu viendras nous voir souvent.
Très souvent.
Annie est fiancée ? Tu es fiancée, Annie ?
Avec Gilbert Tellier.
Félicitations.
Ils feront de la musique ensemble, deux ou trois bambins.
Ils seront très heureux.
Le type formidable et la jeune fille modèle, bénie par les beaux -arts.
Un vrai sujet de prix de Rome.
Mais il l 'aime pas tout de même.
C 'est pas possible, il peut pas l 'aimer.
Qu 'est -ce que ça peut te foutre ? Regarde -moi un peu, toi.
Vous m 'étiez tout enflé, on voit plus tes yeux.
Je pleurnichais toute la nuit.
A cause de Gilbert ? Non.
Parce que j 'ai vieilli, figure -toi.
Comme ça, tout d 'un coup ? Oui.
J 'étais une mouche, je suis une vioque maintenant.
Mais qu 'est -ce qui t 'arrive, Minou, tu penses ? Où ça t 'a pris, ce truc -là
? Dans le train, revenant de Rennes.
C 'est mauvais, les trains.
Et dis, tu vas pas te mettre à leur gréter, maintenant ? C 'était toute ma
jeunesse. Mais moi aussi, je suis ta jeunesse.
Vachement plus que ce sinistre emmerdeur.
Sinistre pour toi, peut -être. Tu ne l 'as jamais compris. Ça, je n 'ai mis
de temps. Je le reconnais, oui. Toi, dès le premier jour, tu l 'avais catalogué.
Un petit connard pontifiant.
J 'ai dit ça, moi ? Tu te foutais de lui à longueur de journée, à longueur de
nuit. Mais où ça ? Quand ? Où étais -tu ? Sous le lit ? Tu le sais mieux que
moi, peut -être. Mais qu 'est -ce que tu inventes encore ? Ah, pardon.
Je suis menteur, mais j 'ai une excellente mémoire.
Je n 'ai pas été amoureuse de Gilbert.
Je ne l 'ai pas adoré.
Et Louvier ? Louvier ? Tu vois, ça m 'était sorti de la tête.
J 'avais oublié.
C 'est bien la preuve qu 'il y avait Gilbert qui comptait.
Dis, à quoi tu joues ? Dominique était sincère.
Non, ça, c 'était pas une de ces bourgeoises organisées qui demandent le
au mari, le plaisir à l 'amant et enfilent leur vison pour venir voir
autres. Pendez -vous à parler de l 'accusé.
Encore un bon témoin qui va nous claquer dans la main. Dominique ne croyait plus
à la morale hypocrite de nos parents, comme nous tous.
Au fond, c 'est ça qu 'on lui reproche.
Mais vous êtes des adultes. Vous ne pouvez pas comprendre.
Il faudrait que Dominique soit jugée par des jeunes.
Marquis, je ne dis pas que nous ayons raison, non, nous pensons autrement, c
'est tout.
Je crains, cher monsieur, que... Maître, je vous en prie, c 'est moi qui
interroge. Monsieur le Président, le témoin s 'exprime dans une forme un peu
littéraire et... Si la cour ne comprend pas les jeunes, elle comprend encore le
français.
En somme, vous prétendez que Dominique était sincère. Au retour des funérailles
de son père, elle était désespérée de savoir Gilbert n 'a jamais perdu pour
elle, c 'est ça ? Oui, monsieur le Président.
Ce jour -là, j 'ai senti qu 'elle n 'avait jamais cessé de l 'aimer.
Bon.
J 'ai l 'avocat général.
Pas de question.
Maître.
Écoutez, monsieur, moi, je suis peut -être très bête et je n 'ai pas votre
littéraire, mais je ne comprends pas.
Et quand je ne comprends pas, je demande des explications.
Vous avez l 'air d 'un garçon intelligent. Je peux me tromper.
Non, je ne me trompe pas.
Tant mieux. Alors, vous allez m 'éclairer.
Vous venez de dire, ce jour -là, j 'ai compris qu 'elle n 'avait jamais cessé d
'aimer Gilbert.
Exactement, oui.
Exactement.
Pour ne jamais cesser d 'aimer, il faut avoir aimé d 'abord, non ? Alors, entre
Gilbert et Dominique, vous avez eu l 'impression du coup de foudre ? Pas tout
suite, non.
Mais après ? Quand ? Écoutez, je vais vous aider.
Quand elle se refusait à lui ? Quand elle lui préférait le garçon de la moto
Vous m 'arrêterez.
Quand elle ridiculisait cet amant adoré avec Ludo ? Quand elle rompait ? Quand
elle oubliait son désespoir en se livrant à la prostitution ? Toujours
Quand ? Quand elle a appris qu 'il allait épouser sa soeur. Sa soeur qu
détestait. Détestait, détestait, s 'entendait pas toutes les deux, mais
quand même.
Mais quoi ? Si Dominique est amoureuse de Gilbert, on comprend rien.
Voyons.
Dès leur première rencontre, elle le traite de petit connard pontifiant, c
curieux.
Après quoi ? Louvier, Jérôme, Ludo, trois amants coup sur coup. Pour une
amoureuse, c 'est bizarre.
La rupture survient.
Une femme amoureuse chercherait à s 'expliquer, elle téléphonerait, elle
n 'importe quoi pour revoir Gilbert.
Elle, rien.
Vous trouvez ça normal ? Et ça dure six mois.
Six mois de veulerie.
Six mois de débauche.
Six mois de silence.
Et puis brusquement, elle décide qu 'elle ne peut plus vivre sans Gilbert.
Elle se procure une arme et elle se précipite chez lui. Vous comprenez ça,
moi pas.
Au contraire, si Dominique déteste sa sœur, si elle n 'agit que pour lui
Gilbert, tout s 'explique.
Dès leur première rencontre, elle le reçoit au lit.
Elle le provoque avec indécence.
Il ne lui plaît pas, mais elle veut le détacher d 'Annie.
On comprend.
Elle se refuse à lui. Elle le fait marcher.
Elle ne lui cède que lorsque révolté, il pourrait retourner vers Annie. On
comprend toujours.
À peine rhabillée, elle court au conservatoire. Pourquoi ? Pour annoncer
bonne nouvelle à sa sœur. Pour la mettre devant le fait accompli.
On comprend très bien.
Ce coup -ci, Annie semble définitivement écartée. Alors, à quoi bon ménager
Gilbert ? Il embête.
Elle le trompe.
Elle le quitte.
Elle l 'oublie.
C 'est très clair.
Soudain, coup de théâtre.
Gilbert a retrouvé Annie.
Contre toute attente, elle a pardonné. Les voilà fiancées. Alors quoi ? Annie
triompherait ? Celle -ci assisterait impuissante, désarmée à leur bonheur ?
! Il lui reste un moyen pour les séparer.
Elle l 'emploie.
Moi... Je suis sans doute très bête et je n 'ai pas votre talent dramatique,
mais je ne comprends pas. Et quand je ne comprends pas, enfin, etc., etc.
En somme, vous voulez que le témoin vous dise ce qu 'il pense de ce ramassis d
'hypothèses. C 'est idiot.
Voilà, il vous a répondu.
Et maintenant, soyons sérieux. Voyons, quand Gilbert a rencontré Dominique, c
'est elle qui lui a fait des avances ? Au contraire, c 'est lui qui lui
après. Il était même plutôt collant. Nous dirons qu 'il lui faisait une cour
insidie. Dans quel espoir ? Il voulait coucher avec elle ? Coucher, voilà.
Et après être arrivé à ses fins, s 'est montré tendre, empressé ? Je ne sais
pas. Il l 'avait mis sous cloche. Il la chandrait, quoi.
Ainsi, cette Dominique que vous avez connue si fantasque, si volage, si
de liberté, a tout sacrifié subitement à ce bûcheur uniquement épris de lui
-même et de sa carrière.
Elle reste à ses côtés.
Pendant des mois, elle supporte l 'ennui, les sermons, les violences même,
nous l 'a rapporté.
Pourquoi ? Par intérêt ? Il ne lui a jamais donné un sou.
Alors pourquoi ? Elle l 'aimait, forcément.
Je ne vous le fais pas dire.
Et après la rupture, qui s 'effondre ? Lui ? Oui, je sais, vous ne l 'avez pas
revu, il avait mieux à faire.
Mais elle, vous l 'avez connue pitoyable.
Ça, elle n 'était pas gaie, oui.
Elle passait ses journées à traîner.
Elle n 'avait plus aucune réaction.
Mais je l 'attendais.
Je voulais qu 'il revienne, je savais qu 'il n 'avait pas pu oublier.
Je ne faisais le dire à personne, j 'avais peur. Mais toi, Michel, tu l 'as
compris. Alors dis -le, je t 'en supplie, dis -le. Comme ça, il ne risque
de se tromper. Mais pourquoi ? Pourquoi vous ne voulez jamais me croire ? Je le
sais bien quand même.
J 'en ai passé des nuits à pleurer comme une dingue. Vous l 'affirmez, mais de
cette attente fiévreuse, vous n 'apportez aucune preuve.
On peut d 'ailleurs se demander ce qui vous permettait de nourrir cet espoir
insensé. Son carnet. Son carnet ? Quel carnet ? Il n 'y a pas de carnet dans le
dossier.
T 'as vu ? Il a déménagé.
Il croit que c 'est arrivé.
Puis qu 'il donne des concerts à Châtel -Guyon, il se prend pour presque Nini.
Je te jure, il a la tête qui enfle.
Il n 'y a pas de danger que ça enfle, là -dedans.
Passe -moi ton crayon.
Mais parlez, bon sang ! Allô ?
Tu sais l 'heure qu 'il est ? Trois heures.
Alors, tu t 'amènes comme ça en pleine nuit et tu veux rien ? Bon, ben alors,
revoir. Gilbert, laisse -moi rentrer.
Rien qu 'une minute.
Alors ? Qu 'est -ce qui va te casser ? Je t 'ai déjà dit.
Rien.
Je voulais seulement te voir.
T 'entendre.
Tu me vois, tu m 'entends.
Alors ? Tu comprends pas, non ? Je t 'aime.
Je suis bien près de toi. Avec toi.
J 'ai été si malheureuse.
Pardon.
Pardon de te déranger.
Pardon pour moi.
Pardon pour tout, pour le passé.
Pardon.
Tu n 'as pas changé.
Toujours belle.
Incroyable.
Égoïste. C 'est pas vrai.
Menteuse. C 'est pas vrai. Amorale. C 'est pas vrai.
Indécente. C 'est pas vrai.
Je te remercie d 'être ce que tu es.
Merci d 'être venue.
Dominique, je t 'en prie, scootou un peu, je suis en retard.
Je te demande pardon, mon chéri, je savais pas. Ça fait une demi -heure que
te le répète.
J 'en ai pour trois minutes, tu vas voir, je vais t 'épater.
Où se retrouve -t -on ce soir ? Ici directement ? Ni ici, ni ailleurs.
Qu 'est -ce que tu dis ? Je te dis ni ici, ni ailleurs.
C 'est pas à cause d 'elle, quand même.
C 'est bien plus bête que ça.
Tu vois, Minou, j 'en ai beaucoup bavé à cause de toi.
Le soir de l 'udo de la voiture.
J 'ai cru que j 'allais crever.
Je m 'en suis tiré en boulonnant comme un dingue. Je m 'en suis collé jusque
-là.
Tous les jours, je t 'oubliais un peu plus, mais il restait toujours quelque
chose comme...
Comme si j 'espérais vaguement ce qui est arrivé cette nuit.
Puis ce matin.
Le matin, on voit clair.
Tu n 'aimes plus.
Il me semble que je ne t 'ai jamais aimé.
Ce n 'est pas de ma faute, tu sais.
Je suis désolé.
Ah non, n 'exagère pas quand même.
Non, puis fais pas cette tête -là, quoi, c 'est pas un drame.
Qu 'est -ce qui vous a pris ? Elle s 'est jetée de sous. Mais non, je ne me
pas jetée de sous.
Vous n 'avez rien.
Heureusement, une belle fille comme vous, je ne me serais pas consolé.
Donnez -moi maintenant le travail, il faut quand même que je fasse mon
Comprenez -moi bien, madame.
L 'accusée soutient qu 'elle a rendu visite à votre locataire dans la nuit du
au 9 décembre et qu 'elle est restée chez lui de 3 heures à 10 heures du
environ. C 'est faux.
Attention, madame, c 'est important.
Si l 'accusé, comme elle l 'affirme, a été reçu par la victime, qui lui aurait
prodigué les marques de son affection avant de la renvoyer à ses
on pourrait, dans une certaine mesure, admettre le drame passionnel.
Si ce n 'est pas vrai, l 'affaire s 'est claire d 'un jour très différent,
réfléchissez bien.
Si vous vous êtes trompé, dites -le, personne ne vous en fera grief.
C 'est tout réfléchi.
La nuit, l 'ouverture de la porte est automatique. Oui, mais les locataires
doivent dire leur nom.
S 'ils ne le disent pas, je sors.
Et vous écartez absolument l 'hypothèse d 'une somnolence ou d 'un moment d
'inattention. Depuis dix ans que je tiens ma loge, ça ne m 'est jamais
Bien.
Et le lendemain, vous n 'avez pas davantage aperçu l 'accusé qui tend
immeuble vers dix heures et demie. Alors ça, je le défends bien.
Le matin, je me suis arrangée avec une voisine pour qu 'elle me fasse mes
courses. Comme ça, je ne bouge pas de ma loge.
Pas une minute.
Oh, ce n 'est pas la peine de prendre ça là.
Je suis une honnête femme.
Vous êtes une honnête femme dont les déclarations me laissent rêveur. Maître,
vous avez des doutes, vous pouvez les exprimer. J 'ai des doutes, mais je les
exposerai plus tard.
Il s 'agit du conducteur d 'autobus que nous avons entendu tout à l 'heure.
Eh bien, mais nous y arrivons.
Madame, le matin même, où Dominique Marceau prétend être sorti de votre
sans que vous l 'ayez vu, ce que vous estimez impossible, ce témoin a manqué l
'écrasé précisément rue du docteur Barbier.
Je l 'ai fait en rapport à son administration.
Je vous le lis.
Voilà.
Le 9 décembre, à 10h47, à la hauteur du numéro 3 de la rue du docteur Barbier,
une jeune femme a failli, etc.
Vous comprenez ce que ça signifie ? Non.
Enfin, voyons, madame, un fait est certain, incontestable. À 10h47, l
est à la hauteur du 3 de la rue du docteur Barbier. Quand elle affirme être
sortie du 9 quelques instants plus tôt, cela paraît assez vraisemblable.
Il faut bien le dire.
Ainsi, madame, personne n 'échappe à votre vigilance.
Le jour, rien ne peut vous arracher à votre faction.
La nuit, vous ne dormez que d 'un oeil. C 'est mon métier.
J 'ai eu la curiosité, moi, de pénétrer dans cet immeuble si bien gardé.
Et pour que vous n 'ayez aucun doute, messieurs, j 'ai prié ma collaboratrice
se faire accompagner d 'un huissier.
Voilà son constat.
C 'est surprenant. On entre comme dans un moulin. Je lis.
28 novembre. Nous, huissiers, enfin, etc., etc., nous présentons à 10 heures
matin. La concierge est absente, la porte de la loge est fermée.
7 janvier, 9h30, nous trouvons à la loge une pancarte, la concierge revient de
suite.
Il nous est impossible de nous faire préciser par un locataire l 'heure
éventuelle du retour de la concierge.
6 mars, 3h du matin, la porte de l 'immeuble s 'ouvre automatiquement.
Nous ne déclinons aucune identité. Nous tâtonnons longuement pour chercher la
minuterie, empruntons l 'escalier, montons jusqu 'au sixième étage et
redescendons. Nous sortons sans être interpellés.
En voilà des manières.
J 'en regrette que cette vérification n 'ait pas été communiquée. Oh, monsieur l
'avocat général, je m 'étonne que vous n 'ayez pas songé à la faire faire vous
-même.
Vous avez toute la brigade criminelle à votre disposition.
Je tiens à souligner l 'atmosphère de confiance dans laquelle se déroulent ces
débats.
Il ne faudrait quand même pas tirer de ce constat des conclusions hâtives.
Il prouve seulement que Dominique a pu entrer rue du docteur Barbier.
Il ne prouve pas qu 'elle y soit venue.
C 'est une hypothèse. Chaque fois que le mot hypothèse est prononcé, c 'est
comme un démonstration gêne l 'accusation. Ne vous plaignez pas du
devez à la courtoisie de monsieur l 'avocat général.
Une hypothèse ? Ce mensonge est honté de votre cliente.
Voyons. Le 9 décembre, le lendemain de cette prétendue nuit d 'amour, Gilbert
avait rendez -vous avec Annie.
Et nous savons parfaitement où ils sont allés.
Nous sommes allés à la mairie faire publier nos bords.
Non ! Je préviens qu 'à la première manifestation, je fais évacuer la salle.
Nous avions remis cette démarche plusieurs fois.
Gilbert avait beaucoup à faire.
Il répétait pour la télévision.
Il était nerveux, fatigué.
Mais ce matin -là...
Il est arrivé en courant.
Il m 'a serré fort, très fort dans ses bras.
Il m 'a dit, viens ma petite Annie, nous avons trop attendu.
Et il a ajouté, tu es faite pour moi, nous vieillirons ensemble.
Et maintenant c 'est fini.
Pourquoi as -tu fait ça ? Pourquoi ? Je ne voulais pas.
Je l 'aimais, je l 'aime. Mais qu 'est -ce que tu sais de l 'amour ? Tu n 'as
jamais aimé que toi. Toi, toujours toi. Dis pas ça.
Je donnerai ma vie pour que j 'y aille.
Votre attitude est intolérable.
Mademoiselle, je vous conjure de faire taire votre douleur et d 'être
sincère.
Rien dans les propos de Gilbert ne vous permet de penser qu 'au cours des
semaines qui ont précédé le drame, il ait revu l 'accusé.
Non, monsieur le président.
Gilbert ne me cachait rien. Il n 'allait pas te raconter ça.
J 'y étais, monsieur le président, je le jure. Il m 'a prise dans ses bras comme
autrefois. C 'est pas vrai.
Tout était fini entre eux. Bien fini.
Gilbert me l 'a répété cent fois.
Il me disait, je suis content d 'en être débarrassée. Tu mens. Il n 'a pas pu
dire ça.
Pourquoi es -tu si dure ? Je vois pas grand -chose, mais toi, Annie, tu me
peur. Tu triches. C 'est ton orgueil qui parle.
Tu as pas de cœur. Tu es sèche. Non.
J 'aurais voulu te sauver.
J 'ai pitié de toi.
J 'aurais voulu te croire.
Mais Gilbert n 'a pas pu faire ça.
Il était trop droit.
Il était trop pur.
Je regrette.
Ma soeur ne dit pas la vérité. Pourquoi j 'aurais inventé ça ? Pour me faire
mal. Parce que tu étais jalouse.
Jalouse ? De qui ? De quoi ? Oh non, mais tu t 'es pas regardée.
Il y avait lui et moi, c 'est tout. Toi, tu n 'as jamais compté. Mais c 'est moi
qui l 'épousais. Pour repriser ses chaussettes. Mais taisez -vous.
C 'est de sa descente.
À la prochaine interruption, je vous fais expulser. L 'amour, c 'était nous.
On a été heureux comme elle ne le sera jamais.
C 'est pour ça qu 'elle l 'a tuée. Pour que je ne sois jamais heureuse. Elle a
eu tous les hommes qu 'elle a voulus. Tous.
Moi, je n 'avais que celui -là.
Tu ne l 'as jamais eu.
Jamais. Il n 'a même pas fait l 'amour une fois avec toi. Garde, fais -le
de l 'accusé.
Avec moi, cent fois. Tu entends, mille fois.
Mettez -toi.
Tu me l 'as tué.
Non, je ne voulais pas, je ne voulais pas, je voulais tuer moi.
Moi, pas lui, moi, je voulais tuer toi.
Ça sent bon, tu sais.
Ça sent la choucroute.
Profite -en, c 'est la dernière boîte.
J 'ai oublié mes cigarettes.
Dans mon sac.
Eh ben dis donc, tu ne te refusais rien.
Valter 765, balle blindée.
Je me suis fait un cadeau.
Ma corde à moi.
Intéressant.
T 'as de l 'ambition, ma petite.
Mais on ne réussit pas un suicide comme ça. Je t 'en parle en connaissance de
cause.
Il faut de la méthode.
De l 'imagination. On fait du talent, quoi.
Pour appuyer sur une gâchette.
Travail d 'amateur.
On a bonne mine le lendemain.
Le lendemain, on s 'en fout.
C 'est ce que je pensais. Tu n 'as rien compris.
Moi, j 'ai travaillé la question. J 'ai même poussé les choses très loin. J 'ai
répété mon suicide dans tous ses détails.
Et tu n 'en es pas mort.
Non. Et de justesse.
Je me suis passé la corde au cou, je suis monté sur une chaise.
Je me suis regardé dans la glace. Et tu t 'es dégonflé.
Non.
J 'ai réfléchi.
J 'ai vu que le numéro serait raté.
Raté. Enfin, forcément, quand le public entre.
L 'acteur est déjà sorti de scène.
Un suicide pour soi, pas pour les autres. Des clous.
On se suicide toujours contre quelqu 'un, individu ou collectivité.
Alors si on n 'est plus là pour voir leur gueule, ça perd beaucoup de son
charme. T 'as raison.
Faut choisir devant quelqu 'un.
Et dis, Coco, je suis pas un spectateur, hein. C 'est pas à toi que je pense.
Allez, prends ça, on va se nourrir.
Allez, t 'as raison.
Le suicide n 'a de sens que chez l 'individu en bonne santé.
En somme, c 'est vous qui auriez prévenu Gilbert Tellier que son ancienne
maîtresse était armée et qu 'elle voulait le tuer.
Oui, monsieur le Président. Mais comment le saviez -vous ? Vous ne la
connaissiez pas ? Non, c 'est Jérôme Lamy qui m 'a dit de prévenir Gilbert.
Jérôme Lamy, revenez à la barre.
Mais il s 'est déjà expliqué là -dessus. Il n 'avait que rapporté à propos de
Michel Delonnet. Michel Delonnet approchait également.
On ne peut même pas refaire l 'instruction à l 'audience.
Mais ce point est extrêmement important. Je tiens à le tirer au clair. C 'est
toute la question de la prévéditation.
Michel Delonnet, vous étiez au courant des dessins criminels de l 'accusé ?
Absolument pas.
Je savais que Dominique avait acheté un revolver.
C 'était pour se suicider.
Enfin ! Vous êtes son ami, son confident. Elle vous annonce qu 'elle va
suicider et vous lui laissez une arme.
Vous savez, depuis le temps qu 'on en parlait, le suicide, c 'était devenu un
sujet de conversation.
Moi, j 'ai gardé quatre ans une corde pour me pendre.
Dominique avait l 'air de trouver ça très joli.
Par conséquent, vous n 'avez jamais pris cette menace au sérieux ? Non.
J 'ai eu tort.
Et vous prétendez qu 'il ait du crime ne vous a jamais effleuré.
Comment expliquez -vous alors que vous ayez fait prévenir la victime ? Je n 'ai
jamais fait prévenir personne.
Jérôme l 'a mis.
Ce n 'est pas Michel Delonnet ?
Qui vous a renseigné ? Non.
Enfin, pas directement.
Michel parlait dans un groupe.
Il disait que Dominique était armée, qu 'elle allait sûrement faire une bêtise.
Dans mon esprit, c 'était aussi bien contre elle.
Et c 'est ce que j 'ai répété à André Martineau.
En ajoutant que Gilbert devait prendre garde.
À part ça, vous pensiez tous les deux au suicide.
Qu 'est -ce qui te prend ? Je n 'aime pas cette histoire de suicide.
Je suis quai. Je suis quai.
Quand une fille trimballe un revolver dans son sac, je ne sais jamais ce qui
peut arriver.
Tu es quai.
Tu es sûr qu 'elle ne t 'en veut plus ? Marc, tu ne dois pas lui faire tellement
plaisir que j 'épouse sa sœur. Tu vois qu 'il faut prendre des précautions.
D 'abord, tu ne sors pas.
Et puis, on va dîner ici, c 'est plus sûr. Mais il n 'y a rien à bouffer.
Je vais acheter ce qu 'il faut.
Je vais à bien.
Tu m 'attendais pas, hein ? Non.
Que tu veux ? Ça va durer longtemps, cette plaisanterie ? Alors, tu te
oui ou non ? Bon, je vois.
Alors, tu vas me faire un plaisir.
Tu vas t 'en aller gentiment, sans histoire.
Moi, les discussions, les drames, j 'en ai par -dessus la tête, tu comprends ? C
'est fini ! Fini ! Oui, c 'est fini.
Pour de bon.
T 'inquiète pas, je t 'embêterai plus.
J 'ai trop souffert.
Je suis à bout.
Je vais te laisser tranquille, pour toujours.
Ah oui, le suicide.
Je sais, tout pareil est au courant.
Seulement avec moi, ça ne prend pas, tu comprends ? Pauvre type.
Dire que je t 'ai trouvé beau.
Tu es moche.
Moche ! Moche ! Dire que je vais crever pour ça.
Non mais est -ce que tu te fous de ma gueule ? Pendant six mois, on a vécu
ensemble. Tu t 'es envoyé en l 'air avec tous tes petits copains.
Un jour, on a dit ça suffit, toi comme moi.
Et maintenant, tu t 'es mis dans la tête que je suis l 'homme de ta vie. Tu t
'es suicide à cause de moi.
Non, mais je te pose la question.
Est -ce que tu te fous de ma gueule ? C 'est pas de ma faute si je t 'aime. Non,
tu mens.
C 'est un nouveau truc que tu as trouvé pour m 'emprisonner la vie.
Alors tu vas me foutre la paix. Et tout de suite.
Allez, va -t 'en.
Va -t 'en que je te sors.
Mais fou, va -t 'en.
Va -t 'en, va -t 'en, va -t 'en.
Qu 'est -ce que j 'ai fait au bon Dieu pour être emmerdée comme ça, moi ? T
'es folle ? Ça va
pas, non ? Je ne veux plus t 'emmerder, c 'est tout.
Mais voilà, ça recommence ! Non, mais tu es bouchée, ma fille ! Non, tu n 'as
pas compris ? Tes conneries, j 'en ai marre, marre, marre ! Tu peux les garder
pour toi ! Je ne veux plus te voir ! Tu me dégoûtes !
Tu me fais vomir, tu me sors par les yeux.
Alors si tu veux mourir, meurs. Mais que ce soit pour de bon, mon Dieu.
Sur l 'ordre dans lequel les balles ont été tirées, je n 'ai pas à me prononcer,
je vous parlerai donc des blessures que j 'ai examinées.
La première était mortelle.
Elle avait frappé la face postérieure du tarax et fait éclater le poumon droit,
causant une vaste hémorragie.
Docteur, nous vous écoutons. Je vous disais donc que la balle avait frappé la
face postérieure du tarax et fait éclater le poumon droit.
posant une vaste hémorragie intrapleurale, ce qui signifie,
qu 'elle est entrée ici et que je l 'ai retrouvée là.
La deuxième balle, également mortelle.
Si vous lui laissez faire le détail, vous ne remonterez jamais le courant. La
racine des cheveux est légèrement de haut en bas.
Traversant l 'hémisphère droit, elle s 'est écrasée dans la région de l
'occipute, déterminant une perte de matière cérébrale.
La troisième balle, mais les balles ne sont pas contestées.
Ma cliente a toujours reconnu les avoir tirés. Maître, le docteur de Girard vous
donne ses conclusions après autopsie. Mais justement, nous sommes d 'accord.
Six coups de feu, trois mortels, ma cliente avoue.
Alors, les détails techniques, les trajectoires, ce qui importe, messieurs,
'est la vérité humaine. Est -ce que votre évaluera fort, Girard ? Je l 'en
Monsieur l 'avocat général ? A dire vrai, l 'accusé n 'a jamais discuté la
matérialité des blessures.
Ce qu 'elle nie, c 'est d 'avoir eu le dessein bien arrêté de tuer Gilbert
Tellier. Vous n 'insistez pas pour une plus longue déposition ? Docteur, voyez
-vous quelque chose à ajouter ? Aux ordres de la cour. La cour vous
Maître, une question ? Malgré le respect et l 'admiration que j 'ai pour
monsieur l 'avocat général, nous différons d 'avis.
J 'estime moins indispensable d 'obtenir de Dominique Marceau certaines
précisions.
Elle a tiré, elle le proclame.
Donc, n 'en parlons plus. Trop facile.
Elle a perdu tout souvenir de cette scène atroce.
Ben voyons.
Et puis ça n 'est peut -être pas très facile à raconter alors.
Autant l 'oublier pour de bon.
Monsieur le Président, y a -t -il un inconvénient à faire descendre l
devant messieurs les jurés ? Elle nous mimera la scène. Et nous verrons si les
détails techniques, les trajectoires s 'accordent avec la vérité humaine.
Garde, amenez l 'accusée dans le prétoire.
Cette exhibition me paraît peu compatible avec le caractère de décence
tristesse. qui conviendrait à ces débats. Maître, c 'est à moi qu 'il
de faire respecter la dignité de cette audience.
D 'ailleurs, nous resterons très en dessous de la réalité.
Je ne cherche nullement à impressionner messieurs les jurés, mais ils ont droit
à la vérité.
La thèse de votre cliente, c 'est qu 'elle a voulu se suicider devant Gilbert
qu 'au cours d 'une scène violente, elle a perdu la tête.
Nous allons voir si c 'est possible.
Oh, ça fait plus de cran quand c 'était pour de bon.
Comment teniez -vous l 'arme ? Et c 'était pour vous suicider ? Non,
avant comme ça.
Et c 'est Gilbert qui a reçu la balle ? Bon, moi je veux bien. Mais vous lui
ferez dire n 'importe quoi, elle ne comprend pas ce que vous lui demandez.
commençons par le commencement.
Gilbert était loin de vous ? L 'arme ? Comme ça ?
De face, évidemment.
Je ne me souviens plus.
La balle de face, c 'est celle dans le front, docteur. Elle entre ici, elle
là. Il faut donc qu 'elle ait été tirée de haut en bas, comme ça.
Alors Gilbert était déjà en train de s 'effondrer, n 'est -ce pas, docteur ?
Vraisemblablement. Donc, ce n 'est pas la première balle.
La seule balle horizontale, c 'est -à -dire celle qui a été tirée pendant que
'homme était debout, c 'est la balle tirée là.
Et elle vous dit qu 'elle ne se souvient plus.
Alors à quoi vont ce mélodrame ? Elle a tiré dans un mouvement de colère, de
dos, de face, comme vous voudrez. Je ne veux rien, les fessons là.
Il prouve que vous avez menti, deux fois.
Vous n 'avez jamais dit à Gilbert, je vais me suicider.
J 'aurais désarmé.
J 'aurais fait n 'importe quoi, sauf de tourner le dos.
Vous n 'avez pas eu de discussion avec lui.
Quand on menace quelqu 'un, on lui fait face, vous entendez ? Face ! Il ne m 'a
pas menacée, il m 'a dit des choses horribles. Et ça vous a suffi, vous avez
tiré, vous êtes rapide.
Et tenace.
Comment ? Il est à genoux.
Il ne menace plus, il supplie.
Vous tirez encore, là.
Il tombe.
Quatre balles pour l 'achever.
Non !
Comment non ? Docteur, ces quatre dernières balles, celles dont vous
quand vous avez été interrompu si opportunément.
Étant donné leur direction, la victime était forcément tombée.
C 'est tout.
Garde, ramenez l 'accusé dans le box.
Docteur, la cour vous remercie.
Je défie qui que ce soit de dire qu 'il y a eu entre les coups de feu un instant
de réflexion.
Ce sont succédés en rafales, sans interruption.
Comme toutes les femmes affolées à la vieille chargeur. Qu 'est -ce que vous
voulez de plus ? Qu 'elle soit sincère.
Qu 'elle ne joue pas la comédie de l 'amour, du désespoir, du suicide. Elle n
'avait pas contesté son suicide. On l 'a tout de même trouvé agonisant. On est
arrivé à temps, comme d 'habitude.
Voyons.
Vous saviez qu 'André Martineau allait revenir. Vous l 'avez reconnu à l
'instruction. Donc, vous ne risquez pas grand -chose.
J 'ai réfléchi à rien. Je me suis précipitée dans la salle de bain. Pas
suite ? Si.
Comment ? L 'homme que vous adorez vient de s 'écrouler. Il n 'est peut -être
pas mort. Ça ne vous intéresse pas. Sans un regard, vous l 'abandonnez. Je
pensais qu 'elle me suicidait.
Vous pensez toujours à vous. Il faut le reconnaître.
J 'ai essayé. Le revolver était vide.
Vous n 'aviez pas gardé une balle pour vous ? Sache précaution. Mais non.
Elle n 'a pas compté les coups, figurez -vous. Vous n 'avez pas songé à vous
jeter par la fenêtre, bien entendu, non ? C 'est trop dangereux. Vous préférez
le gaz.
Vous êtes sûre qu 'on arrivera à temps ? Je voulais mourir.
Mourir ! Mourir ! Cette fois, il l 'a eu. Ce n 'était que la troisième ou
quatrième fois que vous ratiez votre suicide.
Décidément. Vous ne réussissez que vos assassins.
Assez.
J 'ai fini.
L 'être de talent épargne pas assez de cœur.
Pour juger un amour, il faut être capable d 'aimer.
Comment osez -vous discuter ce suicide ? Vous faites de cette femme une espèce
de vamp, de circé.
Est -ce de sa faute ? C 'est les belles.
Si les hommes la poursuivent comme un gibier.
Et Gilbert plus ardemment que les autres.
L 'a -t -elle jamais provoqué ? Non.
En trois semaines, il la poursuit.
Il la harcèle.
Rien ne l 'arrête, pas même cette aventure qu 'elle a presque sous ses
Il la veut, il la lui faut quand même.
Et il la prend toute chaude encore de l 'étreinte de l 'autre.
Et vous appelez ça de l 'amour.
Durant sept mois de liaison, que lui a -t -il offert ? Son lit.
Son lit tous les jours, ça oui.
Mais une heure par jour ?
Si elle passait la nuit dans ses bras, elle pourrait troubler son confort.
Mais enfin, il lui a quand même proposé de l 'épouser. Bien sûr, quand il ne
risquait rien.
Quand il n 'avait pas les moyens de le faire.
Mais dès qu 'une ombre de possibilités apparaît, alors on ne parle plus
Au contraire, on rompt. Et sous quel prétexte ? Des ragots de femmes
Un malentendu qu 'on ne cherche pas à éclaircir. C 'est vous qui l 'avez dit.
Maintenant, la carrière de Gilbert se dessine. À quoi lui servirait Dominique
Et vous appelez ça de l 'amour ? Maître, vous plaidez.
Ce n 'est pas le moment. Pas le moment ?
Parce que vous pensez qu 'il y a un moment pour la justice.
Durant des mois, celle -ci mendie, meurt de faim, se prostitue. Mais oui, se
prostitue. A -t -il eu un geste pour la sortir de la boue ? Non.
Et vous appelez ça d 'amour.
Une nuit, elle arrive implorée sans pardon.
Il la buse sur ses sentiments.
Il laisse renaître en elle l 'espoir pour profiter d 'elle encore une fois.
Il la congédie comme une fille.
Elle revient. Elle lui dit son intention de disparaître. Il la met au défi de
tirer.
Et vous croyez encore à cet amour ? Moi, pas.
Mais si, Gilbert m 'a aimé.
Mais ça, vous ne voulez pas l 'admettre. Ça vous gêne.
C 'est la vérité, la seule.
J 'ai été bête, méchante, pleine de défauts. Il m 'a aimé quand même.
Maintenant, je ne le verrai plus.
Je ne le verrai plus, vous comprenez ? Alors, tout m 'est égal. J 'ai peur de
rien.
Vous êtes là, déguisé, ridicule.
Vous voulez juger, mais vous n 'avez jamais vécu, jamais aimé.
C 'est pour ça que vous me détestez. Est -ce que vous êtes tous morts ? Morts !
Ces agir sont intolérables. C 'est un scandale. Aussi, pourquoi pousser cette
malheureuse à bout ? Voilà le scandale. Si vous cherchez un incident, votre
cruauté est indigne de la robe que vous portez. Qu 'est -ce que vous dites ?
Messieurs, messieurs, il est 7h30. L 'audience est suspendue. Elle reprendra
demain à 13h. Garde, emmenez l 'accusé.
Dis donc, il t 'a répliqué au petit poil, Guérin, mais tu ne l 'avais pas
Qu 'est -ce qui t 'a pris ? Pourquoi tu étais aussi dégueulasse avec elle ?
Parce que c 'est la mère de la victime que je représente, figure -toi.
Parce que je parle pour elle, à sa place.
Si c 'était ton fils qu 'on avait tué, tu comprendrais.
Monsieur.
Cette nuit, Dominique Marceau a tenté de se donner la mort.
Elle n 'est pas en état de se présenter à l 'audience.
Je vais donner lecture de la lettre qu 'elle m 'a fait remettre.
Monsieur le Président,
je dois écrire dans le noir car je ne veux pas allumer la veilleuse de crainte
'attirer l 'attention.
Je ne sais pas si on pourra me lire, je ne sais pas si on le voudra.
À quoi bon ? J 'ai bien compris que tout le monde avait raison, sauf moi.
J 'ai toujours eu tort vis -à -vis de ma sœur, de ma mère... Et professeur, et
de vous aussi, je demande pardon à tous.
Surtout à la mère de Gilbert.
Je n 'ai jamais aimé que lui.
Je n 'aimerai plus jamais personne.
Ce n 'est pas une grande promesse puisque je vais mourir.
Mais je jure que c 'est vrai et que j 'ai voulu me tuer après lui.
Si je n 'ai pas réussi, c 'est que je suis maladroite.
Mais aujourd 'hui, j 'irai jusqu 'au bout.
Et si Gilbert peut encore me voir, il me pardonnera.
Lui aussi m 'a aimée.
Seulement, on ne s 'est pas aimés au même moment.
Au même moment.
C 'est pour ça qu 'il est mort et que je vais le rejoindre.
J 'ai essayé de vous expliquer.
Monsieur.
On me prévient à l 'instant que Dominique Marceau est décédée.
Je déclare l 'action publique éteinte.
Audience élevée.
Je ne voudrais pas être à ta place.
Nous y serons la semaine prochaine, affirme Moreau.
Falco, vous allez à du métier.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.