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Prélude en ut mineur BWV 999 (Jean-Sébastien Bach)
* Informations Ă la radio
Sonnerie
Mesdames, messieurs, la Cour.
- L'audience criminelle est ouverte. Veuillez vous asseoir.
Discussions inaudibles
- Non, Ryan !
Elle crie. - C'est mon doudou !
- Aïe ! - À table !
Ă€ table !
Brouhaha
On frappe.
- Bonjour. Il est là , ton père ? - Oui.
Papa ?
- Nicolas Milik ? - Oui ?
- On vous arrête pour homicide volontaire de votre épouse.
- Homicide volontaire ? - Suivez-nous.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?
Oh !
Je peux pas laisser mes enfants.
Musique mélancolique
- Papa !
- La semaine dernière, un gamin est mort pour du shit.
J'ai peur pour mon fils, Maître.
Il va foutre sa vie en l'air avec ses fréquentations.
Parlez-lui. J'ai que lui. Il vous écoutera.
- J'essaierai.
- Et pour mon problème de TVA ? - Je suis l'affaire.
- Tenez. - Non, je vous enverrai mes honoraires.
Allez, au revoir. - Merci.
* Estudio N°3 (Agustin Barrios Mangoré)
- C'est fou que t'aies encore ce tableau.
- C'est un cadeau.
- Je sais. C'est moi qui te l'ai offert.
- Pour notre première année de mariage. - Oui.
- Tu l'as acheté chez tes copains qui avaient cette galerie.
- Non. Non, je l'ai acheté à .
Aix.
- Non, tu l'as acheté ici.
- Non. - Si.
Téléphone
Ah. - C'est toi ?
- Non, c'est toi.
- Oui ?
Rien qui ne puisse attendre demain ?
OK.
Je vous rappelle.
La gendarmerie pour une commission d'office.
Elle soupire.
Évidemment, je suis la seule à répondre à cette heure-ci.
- Tu vas y aller ? - J'ai pas vraiment le choix.
Soupir
Mais ce soir, je me serais bien posée.
Tu veux me rendre ce service ?
- Ah non. - Juste pour ce soir.
- Non. - Tu peux faire
la garde à vue. Je récupère l'affaire demain.
Allez. Allez, Jean.
Il rit.
- AĂŻe, aĂŻe, aĂŻe.
Parce que c'est toi.
- Merci.
- Rentre pas chez toi.
Dors ici, c'est ridicule.
- Non, je préfère.
Je préfère mon lit.
Grésillement
- Merci.
- Maître. - Bonsoir.
- Il est 00h30. Vous avez 30 minutes.
- Vous pouvez désentraver monsieur ? - Bien sûr.
- Je suis Maître Monier, avocat commis d'office.
- Je sais pas pourquoi on se voit.
- Vous savez pas pourquoi vous ĂŞtes ici ?
- On m'accuse d'avoir tué ma femme.
- Personne ne vous accuse. Vous ĂŞtes en garde Ă vue.
Il y a un doute, une suspicion.
Les gendarmes ont besoin de renseignements pour l'enquĂŞte.
- Pourquoi je sors pas ?
- Les faits sont graves. Ils peuvent vous garder 48 heures.
On va s'en tenir lĂ .
Racontez-moi en détail ce qui s'est passé hier soir.
- J'ai déjà expliqué.
- LĂ , c'est Ă moi qu'il faut expliquer.
- J'ai rien Ă faire ici. Je devrais ĂŞtre avec mes enfants.
Il soupire.
- M. Milik, pour que je vous aide, il faut me parler un peu.
- Hier soir, avec ma femme, on s'est engueulés.
- Pour quelle raison ?
- Elle avait encore bu un coup de trop.
Je lui ai dit que je me faisais du souci pour elle.
C'est tout.
Elle a pété un câble, m'a dit: "Je fais ce que je veux."
- Et après ?
- Elle m'a hurlé de dégager de la maison.
J'ai dit que c'était chez moi aussi.
Elle a voulu me foutre une baffe.
J'ai esquivé, mais...
Elle m'a quand même bien griffé.
- Elle était violente avec vous ? - Non.
Enfin, que quand elle picole trop.
Dès que je lui parle de l'alcool, ça la fout en rogne.
Elle a la tĂŞte dure.
- Vous étiez violent avec elle ?
- J'ai jamais levé la main sur elle.
C'est la mère de mes enfants.
Et on fait pas le mĂŞme gabarit.
- Après qu'elle a voulu vous gifler, vous avez fait quoi ?
- Je lui ai dit que je bougerais pas d'ici.
Et que...
J'ai prononcé des mots que...
Vous savez comment c'est, les disputes.
- Vous avez dit quoi exactement ?
- Qu'elle ferme sa gueule.
J'avais peur qu'elle réveille les petits.
Elle est partie, je l'ai suppliée de rester.
Mais rien Ă faire.
J'aime pas quand elle cuve sur son banc.
- Quel banc ?
- Quand elle est soûle,
elle va sur le banc de la place du village.
Ă€ deux minutes de chez nous.
- Etlà , elle y est allée ?
- Oui, enfin, je crois. Je...
Ça me fait du mal de la voir s'abîmer comme ça.
Je la reconnais plus.
C'est pas bon pour les enfants.
Depuis qu'elle picole, elle s'en occupe plus.
Impossible de la raisonner.
- Oui, je comprends.
Après son départ, qu'avez-vous fait ?
- J'ai vérifié qu'on n'avait pas réveillé les petits.
Ils dormaient. J'ai été chez Roger.
- Chez Roger ?
- Le bar de mon ami Roger.
Ă€ cinq minutes Ă pied.
- Il était quelle heure ?
- Vers 23h.
- Vous avez bu, lĂ -bas ? - Un verre de lait.
- Pas d'alcool ? - Je bois pas, j'ai jamais aimé ça.
- Y avait d'autres personnes ?
- Roger, sa femme, mais elle est allée se coucher.
Roland,
Rachid et Karim.
On se parle pas trop.
- Vous êtes rentré à quelle heure ?
- Vers 00h30, 1h.
Environ.
On a discuté avec Roger et je suis rentré chez moi.
- Votre femme était pas rentrée. Ça vous a pas inquiété ?
- Ça lui arrive de s'endormir sur son banc.
- Dehors, comme ça, sur le banc, l'hiver ?
- Ça arrive.
- Quand les gendarmes sont venus, elle était toujours pas rentrée.
Ça vous a pas inquiété non plus ?
- Sa sœur Audrey vient souvent la chercher.
Et en général, elle rentre le lendemain soir.
- Elle habite loin, sa sœur ?
- Au Pontet. À côté d'Avignon.
- Votre femme avait eu des ennuis avec les gens du coin ?
- Ah, non.
- Quelqu'un avec qui elle se serait disputée ?
- Non, je vois pas.
- Si vous n'y ĂŞtes pour rien,
quelqu'un doit avoir une raison.
Réfléchissez un peu. S'il vous plaît, aidez-moi.
- Je vous jure, je sais pas.
Je sais pas, je vous jure. Je.
Je veux qu'on me rende mes enfants, ma femme.
Je deviens fou, ici.
Sanglots
Musique mystérieuse
Musique mystérieuse
- Messieurs. - Bonjour.
- Bonjour, Jean.
M. Salah ? - C'est moi.
Porte - Excuse-moi.
Oh !
T'as pas dormi ? - Non.
Tu as lu l'article ?
- Tu veux pas rentrer te reposer ? - Non.
Est-ce que tu as lu l'article ?
- Oui, oui.
C'est horrible.
T'en as pensé quoi, de ce type ?
- Pas de casier ni d'antécédents.
C'est ni un coupable crédible
ni un innocent évident.
- Il était dans quel état ?
- Nerveux, paumé.
Inquiet pour ses enfants plus que pour lui.
Il comprend pas, il est dans le déni.
Il parle de sa femme au présent.
Je suis curieux de voir le...
le dossier.
- Tu veux le défendre ?
- Oui.
- Tu n'as pas plaidé
aux Assises depuis l'affaire Portal. Ça fait quoi.
15 ans ?
- Comment je peux vous défendre si vous me dites pas tout ?
- De quoi vous parlez ? - J'ai vu le dossier d'instruction.
Les propos de Roger, le soir du crime.
C'est la première chose qu'il fallait dire.
Je peux pas découvrir ces éléments cinq minutes avant de voir le juge.
- Roger, qu'est-ce que tu fais lĂ ?
Moi, j'ai rien dit contre toi.
Roger !
Roger !
- M. Milik,
le soir précédant les faits,
vous êtes allé au café de M. Roger Marton.
Comment a-t-il réagi en vous voyant arriver ?
- J'étais pas bien.
- Veuillez parler dans le micro, M. Milik.
- Il a vu que j'étais pas bien.
Il a compris que c'était à cause de Cécile. On se disputait.
- Relatez-nous les événements qui ont suivi à partir de là .
- Je me suis installé au bar.
J'ai raconté ma dispute.
- C'est le dernier, on ferme.
D'accord ? Merci.
- C'est une malade.
Si elle arrĂŞte pas de picoler, fous-lui la DDASS.
Tu seras bien tranquille.
- Je peux pas faire ça.
- Trop bon, trop con.
T'étonne pas qu'elle t'écrase. - Elle m'écrase pas.
Elle a du caractère. - Roger,
arrĂŞte de te mĂŞler.
- On discute. - Laisse-le.
Je vais me coucher.
- À tout à l'heure.
- Sans les gosses, je me serais foutu en l'air.
- Ça va pas de dire ça ?
- Ah, je savais ! - Oh !
On s'entend plus !
- Normal, on n'entend que toi. - C'est chez moi, ici.
C'est pas une sinécure, ta Cécile.
Tu vaux mieux.
- Une sinécure ?
- Une affaire. Elle est bourrée.
- C'est pas sa faute. - C'est pas sa faute ?
C'est la faute Ă qui ?
Si demain, elle t'enlève
tes gamins, c'est pas sa faute ?
Comment tu les protégeras d'elle si t'es plus là ?
- J'en sais rien. - Tu l'as dit.
Tu te foutras en l'air.
Tu te laisses tuer, marcher sur la gueule.
T'es comme un gosse, tu la regardes.
T'es pas un homme.
Tu veux ma photo ?
Je vais te dire, Ă ta place,
ça ferait UN moment que.
- Que quoi ? - Je me comprends.
Brouhaha
Bon, on ferme.
- M. Milik, pendant vos trois ans en détention provisoire,
vous avez désigné M. Roger Marton
comme votre ami.
Peut-on dire que vous l'admiriez ?
- C'était Mon seul ami.
Il sanglote.
- M. Milik ?
- Oui, oui, pardon.
Excusez-moi.
- S'il était votre seul ami, son avis comptait.
N'est-ce pas ?
Vous ne vouliez pas le décevoir.
- Ouais, pas le décevoir.
- Quand Roger vous a suggéré de tuer votre femme,
il ne dépassait pas les bornes ?
- Je l'ai pas pris au sérieux.
Quand il était soûl, il voulait tuer tout le monde.
Il aboyait, mais il mordait pas.
- Quand il a dit que vous n'étiez pas un homme,
ça ne vous a pas vexé ?
Vous n'avez pas voulu prouver le contraire ?
- Mon client n'est pas un enfant.
Il n'irait pas tuer sa femme pour obtenir l'approbation de son ami.
- Maître, vous aurez le temps de vous exprimer.
Poursuivez. - Excusez-moi.
- M. Milik, six mois avant,
vous avez consulté un avocat pour un divorce ?
- Pour me renseigner.
- Quelles sont les raisons de la démarche ?
- Cécile buvait trop.
Ça devenait dangereux pour Emma et Maël.
Ils étaient tout petits.
- Vous aviez
envisagé de vous débarrasser d'elle.
Légalement, j'entends.
- Non, j'ai rien fait.
Je voulais pas éloigner mes enfants d'elle.
- Vous avez vu l'avocat deux fois.
- On peut aimer quelqu'un et le divorcer.
- On peut aimer quelqu'un et le tuer.
Ce sera tout, merci.
- Maître, pour la défense.
- M. Milik, quand vous vous êtes renseigné
sur la procédure de divorce,
que vous a dit ce confrère sur la garde de vos enfants ?
- Que si on allait devant un juge,
y a de grandes chances que j'aie la garde.
- À cause de son alcoolisme, je présume.
Vous, vous ne buvez pas.
Et pourtant,
si vous aviez divorcé et obtenu la garde,
votre femme aurait gardé la maison dans laquelle vous viviez, non ?
- La maison est à Cécile. Héritée de son père.
- Qui lui en a légué l'usufruit.
Il a aussi légué la nue-propriété à votre belle-sœur,
Audrey Girard, qui l'occupe actuellement.
Autrement dit,
même si vous n'aviez pas été mis en examen pour ce meurtre,
votre belle-sœur
aurait hérité de sa maison et vous auriez dû déménager.
On est bien d'accord ? - Oui, voilĂ .
- Vous saviez qu'assassiner votre femme
ne vous aurait pas fait hériter de sa maison.
Revenons Ă l'entretien que vous avez eu avec le...
le confrère
concernant la procédure de divorce.
Si vous l'aviez entamée, que ce serait-il passé financièrement ?
Non, je.
Par rapport aux allocations familiales que vous touchiez
pour élever vos enfants.
- C'est moi qui les aurais eues.
Comme avec la garde.
- Ces sommes vous auraient-elles permis de trouver un toit
et pourvoir Ă leurs besoins ? - Oui.
- On peut dire qu'un divorce
eut été facile et en votre faveur ?
- Hm.
- Par ailleurs, votre femme
avait-elle souscrit une assurance-vie ? - Non.
- Avait-elle des économies ?
- Elle avait rien, Ă part
sa moitié de maison.
- Moitié qui revenait à sa sœur
et à vos enfants en cas de décès de votre belle-sœur.
Pour récapituler,
la mort de votre femme
ne vous aurait rapporté que du chagrin.
Je vous remercie, M. Milik.
- Merci, Maître.
Prélude et Fugue N°2 en ut mineur (Jean-Sébastien Bach)
- ... pour ses enfants, pour Élodie,
pour Jade, pour Ryan,
pour Maël et Emma. Qu'ils reçoivent cette...
force et cette consolation.
Je vous salue Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous,
vous êtes bénie entre toutes les femmes
et Jésus, le fruit de vos entrailles,
est béni.
Sainte Marie, mère de Dieu,
priez pour nous.
- ArrĂŞtez, laissez-moi.
S'il vous plaît, me touchez pas.
Vous vous prenez pour qui ?
- On va rentrer, les enfants.
Le prĂŞtre chante.
Prélude et Fugue N°2 en ut mineur (Jean-Sébastien Bach)
Musique inquiétante
Sonnette
*- Oui ? - C'est pour le parloir avocat.
Cliquetis
Si vous refusez de voir la reconstitution,
ça jouera contre vous.
Pourquoi vous voulez pas y aller ?
- Ça change quoi, de toute façon ?
- Pensez Ă vos enfants.
- Si je peux pas les voir.
- On refait une demande de visite. J'ai vu les services sociaux.
- Vous avez des enfants, vous ?
- Oui.
J'ai des points à éclaircir.
Comme cette histoire de boue
sur vos chaussures et votre pantalon.
L'expertise dit qu'on a trouvé les mêmes sur les vêtements de Roger et Cécile.
Comment l'expliquer ?
- J'en sais rien.
Et j'irai pas Ă la reconstitution parce que j'ai rien fait.
On est quel jour ?
- On est samedi.
- Quand il faisait bon, on allait à l'étang des Aulnes avec Ryan.
Roger me prêtait son matériel.
J'allais lui offrir sa 1re canne Ă pĂŞche avec un beau moulinet.
D'ici deux ans. Il est encore un peu jeune.
- Si vous m'aidez, d'ici deux ans, vous serez dehors.
*Pavane Op 50 (Gabriel Fauré)
Aboiements
- C'est pour quoi ?
- Je suis Me Monier. L'avocat de votre beau-frère.
Je dois prendre des affaires Ă lui.
- Il aura rien.
Aboiements
- Mme Girard, si vous avez des choses Ă dire,
je vous écoute volontiers.
Il ne me dit pas forcément tout.
- Malo, barre-toi. Allez, dégage.
Dégage.
Vous avez vu comme elle était jolie ?
Elle a pas toujours été la loque qu'elle est devenue.
Elle était coquette quand elle travaillait à la mairie.
Elle aimait beaucoup rire et...
danser.
Avant qu'elle rencontre ce sale type.
Parce que...
vous le défendez, vous,
mais c'est un sale type.
Je dis pas qu'il l'a pas rendue heureuse un temps,
mais ces enfants qu'il lui a faits...
Il a bouffé sa vie.
Quand notre père est mort, ça a été un choc.
C'est comme si elle avait plus personne pour la protéger.
Peu à peu, elle a picolé de plus en plus.
J'avais honte
et mal de la récupérer sur ce banc, dans cet état.
Elle me confiait rien de sa vie.
Moi, je lui disais:
"Reste chez moi."
Elle aimait ses enfants. MĂŞme si elle s'en occupait mal.
Une fenĂŞtre s'ouvre.
Le tonnerre gronde.
- Donnez-lui les photos de sa famille.
Ça lui fera mal comme il me fait mal.
Maintenant, barrez-vous.
- Vous n'aimez pas ce que je représente. - Je m'en fous.
S'il s'en sort, la mémoire de ma sœur vous empêchera de dormir.
Martèlement
- La victime serait morte vers 2h du matin,
la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 février 2017,
plus ou moins trente minutes.
Ces photos ont été prises environ sept heures après le crime.
- Des traces d'alcool dans le sang ?
- Oui. D'après examen et selon la datation,
elle comptait 4,1 grammes d'alcool par litre de sang.
Une seule plaie est Ă relever sur le cou.
L'entaille a été provoquée par un objet tranchant
à lame dentelée,
type couteau de survie.
La dissection rend état
d'une section de la carotide droite.
La lame a transpercé le cou en sa face postérieure droite, en À.
Elle a poursuivi son chemin vers la face postérieure gauche,
sectionnant la carotide, en B.
Selon l'examen de la plaie, le coup,
unique et fatal, a été porté avec force,
et par l'arrière.
- Mme la présidente, une question, s'il vous plaît.
- Allez-y.
- M. l'expert, le coup est allé de la droite vers la gauche
et par-derrière.
Pourriez-vous physiquement reproduire les gestes de l'assassin ?
- M. l'expert s'abstiendra. Il n'est pas mime.
- Si vous permettez, je le ferai.
Je nourris pour le mime Marceau une profonde admiration.
Rires - Allez-y.
- Je vous remercie.
M. l'expert, pouvez-vous, s'il vous plaît,
décrire pendant que je procède ?
- Allez-y. - Euh, bien, alors.
L'assassin était derrière la victime, il l'a immobilisée d'une main.
- D'une main.
Comme ceci ? - Oui.
Il a planté la lame du couteau dans sa gorge, de l'autre main.
- Comme ceci ?
Je vous remercie.
Si le coup a été de droite à gauche,
on peut dire qu'il s'agit de l'œuvre d'un gaucher ?
- C'est probable.
- Je vous remercie.
- Merci, Maître, pour votre prestation.
Une voie s'ouvre Ă vous pour une reconversion.
Rires
M. l'expert, poursuivez.
Il se racle la gorge.
- La forme horizontale de la plaie et le sang
sur les genoux de la victime indiquent qu'elle était debout.
- Y a-t-il d'autres lésions ?
- Non, aucune lésion.
Ni de défense ni de traînage.
- Mme la présidente,
j'ai une question. - Allez-y.
- En l'absence de telles traces,
la victime a pu être déposée sur les lieux
par une personne qui lui était familière ?
- C'est une possibilité, oui.
- Ce sera tout, merci.
- Mme Marton,
la soirée avant les faits, avez-vous entendu l'accusé
proférer le souhait d'en finir avec sa femme ?
- Pas que je sache.
C'est le dernier, on ferme.
- Et votre mari ?
- C'est une malade.
Si elle arrĂŞte pas de picoler, mets-lui la DDASS.
Tu seras bien tranquille.
- Je peux pas faire ça.
- Il a donné des conseils à Nicolas.
Rien d'alarmant. - T'étonne pas qu'elle t'écrase.
- Elle m'écrase pas, elle a du caractère.
- Roger, arrĂŞte de te mĂŞler.
- On discute. - Laisse-le tranquille.
Je suis montée me coucher.
Musique douce
- Vous n'avez pas dormi tout de suite.
- Non, je me suis démaguillée.
Et puis,
je me suis mise au lit avec un livre.
J'ai entendu
le rideau métallique, il était 1h du matin.
Grincement
- Laure.
- Oui ?
- Laure.
- Prends un Doliprane dans la salle de bain.
Propos inaudibles
Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?
- Que vous a-t-il répondu ?
- Il a dit:
"Je l'ai fait, putain, je l'ai fait."
Brouhaha
- Silence.
Silence, merci.
- Mme Marton, votre mari vous a-t-il précisé
ce qu'il avait fait ?
- Non, il a rien dit d'autre.
Il avait trop bu.
Il s'est endormi 30 secondes après.
- Et le lendemain ?
- Non.
Il est resté au lit le matin.
Il m'a dit qu'il voulait pas ouvrir, comme il était malade.
J'ai dit: "D'accord."
- Selon vous, qu'a-t-il fait entre 1h du matin,
heure à laquelle Nicolas Milik aurait quitté le bar,
et 3h15, heure Ă laquelle il vous a rejointe
dans la chambre ?
- J'en sais rien.
J'ai jamais su.
- Moins de 24 heures
après les faits,
les gendarmes ont interpelé votre mari.
Pouvez-vous nous dire ce qu'ils ont découvert ?
- Il a un pistolet. Qui ne marche pas.
Et il a aussi
un couteau de guerre.
- Qui ressemble Ă quoi ?
- Celui qui, sur le manche, y a...
des trous pour mettre les doigts.
- Un poing américain ? - Oui, voilà .
Il est assez gros.
- Je l'ai. C'était dans le bar, sous l'évier.
- Je vous le redemande,
qu'a dit votre mari aux gendarmes à sa première audition ?
- Qu'il avait rien fait de spécial.
- Rien d'autre ?
Je vais vous le rappeler.
Il a dit qu'entre le départ de M. Milik et son arrivée dans votre chambre,
il avait rangé le bar.
- Pendant deux heures ?
- J'ai peut-être regardé la télé.
- Vous n'avez pas pris votre véhicule ?
- J'étais complètement bourré.
Si j'avais pris ma voiture, je l'aurais défoncée.
- Vous possédez
un couteau de survie ?
- Affirmatif.
- Vous savez oĂą il se trouve ?
- Au garage.
Avec mes souvenirs de l'armée.
- Pourquoi on l'a retrouvé sous l'évier dans le bar ?
Soupir
- À un moment donné, je crois que je l'ai pris.
- Ah bon ?
- Demandez Ă ma femme.
Bourré, je m'enferme dans mon atelier.
Je passe mon uniforme.
Y a des soirs, je mets mon béret, ça fait marrer les clients.
- D'accord.
Vous avez pris votre couteau et vous êtes allé dans le bar.
- Si vous l'avez trouvé dans le bar, oui.
- Vous l'avez nettoyé ?
- Non.
- On l'a retrouvé mouillé avec des traces de liquide vaisselle.
- C'est que je l'ai lavé. Que voulez-vous que je dise ?
- VoilĂ . Vous comprendrez mes doutes
quant Ă l'audition de votre mari.
Musique douce
Mme la présidente, pouvez-vous demander
le bris de scellé numéro sept ?
- M. l'huissier ?
- Reconnaissez-vous ce couteau, Mme Marton ?
- C'est celui de mon mari.
- Il présente les mêmes caractéristiques
que celui qui a servi au crime.
Lame dentelée, longueur similaire.
Par ailleurs,
le rapport d'analyse révèle l'ADN de Roger Marton
sur le manche et également une infime.
particule de chair entre le manche et la lame.
Malheureusement,
trop infime pour en déceler la date
et la provenance.
J'ai une dernière question, Mme Marton.
De quelle main écrivait votre mari ?
- Gauche.
- Je conclurai en précisant que mon client est droitier.
Merci.
- Excusez-moi, Maître.
Votre insinuation relève d'une pure interprétation.
J'y vois un élément à charge pour l'accusé.
Dans l'hypothèse où M. Milik aurait tué sa femme,
il aurait pu solliciter sa force de droitier
pour l'immobiliser
et le coup aurait été porté par sa main gauche.
- Vu la profondeur de la plaie,
il n'aurait pas pu enfoncer la lame avec son bras faible.
- Maître, nous ne jugeons pas ici d'un concours de force.
Rires
Musique intrigante
- Tu dessines quoi, Emma ?
- La prison de papa.
Avec nous devant, si un jour, on peut le revoir.
- Ouais, c'est bien.
Jade ?
T'as rien dessiné pour papa ?
Jade ?
On frappe. - Les enfants, c'est la récré.
- Non, non, reste.
Assieds-toi.
Jade ne va pas mieux, n'est-ce pas ?
- Non, elle ne parle toujours pas.
Mais elle a joué avec des enfants, la semaine dernière.
Qu'est-ce qu'ils ont dit pour la mise en liberté ?
- La demande a encore été rejetée.
Ton papa m'a chargé de vous dire
qu'il vous aimait beaucoup et vous trouvait...
très courageux, que vous lui manquiez énormément.
- Vous pensez qu'on réussira à le voir ?
- C'est compliqué, les visites.
Tu as réfléchi à ce que je t'ai demandé ?
Pour venir témoigner ?
- Non, je veux pas.
- Pourquoi ? Ça rendrait service à ton père, de témoigner.
- J'ai honte.
- Sur la boue, on trouve les mĂŞmes composants de pollution
que dans votre rue.
Mais pas de trace de pollution dans la boue au pont Van Gogh,
à la première expertise.
De fait, sur ce point, vous êtes totalement déchargé.
- Merci, Maître.
- Il va falloir m'éclairer sur la nature
des relations entre votre femme et Roger.
- Encore avec Roger ?
- Si je ne peux pas prouver qu'il était familier à Cécile,
on retiendra qu'elle s'est laissée embarquer
comme un argument contre vous.
- Ça veut rien dire.
Elle avait bu. N'importe qui pouvait l'embarquer.
- Oui, mais.
nous n'avons pas d'autre suspect.
Comprenez, ce n'est pas contre lui, mais pour vous.
Votre femme fréquentait le bar de Roger ?
- C'est déjà arrivé.
- Comment était-il avec elle ?
- Bien, correct.
- Elle savait que c'était votre meilleur ami ?
- Hm.
- Ben voilĂ . On avance.
Dis donc.
Tenez, de la part d'Élodie.
- C'était un sacré mariage.
Le père de Cécile était encore vivant.
Lui, il m'aimait bien.
Il s'était engueulé
avec Audrey qui voulait pas venir.
- Elle a pas voulu venir ?
- C'était trop rapide.
- Vous vous êtes mariés vite ? - Deux mois après notre rencontre.
- Vous vous êtes rencontrés comment ?
- C'était la fête du 14 juillet.
Elle avait un... un truc doux dans le regard.
J'arrĂŞtais pas de la regarder.
Ă€ un moment, elle m'a vu.
Elle m'a demandé c'était quoi mon problème.
J'ai dit: "Rien."
Et que je la trouvais jolie.
Et puis, je l'ai invitée à danser.
- Elle a accepté ? - Ehoui.
J'en revenais pas.
On est allés dîner.
On avait beaucoup parlé.
Ça m'avait fait du bien.
Elle aussi a perdu sa mère quand elle était gamine.
Je l'ai raccompagnée chez elle.
Au moment de sortir de la voiture,
j'ai essayé de l'embrasser.
Et comme elle s'est laissé faire...
je me suis dit que je serais peut-ĂŞtre plus jamais seul.
- Me Monier
vous a expliqué ? - Oui.
Jean m'a informée en détail.
- Ils l'ont roué de coups parce qu'il les a lâchés.
Il veut plus toucher Ă leur trafic.
J'ai peur pour mon fils.
C'est un jeune torero qui a du talent.
Il va foutre sa vie en l'air.
Faut m'aider Ă le raisonner.
Il veut retirer sa plainte.
- Jean ?
Qu'est-ce que t'as ?
Jean ?
Hé, hé...
- Oh, c'est rien.
J'ai eu un.
un petit coup de chaud. Ça va.
- Ça va ? - Oui. Ça va mieux. C'est rien.
- J'appelle un médecin ? - Non, non, c'est rien.
- Tu m'as fait peur tout Ă l'heure.
T'étais blanc comme un linge.
Pourquoi tu souris ? - L'expression.
Blanc comme un linge. Ma mère disait ça.
- Je suis pas ta mère.
Mais je te dis que tu devrais prendre soin de toi.
Tu travailles trop.
Tu t'épuises.
Je t'ai pas vu comme ça depuis Portal.
- Rien Ă voir. Y a aucune preuve.
Tout le dossier est bidon.
- Alors pour toi, il est innocent ?
- C'est pas le sujet.
Je parle juste de ma défense. Je veux croire en mes arguments.
- Mais tu peux admettre que tu te trompes ?
- Mais je peux admettre que je me trompe, oui.
Musique douce
- J'ai une excellente nouvelle.
Mme Diallo des services sociaux m'a contactée.
Élodie accepte de témoigner.
Si son père est d'accord,
elle sera témoin. - Génial.
- Maître Monier ?
J'en ai appris des belles.
Portal, ça vous dit rien ?
- Madame, je vous en prie.
- Le grand avocat qui a fait gracier Portal le tueur de vieux.
- Madame, ça suffit.
- Il a fait quoi, Portal,
aussitôt libéré ?
Il a tué encore et encore.
- Allez, c'est bon.
- Vas-y, connard !
Va faire ton sale boulot !
- Votre fille Élodie doit venir témoigner.
- Témoigner de quoi ?
- Qu'elle a besoin de vous.
Elle a la responsabilité de ses quatre frères et sœurs.
- Je veux pas.
- Vous comprenez pas.
Si je rédige une demande, la présidente pourra pas dire non.
- Elle doit pas voir ça.
- Elle est grande.
- Je veux pas qu'elle me voie ici.
Après trois ans,
je veux pas. Sonnerie
Je ne veux pas.
- Vous confirmez. Aucune trace d'ADN, ni de Nicolas Milik
ni de Cécile Milik
n'a été retrouvée dans le véhicule de M. Marton ?
- Exact. - Et sur le corps ?
- L'autopsie a révélé la présence
de l'ADN de Nicolas Milik seulement.
- C'est normal, en qualité de mari de la victime.
- Vous avez raison.
Mais un détail altère ce sentiment de normalité.
M. le gendarme, que révèle le rapport d'autopsie
quant aux ongles de la victime ?
- Sous les ongles du majeur et de l'annulaire droits,
la médecine légale a relevé une micro croûte de sang
appartenant Ă M. Milik.
- Comme stipulé dans le procès-verbal d'audition de mon client,
peu avant le drame, ils se sont disputés
et Mme Milik a tenté de gifler mon client.
Elle l'a griffé au cou.
- Cessez d'interrompre Mme l'avocat général.
Laissez-la diriger son interrogatoire.
- Merci, Mme la présidente.
Ce n'est pas ce point qui m'intéresse.
M. le gendarme, poursuivez.
- On a retrouvé sous l'ongle de son index droit
un minuscule résidu de fil bleu.
- Vous évoquez sûrement là le costume bleu vif
que portait M. Milik selon les témoins
le soir précédant les faits.
- Et qu'on a retrouvé en boule au pied du lit
lors de la perquisition de son domicile.
- Ma prochaine question est pour l'accusé.
M. Milik, vous ne portiez pas de veste lors de cette dispute avec votre femme.
Comment a-t-on pu retrouver ce résidu de fil bleu sous son ongle ?
- Je sais pas.
- Si vous ne portiez pas votre veste,
comme vous l'avez rapporté dans le PV d'audition,
comment ce fil a pu se retrouver sous l'ongle après une gifle,
au mĂŞme titre
que votre sang ?
Votre femme n'a pas pu arracher un fil de votre pantalon.
Ça paraît impossible qu'elle se baisse pour vous frapper au visage.
- Je sais plus bien. Peut-ĂŞtre que je portais ma veste.
- Ah non.
M. le gendarme, rappelez-nous les mots exacts de l'accusé
lors de son audition au sujet de sa tenue
pendant son altercation avec sa femme.
- Il a dit qu'il portait sa chemise dans son pantalon de costume bleu.
Pas sa veste.
- Pas sa veste. En revanche,
ce qui est plus probable,
c'est qu'elle se soit débattue en comprenant votre intention
près du pont Van Gogh.
Elle s'en serait prise Ă vous.
Ça expliquerait la présence du fil bleu
et de votre sang. - J'aurais pu aussi
me tromper à l'époque sur ce que je portais, à mon audition.
- Quand bien mĂŞme vous la portiez,
vous dites que la dispute a eu lieu vers 22h.
Est-il possible
qu'un résidu de fil
reste sous un ongle aussi longtemps sans se déloger ?
Si la victime a été tuée vers 2h du matin,
ça fait quand même quatre heures.
- Maître, pour la défense.
- Je vais d'abord répondre à l'avocat général.
Mon client n'a absolument aucune raison
de se souvenir de ce qu'il portait ce soir-lĂ .
- Il s'en souvenait, le lendemain.
- Aujourd'hui, Ă 3 ans d'intervalle,
c'était un soir comme n'importe quel autre soir.
Il n'a pas de raison
de se souvenir de ce qu'il portait précisément.
C'est comme si je lui demandais
ce qu'il portait le 22 décembre 2016, par exemple.
- Voilà , ça, je m'en souviens.
C'était la fête de Noël à l'école.
J'avais mon costume gris Ă rayures.
Mon préféré.
Rires
- Maître,
il serait plus judicieux de vous en remettre au gendarme.
- Annie ?
Tu plaides aujourd'hui ?
- Oui.
Et je viens de perdre.
Ton petit torero a pris 3 ans pour trafic de stupéfiants.
- La fille de Nicolas
doit venir témoigner.
- T'as entendu ce que je t'ai dit ?
- Oui, oui, le petit torero.
J'irai parler à son père.
- Je ne pense pas que ce soit sa priorité.
- Oh, Annie...
T'as le temps de boire un café ?
- Oui. Moi oui. Mais pas toi.
Baiser
Cliquetis
- M. Milik ?
Bonjour, monsieur. Posez la pâte.
Je vous annonce le décès de M. Marton.
On l'a trouvé mort dans sa cellule.
Je suis désolée, monsieur.
- Il a craché du sang toute la nuit.
Personne n'est venu l'aider.
Ils l'ont laissé crever comme un chien.
- Nicolas, c'est douloureux pour vous,
mais ça va nous aider.
- Non, Maître.
C'est pas possible.
- Je vous fais la liste de ce qui est Ă charge contre lui ?
Pourquoi vous bloquez ? - C'est mon ami.
- Le mois dernier, chez le juge, il a dit qu'il ne vous avait pas vu
rentrer chez vous.
Il a dit que les témoins avaient vu
votre voiture au pont Van Gogh.
- Il se protégeait.
- Arrêtez avec votre loyauté à la con.
Laissez-moi vous défendre.
- Mais Laure... - Mais quoi ? Quoi, Laure ?
Vous préférez une honte pour elle ou la vie en prison ?
- C'est d'accord, Maître, allez-y.
- J'ai appris la disparition de votre client.
Acceptez mes regrets. - C'est Ă sa veuve
qu'il faut présenter vos condoléances.
Je présume que ce n'est pas la compassion qui vous amène.
- Vous présumez bien, mon cher confrère.
- Épargnons-nous les politesses.
- Très bien. Je pense sincèrement
que mon client est innocent.
- Pourquoi ?
- Au-delà du dossier, c'est le décès de M. Marton.
Avant ça,
je pensais qu'il le redoutait, le protégeait.
Mais même après sa mort, il continue à lui vouer
une loyauté sans faille.
Il le croit innocent.
- Vous dites que mon client aurait été le coupable ?
- C'est la raison de ma présence.
C'est délicat,
mais dans le secret
de vos conversations,
il ne vous a pas fait des aveux ?
Si c'est le cas,
nous solliciterions auprès des bâtonniers
la levée du secret professionnel afin que vous puissiez
assister en tant que témoin. - Sortez de mon cabinet.
Sortez ou je vous fais radier.
Sortez.
Dehors !
Grincement
Dehors !
Musique triste
Porte
- Pourquoi t'es allé chez Montel lui soutirer des infos ?
- Roger Marton est mort hier.
- Je sais.
Il m'a tout raconté et m'a dit qu'il t'aurait dénoncé
si on n'avait pas plaidé ensemble, lui et Moi.
- Oui, c'était risqué.
Mais fallait le tenter.
À sa place, j'aurais pas hésité.
- Tu débloques ou quoi ?
- Me dis pas qu'aucun confrère n'a jamais essayé de faire ça.
- Je me fous des autres. C'est toi qui as failli te faire radier.
- Je veux éviter une erreur judiciaire.
Un innocent risque de finir sa vie en prison.
- Tu vois ? Tu en fais une affaire personnelle.
- Il a pas changé de version en 3 ans.
Pas un aveu, rien.
T'aurais pensé quoi, toi ?
- SûÛrement comme toi.
Sauf que je garde la tĂŞte froide.
Je me ferme pas au monde quand je combats une injustice.
Merde !
- Qui me parle, lĂ ?
Mon associée ou ma femme ?
- Ton amie, Jean !
Je connais tes tendances à t'isoler quand t'es vulnérable.
- ArrĂŞte de te mettre Ă ma place !
Mais c'est chiant !
Je plaide dans moins de deux mois !
J'ai pas besoin de ça, Annie !
Claquement de porte
- J'étais chez ma grand-mère quand j'ai vu l'appel à témoin.
Je me suis rappelé ce soir, près du pont.
- Qu'avez-vous vu ?
- Il était 2h.
Je rentrais chez moi. Enfin, chez mes parents.
J'ai vu une grosse voiture à l'arrêt, près du pont Van Gogh.
Les phares allumés.
- OĂą, exactement ?
- De l'autre côté du pont, sur le canal.
J'allais en direction d'Arles.
- M. le greffier.
C'était l'un de ces véhicules ?
- Je peux pas dire.
Avec les phares allumés, on voyait rien.
- Qu'avez-vous vu ?
- Deux silhouettes derrière la voiture.
Devant le coffre grand ouvert.
- Décrivez-nous
les morphologies des silhouettes.
- C'est juste une impression,
mais la personne qui fouillait dans le coffre
était plus grande.
L'autre, on la voyait pas.
- Alors.
je tiens à préciser que Roger Marton mesure 10 cm de plus que la victime.
Quant Ă mon client, il ne mesure que 4 cm de plus que sa femme.
- Des questions ? Questions ? - Non.
- Je suis passé par là autour de 2h du matin.
- Qu'avez-vous vu ?
- Une grosse bagnole, sombre.
Garée près du vieux pont, pleins phares.
C'est pas commun de voir une voiture garée là .
J'ai cru Ă une panne.
J'ai ralenti pour voir.
Y avait personne au volant.
Le coffre était ouvert.
Y avait deux personnes
au cul de la bagnole.
- Vous vous êtes arrêté ? - Oui.
Ils étaient à trente mètres de moi.
Donc, j'ai vu du mouvement.
Y avait deux personnes debout.
Et.
une troisième personne au sol,
Ă leurs pieds, les bras en l'air.
Brouhaha
- Silence,
s'il vous plaît.
Qu'avez-vous fait ensuite ?
- Je suis reparti.
J'ai pensé à des jeunes qui avaient bu
et que celui au sol gerbait.
- Mais vous avez appelé la gendarmerie 8 jours après.
- En voyant
l'appel à témoin dans mon journal que je lis chaque matin.
- Monsieur,
les bras en l'air de la personne,
ça ne vous a pas semblé être un geste de détresse ?
- Ça ressemblait à un ivrogne
qui s'est cassé la gueule et qui veut qu'on l'aide.
- Pas de bruit bizarre ?
Des cris, par exemple ?
* Radio en fond
- J'écoutais ma radio.
Les fenêtres étaient fermées, donc...
non.
- Vous avez la morphologie des personnes debout ?
- Pas vraiment, non.
- Et la personne Ă terre ?
* Radio en fond
- Non, plus.
- Merci, ce sera tout.
- Maître, pour la défense.
- Oui, merci.
Monsieur, vous ĂŞtes brocanteur ? - Antiquaire.
- Oui, antiquaire.
La nuit où vous êtes passé par la route du pont,
vous avez dit dans votre témoignage
revenir de la brocante de Nîmes OÙ Vous teniez un stand.
Vous aviez dû arriver à Nîmes tôt.
- À 7h du matin pour l'installation, oui.
- Et vous repartiez le soir Ă 2h du matin.
- J'ai fermé à 20h.
On est allés dîner avec des copains.
- Vous avez bu à ce dîner ?
- Oh, rien.
Deux-trois verres.
Mais je vois oĂą vous voulez en venir.
Je sais ce que j'ai vu.
- Ce que Vous avez vu
dans l'aveuglement des phares, alcoolisé,
après une journée de travail de 18 heures,
ce que VOUS avez Vu sans entendre,
cette silhouette en détresse au sol,
aurait pu ĂŞtre une souche, des broussailles.
Et les bras en l'air,
des branches.
- Oh... Je sais reconnaître une broussaille d'une personne.
- Puisqu'il dit qu'il l'a vu !
Ça suffit, non ?
Il vous faut quoi ?
- Asseyez-vous, s'il vous plaît.
- C'est lui qui a tué ma sœur !
Assassin !
Assassin !
Assassin !
- Messieurs les policiers, faites sortir Mme Girard.
Brouhaha
L'audience est suspendue.
Nous reprendrons demain matin.
Audrey hurle.
Porte
* Suite pour violoncelle seul N°1 en sol majeur
(Jean-Sébastien Bach)
Musique sombre
Hurlement
Le taureau souffle.
Le taureau halète.
- Hm....
Ça va ?
- C'est Ă toi qu'il faut demander.
- C'est le grand jour.
- Il t'a donné le feu vert pour sa fille ?
- Non.
Il comprend pas qu'il a pas le choix.
- Tu comptes outrepasser son avis ?
- Il est incapable d'arbitrer.
- Et alors ?
- Annie, la présidente n'a pas prononcé un seul acquittement en deux ans.
Il me reste quel choix ?
- Ta plaidoirie.
- Ça ne suffira pas.
Je ferai tout pour le sauver.
- Non, mais tu t'entends ?
Tu te prends pour le Tout-Puissant ?
On te demande juste de le défendre.
Sonnerie
- Mesdames, messieurs, la Cour.
- Monsieur,
vous avez répondu à l'appel lancé
par la gendarmerie dans La Provence
huit jours après les faits ?
- Oui.
- Vous disiez que vous lisiez ce journal chaque matin.
- Depuis 40 ans.
Ça s'appelait Le Provençal.
- Dans ce cas, vous avez dû lire le 1er article publié sur l'affaire
relatant de la découverte de la victime ?
- Certainement, oui.
- Dans ce 1er article, publié 48 heures
après les faits,
il était indiqué le lieu du crime et la date.
Noir sur blanc.
Pourquoi n'avez-vous pas cru bon Ă ce moment-lĂ
d'appeler les gendarmes ?
48 heures après, en ayant vu ce que vous dites avoir vu.
- Je.
Aucune idée, je.
Y avait pas l'appel à témoin. - Enfin,
vous n'avez pas fait le lien entre ces deux affaires,
la personne que vous avez vue au sol
et le corps de la victime retrouvé au même endroit ?
- Écoutez.
Je. J'ai pas de réponse à ça.
- Passons au 2e article publié
huit jours après les faits avec l'appel à témoin de la gendarmerie.
Une fois de plus, il était évoqué le lieu du crime.
Et les deux suspects placés en détention provisoire,
soit, avec la victime, trois personnes.
Ma question est la suivante:
N'y aurait-il pas une part d'autosuggestion ?
En lisant dans le journal trois personnes,
vous avez dit avoir vu trois personnes.
- J'ai ni de problèmes de mémoire ni de vision.
Merde, Ă la fin. - Calmez-vous,
monsieur.
- Je vais pas me répéter !
- Montrez à l'avocat de la défense du respect.
C'est une cour d'Assises.
- Je vous demande pardon.
- Je vous remercie, ce sera tout.
- Monsieur, la Cour vous remercie.
Euh, des questions pour l'accusé ?
Bien.
L'audience reprendra
avec la plaidoirie de la partie civile,
les réquisitions de l'avocat général et la plaidoirie de la défense.
Le clavier bien tempéré: Prélude (Jean-Sébastien Bach)
- Pour pisser, c'est maintenant.
- J'incarne la voix des cinq enfants Milik,
étant partie civile au nom de l'administrateur de ces derniers
aux services sociaux.
D'abord, je dois dire que les aînés,
Élodie, 13 ans et Ryan, 12 ans,
sont parfaitement informés
et conscients de la situation.
J'aimerais aujourd'hui
vous transmettre leur croyance profonde.
Ni Élodie ni Ryan ne croient leur père capable de ce dont on l'accuse.
Et de leur aveu,
leur père leur manque énormément.
Ce père qui les a élevés seul,
avec amour,
s'est assuré qu'ils aient une vie convenable,
et ce, dans l'indifférence d'une épouse
alcoolique et absente pour ses enfants.
Je ne suis pas ici pour accabler
ou accuser,
mais pour représenter ces cinq enfants
qui ont perdu leur mère
et dont l'intérêt est la vérité sur ce drame.
La vérité.
À l'issue des débats, je vous avoue pour ma part
conserver un doute sérieux sur la culpabilité de M. Milik.
Je m'en remettrai évidemment
à la décision de la Cour et des jurés.
Je vous remercie.
- Je voudrais témoigner de mon respect
envers ce que ressentent les enfants de M. Milik.
Mais ni moi, ni la Cour,
ni les jurés ne sommes ses enfants.
On doit accepter qu'entre la justice et leur père,
ils pourraient très bien choisir leur père.
Nous ne pourrions jamais faire ce choix, car Nicolas Milik est bien coupable.
Alors,
vous direz, l'accusé n'a pas de mobile.
Dans quel crime passionnel y a-t-il un mobile objectif ?
Un mobile tangible ?
Le sien, c'est l'exaspération.
Ce soir-lĂ ,
après une énième dispute, l'accusé file chez Roger
pour pleurnicher auprès de son ami Marton.
A-t-il déjà l'intention de tuer sa femme ?
Non, probablement pas.
Marton ne le lui a pas encore fortement suggéré.
Les témoins ne l'ont pas vu décrire le crime
qui aura lieu 3 heures après
avec un couteau cranté comme celui qu'il possède.
Les témoins s'en vont, on imagine
les deux hommes rester seuls,
continuer Ă parler,
et l'accusé se laisser convaincre.
Sinon, il ne serait pas un homme.
Et c'est là que la préméditation commence.
Musique sombre
Les deux hommes, comme tout le monde, savent où trouver Mme Cécile Milik.
Ils quittent le bar, Ă la rencontre de leur future victime.
Portes
Ils prennent le 4x4 bleu de Marton.
Direction la place du village.
Une fois arrivé au banc, l'accusé se montre à sa femme.
Elle est ivre
et comprend pas ce qui lui arrive.
Elle reconnaît son mari.
Alors, elle se laisse porter par lui.
On ne retrouvera donc pas de trace de violence
ni de défense sur la malheureuse.
Ils la conduisent près du pont Van Gogh, c'est calme.
C'est désert, la nuit, en cette période.
Un lieu idéal.
La terrible suite, personne ne la voit.
Les éléments matériels du dossier nous la racontent.
La victime est relevée.
Elle sait qu'on lui veut du mal.
Alors, elle se débat.
LĂ , elle arrache
un bout du fil
de sa veste Ă son mari.
Elle le griffe aussi au cou.
Mais c'est trop tard.
Roger Marton est derrière elle.
Il la maintient avec son bras droit, le temps pour Nicolas Milik
de se reculer.
En la maintenant, il plante sa lame dans sa gorge et la tranche
de la droite
vers la gauche
avec un couteau cranté au manche en poing américain.
L'accusé tire le corps de sa femme morte jusqu'à la maison abandonnée.
Un lieu...
oĂą il ne sera pas simple de la retrouver.
Ensuite, Roger Marton ramène l'accusé chez lui.
Il s'empresse de rentrer.
Chez lui, il nettoie l'arme
avec du savon.
Tel un assassin désireux de faire disparaître toute trace de son forfait.
Mais pas assez bien.
Car une infime partie de chair,
sûrement celle de la victime,
s'y trouve toujours.
Il cache son arme dans un sachet et va se coucher.
Devoir accompli.
Courage de l'ivrogne.
Avant de tomber dans les bras de Morphée,
il se confie Ă sa femme et lui dit:
- Je l'ai fait, putain. Je l'ai fait.
- Dites-moi, M. Milik, qu'a-t-il fait ?
Du rangement ?
Il s'est reposé devant la télé ?
Non.
Vous savez comme moi qu'il a tué avec vous et pour vous.
Car vous ĂŞtes
tous les deux les assassins de Mme Milik.
Le fait que vous ne buviez pas n'arrange en rien votre cas.
Vous avez accepté en pleine conscience la proposition de votre ami.
Et ce soir-lĂ ,
l'amour que vous avez prétendu porter à votre femme
et à vos enfants a cessé d'exister.
M. Nicolas Milik est comme M. Roger Marton.
Il est coupable de l'assassinat de Mme Cécile Milik.
Son acte était prémédité.
Je requiers à l'encontre de l'accusé
une peine de 30 ans de réclusion criminelle.
Je vous remercie.
- Prouvez-le.
Prouvez votre histoire, Mme l'avocat général.
Ne me dites pas que les preuves peuvent y correspondre.
Soyez rigoureuse, dites qu'elles le démontrent de façon certaine
ou cessez de tenir cette histoire pour vraie.
Car de preuve Ă charge
contre mon client, il n'y en a aucune.
Comme de mobile.
Rien.
Absolument rien n'indique que Nicolas Milik,
calme, pondéré,
ne buvant pas,
ait eu quelque raison de passer Ă l'acte, ce soir-lĂ .
Pour encourir la perpétuité aux Assises ?
Un divorce lui aurait été favorable. Enfin, divorce...
Vous vouliez réellement divorcer, M. Milik ?
Non.
Bien sûr que non.
Je le crois quand il parle avec passion
de l'amour qu'il avait pour la mère de ses cinq enfants.
Venons-en aux éléments matériels
que Mme l'avocat général a tenté de faire passer pour preuves.
Elle a d'abord écarté le témoignage de mon client
au nom d'un facteur,
la logique apparente et raisonnable.
Soit le pire ennemi des historiens du soir des faits que nous sommes.
Cette logique sur laquelle l'accusation s'appuie
n'est en fait qu'une probabilité.
Je pense Ă ce fil bleu
logé sous l'ongle de Cécile Milik et qui.
logiquement avait plus de chance de venir de la veste.
Il est moins probable que sa main ait effleuré le pantalon,
vu la scène décrite.
Et alors ?
On va condamner un homme pour ça ?
Parce qu'il est plus probable que ?
Est-on sûr que ce fil vienne bien de la veste
et ait été arraché le soir du crime ?
A-t-on testé la durée de vie d'un fil sous un ongle ?
Qui peut assurer ici que ce soir-là , Cécile Milik,
une heure avant la dispute, n'a pas déplacé la veste
en y prélevant ce qui deviendrait
la seule preuve indiquant que, peut-ĂŞtre,
peut-ĂŞtre,
Nicolas Milik était présent ce soir-là , au pont Van Gogh, à 2h du matin.
Regardez tous soigneusement vos ongles.
Vérifiez qu'il ne s'y cache pas une saleté.
Trois fois rien.
Maintenant,
demandez-vous quand votre doigt l'a ramassée.
Le matin ? Le soir ? La veille ?
Je vous le répète,
la logique est l'ennemie de cette salle.
Elle s'oppose à la rigueur nécessaire
que contient le mot preuve.
Alors,
maintenant, venons-en à ce témoin, monsieur.
M. Fouque, antiquaire, si sûr de lui,
qui prétend avoir vu trois personnes, mais dans quelles conditions ?
Réglons le sort de son témoignage.
Il est très fragile.
Je dirais même qu'il défie toute logique.
Comment est-il possible que les 3 personnes qu'il décrit
puissent ne rien entendre du moteur de sa voiture ?
Et ne puissent pas le voir arriver dans ce lieu désert ?
Dans son témoignage, il dit
que les deux personnes à l'arrière n'ont pas cherché à se dissimuler.
À 30 mètres de lui.
Étrange.
Ou s'il vous faut une explication logique,
ces deux personnes étaient ivres.
Si bien qu'elles ne prenaient plus garde Ă ce qui les entourait.
Or.
Or, Nicolas Milik ne boit pas.
Et il n'était pas là !
Et c'est Roger, car c'était lui,
qui peu après, avec son couteau,
égorgera la pauvre Cécile avant de s'enfuir dans son 4x4.
Alors, moi non plus, je ne peux pas le prouver.
Mais voilà qui est en cohérence avec ce qu'on sait
et je défie ici quiconque
de me prouver que ça s'est passé autrement.
Car de preuves, vous n'en avez strictement aucune.
Avant de conclure, mesdames et messieurs les jurés,
je veux vous citer
un texte magnifique qui j'espère vous guidera comme il me guide.
"La loi ne demande pas aux juges les moyens par lesquels
"ils se sont convaincus.
"Elle leur prescrit de s'interroger dans le silence et le recueillement
"et de chercher
"dans la sincérité de leur conscience
"quel effet ont produit sur leur raison
"les preuves contre l'accusé
"et les moyens de sa défense.
"La loi ne leur fait que cette seule question.
"Avez-vous une intime conviction ?"
Ce n'est même pas au bénéfice du doute
que je vous demande d'acquitter M. Milik,
mais parce que je suis certain de son innocence,
parce que rien dans son dossier n'indique le contraire,
parce qu'il a toujours nié, pendant ces 3 ans passés en détention,
parce que rien n'est inexplicable
s'il est innocent.
M. Milik est aussi innocent pour une autre raison.
Il était selon tous un bon père.
Il ne voulait que de l'amour Ă ses enfants.
S'il ne fallait qu'une seule raison pour laquelle il n'ait pas pu
tuer leur mère, c'est que jamais...
Il n'aurait pu leur vouloir un tel mal.
Rendez ce père à ses enfants. Acquittez-le.
Parce que ce sera juste.
Je vous remercie.
- M. Milik, selon la procédure, vous avez la parole en dernier.
Désirez-vous ajouter quelque chose pour votre défense ?
- Oui.
Euh.
Ma femme a beau me manquer,
elle reviendra pas.
Et euh.
Mais mes enfants, grâce à Dieu, sont encore là .
Et euh.
ils sont tout ce qui me reste.
Merci.
- Merci, M. Milik.
Les débats sont terminés.
La Cour va se retirer pour délibérer.
Musique douce
- On en aura pour combien de temps ?
- Oh, ça risque d'être assez long.
- Je voulais vous dire, Maître, merci.
Hier, j'étais pas bien.
Là , vous m'avez redonné un peu d'espoir.
- Espérons que les jurés soient en phase avec vous.
C'est la 1re fois qu'on se voit en plein air.
Notification
C'est le greffier.
Ça va être à nous.
Sonnerie
- Mesdames, messieurs, la Cour.
- L'audience est reprise, veuillez vous asseoir.
M. Milik, levez-vous.
La Cour a dû répondre à deux questions.
Nicolas Milik est-il coupable d'homicide volontaire
contre la personne de sa femme, Cécile Milik,
au sens de l'article 221-1 du Code pénal ?
Si oui,
Nicolas Milik a-t-il agi avec préméditation ?
À cette première question,
à la majorité de 6 voix au moins, la Cour a répondu:
oui.
Ă€ la seconde question,
à la majorité de 6 voix au moins, la Cour a répondu:
oui.
Par conséquent,
Nicolas Milik est déclaré coupable de ces chefs d'accusation.
La Cour le condamne à la peine de 20 ans de réclusion criminelle.
M. Milik, vous avez 10 jours pour faire appel.
L'audience est levée.
- Messieurs,
messieurs, attendez.
Je souhaiterais m'entretenir une seconde avec mon client.
Merci.
On va pas s'arrĂŞter lĂ , Nicolas.
On va continuer. - Non, c'est bon.
On arrĂŞte tout.
- Non, non.
On va en appel. - Non.
Je suis fatigué, j'en ai marre. Je veux juste faire ma peine.
Vous vous ĂŞtes bien battu.
20 ans, c'est pas si mal. - Non.
Laissez-moi vous défendre en appel. - Non.
Il faut que vous me pardonniez, Maître.
(Je vous ai menti.)
(Je l'ai fait.)
(C'est moi qui l'ai tuée. J'ai tué ma femme. Voilà .)
(Roger a rien fait, Ă part me prĂŞter son couteau et venir avec moi.)
(- Mais pourquoi ?)
(- J'ai pas osé vous le dire.)
(Je voulais pas vous décevoir.)
(- Mais pourquoi vous avez fait ça ?)
(- Ben...)
(Avant vous, personne m'avait respecté, comme ça, vraiment.)
(MĂŞme Roger.)
(Et...)
(Jamais comme ça.)
(Je mérite cette peine. C'est terrible, ce que j'ai fait.)
- Pourquoi vous l'auriez tuée ?
- C'est bon, on doit y aller.
Il gémit.
Il halète.
Il gémit.
Il halète.
Il vomit.
Il halète.
- Maître ?
Excusez-moi.
Je peux vous dire un mot ? - Bien sûr.
- J'ai tout fait
pour qu'il soit acquitté pendant les discussions.
- Vous n'avez pas le droit de le dire.
- Je sais. Mais c'est important que vous sachiez.
En fait, vous avez convaincu tous les jurés.
- Ah ? - On était tous d'accord
pour dire que M. Milik était innocent.
La présidente est venue nous voir
et a fait tourner le vent dans l'autre sens.
Tout le monde a été impressionné par elle.
Et là , en l'écoutant parler,
ils se sont tous mis Ă douter.
Je suis la seule qui ait pas changé d'avis.
Je voulais vous dire... que j'étais désolée.
VoilĂ .
- Je vous remercie.
Musique douce
Trois années se sont écoulées.
Ma vie a repris son cours.
J'ai continué à défendre des gens avec plus ou moins de succès.
Jamais je n'ai oublié cette nuit.
Mais j'ai fini par la digérer.
La mettre de côté et trouver le moyen de conserver en moi
une sorte de réservoir à illusions.
Et puis un jour, j'ai reçu un appel de la gendarmerie d'Arles
Mm'informant qu'un certain Nicolas Milik,
incarcéré à la prison de Tarascon
pour le meurtre de sa femme, était mis en examen.
Et qu'il demandait Ă me voir.
Grincement
Claquement de porte
- Je vous remercie d'être venu, Maître.
Je suis heureux de vous retrouver.
- Vu le passé, je suis pas certain de vous assister
dans cette nouvelle procédure.
Je veux dire, au-delĂ de cet entretien.
- Je comprends vos réserves.
Mais promis,
je vous dis toute la vérité.
- Qu'est-ce qu'on fout lĂ ?
C'est quoi, cette histoire ?
- J'étais très seul, Maître.
À l'époque que vous connaissez, avant le décès de ma femme.
Très seul.
Elle foutait rien.
Elle s'était mise à boire de plus en plus.
Elle se barrait toute la journée.
Alors un soir,
je sais même plus comment c'est arrivé...
je me suis mis à faire des câlins à Elodie.
C'est ma fille.
Elle a rien dit. Alors, j'ai recommencé.
Et ça a continué.
Je savais que c'était mal.
Mais j'avais honte.
Mais je me sentais si seul que. voilĂ .
Ça a basculé et puis...
Jusqu'Ă ce qu'elle me dise qu'elle voulait plus.
Elle m'a dit d'arrêter. Ça m'a mis un choc.
Ça m'a fait un coup.
Je me suis excusé. C'est ma fille, je l'aime, donc.
Je me suis excusé pour qu'elle comprenne que c'était un accident.
VoilĂ .
Elle m'a promis qu'elle dirait rien.
Et puis j'ai recommencé avec Jade.
Ouais.
Sauf que là , Cécile nous a surpris.
Elle a tout vu.
Elle a menacé de raconter tout à tout le monde.
Surtout depuis qu'elle savait que je voulais demander le divorce.
C'est pour ça que j'ai pas pu divorcer.
Elle m'avait dit qu'elle dirait rien
si je lui foutais la paix.
Si je la laissais picoler
et dépenser notre argent, faire ce qu'elle voulait.
Elle prenait presque tout.
Je faisais le ménage, la bouffe et je m'occupais des enfants.
Sauf que...
elle a commencé à faire des allusions.
À l'école, devant les voisins.
"Vous savez, Nicolas,
"il aime beaucoup ses enfants.
"Je suis jalouse."
J'en pouvais plus.
C'est pour ça que c'est arrivé.
J'avais pas le choix, alors je l'ai tuée.
Prélude en ut mineur BWV 999 (Jean-Sébastien Bach)
- Je le regardais, il avait tout caché à tout le monde,
Ă commencer par moi.
À ces témoins qui l'avaient décrit comme un père exemplaire.
Aux services sociaux qui suivaient la famille.
À ma consœur de la partie civile qui avait plaidé
avoir entendu les enfants dire à quel point ils aimaient leur père.
Ă€ quel point il leur manquait.
Éternel conflit monstrueux de sentiments
dans les cœurs des victimes d'inceste.
Une vie de dissimulation et personne n'avait rien vu.
The Beggar And The Thief (Piers Faccini)
Sous-titrage: LYSI MEDIA
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