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Zulu
Et veille -t 'en, toi.
Il est parfois bon de rappeler certaines horreurs.
La guerre et son cortège de privations engendrent volontiers l 'incohérence et
la confusion des esprits. C 'est la seule explication que nous puissions
à propos des lamentables événements qui frappèrent notre pays à l 'aube du 13
avril 1946,
jour où l 'intolérance entraîna la fermeture de certaines maisons.
Comme une madame qui pleurait. Ce vieil teigne. Il a quelque chose. Il a quand
même une drôle de classe.
Voilà, c 'est fini.
Il ne faut pas vous laisser aller, M. Charles.
Vous verrez qu 'un jour, c 'est eux qui le regretteront.
Il sera trop tard.
Pas de bêtises, Charles.
Tu casse fort, tu ne restes ni.
Tu ferais mieux d 'avaler une bricole. Je suis noué.
C 'est pas l 'enfant. Je t 'ai fait battre un lait de poule. C 'est gentil
taper un gravos, mais ça passerait pas.
Il y a des jours où on sait même pas le goût que pourraient avoir les choses.
On voudrait se dissoudre, plus penser.
Mais c 'est le drame de l 'homme, ça.
Pas pouvoir s 'arrêter de penser.
Tu te fais mal.
Oh ! Mesdames, vous devriez préparer vos bagages.
Leur tourne.
Et pour les chambres, je fais les lits ? Tu les défais. On te dit que c 'est
terminé. Tu n 'as pas encore compris, non ? Je suis comme monsieur.
Je ne peux pas m 'y faire.
Pendant qu 'il sera, tu verras les volets.
Oh, madame, les volets, laissez -moi les ouvrir à la dernière minute.
Bonne petite monde.
Pourquoi tu me regardes ? Je t 'admire.
Le sang -froid, la dignité.
Ah, dans la pétaudière qui frappe le pays, tu donnes à tous une drôle de
Qui c 'est qui sonne ? C
'est les poulets, madame.
On est venu simplement pour vous rappeler l 'heure. Vous savez que vous
avoir libéré les locaux à 5 heures. On n 'y est pour rien, madame Blanche.
Et dans le passé, on vous a jamais cherché d 'histoire.
Ça sera libre.
Parole d 'homme.
Moi, je reviens.
On peut custer ma poule.
J 'ai le cafard.
Ça, je te comprends. C 'est quelque chose qui nous arrive.
M 'en parle pas.
Ça va recommencer la vie de saletain banque.
Cherchez une carré.
Bouffez au bistrot.
Et le blanchissage.
C 'est devenu rare d 'avoir une blanche qui ne t 'abîme pas.
Est -ce que tu as des idées, question carrière ? Un pays à moi s 'en occupe.
Il me propose de virer dans le visuel. Par quoi ? D 'un spectacle.
Il ouvre un cabaret à Toulouse.
On cherche des poitrines.
Malheureusement, c 'est pas l 'emploi de tout le monde.
Vis -moi ici.
Je suis devenue frileuse.
La nouvelle Héloïse.
Tiens, bras social.
Émile.
Les confessions.
C 'est intéressant ? Je ne sais pas, il n 'y a pas d 'image.
C 'est mon dingue du mardi qui me les amenait.
Moi, j 'aurais préféré du parfum.
Tu les veux prendre ? J 'ai plus de place.
Je ne dis pas non.
Les bouquins sur un cosy, ça fait sérieux.
Tiens ! Ça, c 'est drôle, j 'en ai connu un, le Rousseau.
Il ne s 'appelait pas Jean -Jacques, il s 'appelait Arthur.
Colette, viens m 'aider, je vais être à la bourre.
Madame est capable de me foutre encore une amende.
Ça serait chouette de sa part, ça prolongerait le bon temps.
Alors ? Tu te retires à Nice ? Devine.
Plus loin.
Tu rentres en volière là -bas ? T 'es folle.
C 'est fini le business.
C 'est pour un commerce.
Un commerce de quoi ? Tiens.
Je sais pas.
Un commerce quoi.
C 'est mon homme qui s 'en est occupé. Il plaçait mon argent pour ça.
Il part avec toi ? Il peut pas.
En ce moment, il est en affaire à Dakar.
Alors, tu vas seule ? Penses -tu ? Je ne permettrai pas.
Raphaël, son petit cousin, m 'accompagne.
Il connaît le bled comme sa poche.
Il mettra au courant.
Comment il est, le Raphaël ? On n 'a jamais vu.
Pascal m 'a dit que tu le reconnaîtras.
Il a le même accent que moi.
D 'où il est, Pascal ? Bastien ? Hé,
Morissette !
Tu la veux ? Oh oui ! Et toi, tu restes à Paris ? Tu penses à cause de mes cours
? Je vais prendre le massage.
Avec les temps qui s 'annoncent, d 'après le tout -bib, il va y avoir un
de boom sur les masseuses.
On va en demander partout.
Mais il faut un diplôme. Fais voir.
Voilà.
T 'emportes de la lecture ?
Oui, c 'est moi qui lui ai donné. Oh,
Jean -Jacques Rousseau.
Ça alors, c 'est marrant.
J 'en ai connu un, moi, de Rousseau.
Il s 'appelait Gaston.
Respire.
Respire plus.
Respire.
Tousse un coup.
Oui, encore.
Oui, respire.
T 'as un cœur de police de course, ma belle.
Tu dois seulement éviter les abats, les épices et puis, naturellement, l
'alcool.
C 'est qu 'ici, vous aviez une cuisine soignée, puis des horaires.
Alors dehors, il faudra faire attention au régime sandwich et au repas pris à n
'importe quelle heure.
Il faudra continuer à être raisonnable.
Et mes jambes ? Ah, des varices.
Tout le monde en a, moi le premier.
Ça, docteur, c 'est le drame d 'avoir été une enfant prodige. J 'ai commencé
trop jeune.
Dans notre métier, ce qui tue, c 'est les états.
Allez, au revoir, docteur. Au revoir, Carmen.
Et merci.
Alors, Isolde, un petit coup de capard, on s 'abîme dans les livres ? Oh, Jean
-Jacques Rousseau.
Oh, ça alors, que le monde est petit.
Moi, j 'en ai connu un de Jean -Jacques.
Mais il s 'appelait pas Rousseau.
Il s 'appelait Vital.
Ah, là, là, mon pauvre Toubib, vous vous donnez bien du mal pour rien.
Ça va pas durer longtemps, la bonne santé.
Le hasard de la rencontre avec n 'importe qui, n 'importe où, n 'importe
comment. Ah, ça va être la fête au Gono.
L 'hôpital Saint -Louis en état de siège. Vous vous faites des illusions.
verra jamais tout ça. Avec leur sulfamide et leurs antibiotiques.
Il est vaincu, le péril.
Maintenant, on guérit tout dans un mois.
Alors, le spécialiste dans tout ça, qu 'est -ce qu 'il devient, hein ? Voulez
-vous me le dire ? Alors là, vous noircissez le tableau, parce que du
y en aura toujours.
Malade, du malade, du malade, ce que ça veut dire, ça, du malade. Vous voyez,
moi, après 20 ans de médecine galante, aller soigner les coqueluches, j 'ai les
mots. Non, je dis pas.
Vous prenez quelque chose ? Non, je bois plus. Oh, bon, alors... Posez ça là et
faites attention, hein.
Madame Blanche, on a quelque chose à vous dire.
Dis -donc, Charles, regardez -moi.
Dans le fond, ça ne va pas être mauvais pour vous, ce petit changement d 'air.
Six mois de campagne, de pêche, de chasse.
Pourquoi ? Qu 'est -ce que j 'ai ? Surmenage.
Maladie des chefs d 'entreprise.
Une maison comme la vôtre, c 'était un exemple.
Oui, mais ça ne se tenait pas comme une épicerie.
On n 'avait pas d 'heures, on vivait pour les autres.
Maintenant que c 'est fini, je vais faire comme tout le monde, je vais vivre
égoïste. Tiens, quand je serai sorti de mes tourments, j 'irai vous voir. Vous
me ferez mon shake -up.
Bien sûr.
Il n 'y a pas de bancaire.
Tu es encore en chemise à cette heure -ci ? Aujourd 'hui, on ne travaille pas,
on est migres. Il y a encore des valises à descendre, madame Pauline. C 'est
pour ne pas froisser nos affaires.
Montez vite les chercher, dépêchez -vous.
Faites attention, c 'est très fragile.
C 'est pas mon jour.
Le Toubib m 'a regardé le blanc de l 'œil.
Il a eu le traxir.
J 'ai la maladie des chefs d 'entreprise.
Il m 'ordonne l 'arrêt complet.
De toute façon, on confirme sur décret ou sur ordonnance.
J 'admire la gaieté de madame. Oh, ne vexe pas, gros.
Ce n 'est pas avec ta santé que je plaisante. C 'est avec les rêveries des
cavettes. Tu ne sais pas la dernière ? Tu ne sais pas ce que Solange et
Morissette m 'ont annoncé ? On ne pose pas de devinettes, ce matin, je n
pas à émerger.
Eh bien, ces dames s 'exportent. Elles visent la carrière américaine.
Bravo, mes mignonnes, vous avez du cœur.
Et on peut savoir quelle Amérique vous risquez.
Du sud, monsieur Charles. Alors là, je dirais même que vous avez de la santé.
Elle marche au mirage du Peuzeau, du Bolivar, du Crou de Zéro et du Cordoba.
dis pas que c 'est pas des monnaies agréables à changer, mais avant, faut
faire venir.
Et si vous parlez pas l 'espingo ni le portugais, je vous vois pas gagnante.
On fait une heure d 'assimile tous les soirs.
L 'assimile.
Mais c 'est pas dans l 'assimile que t 'apprendras à reconnaître un vin du pied
d 'un client.
Là -bas, il se ressemble à s 'y tromper.
Tu peux facile virer un planteur et faire bon accueil à un désespérado.
C 'est vrai, madame Blanche ? Bon, raconte -leur, toi, Charles.
Le voyage dans l 'Entrepont, sur le Bananier.
Notre arrivée dans la plus belle baie du monde.
J 'avais acheté à Madame Blanche deux robes Passage Brady.
Et pour moi, un costard de chez Albin.
T 'avais des lattes pointues en chevreau, de chez Bams.
Croco, c 'est venu plus tard.
Oui, mes pompes toutes neuves.
Je les avais à peine posées sur le quai que j 'avais plus de montre.
Alors ? Antoinette, dépêchez -vous, allez ouvrir.
Oui, viens par ici.
Où c 'était valide ? Là.
On en a marre, madame Pauline. J 'y peux rien.
C 'est Marcel.
Jean.
Dis -moi que c 'est pas vrai.
Qui c 'est cet homme -là ? C 'est M. Marcel de Toulon, taulier du Grand 8.
C 'est le taulier du Grand 8 ? Eh, qui c 'est ? Oh mince, alors ! Oh, il
y a de la presse.
Ah, mon gars. Ah, tu sais.
Viens t 'asseoir.
Blanche. Oh,
on t 'a l 'air secoué, grand.
Et ta nénette si sensible.
Comment est -ce qu 'elle prend la chose ? J 'ai dû la mettre en clinique.
Nervous breakdown.
Alors t 'as lourdé tout seul ? Seul.
Comme un paria, comme un lépreux.
J 'ai traversé la ville en charrette.
Personne ne me saluait plus.
Des clients de 20 ans, des notables, des gens que j 'avais obligés, qui
tournaient le dos en reconnaissant ma voiture.
Un record d 'ingratitude.
En tentant ce qu 'il dit, il dit tentant.
Alors j 'ai préféré prendre la route.
J 'ai remonté la vallée du Rhône.
Partout des ruines, Charles.
T 'entends ? Partout.
Riton d 'Alès, le grand Louis de Valence, Madame Aimée.
Une personne qui tient à Vauxaire depuis 15 ans.
Tous à la rue, les cadillacs sous pression, le chemin de l 'exil. C 'est
grande peur, Charles, l 'an 1000, comme dans les bouquins de l 'école.
Heureusement qu 'il y en a qui tiennent le coup.
Ce sont eux qui m 'envoient.
Ceux qui sortent bif.
Sans indiscrétion, qui sort bif contre quoi ? Contre la loi unique, contre les
menées scélérates.
Hier soir à Lyon, on a fondé notre comité de résistance.
Mais c 'est pas vrai, tu charides.
37 tauliers, la fine fleur de la profession, étaient présents.
Et un plan a été adopté à l 'unanimité.
Mais un plan de quoi, tu m 'étourdis ? Mais un plan d 'action, je suis un peu
que je dis.
3000 pensionnaires montent déjà sur Paris pour le défilé de revendications.
De la porte Saint -Martin à la Madeleine, et j 'aime mieux dire que ça
du pétard. À la préfecture sûrement.
Charles.
Oui.
Le comité a pensé à toi comme le plus capable.
Capable de quoi ? De grouper les
graineuses parisiennes.
Tu devrais pouvoir en amener mille, on estime.
Quatre mille manifestants, ça nous ferait.
Dis, tu vois un peu ? Le lendemain, dans tous les canards. Tu parles si je vois.
Je vois même mon nom en gros caractère. Dis, tu trouves pas qu 'on a assez d
'emmerdement comme ça, non ? Ah ben alors là, gros, je te comprends plus.
T 'es pourtant renommé pour avoir du chou. Bon, ben justement, je vais te
ce que j 'en pense, moi, de votre comité.
Vous, les hommes, vous allez descendre tout droit au placard. Il y a de la
place. Il y a même des précédents tout proches.
trois gros affichés.
Alors, faut se dissoudre ? Et rapido, avant les mandats pour monnaie
Et la Ligue des droits de l 'homme, dans un camp comme ça, elle pourrait rien ?
Oh, dis donc, Marcel, tais -toi, tiens, tu me fatigues.
Moi aussi, je vais te donner un conseil, grand.
Dis à tes confrères qu 'ils lâchent pas sur le bitume leurs 3000 grognasses.
Parce qu 'il y a des futés qui vont monter à l 'œil.
Les jeunots d 'aujourd 'hui, c 'est pas la morale qui les étouffe.
On te laisse pour abattre, on s 'en sortira.
On trouvera bien une autre défense.
L 'important, c 'est de tenir.
Pour tenir, faut pouvoir.
Ça fait 10 ans que tu tournes à Toulon. Tu vas pas me dire que t 'es raide, non
? Eh ben si, Charles.
Parce qu 'à moi, ils m 'ont fait le maximum.
Maintenant, ils lourdent l 'étau, on le met avant. Ils avaient rouvert les
tripots, comme si c 'était plus moral.
Total, avec mon goût pour le carton, je suis sur les jambes, tendu à blanc.
Malgré ta bérésina, t 'as peut -être pas perdu ton bel appétit.
J 'ai dressé un buffet.
Il y a du caviar et du saumon fumé. Et même un lait de poule, si le cœur t 'en
dit.
Allons, mesdames, à la salle à manger, vite ! Du caviar et du saumon fumé, dis
donc ! Allô
? Oui, c 'est bien ici, mais c 'est
fermé.
Mais non, c 'est pas pour cause de transformation.
C 'est fermé.
Est -ce que c 'est beau ? Celui -là, chef, il ressemble à mon père.
Et celui -là, à mon grand -père.
Oh, dites, M. Charles, celui -là, il ressemble à mon père.
Oh, ils doivent, il ressemble pas à ta soeur, non ? Ah, celle -là, alors.
Les images, les poupées.
Elle tisse pas son pouce, des fois, non ?
Quand
une
patrie vous traite comme elle nous traite, il n 'y a pas à insister, il n
pas à s 'attarder, ni à espérer des jours meilleurs.
Il faut aller se défendre hors des frontières.
Vous avez peut -être raison, M. Marcel.
Il n 'y a pas de peut -être.
C 'est une certitude.
Tahiti, tu connais ? Non.
Les palmiers, le lagon, ah oula oula.
Disons une mignonne comme toi là -bas, mais c 'est la ruine du micheton.
Et attention, quand je dis micheton, il faut s 'entendre.
Rien que de l 'atomiste et du haut fonctionnaire.
Tiens, un pronostic.
On se barre tous les deux.
T 'emmènes Clara, ta pote, puisque t 'as l 'air de pas pouvoir t 'en séparer.
Eh ben, dans deux piges.
T 'es taulière et elle souvainque.
C 'est pas un programme chatoyant, hein ? Tu l 'entends rouler ? Laisse -toi,
Motou. Ça vaut pas la rue Godot comme avenir ? Comment est -ce que tu l
'appelles, ton bled féerique, Marcel ? Répète un peu pour voir.
Si c 'est aussi chouette que tu le dis, je devrais peut -être reprendre du
service.
Oh, excuse, Gravos.
Je me faisais du sous -titre.
Allez, pardonnez -moi, les gosses.
Je... J 'extrapolais dans la fiction rose.
Je sentais repousser mes nages joueurs.
Il n 'y a pas de mal, M. Marcel.
On a passé un bon moment. Madame, il y a la nouvelle qui est en larmes. Elle ne
veut rien boire ni rien manger.
J 'arrive.
Laisse. La consolation, c 'est une affaire d 'homme.
Bois, mon petit lapin.
Non, mais si.
Puis t 'abîmes pas les chasses.
Tu pourras en avoir besoin plus tard, c 'est ton capital prévoyance.
Qu 'est -ce que tu faisais avant ? La machine à écrire.
Ah, la machine à écrire ? Oh, je veux plus.
Pourquoi ? Le directeur, le sous -directeur, les fondés de pouvoir, les
personnel, les chefs du service.
Ça fait dix mois.
Ah, dis -donc.
T 'avais qu 'à aller gifler.
Pas possible, monsieur.
La machine.
Ah ben, dis donc.
La main légère pour le transport.
Le doré, c 'est fragile.
Je veux pour un motif écorné.
Dites donc, patron, ça devait pas être commode pour se raser.
T 'es un gaspote, t 'auras pas l 'occasion de t 'en servir.
Bien sûr, vous, vous vous en foutez que ça ferme.
Vous avez connu, vous avez des souvenirs.
Elle commence bien, la politique des jeunes.
Qu 'est -ce qu 'on va nous donner ?
On va vous construire des piscines et des stades.
C 'est quand même pas exactement le même usage.
En attendant, demande donc ça, tiens.
Descends, je vous attends au salon.
Bonjour, messieurs.
La porte était ouverte, Mlle Antoinette. On s 'est pas évité d 'entrer.
C 'est encore le déménageur. Je vais prévenir madame.
Les déménageurs, c 'est peut -être une nouvelle attraction.
Oui, ou alors M. Charles fait des travaux d 'embellissement.
On vit une période de pleine expansion.
Madame, il y a deux clients.
Les deux messieurs qui viennent toujours au salon de l 'auto.
Allons, mesdames.
Trois de quoi rire.
Madame Blanche, mes hommages.
11h le Bourget, 11h45 chez vous. Plus vite, toujours plus vite.
Monsieur Charles. Monsieur Charles, j 'ai l 'honneur.
Et comme d 'habitude, toutes les dames. Et le théâtre.
Dis -leur Charles, moi j 'ai pas le courage.
Messieurs, tout ça c 'est du passé, de l 'imagerie ancienne.
La joie n 'est plus de ce monde.
La maison est fermée et je doute que vous en trouviez une d 'ouverte.
Ah mais alors, à quoi ça va servir maintenant le salon de l 'auto ? Bah
le faire à Abidjan.
Ou à Hong Kong.
Parce que c 'est là -bas que le touriste ira porter ses devises, maintenant.
Et encore, je parle du connaisseur.
De l 'homme de goût.
Parce que le vacancier style plein air, le genre romano, alors là, on facilite.
On flatte tous ses vices.
La pêche sous -marine, les châteaux de sable, honne au lulu à la varenne,
les conneries, quoi.
Au pays de Descartes.
Je vous laisse juge.
Bravo, messieurs, vous pouvez être fiers.
Faut pas s 'en prendre à nous comme ça, monsieur Charles.
C 'est bien qu 'on a le mavérol, mais avouez qu 'on n 'abuse pas.
On vient pas vous tracasser, on vient simplement vous rappeler. Il est moins
quart. Et à 5 heures, il arrive un quart plein d 'étudiants pour occuper.
Ça sera libre.
Mais puisque vous êtes si serviable, vous n 'avez qu 'à vous cloquer ces
messieurs.
Emmenez -les sur le bateau mouche, aux Invalides, au Musée des Arts et Métiers,
puisque maintenant, c 'est vous qui organisez les loisirs.
Si ça peut obliger ces messieurs, on peut les déposer quelque part.
C 'est ça, qu 'il y ait des orfèvres. Il y a la conciergerie juste en face.
Trois étoiles d 'anguides.
Oh, tiens.
Messieurs, on vous attend.
J
'ai
tout vu, M.
Charles.
Il n 'y a pas grand -chose de propre dans vos bricoles.
C 'est un peu le bazar.
Ce n 'est pas des vannes que je vous demande, c 'est une offre.
8 chambres, 300 000.
Le grand salon et les accessoires, 75 000.
Rien qu 'en siège, fauteuil et canapé, on a dépensé 600 tickets.
Oui, seulement moi, il faut que je trouve preneur.
Votre mobilier, c 'est quand même un peu spécial.
C 'est pas le genre maison bourgeoise.
Le mien a fait la même musique.
Il m 'a embarqué mon palais hindou et mon boudoir japonais pour 200 raids.
Pourtant, le meuble exotique, ça court pas les rues.
C 'est tout des voleurs.
Laisse, Graveau, c 'est moi qui traite. Quant aux objets d 'art...
Je pourrais peut -être vous faire un blot à... 30 000.
Un blot à 30 000 ? Non.
Et ça, vous l 'estimez combien ? 200 balles. Moi, je m 'ai payé 4 sacs.
Et ça, combien ? Oh non, madame, faites pas ça.
J 'aime mieux vous l 'acheter.
Je l 'avais en face du lit.
Elle m 'a bien soutenue.
Prends -la.
Merci, Mme Blanche.
Vous ne pouvez pas savoir ce que vous me faites plaisir.
Eh bien, embrasse -moi.
Vous aussi, les petites, vous avez droit à un souvenir.
Prenez ce qu 'il vous plaît.
Comme ça, plus tard, vous vous souviendrez de monsieur et de madame.
Merci, Mme Blanche.
Oh, ben dis donc.
T 'en as, le brûle -gilet, toi. Idiote, c 'est pas pour moi, c 'est pour mon
mou. Pourquoi il est pas sage ? Si, mais il veut devenir jockey.
T 'emportes ce gros machin -là ? Ben, dis -donc, depuis tant que je la
un petit souvenir.
Eh, dis -donc, j 'allais tout de même pas tout me prendre.
Gardez.
C 'est Mme Blanche qui me l 'a donné.
C 'est un cœur, madame.
Mais t 'émotionnes pas comme ça.
C 'est pas ça.
Je pense à Lucette qui a été enterrer son vieux, qui est mort à Melun.
Il avait une maison là -bas ?
Maison centrale ? Ah ben oui, que je suis bête.
Trava perpète.
D 'après Lucette, une erreur.
Ça doit lui faire drôle de ne pas voir la fermeture.
Ah Lucette.
Elle a été la joie de notre salon.
Je l 'entends encore monter les escaliers.
Tu vois, grand, même si on rouvre un jour, de la petite mignonne comme ça,
parlant anglais, espagnol, ça se trouvera plus.
Le secrétariat de direction nous les dévorera toutes.
Je ne parle pas pour Lucette, non. Celle -là, elle visera plus haut.
Il faudrait lui offrir un cadeau personnel.
Quelque chose qui reste.
Qu 'elle sente l 'intention.
L 'enseigne.
Allez hop, on lui balance la lanterne.
Tiens, Colette, Colette, mets -moi le machin -là.
Et le bahut à romance, je l 'emballe ? Combien ?
2000. On est à l 'époque du pick -up.
Ah, ça va, allez.
Emballé. Monsieur Charles, on aimerait l 'entendre une dernière fois.
On va jouer l 'air de madame.
La fin d 'un monde.
Monsieur Charles avait vu juste.
Lucette devait aller loin, et pas à pied.
On peut avoir la jambe légère et les chevilles sensibles. C 'est à cause de
cette fragilité que Lucette eut une invention de génie en motorisant le plus
vieux métier du monde.
Innovation qui allait faire date et connaître une vogue sans cesse
Passant ce soir -là de la Simca 6 à l 'attraction avant, Lucette franchit le
premier échelon dans la conquête du cheval vapeur. Sa carrière allait dès
suivre une courbe ascendante, faite de voitures de plus en plus grosses, de
chiens de plus en plus petits, et de messieurs de moins en moins pauvres, et
partant de moins en moins jeunes.
Passer d 'un agent d 'assurance à un mandataire oual est une transmutation
bénigne. Les filatures du Nord, ça, c 'est autrement coton.
Elles furent l 'occasion pour Lucette, qui s 'appelait alors Muriel, de
découvrir que le terme mène à tout à condition de ne pas en sortir.
Certaines appellations se passent de commentaire. Pour la suite, nous dirons
simplement Pétrole, Cadillac, Chihuahua. Nous ne donnerons pas dans le ridicule
de préciser que Lucette, qui s 'appelait maintenant Barbara, avait, dans sa
passion pour l 'histoire naturelle, adopté un autre petit animal, le jus.
Le baron Seychelles du Haut -Pas, que nous admirons ici dans une de ses
dernières sorties, devait s 'éteindre quelques semaines plus tard dans les
de son infatigable épouse, dont il avait fait sa légataire universelle. L 'aigle
comprenant, entre autres pécadilles, ce petit hôtel particulier.
qui n 'allaient pas tarder à recevoir des visiteurs assez particuliers eux
aussi.
Travail.
Tu vois pas des causes de travail ? Tu comprends pas que tu me casses la pogne
Hein ?
Écoute, Polo, que tu te fasses un baluchon pour t 'acheter des cigarettes,
que tu te permettes de vaquer dans le rayon ménage, bon, mais tu me les
tu me contraintes.
Et je peux pas bosser, compagnon, je peux pas.
Ah, tu peux pas... Et si tu continues, tu te prends une tarte.
Tu me taperais ?
Oui, j 'ai entendu.
Il va y avoir une couette pour s 'arracher.
Évite de penser.
Imagine seulement que tu as un train à prendre ou que tu disputes la finale
olympique.
Vous êtes insupportables.
Mais qu 'est -ce que c 'est que ça
? Oh, ça, par exemple.
Oh, mon cher ami, c 'est épouvantable. Fais quelque chose. Appelle la police,
préfet. Je ne sais pas, moi.
Mis en état d 'arrestation le 23 mars à 11h par les officiers de police d
'Olville et Frappeau, alors qu 'ils proposaient à la vente un bracelet
du vol par lui commis le 22 mars de nuit et avec effraction chez Mme la baronne
Seychelles du Haut -Pas, propriétaire avenue Henri -Martin.
Ayant nié puis reconnu les faits, Léonard Mamuron a spontanément indiqué
officiers de police susnommés l 'adresse de son domicile où a été retrouvée la
totalité des objets dérobés lors de son forfait. Un quart d 'heure, peut -être
dix minutes.
La totalité des bijoux, Maburon, pas seuls des objets, puisque selon la
pléniote, il manque un objet décoratif.
Qu 'avez -vous à déclarer sur ce point précis ? Je vous écoute.
Moi aussi, je vous écoute, M. le Président.
Je fais que ça.
Et je continue à rien comprendre à cette histoire.
À croire, tenez, qu 'on juge ici une autre affaire.
C 'est vrai, je me sens étranger.
Pas concerné d 'un poil.
Enfin, M. le Président, je restitue 100 bris de bijoux et j 'ai regardé un
fourbi à trois thunes.
Pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? Je vous le demande.
Non, c 'est moi qui vous le demande.
Ah oui ? Je vais même vous fournir les raisons de votre silence.
Selon les rapports de police, vous auriez eu un complice.
non identifié et qui, précisément, détiendrait l 'objet du litige.
Un complice.
Mais enfin, M. le Président, pourquoi faire ? Vous en auriez pris un, vous, de
complice, sur un coup, il n 'y avait qu 'à pousser.
Je n 'ai jamais eu de complice, jamais.
Même quand on m 'appelle Léo le Solitaire, alors.
Et puis, il n 'y a jamais eu d 'objet de litige.
C 'est vrai, ça, c 'est les poulets qui se font du cinoche.
Il est en effet singulier, M. le Président, qu 'après notre restitution
spontanée, enfin c 'est le terme de l 'acte d 'accusation, qu 'après notre
restitution spontanée, la partie civile nous fasse surgir une pièce nouvelle
dont l 'existence d 'ailleurs reste à démontrer.
Je me suis foutu un coup là.
Mon collègue de la Défense paraît confondre restitution et perquisition.
Monsieur, je vois que nous ne sommes pas du tout d 'accord.
même sur les termes.
Eh bien, je crois que le mieux serait d 'entendre au plus vite la plaignante.
Bon.
Asseyez -vous au bas du rond.
Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma
Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma bu... Ma
bu...
Comment vous pouvez être sûr que la baronne c 'est Lucette, madame Pauline ?
suis abonné au Figaro et je lis tout, je peux pas me tromper. Pour son mariage
avec le baron, il y avait sa photo dans le carnet mondain.
Approchez, madame.
Tu vois bien que j 'avais raison.
Oh, dis donc.
Comment qu 'elle est sape ?
Je préférerais, madame, vous entendre en dehors de la présence de ce charmant
petit animal.
Allons, allons, silence.
Très jolie bête, au demeurant, mais tout de même.
Je suis désolée, monsieur le président, mais Margaret est hyper émotive.
Cyclotimide, dirais -je même, comme tous ceux de sa race.
Une race en voie de disparition, d 'ailleurs.
Je ne pensais pas offenser le tribunal. Oh, ben, j 'en suis certain.
Mais enfin, tout de même, que faire ? Garde ! Oh, non, non, non.
Surtout pas, monsieur le président.
Marguerite a horreur de l 'uniforme.
Mais alors, que faire de cette petite bête ? T 'en fais pas, mon chou. Je vais
faire la nerf.
Tu veux bien une petite peine ? Ouais.
Eh ben, voilà.
C 'est parfait.
Alors,
alors, alors, silence.
Voyons, revenons à la cause, madame. Résumons -nous.
Il s 'agit, je crois, d 'un ustensile d 'éclairage.
D 'une lanterne, monsieur le président.
Une lanterne, non. Un luminaire imitation.
Louis -Philippe. Une lanterne, M. le Président. Une lanterne, dont l
'existence est actuellement mise en doute par votre voleur, mais qui est
attestée par votre personnel domestique.
Le témoignage d 'un domestique est très contestable et ne peut pas être
recueilli sous la foi du serment.
Ce sera un con.
Désirez -vous poser une question à la plaignante ? Très certainement, M. le
Président. Dans ce cas, vous avez la parole.
Êtes -vous en mesure, chère madame, de fournir au tribunal une preuve de
propriété de cette fameuse lanterne, une facture, un inventaire de succession ?
Objection pertinente, mon cher confrère, mais fort heureusement prévue.
Nous avons fait des recherches, longues, difficiles, mais fructueuses.
Nous aurions pu fournir quelques factures, même de complaisance, cela s
Mais notre devoir étant d 'éclairer la justice, nous avons choisi de l
définitivement. En vertu de l 'adage « Testi unus, testi nullus »,
nous allons, plaise au tribunal, fournir la double preuve testimoniale.
Le donateur de notre lanterne et un témoin de la donation peuvent être
cette barre.
Ah, eh bien, nous allons les entendre. Le tribunal vous remercie, madame.
Je vous prierai toutefois de ne pas trop vous éloigner. Nous pouvons avoir
encore quelques détails.
à vous faire préciser.
Bien, monsieur le président.
Baronne tout à fait insolite.
On fait une histoire, madame la bêcheuse, pour une malheureuse calbonde.
On dirait que c 'est hypocrite.
Faites entrer le premier témoin.
Qu 'est -ce qu 'il a vieilli.
Ça, il a bien changé.
Mais pauvre chéri, c 'est pas étonnant, avec tout ce qu 'il veut tarifer.
Voyons, vous vous nommez Charles Labergerie, né le 9 mars 1910 à Saint
-Chamond. Profession ? Marailleur à Bourges.
Tiens, monsieur dans le poisson.
L 'habitude...
En avril dernier, vous n 'avez pas cru devoir déférer à une convocation du juge
d 'instruction qui voulait vous en attendre. Je m 'en excuse, monsieur le
président, mais pour nous autres marailleurs, surtout dans les régions où
matérialisme athée n 'a pas encore terrassé la foi, c 'est le plein boum.
Nous avons eu un carême du tonnerre.
Ah oui ? Oui,
enfin. Allez, revenons à la cause. Vous auriez, il y a quelques années, fait don
à madame la baronne Seychelles du Haut -Pas, d 'une lanterne.
Connaissez -vous cette dame et vous souvenez -vous de lui avoir fait ce
Si je connais Lucette ? Monsieur le Président veut rigoler.
Je l 'avais même donnée gagnante dès le départ.
Mais baronne, tout de même, chapeau.
Et je suis fier de lui lire ici.
Chapeau, môme.
Oh, M.
Charles. Il a raison. Tu sais, on a suivi ton escalade dans les journaux. On
drôlement fiers de toi. Madame Pauline.
Toucher ça, si c 'est doux. Oh, ça fait rêver.
Le fric, quand même, c 'est quelque chose. Oh, le fric.
Si je vous disais qu 'il y a des jours où je m 'ennuie, des jours où je
regrette. Tais -toi donc, tu dis ça pour nous faire plaisir.
C 'est quoi ton clébard ? Un chihuahua.
Du bestiau mexicain.
Ça coûte aussi cher qu 'un cheval de course, cette petite crotte. Comment tu
'appelles ? Margaret.
Oh, une vraie petite princesse.
Mets -la, mets -la, s 'il vous plaît. Un petit là.
Bon, cet éloge de Mme du Haut -Pas nous suffira.
Pouvez -vous maintenant nous parler de cette lanterne ? Nous préciser
les circonstances de votre don ? J 'aurais pas dû venir.
Je m 'engouerais qu 'on allait encore évoquer des tristesses.
La lanterne d 'accord, je l 'ai donnée à Lucette. Je m 'excuse, M. le Président,
je veux dire à Mme la Baronne. Et ça, je ne regrette pas parce que personne ne
la méritait plus qu 'elle.
Mais, vous décrire les circonstances, M. le Président, ça c 'est... c 'est
revivre tout le calvaire.
Il était dans la résistance.
Alors, 25 années de labeur, M.
le Président.
De jour comme de nuit, entre quatre murs, comme à la trappe, toujours sur la
brèche et l 'œil à tout.
L 'espérance d 'une vieillesse tranquille, et puis tout d 'un coup...
Le trait de plume, le décret scélérat qui abolit la propriété.
Et une fois à la rue, qu 'est -ce qui devient le pauvre homme ? Une proie.
Tous les cannibales qui lui secouent son carbure.
Entre les chacals de la bourse, les vautours de l 'immobilier et les requins
placement industriel, c 'est le grand régal. Elles ont beau fil, les
éconocroques. Voyez d 'ici le carnage, monsieur le président.
L 'homme à terre, piétiné, qu 'on achève.
Et encore, l 'homme est taillé pour la lutte, mais la pauvre femme, hein, la
pauvre femme,
La mienne, c 'est bien simple.
Elle s 'est mise à se momifier, Monsieur le Président.
À se momifier, jour après jour.
Un chagrin, pire qu 'un cancer.
Madame Sommer ? Madame est morte ! Oh ! Oh non ! Ils ont de la culture.
Eh, Madame est morte ! Vous qui l 'avez connue, les petites, vous pouvez dire si
c 'était pas une méritante ? Ils me l 'ont butée, ma petite reine.
La pommée.
toujours pétillante d 'esprit, toujours humaine, une vraie narre.
Quand je pense qu 'il m 'a fauché sa lanterne, on devrait le guillotiner.
Le guillotiner ? Elle se prend encore sous la terre, la baronne.
Voyons, du calme, du calme. Non, mais, cher maître, faut pas pousser, hein.
Vous êtes beau, c 'est pas de votre tête qu 'elle parle, c 'est de la mienne,
non ? Allons, revenons à la cause.
La bergerie.
Monsieur, la bergerie.
C 'est pas moi qui suis dans le boxe, c 'est votre client.
Je me demande ce que j 'y fais.
Si c 'était pour me parler d 'une lanterne que j 'ai jamais eue, ça
faire sans moi, non ? Monsieur la bergerie, pouvez -vous me dire en
circonstances vous avez connu la plaignante ? Et surtout, étant donné l
'admiration que vous lui portez et que vous avez exprimé tout à l 'heure avec
beaucoup de spontanéité, quelle a été la nature exacte de vos relations ? Oh !
Le bourgeois ! Il chancèle.
Je peux lui répondre ? Mais je ne saurais trop vous le recommander.
J 'ai toujours, maître, préconisé le respect et exigé les bonnes façons. Ah,
alors j 'avertis.
Vous bonissez encore une seule médisance sur une dame, et moi je vous fais une
tête à la décorade. Et vous allez comprendre que Charles et les grands
encore se le farcir.
Allez -vous asseoir.
Nous vous entendrons tout à l 'heure si besoin est.
M. Charles, ça fait plaisir de vous revoir. Oh, qu 'on est content.
Elle est là, votre petite princesse.
Merci beaucoup, monsieur.
Gardes, faites entrer le second témoin de la partie civile.
Qui ça peut être, le second témoin ? Un second témoin ? Vous ne pourriez pas
empêcher tout ça, vous ? Le président.
Le président, il voudrait.
Je ne peux pas changer d 'avocat.
Si c 'est pas une honte. Un homme pareil.
Monsieur Marcel.
Vous vous nommez Fromont Marcel.
Né à Paris, 20e arrondissement, en 1915.
Profession, promoteur d 'affaires.
Vous appelez ça comme ça, vous ? Je vois ce que c 'est, monsieur le président.
Vous aussi, vous croyez aux calomnies ? Je consulte votre casier judiciaire.
J 'y trouve trois condamnations pour proxénétisme, pour exercice de la
profession de souteneur. Vous purgez actuellement la dernière.
18 mois à la maison centrale de Poissy, voilà.
Pour le domicile, M. le Président, c 'est exact.
Mais pour le reste, je précise, il y a confusion sur mes activités. Et je
répète, profession promoteur d 'affaires. Oui, enfin.
Votre audition étant indispensable pour la manifestation de la vérité, j 'ai
convenu de vous entendre en vertu de mon pouvoir discrétionnaire.
Vous avez eu connaissance de certains faits.
Rapportez -les -nous.
Non, non, non, non, non, non. Privé de l 'exercice des droits prévus par l
'article 42 du Code pénal, vous n 'avez pas le droit de prêter serment. Un homme
comme ça, droit comme un nid, pas le droit de prêter serment.
Je te dis. Dans quel monde on vit ?
Oui, serment ou pas serment, la vérité vraie, c 'est que le tricot -mesure à
domicile, c 'est l 'affaire honnête exemplaire.
Tricot -mesure à domicile ? De quoi parlez -vous ? Je m 'explique.
Une supposition, M. le Président, que vos collègues aient envie d 'un pull
-over.
Jamais ils ne trouveront leur taille en confection.
Il y en aura un qui aura les manches trop courtes par rapport au buste et
un autre qui les aura trop longues.
Eh bien, j 'avais remédié à ça, M. le Président.
Un coup de téléphonatrique aux mesures à domicile et une tricoteuse de talent.
Présentation impeccable, alors, s 'agitenez.
Arrivez chez vous en moins d 'une demi -heure et y passez la journée pour
exécuter l 'ouvrage.
Un bout de la nuit même, si c 'était nécessaire pour terminer.
Oui, le tribunal vous fait grâce de vos conceptions particulières du travail à
domicile. Madame Duhon, pas ! Voudriez -vous revenir à la barre, je vous prie ?
Merci.
Oui, vous avez raison de vous délivrer de Margaret.
C 'est bien ainsi que vous la nommez.
Eh bien, madame, tournez -vous vers le témoin, je vous prie, et dites -nous s
'il est bien ce fromon Marcel dont vous avez voulu faire entendre la déposition.
Ce qui, je ne vous le cache pas, me surprend un peu.
Le reconnaissez -vous ? Je ne peux pas le reconnaître, je ne l 'ai jamais vu.
Comment, comment, comment ? Vous appelez en témoignage un personnage que vous ne
connaissez pas ? Oh là, pardon.
M. Marcel, il a une réputation.
C 'est l 'homme de légende.
Ah oui, vraiment.
Sa maison de Toulon.
Vous n 'avez pas connu ? Non, je regrette.
C 'était bien.
Exemplaire ! Mobilier d 'hostie, avec souvent la pièce rare.
C 'est simple, on venait visiter son salon du bout du monde, M. le Président.
D 'Australie, Nouvelle -Zélande, même de Reims, où ils avaient pourtant le
Palais Oriental.
Un joyau, M. le Président, avec un parc à la française, un théâtre de verdure,
une copie Trianon, quoi.
Et les jours de l 'inauguration, tu te souviens du boom ? Toutes les scades
les frondaisons.
Deux amiraux en civil et mes petites mignonnes en marin.
Et tout un spectacle de variété, M. le Président. Des scénettes entièrement
mimées. Daphnis et Chloé, Adam et Eve au paradis, les filles de Lotte.
Du biblique et de l 'amusant.
Et avec le respect de l 'art, M. le Président. Attention.
Dites -moi, Romand.
Ce charmant conservateur de province dont vous nous décrivez les fastes
inauguraux, ne s 'appelait -il pas par hasard le grand Tivoli ? Tout juste.
C 'était pas un peu lobiche ? Monsieur le Président, Fromont est en train, j
le regret de vous en avertir, de faire devant le tribunal l 'apologie d 'une
maison de prostitution.
La prostitution ! Là, les gros mots qui recommencent.
Les boniments de chaisière.
Et en plus, ça parle sans savoir.
Parce que vous deviez être un peu jeune, non ? Quand on a fermé.
C 'est pas vrai, M. le Président ? Si ça se trouve, il était puceau.
C 'est possible.
Quel âge aviez -vous, Valentin ? 18 ans, M. le Président.
Qu 'est -ce que je vous disais ? Moi, M. le Président, j 'avais 25 ans. J 'étais
drôlement en pisse. Les folies étaient déjà bien terminées.
Quel âge t 'avais, toi, Tristan ? Moi, à cette époque -là, je faisais le peloton
des élèves de 4 euros.
Pardon ! À croire qu 'il y avait des bandernes et des morbonnes ? Monsieur le
Président ! Monsieur le Président ! Ah, monsieur le Président ! Alors, voyons,
voyons. Madame, ne m 'obligez pas, je vous prie, à vous préciser l 'article
poursuit l 'outrage à magistrats.
Oh, on n 'outrage personne.
On dit simplement à votre boutonneux de ne pas parler sur les cours.
Alors, voyons, voyons, voyons.
Madame Dupont, je vous en prie, restons dans le cadre de l 'affaire. Il s 'agit
d 'une lanterne. Je vous avoue d 'ailleurs mon étonnement, on vous vole
millions de bijoux et il n 'y a que cette lanterne qui semble vous
Parce que cette lanterne, Monsieur le Président, cette lanterne, c 'est toute
jeunesse. Madame, ce sentiment vous honore, mais enfin.
Ben et moi, qu 'est -ce que je deviens là -dedans ? Si ça continue, je suis
bonheur pour le panier à salade de 8 heures. Et puis arrivé à Poissy, tiens,
'as un tas pour la bête.
Bonheur ! Vous allez dire que je me répète.
Mais elle en fait une salade, madame la baronne, pour une lanterne à deux sacs
qui va finir ses jours chez un câbleau de province.
Audience remise à huitaines ! Gars ! Faites évacuer la salle ! Mais pourquoi
remise à huitaines ? Pourquoi on évacue ? Mais parce qu 'ils l 'ont dans le
bavard et qu 'ils savent pas comment s 'en tirer !
Je suis absolument désolée d 'avoir troublé la sérénité des débats, d 'avoir
manqué à la plus élémentaire différence.
Mais la vivacité des hopas est bien connue.
Et voulez -vous c 'est plus fort que moi ? Je ne supporte pas les caves.
Mais que dit -elle ? Madame du Hopas dit qu 'elle ne supporte pas les caves.
Alors, comment ça s 'est passé, cher homme?
Admirablement bien, darling.
Nous ne connaissions pas encore l 'archipel de Gordon, de Dallas, Texas.
C 'est pourtant un homme que l 'on gagne à connaître.
Mines d 'étain, mines de cuivre, flottes pétrolières et diverses activités
secondaires qu 'il serait fastidieux d 'énumérer, mais dont il serait
que l 'U7.
qui s 'appelle maintenant Dorothy, n 'est pas entendue parler par hasard.
Cette histoire ne pouvait arriver que dans une petite ville française.
Au dernier recensement, la nôtre comptait 7 836 habitants, ce qui est un
signe de modération et par conséquent de bon goût.
Elle compte également une salle des fêtes, une avenue Jean Jaurès, un lycée
jeunes filles, un boulevard de la Libération, un cocu notoire, bonsoir
M. Marquis, une présidente de la Croix -Rouge, une
église du XIIIe dont le guide Michelin dit qu 'elle mérita des tours,
et surtout un gymnase siège de l 'Athletic Club.
C 'est là qu 'une fois par semaine se réunissent ces messieurs.
Ils y pratiquent ce qu 'ils appellent du judo, un moyen japonais de rester
jeune.
J 'ai perdu au moins 800 grammes.
Ça doit être ce que vous avez dans les biceps ou dans les pectoraux, parce que
pour le reste... Ah, ça va.
Ça va.
J 'ai perdu 3 kilos.
Non, 2. 2.
2. Pas tout à fait.
1, 5, 4.
Enfin, un bon, quoi.
On ne peut pas savoir. C 'est pas précis, tout ça.
Ça suffit. Et t 'as pris combien ?
100 grammes.
Non, 300 grammes.
Ça a pris combien ? Ça a pris 500 grammes.
Le gros menteur ! Et toi, ça va ? Oui, ça revient.
Regarde, le petit duvet. C 'est un petit duvet.
C 'est un tout petit duvet.
Non, non.
Je ne mets pas autant du blanc d 'œuf, moi.
Moi, je me fais des shampoings au jaune d 'œuf et à l 'huile de vison et ça
tombe toujours, mais moins vite.
En Amérique, il paraît qu 'ils ont un système de piqûres. Ça repousse en six
mois, puis de la couleur qu 'on veut. C 'est bien.
Bien.
En Amérique.
Dis donc, Léon, toujours d 'accord, demain, chez toi ? Oui, mais à condition
t 'arrives pas à 10h, parce que au moins à 8h29, je suis parti.
Curieux, chez toi, cette mystique de l 'heure, alors.
Mais mon cher, l 'exactitude c 'est le seul moyen d 'arriver, en tout cas d
'arriver à l 'heure déjà. Bien, bien.
Cette sagesse et cette originalité de l 'esprit, ça c 'est tout M.
Hautepin. M.
Hautepin s 'est fait lui -même, comme on dit, c 'est une tête.
Agent général d 'assurance, célibataire, cruciverbiste, numismate et patriote,
M. Hautepin est un caractère.
Notre police, qui est bien faite, exerçait cette nuit -là un contrôle
raison du congrès contre la délinquance juvénile organisé par l 'association des
parents délais.
Alors, ma belle, non seulement tu tapines, mais tu racoles. Je vais vous
débarrasser de ça, M. Hautepin. Allez, par ici, au trou.
Il n 'y a rien de pire que cette race -là, M. Hautepin.
Et s 'il y a pire, le poulet tutoyant, je déteste.
Je ne comprends pas, mais je fais mon devoir, M. Hautepin. Alors, faites -le
poliment.
Dites -moi, inspecteur Gros -Nu, auriez -vous oublié que vous avez été muté des
télécommunications pour incongruité de langage ? Et que vous n 'avez même pas
entrer dans la douane ? À cause de l 'examen, il y avait une dictée.
Même pas dans ma douane, ça c 'est une performance. Alors, mademoiselle, êtes
avec moi, c 'est suffit, allez.
Bon ben, je m 'excuse, on ne s 'y hôte pas.
Bonne nuit.
Qu 'est -ce que ça veut dire, cette bonne nuit ? Messieurs, passeriez -vous
discours, toi, au salas ? Au sale quoi ? Au salas, oui, ça fait des guébats.
C 'est formidable. Je ne sais comment vous remercier.
Écoutez mon rapport. Alors, mademoiselle.
Il nous tire ! Ça va se terminer par des atémies, un cinquième de hanche et des
prises au sol, car je suis ceinture bleue.
Avec vos yeux gris, ça doit bien vous aller.
Écoutez, mademoiselle, si vous le permettez, je vais vous voir accompagner
'à votre porte. Je n 'ai pas.
Je suis arrivée ce matin de Paris, j 'ai fait tous les hôtels complets partout à
cause du complet.
Vous êtes marié ? Je n 'ai pas ce plaisir. Alors, emmenez -moi chez vous.
mais juste cinq minutes. Il croira que je reste et il s 'en ira. Comment croira
que vous restez ? Mais c 'est justement ce que je ne veux pas.
Écoutez, mademoiselle, j 'ai une réputation à soutenir et c 'est pourquoi
grand regret, mademoiselle Héloïse... Appelez -moi Marie, c 'est mon vrai nom.
Oui, bon, alors Marie. Oui, Marie Cruchet.
Héloïse, c 'est mon nom de guerre, c 'est mieux porté, alors je vous... Oh
non, non, écoute,
Si c 'était pour en arriver là, il valait mieux me laisser embarquer tout
suite.
Il va être encore plus féroce maintenant.
Non, écoutez, quand j 'ai dit non, c 'est... Allez, rentrez.
Le verre était dans le fruit.
Papa buvait.
Maman buvait. Il se tabassait terrible.
La maison était un enfer, vous ne pouvez pas savoir ce que c 'est.
J 'ai lu cela.
En 43, papa a été fusillé par les Allemands.
Il avait déserté de la LVF.
En 45, maman a été tendue et j 'étais en prison.
Je me suis retrouvée seule pour élever mes trois petits frères.
J 'avais 12 ans et j 'ai commencé à connaître les hommes.
Je ne sais pas si votre monsieur Zola parle de ça.
Lui, peu, mais alors Eugène sue énormément.
Non, ça fait rien, continuez.
Une aventure malheureuse, un grand amour déçu, la poupée qu 'on jette,
puis la pente fatale, la noce, quoi.
J 'ai un peu improvisé jusqu 'au jour où j 'ai rencontré Marcello.
Lui, c 'était un perfectionniste. Il m 'a fait faire mes classes.
Le palais oriental à Brest, le panier fleuri à Toulon, le topol d 'abord, puis
la madeleine. Allez -vous -en.
Si j 'avais la santé, à l 'heure qu 'il est, je serais peut -être aux Champs
-Élysées.
Mais un soir qu 'il neigeait et que je faisais des grâces devant la brasserie
Weber...
Un jeune homme est sorti. Il vous a glissé une boule de neige dans le dos et
vous avez attrapé une fluxion de poitrine.
Comment vous le savez ? Victor Hugo.
J 'amène les fruits.
Le dîner était terminé puisqu 'on fume.
Je vous en prie.
Alors,
Marcello, qui n 'aimait pas les fragiles, m 'a échangé avec Gédéon
bretonne.
Et c 'est Gédéon qui m 'a envoyé ici à cause du congrès.
Voilà. Eh bien, il ne me reste plus qu 'à vous remercier. Vous avez été
drôlement chouette.
Je vais aller voir à la gare à quelle heure j 'ai un crâne, la matin.
Et où allez -vous dormir ? Je ne sais pas, dans la salle d 'attente.
Avec ça sur le dos ? Oui.
Vous appelez ça un manteau ? Oui.
Alors, pas question. Non, mais je vous dis... Tenez -vous ! Germaine ! Non,
Germaine ! Préparez -moi la chambre mauve. La chambre de madame ? Oui, c
ça. Ça, jamais !
Je croyais que vous n 'étiez pas marié.
Pourquoi ? Elle a dit la chambre de madame.
Non, je vais vous dire, c 'est la chambre de maman.
Oh là,
c 'est trop, monsieur.
Je n 'oserai jamais.
Et pourtant, elle ose.
Héloïse dormit seule cette nuit -là.
ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
Elle en conçut pour M.
Hautepin une admiration dévote, attribuant à une exceptionnelle force de
caractère ce qui n 'était en réalité qu 'un goût exclusif pour les petites
brunes boulottes.
Un, deux, trois, quatre.
Un,
deux, trois, quatre.
Un, deux, trois, quatre.
M. Hautepin se lève chaque matin à 7h30 pour être à 8h45 précise à son
bureau. Cela depuis 25 ans.
C 'est sortir, ma chère enfant, équivaudrait à livrer la ville à la
voire à l 'épidémie.
La grippe... Non, non, laissez -moi parler.
Une grippe en général ne demande qu 'à devenir espagnol.
Non, non, non, attends, je n 'ai pas fini.
Je n 'ai pas fini, je n 'ai pas fini.
Je n 'ai pas parlé.
Donc, à tourner au tragique, vous pouvez y aller.
Donc, cataplasme, bouillotte, grotte, jusqu 'à nouvel ordre. Tu es dit, là.
Bien, monsieur, s 'il te plaît.
Monsieur a perdu la tête.
La créature s 'incruste.
Je préviens, monsieur, que ce sera elle ou moi.
C 'est ça, un homme, un vrai.
Chaque médaille ayant son revers, l 'autorité mène le plus souvent à ce
'isolement qui conduit les empereurs sur des rochers et les célibataires dans
les cuisines.
Qu 'est -ce que tu fais là, toi ? Tu me dis hier de partir avant la nuit.
Je pense que... Qu 'est -ce que tu fais ? J 'ai le café, j 'ai le café.
Où est passée Germaine ? Germaine, je viens de la foutre à la porte.
Je l 'ai foutue à la porte. Je ne souhaite pas à mon pire ennemi de
que j 'ai connu.
Une domestique parfaite.
Parfaite, oui.
Trop parfaite. Le dimanche, un bœuf gros sel.
C 'est bon, ça.
Il parle le lundi des boulettes, le mardi des croquettes, et puis le
des pompiettes. T 'aimes pas les pompiettes ? S 'ils n 'ont pas les
Alors le jeudi... J 'aime bien les paupiètes. Oui, moi j 'aime bien les
paupiètes. On vous fera tous les repas. Oui, je m 'en fous des paupiètes.
Tu aimes bien les paupiètes. Oui, mais je n 'aime plus les paupiètes. Les gens
parfaits sont des emberdeurs. Là !
Eh bébé.
Mademoiselle.
Monsieur.
Monsieur.
A vos souhaits.
M. Paul Arnault, Mlle Héloïse... Qu 'est -ce que vous faites de bon mot ? J
'avais soif.
M. Lafier, oui.
Je suis descendue pour chercher un verre d 'eau. Je vais vous aider à faire
votre café.
Si vous soyez gentil, ça me fait plaisir. Non, ça, il n 'y a rien à
Jamais.
Enfin.
Alors là, je vois pas pourquoi tu m 'as sorti toute cette théorie sur ta vieille
bonne. Au lieu de me dire tout simplement, je... Elle est trouvée une
jeune, quoi.
Oh non, non, non, non, hein ! Assez, hein ! Ça suffit ! Les sous -entendus et
les propos salaces, je suis hors de ça ! Surtout le matin ! Dis donc ! Elle est
de très bonne famille, voilà.
Et vous l 'avez -tu trouvée ? C 'est dans la rue, c 'est bien ça.
Non, je rentrais hier soir tranquillement chez moi. Je rentrais...
dit... Alors,
il y avait... Qu 'est -ce qu 'elle veut dire ?
Bon, ben, allez, ça va.
Parlons de sport.
As -tu élaboré les statuts du club ? Tu dois les lire demain soir.
Oh, mon Dieu ! Monsieur Léon, vous jurez, hein ?
Ah non, si je viens de foutre à la porte Germaine. Non, je veux dire, ma fidèle
servante Germaine a été obligée de partir chez sa maman qui est quasiment
mourante et tout ça. Et demain, j 'ai le dîner de l 'Athletic Club et oui, moins
à nourrir. Merci.
Et personne pour servir.
Vous m 'avez, moi.
C 'est gentil. Elle est même tout à fait charmante, oui.
Charmante. Mais vous ne pouvez pas savoir ce que c 'est que de préparer et
servir toute seule un repas pour huit personnes.
Pourquoi toute seule ? Je peux me faire aider ? Non ?
L 'aide en question s 'appelait Sophie.
Elle avait connu dans la vie des malheurs encore plus grands que ceux d
'Héloïse, mais qui n 'avaient en rien altéré son caractère, lequel restait
éminemment sociable.
Ah, mais vous n 'avez pas fini votre chambre.
Oh, pardon, excusez -moi.
À votre santé.
Merci. À votre santé. Merci.
Pardon, pardon.
C 'est rien, c 'est rien.
Oh, après tout, c 'est du bonheur et des sous.
Oh, monsieur, j 'ai rêvé.
Une petite l 'heure, Michel.
Ah,
maître Leproux, te voilà enfin. Ah, ton maudit perron. J 'ai encore failli me
casser la gueule. On n 'y voit rien. Tiens, ça vous remettra.
C 'est monsieur Ata.
Monsieur Léon est servi.
Bon appétit, tout le monde.
Mlle Héloïse, elle est très spontanée, cette jeune fille.
Êtes -vous sûre qu 'elle a déjà servi ? Oh là là, on ne sait rien de le dire.
Bon, messieurs, si vous voulez bien prendre place.
Monsieur le conseiller général, à ma droite. L 'opteur, à ma gauche.
Non, vous dû, non, non.
Monsieur le contrôleur, là. Monsieur Duguano, là.
Maître Leproux, non, vous dû.
Maître Leproux, là.
Non, vous dû, non, c 'est là, là.
Messieurs, parlons peu, parlons bien.
Vous avez bien voulu me faire confiance.
Vous m 'avez demandé d 'élaborer les statuts de notre association.
Les voici.
Article 1.
L 'Athletic Club est une association sportive sans but lucratif.
Et bien, vous, commencez là -bas, mademoiselle.
Adhérente à la Fédération Nationale des Sports.
Article 2.
Un président trésorier sera élu pour un an à la majorité absolue. Très bien.
Bravo.
C 'est bien, bien, bien.
Article 3.
La cotisation annuelle sera fixée d 'un commun accord.
Boudu. Qu 'est -ce qu 'il y a ? J 'ai l 'impression que vous ne m 'écoutez pas.
Si, si.
J 'ai l 'impression que... Je ne sais pas.
Article 4.
L 'association procédera à des opérations immobilières pour doter la
'installations modernes. Paul ! Bien sûr, évidemment.
Elle revendra son terrain des chartrettes pour en acheter un plus
Vous ne m 'écoutez pas ? Et vous, vous ne m 'écoutiez pas non plus ? Écoutez,
oui ! Soyez élégants, soyez sportifs, écoutez, moi je parle.
Mais attention à la plus -value.
Forcément. Notre terrain a été acquis il y a moins de cinq ans, mais... Pensez
derrière.
Dans cette situation, la plus... Non, regardez -moi, s 'il vous plaît !
Voilà.
Regardez -moi ! Là, à l 'Oukatmi, à l 'émir, vous ne me voyez pas, non ?
Toutefois, la plus -value n 'est pas exactement égale à la différence entre
prix de vente et le prix effectivement payé par l 'admission.
Mais il doit être bien clair dans les esprits de tous que le terrain des chars
-traitres limité au nord par le chemin vicinal de Rupertuis, bordé au sud par
voie ferrée, bordé à l 'est par la route d 'intérêt local et bordé à l 'ouest
par la propriété bleu chez Pouillac, n 'a pas été acheté avec une intention
spéculative.
Notre association est totalement dépourvue du moindre esprit de lutte.
La flamme que le baron récupère par alzheimer n 'insiste, brûle dans nos
et réchauffe nos âmes. De toute façon, la stimulation serait hasardeuse. En
effet, le prix d 'achat est majoré fort nécessairement de 25 % de son montant au
prix des frais d 'acquisition.
notamment les droits de teint, les droits d 'enregistrement, la TVA, les
honoraires d 'inventaire, les frais de la publicité. Mais personne n 'écoute.
Oui, oui. Mais personne n 'écoute, par là mes pieds, ma tête est dans le
En fait, là ! Boudu ! Qu 'est -ce que je viens de dire, là ? Allez, hop, vite !
Je ne sais pas, bon, asseyez -vous.
Enfin, bon sang ! Écoutez -moi ! La présence de chacun des membres...
est requise, sauf cas de force majeure. La présence est obligatoire. Ah oui,
oui, oui, obligatoire.
Ah mais mes enfants, moi je préfère.
Obligatoire.
Et il faudrait fixer les cotisations.
Ah oui, oui, oui, on va les fixer.
Qu 'est -ce qu 'il y a, une objection ? Une suggestion, si tu permets. Une
réunion mensuelle me semble un peu juste en ce qui concerne la surveillance
médicale. Ah oui, d 'accord.
Pourquoi ne pas décider d 'une réunion ?
Pour ma part, moi, deux fois par semaine ne me paraît pas trop.
Et par ailleurs, si je craignais pas d 'abuser, moi je proposerais, si
toutefois M.
Autain est d 'accord, que les réunions aient lieu dorénavant ici.
L 'image, évidemment, beaucoup plus simple.
Et surtout, beaucoup plus amicale. La pire ambiance, autrement exaltante.
Je ne sais pas, la brasserie du Globe d 'Or avait l 'avantage d 'être voisine du
club. C 'était pratique.
Non, moi je ne trouve pas.
Si tu veux absolument que nous glissions vers les télissons. Les sportifs au
bistrot.
La jeunesse finira par nous juger sévèrement.
Je peux vous fournir des statistiques éloquentes sur les ravages du Vermouth.
C 'est verdun.
Je réfléchirai à ce projet et ça va.
Dites -moi, nous pourrions, en attendant, élire à main levée notre
trésorier. Alors, qui ? Je propose Léonte.
Mais non ! Mais c 'est une blague ! Mais non
! Je ne sais trop.
Mais comment vous remercier ? Mais je n 'ambitionnais pas. Cette amitié, cette
confiance... Cet élan fraternel, je suis brisé.
Cette surprise devait être la première d 'une série assez divertissante.
À la vérité, l 'existence jusqu 'alors sportive de Léon Hautepin allait s
'ouvrir sur un conte de fées.
Votre petit déjeuner. Non, j 'ai pas le temps.
Sophie est allée l 'accueillir pour vous.
C 'est même pour ça qu 'on est en retard.
Que vous êtes gentils.
Bien sûr que nous sommes gentils.
Oh, ça, oui.
Je vous sers votre café.
Un peu de lait.
Oui, un nuage, un nuage, un nuage. Là.
C 'est tout, voilà.
Combien de sucre? Trois ou quatre? Non, un, un, un. Un seul? Bon.
Et sur votre biscotte, je vous mets du beurre ou de la confiture? Ben, les
voyons. Ah non, un autre. Ah, si.
C 'est bon, voilà, c 'est bon.
Un peu de confiture.
Non,
non, doucement, doucement.
Ça,
je la vois. Je la reçois.
Mademoiselle, qu 'est -ce que tu fais là, toi ? Figure -toi, hier soir, j 'ai
oublié mon chapeau.
Je vais chercher parce que je suis pressé, je suis en retard.
Oh, dis donc, je voulais te demander, dis donc, as -tu déjà pris le petit
déjeuner au lit ? Formidable, c 'est formidable.
M.
Haute -Pin n 'allait pas tarder à faire une seconde découverte.
Je suis un peu en retard.
J 'étais en conférence avec M.
Gobert. Ah oui, il sort d 'ici.
Oui, non, c 'est pas le même. C 'est le petit Gobert. C 'est le petit Gobert.
Ah, monsieur, qu 'est -ce que c 'est que ces questions ? Enfin, quoi ? Le
dossier Malestras.
Posté ce matin, monsieur.
Très bien. Le dossier Blanchet.
Tout est en ordre.
Bon, donne adieu.
Réglé par téléphone.
Nous, ben, en somme, tout va bien.
Parfaitement bien, monsieur.
Mais bon, ben...
Monsieur Hautepin venait de découvrir que l 'on peut arriver en retard au
sans que la terre s 'arrête de tourner. Il aurait ce jour -là pu découvrir d
'autres choses encore, mais il n 'avait pas l 'esprit porté à la même.
Ton chapeau, tu l 'as retrouvé?
Oui, il était là.
Paul resta dîner ce soir -là.
Du même coup, Héloïse et Sophie passèrent de l 'office à la salle à
l 'entrain et la cohésion qui sont la base des sports d 'équipe.
Le lendemain, M.
Hautepin prit son petit déjeuner à 10 heures. Et Paul allait rompre. Elle s
affolée pour rien. Il est mort pour rien.
Cette pensée le contrarie davantage que celle qui concerne la non -culpabilité
de Geneviève.
Les yeux noirs, la peau nacrée et leur sensualité.
Oh là là ! Allô, ici le juge Ardouin.
Quoi, c 'est Léon ? C 'est Léon. Oh, comment ça va ? Bien ? Ah ben merci,
ça va bien.
Mais... Je vais dans l 'hôpital, mon pauvre vieux. Ma femme et ma bonne sont
lit, moi.
Je suis désolé.
Je suis désolé de te demander ça, mais... Mais si notre dîner de demain
avoir lieu chez toi, hein ? Ah, ben, t 'es trop gentil.
21 heures précises. Eh ben, n 'aie pas peur, j 'y serai.
Monsieur Léon, attention, hein.
L 'Athletic Club, ça fait du monde.
Sauf une demande qu 'à aider.
Pour ça, oui.
Il n 'y a pas plus serviable.
Monsieur Paul, tous les soirs.
D 'accord.
Monsieur le juge, de temps en temps, ce n 'est pas la mer à boire.
Mais avec les anciens qui se mettent à revenir et les nouveaux qui se mettent à
arriver, ça devient spécial.
Il faut la sentir.
Écoutez, mademoiselle Aloïs, qu 'est -ce que vous voulez que j 'y fasse ? Eh
bien, justement, j 'ai une copine qui questionne sans écrin personne.
Et méritante.
Elle a eu son père et sa mère tués au siège de Madrid.
Son frère fusillé à Saragosse.
Ah, André Malraux.
Qu 'elle vienne quand même.
L 'officialisation de la maison Hautepin comme siège de l 'Athletic Club fut
dans sa sobriété bien émouvante.
La nouvelle auxiliaire s 'appelait Carmen et tout laissait prévoir qu 'elle
'acclimaterait sans difficulté. À la santé de notre président trésorier.
À moi.
Tiens. Qu 'est -ce que c 'est ? C 'est un colis fiché, c 'est une babiole. Une
semaine que je compte chez toi, c 'est la moindre des choses.
C 'est une folie.
Une vraie folie.
Sophie et Héloïse l 'ont choisie.
Elle vous plaît ? Ce n 'est pas tout.
Venez voir.
Tu fermes les yeux.
Venez par ici.
Je suis contente.
À trois, vous pourrez regarder.
Un, deux, trois.
Oh, ça, je vais me fâcher. Mais qui a acheté ça ? C 'est pas moi, j 'espère ?
'est ces messieurs.
Cotisation du club, frais exceptionnels, rien de plus normal.
D 'ailleurs, t 'en as payé une petite partie.
Ah ben oui, c 'est vrai.
Tenez, le champagne de M.
Paul.
La nisette de M.
Gilles.
Et pour qui c 'est ça, madame ? Pour qui le petit mandarin ? Pour qui ?
Pour Léon.
Mes chers amis, messieurs, je ne sais comment vous remercier.
Si j 'étais heureux. Alors, qui c 'est qui tient le guignol, hein ? Qui c 'est
Qu 'est -ce qui se passe ? Qui c 'est qui tient le guignol, j 'ai demandé.
Léo, Louis -Marie, Hautepin. Monsieur à qui j 'ai l 'honneur.
Arrêtez -y, toi ! Je suis l 'homme à ma noiselle.
T 'étais ! Quoi ? Maintenant, tu n 'es rien qu 'un loquidu, un traiteau, un
Pire, monsieur, un mal élevé.
Nana, pendant une semaine, je te mets à l 'amende d 'une brique.
Secondo ! Monsieur le juge ! Ne pensez -vous pas qu 'il conviendrait de mettre
un terme aux rêveries de ce brancle ? Certes, la loi nous protège contre
ce genre d 'individus.
Ah, on me charrie.
Parfait.
Je causais, je négociais, diplomate.
Eh bien, tentez -vous vos tronches ! Quand je ne peux pas construire, moi...
Le cœur généreux de M.
Hautepin semblait avoir éclaté sous l 'appellation calomnieuse.
Allô, ici le juge Ardouin.
Passez -moi le commissaire Pichoux.
Allô, M. le commissaire.
Cinq minutes plus tard, l 'odieux proxénète était arrêté, interrogé le
même, jugé le mois suivant et, sur l 'énoncé d 'un casier judiciaire
particulièrement édifiant, condamné à 20 ans ferme. La loi, c 'est la loi.
Pour sa part, M.
Hautepin, lui, fut condamné à deux mois de lit, le docteur ayant diagnostiqué
une hépatite virale compliquée d 'une légère poussée méningée.
Durant ces deux mois, la fidélité des amis de M.
Hautepin fut tout simplement inlassable.
Ils étaient là tous les soirs à attendre le bulletin de santé.
Alors ? Eh bien, messieurs, ce soir, nous n 'avons que 37 degrés neufs.
Certains n 'hésitèrent pas à assurer d 'épuisants tours de garde qui les
menaient parfois jusqu 'au lueur de l 'aube.
Ces dames se révélèrent naturellement au -dessus de tout et l 'autre.
Héloïse fut une mère, Sophie une sœur, Carmen une
infirmière et l 'infirmière... C 'est pour qui ça ? Ah non, ah non, ça je ne
veux pas. Eh bien mon Dieu, cette personne fit montre d 'un caractère à ce
prime sautier...
qu 'il fut décidé qu 'elle resterait, quoi qu 'il advienne, à l 'Athletic Club
en qualité de soigneuse.
Monsieur Léon entra
en convalescence le 15 mai.
Mademoiselle Lily, ma soeur, une amie d 'Éloïse, fut engagée à son tour.
Plus fort ! Plus fort.
Elle fut chargée de redonner aux muscles de l 'athlète foudroyé souplesse et
mouvement.
Ne pianotez pas, mademoiselle. Massez.
Massez, voilà.
Massez en aspirant.
Aspirez, massez.
Calme, calme, calme.
Ne pianotez pas.
La forme épidémique étant symptomatique des maladies modernes, la nouvelle venue
eut l 'occasion de soulager bien des misères.
Commencaux et hôtesses de l 'Athletic Club coulaient des jours sans problème
des nuits sans surprise.
Lorsque soudain, vers la fin juillet, M.
Léon prit une décision folle.
Dites, si j 'essayais de retourner au bureau ? Vous voulez vous tuer ? Comme
pour voir.
Cependant, le mois d 'août vit revenir quelques forces.
Et dès septembre, M.
Hautepeint, décidément indomptable, replongea dans le tourbillon des
M. Bedouc a payé ? Oui, il a payé.
M. Lecuc ?
Pas encore.
Il préfère venir lui -même. Ça lui donnera l 'occasion de bavarder avec
Dites -moi, en somme, tout va bien ? Tout va bien.
On ne m 'a pas réclamé ? Si, si. Tout le monde vous regrette.
Au revoir, monsieur.
Ne vous inquiétez de rien, je m 'occupe de tout.
Dites -moi, José, quel jour sommes -nous ? Le 2, monsieur.
Avant -hier, c 'était le 31 ? Oui, oui. Mais vous n 'oubliez rien ?
Mes émoluments.
Pardon ? Mes émoluments. Mon chèque ! Vous deviez venir avant -hier. À l
'avenir, soyez plus sérieux.
Je n 'ai pas mon prochain chèque. Le temps, vous verrez.
Regardez, je suis moite. Vous êtes moins moite. Je suis moins moite ? Hélas, la
plus légère activité était au -dessus de ses forces. Ça va mieux ? Calme -toi.
Ça va.
Condamné au dilettantisme, M.
Hautepin s 'y plongea cramment, prenant en main les destinées de l 'athlétique.
Mon yaourt ? J 'ai oublié d 'en acheter.
Ça fait rien, je m 'en passerai.
Mais non, Loan.
M. Léon a été pendant deux mois sous antibiotiques. Il doit reconstituer sa
flore intestinale. Pour ça, il faut du yaourt. Allez.
Non, non, non.
Il a tellement de bonne volonté.
Tant de travail et si peu de sommeil.
Ah, le raisin.
Qu 'est -ce qu 'il a ? Il a la peau.
Oh, que c 'est joli.
C 'est un cadeau du docteur. Ah, le bon docteur. Quelles précieuses amies. Oui.
Oh, ça aussi ? Ah non, c 'est monsieur le juge. Oh, encore un bien doux ami.
Mon Dieu, que tout cela réconforte.
Alors, tu es toujours en train de bouffer ? Oh, pauvre de moi.
Il chipote.
N 'empêche, mon vieux, t 'as un meilleur mignon.
Regarde ça. C 'est pas beau, ça ? Oh, quel mignon ! T 'as amené un petit
compagnon.
Vous me gâtez tous.
Beaucoup trop.
Je ne mérite pas.
Vieille bête malade.
C 'est risotto, monsieur.
Comme ça.
Comme ça, les gros yeux.
Et le 1er octobre, M.
Léon entreprit, bravant les craintes, de faire sa première promenade.
Je vous l 'ai acheté pour l 'occasion.
Votre première sortie, c 'est une date.
Vous le trouverez un peu clair.
C 'est plus de mes clézons.
C 'est vrai.
Sous l 'impulsion de mademoiselle Héloïse et grâce à une augmentation
des cotisations, c 'est dans un cadre rénové que le 24 décembre, la grande
famille du sport s 'apprêtait à célébrer la plus familiale des fêtes.
Mademoiselle, dépêchez -vous, monsieur Léon va arriver.
Héloïse? Sophie, Carmen, Mademoiselle Jeanne, Lily et Loanne
disposaient les derniers présents. Un petit sourire.
Merci,
Benoît.
Oui, on peut bien le dire, c 'est au comble du bonheur, au zénith de l
'harmonie, que le drame faillit éclater.
Merci, messieurs.
Félicitations. J 'arrive de la brasserie du Globe d 'Or. Vous savez ce qu 'on
dit en ville ? C 'est du propre, c 'est agréable.
Léon, je t 'en prie, tu veux nous faire une reçue ? Mais qu 'est -ce qu 'il vous
prend ? Il me prend que l 'on chasse en ville, voilà. Que l 'on m 'accuse de
vivre comme un nabab, de sombrer dans le gaspillage, voilà.
Bref, il paraît, mesdemoiselles, que vos lumières restent allumées jusqu 'à une
heure avancée de la nuit.
et que certaines d 'entre vous s 'amusent à faire des ombres chinoises.
ressemble à quoi ? Voulez -vous me le dire ? Ça ressemble à quoi ? Hein ?
J 'ajoute que l 'on compte parfois jusqu 'à onze fenêtres allumées en même
temps. Et pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? Je vais vous le dire.
Parce qu 'aucune de vous ne ferme les persiennes. Alors j 'entends que
toutes les persiennes de cette maison soient fermées. Voilà.
Qu 'elle soit close.
Ne riez pas. Et la seule façon de ne pas oublier de les fermer, c 'est de ne
plus les ouvrir.
Ça te fait rire ? Ça me fait rire.
Parce que moi aussi, j 'ai une surprise.
Paul, va me chercher l 'escabeau.
Mademoiselle Héloïse, aidez -moi.
Qu 'est -ce que c 'est ? Qu 'est -ce que c 'est ? Un
escabeau.
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