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À la frontière la plus orientale du continent europ�en :
L'ancienne R�publique de ZUBROWKA
Jadis siège d'un empire.
C'est une m�prise extrêmement courante.
On pense que l'imagination d'un �crivain est toujours en �veil,
qu'il invente constamment des flots d'incidents et d'�pisodes,
que tout simplement, ses histoires lui tombent du ciel.
En r�alit�, le contraire est vrai.
Dès lors qu'on vous sait �crivain,
on vous livre les personnages et les �v�nements.
Et tant que vous serez capable d'observer
et d'�couter attentivement,
ces histoires continueront de...
Ça suffit !
Non ! Ne fais pas ça !
...continueront de vous poursuivre
toute votre vie.
Qui a longtemps cont� les histoires d'autrui
se fera conter maintes histoires.
- Pardon. - C'est rien.
Les incidents qui vont suivre
m'ont �t� d�crits exactement comme je vais vous les exposer.
Et d'une manière tout à fait inattendue.
Il y a nombre d'ann�es,
souffrant d'une l�gère "fièvre du scribe",
une forme de neurasth�nie propre à l'intelligentsia de l'�poque,
je d�cidai de passer le mois d'août dans la station thermale de Nebelsbad,
en contrebas des Sudetenwaltz alpines.
J'avais �tabli ma r�sidence au Grand Budapest.
Établissement pittoresque, raffin�, autrefois de grand renom.
Certains d'entre vous le reconnaîtront.
C'�tait la basse saison.
R�solument pass� de mode, il avait d�jà entam� sa chute vers le d�labrement
et sa d�molition ultime.
Entre rares clients,
nous avions vite fait de nous reconnaître,
�tant les seules âmes r�sidant dans le vaste �tablissement.
Même si je doute que l'un de nous ait fait plus
qu'un signe de tête poli quand nous nous croisions
dans le jardin des palmes,
aux bains turcs
et à bord du funiculaire Colonnade.
Nous �tions apparemment un groupe très r�serv�,
et sans exception,
solitaires.
Peut-être eu �gard à ce silence g�n�ral,
j'avais �tabli une familiarit� badine avec le concierge de l'hôtel,
un continental de l'Ouest r�pondant au nom de M. Jean
qui paraissait à la fois paresseux et...
fort accommodant.
Je pense qu'il n'�tait pas bien pay�.
Bref, un soir que je conf�rais coude à coude avec M. Jean,
comme à mon habitude,
je remarquai une pr�sence nouvelle en notre compagnie.
Un petit homme âg�, �l�gamment vêtu,
le visage empreint d'une vivacit� et d'une intelligence exceptionnelles,
et d'une tristesse perceptible au premier regard.
Il �tait comme nous autres, seul, mais je dois dire
qu'il �tait le premier à sembler
profond�ment et v�ritablement esseul�.
Un symptôme de ma propre pathologie.
Qui est cet intriguant vieil homme ?
Demandai-je à M. Jean.
A ma surprise, il fut manifestement �tonn�.
Vous ne savez pas ? R�pondit-il.
Vous ne le reconnaissez pas ?
Son visage m'�tait familier.
C'est M. Moustafa en personne. Il est arriv� tôt, ce matin.
Ce nom sera sûrement familier
aux plus avertis d'entre vous.
M. Zero Moustafa fut, à une �poque, l'homme le plus riche de Zubrowka.
UN IMMIGRÉ RÉCLAME SA FORTUNE
Toujours propri�taire du Grand Budapest.
PACTE AVEC LES COMMISSAIRES
Il vient souvent pour une semaine ou plus.
Au moins 3 fois par an, mais jamais en haute saison.
M. Jean me fit un signe et je me penchai vers lui.
Je vais vous dire un secret.
Il ne prend qu'une chambre simple sans salle de bains, au dernier �tage.
Plus petite que l'ascenseur de service.
C'�tait bien connu,
Zero Moustafa avait achet� et notoirement habit�
les plus somptueux châteaux et palais du continent.
Mais ici, dans son propre hôtel quasiment vide,
il occupait une chambre de service.
A cet instant, le rideau se leva sur un drame domestique...
Merde.
...qui requit l'attention imm�diate et totale de M. Jean...
mais, honnêtement, ne retint que brièvement la mienne.
N�anmoins,
cet intermède pr�matur� dans l'histoire du curieux vieil homme
m'avait laiss�, selon la formule consacr�e,
"gespannt wie ein Flitzebogen",
à savoir, cramponn� à mon siège
où je restai le lendemain matin, jusqu'à ce que,
à sa manière myst�rieuse et parfaitement fiable,
le destin, une fois de plus,
intervienne en ma faveur.
J'admire votre travail.
Je vous demande pardon ?
Je disais...
Je connais et admire votre merveilleux travail.
Je vous remercie infiniment, monsieur.
M. Jean a-t-il �chang� quelques mots avec vous sur...
le propri�taire âg� de cet �tablissement ?
Je dois avouer que je me suis moi-même renseign� sur vous.
Il est tout à fait comp�tent, ce M. Jean,
mais il est loin d'être un concierge de 1re, ni même de 2de classe.
C'est ainsi.
Les temps ont chang�.
Ces thermes sont vraiment magnifiques.
Ils l'�taient, à l'origine.
Ça n'a pas pu être entretenu.
Trop d�cadent pour le goût actuel.
Mais je l'aime toujours autant,
cette vieille ruine enchanteresse.
Comment l'avez-vous achet�, si je puis me permettre ?
Le Grand Budapest.
Je ne l'ai pas achet�.
Si ce n'est pas par pure politesse,
et dites-le-moi si c'est le cas,
mais si cela vous int�resse vraiment,
puis-je vous inviter à dîner ce soir ?
Ce serait un plaisir, même un privilège, de vous raconter
mon histoire.
Telle qu'elle est.
Deux canards rôtis aux olives.
Lapin ? Salade ?
Pouilly-Jouvet 1952.
Et un quart de brut.
Cela devrait nous laisser amplement le temps
si je commence promptement.
Je vous en prie.
Cela d�bute, comme il se doit,
avec le pr�d�cesseur de notre ami commun.
Le bien-aim� concierge originel du Grand Budapest.
Cela d�bute, bien sûr, avec...
- La table près de la fenêtre. - Oui, M. Gustave.
- Le plateau sur la table. - De suite, M. Gustave.
Par ici.
- Ont-ils �t� bross�s et moul�s ? - Bien sûr, M. Gustave.
Mettez-les dans les boîtes à chapeaux.
- Cela vient d'Oberstdorf & Company ? - Je crois, M. Gustave.
- 2e malle. Qui a les tickets ? - Moi, M. Gustave.
Donnez-les-moi.
Ils sont en règle. Attendez dans le coin.
Je ne pars pas.
- Je vous demande pardon ? - Je ne pars pas.
- Pourquoi ? - J'ai peur.
De quoi ?
Je crains qu'on ne se revoie plus.
Pourquoi diable serait-ce le cas ?
Je n'ai pas les mots, mais je le sens.
Voyons, rien ne vous oblige à nous quitter si...
Venez avec moi.
- A Lutz, bordel ? - Je vous en prie.
Donnez-moi votre main.
N'ayez crainte, vous êtes toujours anxieuse avant de voyager.
J'admets que votre crise semble plus aigu毛 cette fois-ci, mais...
- Ciel, qu'avez-vous fait à vos ongles ? - Pardon ?
Ce vernis diabolique, la couleur jure complètement.
Vous n'aimez pas ?
Ce n'est pas cela, je suis physiquement r�vuls�.
cela vous apaisera peut-être : alors que j'errais...
- Ne r�citez pas. - Ecoutez les mots.
Chut.
Alors que j'errais dans une majestueuse forêt de pins gris m�di�vaux
Je d�couvris un tombeau poli par l'ond�e, luisant, �th�r�
Son �pitaphe par le temps effac�e
Mais dans ses fissures d�senchant�es...
Allumez un cierge pour moi.
Dans la sacristie de Sainte-Marie.
Je m'y affaire de ce pas.
N'oubliez pas,
je serai toujours avec vous.
Je vous aime.
Je vous aime.
Abfahren !
Ce n'est pas rien de gagner la fid�lit� d'une telle femme 19 saisons d'affil�e.
Oui, monsieur.
Elle m'appr�cie beaucoup, vous savez.
Oui, monsieur.
Je ne l'avais jamais vue ainsi.
Non, monsieur.
Elle tremblait comme un chien qui chie.
Juste.
Courez à la cath�drale Sainte-Marie, à Brucknerplatz.
Achetez un demi-cierge et r�cup�rez 4 klubecks.
Allumez-le dans la sacristie, r�citez un rosaire
et prenez-moi chez Mendl's une courtisane au chocolat.
Donnez la monnaie �ventuelle au cireur estropi�.
Tout de suite, monsieur.
Pas si vite.
Qui êtes-vous ?
Zero, monsieur, le nouveau lobby-boy.
- Zero, dites-vous ? - Oui, monsieur.
Je ne vous ai jamais vu. Qui vous a engag� ?
M. Mosher, monsieur.
M. Mosher ?
Oui, M. Gustave ?
Dois-je comprendre
que vous avez furtivement engag� ce garçon en tant que lobby-boy ?
Il est en p�riode d'essai, sous r�serve de votre approbation.
Peut-être, oui. Merci, M. Mosher.
Je vous en prie, M. Gustave.
Vous allez avoir un entretien officiel.
Je ne vais pas d'abord allumer le cierge ?
Quoi ? Non.
Exp�rience ?
Hôtel Kinski, apprenti marmiton, 6 mois.
Hôtel Berlitz, serpillère et balai, 3 mois.
Avant ça, r�cureur de poêles...
Exp�rience : z�ro.
Encore merci, M. Gustave.
Redressez votre calot, Anatole.
Le plaisir est pour moi, Herr Schneider.
La mentonnière est cass�e.
- Inacceptables. - Tout à fait d'accord.
Etudes ?
J'ai �tudi� la lecture et l'orthographe.
J'ai commenc� l'�cole primaire...
Etudes : z�ro.
Ça a explos�.
Bonjour, Cicero.
Appelez le fichu plombier.
- Cet après-midi, M. Gustave ? - Sans faute, Frau Liebling.
- Diable, qu'est-ce ? - Pas maintenant.
Famille ?
Z�ro.
6e, Igor.
Pourquoi voulez-vous être lobby-boy ?
Qui ne le voudrait pas
au Grand Budapest, monsieur ?
C'est une institution.
Très bien.
1000 klubecks.
Bigre.
Avez-vous �t� lobby-boy, monsieur ?
A votre avis ?
Il faut bien commencer quelque part...
- Allez allumer ce fichu cierge. - Oui, monsieur.
1 mois plus tard
C'est là que ma vie a commenc�.
Apprenti lobby-boy d�butant
à l'Hôtel Grand Budapest
sous les ordres stricts de M. Gustave H.
Je devins son �lève, et lui, mon conseiller et protecteur.
Qu'est-ce qu'un lobby-boy ?
Un lobby-boy est totalement invisible, quoique toujours à port�e de vue.
Un lobby-boy retient ce que les gens d�testent.
Un lobby-boy anticipe les besoins des clients
avant que les besoins ne deviennent besoins.
Un lobby-boy est, par-dessus tout, discret à l'excès.
Nos hôtes savent que leurs secrets, même les plus inconvenants,
seront emport�s dans notre tombe.
Alors tu la boucles, Zero.
Oui, monsieur.
Ce sera tout.
Je compris peu à peu que les clients les plus estim�s et distingu�s
venaient pour lui.
C'�tait visiblement un pan essentiel de son travail,
mais je pense que c'�tait aussi son plaisir.
Les critères �taient toujours les mêmes.
Elles devaient être
riches,
âg�es,
peu sûres d'elles,
vaniteuses,
superficielles,
blondes,
en manque d'affection.
Pourquoi blondes ?
Parce qu'elles l'�taient toutes.
Il �tait, par ailleurs,
l'homme le plus g�n�reusement parfum� que j'aie jamais rencontr�.
La senteur annonçait son arriv�e à une grande distance.
Et persistait plusieurs minutes après son passage.
Je travaillais 6 jours par semaine et la moiti� du dimanche.
De 5 h jusqu'à peu après minuit.
Nos repas �taient l�gers, mais fr�quents, pour l'endurance :
2 petits d�jeuners, 2 d�jeuners et un souper tardif.
M. Gustave nous d�livrait aussi un sermon, chaque soir.
L'impolitesse n'est que l'expression de la peur.
Les gens ont peur de ne pas être satisfaits.
La personne la plus repoussante a juste besoin d'être aim�e.
Elle s'�panouira alors comme une fleur.
J'ai en tête ces vers :
Le pinceau du peintre toucha le visage inachev�
Du bout de ses poils l�gers
Et le fard de cette première couleur
Redonna à ses joues sans vie la vigueur...
Son dîner, il le prenait seul, dans sa chambre.
L'identit� du propri�taire de l'hôtel �tait inconnue de nous tous.
Tous les mois, son �missaire,
l'Adjoint Kovacs, venait v�rifier les comptes
et transmettre des messages de la part du myst�rieux propri�taire.
Ces jours-là, M. Gustave et notre directeur commercial, Herr Becker,
le voyaient en consultation priv�e au-dessus de la r�ception.
C'est aussi là que j'ai rencontr� Agatha.
Mais nous n'en parlerons pas.
Deux �ditions par jour
Journal de r�f�rence en Zubrowka
- Que veux-tu ? - Regardez.
Bientôt la guerre ?
Des tanks à la frontière
Mort de la comtesse douairière
Doux J�sus !
Je suis terriblement navr�, monsieur.
Nous devons aller la voir.
Nous le devons ?
Elle a besoin de moi, et moi de toi pour les bagages et le reste.
- Il te faut combien de temps ? - 5 min.
Prends un Pouilly-Jouvet 1926, un seau à glace et 2 verres.
On s'�pargnera la pisse de chat du wagon-restaurant.
Je m'en veux.
Elle a tent� d'�voquer un pressentiment, je ne l'ai pas �cout�e.
Tout Lutz sera vêtu de noir, except� ses enfants abjects et sournois
qu'elle abhorrait et ne supportait pas d'embrasser.
Ils danseront comme des tsiganes.
A quoi bon entreprendre des choses
quand tout peut s'arrêter en un clin d'oeil.
L'�tape suivante, c'est rigor mortis.
Les meilleurs partent toujours trop tôt.
Elle aura peut-être laiss� quelques klubecks à ton vieil ami,
mais il faut attendre que l'encre ait s�ch� sur l'acte de d�cès.
Sinon, c'�tait un sacr� bon coup.
Elle avait 84 ans, M. Gustave.
J'ai connu plus âg�e.
Quand on est jeune, ce n'est que du faux-filet,
mais avec les ann�es, on passe aux bas morceaux.
Cela me convient car je les appr�cie.
Plus savoureux, à ce qu'on dit.
Pourquoi s'arrête-t-on dans un champ d'orge ?
19 Octobre
Fermeture de la frontière
Bien le bonjour, les gars.
Papiers, s'il vous plaît.
Avec plaisir.
Ce n'est pas un portrait flatteur. J'�tais autrefois d'une grande beaut�.
"F" comme Fritz ? Franz ?
Franz.
Je le savais !
Il fait une drôle de tête.
C'est un visa migratoire pour travailleur de statut 3, cher Franz.
Il est avec moi.
Sortez, s'il vous plaît.
Un instant.
Assieds-toi, Zero.
Ses papiers sont en règle.
J'ai v�rifi� auprès du Bureau du Travail et de la Servitude.
Vous ne pouvez pas l'arrêter parce que c'est un immigr�. Il n'a rien fait !
Arrêtez, bon sang !
Ce n'est rien, M. Gustave, laissez-les faire.
Aïe ! Ça fait mal !
Maudits peigne-culs fascistes et v�rol�s !
Enlevez vos pattes de mon lobby-boy !
Quel est le problème ?
C'est scandaleux.
Ce garçon travaille pour moi au Grand Budapest, à Nebelsbad.
M. Gustave ?
Mon nom est Henckels.
Fils du Dr et de Mme Wolfgang Henckels-Bergersd枚rfer.
Vous souvenez-vous de moi ?
Je sais exactement qui vous êtes, c'est troublant.
Vous êtes le petit Albert.
Je suis terriblement confus.
Relâchez-les.
Relâchez-les !
Votre collègue est apatride.
Il devra demander un permis sp�cial de transit,
ce qui, à ce stade, risque d'être très difficile à obtenir.
Prenez cela.
C'est temporaire, mais c'est tout ce que je peux faire.
Comment va votre merveilleuse mère ?
Très bien, merci.
- Je l'adore, embrassez-la de ma part. - Je le ferai.
Votre compagnon a �t� bon avec moi quand j'�tais un petit garçon solitaire.
Nous nous excusons de vous avoir d�rang�s.
Je vous demande pardon, monsieur.
Vois-tu, il subsiste de faibles lueurs de civilisation
dans cet abattoir barbare autrefois appel� humanit�.
C'est d'ailleurs ce que nous offrons de façon modeste, humble, d�risoire...
Et puis merde.
Où est-elle, Clotilde ?
Menez-moi jusqu'à elle.
Vous avez une mine superbe, ma chère.
C'est un travail d'orfèvre.
Cette crème qu'on vous a appliqu�e à la morgue, je la veux.
Vous n'avez pas �t� aussi belle depuis des ann�es.
On croirait que vous êtes vivante.
Vous avez fini par le changer.
C'est parfait.
Clotilde ?
Un verre d'eau fraîche sans glace, je vous prie.
Très bien.
Je ne serai pas long, ma chère.
On nous escorta vers une porte verte matelass�e,
dans un �troit couloir de service,
jusqu'à l'office.
L'instant d'après, la porte s'ouvrit à la vol�e
et un petit domestique vêtu de blanc s'agita dans la pièce.
Je n'ai jamais oubli� le regard de cet homme.
Que diable se passe-t-il ?
Moi-même, je n'avais jamais mis les pieds dans une telle demeure.
Je saisis à peine ce qui allait suivre.
Mais je finis par comprendre.
Lorsque le sort d'une grande fortune est en jeu,
la cupidit� des hommes se r�pand comme un poison dans le sang.
Oncles, neveux, cousins...
Belle-famille aux liens de plus en plus t�nus.
Les relations les plus �loign�es �taient venues fureter en nombre.
A la tête de cette congr�gation,
coïncidence d�concertante,
nous d�couvrîmes notre Adjoint Kovacs,
lui-même �tant un �minent avocat, bien sûr.
Il �tait l'ex�cuteur testamentaire de la d�funte veuve.
Ceci est le testament de Mme D.
Il se compose d'une tontine g�n�rale
�tablie avant le d�cès de son mari il y a 46 ans,
assortie de 635 amendements,
notations, corrections et lettres de voeux
r�dig�s au cours des dernières d�cennies.
La l�galit� de cette accumulation requiert une analyse,
mais de l'avis de ce cabinet,
Mme D. souhaitait que le contrôle de son immense succession
soit transf�r� sans d�lai à son fils, Dmitri.
Des indemnit�s sp�cifiques iront à ses soeurs,
Marguerite, Laetizia et Carolina,
et des donations mineures aux membres de la famille �loign�e
figurant sur la liste des b�n�ficiaires que je d�voilerai en temps voulu.
Cela �tant...
un codicille additionnel,
qui ne m'a �t� remis par courrier que ce matin,
et que Mme D. aurait envoy� durant les dernières heures de sa vie,
contient un amendement à l'acte initial
que je vais, conform�ment à la loi, vous lire à pr�sent.
L'authenticit� du document n'a pas encore �t� confirm�e
par le magistrat en chef,
je vous demande donc d'être patients et de vous abstenir de commentaire
en attendant que nos recherches soient termin�es.
"A mon honorable ami, qui m'a r�confort�e ces dernières ann�es
"et a illumin� la vie d'une vieille femme
"qui ne croyait plus au bonheur,
"M. Gustave H...
"je lègue, attribue et cède, sans impôt
"et avec les pleins droits fiduciaires,
"le tableau Garçon à la pomme...
"par Johannes van Hoytl...
Incroyable.
"...le Jeune...
qui nous a donn� tant de plaisir."
- Le van Hoytl ? - Sans impôt ?- Elle a le droit ?
Qui est Gustave H. ?
Je crains que ce ne soit moi, cher ami.
Cette sale fiotte !
C'est un concierge.
Que faites-vous ici ?
Je suis venu pr�senter mes respects à une grande dame que j'aimais.
Cet homme est un intrus chez moi.
Ce n'est pas encore chez vous, attendez l'homologation et l'acte...
Vous n'aurez pas le Garçon à la pomme, espèce de tapette !
Comment suis-je cens� le prendre ?
Appelez la police ! Nous portons plainte.
Ce criminel tourmente ma famille depuis près de 20 ans.
C'est un impitoyable aventurier et un escroc
qui s'en prend aux vieilles dames sans d�fense.
Et je parie qu'il les baise !
Je couche avec tous mes amis.
Où est Celine ?
Comment ?
Elle est morte, nous lisons son testament.
Oui, bien sûr.
Si j'apprends que vous avez effleur� le corps de ma mère, vif ou mort,
je vous jure que je vous �gorge.
Vous m'entendez ?
Je croyais que j'�tais une sale fiotte.
Oui, mais vous êtes bisexuel.
Changeons de sujet. Je me retire.
Ce tableau, Garçon à la pomme, est d'une valeur inestimable.
F�licitations, M. Gustave.
Ils vont se battre pour ce petit con.
- Il est vraiment beau ? - Indicible.
Même la rime du barde d'excellence
Ne peut d'elle chanter que l'absence et ce qui lui manque
- Sa langue... - Je peux le voir ?
Je n'y vois pas d'objection.
Voici le portrait exquis, fait par van Hoytl,
d'un magnifique garçon à l'or�e de l'âge adulte.
Blond, doux, le teint aussi blanc que ce lait.
Provenance impeccable.
Une des dernières acquisitions priv�es, de loin la meilleure.
Un chef-d'oeuvre.
Le reste, c'est que de la merde.
Le Garçon à la pomme ?
Que vouliez-vous me dire
tout à l'heure ?
Je ne peux pas parler maintenant.
Ecrivez-moi demain.
Gare de Lutzbahn !
Je ne m'en s�parerai jamais.
Il lui faisait penser à moi, il me fera penser à elle, toujours.
Je mourrai avec ce tableau au-dessus de ma couche.
Tu vois la ressemblance ?
Ah oui...
En fait, nous devrions le vendre.
Au plus tôt, au cas où ils tenteraient de le r�cup�rer.
Et ces enrag�s de fantassins à bord de l'express...
Cette guerre risque d'amorcer une longue p�riode d'aridit� pour l'hôtellerie.
Ils pourraient nous barricader dès demain.
Faisons un pacte de sang solennel.
Nous liquiderons le tableau au march� noir d'ici la fin de semaine,
puis quitterons le pays et ferons profil bas sur la Riviera maltaise
jusqu'à ce que ça se tasse et qu'on reprenne du service.
En �change de ton aide, ta loyaut� et tes services en tant que valet,
je te promets...
1,5% du prix de vente net.
1,5 ?
Plus le gîte et le couvert.
- Disons 10 ? - 10 ! Tu plaisantes ?
C'est plus que la part d'un vrai revendeur.
Tu confondrais clair-obscur et chair de poule.
1,5%, c'est correct.
Et si je meurs le premier, ce qui est une certitude,
tu seras mon seul h�ritier.
Le butin est maigre : des brosses en ivoire et de la po�sie romantique.
Mais le moment venu, ce sera à toi.
Avec ce qu'on n'aura pas d�pens� en putes et en whisky.
Ce sera notre lien sacr�.
Je vais le r�diger de ce pas.
Moi, M. Gustave H., relativement sain de corps et d'esprit
en ce jour, le 19 octobre de l'an de grâce 1932...
Il ne m'a jamais dit d'où il venait.
Je n'ai jamais demand� qui �tait sa famille.
Excusez-moi.
La police est là.
Ils vous demandent.
Dites-leur que j'arrive.
As-tu d�jà subi un interrogatoire ?
Oui, une fois.
J'ai �t� tortur� par les rebelles après la R�volte du d�sert.
- Bien, tu connais le topo : motus. - Bien sûr.
- Le mot "van Hoytl" t'est inconnu. - OK.
Allons-y.
En quoi pouvons-nous vous servir, messieurs ?
Inspecteur Henckels.
Sur ordre du commissaire de police de Zubrowka,
je vous arrête pour le meurtre de Mme Celine Villeneuve Desgoffe und Taxis.
Ça sentait le poisson. On n'a jamais su la cause du d�cès.
Elle a �t� assassin�e
et vous pensez que c'est moi.
Halte !
3e partie :
"Check-point 19
Camp d'internement pour criminels"
1 semaine plus tard
Dans l'attente du procès
Que s'est-il pass� ?
Vois-tu, mon cher Zero, j'ai fichu une racl�e
à un avorton pleurnichard appel� Pinky Bandinski
qui a eu le toupet de douter de ma virilit�.
Une chose qu'on apprend dans les romans-feuilletons,
c'est que dans ce genre d'endroit, il ne faut pas être une chochotte.
Il faut s'affirmer dès le premier jour,
gagner leur respect.
Si tu voyais sa sale tronche, ce matin.
En fait, c'est devenu un bon ami.
Tu le rencontreras, je l'espère.
Alors, as-tu parl� à Kovacs ?
Je l'ai vu hier soir en secret.
Il m'a fait jurer sur une bible de rester muet.
Vous �tes cens�, vous aussi.
Je le ferai plus tard.
Il vous suspecte d'être innocent.
Evidemment.
Quelles sont les charges ?
Aux premières heures de la soir�e du 19 octobre,
un individu connu de la maison et du personnel, M. Gustave H.,
est arriv� à la r�sidence Desgoffe und Taxis, à Lutz,
et est entr� par l'all�e de service.
Sans s'annoncer,
il a ensuite emprunt�
l'escalier de service et le corridor des domestiques
pour se rendre dans les appartements priv�s de Mme D.
Rien n'indique si cette visite avait �t� planifi�e ou non avec elle.
Le lendemain matin, Mme D. a �t� retrouv�e morte,
empoisonn�e à la strychnine.
M. Gustave n'a �t� revu sur les lieux
que 24 heures plus tard, bien sûr.
L'identit� de ses accusateurs est clairement �tablie
dans cette d�position notari�e.
Il s'agit essentiellement
de toute la famille �largie.
Mais le t�moin cl�,
qui a soi-disant assist� aux �v�nements pr�sum�s,
semble avoir quitt� la juridiction.
On ignore toujours sa localisation,
mais il est recherch� par les autorit�s comp�tentes.
Qui est-ce ?
Serge ?
Je le crains.
Le petit enfoir� !
C'est impossible, ils l'ont oblig� à le faire.
J'ai �t� jet� dans un nid de vipères.
Vous avez un alibi ?
Bien sûr, mais elle est mari�e au duc de Westphalie.
Je ne peux la mêler à ces micmacs.
M. Gustave, il en va de votre vie.
Je sais, mais cette salope s'est tir�e.
Elle est à bord du Queen Nasstasja, à mi-chemin du Tanganyika n�erlandais.
Tenez bon.
Les d�tails de la conspiration,
aujourd'hui de notori�t� publique,
nous �taient alors impossibles à appr�hender.
Je cherche Serge X.,
un jeune homme au service de mon employeur,
la famille Desgoffe und Taxis, de Schloss Lutz.
- Oui, monsieur ? - Vous êtes sa soeur ?
- Oui, monsieur. - Vous l'avez vu dernièrement ?
Non, monsieur.
Non, monsieur ?
Non, monsieur.
Je dois le retrouver au plus vite, pour sa s�curit�
et celle des autres.
S'il se pointe...
Oui, monsieur ?
...dites-lui de la part de Jopling :
"Rentre à la maison."
Mais une chose �tait sûre...
les Desgoffe und Taxis �taient une famille très puissante.
Et le temps �tait contre nous.
Une lettre de M. Gustave.
Zero.
- Vous voulez que... - Lisez-la.
"Mes chers et fidèles collègues..."
Vous me manquez profond�ment
depuis les confins de ma regrettable et grotesque incarc�ration.
Jusqu'à ce que je vous retrouve en homme libre,
le Grand Budapest est entre vos mains,
tout comme son impeccable r�putation.
Faites-le reluire et glorifiez-le.
Prenez grand soin de ses moindres petits riens,
comme si je vous surveillais tel un aigle muni d'une cravache,
car c'est le cas.
Si je d�couvre une quelconque d�faillance durant mon absence,
une justice imm�diate et implacable s'abattra sur vous.
Une grande et noble maison a �t� plac�e sous votre protection.
Pr�venez Zero en cas d'entourloupe.
"Votre d�vou� M. Gustave."
Il y a un poème, mais commencez la soupe, il fait 46 strophes.
Une cendre noire et humide
Imprègne les immondices d'un trou à rats f�tide
Se mêlant à l'odeur �touffante de bois putride
Tandis que le chant d'alouette d'un gavroche...
Je n'ai jamais eu confiance en ce majordome.
Il est trop honnête.
Trop honnête, dis-tu ?
Quoi qu'il en soit,
retrouve-le vite et fissa.
Puis-je offrir à ces d�tenus un bol de bouillie ?
Non ? Personne ?
Vous, à la très grande balafre ?
Goûtez, elle est chaude et nourrissante, ce matin.
Avec une pointe de sel.
Bonne journ�e.
Bouillie, messieurs. Des preneurs ?
A votre guise.
Debout, là-dedans. Hop, hop !
Bonjour, Pinky.
Mendl's, encore ?
Pr�cis�ment.
Qui a le tranche-gorge ?
D'un autre monde.
Mendl's est le meilleur.
- J'y retourne. - M. Gustave ?
Oui ?
On a discut� avec les gars.
On trouve que vous êtes un vrai mec.
On ne m'avait jamais accus� de l'être,
mais merci de le penser.
Vous êtes des nôtres, maintenant.
Comme c'est touchant.
Merci, cher Pinky.
Merci, Günther. Merci, Wolf.
Autre chose ?
Dis-lui, Ludwig.
Check-point 19, c'est pas une taule à deux balles.
Des barreaux de gros calibre sur chaque porte, conduit et fenêtre.
72 gardiens à l'int�rieur et 16 dans les tours.
Une chute libre de 100 m dans des douves pleines de crocodiles.
Mais il y a toujours un point faible.
Dans notre cas, il s'agit du système d'�vacuation d'eau
datant de la fortification originelle du temps du Moyen-Age.
Bon, ça n'a rien d'une balade sous les arbres
avec une belle femme et un caniche blanc,
mais il y a, comme qui dirait...
une vuln�rabilit�.
Et on va en faire notre beurre.
Jetez un oeil.
Qui a dessin� cela ?
Comment ça, qui ?
Moi.
Très r�ussi, vous avez un trait magnifique,
un talent artistique très prometteur.
Question : comment p�n�trez-vous dans la partie inf�rieure ?
Il y a 60 cm de granit renforc�, n'est-il pas ?
En creusant avec le tranche-gorge,
il nous faudrait 3 à 6 mois d'efforts continus
durant lesquels certains auront �t� violemment ex�cut�s.
En plein dans le mille, M. Gustave.
On a des faux papiers, des tenues de ville,
une �chelle faite de bâtons et de draps,
mais il nous faut des outils pour creuser,
ce qui est une denr�e rare dans ce bouge.
A ce stade de l'histoire, le vieil homme se tut
et repoussa sa selle d'agneau.
Ses yeux devinrent vides comme deux pierres.
Je voyais bien qu'il �tait boulevers�.
Etes-vous souffrant, M. Moustafa ? Demandai-je enfin.
Pauvre de moi, non. Dit-il.
Seulement, j'ignore comment poursuivre.
Il pleurait.
Voyez-vous, je ne parle jamais d'Agatha car...
à la seule pens�e de son nom,
je ne puis contrôler mes �motions.
Mais je ne vois pas d'�chappatoire.
Voyez-vous, elle nous a sauv�s.
A notre 3e rendez-vous officiel,
je lui avais demand� sa main et elle avait accept�.
1 mois plus tôt
- Veux-tu m'�pouser ? - Oui.
Nous n'avions pas 50 klubecks à nous deux.
Personne n'�tait au courant, mais qui s'en serait souci� ?
Nous �tions tous deux seuls au monde.
Et nous �tions profond�ment amoureux.
Tiens.
Merci.
- C'est un livre. - Je vois.
Po�sie romantique, volume 1. Recommand� par M. Gustave.
J'ai aussi un exemplaire. J'ai gâch� la surprise, je crois.
Je l'ouvre quand même.
Lis la d�dicace.
A ma chère, tendre, douce, bien-aim�e Agatha
que je v�nère. Avec respect, adoration, admiration,
baisers, gratitude, meilleurs voeux et amour. De Z à A.
M. Gustave insista pour avoir un entretien imm�diat et rigoureux...
Charmante, absolument charmante.
...où il offrit à Agatha un pendentif en porcelaine
et 5 douzaines de tulipes emball�es individuellement
dans une boîte de la taille d'un cercueil pour enfant.
Ça ne se fait pas.
Pardon ?
Pourquoi boude-t-il ?
C'est ma petite amie, ne la couvrez pas de cadeaux.
Je ne fais qu'interroger cette charmante vision pour toi.
Ne sois jamais jaloux, pas même un instant.
Il flirte avec toi ?
Oui.
J'approuve cette union.
Agatha, ma beaut�, rejoins ton bien-aim�.
Nous allions vite l'apprendre...
Soyez tous deux b�nis.
...Agatha �tait non seulement fort dou�e avec une spatule et un moulin à beurre...
- Mendl. - Vite.
...mais aussi très courageuse.
Je pense qu'elle l'�tait de naissance.
Il manque quelque chose.
Un document crucial
qui a �t� �gar�, voire d�truit.
J'ignore ce qu'il contient, ce qu'il repr�sente.
J'ignore ce que c'est.
Mais il laisse des traces et des ombres partout.
Je ne voudrais pas vous alarmer
et je ne pense pas que le magistrat change de d�cision
vis-à-vis de votre h�ritage,
mais, attendu les circonstances du d�cès
et la disparition du t�moin cl�
dans cette affaire, Serge X.,
je suggère que nous confiions le problème à l'inspecteur municipal
afin de ne pas être tax�s d'irr�gularit� à une date future.
D'accord ?
Pas d'accord.
Pas d'accord ?
Pas d'accord.
J'ai une question, Vilmos.
- Oui, Dmitri ? - Pour qui travaillez-vous ?
- Plaît-il ? - Pour qui travaillez-vous ?
Vous êtes cens� être notre avocat.
A dire vrai, je suis l'ex�cuteur testamentaire.
Dans la situation pr�sente,
je repr�sente la d�funte.
Ah oui ?
Oui. Une clause pr�voyant mes honoraires a �t�...
R�glez ça sans faire de vagues.
D'accord ?
En tant qu'avocat, je suis oblig� de proc�der conform�ment à la loi.
Pas d'accord.
Ça craint, mes soeurs.
Il vient de d�fenestrer mon chat ?
- Je ne crois pas. - Vraiment ? - Jopling ?
Je t'ai cach� quelque chose, Agatha.
On a vol� un tableau de valeur, dans les 5 millions de klubecks.
J'ignore si quelqu'un l'a remarqu�, mais s'il nous arrive quelque chose...
Tu voles de l'art ?
Un tableau.
Bref, il te faut un plan de survie.
Cache ça, c'est cod� et il te faudra peut-être une loupe,
mais ça t'indique où est le Garçon à la pomme.
N'accepte pas moins de la moiti� de sa valeur...
Zero, je suis boulangère.
Tu es pâtissière...
Pas fourgueuse, si c'est le terme.
Je ne fais pas dans le recel.
Je rectifie, elle le lui a l�gu�.
Dors.
Oui, Herr Mendl.
- Cache ça. - Non !
Prends-le quand même.
Chat Persan (DÉCÉDÉ)
Prochain arrêt Kunstmuseum
Le mus�e ferme dans 15 minutes
Le mus�e ferme dans 14 minutes
Le lendemain matin,
Herr Becker reçut une �trange note de dernière minute
du cabinet de l'Adjoint Kovacs
ajournant leur rendez-vous...
à perp�tuit�.
Check-point 19 D�pôt d'approvisionnement
3 jours plus tard
On se taille.
Cuisine
Monte-plat
- Qu'est-ce que vous faites là ? - Ferme-la, putain.
Ces mecs tentent de s'�chapper !
Tu vas te taire, sale balance.
Gardiens !
C'est vous.
Merci, merci, vous êtes un amour d'homme.
Dortoir des gardiens
Bouche d'a�ration
C'est ce qu'on appelle un match nul.
Bonsoir.
Je vous pr�sente.
Pinky, Wolf, Ludwig, voici le divin Zero.
Günther a �t� massacr� dans les catacombes.
Les amis, qui sait quand nous nous reverrons, mais si...
Attendez !
Trêve de papotage.
Prenez soin de vous, M. Gustave.
Bonne chance, petit.
Comment rejoint-on l'abri ?
Je n'en ai pas trouv�.
Pas d'abri ?
Nous sommes livr�s à nous-mêmes ?
Je le crains. Je me suis renseign�, mais...
Je comprends, trop risqu�. Il va falloir improviser.
Enfilons nos d�guisements.
C'est fait.
Mais non.
On avait dit de fausses barbes, de faux nez...
Tu n'as rien apport� ?
Je pensais que vous auriez de la barbe. Et ça ne ferait pas r�aliste.
Quand c'est bien fait, c'est très convaincant.
Mais ton point de vue se tient.
Mets-moi quelques gouttes de L'air de Panache.
Même pas une goutte ?
J'ai oubli� L'air de Panache.
Voyons, tu as oubli� L'air de Panache ?
Je n'arrive pas à y croire.
Comment as-tu pu ?
Je sors de prison, tu te rends compte de l'humiliation ?
Je pue.
C'est tout simplement merveilleux.
J'imagine que c'est typique de...
D'où viens-tu, d�jà ?
Aq Salim al-Jabat.
Voilà, j'imagine que c'est typique d'Aq Salim al-Jabat
où l'on arbore des tapis crasseux et une chèvre affam�e,
où l'on dort sous une toile de tente
et l'on se nourrit de dattes et de scarab�es,
mais je ne t'ai pas form� ainsi !
Qu'est-ce qui a bien pu te faire quitter ta terre natale
et parcourir des distances inouïes pour devenir un mis�rable immigr�
dans une soci�t� raffin�e et cultiv�e
qui, crois-moi, se serait très bien port�e sans toi ?
La guerre.
Redis voir.
Eh bien, mon père a �t� tu�
et le reste de ma famille a �t� fusill� par un peloton d'ex�cution.
Notre village a �t� r�duit en cendres et les survivants ont dû fuir.
Je suis parti à cause de la guerre.
Je vois, tu serais donc plutôt un r�fugi� ?
Juste.
Je ferais bien de retirer ce que je viens de dire.
Quel bougre d'idiot je fais.
Pitoyable imb�cile.
Sale ordure d'�goïste.
C'est honteux et indigne du Grand Budapest.
Je m'excuse au nom de l'hôtel.
Ce n'est rien, ça vous a contrari� que j'oublie...
Ne me cherche pas d'excuses.
Je te dois la vie.
Tu es mon cher ami et prot�g�, et je suis très fier de toi.
Sache-le.
Je suis vraiment d�sol�, Zero.
Nous sommes frères.
Comment va notre douce Agatha ?
C'est à l'aurore que je vis son visage sur la lande
J'y retournai alors, jour après jour, transport�
Et si le vinaigre a saumur� mon coeur...
Très bien.
Je t'interromps à cause de l'alarme, mais retiens où on en est
car j'insiste, tu finiras plus tard !
Un barrage routier à chaque croisement sur 50 km.
Un barrage ferroviaire à chaque gare sur 100 km.
50 hommes et 10 limiers prêts dans 5 minutes.
Fouillons chaque pretzel-haus, waffel-hut, biergarten,
et surtout chaque grand hôtel,
d’Augenzburg à Zilchbrück.
Ce sont de dangereux criminels.
Du moins, trois d'entre eux.
Qui êtes-vous ?
Les civils ne sont pas autoris�s, c'est une enquête militaire.
C'est M. Jopling, chef.
La mère de son employeur est une des victimes...
La ferme !
Vous travaillez pour la famille Desgoffe und Taxis ?
Etes-vous au courant du meurtre de l'Adjoint Kovacs, le 23 octobre ?
Je suis au courant de sa disparition.
Son corps a �t� retrouv� dans un sarcophage,
derrière la r�serve du Kunstmuseum, hier soir.
Il lui manquait 4 doigts.
Que savez-vous là-dessus ?
Rien.
Escortez M. Jopling jusqu'à la sortie.
Mendl's.
Op�ratrice,
l'Excelsior Palace à Baden-Jürgen en PCV, je vous prie.
Nous n'avons pas d'autres choix.
Je patiente, merci.
C'est notre seul espoir, sinon, je ne t'en parlerais même pas.
Cela va sans dire, pas un mot à quiconque.
- Tu le jures ? - Bien sûr. De quoi s'agit-il ?
Je ne peux rien dire.
Comment obtenir des places au 1er rang pour une première à l'Op�ra Toscana
du jour au lendemain ?
Comment organiser une visite priv�e des tapisseries
à la Royal Saxon Gallery ?
Comment garantir une table d'angle Chez Dominique un jeudi ?
Cher Ivan, c'est Gustave. Bonjour.
Pas depuis 5 minutes.
Nous avons pris sur nous de vite d�guerpir, vois-tu.
Par les �gouts, en l'occurrence.
Oui, d�sol� de t'interrompre, mais nous sommes dans le p�trin.
Ceci est une requête officielle.
Je fais formellement appel aux services sp�ciaux de...
4e partie :
La Soci�t� des Cl�s Crois�es
Je te rappelle, Gustave.
Bien. Tiens-toi prêt.
Toutes mes excuses.
Pr�f�rez-vous marcher ?
Nous sommes là. C'est très simple.
Tout droit jusqu'à la corniche et à gauche.
Jojo, raccompagne monsieur.
M. Georges au Château Luxe, je vous prie.
Prends ma place.
Allô, Ivan ?
Entendu.
M. Dino au Palazzo Principessa, je vous prie.
Plus haut, bon sang.
Plus haut !
Prends ma place.
M. Georges.
Plus haut !
Je vois.
Tout de suite.
M. Robin à l'Hôtel Côte du Cap, je vous prie.
Et 2, et 3.
M. Robin, un appel de M. Dino pour vous.
Prends ma place.
1, 2, 3.
Oui, Dino.
Oui, Dino.
OK, Dino.
M. Martin au Ritz Imperial, je vous prie.
Trop de sel.
Pas assez de poivre.
Prends ma place.
Robin ? Martin.
Trop de sel.
J'ai entendu dire.
Peut-être.
Je passe quelques appels.
Serge X. : disparu.
Adjoint Kovacs : disparu aussi.
Mme D. : morte.
Garçon à la pomme : vol�, par nous-mêmes.
Dmitri et Jopling : cruels et impitoyables sauvages.
Gustave H. : en cavale.
Quoi d'autre ?
Zero : perdu.
Zero : perdu, en effet.
Le mystère s'�paissit, comme on dit.
Pourquoi, d'ailleurs ? Est-ce une m�taphore de la soupe ?
Je ne sais pas.
Montez !
Nous avons retrouv� le majordome.
Il se cache dans des contreforts retir�s, près du pic de Gabelmeister.
Il vous retrouvera demain midi à l'observatoire du sommet.
N'en parlez à personne. Il vous expliquera tout.
Votre train part dans 4 min 30.
Voici vos billets.
3e classe.
C'�tait complet.
Mais...
le conducteur a �t� sommelier au Vieux Versailles.
Il a tir� quelques ficelles.
Prenez ça pour le wagon-restaurant.
Une dernière chose.
L'air de Panache.
Ils n'avaient que la demi-once.
Faisons un geste symbolique. Combien as-tu ?
- 42 klubecks et 3 timbres-poste. - Donne-moi 25.
Allez.
B�ni sois-tu.
Je vous en prie.
Je dois le reconnaître,
je ne l'ai pas vu venir.
Que voulez-vous maintenant ?
Retourne voir la soeur au pied bot.
Et cette fois,
sois persuasif.
Le petit salopard...
Bordel de merde !
C'est quoi, ces conneries ?
- Le Garçon à la pomme ? - Tu n'avais pas remarqu� ?
Je le croyais chez l'expert foncier.
Vous vous foutez de ma gueule ?
Je crois qu'il a �t� d�croch� par M. Gustave.
Je n'en veux pas à Serge, tout le monde n'a pas la fibre morale.
C'est un pleutre lâche et trouillard, il n'y est pour rien.
Je ne sais pas, ça d�pend.
On peut dire ça de tout. Bien sûr que ça d�pend.
Bien sûr que ça d�pend.
Oui, tu as raison. Bien sûr que ça d�pend.
Ça ne m'empêchera pas d'�trangler ce petit ragondin.
Pourrais-je officier, au fait ?
A la c�r�monie.
Avec plaisir.
Je dois dire que cette fille est absolument d�licieuse.
Une planche à pain avec une �norme tache de vin en forme du Mexique,
suant des heures dans cette cuisine �touffante,
tandis que Mendl, bien que g�nie, la surplombe tel un gorille.
Mais sans contester, sans faillir,
toujours et invariablement, elle reste extrêmement charmante.
Pourquoi ?
Parce qu'elle est pure.
Elle vous admire aussi, M. Gustave.
Ah oui ?
Beaucoup.
C'est bon signe, ça prouve qu'elle pige vite.
C'est important.
Ne flirtez pas avec elle.
La tête d'une jeune fille retrouv�e dans un panier à linge
Un t�l�gramme a �t� reçu et sign� par la jeune fille à 4 h.
L'enveloppe �tait près du corps, sans son contenu.
Le bureau du t�l�graphe garde toujours un carbone pendant 24 heures.
Je l'ai recopi�. Voici ce qu'il dit :
"Fais tes bagages. Stop.
"Sois prête à partir. Stop.
"La planque : les environs du pic de Gabelmeister. Stop.
D�truis ce message. Affectueusement. Point."
Où est le panier ?
Contreforts retir�s Près du pic de Gabelmeister
Vous allez où, monsieur ?
Ski ? Luge ? Alpinisme ?
3 klubecks.
Par radio express,
j'�crivis à Agatha de se rendre dans notre cachette pr�d�termin�e,
une caravane tsigane à la p�riph�rie de Nebelsbad,
tandis que nous continuâmes à l'est, dans les Alpes zubrowkiennes,
vers notre rendez-vous de haute altitude avec le majordome Serge X.
Par pr�caution,
nous d�barquâmes dans la zone de fret, juste avant la gare.
L'air de Panache.
Midi L'observatoire du sommet
Sacr�e vue, je dois bien l'admettre.
Je suis d'accord.
On le dit souvent, pas un seul flocon n'est identique
Dans sa pure forme...
Quelqu'un arrive.
Etes-vous M. Gustave de l'Hôtel Grand Budapest à Nebelsbad ?
Montez dans le prochain t�l�ph�rique.
Acad�mie de Zubrowka Observatoire de haute montagne
Etes-vous M. Gustave de l'Hôtel Grand Budapest à Nebelsbad ?
Echangeons nos places.
Notre Saint-Père des Sudetenwaltz
Etes-vous M. Gustave de l'Hôtel Grand Budapest à Nebelsbad ?
Enfilez ça et chantez.
Etes-vous M. Gustave du...
Oui, bon sang !
Confessez-vous.
Je suis innocent !
Pardonnez-moi, M. Gustave, je n'ai jamais voulu vous trahir.
Ils m'ont menac� et ont assassin� ma seule famille.
Non... Qui ont-ils tu�, cette fois ?
Ma chère soeur.
- La fille au pied bot ? - Oui.
Les salauds !
J'ai essay� de vous pr�venir...
Je sais, oublions cela.
Navr� de vous brusquer, mais vous devez me disculper.
- Vous souffrez. - Attendez la suite.
- De l'histoire. - J'ai compris, oui.
J'ai �t� le t�moin officiel de la cr�ation d'un second testament
à ex�cuter uniquement en cas d'assassinat.
- Un second testament ? - Oui.
- Si elle se faisait liquider ? - Oui.
Mais ils l'ont d�truit.
Mon Dieu.
Cependant,
j'en ai fait une copie.
Une seconde copie du second testament ?
Oui.
Que dit-il ? Où est-il ? Qu'est-ce donc ?
Arrêtez ce suspense, c'est un putain de cauchemar !
Dites-nous ce qui se passe, bordel !
Serge ?
Nom de Dieu, ils ont �trangl� ce pauvre gueux !
Venez !
- Que fait-on si on l'attrape ? - Je ne sais pas.
C'est un meurtrier psychopathe. Arrêtons-nous !
Impossible ! Je peux à peine piloter !
Jeux d'hiver
Espèce de mis�rable monstre.
Je vous hais.
"Duss�-je p�rir ainsi, adieu !" cria le joueur de fifre
Les mousquets tonnèrent, les hallebardiers mugirent "hourra"
Et les remparts c�dèrent
"Je sens venir le dernier soupir, je le crains"
Bon Dieu de merde, tu l'as eu !
Bien jou�, Zero !
Gustave H., vous êtes un fugitif.
Rendez-vous l�galement et je vous garantis
un traitement �quitable.
N'essayez pas de fuir.
- Qu'en pensez-vous ? - Je ne sais pas.
Je pr�fère sauter de cette falaise que retourner en prison.
On vole la moto du fou furieux, on va chercher Agatha,
on prend le tableau et direction la Riviera maltaise.
Bravo, tu es extraordinaire, Zero. Merci.
Un moment de silence en m�moire d'un serviteur d�vou�
fauch� par la mort dans l'exercice de ses fonctions.
Adieu, Serge.
Bon, allez.
5e partie :
"La seconde copie du second testament"
La guerre �clata à minuit.
Pffeifelstad fut pilonn�e au d�jeuner
et 10 bataillons d�ferlèrent
depuis la longue frontière occidentale.
Le haut commandement avançait sur Nebelsbad.
24 heures plus tard
Avec les compliments de Herr Mendl, pour le personnel d'encadrement.
Le g�n�ral Stieglitz exige une vue sur le jardin
et un lit d'appoint : suite Duc L�opold.
Le bureau de Woroniecki nous a câbl�s, il arrive un jour plut tôt.
Chambres 401, 402, 403.
D�placez la logistique tactique dans une double standard, au 3e �tage.
Il leur faudra plus d'espace.
Le d�but de la fin de la fin du d�but
a d�but�.
Triste finale dissonant jou� sur un piano de saloon
dans les faubourgs d'une ville fantôme oubli�e.
Je ne pr�fère pas assister à un tel blasphème.
Moi non plus.
Le Grand Budapest est devenu une caserne militaire.
Jamais plus je ne franchirai son seuil.
Moi non plus.
Jamais plus...
En fait, on va devoir y retourner.
Dmitri.
Agatha !
Bonsoir,
M. Desgoffe und Taxis, je suis M. Chuck.
Vous et vos soeurs s�journerez
dans la suite Roi Ferdinand.
Bonsoir. Le g�n�ral von Shrecker...
Qui est-ce ?
Je vous demande pardon ?
Je crois que cette fille a mon tableau. Excusez-moi.
6e.
Un instant !
6e.
Avec les compliments de Herr Mendl.
Excusez-moi.
Avez-vous vu une pâtissière avec un paquet, il y a 1 min 30 ?
Ouaip. Elle a pris l'ascenseur avec M. Desgoffe und Taxis.
Merci.
Pardon, qui es-tu ?
Otto, monsieur, le nouveau lobby-boy.
Tu as �t� mal form�, un lobby-boy ne fournit jamais ce type d'information.
Tu es un mur de pierre, compris ?
Joli tableau.
6e �tage.
Où est le Garçon à la pomme ?
Ce ne sont pas vos oignons !
Je vais �clater ta gueule de chochotte une bonne fois pour toutes.
Lâchez votre arme !
Cessez le feu !
Arrêtez !
Qui tire sur qui ?
C'est Gustave H., le meurtrier et pilleur d'art.
Je le tiens.
C'est Dmitri Desgoffe und Taxis,
responsable de la mort de Kovacs, Serge X. et sa soeur, et sa propre mère.
Personne ne bouge, vous êtes tous en �tat d'arrestation.
Qui est à la fenêtre ?
Agatha !
Cessez le feu !
310 bis.
Tiens bon, j'arrive !
Ne pas d�ranger
Il y a quelque chose...
Agatha !
- Tout va bien ? - Je crois.
Il y a quelque chose derrière le tableau.
A n'ouvrir que si je meurs assassin�e. Mme C.V.D.u.T.
Elle l�guait tout à M. Gustave, bien sûr.
Le manoir, baptis� Schloss Lutz.
Les usines qui produisaient armes, m�dicaments et textiles.
Un important groupe de presse.
DISCULPÉ
Et, peut-être l'aurez-vous devin�,
cette v�ritable...
institution.
L'Hôtel Grand Budapest.
Il me sacra son successeur.
Et durant la guerre, je servis mon pays d'adoption
depuis l'�troit bureau toujours situ� le long du mur, à côt�.
Il �tait pareil à ses disciples :
peu sûr de lui, vaniteux, superficiel, blond, en manque d'affection.
A la fin, il �tait même riche.
Il ne parvint pas, cependant, à devenir âg�.
Mes biens chers frères, nous sommes r�unis...
Pas plus que ma bien-aim�e Agatha.
Elle et notre fils mourraient 2 ans plus tard de la grippe prussienne,
une petite maladie absurde.
Aujourd'hui, elle se traite en une semaine,
mais à l'�poque,
des millions de gens en mouraient.
Le 21e jour de l'occupation,
le matin où l'Etat de Zubrowka cessa officiellement d'exister,
nous voyageâmes avec M. Gustave à Lutz.
Pour r�pondre à une question ant�rieure :
bien sûr.
Zero m'a interrog� sur mes humbles d�buts dans l'hôtellerie.
J'ai �t� consid�r� un temps comme le meilleur lobby-boy
qu'on n'ait jamais eu au Grand Budapest.
Je crois que je peux le dire.
Celui-là a fini par me surpasser,
mais je dois avouer qu'il a eu un excellent professeur.
Juste.
D'où venaient ces deux frères radieux, c�lestes, un instant solidaires
Et franchissant la stratosphère de notre fenêtre stellaire ?
L'un de l'Est, l'autre de l'Ouest
Très bien.
Ne flirtez pas avec elle.
Pourquoi s'arrête-t-on encore dans un champ d'orge ?
17 novembre D�but du blitz de Lutz
Ces uniformes noirs sont d'un terne.
Bien le bonjour, les gars. Nous parlions de vous.
Papiers, s'il vous plaît.
Avec plaisir.
Comme toujours.
Vous êtes le premier escadron de la mort auquel on ait �t� pr�sent�s.
Enchant�.
"Plus ça change", n'est-ce pas ?
C'est un visa migratoire pour travailleur de statut 3, mon cher.
Lisez cela.
Permis de voyager librement sans être malmen�
Sortez.
Reste où tu es.
Si vous levez la main sur cet homme,
je vous ferai renvoyer avec d�shonneur,
enfermer au trou
et pendre au coucher du soleil.
Il subsiste de faibles lueurs de civilisation dans cet abattoir barbare
autrefois appel� humanit�.
Maudits peigne-culs fascistes et v�rol�s !
Il en �tait une.
Que dire de plus ?
Que s'est-il pass�, au final ?
Au final, ils l'ont abattu.
Et j'ai h�rit� de tout.
Après le dîner, nous allâmes chercher les cl�s de nos chambres,
mais M. Jean avait abandonn� son poste.
Je crois qu'il nous a totalement oubli�s.
Ces dernières ann�es, les propri�t�s telles que le Grand Budapest
�taient devenues, à de rares exceptions près,
des biens communs.
Même si son accord avec le nouveau gouvernement n'a jamais �t� divulgu�,
c'�tait un secret de Polichinelle :
Zero Moustafa avait c�d� une fortune colossale
en �change d'un hôtel on�reux, peu rentable, vou� à l'�chec.
Pourquoi ?
Etait-ce purement sentimental ?
C'�tait assez audacieux et ça ne me ressemblait pas,
mais je devais savoir.
Ma sant� en d�pendait, j'imagine.
Pardon, je ne voudrais pas vous contrarier.
Bien sûr que non.
Serait-ce votre dernier lien avec ce monde disparu,
son monde, pour ainsi dire ?
Son monde ?
Non, je ne pense pas.
Nous partagions d�jà une vocation.
Ça n'aurait pas �t� n�cessaire.
Non.
Cet hôtel, je le garde pour Agatha.
Nous avons �t� heureux, ici.
Quelque temps.
Pour être franc,
je pense que son monde avait disparu bien avant qu'il n'y entre.
Mais je dois dire
qu'il a su entretenir l'illusion avec une grâce merveilleuse.
- Vous montez ? - Non, je vais m'asseoir un peu.
Bonne nuit.
La semaine suivante,
je voguai vers un remède en Am�rique du Sud
et d�butai un long voyage itin�rant à l'�tranger.
Je ne revins pas en Europe pendant des ann�es.
C'�tait bien une vieille ruine enchanteresse.
Mais je n'ai jamais pu la revoir.
Inspir� des oeuvres de STEFAN ZWEIG
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