Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Nous appelons de nos prières l'homme qui vaincra Messala.
Tu peux être cet homme.
Tu peux briser l'arrogance de ce Romain
dans cette arène.
Mes premiers souvenirs de mon père datent de l'époque de Ben-Hur.
Je me souviens surtout de lui dans la course de chars.
FILS DE CHARLTON HESTON
FILM 16 MM FILMÉ PAR LYDIA CLARKE HESTON
Je devais avoir environ quatre ans.
Il me faisait monter sur le char.
C'est forcément un souvenir impérissable.
Et je me souviens aussi
qu'il me rapportait du sable de l'arène.
Ce n'était pas n'importe quel sable, c'était du sable MGM.
Il en remplissait le bac à sable
de la villa romaine dans laquelle nous habitions.
étais tout excité
lorsqu'il ramenait un gros sac de sable jaune.
Ce sont deux de mes premiers souvenirs.
ai travaillé avec Chuck sur La Bataille de Midway...
ACTEUR
… d'ailleurs si vous cillez vous risquez de me rater,
et nous n'avions pas de scène commune mais…
Il y a beaucoup de choses à dire sur l'acteur
qui selon moi, n'était pas toujours très apprécié.
Chuck était vraiment une personne en or,
et il devait aborder les scènes comme un homme ordinaire
pour que le public puisse s'identifier au personnage.
Et dans la vie, il était comme le commun des mortels.
I m'a rappelé que nous étions tous les deux du Michigan.
C'est quelque chose qu'il savait quand nous nous sommes rencontrés.
Nous avions des racines communes.
Mon père venait d'un milieu modeste.
Il se qualifiait de gamin timide des coins perdus du Michigan,
qui portait des collants,
prenait de drôles d'accents, se déguisait
jouait la comédie. C'est pour ça qu'il était devenu acteur.
Entre mon frère et moi,
j'étais celle qui était toujours en quête d'information.
Je voulais comprendre cette famille dans laquelle je vivais.
FILLE DE CHARLTON HESTON
Sûrement parce que j'avais été adoptée.
On m'avait dit que j'étais un cadeau du Ciel
et que je les avais choisis, et pas l'inverse.
Ils avaient tellement désirée mon arrivée
qu'ils étaient ravis de m'avoir avec eux.
Je me suis donc toujours sentie aimée et désirée.
L'engagement de mon père envers sa famille était basé
sur les difficultés qu'il avait eues
à vivre dans une famille déchirée.
Il avait eu un père et une mère très aimants.
Mais qui s'étaient séparés alors qu'il était très jeune.
Et après ça, il n'a plus vu son père pendant des années.
Une partie de lui ne s'est jamais remise
de ne pas avoir eu de père auprès de lui.
Et même s'il respectait énormément son beau-père,
leur relation manquait de chaleur,
il n'y avait pas de tendresse entre eux.
Je crois que ça a été très dur pour mon père
et que sa vie n'a pas toujours était très heureuse.
Des années plus tard, il s'était rendu à Detroit
où il pensait que son père vivait.
Il y était avec ma mère pour affaire.
Il a regardé s'il trouvait le nom
de mon grand-père, Russell Carter,
dans l'annuaire,
il est tombé sur ce nom, et a appelé le numéro au cas où
et c'était bien son père.
Et il a dit : "Papa, c'est Chuck."
Et mon grand-père lui a répondu :
PÈRE DE CHARLTON HESTON
"Reste où tu es, ne bouge pas, j'arrive tout de suite.”
Après toutes ces années, ils se sont retrouvés.
Et après ça, ils ont entretenu une belle relation
et il a continué à entretenir une belle relation
avec sa mère également.
MÈRE DE CHARLTON HESTON
Papa et maman se sont rencontrés à l'université de Northwestern.
Il était assis derrière elle en cours.
C'était un cours d'art dramatique.
Je venais de voir un de ses films.
Peer Gynt de Ibsen.
Il avait 17 ans quand il a fait ce film, c'était bouleversant
et je l'avais trouvé merveilleux.
ÉPOUSE DE CHARLTON HESTON
Je ne savais même pas qu'il était dans la classe.
Il trouvait qu'elle avait de beaux cheveux
et il tirait dessus.
Je me suis retournée prête à exploser de colère.
Et là, je me suis rendue compte que c'était lui…
Le même homme qui avait joué dans ce film.
étais éblouie.
Plus tard, il a eu le courage de l'inviter à sortir.
C'est fou qu'elle lui ait parlé.
Il y avait dû y avoir une sorte de déclic.
Oui, c'était une relation durable.
Peu de couples à Hollywood fêtent leurs 60 ans de mariage.
Ils devaient être âmes sœurs.
Ils aimaient le théâtre, ils aimaient jouer.
Ma mère était aussi actrice.
Elle a tourné dans des films dans les années 50
avant de découvrir la photographie.
Elle préférait être derrière l'objectif.
Elle était assez douée.
Ils étaient tous les deux des artistes.
Un amour profond pour la littérature, le théâtre,
les personnages et les grandes histoires les liait.
avais entendu dire qu'à l'école Lydia était la nouvelle star.
On savait qu'elle serait actrice.
On savait qu'elle irait loin.
ACTRICE
Et un jour, je me suis retrouvée avec Lydia et je lui ai demandé :
"Tu avais cet incroyable talent.
Pourquoi avoir arrêté ?"
Elle m'a répondu : "Oh, eh bien,
j'imagine qu'il m'a échappé.”
C'était une façon très élégante de répondre,
et cela expliquait sa vie.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment
que les choix faits par ma mère dans sa carrière
sont les meilleurs choix qu'elle ait pu faire.
Mes parents étaient des exemples pour moi.
Je me souviens de mon père partant pour un casting.
Il s'en allait en disant : "L'affaire est dans le sac."
Ma mère, par contre, revenait en disant :
"Je ne l'ai pas. Impossible que je l'ai. Impossible."
Je ne suis pas sûre que le métier d'actrice était fait pour elle.
Le choix de rester derrière l'objectif
et de se trouver un tout autre exutoire créatif
était un bien meilleur choix.
Il était devant l'objectif, elle était derrière.
Cette synergie était très importante pour leur couple.
Ma mère était le ciment de notre famille. Elle nous liait.
Ils ont vraiment grandi ensemble,
ils se sont rencontrés à 18 ans et se sont mariés à 20 ans.
Et ils ont passé près de 65 ans ensemble.
Je n'ai jamais rien vu de tel.
Comment t'appelles-tu, 41 ?
Juda Ben-Hur.
RÉALISATEUR DE "BEN-HUR"
Mon père a réalisé Ben-Hur.
Ce qui l'intéressait, c'était de se mettre au défi.
Il avait peur de s'ennuyer.
Il trouvait de l'intérêt à faire des films de genre différent.
Quand on l'a contacté pour Ben-Hur…
FILLE DE WILLIAM WYLER
… C'était une première
et au début, je crois qu'il a été surpris
qu'on lui demande de faire une épopée.
Plus il y pensait et plus il se disait :
"Ça pourrait être intéressant. Voyons
si j'y arrive.”
Et la façon qu'a eue mon père d'aborder son rôle pour Ben-Hur
est très intéressante.
C'était Un moment crucial dans sa vie et dans sa carrière.
Il était marié à ma mère depuis quelques années.
Je suis né en 1955 en plein milieu des Dix Commandements.
Les Dix Commandements l'ont propulsé sous les feux de la rampe,
Il a commencé à devenir une star.
Si en regardant Les Dix Commandements, on se dit :
"C'est une épopée biblique classique réalisée par C.B. DeMille."
Lorsqu'on regarde Ben-Hur,
qui a été tourné un ou deux films après,
et seulement trois ou quatre ans plus tard,
vous vous rendrez compte que leur style est différent.
Ils sont géniaux et ont bien vieilli.
Mais, je pense que Ben-Hur est la première épopée moderne.
C'est très réaliste, parfois effroyable.
L'histoire n'est pas embellie.
Les personnages y ont des failles. C'est un film complexe.
Les personnages priment sur les évènements.
Wyler et DeMille ont des styles très différents.
Tous deux de grands réalisateurs, mais avec des styles différents.
Les Dix Commandements ne lui avait par suffi.
Alors il a pris un second rôle dans Les Grands Espaces de Wyler.
Après Les Dix Commandements.
On l'imagine mal accepter un second rôle.
Mais il était ravi de jouer au côté de Gregory Peck
qui était incroyable dans ce film.
Cela a permis à Wyler d'avoir un aperçu
de ses capacités
et de l'envisager dans un grand rôle comme celui de Ben-Hur.
Heston n'était pas encore Charlton Heston.
Il n'en était pas loin, mais…
Sa présence n'était pas encore synonyme d'immense succès.
Le tournage de ce film a coûté très cher.
MGM bat allait.
Ils étaient en train de perdre de l'argent,
pourtant ils ont pris le risque de choisir une star montante.
En 1956, mon père a commencé à tenir un journal.
Il l'a tenu religieusement
pendant près de 50 ans.
Il savait que ce qu'il faisait serait laissé à la postérité,
mais c'était surtout crucial pour lui,
pour l'aider à avancer.
Et je crois qu'il aimait lire certains passages de ce journal
de l'époque de Ben-Hur.
"Mardi 21 janvier 1958.
ai appris que Willi Wyler m'avait finalement choisi
pour le rôle de Ben-Hur.
Ben Thau, l'un des dirigeants de la MGM eut l'air enthousiasmé.
Je me suis senti comblé d'une joie
qui perdura toute la soirée
que Lydia et moi avons passé à siroter du champagne
et à rêver à la perspective de ces huit mois en Italie.
C'est vraiment incroyable.”
Quand mon père a appris qu'il avait le rôle -
je ne dirais pas que c'était une surprise. Il le sentait.
Mais il avait le script qu'il prêtait généreusement
à des acteurs comme Chuck Connors avec qui il était en concurrence.
Donc il ne savait pas que c'était gagné.
Et ça ne l'était pas.
A un certain moment, soit il devenait une grande vedette
soit il restait dans l'anonymat.
Il aurait pu choisir un tout autre mode de vie.
Il ne savait pas ce qui allait s'imposer à lui.
Il aurait accepté les deux possibilités.
avais dit que je reviendrais.
Je ne l'avais pas cru.
Je suis si heureux.
ai toujours pensé que les bons rôles faisaient peur.
Et j'imagine que Ben-Hur a dû faire peur à Chuck.
C'est bon pour un acteur de…
De ne pas se dire : "Je sais comment aborder le sujet et ça passera.”
Mais ça fait partie du défi
et de ce qui selon moi nous garde motivé.
Et j'imagine que c'était le cas pour Chuck,
jouer dans un film qui offrait tant de promesses
et qui était si visionnaire.
"Mercredi 22 janvier 1958.
ai souffert d'avoir dû garder
une si grande nouvelle toute la journée.
Comme je l'avais promis à Hedda Hopper ce matin.
Mais la nouvelle ne devait sortir que ce soir.
A l'annonce de la nouvelle, les gens se sont enthousiasmés.
Ed Henry de MCA a conclu l'affaire aujourd'hui.
Je ne suis pas encore mis au rencard,
peu importe les difficultés."
On se rend compte en lisant sa correspondance,
ses interviews ou encore son autobiographie,
qu'il était très humble.
Il était reconnaissant d'avoir du talent.
Il savait qu'il avait de la chance de pouvoir travailler à Hollywood.
Mais il n'était pas pour autant décontenancé.
Il a apporté de l'humilité à son héroïsme.
Et ça l'a aidé.
Il avait un don naturel pour les rôles dans les épopées.
ACTRICE
C'était un grand homme plein de présence.
C'était un don chez lui.
Il se concentrait sur ses dialogues et sa vie intérieure.
Il n'avait pas à se soucier
de nous rappeler sans arrêt qu'il était là,
parce qu'il était bien là.
Je te couronne leur dieu.
Faire un film comme Ben-Hur représentait un engagement énorme.
Pas seulement en termes d'énergie
mais en termes de temps et de long déplacement.
Aujourd'hui, trois mois de tournage paraissent raisonnables.
Même loin de chez soi.
Mais lorsqu'on s'est rendu compte
que nous allions passer 8 ou 10 mois en Italie,
ça a chamboulé nos vies.
Nous avons pris le train depuis notre petit appartement
de Park La Brea sur la 3e rue à L.A
pour nous rendre à New York où tout a commencé.
Nous sommes allés sur les quais de New York,
pour embarquer sur le S.S. United States.
Nous sommes montés à bord de ce fantastique navire
aux immenses cheminées et des milliers de personnes
se tenaient sur le quai pour faire leurs adieux.
Déjà ça, c'était fou à l'époque, alors imaginez cette aventure !
Et pour le gamin du Michigan qui avait chassé dans la forêt
et qui s'embarquait dans cette grande aventure,
ce devait être incroyable.
Et si vous regardez
les films tournés à l'époque par ma mère,
vous vous rendrez compte à quel point nous étions heureux.
On a souvent vu les acteurs
et les gens de l'industrie du cinéma prendre de mauvais chemins.
Vous espérez que ce genre de choses n'arrive pas à votre famille.
Mais je crois que mon grand-père et mon père ont su trouver…
PETIT-FILS DE CHARLTON HESTON
… Un parfait équilibre.
Mon grand-père emmenait sa famille en tournages.
Et quand il était à la maison, il leur consacrait tout son temps.
Il adorait passer du temps avec eux.
Je ne crois pas qu'il aimait voyager.
Il voulait rester chez lui. Dormir dans son lit.
Il préférait se réveiller chez lui.
Mais voyager faisait partie de son travail.
Il aimait créer, | aimait travailler.
Vous savez ce qu'il aimait par-dessus tout ? Rentrer chez lui.
Voyager n'a jamais été un sacrifice pour ma mère.
Ma mère adore voyager.
Elle est plus heureuse quand elle voyage.
Elle ne raffole pas de rester à la maison. Elle aime bouger.
Alors que mon père lui, préférait rester à la maison.
Mais ça fonctionnait.
Ils devaient faire des compromis.
Ils voyaient ces voyages comme des escapades familiales.
Tout le monde partait et en profitait.
Ce n'était pas de simples vacances de deux semaines.
Nous partions travailler et vivre à l'étranger pendant 6, 8, 10 mois.
ai fait quelques films importants et…
Mais j'ai dû m'absenter maximum quatre mois.
Alors, neuf mois, imaginez !
Et ça doit être formidable d'avoir le soutien de sa famille
quand vous devez retravailler certaines scènes
Deux, trois, quatre jours d'affilée, voire une semaine.
Il était comme tous ces acteurs qui recherchent un équilibre
lui permettant de ne pas perdre sa concentration
et d'avoir à portée un exutoire pour ne pas perdre la tête.
Nous avions loué une superbe villa appelée Horti Flaviani.
Elle se trouvait à côté de Rome près des studios Cinecittà.
"Dimanche 13 avril 1958.
Rome, Villa Horti Flaviani.
C'est stupéfiant.
Notre villa est un bâtiment en terre cuite
construite au siècle dernier par une archéologue
non loin des Thermes de Caracalla.
Nous avons toute une aile avec un patio en gravier
et une fontaine pour les bateaux de Fray.
Des jardins à la française, des sols en marbre
et quatre grandes chambres.
Des statues dans le hall d'entrée.
Somme toute, un sacré décor."
C'était incroyable, il y avait une entrée
sur les catacombes romaines, c'était fou.
y suis entré une fois,
j'ai ouvert la porte
et je m'y suis perdu.
Mon père a dû venir me sauver.
Et j'ai dû dire :
"J'ai bien cru que jamais je ne reverrais l'Amérique."
Nous avions aussi une piscine,
mais qui restait vide.
Alors papa utilisait la fontaine comme piscine.
Il s'y asseyait en maillot de bain dans une chaise longue.
Il la mettait au beau milieu de la fontaine et lisait
et le majordome lui apportait une boisson fraîche.
Il essayait de décompresser pendant sa seule journée de repos,
il faisait toujours si chaud. Et il travaillait si dur.
Il était épuisé, donc il se prélassait
et végétait là pendant un moment.
La maison était très romantique.
Absolument splendide.
Comme Chuck l'avait dit, c'était un sacré décor.
Cinecittà était un monde à part entière.
Il faut bien se rendre compte du contexte.
La MGM avait loué tout le studio.
Les plateaux, les coulisses,
les loges des acteurs, les salles de projection,
les labos, les bureaux, les entrepôts.
Absolument tout. C'est une usine à film.
Le travail était considérable. Ils avaient tellement à construire.
Il devait construire le cirque, l'arène pour la course de chars,
le palais de Ponce Pilate, les rues de Jérusalem,
la Via Dolorosa, la demeure de Ben-Hur.
La ville de Rome, la demeure de Quintus Arrius, les galères.
Tous ces fantastiques plateaux et les décors qui vont avec.
Imaginez les recherches à faire.
Papa adorait ça. Il se plongeait dedans.
Dès qu'il le pouvait, il donnait un coup de main pour les recherches.
Il a d'ailleurs fait ça toute sa vie avec tous ses films.
Même s'il ramenait très peu de souvenirs de ses films,
il avait gardé les heurtoirs en forme d'Etoile de David
de la porte de la maison de Ben-Hur
et les avait installés à l'entrée de son bureau
et les exhibait fièrement.
Mon père était assistant-réalisateur sur le Ben-Hur muet de 1925.
Un parmi tant d'autres.
Je crois que lors du premier jour de tournage de Ben-Hur,
il a rassemblé tout le monde
et il a présenté tous les assistants-réalisateurs
et leur a dit qu'il avait été assistant-réalisateur
sur le précédent Ben-Hur.
"Regardez-les, l'un d'eux va réaliser le prochain Ben-Hur."
FILLE DE WILLIAM WYLER
"Mardi 20 mai 1958.
Premier jour de tournage principal de Ben-Hur.
Le premier jour est derrière moi.
ai un poids de moins sur les épaules,
cette sensation s'est développée sans que je m'en rende compte
le jour où j'ai su que cette année serait consacrée à Ben-Hur
avec William Wyler.
Comme à son habitude, nous n'avons que peu tourné.
De superbes plans en mouvement de scènes d'attelage
et du cheikh et de moi arpentant les galeries
depuis les loges de conducteurs de char.
Je conclurais de cette journée
que William Wyler n'est pas plus impressionné par un film
à 10 millions de dollars que par un film à trois.
Jusque là, tout va bien.”
Lorsque mon père était sur le plateau,
non seulement il était le boss, le chef, mais il était Dieu aussi.
Ma mère disait que c'était difficile quand Dieu rentrait à |a maison
et s'attendait à voir le repas servi,
les enfants propres
et sages, comme si…
En réalité, le despote qu'il était sur le plateau
ne passait pas le pas de la porte.
"Jeudi 5 juin 1958.
Cette journée fut l'une des plus dures de ma carrière.
Willi s'est ouvert à moi.
Mais pas d'une façon à flatter mon ego.
Ce n'est pas tant qu'il n'aime pas mon travail jusqu'à présent.
Il semble satisfait.
Mais de son point de vue,
je ne réalise pas pleinement mon potentiel
dû à mon attitude actuelle face à mon jeu et à la vie.
Je l'exprime en des termes plus durs que les siens, mais l'idée y est.
Ses espoirs en moi sont grands, selon lui :
"Cela pourrait être le jour le plus important de ma carrière.
Mais on risque de ne pas beaucoup s'amuser.”
William Wyler était très dur avec ses acteurs.
Mais dans le bon sens.
Il était exaspérant, mais brillant.
Chuck disait que c'était un acharné.
Il disait : "On essaye, on essaye."
ACTEUR
Je ne sais pas combien de prises il me fallait.
Parfois la première suffisait.
Puis vous vous dites :
"Il en faudrait peut-être une autre.” Et vous en faites 15.
Mais il utilisait la première.
I n'abandonnait jamais ni la scène ni l'acteur.
I n'abandonnait jamais le script, ou l'interprétation.
Et s'il n'était pas satisfait,
il continuait jusqu'à ce que ça lui plaise.
Même si exprimer ses envies devenait impossible.
Mon père m'avait raconté cette histoire
où Willi n'arrêtait pas de dire : "Tu sais, Chuck,
je ne peux pas te dire ce que tu dois faire.
Si je savais ce que je voulais, je te le dirais,
ce serait plus facile, tu n'aurais qu'à le faire.
Mais je peux seulement te dire
que tu dois t'améliorer dans cette scène."
Et curieusement, ce fut le meilleur conseil
que mon père ait reçu, parce que ça a marché.
Et parce que ça l'avait motivé.
Et il rentrait panser ses plaies,
il se tournait vers sa famille pour un peu de réconfort
et il rechargeait ses batteries.
Willi devait sûrement le blesser.
Un tiers du film était déjà dans la boîte,
mais c'était comme ça que Willi faisait.
Je pense que mon père avait sa propre méthode.
Les gens disaient qu'il ne savait pas s'exprimer.
Mais ce n'était pas vraiment le cas.
Il voulait que les acteurs trouvent par eux-mêmes leur personnage
parce qu'avec des directives l'identité du personnage
deviendrait artificiel.
Je crois qu'il les poussait
à comprendre le personnage par eux-mêmes
et qu'ils trouvent en eux ce qu'il voulait pour le personnage.
Et généralement, ça fonctionnait.
En tant qu'acteur,
vous insufflez un peu de vous dans vos personnages.
Certains côtés sont différents de vous, mais…
Sans le savoir, vous déteignez sur certains de vos rôles.
Je crois qu'il y avait beaucoup de mon père dans Ben-Hur.
Et je crois que Willi Wyler y est pour beaucoup.
Il avait besoin de quelqu'un
de plus expérimenté que lui.
Chuck n'avait pas la notion de l'ego.
Il aimait simplement jouer.
Il était très attentif au réalisateur et…
Si le réalisateur donnait des directives…
DOUBLURE DE CHARLTON HESTON
… même si ses idées étaient meilleures, il s'exécutait.
Et, il a beaucoup appris
de son travail avec DeMille et Wyler.
Et à cette époque, vous écoutiez des types comme ça.
Autrement, vous ne faisiez pas long feu sur le plateau.
Pourtant, un jour,
Willi a dit furtivement à mon père
alors qu'ils montaient en taxi :
"Tu as été bon aujourd'hui.”
Papa a dit : "Pardon ?"
Et Willi de redire : "La scène d'aujourd'hui,
Je t'y ai trouvé très bon.” Papa a répondu : "Mon Dieu, merci.”
Il ne lui avait jamais rien dit de pareil.
Ta réputation est sans tache.
Détourne ton peuple de la rébellion.
Dis-leur qu'il est absurde de résister à Rome.
Pire que cela, c'est vain !
Cela ne peut mener qu'à l'anéantissement de ta race !
Selon moi, les films parlent des gens.
Sans un personnage qui raconte l'histoire,
un premier rôle,
tout spécialement dans un film comme celui-ci,
aucune intimité ne peut se créer avec le public.
C'est ce qu'on a là. Avec Stephen Boyd aussi.
Il était fantastique dans ce film.
Et la réaction à cet antagonisme,
était une réaction viscérale chez quiconque voyait le film.
C'est un hommage aux acteurs et au réalisateur.
Tu m'aides ou tu me combats. Choisis.
Etre pour moi ou contre moi.
Si je dois choisir…
Alors je suis contre toi.
"Samedi 14 juin 1958.
Aujourd'hui encore, le tournage s'est fini tard.
Mais bon. Je retrouve ma confiance en moi,
sans perdre les effets salutaires
de ces douches froides administrées par Wyler.
Les rushes d'aujourd'hui m'ont semblé formidables.
William WYLER est le seul réalisateur que je connaisse
à ne pas s'émerveiller devant les rushes,
contrairement à d'autres, aux films au mérite ordinaire."
A droite.
Mon père m'avait raconté que lorsqu'il s'échappe de prison,
un bâton lui avait été attaché dans le dos.
On l'avait ligoté mais il réussissait
à s'évader dans l'escalier.
A l'époque, il était malade, il avait la grippe.
Mais jamais Il n'aurait raté le travail
donc il ne disait rien.
Mon père prenait son métier très au sérieux.
Et sa conduite professionnelle
était plus importante que tout.
Sa conduite devait être proche de la perfection.
Et il se tenait à ça. Un exemple parfait :
Mon père n'est pas venu à ma remise de diplôme.
Parce qu'il était en plein tournage.
Il lui était impossible de faire l'aller-retour d'Afrique
et revenir à temps. en ai été dévastée.
| m'avait appelée et m'avait dit : "C'est le revers de la médaille.
Tu sais que si je le pouvais, je serais là, mais je ne peux pas.
Je me suis engagé.
Je dois tenir mon engagement et tu dois le comprendre.”
Que répondre à ça ?
C'est très sérieux.
C'est un engagement.
Et j'ai appris à comprendre.
Même si ça ne me plaisait pas, je devais l'accepter.
D'un autre côté,
mon père était chaleureux et généreux avec tous.
Et enfant, je me souviens lui avoir demandé :
"Pourquoi tu passes autant de temps avec ces gens ?
Pourquoi tu fais ça ?"
Et il m'a répondu : "Si tu traites les gens
comme des rois et des reines,
tu iras loin.”
Il offrait le repas sans considérer ou s'attendre
à ce que les gens payent.
Il fallait se battre pour payer sa part.
Et il était généreux avec sa famille.
Tout le monde connaissait sa famille.
Ils étaient ouverts comme ça.
Ils ne s'isolaient pas, il ne cachait pas ses enfants.
Ils étaient avec nous. Et il adorait la vie.
C'était un bon-vivant. Un épicurien.
Nous avons eu la chance
de voir la vie nocturne et les restaurants de Rome.
Je me souviens être allé chez Alfredo,
et avoir mangé des fettuccine faites par Alfredo lui-même.
Mais c'est très mauvais pour la ligne d'un acteur.
Papa faisait très attention à son poids.
I! faisait de l'exercice tous les jours.
Et il notait ses variations de poids.
C'était important.
Il savait que de sa force physique dépendait sa stabilité.
Il savait que pour obtenir un rôle il devait être en forme.
Il disait : "On peut être acteur et jouer
et on peut être noctambule et s'amuser.
Mais c'est difficile d'être les deux. Il faut choisir.
On sait tous ce qu'il a choisi.
As-tu hâte de prendre époux, Esther ?
"Jeudi 19 juin 1958.
Ce fut la plus dure des journées aujourd'hui.
Le même gros plan.
La longue scène d'interrogation d'Esther avec deux ou trois objectifs
mes yeux s'épuisent à force de focaliser sur le même point.
Le problème s'intensifie dans ce genre de scènes délicates.
Il faut jouer avec assez de conviction et de foi
dès les premières prises, avant que Willi ne s'immisce
avec toutes ses instructions
et me fasse perde mes convictions.
William Wyler est incontestablement
le plus compliqué des réalisateurs que je connaisse.
Et pourtant j'en pense le plus grand bien.”
Chuck savait tout ce qu'il y a à savoir sur le cinéma.
Et pourtant, c'était un acteur voué à son réalisateur.
| connaissait l'ordre naturel des choses et le respectait.
Il respectait aussi
l'aspect collaboratif d'un film.
Il restait sur sa chaise la plupart de la journée.
Il ne restait pas dans sa loge.
Beaucoup d'acteurs préfèrent y rester cachés,
ce qui convient à tout le monde.
Mais papa disait : "Ils me payent pour ça,
La comédie, je la joue gracieusement.
C'est l'attente qui est ennuyeuse.
Et c'est pour ça que je suis payé."
Et il restait là. Il avait dans ses amis
les cascadeurs, les palefreniers, les autres acteurs, etc.
Peu importe votre métier, l'important c'est qui vous étiez.
Ça faisait de lui une personne proche des gens
dont l'équipe se rappelait.
Personne n'appelait Chuck "monsieur”.
Ça a dû commencer comme ça….
CINÉASTE
… parce que c'était la coutume.
Mais ça ne durait pas.
Il aimait |la communauté qui entourait le film qu'il faisait.
Dans La Malédiction de la vallée des rois,
il avait une scène où il devait passer dans un trou,
dans la roche.
Il devait se contorsionner pour être vu par la caméra.
Il aimait résoudre les problèmes.
Il aimait les choses compliquées. Il adorait ça.
Son seul cauchemar était le retard de ses partenaires féminines.
Il ne comprenait pas les heures de maquillages…
PRODUCTEUR
… et leur volonté d'être belles à l'écran.
C'est ce qui l'embêtait, attendre.
Pour lui, ça manquait de professionnalisme.
I n'en avait pas l'habitude.
On te paye.
Peu importe qui tu es. Fais ton travail.
Avec Ava Gardner, Sophia Loren, qui que ce soit y passait…
Elles ne l'entendaient pas de cette façon, mais…
Il devait y avoir quelques frictions.
Lors des premières heures sur le plateau.
Papa était un artiste.
Il a commencé à dessiner très tôt dans sa carrière.
Et il amenait son cahier à dessin au travail,
comme nous apportions nos appareils photo.
Et dans les moments calmes,
pendant les déjeuners ou les moments de battement,
il dessinait les éclairagistes travaillant sur l'éclairage.
Il dessinait |les accessoiristes déplaçant le Dolly.
Les cascadeurs, les acteurs
et les personnes glamours.
[ M'avait dit
que pour lui un artiste devait avoir une passion artistique
à exercer pour la seule satisfaction de ses ambitions créatrices.
C'était une sorte d'échappatoire.
C'était un artiste extrêmement talentueux.
Il était intrigué par l'atmosphère des plateaux,
par les réactions des acteurs
dans les diverses scènes.
Il a fait un travail magnifique, mais je ne suis pas impartiale.
Maman et moi étions allés à Venise
laissant papa seul à la villa à Rome.
Papa écrit : "Lundi 8 septembre 1958.
C'était une longue journée laborieuse et épuisante
et je suis rentré chez moi trop fatigué pour me sentir seul.
Pourtant la villa ne résonnait pas des pas de mon fils
et de la présence de Lydia.
Leurs voix depuis Venise résonnaient pleines de joie.
Et j'ai pu leur faire un bon compte-rendu de ma journée."
Il voyait sa famille comme une source de réconfort,
un régénérateur de son âme,
de son corps, de son esprit lorsqu'il ne tournait pas.
Les journées de tournage étaient dévorantes, épuisantes.
C'était éprouvant.
Ils ne réalisaient pas à quel point c'était éreintant.
Ma mère disait toujours qu'après les deux premiers mois,
ils n'ont plus eu de vie sociale. Mon père passait sa vie au studio.
Et à dire vrai,
je ne me souviens pas l'avoir beaucoup vu en Italie.
On l'apercevait le dimanche, et encore.
Il tournait six jours sur sept.
Et il travaillait sur le scénario et avec les acteurs le dimanche.
A l'hiver 1958-59, le tournage avait déjà duré
des mois.
Alors qu'il tournait la séquence de la galère depuis des semaines,
il est allé voir William Wyler:
"Je ne savais pas que j'allais devoir ramer pour rentrer.”
Mais votre vie est utile à ce navire.
Donc, ramez bien…
Et vous vivrez.
Je crois qu'à la fin, il devait être un peu usé.
Un peu déprimé et fatigué.
| se demandait : "Vais-je survivre à ça ?"
Sam Zimbalist, le producteur, est décédé en cours de production.
C'était très triste. Il était venu voir mon père et lui avait dit :
"Je ne veux pas déranger Willi. Dis-lui que je repasserai
plus tard pour dire bonjour." Ils ont filmé jusqu'à 21 h.
Deux heures plus tard, il était mort.
"Mercredi 5 novembre 1958.
Avant que nous ne commencions à tourner,
Willi a dit des choses très simples sur Sam,
elles étaient aussi vraies que brèves.
Je m'en tiendrais moi aussi à ça.
Que les personnes avec qui je travaille arrêtent leurs caméras
pensent à moi et reprennent le travail.
Un film et une opération militaire sont à plusieurs effets comparables.
Et la réaction à la mort est un de ces points communs.
La pression et les enjeux sont si importants
que quelque part, la seule possibilité et de continuer.”
Mon père avait servi pendant la Seconde Guerre Mondiale.
On l'avait envoyé aux iles Aléoutiennes.
Il a servi dans un B-25, lors des missions aériennes au Japon,
qui avaient été tout aussi terribles que celles de la 8e Air Force
en Allemagne.
Mais moins connues.
C'était terrible de le laisser partir à la guerre.
Ça représentait trois ans de séparation.
C'était très douloureux.
Il en parlait rarement.
C'est dommage.
Il pensait avoir une certaine responsabilité en tant que citoyen
de servir dans cette guerre.
Il l'a fait sans se plaindre. Mais c'était terrible.
Je suis sûr qu'il a eu peur.
Comme tous les hommes qui ont combattu.
L'inverse serait fou.
Mais comme toutes ces personnes
qui ont un vrai courage, vous le faites.
Il avait une certaine éthique par rapport à ça.
ai été littéralement happé par ce monde.
Je suivais l'histoire en me disant :
“Incroyable. Regardez ce qui lui arrive.
Il est esclave sur une galère.”
Et j'ai eu l'impression
qu'il y avait quelque chose à apprendre
de ces grands acteurs des années 50.
ai travaillé avec Gregory Peck une fois.
Ils ne faisaient pas partie de cette génération d'acteurs
qui subissaient l'influence des réalisateurs
qui contemplaient la nouvelle vague
et qui voulaient un nouveau genre d'acteurs.
Ils étaient beaucoup plus simples que ça.
Mais eux avaient ce quelque chose,
ce quelque chose que la génération suivante n'avait pas,
ils avaient une présence à l'écran.
Quand Chuck apparaissait, vous ne regardiez pas ailleurs.
C'était d'autant plus vrai pour lui.
Ainsi que pour sa génération.
La cadence de ses répliques.
Pas trop lentement, pas trop vite.
Chaque mot était unique et avait son importance.
C'était formidable de l'écouter parler.
Laisse-moi mourir.
Votre vie est utile à ce navire.
Ramez bien et vous vivrez.
Ben-Hur est un film en costume.
Chaque costume faisait partie intégrante de son personnage.
Papa disait qu'on ne devait pas voir que c'était des costumes,
mais des vêtements.
Des vêtements que vous porteriez,
que le personnage porterait
et qui devaient faire partie du personnage.
Il a passé beaucoup de temps, ainsi que Willi Wyler,
à développer les costumes
et les différentes silhouettes, du costume du prince juif aisé
en passant par les guenilles des galères
à la toge romaine dans laquelle il fait une superbe entrée.
Ce fut d'ailleurs |la seule toge qu'il ait dû porter.
Et dans une seule scène.
Mais il la portait bien. Comme s'il la possédait.
Il apparaît
dans ce fantastique costume en cuir pour la course de chars,
qui est plutôt simple.
Il porte sa foi sur lui avec l'Etoile de David.
Il avait merveilleusement bien intégré tous ces costumes.
Et c'est ce qu'il faisait pour chacun de ses films.
Il y portait un soin tout particulier.
Un jour où mon père tournait une scène avec Jack Hawkins,
Il s'est retourné et il à vu
un soldat romain de 75 cm de haut derrière lui.
Apparemment, ils avaient fabriqué
une réplique de costume de centurion
avec casque, cuirasse, épée, s'il vous plaît,
sandales, tunique, la panoplie complète.
Ils l'avaient fabriqué à ma taille pour surprendre mon père.
ai dû lui dire: "Besoin de renfort, papa ?"
Je n'ai pas eu le rôle, je ne sais pas pourquoi.
On nous avait fabriqué des costumes à mon frère et à moi.
Mon frère, qui avait à peu près deux ans de moins que moi
avait eu le costume de soldat.
avais eu un costume très élégant de Romaine.
Mais à mes yeux, mon frère avait eu le plus beau des deux.
ai sûrement dû en être furieuse.
ai des images dans ma tête du film Ben-Hur.
Celle dont je me rappelle le plus,
alors que j'avais 14 ans, est celle de la course de chars.
Quand mon père est arrivé à Rome,
la première chose qu'il a faite à son arrivée,
fut d'apprendre à conduire un de ses chars.
"Mardi 15 avril 1958.
La première journée d'hier au soleil accueillant
a été suivie d'une journée grise et pluvieuse.
ai pu passer 30 minutes sur un char avec Canutt.
Ravi de découvrir que l'équipage des quatre chevaux
me donnait moins de fil à retordre qu'en Egypte
sur Les Dix commandements, avec deux chevaux.
C'est peut-être comme tout le reste.
Les deux premiers sont toujours plus difficiles.”
Papa avait rencontré Yakima Canutt sur le tournage de Ben-Hur,
lorsqu'on avait fait appel à Yak pour coordonner
la magnifique course de chars.
Willi voulait de quelqu'un qui comprenait les chevaux.
Et il n'y avait pas meilleur que Canutt.
Yak était un cascadeur-cowboy.
Il avait doublé John Wayne.
Il voulait populariser la cascade.
Il voulait y attacher un rapport à la science plutôt qu'à la chance.
Il avait créé des trucages qui assuraient une certaine sécurité
et pouvaient être filmés. ! comprenait le film.
Ce qui se passe dans cette séquence
est dû au travail de Yak et de son fis.
On nous avait fait voir le premier Ben-Hur.
Les studios voulaient savoir s'il pouvait l'améliorer.
"Vous plaisantez ?
Ça aura l'air d'un jeu d'enfant.” Avait-il dit.
Il savait ce qu'il faisait.
Personne ne savait mieux que lui ce qu'il faisait.
"Samedi 19 avril 1958.
Je suis de plus en plus à l'aise avec les chars.
Même s'il reste encore du travail.
Avec l'appui de Yak,
je me sens capable d'en faire plus dans cette scène
que je ne l'avais imaginé.”
Nous faisions se reposer les chevaux.
En réalité, je me reposais.
Mais les chevaux aussi.
ai dit : "Tu sais Yak, je peux vraiment conduire ce char.”
Puis j'ai dit : "Mais toutes ces semaines passées,
c'était toi, moi et les autres,
les trois équipages blancs seuls les uns contre les autres.
Mais dans une semaine, on va tourner cette séquence.
Et il y aura huit autres équipes.
Je ne suis pas sûr de pouvoir le faire."
Yak m'a regardé en repoussant sa casquette sur sa tête
et il m'a dit : "Chuck, arrange-toi juste pour rester sur le char.
Je te garantis que tu gagneras cette fichue course.”
Et j'ai gagné.
Papa adorait les chevaux.
Si on l'imagine à l'aise lors de la course,
c'est qu'il l'était.
RÉPÉTITION "LE CID" (1961)
Il s'enorgueillissait de connaître et d'aimer les chevaux.
Et dans Ben-Hur, il y avait deux…
Au moins deux superbes équipages. Celui de Ben-Hur et de Messala.
L'équipage blanc de Ben-Hur
se composait en réalité de trois voire quatre équipes différentes.
Tous avaient été achetés par Yakima Canutt
et acheminés en Italie pour être entraînés
Quatre, cinq, six mois avant,
c'est ce qu'il faut faire avec les animaux.
Un des équipages faisait sauter le char.
Un autre pour la course.
Un autre pour aller plus vite avec mon père.
Ils savaient qu'avec du temps,
il pourrait être meilleur qu'un cascadeur,
aussi bon Joe soit-il.
Joe double Chuck à plusieurs reprises lors de la course.
Comme le célèbre saut au-dessus d'un char.
Il y avait deux épaves sur la piste.
L'équipage saute au-dessus des deux chars
ce qui fait décoller le char…
C'est ce qui devait se passer.
Yak Canutt avait dit à Joe :
"Ecoute, il va falloir t'attacher au char.
On va attacher une chaîne à ton harnais
pour que tu ne sois pas éjecté.”
Joe n'a rien dit. Dès que son père a eu le dos tourné,
il a détaché la chaîne.
Mon père ne savait pas pourquoi,
j'imagine que c'était pour facilité ses mouvements.
Nous avions planté des piquets
à près d'1,5 m dans le sol,
auquel nous avions attaché un pneu en caoutchouc,
pour qu'au moment du choc, le chariot décolle.
À la vitesse où j'allais, j'ai décollé si haut
que l'avant s'est empalé dans le sol et le cheval est tombé
et tout s'est écroulé.
Spectaculaire, mais éliminatoire pour Ben-Hur.
Joe a été propulsé dans les airs.
Mais il allait bien.
Willi avait dit : "Génial, il faut utiliser ça,
Ça doit apparaître dans le film."
Yak avait répondu : "Comment veux-tu faire ça ?
ai promis à Chuck qu'il gagnerait la course.”
On voulait refaire la scène et MGM voulait utiliser ces images.
Ils avaient aimé la première moitié et avaient dit : "C'est génial,
peut-on faire un plus petit saut et un autre équilibre
et le remettre en course ?"
“Bien sûr.” On a alors remis ça.
Willi avait dit : "On fera remonter Chuck,
les chevaux continueront leur course et il remontera.”
Papa avait dit : "Bon, c'est ce qu'on fera.”
Et c'est ce qu'ils ont fait. Et ça rend bien.
C'est un moment génial du film.
Ils avaient fait un masque de son visage pour moi,
on ne voit quasiment pas la différence.
Ça permet de rapprocher la caméra.
ai toujours le moule à la maison. Et je l'ai réutilisé plus tard.
Papa devait conduire ce char,
faire croire qu'il savait ce qu'il faisait.
Pas facile avec quatre chevaux.
Soit ils vont à fond de train, soit ils trottent.
Ils n'ont que deux allures.
Et il n'y a pas de volant sur un char,
il faut donc freiner avant les virages,
ralentir le cheval intérieur et cravacher le leader.
C'est très dur à faire.
Donc mon père a passé beaucoup de temps avec Yak et Joe
à faire en sorte de montrer qu'il était capable de le faire.
On en fait peu comme lui. On est amis depuis 50 ans.
Il...
Je n'ai jamais vu personne passer autant de temps à apprendre
quelque chose lui permettant d'être vraiment dans l'action.
Chaque jour, pendant deux, trois mois.
Je parle de…
Quand il ne pleuvait pas, il neigeait.
Les chevaux glissaient et tombaient…
Vous receviez de la boue au visage…
Mais chaque jour, il s'entraînait à conduire.
Je me souviens qu'un jour ils entraînaient un équipage,
jusqu'à la pause déjeuner.
Chuck se reposait sur un lit de camp
à quatre ou six mètres de moi.
Un bus rempli de journalistes italiens s'est arrêté et…
Ils sont sortis en trombe du bus.
Quelqu'un leur avait dit que Chuck serait là.
Ils sont venus me voir en disant : "C'est quoi votre travail ?"
ai dit : "Comment ça ? Je suis Ben-Hur.”
“Et CHARLTON HESTON alors ?"
ai répondu : "Il fait mes dialogues.”
C'était drôle. Et du coin de l'œil,
j'ai vu Chuck bouger la tête et venir vers nous.
ai dit : "Pardon,
si je décampe pas, je vais me faire tuer."
Quelques heures plus tard, il a fait s'écrouler une tente
où nous avions notre équipement.
Il s'est approché avec son couteau
a coupé les cordes et la faite tomber sur moi.
Super sens de l'humour.
Ça m'a perturbé au début, ça avait l'air si terrifiant.
Je suis sidéré que ma mère s'en soit sortie
en un seul morceau, émotionnellement.
Elle a dû vivre des moments difficiles,
mais je crois qu'elle vivait cette aventure à fond.
Voir son mari ainsi que son fils
galoper ensemble sur un char, a dû lui faire peur.
Mais nous avons une belle photo d'elle à bord d'un char.
Mon père l'amenait se promener parfois.
Elle a la tête en arrière et elle rit.
On n'a jamais vu femme plus heureuse et plus amoureuse.
Elle le vivait comme une aventure.
"Mercredi 2 juillet 1958.
Journée passionnante aujourd'hui.
Franchir la ligne d'arrivée sous les acclamations
fut la chose la plus grisante que j'ai faite au cinéma.
ai eu la chance de pouvoir prévenir Lydia
qui a pu amener Fray et nos amis, les Kreedee, pour y assister.
En même temps que la ville de Rome toute entière.
Il y avait des milliers de figurants.
Les figurants étaient formidables selon papa.
De merveilleux acteurs.
Ils se sont pris au jeu. Ils voulaient que Ben-Hur gagne.
Et que Messala perde.
A la fin de la séquence, Ben-Hur arrête son char
et les figurants descendent des tribunes.
Papa m'avait dit que ça avait été fait de façon spontanée.
Même l'image où un homme ramasse le casque de Messala
et s'enfuit avec.
Ils n'ont pas dû récupérer le casque.
Il m'a donné de l'eau,
et le courage de vivre.
Qu'a-t-il fait pour mériter ça ?
Je ne dirais pas que mon père était sensible.
Je l'ai rarement vu pleurer.
Et sûrement pas pendant une scène.
Mais à la fin du film,
Ben-Hur et sa famille assistent à la crucifixion du Christ
sur le Mont Golgotha.
C'est la scène qu'ils ont filmé en dernier lors du tournage.
Il était très fatigué et vidé mentalement et physiquement.
Et pour le citer, il s'est "laissé aller”.
C'était un moment incroyable, qui transparaît de façon réelle.
Il s'est passé quelque chose en voyant cette crucifixion
et ça a touché le cœur de mon père
comme jamais une scène ne l'avait touché.
"Mercredi 7 janvier 1959.
Dernier jour de tournage principal. Ben-Hur.
Le dernier jour est finalement arrivé.
Et ce dans un tourbillon de prises
qui ne nous ont pas laissé le temps d'y prêter attention.
La dernière prise
mettait en scène Ben-Hur regardant la descente de la croix.
Cette scène convenait
à la fin d'un film si difficile.
La dernière remarque de WYLER à mon encontre fut :
'Eh bien, merci, Chuck.
espère pouvoir te donner un meilleur rôle la prochaine fois.'
espère que nous lui avons donné le chef-d'œuvre que ce doit être."
Nous devions tous avoir le mal du pays.
Sauf ma mère qui aurait encore pu passer 10 mois là-bas.
"Je ne vois pas pourquoi papa veut rentrer si vite.”
Et Talli Wyler lui avait répondu : "Vous avez passé 10 mois
dans la splendeur de Rome.
Alors que votre mari et Willi ont passé 10 mois
dans les galères de l'arène.
C'est un peu différent."
Mais une fois rentrés, nous avons tous pleuré
en voyant la Statue de la Liberté.
Ça représentait beaucoup de rentrer.
Papa aimait l'Amérique et être chez lui,
il était prêt à rentrer.
"Mercredi 4 mars 1959. Los Angeles.
Grâce à un réveil aux aurores
et à l'incroyable amélioration des routes de Californie,
depuis la dernière fois,
nous sommes arrivés tôt à la maison.
C'est merveilleux d'être rentré.
Je n'avais pas vu ce ciel brouillardeux depuis si longtemps,
depuis notre départ de Californie, il y a neuf mois.
Concernant la maison sur la crête, c'est tout ce que j'espérais
et ce que les plans m'avaient fait miroiter.
Nous serons très heureux ici.
Si j'arrive à la payer."
Nous étions prêts à rentrer
parce que mon père avait fait construire une maison.
La maison où ma mère vit toujours à Coldwater Canyon.
Sur une crête surplombant ce canyon.
C'était la seule à l'époque.
Les collines de Hollywood étaient sauvages à ce moment.
Mon père ne savait pas vraiment comment payer la maison
quand il a commencé la construction.
Cette maison était vraiment importante pour mon père.
Et je crois pouvoir dire que son absence
n'a pas facilité les choses. Il a dû s'en remettre à son père
et aux fréquents échanges
entre Rome et Los Angeles en ce qui concernait les détails.
Son père vivait pratiquement sur le site,
pour superviser la construction pendant son absence.
A notre retour, tout n'était pas terminé.
Mais nous avons pu y faire de merveilleux pique-niques,
on y amenait nos amis, on faisait griller des hot-dog
et on faisait voler nos cerfs-volants, c'était génial.
Puis les travaux ont touché à leur fin.
Il a fait quelques autres films après ça et il a pu la rembourser…
La piscine était formidable. Elle surplombait la crête.
Nous avions une vue magnifique.
Mais c'est le court de tennis qui était au centre de nos vies.
Papa adorait le tennis. C'était son sport.
Ses activités extérieures,
à part ses tournages et quelques parties de pêche,
tournaient autour du court de tennis tant que possible.
Ben-Hur LEWIS WALLACE
"Jeudi 8 octobre 1959. Projection MGM de Ben-Hur.
Je n'ai jamais été aussi certain
de la qualité de mon travail en voyant un de mes films.
C'est ainsi que nous avons vu Ben-Hur, ce soir.
Ma meilleure référence
est mon enthousiaste premier pour Les Dix commandements.
Et Ben-Hur semble encore meilleur.
C'est réellement un chef-d'œuvre
et les mois d'efforts en valaient vraiment la peine.
Je me suis senti fier et heureux.
Avec celui-là, cela devrait fonctionner."
Je me suis forcée à prendre du recul
et à l'imaginer vu par un vrai public.
espérais qu'il fasse le même effet aux gens qu'à moi.
BEN-HUR DE WILLIAM WYLER
BROADWAY PLACE BEN-HUR
Le film a eu un succès incroyable. Il a fait un tabac.
Financièrement et vis-à-vis des critiques.
Il a remporté plus d'Oscars qu'aucun autre film.
Et il est ressorti dans les salles 10 ans après,
ce qui était plutôt rare à l'époque.
Deux ans après la ressortie, en 1971,
c'était le troisième film le plus regardé à la télé.
Il a remporté beaucoup de succès et c'est encore le cas.
"Jeudi 31 décembre 1959.
Cette année était l'année !
Ben-Hur s'est avéré être à la hauteur de nos espérances.
Et proche des miennes.
Mais pas complètement.
Au cours de l'année, je suis devenu
meilleur acteur et meilleur homme.
La maison, si importante à nos yeux, est tout sauf terminée.
Mais je sais que ma famille y fleurira.
Comme je l'ai dit à Lydia il y a longtemps,
nous ne vivrons pas de boîtes de conserve."
Il prenait les Oscars au sérieux. Il respectait l'Academy.
"C'est un jury fait de nos pairs." Disait-il.
Les acteurs nominent les acteurs,
les réalisateurs nominent les réalisateurs.
Et tout le monde vote pour les nominées.
C'était important pour lui d'avoir été nominé.
Et il désirait vraiment remporter l'Oscar.
Mais il n'était pas certain d'avoir ses chances.
Jimmy Stewart était en lice.
Il l'avait croisé sur le tapis rouge.
Ils avaient dû prendre des photos ensemble.
Et Jimmy Stewart s'était tourné vers lui
et lui avait dit la chose la plus bouleversante qu'il soit.
Il a dit : "Chuck, j'espère que tu gagneras. Sincèrement."
Ça l'avait vraiment secoué.
Il s'est dit : " Ça, c'est ce qu'on appelle une star.”
Il avait expliqué qu'il avait été sur un nuage
jusqu'à ce que Susan Hayward lise les noms des nominés.
ai l'honneur
de remettre l'Oscar à l'artiste
choisi par ses confrères de l'industrie
pour le prix du meilleur acteur.
Les nommés sont : Laurence Harvey dans Les Chemins de la haute ville,
CHARLTON HESTON, dans Ben-Hur,
Jack Lemmon, dans Certains l'aiment chaud,
Paul Muni, dans La Colère du juste,
et James Stewart dans Autopsie d'un meurtre.
CHARLTON HESTON, Ben-Hur.
"Lundi 4 avril 1960, cérémonie des Oscars.
ai réussi.
Alors que je regardais l'orchestre
avant que le prix du meilleur acteur
soit présenté par Susan Hayward,
j'ai eu une illumination : "Je l'aurai.”
Et je l'ai eu.
Je suis monté sur scène tout transpirant et la bouche sèche.
Envahi par le trac d'être sur scène.
C'est vrai.
Lorsque vous vous retrouvez là à vouloir remercier les gens
que vous avez connu dans la profession.
aurais presque envie de commencer avec la secrétaire
qui m'a permis de faire mon premier casting.
"Un moment, une nuit que je ne saurais oublier."
Dans les coulisses, j'ai dit à Wyler qui posait avec son 3e Oscar :
'J'imagine que c'est ringard pour toi, Willi.”
I m'a répondu : "Ça ne le deviendra jamais.”
Mais il avait aussi senti que le succès de Ben-Hur
avait tué sa réputation
avec Les Cahiers du Cinéma
une sorte d'intelligentsia du film.
Des critiques.
Après Ben-Hur, il ne pouvait plus rien faire de bien.
Parce qu'ils n'avaient pas vu Ben-Hur
comme le film de qualité qu'il était.
Après la cérémonie des Oscars, ils ont fait la fête toute la nuit
et papa est rentré à la maison aux aurores.
Je me souviens m'être réveillé
ou j'étais déjà debout pour lui faire un câlin.
Et je l'ai vu, assis sur le perron
de la maison construite par Hur, c'est ce qu'il disait
à l'époque où il ne savait pas comment la payer,
en train de lire la une du L.A. Times
avec son nom et sa photo,
et son Oscar qui étincelait sur la marche à côté de lui.
Et si vous pensez qu'il s'en fichait,
vous vous trompez.
Ben-Hur a prouvé qu'il pouvait le faire.
Qu'il pouvait manipuler toutes ces facettes d'un personnage.
Il s'est vu offert de nombreux rôles pour des films bibliques.
Il devait se dire qu'en matière d'épopées bibliques,
Il ne pouvait plus faire mieux.
Les Dix commandements et Ben-Hur.
Il ne voulait pas être catalogué dans ce domaine,
même s'il en aimait le genre, et qu'il y était doué.
Je pense qu'il voulait faire d'autres choses.
Il prenait le théâtre très au sérieux aussi.
Il voulait faire du théâtre.
Et il jouait dans des pièces tous les deux, trois ans.
Je pense que les films qui ont suivi, comme Le Cid,
ont été de bon compromis. Une épopée,
un film important et cher.
Mais pas un film biblique, et un personnage différent.
Avec certains de ses films,
il a essayé de se diversifier, surtout fin années 60.
Lorsqu'il a fait La Planète des singes
et des films de science-fiction comme Soleil vert
ou des westerns comme Will Penny, le solitaire.
Il a montré qu'il était un acteur polyvalent.
Je suis allée à la première de La Planète des singes avec lui.
Ma mère était malade.
Nous avons regardé le film
et à la fin, je me suis tournée vers lui et j'ai dit :
"Papa, tu es vraiment beau.”
C'est à ce moment que j'ai réalisé
qu'il était une sorte de sex-symbol.
Ça ne m'avait jamais effleuré l'esprit avant.
Mais dans ce film,
il ne porte qu'un petit pagne tout du long.
Je ne voyais pas ça comme ça.
Ce n'était pas un sex-symbol. Ce n'était pas un dieu.
C'était papa.
ai eu comme une révélation.
Il a toujours été un acteur/père
ou un père/acteur. L'un n'allait pas sans l'autre.
Chuck était une denrée rare.
Avec lui votre film pouvait marcher.
Si vous aviez Chuck avec vous,
vous aviez plutôt de la chance.
Ses choix en disaient long.
Sa façon de choisir parmi ce qui s'offrait à lui
en disait long sur sa curiosité,
et il n'était pas impressionné par sa propre célébrité.
Il ne se justifiait de rien.
S'il voulait faire quelque chose, il le faisait.
Tremblement de terre,
puis Antoine et Cléopâtre, qu'il avait réalisé en Espagne.
Fulvie, votre épouse, s'est avancée dans le champ de bataille.
"ANTOINE ET CLÉOPÂTRE" (1972)
Contre mon frère Lucius ?
Mais ils ont réuni leurs forces contre César
qui les a chassés d'Italie.
Il avait joué dans Antoine et Cléopâtre
dans un plus petit rôle à Broadway
au début de sa carrière.
Il avait toujours voulu jouer Antoine dans un film.
Son rêve était devenu réalité.
Il a pu interpréter son rôle préféré
dans un film indépendant sur lequel il avait le contrôle.
Et dans la foulée, comme un gamin dans un magasin de bonbons,
il pouvait monter à cheval, jouer de l'épée, mener des armées,
incendier les navires ou autres bâtiments
et voir de belles femmes joliment parées.
C'était une merveilleuse expérience
pour lui et c'était son film.
Moi qui gouvernais, en me jouant, la moitié de l'univers,
qui créais et anéantissais les fortunes.
Tu savais trop à quel point tu avais asservi mon âme,
et que mon épée, affaiblie par ma passion,
lui obéirait toujours.
Jamais je n'avais vu autant de travail et de dévouement.
I m'impressionnait.
Son énergie, sa passion, sa politesse.
Il était gentil et attentionné.
Il trouvait le temps
d'être à la fois réalisateur, acteur et producteur…
Car après les tournages,
il allait aux réunions de production.
Il avait une énergie folle.
Avec Antoine et Cléopâtre, la boucle était bouclée.
On a un homme qui a commencé avec Shakespeare,
s'est tourné vers l'épopée biblique
a fait Ben-Hur, a gagné un Oscar
et il réalisait le rêve de faire son propre film.
Adapté et réalisé par Charlton Heston
Je crois qu'il associait le succès avec le devoir.
Il se sentait responsable vis-à-vis du public.
C'était quelque chose d'important à ses yeux.
Même plus jeune, je remarquais… Lorsque nous marchions…
Jusqu'à l'épicerie ou qu'il allait me chercher à l'école,
et que quelqu'un voulait lui parler,
il s'arrêtait, remerciait et disait à quel point ça lui faisait plaisir.
Il était toujours très cordial avec ses fans, très poli,
il n'était jamais hargneux.
Même s'il a sûrement dû se sentir agressé
par le trop plein d'attention, parce qu'on le reconnaissait.
Mais… ça avait de l'importance pour lui…
Il disait parfois : “Ils me payent pour jouer.
Mais la moitié de ça consiste à être accessible."”
Toute sa vie, il a défendu des causes
auxquelles il croyait.
Les gens ne doivent pas se rappeler qu'il était le premier…
Dans sa situation professionnelle,
il était |e premier à s'associer à la marche de Martin Luther King.
Les gens ne se rendent pas compte
que ce n'était pas politiquement correct et que c'était un risque.
TOUS LES HOMMES NAISSENT ÉGAUX
l'avis des gens était surtout : "Pourquoi ?
Tu es à ton apogée. Quel intérêt ?"
C'était une chose juste à faire.
Et toute sa vie il a fait ça,
que la cause soit populaire ou pas.
Ce que j'aimais chez lui,
c'est qu'il n'avait pas peur d'afficher ses convictions.
Et rares sont les gens
qui ont le courage de revendiquer leurs convictions.
Il y avait une chose…
Je me rappelle que mon père me disait :
"Tu sais Holly, parfois il faut être ferme.
Il faut parfois soutenir des causes peu populaires
sans s'inquiéter de savoir si les gens t'aimeront pour ça.
Si tu soutiens une cause,
tu dois y être dévouée."
Il n'y avait aucune stratégie à devenir président de la SAG.
Les professionnels de l'industrie lui ont sûrement dit :
"Tu es le cador des studios.
Pourquoi risquer de te mettre à dos les dirigeants ?
Tu en retireras quoi ?"
Je sais ce qu'il en pensait.
Je pense pareil. Que le syndicat doit être :
un organise qui vient en aide
aux professionnels qui en ont besoin
appuyé par ceux qui n'en ont plus besoin.
Et c'était la même chose avec le NRA,
on a souvent dû essayer de le dissuader de s'y engager.
Et Chuck de citer la Déclaration des Droits.
Il en était un absolutiste. Les gens devaient lui dire :
"Pourrais-tu choisir un des amendements
qui soit plus en vogue ?"
Je sais ce qu'il répondait.
Il disait : "Aujourd'hui, le deuxième est le plus en danger.”
Et il ne se débarrassait pas de ses convictions comme ça.
Je l'ai connu républicain
et ce, jusqu'à sa mort.
Mais il ne vous le balançait pas en pleine figure.
Il ne cherchait pas à vous persuader comme le font d'autres.
Il ne débarquait pas…
Ce n'était pas lui.
Non, pas lui.
Mais il arrivait à attirer l'attention des gens.
C'est ce qu'il faisait.
Une de ses grandes contributions…
Qu'il en soit béni.
Il a apporté un nouveau regard sur la maladie d'Alzheimer.
Alors que Charlton Heston avait Alzheimer
il était passé à l'antenne
et avait dit : "C'est quelque chose avec lequel je dois vivre.”
Avant que la maladie ne commence à l'affecter…
C'est extraordinaire que quelqu'un dise :
"On m'a diagnostiqué cette maladie. Je dois vivre avec
et je le ferai autant que je le pourrai.”
Et c'est ce qu'il aura fait.
Je crois que Ben-Hur est le rôle
qui se rapprochait le plus de lui-même à l'écran.
Tout ce que vous voudriez savoir sur lui est dans ce film.
Il est comme ça dans la vie.
Ben-Hur, bon sang.
Pour moi, c'était la réalisation de tout
ce pour quoi nous avions travaillé.
ai une chance folle,
grâce à tous ses films, c'est comme si
il n'était pas vraiment parti.
Mon père est réalisateur, scénariste et producteur
et je veux moi-aussi vraiment devenir cinéaste,
faire partie de cette industrie et ce grâce à l'influence
de mon père et de mon grand-père.
Mon père et moi avions une belle relation.
De mon plus jeune âge jusqu'à l'âge adulte.
Il a pleinement participé à mon éducation.
Puis nous avons travaillé ensemble.
Nous avions deux niveaux dans notre relation.
Nous avons fait plusieurs films, comme Antoine et Cléopâtre,
où j'étais assistant-réalisateur, ou encore La Fièvre de l'or.
M. Dupre.
"LA FIÈVRE DE L'OR " (1982)
Restez en dehors de mon esprit, gamin.
Puis je suis devenu réalisateur, et papa a travaillé pour moi.
"L'ÎLE AU TRÉSOR" (1990)
Tu te prends pour qui, George Merry ?
Tu te prends pour le capitaine.
Je vais te montrer par la force.
ai été élu capitaine.
Il était tellement professionnel que ça n'a jamais été un souci.
Nous n'étions pas toujours d'accord
et avions des discussions animées.
Nous n'étions pas toujours d'accord.
Mais il disait : "C'est toi le réalisateur.
Si tu veux que je fasse ça comme ça, dis-le.
Mais si on peut discuter. Voilà comment je ferais."
Et ça s'améliorait toujours.
Etre capable de faire ça à 30-40 ans,
avec votre père et pourtant rester de bons amis,
c'est le rêve.
Et je chérirais ça toujours.
Je me souviens quand Fraser et moi avons discuté
à sa mort, des choses qui allaient nous manquer.
L'une d'entre elles était son rire,
un rire profond, sincère, guttural.
Il était tellement beau et présent.
Papa vivait dans le présent.
Il ne s'inquiétait pas du futur ou du passé.
I[ vivait l'instant.
Il vivait l'instant présent avec ses enfants
et ses petits-enfants.
Il a pleinement vécu sa vie.
À sa mort, il n'avait aucun regret.
Aucun.
"Mercredi 31 décembre 1958.
imagine qu'on peut dire
que cette année aura été cruciale,
marquant la demi-mesure du temps de mes années.
De plus, j'ai fait le film qui sera sûrement
le plus important de ma carrière
celui qui peut-être me propulsera au firmament
où apparaissent les supernovas
ou me montrera que mon orbite est ailleurs.
Je suis dévoré par l'idée de franchir cet espace
dont la conclusion quelle qu'elle soit me satisfera.
Probablement parce que ma famille me comble
de bonheur.
Mon fils grandit bien et ma femme est plus sereine chaque mois.
Et cette année,
que le film dans lequel j'ai tourné devienne mémorable ou non,
cette année aura été inoubliable.
Et Rome nous marquera jusqu'à la fin de nos vies."
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.