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Quoi, Dick ?

- Combien ĂŞtes-vous ? - Je vous en prie !

Combien ĂŞtes-vous ?

Deux cent cinquante.

Votre position.

Nous vous en supplions !

- Votre position. - Au nom de Dieu !

Votre position.

Par pitié !

Mon ami…

Et à présent, les informations de Delta News.

Bon dimanche. Nous retrouvons notre tranche d'information quotidienne.

Parmi les corps récupérés du naufrage d'hier, à 60 miles de Lampedusa,

des corps de femmes et d'enfants.

L'embarcation naufragée transportait 250 personnes

dont pour l'instant 34 morts ont été récupérés,

tandis que les sauveteurs arrachaient 206 naufragés à la mer.

Pauvres gens…

Changement de sujet. Demain de 10 heures Ă  11 heures 30,

coupure du service électrique dans les zones suivantes :

quartier Piddù, quartier Ponente…

Voyons voir…

Elle est parfaite, sauf que j'ai fait un zigzag.

C'est comme ça qu'on vise, avec l'autre œil comme ça.

Pan, tu chopes ta cible, vu ?

Tu dois te passionner.

Sans passion…

Il faut la fabriquer bien, la fronde.

Tire, pour voir.

Je la tiens mal.

Vise, pour voir.

Vas-y, lâche.

Tu as vu ce beau manche ?

J'ai pris une branche bien sèche.

Attention : c'est du pin, parce que…

le pin est résistant, tu vois ?

- Un arbre résistant… - Et l'olivier ?

L'olivier, mais aussi les arbres qui sont dans les jardins.

Ils sont bien aussi. Il faut une branche en forme de fourche.

Celui-là, je l'ai pris un peu sec, parce que le pin est résistant.

Très résistant.

Il en faut, pour le casser.

Pour le casser, il y faut la main de Dieu.

Tu vises bien…

Imagine un oiseau perché là-bas…

Prenons deux lampes-torches, au cas où l'une s'éteindrait.

Il n'y a pas d'oiseaux, ici.

Viens là…

Il est lĂ .

Je l'ai vu, il est lĂ .

Génial, Samuele.

Tu l'as loupé de peu.

Va chercher un caillou.

Vas-y, va chercher un caillou.

S'il vous plaît, vite, votre position.

32.1…

Et en bas ?

80.52.

Il y a des petits enfants, pouvez-vous nous aider ?

Combien de personnes Ă  bord ?

Je crois qu'on est environ 150.

Quel genre de bateau ?

Ils disent de 130 Ă  150 personnes.

Surtout des femmes et des enfants. Aidez-nous, nous sombrons.

Nous sombrons !

Mêmes coordonnées. On ne bouge pas.

Je vous en prie, calmez-vous.

Nous envoyons des secours, mais vous devez rester calme.

Économisez votre batterie. Je vous rappelle.

C'est la maman ?

La mère de la petite est celle qui est descendue en premier ?

On devrait avoir 13 femmes, 8 petits garçons et 6 petites filles.

Donc, aucun cas sanitaire particulier parmi les personnes débarquées.

Un cas de gale, c'est tout.

Un cas de varicelle. Ce sera le dernier Ă  embarquer.

Un malade de la varicelle qui embarquera en dernier sur le 312.

Et lĂ  ?

Dans un bar Ă  Las Palmas.

Et celle-lĂ  ?

Dans la cabine, avec les Coréens.

Il tient une orange.

Il la mangeait avec l'écorce.

Il y avait déjà des photos dans ta cabine ?

Ces photos, c'est nous qui les avions accrochées.

C'est beau.

On dormait comme ça, avec des caleçons de laine, tu vois ?

- Vous étiez toujours en mer ? - Toujours.

Toute l'année en mer sans jamais rentrer ?

On passait 6 ou 7 mois en mer, Ă  bord.

- Ou mĂŞme un an ? - Non, jamais un an.

- Six ou sept mois. - Toujours Ă  naviguer ?

Toujours entre ciel et mer…

Toujours Ă  bord.

Et en dessous, il y avait…

Toujours Ă  bord, par bon et mauvais temps.

Combien vous étiez, par cabine ?

- Trois personnes. - Maximum trois ?

Avec des lits en haut et en bas ?

Des lits superposés.

C'était une sale vie, Samuele. Pas belle.

Pourquoi ça ?

Toujours Ă  bord, entre ciel et mer,

mĂŞme par mauvais temps, sans jamais aller Ă  terre.

ArrĂŞte-toi !

ArrĂŞte, Mattias !

Regarde.

Le cœur.

Premier, "girl".

Fille, comme toi.

Compris ?

"Girl".

Comment on dit ?

"Girl", femme…

"Woman". Comment on dit ?

Compris ? Bien.

Voyons l'autre.

Ça, c'est la tête. La tête du deuxième.

Deuxième… tête.

Le médiateur culturel arrive. On n'aura plus ce problème de…

Dans tout ça, il faut qu'on trouve…

le sexe de l'autre…

Je fais comment, dans cette pagaille…

Bras et jambes entrelacés…

Seigneur…

Suivons la colonne vertébrale, c'est plus sûr.

La tête…

Colonne vertébrale…

Les jambes de l'une entrelacées à celles de l'autre…

J'ai du mal Ă  les distinguer. Mais on va y arriver.

Le placenta est en antérieur.

LĂ , le placenta.

Peu de liquide amniotique.

Elle a souffert, la pauvre.

Alors, il y a de la souffrance aussi dans la grossesse.

Mais quand même, ça va.

Tout compte fait,

après ce qu'elle a subi, le sauvetage…

et tout le reste…

Tu vois ça ?

Le profil.

La nuque, le front et le profil.

- On les met en bouillie. - On les démolit.

Détruit !

Ça crépite.

Il est tout cassé.

Cassé.

Ça ne colle pas.

Attends, ça ne colle pas.

Mets-en tout autour.

- Fais le tour. - Je tourne par lĂ .

Et par là…

- C'est bon. - Allons-y.

Onze.

Douze.

Doucement, rien ne presse.

Treize.

Quatorze.

Quinze.

Seize.

Dix-sept.

Cinquante-six.

Cinquante-sept.

Cinquante-huit.

Cinquante-neuf.

Soixante.

Soixante et un.

Ceux-lĂ  viennent de CĂ´te d'Ivoire.

Suivant !

Regarde son écharpe.

Ça sent le gazole.

Ils sont trempés de gazole. Si j'allumais un briquet, on flamberait.

Il était trempé de gazole.

On pourrait flamber, je te dis.

On le sent mĂŞme Ă  travers le masque.

Juste un peu de cheveux.

Poste de signalement : "Lampedusa et Linosa"

L'anglais, c'est fait.

J'ai fini la lecture de ça et de ça.

Ça tonne.

Il fait trop mauvais temps pour sortir.

Quand grand-père allait en mer

et qu'il faisait beau,

je lui apportais son pain.

J'étais très jeune, Samuele.

Ils sortaient en mer.

Tu apportais le pain.

Il descendait Ă  terre et je lui donnais son pain.

La journée, ils étaient en mer, et le soir…

ils revenaient, parce que la nuit,

ils avaient peur d'aller en mer.

Pourquoi ?

Parce que la nuit passaient les navires…

c'était pendant la guerre.

Encore le tonnerre.

Quel tonnerre…

Les navires lançaient des fusées lumineuses.

On aurait dit que la mer était en feu.

La mer en feu ?

La mer devenait rouge feu.

C'était la guerre.

C'est bon, tu les as tous tués.

LĂ  !

Je l'ai eu, tué net.

Tu as ta fronde ?

Je suis Tante Maria.

Je veux dédier à mon fils Nello

la chanson "Feu en mer".

Tu peux la passer ? Parce que…

avec ce mauvais temps, ils ne sortent pas pĂŞcher.

Ils ne gagnent pas leur vie, avec ce mauvais temps.

En espérant que le temps s'améliore.

Merci, Pippo.

C'était "Mon petit âne", chanson sicilienne.

Notre programme continue

avec une chanson dédiée par Maria

Ă  son fils Nello.

Avec le message suivant : que le temps s'améliore et qu'il puisse sortir

et travailler, elle lui dédie

"Feu en mer". Je m'associe Ă  elle

pour la dédier à tous les pêcheurs qui nous écoutent.

Voici la chanson demandée, "Feu en mer".

La dernière ?

La deuxième ?

Voyons l'autre œil.

Lis la première ligne.

Tu ne la vois pas ?

Si je me mets comme ça…

LĂ , je ne la vois pas.

Regarde-moi.

Mieux ou moins bien ?

- Je lis les mêmes lignes ? - La première lettre.

Je ne la vois pas.

- Et lĂ  ? - "D".

Quand tu chasses à la fronde…

- Tu fermes un œil ? - Celui-là.

Tu fermes l'œil paresseux.

Mais tu n'as rien remarqué.

Je ferme l'œil comme ça.

Tu ne t'es aperçu de rien parce que tu fermes l'œil gauche.

Et jamais l'œil droit ?

Tu es habitué comme ça.

Nous avons donc un problème avec cet œil.

Un œil paresseux.

Tu sais ce que c'est ?

C'est un œil qui ne travaille pas.

Ton cerveau ne reçoit pas les images de l'œil gauche.

Nous devrons l'obliger à se servir de l'œil gauche.

Et donc, pendant un temps plus ou moins long,

nous porterons un bandeau sur le bon œil.

- Quel genre ? - Un bandeau adhésif.

- Sur la pupille ? - Sur l'œil.

Sur l'œil malade ?

Sur le bon,

pour obliger ton cerveau à utiliser l'œil paresseux

et Ă  le faire travailler.

C'est dur, parce que je ne sais pas m'en servir.

Il faut habituer peu Ă  peu le cerveau Ă  s'en servir.

Ceci est mon témoignage.

Nous ne pouvions plus rester au Nigéria.

Beaucoup mouraient. Dans les bombardements.

Nous étions bombardés. Nous avons fui le Nigéria.

Nous avons couru vers le désert,

le désert du Sahara, et beaucoup sont morts.

Dans le Sahara, beaucoup mouraient.

Tant de gens violés et tués. Nous ne pouvions rester.

Nous avons fui vers la Libye.

En Libye était une ville de l'EI.

On ne pouvait rester en Libye.

Ă€ genoux, nous criions en pleurant :

"Que faire ?"

Les montagnes ne nous cachaient pas.

Les gens ne nous cachaient pas.

Nous avons couru vers la mer.

Pendant le voyage en mer,

tant de passagers sont morts…

La mer les a engloutis.

Un bateau emportait 90 passagers.

Seuls 30 furent sauvés. Les autres moururent.

Aujourd'hui, nous sommes en vie.

La mer n'est pas un lieu que l'on parcourt.

La mer n'est pas une route.

Mais nous sommes en vie.

Il est risqué de ne pas prendre de risques.

Car la vie elle-mĂŞme est un risque.

Nous sommes restés des semaines dans le Sahara.

Beaucoup mouraient de faim,

beaucoup buvaient leur pisse.

Pour survivre.

Nous l'avons bue, pour survivre.

Car c'était un voyage vers la vie.

Nous étions dans le désert. Plus d'eau.

Nous avons dĂ» boire notre pisse.

Nous priions Dieu : "Ne nous laisse pas mourir dans le désert."

Et nous avons atteint la Libye.

La Libye n'a pas eu pitié de nous.

Parce que nous sommes Africains.

Ils nous ont enfermés dans leurs prisons.

Beaucoup y sont restés pendant un an.

Beaucoup y sont restés pendant 6 ans.

Beaucoup sont morts en prison.

La prison en Libye était horrible.

Rien Ă  manger, en prison.

Battus chaque jour. Pas d'eau.

Beaucoup se sont évadés.

Et aujourd'hui, nous sommes ici.

Dieu nous a sauvés.

Confiants, nous avons pris la mer.

"Nous ne sommes pas morts dans les prisons libyennes,

"nous ne mourrons pas en mer."

Nous avons pris la mer et nous ne sommes pas morts.

Avec une mer pareille…

J'ai tout vomi.

Ça t'est arrivé, de vomir en mer ?

Ça t'est arrivé, de vomir en mer ?

Quand tu étais petit ?

Vomir, non, mais j'ai été malade.

Tu n'as jamais vomi ?

Mais j'ai été malade.

Moi, je suis malade et je vomis.

Tu es petit, Samuele.

Tu es encore petit.

Va de temps en temps sur le ponton.

Quand il y a du ressac.

Au lieu de jouer avec ta fronde.

Lâche ta fronde et va sur le ponton

entraîner ton estomac.

D'accord.

Après, tu iras en mer sans problème.

Ton estomac sera habitué.

Ce sera pareil en mer qu'Ă  terre.

Ils étaient 840, sur ce bateau.

Ceux-là étaient…

en première classe. Tous ceux-là.

Ils étaient dehors. Ils avaient payé 1 500 dollars.

Ceux de la deuxième classe, ici au milieu,

avaient payé 1 000 dollars.

Et chose que j'ignorais, en bas dans la cale,

il y en avait plein.

Ils avaient payé 800 dollars. La troisième classe.

Quand je les ai fait descendre Ă  terre,

ça n'en finissait pas.

Des centaines de femmes et d'enfants.

Ils étaient mal en point, surtout ceux de la cale.

Ils étaient en mer depuis 7 jours.

Déshydratés.

Dénutris.

Épuisés.

Je me souviens d'en avoir emmené 68 aux urgences. En mauvais état.

Ce jeune garçon était gravement brûlé.

Très jeune, dans les 14-15 ans.

Nous voyons énormément de ces brûlures.

Des brûlures chimiques dues au carburant.

Parce qu'ils embarquent sur des canots pneumatiques.

Des canots délabrés. Pendant le voyage, ils doivent

remplir des jerrycans d'essence.

De l'essence

se répand à terre,

se mêle à l'eau de mer et imprègne leurs vêtements.

Ce mélange toxique

provoque ces graves brûlures qui nous inquiètent

et nous donnent beaucoup de travail.

Et qui ont des suites

parfois fatales.

VoilĂ .

Tout homme a le devoir, s'il est un ĂŞtre humain,

de secourir ces personnes.

Quand nous y parvenons, nous en sommes vraiment heureux.

Heureux d'avoir pu les aider.

C'est parfois impossible, hélas.

Et je dois parfois assister à des choses épouvantables.

Des morts, des enfants…

Quand cela arrive, je suis obligé de faire

ce que je déteste le plus : l'inspection de cadavre.

J'en ai fait beaucoup, sans doute trop.

Beaucoup d'amis ou de collègues me disent :

"Tu en as tellement vu…

"tu es habitué."

C'est faux.

Comment peut-on s'habituer Ă  voir des enfants morts, des femmes enceintes,

des femmes qui ont accouché sur des canots en perdition,

l'enfant encore attaché par le cordon ombilical…

Et tu dois les mettre

dans les sacs et les cercueils, tu dois même faire des prélèvements.

Tu dois couper un doigt ou prélever une côte.

Couper une oreille Ă  un enfant.

Même après la mort, cet autre…

outrage.

Mais c'est utile.

Et donc, je le fais.

Tout ça te laisse avec une colère,

un vide dans l'estomac,

un trou.

Tu penses, tu rêves d'eux…

Je fais des cauchemars où je revis…

souvent.

Souvent.

Après la Somalie,

la Libye. Après la Libye, le Soudan.

Après le Soudan, les autres pays.

On annule la partie et personne ne joue.

Libye !

Fair play.

Ni Somalie, ni Soudan.

Somalie, éliminée.

Soudan, éliminé.

Allez la Syrie !

Allez l'Érythrée !

Maria.

Tout va bien.

De sa femme… Maria…

pour son mari…

Giacomino…

avec beaucoup…

beaucoup…

d'amour.

"Amours du charretier".

Je la passe.

Le bonjour Ă  Giacomino.

Voici une nouvelle dédicace de chanson :

de Maria pour son mari Giacomino

avec beaucoup, beaucoup d'amour.

"Amours du charretier."

Vas-y, tu le sais.

Je ne trouve pas le "D".

Il est lĂ , Samuele.

- Avec les lunettes, je ne vois rien. - Enlève-les.

C'est écrit tout petit.

"Delighted".

Ça commence par "D" et "E"…

- C'est lĂ . - Attends.

Tu as trouvé le "D" ?

C'est un "D", ça ?

Rien Ă  voir.

Regarde Ă  la page 213.

Tu as trouvé ?

- "Heureux". - "Heureux". Parfait.

Plutôt "content" que "heureux"…

"Content".

"Depressed" ?

"Déprimé".

- "Malheureux". - Tu dois le lire.

"Impatient".

"Impatient".

"Jealous".

"Jaloux" ?

"Shocked".

"Choqué".

- Qui signifie ? - "Choqué" ?

Effrayé.

"Je suis choquée de votre préparation."

"Nous sommes choqués par la préparation de la classe" ?

"Stressed" ?

"Stressé".

Allez, rame.

Ne cogne pas mon canot.

Ne t'inquiète pas. Je m'éloigne.

Rame tout droit.

Sinon, tu ne seras jamais un marin.

Ă€ Lampedusa, tous marins.

Rame.

Va tout droit.

- Rame, Samuele. - Comme ça ?

Rame. La proue face aux bateaux, Samuele.

Comme ça ?

- La proue par ici. - Comme ça ?

Pas du tout !

Vire avec une rame.

Toujours la mĂŞme.

- Allez, continue. - Avec celle-lĂ  ?

Place la proue par ici. Rame tout droit.

Tu as coincé ta rame ?

Avance, Samuele.

Je vais m'encastrer dans le patrouilleur.

Quoi ?

Tu vas être coincé au milieu. Attrape le filin.

Attrape le filin et accroche-toi.

Accroche-toi.

Attends.

Je vais te lancer un filin et te remorquer.

Accroche-toi bien, parce que si tu vas entre les bateaux, tu resteras coincé.

Tu vois bien ?

Bien, mais quand mĂŞme un tout petit peu mal.

Un tout petit peu.

J'ai récupéré, parce qu'avant, je voyais très très mal.

LĂ , je vois juste un peu mal.

- Tu les mets à l'école. - Même à l'école.

Regarde-moi ce vent…

Il va y avoir une tempĂŞte.

Trente nœuds.

Trente nœuds ? Ben dis donc.

Ça te semblait moins ?

Plus moins.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? - Je me sens…

J'ai du mal Ă  respirer. Je suis allergique aux acariens.

Parfois, le souffle me manque.

Pas toujours toujours…

Légèrement.

- De temps en temps. - Et ça fait longtemps ?

Pas mal de temps.

"Pas mal" veut dire un mois, deux mois, un an ?

Une bonne année.

Et ça t'arrive surtout en été, ou aussi en hiver ?

Ça m'arrive en général deux-trois fois, n'importe quand.

Pourquoi tu as la figure toute gribouillée ?

- À l'école. - Avec ton stylo ?

Qu'est-ce que tu as à l'œil ?

Il est paresseux.

À ma première visite chez l'oculiste,

j'avais 1/10, et maintenant j'ai 5/10.

Et depuis quand tu portes ce truc ?

Un mois.

- Tu as déjà récupéré. - De 1/10 à 5/10 !

En somme, ça marche.

Mais ça ne suffit pas. Il faudrait que j'arrive à 9/10.

- Tu y arriveras. - En les mettant tout le temps.

Tu as eu ce problème de souffle, ce matin ?

Pas ce matin.

- Je vais t'examiner. - Je l'ai un peu, lĂ .

Un peu.

Un petit peu.

Tu n'as plus de souffle…

ou alors, c'est un poids…

qui empĂŞche l'air d'entrer ?

Je n'arrive pas à faire entrer l'air…

C'est ça.

Je peux t'examiner ?

Voyons ce que tu as.

- On pourra comprendre ? - Bien sûr.

Enlève ça complètement, que j'entende mieux.

Tu es encore blanc. Tu n'es pas allé à la mer ?

- Pas encore. - Il fait froid.

Respire profondément.

Inspire quand je le dis, quand j'appuie le pavillon.

Plus léger que ça.

Encore.

Reste comme ça, que j'écoute ton cœur.

J'y vais ?

Respire normalement.

Normalement.

Quand tu marches beaucoup, tu fatigues ?

Quand je marche beaucoup, je suis en nage, je sens la fatigue.

Bien. Éventuellement…

C'est de l'anxiété ?

Tu es un peu anxieux, mais rien de grave.

Et les allergies ? Parce que je souffre d'allergies…

Pour le moment, ce n'est pas un problème d'allergie.

C'est juste que tu es un peu anxieux,

un peu tendu.

Comment ça ?

Tu t'inquiètes d'avoir quelque chose,

mais tu n'as rien.

Je respire mal.

C'est parce que…

On ne peut rien y faire ?

Je vais te faire faire un examen cardiologique,

un électrocardiogramme…

pour voir oĂą tu en es.

Tu as sommeil ?

J'ai un coup de…

Il est complètement déshydraté.

Il faut le mettre sous perfusion

et l'hydrater très vite.

Il faut le déshabiller et lui passer des habits secs.

J'ai besoin de combinaisons blanches sèches.

Il faut les déshabiller.

Ils sont trempés.

Et merde.

Viens là. Celui-ci a été battu.

D'oĂą tu es ? Syrie ? Guerre ?

Toi, Syrie ? D'oĂą viens-tu ?

Mali ? Syrie ?

Photographiez-le.

C'est fait ?

Emmenez-le.

Trouvez une chaise et faites-le asseoir.

Érythrée !

Nigéria !

Libye !

Tchad !

Niger !

Quarante cadavres.

Ils m'aident Ă  les sortir.

Deux niveaux dans le bateau :

un en haut, un en bas.

En bas, il fait très chaud.

Il n'y a pas d'air.

Il fait très chaud.

À cause de ça,

plein de gens…

Ă€ toutes les sections :

je confirme 15 cadavres de plus.

Vos masques, les gars !

Ce sac-lĂ , dans le remorqueur.

Le sac noir.

Il n'y a plus de Noirs ?

Plus de Noirs ?

Que j'aie une bonne journée

et ce qu'il faut de santé.

Traduction : Marie-Pierre Duhamel Muller

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