All language subtitles for Theremin_ An Electronic Odyssey-Francais!!-Grace A Kii0810

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Original subtitles

La toute première chose

que j'ai vue, c'ètait dans le ventre de ma mère.

C'ètait très...

Il n'y avait pas de vie.

On m'a tirè dans cette direction,

par cette ouverture,

à l'extèrieur de ma mère.

En ce temps-là, j'avais une voix,

mais il y a eu une très

mauvaise influence de la lumière sur ma voix.

THEREMIN - L'ODYSSEE ELECTRONIQUE

- Où est Mike? - Ici.

Je veux que vous me disiez.

Vous avez eu le son?

Vous n'avez essayé que comme ça.

Que personne ne reste prés de moi, sinon je ne peux pas accorder l'instrument.

C'est un instrument dingue, ce n'est pas votre faute.

Quand je jouais avec l'orchestre symphonique...

Je ne suis pas du tout en communion...

Comment dire?

J'ai dit aux premiers: "Allez-vous-en."

J'ai besoin d'espace. Vous êtes dans la zone de contrôle de l'espace.

N'approchez pas davantage.

Je me souviens trés bien qu'on m'a amenée

à l'hôtel Plaza

pour rencontrer le grand professeur Theremin

et voir son invention.

Je me souviens y être allée avec le Dr Vilnegradf,

avoir rencontré cet homme fascinant

et entendu ces sons éthérés

et célestes venant de l'atmosphére.

Le Theremin en particulier,

et l'œuvre de Leon Theremin en gènèral,

sont la pierre angulaire la plus importante

de toute la musique èlectronique.

C'est là qu'elle a commencè.

Au début, Theremin a fait davantage

pour promouvoir l'idée de la musique électronique

et des instruments électroniques, que quiconque.

Bien peu de gens réalisent que les instruments de musique sont mécaniques.

L'électricité commence à révéler d'étonnantes possibilités musicales

qui finiront par être réalisées grâce à l'utilisation d'instruments électriques.

Voici un curieux instrument, le Theremin Victor,

dont on joue sans même le toucher.

Je l'ai rencontrè

en 1927.

Lorsqu'il est arrivé dans ce pays, j'étais déjà fasciné

par la mécanique

qui sous-tend la construction de la musique.

On pouvait composer de la musique, la créer, la fabriquer

grâce à des moyens purement techniques, de préférence électroniques.

A cette époque, inutile de vous dire

que l'électronique en était à ses débuts.

C'était quelque chose d'entiérement nouveau.

L'éclairage électrique existait, bien sûr, ainsi que le métro, et ce genre de choses.

Mais il n'y avait aucune application,

pas même la radio.

C'était le tout début de la radio.

La télévision n'existait pas,

il n'y avait pas de lien entre le son et l'image.

Pour moi, il ètait le prophète de l'avenir de la musique.

On pourrait essayer du jazz?

Ma mére avait lu dans un journal

que la société Wurlitzer parrainait une tournée des Etats-Unis

de M. Theremin

pour faire la dèmonstration de ce nouveau et, à l'èpoque, tout à fait remarquable

instrument èlectronique.

M. Theremin a ouvert l'arrière de l'instrument et m'a montrè ces grands

bobinages, qui semblent aujourd'hui primitifs.

Il m'a expliquè qu'ils crèaient un champ magnètique

autour des tiges de mètal sortant du coffret.

Tout objet ayant une capacitè èlectrique, comme une main

ou un morceau de mètal, modifie le champ magnètique

et entraîne la modification par la machine de la frèquence et du volume.

Là, il y a un contrôle de fréquence.

On peut modifier la fréquence dans une gamme de quatre octaves et demie.

Ici se trouve le contrôle du volume. On peut contrôler le volume

de l'inaudibilité totale jusqu'au volume maximal souhaité.

La hauteur est déterminée par le volume.

Plus il est bas,

plus plate est la courbe.

L'espacement entre ces points est déterminé par la fréquence.

Je peux modifier le timbre

et la forme de l'onde.

Notez que Leon Theremin n'avait pas d'oscilloscope

lorsqu'il a conçu l'instrument initial.

Sans aucun moyen de voir la forme de l'onde,

il a obtenu une richesse de son fantastique

et une justesse de son,

en n'utilisant que ses oreilles.

De la même façon que

Stradivarius pour créer des violons il y a quelques centaines d'années.

Il a organisè un concert à Carnegie Hall.

Bien sûr, Theremin ètait

le maître de la situation et jouait.

On a sèlectionnè dix Theremin pour ce concert.

Un demi-cercle

de Theremin sur scène.

J'ètais au bout, car j'ètais le seul joueur de Theremin gaucher

et là, je faisais bon effet.

On devait tout simplement jouer tour à tour.

Au lieu de...

Ma partie était seulement...

Et lui jouait entre.

Ainsi, il semblait qu 'une seule personne jouait tout le morceau.

J'ai dit à Theremin

pendant les répétitions:

"Sept fois sur dix c'est bon, mais les trois autres ça s'écroule.

"Je détesterais que ça arrive à Carnegie Hall."

II m'a répondu: "Vous êtes des hommes et je sais que ça va marcher.

"Car vous êtes des hommes."

C'était un peu mysogyne, mais c'était sa façon de nous encourager.

Quand on jouait, il arrivait qu'on devienne des femmes à ses yeux,

parce que ça s'écroulait.

Mais ça ne le rendait pas malheureux,

parce qu'il voulait seulement montrer à ce public...

La salle ètait comble. Je ne parle pas de la salle de concert.

Je parle de Carnegie Hall, tout entier.

'L'EDISON SOVIETIQUE' FAIT DE LA MUSIQUE AVEC L'AIR

Produite par le libre mouvement des mains dans l'air

Musique d'un appareil à air au Metropolitan

Theremin améliore sa technique musicale

Une mélodie à partir de l'air

10000 SPECTATEURS POUR LES MERVEILLES ELECTRIQUES

Un geste de la main crée de la musique à partir de l'air

De la musique comme personne n'en a jamais joué

Les harmonies de l'éther dans la salle de concert

DES MAINS CREENT LA MUSIQUE ELECTRIQUE

Bien sûr, Clara Rockmore ètait la meilleure d'entre nous.

Je sais que Theremin en ètait fou. Il l'aimait beaucoup.

C'ètait une belle femme.

A cette èpoque, il me faisait la cour.

Il m'a fait une merveilleuse surprise

pour mon 18e anniversaire.

C'ètait dans ma chambre.

C'ètait dans ma chambre.

pour organiser un gâteau d'anniversaire qu'il n'avait pas prèparè lui-même.

J'ai dèjà dit

quel génie c'était. Il n'avait pas préparé le gâteau, mais il l'a apporté

et l'a installè sur une petite table, avec un appareil

qui, quand je m'approchais du gâteau, fonctionnait selon le principe du Theremin.

La bougie, qui ètait bien sûr èlectrique,

s'allumait et le gâteau se dèplaçait lentement.

Juste au moment où je m'approchais. Tout s'arrêtait lorsque je m'èloignais.

C'ètait magique, dans ma chambre, pour mon anniversaire.

On allait dans les endroits les plus classe.

On ètait toujours en tenue de soirèe.

C'ètait une autre èpoque, très romantique.

Il habitait la 54e rue,

dans une vieille demeure de grès que lui avaient donnèe

ses aimables voisins,

les mècènes Lucy Rosen et son mari,

qui lui avaient laissè l'usage de la maison.

Il y avait un studio, en bas,

où Goldberg, qui ètait dèjà avec lui

en Europe, travaillait sur ses instruments èlectroniques.

Au sous-sol. C'est là que tout le travail technique

avait lieu.

Il y avait

des tables partout

et toutes sortes de câbles électroniques,

des condensateurs, des tubes et Dieu sait quoi, partout.

Et en plus de tout ça, il y avait aussi

le professeur Theremin, toujours dans son costume blanc.

Nous avions là tout le groupe des gens comme Slaminsky et Schillinger.

Diverses personnes intèressèes par la nouvelle...

Il avait beaucoup d'instruments diffèrents.

Le violoncelle Theremin, qu'il appelait violoncelle.

On le tenait entre les genoux et on agitait la poignèe.

Il donnait un son bas, proche du son d'un violoncelle.

Imaginez une touche comme sur un violoncelle, mais sans cordes.

A la place, un genre de matière plastique.

A la place, un genre de matière plastique.

on peut jouer aussi vite que sur un violoncelle.

Mais il n'y a que l'équivalent d'une corde.

Il avait le Rythmicon, qui fascinait des gens comme Schillinger.

Les musiciens à l'esprit trés académique.

Je vais tenter une démonstration imparfaite du Rythmicon.

C'est un instrument extraordinaire

qui ne se contente pas de donner 16 harmoniques.

En outre, chaque harmonique a un nombre de battements

correspondant à sa place dans la gamme.

Voici par exemple le numéro un.

Toutes les deux secondes.

Le numéro deux, la premiére harmonique, une octave.

Deux par temps.

Le numéro trois.

Trois par temps.

Le numéro quatre.

Quatre par temps.

Quatre par temps.

Numéro six.

Numéro sept.

Numéro huit.

De plus en plus rapide.

Ensuite on entend ça.

Des sons plus hauts et plus rapides.

Quatre.

Six, et ainsi de suite.

Quelqu'un m'a parlé

de Theremin en Russie,

lorsqu'une de ses proches assistantes,

est morte au début des années 20.

Cela a ètè un choc terrible pour tous,

parce qu'elle faisait partie du groupe.

Ils travaillaient aussi ensemble sur plusieurs inventions èlectriques.

Theremin a dit: "Nous ne devons pas pleurer

"sur le corps sans vie de notre assistante.

"II faut se mettre tout de suite

"à la crèation d'un instrument

"capable de rendre la vie à un cadavre

"et non considèrer la mort comme une fin."

C'ètait un antre de chercheurs fous.

En fait, il m'est arrivé de le croire fou, quand il me parlait

de son idée de supprimer tous les ponts

pour faire en sorte que les automobiles

soient transportées électroniquement au-dessus des riviéres.

"Quel en serait le prix?", ai-je demandé.

Il a dit: "Combien coûte un pont?"

II ne s'arrêtait jamais. Il inventait à cette èpoque.

C'ètait après le rapt du bèbè Lindbergh, je crois.

Dans son studio, j'ai vu un berceau avec une poupèe.

J'ai voulu savoir pourquoi il avait ces objets.

Il travaillait sur une invention qu'il a mise au point, je crois.

Si quiconque se penchait sur un berceau pour voler ou enlever un bébé,

un signal était émis sans que le kidnappeur le sache.

Il avait câblé les murs de Sing Sing. Si un prisonnier voulait s'échapper

et s'approchait du mur pour passer au-dessus,

il entrait dans le champ et un signal se déclenchait.

J'ai oubliè de mentionner

une de ses inventions de l'èpoque

dont j'ai fait, avec rèticence, la dèmonstration à Carnegie Hall.

L'idèe de cette invention ètait,

le corps humain jouant encore le rôle de conducteur èlectrique,

que tous les mouvements se traduisent aussitôt en sons.

Pour en jouer,

on faisait des mouvements de danse, èvidemment

bien plus larges que les petits gestes des doigts.

Des danseurs d'écoles célébres ont essayé,

et bien qu'ils soient fascinés,

ils n'arrivaient pas à faire de musique.

Cinq d'entre nous,

du groupe de von Grona, ont ètè retenues pour ètudier la Thereminique.

Le professeur a fait la démonstration de la machine au studio.

On devait prendre un morceau de musique

et essayer de créer la mélodie en utilisant nos corps.

C'était trés amusant, le son changeait si l'on bougeait un doigt.

On ne pouvait pas l'éviter.

C'était difficile, d'essayer de travailler, de danser,

en conservant la mélodie.

Ses yeux m'ont frappèe.

Il avait des yeux fascinants.

Bleu clair. Il regardait droit dans les yeux.

C'ètait comme s'il voyait à travers vous.

J'y allais deux fois par semaine, à peu prés.

A cette époque, je disais: "Ce truc me rend folle."

C'est trés

frustrant.

On veut produire,

mais on est constamment frustrè

par les complications inhèrentes à la machine.

Je me souviens que j'ètais fascinèe.

Etre en position de priére me donnait une excuse.

J'étais à genoux

et je pouvais bouger les mains, les épaules et la tête.

Ce que je voulais. C'était trés amusant de choisir.

Si on veut faire un 5e degré, on peut le faire comme ça,

on peut baisser la tête ou la lever.

On avait le choix.

On travaillait dans l'air pour créer spontanément la musique

Je travaillais alors avec une troupe de ballet afro-américaine.

On l'appelait le "Premier Ballet Négre Américain".

C'était avant Alvin Ailey, avant les Harlem Dancers.

C'était la toute premiére troupe de danse noire du pays.

Ils dansaient L'Oiseau de feu de Stravinsky et ce genre d'œuvres.

Notre danseuse étoile

était Lavinia Williams.

Theremin est tombè amoureux d'elle

et a fini par l'èpouser.

Nous savions instinctivement

que la société n'accepterait pas ce genre de relation.

Elle n'accepterait pas qu'elle, à son niveau,

soit avec lui, à son niveau, ou sur le plan racial.

C'était une époque où

ce genre de mariage était

désapprouvé par tant de gens.

Ses amis à lui l'ont laissé tomber, m'a dit Lavinia.

Ils n'approuvaient pas ce mariage.

"Que faisait

"le cèlèbre professeur Theremin

"avec une jeune danseuse noire?"

On nous a dit de monter au deuxième ètage.

Là, on a vu une espéce de boîte contre le mur.

Ça m'a semblé mesurer à peu prés 50 centimétres,

ou un peu plus, j'ai oublié.

A notre grand étonnement, on voyait,

sur l'écran du poste de télévision, car c'était ça,

ce qui se passait au sous-sol de ce laboratoire.

Et on le voyait en couleur.

En couleur, à cette époque!

A ce moment-là, il me restait à prouver au monde

que le Theremin ètait davantage

qu'un jouet magique et un gadget merveilleux:

Un instrument de musique sèrieux.

Pris au sèrieux par les gens

qui m'ont engagèe pour jouer avec l'Orchestre de Philadelphie.

Je pouvais bien prètendre jouer chez moi, dans l'intimitè.

Mais je devais avoir des preuves, pas pour moi

mais pour mettre le Theremin au niveau professionnel où il était.

Avec NADIA REISENBERG au piano

HOTEL DE VILLE - Jeudi soir

Elle m'a appelèe en larmes, hystèrique, pour me dire

qu'on avait enlevè le professeur dans son studio.

Des Russes étaient entrés.

C'était incroyable. Comment était-ce possible?

Mais elle disait que si. Ils l'avaient enlevé de force.

- Elle ètait là? - Oui.

Ils l'ont emmené.

Elle n'avait aucune idée de ce qui arrivait,

mais elle sentait qu'on lui faisait quitter le pays.

Je suis sûre qu'il n'y serait pas allé

sans une bonne raison.

La seule bonne raison que je puisse trouver

est qu'il avait un pistolet dans le dos.

On a tous été tellement choqués.

Qu'une chose pareille arrive en Amérique.

Je refusais de croire à l'intervention d'un gouvernement étranger.

Pour moi, c'ètait un citoyen, vivre ici lui confèrait un statut.

Je ne comprenais pas comment des gens pouvaient venir en plein jour,

à n'importe quelle heure, pour enlever quelqu'un chez lui.

On sait qu'il y avait une raison politique

à son enlévement du pays.

Ce n'était pas volontaire.

Peut-être ne coopérait-il pas ou

était-il mal vu là-bas.

A cette époque, tout pouvait arriver.

Quelles qu'aient été les raisons, c'était il y a longtemps

et j'ai oublié les détails, mais elle avait des raisons de croire

qu'il n'était plus en vie.

On ne cessait pas de le chercher,

grâce à différentes

relations, à Washington,

avec des gens puissants

ou au moins autorisés.

Sans aucun résultat.

En fait c'était comme si un être cher,

à qui on était lié, avait disparu.

Complétement.

On ignorait s'il était vivant ou mort

ou ce qui lui était arrivé.

- Qu'y a-t-il? - Ce n'est pas vous.

Il s'agit de votre robe.

Ma robe? Je ne comprends pas.

Excusez-moi. Une chose m'a frappé.

J'ai été trés nerveux ces temps-ci.

Votre robe, les raies sombres...

Mais vous êtes malade!

Non, ça va aller.

Quand j'ètais enfant, à huit ou dix ans,

je construisais avec mon pére des projets électroniques simples.

Pour construire un projet simple,

on s'abonnait à un magazine d'amateurs qui expliquait comment faire.

A 14 ans, j'ai construit le Theremin à partir d'un article de magazine,

et tout est parti de là.

Au lycèe, je n'arrêtais pas de construire des Theremin.

Ça m'intèressait, c'est tout.

A 18 ans,

j'ai jouè du Theremin devant un public, au lycèe.

J'avais un très grand instrument qui ressemblait à un cercueil.

Mon prof de sciences, qui n'ètait pas du genre aimable,

m'a dit: "Moog, c'est diablement bien."

A 19 ans, j'ai ècrit mon premier article pour le même magazine d'amateurs,

sur la construction d'un Theremin. Là, je le concevais moi-même.

A Hollywood,

on voulait seulement produire des bruits ètranges.

Spectraux. Les sons étaient censés vous effrayer, et tout ça.

Ce n'est pas ce que je voulais faire.

Je voulais être une musicienne sérieuse, jouer du Bach!

Stokowski est venu me dire: "Jouez-moi du Bach."

C'est un compliment.

NOUVEAU TRIOMPHE AVEC STOKOWSKI ET LA SYMPHONIE DE NEW YORK

Ce concerto pour Theremin et orchestre a ètè ècrit spècialement pour

Clara Rockmore, qui fait maintenant son entrèe en scène.

Elle va jouer pour la première fois, avec l'orchestre dirigè par Stokowski,

le Concerto pour Theremin et orchestre d'Anis Fuleihan.

Un livre allemand

sur la musique moderne citait Theremin.

Il disait que Theremin avait été exécuté aprés son retour en Russie.

Il existait une raison de croire que

quelque chose ètait arrivè à Theremin.

On n'était sûrs de rien.

Il y a eu un article dans le magazine soviétique

sur les instruments électroniques

et Theremin n'a même pas été cité.

C'était extraordinaire.

L'article a été publié vers 1951 ou 1952,

à la pire époque des relations

entre l'Amérique et la Russie.

La musique du film Le jour où la Terre s'arrêta

allait être composée par Bernard Herrmann.

Il voulait composer,

en plus des autres instruments, pour deux Theremin.

Personne d'autre n'en jouait dans le coin.

Je leur ai dit spontanèment

que j'avais ètè en contact avec cet instrument dans mon enfance,

et que s'ils pouvaient en trouver ou en louer un,

je serais heureux de rèpèter pour tenter de jouer.

Lorsque le viseur du robot se soulevait, on entendait ce genre de bruit...

Mon mari et moi sommes allès en Russie.

Cela n'avait rien à voir avec la recherche de Theremin.

Mon mari ètait curieux de voir enfin

d'où venait l'ètrange animal que j'ètais.

On est arrivès là-bas à minuit.

Beaucoup de gens attendaient le plaisir douteux de nous rencontrer.

A minuit, quand on est arrivès,

tout le monde me saluait, mon mari a heurtè un homme qui partait.

Il parlait anglais.

Il a dit: "Je suis un scientifique."

II a parlè de sa profession.

A ce moment-là, mon mari a eu le rèflexe de dire:

"Alors, peut-être savez-vous quelque chose sur le professeur Theremin."

"J'ai déjeuné avec lui aujourd'hui", a-t-il répondu, et il est parti.

Ça a été un moment trés fort, aprés avoir cherché pendant sept ans,

rencontrer un homme qui part, et qui dit: "J'ai déjeuné avec lui aujourd'hui."

C'est comme ça qu'on a retrouvè Theremin.

Il a organisè un rendez-vous entre mon mari, moi et lui

dans une station de mètro.

Je savais qu'il ne fallait pas poser de questions.

On s'est rencontrès dans la station de mètro,

au milieu du vacarme

qui ètait la vraie raison de ce choix,

afin que nous nous parlions

sans être ècoutès ni suivis.

Il y avait visiblement une surveillance constante des gens

qui n'ètaient pas censès rencontrer des ètrangers.

Pas des ètrangers, des Amèricains.

Nous nous tenions la main, assis là

en essayant de nous parler.

Il avait passè sept ans en prison.

Dans la vie,

si quelqu'un vole quelque chose,

on l'envoie en un lieu.

Vous connaissez le nom de ce lieu.

Magadan. C'était comme

Leningrad, Moscou, Magadan.

Un groupe important de gens

construisaient la voie pour aller

d'un endroit à un autre.

Je n'étais pas libre.

Je me trouvais en prison.

Il était impossible de sortir.

Pas parce que j'avais dit quelque chose.

Beaucoup de gens ètaient relèguès à cette èpoque.

Certains d'entre eux

avaient volè auparavant

ou fait quelque chose de mal.

D'autres ètaient seulement diffèrents politiquement.

Il ne s'agissait pas vraiment de moi,

mais il était possible

d'utiliser mon travail.

J'ai travaillé dans une institution

sur différents types d'électronique

et ensuite sur l'aviation,

la construction de rues

et à nouveau l'électronique.

Je devais travailler sur plusieurs choses mauvaises.

J'ai travaillé dans cette organisation

à peu prés

de l'âge de 42 ans

jusqu'à 67 ans.

Je vais vous expliquer.

Il y a deux oscillateurs haute fréquence.

A l'intérieur, on a la différence entre les deux fréquences.

On entend le son correspondant à la différence

des fréquences.

Une fréquence passe par cette lampe,

l'autre par celle-ci.

Les lampes l'amplifient,

et ces lampes

modifient la puissance sonore

et contrôlent le son qui en sort.

M. Crow?

"Si tu danses le rock and roll en faisant ce truc

"Ground-dog, ground-dog rock and roll

"Tu ground-dog balances tu ground-dog roules

"Tu roules et tu balances"

Bonjour, M. Crow.

Veuillez m'excuser, je jouais de votre balai.

C'est mon Theremin.

Votre quoi?

Vous vouliez le voir, non?

- C'est un trés beau Theremin. - Pas ça!

Vous voyez ce que je veux dire.

Theremin a même joué devant Lénine.

Lènine disait que le communisme, c'est le socialisme

plus l'èlectrification.

A cette èpoque, l'èlectrification ètait nouvelle.

Oh, Lénine. Je n'avais pas compris.

C'est Lénine.

Je lui ai fait une démonstration en 1922.

Il aimait la musique et avait un certain sens musical.

Il a essayé de jouer de mon instrument. Avec de bons résultats.

Clara a donnè une interview et un concert à la radio, sur WQXR.

Quelqu'un l'a enregistrè et m'a envoyè la cassette.

Pensant que ça m'intèresserait.

C'est ainsi que j'ai dècouvert Clara Rockmore. Je ne la connaissais pas.

Elle était la déesse lointaine qui faisait ces trucs merveilleux,

au moment de ma naissance ou avant.

C'est l'un des derniers instruments de cette forme que j'ai fait.

On l'appelait le Vanguard, parce que c'était un mot à la mode.

Il existe peut-être 50 ou 60 instruments de ce type, en tout.

Souvent avec des tubes à vide, mais les derniers sont transistorisés.

Il ètait en pourparlers avec

la maison d'édition Schirmer, un trés célébre éditeur de musique.

Ils avaient un accord avec lui:

Si Clara Rockmore jouait de son Theremin pendant ses concerts,

ils le fabriqueraient.

C'était important.

C'est peut-être dommage que nous n'ayons pas accepté.

Il y aurait peut-être aujourd'hui des milliers de Theremin.

Et des centaines de Clara Rockmore. Je ne sais pas.

Mais le fait est

que je ne pouvais pas signer quelque chose que je ne ferais pas.

Mon instrument, le deuxiéme qu'ait fabriqué Theremin, était meilleur.

En outre,

j'avais tant de respect

et de sentiments pour Theremin que même si cela n'avait pas été le cas,

je n'aurais pas voulu arrêter soudain de jouer du Theremin.

J'ai rencontré Chostakovitch qui était de passage. Je lui ai demandé innocemment:

"Qu'est-il arrivé à Theremin? Pourquoi son nom

"n'est-il pas cité dans les articles spécialisés?"

Chostakovitch n'a jamais utilisé le Theremin dans ses compositions.

Il a répondu, avec une sorte de réticence:

"Je ne peux rien dire sur Theremin."

On aurait dit

qu'il valait mieux qu'il ne dise rien.

Autrement dit, Theremin était un terrain miné.

Il n'avait pas forcément été exécuté, mais c'était un terrain miné.

Le KGB.

Vous ne connaissez pas le KGB?

Je travaillais officiellement

dans un ministère particulier.

En Russie on l'appelle:

"Comité de Sécurité de l'Etat". Le KGB.

Ils organisent

différentes sortes

d'enquêtes politiques,

surveillent les changements.

C'était ce genre d'organisation:

Le ministére de l'Intérieur.

Le ministére de l'intérieur des choses.

Quand un enregistrement n'était pas assez bon

pour qu'on l'entende clairement,

il fallait le nettoyer, sur le plan acoustique.

C'était ma spécialité.

ECOUTES AU KREMLIN

Buran, le mouchard.

C'ètait le nom de l'invention.

C'ètait top secret.

Ils n'ècoutaient pas seulement Staline, mais d'autres aussi.

Staline ètait au courant. Il pensait que c'ètait très important.

Au moment des trophèes Staline,

les plus prestigieux en URSS,

Staline a vu que Theremin avait

le deuxième prix.

Il l'a barré, a écrit "premier prix" et a signé.

LYDIA KAVINA - Petite-niéce de Theremin

Où se trouve ce document aujourd'hui?

C'est un document secret.

Avec les mèthodes du KGB,

il est encore enfermè

dans ses caves les plus secrètes.

Hélas, Lavinia est morte il y a environ deux ans.

Un décés plutôt soudain et mystérieux, à Haïti.

Elle avait mangè au restaurant

et a ètè malade après le repas.

On l'a emmenèe à l'hôpital et elle n'a jamais guèri.

C'ètait un genre d'empoisonnement.

Il faut mettre un morceau de métal ici

pour obtenir la correction exacte.

Nous ètions en train de prendre un cafè quand je lui ai demandè:

"Comment avez-vous crèè le Theremin?"

"Je travaillais sur une radio", m'a-t-il rèpondu,

"et soudain j'ai entendu un son

"qui, je le savais, ne venait pas d'un programme de radio.

"Ce son venait de la radio elle-même."

II a dit: "Je me suis intèressè à ce qui le produisait.

"Petit à petit, j'ai appris à le contrôler."

Aujourd'hui, les ingènieurs sont habituès à une èlectronique complexe, sophistiquèe.

Dans un orgue èlectronique moderne ou un synthètiseur,

il y a des centaines de pièces, toutes extrêmement complexes.

Dans l'un des instruments initiaux de Theremin, il n'y a rien.

Ils ne sont qu'intelligence et conception hautement efficace.

C'est une chose qu'on ne fait plus.

On ne peut plus le faire. On a perdu le truc.

Tout mon travail

de conception et de construction de Theremin a entraînè mon oreille.

J'ai fini par savoir jouer juste et exècuter un vibrato correct.

Et phraser correctement.

Dans mon travail sur les synthètiseurs,

je comprenais ce qui faisait un bon son

et ce que les musiciens trouvaient utile.

La période de 1965 ou 66 jusqu'en 1970 ou 71

a été

la demi-décennie des plus incroyables

et affreux changements dans la façon de produire de la musique

et dans le genre de musique jouée.

C'était une époque tumultueuse.

A partir de 1965. C'était le début du rock and roll.

Les synthétiseurs étaient encore des appareils expérimentaux.

Arrive Switched-On Bach, avec Wendy Carlos.

Arrivent les Grateful Dead, les Beatles et les Rolling Stones.

Arrive le mouvement des droits civiques

et tous les facteurs socioculturels

que fait mijoter la culture psychédélique.

Les médias ont brassé cette incroyable mixture, et ce qui en est sorti

n'avait plus rien des composants d'origine.

Dans le cas du Theremin, les composants étaient Clara Rockmore

et le Dr Samuel Hoffman.

En sont sortis Paul Conley de Lothar and The Hand People

et Brian Wilson.

En fait, ça a commencé quand j'étais enfant, à huit ans.

Mes parents m'ont emmené chez un de leurs amis

qui avait un Theremin.

Le type en jouait et ce son m'a épouvanté.

J'ai eu vraiment peur.

Je ne voulais pas entendre ce son. Ce son du Theremin...

Ce son.

Ça ressemblait à un de ces horribles films d'èpouvante où...

Un trip ètrange. Des expressions ètranges des visages.

C'est presque sexuel.

- Vous allez bien? - Oui.

Je vous raméne.

Conduisez-moi à la mine.

S'il vous plaît, non.

Parce que j'ai pensé: "Je capte de bonnes vibrations."

Je me suis dit:

"On entendait le violoncelle."

J'ai dit: "Puisqu'on fait aujourd'hui un truc étrange

"pourquoi ne pas y mettre un Theremin?

"La hauteur dont j'ai besoin est..."

Quand on a mis le Theremin là-dessus,

on l'a mis là pour que les gens comprennent

la légitimité du Theremin.

Sa légitimité musicale, plus exactement.

Je ne parle pas de...

Vous me comprenez. En termes de musique écrite.

Mais en un sens, il avait un son non-écrit.

Comme si la musique n'était pas écrite.

Good Vibrations est probablement

la meilleure combinaison d'instruments de tous les disques des Beach Boys.

La façon la plus unique de prendre des instruments conventionnels,

qui n'avaient été associés qu'aux adultes.

Les enfants...

Des enfants de 21 ans, de 25 ans.

Les enfants de Dieu ont une vingtaine d'années.

Ils ont une vingtaine d'années.

Et ne sont pas du tout pressés d'atteindre trente ans.

Là-dedans, des gens de 25 ou 26 ans...

De jeunes adultes, pas tout à fait adultes, mais

assez flamboyants, un peu

fantasques.

Des personnalités fantasques. Un sens de l'humour fantasque.

Avec Good Vibrations...

Ce n'était pas un disque drôle. Il ne me faisait pas rire.

Il me faisait pleurer car j'avais vu...

J'avais vu...

J'avais été sûr tout de suite d'avoir saisi l'idée

que, lorsqu'on prend des instruments classiques,

pour les placer dans un environnement rock,

on raffine la musique.

On éléve le rock and roll.

C'est drôle, personne n'a jamais qualifié Good Vibrations de disque de rock.

C'était un disque de rock. Ça balançait, hein?

Vraiment.

Voilà la mélodie.

Je ne savais pas que ce serait un hit.

On ne pensait même pas le sortir, c'était si bizarre.

- Une contrebasse et un Theremin... - Bizarre.

Capitol Records, notre maison de disques, a dit:

"C'est trop long." Ça durait trois minutes trente-cinq.

Trois minutes trente-cinq secondes.

Capitol Records voulait sortir Help Me, Rhonda.

Non, c'est le nom du disque. Ils voulaient sortir Barbara Ann.

Mais nous voulions les convaincre par la logique que ce disque...

Des gens étaient venus l'écouter chez nous.

Ils étaient excités et disaient: "C'est un méga super disque, mec!"

Moi: "Capitol veut pas le sortir."

"Ne les écoute pas", disaient-ils. "Oblige-les à le faire."

Ce putain de disque est sorti et a été numéro un dans le pays.

Dans tout le pays.

Grâce à ce Theremin et au violoncelle.

J'aimerais mieux ne pas être seul à le faire.

Je ne peux pas monter si haut.

Après le KGB,

Theremin a travaillè au Conservatoire de musique de Moscou.

Dans son laboratoire, il construisait des Theremin,

des violoncelles èlectroniques,

et même quelques Terpsitone.

Il y a travaillè pendant dix ans.

Il ètait populaire parmi les ètudiants.

Ils l'adoraient.

Un jour, un visiteur est venu au Conservatoire.

Pendant qu'on le faisait visiter,

il a reconnu Theremin.

C'était un correspondant du New York Times.

Il a été trés étonné de voir Theremin.

"Vous êtes vivant!", a-t-il dit.

"Oui, je suis vivant", a répondu Theremin. "Je travaille au Conservatoire."

Un article sur Theremin

a provoquè beaucoup d'agitation.

Le vice-prèsident du Conservatoire a dit:

"Les gens n'ont pas besoin de musique électronique.

"L'électricité sert à exécuter les traîtres sur la chaise électrique."

Theremin a été renvoyé.

Son laboratoire a été fermé,

ses instruments ont été traînés dehors

et détruits à la hache.

Au nom de l'universitè de Stanford,

j'ai l'honneur de vous offrir, professeur Theremin,

la mèdaille du centenaire.

Je me contenterai de lire la citation:

"En appréciation de sa participation distinguée

"à la célébration du centenaire de l'université de Stanford, le 1er octobre..."

Nous sommes un peu en avance.

"...1991. Leon Theremin."

Quelle est l'adresse, ici?

Mon adresse était au 37, 54e rue Ouest.

Vous avez aussi vècu ici?

Au quatriéme. C'était chez moi.

Aux autres étages, il y avait des studios de danse,

de musique et aussi de construction mécanique.

Albert Einstein, oui. C'était un théoricien.

Il est d'abord venu avec sa femme.

Elle était violoniste et jouait aussi du piano.

Il m'a vu jouer de l'instrument

et a tenté de jouer lui-même.

Il n'avait pas une trés bonne oreille, mais pourtant

il jouait de mon instrument, mon Theremin.

Si je le voyais aujourd'hui, après toutes ces annèes,

j'ignore si ce serait une bonne chose.

Il est parfois bon de vivre avec ses souvenirs, de ne pas tenter...

Nous ne sommes plus les mêmes, c'est èvident.

La derniére fois, quand je l'ai vu à Moscou,

il m'a dit que, pour lui, je n'étais

pas une réalité.

Il a dit: "Vous étiez un rêve."

Déjà à ce moment-là, il en avait tant vu

que cette partie de sa vie semblait être un rêve.

Lev Sergeivich!

Je suis si heureuse de vous voir!

Donnez-moi votre chapeau.

Vous êtes comme un rêve incarné.

Quel plaisir de nous voir dans nos vieux jours!

Quels vieux jours?

Vous me reconnaissez? J'ai changé de coiffure.

Vous êtes plus grande.

J'ai grandi!

Voilà le premier Theremin que vous m'avez donné. Je l'ai toujours.

Le modéle RCA standard.

Quand ils sont devenus rares,

on a souvent voulu me l'acheter,

mais je ne vendrais jamais

mon petit Theremin chéri!

Voilà une photo de ma sœur Nadia,

et des photos de Lev Sergeivich Termen.

Je les garde toujours à la place d'honneur.

Je n'ai pas mes lunettes.

Et voici mon portrait.

Le son est encore bon.

Quand j'avais besoin d'une main gauche plus rapide,

pour pouvoir, en plus du glissando,

jouer un staccato.

Je vous ai décrit mes besoins musicaux.

Et vous l'avez construit pour moi.

Je vous ai peut-être inspiré,

mais vous méritez tout le crédit, vous êtes le génie qui l'avez créé.

Ça suffit.

Ce n'est pas pour ça que vous êtes venu.

Asseyons-nous tranquillement,

prenons le thé et parlons.

Coupez.

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