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Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Tu as une tête qui ne me revient pas.
Tu aurais pu t'en apercevoir avant. 20 ans qu'on travaille ensemble.
Jamais, en 20 ans, je ne t'ai vu ce faciès opaque.
Moi, j'ai le "faciès opaque" ?
Oui. Parfaitement.
L'oeil vitreux, la lèvre molle,
le zygomatique avachi...
"Le zygomatique avachi" ? Oh, non. Là, tu exagères.
C'est quoi, le "zygomatique" ?
Un muscle facial. "Facial" ?
Un muscle de la figure, si tu préfères.
Je n'ai qu'à t'observer pour voir que tu te dégonfles.
Je ne me dégonfle pas, mais plus je réfléchis...
Il faut bien réfléchir, dans l'existence...
J'en ai vu, des films sur les enlèvements d'enfants.
A chaque fois, les kidnappeurs se font prendre.
Dans la vie, c'est différent.
Dans un film avec "Jame Stéouart"...
"James Stewart."
Non, alors ce n'était pas lui. Je me comprends...
Je te dis que j'ai tout calculé, tout prévu.
Pour les petites annonces aussi :
"Timides, devenez des chefs.
"Notice explicative contre remboursement."
Il y avait longtemps qu'on n'en avait pas parlé.
J'en parlerai autant que je veux.
Celui qu'on a traité d'escroc, c'est moi.
Celui à qui on a cassé la gueule, c'est moi.
Toi, tu n'étais pas là, quand il est venu,
le timide qui voulait devenir chef.
Je montais une autre affaire.
Ah oui. L'élevage des escargots en chambre.
Encore une trouvaille à toi.
On s'est ruinés pour les nourrir,
et quand ils ont été bien gros, ils ont mis les voiles.
Tout l'immeuble a bouffé des escargots
pendant une semaine.
Ca sentait l'ail du 5e étage au rez-de-chaussée.
Il y avait de quoi tomber raide dans les escaliers.
Non. Vois-tu, Paolo,
tu es très intelligent, tu as été dans les écoles,
tu sais le latin, l'américain, le zygomatique et des tas de choses.
Tu es le cerveau, je ne suis que le bras.
Mais aujourd'hui, le bras te dit non.
Sonnerie.
Adieu, Ali. Bonjour, Omar.
Paolo sifflote.
...
Bon...
Restons laveurs de voitures, puisque ton ambition s'arrête là.
Fais voir, fais voir.
C'est joli, hein ?
Mais 2,5 millions...
Malheureusement,
nous n'avons que 250 000 F d'économies.
Et la rivière passe juste derrière ?
Oui.
Ca doit être un bon coin, pour la pêche.
Sûrement.
Seulement, 2,5 millions de francs...
Eh oui.
Dis, Paolo...
Une supposition... Juste une supposition :
si on enlève l'enfant, tu lui feras pas de mal ?
Mais enfin, tu me prends pour un monstre ?
Quant au père, il est assez riche.
Pour lui, 2,5 millions, c'est rien.
Tu crois ?
Les produits de beauté Jumelin,
la brillantine Jumelin,
les crèmes, les savons...
"La pâte dentifrice Jumelin donne un sourire de chérubin."
Il ne sait même pas combien de zéros il a à son compte.
Et sa voiture ?
Je pourrais m'en tailler quatre dans une comme celle-là.
Et son hôtel particulier, avenue Victor-Emmanuel,
son écurie de course...
J'avais bien étudié la question,
j'avais noté les allées et venues de l'enfant, des parents.
Tout était inscrit là.
Nous aurions pu être riches.
Tu ne veux pas. Tant pis.
J'ai pas dit que je voulais pas,
j'ai dit que ça pouvait être dangereux.
Tu vas me suivre, tu vas m'obéir.
Oui, Paolo. Tout ira bien.
Tu te souviens, pour la voiture ?
Une Versailles. Je l'ai rangée juste en face du garage.
Tu ne peux pas te tromper.
Tu prendras la clé au bureau, sur le tableau.
C'est la troisième en partant de la gauche.
"En partant de la gauche." Oui, Paolo.
Bonjour, mademoiselle Rose. Bonjour.
Vous n'avez pas votre compte ? Si, si.
Alors vous ne revenez pas lundi ? Non.
Mon camarade et moi pensons changer de métier.
Nous voulons nous établir à notre compte.
Au revoir, mademoiselle. Au revoir.
Vous paraissez tout bizarre. Moi ?
Pourquoi je serais bizarre ? Je suis très naturel.
C'est peut-être ça qui vous paraît bizarre.
Au revoir, mademoiselle. Au revoir.
Tu m'as fait peur.
Tu prends la Versailles. Je t'attends au carrefour.
...
Mais... Pardon, monsieur.
Ce n'est rien. Il m'arrive aussi de me tromper.
Ces bagnoles se ressemblent. La vôtre est noire ?
Gris bleu, une couleur neutre...
Ces voitures de série changent de couleur au lavage.
Bonjour, monsieur. Excusez-moi.
...
Ah, enfin !
Eh ben, tu en as mis, du temps.
Plus vite. Il faut que nous soyons au Bois avant le gosse.
Mais les parents vont se faire du mauvais sang.
Il faut qu'ils soient inquiets.
S'ils ne sont pas inquiets, ils ne paieront pas.
Oui, c'est vrai.
Il faudrait quand même les rassurer.
Mais oui. On les invitera un soir à dîner.
Ah oui ?
Si le petit ne veut pas me suivre ?
J'ai ce qu'il faut. Qu'est-ce que c'est ?
Un narcotique. C'est du chloroforme.
"Du chloroforme" ? C'est sans danger ?
Non. Tu en verses quelques gouttes sur le mouchoir
et tu l'appliques sur le nez de l'enfant.
Paumé ! Fourneau !
"Fourneau", à moi ? Celui-là alors...
Fais attention, bon Dieu. Je fais attention...
"Paumé", ça encore...
Mais "fourneau"...
...
C'est là ?
Voilà !
Eric ! Eric, assez !
Vous allez blesser quelqu'un.
Les garçons de cet âge ont besoin de jeux turbulents.
Il me semble vous avoir déjà rencontrée.
Vous avez toujours l'air si mélancolique, si mystérieuse.
Moi aussi, il me semble vous avoir déjà rencontré.
Eric ?
Eric pousse des cris d'Indien.
Quelqu'un d'autre pousse des cris d'Indien.
...
...
...
Tu serais pas Aigle noir ?
Si tu veux. Et toi, qui es-tu ?
Renard subtil.
Enchanté. Arrière !
Tu es un sale Comanche.
Je suis un Iroquois.
Ta tribu est ennemie de la mienne. Non, écoute...
Aïe !
En voilà, des façons, entre Peaux-Rouges.
C'est du propre, Renard tranquille.
"Subtil" !
Non, non. Ecoute...
Nos tribus étaient ennemies, mais faisons la paix.
Enterrer la hache de guerre ?
Oui, c'est ça.
On va "enterrer la hache de guerre".
C'est bon. Emmène-moi dans ton wigwam.
Où ça ? Dans ton wigwam, ta maison.
Nous allons fumer le calumet de la paix.
C'est ça, nous allons fumer le calumet de la paix.
T'en as un ? Mais oui.
Un vrai ?
Tout ce qu'il y a de plus vrai. Viens.
Antoine fait l'Indien.
...
Déjà ? Le temps passe si vite avec vous.
Il faut que je vous quitte. A bientôt.
Peut-être.
Vous êtes terrible, je ne connais même pas votre nom.
Eric ?
Eric ?
Eric !
Oh ! Un satyre ! Non, ce sont des Indiens.
Des Indiens ?
- Chauds, les marrons, chauds !
Un petit cornet ? Non, merci.
Si le grand chef veut bien entrer dans le wigwam
de son frère Aigle noir.
Bonjour, Antoine. Bonjour.
Ca va toujours ? Ca va, ça vient...
Qu'est-ce que c'est ? C'est mon neveu.
Il vient passer quelques jours ici.
J'aime mieux ça. Qu'est-ce qu'il m'a fait peur !
Je savais pas que vous aviez un neveu.
Moi non plus. Enfin, je le savais...
Il a avalé sa langue ? Tu dis pas bonjour ?
Dis bonjour à la dame.
Salut, visage pâle ! Oui, oui...
Vous savez, la jeunesse actuelle...
Ils s'amusent un petit peu.
Tu as planté ta tente aussi haut
pour mieux surveiller la vallée ?
Oui, c'est ça. C'est pour mieux surveiller la vallée.
Reste ici.
Allez.
C'est ça, ton wigwam ?
Forcément, à côté de ton wigwam, à toi,
ça doit te paraître bien petit.
Eric pousse des cris de bagarre.
...
Il fait semblant de sonner une cloche.
...
Mon Dieu, le chloroforme !
Je vais tomber.
Aigle noir, qu'est-ce que tu as ?
Je sais pas...
...
Antoine ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Antoine ?
Où est le gosse ? Quel gosse ?
Le fils Jumelin ? Il était avec toi, non ?
Je sais pas, j'ai sommeil. Je vais te réveiller, moi.
Je vais te réveiller. C'est ton narcotique...
Respire bien, respire fort.
Descends de là. Non !
Papa, c'est lui, là-bas !
Je le vois. Petit voyou !
- Il est à vous ? Non.
Oui. Enfin, il est à nous
sans être à nous.
Va le chercher. Comment ?
Va le chercher. Tu veux...
Allez. Pousse pas, hein.
Attention. Ecoute...
Allons, allons...
Lève ta jambe...
...
Descends de là. Viens me chercher.
- Bande de petits morveux !
Espèce de petit vaurien !
Vous allez me payer les dégâts.
Ne vous mettez pas dans un état pareil, monsieur.
Nous sommes entre gens civilisés.
Je porterai plainte au commissariat.
Nous vous paierons. Oui, on paiera.
Faites donc établir un devis.
Vociférations.
...
Pourquoi tu as fait ça ? J'aime pas les vitres.
Evidemment...
C'est une réponse idiote.
Qui c'est, celui-là ? C'est mon ami Paolo.
Il a l'air d'une vitre. Non, non...
Viens voir ce que je t'ai acheté.
Voilà...
Là...
Là...
Paolo siffle.
Dis donc, et la voiture ?
Je l'ai abandonnée dans un terrain vague.
Avec le gosse, tu n'as pas eu de difficultés ?
Il ne se rend compte de rien. Si. Vous m'avez kidnappé.
Mais non. Quelle idée !
J'aime bien être kidnappé. Plus de leçons.
Je suis en vacances.
Dans un sens, il a raison.
Tu ne m'attaches pas ?
Ne parle pas à tort et à travers.
Voilà le hors-d'oeuvre.
Je me sers comme à la maison ? Naturellement.
Une, deux...
trois.
Elles sont bonnes ? Succulentes.
Pas trop d'huile ? Non.
Pas trop d'arêtes ? Non plus.
Bon appétit. Je vais préparer la suite.
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu bois du vin, chez toi ? Oui.
Avec de l'eau ?
Non. Pur.
Paolo, on peut donner du vin pur à un enfant ?
Je m'en fiche. Qu'il boive de l'eau.
Surtout que l'eau est excellente, dans le quartier,
bien meilleure que dans le 8e arrondissement.
Tiens.
...
On frappe à la porte.
C'est qui ? La police.
Déjà ? Tu dois te tromper.
On devrait fuir par la fenêtre. Oui. Ce serait si drôle !
Qu'est-ce que c'est ?
De la part de papa, pour les vitres.
Il a demandé un devis : ça fait 13 700 F.
"13 700 F" ?
Nous n'avons pas bombardé une cathédrale.
Si vous ne payez pas tout de suite, papa va porter plainte.
Tu diras à ton père que...
Qu'est-ce qu'il faut que je lui dise ?
Tu lui diras que nous allons payer immédiatement et sans délai.
Sale crapaud !
Il pleure.
C'est rien, c'est rien. Mais c'est rien.
Du calme, je vais y arriver.
C'est formidable, ce que ça peut tenir.
Je vais t'arracher la tête. Oui, arrache-lui la tête.
Les voisins râlent.
...
Je vais le dire à papa. Non, tu ne vas pas lui dire.
On va te faire un cadeau.
Qu'est-ce que tu veux ? Une voiture de pompiers.
Une voiture de...
Une voiture de pompiers ?
Ah, une petite voiture, un joujou ?
Paolo, à ton avis, combien ça coûte ?
1 300 F. Diable, diable...
Avec la grande échelle. Et sans la grande échelle ?
Ca ne m'amuse pas. Tu entends, Paolo ?
Je te retrouverai sur le sentier de la guerre.
Tais-toi !
13 700 et 1 300...
Ca fait 15 000, tout rond.
Voilà.
Au revoir, mon petit,
et le bonjour à ton père.
Si tu vois quelque chose qui te ferait plaisir,
viens me le dire, je te l'achèterai.
Toi, tu vas... Oh, mes côtelettes.
...
J'ai peur qu'elles soient trop cuites.
Il faut pas te gêner. Non, il faut pas te gêner.
Donne une côtelette à Antoine.
Donne une côtelette
à Antoine. Tu entends ?
Donne une côtelette à Antoine !
Il y en a une à moi, quand même, non ?
Il faut de l'autorité, sans ça...
Eh ben...
Tu vois comment il est ?
Il s'étoufferait plutôt que de te donner un peu de ta part.
Question d'éducation.
Ou une question d'estomac.
Va chercher les bananes.
J'y vais.
...
On le nourrit avec rien, ce petit.
Voilà les bananes.
Antoine sifflote.
...
Paolo ?
Antoine et Paolo ronflent.
...
Pan ! Pan ! Pan !
Que se passe-t-il ? Nous sommes attaqués.
Chacun à son poste ! Pan ! Pan ! Pan !
Fais-le taire, Antoine. Tais-toi.
Pan ! Pan ! Pan !
Ecoute, Renard fragile...
Renard "Subtil". Oui, si tu veux.
Calme-toi, l'attaque est repoussée.
Aigle noir, je vais sous ma tente,
et tu vas monter la garde.
C'est ça, oui...
Je monterai la garde...
Ils ronflent.
...
Aigle noir, tu ne montes pas la garde.
Il siffle.
Il siffle plus fort.
Monte la garde, qu'il nous foute la paix.
Qu'est-ce que tu fais ? Je monte la garde.
Aigle noir, qui est-ce qui fait briller les étoiles ?
Je sais pas.
Eric siffle.
...
Aigle noir, qui est-ce qui fait briller les étoiles ?
"Qui est-ce qui fait briller les étoiles" ?
Dis, Paolo, qui est-ce qui fait briller les étoiles ?
Les étoiles, qui est-ce qui les fait briller ?
Je sais pas, moi.
Tu vois, il sait pas.
On verra dans le dictionnaire demain.
- Non, tout de suite !
Mon Dieu, qu'est-ce que je vous ai fait ?
C'est fini, cette comédie ?
J'ai besoin de sommeil, moi !
Tu ne parles pas, tu siffles. Faux frère.
Tu t'appelles Oeil de serpent.
Oeil de serpent est un sale type Oeil de serpent est un sale type
Mon Dieu, il se couche là.
La Seine prend sa source sur le plateau de Langres.
7 fois 7, 49.
Charlemagne fut couronné empereur d'Occident
en l'an 800...
Oeil de serpent est un sale type Oeil de serpent est un sale type
Eric siffle.
...
Il ronfle.
Eric siffle.
...
Ouille ! Qu'est-ce qu'il y a ?
J'ai trop mangé. Avec moi, ça fait une moyenne.
Je crois que je suis très malade.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Mon Dieu...
Paolo !
Le petit est malade.
Non !
Il manquait plus que ça.
C'est pas sa faute. Il n'a pas bonne mine.
Qu'est-ce que tu ressens ? J'ai envie de vomir.
Où tu as mal ? Au ventre.
De haut en bas ou de bas en haut ?
De droite à gauche.
Plutôt à droite ? Ou plutôt à gauche ?
A gauche. A gauche...
Non, à droite.
C'est pas plus grave.
Paolo...
Il faut un docteur. C'est pas possible.
Pourquoi ? Dans notre situation...
On peut pas le laisser comme ça.
Nous allons le soigner par nous-mêmes.
Si je lui donnais une bonne purge ? Peut-être.
Attends...
Tous les microbes sont là-dedans.
- Aïe, ce que j'ai mal !
Montre ta langue.
Langue chargée...
Douleur au côté droit.
Appendicite...
Voilà !
"Signes essentiels :
"douleur violente dans la fosse iliaque droite,
"au point de Mc Burney,
"à droite de l'ombilic et de la crête de l'os iliaque.
"Nausée, température élevée, pouls rapide,
"troubles nerveux fréquents chez l'enfant..."
C'est bon, ça. D'abord toi.
Moi ? Oui.
Non... Si.
C'est bon.
Là. C'est pour qui, ça ? Encore toi.
Ah, non. Si.
Ah bon ? Si.
A moi, quoi.
"Renouveler la glace..."
Le traitement est très simple.
Surtout, pas de purgatif.
"Pas de purgatif."
De la glace sur le ventre, c'est écrit.
Si c'est écrit... Qu'est-ce que tu attends ?
De la glace ! De la glace...
Je vais la chercher tout de suite.
Tous les bistrots doivent être fermés.
Mets-lui des compresses d'eau froide, en attendant.
C'était pas vrai. Je suis pas malade !
C'était pas vrai. Je suis pas malade !
Excusez-moi, vous auriez pas de la glace ?
Vanille, chocolat, framboise, moka ?
Non, appendicite. C'est pour un malade.
Pardon, je pouvais pas savoir.
Allez au bar à droite, c'est peut-être ouvert.
Merci, monsieur, et bon pain.
Il frappe à la vitre.
C'est pour quoi ?
Qu'est-ce que vous voulez ?
Je voudrais de la glace. C'est pour un malade.
Oh ! Qu'est-ce qu'il y a ?
Le petit a une douleur au côté droit.
J'ai cru qu'il avait l'appendicite. Je voulais lui donner un purgatif...
Oh, purgatif...
On m'a dit qu'il fallait de la glace.
Je voudrais un morceau de glace. Comme ça ?
Un peu plus grand.
Combien ça fait ? 200 F.
Voilà.
...
- Voilà ! Pas la peine de cogner si fort.
...
Maurice ?
Maurice ? Hein ?
J'ai vu un énorme bloc de glace
qui descendait l'escalier.
Oui, ma chérie, un bloc de glace, comme au pôle Nord.
La banquise, les icebergs...
Tiens.
Tiens, prends tes gouttes, mon petit.
C'est tout ce que j'ai trouvé. C'est encore trop.
Comment il va ? Il te l'expliquera lui-même.
Vas-y, répète ce que tu m'as dit tout à l'heure.
C'était pas vrai. Je suis pas malade.
Eh ben, j'aime mieux ça, parce que...
Comment ? C'était pas vrai ?
Tu mériterais que je te file une claque.
Fumons le calumet de la paix.
Couche-toi, maintenant.
Aigle noir, tu es gentil,
mais Oeil de serpent, c'est un traître.
Il éternue.
Dis, pourquoi on éternue ?
"Pourquoi on éternue" ?
Si je te disais pourquoi j'éternue, moi...
Non.
Paolo et Eric rient.
Qu'est-ce qu'il y a ? Mais qu'est-ce que c'est ?
Imbécile, va !
Ah là, t'es fort.
Ecoute-moi. Résumons-nous :
13 700 F, pour les vitres,
1 300 F pour la voiture de pompiers avec la grande échelle,
3 sardines à l'huile, 2 côtelettes,
10 kg de glace, un rhume en perspective,
peut-être même la grippe asiatique, la maison sens dessus dessous
et un voisin qui veut porter plainte.
Elle commence bien, ton idée. Ca alors...
Bois un coup, ça te calmera.
Si vous me donnez du vin demain,
je vous dirai un secret.
Non. Jamais, tu entends ? Pas de vin.
Et pas de gestes.
Paolo crie.
Aigle noir ?
Eric siffle.
Aigle noir ? Qui c'est ?
Hein ?
J'ai scalpé Oeil de serpent à l'aube.
Comment ?
J'ai scalpé Oeil de serpent à l'aube.
Tu as "scalpé Oeil de serpent à l'aube" ?
Oui.
Très bien.
Ce petit est terrible. Il a scalpé Oeil de serpent.
"Oeil de serpent" ? Mais c'est Paolo.
Paolo ? Paolo ?
T'as bien dormi ? Oui, très bien.
T'as pas fait de mauvais rêves ? Non.
Ca me fait un grand plaisir.
Je vais te dire une chose,
mais ça ne te mettra pas en colère...
Ca ne servirait à rien.
Surtout que ça ne te va pas si mal que ça.
Et puis ça repousse vite. Quoi ?
Qu'est-ce que...
Eric rit.
Sale vermine !
Ne l'abîme pas, on doit le rendre.
Laisse-moi faire, je peux être cruel.
Pourquoi tu as coupé les cheveux à Paolo ?
Regarde un peu la tête qu'il a, maintenant.
Tu n'as pas honte, dis ?
Tu mériterais une gifle. Voilà.
Et encore une. Voilà !
Je vais même te donner un coup de poing.
Ne frappe pas si fort, tu vas l'assommer.
Heureusement que tu m'as arrêté.
Ce gamin, il te fait tourner en bourrique.
Il faut en finir. La lettre !
Quelle "lettre" ? La lettre aux parents.
J'avais complètement oublié.
Alors, je relis :
"Monsieur..."
C'est un peu sec. Si je mettais "cher monsieur" ?
Je peux prendre la ficelle ? Non.
Pourquoi tu le contraries toujours ?
Laisse-le prendre la ficelle.
Prends-la, mon petit.
"Monsieur, votre enfant est en notre possession..."
Possession, avec deux "s" ? Evidemment.
Ca en fait quatre alors.
Quatre "s" pour un seul mot, c'est beaucoup, ça.
Lis, lis.
Tu devrais couper ce qui reste. Ca t'égaliserait sur le dessus.
"Nous sommes disposés à vous le rendre aux conditions suivantes :
"vous nous verserez 2,5 millions..."
Non !
2,7 millions.
Tu augmentes ?
Parfaitement.
"2,7 millions,
"que vous déposerez dès demain..."
"Que vous déposerez dès demain
"derrière le tableau 'L'Angélus' de Millet,
"au musée du Louvre."
Que vient faire "L'Angélus"...
"L'Angélus" de Millet,
c'est un coup de génie, tout simplement.
Tu ne comprendrais pas.
Continue.
"Si vous avertissez la police,
"vous ne reverrez jamais votre enfant."
Ah non ! Ca, je ne veux pas.
C'est une façon de parler.
Souligne la dernière phrase.
"Votre enfant..."
"Sinon votre enfant..." Hé, dis...
"...rentrera chez vous le soir même à 20 h."
"Votre enfant rentrera chez vous le soir même à 20 h..."
Signé...
"Deux hommes prêts à tout."
"Prêts à tout" ?
Moi, je suis prêt à rien.
Il est préférable que le destinataire l'ignore.
Ca, c'est l'adresse.
Tu n'as qu'à la recopier.
Avenue Victor-Emmanuel.
Où vas-tu ? Mettre la lettre à la poste.
Tu permets ?
Pour les choses importantes, je ne me fie qu'à moi-même.
Paolo crie.
...
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