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Y a pas mal de flics qui font ça.
Ils écrivent ou ils font consultants.
J'ai essayé d'écrire un bouquin une fois, mais bon.
A deux, ça donnerait peut-être quelque chose, non ?
Non, je sais pas, Valérie.
Excuse le chantier.
On refait tout.
Vincent, t'as un truc qui sort chez toi ?
Toujours les aléas techniques.
Tu relis ça et tu signes en bas.
J'ai mis ton vrai nom. Corentin Mantel.
Pour nous, Adam Vollmann n'existe pas.
Pourtant, c'est moi.
C'est dans ta tête, c'est un pseudo.
Un nom que t'as inventé.
Oui.
C'est marrant comme choix.
T'as hésité ? T'avais d'autres idées ?
Adam, le premier homme. Vollmann, "l'homme plein".
"L'homme entier", si je me souviens de mes cours d'allemand.
On était assis à côté en allemand, en première.
Tu t'occupes de ma plainte ou je te répète tout en allemand ?
Hé, sois pas comme ça ! Je vais le faire.
Ici, ça a pas changé, c'est comme avant.
Tu t'es fait frapper
car t'es pédé, pas car t'es un journaliste qui gêne.
Pardon, Corentin.
- -Adam. - -Je rigole.
- -Si tu prends ça à la blague... - -T'étais pas comme ça avant.
Ironique ou sarcastique.
Ce serait quoi, le bon mot ?
Tu sais, les mots, c'est ton métier.
Justement,
ça.
Selon toi, c'est une basket ou une tennis ?
Ca te dit quelque chose ?
Non. Pourquoi ?
C'est à Lola Montes.
- -Quoi ? - -On l'a trouvée.
Au lac Minot. Où tu t'es fait agresser.
- La pantoufle de vair. - Pardon ?
Comme dans Cendrillon, la pantoufle de vair.
Pantoufle de verre...
Pantoufle de vair, v-a-i-r.
Pas de verre.
Le vair, c'est de la fourrure, d'une sorte d'écureuil.
Des escarpins en verre,
c'est à cause du dessin animé de Cendrillon.
T'as déjà vu des escarpins en verre ?
Alors qu'une fée marraine
et des oiseaux qui cousent, ça passe.
Vous aviez déjà fouillé la zone ?
Oui, tout le secteur a été exploré.
Elles ont été placées là pour que vous les trouviez,
pour donner un effet de réel.
Un effet de réel.
Comme ce bidule à neige. C'est un effet de réel.
C'est un élément du décor qui sert à faire vrai,
à faire croire que t'es une vraie flic.
Je suis une vraie flic.
Bien sûr que t'es une vraie flic, mais sans tes gadgets,
sans ton bureau de flic et tes trucs, on y croirait pas.
A quoi ?
A la vraisemblance du récit.
Quel récit ?
Avec Axel,
Vous vous connaissiez bien au lycée ?
Un peu, comme tout le monde.
Vous êtes sortis ensemble.
Non.
Si, il m'en a parlé.
Vous avez passé une nuit à baiser,
et ensuite, tu le collais, tu t'en vantais.
Je l'ai sucé une fois, dans la salle de bains,
pendant une soirée du Nouvel an chez Mathieu Terenski.
T'y crois à Axel dans le rôle du meurtrier ?
Je crois rien. Une jeune fille a été tuée,
et un homme qui la fréquentait a pris la fuite après.
Y a autre chose que tu pourrais faire pour moi.
Va mettre des fleurs sur la tombe de ta mère.
Tu la connaissais ?
Ouais. On allait à la danse ensemble.
Elle faisait pas de danse.
Ta mère dansait la samba tous les samedis
et la rumba les mardis soirs.
Elle adorait la musique sud-américaine.
Ah oui ? Elle voulait être cosmonaute elle aussi ?
T'avais le droit de te barrer, mais pas comme tu l'as fait.
Elle méritait pas ça, Myriam.
Les baskets rouges relancent l'émotion
et la représentation, comme dans un conte.
Mais je parle avec Dolorès Montes, avec tout le monde,
et justement, Lola Montes, l'image qu'on en donne,
ça sonne faux, fabriqué.
Aucun témoin n'est fiable.
Les mêmes mots vides, répétés par tous.
C'est du récit !
Ils récitent !
J'ai des éléments que personne d'autre n'a.
Le récit...
Le carnet intime d'Axel Challe
et un scénario qu'il a écrit.
Attends, je te rappelle.
Oui ?
- -Je sais où Lola était scolarisée. - -Quoi ?
Comment tu sais que je...
T'arrêtais pas d'en parler quand je t'ai ramené chez toi.
- -Tu m'as ramené chez moi ? - -Oui.
T'étais mal, je t'ai raccompagné, je t'ai mis au lit.
Tu te souviens pas ?
Non.
- -On a baisé toute la nuit. - -Quoi ?
Je rigole.
L'autre soir, c'était Lola par-ci, Lola par-là.
"C'est qui, cette Lola, putain ? On sait pas qui c'est !
"On sait pas où elle allait au lycée.
"On trouve rien d'elle sur Internet."
T'es en train de m'imiter ?
C'est qui, Kiyoshi ? Parce que t'en parlais beaucoup.
C'est ton meilleur ami ?
Ca te regarde pas, en fait.
OK.
Tu viens ?
Allez !
Où ça ?
La scolarité coûte 8500 euros par an.
C'est impossible que Dolorès ait pu payer ça, même pour sa fille.
Messieurs, je peux vous aider ?
Bonjour, je suis journaliste.
Oui . Vous avez pris rendez-vous ?
Oui.
Avec qui ?
Avec le proviseur. M. Sorvino.
T'es sûre ? T'as rien ?
Si ! On a appelé.
Il doit y avoir une erreur.
M. Sorvino est en déplacement, je vois pas comment...
Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
T'inquiète, on dira qu'on cherche les toilettes.
Oh !
C'est là.
Y a un mot de passe.
Essaye ça.
Bingo.
Cathy fait pareil à la médiathèque.
Montes.
Elle était inscrite ici, mais elle est jamais venue.
- Absente depuis le premier jour. - -A cause de l'argent ?
Non.
Les frais de scolarité étaient payés pour l'année.
Marie...
Marie...
Oh, oh...
Ouvrez la porte !
Qu'est-ce que vous foutez là ?
Justin pour Olive,
j'ai deux intrus dans l'administration.
C'était quoi, ton délire de karaté ?
C'était du krav maga. Pardon, c'est un réflexe.
Réflexe de quoi ?
Il allait attaquer. Je l'ai vu dans ses yeux.
Et dans mes yeux tu vois
qu'on est coincés, espèce de taré ?
Pas besoin de devenir vexant !
Ils vont appeler les flics.
Vous nous aurez jamais vivants !
Faut leur faire croire qu'on est des dingues.
On peut passer par les toits.
Après, on attrape l'arbre et on saute.
Oui, non, t'as raison. C'est trop dangereux.
Voilà ! On va s'agripper à la gouttière pour descendre.
C'est plus sûr.
Allez, viens.
Y a aucun risque.
- Réfléchis pas. - -Reviens, espèce de taré !
Fafa !
Tu me ramènes ? J'ai pas de prises !
Merci, madame. Je vous dois la vie.
Allez !
Vas-y. Allez, vas-y !
Allez, hop. Plan B comme Bernard.
Allez, viens. Magne-toi !
Adam, une pause s'impose.
Votre rythme cardiaque
est plus élevé que d'habitude et vos mains sont moites.
Même éteint, n'importe qui peut te repérer avec le GPS.
Je le sais car je le fais. - Tu fais quoi ?
Je me connecte au GPS d'une voiture de quelqu'un que je connais ou pas.
Après, je regarde où il va, tout ce qu'il fait,
sa vie.
C'est aussi simple que de se connecter à la webcam
d'un ordinateur ou d'un téléphone portable.
T'espionnes les gens ?
Tout de suite les grands mots.
La vie des autres est plus intéressante que la mienne.
C'est comme ça.
Moi, j'accepte.
Toi, ta vie par exemple,
elle est super.
Franchement, moi...
je la trouve super.
C'est l'aventure.
Ce qu'on a fait, c'est pas ma vie !
C'est loin d'être ma vie.
Ouais, mais c'était bien quand même ?
Ouais.
En tout cas, maintenant, on est amis. Comme avant.
"J'ai dormi.
"Disons que j'ai réclamé ma part d'oubli.
"Passer plus de temps à dormir qu'à vivre n'est pas bon signe.
"Vers 18 h, je suis allé faire des courses.
"J'ai tenté d'acheter les produits les plus frais possible :
"des fruits, des légumes.
"Je sentais que c'était important.
"Puis j'ai lu un livre.
"Parmi les romans et les essais emportés,
"j'ai choisi le plus beau style.
"J'avais besoin de me laver de la laideur.
"J'ai lu au hasard des pages, surtout des descriptions,
"et j'ai tenté de percevoir l'harmonie d'un monde créé
"et de la langue qui l'exprimait.
"Accoudé à la fenêtre, sans regarder au-dehors,
"j'ai laissé venir l'harmonie.
"C'était cette heure du crépuscule où monte la paix de la Terre
"et même cette petite ville teigneuse en était apaisée.
Oh, oui.
C'est beau.
C'est beau. Bravo.
Même si ça manque de violence.
Ah... je sais pas. Je crois pas.
Vous devez vous sentir bien seul pour écrire ça.
Mais je vous comprends.
Je l'ai en 5 exemplaires.
Il m'en manque un.
Axel l'a emprunté et l'a pas rendu.
Ca fait un moment, il va avoir une belle pénalité.
Cathy, ça va ? - Ca va.
Axel a lu mon livre ?
Il était surtout impressionné quand je lui ai montré.
Il savait pas
que t'avais pris un pseudo.
- Il t'a parlé de mon livre ? - Non.
Je sais même pas s'il l'a lu. Ca, c'est mon bureau.
Ca m'étonnerait pas. C'est pas un type fiable.
Tu le sais mieux que moi.
C'est les cinq dernières années. Tout ce que j'ai filmé à Guerches.
Je fais aucun montage, je mets tout en bloc,
et après, une fois numérisé, c'est en accès libre.
Comment ça ?
Les vidéos sont à la disposition des gens.
Ils peuvent choisir de revoir un jour,
revoir des passages de cette journée,
se revoir eux-mêmes parfois, revoir des gens.
Ca dépend. C'est jamais pareil et c'est toujours pareil.
Je filme rien de spécial, mais quand on revoit ce rien,
ça fait comme des souvenirs.
Tiens.
Tiens.
Voilà !
Allez, viens.
C'est la salle vidéo.
Je dors là, parfois.
J'aime bien.
Y a pas mal de gens qui dorment au bureau,
tu serais surpris.
Génial.
T'as vu la bagnole ?
Oui, c'est moi.
T'es parti, comme ça, sans dire au revoir.
Voilà, ben...
Tiens-moi au courant, voilà.
C'est Fafa.
Bonjour. Je peux vous aider ?
- -Vous êtes marié à Franck Renou ? - -Oui.
Il est arrivé quelque chose ?
Vous êtes de la police ?
- C'est Axel Challe ? - -Non, non.
Adam Vollmann. Je suis journaliste.
J'ai déjà parlé avec votre mari et j'ai d'autres questions.
- Ah. - Je pensais qu'un samedi...
Il est en ville, parti s'acheter un nouveau téléphone.
Ah. Pourquoi ?
Parce que l'ancien est cassé.
Stop ! Ca suffit, Simon, maintenant !
Simon, j'ai dit stop !
Il veut un scooter et son père est contre...
Restez pas là, venez. Je vous fais un café.
Venez !
Il s'agirait d'une molaire de Sasquatch.
Mon mari l'a achetée aux enchères sur Internet.
Une rareté, paraît-il.
Quand je suis arrivé tout à l'heure,
vous avez parlé d'Axel Challe. Pourquoi ?
Franck est obsédé par cette affaire.
Je lui interdis la chasse,
car sinon, il irait dans la forêt pour le traquer.
Et Sarah Challe ?
Oui ?
Sarah Challe ?
Vous la connaissez ?
Elle est venue à la maison installer la fibre avec Axel
et on se croise parfois en ville.
Simon,
c'est bientôt fini, d'errer
de pièce en pièce ?
Je le sais, que les gens parlent.
Franchement, qu'est-ce qu'une femme comme Sarah Challe irait faire
avec un homme comme Franck Renou ?
Vous savez quelque chose.
Non. Non, pardon.
Ca n'a pas de sens !
Une femme comme Sarah avec un homme comme mon Franck.
Pardon de vous avoir dérangée.
Vous pensez
que Franck a une histoire avec Sarah et qu'il a pu s'en prendre à Axel ?
J'ai jamais dit ça. Pardon de vous avoir dérangée.
Et c'est en exclusivité pour TBM,
dans la plus stricte intimité
et avec le plus grand respect pour Lola, sa fille,
que Dolorès Montes nous reçoit pour évoquer ses souvenirs,
notamment dans cette chambre, la chambre de Lola.
C'est la chambre de Lola.
Comment était Lola dans son enfance ?
Petite.
Et elle voulait vraiment être cosmonaute ?
Oui.
Je savais qu'elle irait en haut de la société.
Elle avait ça en elle.
Et un jour, elle a disparu.
Elle a disparu et depuis, c'est fini, y a plus de Lola.
Y a plus mon pinson au coeur verrouillé.
Je la verrai plus jamais faire la gueule...
ou chantonner au matin.
Vous auriez du feu par hasard ?
La photo de votre fille en vacances est fausse.
Elle est truquée. Vous me l'avez envoyée ?
Je sais pas de quelle photo tu parles.
Pourquoi vous en faites un personnage de fiction ?
T'as pas du feu ?
Elle a jamais été un génie des maths, ni une apprentie cosmonaute,
et sa chambre ressemble pas à cette bonbonnière.
On doit encore sentir l'odeur de la peinture rose.
Tu fais quoi, là ? Tu m'enregistres ?
Elle est jamais allée à la Sainte-Union. Pourquoi ?
Pourquoi elle se fait appeler Marie ? C'est qui, Lola ?
Marie, c'était son deuxième prénom, celui qu'elle préférait.
Et comment vous avez payé les frais d'inscription ?
Avec du fric. Le mien.
Ca t'étonne ?
Pendant 10 ans, j'ai mis de côté pour ses études.
Elle s'en foutait, de moi,
de ce que je voulais pour elle, de tout !
Pourquoi vous dites pas que c'était une gamine comme les autres ?
Allez, chut. Chut. T'as aucune idée de qui elle était.
Y a que moi qui sais. Fin de l'histoire !
Tu ferais mieux de faire gaffe à toi.
Il paraît que t'es déjà pas populaire.
La prochaine fois, ils feront plus que te casser la gueule.
Vous avez touché combien pour votre exclu avec TBM ?
Tiens, regarde.
Leur prochain scoop, à TBM. Axel Challe et l'arme de son crime.
D'où ça sort ? Pourquoi vous l'avez pas montrée aux flics ?
Je viens de la retrouver dans les affaires de ma fille.
- J'avais mal cherché. - -Ouais...
Ou c'est un montage que vous venez de faire.
T'es prêt à tout pour sauver le cul d'Axel Challe ?
Vous vous tenez par les couilles.
On te fera sauter toutes tes dents et tu crèveras, comme ma fille.
Parce que ma fille est morte, tu te souviens ?
C'est ton copain qui l'a tuée.
Tu es le seul à croire que c'est pas lui. T'es sûr ?
Tu le connais si bien pour croire ça ?
Je sais pas.
Ah ouais ?
Si, tu sais.
Tu sais que la rage, ça peut bouffer n'importe qui.
Tu connais bien, la rage.
Non, je sais pas.
Tu te prends pour qui ?
Réponds. Je te pose la question. Tu te prends pour qui ?
Je vais te dire ce que t'es. T'existes pas. Dégage.
Allez, allez.
Sur la table, il y a une pomme.
Elle est rouge, lavée de jaune, plus large que haute,
comme tassée.
Elle est imparfaite, bosselée et dissymétrique.
Sa peau est légèrement piquetée de pointes noires.
Elle est là.
Cette pomme n'est pas une représentation,
une image ou une fiction.
La pomme a pu séduire Eve ou Adam,
elle a pu empoisonner Blanche-Neige mais ce n'est pas cette pomme-là,
devant moi,
qui n'a rien d'une histoire, qui est simplement une pomme.
Je pourrais dire que dans cette simplicité se tient le monde,
mais ce serait l'irruption encore une fois de l'altérité du symbole.
Une pomme.
Juste une pomme.
Rouge,
lavée de jaune.
Bonjour.
Bonjour.
Comment tu t'appelles ?
Je m'appelle Adam.
Takumi, arrête de jouer dans la chambre de maman et papa.
Viens manger.
Adam ?
Oh, non.
Je peux tout t'expliquer.
Ce n'est pas ce que tu imagines, OK ?
Non...
"Que craignez-vous ?
"Parlez, c'est trop longtemps se taire."
- Seigneur, de ce départ. - "Seigneur de ce départ..."
Quel est donc le mystère ?
Souvenez-vous que je cède à vos lois
et que vous m'écoutez pour la dernière fois.
Ah ! Que me dites-vous ?
Corentin, s'il te plaît. J'ai pas fini ma réplique.
Bon, reprends.
Reprends. - De ce départ, seigneur...
quel est donc le mystère... - Non !
Corentin !
Merde !
Whitney, donne-moi ton texte, s'il te plaît.
Que vous dirai-je enfin ?
Je fuis des yeux distraits
qui, me voyant toujours, ne me voyaient jamais.
Adieu, je vais le coeur trop plein de votre image,
attendre, en vous aimant, la mort pour mon partage.
Tu l'as lue ?
- Quoi ? - La lettre de ta mère.
Non.
Alors, pourquoi t'es revenu ici maintenant ?
- Ca sert à rien, je l'ai jetée. - Quoi ?
Cette lettre était pour elle.
Pour se justifier auprès d'un garçon qui existe plus.
Allez, vas-y. Une de plus, une de moins.
Pardon, excuse-moi. C'est parti tout seul.
De toute façon, je sens rien, tu peux y aller.
Tu seras pas le premier ni le dernier.
Pardon, excuse-moi, Coco.
La lettre.
Je l'ai jetée, je te dis.
Je sais, ça se fait pas, mais...
je fais rien comme les autres, tu le sais.
Je fais rien que de la merde.
"Mon cher fils..."
Qu'est-ce que tu fous ?
"Ce que l'on garde pour soi
"nous construit autant que cela nous détruit."
Je la connais par coeur. - Tu l'as lue ?
"Je t'écris, je n'ai pas une adresse,
"je t'écris à toi cette lettre que..."
Arrête. S'il te plaît, tais-toi.
"J'écris à ton absence. Mais il faut que je me débarrasse."
Je t'écris, je n'ai pas une adresse.
J'écris à toi cette lettre que tu ne liras peut-être jamais.
J'écris à ton absence,
mais moi aussi, il faut que je me débarrasse.
Ton départ a ruiné la mère que j'étais
et que je serai toujours, même sans toi.
Mais il a enchanté celle qui aurait voulu avoir ton courage.
Moi aussi, j'ai rêvé de partir.
Tu es parti, mais tu n'as pas fui.
On fuit quelqu'un, quelque chose qui nous a blessé,
qui risque de nous anéantir.
Tu as pu te le dire,
mais tu n'étais pas sous une telle menace.
Tu es parti parce que tu voulais autre chose,
tu voulais aller vers ce que tu croyais être ta vie.
Comme tu ne savais pas comment faire,
comme tu aimais les grands gestes et les grands sentiments,
tu t'es arraché salement,
en me rejetant.
C'est comme ça.
Un geste dégueulasse,
à la mesure de la violence que tu avais en toi,
mais...
aussi d'une liberté dont je ne peux qu'être jalouse.
Moi aussi, j'ai pu croire que la vie serait plus grande.
T'en penses quoi ?
Je sais pas.
C'est cruel. Pour toi.
T'as pas d'enfant, Jean-Jacques. Tu peux pas comprendre.
Excuse-moi.
Je ne t'ai pas protégé comme tu l'aurais voulu.
J'ai pas été
partenaire de tes croisades, de ton combat contre les autres.
J'ai essayé de faire autrement, je me suis trompée.
J'ai pas compris.
Dans cette incompréhension, je suis devenue ton ancienne vie.
Et il t'a fallu rompre avec l'énergie et l'insouciance
de l'enfant que tu étais.
Je vais bientôt mourir,
mais j'ai une chose aussi à te dire, même si tu ne me liras jamais,
c'est que je ne suis pas morte à cause de toi.
Je me suis adaptée à ta disparition.
J'ai eu une bonne vie avec Jean-Jacques, même sans toi.
Tu as du caractère, moi aussi.
T'as eu le courage de partir, j'ai eu celui de rester.
Et finalement, peut-être que...
ton départ a été une bonne chose pour moi aussi.
Hm.
Maintenant que t'as trahi ta mère...
Maintenant que t'as trahi ta mère, il te reste peu d'excuses.
J'espère que t'es devenu celui que tu voulais être.
T'as mal ? Fais voir ?
Ca tient bien.
Bon boulot. Je suis pas complètement nulle.
Tu lis quoi ?
Je fais des maths.
Je croyais que t'écrivais une de tes pièces.
Tu me racontes rien.
Axel Challe, Axel Challe, Axel Challe,
Axel Challe, Axel Challe, Axel Challe...
Où t'as eu cette photo ?
- Ca peut faire quoi ? - Elle est truquée.
C'est Lola, non ?
C'est un montage, elle a jamais été dans cette piscine.
Et alors ?
Pourquoi vous voulez salir sa mémoire, à Lola ?
Pourquoi vous la laissez pas en paix ?
Mais...
Parce que...
Elle est pas en paix !
Qu'est-ce que vous en savez ?
Qu'est-ce que vous voulez ?
La vérité.
Laquelle ?
La vôtre ?
Vous croyez que vous allez dévoiler un truc ?
Que vous allez faire éclater un complot ?
Une grande machination ?
La photo est truquée et quoi ?
C'est juste quelqu'un qui joue avec vous,
quelqu'un qui se fout de votre gueule et rien d'autre.
C'est rien d'autre, car il y a rien à dévoiler ici.
Y a rien de mystérieux.
Y a que le mal qui a détruit la vie d'une pauvre fille.
C'est tout.
Parlez maintenant. Après, ce sera trop tard.
De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur ?
Axel ?
Sous-titrage : VDM
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