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(crépitements de flammes)
(froissement de papier)
(raturage rapide)
(musique mélancolique)
(crépitement de flammes)
(♪♪)
(♪♪)
(cri) (coup de feu)
(musique sombre)
♪ Mon histoire ♪
♪ C'est l'histoire d'un amour ♪
♪ Ma complainte ♪
♪ C'est la plainte de deux coeurs ♪
♪ Un roman comme tant d'autres ♪
♪ Qui pourrait être le vôtre ♪
♪ Gens d'ici ou bien d'ailleurs ♪
♪ C'est la flamme ♪
♪ Qui enflamme sans brûler ♪
♪ C'est le rêve ♪
♪ Que l'on rêve sans dormir ♪
♪ Un grand arbre qui se dresse ♪
♪ Plein de force et de tendresse ♪
♪ Vers le jour qui va venir ♪
♪ C'est l'histoire d'un amour éternel et banal ♪
♪ Qui apporte chaque jour tout le bien, tout le mal ♪
♪ Avec l'heure où l'on s'enlace ♪
♪ Celle où l'on se dit adieu ♪
♪ Avec les soirées d'angoisse ♪
♪ Et les matins merveilleux ♪
♪ Mon histoire ♪
♪ C'est l'histoire qu'on connaît ♪
♪ Ceux qui s'aiment ♪
♪ Jouent la même, je le sais ♪
♪ Mais naïve ou bien profonde ♪
♪ C'est la seule chanson du monde ♪
♪ Qui ne finira jamais ♪♪
(tonalité)
(Vincent): T'as pratiquement rien à faire.
- Oui, mais je m'en crisse! Je...
Je ne m'endure plus. Là, je...
Check, ça me tente pas. Faites-le sans moi, celle-là.
- Fais-moi confiance, OK?
(soupir) On s'en reparle tantôt.
(soupir)
(musique sombre)
(Anna): À ce qui paraît, je m'appelle Anna.
(cris) Puis à ce qui paraît,
je suis une « écriveuse » parce que je passe mes journées
à chier tout ce que vois sur mes papiers.
Ce que je vois puis... ce qui me décâlisse.
Écrire c'est comme...
des courts-circuits dans ma tête.
(coup de klaxon) Qu'est-ce que tu me veux?
- Veux-tu une ride? - Je suis correcte.
- Fais un petit sourire, là.
C'est la deuxième plus belle chose
qu'une femme peut faire avec sa bouche.
Voyons, tabarnak, ostie de folle!
Envoye, go! Va chier, ostie!
(musique de tension)
(soupir)
- Mon frère dit que c'est tragique, mon affair,
à cause que j'écris plus souvent que je parle.
(musique sombre)
Vincent...
C'est ça, le problème, quand on trouve
quelqu'un trop beau trop longtemps.
On finit par le détruire.
(grésillements)
Parce que la beauté, c'est insupportable à la longu.
(musique rythmée) (sirènes)
(cris d'une foule)
(crescendo dramatique)
(respiration saccadée)
(léger brouhaha)
Vinz aurait dû naître dans les années 50.
Dans sa tête, tout se passe comme les vieux films de Brand.
Genre ceux du biker
puis du tough guy sur les boats, là.
(musique de tension)
- Hé! Puis, bonne récolte?
La pêche a été bonne? - Tiens, faut que je fly.
- Attends, attends. Faut que je compte.
- Veux-tu que je t'aide à compter?
(petit rire)
- C'est parce que ça,
c'est un petit peu maigre comme cut.
- Qu'est-ce que tu veux? L'économie.
- Ouais. Bien, va falloir
que t'en donnes un petit peu plus,
si tu veux continuer d'opérer dans le bout.
- T'auras plus, la prochaine fois.
- Hé! Là, la maison
ne peut plus te faire de crédit, OK?
Qu'est-ce que tu veux? L'économie.
(en anglais)
(musique de tension)
(léger brouhaha)
- Pas de poches dans mon manteau.
- Yo, j'arrive avec mon hook, man,
je le knockout right then and there, dude.
- Bullshit, man. - Non, je te jure, dude.
Ça s'appelle jazzer. Check ça.
(Anna): Il doit y avoir rien que Mirko qui achète le cartoon
que mon frère est devenu.
- Alright, les boys, merci, merci.
(en anglais)
Muhammad Ali. (Anna): Ça doit être le seul
qui l'aime autant que moi aussi.
- T'as trouvé ce que je t'ai demandé?
- Yes, mom, stress pas. Dans le coffre.
- C'est ça? - Bien, quoi?
Cadi, dude!
- Le point, c'est de pas se faire remarquer.
- Embarque.
(musique de tension)
- Peu importe ce que Vinz ou les autres disent,
moi, j'ai rien d'une écrivaine.
Ça me fait chier les histoires, ça me fait chier
parce que ça vient avec des fins.
Tu sais, c'est décâlissant qu'il y ait une fin
aux personnages qu'on m'a forcée à aimer.
Il y aurait toujours
quelque chose d'autre à raconter.
Mettre à mort leurs histoires avec des points...
Les auteurs!
Les pires ostie d'assassins.
- Envoye, envoye, envoye! (petit rire)
Fuck you! (petit rire)
(fredonnement) (Anna): Parlant d'assassin,
je pense que j'aurais tué le pape
si on me l'avait demandé,
juste pour pas faire cette job-là.
- Drop-les là. - Well, hello, baby!
- Mais aucun argument
que j'aurais pu donner à Cindy aurait marché.
- Un double!
Une slush, la-la-la-la... La bleue.
- Je suis en train de closer, là.
- Puis un verre de lait pour mon amie.
(ricanement) - Pour elle,
danger égale fun.
- Hum!
- Du vrai fun.
(aspiration forte)
(reniflement)
Puis elle finit toujours par suivre les boys.
(claquement de porte)
Je suis la seule ici qui a pas de couilles, ici.
(musique sombre) - Hé.
C'est l'heure, là. (fracas)
What the fuck?
- Oh, c'est vrai! On vous a pas prévenus.
- Mais oui, c'est vrai. On vous a pas prévenus.
(cri) (rire)
(fracas)
(sirènes)
(ricanement)
(radio)
(musique latine)
(grognement de douleur)
- Ah! Bonne nuit!
(rire) - Carnaval, câlisse!
(ricanements)
(fracas de vaisselle)
(musique de tension) - Tiens.
- Merci. - Qu'est-ce qui se passe ici?
- Ah, ça? Ça, c'est un carnage.
(ricanement)
- Quoique « hold-up » pourrait aussi faire la job.
(grognements de lutte)
- Anna, Anna! Pogne ça. (cri d'attaque)
(grognements) (cri de douleur)
(cri de douleur)
- Je vais aller chercher Mirko! - Oui.
(grognements de lutte) - Tabarnak, viens ici!
(musique latine) - Mirko!
Viens-t'en! Viens-t'en! On se fait ramasser.
(bips de voiture)
(musique latine)
- Tu vas crever, mon tabarnak!
Envoye, envoye, ostie!
Envoye, ostie! - Hé!
- Tu vas crev-
(en espagnol)
(musique de tension)
- Tabarnak. Va chier. (grognement)
- Come on, let's go, come on.
Let's go! Dépêchez-vous, man!
(cris excités)
- Qu'est-ce qui vient de se passer?
- Il se passe qu'on est riches en tabarnak!
(rire excité) - Oh my God!
- Yo, c'était qui, le fucking grizzly?
- Le proprio. - En tout cas,
il y avait l'air d'avoir un gros crush sur toi.
Il te lâchait pas. (ricanement)
(fracas) - Wow!
- Tabarnak, je vais m'attacher.
(crissements de pneus)
(fracas) (cris)
Oh my God!
(ricanement)
- Sacrament!
(cri de rage) - Fuck!
(fracas)
(musique sombre)
(Anna): Mon frère vit selon un pacte d'anarchie absolue.
(exclamations excitées)
Un pacte qu'il s'est lui-même créé,
puis avec lequel il nous tient soudés tous les quatre.
(en anglais)
Quant à moi, la sainteté de sa révolution
est juste une belle excuse pour braquer
tout ce qu'il y a de plus cheap dans la ville.
(conversation indistincte)
Ouais. Ça, pour Vincent,
c'est l'essence même de notre triomphe
sur ce que vous appelez « la société ».
Fuck. (petit rire)
Hé, les vrais Sex Pistols de l'anarchie moderne, hein?
Vous l'avez trouvé où votre gun, by the way?
- Oh, Anna, criss. - Yo, Cin.
T'as pogné des clopes?
- Oh, j'ai pogné bien mieux que ça, check.
(rire) - Criss ça dehors! Voyons!
(cris) Criss ça dehors!
- Elle est sérieuse, elle? - Arrête!
Tu t'arranges pour qu'on se fasse coller,
criss! (rires)
(en anglais)
(cri)
(rire)
(musique sombre)
(vrombissement)
(♪♪)
(cris et rires excités)
Allez, venez!
- J'ai toujours trop aimé Vincent.
Trop, genre, atomique.
Je priais pour laisser sur lui
une impression qui brûle la peau.
Pour coller à lui, puis jamais le perdre.
(conversation indistincte) (rire)
Pour lui, je me prenais
pour une vraie de vraie guerrière,
prête à suivre mon héros
dans toutes les fuckings tranchées de la ville.
(conversation indistincte)
Lui puis moi, parfaite fusion.
On était baveux en ostie.
- J'ai quelque chose de pogné dans la gorge.
C'est la crème glacée...
- Mais ça, c'est cool quand t'es ado.
Astheure, me traiter comme sa poupée vaudou
lui donne un purpose, faut croire.
Mais moi, j'en ai pas de tabarnak de purpose.
- Tu sais qu'en revendant ça,
on pourrait se payer un ostie de voyage?
- Comme quoi?
- Comme fucking loin,
comme sur une île, genre. - Pourquoi une île?
- Pour que moi puis Vinz on se marie sur un gros bateau.
- Aucune chance. (petit rire)
- Cindy + Pina Colada = un shit show!
- Come on! C'est mon rêve.
Ce serait hot and sexy.
- Parfait, bien continue de rêver.
- T'es juste jaloux
parce que t'en as pas de rêve, toi.
Je vais y aller, me marier avec toi, moi.
- Oh... - OK, guys.
Si mon calcul est bon, là...
(roulements de tambour)
(brusque inspiration)
Il y en a pour un peu plus de 100 000.
(musique enjouée) (brusque inspiration)
- Fait que...
Un bateau?
(rire)
- Non, une opportunité.
(rires)
(moqueuse): « Une opportunité. Euh, excusez-moi,
nous cherchons une opportunité. »
- « Oui, j'ai beaucoup de cocaïne
et je suis un entrepreneur. »
- Auriez-vous vu mon opportunité,
monsieur Mirko? - Donnez-moi-en.
(Cindy): Oh, câlisse. (Mirko): Et shit.
(Vincent): Si t'essaies celle-là, ça marche-tu?
(Mirko): Je sais pas.
(Anna): Si je pouvais rien qu'en allumer une...
(reniflement) (Vincent): Yo, câlisse, Cin!
(Cindy): Ah!
(Vincent): Arrête! (Cindy): Oh...
(Vincent): Pas moyen d'être sérieux, deux secondes?
(Cindy): Fuck! Je vous le confirme,
elle est bonne en tabarnak! (rire)
- ...je ferais tout brûler.
(Vincent): On la revend, et avec le cash,
on step up notre game.
on step up notre game.
On s'achète d'autres guns, on grossit notre crew...
(Mirko): Ouais, puis on frappe encore plus fort next time,
genre next level.
(Cindy): Fuck. Badass, les chums.
(Mirko): Puis on s'attaque à ceux qui ont le vrai cash.
- Il y a juste ça qui pourrait arrêter
les délires de Vinz. (Vincent): OK, on grossit,
puis on se donne les moyens de s'imposer,
de se faire respecter dans le quartier.
(Anna): Ouais, puis après, on enlève du monde,
on les prend en otages, on les torture--
(Vincent): Je te parle d'avoir un meaning, OK?
Sinon, c'est quoi, notre raison d'être?
C'est pas là-dessus que t'écris tout le temps,
dans ton ostie de cahier? (Anna): OK, c'est beau, Castro.
On fait des petits jobs pour survivre
puis faire nos affaires, pas partir en guérilla
puis changer le monde (Vincent): Non,
il y a pas d'avenir, dans le monde.
Faut investir ailleurs. (Cindy): OK, OK.
Fait que, hum...
Une île puis un bateau, ça, c'est far stretch,
mais un commando, et guérilla,
des guns... Ça, c'est correct?
(Mirko): C'est quoi, ton fix avec les bateaux?
(Cindy): J'ai des goûts de luxe depuis que je suis riche.
(ricanement)
(Anna): Anyway, on est pas si riches, là.
(Vincent): Touche pas à ça.
(Anna): Va quand même falloir donner
la moitié du cash à Micky. (Vincent): Oublie Micky.
On a assez donné. C'est à nous autres, ce cash-là.
(Anna): Bon. Là, allez écrire votre révolution au propre.
Nous autres, on corrigera plus tard, OK?
(Vincent): Tu te penses au-dessus de ça, toi?
La journée où tu vas faire quelque chose d'utile
pour nous faire avancer, là, tu parleras.
- Ah! (cri excité)
(rire) - J'ai soif.
- Qu'est-ce que tu veux?
(en anglais)
Toi, décrisse.
(grognement d'effort) (choc lourd)
(grognements d'effort)
(chant de la marche nuptiale)
(ricanement)
(musique sombre)
(soupir)
(♪♪)
(♪♪)
(soupir)
(sirènes au loin) (raturage)
(grognement endormi) (soupir)
(reniflement) - What's up?
(soupir)
- Pas dormi, toi?
- Hum?
Qu'est-ce que t'en penses
si on passe la journée, rien que nous deux?
- T'essaies-tu de me dater, toi?
- 100 %. - Nice!
J'ai une idée.
Je vais t'emmener magasiner.
T'es due. (soupir)
- OK, bien, faut se bouger
parce qu'il est déjà 2 h.
- 2 h?
Il est jamais trop tard
pour partir la journée du bon pied.
Puis ça, ça veut dire aller voir Zhao
parce que je sortirai pas d'ici vivante.
Hé, tabarnak...
(crescendo musical)
(clochette d'entrée) Hé, hé, hé, Danny boy!
- Salut, toi. Ça va? - Ça va?
- Bien, oui. Bien, oui. - C'est à qui ça?
- Tu peux le prendre. - Il est beau, mon chapeau?
- Fancy. - Nouveau. Zhao baby!
- Oh, les filles, oubliez ça, je suis sold out, là.
Mmm-mmm. - Non, mais... hé, hé!
Juste un petit peu de pharmacie pour me calmer, hein?
- Avez-vous réussi à quitter votre petite secte, finalement?
- Ouais, ouais, ouais. Moi puis Cin,
on quitte le boy band
puis on se part une carrière solo.
- Ouais. - Attaboy!
Puis toi, la tueuse en série?
(conversation indistincte)
(musique de tension)
(conversation indistincte)
(conversation indistincte) - Cin? Cin!
On se pousse.
- Oh, shit. - Qu'est-ce qui se passe?
Hé, hé, les filles, restez donc!
On commence à s'amuser! - Oh, excusez!
Ah, câlisse...
(musique de tension)
(cri)
Fucker!
Oh my God! J'ai fait le saut.
(crissements de pneus)
(♪♪)
- Ils nous ont pas suivies?
- Je pense pas.
Qu'est-ce qu'il faisait là?
Criss, c'est quoi, les chances? - Fuck.
- Quoi? - Fuck, fuck, fuck! Mon cahier,
je l'ai pas, mon sac était ouvert!
- Tu t'en achèteras d'autres, des cahiers.
- Je peux pas. Je vais aller checker...
- Anna, Anna! On se fera pas tuer pour des poèmes, OK?
Même si je les trouve très, très beaux, tes poèmes. Envoye!
(musique sombre)
- Vous êtes sûres? - Ouais.
- Puis tu dis qu'il était avec Micky?
- Ouais. - Puis vous êtes certaines
que c'était le dude du bowling? - Oui!
- Ils vous ont-tu reconnues? - Je viens de te le dire,
je le sais pas. - Il y a-tu des chances
qu'il vous ait suivies? - Non.
On a pris les ruelles, OK?
- Vinz.
OK, c'est quoi l'affaire, là?
(musique de tension)
- Zhao nous a raconté une rumeur...
- ...que Micky se sert
de spots random dans le bas de la ville
pour cacher de la dope en transit.
- Ouais, puis on pensait que c'était de la bullshit,
comme ce que Zhao raconte toujours.
- Tu me niaises? (soupir)
Hé, vous êtes
des ostie de caves, vous autres, hein?
Voler le boss sur son territoire?
Voyons, câlisse, c'est sûr qu'on se fait pogner!
- Puis ça vous tentait pas de nous mettre dans la loop?
- Vous auriez jamais dit oui. - C'est sûr, tabarnak,
c'est la pire des idées!
Il y a personne de sensé qui ferait ça!
- On parle quand même de 100 000 piasses.
- OK. Fait que, vous êtes sérieux, là?
On s'embarque là-dedans? (soupir)
(en anglais)
- Hé, attends. Tu t'en vas nulle part, là.
OK? C'est pas le moment de paniquer.
Vous avez croisé le proprio, that's it.
Puis anyway, il a peut-être même pas fait le lien.
Si on le recroise, il va y avoir d'autres options.
Ostie que t'es delusional! Fuck!
(soupir) (pas s'éloignant)
- Vinz.
Juste... Juste laisse-la faire.
(musique sombre)
(pas s'éloignant)
(profond soupir)
(cri de rage)
(respiration haletante)
(fracas métallique) Oh! Oh!
(halètements)
(crépitement des flammes) (halètements)
- Penses-tu que je le sais pas que tu m'espionnes?
(Cindy): Hum.
T'es cute quand t'es fâchée.
(soupir)
Tu te rappelles-tu,
la fois qu'on a quitté le centre?
Qu'on est revenues joindre ton frère ici?
- Coudonc. Nostalgique, à soir. - Bien, quoi?
Criss-moi patience.
- C'est vrai que ça fait tellement longtemps,
mais en même temps, pas. - Hum.
On a bien dû repasser le plan 1000 fois.
(petit rire)
- Hé, t'avais mis tellement de somnifères
dans le café de la surveillante.
- Mme Bouboule! (ricanement)
Elle s'est peut-être jamais réveillée,
l'ostie de vieille vache. (rires)
(rire)
Tu te souviens-tu?
Tu nous avais inventé des personnages
pour notre vie d'après. Bien, oui, criss!
Moi, j'étais, euh...
(en choeur): Bonnie Parker.
- Puis toi, t'étais fucking Agota Kristof.
- Agatha Christie. Whatever!
Moi, j'étais une vraie terroriste.
(imitation de tirs)
Tout le temps des guns dans les mains.
Puis toi, t'étais comme:
« J'avais écrit huit best-sellers,
c'était tout rendu des films... »
(petit rire)
(en anglais)
- J'y crois encore, moi, à ce rêve-là.
(crépitements de flammes)
Mais je sais pas. Avec le temps, on dirait
que ton rêve, c'est devenu celui de ton frère.
Tu sais...
À un moment donné, tu pourras pas toujours
le laisser décider pour toi
ni chialer que la vie est contre toi.
Hum?
T'es plus une bad bitch que ça. Hum?
Tiens.
(en anglais)
(crépitements de flammes)
(musique sombre)
(coup de feu)
(brusque inspiration)
(soupir)
(forte expiration)
(musique sombre)
(reniflement)
(conversation indistincte)
(Anna): Cindy a jamais parlé de même à personne.
Avec son coeur, tu sais?
- C'est anti-cancer, du ketchup, dude.
- Faut qu'on se parle sans les boys.
Il y a peut-être moyen d'arranger les affaires,
elle puis moi.
- Oh, fuck, il est tout fondu! (fracas)
- Ça me tentait juste pas de jouer à la cachette à matin.
Elle est où, ostie?
(musique de tension)
(pépiements)
(croassements)
- Anna!
Tu sais-tu ce que j'aime le plus,
moi, du restau?
C'est un genre de no man's land,
où est-ce que tout est easy going.
Tu sais, le monde, ça rit, ça boit,
ça mange, ça a du fun... Ça se rend pas compte que, moi,
je suis là, que j'écoute tout-- - OK, coupe ça short.
- Votre petit stunt
vous a rendus pas mal populaires.
- Quel stunt? - Ah, non, non, non, pas toi.
Pas toi. Fais-moi pas ça. Fais-moi pas...
T'es plus intelligente que ça!
Je t'aime bien, Anna, t'es cool.
Tes petits amis, par exemple... Arf!
- Qu'est-ce que tu me veux?
- Regarde, vous êtes safe, pour l'instant.
Je vous ai gagné un peu de temps, mais...
Micky, en général, il est pas bien, bien patient.
Ah! Hum.
Tiens.
Il y a un de mes réguliers qui a trouvé
le petit cahier que tu traînes partout.
- Pourquoi il te l'a pas juste laissé?
- Mmm-mmm.
(musique sombre)
(Anna): J'aurais tellement vouu qu'avec le temps,
mon frère réalise que c'est pas nos niaiseries
qui m'enflammaient.
J'aurais voulu le convaincre
qu'on vaut quelque chose, nous autres avec,
puis qu'on peut exister autrement.
(annonce indistincte aux haut-parleurs)
Mais plus que j'essayais de lui rentrer dans tête,
moins je faisais partie de la famille.
Ça te donnerait quoi d'être toute seule?
Toute seule puis séparée de celui que t'aimes.
Pourquoi anéantir celui que t'as toujours trop aimé?
(musique sombre)
- Entrez, entrez.
Ah non, le C.A. n'est pas d'accord.
Oui, moi, je ne vais pas revenir sur ma décision.
Revenez-moi, oui.
On en reparle. Allez, au revoir.
(soupir) Bon, pardonnez-moi
- Je viens pour mon cahier.
- Ah!
C'est vous qui se cache derrière cette plume?
Formidable. (petit rire)
Pardonnez mon intrusion,
mais je n'ai pas pu m'empêcher de vous lire.
La manière dont vous racontez vos épisodes...
est franchement surprenante.
- Mes épisodes?
- Oui, je veux dire, votre journal.
« Le problème,
quand on trouve quelqu'un trop beau trop longtemps,
c'est qu'on finit tôt ou tard par le détruire. »
J'ai beaucoup aimé. - OK.
Je peux-tu juste le ravoir, là?
- Bien sûr, oui.
Hum...
Il y a une grande authenticité
dans votre écriture.
Je ne pense pas avoir lu
quelque chose d'aussi rageur depuis longtemps.
Philippe Albert.
Enseignant au département
des littératures de langue française,
ici, à l'université.
Vous avez du talent plus que vous ne semblez l'imaginer.
- Tu me connais pas.
Tu sais pas ce que je pense de mon talent.
- Si le coeur vous en dit,
je serais ravi de vous aider.
- M'aider à faire quoi? - À achever
ce qui pourrait devenir un roman percutant.
(petit rire moqueur)
- J'ai pas besoin de ta pitié.
Tu penses que j'ai besoin d'être sauvée?
- Non, d'être lue.
(musique sombre)
(rumeur du métro)
(brouhaha)
- Les deux, man.
Les deux sont pas fiables, tabarnak.
- Arrête ça, man.
Mais c'est pas les filles, le problème, c'est nous!
Yo, tu sais quoi? C'est moi, le problème.
Je suis toujours avec toi, man, je te back up tout le temps.
- Tu penses que c'est nous, le problème, là?
Tu penses que c'est toi, le problème?
- J'aurais dû être plus dur avec toi, te dire:
« Non, c'est pas un fucking bon plan! »
- Ferme-la, man! Fais juste la fermer!
- J'ai pas un bon pressentiment. - Ferme-la!
(grognement énervé) - J'ai un bad feeling.
Ostie qu'on est stupides, man.
Ostie qu'on est stupides. Mais tu sais,
j'ai ton back pour toujours, man.
J'ai ton back pour toujours. - Ferme-la!
Je ne m'entends plus penser, man.
(déclic d'arme à feu)
(sirènes au loin)
(déclic d'arme à feu)
(ouverture de porte) (soupir)
- Fuck!
Voyons, t'es fou?
- T'étais où? - C'est quoi, ton problème?
Qu'est-ce qui se passe?
- Cin est pas avec toi?
- Non. - Elle est où?
- Je sais pas, je l'ai pas vue à matin.
Je suis allée chercher mon cahier,
il y a quelqu'un qui l'a retrouvé.
- Ça pouvait pas attendre?
Tout ça pour un ostie de cahier qui vaut rien.
- Ah ouais, parce que toi, tu le sais
qu'est-ce qui vaut de quoi puis qu'est-ce qui vaut rien,
hein? - Même si ça avait de la valeur,
c'était urgent là, là?
C'est pas le temps de penser juste à toi!
- Ostie. Hé, je rentre chez nous à soir,
puis j'ai un gun de pointé dans face.
C'est le fun, hein, notre vie? - C'est correct, Anna.
On le sait que tu veux décâlisser.
- Je veux pas décâlisser, mais on dirait qu'en ce moment,
tu me donnes des bonnes raisons, ouais.
- Bien, c'est beau, vas-y, va-t'en.
Si tu penses que ton ostie de scrap book de merde
va te faire vivre. - C'est vrai que c'est mieux
de se forcer à vivre dans la merde
au lieu d'essayer de devenir quelqu'un, hein?
(petit rire) - Devenir quelqu'un?
Quelqu'un aux yeux de qui?
C'est pas assez, ce que je te donne?
- Tu me donnes rien, Vinz! - Guys!
- Puis t'as jamais pensé
que le problème était peut-être dans ta tête
puis que moi, j'en ai rien à câlisser
de tes lubies anarchos-fanatiques?
- Guys! Guys! La coke, elle n'est plus là.
- De quoi, elle n'est plus là? - Elle n'est plus là!
J'ai cherché partout, man! Elle est fucking pas là.
- Tabarnak!
- OK, OK. Hum...
J'ai vu Zhao à matin, dans la ruelle en bas.
Puis il m'a dit des shit weirds, ça a peut-être rapport.
Je... - Hein?
- OK, on peut pas rester ici.
Cin est peut-être dans la merde, là.
Fait qu'on pogne nos affaires puis on décâlisse.
- Non, on retrouve la dope.
Mirko, pogne ton stock.
- De quoi tu parles, la dope? Faut retrouver Cin!
- Zhao en premier. On va le faire parler, l'ostie!
- Hé, t'es malade! On s'en câlisse de la dope!
(grognement de douleur) (respiration haletante)
T'es en train de devenir comme Pa.
(grognement de douleur) - Tu veux t'en aller?
Tu vas te rendre compte bien assez vite
qu'en dehors d'ici, tu vaux rien.
Tu vaudras jamais rien!
(respiration saccadée)
- Vinz. Vinz. Vinz!
C'est bon, là. Ça va?
(en anglais)
(musique de tension)
- Fuck off, il y a rien ici.
(grognement de douleur) - Vinz!
(musique de tension)
(respiration saccadée)
- Fuck you.
(♪♪)
(coup de feu) (choc sourd)
(respiration saccadée)
- Hum?
(Vincent): Es-tu correcte, Anna? Es-tu correcte?
Dans la cuisine!
(claquement de doigts)
(musique de tension)
(respiration saccadée)
- Tranquille.
- Anna. - Tranquille.
- Anna.
(respiration saccadée) Anna, criss!
(Vincent): Go, go!
- Hé.
(musique de tension)
(halètements) - Envoye!
Go! Go! Envoye!
Envoye! (halètements)
Qu'est-ce que tu fais? (grognements de lutte)
(sanglots)
(cri de rage)
(grognement)
(halètements)
(halètements)
(frottement d'allumette)
(musique sombre)
(♪♪)
(♪♪)
(♪♪)
(brusque inspiration)
(musique sombre)
(léger brouhaha)
(froissement de papier)
(raturage rapide)
(arrêt du raturage)
(frottement d'allumette)
(échange de baisers)
- Au nombre de fois où tu me demandes de l'aide,
je vais commencer à penser
que t'es pas un bien, bien bon réalisateur.
- T'es sexy quand tu doutes de moi.
- Fait que tu nies pas? (soupir amusé)
- Bien, ça prend quand même du temps,
établir une signature.
(petit rire)
- C'était pas une vraie question.
(musique intrigante)
- Dans la dernière leçon,
nous avons abordé les critères
du postmodernisme québécois.
(Anna): La haute trahison.
Dans certaines régions du mond, ça vaut
un emprisonnement à perpétuité, ça.
- Je cite Patterson:
dans le contexte québécois,
il est plutôt ardu de faire l'économie
des discours critiques... - Pour moi,
même si je me suis évadée, c'est un peu ça qui s'est pass.
- Qui, en privilégiant certaines problématiques
et en écartant d'autres,
contribuent à définir les paramètres
du postmodernisme littéraire?
Je vous invite à poursuivre la lecture
à la page 25.
♪ Avec ma voix qui segmente ♪ (fracas)
♪ Je commence toujours ♪
♪ Écoute bien ♪
♪ Cette musique a déjà fait plusieurs tours ♪
♪ Le mouvement se répète ♪
♪ Il s'incruste dans ta tête ♪
♪ Tu voudrais le faire sortir ♪
♪ Mais ça ne peut jamais finir ♪
♪ Tu commences à intégrer ♪
♪ Le rythme répétitif ♪
♪ Le mouvement perpétuel quand tu revois le motif ♪♪
(Anna): Je pense
qu'une des caractéristiques principales de mon exil,
c'est ma solitude. (musique sombre)
Même dans mon propre livre,
on dirait que je suis le seul personnage,
en étant constamment entourée.
(musique sombre)
À force de me cacher,
puis de vivre la vie de fugitive,
je me dis que je vais peut-être semer l'ancienne Anna,
une fois pour toutes.
Oublier que je suis toujours recherchée
pour haute trahison,
quelque part dans les bas-fonds de la ville...
...par mon ancien héros.
Personne me connaît ici.
Personne connaît mon passé.
Je fais semblant de connaître le monde de Simone et Paul,
mes deux modèles. (rires)
Ça m'aide à me faire accepter.
- Wow!
Si c'est votre façon de me torturer, c'est réussi.
- Seigneur, hein? Tu sais, je veux dire,
à un moment donné, on comprend, là.
T'a été rejetée par le beau gars.
Ta vie, c'est de la merde, ma pauvre,
mais on peut-tu move on, à un moment donné?
- Aucune empathie pour les coeurs brisés, hein?
- Bien, dans son cas,
va falloir qu'elle s'habitue, la petite.
Tu lui as-tu vu le look? (petit rire)
Aide-toi et le ciel t'aidera, pardi!
Mais non, mais c'est pas... C'est pas ça.
C'est juste que son contenu est tellement puéril.
Imbuvable. Désolée, imbuvable.
- Venant de la fille qui écrit des romans pour ados,
je me garderais une petite gêne.
- Pas ados, adulescents.
- Oh-oh! Excusez-moi, pardon.
(petit rire)
- Arrêtez, c'est vrai!
La nuance est super importante.
En tant qu'autrice, c'est primordial
que je parle le même langage que mon lectorat,
puis je reste sensible aux enjeux qui les révoltent.
- Et ce sont les enjeux de...? - Bien...
L'injustice. Le...
Les injustices
sous toutes leurs formes dans la société
et à quel point l'égalité homme-femme est pas atteinte
puis qu'elle le sera jamais si on continue de même.
Puis...
Puis... Puis comment on perçoit
le corps d'une femme qui vieillit dans la société,
révoltant. - Wow...
- C'est-tu ça, ton pitch pour Céline demain?
- C'est parce que vous, vous êtes trop cons.
Céline, elle, elle va comprendre
toute la profondeur de ma réflexion.
- Les cocktails chez Céline, c'est pas juste des cocktails.
C'est des fucking champs de bataille.
Qui sera le prochain poulain de Céline?
Tous les coups sont permis. La chasse est ouverte.
- OK. Elle est si big que ça, là, elle?
- Bien, voyons, tu sors d'où, toi?
Les Éditions Vignac,
c'est genre la maison d'édition la plus en vogue Paris-Montréal.
Tu veux être invitée.
(musique sombre)
(Anna): Une nouvelle fleur,
mais toujours les mêmes ostie de racines.
Philippe pense que je peux livrer un roman.
C'est un drôle de feeling.
(♪♪)
Ça fait 365 jours à peu près
qu'on travaille sérieusement cette histoire-là.
365 jours que mon nouveau mentr me pousse,
me lit, me décortique.
Puis ça fait 365 jours
qu'on fait juste trouver de la merde dans mes entraille.
(musique dubstep)
(musique assourdie)
Il y a juste avec Clem que je fais pas semblant.
Je l'écoute parler de ses film,
de ceux qu'il veut réaliser,
des mouvements d'opéra qu'il veut coller,
des acteurs avec qui il veut travailler.
Faudrait que j'aie le courage
de lui dire mes ambitions, à moi aussi.
Apparemment, ils font ça, les gens qui s'aiment.
(musique dubstep)
Ils partagent des affaires.
Moi, je suis pas capable.
(musique de tension)
(brouhaha)
(soupir stressé)
Bon, je te le dis tout de suite,
ça va être très, très bref, là. Deux-trois verres,
puis ciao bye, j'enlève mes talons.
- En plus, je suis pas vraiment sûr
d'avoir compris le concept de la soirée.
- Bien, regarde, moi non plus, fait que...
- Ah, bien!
L'artiste qui sort de sa tanière.
(petit rire) - Hé, les bons malades.
- Fait que ça y est, là, il est fini, ton film?
- Ah, bien, si c'était juste de moi,
il y aurait encore plein de choses à retravailler,
mais bon. - Bien hâte de voir ça.
- Ouais. Lâcher prise, comme on dit.
- Ça va ressembler à quoi?
- Ah, bien, c'est sûr que, narrativement, c'est...
C'est différent, là.
Toute la structure est construite
sur des relents surréels.
Très fauve, fauviste...
- Fauve?
- De quoi j'ai l'air? - Top.
T'as pas vu ta Céline encore? - Tu me niaises-tu?
Elle est en grande conversation avec ton chouchou.
(brouhaha) (conversation indistincte)
Tu m'avais pas dit
qu'ils se connaissaient tant que ça.
- Je savais même pas qu'il serait là.
- Right.
- Euh, Céline, laisse-moi te présenter--
- Madame Vignac, excusez-moi,
j'ai pas pu m'empêcher de capter vos propos.
Je trouve ça complètement fascinant.
Qu'est-ce que vous entendez par vieille recette?
- Le brand. - Ah, bien oui, complètement.
Donc, la mise en marché?
- J'ai envie qu'on dévore les auteurs,
mette de l'avant l'excitation, le danger...
- Une expression complètement différente
du ton, du relief des couleurs...
- Je me reconnais complètement dans vos propos.
Vous voyez, ma littérature adulescente
s'adresse justement à un lectorat
qui est lui-même attiré par-- - Anna?
- Enchantée.
- T'as un ami qui te veut beaucoup de bien.
Dis-moi tout. C'est vrai,
ce que Philippe m'a raconté à ton sujet?
Euh...
Ça dépend de ce que Philippe a raconté à mon sujet.
(petit rire nerveux) - Bien, ton histoire...
l'ouvrage que t'as entre les mains.
Il paraîtrait que c'est percutant.
- C'est en chantier, c'est euh...
- Plus qu'un chantier:
je crois que j'ai jamais vu Philippe
être aussi enthousiaste. J'attends tes pages.
- Oui, OK, OK. Avec...
Avec plaisir, ouais. - Un rêve.
- Last Tango in Paris, du grand.
Anna Karina. Oh...
- Maria Casares. - Ah!
- Philippe, toujours un plaisir. - Oui, toujours.
Et encore félicitations pour l'événement.
- C'est bon.
(brouhaha)
- Qu'est-ce qu'il vient de se passer, là?
- Je me suis dit qu'un autre avis
saurait te convaincre de la pertinence de ton travail.
- Oui, mais c'est pas fini! - Oui.
Céline est une ancienne collègue.
Je lui ai simplement fait savoir
que ça vaudrait la peine qu'elle t'accorde son attention.
Donc, tu m'accordes la permission
de lui envoyer ton manuscrit, c'est ça?
- Je te fais confiance. (petit rire)
- Voilà!
(brouhaha)
(musique de tension)
- Debussy? - Ouais.
- Clair de lune? - Oh, yeah!
- Il y a un piano là-bas, viens.
- Hé, je reviens. - Hé! Oh.
OK! (petit rire)
(musique de tension)
(en anglais)
(♪♪)
(tintements)
(♪♪)
- Ah! Bravo, Anna. Bien manigancé!
- Wow, euh, c'est-- - Fait que tu te sers de moi
pour te faire inviter dans les grands événements,
puis plugger un livre dont tu nous as jamais parlé?
- Simone, c'est pas-- - T'es une psychopathe.
J'ai jamais été aussi humiliée de toute ma vie.
- J'ai pas le temps, là. Faut que je--
- Ah, je te fais perdre ton temps?
Puis tu penses pas, peut-être,
que tu m'as pas fait perdre mon temps
avec l'illusion de notre amitié? Mais par contre,
t'avais le temps d'écrire un livre en cachette?
Ah, ça, pas de problème!
(rumeur urbaine)
(musique sombre)
(Clément): T'es partie où, hie?
T'as disparu sans rien dire.
(Anna): Ouais, mais j'ai juste été malade.
Je voulais pas gâcher ta soiré.
(Clément): Bon, je te vois ce soir?
(Anna): Ouais.
(musique sombre)
(musique de tension)
(grésillements)
(respiration saccadée)
(cri)
(musique sombre)
(crissement)
(respiration saccadée) Non!
(♪♪)
(grognement de douleur)
(toux)
(en anglais)
(respiration saccadée)
(musique sombre)
J'ai rien à te dire.
Quoi? C'est...
C'est pas moi qui ai ça.
Je... Je sais pas c'est où.
Je sais pas c'est où, c'est pas moi qui--
(grognement d'effort) (choc lourd)
(expiration douloureuse)
Fuck...
(gémissement)
(respiration haletante)
Tu parles fucking pas à la bonne personne, là.
(respiration saccadée)
(musique de tension)
(grognements de lutte)
Lâche-moi, tabarnak!
(vrombissement) J'en ai pas, de cash!
Hé, si j'avais du cash, penses-tu...
Penses-tu que je serais restée ici?
Penses-tu que ça serait ça, ma vie, tabarnak?
(respiration saccadée)
OK, OK, je vais m'arranger, je vais m'arranger!
Je veux juste que tu me laisses du temps.
(respiration haletante)
(musique sombre)
(tonalité)
(Philippe): Anna?
(Anna): Je... Je m'excuse.
Je sais pas pourquoi je t'appelle.
(Philippe): Où es-tu?
(Anna): Pourquoi tu m'as lue? Pourquoi je...
(Philippe): Anna, que se passe-t-il?
(Anna): Pourquoi moi, quand t'aurais pu aider
n'importe qui d'autre? (reniflement)
(Philippe): Ce n'est pas moi qui t'ai choisie, Anna.
C'est toi.
(reniflement)
(Anna): Mettons que je finis jamais mon livre.
Mettons que...
ça reste juste un barbeau de même, là...
Tu vas-tu m'en vouloir
de t'avoir fait perdre ton temps?
(Philippe): As-tu l'impression d'avoir perdu du temps, Anna?
Si tu crois que oui, eh bien...
pars.
Cours.
Retrouve-le.
Il restera toujours du temps
pour ceux qui ont le courage de faire demi-tour.
(musique douce)
(rumeur urbaine)
(clochette d'entrée)
- Les nouilles Shanghaï, ça vient de Shanghaï.
Les nouilles de Singapour, bien, ça vient de Singapour!
Câlisse!
Je vais changer ça pour un rideau à billes, moi.
Ce sera pas long. - Salut, Zhao.
- Ah bien, la belle visite.
Une revenante, toi, câlisse. Hum!
(tapotement de siège)
- Micky est-tu là?
- T'as fini ta petite game de cachette?
- Je t'ai posé une question. - Pourquoi tu demandes?
- C'est entre lui puis moi.
- Bien, ça passe pas mal par moi, astheure.
- OK. T'es rendu big. - Hum-hum.
(en anglais)
- C'est-tu toi, l'employé du mois?
J'ai pas vu ta photo sur les murs.
(rires)
Je vais repasser.
Tu lui diras que je le cherche. - Hum-hum.
- Dis-lui qu'il passe par la ruelle,
je vais lui ouvrir.
(tintements de bouteilles)
(musique sombre)
(soupir) - Hé, tu sais quoi?
Dans le fond, je sais pas ce que je fais ici.
- Rentre en dedans.
- T'as pas de couilles, câlisse. - Anna.
- Je comprends pas, je pensais que tu t'étais poussé.
Ça a pas de sens.
Comment tu peux encore travailler pour eux autres?
- Pas ici, OK? On rentre en dedans.
- Qu'est-ce que t'as fait avec la dope, Vinz?
- OK, crache le morceau. - OK.
Moi, je pense que la drogue a jamais disparu de l'appart.
Je pense que vous l'avez cachée quelque part
en attendant de savoir à qui vous alliez la refiler,
puis on s'est fait pogner avant.
C'est Mirko puis Cindy qui ont payé pour ça.
- Méchante théorie, ça.
Fait que, moi, dans le fond,
ça fait un an que je travaille pour Micky,
pour payer une dette éternelle,
je suis quasiment rendu son esclave,
mais j'ai un beau petit trésor caché quelque part.
C'est ça que tu me dis, right? - Je sais pas,
c'est à toi de me le dire. - OK. Mon tour, astheure.
Ça fait un an que je me demande comment t'as fait
pour me backstabber aussi facilement.
- Quoi? - Laisse-moi finir.
Laisse-moi finir. Ça fait un an que je me demande
qu'est-ce que Cindy a bien pu te dire
pour te convaincre de partir avec elle puis la dope.
- Hé, mêle-moi pas à ça, ostie.
J'ai jamais revu Cin!
Qu'est-ce qui lui est arrivé?
Une balle dans la tête, elle avec?
(petit rire)
- Ah bien, câlisse. - Quoi?
- On s'est fait fourrer bien comme il faut.
- Quoi? De quoi tu parles?
- Je te confirme que Micky a pas tué Cindy.
Fait que, si c'est pas toi,
puis c'est pas moi qui ai la dope...
- Non, c'est impossible.
Cin, elle nous aurait jamais fait ça.
- Pas juste moi qui est delusional, hein?
(respiration saccadée)
- Ça reste que je comprends pas pourquoi
tu travailles pour Micky après ce qu'il a fait.
- Tant que je travaillais pour lui,
il te cherchait pas.
Je t'ai jamais abandonnée, moi.
(tonalité)
(messagerie en anglais)
(bip) - Anna. Céline Vignac.
J'aimerais bien m'entretenir avec toi.
Mon mari travaille jusqu'à tar,
on aurait donc la soirée pour nous.
Je te texte l'adresse.
(musique rythmée douce)
(ouverture de porte)
- Allô. - Tiens, l'enfant terrible.
(soupir amusé)
Merci d'avoir accepté mon invitation.
- Je me voyais mal refuser ça.
- Je suis sincèrement ravie de te revoir.
Assieds-toi.
- Il y a juste nous deux?
- C'est parfait comme ça.
- Euh... Whisky, sec.
- Hum. Pareil comme ton frère, si je me trompe pas?
(soupir)
- Vous avez lu mon manuscrit?
- Effectivement. J'ai eu l'occasion
de te connaître hier.
T'es blessée, Anna.
Profondément.
Ça se voit par le choix de tes mots,
la manière dont tu découpes ta mise en page...
la façon dont tu te présentes.
T'es vulnérable. Perdue, sans identité.
Tu te cherches ici, c'est pas chez toi.
Pour moi, la lecture de ton ouvrage,
c'est de te suivre dans ta quête identitaire.
Je crois qu'au fond de tout ça,
t'as pas voulu raconter une histoire,
mais savoir qui tu es.
Une délinquante sans avenir.
Une soeur diminuée,
une étudiante sophistiquée.
Tragique, tout ça, c'est un cirque.
Es-tu intrinsèquement la vulgaire réfugiée
que tu laisses paraître ou...
la grande écrivaine qui s'ignore?
(soupir saccadé)
- Vous, vous en pensez quoi?
- Qu'est-ce que tu souhaites à travers tout ça?
Pourquoi tu tiens tant à écrire?
- Bien...
Qu'on sache que j'ai été ici, moi avec.
- Bien, c'est ce qu'on va faire.
- OK. Comment?
- Comment quoi?
- Bien, je sais pas. Là, c'est quoi comme la...
la suite des choses, mettons?
- La publication de ton roman.
- Oh... (soupir)
Je pense pas que je suis prête pour ça, là.
(Elle remplit des verres.)
- On va travailler ensemble pour bonifier ce que t'as.
T'as beaucoup de potentiel, Anna.
Je reçois quelques collègues chez moi, samedi.
Toutes des sommités dans leur genre.
Ce serait l'occasion parfaite de rebondir sur des idées
puis te proposer une avenue
qui va te garantir le succès de ton histoire.
(musique douce rythmée)
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Ça fait deux jours
que tu réponds pas à mes messages.
- J'ai pas le goût d'en parler.
- Tu le sais que la première de mon film,
c'est demain,
puis tu fais juste comme t'en câlisser.
(♪♪)
(déroulement de pellicule)
- Tu veux que je m'ouvre à toi, hein?
(déroulement de pellicule)
(♪♪)
C'est drôle, hein?
Pendant quelques heures,
ça n'existait plus, ce rêve-là, écrire.
Il y a un an, j'aurais tout fait
pour avoir une discussion de même
avec une personne aussi importante.
Mais là, je ne sais plus.
Mais il y a autre chose aussi.
Mon héros déchu prend trop de place.
(musique de tension)
(paroles en anglais)
Je sais pas pourquoi je peux jamais écrire
de quoi de décent sans penser à lui,
puis à la rage qui nous enveloppe.
Why the fuck la violence sonne aussi douce à mes oreilles?
Why the fuck ça fait pomper mon coeur trop vite, trop fort?
Pourquoi ça me donne envie de tout arracher,
de tout décrisser?
Pourquoi ça m'empêche de respirer
quand je pense à lui?
(musique de tension)
À nous? (déflagration)
(acouphène) (crépitements de flammes)
(respiration profonde)
(rumeur urbaine) (croassements)
(ouverture de porte) (vomissements)
(quinte de toux)
(vomissements)
(toux)
(crachat)
(grognement d'effort) (reniflement)
(soupir)
- Qu'est-ce que tu veux?
- Si on veut s'en sortir, va falloir s'aider.
(soupirs)
- Gros flash.
- OK, mais t'as...
t'as aucun cash nulle part?
Je suis sûr que t'es capable de nous trouver un deal,
le temps qu'on s'arrange, qu'on trouve de quoi.
- Si j'avais des deals, Anna...
(soupir) ...je serais pas ici.
(soupir)
- Puis je fais quoi, moi? Hum?
J'attends que Micky me passe?
Tu devrais juste t'en aller, là...
pendant que tu peux encore.
(soupir excédé)
(fracas de cannettes)
(rot)
Tu me haïs, hein?
Tu le sais-tu ce que ça fait
de pas se sentir à la hauteur
de la seule personne qui compte pour toi?
- T'es défoncé, Vinz, tu dis n'importe quoi.
- Ah, je suis pas con, là.
Je le savais en ostie que tu voulais autre chose
que la vie que je nous construisais.
Que ce que je pouvais te donner...
(petit rire triste)
Puis à cause de ça, j'ai tout chié.
(petit rire triste)
- Regarde, laisse faire tes excuses, là.
C'est pas ça qui va ramener Mirko.
- Tabarnak!
(en pleurs): Tu penses-tu que je le sais pas, ça?
Hein?
Il y a pas une ostie de journée qui passe
sans que je pense à lui.
(soupir)
C'était une câlisse d'erreur de voler la dope.
Cette ostie de décision-là,
je vais être pogné avec ça toute ma vie.
(soupir)
Je vais te dire une affaire, par exemple.
Une affaire.
C'est pour toi que j'ai fait ça.
- Ah, bien, tabarnak.
Fait que c'est de ma faute, c'est ça?
Tout ça, c'est de ma faute. C'est ça que tu me dis, là?
(en pleurs): J'étais en train de te perdre.
Tu comprends-tu?
Ça se sentait.
(reniflement)
T'étais distante,
t'étais tout le temps désagréable...
(soupir)
Tu me fuyais tout le temps, comme si...
comme si j'étais la criss de raison
pourquoi t'étais pas... t'étais pas heureuse.
(Il se rassoit.)
(reniflement) Je suis ton frère, là.
Ça doit bien vouloir dire quelque chose encore, ça.
(reniflement)
(ouverture de porte)
(claquement de porte)
(reniflement) (soupir)
(rumeur urbaine)
(respiration saccadée)
(Clément): La musique crée des mots qui crient.
(musique dubstep)
Elle me rend fébrile.
Ces ondes multiples ont le pouvoir de m'envahir,
de me submerger.
(film indistinct)
J'exploserai...
(film indistinct)
(musique dubstep)
(brouhaha)
(rires)
(exclamation de surprise) - Hé.
- Hé.
Mieux vaut tard que jamais. - Clément,
faut que je te dise de quoi, de vraiment important, OK?
- Tu sais quoi?
Moi, j'ai pas envie de te parler.
T'étais où ce soir, hein?
- Je-- - C'était mon moment,
tu le savais que c'était important...
Regarde, laisse-moi.
- Attends! Clément...
Clément, s'il te plaît! - Hé, laisse faire, là, va-t'en!
- C'est juste que je-- - Qu'est-ce que tu comprends pas
dans: « Va-t'en »? - Anna!
Anna, oh...
Tu sais que je t'adore, hein, toi?
Hum? Tu sais quoi?
Tu m'as ouvert les yeux. Je t'en dois une.
- Non, non, tu me dois rien. - Anna.
C'est vrai. Tiens, regarde-toi.
T'es pas comme nous, toi, t'es...
t'es différente.
Spéciale.
(musique de tension)
Personne veut de toi, ici. T'es rien qu'une fraude.
Puis tu vas toujours en être une.
(cri de surprise) (choc lourd)
(petit rire choqué)
(grognement de douleur)
- Voyons, t'es-tu folle, ostie?
(respiration haletante)
(soupir)
(pas s'éloignant)
(Anna): J'ai oublié de respire.
Instinct, c'est-tu toi?
Si c'est toi, je n'ai plus besoin d'allumette
pour tout faire péter. (fracas)
(musique sombre)
(suffocation) Vinz!
(en anglais)
- Hé! Easy.
(grognements de lutte)
Come here. - Non! Lâche-le!
Je vais te le donner, ton criss de cash!
(en anglais)
(halètements)
(suffocation)
(gémissement)
(respiration haletante)
Ça te donnerait quoi de nous tuer, hein?
C'est quoi, quelques jours de plus,
quand ça fait un an que t'attends?
(respiration haletante)
(petit rire)
(toux)
(musique sombre)
(ouverture de porte) (toux)
(claquement de porte)
(respiration haletante) Vinz...
(respiration sifflante)
(toux)
(respiration haletante)
(reniflement)
(musique sinistre)
(coup de feu)
(sanglots)
(respiration saccadée)
(♪♪)
Je pense que j'ai une idée.
- Hum?
- Il y a quelqu'un d'important
qui est intéressé à me publier.
Peut-être que je pourrais lui demander
une avance de cash?
- Genre beaucoup?
(soupir)
(Anna): Il y a pas d'argent à faire dans les livres,
mais je sais pas,
peut-être qu'en faisant la cute avec son monde,
je vais pouvoir aller chercher un petit quelque chose,
rien que de quoi pour calmer Micky,
le temps qu'on figure out le reste.
(♪♪)
- Tu m'appelleras quand t'as fini,
je vais venir te chercher.
(vrombissement)
(sonnette)
(grésillement de porte)
(ouverture de porte) (soupir)
(musique classique assourdie)
- Céline, la nounou est arrivée!
- Oh. Euh, je... (petit rire gêné)
Je suis pas la nounou, je-- - Je plaisante, je sais bien.
Personne ici est assez con pour faire des enfants.
(petit rire) Dominique, enchantée.
(en balbutiant): Anna.
- Viens, c'est par ici.
(musique classique assourdie)
- Fait que là, je lui ai dit:
« Coudonc, tu le veux-tu, mon cinq piasses? »
(en riant): Oh. Pierre-Frédéric, franchement.
C'est d'un mauvais goût!
(rires) - Mes amis...
Un toast à Anna. - Ah oui.
- Tu es ici comme chez toi.
Vois cette soirée comme un safe space,
un lieu de confiance
dans lequel on est tous là pour t'aider.
- À toi, à ta magnifique histoire!
- Oui, cheers! - Cheers.
- Merci.
Merci vraiment de me recevoir. C'est gentil.
- Hum! Quelle histoire, quand même.
C'est dur à croire que t'as vécu tout ça.
- Hum. - Ah oui.
Tu dois remercier le ciel
d'être tombée dans l'oeil de Céline, hein?
- C'est une chance inouïe, ouais.
- En tout cas, moi, j'ai adoré.
Je me suis endormi à 2 h du matin.
Je n'étais plus capable d'arrêter de lire.
(petit rire) - J'ai demandé à tout le monde
d'arriver bien préparé. - Hum.
- En si peu de temps, ça...
ça me touche. (petit rire)
- Qu'est-ce qu'on ferait pas pour Céline, hein?
- Ah, Rémi!
- La question qui se pose... (soupir)
Comment rendre son histoire
verbeuse et très introspective...
férocement captivante?
C'est là, la clé du succès d'Anna,
on est tous d'accord là-dessus?
(en choeur): Hum-hum.
- Bien, déjà, bravo, hein,
parce que la littérature a besoin
d'une proposition comme la tienne.
C'est à cause de rebelles comme toi
qui crachent leurs tripes
qu'on va réussir à décoincer le monde.
- Rebelle ou marginale?
- Je suis d'accord avec Pierre-Frédéric.
Ton approche est rafraîchissante,
quoiqu'un peu discordante.
- Euh, comment ça, « discordante »?
- C'est difficile de s'identifier à toi
si on comprend pas ton monde. - Les règles de notre monde
s'appliquent pas du tout à l'histoire d'Anna.
C'est de la science-fiction. C'est un fantasme.
C'est pas... pas la vraie vie.
- Ah, bien, en fait, non. C'est ça.
C'est que tout est vrai. (petit rire)
- Ah, OK. Bien, dans ce cas-là,
j'ai l'impression que trop de subjectivité
nous éloigne de la vraie réalité.
Une réalité à laquelle on aimerait avoir accès.
Je veux dire, si tu la romances pas,
ça reste juste un journal intime.
- Ce que tu fais, c'est de l'autofiction,
sauf que tu n'assumes pas la fantaisie
qui teint ton récit. - Sans vouloir vous vexer,
c'est pas fantaisiste, c'est une autobiographie.
- Bah, c'est exactement ce que je dis!
L'autobiographie, ça n'existe pas, ma chérie.
- Non? Pourquoi? - Parce que tout dépend
du contexte, de la perception.
À partir du moment où tu racontes un événement,
il est systématiquement travesti.
Je veux dire, tu n'as pas beaucoup le choix.
- La vie est le plus grand simulacre.
- Ah, ça, oui, mon ami!
- Donc, qu'est-ce que vous proposez?
- Mets un peu de perspective dans ton texte.
Aie le courage de tes ambitions.
- Mais c'est juste que, moi, j'ai jamais voulu
que ce soit...
(petit rire mal à l'aise) ...grandiose, là.
J'ai... - Anna, écoute.
En restant constructive,
on s'emmerde avec ton bla-bla et tes introspections
sur ta place dans l'univers.
(musique sombre)
Fais-nous ressentir le raw de ton passé.
Le coolness, les guns, les vols, le sang, la dope...
Tout! Vends-nous du rêve!
De l'espoir dans ta misère.
- Bien, tu vois, ça... ça, ça me parle!
- Je comprends...
Euh, je comprends, mais...
il y avait rien de cool dans mon ancienne vie.
- Bon, tu vois?
- T'es entourée de sommités ici. Personne a de temps à perdre.
Tu peux ne pas approuver nos méthodes,
mais elles ont fait leurs preuves.
Si tu veux garder ton journal tel quel, tu peux.
Tu t'organiseras un vins et fromages avec tes amis
puis vous vous féliciterez pour ton bel accomplissement.
(petit rire)
Nous, on peut faire de toi
la badass de la littérature francophone.
Mais pour ça,
faut que tu sois capable de faire des sacrifices.
- Ah, bien, tiens. Le voilà, lui!
- Ah. - Ah!
(soupir) T'es en retard.
(Micky, en anglais)
(Céline): Oh.
(grésillements)
(musique de tension)
(respiration haletante)
(reniflement)
(envoi de message)
(respiration haletante)
(raclement de gorge)
- Comment c'est, de vivre dans la rue, hum?
- J'ose même pas imaginer.
Ça devait être terrible, hein?
- Imaginez la saleté,
les odeurs, le froid, la faim.
(tout bas): Fuck, fuck, fuck.
(brusque inspiration) (grognement de douleur)
- Hum. Les dépendances.
(Anna): Les dépendances? - Hum-hum.
(en anglais)
- À vivre comme ça, là, moi aussi,
je finirais par me piquer, c'est sûr.
(rires) - Ah, toi, c'est sûr!
(respiration haletante)
- « Il faut guérir le mal par le mal. »
- « J'ai besoin de la souffrance des autres pour exister.
Une torche dans les coeurs.
Quand je suis seul, je m'éteins. »
- Ah! (rires)
- Fun, fun, fun, fun!
(rire) - Et toi...
(raclement de gorge) Michael,
qu'est-ce que tu fais dans la vie?
Est-ce que t'es, euh...
t'es en littérature aussi?
(en anglais)
- Mais dis-moi, Anna,
est-ce que t'as quelqu'un dans ta vie?
- Mmm. - Vincent, je suis sûr.
- Oh, c'est clair. - Oh, mais oui!
Moi, j'ai senti à la lecture
qu'il y avait quelque chose de latent entre vous.
(musique de tension) - Pardon?
- Oui, quelque chose d'interdit. Tu sais...
...d'incestueux. - Bien, j'osais pas le dire.
(tintement de fourchette)
(petit rire) - Ouh, les masques tombent!
Boum!
(acouphène)
- Ouais, OK.
C'est vrai, je... Je l'avoue.
(soupir) Je...
Je rêve à...
à son visage,
à ses doigts sur ma poitrine,
à sa langue sur ma chatte,
à sa queue dans ma bouche. (brusque inspiration)
(gémissement de plaisir)
(petit rire)
Vous pensez peut-être que le drame dans ma vie,
c'est que j'aie le goût de coucher avec mon frère, hein?
(profonde inspiration) Mais non, vraiment.
Le drame, là, ç'a été de...
de sentir la cervelle de mon meilleur ami
m'exploser dans la face. - Anna.
(bourdonnements)
Ça va? (choc lourd)
(soupir)
- Oh, excuse-moi, Céline.
(musique sombre)
Je m'excuse. Je m'excuse de...
d'avoir gâché ta belle soirée, là.
(petit rire)
J'avais tellement d'espoir en venant ici.
Mais t'es bonne.
T'es bonne en tabarnak dans ce que tu fais,
parce que t'as réussi à me faire croire
que je fittais dans votre gang.
Tu m'as faite sentir spéciale,
puis que ma vie valait la peine d'être lue.
Puis je... je me suis même dit
que votre milieu pourrait peut-être m'élever.
Hé, criss que je suis conne, hein?
(reniflement)
(en anglais)
(musique de tension)
- Micky, explique-moi.
- Sinon quoi?
Tu vas me tuer, Micky?
(en murmurant): Comme t'as tué Mirko?
Hum?
(musique sinistre)
(grognement de douleur) (Céline): Oh!
(grognements de lutte) - Hé!
- Anna, qu'est-ce qui se passe?
Dis-moi ce qui se passe! - Tu sais très bien
ce qui est en train de se passer!
- Anna!
(musique dramatique)
(grognement de douleur)
(halètements)
(grognements de lutte)
(halètements)
- Ah! Ah!
- Vinz, tasse-toi!
(halètements)
(en anglais)
(crescendo dramatique)
(Cindy): Tu penseras à moi quand tu lighteras ta fuse.
♪ Cet amour me tue, si ça continue ♪
♪ Je crèverai seule avec moi ♪
♪ Près de ma radio comme un gosse idiot ♪
(crescendo dramatique)
(hurlement) ♪ Je suis malade ♪
♪ Complètement malade ♪
♪ Comme quand ma mère sortait le soir ♪
♪ Et qu'elle me laissait seule avec mon désespoir ♪
♪ Je suis malade ♪
♪ C'est ça, je suis malade ♪
♪ Tu m'as privée de tous mes chants ♪
♪ Tu m'as vidée de tous mes mots ♪
♪ Et j'ai le coeur complètement malade ♪
♪ Cerné de barricades ♪
♪ T'entends, je suis malade ♪♪
(crépitements des flammes)
(cloches d'église)
(Anna): Philippe.
Tu le sais, hein,
je suis pas bien forte sur les procédures,
mais je pense que c'est à l'épilogue
que les auteurs partagent une gentille morale
ou une grande leçon de vie.
(petit rire) Moi, je sais pas.
Je trouve ça bien niaiseux
de jouer aux philosophes, surtout avec toi.
J'ai pas vraiment de leçon à te donner,
du bas de mes 30 ans.
(soupir stupéfait) Je suis pas vertueuse,
puis j'ai surtout rien d'héroïque en moi.
C'est pour ça que tu vas juste trouver
trois petits points à la fin de mon histoire.
C'est pas pour te faire chier, c'est juste pour m'assurer
qu'il va toujours rester
quelque chose d'autre à raconter.
- Puis-je parler à Bertrand, s'il vous plaît?
Philippe Albert.
(homme): Cette semaine, Valérie, tu nous parles
de la parution d'un livre choc,
témoignage d'une jeune délinquante
qui livre ses pensées
sous la forme d'un journal intime?
(Valérie): Mais qui se cache derrière les pages
de cette autofiction? Eh bien, c'est Anna K,
une criminelle en cavale
et activement recherchée par les forces de l'ordre
pour une attaque commise
sur un entrepreneur local, l'an dernier.
(homme): Assez sordide. (Valérie): Il s'agit surtout
d'une correspondance laissée derrière
par une femme qui s'est volatilisée.
Qui connaît réellement le degré de vérité
que contient son texte? (interférences radio)
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