Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Je savais, je sentais qu'on me regardait.
Je n'osais faire un geste.
Rien de cassé, mais je ne devais pas être beau à voir.
Je m'essuyai de mon mieux.
Les charges contre moi étaient si lourdes,
je les avais aggravées si nettement, pourquoi ne m'avait-on pas fusillé ?
Durant l'attente, je m'étais habitué à l'idée de la mort.
J'aurais préféré une exécution immédiate.
Les coups frappés par mon voisin ne m'étaient d'aucune aide.
Je crois que j'ai perdu un instant courage et que j'ai pleuré.
Je dormais si profondément que mes geôliers durent me réveiller.
Lève-toi !
Je feignis de ne pouvoir me lever
et parus accomplir des efforts inouïs simplement pour m'asseoir.
Est-ce à cette pauvre ruse que je dus la vie ?
Des pieds, ils me repoussèrent et je me retrouvai seul.
Ma cellule ne mesurait pas trois mètres sur deux.
Le mobilier en était des plus simples :
un cadre de bois supportant la paillasse, deux couvertures.
Dans un renfoncement près de la porte, un seau hygiénique.
Enfin, scellée dans le mur, une tablette de pierre.
C'est sur cette tablette que je réussis à atteindre la fenêtre.
Dans la cour qui s'étendait devant moi,
trois hommes bien vêtus et rasés se promenaient sans surveillance.
Faites très attention, je reviens.
- Votre nom ? - Fontaine.
Moi, Terry.
Peut-on correspondre avec l'extérieur ?
J'ai un moyen.
Je savais pourtant combien il fallait me méfier.
Attrapez ça !
Un inconnu m'avait dit : "J'ai un moyen",
et déjà, pour moi, tout avait changé.
Malgré les menottes, je pus faire ma toilette et laver mes plaies.
J'étais parvenu assez vite à communiquer avec mon voisin.
Jeune ouvrier, il avait tué lors d'une querelle un soldat allemand.
Il attendait d'un jour à l'autre qu'on le fusille. Il avait 19 ans.
Avec la ficelle et mon mouchoir, j'avais fabriqué une sorte de sac.
Demain, vous me donnerez vos lettres.
Rassurer ma famille, lui donner un espoir que je n'avais pas...
Oui, mais surtout prévenir mes chefs que l'émetteur dont je m'occupais
fonctionnait au profit des Allemands, qui avaient le code.
J'étais décidé à courir ce risque.
Et quel risque !
Confier mes lettres, c'était peut-être me perdre,
et perdre avec moi leurs destinataires.
On pouvait nous voir ou faire irruption
dans la cour à tout moment.
- Avez-vous une épingle ? - Une épingle ? Attendez.
Il se dirigea vers le bâtiment occupé par les femmes.
C'est de leur part.
Sur le papier, tracé d'une main féminine, le mot : "Courage."
Il y avait aussi l'épingle.
Mon voisin m'avait expliqué,
mais je ne réussis pas tout d'abord, et je n'y croyais guère.
Je pus assouplir mes bras et mes poignets ankylosés.
J'eus aussi le brusque sentiment d'une victoire.
À titre exceptionnel et unique,
le gardien autorisait Terry à voir sa fille certains jours.
Je ne le sus que beaucoup plus tard.
J'ignorais les dangers que lui et sa fille couraient.
Rentrée chez elle, les lettres étaient cachetées et envoyées.
Vos lettres doivent être arrivées à destination.
Merci.
Maintenant, vous avez fait votre devoir. Ça vous aidera à tenir.
Regardez.
Soyez prudent.
Alors, lieutenant Fontaine ?
Tu as digéré ton échec ?
Je vais être franc. À ta place, j'aurais aussi sauté de la voiture.
Mais donne-moi ta parole que tu ne chercheras plus à t'enfuir !
Je vous la donne.
Quel jeu jouions-nous ? Il ne me croyait certes pas.
Quant à moi, j'étais bien décidé à m'échapper à la première occasion.
Voulait-il assister au spectacle de l'affamé se jetant sur sa pitance ?
Mon premier repas depuis quatre jours.
Les séjours à la fenêtre furent de plus en plus longs.
Je pus observer les murs et le préau de l'infirmerie.
Inconsciemment, je me préparais.
Je savais qu'on fusillait dans l'enceinte même de la prison.
Une idée folle me traversa la tête.
Il était là.
Je restai à lui communiquer le refrain des "Bataillonnaires".
Ce fut la seule aide que je pus lui donner.
Le lendemain, le gardien-chef venait me prendre.
Jacket.
Serviette.
J'avais quitté le rez-de-chaussée pour la cellule 107 au dernier étage.
À droite, personne, la cellule était vide.
À gauche, un voisin, mais qui ne m'avait pas fait réponse.
J'essayais de voir sur leur figure la sorte d'hommes qu'ils étaient.
Je regardais aussi les murs.
- Arrivé d'hier ? - En bas depuis 15 jours.
Ou 15 ans !
On s'y fait.
Je vous assure.
Mon nom : Hébrard.
Pas parler !
Moi, Fontaine.
Le temps de vider nos seaux et de nous laver un peu,
nous regagnions nos cellules pour une journée entière.
Sans occupations, sans nouvelles, dans une solitude effrayante,
nous étions une centaine de malheureux à attendre notre sort.
Je ne me faisais aucune illusion sur le mien.
Ah, m'échapper ! Fuir !
C'est au hasard et au désoeuvrement que je dus ma première chance.
Je restais souvent assis devant ma porte, y promenant mes regards.
Elle était faite de 2 panneaux de 6 planches de chêne,
dans des cadres de même épaisseur.
Dans un intervalle entre 2 planches,
je crus voir que le bois n'était pas du chêne,
mais un bois d'une autre couleur, hêtre ou peuplier.
Il y avait sûrement un moyen de démonter cette porte.
Pour obtenir une cuillère en fer, l'étain étant trop mou et cassant,
je dus attendre plusieurs distributions de soupe.
J'en fis une sorte de ciseau.
Les planches n'étaient pas unies par des tenons et des mortaises,
mais par une réglette de bois tendre que mon outil attaquerait facilement.
Il me faudrait 4 ou 5 jours pour venir à bout d'une réglette,
en coupant ou faisant éclater le bois.
Mais, comme chaque soir à la même heure, il fallait aussi respirer.
Je n'avançais pas vite, à cause du bruit que je faisais
et dans la crainte continuelle d'être surpris.
De plus, je devais passer sous la porte un brin de paille de riz
arraché au balai de ma cellule.
Fontaine, vous êtes là ?
C'est vous, Terry ?
Je vous retrouve ! Comme vous m'avez manqué !
Je pars.
Ils vous relâchent ?
Ils m'emmènent Dieu sait où !
Comment, trompant la surveillance, put-il venir ? Je ne le sus jamais.
Mon voisin du rez-de-chaussée ?
Fusillé avant-hier. Adieu.
Le départ de Terry et la mort de cet ami que je n'avais jamais vu
me laissèrent désemparé.
Je continuai pourtant mon travail. Il m'empêchait de penser.
Il fallait que cette porte s'ouvre. Je n'avais rien prévu pour après.
C'est sur le pasteur de Leyris que se reporta mon besoin d'amitié.
Ils m'ont cueilli hier, je n'ai rien pu emporter.
Rien ?
Moi qui avais rêvé d'être un jour seul avec ma bible, en tête à tête.
Je n'ai pas la Bible, mais j'ai un crayon.
C'est énorme.
Il faut s'occuper, écrire, se garder l'esprit intact.
Je m'occupe.
Trois planches devaient me faire une ouverture suffisante.
En face, à la 108, on s'était mis à faire le guet,
ce qui facilitait beaucoup mon travail.
Par contre, le silence de mon voisin m'inquiétait.
On peut parler sans crainte, ils sont tous de l'autre côté.
Vous avez peur ?
Je savais qu'il était là, j'en étais sûr.
Je n'osais plus toucher à ma porte, tant mon voisin m'obsédait.
Je me contentais de boucher les trous avec du papier noirci.
Il nous jeta un regard éperdu.
Et le soir, à la fenêtre, Blanchet, il s'appelait Blanchet...
Pour des dollars, monsieur ? Des dollars à vous ?
Pas à moi, à une juive. Je ne l'avais jamais vue avant.
Et comment l'ont-ils su ?
Par une lettre, dans un paquet de linge.
- Ils vont vous relâcher. - Non.
Que puis-je faire pour vous ?
- Rien. - On peut toujours quelque chose.
Alors, arrête-toi de gratter, tu vas faire punir tout l'étage.
Après 3 semaines d'efforts, faisant le moins de bruit possible,
j'étais parvenu à séparer trois planches.
Mais elles restaient fixées au cadre,
par des tenons contre lesquels se tordait ma cuillère.
Faire éclater le cadre qui les maintenait
en me procurant une autre cuillère pour créer une pression suffisante.
La Bible ?
- J'ai de la chance. - Un miracle !
- Depuis hier, tout a changé. - Silence. Pas parler !
Moi aussi, j'ai de la chance.
Le cadre éclata, mais sur une surface plus grande que prévu.
Je pus remettre le morceau en place et le faire tenir.
- Pourquoi tout ça ? - Pour lutter...
Lutter contre les murs, moi, ma porte.
Vous aussi, il faut lutter. Et espérer.
- Espérer quoi ? - Rentrer chez vous, être libre.
- Libre ! - On vous attend ?
- Personne. - Un ami ?
Je n'ai pas d'amis.
Luttez quand même, luttez pour tous ceux qui sont ici.
Et cela aide. Si on ne regarde que soi...
- Que fais-tu d'autre ? - Je vous regarde, ça m'encourage.
Moi, le vrai courage serait de me tuer.
J'ai essayé avec mon lacet, le clou est tombé.
Alors ?
- J'ai entendu frapper au mur. - C'était moi.
- Pourquoi ne pas avoir répondu ? - Pourquoi ?
Je craignais qu'on n'ouvrît ou ne fermât brusquement ma porte.
Heureusement, c'était à moi de la manoeuvrer.
- Ça va ? - Ça va.
Sa femme l'a dénoncé, trahi. Des choses qui arrivent...
Dans la vie...
C'est ignoble. Je ne donnerais pas cher de la peau de cette femme.
- Il ne l'a pas tuée ? - De justesse.
On a cru qu'il devenait fou.
Et maintenant, c'est un autre homme.
Sur ce visage, il n'y a plus de place pour la haine ni la souffrance.
Il s'appelle Orsini.
Vous parliez de moi, pasteur ?
Je disais que vous êtes le courage même.
Un mois de travail patient et ma porte fut ouverte.
Ce qui me prenait beaucoup de temps, c'était le camouflage.
À l'intérieur, aucune ronde, aucune garde.
C'était peu de chose, bien sûr, que de passer dans le couloir.
J'avais aussi un but.
- Qu'est-ce que c'est ? - Chut !
C'est moi, cellule 107.
Pas possible !
Tenez bon. S'il le faut, demain, je reviendrai vous voir.
Sa surprise me fit plaisir.
Cette nuit-là, je m'endormis moins malheureux.
C'était toi dans le couloir. Ne dis pas non.
C'était moi.
Tu vas partir. Comment vas-tu faire ?
Je vous jure, je n'en ai pas la moindre idée.
Le gardien-chef et le sergent dormaient au premier étage.
Le caporal, au rez-de-chaussée, près de la porte avec sa clé.
Cette porte restait fermée durant la nuit.
J'envisageai ce qui était faisable et même ce qui ne l'était pas.
J'échafaudai mille plans, je n'arrivai à rien.
Lisez et priez, Dieu vous sauvera.
Il nous sauvera si nous y mettons du nôtre !
Vous ne priez jamais ?
Cela m'arrive.
- Quand les choses vont mal ? - Oui.
C'est commode.
Trop commode.
Ce serait trop commode si Dieu se chargeait de tout.
Vous êtes le seul ici qui pense à s'évader.
Le seul, parce que c'est impossible.
Emmène-moi !
Tu ne passeras pas.
Il le faut. Dans l'armée, c'est une "reconnaissance".
Fais attention.
Si à 10 h, je ne suis pas dans le couloir...
À 10 h, j'étais sous la verrière.
Je crus à une catastrophe.
Le plan de sortie du bâtiment et la façon de démonter ta porte.
Lis attentivement et déchire.
Compte sur moi, mais ne crois pas que je sois le "courage même".
- Tu as pardonné, c'est très fort. - Pas du tout, j'y pense.
C'est comme si c'était arrivé à un autre.
Aie confiance, tout ira bien.
Il me fallait 12 mètres de corde capable de supporter un homme.
Le grillage du châlit me fournit 40 m de fil de fer souple et solide.
Le premier bout de corde, je le fabriquai avec le traversin.
Le peu de crin qu'il contenait passa dans la paillasse.
La toile obtenue, je la pliai en quatre,
rabattant les bords afin d'éviter l'effilochage.
Je la tordis fortement.
Avec un fil de fer enroulé dans le sens opposé,
je pus garder la torsion primitive.
- Ta porte ? - Je veux bien encore essayer.
Essaie, Orsini. Essaie encore.
Demain, je te dirai si nous devons nous séparer ou non.
Quel est le problème ?
Trop long, trop compliqué.
- Et puis tout. - C'est pourtant le seul moyen.
Il y en a un autre.
Dis-le !
Pendant la promenade, avec 2 cordes et 2 crochets.
- Quels crochets ? - Il ne le dit pas.
- Et les sentinelles ? - Il attend qu'elles aient passé.
Il attend où ?
Sur le toit du lavabo. Il peut y rester caché.
De jour, on le verra du bâtiment.
Son plan n'est pas bon.
Le lendemain, je ne pus parler à Orsini, emmené à l'interrogatoire.
Cet interrogatoire ?
Ils nous rassurent, ils nous menacent, la routine.
Orsini est content.
- Ça va pour toi ? - Ça va.
Alors, il faut rester tranquille. Tu renonces ?
Ils vont me libérer.
- Tu les crois ? - Oui.
Tu as raison.
Pas parler.
Orsini !
J'étais si surveillé que nous avions perdu contact.
Que faisait-il ? Je n'y comprenais rien.
Qu'y a-t-il ?
Où est Orsini ?
Mon Dieu, fais qu'il réussisse.
Pas parler !
Ils vont me fusiller ?
Tiens bon, Orsini ! Sûrement pas.
Ma corde a cassé au second mur.
Il te faut des crochets, Fontaine.
Quels crochets ? Comment ?
Avec quoi ?
Le cadre de ta lanterne.
Attention !
Ne vous blâmez pas, vous ne l'auriez pas empêché.
- Il ne pouvait plus attendre. - Pourquoi ? Le désespoir ?
Trop d'espoir d'une vie nouvelle.
- Une vie nouvelle ? - Peut-être ce que disait le Christ.
"Si un homme ne naît de nouveau..." Je vous ai recopié le passage.
Ce sont les paroles à Nicodème.
"Nicodème dit : Comment un homme vieux peut-il naître ?
"Comment peut-il rentrer dans le sein de sa mère ?
"Jésus répondit : Il faut que vous naissiez de nouveau.
"Le vent souffle où il veut et tu l'entends, mais tu ne sais où il va."
Vous m'écoutez ?
Je t'écoute.
C'est lui !
- Tu es sûr ? - Sûr...
Peut-on être sûr ici de quelque chose ?
Je vidai le tout dans la fosse.
La terrasse de notre bâtiment et les murs d'enceinte
devaient avoir le même rebord.
Il me fallait attendre. La moindre erreur pouvait m'être fatale.
C'est là.
Je vois.
Il était risqué de prendre le chemin de ronde
et d'escalader le 2e mur. Mes forces avaient diminué.
Je tends une corde et je passe suspendu par les mains et les pieds.
Pour ça, il faut deux crochets. Trois en tout, tu les as ?
Je les aurai.
Il a fallu qu'Orsini rate pour que tu réussisses.
- C'est extraordinaire... - Je ne t'apprends rien.
Si. L'extraordinaire, c'est que c'est vous qui le dites.
Le troisième crochet, je le fabriquai avec les barres les plus courtes.
Il n'avait rien à envier aux autres, ni pour la forme ni pour la solidité.
Avec du fil de fer, je façonnai trois boucles
que je fixai au talon de chaque crochet.
Les essais prouvèrent que de fortes tractions ne les entamaient pas.
Trois hommes ont été fusillés parce qu'ils ont fait sortir des lettres.
Et je dois vous dire que quiconque en fera sortir subira le même sort.
Ceux qui ont un crayon peuvent le rendre à l'heure de la soupe.
Demain, on fouillera les cellules.
Et quiconque sera trouvé en possession d'un crayon sera fusillé.
Tout le monde a compris ?
Vous rendez le vôtre ?
Cela vaut mieux.
Pas parler !
Crayon ?
Pas de crayon.
Quelle bêtise ! Et seulement pour ne pas céder.
Le lendemain, l'idée d'une fouille me paralysait.
Colis.
Un colis ! Est-ce lui qui me sauva ? Peut-être.
Et quelles ressources !
Tant pis, il le fallait.
Je fis des tresses comme ma mère en faisait à mes soeurs.
Tout y passa. Je ne gardai qu'un mouchoir.
C'est avec de la ficelle que je fis les ligatures.
Cette corde, destinée à être lancée sur le mur extérieur,
devait être souple et homogène. Le fil de fer n'eût pas convenu.
D'ailleurs, j'avais épuisé mon stock.
Avec la couverture de Blanchet, je pouvais achever l'autre corde.
Nous ne sortions plus que par groupe d'une quinzaine.
La prison se remplissait. Il y avait souvent 2 prisonniers par cellule.
D'autres apparaissaient et disparaissaient.
J'en vis un en costume de noces.
Si Fontaine peut partir, c'est le moment.
Son dossier n'est pas bon.
- Cet homme est un mouchard. - Et si c'était vrai ?
Fontaine a trop parlé. Il est d'une imprudence !
- Pas trop dur, monsieur l'abbé ? - Ils m'ont mis avec le pasteur.
C'est un bon compagnon.
Il faut le prévenir.
Ce qui doit arriver arrivera et nous ne pouvons rien contre.
- Lui peut. - Il le dit.
On n'y croit plus, tu as trop traîné.
- Traîné, moi ? - Tu penses trop, tu fignoles.
Moi ?
Il te faut vraiment quelqu'un ?
- J'attends une réponse. - Qui ?
En face, à la 110. Il leur tient tête, il a du cran.
Ton histoire, c'est du roman !
Après 3 mois, on est moins fort.
Plus fort. On s'adapte, on s'habitue. C'est une grâce !
Ou un piège !
Vous pouvez vraiment partir ?
- Je suis prêt. - Alors n'attendez pas trop.
- Vous, vous me suivriez ? - Si je pouvais changer mon corps.
Nous nous retrouverons.
Dans une autre vie, peut-être.
Dans cette vie-ci, il faut le croire.
Crois d'abord à tes crochets et tes cordes. Et en toi. Tu doutes.
Le dur, c'est de se décider.
L'instruction de votre affaire est terminée, lieutenant Fontaine.
L'espionnage et l'attentat que vous avez préparé sont punis de mort.
Par conséquent, vous serez fusillé.
Est-ce à la prison qu'on me ramenait ?
Je fis un trajet douloureux.
Allais-je retrouver ma cellule ?
Je dus rire d'un rire nerveux qui me soulagea.
Et pourtant, un peu plus tard, encore une fois,
je crus à l'anéantissement de mes efforts.
Vêtu en soldat français et allemand, il était d'une saleté repoussante.
Il paraissait 16 ans à peine.
Tu es allemand ?
Français ?
Comment t'appelles-tu ?
- Jost. François Jost. - M'envoyait-on un mouton ?
Espérait-on qu'ébranlé par le verdict je parlerais ?
Donne-moi la main, Jost.
Il n'y a pas beaucoup de place.
Ils m'ont pris, ramené et condamné comme déserteur.
Tu me crois ?
Oui.
Je le croyais tout en éprouvant un affreux malaise.
Si c'était pas pour la France, pourquoi me serais-je engagé ?
La France, c'est ton pantalon kaki et tes molletières.
- Tout ce qu'il t'en reste. - Est-ce que je savais ?
Il fallait savoir.
Puis on m'a mis au chemin de fer.
J'empêchais les Français d'entrer dans les voitures.
- Les voitures ? - Leurs troupes. Gardien de wagon.
C'est comme ça que j'ai débarqué il y a 3 jours.
Quand la porte s'ouvrira, demande une paillasse supplémentaire.
Sa demande fut exaucée. Il obtint même une couverture.
Vous aviez bu ?
On essayait mon arme. On tirait en l'air.
Vous ne tiriez pas qu'en l'air. Ce policier était français ?
Oui.
- Et tu l'as vu tomber ? - Je sais plus, on a couru.
Juste ce qu'il ne fallait pas faire. 15 min après, on était à Saint-Paul.
Moi, ils sont venus me chercher.
- Pourquoi ? - Pour me changer de prison.
- Et toi, raconte. - Maintenant, il faut se taire.
Tu peux finir.
Couche-toi et dors.
La coïncidence de son arrivée et de mon verdict m'avait frappé.
Plus de temps à perdre.
Il fallait choisir : ou emmener Jost avec moi ou le supprimer.
Dans ce cas, mon crochet le plus lourd serait une arme efficace.
Mais tuer de sang-froid ce gosse, en aurais-je le courage ?
Lave-toi.
Alors, partez ! N'attendez plus.
Vous n'êtes plus seul ?
Méfie-toi, Fontaine.
Tu ne dis rien ?
J'ai perdu l'habitude.
Je sais pourquoi tu es ici.
Dis-le.
Tu as fait sauter un pont.
- Je peux te jurer... - Ça m'aurait bien plu, ce travail.
Ce travail ? Mais, Jost, pour faire sauter un pont...
Ils sont bien gardés. On le paie de sa vie, parfois.
Il ne faut pas être un froussard ou un lâche.
Je suis pas froussard, pas lâche.
Et on ne sert pas deux maîtres.
Tu as choisi de porter cet uniforme.
Je n'ai rien choisi.
C'est ma veste qui te gêne ?
Inutile, ça ne change rien.
Tu es ce que tu es.
Qu'est-ce que je suis ?
Va, reste dans ta saleté. Garde tes poux.
T'en es couvert, non ?
Quelques-uns, peut-être !
C'est vrai ?
Il a fallu que tu viennes !
Il n'en reste plus un.
Qu'est-ce que tu as ?
Rien.
Tu crois qu'ils vont me garder longtemps ?
C'est à moi que tu le demandes ? Très longtemps.
Des semaines, des mois. Un an, deux ans, peut-être.
- Ici, sous clé ? - Ou quelques jours seulement.
Ça dépendra des services que tu leur rendras.
Quels services ?
Prends garde, Jost.
La guerre finira, ils la perdront.
Ils ne perdront pas.
Si. Et ils partiront.
Ce sont de mauvais anges. Ils te laisseront seul dans ton pays.
Sans personne pour te défendre.
- Et il n'y aura pas de pitié. - Que craindre à mon âge ?
Pas de pitié pour ton âge.
- Réfléchis bien. - Réfléchir ? À quoi ?
Il est trop tard.
Trop tard ?
- Tu crois à la chance ? - J'y croyais, ça m'a pas réussi.
C'est peut-être toi qui as tout gâché.
Pourquoi es-tu parti ?
Une idée. Pour faire quelque chose.
Ton père a dit quoi ?
Mon père ? Il s'en fichait.
- Et ta mère ? - Elle m'a suivi jusqu'à la gare.
Je l'ai semée en route et j'ai réussi à prendre le train.
Elle devait bien t'aimer.
Plus que mes autres frères, plus que ma soeur, même.
- Tu as une soeur ? - Elle était petite, mais jolie.
Ma mère aussi était jolie.
Tu aimerais les retrouver ?
Oui, mais je ne vois pas comment.
Tu écris quoi ?
Viens voir.
C'est notre crayon. Il est à toi aussi si tu en as besoin.
Pourquoi le cacher ?
Parce que c'est interdit. Si on le trouve, on nous fusille.
Fusillés pour un crayon !
La soupe du soir fut distribuée sans que j'aie rien dit à Jost.
La nuit était noire. Plus noire encore serait la nuit suivante.
Demain, il le fallait.
Mais faudrait-il le tuer ?
Réveille-toi, Jost.
Mes dernières volontés, si j'échoue. Vous voudrez bien ?
Je vous le promets.
Mon Dieu !
Il y a aussi tout ce qui me reste à faire pour m'échapper.
Je désire qu'on le sache.
Priez pour moi, monsieur l'abbé.
Et vous aussi.
Adieu.
Cette occasion-là, c'est pas moi qui l'aurais.
Et si tu l'avais ?
Par exemple en allant à l'interrogatoire.
Que ferais-tu ?
- J'en profiterais, je m'échapperais. - Tu crois ?
Oui.
Souvent, c'est plus facile à deux.
On s'aide mutuellement.
Et il n'y a pas qu'en allant à l'interrogatoire.
Tu veux dire quoi ?
Je veux dire que si tu acceptais de m'aider, nous pourrions peut-être...
Sortir d'ici ?
Tu n'y penses pas ?
Tu les as regardés, ces murs ?
Et ces barreaux ?
Voyons, Fontaine, raisonne.
- Tu veux rire ? - Je ne ris pas.
J'ai tout prévu, tout calculé.
Depuis la sortie du bâtiment jusqu'à la façon de franchir les rondes.
Reste l'imprévu.
Nous aurons peut-être des surprises.
Je dis nous, parce que maintenant...
J'ai mis de mon côté tous les atouts.
Je suis sûr de ces objets, sûr de moi, de ma chance, de la tienne.
Tu ne le regretteras pas.
Dehors, je m'occuperai de toi. Je te ferai profiter de ta liberté.
Tu as fait un drôle de travail.
C'est tentant.
Tentant ?
Mais il n'est plus question de choisir. Tu dois bien comprendre...
- Je suis libre de dire oui ou non. - Maintenant que tu sais tout ?
- Maintenant que je sais tout. - Assez !
Ne t'avise pas de crier, de donner l'alerte.
Si tu me dénonçais, si par ta faute nous étions repris...
Pour qui me prends-tu, Fontaine ?
Alors, c'est oui ?
Oui.
Je vidai ma paillasse dans celle de Jost et coupai la toile.
En moins de 2 heures, la corde fut prête et testée, la cellule rangée.
- Tu frapperas ? - Je frapperai.
Adieu, mon ami.
D'abord le talon, ensuite la pointe...
Nous avions fait 4 paquets. Un avec nos chaussures attachées ensemble,
un autre avec nos vestes, un 3e avec la grande corde et son crochet.
Le 4e avec la corde souple destinée au chemin de ronde.
Les graviers crissaient sous nos pas, nous dûmes nous arrêter.
Il nous fallut plus de 20 minutes pour atteindre la petite cour.
Quel était ce grincement qu'on entendait à intervalles réguliers ?
Je ne pouvais m'en expliquer la cause.
Il était armé d'un pistolet mitrailleur.
Je distinguais la grenade à sa ceinture
et la baïonnette qui dépassait du fourreau.
J'entendis sonner minuit.
Puis une heure.
Leurs gestes étaient pareils.
Ils marchaient le long du mur,
rarement ils en atteignaient l'angle, jamais ils ne le dépassaient.
En descendant, je pourrais me cacher et attendre le bon moment.
Car cet homme devait disparaître.
À toi, descends.
Je lâchai le crochet. Cette arme ne me paraissait pas sûre.
Je devais agir, mais ne le pouvais pas.
À deux mains, je comprimai les battements de mon coeur.
S'était-il assis ? Allumait-il une cigarette ?
Il ne venait plus jusqu'à moi.
Il était là, tout proche, à un mètre de moi. Il faisait demi-tour.
Il avait oublié nos vestes et nos chaussures, mais je ne lui dis rien.
Seul, je serais peut-être resté là.
Ce que je savais du système de garde,
c'était quatre guérites placées aux quatre coins.
Étaient-elles occupées ou ne l'étaient-elles pas ?
Elles ne l'étaient pas.
Il est seul.
Coupe le fil électrique.
Le couper comment ?
Vite !
Le crochet...
Jost tremblait, moi aussi peut-être.
J'hésitai.
J'entendis sonner quatre heures.
Le temps passait, nos chances diminuaient.
- Jost... - Si ma mère me voyait !
Sous-titrage : Eclair Group
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.