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Ma mère avait commencé à travailler à 17 ans, comme dactylo dans un garage.
À 26 ans, elle était à la sécurité sociale depuis plusieurs années.
Elle venait de coiffer Sainte -Catherine,
comme on disait à l 'époque des jeunes femmes qui, à 25 ans, n 'étaient
pas mariées.
Elle vivait dans une maison en pierre, rue de l 'Indre.
avec sa jeune sœur et sa mère.
Ma mère et mon père se sont rencontrés à Châteauroux,
près de l 'avenue de la gare, dans la cantine qu 'elles fréquentaient.
Ça va ? Mon père l 'a invité à boire un café.
Ce soir -là, ma mère devait aller à un baldi de société qui attirait les jeunes
gens de Châteauroux.
La soirée était bien entamée, quand au loin, elle l 'a vue se frayer un chemin.
Il l 'a invitée à danser.
Sous -titrage ST'
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qui apporte chaque jour tout le bien, tout le malade.
Sous -titrage MFP.
Mon père était traducteur à la base américaine de la martinerie.
C 'était son premier poste après de longues études.
Il n 'avait pas l 'intention de rester.
Sa famille habitait Paris depuis des générations.
On y avait souvent été médecin, on y était curieux du monde, on y avait la
passion en 18.
Incroyable ! Merci.
De rien, mademoiselle Steiner.
Rachel, s 'il vous plaît. Rachel, bien sûr.
C 'était pour le plaisir de dire votre nom.
Vous savez que vous avez un très beau nom, surtout la clôture de votre prénom.
Ah bon, pourquoi ?
Parce que Rachel, étymologiquement, c 'est la brebis, la douceur.
Et Steiner, c 'est le tailleur de pierre.
Vous voyez, ça mélange la douceur, la dureté.
Enfin, non, plutôt la fermeté.
Ça vous va bien ? Je ne sais pas de toute façon.
Et vos autres prénoms ? C 'est Madeleine et Pauline.
Ce ne sont pas du tout des prénoms hébraïques ? Non, parce que Rachel, c
choix de mon père, et les autres prénoms, c 'est ma mère.
Votre mère n 'est pas juive ? Non, elle est catholique et baptisée comme moi.
Quel curieux mélange.
Et vous êtes croyante ? Ben oui.
Quoi, pas vous ? Non, pas du tout.
Je l 'ai été par habitude et éducation jusqu 'à 12 ans environ. Et puis
j 'ai découvert Mitch. Alors forcément...
Vous ne connaissez pas Mitch ?
C 'est merveilleux, je vais pouvoir vous le faire découvrir.
La prochaine fois, je vous apporte ainsi par la terre à tous. C 'est une lecture
indispensable.
Non, plutôt par -delà le bien et le mal.
Trop dur de choisir, je vous offrirai du tout.
Je vais, à demain.
Au revoir.
très vite, ils se sont vus tous les jours.
Elle découvrait un monde, un monde d 'intimité, de paroles constantes, de
questions, de réponses, des idées qu 'elle n 'avait jamais entendues
Il parlait d 'elle en amoureux et en expert, avec la même passion que d 'un
auteur qu 'il admirait.
Le week -end, mon père
louait une voiture et il partait.
Tu verras son milice qui peut te faire voir le monde entier, le monde entier
différemment.
Le flic, tu sais.
Je suis sérieux.
T 'es comme Iseult.
Toi aussi, tu fais pas un fil à ton amant.
Ne rigole pas, c 'est vrai.
Tu pourras avoir de très beaux hommes.
Mais c 'est à toi que je veux plaire.
Je te trouve beau.
T 'es gentil.
T 'as eu beaucoup d 'amants avant moi ? Non, un seul.
Mais j 'étais fiancée quand j 'étais toute jeune.
Il était très respectueux de la jeune fille que j 'étais.
Très, très respectueux.
Pas comme moi, tu veux dire ? Non, pas comme toi, c 'est sûr.
Il s 'appelait Charlie. Moi,
je le bénis, ce Charlie.
Je le bénis de ne pas avoir su plaire et de ne pas t 'avoir épousé.
Sinon, ça ne serait pas connu.
Il est là, ça se trouve.
On ne dit pas si ça se trouve.
Je sais, on dit si il se trouve.
Ça aurait dit ça pleut.
Tu as remarqué ? Ça pleut.
Tu devrais lui dire, socialement, ça sera pénalisé.
Attends, je vais mettre quelques épingles.
Tu verras la prochaine à Elie, ce sera toi.
Il t 'aime, Philippe.
J 'ai vu comment il te regarde.
Il a de l 'élégance.
Il est spécial.
Il a de l 'allure, Philippe.
Un peu fagoté comme l 'as de pique, mais il parle bien.
Ma tante Gabi allait avoir 18 ans.
Son fiancé était apprenti ébéniste. Ils étaient sur le point de se marier.
Gabi avait invité mon père, mais ma mère ne lui avait pas transmis l
'invitation.
Les chansons, la jartière, la farandole dans la salle, elle préférait y aller
sans lui.
Mon père lui parlait tellement de Paris. Il insistait sur son attachement à
cette ville.
Il ne se voyait pas vivre ailleurs.
Avec lui, elle avait des conversations qu 'elle n
'avait jamais eues avec personne.
Il est revenu, j 'en avais beaucoup fait.
C 'était un étranger.
C 'était un étranger.
C 'était trop tard, on ne pouvait pas rattraper toutes ces années.
Pourquoi il est parti ? Il avait une autre femme ? Non, je ne crois pas.
Il est retourné à Alexandrie en 1935 parce qu 'il avait des affaires là -bas.
On devait le rejoindre avec maman, mais finalement ça ne s 'est pas fait.
Puis après, avec la guerre, comme il est juif, c 'était plus sûr pour lui de
rester là -bas.
Voilà.
En fait, il ne m 'a pas vu grandir.
Pourquoi ? Parce qu 'il a de l 'argent, ton père ? Il a des comptes en banque,
en Israël, en Italie, en Suisse, mais je ne crois pas qu 'il grandisse en
Suisse.
Bon, enfin, Rachel.
On n 'a pas des comptes en banque dans trois pays différents, s 'il n 'y a rien
dessus. Tu sais, je m 'en fiche de ces choses -là.
Tu as tort. Il va bien te laisser quelque chose un jour.
Oui, puisque je te dis qu 'il n 'a pas d 'argent.
Tu dis toi -même que tu n 'en sais rien.
Il doit être comme tous les juifs. Je vais croire qu 'il n 'a pas d 'argent
alors qu 'en fait, il en a.
Dis -moi, c 'est la première fois que je te vois en pantalon.
Ça te plaît pas ? Ah si, j 'aime beaucoup.
Tu devrais en mettre plus souvent, ça te va bien.
C 'est rare d 'ailleurs une femme en pantalon qui ne perd rien de sa
Tu sais, j 'en profite parce que c 'est le week -end, mais à la sécu, je ne
pourrais jamais mettre ça.
Ah bon ? Pourquoi ? Parce qu 'on n 'a pas le droit d 'aller travailler en
pantalon. C 'est plaisant, j 'espère. Ah non, pas du tout.
Un jour, une collègue est arrivée comme ça.
Elle a tout de suite été convoquée par le patron et il l 'a renvoyée se
J 'ai été voir le patron. Je lui ai dit que je ne trouvais pas ça normal.
Vraiment, ça te fait ça ? Oui.
Bah oui, c 'est important pour moi.
Surtout que lui, de son côté, il se permettait des choses. Tu sais, il a
faire de moi sa maîtresse.
Comme ça n 'a pas marché, il m 'a mis une vie infernale.
Et il a fini par me changer de service.
Oui.
Tu m 'aimes ? Je t 'aime, Rachel.
Il y a trois sortes d 'amour.
L 'amour conjugal, c 'est celui que tout le monde veut.
Ensuite, il y a la passion.
Et ensuite, il y a ce que j 'appelle la rencontre inévitable.
Et nous, tu sais ce que c 'est ? Oui, c 'est une passion.
Non, c 'est une rencontre inévitable.
C 'est quoi la différence ? La passion dérange l 'endroit social.
Et la rencontre inévitable se situe au -delà de l 'ordre social. Elle ne s
'intègre pas à une vie raisonnable.
Il était rentré dans sa vie.
Elle ne le voyait pas en sortir.
Il venait la chercher tous les jours au bureau.
Et ils allaient chez lui, rue Grande, dans la chambre qu 'il louait.
Il y en a un sacré.
Oui, bien sûr.
Tu peux tout me dire, tu le sais bien.
Eh bien, j 'ai... J 'ai fait de la prison.
Mais pourquoi ? T 'as fait quoi ? C 'était pendant mon service militaire.
J 'aurais dû faire mon service en Algérie. Puis j 'ai bénéficié d 'une
intervention au lieu par des amis. J 'ai été affecté en Allemagne.
Un soir, je rentrais de la caserne. J 'étais...
Très énervé parce qu 'une fille m 'avait posé un lapin.
Je conduisais vite et... J 'ai heurté un passant.
L 'homme a rebondi sur le capot et je me suis pas arrêté.
On l 'a retrouvé mort.
T 'es resté en prison longtemps ? Un an et demi.
Personne m 'a aidé, c 'était affreux.
Je m 'écrivais tous les jours, heureusement.
Lui, il ne m 'a pas jugé.
Tu n 'en parleras à personne, tu me le promets.
Plus quand il me retravaille.
On dit, mademoiselle, le ténor fait une tombe.
C 'est pas vrai, c 'est pas vrai.
C 'était pas encore.
Tu veux te marier ? C 'est pas vrai, toi ?
Moi, non.
Certainement pas.
Je vais pouvoir faire ce que je veux.
Tu pourrais pas si tu étais marié ? Certainement pas, non.
Pourquoi ? Parce que tu pourrais pas avoir des maîtresses ? Oui, mais pas
seulement.
Avec quelqu 'un comme toi, en tout cas, je pourrais pas faire ce que je veux.
Pourquoi tu dis ça ? Parce que tu es exigeante, Rachel.
J 'aime bien t 'imposer, qu 'on fasse attention à toi, y compris profondément.
Si tu venais à Paris, on pourrait se voir souvent.
On travaille.
Tu peux travailler à Paris, non ?
Non, il faudrait que je demande la mutation.
Je pourrais t 'aider à trouver un petit appartement et puis, si tu veux te
marier, parce que je comprends, pour une femme, c 'est important, je ne ferai
pas d 'objection.
Avec un autre homme, tu veux dire ? Oui, je te dis, avec moi, ce n 'est pas
possible.
Tu ne serais pas jaloux ? Non.
Rachel, c 'est trop drôle d 'avoir.
Au milieu du printemps, la société qui employait mon père comme traducteur lui
signifié la fin de son contrat au 30 avril.
Il a pris son billet de train pour le 2 mai à 14h30.
Elle a demandé un congé pour la matinée du 2 afin d 'avoir
toute la journée du 1er mai.
et encore une matinée entière à partager avec lui avant son départ.
Depuis le début, mon père éjaculait toujours sur son ventre, selon l 'accord
'ils avaient pris.
Ce jour -là,
et lui a demandé s 'il pouvait décharger au fond d 'elle.
Elle a dit oui.
C 'est une très belle journée.
Merci.
Rachel, ta lettre m 'a fait grand plaisir.
J 'ai été heureux de retrouver ton parfum.
Tout en regrettant qu 'il ne s 'y mêle pas, celui de ta peau.
J 'aimerais que ta main longue et apaisante se glisse de temps en temps
mienne.
Cela me ferait du bien.
Merci pour la photo dessus, je nous aime beaucoup.
Et puis d 'où je pensais, Philippe ?
Elle lui a répondu.
Il a réécrit tout de suite.
Elle lui a écrit quelques semaines plus tard.
Il fallait absolument qu 'il se voit.
Elle était enceinte.
Elle a reçu une réponse rapide.
Il ne pouvait pas venir à Châteauroux avant la fin de l 'été.
Il avait besoin de vacances et il partait en Italie.
Il lui a écrit deux cartes postales, l 'une de Milan, l 'autre de Rome, lui
parlant des beautés de la ville, mais jamais de sa situation à elle.
Mon père lui a écrit plus tard dans l 'été.
Il proposait à ma mère de me rejoindre.
Toujours. Tu m 'aimes.
Et encore, t 'as rien vu ? Je vais t 'amener à Villefranche -sur -Mer.
Il y a une petite chapelle entièrement décorée par Cocteau.
Merde !
Merci. Merci.
C 'est intéressant.
Avec un petit bijou fantasy, mais c 'est l 'intention qui compte.
Et l 'intention est très tendre.
Au revoir.
Là ? Oui, là c 'est bien.
C 'est bon ? Non.
Il aime ? Oui, c 'est bon.
Tu sais, tu es enceinte, Rachel, mais ça ne convient rien.
T 'es d 'accord pour faire cet enfant ? N 'est -ce pas ? T 'es d 'accord ?
Oui, oui.
Tu sais très bien que je ne t 'épouserai pas, je te l 'ai toujours dit.
J 'ai toujours été franc avec toi.
N 'est -ce pas ? Évidemment, si t 'avais été
riche...
J 'aurais été différent, j 'aurais réussi.
Je suis née le 3 février 1959 à Châteauroux.
Sur mon acte de naissance était inscrit Chantal Steiner, née de père inconnu.
Elle
a
écrit à mon père en lui demandant de venir me voir.
Il a répondu par télégramme.
Désolé, matériellement impossible venir aujourd 'hui.
Il est venu cinq mois plus tard.
Elle est très vigoureuse. Oui. On sent qu 'elle est bien nourrie.
Elle est belle, hein ? Elle gazouille tout le temps.
Maman dit qu 'elle n 'a jamais vu un bébé aussi joyeux.
C 'est vrai, tu es très mignonne, ma petite Chantal.
Tu veux la prendre ? J 'ai essayé.
Attends, là... Ouh là ! Non, non, non, non. Je ne sais pas du tout.
Ta mère n 'a pas bonne mine, je trouve.
T 'as toujours tes problèmes respiratoires ? Oui.
Oui, c 'est fatigué.
Toi, en revanche, t 'as l 'air d 'aller merveilleusement bien.
J 'aimerais bien que tu reconnaisses Chantal.
Je demanderais rien d 'autre.
Je demande pas d 'argent, ça m 'intéresse pas.
Je vais réfléchir, je te dirai.
D 'accord.
Mon père n 'était resté qu 'une journée.
Au bout de quelques semaines, n 'ayant pas de nouvelles, ma mère avait réécrit.
Sa lettre était revenue avec la mention « N 'habite plus » à l 'adresse
indiquée.
Elle a pris un train pour Paris.
Elle s 'est présentée à l 'accueil de chez Michelin.
Essayez -vous.
C 'était la seule adresse qu 'elle connaissait.
Asseyez -vous, mademoiselle, je vous en prie.
Bon, merci de me recevoir.
Que puis -je pour vous ? Je suis Rachel Steiner, votre fils Philippe et moi
avons un bébé de six mois, une petite Chantal.
Oui, je sais.
Il m 'a dit qu 'il ne se sentait pas responsable.
Il est venu la voir, quand même.
C 'est très bien de sa part.
Je viens parce que je n 'ai plus de moyens de le joindre et je voudrais
lui donner des nouvelles de sa fille.
J 'entends bien.
Mais vous comprendrez que je ne peux pas vous donner son adresse comme ça, sans
son accord.
Non, mais je ne veux pas l 'embêter.
Je veux juste pouvoir lui écrire.
Alors...
Je vous remercie si vous pouvez au moins lui donner cette lettre quand vous le
verrez.
Je le ferai.
Comptez sur moi.
Mon fils a parfois la légèreté de la jeunesse, mais je ne vous apprends rien,
mademoiselle. Il faut être deux pour fabriquer un enfant.
Je comprends que la situation pour vous soit difficile.
Je vais bien.
Ma fille va bien.
J 'aimerais que tu connaisses mon père.
Quelques semaines plus tard, elle a reçu une lettre de quelques lignes.
Mon père vivait désormais à Strasbourg et lui donnait sa nouvelle adresse.
C 'est moi, tonton ! C 'est moi, tonton ! T 'es prête, Chantal ? Allez, c
'est parti ! Hop là ! Hop là ! Attention, ça glisse !
Je crois
que j 'en ai vu un là -bas.
Malgré les années qui passaient, ma mère espérait un revirement.
Elle ne supportait pas que soit inscrit « Né de père inconnu » sur mon acte de
naissance.
Elle espérait toujours que mon
père me reconnaîtrait.
Régulièrement, dans ce but, elle lui écrivait.
Ces lettres avaient un deuxième objectif.
Le revoir.
Bonjour Achille.
Bonjour Philippe.
Chantal ? Chantal, viens, viens que je te présente. Viens ma bichette.
C 'est ton papa.
Viens ma bichette.
C 'est ton papa.
Hé, c 'est ton papa ! Bonjour ma petite Chantal.
Bonjour.
L 'année de mes 4 ans, nous sommes allés en vacances dans les Vosges, dans un
petit hôtel à Gérardmer.
Mon père est venu nous voir une journée.
On a fait du pédalo.
J 'étais contente.
Je l 'ai appelé papa.
Une photo a été prise par un photographe de rue.
Le souvenir s 'est effacé de ma mémoire, mais la photo a été dupliquée.
Je vais essayer.
J 'ai beaucoup de travail, tu sais.
Et puis, je suis pris par ma vie.
Au revoir, Chantal.
Ma mère reçut une lettre très courte de mon père.
Sa mère s 'était suicidée.
Elle avait sauté du quatrième étage.
La famille venait de finir de déjeuner. Elle avait refusé de les accompagner au
parc Montflot.
Ils étaient en train de traverser la cour.
quand le camp s 'était écrasé à leurs pieds.
Elle lui a écrit une gentille lettre.
Ma mère n 'avait pas de regrets.
Elle avait vécu une grande passion.
Et puis, J 'étais là.
Tu n
'as
pas envie de manger en fait ? Non.
Marilette fait repartir les vaches de l 'étape pour les mener pètre au
grand prix.
Soyez tranquilles, parents.
Ils se mettent tranquilles, s 'il te plaît. Elles sont très fatiguées.
On vient juste de commencer.
Ensemble, ça va aller.
Le décès de leur mère, coup sur coup, la même année, les a rapprochés.
Le rythme de l 'être a repris.
Vers la fin de l 'année, elle en a reçu une qui s 'est terminée par ces mots.
J 'ai envie de vous voir.
J 'en ai très envie.
La phrase roulait dans sa tête.
J 'ai envie de vous voir.
J 'en ai très envie.
On n 'écrivait pas ça sans raison.
J 'ai envie de vous voir.
J 'en ai très envie.
Ce « vous » n 'était pas anodin.
Le temps avait passé, les choses évoluaient.
Il avait perdu sa mère, il avait mûri.
Elle a reçu une deuxième lettre.
Il annonçait son arrivée.
T 'as pas peur que ça te fasse mal de le revoir ? Non.
Non, j 'en suis plus là, vraiment.
Non, c 'était pas tantal.
On dirait qu 'il la reconnaît.
Ton papa ? Bonjour.
Tu m 'as pas expliqué pourquoi t 'es obligée de vendre ? C 'est vétiste,
même. Il y a beaucoup trop de travaux à faire.
J 'aimerais une vraie salle de bain aussi, maintenant que Chantal est plus
grande.
J 'ai fait une demande pour aller à la cité de Saint -Jean.
Je pense que ça va marcher.
Je sais que ça va.
C 'est une nouvelle cité qui vient de se construire.
C 'est juste à la sortie de la ville, à côté de la campagne.
C 'est bien.
On aurait pu dire non ? Non, ma chérie, non.
On n 'a pas toujours tout ce qu 'on veut dans la vie.
Maman a raison, tu devrais l 'écouter.
Je sais, j 'ai quelque chose à te dire.
je me suis marié.
Elle est enceinte, il a fait qu 'on se décide très vite.
Je pensais pas l 'épouser, tu connais mon point de vue.
Mais son père a été très convaincant.
Elle est très jeune, allemande, née à Hambourg.
Son père est médecin.
Ils sont assez fortunés.
Une famille très cultivée, agréable.
Très mélomane.
Comme tous les Allemands d 'un certain niveau.
C 'est vrai, son père a beaucoup insisté.
Au fond, il est très heureux.
En particulier d 'épouser une Allemande.
Pourquoi ? Parce que les Allemandes sont les seules femmes avec les Japonaises
qui aiment vraiment s 'occuper des hommes.
Ça y est, il y a eu tellement d 'hommes qui ont été tués pendant la guerre en
Allemagne.
Maintenant, les allemandes sont aux petits soins pour eux.
Ce n 'est pas désagréable.
Rachel, un jour, tu te demanderas comment tu as pu avoir de tels
moi.
Le jour serait bien triste.
Ce soir, tu vas dormir dans la chambre de maman.
Et demain matin, dès que tu es réveillé, tu pars.
Je ne veux plus te voir.
Ça ne change rien.
Je ne veux plus te voir. Ça ne change rien.
Tu sais, je n 'ai pas les mêmes rapports avec ma femme.
C 'est... beaucoup moins tendre.
Toi, c 'est...
Au revoir, Chantal.
Au revoir, papa.
Au revoir, Rachel.
Ressens -toi.
Maman ? Maman ?
Maman, ça va ?
Maman ?
Maman,
pourquoi tu pleures ?
Ça va ? Qu 'est -ce qui
s 'est passé ? Elle est trop dure, la vie.
Elle est trop pire.
Il est marié.
Brigitte ? Brigitte est là.
Chantal, t 'inquiète pas, on s 'occupe littéralement.
Oh, t 'as vu, ça, ça fait comme du sable.
Oui, c 'est tout doux.
On pourrait le vendre.
On pourrait être des marchandes de sable du désert.
On va le vendre très très vite et on sera très vite.
C 'était la première fois que le contact était vraiment rompu.
Il lui avait apporté une ouverture sur le monde et elle avait eu des sentiments
pour lui qu 'elle n 'avait jamais ressenti auparavant.
Il était parti.
Tu vois qu 'on peut être bien ici.
Bon, l 'acteur n 'est pas terrible, mais on ne vit pas l 'acteur.
Oui.
L 'environnement, toi, qu 'est -ce que c 'est ? Oui.
C 'est bien, mais regarde, tu vois, il y a une petite boucle sur le haut.
Mais du coup, c 'est pas un haut, c 'est un zéro, c 'est pas pareil.
Tu vois ? Un hôpital psychiatrique venait d 'être créé à
5 km de Châteauroux, à Girone.
Une institution révolutionnaire qui rompait avec les asiles de fous
traditionnels. À Girone, il n 'y avait pas de barreaux aux fenêtres, pas de
vêtements distinctifs.
Et le mot fou était crosseux.
Le poste de secrétaire de direction était à pourvoir.
Ma mère a posé sa candidature.
Notre médecin psychiatre, le docteur Baccheli.
Elle a été recrutée. Bonjour, notre psychologue.
Et ici, notre salle de réunion. Nous attachons beaucoup d 'importance à la
parole. Bonjour à tous.
Bonjour Suzanne.
Bonjour.
Son travail l 'intéressait. Elle rencontrait des psychiatres, des
des psychanalystes.
Elle avait des conversations avec eux. Elle apprenait des choses.
Tout se jouait dans la petite enfance.
C 'est très joli.
Il est magnifique ce soleil.
Il est immense.
C 'est toi là ? Non, c 'est une petite fille n 'importe laquelle.
Mais là ?
C 'est le papa.
Le papa de la petite fille ou n 'importe quel papa ? De la petite fille.
Je suis très très contente, ça s 'est bien passé.
Tu as demandé de dessiner une famille, c 'est ça ? Oui.
Mais tu sais, elle m 'a montré ton dessin.
Et c 'est très bien.
Tu as dessiné le père, c 'est très bien.
Ben oui, elle m 'a demandé de dessiner une famille. Oui, mais tu as bien fait
une petite fille, tu as bien fait le père.
T 'as bien fait la maman, t 'as dessiné une famille équilibrée, on dit.
Alors le père, tu l 'as fait tout petit.
C 'est un petit bonhomme élégant.
Je ne me souviens pas de lui, mais je me souviens très bien de cette femme.
Ah oui, ça, tu l 'adorais.
Je sais que tu ne voulais même pas que je la donne à ta cousine quand elle
trop petite.
Regarde là.
Voilà, je te pose encore.
Donc voilà.
Attends, regarde ici, on le voit bien ton papa. C 'est pendant les vacances à
Nice.
Et moi je suis où ? Ah bah toi t 'étais pas encore née ma chérie, t 'étais dans
mon ventre.
Tu veux une photo de toi pendant ces vacances ? Oui.
On va regarder ici.
Ça se voit que t 'es enfant.
C 'est pas possible, j 'étais enceinte d 'à peine trois mois. Vous ne le voyez
pas encore ? Moi, oui, je le vois.
C 'était une très belle vacances.
On avait mangé des fruits de mer.
Et c 'est vrai que ton papa m 'a offert ma broche hippocampe.
Oh, avec les yeux verts qui brillent ? Oui, oui, celle -là.
Il te faisait des cadeaux ? Oui.
On s 'est beaucoup aimés.
Tu étais une enfant très délirée. Par ton papa aussi.
Pourquoi elle ne peut pas rester avec nous alors ? Toutes les moments, je peux
toujours être le papa, fait comme ça.
Sur table ? Oh ma vie ! C 'est belle, donne -moi ta
vanille. Ciao les filles ! Alors, comment c 'était ? C 'est beau, c 'est
venir. Je sais que ça a coûté le faire maman, mais ça valait vraiment la peine.
Ah non, toute la classe n 'allait pas partir et toi restais là.
Hein, quand même.
Maman, tu viens ressentir avec moi ? On verra.
Je parle pas italien déjà.
C 'est pas un problème ça, tous les vendeurs y parlent français là -bas.
Et puis, c 'est une ville magnifique.
Ça va tellement te plaire. Faut que tu vois ça.
C 'est une ville de palais sur l 'eau.
C 'est sûr que si tu compares Châteauroux... Moi,
je vais pas rester ici. Je partirai.
Tu dis ça, mais tu le feras peut -être jamais.
Si.
Si, je partirai, maman. Tu verras.
Je voyagerai. Et je t 'emmènerai, même.
On ira à New York ensemble, quand je serai grande.
On fera le tour du monde. D 'accord.
T 'es sûre ? Ouais.
Elle est belle.
S 'il te plaît. J 'aime bien.
Mais ça et ça.
Il est très bon.
Ah ouais.
Ça va bien.
Ça vient ensemble, ouais.
Je pense qu 'avec le bleu, ça ferait mieux.
Allô, clinique de Gironne, que puis -je pour vous ? Rachel ? Rachel, il faut que
je te dise quelque chose très vite.
Oui, Nicole, qu 'est -ce qu 'il se passe ? Voilà, le père de la petite a appelé
tout à l 'heure ici, à la sécu.
Il te cherchait.
Alors, on lui a dit que tu ne travaillais plus ici, que tu étais à
maintenant. Il a dit qu 'il allait t 'appeler.
Enfin, il voulait t 'appeler tout de suite. C 'est pour ça que j 'ai préféré
prévenir avant.
Allô ? Bonjour Rachel, c 'est Philippe.
Comment vas -tu ? Très bien. Et toi, comment vas -tu ? Très bien, mais toi,
comment ça va ? C 'est pas trop dur l 'hôpital ? Non, non, au contraire. Tout
passe très bien.
Ça fait combien de temps que... Je savais pas que tu... Non mais je... Je
pas internée, Philippe. Je travaille ici.
Oui. Pardon, j 'avais mal compris.
Oui, tu avais mal compris.
En fait, je travaille ici depuis plusieurs années.
Je suis secrétaire de direction et ça me plaît beaucoup.
C 'était la première fois qu 'elle réentendait la voix de mon père depuis
ans. Depuis ce matin où elle lui avait dit « Maintenant, tu t 'en vas ».
sa colère était retombée.
Elle avait presque cessé de penser à lui.
Au moins, plein de changements, au contraire. J 'ai déménagé.
J 'ai passé le permis aussi.
Je l 'ai eu du premier coup.
C 'est formidable.
Ça ne m 'étonne pas de toi.
Merci.
Tu m 'as l 'air très heureuse.
Oui, un peu.
Je suis assez heureuse.
Je pense souvent à toi, tu sais.
Qui en veut encore, là ? Oh, moi, ta taille, elles sont trop bonnes, ces
Moi aussi j 'en veux une. Elle est chaude d 'assiette, tu vas te brûler.
Mais vous n 'avez pas tout massacré ? Tout fait. T 'as vu ce que t 'as fait ?
'est ça, ça fait ça.
On le prend dans une entière comme on dit.
Il est brut, ça.
T 'aurais bien aimé aller à Paris.
T 'as toute la vie pour aller à Paris, ma belle.
D 'habitude, maman, elle ne voyage pas sans moi.
On est toujours partis en vacances.
Là, elle n 'est pas vraiment partie en vacances.
C 'est juste le week -end.
Tiens, merci.
Tu peux aller voir ton papa.
Ah bon ? Mais pourquoi elle m 'a pas emmenée alors ? Je sais pas, tu lui
demanderas.
C 'est des histoires de grands, tout ça.
Non, vous avez déjà tout mangé.
Non, j 'ai pas mangé un peu.
Prends pas tout.
ça va ? c 'est un
cadeau de la part de ton papa
C 'est ça.
C 'est ça.
Tu vois, c 'est le Brésil.
Ton papa m 'a dit, tu montreras bien le Brésil. Il a beaucoup insisté, alors je
te le montre.
Mais pourquoi le Brésil ? Je ne sais pas.
Sans doute parce que c 'est très grand.
Mais là, ici, c 'est encore plus grand.
Écoute, je ne sais pas, Chantal.
Tu n 'as qu 'à lui écrire, si tu veux, pour lui poser la question.
Chère petite Chantal, ta lettre est très gentille et m 'a fait grand plaisir.
Tes résultats à l 'école sont magnifiques et je trouve encore plus
que tu t 'intéresses à tant de choses.
Apprendre est une des plus grandes joies de la vie et je suis émerveillé que tu
l 'aies si bien compris.
Si tu en as envie, je voudrais bien recevoir une autre lettre de toi où tu
raconterais ce que tu fais en classe et à quoi tu aimes jouer.
Moi aussi je te raconterais ce que j 'aime.
Comme ça, nous nous connaîtrons quand nous pourrons nous voir.
Pourquoi le Brésil ? Peut -être parce que c 'est un pays dont toute la
est dans l 'avenir, comme toi, à qui le globe était destiné.
Papa.
Bien prêt ? Bonjour.
Vous avez fait bien de route ? Ravi de vous voir. Nous aussi.
Chantal, voyons.
Voyons Chantal.
Allez. Ça fait longtemps.
Oui.
Bon, je n 'ai pas le temps de vous faire visiter la ville, mais je vous emmène
déjeuner. Je vous propose soit la brasserie de la gare qui fait de
soucroutes, soit un italien qui est le meilleur italien de Strasbourg.
L 'italien, c 'est bien. C 'est très bien.
Bonjour. Bonjour.
Vous avez encore vos calamars à la romane ? Oui, nous en avons toujours ce
matin. Trois calamars à la romane.
Bien.
Merci. Merci.
Des calamars à la romaine, vous allez voir.
C 'est difficile.
C 'est ça, le café au ketchup.
Merci.
On peut manger avec vous. Oui, bien sûr.
Tu viens souvent manger ici ? Oui, je viens souvent parce que c 'est le seul
italien avec des spécialités romaines.
Et comme Rome est ma ville préférée... Tu es allé à Rome ? Oui, des dizaines de
fois. Ah bon, comme ça ? C 'est pas si loin, tu sais.
Dix heures de train de nuit depuis Paris.
Bien sûr, on peut y aller en avion, c 'est plus rapide, mais ça n 'a pas le
charme.
S 'endormir versé par le roulement du train, encore en territoire français, se
réveiller, sachant qu 'on est déjà en Italie, qu 'on a passé la frontière dans
la nuit, dans son sommeil, comme on rêve.
C 'est ça qu 'on appelle Rome, la ville aux mille clochers.
Non, je ne le savais pas.
C 'est une expression, mais si on les compte vraiment, il y en a plus.
Tu les as comptées.
Et raconte -moi, qu 'est -ce qui ne t 'attend plus à Venise ? Tout.
Les gondoles, les canots, la place Saint -Marc.
Ça ne m 'étonne pas que tu aies aimé Venise. J 'ai moi -même une véritable
passion pour l 'Italie.
J 'essaie d 'y aller au moins deux fois par an.
Il est formidable.
Je ne savais pas que j 'avais un papa aussi extraordinaire.
Tu vois que je ne suis pas allée te chercher n 'importe qui.
C 'est la première fois de ma vie, maman, que je parle avec quelqu 'un d
intelligent.
Dis donc, je parle peut -être pas de langues étrangères. Et je suis pas à la
Rome, je suis pas bête non plus.
Tu trouves pas que je ressemble un peu ? Bah oui, bien sûr.
On a la même couleur de cheveux et la même forme de main.
Oui, c 'est vrai.
Non mais regarde, regarde, on a les mêmes pouces. C 'est la même forme.
Exactement, la même forme.
Et puis, on a les mêmes goûts. Alors qu 'on n 'a jamais vécu ensemble, c 'est
incroyable.
C 'est un apôtre ? Non, les apôtres sont au -dessus. Là, c 'est la vieillesse.
J 'ai parti des quatre âges de la vie avec l 'enfance, la jeunesse et l 'âge
adulte.
Ce sont eux qui sonnent chacun quart de l 'heure à tout le rôle.
Et la mort sonne l 'heure.
Je te félicite. Elle est très intelligente.
Je voulais te dire, on va peut -être déménager à Reims l 'année prochaine.
Ah oui, c 'est bien.
Et je me disais, si tu reconnaissais Chantal, je pourrais l 'inscrire à l
sous ton nom.
Ce serait bien pour elle, ce serait comme un nouveau départ.
Elle est persévérante, Rachel.
Je vais y réfléchir.
Juste avant que je finisse mes bagages, il est venu me voir dans ma chambre
Je suis très heureux ces quelques jours.
Faites de bonnes ventes.
Au revoir Chantal.
Au revoir. Bonne fin de vacances.
Tu fais tes pilotes ? Oui.
Maman ? Oui ? Je crois que c 'est la lettre que tu attendais.
Bon.
Mais dis -moi.
T
'es
reçue première ! T 'es première, maman ! C 'est trop bon !
Non, en fait, je ne me rends pas compte.
Non, je ne me rends pas compte, ma chérie.
Elle
a
écrit à mon père.
Maintenant que notre départ se confirmait,
acceptait -il de me reconnaître pour qu 'elle puisse m 'inscrire pour mon
nouveau nom à l 'école de Reims ? Il a accepté.
Je suis désolé, Rachel, mais je ne vais pas reconnaître Chantal.
Elle réfléchit et ce n 'est pas une bonne idée.
Pardon ? Mais enfin, tu m 'as dit que tu avais vu ton notaire à Strasbourg.
T 'as déjà fait la moitié de la démarche ? Chantal n 'a pas de lien avec le
reste de ma famille. Je ne vais pas l 'imposer à mes beaux -parents. Il n 'y a
aucune raison.
Je suis très content de vous voir. Et je vous verrai à chaque fois que c 'est
possible.
Mais ça s 'arrête là.
Mais enfin, Philippe, tu étais d 'accord.
Tu me l 'as écrit.
Tu m 'as dit oui. Enfin, je ne l 'ai pas inventé, ça, quand même. J 'ai
réfléchi. Ça ne t 'arrive jamais.
Mais c 'est justement ça qui m 'arrive.
Enfin, tu trouves ça juste que Chantal est toute sa vie née de par un connu
inscrit sur son état civil ? Alors que tu es son père ?
Que tu as la possibilité de la reconnaître et que tu es là pour ça.
Je suis méfiant.
Pardon ? Tu as toujours voulu entrer dans la famille, non ? Mais on parle de
Chantal, on parle pas de moi. Moi, ça fait longtemps que j 'ai compris. C 'est
Chantal. Non, tais -toi. C 'est Chantal. Ne crie pas.
C 'est Chantal qui a besoin d 'être reconnue par son père pour ce qu 'elle
sa fille.
C 'est tout.
À 14 ans, ça n 'a pas de sens de changer de nom.
Ça va la perturber plus qu 'autre chose, ton enfant.
Mais non, puisqu 'on va changer de ville.
On sera pas obligés de raconter notre vie aux gens.
J 'ai très mal à la tête, je t 'en prie, ne crie pas.
Je ne crie pas, je ne crie pas.
Chantal t 'admire.
Tu la trouves intelligente, vous avez plein de points communs. Elle se fait
joie de porter ton nom.
Qu 'est -ce que tu vas dire la prochaine fois que tu la verras ? Hein ? Qu 'est
-ce que tu vas lui dire ? Que tu veux plus ? Que t 'as changé d 'avis ?
a envie de me connaître, pas forcément de porter mon nom.
Je lui écrirai, elle comprendra. Non ! Non, non, non, tu vas lui dire, là,
maintenant, de vive voix, c 'est toi qui vas lui dire. Tu vas lui dire ! Écoute,
tu n 'es pas seul au monde. Si je change mon ange, peut -être toi, Moussa, de ma
famille, ça serait une source de difficulté. Les choses ne sont pas aussi
simples que tu l 'imagines.
Ils ont discuté toute la nuit.
Le lendemain, ils sont allés à la mairie.
Et la mention née de père inconnu a disparu de mon état civil.
Je m 'appelais désormais Chantal Arnold.
Comment tu la trouves ? Laquelle ? Celle -ci.
Pas mal. Je pourrais la A plus gros, mais j 'aime bien le 32.
C 'est chic.
Oui, mais bon, je gagnerais moins bien ma vie qu 'à Jérôme.
On ne peut pas tout avoir, mais... Bon, elle est modeste. Moi, je sais comment
tu veux t 'appeler.
Comment elle va t 'appeler ? Je vais s 'appeler Brigitte Bonnefoy.
C 'est vrai ? N 'importe quoi.
Arrête les minutes, tu dis n 'importe quoi.
Arrête de rigoler, c 'est pas marrant.
Bah si, quand même un petit peu.
Bonne fois.
Brigitte, bonne fois.
On se voit sur la route. On reviendra.
A bientôt.
Nous avons déménagé à Reims pendant les vacances de Noël.
La CPAM avait réservé un appartement à ma mère dans le cadre du 1 % patronal.
Quand nous sommes arrivés, l 'impression n 'a pas été négative.
Fin février, mon père est venu nous voir à Rheims.
Il est venu me chercher à l 'école.
Maman, regarde, mon papa est arrivé.
Je vous en finis.
Bonsoir, Rachel.
Tu finis bien tard.
Il s 'est fait le job de service.
Il y a une femme qui a passé le concours en interne.
J 'ai appelé mon pote, elle est furieuse de ne pas l 'avoir eue. Du coup, elle
fait tout pour me compliquer la vie. C 'est usant.
Ne t 'inquiète pas pour toi, tu vas t 'en sortir.
Oui.
Maman.
Maman. Je te fais le mimi complet.
J 'étais très solitaire, j 'avais peu d 'amis.
J 'en rêvais beaucoup et je lisais beaucoup, comme toi.
J 'aurais bien aimé te connaître à mon âge.
Tu veux de l 'aide, Manon ? Non, merci.
Je l 'ai mis.
Bonne nuit, ma bicelle. Bonne nuit.
Bonne nuit.
Je vais te proposer de t 'envoyer 150 francs par mois.
Ce serait ma part d 'une certaine façon.
Ta part de quoi ? Comme une sorte de pension alimentaire.
Pour Chantal.
Tu dirais ? 150 francs, oui, si tu veux.
Très bien.
Je te l 'enverrai tous les mois par la poste.
Je voulais dire aussi, tu as merveilleusement plaidé la cause de
dernière fois à Châteauroux.
Tu as fait preuve de beaucoup d 'intelligence et de sensibilité.
Et c 'est très heureux que tu aies su me convaincre.
Vraiment ? Je te remercie. Oui.
Et c 'est vraiment un grand plaisir d 'apprendre à connaître Chantal.
Elle est une telle soif de connaissances.
Oui, oui.
Elle a toujours été très curieuse.
J 'aimerais m 'occuper d 'elle davantage que je ne l 'ai fait jusqu 'à
maintenant.
Par exemple, je pourrais l 'emmener de temps en temps en week -end ou à des
expositions. Visiter Paris ? Et ça ne t 'embête pas ? Ah ben non, non, bien sûr.
Non, ça serait formidable, elle serait très fière.
Et tu pourrais te libérer, tu crois ? Je vais faire en sorte.
Qu 'est -ce qui se passe, ma méchette ? Hein
? Oh, qu 'est -ce qui se passe ? Mais qu 'est -ce qui... Oh, oh, oh ! Qu 'est
-ce qui se passe ? Qu 'est -ce que tu fais ? Qu 'est -ce qui se passe ?
Quoi ?
Rien.
Y a rien.
Alors pourquoi t 'es comme ça ? Ça me fait bizarre que vous dormiez ensemble,
'est tout.
Et c 'est ça qui te met dans cet état ? Je sais.
C 'est normal.
Un papa et une maman qui dorment ensemble, c 'est normal.
Mais j 'ai pas l 'habitude.
Moi non plus, j 'ai pas vraiment l 'habitude.
Tu sais, je ne suis pas qu 'une maman. J 'ai aussi une vie de femme.
Tu comprends ça, ça va ? Oui.
Un peu.
Tu vas bien ma chérie pendant ton week -end ? J 'aimerais retenir tout ce qu
me dit.
Tu te rends compte si j 'avais vécu avec lui tout ce que j 'aurais appris ? C
'est bien, je suis contente que ça se passe bien comme ça.
Mon père me voyait régulièrement.
Il me prenait à la sortie de l 'école.
Il me ramenait en voiture le dimanche soir, parfois le lundi matin.
Ma mère restait seule tout le week -end.
Quand je rentrais de week -end, je restais dans ma chambre jusqu 'à l
dîner.
À table, souvent, on se taisait.
Ou on se le vit puter.
C 'est vrai, quoi.
Je suis désolée.
On n 'est pas une famille.
On est une famille de deux personnes, mais on est une famille. Qu 'est -ce qu
'on a alors si on n 'est pas une famille ? Une famille, c 'est pas ça ! Tu peux
pas m 'obliger à penser qu 'on est une famille.
J 'ai le droit d 'estimer qu 'on n 'est pas une famille. Toi, t 'as toujours
tous les droits ! C 'est un problème de le dire. Et j 'ai le droit de le dire.
On est une mère et sa fille.
Voilà, c 'est tout.
Deux personnes dans une maison, c 'est pas une famille.
Je suis désolée.
C 'est inévitable. Pas la peine de se mettre à pleurer.
Qu 'est -ce qui se passe ? Comment ça ? Madame Steiner, on
n 'a pas eu de tension comme ça pour rien ?
Comment est votre appétit en ce moment ? Normal, je dirais. Je ne suis pas très
froid, mais je mange.
Et votre sommeil ? Oui, ça, je suis fatiguée. J 'ai quand même du mal à m
'endormir.
Mais quand vous dormez, une fois que vous êtes endormie, vous dormez d 'une
traite jusqu 'au bout ? Non, il y a des coupures.
Des fois, je m 'en réveille un peu.
Ça vous arrive de faire des infos de nuit ?
Oui, parfois.
Pas beaucoup.
Deux, trois fois par semaine, peut -être.
Madame Steiner, pour moi, en tant que médecin, vous présentez actuellement des
signes nets de dépression.
Oh non, docteur, je ne suis pas quelqu 'un comme ça.
Mais ce n 'est pas une maladie honteuse. Ça arrive à n 'importe qui.
Dans les moments de la vie, est -ce que vous traversez des difficultés
particulières en ce moment ? Au travail, à la maison ?
Oui, c 'est difficile.
Qu 'est -ce qui est difficile, madame ? Un ensemble de choses.
Déjà, on a déménagé, donc on a perdu tout notre entourage.
C 'est un entourage familial, mais bon, ça compte.
Alors j 'ai personne à qui je pourrais téléphoner.
Et j 'ai besoin de parler des fois, je crois.
Bien sûr.
Parce que je lève ma fille seule depuis qu 'elle est petite et c 'est un grand
bonheur, mais ce n 'est pas toujours facile.
Qu 'est -ce qui n 'est pas facile, madame ? Quand elle était petite, elle
connaissait quasiment pas son père.
Et là, ils ont repris contact.
Enfin, il a repris contact avec elle.
Et ils font connaissance et ils l 'emmènent en week -end, tout ça.
C 'est une bonne chose, bien sûr.
Mais c 'est compliqué.
Qu 'est -ce qui est compliqué ? C 'est un homme cultivé qui lui
apporte beaucoup de choses.
Et moi, de mon côté, je ne lui apporte plus rien.
Quelques jours plus tard, dans le journal gratuit de la ville, une annonce
retenu l 'attention de ma mère.
Antiquaire aimerait constituer groupe d 'amis.
Ma mère alla à plusieurs réunions.
On s 'y tutoyait.
C 'était un groupe de 7 à 8 personnes.
Une femme d 'origine flamande qui vivait seule avec ses deux filles.
Un employé d 'assurance qui s 'intéressait à la culture et avait des
sur tout.
Un ingénieur chimiste.
qui travaillait dans une usine de détergent.
Mauricien, il s 'appelait Franck et avait la trentaine.
Regarde -moi. Oui.
Merci.
Ça fait longtemps que tu fais ta photo ? Ça fait trois ans.
C 'est du loisir, mais ça m 'amuse beaucoup.
Ce que je préfère, c 'est le développement.
J 'ai en la bouche pour moi -même mes tirages. Je t 'emmènerai si tu veux.
Oui, pourquoi pas, merci.
Au début, je connaissais personne ici, j 'avais pas d 'amis, mais depuis qu 'il
y a ces petites réunions chez Régis, je commence vraiment à apprécier Reims.
Nous aussi, on a eu du mal au début.
Mais maintenant, c 'est mieux.
Salut, ma chérie.
Ça va ? Tout est bien passé ?
On va lever notre verre à Rachel.
qui a osé nous recevoir enfin chez elle. Alors, à Rachel.
Et à Chantal.
Et on va remercier les astres pour cette anime.
C 'est bien, hein ?
Il est pas mal, Franck, comme type, je
trouve.
Franck ? Franck, le jeune homme métis.
Je le trouve bien, moi, j 'aime bien ce genre d 'homme.
Mais non, il n 'avait qu 'un nom de con.
Oui,
j 'ai dit ça comme ça.
Mon âge, c 'est ridicule, je ne veux pas faire des avances.
Si je l 'intéressais, j 'étais un petit panneau.
Mon père m 'a proposé de venir passer une semaine à Strasbourg.
Ses enfants ne connaissaient pas mon existence, mais ils partaient au Maroc
leur mère pour les vacances.
L 'appartement était vide.
Au retour, elle est venue me chercher à la gare.
Qu 'est -ce qui se passe ? Oh ! Qu 'est -ce qu 'il y a ? Il s 'est passé quelque
chose de spécial ? Ça a été difficile.
Qu 'est -ce qui a été difficile ? Lui.
Il est difficile.
Oui, je sais.
Il m 'a engueulée comme du poisson pourri.
Parce que j 'avais oublié de ranger la bouteille de lait après mon petit
déjeuner.
Il m 'a parlé comme s 'il me détestait. En me hurlant dessus.
Il disait... Tu sais pas que le lait ça tourne ? Comment tu sais pas ça tourner
? Je t 'ai complètement idiote ! Il a des douceurs horribles, maman.
En criant fort.
Fort. Tellement fort.
Tu peux même pas imaginer.
Je peux imaginer.
Et puis il y a eu autre chose.
Quoi ? Ben... Après le déjeuner, on sortait pour faire un tour.
J 'étais contente parce que lui, il travaillait toute la journée.
Je l 'attendais toute la journée.
Et là, on sortait, donc j 'étais contente.
Il était sur le palier et je l 'ai suivi.
J 'ai fermé la porte.
Et à ce moment -là, il s 'est rendu compte que l 'église était à l
Et il s 'est mis à m 'accuser.
Il m 'a dit qu 'on fermait pas la porte soi -même quand on n 'était pas chez
soi.
Que c 'était impoli, grossier.
Que j 'étais pas chez moi, mais chez lui.
Mais ce n 'était pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir qu 'il avait laissé l
'éclat à l 'intérieur ? Oui.
Mais lui, il disait que c 'était de ma faute.
Il disait que quand on est chez les gens, encore pas en premier, mais en
deuxième, après le propriétaire, que j 'aurais dû le savoir.
Que c 'était une question d 'éducation, de politesse.
Je me suis excusée.
Et il m 'a dit, mais arrête de pleurer comme une petite fille.
Parce que je pleurais.
Comment ça s 'est terminé ? Ben, il a fait venir un service, ça a coûté très
cher.
Il a dit que c 'était de ma faute et la journée a été gâchée.
En tout cas, la prochaine fois, il ne faudra pas rester si longtemps. Non, ça
non.
Je ne veux plus.
Bonjour. Bonjour, Maman. Merci de m 'avoir amenée.
Vous êtes causé dans le centre ? Oui, en quelque sorte, oui.
Bon, je vous laisse.
Merci de l 'avoir amenée. Tu m 'accompagnes pour un café ? Pourquoi
Vous croisez beaucoup d 'alcool ces temps -ci ?
Non, c 'est vrai.
C 'est des paysages du monde entier. C 'était extraordinaire.
Je pourrais t 'indiquer où tu veux la voir.
On pourrait y retourner ensemble.
Tiens.
Merci.
Écoute, Rachel.
Chantal n 'était pas chez Florent cette nuit.
Elle était chez moi.
Comment ça ? Elle a passé la nuit chez moi.
On sort ensemble.
Depuis un petit moment déjà.
Je préférais la ramener ce matin pour que tout soit clair.
Faut que tu le saches.
J 'ai dit, maintenant je fais.
Et Amandine alors ? Non mais Amandine c 'est fini voyons. Je sortirai pas avec
deux filles en même temps quand même.
Je sais pas.
Je me rends compte que je te connais pas en fait.
Tu sais, moi aussi, à 16 ans, j 'avais un fiancé.
Charlie. J 'en ai déjà parlé.
Je comprends.
Tu comprends quoi ? Je comprends. Je comprends que...
que tu sois amoureuse. Enfin, que tu aies un amoureux.
Franck, c 'est pas un amoureux, maman.
C 'est un amant.
Ça n 'a rien à voir avec ton Charlie.
Quelques mois plus tard, Franck a appelé ma mère à son travail en me disant « Il
faut qu 'on se voit ».
Écoute, d 'abord, Chantal n 'est pas au courant qu 'on se voit.
Je t 'ai appelé sur mon initiative.
Elle ne m 'a rien demandé.
C 'est moi qui voulais te parler.
Qu 'est -ce que c 'est ? Il ne faut pas que Chantal aille voir son père ce week
-end.
Pourquoi ? Parce que...
Parce qu 'il a bu d 'elle depuis des années.
La sodomise.
Je suis désolé de t 'apprendre ça comme ça, mais je vois pas comment j 'aurais
pu te le dire autrement.
Maman, s 'il y a...
Rien.
Ma mère ne m 'a rien dit.
La nuit qui a suivi, ma mère a fait une affection des trompes.
Sa température est montée à 41 degrés.
Maman ? Maman ? Maman ?
Elle
a été hospitalisée. Elle est restée dix jours à l 'hôpital.
Je ne suis pas allée à Strasbourg.
J 'ai écrit à mon père que je ne voulais plus le voir.
Chantal, j 'ai toujours appliqué ta volonté.
Il respecterait ta nouvelle décision.
Ce que tu as raconté à ta maman est grave.
C 'est un coup de couteau que tu plans dans mon cœur.
Je vais devoir me remettre de cette blessure.
Ma déception est à la mesure de la joie que j 'ai eu à te rencontrer.
Faire ta connaissance a été mon plus grand bonheur.
Mais j 'éprouve aujourd 'hui le sentiment de m 'être trompé sur toi.
Tu te rendras compte sans doute plus tard de la douleur que tu m 'infliges.
Je souhaite néanmoins que la vie se conforme à tes désirs.
Papa.
Joyeux anniversaire Joyeux anniversaire
Joyeux anniversaire Joyeux anniversaire Joyeux
anniversaire Allez, mettez -vous toutes les cinq.
Collez -vous bien.
Vas -y, souffle.
Tu vas avoir une belle vie.
une coupe de champagne Chantal pour cette saison.
Maman, je t 'aime.
Depuis deux mois, j 'essaie d 'écrire un texte qui serait comme une longue
lettre où je te parlerais.
Ça me donne du mal.
Je pleure souvent.
Je ne sais pas ce que ça donnera.
Je n 'en ferai peut -être rien.
J 'espère que tu continueras à m 'aimer.
Il le faut.
Tu es ma maman.
J 'avoue que j 'ai parlé d 'ici à leur petit -baba au Rhum.
Vous êtes bien installés ici.
C 'est grand, ça doit vous changer de studio.
Oui, on a eu de la chance.
Chantal, vous avez dit que c 'était bon pour la traille ? Oui, c 'est bien, c
'est bien.
Alors là, j 'en avais reparti.
Elle adore la génoise, non ? On a bien fait de prendre ça.
Ça va ?
Oui. Ça fait deux semaines que je dors mal.
Maman.
Mon père est à l 'hôpital.
Tu ne me demandes pas comment je sais ?
Tu sais, j 'aime pas beaucoup entendre parler de ton père.
Oui, mais moi, je t 'en parle, là.
Ton père m 'a appelée. C 'est comme ça que je l 'ai eue.
Il a... Il a Alzheimer.
Je trouve une certaine ironie.
Tu sais, c 'est exactement comme son père. Il avait eu la même chose.
Je savais pas.
C 'est il y a si longtemps.
Il était très affecté que son père puisse perdre la tête.
Mais Arnaud, il aurait moins de culture. À la fin, il n 'en reste rien.
Mais toi, ça ne te fait rien qu 'il soit malade.
Moi, ça me fait quelque chose quand même, tu vois.
Oui, mais non, moi, ça ne me fait rien. Je suis désolée.
Qu 'est -ce que tu veux ? Un endroit de ton père...
Maintenant, c 'est comme si j 'avais un saut de terre pour geler.
T 'avais soif, hein, ma bichette ?
T
'inquiète pas. T 'as peur de lui ? Il est un méchant, mais il est très gentil.
Mais Rachel, il est malade, ce chat.
Faut l 'amener chez le vétérinaire.
Il doit être bourré de microbes. Mais non, elle est toute mignonne, son petit
sac.
Là, c 'est ton ricanon.
Rachel,
Rachel, mais t 'as pas l 'intention de le garder, quand même ? Mais je suis
petite, viens voir.
Et Chantal ? Son père est mort.
Pourquoi tu ne l 'as pas passé ? Elle n 'a pas voulu.
Oh là là.
Ça ne va pas du tout alors ? Oui. Il faut que je la rappelle.
Non, attends. Tu la rappelleras plus tard. Non, non, non. Elle va encore dire
que je ne suis pas capable d 'être là.
Rachel, ma chérie.
Rachel, c 'est elle qui n 'a pas voulu te parler.
Et quand tu vas la plus, ça va durer une heure et tu vas finir en pleurant.
Alors plus tard, plus tard.
D 'accord ?
D 'accord.
C
'était
il y a dix ans.
J 'étais au musée Rodin avec mon mari.
Et d 'un coup... D 'un coup, on est tombés sur Chantal avec son père.
Comme ça.
On était trop d 'une salle.
Bonjour, Hachem.
Je ne l 'avais pas vu depuis des années, mais... Oui, à part quelques cheveux
blancs, c 'était exactement le même homme.
Et on s 'est tous... dit bonjour très normalement.
Comme si c 'était la chose la plus naturelle du monde.
Chantal avait vraiment pas l 'air mal à l 'aise.
Chantal a même fait une plaisanterie.
Et puis après, chacun est reparti comme ça de son côté. Ça a duré quoi ? Deux
minutes ? Au revoir.
Je sais pas pourquoi elle a voulu le revoir. J 'imagine que c 'était pour
essayer d 'avoir une relation normale avec lui, mais je sais pas.
Vous avez eu une question ?
Non, je ne peux pas lui demander des choses comme ça.
Elle pourrait se mettre en colère, elle a des colères terribles des fois.
Je ne peux pas.
Vous craignez les colères de votre fille ?
Je crois que je vais quitter Cédric.
Enfin, pourquoi ? J 'ai envie de vivre autre chose.
J 'aime Cédric, mais je ne peux pas continuer comme ça.
C 'est -à -dire, tu ne peux pas continuer comme ça ? Je ne l 'aime pas
Je l 'aime beaucoup.
Je l 'aimerai sûrement toute ma vie, mais je ne suis pas amoureuse de lui. Je
l 'ai jamais été.
Attends, tu dis que tu l 'aimerais peut -être toute ta vie. Alors, qu 'est -ce
que c 'est être amoureux pour toi ? Vous n 'êtes pas bien ensemble ? Si, mais je
ne suis pas amoureuse de lui.
J 'y peux rien, c 'est comme ça.
Je pense pas que ça m 'amuse.
Je préférais que ce soit autrement.
Tu crois pas que ça peut être juste un passage ? Non, non, non, non, je crois
pas, non.
Oh non, c 'est sûr, alors. C 'est fou.
A chaque fois que je te dis quelque chose, tu peux jamais le prendre comme
vérité. Il faut toujours que ce soit un passage ou relativisé d 'une façon ou d
'une autre.
Je sais pas pourquoi je te parle, en fait. Il faut toujours que tu aies un
inverse. Non, c 'est pas ça, Chantal. C 'est que Cédric t 'a tellement toujours
soutenu, tout le temps.
Tu crois que tu vas retrouver quelqu 'un qui pourra te comprendre aussi bien ?
Voilà, c 'est ça qui m 'inquiète, moi.
Tu veux pas réfléchir encore un peu ? Arrête ! Arrête ! C 'est pas possible de
me démoraliser toujours autant.
J 'ai 33 ans.
Je peux essayer d 'avoir une vie, quand même, non ? Je peux au moins essayer.
Elle, c 'est ma meilleure copine.
Dans les années qui ont suivi, nous avons commencé à nous éloigner.
Celle qui était pour la photo d 'avant ? Non.
Une chape de plomb était en suspension au -dessus de notre tête.
J 'avais cessé de l 'appeler maman.
Je vais te demander de t 'en aller, s 'il te plaît.
Mais maman... Je suis désolée ma chérie, je sais que t 'avais envie d 'un dîner
avec ta mamie, que ça te faisait plaisir, mais je peux pas.
Voilà, je peux pas.
C 'est pas grave, je comprends.
On se verra demain sûrement ? Certainement.
Tout va bien, t 'inquiète pas.
À demain ma chérie.
Elle va aller où, mamie ? Je sais pas.
À l 'hôtel.
N 'importe où.
Ma mère
ne
m 'appelait plus.
Elle avait peur de mal tomber.
Pour me faire signe en étant sûre de ne pas déranger, elle a pris l 'habitude d
'envoyer des textos.
Des mois passaient sans que l 'on ne se parle.
Ça me fait tellement plaisir.
Mais tu es partie très longtemps.
Non, je ne suis pas partie longtemps. Je suis allée à la bibliothèque. Je suis
partie neuve une heure et demie.
Allô, Chantal, tout va bien ? Bonsoir, maman.
Oui, oui, tout va bien.
Je avais juste envie de te faire un petit coucou.
Ça me fait plaisir, ma bifette. J 'ai eu peur qu 'il se soit arrivé quelque
chose à Camille.
Camille, ça va très bien. Pourquoi t 'as pensé ça ? Je ne sais pas, c 'est rien.
Je dis des bêtises.
Elle est juste en peur.
Ça me fait plaisir d 'entendre ta voix, tu sais.
Moi aussi, ma série, ça me fait très plaisir.
Et Alain, ça va comment ? On avait rendez -vous hier pour faire
les résultats de bilan.
C 'est pas brillant, brillant.
Le traitement marche pour ce qui concerne la maladie.
Ça avance bien de ce côté -là, mais il oublie des choses.
J 'ai l 'impression d 'avoir à choisir entre la peste et le colère.
Mais ça va, tu tiens le coup.
Moi, que veux -tu ? Faut bien.
Et tu vois du monde ? Tu fais quoi ? Gabi, elle me voit.
Non, j 'avoue que depuis qu 'elle a un truc de problème, c 'est un peu seul.
On est seul.
Fondamentalement, on est seul, maman.
Oui, mais des fois, on pense qu 'on ne l 'est pas.
En même temps, il est là, Alain.
Tu es encore là ? Oui, c 'est vrai.
Je n 'y avais pas pensé.
C 'est gentil de me le dire, ça me fait du bien.
Ce qui s 'est passé ensuite a été une surprise.
Des sentiments très anciens, qu 'on croyait perdus.
ont commencé à réapparaître.
Ma mère est venue à Paris.
Il faisait chaud.
C 'était l 'été.
Je ne l 'avais pas vu depuis cinq ans.
C 'est moi, Charlie.
Je sais, j 'ai compris.
Tu m 'avais toujours dit, en me parlant de Charlie, qu 'il te plaisait pas.
Et là, je vois un jeune homme qui est magnifique, qui a un sourire incroyable,
et qui est d 'une beauté... Tu croyais que c 'était moche ? Je savais pas qu
était aussi beau.
Il est...
Il est très beau, Charlie.
Oui, mais t 'es surtout très gentil.
Tu sais ce que je comprends, là, tout d 'un coup ? En regardant la photo de
Charlie ? Dis -moi.
T 'attendais de rencontrer un méchant ? T 'attendais mon père ? Et moi, j
'aurais préféré que ce soit lui, mon père.
Merci.
Pourquoi t 'as rien vu ? Oui, j 'étais aveugle.
Comment je le regrette ? Je regrette tellement, tellement.
Rétrospectivement, t 'as compris pourquoi ? J 'ai perdu confiance en lui.
-à -dire ?
Quand tu rentrais de chez ton père, quand tu revenais à la maison, tu étais
évidemment.
Je pensais que c 'était parce que tu me retrouvais.
J 'avais perdu confiance en notre affection.
J 'étais aveuglée parfois.
Je me disais, c 'est normal, elle en a marre de sa mère.
Je pensais que tu étais mal parce que tu n 'avais pas envie de me voir, pas
envie de me retrouver, parce que tu ne m 'aimais plus. Tu pensais ça ? Oui.
Je crois qu 'il y a une logique dans tout ça.
Il y a une logique de faire.
Ce n 'est pas une petite histoire personnelle, je comprends, ce n 'est pas
histoire privée.
Tu as raison de dire que tu as été rejetée.
Vous passez en propriété sociale,
pensée, voulue, organisée, y compris ce qu 'il a fait avec moi.
Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire.
Vous appartenez à deux mondes différents, étrangers l 'un de l 'autre.
Tu étais seule, tu étais pauvre, tu étais juive, tu étais belle, différente
'autres. Oui, c 'est important.
Par contre, le but, c 'est de te faire perdre.
C 'est l 'histoire du rejet social.
Il fallait que vous restiez séparés socialement.
Puis la chose s 'est compliquée avec la motion des pères inconnus, ça ne t 'a
pas pu supporter.
Je ne pouvais pas.
Je trouvais ça injuste. Oui, mais si je portais son nom.
Il n 'y avait plus de séparation entre vos deux milieux, entre vous.
Tu t 'es entêtée, tu as voulu que ce soit inscrit sur le livret de famille qu
'il était mon père. Puisque c 'est la vérité. Bon, mon état civil change.
Je suis reconnue comme sa fille.
Tu es sa fille. Voilà.
Sauf que... C 'était contraire à la logique de leur camp.
Donc qu 'est -ce qu 'ils pouvaient faire ?
Il a trouvé, il a ignoré l 'interdit fondamental pour les parents d 'avoir
relations sexuelles avec leur enfant.
Ça, ça ne le concernait pas.
Pas lui.
Comme s 'il n 'était pas mon père et que je n 'étais pas son enfant.
Il était au -dessus de ça.
Au -dessus de toi, au -dessus de nous, de la vie sociale.
Tu crois ? Oui, je crois, oui. Je crois que c 'est ça.
J 'en suis sûre, même.
Il s 'est quand même rendu coupable de quelque chose de très grave.
Et tu sais ce qu 'il m 'a fait à moi ? C 'est quelque chose qu 'il t 'a fait à
toi aussi, avant tout.
Pour humilier quelqu 'un, le mieux c 'est de lui faire honte.
Et qu 'est -ce qui pouvait te rendre plus honteuse que ça ? Que de devenir,
alors même que tu pensais être sortie du tunnel, la mère d 'une fille à qui son
père fait ça ?
Pourquoi tu l 'aimais, maman ? Je l 'aimais.
C 'est pourquoi on aime.
Tu sais pas pourquoi.
C 'est comme ça.
Elle avait changé ma vie. Je pouvais plus la voir sans elle.
J 'ai compris qu 'elle allait en sortir.
Je lui ai été obligée pour tout.
De toute façon, on s 'en est sortis autrement.
Et notre vie n 'est pas finie.
Tu es belle, maman. Je sais.
C 'est gentil.
Non, c 'est vrai.
Quelques jours plus tard, ma mère m 'a écrit un mail pour me dire qu 'elle
pensait bien à moi.
Elle finissait par cette citation.
De l 'état d 'âme qui, cette lointaine année -là, n 'avait été pour moi qu 'une
longue torture rien ne subsistait car il y a dans ce monde où tout s 'use où
tout périt une chose qui tombe en ruine qui se détruit encore plus complètement
en laissant encore moins de vestiges que la beauté c 'est le chagrin
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