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3ème PARTIE
Droit devant ! Ne parlez pas !
Weiss...
Est-ce qu'il y a Karl Weiss et Felscher ?
Oui !
- Weiss et Felscher. - Oui, je suis Karl Weiss.
- Vous me connaissez ? - Les nouvelles vont vite.
Je suis Maria Kamova, Je travaille à l'atelier de dessin.
Vous venez avec nous.
Il y a des boutiques ?
- Et une banque. - Il n'y a que la façade.
Dans ce camp, tout est trompe-l'œil.
Vous pouvez vous faire servir un bol d'eau chaude dans ce café.
Vous pouvez racheter votre valise dans une boutique.
- Et la banque ? - Elle distribue des billets inutilisables.
Alors c'est un jeu ?
Non. Il ne s'agit jamais d'un jeu avec les Allemands.
Vous êtes convenablement traités ?
Les baraquements sont pleins de vieillards et de malades.
Ils évacuent les morts tous les jours.
Vous êtes entrés par la petite forteresse.
Tortures, meurtres, exécutions.
Karl, il n'y a aucune différence avec Buchenwald,
à part l'aspect extérieur, évidemment.
- Pourquoi cette comédie ? - Erezine c'est pour leur respectabilité.
Je ne peux pas croire ça !
Vous comprendrez quand la Croix Rouge nous rendra visite,
et déclarera que les Nazis traitent les Juifs avec délicatesse.
Les Suédois, les Suisses, tous les pays neutres viennent ici.
Une banque... Une boulangerie... Et un cinéma.
On se demande pourquoi les Juifs se plaindraient.
Ils s'en sortent comme ça ? C'est pas possible !
Ils font peut-être semblant de les croire.
Venez avec moi.
Vous devez être heureux d'être sortis de Buchenwald.
L'ordinaire va s'améliorer...
Ne vous laissez pas abuser par la façade.
Un artiste doit discerner ce qui est derrière.
Oui, merci, Maria m'a raconté.
Ce endroit est un trou à rats.
Vous avez vu tous ces vieux dans le train ?
Qui portaient ces manteaux élimés et ces chapeaux ronds ?
Certains habitaient près de chez moi, à Berlin.
Les derniers représentants de la bourgeoisie juive.
Dépouillés de leur derniers Reichsmark, de leurs bijoux,
- pour être déportés ici. - Ils meurent de faim tous les jours.
Nous... Nous avons de la chance.
Si vous restez dans votre coin, sans vous faire remarquer,
vous pouvez espérer survivre.
Quelqu'un a réussi à s'évader ?
Jamais personne n'a été libéré ?
Mon cher, nous ne sommes pas dans une prison,
nous sommes ici pour longtemps. Très longtemps.
C'est votre œuvre ? Et celle de vos collègues ?
Tout ce qui est ici, oui.
Vous n'allez pas me dire que vous en êtes fier !
J'ai pas vu d'enfants juifs qui ressemblent à ça.
Excusez-moi, mon vieux, mais...
Je ne suis pas un modèle de force morale, mais quand même !
Les enfants du ghetto qui s'amusent...
Le repas du Sabbat à Teresenstadt... Sincèrement...
Fais le guet, tu veux.
Nous formons un groupe très éclectique.
- Tous les styles sont représentés. - Ah oui.
Nous pourrions appeler celui-ci...
Camp de concentration.
- C'est de vous ? - Oui.
Mais... Tout l'atelier en fait autant.
Attention, les voilà !
Comme j'ai souvent l'occasion de le dire...
Vous allez constater la qualité des œuvres de nos artistes.
Alors, comment vont mes artistes aujourd'hui ?
- Très bien mon Commandant. - Bon, bon.
Mon hôte est Monsieur Bensen de la Commission Suédoise.
Il a entendu parler de notre programme artistique,
et il m'a demandé de le lui présenter.
Bel atelier... Alors Bensen,
On est loin de... D'une chambre de torture.
Fred, Montrez à Bensen...
Ces portraits d'enfants juifs, s'il vous plaît.
Charmant !
Une preuve de notre bonté envers les Juifs.
Avez-vous déjà entendu parler d'une prison,
qui permette aux artistes de travailler dans la joie ?
Maintenant, je vais vous montrer notre orchestre.
Permettant aux talents naturels de s'exprimer.
L'Allemagne a un passé artistique et le prouve tous les jours.
- Quel salaud ! - Attention Weiss.
D'où vient-il ?
- Sasha ? C'est un médecin. - Un docteur ?
Et où est son cabinet ?
Tu peux rigoler... Il peut te recoudre, ou t'enlever les amygdales.
- Et cet homme qui prie ? - C'est un rabbin.
- Un rabbin avec les partisans ? - Ça me plaît !
Il me convaincra peut-être de retourner à la synagogue !
Hé, les enfants...
Ça n'en a pas l'air, mais c'est une synagogue.
Je m'occuperai de vous tout à l'heure.
Ça me rappelle Berlin.
Je me faisais punir car je jouais au foot le samedi.
Comment êtes-vous arrivés là ?
L'oncle Sasha nous a fait quitter Koretz.
Les Allemands ont fusillé sa femme et ses filles.
Plus de deux mille Juifs fusillés dans l'après-midi.
- Mes parents, mon frère. - Toute ma famille.
C'est un de malades de Sasha, un brave type ukrainien.
Il nous a guidés ici, nous étions vingt.
Les autres nous ont rejoint
Ils venaient de Zitomir, de Berdischeff,
de tous les patelins où les Juifs se faisaient tuer.
- Dans ce camp ? - C'est notre quatrième camp.
Les Allemands et les partisans ukrainiens nous harcèlent tous les jours.
- Vous vous battez ? - On se battra... Quand on aura des armes.
- Qu'est-ce que vous attendez ? - Pas si facile.
À cause des femmes, des vieillards, des enfants.
Sasha ne veut pas les laisser tomber.
Il ne prie pas avec les autres ?
Il a déchiré le châle de la prière quand sa femme a été fusillée.
Il dit toujours la même phrase aux nouveaux...
"Plus d'agneaux à l'abattoir".
Enfin, vous n'êtes qu'une poignée...
Alors que des milliers d'autres vont docilement à la mort.
Ils sont anéantis. Ils pensaient pas qu'on puisse faire ça.
Hé Weiss ! À toi de monter la garde.
- Tu sais te servir de ça ? - Bien sûr.
Il marche au moins ? Si non, utilise-le comme massue.
Je vais te montrer, viens.
- Je peux savoir pourquoi tu souris ? - Une association d'idées...
- Mon père est médecin - Où ça ?
Il avait un cabinet à Berlin et il est à Varsovie maintenant.
Il voulait que je fasse des études de médecine.
- Tu ne supportes pas la vue du sang ? - Je n'étais pas assez doué.
Oncle Sasha !
- Je peux monter la garde avec lui ? - Bien sûr.
Mattel va vous emmener.
Vous endormez pas,
- Passez pas votre temps à vous embrasser. - Oncle Sasha...
- Le vieux Samuel, votre rabbin. - Oui.
Il peut célébrer un mariage quand nous aurons fini notre garde ?
Pourquoi pas. Vous n'aurez même pas à le payer.
Bien-aimé, viens rencontrer la mariée.
La princesse Saba nous accueille, viens au milieu de tes amis.
Rencontrer celle que le Seigneur t'a choisi...
Et que tu chériras toute ta vie.
Car votre union sera sacrée.
Dans mon désarroi, j'ai appelé le Seigneur,
il a répondu à mon appel, comme toujours.
Puissiez-vous connaître le bonheur et élever de nombreux enfants.
Que votre amour soit éternel.
Dans la foi d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
Je vous déclare mari et femme.
Mazel Tov !
- Embrasse ta femme ! - Ça me gêne un peu,
Maintenant qu'on est mariés.
Bravo !
Nadia ! Merci de m'avoir prêté la bague.
Je te l'offre, elle était à ma sœur.
Bien... Tu as de nouvelles responsabilités.
Une famille, une maison, une assurance.
- Il va falloir faire des économies. - Je crois entendre mon père.
Il passait son temps à me faire la morale, car je dépensais tout au football.
Sasha... Viens ici !
Il y a une patrouille à trois kilomètres. Un fermier a vu le camion.
Allez, grouillez-vous, on lève le camp. Vite... Vite...
Rudi ! Helena !
Nous y allons ?
Par ici, Reich Führer !
Messieurs.
- Qui a eu cette idée ? - Le Colonel Nebe.
C'est un idiot.
Il a pensé que le Reich Führer devait voir ça.
Je connais Himmler mieux que ce crétin.
À vos rangs ! Fixe !
À vos rangs ! Fixe !
- Combien en avez-vous ? - Près d'une centaine.
Généralement, nous procédons par groupes plus importants.
Nous avons déjà éliminé 40 000 Juifs en cinq mois dans la région de Minsk.
Minable...
Nous en avons éliminé 33 000 en deux jours, à Babiyar.
Par ici !
Ce grand jeune homme, le deuxième...
Il a le profil d'un Aryen, faites-le venir ici.
Sergent... Amenez le plus grand.
Vos deux parents étaient juifs ?
Oui.
Aucun ancêtre qui n'aurait pas été Juif ?
Non.
Alors je ne peux rien pour vous.
Emmenez-le !
- Quand vous serez prêt, Reichführer... - Prêt ? Oui, oui.
Quand vous voudrez Nebe.
Feu !
La première fois ça surprend, c'est difficile à supporter.
Cette poule mouillée lamentable.
Et nous, on les fusille par milliers.
- Mon Dieu, il y en a qui bougent encore... - Sergent !
Je crois qu'il faut trouver un autre moyen.
Messieurs...
Je n'ai jamais été aussi fier des soldats allemands.
Vous devez avoir la conscience tranquille.
Je prends la responsabilité de vos actes devant Dieu et Hitler.
Les hommes vous en remercient, Reichführer.
Retournons à la leçon que nous donne la nature.
Le combat doit être incessant.
L'homme primitif avait compris que le cheval était nécessaire...
Et que la punaise était néfaste.
Je sais, vous pouvez soutenir que les punaises et les rats,
et les Juifs ont le droit de vivre et nous pourrons en débattre.
L'homme a le droit de se défendre contre la vermine.
Cela dit, Heydrich, je vous en prie...
Trouvez des méthodes plus efficaces.
Bravo Nebe ! Vous avez bien loupé votre coup.
Pour vous, je suis le Colonel Nebe, Major Dorf.
Estimez-vous heureux de ne pas vous retrouver sergent après cette comédie.
Qui vous a autorisé à inviter le Reichführer à ce massacre ?
Vous n'avez pas de tireurs qui règlent ça d'une seule rafale ?
Vous vous prenez pour qui ? Vous n'êtes pas mon supérieur.
Je pourrais vous étonner.
Major Dorf...
Nous sommes plusieurs à être fatigué de vos exigences.
Ah oui... Confidence pour confidence, mon cher Blobel,
nous sommes très déçus par Babiyar.
Heydrich veut que vous déterriez les corps pour les brûler.
- De quel droit osez-vous ? - Allez mon grand...
- Vous repartez immédiatement en Ukraine. - Major Dorf...
Rien ne vous autorise à nous parler ainsi.
Malheureusement, si.
Heydrich le protège.
Cet espèce de demi... Juif !
Heydrich n'a pas de sang juif, Blobel.
Celui qui répand ces calomnies devra en répondre.
Allez vous faire foutre !
Faut que je boive un coup.
Écoutez un peu, major...
Je crois savoir ce que voudrait Himmler... Des méthodes plus efficaces.
Et moins coûteuses.
La dynamite peut-être... Les piqûres.
Le gaz.
Qu'il aille se faire voir !
- Vous venez Major ? - Il ne boit pas !
Il préfère garder les idées claires pour nous espionner...
Et courir faire le rapport à son maître.
Il va falloir faire quelque chose pour ce salaud.
Quoi ? Il s'est fait une jolie place.
Est-ce que vous marchez avec moi ?
Vous partez pour la Pologne ce soir ?
Oui, on doit me présenter d'autres méthodes.
Avant votre départ, vous devriez lire ça.
Le Major Dorf, qui vous seconde,
est un membre des "Jeunesses Communistes" de notre université.
Son père était un chef communiste qui s'est suicidé.
La famille de la mère de Dorf...
Pourrait bien avoir du sang juif. Mais...
- Ce n'est pas signé ! - Elles ne le sont jamais.
Qu'en pensez-vous, Erik ?
Que tout ceci-n'est qu'un tissu de mensonges.
Mon père était vaguement socialiste,
mais je n'ai jamais été membre du Parti Communiste.
J'ai peut-être assisté à une réunion, par curiosité.
- Aucun chromosome juif ? - J'en suis persuadé.
J'ai fait l'enquête habituelle en 1935 quand j'ai été engagé.
Malheureusement, Himmler a reçu une photocopie de cette lettre.
Il y aura une nouvelle enquête sur votre famille et ses activités.
- Vous n'êtes pas garant pour moi ? - Vous connaissez le Service.
Il y a une rivalité entre Himmler et moi et vous êtes mal placé.
Vous voyez qui a pu écrire cette lettre ?
Ça peut être n'importe qui. Histoire de me nuire.
- Mais, vous êtes le numéro deux ! - Oui.
Mais tout le monde rêve de me déboulonner.
Erik, je sais tout sur chacun d'entre eux.
Absolument tout. Je sais ce qu'ils valent.
Une véritable galerie de monstres.
Goering est drogué... Corrompu jusqu'à la moelle.
Rosenberg... J'ai toutes les lettres à sa maîtresse juive.
Goebbels, scandale sur scandale.
Himmler, un point nébuleux du côté de sa femme.
Sans parler de Streicher et de Keltenbrunner,
qui ne sont ni plus ni moins que des criminels.
J'espère que je ne ferai jamais partie de votre galerie.
Il n'y a pas de raison.
Si cette lettre est un mensonge.
Force un peu soixante-dix, c'est trop.
Cela dure combien de temps ?
Dix à douze minutes.
Plus long quand le camion est chargé, le moteur fatigue.
- Il faudra améliorer le modèle. - Il n'a pas été conçu pour ça.
Et à l'intérieur, c'est comment ?
Il y a des traces d'ongles et de coups de poings.
Parfois, on les entend taper contre les parois.
Pas maintenant, le moteur fait trop de bruit.
Pas mal. À une demie-heure du camp.
- Ce n'est pas ce que j'espérais. - Je suis d'accord.
Avec cette méthode, on va casser tous les camions en Pologne.
C'est laborieux... Lent. Il faut des installations permanentes.
Oui.
Nous en parlons souvent avec Blobel et quelques autres.
C'est vrai ?
Quel autre sujet de conversation avez-vous ?
Ça dépend.
Vous n'avez jamais écris de lettre anonyme ?
Destinée à Heydrich et à Himmler, concernant le personnel ?
- Excusez-moi, je ne comprends pas. - Vraiment ?
Ils sont tous morts à part deux enfants qu'il a fallu achever.
Très bien... Merci.
- Je n'approuve pas ce que je vois. - Moi non plus.
Les mères essaient de protéger leurs enfants,
c'est pour ça qu'il y en a qui survivent.
Ce n'est pas ce que je voulais dire.
L'oxyde de carbone n'est pas assez efficace.
Nous avons des spécialistes en Allemagne, qui pourraient faire mieux.
Il en reste un.
Bertz. Encore la Croix Rouge ?
Qui vient visiter le Paradis des ghettos.
Il ferait mieux d'aller à Buchenwald.
Ce qui m'étonne, c'est que personne ne se pose la question :
De quel droit les Nazis peuvent mettre tout un peuple en prison ?
C'est normal d'emprisonner des Juifs pourvu qu'on ne les tue pas.
- Je ne suis pas sûr de cela. - Oui ?
J'ai entendu un policier tchèque il parlait d'un camp, Auschwitz.
Abraham refait son numéro.
Je commence à en avoir marre de la Croix Rouge.
Maria...
Je ne t'ai jamais parlé de Rudi, mon frère.
Non.
Seulement de tes parents.
Et d'Inga.
Rudi a pu s'enfuir.
Il est probablement mort aujourd'hui.
Il en a probablement tué quelques uns avant de se faire avoir, mais...
Il avait cinq ans de moins que moi,
et il a toujours pris ma défense. Il était costaud !
À t'entendre, ta famille était merveilleuse.
Oui, je ne la reverrai plus jamais.
- Je me fous un peu de ne pas revoir Inga. - Karl...
Elle me faisait parvenir des lettres par un sergent SS.
Un type que sa famille connaissait.
- Mais, à quel prix ! - Ne la juge pas sévèrement.
Pourquoi pas, c'était elle la plus solide.
- Peut-être que c'est moi qui l'ai voulu. - Tu sais que tu as du talent.
Tu parles ! Quelle déception pour mes parents.
En fait... Rudi et moi...
On n'a pas été capable de faire ce que voulait notre père.
Je suis sûre qu'il t'aimait très fort.
Et qu'Inga t'aime aussi.
C'est pas évident.
Elle aurait dû avoir la force de lui dire non !
Il ne faut pas la détester.
Il faudra lui pardonner, lui dire que tu l'aimes.
Je crois que je n'aurai même pas ce choix.
On va tous crever ici.
Karl...
Fais attention.
- Ils peuvent me coincer, je m'en fous. - Il n'y a pas que toi.
On est tous dans le coup si tu te fais prendre.
Rudi...
Qu'a-t-il pu t'arriver ?
- Ce sont des Allemands ? - Et des Ukrainiens.
Ils ont tué plus de Juifs que les Nazis.
Feu !
Tue-le ! Tue-le !
Non !
Pitié... Non !
Non ! Non, pitié !
- Je t'ai dit, tue-le ! - Pitié !
- Tue-le ou je vais le faire, dépêche-toi ! - Non...
Si on le laisse, il amènera les allemands.
Non, pitié.
Non... Non...
C'était encore un enfant.
Yoé dit que c'est un enfant qui tue les Juifs pour du fric.
Je t'en prie chéri.
- Je n'avais encore jamais tué personne. - Je sais.
Il le fallait.
Moi qui me croyais costaud. Il avait du sang sur tout le visage.
Je ne comprends plus rien à rien.
Mes parents non plus... Sasha non plus peut-être.
Il faut qu'on vive, chéri.
C'est tout ce qu'il y a à comprendre.
Ça suffit pas ! Quand ce massacre s'arrêtera... Un jour.
Et si on est toujours vivants, Ça changera quoi ?
Ça changera que nous seront vraiment monsieur et madame Weiss,
et que nous partirons pour la Palestine.
- Tu me vois travailler dans une ferme ! - Toi...
Chéri, il faut vivre pour connaître ça. Les orangeraies,
Les cèdres, les petites fermes, les villages...
- Et la mer chaude... - Je te dois un voyage au pays sioniste.
Pas un voyage... Toute une vie.
Où personne ne voudra nous arrêter, nous battre ou nous tuer.
Tu te souviens la première fois, à Prague ?
- Je t'en prie, tu me gênes. - C'était merveilleux.
La plus belle chose qui me soit jamais arrivé.
À moi aussi. Chaque fois que nous sommes ensemble,
je suis fou de bonheur.
Imagine deux êtres qui se connaissent si intensément...
Non seulement, par leurs corps, mais par leurs bras, leurs lèvres,
c'est comme si... Dieu...
Ou la nature, je ne sais pas qui... en avait décidé ainsi.
Chéri... Il y a un poète en toi.
Non.
J'éprouve tant d'amour pour toi, que je ne sais pas l'exprimer.
Je sais mon chéri.
Je sais.
C'est pour ça qu'on ne peut pas mourir.
Jamais on ne mourra.
Varsovie.
- Rien à signaler. - Alors on y va.
- Tu es trop vieux pour jouer à ça. - Je suis trop vieux pour tout.
Envoie un plus jeune, c'est plus prudent.
Les plus jeunes font de meilleurs soldats,
si j'y reste, ce sera simplement une perte pour la pharmacie.
- Allez ! - Surtout... Je suis bien protégé.
- Qui peut arrêter Moïse et Aaron ? - Faut y aller !
- Dieu vous protège ! - On y va !
Hé... Regarde-le ! Allez, viens, sors de là !
Allez ! Allez, grouille, grouille !
- Non... - Allez, avance, grouille !
Non ! Arrêtez !
- Anton ? - Tu as eu de la chance de passer.
Mon ami, le meilleur guide de la région.
Par là !
Voilà l'argent.
Mais, je... Je croyais que vous deviez en avoir une douzaine ?
Un revolver... C'est tout ce qu'on peut donner.
Nous étions d'accord, cette somme était pour une douzaine de revolvers.
Vous n'en voulez pas ? Je le reprends.
Tout ce qu'on vous demande, c'est un peu de coopération.
Nous avons le même ennemi, n'est-ce pas ?
Et... Les munitions ?
Très bien, Anton !
Ça va, tout va bien !
Anton, mon ami...
Il est possible qu'un jour nous nous battions côte à côte.
C'est possible.
- J'ai pas confiance en eux. - Donne-leur une chance.
Si jamais ils nous aident à tuer les Allemands.
Les Juifs ne se battent pas.
Et le petit ?
Je l'ai déjà vu dans le coin plusieurs fois.
Il doit même pas avoir treize ans.
Canon... Barillet...
Chien... Détente...
Et crosse. Toi, mets-toi là et prends-le.
Les jambes écartées, le bras armé en avant...
Quand tu vises...
Tu dois apercevoir la cible, entre le V du viseur.
Respire un bon coup, presse jusqu'à mi-course...
Attends ! Recommence à presser, lentement, attention.
Tu es prêt ? En joue... Feu !
Il ne nous manque plus que les munitions
Et quelques centaines de revolvers.
Prêt ?
Enfin, c'est déjà un début.
En joue... Feu !
Vous êtes le commandant d'Auschwitz et votre travail,
va se résumer à doubler la surface de ce camp.
Je comprends, Reichführer, Qui va effectuer les travaux ?
Vous aurez plus d'ouvriers que vous n'en voudrez.
L'IG Farben les récupère pour ses différentes usines.
Ils feront ce que nous leur dirons.
Nous leur avons suffisamment accordé d'ouvriers.
Les nouveaux prisonniers seront principalement des Juifs ?
Treblinka, Belzec... Les autres camps...
Remplissent leur rôle de répartition.
Nous envisageons ces solutions sur une plus grande échelle.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire, la solution finale du problème juif.
Je saurai mériter votre confiance.
Depuis mon enfance, on m'a appris à servir et à obéir.
Parfait !
Dorf sera votre contact avec Berlin, Faites connaissance.
Bien entendu.
- Nous étudions les origines de Dorf ? - Si vous y tenez.
Il y a certaines plaintes à son sujet... Il serait arrogant, exigeant...
Nous n'avons rien trouvé
Son père était socialiste, et alors ?
Sa mère a pu se remarier avec un demi-Juif. Une fois encore, et alors ?
J'aurais souhaité une preuve plus concrète.
Vous souhaitez le remplacer ?
Où est-ce pour m'atteindre ?
Reinhart, mon ami...
Si c'est moi qui suis la cible ou Dorf,
Qui sera le prochain ?
Ces petits détails ne doivent pas nous distraire
Le programme d'Auschwitz a toutes les priorités.
Assurément Reichführer.
Erik ?
Qu'y-a-t-il ? Ça va pas ?
Si.
Je m'excuse, chérie. Je t'ai réveillée.
Tu ne dors pas bien depuis ton dernier voyage.
- Sincèrement, tu m'inquiètes. - Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi.
Je vais très bien...
Toi, il faut que tu préserves ta santé.
- Les enfants ont besoin de toi. - Je vais très bien.
Je sais que tu me joues la comédie.
Depuis le jour où je t'ai emmenée chez ce vieux docteur, il y a sept ans.
Tu savais que tu étais malade mais tu ne voulais pas le montrer.
Tu as beaucoup de courage.
Tu es plus courageuse que ton mari avec ses bottes et son uniforme.
Comment peux-tu dire ça ?
Tout ce que tu as pu faire ces dernières années.
Marta, la guerre est perdue.
Nous l'avons perdue, le jour où les américains sont entrés en jeu.
Notre seul espoir c'est de réaliser la meilleure affaire possible.
Il faut jouer les Anglais, les Français et les Américains, contre les Russes.
Ça ne se présente pas très bien.
Mais, nous allons gagner.
Crois-le si ça te fait plaisir. Mais je vois ce qui se passe.
- Je déteste d'entendre parler comme ça. - Chérie !
Un jour on dira de nos agissements en Pologne qu'ils étaient monstrueux.
- Ainsi qu'en Russie. - Je ne les écouterai pas.
Ils essaieront de t'obliger à écouter.
S'ils réussissent, il faudra dire aux enfants et te répéter,
que depuis toujours, j'étais un fidèle serviteur du Reich.
Un homme fondamentalement honnête,
qui s'est contenté d'obéir aux ordres.
Des ordres qui venaient du sommet.
Personne ne pourra te calomnier.
Je n'y comprends plus rien.
Hans Frank se vante d'empocher des millions.
Himmler ne parle que de ses usines. Mais, il... Il...
Il y a aussi ce demi-fou à Auschwitz.
Celui qui a le commandement du camp. Et...
Il dit, il faut croire, obéir... Agir.
Je donnerai beaucoup pour être comme lui.
C'est un homme charmant... il adore ses enfants.
Il aime les animaux, la nature,
Erik... Tu vaux mieux que tous ces hommes.
Que tous les Frank, les Hesse...
Tu vaux mieux que tous ceux qui commandent.
Serre-moi fort, Marta.
Erik...
Il ne faut pas douter de toi.
Mon chéri...
Tu as si froid !
Major Dorf.
Quoi ?
Vous voulez répéter ! Oh non, non !
Que se passe-t-il ?
J'arrive tout de suite, le temps de m'habiller.
Que se passe-t-il ?
Ils ont essayé d'assassiner Heydrich.
On a lancé une bombe sur sa voiture.
Il ne devrait pas vivre.
C'est horrible !
Erik... Reprends-toi.
Sois agressif ! C'est la chance de ta vie.
S'il meurt, tu seras choisi pour lui succéder.
Inga !
Je t'ai déjà dit de ne pas me suivre.
Je veux t'aider, rien de plus.
Prier ne sortira pas Karl de Theresenstadt.
Et toi, tu peux ?
Non, je ne te mentirais pas. Je... t'aime trop.
Il faut que tu divorces,
c'est un ennemi du Reich. Toi, tu es chrétienne.
Tu te rappelles nos rendez-vous au camp ?
Inga...
J'ai besoin de toi.
- Va t'en, je veux plus te voir. - Inga chérie...
Va t'en ! Je te déteste.
Je vous déteste tous !
Vous êtes incapables d'aimer. L'argent seul vous intéresse.
Vous êtes cruels
Nous vous avons laissé faire sans réagir.
Nous sommes en guerre et bien sûr c'est cruel.
Beaucoup d'innocents souffrent.
Je n'ai rien contre Karl... Rien de personnel contre les Juifs.
Arrête ! Laisse-moi tranquille.
- Madame ? - Le père Lichtenberg est là ?
Non Madame... Il est parti. Ils l'ont emmené.
Emmené ?
Ils étaient venus le prévenir de ne plus parler en faveur des Juifs.
Oh mon Dieu !
Où ça ? Ils n'avaient pas le droit de l'arrêter.
C'était un prêtre trop borné. On lui avait dit,
de ne pas faire de sermons en faveur des Juifs.
Que cela ne nous concernait pas, mais il en parlait toujours.
Vous savez où il est ?
De quel droit ont ils osé faire ça ?
Il y a longtemps qu'ils font ce qu'ils veulent.
Ils l'ont envoyé à Auschwitz.
Je n'ai jamais eu de nouvelles depuis son départ.
Je peux te raccompagner ?
J'espère que cette visite à l'église t'aura fait changer d'avis.
- Tu peux faire mieux que m'accompagner. - Ah bon ?
- Je vais peut-être devenir croyant... - C'est pas ça, te fatigue pas.
Tu me connais, je ferai n'importe quoi pour toi.
Dénonce-moi, accuse-moi d'un crime, c'est pas difficile.
- Et ils m'enverront près de Karl. - Tu es malade !
- Tu veux aller en prison ? - Je sais ce qui est arrivé au Père.
- Je veux être déportée. - Ces camps sont horribles,
tu ne pourras jamais tenir.
Dis à la Gestapo que j'ai voulu te soudoyer pour parler à Karl.
- Tout ce que tu voudras. - Tu renoncerais à ta liberté pour lui ?
Oui.
Pour une désinfection massive, ce que vous réclamez Major,
Nous recommandons ceci... Le Zyklon B.
Je ne suis pas chimiste, vous pourriez m'expliquer ?
Le Zyklon B renferme de l'acide prussique, se présente sous forme de cristaux,
Si on l'expose à l'air libre, il se vaporise.
On a procédé à des essais ?
Il est employé pour nettoyer des zones infestées de poux, rats, vermine...
- Il n'a pas été essayé sur... - Des êtres humains ?
Oui... Sur les catégories habituelles, les criminels, les incurables...
Vous le savez mieux que moi, Major. Nous ne sommes que des chimistes.
J'ai entendu dire, que les sujets agonisaient longtemps.
Je peux affirmer que c'est un produit remarquable
pour tous les travaux de désinfection.
Il n'encrasse pas les appareils et il n'y a pas d'ampoule à briser,
comme pour l'oxyde de carbone.
Pourquoi l'oxyde de carbone en particulier ?
Certaines rumeurs...
Le Zyklon B.
Je vous passe commande pour le Major Heuse à Auschwitz.
C'est un plaisir de traiter avec les services de sécurité.
Les documents d'expédition devront préciser que le Zyklon B,
ne peut être utilisé qu'en temps que produit désinfectant.
Entendu... Vous voulez une démonstration ?
Il n'y a pas de danger ?
Aucun... De simples cristaux.
Des douches... Un système d'écoulement.
La pièce est hermétique quand les portes sont fermées.
On met les moteurs en route, les gaz s'échappent par les douches.
Pas besoin de diesel,
Nous avons commandé du Zyklon B fabriqué par une firme de Hambourg.
Des cristaux jetés sur le sol et le gaz se dégage.
- Le Zyklon B n'est pas trop cher ? - Commandé en grosses quantités,
nous pouvons arriver à un demi pfenning par unité.
Belzec, Sobibor, Maidanek,
Treblinka, Chelnau, Auschwitz,
La quantité ne pose pas de problème ?
Dorf ! Heuse !
Général Kaltenbrunner...
Avec le Major Heuse, nous reconsidérions le traitement spécial.
Le traitement spécial...
On m'avait prévenu quand j'ai succédé à Heydrich,
que j'allais hériter d'un maître de la terminologie.
Heuse, veuillez nous excuser.
Dorf !
Je suis différent de ce demi-Juif qui vous commandait.
À son enterrement,
On vous a abusé.
J'ai vu ses enfants... Bâtards.
Sur son lit de mort, il gémissait, implorant son pardon pour ses crimes.
- Il délirait. - Ne perdez pas votre temps à le défendre.
- Pensez plutôt à vous. - Je n'ai pas à me défendre,
j'ai fait preuve de diligence pour mettre au point l'opération Reinhart.
Les quotas ont été dépassés,
les Juifs de Pologne sont déportés en nombre croissant.
Heydrich est mort, je commande les SS.
Vous avez menti au sujet de votre père. Un communiste.
Il y a eu une enquête et cela a été reconnu sans fondement.
Les commandants des camps se plaignent de vous.
Vous êtes arrogant... Intriguant.
Cela vous dit quelque chose ?
Cela vient de Theresenstadt.
La race supérieure...
Les moissonneurs...
Les enfants des ghettos.
C'est horrible !
Un de nos agents les a découvert à Prague.
La Croix Rouge pourrait tomber dessus.
Bien entendu, ce n'est pas signé.
Allez voir Eichmann, je veux savoir qui a créé ces horreurs.
Soyez tranquille... Je trouverai.
J'ai le pressentiment qu'il en existe d'autres, c'est intolérable.
Il faut savoir qui sont ces Rembrandt de pacotille.
Trouvez-les moi !
Felscher...
Les croquis que nous avions fini... Impossible de les retrouver.
Ah oui... Oui je sais,
Je les ai vendus.
Quoi !
- Tu... Tu les as vendus ! - Les Tchèques ont donné un bon prix.
On était d'accord, les dessins devaient rester cachés ici.
Si les Nazis tombent dessus !
Tu n'avais pas le droit de vendre mes dessins !
Pas plus que ceux de Weiss !
Qu'est-ce que ça peut faire ? On veut que le monde sache !
Eh bien, nous avons ce que nous voulons.
J'avais tellement envie de cigarettes,
et d'un pot de marmelade.
J'en ai vendu que quatre... Je ne recommencerai plus.
Je partagerai les cigarettes.
Espérons que la Gestapo ne mettra pas la main dessus.
C'est un crime de vouloir un paquet de cigarettes ?
Pauvre Felscher !
Je me demande si tous nos efforts en valent la peine.
Moi aussi.
Ces déportations...
Ils continuent d'envoyer les vieillards et les malades en Pologne.
Pourquoi ?
Il y a longtemps que je n'essaye plus de les comprendre.
Karl... Va ouvrir.
Karl... Karl...
Inga...
Comment t'es arrivée là ?
Oh, chéri...
Rentrer dans un camp ne pose pas de problèmes.
- Tu es un peu pâle, tu as maigri. - Non, non.
Non, non, je me sens bien.
Tu vois, j'ai du travail.
Des amis.
Frey, Felscher et... Maria Kalova.
Nous avons souvent entendu parler de vous, Inga.
Je suis très heureuse de vous connaître.
Comme vous le voyez, il y a pire que Teresenstadt.
Oui, c'est vrai... Nous sommes toujours vivants.
Tu es venue ici pour quoi ?
Pour être avec toi.
Je suppose que vous préférez rester seuls.
J'étais persuadé de ne plus jamais te revoir.
Moi, je t'avais dit de ne jamais désespérer.
Oui, je me souviens de tes lettres.
Si folles d'espoir et d'amour.
Je me souviens aussi de celui qui les apportait.
- Müller t'a tout dit ? - Il s'en est vanté bien sûr.
Inga...
- Pourquoi ? - Parce que je voulais te revoir.
- Je cherchais un moyen de te rejoindre. - Tu as choisi le plus horrible.
Quand je pense que ce monstre... Ce porc,
- a osé te toucher. - Karl, crois-moi, je t'en supplie.
J'ai vraiment tout essayé.
Je te jure... Que je n'ai jamais rien éprouvé.
Tout ce que j'ai fait, c'était pour toi.
Je le trouvais ignoble... Je le déteste davantage maintenant.
J'aurais peut-être préféré, ne plus jamais te revoir.
C'est vrai ?
Il y en a beaucoup qui sont seuls.
Sans jamais recevoir de lettres des leurs,
et qui ont réussi à survivre.
Felscher n'a aucune nouvelles de sa famille depuis quatre ans.
Le mari de Maria Kalova a été tué par la Gestapo.
Je pensais bêtement que tu étais... différent des autres.
Que tu avais besoin de mon amour,
Ne serait-ce que dans une lettre.
Oui.
Oui, c'est vrai.
J'aurai jamais pu survivre, sans nouvelles de toi.
Peu importe la façon dont elles me parvenaient.
- Chéri. - Oui.
Il faut oublier tout ça aujourd'hui.
Tu te souviens, tu m'appelais ta Saskia.
La femme de Rembrandt et son modèle.
Ensemble, nous survivrons.
Un jour nous serons libres, maintenant, j'en suis sûre.
Les Nazis se débarrasseront de nous avant de capituler.
Non, il ne faut pas se décourager. Je serai à tes côtés.
Tu sais à côté de qui tu restes ? Un peintre raté,
Qui n'a qu'un peu de poumon, à la place du cœur.
Karl ! Faut pas dire ça.
Toi, tu es vivant.
Je me rappelle le jour où ton père est parti pour la Pologne.
Il a embrassé ta mère,
il lui a dit, peu importe ce qui se passera.
Amor Vinci omnia.
L'amour est le plus fort.
Pourquoi tu es venue ?
Parce que je suis ta femme.
Parce que je t'aime très fort.
Peu importe ce qui pourra se passer.
Je serai près de toi maintenant.
Moi aussi je t'aime très fort.
Contre le mur tout le monde !
Videz-moi tout !
Il faut les trouver !
Par ici, par terre !
Vous voyez qui a pu faire ça ?
Je pourrais vous donner des noms. Nous choyons cette vermine.
Nous leur accordons des privilèges.
- Voilà comment des Juifs nous remercient. - Calmez-vous Major.
Entre nous, c'est pas si mal.
Nous voulons les identités de tous vos artistes.
Toutes leurs œuvres, leurs écrits, ce qu'ils ont dessiné ou peint.
Et les complices qui ont permis la propagation de ces atrocités.
Ça ne devrait pas présenter de difficultés.
Nous les trouverons, mais pourquoi vous intéressez-vous à ces œuvres ?
Nous ne voulons pas que les Juifs se manifestent.
Notre programme entre dans une nouvelle phase,
nous ne voulons pas de critiques de la part des pays neutres
Allez me les chercher.
Qu'est-ce qui se passe ?
Vous ne paraissez pas être à votre aise Major.
Vous êtes en sueur.
"Il se leva sur le trône d'Égypte un nouveau roi qui ne connaissait pas Joseph."
C'est Kaltenbrunner, notre nouveau roi, n'est-ce pas Major ?
- Je commence ? - Je vous en prie, vous êtes ici chez vous.
Je suis Adolf Eichmann. Voici le Major Dorf, de Berlin.
Votre nom est celui de la ville où vous avez été arrêté ?
- Vous ? - Otto Felscher, de Karlsruhe.
Emil Frey, de Prague.
C'est le chef d'atelier, c'est lui le responsable.
Chut ! Major !
- Vous ? - Karl Weiss de Berlin.
Approchez-vous...
Dites-moi qui est le responsable de ces horreurs.
Faites ce que le Major a dit ! Dépêchez-vous !
- Allons... - Celui-ci, c'est moi.
Et... Celui-là, c'est moi.
Felscher...
J'ai fait celui-là.
Eh bien, nous avançons.
Le Major a fait le voyage de Berlin pour découvrir le nombre de ces horreurs,
qui existent, où elles sont cachées, où vous les avez envoyées,
et les noms de vos contacts avec l'extérieur.
Prêt ? Nous commençons par vous ?
C'est très facile, il n'y en a pas d'autres.
Weiss ?
Ce sont les seuls qui existent.
Vous ?
Mais... Je... euh...
- Parlez, nous écoutons. - Oh...
Le commandant connaît notre rythme de production.
- Nous dessinons des portraits... - Ne dis pas n'importe quoi !
Sincèrement, je n'en connais pas d'autres.
Weiss ?
Quel est le rôle de l'artiste ?
Le rôle de l'artiste ?
Il me semble que ce serait d'égayer la vie.
Vous croyez que ces immondices vont égayer la vie ?
Des déportations... Des ghettos d'enfants...
Comment pouvez-vous produire de telles horreurs
et prétendre qu'il s'agit d'œuvre d'art.
Parce que c'est ça la vérité.
Alors dites-moi pourquoi la Croix Rouge a pu inspecter ce camp,
une douzaine de fois, sans faire ces constatations ?
Dites à Weiss que sa femme vient d'arriver de Berlin,
Il pourrait peut-être changer d'avis.
Weiss, le Commandant m'apprend que votre femme,
est arrivée de Berlin, tout récemment.
C'est vrai.
Je suis certain qu'elle vous demanderait de dire la vérité.
Je vous dis la vérité.
- Felscher ? - Euh...
- Vous voulez dire quelque chose ? - Non, il ne veut rien dire.
Laissez-le répondre.
Non... Non, rien.
Weiss.
J'ai l'impression de vous connaître. C'est possible ?
Je ne me souviens pas de vous... Je...
Je vous parle de berlinois à berlinois.
Oublions les Tchèques et les Autrichiens.
Les berlinois me gardent à Buchenwald, depuis quatre ans.
Les berlinois ont envoyé mes parents à Varsovie.
Vous avez un problème, vous les Juifs, vous n'oubliez pas le passé.
J'attache beaucoup d'importance à ces dessins.
On m'a parlé de votre femme.
Comme elle est chrétienne, ça peut s'arranger.
S'arranger ?
Je peux étudier votre dossier.
Sinon, ils vous confieront à Ram,
Et votre femme ne voudra pas vous voir quand il aura fini.
Il n'y a pas de complot, et...
Et il n'existe pas d'autres dessins.
À vous de les convaincre de changer d'avis.
Emmenez-les !
- Vous êtes aussi pâle que ces Juifs. - Ah oui ?
Vous n'avez pas à être préoccupé,
Ram va les convaincre de dire la vérité.
Vous rentrerez à Berlin... En héros !
Karl !
Pourquoi ils vous emmènent ?
Inga ! T'approche pas !
Non Inga, ils ne me toucheront pas, recule !
Laissez-le, il n'a rien fait !
Je t'en prie, t'approche pas, on va rien me faire !
Karl...
Karl...
Allez !
Allez !
Par ici ! Magnez-vous !
Frey...
- Frey, tu m'entends ? - Oui.
Oui.
Felscher... Tu nous entends ?
Oui.
- Qu'est-ce qu'ils vont nous faire ? - Nous torturer.
C'est bien leur genre. N'oublie pas notre accord.
C'est ma faute... C'est moi qui ai vendu les dessins.
Felscher, Ils vont nous tabasser, pas nous tuer.
Je supporterai pas les coups. J'ai plus de soixante ans.
Je ne pourrai jamais tenir.
Je n'ai jamais eu envie de devenir un héros.
Tu vas t'étonner.
On dit qu'après quelques coups, tu t'insensibilises, tu sens plus rien.
Pleure pas Felscher !
- Vous êtes déjà allés en Italie ? - Non.
- J'en ai envie depuis des années. - J'ai une idée...
On ira tous les trois, avec nos femmes. On verra tout.
Florence... Venise...
Oubliez Arezzo, pense à Piero de la Francesca.
Il faudra pas manquer les fresques de San Lorenzo.
Sienne, Peruggia, Orvieto...
Si vous voulez, je vous laisse fixer l'itinéraire.
Tu veux peut-être parler avant qu'on commence ?
Non, je ne sais rien... Pitié !
Non, non... Non...
Non...
Non...
Pas un mot...
Felscher, on les emmerde. On a attendu trop longtemps.
Et toi, tu préfères retourner dans le bureau du commandant et parler ?
J'ai rien à lui dire.
L'Italie, Weiss, l'Italie...
L'Italie, Florence... Rome...
Italie, Weiss, l'Italie...
- Tu veux parler ? - Non... Non !
Oh non.
Terminé !
Le vieux est mort.
- Weiss et Frey refusent de parler. - Il faut qu'ils parlent.
Alors, il va falloir les travailler de nouveau.
Attention ! Surtout ne les tuez pas.
Ils finiront à Auschwitz.
Une fois qu'ils auront parlé.
Le Major Dorf te fait dire...
Qu'à la seconde où tu diras la vérité sur ces dessins, il te libérera.
Mais je ne sais rien !
C'était le dernier, nous les avons sortis juste à temps.
Ils représentent quelque chose, ça vaut peut-être la peine.
Oui, pour que le monde connaisse la vérité, un jour.
Vaut mieux les enterrer.
J'ai eu trop envie de les porter au commandant et lui dire...
Tenez, les voilà et maintenant, rendez-moi Karl.
- Il n'aurait jamais pu l'accepter. - C'est ce que je me dis.
Mais je n'ai peut-être pas raison.
Frey...
- Frey... Est-ce que tu m'entends ? - Oui.
J'ai les mains bousillées.
Moi aussi.
Il va se passer longtemps avant qu'on puisse repeindre.
On va peut-être finir comme Felscher.
On avait pas le droit de l'obliger à résister.
Il a fait ce qu'il croyait être juste.
Ne pense plus à lui... Non.
J'ai été trouillard toute ma vie.
Tout gosse, j'évitais toujours de me battre.
J'ai chialé le premier jour d'école.
Moi non plus, je n'ai jamais rêvé de devenir un héros.
Italie...
Michel-Ange... Raphaël...
Chapelle Sixtine...
- Il en faut six mille tous les jours. - Mais...
- Nous les choisirons sur quelles bases ? - Vous êtes membres du Conseil juif,
- Vous connaissez les Juifs mieux que moi. - Que va-t-on leur dire ?
Dites-leur la vérité.
Nous acceptons de les transporter dans des camps familiaux, en Russie.
- Des camps de travail ? - En effet.
Plein air, nourriture, les parents et les enfants vivent ensemble.
C'est préférable à ce trou qu'est devenu Varsovie, par votre faute.
- Il est possible qu'ils résistent. - Votre peuple n'a jamais résisté.
Depuis le meurtre d'Heydrich, nous ne pouvons plus être aussi cléments.
Mais au rythme de six mille déportés par jour,
- le ghetto va se vider rapidement. - Non.
Nous voulons juste chasser l'excédent.
Les personnes comme vous, les officiels, la police...
Les docteurs... Vous resterez. Suis-je assez clair ?
Parfait... Alors, n'oubliez pas...
Je vous ai dit à seize heures... Sept jours par semaine,
j'attends six mille Juifs, à la gare.
Tu as découvert quelque chose ?
- Ces trains ne vont pas en Russie. - Où vont-ils alors ?
À Treblinka, c'est à trois heures à peine.
Treblinka ?
- Un nouveau camp de travail ? - Le camp de la mort.
Les Polonais chrétiens vont dans un camp de travail,
les Juifs vont dans un énorme bâtiment.
Les SS leur disent que c'est pour les décrasser.
Mais c'est ce dont on avait parlé.
Ils ont des panneaux bidons, réparations, tailleurs, confection...
Ils disent lavez-vous, on vous confiera un travail après.
Ils n'en sortent jamais. On les gaze jusqu'à ce qu'ils crèvent.
- Ils en tuent six mille par jour ? - Oui, des familles entières.
Les mères avec les enfants.
Tout le monde y passe.
Alors, c'est toi qui avais raison.
Excuse-moi, je ne pouvais pas savoir.
L'armée britannique poursuit sa progression en Afrique du Nord.
Cinq villes de la frontière lybio-tunisienne,
sont tombées aux mains de la 8éme armée.
Les forces alliées ont effectué 141 raids
au-dessus de la France et des Pays-Bas,
au cours des dernières vingt-quatre heures.
Les résistants polonais nous ont appris que les Nazis se livraient
aux pires atrocités sur la population polonaise,
allant jusqu'à fusiller les civils.
Ceci termine nos émissions en direct de la BBC.
Allant jusqu'à fusiller des civils... Ils savent pour Treblinka...
Les chambres à gaz, les exterminations, les ghettos...
Et pas un mot à la BBC.
Alors vous comprenez pourquoi nous sommes sionistes.
- Ils ne nous ont peut-être pas crus. - Ils ont décidé de ne pas le croire.
On leur a envoyé des messages. Les Juifs polonais sont exterminés.
Il faut l'annoncer.
Ils ont répondu... Nous avons bien reçu votre émission,
Mais nous avons des demandes plus pressées.
Ils croient que nous mentons... Ça semble tellement énorme.
- Personne ne peut le croire. - Il n'y a qu'une solution.
- Il faut d'autres armes. - Anton, le type chrétien,
il faut retourner le voir.
On peut peut-être éviter la déportation à certaines personnes.
J'ai vu des bâtiments vides devant la gare.
Je pense qu'on pourrait installer une clinique.
On pourrait en sauver quelques uns,
mais la solution, c'est le fusil.
Avancez !
C'est pas vrai, on pourrait se défendre, on est un demi-million.
Ils ne sont qu'une poignée.
Quitte à crever... Battons-nous !
Joseph...
Le petit qui porte un cartable, c'est un de mes élèves.
Rien ne t'oblige à regarder, Berta.
Il faut regarder,
Ça ne peut pas être pire,
On nous donnera du travail.
- C'est un camp de famille. - Je sais,
et au moins on sera ensemble.
Le docteur Weiss. Que fait-il là ?
Docteur Weiss, que venez-vous faire là ?
Vous êtes trop malade pour voyager, allez à la clinique avec votre femme.
- Mais je ne suis pas malade. - Allez à la clinique.
Pourquoi ?
Nous essayons de vous éviter la déportation. Jouez les malades.
D'accord, pas la peine de me le dire deux fois.
Tous les trois, vous ne pouvez pas voyager.
Cet enfant semble souffrir du typhus. Allez à la clinique.
Allez, allez...
Asseyez-vous là, tenez.
Vous êtes tous les trois trop malades pour voyager.
À quoi on joue ici ?
C'est la clinique de la gare, on a eu l'autorisation hier,
ces pauvres gens sont trop malades pour voyager.
Si je n'ai pas mon quota, j'aurai des problèmes.
Personne n'aura de problèmes.
Nous avons reçu l'ordre de ne pas accepter les malades du typhus,
ou du choléra, à bord de ces trains.
Sortez d'ici tout de suite !
Foutez la paix à mes malades ou je fais un rapport !
Restez bien en ligne.
Les familles ne doivent pas se séparer.
Commencez à monter dans les wagons.
Serrez bien les rangs, s'il vous plaît.
Les familles doivent rester groupées.
Ils s'en vont.
Six mille aujourd'hui, six mille demain.
Nous avons essayé d'en sauver sept ou dix.
Peut-être même vingt.
Est-ce que ça rime à quelque chose ?
Serrez-vous dans les wagons...
Les familles resteront réunies pendant le voyage...
et au camp... Dépêchons, serrez les rangs.
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