All language subtitles for Esther Kahn 142 min

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Original subtitles

Esther Kahn �tait n�e dans une de ces rues sombres, malodorantes,

aux �tranges recoins, qu'on trouve pr�s des docks.

Une rue tranquille qui semblait ne mener nulle part,

mais rester en marge pour un motif � elle pas tout � fait honn�te.

Les stores de certaines maisons �taient toujours tir�s,

des volets �taient clou�s sur certaines fen�tres.

Peu de gens passaient.

Peu d'enfants jouaient sur la chauss�e.

Les portes �taient silencieuses.

- Et les chemises ? - Toutes parties.

J'ai beaucoup � faire. Excuse-moi.

Mishka, donne les rouleaux � Mme Kahn et les patrons.

Vous m'en faites une autre ?

Pour la porte, l�-bas.

C'est une mitzvah !

- Il n'y a pas la Bible en anglais ? - Bien s�r que si.

Et en allemand et en russe, dans toutes les langues.

Un jour, il y a tr�s longtemps,

en Egypte, on a r�uni 72 grands savants juifs

dans 72 petites cabanes

o�, pendant des ann�es, ils ont traduit la Bible.

Tout sauf quelques versets

qu'on ne peut traduire.

Pourquoi ?

Sinon ils ne rendent plus les mains impures.

C'est quoi ces versets ?

Je ne sais plus...

''vehayou'', ''vehayore'',

et quelques mots en aram�en.

Des fois ils ne savent pas si ce sont les lettres

ou leur signification qui comptent.

C'est pour �a que le rebtchik les �crit en h�breu

m�ticuleusement : si une seule lettre n'�tait pas bien �crite,

la maison ne serait plus prot�g�e.

C'est moi.

C'est pour quand ?

Quatre pour demain, le reste en fin de semaine.

J'ai presque fini les costumes.

Maman, les boutonni�res.

Rivka, prends les pantalons et fais le repassage.

Esther, d�p�che-toi.

Attention !

D�coupe lentement. Suis les marques.

L�ve le bras gauche.

Non, le gauche s'il te plait.

Voil� ton bras gauche.

Le c�t� de ton c�ur.

Ne bouge pas !

La pluie... Il pleut...

La pluie... Ah, le linge !

Je sors.

Tu veux pas aller jouer dehors ?

Non.

Vinaigre, fille de vin !

La rue me fait peur.

''Nous avons entendu Sir Laurence Oliphant

dire que les juifs avaient droit � une terre...''

- Bon gars ce... - Sir Laurence Oliphant.

- Il est juif ? - Laurence ? C'est pas juif �a.

Apr�s le souper

les autres s'asseyaient autour de la table et parlaient avec animation.

Tous ces gens qui avaient tant d'int�r�ts en commun

se souciaient des m�mes choses

et semblaient si attach�s les uns aux autres,

se tenaient l�, soir apr�s soir, dans les m�mes attitudes,

aussi avides des �v�nements du jour

qu'ils l'avaient �t� de ceux de la veille.

Toute chose �tait importante pour eux,

surtout la part qu'ils y prenaient.

Esther n'�tait pas s�re de tenir � eux plus qu'aux autres.

Ils �taient pour elle la vie r�elle,

chose pour laquelle elle n'avait qu'une curiosit� d�sint�ress�e.

Regardez ce qu'elle fait ! Elle nous imite tous.

- Qui tu imitais cette fois ? - Personne.

Mais si, tu faisais comme �a.

Je t'ai vue !

Ne faites pas attention � elle.

Ce n'est pas une enfant humaine, c'est...

un singe.

Elle habite avec nous,

alors elle doit se voler une �me comme font les singes.

On dirait des humains, mais ils savent qu'ils n'en sont pas.

Voil� pourquoi ils nous imitent.

Esther, tr�s en col�re,

se dit qu'elle ferait attention � l'avenir

de ne rien montrer de ce qu'elle �prouvait.

Allez Esther, mange !

Mange, mon chien ! Mange !

Je te hais tellement !

Adolescente Esther avait l'air d'une femme.

Elle avait de gros os, des mains et des pieds tr�s petits,

et son corps semblait endormi, en proie � une l�thargie r�veuse.

Elle avait les cheveux �pais de sa m�re mais plus souples

et naturellement ondul�s.

Son visage �tait ovale, de contour d�licat.

Ses l�vres �taient �paisses, rouges, tendues comme un arc.

Ses yeux �taient myst�rieux mais sans signification personnelle.

Ils �taient insondables, plong�s dans le sommeil,

le r�ve inconscient qui est dans les yeux des animaux.

Tout son visage semblait attendre

avec une patience infinie

une force qui saurait le fa�onner et le r�veiller.

Il ne voulait rien,

n'anticipait rien.

Il attendait...

Enl�ve ta veste.

Tousse.

Tousse encore.

Tousse.

Encore.

Elle a dit qu'on se verrait jeudi.

Elle t'a m�me pas regard�.

- Tu danses trop serr�e. - Qu'est-ce que tu racontes ?

Vous avez apport� les chemises � Goldfeib ?

On les a livr�es !

- Comment va le vieux Goldfeib ? - Tr�s bien.

On travaillera samedi pour finir les boutonni�res, car Mina sera pas l�.

J'adore cette robe.

Tu n'as qu'� t'en faire une.

Cause toujours ! J'adore.

Va t'en faire une.

Je meurs de faim. Pas vous ?

O� est Buba ?

L�-haut. Monte-lui une brique.

- Comment c'�tait ? - Bien.

- Comment c'�tait vraiment ? - Bien, tr�s bien.

- ''Bien, tr�s bien'' ! - Tr�s bien.

Bouge-toi, tu ne fais rien.

- Tu fais quoi ? - Elle efface les piq�res d'�pingle.

Ce que tu peux �tre vaniteuse !

- Je veux pas �tre marqu�e. - Tu as honte ?

Je veux pas de marques, je suis pas une esclave.

C'est mon tour de prendre le lit mais �a m'est �gal.

Qui le veut ?

Garde-le princesse.

La Gitane espagnole

Tu veux que je te pr�te un livre ?

Esther, qu'est-ce que tu veux le plus au monde ?

Le plus au monde ?

Si tu avais une qualit� que tu voulais voir r�compens�e ?

Je ne sais pas.

Maman ?

Ma ch�rie...

Dis-moi.

Qu'est-ce que je pourrais vouloir le plus au monde ?

C'est un peu ridicule, je sais, mais...

j'aimerais �tre admir�e pour ma beaut� et mon �l�gance.

Et moi, pour mon intelligence.

Comme je travaille tout le temps, je voudrais plein de fric.

Des tonnes.

Bonne nuit.

Un jour, je voudrais vivre en Palestine.

Essais sur le socialisme

Je voudrais �tre veng�e.

Tu vas voir, il va t'inviter.

On est en retard.

Vite Jo�l !

Il me laissait pas sortir !

La pi�ce va commencer !

Tu as bien merd� !

Je suis vraiment d�sol�.

On entrera tous, c'est une grande salle.

J'y vais.

Poussez-vous !

Laisse-moi passer !

LA FILLE DE L'AMOUR

Esther !

Je suis l� !

Cinq places au poulailler.

Paie, toi !

Un penny et demi.

On a des bonnes places.

Pour une fois que tu sors, quelle honte !

Ce qu'on fait cul-terreux !

Dans la loge l�, c'est les Trevalga.

Le type avec eux est acteur, je le reconnais.

''Khave ch�ri,

''je t'aime tellement.

Mais pourquoi tu ne m'aimes pas ?''

''Va au diable !

''Mis�rable !

Minable !''

''Mon tr�sor,

''ne te mets pas en col�re contre moi,

je ne suis pas coupable.''

''Qui est coupable ?

''Moi ?

Pourquoi je ne peux pas me d�barrasser de toi ?''

''C'est moi qui devrais t'en vouloir.''

''Tu as perdu la boule ?''

''Je sais jusqu'o� elle est all�e.

Elle laisse n'importe qui l'embrasser, comme le jeune maitre.''

Une fois dans la salle, elle ne parlait pas.

Elle regardait fixement les acteurs,

comme s'ils l'hypnotisaient.

Elle ne critiquait jamais la pi�ce, comme les autres.

La pi�ce ne semblait pas compter.

Elle y vivait, sans volont�

ni choix de sa part.

Juste parce que la pi�ce �tait l�, sous son regard.

''Malheur � moi !

''Seulement avant-hier il m'a encore dit

''qu'il allait m'�pouser,

''qu'il �tait amoureux de moi.

''Mon Dieu !

''Je me noie !

''Je n'en peux plus !

�a ne peut pas continuer !''

''Oh malheur !

''Il l'a aim�e

comme il m'a aim�e.''

Quelle affreuse histoire !

Elle lui sacrifie tout et il la trahit.

Jamais une femme ne ferait �a pour un homme !

Comment peux-tu dire �a ?

Il n'a pas promis le mariage.

Vous �tes �c�urants.

- C'est pas une ordure ? - Qui ?

Le grand avec son �charpe.

Oui, je sais.

- Je sais, mais son jeu... - Tu as vu �a ?

J'aime le Gaiety Theater. Enfin un th��tre pas bourgeois.

J'aime son allure.

Son jeu n'est pas logique, elle n'est pas bien.

Esther se r�veille !

Pourquoi tu dis �a ? J'aime sa voix.

Elle est sublime.

Tu ne connais rien aux acteurs.

Tu te trompes toujours.

D�s que tu as un avis, tu te trompes.

J'ai le droit de l'admirer !

C'est une question de go�t.

Pour moi, elle apporte de la beaut� �...

On en a rien � foutre de toi et de ton opinion !

Elle n'est pas bien !

- Elle fait plein de fautes ! - Des fautes ?

C'est pas une dict�e.

T'es folle ?

Il l'a pay� !

On dirait qu'elle le fait expr�s.

Sa sc�ne � la barri�re,

elle ne sait pas la jouer.

C'est pourtant facile.

Elle essaie tout le temps d'�tre autre chose.

Tu veux que je te dise ?

Va la voir dans sa loge et fais-la profiter de ta science.

�a ne m'int�resse pas de lui parler.

L�che !

Ce que tu es l�che !

Hier, je t'ai �crit une lettre.

Je vais pas la lire ici.

Je jette un coup d'�il.

C'est une longue lettre.

Si tu m'�cris chaque fois qu'on s'embrasse,

je vais avoir beaucoup � lire.

Dans l'enveloppe...

On y va dans cinq minutes.

Bonsoir, les amoureux.

Regarde...

- Qu'est-ce que c'est ? - Un diamant.

Je l'ai apport� du magasin pour te le montrer.

Parce que pour moi, tu es comme un diamant.

�a vaut tr�s cher. M�me petit comme �a.

Tu l'as vol� au magasin ?

Non ! Il n'�tait m�me pas enregistr�.

Tu peux le garder.

Il vaut mieux que tu le rapportes.

A demain, alors.

Tu me laisses t'embrasser !

J'ai pas fait expr�s, pardonne-moi.

Je t'ai � peine touch� !

Qu'est-ce que c'est ?

C'est ridicule.

Peut-�tre, mais j'aime bien.

Tu t'int�resses aux vedettes ?

Pas du tout.

Venez m'aider, il y a plus de charbon !

O� sont-ils ?

Sammy !

Ythzok !

O� sont-ils ?

Au syndicat avec Samuel, pour lui trouver du travail.

Tu es d�go�tante !

Qu'est-ce que tu fabriques ?

Sors de l� !

Salope !

Ne me regarde pas comme �a !

Tu m'espionnes aux waters !

20 minutes � faire pipi !

- Peut-�tre je faisais caca. - Avec la main dans ton truc ?

Je t'ai renifl�e. Tu es ma fille.

Je sens quand tu es excit�e, tu sens le poisson.

Deux heures aux chiottes

avec tes doigts dans la chatte !

- J'arrive pas � faire pipi, �a pique. - �a suffit.

Tu vas t'ab�mer, � te branler comme �a.

Ne hurle pas !

Tu es gouine ?

�a suffit, laisse-la tranquille.

Emm�ne-la ! C'est une vicieuse !

J'ai peur de vous laisser ensemble dans la chambre, la nuit !

Quand je vous laisse dans cette chambre, j'ai peur

que vous deveniez vicieuses, et votre fr�re aussi !

Je peux pas �tre l� sans arr�t, il faut que je dorme !

Et votre p�re qui ne dit pas un mot.

Je ne veux plus qu'elle m'outrage !

Je ne veux plus qu'elle travaille ici !

Elle est folle.

Tu veux que je te coiffe ?

- Elle doit pas t'emb�ter aux waters. - Je m'en fous.

Que tu es jolie !

J'ai peur qu'elle le raconte � tout le monde.

On embauche des femmes aux machines !

Viens par l�.

Passe-moi �a.

Qu'est-ce qu'il y a ?

J'ai les mains br�l�es.

C'est le soufre.

Tu es nouvelle...

Tu habites o� ?

Spitafields ?

Moi aussi, � c�t� du march�.

On pourra rentrer ensemble.

Esther ! Tu restes encore un peu ?

- Non, je m'en vais. - A demain.

Tu travailles chez les Felder, maintenant.

C'est pas trop dur ?

J'aime mieux travailler � l'usine qu'� la maison.

Encore des disputes avec ta m�re ?

Si elle a dit des choses sur moi, c'est pas vrai.

Elle accuse les autres de ce qu'elle fait, elle.

Tu as l'air en col�re.

Tu ne devrais pas rester seule.

C'est ma m�re qui ne veut plus de moi � la maison.

Tu ne viens plus � la synagogue.

Mon p�re non plus.

Ton p�re est ton p�re.

Qu'il vive jusqu'� 120 ans...

N'emp�che que Dieu te voit.

Non ! Dieu m'a abandonn�e parce que je suis pauvre.

Et on n'a pas besoin de pauvres � la synagogue.

Ta m�re a raison de dire que tu es fi�re et arrogante.

Dites-moi ce que je fais de mal, alors.

Bien peu de choses, j'en suis s�r.

Je sais que tu veux �tre actrice.

Dis-toi bien

que tes disputes avec ta m�re ne t'ouvriront pas la voie du th��tre.

Elle sentait mauvais.

C'est pas sa faute, c'est le corps qui se vide.

Je ne peux pas la toucher.

D�sol�e.

Je t'aime.

Voil�.

Ne t'en fais pas, Esther.

La terre est une bonne m�re.

Va chercher ta s�ur.

C'est malin de partir maintenant !

Tu dis que tu me d�fends, hein ? Et puis tu fous le camp !

Et moi...

je dois me d�brouiller ! Comment je vais faire ?

La terre n'est pas une bonne m�re.

Mamie, j'ai peur que tu aies froid.

C'est sale, c'est froid et tu seras enferm�e avec des bestioles.

D�j� que tu es vieille !

Toute la famille se pr�pare � en faire un fromage. T'entends ?

Il y en a un autre ?

- A l'usine, ils ont demand�. - Le dis pas.

Ton p�re va te tuer.

Je m'en fous.

A demain.

RECHERCHONS FIGURANTS

Maintenant, tourne-toi.

Bien.

Je peux voir ton profil gauche ?

Non, l'autre.

Bien.

Tu ne vas pas avoir le trac ?

Tu ne vas pas avoir peur et rester muette ?

C'est quoi, ton nom ?

Comment �a s'�crit ?

Et ton pr�nom ?

Esther Kahn...

C'est pour le programme.

Canetti...

Esther Canetti.

�a fait italien.

Tu es brune.

Je ne peux pas changer de nom.

Esther Kahn, c'est pas tr�s joli.

C'est un peu s�v�re.

Canetti, c'est mieux.

Je ne veux pas changer.

Alors, je mettrai ton nom.

K... A... H... N.

Il est quelle heure ?

O� t'�tais pass�e ?

On avait une livraison � 6 heures.

Et il est quelle heure ?

Je vais faire du th��tre.

Ben voyons !

Et quand commences-tu ?

Lundi soir.

Tu parles pas s�rieusement ?

Je parle s�rieusement.

Je joue le r�le de la bonne dans ''Les Gages du p�ch�''.

Je l'ai vu !

Elle parle deux fois dans toute la pi�ce.

C'est vrai.

Venez lundi pour m'entendre.

�a suffit.

Silence et au travail.

Tu ne lis jamais, tu n'as jamais d'avis sur rien,

rien ne t'int�resse. C'est quoi, cette lubie ?

Tu vas pas r�ussir juste parce que t'es jolie !

Fais gaffe, pour �tre actrice il faut coucher.

Arr�te !

- Comment tu sais ? - C'est bien connu.

�a la g�nera pas.

Mais c'est d�j� fait ! Tu couches avec le directeur ?

Sinon, il est temps de t'y mettre.

En voil� une : ''La domestique entre...''

Je fais une marque.

�a sera plus facile pour toi.

''C'est lui, je l'ai vu !''

H� toi ! Prends celle-l� !

Les filles en sc�ne dans cinq minutes !

Qu'est-ce qui se passe ?

Une robe verte.

�a porte malheur.

On ne porte pas de vert en sc�ne.

Moi, je la prends.

Voil�, ma fille.

Je vais porter celle-l�.

''Rose, dois-je le reconna�tre ?

Je n'aime pas ton amie Ruth.''

''Tu ne l'aimes pas ?''

''Je ne crois pas qu'elle soit ce qu'elle parait.''

''Tu plaisantes !''

''Non, je suis s�rieux.''

Rendez-vous en sc�ne !

''Bonne nuit !''

''Ecoutez-moi...''

''Me voil� bien !''

''Qui aurait cru �a d'elle !''

Viens avec moi.

�a va ? Pas trop le trac ?

Prends la veste de la dame.

Sois naturelle. Regarde pas le public, parle pas trop vite.

�a va aller.

Tu as ton maquillage ?

Maquille-toi ici.

Tout va bien ?

''Je regrette qu'il soit parti.''

''Moi aussi.

Savez-vous que je pourrais en pleurer ?''

- ''Moi aussi.'' - ''Vous ?''

- ''De joie.'' - ''Mis�rable !''

�a va �tre � toi.

Tu es pr�te ?

Tu sais ce que tu dois faire ?

''Je dois trouver un homme qui dise la v�rit�.''

A toi.

Tu as des gens � voir ?

Non, �a va.

On peut y aller.

On va r�gler �a. Il faut trouver une solution.

C'est tout simple.

Tu ne manges pas ?

J'ai pas faim.

Tu t'es sentie nerveuse ?

�a m'a paru tout naturel.

Elle ne dit pas qu'une vague de triomphe avait d�ferl� sur elle

en sentant la chaleur de la rampe lui monter aux yeux

et vu l'essaim flottant de blancs visages

surgir d'une masse compacte de t�n�bres.

A ce moment-l�, ses narines avaient aspir� le souffle de la vie.

Comment va ta petite Esther ?

Je n'en reviens pas. C'est une vraie actrice maintenant.

Elle joue de vrais r�les presque tous les soirs.

Et elle est aussi doublure.

Il parait qu'elle a du succ�s.

On l'a vue l'autre jour au Trianon. On a failli ne pas la reconna�tre.

On dit du bien d'elle.

Tu dois �tre heureuse.

Je suis surprise.

C'est vrai qu'elle va habiter dans le Strand ?

Elle peut se le permettre, elle a de l'argent maintenant.

En six mois, elle a rembours� tout ce qu'elle devait.

Je passe toujours par ici parce que j'aime ce coin.

Vu d'ici, on dirait un peu la Chine.

Tout est gris, le fleuve gris...

P�kin...

Tu veux aller en Chine ?

Non, mais j'aime bien la Chine.

C'est bien, la Chine.

Ma fille qui ne parle pas !

- Vous �tes toujours � discuter. - Qui ?

Tout le monde.

Toute la famille.

Et toi, tu ne penses � rien.

Ma petite vache...

''Athena...

aux yeux de g�nisse.''

Quoi ?

Dans Hom�re... une fille aux yeux de vache

ou aux yeux de g�nisse...

Tu t'es fait des amis, au travail ?

Pas beaucoup.

Tu devrais.

Vois des gens.

Sors, prom�ne-toi...

Je ne sais pas...

Va � Westminster.

Tu n'y es jamais all�e ?

Si, une fois.

Une fois !

Il te faut des exp�riences.

Des exp�riences !

Qu'est-ce que tu as contre ?

Tu vois �a ?

Ce n'est rien.

Voil�.

C'est � toi.

�a te plait ?

Tu ne d�fais pas tes bagages ?

Voil� ta clef !

Tu vas �tre mieux ici.

Tout pr�s du th��tre.

''Hola Jessica !''

''Eh bien, Jessica !''

''Je ne dis pas d'appeler.''

''Vous vous plaignez toujours qu'il faille tout me dire !''

Entre Jessica.

''Appelez-vous ? Quelle est votre volont� ?''

''Je suis invit� � souper dehors.

''Voici mes clefs...

''Mais pourquoi j'irais ?

''On ne m'invite pas par amiti�, on me flatte.

''Mais j'irai par haine me nourrir aux d�pens du chr�tien prodigue.

''Jessica, veille sur ma maison. Je r�pugne � sortir.

Il se trame quelque vilenie contre mon repos...''

Ecoute Nathan...

que tu sois un mauvais acteur ne me d�range pas du tout.

Tu le sais aussi bien que moi.

Tu sais que je t'aime beaucoup.

Mais...

pourrais-tu avoir l'air un peu plus...

juif ?

C'est trop te demander ?

D'avoir l'air un peu plus juif ?

Quoi ? Tu es juif ou tu n'es pas juif ?

Je suis juif.

Tr�s bien !

Arr�te de jouer ! Je ne t'ai pas engag� pour jouer.

Je t'ai engag� pour �tre juif.

Tu ne l'as pas ''engag�''.

Nathan, tu fais juste la doublure.

C'est pas une raison pour jouer comme une moule !

Tu veux tellement jouer que tu ne ressembles � rien !

Aie l'air juif, merde !

Cette enfant est perdue !

Tu es l� pour l'aider, pour la mettre en valeur !

Sinc�rement, tu trouves qu'il fait juif ?

Je ne sais pas.

Ce cr�tin ne conna�t rien � Shylock !

Pas l'air assez juif ! Meshuge !

Je t'ai emp�ch�e de jouer ?

Tu es de la tribu ? Cohendim ?

Ma s�ur va �pouser un Anglais.

Et alors ? Tu es juive ou pas ?

A tes souhaits.

Je m'en fiche.

C'est un merveilleux r�le, Jessica.

Je suis seulement doublure si l'actrice est malade.

Tu pourrais �tre une bonne actrice. Tu suis des cours ?

Des cours ?

Tu devrais. On doit tous apprendre.

Je ne suis peut-�tre pas terrible comme com�dien, mais je pourrais...

t'apprendre, si �a t'int�resse.

J'aurai pas le temps.

Tu as un autre travail ?

Alors mardi matin, dans le caf� en face.

Si �a t'int�resse.

Tu ne bois pas ?

Viens, il fait froid.

Tiens.

Je ne paie pas la salle.

C'est pour les le�ons.

Disons que c'est un geste amical.

C'est parce que tu es vieux.

Tu voudrais imaginer que tu as une amie, et que �a serait moi.

C'est la d�rision de l'amiti�.

Un jour, on sera peut-�tre amis, et peut-�tre pas.

Prends l'argent.

Si tu y tiens,

je te dirai mon prix...

un jour mais pas aujourd'hui.

Un jour.

Allez, je me lance...

Tu es actrice.

Du moins tu veux l'�tre.

Moi aussi je suis acteur.

Le probl�me pour nous acteurs,

ce qu'on doit r�ussir � faire

c'est : faire croire.

C'est pour �a que les gens viennent nous voir.

Mais si tu racontes un gros mensonge personne ne te croira.

Les gens ne vont pas au th��tre pour qu'on leur mente.

D'un autre c�t�,

si tu ne viens raconter que la v�rit� toute b�te,

� quoi tu leur demandes de croire ? A rien.

Et ils n'y ''croiront'' pas non plus.

Tu as compris ?

Bien.

Alors, d�j� la question s'est un peu d�plac�e.

Maintenant je peux demander : sur sc�ne je dois mentir

ou dire la v�rit� ?

Si tu veux �tre actrice,

dois-tu commencer par mentir ou dire la v�rit� ?

Suis-moi.

Reste l�.

Je me mets l�. C'est une petite sc�ne.

Tu viens me serrer la main et tu dis ''Bonjour, monsieur.''

Bonjour, monsieur.

Charmant !

C'est assez bien, parce que l�...

tu as de la pr�sence.

C'est seulement assez bien.

Parce que ce qu'il faut

c'est que chaque pas semble plus incroyable que le pr�c�dent.

Chaque pas...

Eh bien chaque pas doit contenir une id�e, si complexe

qu'il faudrait dix philosophes pour la d�chiffrer.

Chaque pas doit tendre comme une corde

dans l'esprit des spectateurs,

jusqu'� ce qu'ils veuillent crier :

''Attention, Esther, tu vas la casser !''

lci...

Deux pas...

Tu choisis de t'approcher du vieux. Il faut qu'on voie que tu choisis.

Deux pas...

Tu te sens mal � l'aise, c'est un grand th��tre,

tu es seule au milieu de la sc�ne,

le chemin va �tre long.

Tu risques d'avoir l'air b�te.

Deux pas, �a fait...

�a fait six.

lci...

je veux que tu �prouves de la honte.

Et la honte est p�nible, elle fait mal.

Imagine qu'une spectatrice se l�ve et �clate de rire.

Ce que tu te sens gourde !

Tu es rouge comme une pivoine.

Comme si tu �tais debout sur des lames de couteau.

Encore deux pas...

et l� tu penses :

tout �a, c'est la faute du vieux qui me fait faire tout ce chemin.

Deux pas...

et maintenant...

tu es en col�re.

C'est facile pour moi, je suis l� � me tourner les pouces.

Je suis bien peinard.

Dix !

Quand tu arrives ici...

Une fois ici,

je veux que tu aboies, que tu grognes contre moi,

que tu effaces le sourire du vieux.

Deux pas...

Tu m'aimes bien

parce que je suis Nathan, un acteur comme toi.

Je suis ton seul ami, si jamais le public se moque de toi.

Toutes ces femmes avec leur argent et leurs beaux habits !

Et l�, on se serre la main.

En marchant,

je veux que tu te rappelles tout �a dans l'ordre...

bien dans l'ordre.

A toi !

Tu lui as demand� ?

Monsieur, s'il vous plait.

Ce ne sera pas long, monsieur.

Esther eut un petit r�le comme doublure.

Et elle eut bient�t l'occasion de le jouer.

Elle commen�ait � gagner un peu d'argent et comme promis,

elle remboursait ses parents.

Ils y gagnaient

et ne lui demand�rent donc pas de revenir � la couture.

Esther faisait son chemin.

Encore en retard, Esther ! Allons-y !

- �a n'arrivera plus. - �a ne me suffit pas !

�a ne doit plus se reproduire. Il faut r�gler �a.

- Quand vous voulez, les filles. - Les mendiants, s'il vous plait !

Tu es l�

pour apprendre � faire une action.

Si tu veux �tre actrice, tu dois apprendre � faire des actions.

Mais qu'est-ce qu'une action ?

C'est facile.

C'est quoi ?

Je ne sais pas le dire.

C'est une action.

''C'est facile !''

Pour accomplir une action,

il faut faire des mouvements avec certaines parties de ton corps.

Si je suis malheureux...

Maintenant,

si tu parles...

tu fais des mouvements

avec ta bouche et ta gorge.

Ne ris pas !

Dis ''ahh''.

Mais �a,

�a n'est pas encore vraiment parler,

bien que parler, ce soit remuer la bouche, la langue et la gorge.

Il y a donc une chose sp�ciale qui transforme ces mouvements

en v�ritable langage.

Sinon, ce n'est que du bruit.

De m�me, tu dois trouver la chose sp�ciale qui transforme ce que tu fais...

en action.

''Mon bon seigneur,

''vous m'avez engendr�e, �lev�e, aim�e.

''Je vous rends en retour les devoirs qu'il convient.

''Je vous ob�is, vous aime et entre tous, vous honore.

''Qu'ont � faire mes s�urs d'un mari, si elles disent n'aimer que vous seul ?

''Peut-�tre, quand je me marierai,

''le seigneur dont la main recevra ma foi emportera

la moiti� de mon amour, de mes soins et de mes devoirs...''

- Je le lis encore ? - Je crois que je le sais.

Tu le connaissais d�j� ?

Non, mais je crois que je le sais.

Alors, tu as une m�moire surprenante.

C'est Cordelia qui d�fie son p�re

dans la premi�re sc�ne

de cette grande pi�ce.

As-tu bien compris ce texte ?

Bien. Reprenons au d�but.

''Mon bon seigneur, vous m'avez engendr�e, �lev�e...''

Recommence. Je vais essayer de te d�concentrer.

''Mon bon seigneur, vous m'avez engendr�e, �lev�e, aim�e.

''Je vous rends en retour les devoirs qu'il convient.

''Je vous ob�is, vous aime et entre tous vous honore.

''Qu'ont � faire mes s�urs d'un mari si elles disent n'aimer que vous seul ?

''Peut-�tre, quand je me marierai

''le seigneur dont la main recevra ma foi emportera

''la moiti� de mon amour, de mes soins et mes devoirs.

''Je ne me marierai jamais comme mes s�urs

pour donner tout mon amour � mon p�re.''

Bien.

J'ai pris ta main et �a t'a g�n�e au d�but,

et puis je t'ai vraiment agac�e,

mais tu as tenu bon.

Tu as dit tout ton texte comme il fallait.

Parce que tu �tais bloqu�e,

tu ne pensais ni � jouer ni � �tre une autre,

mais seulement � ne pas rire.

- Quel embarras tu m'as caus� ! - Oui, �a t'a d�rang�e.

Tu �tais embarrass�e.

Mais s'il y avait eu des spectateurs,

ils auraient compris le texte jusqu'au bout.

Et �a prouve que tu as pu...

acc�der aux mots,

m�me si on t'a distraite.

Tu as appris quelque chose, aujourd'hui.

Tu as appris � perdre le sens.

Joue une fille qui commande du th� � la serveuse.

Un th�, s'il vous plait.

Plus fort. La serveuse ne vient pas.

Elle ne veut pas venir.

Tu es au salon de th�.

Tu es press�e et tu cries apr�s la serveuse.

Puis-je avoir du th�, s'il vous plait ?

S'il vous plait, du th� !

C'est pas mal, mais...

toi, tu oserais crier dans un salon de th� ?

Si tu sais jouer la fille en col�re, c'est bien. Sinon...

tu nous dis que c'est g�nant de crier dans un lieu public.

Tu dis deux v�rit�s : celle des grandes gueules et celle de la g�ne.

Tu dis la v�rit� deux fois.

Il y a une troisi�me v�rit�

tr�s myst�rieuse

et c'est que tu n'es pas cette fille.

Tu n'es pas dans le salon de th�.

Tu es sur sc�ne

et il y a tous ces gens dans la salle.

Si tu arrives � dire une fois la v�rit�,

que tu es ici et qu'ils sont l�, tu seras une grande actrice.

On reprendra demain,

� la m�me heure, 9h et demie.

�a a �t� une bonne journ�e.

- Tu veux rester ? - Je reste.

Ferme en partant.

�a va ?

C'est bien ici.

Qu'est-ce qui t'am�ne ?

Tu passais par l� ?

Tu veux une tasse de th� ?

Je vais m'en faire une.

Je marchais dans la rue et mes pas m'ont conduite ici.

Bonne id�e.

Et alors ?

Je me demandais ce que tu penses de moi.

Bien...

Tu m'as beaucoup vue jouer...

alors...

dis-moi la v�rit�. Est-ce que je le fais bien ?

Ou tu penses que je devrais faire autre chose ?

Je ne pense rien de sp�cial.

Je pense que tu ne m'aimes pas beaucoup,

mais je peux le comprendre.

C'est pas vrai, je suis ta s�ur.

Si tu ne veux plus faire l'actrice, fais autre chose.

On peut demander � Mike !

Mais si tu veux faire l'actrice, ne te pose plus ces questions.

Jouer bien ou mal... qui sait ?

J'ai menti.

J'ai dit que je savais faire l'actrice, mais...

je ne sais pas.

C'est pas vrai.

Quand on entre en sc�ne,

les gens doivent se dire : ''Voil�, c'est �a la v�rit�.''

Mais comme je suis trop petite et trop vide,

ils ne voient rien.

Tu as parl� de �a � ton ami Nathan ?

J'ai peur de le d�cevoir.

Va le voir et parle-lui.

C'est pas une question d'�tre trop petite ou trop grosse ou trop b�te.

C'est ridicule.

Pourquoi tu ne m'as pas dit que �a sert plus � rien de travailler ?

Parce que tu le sais.

Qu'est-ce que je fais, maintenant ?

Rien. C'est termin�.

Tu es une actrice. C'est ce que tu voulais.

Je ne suis pas assez bien.

Il me manque quelque chose.

Le rem�de est entre tes mains.

Tu ne peux pas continuer � refuser le monde.

Comment peux-tu pr�tendre jouer des �motions

que tu n'as jamais v�cues ?

Je ne refuse rien.

Disons les choses autrement. Tu es vierge ?

Quoi ?

Tu as d�j� couch� avec un gar�on ?

Avec une fille alors ?

Prends un amant, tombe amoureuse, c'est la seule fa�on.

Tu crois pouvoir jouer ?

Tu n'as rien connu de pire qu'une piq�re au doigt.

Pour jouer un cadavre je devrais �tre morte ?

C'est idiot, �a n'a rien � voir.

Tu parles comme mon p�re qui me dit de sortir dans des clubs.

C'est pas ce que je dis.

Je dis que pour l'instant...

tu es morte.

Tu es froide et dure comme une pierre.

Un jour il va falloir que tu...

J'ai besoin du conseil de quelqu'un.

Esther jeta un regard pratique autour d'elle.

Il ne lui semblait rien faire d'insolite

ou de susceptible d'�chouer dans son dessein.

Elle passa en revue tous les hommes qu'elle connaissait.

Je peux te demander quelque chose ?

Todds...

Il est rigolo. Un peu vieux.

Il avait un th��tre, mais maintenant il est dans les affaires.

Tr�s galant mais pas tr�s chaud lapin.

- Et l'autre, l� ? - O� �a ?

Assis derri�re Todds.

C'est Dominique.

Tu es sortie avec lui ?

A c�t� de lui c'est un artiste Craig.

Je ne te le conseille pas.

Et Philip Haygard ?

Il me fait peur. Trop s�v�re.

A moi �a me va.

Alors je t'en prie.

Vas-y, fais-toi plaisir.

- Il a une femme ? - Pas de femme...

plein de femmes.

Loge 21, fauteuil 213.

On pourrait prendre un verre apr�s la pi�ce ?

Si vous voulez.

D'accord.

Je ne suis pas un vrai �crivain, j'�cris des articles et des trucs.

Je ne peux pas encore vous faire de compliments.

Vous n'avez pas assez jou� pour �a, et je n'ai pas assez �crit.

Vous vous pr�parez � une horrible soir�e ?

Non, tout va bien.

Bonsoir, Philip.

Tu es sorti de ta tani�re ?

Comme tu vois.

Vous vous connaissez ?

M�fiez-vous, il est malin. Plus encore que ses pi�ces.

Bonne soir�e.

A la prochaine !

D�sol�, je n'ai pas pu vous pr�senter,

je ne me souviens pas de son nom.

- Mon nom � moi, c'est... - Je vous en prie !

C'est assez angoissant.

Le pub va bient�t fermer.

Je vais sugg�rer qu'on aille boire un verre ailleurs.

Et on verra trois ou quatre pubs fermer les uns apr�s les autres.

Et quand ils seront tous ferm�s,

je vous proposerai de venir dormir chez moi.

On verra bien.

�a me rassure de savoir que vous pouvez partir entre chaque pub.

Comment vous m'avez trouv� ?

En parlant avec Christel.

Elle joue dans la pi�ce.

Vous savez....

C'est elle.

Ah oui, Christel !

Moi, vous savez m'imiter ?

Montrez-moi !

Allez, montrez-moi !

J'ai parl� avec elle... et me voil�.

Je d�testais la rue o� j'habitais, les gens l�-bas, ma famille.

Je r�vais d'une maison o� personne ne me verrait.

Que des murs, pas de fen�tre.

L� j'aurais �t� bonne ou m�chante, � mon gr�

et je serais venue � bout de Dieu.

�a signifie que votre �me �tait enferm�e.

C'est vrai ?

Ou qu'au contraire, votre �me est trop libre.

C'est tr�s facile d'attaquer quelqu'un.

�a me fait peur.

Quand je rentre chez moi par exemple.

Il lui fit la cour

beaucoup plus habilement que ses autres soupirants,

et bien qu'elle d�chiffr�t ses intentions

aussi clairement qu'il le souhaitait,

elle lui fut reconnaissante de la d�licatesse de ses avances.

Il ne pronon�a jamais le mot ''amour'', sauf pour en plaisanter.

Il lui cacha m�me � quel point sa pr�sence le troublait.

Il ne parla que d'amiti�

et de sujets d'ordre g�n�ral.

Et pourtant, on ne pouvait douter de ses intentions.

Toute son attitude �tait une attente patiente.

Il l'int�ressait. Franchement, il l'int�ressait.

Voil� donc l'homme qu'il lui fallait.

J'ai pris une chambre pour vous.

La mienne n'est pas tr�s grande.

Alors, si vous pr�f�rez...

Tu peux �teindre la lumi�re ?

Bien s�r.

Tu es tr�s jeune.

Je ne veux rien te devoir.

Je m'appartiens en propre.

Tu ne me dois rien.

- Tu ne seras plus jamais vierge. - On s'en fout !

Ce march�,

ce march� infiniment important avait �t� conclu

les yeux ouverts et en toute conscience,

dans un but, le but pour lequel elle vivait.

C'�tait bien ?

Je ne comprends pas pourquoi je ne l'ai pas fait avant.

C'est tr�s agr�able.

Je continuerai � le faire.

Tu coucheras avec d'autres hommes.

Mais si.

Tu es une actrice, tu coucheras avec d'autres hommes.

Je l'ai fait !

Elle se demandait ce qu'une femme

�tait cens�e �prouver en de pareilles circonstances

et pourquoi elle ne l'avait pas �prouv�.

Quelle diff�rence avec la sensation �prouv�e � sa premi�re entr�e en sc�ne !

Cela avait �t� une nouvelle vie,

ou le commencement m�me de la vie.

Tu n'en as pas marre de cette pi�ce ?

Tu dois la savoir par c�ur.

J'aime bien. Je te regarde. Je ne m'ennuie pas.

Tu as couch� avec lui ?

Comment c'�tait ?

Tu l'aimes ?

Je ne joue pas mieux qu'avant.

�a n'a rien chang�.

J'ai parl� � tes parents.

Je veux que tu sois ma femme.

Ils sont d'accord.

Je veux que tu me laisses t'�pouser.

- Je ne t'aime pas, Jo�l. - Je le sais.

�a ne me g�ne pas.

Tu es toute seule.

Tu as besoin de quelqu'un.

Regarde-toi !

Ce type ne s'occupera pas de toi.

Moi, oui.

Je ne serais pas une bonne �pouse pour toi. Demande � ta famille.

J'en ai rien � foutre de ma famille

et j'en ai rien � foutre de ton th��tre.

Je suis d�sol�e.

Tout glisse sur toi, tu n'�prouves rien.

Non, rien.

Je suis enferm�e.

Parfois, tu me sembles une marionnette, qui feint d'�tre triste ou heureux.

Mais d'autres fois, je vous envie tous.

C'est comme si vous �tiez dans le fleuve.

Moi, je suis assise � c�t�

et je vous regarde passer.

''Philip,

''j'aimerais te voir, te parler.

Je pense qu'on devrait se voir encore une fois.''

J'ai eu ton adresse au th��tre.

Je tombe mal ? Je peux revenir.

Non, �a va. Entre.

Je t'avais apport� des fleurs, mais je me suis senti b�te.

Je vais les chercher.

Elles sont dans le couloir.

Je voudrais �tre une bonne actrice.

Alors ?

�a m'a plu.

C'est pas possible.

Cette femme est une bonne actrice !

Tu veux dire...

sympathique, gentille ?

C'est justement ce qui est terrible.

Cette femme est affreusement gentille.

Mais quel triste pays que celui

o� on aime les ''gentilles actrices sympathiques'' !

Je t'en prie, ne deviens jamais une ''gentille actrice'' !

Tu devrais couper ta frange.

Tu crois ?

Si tu la portais plus courte et plus nette, comme �a,

les gens pourraient lire tes pens�es.

Tu as un grand front, il faut t'en servir.

Comme �a, on peut imaginer des id�es qui se bagarrent derri�re.

Vous la voulez vraiment aussi courte ?

Philip avait un sens du jeu

semblable � celui qu'aurait un bon acteur

s'il pouvait �tre lui-m�me

et en m�me temps, spectateur de lui-m�me.

Il savait non seulement quoi faire, mais exactement pourquoi le faire.

Loin de soup�onner qu'il avait �t� choisi � cette fin,

il se mit � enseigner son art � Esther.

Tu vois, l'homme se m�fie de toi.

C'est tr�s concret.

lmagine que Desd�mone veuille venir s'asseoir sur ses genoux.

Othello se dit avec soup�on : ''Elle a d�j� couch� avec Cassio.

''Et si elle veut venir sur mes genoux

c'est qu'elle est insatiable.''

- O� est-ce �crit ? - Quoi ?

Ce que tu viens de dire.

L�... partout.

Il regarde ton derri�re, tu viens t'asseoir et il se dit

''Cassio l'a tellement excit�e

qu'elle veut recommencer avec un autre.''

Quel app�tit terrifiant !

Et si tu ne viens pas sur mes genoux,

�a prouve que tu as couch� avec Cassio.

Tu es si gav�e de sexe que tu n'en veux plus.

Tu es repue et c'est aussi ignoble.

Mais Othello n'est pas fou, tu n'as peut-�tre pas encore couch� avec Cassio.

Mais il doute et c'est trop tard.

Parce que si tu viens t'asseoir sur mes genoux,

m�me si tu n'as pas encore couch� avec Cassio,

je vais me dire :

''Elle vient frotter son cul contre moi, elle en veut, la putain.

Elle en veut tellement que t�t ou tard Cassio l'aura.''

Et j'ai envie de te dire ''N'as-tu pas de pudeur ?''

Et si tu ne viens pas t'asseoir,

c'est que, sans tu le saches,

je te d�go�te.

Tu te crois pure parce que tu n'as pas trouv� celui qu'il te faut,

mais je sais que ta lubricit� va s'�veiller.

Ce que j'ai fait, c'est d�grader et souiller tout ce que tu d�sires.

Tout ce que tu d�sires est devenu pr�cis�ment le d�sir d'une putain.

Je t'ai achet� �a hier, avant d'aller au th��tre.

C'est tr�s gentil de ta part.

Ibsen.

Il y a une raison ?

Je sais que c'est bien pour toi.

Mais c'est en norv�gien !

J'avais pas bien regard�.

Tu veux que je le change ?

Non, je vais me mettre au norv�gien. C'est tr�s bien, merci.

Il faut faire �a quand un livre tombe. Sinon son esprit s'envole.

Cet apr�s-midi, on a vu cette fille...

vous savez, le mod�le ?

Et c'�tait stup�fiant.

Comment elle est ?

Elle a l'air plut�t... su�doise ou allemande.

Oui, une aristocrate allemande... Pas du tout le type italien.

Tu te rappelles ?

Laquelle est Esther Kahn ?

Bravo !

Bonsoir, Trish.

C'est elle.

Enchant�e, madame.

Suivez-moi.

Mon mari.

Mon banquier.

Sean, un de vos fervents admirateurs.

Asseyez-vous.

N'ayez pas peur.

Elle n'a pas peur.

Vous avez faim ?

Elle n'a pas faim.

Vous n'avez pas faim ?

Philip,

ici.

Alors, c'est vous la bonne actrice ?

Et vous n'avez jamais jou� pour nous ?

Vous �tes merveilleuse.

Sean est notre metteur en sc�ne.

Avez-vous d�j� jou� des premiers r�les ?

Deux fois, au Forester.

Dans quoi ?

De petites pi�ces.

Vous buvez quelque chose ?

Laisse-la tranquille, Dodo.

Un r�le principal n'a rien � voir avec un r�le secondaire.

Mais on dit

que c'est plus facile.

Donc, ce sera plus facile ?

L'int�r�t constant que Philip portait � son jeu,

la patience avec laquelle il l'aidait et travaillait avec elle

emp�ch�rent Esther de comprendre combien le sentiment qu'il avait pour elle

s'�tait r�duit � peu de choses.

Apportez les brochures.

Je suis un ami de Mlle Kahn.

Nous avons deux semaines

pour monter ''Hedda Gabler''.

C'est Philip Haygard qui a fait la traduction.

Philip n'est pas l�.

Pour commencer, je voudrais que tout le monde se pr�sente.

Esther, r�le de Hedda Gabler.

Je suis le mari de la dame... Tesman.

- Vous me connaissez tous. - Bien s�r.

Sarah, r�le de Julia Tesman.

Margaret, je suis Bertha.

Et je suis Mme Elvsted. Thea.

L�vborg.

Je m'appelle David et je sais pas prononcer le nom de mon personnage.

Eilert L�vborg.

Et... ?

Nathan Quellen... Brack.

Quelqu'un a besoin d'un texte ?

Quelqu'un le sait d�j� ?

Pas tout � fait.

''Madame, la dame qui a apport� des fleurs il y a un moment

''est revenue.

Les fleurs que Madame tient.''

''Elle est l� ? Faites-la entrer.''

Faites-la entrer...

''Bonjour ch�re Mme Elvsted.

C'est un plaisir de vous revoir.''

''Il y a longtemps que nous ne nous sommes vues.''

''Et nous deux aussi, hein ?''

''Merci pour vos ravissantes fleurs.''

''Je vous en prie.

Je serais venue hier, mais j'ai su que vous n'�tiez pas l�.''

''Vous venez d'arriver en ville ?''

''Je suis arriv�e hier vers midi.

''J'�tais vraiment d�sesp�r�e

d'apprendre que vous n'�tiez pas chez vous.''

''D�sesp�r�e ? Pourquoi donc ?''

''Mais ma ch�re Mme Rysing... je veux dire Mme Elvsted...''

Il ne faut pas que l'esprit s'envole.

Sale temps !

Ton ami est d�j� parti ?

Il est tr�s bien, Nathan.

Alman cherche un fiacre.

Comment se passent les r�p�titions ?

Vous �tes bien silencieux !

On est fatigu�s Alman.

Qu'est-ce qu'ils foutent ?

- Ne les laisse pas t'intimider. - Elle ne se laisse pas intimider.

C'est toi qui nous intimides.

Je b�ille d�j�. Ils ne sont pas trop ennuyeux ?

Non, �a va.

Et Trish est contente ?

Je ne sais pas.

Trish va bien. Merde, �a va prendre des heures !

Je vais aller voir.

N'y va pas, c'est tout boueux !

C'est ta voiture qui est coinc�e ?

Sylvia... Esther, une actrice merveilleuse.

- A plus tard. - Je vais y aller.

Ils ont presque d�gag�.

Tu ne montes pas ?

Je suis � c�t�, je vais marcher.

C'est idiot, on peut te d�poser.

Non, je pr�f�re comme �a.

Tu es s�re ?

Oui, allez-y.

Philip est l�.

C'est un peu difficile pour moi, parce qu'il est avec une amie...

Je vais marcher.

J'ai pris ta clef, au cas o� tu ne reviendrais pas seul.

Qu'est-ce que tu fais avec cette fille ?

Je vois qui je veux, quand �a me plait.

Tu ne la ''vois'' pas,

tu la baises.

C'est ma ma�tresse.

Pourquoi tu fais �a ?

Parce que j'en ai envie.

Parce que cette fille me plait, qu'elle me fouette les nerfs.

Tu aimes une fille qui danse dans la rue et qui te trompe ?

Je sais que je n'ai rien � craindre de cette femme.

Tu ne l'aimes pas parce qu'elle est comme toi,

parce qu'elle est apatride et inculte, comme toi,

parce qu'elle sait � peine lire et �crire, comme toi,

parce qu'elle est mod�le,

parce qu'elle a couch� avec moi par int�r�t, comme toi.

Une cr�ature insignifiante,

une paysanne de Campanie qui n'a pour elle

que sa beaut� et sa gr�ce.

Tais-toi !

Ne me compare pas � cette putain !

Pourquoi dis-tu �a ?

Elle est mod�le, pas putain.

Tout le th��tre se moque de toi.

Sean l'a vue

dans la rue. Elle embrassait un vieux type.

Quelle est ta d�finition d'une putain ?

Dis-moi.

Tu en parles avec assez d'assurance pour le savoir.

Qu'est-ce qui te prend ?

Une putain est une femme

qui �carte les jambes par int�r�t,

car elle ne sait rien faire d'autre.

Je ne comprends rien � ce que tu dis.

Explique-moi ce que toi, Esther Kahn, actrice,

tu fais avec moi Philip Haygard,

critique de th��tre.

Dis-le-moi.

Ne me fais pas de mal avant que je joue.

''Ne me fais pas de mal avant que je joue'' !

Je ne te fais pas de mal, tu es une machine.

Je suis avec toi parce que...

Tu m'aimes ? Tu parles !

Tu es Esther Kahn, la pute � Haygard,

qui va te quitter et te rendre au vide dont je t'ai tir�e.

Tu es jaloux.

Tu ne feras rien d'elle.

Elle ne te rendra jamais fier comme moi.

N'en sois pas si s�re.

Je suis plus fier de sa beaut�

que je l'ai �t� de ton intelligence et de ton talent.

J'ai aim� au-dessous de ma condition.

Je me suis abaiss�e � t'aimer.

Je suis souill�e.

O� tu vas ?

Ne pars pas sans me dire o� tu vas.

Si tu veux rester, tu sais quoi faire.

La r�ception est en bas.

Tu paies et tu rends la clef en partant.

Elle ne marche pas.

''Hedda...

qu'est-ce qu'il va advenir de tout �a ?''

''A dix heures il sera ici.

''Je le vois d�j�,

avec du pampre dans les cheveux, ardent et t�m�raire...''

''Pourvu que ce soit vrai !''

''Alors, vois-tu,

''il sera redevenu ma�tre de lui-m�me.

Et il sera un homme libre � jamais.''

''Mon Dieu...

s'il pouvait arriver tel que tu le vois.''

''Il arrivera tel que je le vois.

''Si tu pouvais comprendre comme je suis pauvre.

''Toi � qui le destin a donn� d'�tre si riche !

Je crois que je vais te br�ler les cheveux !''

''L�che-moi !

J'ai peur de toi Hedda !''

''Le th� est servi dans la salle � manger.''

''Bien,

nous venons.''

''Je pr�f�re rentrer chez moi toute seule,

tout de suite.''

''Ridicule.''

C'est tout pour aujourd'hui. On verra demain.

J'arrive pas � me concentrer, j'�tais absente.

Je t'assure, c'�tait formidable.

Non, j'ai des soucis.

Demain j'esp�re juste m'en sortir.

Que puis-je pour vous ?

Chambre 211.

M.Haygard n'est pas l�.

Je suis au courant.

La chambre est libre.

Bien.

Mlle Kahn est dehors.

On t'attendait.

Elle ne veut pas entrer.

Pourquoi ?

�a va ?

Je ne veux pas entrer.

J'ai peur de ne pas pouvoir jouer.

Tu as le trac, c'est normal.

Vous vous �tes disput�s ?

Je ne suis plus avec Philip.

J'ai honte.

Il t'a bien amoch�e !

Personne ne me tape dessus.

Il y a que moi qui me tape dessus.

Je te crois !

J'ai peur de m'�tre ab�m� la m�choire.

J'ai du mal � parler.

On va te mettre une pommade... ou quelque chose.

- Je veux parler � personne. - Tu ne seras pas oblig�e.

Va leur dire.

Elle n'a rien. Juste quelques marques sur le visage.

Voil� de la glace.

Je pose la robe l�-bas.

Il faut que je parle � Nathan.

Nathan...

c'est Esther.

Je suis pr�t.

Ne me laisse pas.

Je resterai coll� � toi.

''Vous �tiez une classe au-dessus de moi. J'avais peur de vous !''

- ''Peur de moi ?'' - ''Affreusement.

Quand nous nous croisions dans l'escalier...''

Je ne peux pas jouer.

Je suis malade.

Vous n'avez qu'� jeter sa pute dehors,

sinon, j'entre pas en sc�ne.

Je ne peux pas virer un spectateur.

C'est d�rangeant.

Compris ?

Tu ne te d�barrasseras pas de lui comme �a.

Philip a une grande gueule.

Si tu lui parles, �a sera pire.

Ils ont d�j� leurs billets.

Les ouvreuses m'ont dit qu'ils �taient d�j� plac�s.

Je ne veux pas jouer si elle est l� !

Pourquoi ne m'en as-tu pas parl� avant ?

On se serait arrang�s.

C'est trop tard, maintenant.

On aurait pu vendre leurs places.

Je suis malade.

C'est pas ma faute.

Quelqu'un ne pourrait pas aller leur parler discr�tement ?

Lui dire que c'est difficile pour moi,

c'est vrai que c'est difficile

et que �a ira mieux si elle s'en va.

C'est possible �a ?

Je peux pas lui demander moi-m�me...

Toi tu restes ici.

Reste ici !

C'est une blague malsaine qu'il te fait.

Ignore-le.

C'est pas possible.

J'essaie mais je ne peux pas.

Fin de la discussion.

Fais pas d'histoires.

Je ne crois pas que Philip sera dans la salle. On lui a parl�.

Tiens bon.

Ne fais pas attention.

J'ai tout oubli�.

J'arrive m�me pas � lire.

Bois un peu d'eau.

�a va aller.

Je suis malade, je ne peux pas jouer.

Excuse-moi.

C'est ma faute. Je suis stupide.

C'est pas grave.

D�tends-toi.

Je vais chercher de l'eau. Ou tu pr�f�res du th� ?

On a dix minutes.

Je reviens.

Va chercher l'infirmier ! Vite !

Merde, Esther...

Qu'est-ce que tu as fait ?

Je vais d�sinfecter, �a va piquer.

Mais je ne peux pas caut�riser.

�a va saigner, mais tr�s peu.

Les plaies sont petites. �a ira bien dans vingt minutes.

Elle doit entrer en sc�ne maintenant.

�a va juste saigner un peu.

- �a te fait mal ? - Non.

J'ai peur qu'elle en ait aval�.

Quelle classe !

Tu as m�ch� �a ?

Tu es brave !

Je suis impressionn�.

Si tu voyais Sean !

Il chie dans son froc.

Si j'en mangeais un peu aussi ?

Comme �a il m'adorera.

Reste un peu seul. Tu as besoin de te concentrer.

Tu laisses l'infirmier avec elle ?

Tu es ici pour jouer, ne pense qu'� �a. Kathryn et moi on se d�brouillera.

Concentre-toi : acte I, acte II, acte III...

En sc�ne, chacun tout seul. On ne joue pas avec, on joue contre.

Vous �tes all� parler � la fille ?

Je crois.

Tu veux bien v�rifier ?

Je crois que Kathryn l'a vue, ou le portier.

Ils sont en train de s'en occuper.

Tu viendras me le dire ?

Je serai en bas.

Deux minutes !

De toute fa�on on va s'en assurer.

Ou je monte ou je te le dirai en bas.

Alors, tu monteras me le dire ?

Tu veux mettre ta robe ?

C'est parfait.

Il faut y aller.

Sean veut que tu ailles chercher Esther.

- Elle est dans la salle ? - Je ne sais pas.

Mlle Kahn !

Elle est sur sc�ne.

Rideau !

''Ma parole, ils ne sont pas encore lev�s !''

''Je vous l'avais dit.

Je veux pas que cette putain me touche !

Un jour, tu seras dans le caniveau et je pi�tinerai ton cadavre. Je te hais !

Je ne peux pas jouer. Il faut les pr�venir.

Je vous rembourserai.

Tu n'as pas assez d'argent.

Pas en une fois, en plusieurs versements.

Je ne suis m�me pas jalouse.

Mais je ne peux pas jouer ce soir !

Demain...

Tu joueras devant cette fille ce soir.

Et demain, on �corchera vif ce petit con de Haygard.

Je vais tout g�cher. Je ne sais plus...

''Surtout maintenant que j'ai une maison o� travailler.''

Je ne peux pas !

J'ai mal !

Je t'attends ici.

Tu n'as que deux r�pliques et tu sors de sc�ne.

Essaie ! Si c'est trop difficile, on s'arr�te.

''Je crois que la voil�.''

�a me br�le partout. Je ne veux pas y retourner.

''Hedda, est-ce que c'est pas �mouvant ?''

Faites rapide.

Cinq minutes de r�pit et on baisse le rideau.

- �a suffira ? - Je peux le faire.

- Comment �a se passe ? - Tout va bien.

''Pour l'amour de moi Hedda !''

Il faut qu'elle reste en sc�ne.

Si Esther sort de sc�ne elle est capable de ne pas revenir.

Je la surveille.

Elle ne sort pas de sc�ne, compris ?

Tu la changes en sc�ne, tu la maquilles en sc�ne.

L'infirmier a un truc pour sa bouche.

L�ve-toi une minute.

Donne-moi tes bras.

Tu veux un petit verre ?

Un remontant ?

J'ai oubli� des r�pliques ?

Tu es tr�s bien.

J'avais peur d'en oublier et de te d�caler.

Tu as �t� parfaite.

Parfaitement en place.

J'ai parl� au souffleur, il dit que tout se passe bien.

Tu as une sc�ne. Une sc�ne, qu'est-ce que c'est ?

Je peux prendre la chaise ?

Elle n'avait jamais �t� plus contenue, plus libre d'effort.

C'est � peine si elle semblait jouer.

On e�t dit qu'il s'�tait �tabli un courant magn�tique

entre elle et ceux qui la regardaient.

Ils retinrent leur souffle

comme s'ils assistaient � une trag�die r�elle,

comme si, � tout moment,

ce jeu pouvait faire place

� quelque passion horrible, nue, de la nature.

Je dois aller aux toilettes.

Ram�ne-la en sc�ne.

''C'est sur l'avenir.

On m'a dit chez le libraire que tu vas en faire une s�rie, cet automne.''

Nathan...

c'est affreux pour moi.

C'est pas si terrible !

Non...

mais c'est humiliant pour moi.

Je suis une femme, quand m�me.

''Je le savais bien !

''Hedda !

Eilert L�vborg ne se dressera pas sur notre route !''

''Notre route ? Laisse-moi en dehors de �a.''

''Et vous Conseiller Brack, qu'est-ce que vous en dites ?''

''Je dis qu'une victoire morale peut �tre une belle chose...''

Je vais me changer.

Je te laisse un moment.

Il y a un mot de Haygard.

Je te le garde ou je te le donne maintenant ?

Vivement qu'on ait fini la pi�ce.

C'est vrai.

Je dois aller pisser.

Je vais avec toi.

Tu me rends mille fois ce que je t'ai donn�.

Tu fais de toi une grande actrice. Permets-moi de te voir.

Pardonne-moi, c'est Sean qui m'a demand�...

Je ne sens plus rien.

Je voulais savoir quelle impression �a fait quand la vie entre en vous.

Parce que je ne sentais rien et je ne connaissais rien.

Maintenant, tout m'arrive tr�s fort.

�a br�le chaque nerf. C'est comme une boucherie.

Tout rentre � l'int�rieur de moi.

Je suis toute arrach�e.

Je sens que je meurs � toute vitesse et �a ne s'arr�te pas.

Comment vous faites

si vous sentez la vie tout le temps ?

Je ne vous crois pas.

Je sais que vous faites semblant,

parce que �a fait si mal que vous hurleriez.

Je pr�f�rais avant.

Vivement que �a s'arr�te !

Tu crois que �a va s'arr�ter ?

C'est mieux quand on est enferm�, hein ?

Il ne faut jamais rien conna�tre.

C'est pas bon de savoir.

�a n'est que de la merde.

Tu m'avais menti.

''Ecoutez Mme Elvsted,

''vous devriez vous installer chez tante Julie.

Je viendrai le soir et nous travaillerons l�-bas.''

''J'entends ce que tu dis Tesman !

Et � quoi passerai-je mes soir�es ici ?''

''Le Conseiller Brack aura s�rement la gentillesse

de passer te voir, malgr� mon absence.''

''Tous les soirs, avec plaisir Mme Tesman.

Nous nous entendrons fort bien.''

''C'est bien ce que vous esp�rez, Conseiller !

Etre le seul coq du poulailler !''

''Elle joue encore avec ces pistolets !

''Elle s'est tu�e !

''Une balle dans la tempe !

Pensez un peu.''

''Mis�ricorde.

On ne fait pas des choses pareilles !''

La r�flexion revenant

au travers d'un amas confus de souffrance et d'�moi,

� sa nature d�termin�e et automatique

qu'un grand choc venait en quelque sorte de lib�rer,

elle r�alisa que ce qu'elle avait voulu toute sa vie

s'�tait enfin produit.

On lui avait donn� la note et elle lui avait r�pondu,

comme elle r�pondait � toute suggestion... infailliblement.

Elle savait qu'elle pourrait r�p�ter la note quand elle le voudrait,

puisqu'elle l'avait trouv�e.

Il n'y aurait pas de variations.

L'actrice �tait faite, enfin.

Elle pouvait reprendre son amant ou ne jamais le revoir,

�a ne changerait rien.

''�a ne changerait rien'' se r�p�tait-elle encore et encore

en versant des larmes irr�pressibles.

Moi je calcule tout parce que je suis en faillite !

Toi tu ne comptes pas, tu es si prosp�re !

Tu te trompes de personne. Tu ne me parles pas � moi !

Je te survivrai, tu comprends ? Je vais m'en sortir !

Malgr� toi, mais je vais m'en sortir...

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