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LA SOMME, FRANCE PREMI�RE GUERRE MONDIALE
Monsieur ? O� allez-vous ?
Trouver un ami au front.
Si j'y reste, vous savez o� envoyer mes affaires.
Attendez...
Monsieur, attendez !
Monsieur Tolkien !
Vous devez vous reposer.
Non, je vais bien.
Retournez m'attendre � la caserne.
Il faut vous allonger.
La fi�vre risque d'empirer. Je doute...
Restez ici, Hodges. C'est un ordre.
Couvrez votre visage ! Restez � terre !
L'eau �tait froide.
Restez au chaud, monsieur.
La route est longue jusqu'au front.
La nuit ne sera pas douce pour nous.
SAREHOLE MILL, ANGLETERRE
- Battez-vous ! - Ils sont trop nombreux !
Il nous faut des renforts !
Prends l'�tendard !
J'ai l'�tendard !
Arr�tez-les ! Il s'enfuit !
O� est Tolkien ?
- O� est-il ? - Tolkien !
J'ai pri� pour qu'un mulet robuste porte les bo�tes,
et me voil� exauc�.
O� allons-nous ?
� Birmingham. Fais tes bo�tes.
- Quoi ? Pourquoi ? - Parce que je le dis.
Le p�re Francis nous a trouv� un logement.
Il a �t� tr�s g�n�reux.
Emballe tes affaires.
Je ne veux pas partir.
�coutez-moi.
Nous...
Approche, Hilary.
Nous allons vivre des moments difficiles,
et nous avons de la chance que l'�glise nous aide.
La mort de votre p�re...
Ronald.
Ronald !
"Ubi bene ibi patria." Tu t'en souviens, mon chou ?
L� o� tu te sens bien se trouve ton foyer.
Nous trouverons un endroit � nous, promis.
Garde tout ceci dans ton c�ur.
Range-le bien et tu l'y trouveras � jamais.
�coutez-moi, les gar�ons.
Savez-vous ce qu'est une situation imp�cunieuse ?
Ce qu'on vit ?
Quand j'�tais petite, tous les romans commen�aient ainsi.
Une famille de braves et bonnes gens
se trouvait soudain dans une situation imp�cunieuse.
Comment s'en sortait-elle ?
En trouvant un tr�sor fabuleux.
Ou un bon parti.
Je ne me marierai pas.
Il faudra que ce soit le tr�sor, alors.
Les gens ne trouvent pas de tr�sors dans la vraie vie.
On ne peut rien te cacher.
Disons simplement qu'il y a les tr�sors
et les tr�sors.
Tenons-nous-en � �a.
Allons-y, Ronald.
La terre tremblait sous le poids du dragon
qui rampait vers l'eau.
Un nuage de venin le pr�c�dait
alors qu'il ren�clait et rugissait !
Mais Sigurd attendit que le dragon ait atteint le puits
et enfon�a son �p�e sous son �paule gauche,
droit dans son c�ur.
Le dragon agita la queue, brisant les pierres
et abattant les arbres autour de lui.
Juste avant de mourir, il dit :
"Qui que tu sois, assassin,
"cet or te m�nera � ta ruine, ainsi que tous ceux qui le poss�deront."
Sigurd r�pondit :
"Je n'y toucherai pas
"m�me s'il devait me rendre immortel.
"Tous les hommes meurent,
"et aucun ne laisse la peur de la mort l'�loigner de son d�sir."
C'est ridicule, ce que tu dis.
Ah bon ? Je suis encore plus dr�le en latin.
Sais-tu ce que �a signifie ? Verrue insignifiante.
Non.
� pr�sent, tu parles comme un paon ivre.
Bonjour, m�re. As-tu mes timbres ?
Bonjour, m�re.
O� les as-tu mis ?
Monsieur ?
Je vais devoir continuer.
Du gaz ! Du gaz, monsieur.
Je suis curieuse de les voir.
J'avais raison, les gar�ons.
C'est une b�te �norme aux pieds couverts d'�cailles,
avec les plus grosses d�fenses que j'aie jamais vues.
Elle mastique ce que je pr�sume �tre
le f�mur d'un petit gar�on.
Il y a aussi du g�teau, par contre.
King Edward's ? C'est une tr�s bonne �cole.
Ils sont brillants, Mme Faulkner.
Tr�s travaillants.
Instruits par leur m�re au retour d'Afrique.
Ils parlent plusieurs langues.
Oui, mais socialement.
Vous c�toierez la cr�me des familles de Birmingham.
Ce sera tr�s diff�rent de l'Afrique.
Ils ont pass� plus de temps
en Angleterre qu'� Bloemfontein.
N'est-ce pas ?
On sort rarement avec nos lances.
Vous avez du mal � les placer ?
Ils ont eu un ou deux foyers temporaires.
Ils ont besoin de l'influence civilisatrice
d'un milieu stable et raffin�.
Comme le v�tre.
Si j'ai un d�faut,
c'est d'�tre trop g�n�reuse avec mes jeunes pensionnaires.
Je m'attache trop.
Je vois Edith, une autre orpheline, comme ma propre fille.
Debout, le nouveau.
Tol-Kine.
C'est Keen, monsieur.
- Pardon ? - On prononce Tolkeen.
Pas Tol-Kine. Excusez-moi.
Asseyez-vous.
Puisqu'on se soucie tant de la prononciation ce matin,
veuillez tous sortir votre Chaucer.
M. Tol-Keen fera de son mieux pour suivre.
Mackintosh, � vous.
Bon sang. Goodson-Thomas.
Wiseman.
M. Tol-Keen.
Passe � Tolkien. Loin !
Imb�cile !
Ne parle pas. Ne dis pas un mot.
Et s'il m'interroge ?
Il ne le fera pas.
Il ne s'int�resse pas � toi.
Entrez.
Croyez-vous que je n'ai rien d'autre � faire
qu'arbitrer vos disputes ?
Non, monsieur. Absolument pas.
L'harmonie entre coll�giens favorise l'apprentissage.
N'est-ce pas ce qu'on dit ?
Monsieur le directeur, Gilson et moi jouions au rugby.
Un peu rudement, je l'avoue, mais...
Les hommes doivent �tre camarades peu importe leurs origines.
Du plus noble
au plus humble.
- Toi et le jeune... - Tolkien.
... le d�montrerez au reste de l'�cole.
Vous ferez tout ensemble jusqu'� la fin du trimestre.
- Mais monsieur... - Tout.
Oui, monsieur.
- Nous voil� des vassaux. - Tu exag�res.
C'est un devoir impossible con�u pour m'humilier.
- Et moi, alors ? - Tu ne comptes pas.
- Pourquoi dis-tu �a ? - C'est vrai.
Je ne suis pas riche, mais...
Ce n'est pas �a. Le directeur se fiche de toi.
- Et pas de toi ? - Non.
Parce que tu es sp�cial.
Je suis son fils.
Continue, Edith.
- Christopher. - Gilson.
Christopher, ne bouge pas.
- Gilson, sois s�rieux. - Assieds-toi.
- Arr�te ! - Assieds-toi.
On est � la biblioth�que.
Quoi ?
On va prendre le th�.
- Et alors ? - Alors...
Comme on fait tout ensemble...
Je vais rester ici.
Comme tu veux.
Il ne voulait pas venir.
Robert veut dire
qu'avec un peu d'encouragement de la part de ses amis,
il admet que la punition est sa faute
et non la tienne.
Il t'invite � prendre le th� pour s'excuser.
Tu devrais �tre flatt�.
C'est ton intelligence qui l'irrite.
Tu serais pareil si tu avais un p�re comme Gilson.
Si un camarade de classe a de meilleures notes...
Ce n'est pas une excuse, mais...
Viens donc.
C'est plus amusant que les vieux livres.
J'aime les livres.
Nous aussi.
Geoffrey Bache Smith.
John Ronald Reuel Tolkien.
- Messieurs. Une id�e. - Tolkien.
Imaginez entrer chez Barrow's Stores
et me trouver l� avec un b�ton...
O� veux-tu en venir ?
Je dirais : "Inutile de manger du g�teau.
"Je l'ai fait � m'en rendre malade."
C'est �a, l'autorit� parentale.
"Je l'ai fait. C'�tait mal.
"Donc, je te l'interdis."
- Le g�teau symbolisant... - Tout.
- Ce qui est bon. - Oui.
Tolkien, nous voici chez Barrow's.
Notre royaume, et le meilleur th� en ville.
- Encore du th� ? - Merci.
Qu'avez-vous � moins d'un shilling ?
� part des r�ties.
- Une brioche, quatre pence. - Bien.
- Et trois fourchettes. - Quatre.
- Et le b�ton, alors ? - Le b�ton ?
Mon p�re est l'exemple parfait.
Il adore la musique.
Il a pass� sa jeunesse
� l'�tudier et � en composer.
Christopher a publi� plusieurs morceaux.
Pas plusieurs. Un.
Passe le sucre.
Mais une carri�re de compositeur,
c'est non. "La musique est un r�ve.
"Fais ce que je dis et oublie �a."
Quel lien avec le b�ton ?
C'�tait une m�taphore. Laisse tomber.
Ma m�re est pareille.
Elle adore la po�sie.
Mais elle refuse de voir cela comme une carri�re.
Elle veut que je devienne avocat ou comptable.
A-t-elle un b�ton ?
Je vais en chercher un si �a continue.
Merci.
Au moins, vous en discutez.
Si je parlais d'�tre peintre, je serais d�sh�rit�.
- Non. D�capit�. - Voil� le b�ton.
Je n'ai pas mang� de g�teau.
Pourquoi pas ?
Par peur de manquer d'argent.
Mais voil� une petite douceur.
Et toi ?
Quoi, moi ?
Tu veux s�rement quelque chose.
Partir d'ici. �tre libre.
Aller l� o� je ne serais pas une pauvre orpheline
et o� tout le monde serait v�tu comme un roi ou une reine.
Je n'y jouerais pas de piano.
Je ne porterais pas le sac de Mme Faulkner.
Je serais salu�e et appr�ci�e.
Accueillie.
Accueillie.
Retournez � la caserne, Hodges.
Le lieutenant Geoffrey Smith est un ami.
Sa m�re...
Sa m�re m'a �crit. Elle...
Elle est sans nouvelles depuis des semaines.
Il ne r�pond pas � mes lettres.
Je crains qu'il soit...
Je dois savoir qu'il va bien.
�a n'a rien � voir avec vous.
C'est s�rement un tr�s bon ami.
Le meilleur.
Il ferait pareil pour moi.
Si on est � mi-chemin,
mieux vaut continuer que faire demi-tour, non ?
Hodges, s'il vous pla�t.
Honn�tement, � voir votre mine,
je crains que seul,
vous ne trouviez pas ce lieutenant Geoffrey Smith.
Je vais vous chercher des m�dicaments.
Geoffrey, essaies-tu de pi�ger mon fou, chenapan ?
Messieurs. Une id�e.
Voyez-vous le probl�me avec les l�gendes de Tolkien ?
- �claire-moi. - �a manque de femmes.
Je ne parle pas de demoiselles en d�tresse dans des tours.
Des femmes plantureuses, passionn�es.
- Assieds-toi. - Celles du sud de l'Europe.
Portant des urnes de vin sur la t�te.
Robbie, reste assis tranquille.
Comme notre serveuse, l�-bas.
Pour l'amour.
Robbie, si je perds parce que tu jacasses...
Tu perdras � cause de moi.
Que lis-tu ?
�a traite du royaume des morts.
- Enfin, j'essaie de lire. - Tu vois ?
Une g�ante y r�gne, justement.
Hel, une �norme d�esse sans piti�.
Assez passionn�e pour toi ?
C'est notre serveuse.
Hel ?
Elle r�gne sur Helheimr, le royaume des morts.
Les guerriers y sont envoy�s
s'ils meurent de la mauvaise fa�on.
- C'est-�-dire ? - En paix.
De maladie, de vieillesse. Ailleurs qu'au combat.
Voil� une id�e qui me pla�t.
Mourir au combat te pla�t ?
Pas litt�ralement.
Les Parques d�cideront de ma mort,
�a ne d�pend pas de moi.
Mais je peux d�cider comment je vivrai.
Avec courage ou timidit�.
Helheimr ! Un avertissement. Un d�fi.
Apprends d'abord � le prononcer.
Lance-moi un d�fi. Envoie-moi en qu�te.
- J'�viterai Helheimr. - Je te mets au d�fi
- de garder le silence 25 minutes. - Tais-toi, Geoffrey.
S�rieusement.
Demande la serveuse en mariage.
- Christopher. - Quoi ?
Excellente id�e.
Robbie, ne fais pas �a.
C'est une qu�te contre Helheimr.
Helheimr !
Madame. Dame du lac, porteuse de mes r�ves.
Me feriez-vous le grand honneur
de partager un avenir infini avec moi...
On devrait former un club.
- Quoi ? - Une fraternit�.
On forme d�j� un club de th�, non ?
Un club de th�,
c'est bon pour ma belle-m�re.
Le Club du th�.
�a sonne toujours aussi mal.
Les Gars de Birmingham.
On dirait une troupe de cirque.
Les Gar�ons de Barrow's Stores.
Les Barroviens.
Le Club de th� et cercle barrovien.
Beaucoup trop long.
Le C.T.C.B.
Le C.T.C.B.
On dirait une maladie, non ?
Je me fiche du nom.
Tant qu'on se jure loyaut�.
Pr�cis�ment.
Le C.T.C.B. � pr�sent, on fait quoi ?
On change le monde.
Rien de moins.
Par l'art, imb�cile. Par le pouvoir de l'art.
Mes fr�res, vous joindrez-vous � vos camarades
pour changer le monde ?
- Oui. - Oui.
Helheimr !
- Helheimr ! - Helheimr !
Helheimr !
"Notre destin n'est pas
"de suivre les loups,
"de se battre
"comme les petits affam�s..."
"... vinrent les Nornes,
"fa�onner le destin du jeune roi.
"Il serait le guerrier le plus c�l�bre,
"le plus craint parmi les princes.
"Elles tissaient son destin,
"�branlant les bastions de Br�lund..."
Par ici, je vous prie.
Je n'ai pas de chapeau.
- Quoi ? - Je n'ai pas de chapeau.
Ce n'est pas grave.
Ils ont tous l'air ridicules.
Qu'est-ce que �a signifie ?
C'est des folies.
Un vieillard regarde une grenouille malchanceuse
qui saute maladroitement et se fait manger par un chien.
- Tu as invent� �a ? - Oui.
Tu as invent� une langue ?
Les conjugaisons, le vocabulaire, tout.
Ma prochaine langue sera musicale.
- "Bel ab�me." - Pardon ?
C'est m�lodieux.
"Bel ab�me." �a a une certaine sonorit�.
�a explose en bouche.
"Bel ab�me."
Si on le r�p�te assez, �a devient magique.
Bel ab�me.
Bel ab�me.
- C'est ridicule. - Oui, dit comme �a.
La beaut� d'un mot ne d�pend pas que du son.
Bel ab�me.
C'est le mariage entre son et sens.
Un ab�me qui est beau,
un endroit qui �voque la magie et le myst�re.
Viens-tu de rejeter la base de ma langue ?
Ta langue ne vaut rien
si tu oublies ce fait important.
- Vraiment ? - Oui.
�coute.
Main.
- C'est un beau mot... - Ce l'est, oui.
Mais c'est bien plus
� cause de ce qu'on y associe.
Le toucher.
La beaut� d'un mot ne d�pend pas du son,
mais du sens.
- Raconte-moi une histoire. - Quoi ?
L'histoire du Bel ab�me.
- Je ne peux pas. - Pourquoi ?
Quand on me dit de jouer...
C'est tr�s diff�rent.
Raconte-moi une histoire.
Dans la langue de ton choix.
- Ne sois pas ridicule. - La l�gende de Bel ab�me.
Je ne me donnerai pas en spectacle.
Tout commence avec une princesse fi�re et t�tue.
- Tu peux le dire. - Elle exige qu'on l'amuse.
La princesse Belab�me en a assez.
Assez des g�teaux, des muffins
- et de la porcelaine... - Non.
Elle veut changer de vie.
- Ce n'est pas un nom. - Quoi ?
C'est autre chose.
Belab�me ne peut pas �tre le nom d'une princesse.
Belab�me...
C'est un endroit.
Un endroit ancien.
On ne peut s'y rendre qu'apr�s une ascension p�rilleuse.
Il s'�tend... non...
Non ?
Pas une ascension...
Ab�me...
Une route... Un sentier.
Dans une for�t dense et sombre.
Ah bon ?
Au c�ur du sanctuaire de Belab�me
se trouve une vision extraordinaire.
Une princesse fi�re et t�tue ?
Un endroit v�n�r� de tous ceux qui le connaissent.
Un endroit sacr�, marqu� au centre par...
Par ?
Des arbres.
Des arbres ?
Un d'un noir pur comme l'�b�ne, l'autre blanc comme un os.
Leur s�ve contient un poison mortel.
Ils poussent c�te � c�te depuis des mill�naires.
Pench�s l'un contre l'autre comme s'ils se battaient ou...
Les racines...
Les branches des deux arbres s'�tirent, s'enroulent,
s'enchev�trent
et se fondent en un seul tronc noueux.
Leur s�ve empoisonn�e, m�l�e,
devient une potion de vie.
L'eau de Belab�me.
Que fait-elle ?
- Ce qu'elle fait ? - Oui. Que fait-elle ?
- Si on la boit... - Oui ?
Go�ter l'eau de Belab�me
procure un don de clairvoyance.
On voit au-del� des choses.
Au plus profond du c�ur des �tres humains.
C'est une magie puissante, grisante.
Personne n'a jamais connu pareille chose.
Pourquoi as-tu fait �a ?
J'�tais poss�d�e par l'esprit de Belab�me.
� ton tour.
Non.
Quel est le pire qui arrivera ?
Ne devrais-tu pas �tudier ?
Oui. Merci.
- �a me semble palpitant. - Oui.
Tout ce qu'on raconte n'est pas
forc�ment fascinant.
- Tu te d�brouilleras. - Oui.
J'esp�re �tre habill�e correctement.
Encore du th� ?
De quoi parlez-vous normalement ?
De toutes sortes de choses int�ressantes.
- Tr�s int�ressantes. - Fascinantes et...
Quand on n'essaie pas de changer le monde.
Quand on ne fait pas �a,
ce qui nous int�resse, Mlle Bratt, c'est...
Appelez-moi Edith.
C'est l'admission � l'universit�.
�tes-vous tous candidats � Oxford ?
Tolkien et moi, oui.
Les autres pr�f�rent Cambridge.
- Les tra�tres. - �tes-vous nerveux ?
Pas Robbie.
Je ne crois pas aux examens. J'�cris ce que je pense.
La note d�pend d'eux.
C'est r�volutionnaire.
Merci.
J'aimerais bien vous entendre jouer du piano, Mlle...
Edith.
Elle est tr�s dou�e.
Vous composez, n'est-ce pas, Christopher ?
Oui.
- Il a m�me �t� publi�. - Doux J�sus.
Quels compositeurs admirez-vous ?
- Les romantiques. - Moi aussi.
Beethoven. Brahms. Wagner.
J'appr�cie Wagner. Je ne sais pas si je l'aime.
Vous l'appr�ciez ?
Oui. Comme agent d'�motion.
Ses op�ras sont...
J'adore Rheingold.
- Christopher les trouve trop longs. - Non.
Personne ne te bl�me.
Six heures pour une histoire d'anneau magique ?
Tu n'y connais rien.
Certains trouvent les op�ras longs et p�nibles,
mais ma musique, peu importe la longueur,
doit surtout avoir du c�ur. �tre envo�tante...
- Il faut partir. - D�j� ?
Mme Faulkner va s'inqui�ter.
Tollers, il reste du th�.
Je dois �tudier pour les examens.
Navr�. Au revoir.
Ravie de vous avoir connus.
- Au revoir. - Au revoir, Edith.
Je vais chercher nos manteaux.
As-tu honte de moi ?
Quoi ?
C'est la seule explication.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Tu sais comment je passe mes journ�es.
Tu m'as vue. Je suis une compagne.
Une prisonni�re.
Pas de soci�t�s litt�raires secr�tes pour moi.
Pas d'�chappatoires.
Je joue du piano pour Mme Faulkner.
D'horribles chansons sentimentales au piano.
Le soir, je m'assois avec elle pour lire ou pour coudre.
Je l'�coute.
Wagner me passionne.
Je veux en parler. En discuter. En d�battre.
Mais tu...
Cachez-vous !
Courez, monsieur !
Nous sommes en s�ret�.
�a va.
Restons ici, monsieur.
Restons ici.
N'as-tu rien de plus r�jouissant ?
"Formes dans la brume
"Il y a longtemps que je vous ai vues
"Visages et mains p�les, regard paisible
"Couronne de fleurs fa�onn�e par des disparus
"Souvenirs immortels
"L'un de vous est grand et agile
"Bon en amour et � la guerre
"Seule la tache d'une dispute fatale
"Seule la tache et les ann�es pass�es"
- C'est nul. - C'est superbe.
- Ne sois pas idiot. - Il n'est pas fini.
C'est merveilleux.
C'est grec, en un sens. L'amour des camarades.
C'est touchant. Tu devrais �tre fier.
Qui est le suivant ? Tollers ?
Je n'ai rien de nouveau.
Vraiment ?
Puisque Tolkien trahit ses fr�res en venant les mains vides,
je vais vous montrer quelque chose d'ind�cent.
�a n'annonce rien de bon.
Dieu du ciel.
Une copie, malheureusement.
Il me faut un mod�le en chair et en os.
�a n'arrivera pas.
J'imagine qu'il n'est pas de toi.
Les ambitions aristocrates de mon p�re ?
Inutile de dire qu'il n'a ni fusil,
ni manoir, ni meute d'�pagneuls.
Tu n'as rien �crit du tout ?
Mlle Bratt ne t'inspire pas ?
Ne sois pas ridicule, Wiseman. C'est ma copensionnaire.
Son c�ur est donc libre ? Bon � savoir.
Tu n'as rien �crit ?
Je ne trouve pas mon rythme. Je suis d�concentr�.
Sais-tu de quoi c'est un sympt�me ?
De constipation ?
D'amour, r�ciproque ou non.
Oui. Merci.
�clairante perspective sur la condition humaine, Chris.
Dommage que �a n'influence pas ta musique.
Je m'�tonne que tu t'attendes
� ce qu'on te croie.
Que veux-tu dire par l� ?
Tu �loignes Mlle Bratt de nous.
Que peux-tu cacher d'autre ?
Christopher.
Une femme, trois enfants et un domaine en Argentine.
J'aimerais avoir la vie secr�te de Tolkien.
Peut-on s'en tenir au jeu ?
Je le croyais parti.
Il l'�tait.
Il...
Geoffrey, donne-moi vite �a. Merci.
O� mettre �a ?
Vite.
- Monsieur. - Directeur.
Que se passe-t-il ?
Vous m'aviez permis d'inviter des amis
en votre absence.
Ta tante va mieux.
Je suis rentr�.
J'ai du travail. Qu'ils partent.
Je les ai invit�s � dormir ici.
Les circonstances ont chang�.
Ils doivent rentrer chez eux.
Helheimr.
Ne sois pas ridicule.
Helheimr.
Helheimr.
Y aura-t-il un meilleur moment que maintenant ?
Monsieur ?
Je pr�f�re ne pas retirer mon offre d'hospitalit�.
Je trouve cela indigne d'un gentleman.
Tu trouves...
Pardon, quoi ?
Indigne d'un gentleman.
Ce serait impoli, p�re. Les gar�ons sont venus �tudier.
Et jouer au billard.
Oui, et jouer au billard.
Nous avons travaill� fort. Ce sont mes amis.
Je leur ai fait une promesse que...
j'aimerais tenir, en tout respect.
Tr�s bien.
Gilson. Tu es un h�ros.
- Arr�tez, les gars. - Un h�ros.
Helheimr.
Il y a un mot de vieil allemand sans �quivalent.
Il d�signe un cadeau offert craintivement apr�s une dispute.
Drachenfutter.
Litt�ralement, "nourriture de dragon".
La t�tralogie de Richard Wagner LE CYCLE DE L'ANNEAU
Je suis un dragon ?
Wagner a compos� quatre actes.
�a commence par un anneau,
un anneau magique qui peut dominer le monde
et a �t� forg� par un nain.
Alberich.
Je connais les mythes allemands.
Pour canaliser sa puissance, il faut renoncer � l'amour.
Je trouve �a parfaitement sens�.
Parce que tu es un Viking au c�ur glac�.
Deux pour le balcon.
- Le balcon est complet. - Pardon ?
Tout est complet au balcon, je regrette.
Aucune place ?
C'est ce que signifie complet.
Il y a des places dans les loges.
Les loges.
Mais c'est cinq shillings.
Et les spectateurs doivent
porter une tenue de circonstance.
Viens.
Edith.
Suis-moi.
- Excuse-moi. - �a va.
C'est humiliant.
Compter sa monnaie, c'est honteux.
Je refuse de vivre comme �a.
Tu le devrais aussi.
- Ce ne sont que des billets. - Non.
C'est une question de ne pas perdre ceux qu'on aime.
De s'en occuper.
Ma m�re, elle...
Elle �tait malade.
J'ignore ce qu'elle avait.
Mais si j'avais pu payer un m�decin, je...
Alors...
Je regrette. Il faut y renoncer.
C'�tait une bonne id�e.
Vous pouvez commencer.
Examen d'admission � Oxford. Premi�re dissertation.
Il est neuf heures, et vous disposez de trois heures.
Bonne chance.
Je peux le reprendre.
Je peux refaire l'examen et passer.
�a ne suffit pas. Il te faut une bourse.
Tu m'inqui�tes.
Le jeune Gilson n'a pas besoin de bourse.
Quant � Geoffrey Smith...
�a n'a rien � voir avec eux.
On s'encourage, on se motive.
Ta copensionnaire, Mlle Bratt.
Edith n'a rien � voir avec mon �chec.
Tu as �t� vu sortant de sa chambre le soir.
On discutait. On discute, tous les deux.
- C'est donc vrai. - Oui.
- �a ne... - Avant l'examen,
tu l'as emmen�e � un concert.
�a n'a rien � voir non plus ?
Elle n'est m�me pas catholique, Ronald.
Ta m�re a fait un sacrifice.
Elle se savait mourante
et m'a confi� ton �ducation et ton avenir.
Je veux lui faire honneur.
Le moment est venu de d�cider
si tu suivras ou non son exemple.
Je ne comprends pas.
Tu ne dois plus fr�quenter Mlle Bratt.
C'est ridicule. C'est compl�tement injuste.
- C'est ainsi. - Non, je...
Je refuse.
- Je suis ton tuteur. - Vous ne comprenez pas.
- Je comprends tr�s bien. - Mon p�re.
Je l'aime.
J'aimerais...
J'aimerais que tu profites des m�mes luxes que les autres gar�ons.
- J'aimerais... - Non, vous �tes jaloux.
Vous ne voulez rien de �a.
Vous n'�tes pas sinc�re. Un pr�tre.
Que savez-vous de l'amour ?
- �coute. - Vous voulez que je sois seul.
Que je vive seul comme vous.
Je refuse de vivre ainsi.
Si, apr�s tes 21 ans, tes sentiments sont inchang�s,
tu seras libre de faire � ta guise.
En attendant, tu as un devoir � accomplir.
Et tu l'accompliras, Ronald.
Que Dieu me vienne en aide.
Je ne peux pas �chouer encore.
Tu sais ce qui arrivera si Oxford me refuse.
Je pourrais devenir pr�tre, mais une vie de c�libat
n'est pas ce que nous avions en t�te.
Edith ?
C'est en attendant ma majorit�.
Pour l'amour, Ronald. Ne sois pas si dramatique.
�a n'a pas d'importance.
Mais bien s�r que oui.
J'ignore pourquoi tu le prends si mal.
La r�alit� nous rattrape, c'est tout.
Non. Je refuse de renoncer � notre avenir. C'est pourquoi...
Je refuse d'y renoncer.
Tu y renonceras.
Plus vite que tu le crois.
- Moi aussi. - Non.
Edith, je t'en prie.
Je me suis fait croire
qu'on pouvait conna�tre une fin heureuse.
Mais non. �a ne se peut pas.
Toi, tu auras ta fin heureuse.
Amuse-toi bien � Oxford.
Non. Edith.
J'ai besoin d'aide.
Je dois me reposer, Sam. Vous devez trouver Geoffrey.
- Je ne vous abandonnerai pas. - Sam.
- Je ne vous laisserai pas ici. - C'est un ordre.
Trouvez-le et dites-lui de garder espoir.
Dites-lui que le C.T.C.B., on...
Gardez-le en vie.
Merci, Sam.
- Est-ce un dragon ? - Oui.
Doux J�sus.
Je me demandais si j'avais mentionn�...
Le d�cor est inspir� de Trinity.
OXFORD, ANGLETERRE
- De quoi est-il question ? - Eh bien...
- C'est toi, le po�te ? - Non, c'est Geoffrey.
Les hommes d'Oxford devraient hausser la mise.
- O� on va ? - Dis-le-nous.
Oui, o� est-ce... Pardon.
Je vois.
Voler un autobus ? C'est ton plan ?
- Gilson ! Silence ! - Vite !
C'�tait les hommes d'Oxford
contre les gars de Cambridge.
Allons, l'arbitre �tait aveugle.
Je d�clare
le troisi�me conseil d'Oxford du C.T.C.B.
officiellement ouvert.
Bienvenue
aux demoiselles du bar,
nos invit�es.
Que toutes nos r�unions se tiennent dans un autobus abandonn�.
"Abandonn�" n'est pas le mot juste.
Peut-�tre pas.
Qu'est-ce que le C.T.C. ?
Le C.T.C.B.
Je crois que je ne te plais pas, monsieur le voleur.
- Pardon, je... - Excuse mon ami.
- Il se morfond. - Quoi ?
La douce Mlle Bratt lui manque.
- Ignore-le. - Qui est-elle ?
- Personne. - Vraiment, Tollers ?
Tu fais la moue depuis des mois.
C'est impoli de parler d'une autre femme.
C'est vrai. Excuse-moi, Myrtle.
Je m'appelle Beryl.
Dans les bras d'une belle fille,
il oublie m�me son nom.
D�sol� que mes ennuis t'emp�chent de t'amuser.
Personne ne t'a forc� la main, Tolkien.
- Quoi ? - Edith ou Oxford.
Tu as choisi Oxford, et tu y es !
En autobus avec trois belles filles
et tes meilleurs amis. Amuse-toi !
- Personne ne m'a forc� ? - Ah, oui...
- Le pr�tre. Ton tuteur. - �a d�g�n�re.
- Ne parle pas... - Merci. C'�tait chouette.
Tu as renonc� � elle pour Oxford.
- J'�tais oblig�. - �a fait de toi un salaud ?
Qu'est-ce que �a fait de toi ?
Ferme-la !
Bon Dieu, Tollers.
Excuse-moi, Chris.
- Bon sang, Tollers. - �a va ?
Sacr� crochet du droit pour un intello.
- Frappe-moi. - Non.
- R�plique, Chris. - Laisse tomber.
- N'y pense plus. - Je t'en prie.
�a va.
C'�tait terrible de ma part.
Tu dois comprendre, Tolkien,
pauvre orphelin d�linquant,
qu'on est tes fr�res. Quoi qu'il arrive.
Oui, tout � fait.
Pr�cis�ment.
C'est plus qu'une amiti�.
C'est une alliance.
Une alliance invincible.
Helheimr !
- Helheimr. - Toujours Helheimr.
Il se trompe toujours.
- J'ai besoin d'un verre. - O� sont les filles ?
Baissez-vous.
Tenez la porte, George.
Tu as pu sortir en un morceau.
Ils parleront au recteur au matin.
Et toi ?
Gilson et Wiseman, ces porcs de Cambridge,
ont �t� lib�r�s.
J'ai eu moins de chance.
Je verrai aussi le recteur demain.
- Je serai sermonn� � mort. - Excuse-moi, Geoff.
- Ce n'est pas ta faute. - Mais oui.
Sans moi, tu serais dans les bras de la d�licieuse Mary.
D�s que j'ai manifest� de l'int�r�t,
elle a parl� de son pr�tendant.
�a allait jusqu'� ce que Wiseman s'en m�le.
Mlle Edith Bratt
Le recteur �crit � ma m�re.
Pourrai-je devenir po�te apr�s �a ?
Elle va perdre la t�te. C'est fini.
Geoffrey a perdu sa carri�re. Et toi, Tolkien ?
J'ai �t� expuls�.
Tu plaisantes ?
Pour un piquenique dans un autobus ?
Ce n'est pas le probl�me.
J'ai de mauvaises notes.
Selon le recteur, je me fiche des classiques
et n'ai qu'un vague int�r�t pour la Gr�ce antique.
Ma bourse est annul�e.
Tu n'es pas forc�ment expuls�.
Non, bien s�r. Suis-je b�te.
Quand ma m�re rentrera de Monte Carlo,
elle me fera un ch�que.
Que vas-tu faire ?
Ma bourse est valide pour le trimestre.
Apr�s, je devrai payer mes �tudes.
Puisque c'est impossible, je trouverai un emploi.
Comme quoi ?
Je travaillerai dans une boulangerie � Birmingham.
Ou je fabriquerai des chaussures pour les idiots comme toi
qui ont de l'argent � br�ler.
J'ai besoin de nouveaux richelieus.
S�rieusement,
tu as toujours �t� plus dou� que nous.
En toute honn�tet�,
je t'en ai parfois voulu.
De nous tous,
tu es le dernier qui devrait partir.
Notre dernier match est demain.
Vous d�molir va nous manquer.
Je t'en prie.
Wiseman, arr�te-le !
- Bien jou�, Tolkien. - Merci.
Bon match, les gars.
- Belle course. - Bien jou�, maladroit.
Tu ne t'es pas ridiculis�.
Quel est le pointage ?
Bien jou�, les gars.
Bonjour, maman.
- Beau match. - Merci d'�tre l�.
- On se voit pour souper ? - Oui, � 19 h.
Ton p�re y sera aussi.
Excusez-moi, Mme Smith.
J'aimerais vous parler un instant.
Alors ?
C'est � propos de cette histoire avec le recteur.
C'est un malentendu.
Je ne veux pas en parler.
Je suis responsable de l'incident
et j'ai �t� s�v�rement puni pour �a.
Ne faites pas la vie dure � Geoffrey.
C'est un jeune homme travaillant et profond�ment gentil.
Il veut vous rendre fi�re.
Et il a du talent.
�a ne me regarde pas, mais...
- Tu es responsable ? - Oui, et je serai expuls�.
Ne vous inqui�tez pas de mon influence.
Et...
De quel talent parles-tu ?
C'est un po�te.
Des magazines coll�giaux l'ont publi�.
Il m'en voudra d'en parler, mais il est dou�.
Bon apr�s-midi.
M. Tolkien ?
- C'est pour vous. - Merci.
Pas d'�tudiants sur la pelouse !
Savez-vous l'heure qu'il est ?
Pauvre vieux fou !
Wright, est-ce un des v�tres ?
Je ne crois pas.
Pauvre vieux...
Pas sur la pelouse !
Salut � toi, Earendel,
brillant ange envoy� chez les hommes.
Ronald. Ronald, l�ve-toi.
L�ve-toi. C'est moi. R�veille-toi.
- Je suis r�veill�. - Comme tout le coll�ge.
Serai-je expuls� deux fois ?
- Ressaisis-toi. - Feront-ils �a ?
Geoff ! Geoff, assieds-toi.
Bois un coup. Un d�licieux malt.
Je ne veux pas boire. Ressaisis-toi.
Veux-tu venir � un mariage ?
Quoi ?
- Un beau mariage... - John...
- ... anglais estival. - Tu d�lires.
- Edith. - F�licitations.
Elle m'a �crit. Elle...
Elle est fianc�e. Elle va se marier.
Oh, John. Quelle malchance !
Pardon. Je suis un d�sastre.
- �a va. - Excuse-moi, Geoff.
�a va.
�a va.
Je suis l�.
Je suis l�.
Escrimeurs, saluez !
Comment te sens-tu ?
Merveilleusement bien.
� ravir.
C'�tait une id�e de g�nie. Merci.
Aimer quelqu'un
quand ce n'est pas r�ciproque, peu importe la raison,
est douloureux.
Mais selon les po�tes,
il y a une certaine beaut� dans cet amour.
Il est br�lant, ardent.
Jamais souill� par l'usure ni par la r�alit�.
La flamme brille aussi fort
que le jour o� elle s'est allum�e.
Il y a de la beaut� l�-dedans,
je crois.
C'est � �a que je m'accroche, du moins.
Un autre qui dit des �neries.
Comment trouvez-vous le manuel sur les gothiques ?
Pas mal. La pr�face est bien �crite.
Il aborde peu la langue comme telle.
- Dommage. - Oui.
- Hier, sur la pelouse... - Seigneur. Vous �tiez l�.
... j'ai entendu une langue inconnue.
Comme la majorit� de l'Oxfordshire,
jusqu'aux collines de Chiltern.
- J'�tais tr�s ivre. - Je n'en doute pas.
C'�tait du pur charabia.
Une langue f�erique que j'ai invent�e.
J'ai cru entendre du finnois.
Oui, j'en ai vol� pas mal.
- Pas vol�. - Non.
Les langues ne volent jamais.
- D'accord. - Elles sont influenc�es.
Pardon, je n'ai pas compris votre nom.
Moi, c'est Tolkien. Ronald. Coll�ge Exeter.
Excusez-moi.
L'enfant pointe, et on lui enseigne un mot.
Arbre.
Plus tard, il apprend � distinguer un arbre des autres.
Il apprend son nom en particulier.
Il joue sous l'arbre, danse autour de lui.
Il se tient sous ses branches pour s'abriter.
Il y embrasse quelqu'un, s'y endort,
s'y marie.
Il marche devant en partant pour la guerre
et boite devant en rentrant � la maison.
On dit qu'un roi s'est cach� dans cet arbre.
Un esprit vit peut-�tre sous son �corce.
Ses feuilles caract�ristiques
sont grav�es sur les tombes et les monuments de ses propri�taires.
Son bois a pu servir � construire les galions
qui ont sauv� ses anc�tres de l'invasion.
Tout ceci,
le g�n�ral et le sp�cifique,
le national et le personnel,
il le sait, il le ressent,
et l'�voque, bien que faiblement,
en pronon�ant un seul son.
Ch�ne.
D'�tymologie gauloise.
En latin populaire, casnus.
La langue n'est jamais du charabia.
La langue, c'est le sens.
C'est couche apr�s couche d'histoire.
Qu'est-ce qu'un mot sans signification ?
Un simple son.
Quelqu'un m'a d�j� dit �a.
De fa�on plus succincte, j'imagine.
Il y a un ou deux textes gothiques originaux � la biblioth�que.
Jetez-y donc un �il.
Je ne peux pas demander � les voir.
Dites que le professeur Wright vous envoie.
INTRODUCTION � LA LANGUE GOTHIQUE par JOSEPH WRIGHT, PH.D.
Il ne doit pas s'en soucier.
C'est le plus grand philologue
sp�cialiste du gothique.
�a l'a peut-�tre m�me flatt�.
Bien s�r que oui.
Personne n'a emprunt� ce livre depuis 1 500 ans.
Je l'ai sorti la semaine derni�re.
- Et puis ? - Je ne veux pas le g�cher pour Tollers.
Il ne conna�t m�me pas l'auteur.
Fermez-la. Ce n'est pas dr�le.
Tolkien, pauvre cruche.
Ne vois-tu pas que c'est ta chance ?
Le professeur veut te recruter.
- Quoi ? - Il t'invite � son cours.
- Pardon. - Il a raison.
On n'entre pas comme �a au d�partement de philologie.
Pourquoi pas ?
Je n'ai pas de bourse.
Le d�partement de philologie
n'en accorde pas ?
Pour quelqu'un qui est justement un g�nie des langues.
Imb�cile.
Professeur !
- Pardon, professeur Wright. - Oui ?
J'ai r�fl�chi au symbolisme du ch�ne.
L'arbre gardien, le messager du changement.
Fascinant. �tudiez-vous l'arboriculture ?
Non, les classiques. Mais j'aimerais...
J'aimerais suivre votre cours.
- �tudier la philologie. - Mon cours ?
Oui. Je m'appelle Ronald Tolkien.
J'ai cri� des obsc�nit�s sous votre fen�tre
en finnois d�form�.
�a vous rend recommandable ?
C'est inhabituel, mais j'ai compris que ma vraie passion,
ce � quoi j'ai travaill� toute ma vie...
Puis-je parler sinc�rement ?
Cela me ferait �norm�ment plaisir.
Il me faut une bourse
pour �tudier la philologie avec vous.
Je suis pr�t � tout
pour m'en montrer digne.
- � tout ? - Oui.
Non.
- Non ? - Non.
Si je vous laissais en paix,
je n'aurais pas le privil�ge d'apprendre de vous,
ce qui enl�verait toute pertinence
� ce terrifiant interlude.
- Tolkien. - Oui.
- D'origine allemande. - Je crois.
Un nom anglo-saxon, peut-�tre.
- Oui. - Tollk�hn.
Inutile de vous dire
comment traduire ce mot.
T�m�raire.
- Professeur Wright... - Mon cours est plein, M. Tolkien.
Plein d'�tudiants qui traduisent le vieil anglais
aussi vite et habilement que vous
et ont eu deux trimestres pour faire leurs preuves.
Bon apr�s-midi.
Helheimr.
Professeur.
Les langues me fascinent depuis l'enfance.
Elles m'obs�dent. J'en ai invent�.
Des langues compl�tes. Regardez.
C'est... Tout est l�.
Du Breost-hord. Mon c�ur.
Le tr�sor de la poitrine.
Et les dessins ?
J'ai cr�� des histoires. Des l�gendes.
� quoi sert une langue, apr�s tout ?
Pas seulement � nommer les choses.
C'est ce qui anime une culture, un peuple.
- Pr�cis�ment. - Pr�cis�ment.
Pourriez-vous �crire 5 000 mots
sur l'influence du norrois dans Gauvain ?
Certainement. Quand les voulez-vous ?
Ce soir.
Ce soir.
La terre du milieu.
"Les deux fr�res rassembl�rent les guerriers.
"Ils signifi�rent � leurs chers compagnons
"qu'ils devraient endurer l'�preuve
"et user de leurs armes sans faiblir"
Votre fa�on de suivre le rythme de la po�sie,
votre sensibilit�.
Je dois vous dire, M. Tolkien,
que je n'avais encore rien vu de tel.
Jamais.
"Byrthwold prit la parole..."
"Byrthwold prit la parole et brandit son bouclier..."
C'est la guerre ! L'Angleterre est en guerre !
L'Allemagne a envahi la Belgique !
"Il d�clara aux guerriers sans h�siter :
"Votre courage doit �tre ind�fectible
"votre c�ur ardent
"votre esprit indomptable alors que vos forces vous laissent
"Ci-g�t notre seigneur, en pi�ces
"un grand homme dans la terre"
LES V�TEMENTS EXTRAVAGANTS EN GUERRE SONT INCONVENANTS... ANTIPATRIOTIQUES
LE ROI ET LA PATRIE ONT BESOIN DE VOUS ENR�LEZ-VOUS JUSQU'� LA FIN DE LA GUERRE
RALLIEZ-VOUS SOUS LE DRAPEAU HOMMES EN SANT� DEMAND�S
Mlle Edith Bratt
FOLKESTONE, ANGLETERRE
Tiens, Chris.
Mesdames et messieurs, Robert Gilson.
Gilson !
Tu m'invites � danser ?
As-tu perdu un pari ?
J'ai re�u trois regards jaloux.
On a d� te prendre pour le kaiser.
C'est la guerre ou un bal ?
- Belle moustache, Gilson. - Merci.
- Il te faut un verre. - Certainement.
- On est tous l�, Tolkien. - Oui.
On porte un toast ?
Aux futures r�unions du C.T.C.B. dans toute l'Europe.
Sant�, messieurs.
- Puis-je ? - Pourquoi pas ?
Yeux devant, Tolkien.
On regarde le petit oiseau !
Helheimr !
Dans ma pi�ce, une serveuse fran�aise
s'�prend d'un Anglais.
Tu devras te raser pour jouer la serveuse.
- Sant�. Jamais trop. - Un autre ?
Wiseman s'endormira le premier.
- Je le parie. Un scotch ? - De l'argent facile.
Bonne chance, Ronald.
Je vais prendre �a.
J'essaierai de retenir le navire.
- Comment va ton fr�re ? - Bien.
Il est d�j� en France.
Et toi ? Ta musique ?
J'enseigne le piano. � des fillettes, surtout.
Pas tr�s dou�es.
Et tu es fianc�e.
Il est tr�s gentil.
Tr�s attentionn�. C'est un homme bien.
- Je dois te dire une chose... - Ronald.
J'ai fait la plus grave erreur de ma vie,
et il ne s'�coule pas un moment...
Je n'ai pas arr�t� de penser � toi.
Tu es la personne la plus remarquable que je connaisse.
Tu es courageuse, d�brouillarde, talentueuse,
tu es orgueilleuse
� me rendre fou.
Tu es astucieuse, passionn�e
et pleine de vie.
Tu m�rites tout le bonheur qui t'attend.
En fait, non.
Tu ne m�rites pas le bonheur, ce n'est...
Je veux dire...
Tu m�rites tellement plus.
Tu m�rites une vie magique.
C'est celui-l� ?
C'est l'Ascanius.
Le genre de nom que tu inventes.
Oui. "Ayez piti� des citoyens du royaume d'Ascanius."
Pourquoi en avoir piti� ?
Pour leur terrible histoire. Pour leur honte.
Leurs regrets.
Ils devraient se pardonner.
Ils en sont incapables.
Les Lancashires sur l'Ascanius !
Je devrais...
�a m'a fait tr�s plaisir.
Au revoir, ma petite.
Edith.
- Je t'aime. - Je t'aime.
- Je t'aime tant. - Je sais.
Je n'y pouvais rien.
Je sais. Moi non plus.
Je dois partir.
- Reste en vie. - Oui.
Et reviens-moi.
Reste en vie et reviens-moi.
Je les ai trouv�s, monsieur. Debout !
- J'ai trouv� les 19e Lancashires. - Geoff.
Il faut vous lever.
Trouvons votre ami. On y est presque.
Feu !
Grimpez � l'�chelle !
Fixez vos ba�onnettes !
- Je ne peux pas. - Allez, soldat !
Geoffrey !
- Par ici ! Vite ! - Allez, Lancashires !
Geoffrey !
O� est le lieutenant Geoffrey Bache Smith ?
Sorti de la tranch�e.
- Non ! - Oui. Je regrette.
- Geoffrey ! - N'arr�tez pour personne.
Geoffrey !
- Attendez ! - Ne me suivez pas.
Grimpez, Lancashires !
Geoff !
Geoffrey !
Ne ralentissez pas !
Geoff !
Ronald !
Geoff !
Geoff !
Geoff !
Ronald !
Geoffrey !
Ronald !
Geoff !
Quoi ?
Ronald !
Geoff !
Ronald !
Ronald !
Geoff !
Geoffrey !
Du gaz !
Mettez votre masque !
Du gaz !
Bonjour.
Reste allong�.
Tu as dormi tr�s longtemps.
Tu as eu la fi�vre des tranch�es, mais tu vas mieux.
Tu es chez toi.
J'ai essay� de le trouver.
Qui ?
Geoffrey, je...
Je l'entendais.
Je l'entendais.
Geoffrey est mort.
- Il est mort il y a des semaines. - Quoi ?
Non.
Robert Gilson, il... Il a �t� touch�.
Il est mort aussi.
Robbie et Geoffrey.
Je suis d�sol�e.
Je suis d�sol�e, Ron.
Mais tu vas bien. Tu es chez toi.
Tout va s'arranger, je te le promets.
Je passe mes apr�s-midi avec des m�res, des veuves.
Que puis-je leur dire ?
Vos fils sont morts � la guerre qui mettra fin � toutes les guerres.
Que leur dites-vous ?
Les mots sont inutiles. Les mots contemporains, du moins.
Je r�cite la liturgie.
C'est r�confortant, je crois, la distance. Les choses anciennes.
Tout au long de ta maladie,
Mlle Bratt est rest�e � ton chevet.
Sans jamais partir.
Tu avais raison de t'attacher � elle.
Merci.
Ceci est arriv� pour toi apr�s de nombreux d�tours.
Il a d� l'�crire peu avant de mourir.
Cher John Ronald,
Ma principale consolation est que si j'y passe ce soir,
il restera un noble membre du C.T.C.B.
pour exprimer ce dont je r�vais, ce que nous avons convenu.
La mort d'un membre ne peut pas, j'en suis convaincu,
dissoudre le C.T.C.B.
Nous abordons la mort avec d�plaisir et impuissance,
mais elle n'aura pas raison des quatre immortels !
Que Dieu te b�nisse, mon cher,
et puisses-tu exprimer ce que j'aurais voulu dire
longtemps apr�s ma disparition.
OXFORD, DES ANN�ES PLUS TARD
- Bonsoir, professeur Tolkien. - Bonsoir.
Que fais-tu l� ?
On a mang� du pudding � la confiture aujourd'hui.
� la demande de Michael.
John et lui t'ont apport� un cabaret.
J'esp�re que tu en as mang�.
Je regrette, je...
Je regrette.
J'ai eu une dure journ�e, Edith. Rien de ce que j'�cris...
- Tu �crivais pour le plaisir. - Je sais.
- C'�tait ta passion. - Je sais. C'est inutile.
J'aimerais que tu d�cides ce que �a t'apporte
ou que tu laisses tomber �a.
M. Tolkien ?
Mme Smith.
Ravi de vous voir. Merci d'�tre venue.
Robert Gilson �tait le fils du directeur de King Edward's.
C'est exact.
Je me rappelle sa belle-m�re.
Et Christopher Wiseman ?
Il a surv�cu.
Malheureusement, il...
Certains sont rest�s marqu�s par d'autres cicatrices.
Ma s�ur a perdu trois fils. Moi, deux.
Tous la m�me semaine.
J'en suis navr�.
C'est ici que vous vous assoyiez.
Oui.
C'est tr�s douillet.
Merci de m'avoir invit�e.
Je peux vous imaginer en ces lieux.
Tout le groupe.
Je vous vois tr�s bien.
Vous deviez �tre tr�s heureux � l'�poque.
Geoffrey s'assoyait ici.
Je me demandais si, avec votre permission,
je pourrais publier un recueil de ses po�mes.
Ses po�mes ?
Je crois qu'il �tait tr�s talentueux.
J'aimerais que le monde le connaisse.
Je pourrais r�diger la pr�face.
Je ne sais pas, je...
Je suis port�e � refuser, M. Tolkien.
Il �tait tr�s dou�. Ce serait important.
J'aimais la po�sie, autrefois.
Je me demande si c'est de moi que Geoffrey tenait...
Je regrette, je ne vois pas ce que �a donnerait de bon.
�a ferait beaucoup de bien.
Croyez-moi.
Je n'ai jamais connu Geoffrey aussi bien que je l'aurais voulu.
�tait-il heureux ?
Dites-moi.
A-t-il connu l'amour ?
J'�tais orphelin quand je suis arriv� � King Edward's.
M�me au d�but, avant que nous soyons amis,
Geoffrey �tait sensible.
Gentil.
De tous ceux que j'ai connus,
je crois qu'il �tait celui...
Il �tait celui qui incarnait le mieux
ce que �a signifie d'aimer.
Et d'�tre aim�. C'est v�ritablement...
C'est pour �a que c'est important.
Vous me demandez ce que �a donnerait de bon,
ce que les po�tes, les �crivains...
Ce que notre art peut accomplir.
Rien n'est plus n�cessaire.
Surtout � notre �poque.
Une pr�face, ce serait tr�s bien.
Merci.
On embrassait les arbres avec maman, tu te rappelles ?
- On les �coutait parler. - Quelle magie noire �tait-ce donc ?
Venez, mes petits sauvages.
- Qui veut parler aux arbres ? - Attendez-moi.
- � quoi penses-tu ? - Comment t'appelles-tu ?
N'aie pas peur de nous.
Les enfants, feriez-vous quelque chose pour moi ?
- Un devoir ? - Pas si je fais bien mon travail.
- Vous devrez �couter une histoire. - Laquelle ?
- Une bonne histoire ? - Je l'esp�re.
- Est-elle longue ? - Tr�s.
A-t-elle commenc� ?
Oui, je crois...
Dans ma t�te, oui.
De quoi traite-t-elle ?
De voyages. D'aventures.
De magie, bien s�r.
D'un tr�sor.
Et d'amour.
Toutes sortes de choses. C'est difficile � d�crire.
Disons qu'il est question d'une qu�te.
De partir pour faire ses preuves.
De courage.
De camaraderie.
Il est question de camaraderie.
D'amiti�.
- Des petits comme toi. - Je ne suis pas petit !
Je parle de taille, pas de grandeur d'�me.
Et aussi, de magiciens.
- De magiciens ? - Oui.
De montagnes, de dragons, de p�riples...
Christopher, si tu te casses le cou,
je ne t'emm�nerai pas � l'h�pital.
Dans un trou dans le sol
vivait
Un hobbit.
PUBLI� EN 1937, THE HOBBIT LAN�A LA CARRI�RE DE TOLKIEN
EN TANT QU'AUTEUR FANTASTIQUE PARMI LES PLUS R�PUT�S AU MONDE.
ROBERT QUILTER GILSON ET GEOFFREY BACHE SMITH
FURENT TU�S EN 1916 DURANT LA BATAILLE DE LA SOMME.
LA M�RE DE GEOFFREY PUBLIA SES PO�MES DANS LE RECUEIL A SPRING HARVEST,
DONT TOLKIEN R�DIGEA LA PR�FACE.
CHRISTOPHER WISEMAN COMPOSA BIEN PEU DE MUSIQUE APR�S LA GUERRE.
IL V�CUT JUSQU'EN 1987.
M�ME SI LEUR AMITI� N'�TAIT PLUS LA M�ME,
JOHN RONALD NOMMA SON TROISI�ME ENFANT CHRISTOPHER.
JOHN RONALD REUEL TOLKIEN MOURUT EN 1973,
DEUX ANS APR�S EDITH.
LEUR QUATRE ENFANTS LEUR SURV�CURENT.
SUR LEUR PIERRE TOMBALE SONT GRAV�S DES NOMS ELFIQUES
TIR�S DE LA MYTHOLOGIE DE TOLKIEN
� PROPOS D'UN MORTEL TOMB� AMOUREUX
D'UNE PRINCESSE ELFE.
Traduction : Elsa Deland, Deluxe
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