All language subtitles for 2017_Jeannette_L_enfance_de_Jeanne_d_arc_VFSTFREN.5.7

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
en English
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian
ia Interlingua
ga Irish
it Italian Download
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil)
pt Portuguese (Portugal)
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

Notre père, notre père

qui êtes au royaume des cieux,

de combien il s'en faut

que votre règne arrive au royaume de France ?

Notre père, notre père qui êtes aux cieux,

de combien il s'en faut

que votre règne arrive

au royaume de la terre ?

Ô mon Dieu,

si on voyait seulement

le commencement

de votre règne.

Si on voyait seulement

se lever le soleil

de votre règne.

Mais rien non, jamais rien.

Mais rien non, jamais rien.

Vous nous avez envoyé votre Fils

que vous aimiez tant.

Votre fils est venu,

qui a tant souffert, et il est mort,

Et rien, non, jamais rien.

Et rien, non, jamais rien.

Si on voyait poindre seulement

le jour de votre règne.

Et vous nous avez envoyé vos saints.

Et rien, non jamais rien.

Et rien, non jamais rien.

Des années ont passé, tant d'années,

que je n'en sais pas le nombre.

Des siècles d'années ont passé ;

quatorze siècles de chrétienté...

Et rien, non, jamais rien.

Et rien non, jamais rien.

Et ce qui règne sur la face de la terre,

rien, rien, ce n'est rien que la perdition.

Et rien, non, jamais rien.

Et rien, non, jamais rien.

Mon Dieu, mon Dieu,

nous serons bien sages, nous serons bien soumis,

nous serons bien obéissants, nous serons bien fidèles.

Mon Dieu, mon Dieu,

nous sommes vos enfants,

nous sommes vos enfants.

Mon Dieu, mon Dieu,

qu'est-ce qu'on a fait de votre peuple ?

Les Anglais n'auront pas la tour de Saint-Nique Nique.

Les Anglais n'auront pas la Tour de Saint-Nicolas.

Je leur ai donné tout mon pain,

mon manger de midi,

mon manger de quatre heures.

Ils ont sauté dessus comme des bêtes

et leur joie m'a fait mal,

encore plus mal,

parce que tout d'un coup, malgré moi,

j'ai saisi, ça m'a travaillée,

j'ai pensé à tous les autres affamés.

J'ai pensé à tous

les malheureux,

j'ai pensé à ceux

qui ne veulent pas qu'on les console.

Et j'ai senti que j'allais pleurer,

alors j'ai tourné la tête

parce que je ne voulais pas leur faire de la peine,

à ces deux-là, du moins.

Voilà bientôt cinquante ans passés,

au dire des anciens,

que le soldat moissonne à sa fantaisie.

Voilà bientôt cinquante ans passés

que le soldat écrase,

ou brûle, ou vole, à sa guise,

la moisson mûre.

Et pour le moins qu'il foule au pied des chevaux

la moisson mûre.

Eh bien, après tout ce temps-là, tous les ans, à l'automne,

les bons laboureurs, ton père, le mien, tes deux grands frères,

les pères de nos amies, toujours les mêmes,

les mêmes paysans, les mêmes paysans français,

labourent avec le même soin les mêmes terres

à la face de Dieu.

Ils n'auraient, eux aussi, qu'à se faire soldats,

ça n'est pas difficile : on reçoit moins de coups,

puisqu'on en donne aux autres.

Une fois soldats, ils n'auraient, eux aussi,

qu'à faire la moisson sans avoir fait les semailles.

Mais les bons laboureurs aiment les bons labours

et les bonnes semailles...

Tous les ans, ils font, à la même époque,

la même besogne avec la même vaillance,

tout le long de l'année, le même travail,

avec la même patience.

Voilà ce qui tient tout, ce qui garde tout.

Ce sont eux qui tiennent tout,

eux qui sauvent tout ce que l'on peut sauver.

C'est par eux que tout n'est pas mort encore,

et le bon Dieu finira bien

par bénir leurs moissons.

Mon Dieu, qu'est-ce qu'il y a donc ?

Dans tous les temps, on s'est perdu,

mais depuis quarante ans hélas...

On ne fait plus que cela, on ne fait plus que de se perdre.

Qu'est-ce qu'il y a donc, mon Dieu, qu'est-ce qu'il y a ?

Il y en avait encore qui se sauvaient,

il y en avait qui en réchappent.

Mais maintenant, mon Dieu, qui répondrait

qu'il y en a qui se sauvent ?

Qui répondrait qu'il y en a quelques-uns

seulement, même seulement, même au moins,

qui en réchappent ?

C'était la terre, hélas,

quelquefois, souvent c'était la terre

qui préparait à l'enfer !

Aujourd'hui, ce n'est plus même cela ;

ce n'est plus la terre qui prépare à l'enfer.

C'est l'enfer même qui redéborde sur la terre.

Qu'est-ce qu'il y a donc, mon Dieu, qu'est-ce qu'il y a ?

Qu'est-ce qu'il y a donc de nouveau ?

Qu'avez-vous fait de ce peuple, de votre peuple chrétien ?

Faudra-t-il que vous ayez envoyé votre fils en vain,

et sera-t-il dit que Jésus sera mort

en vain ?

Il est là.

Il est là comme au premier jour.

Il est là, parmi nous,

comme au jour de sa mort.

Éternellement, il est là, parmi nous,

autant qu'au premier jour.

Éternellement, tous les jours.

Il est là, parmi nous, dans tous les jours de son éternité.

Son corps, son même corps,

pend sur la même croix.

Ses yeux, ses mêmes yeux,

tremblent des mêmes larmes.

Son sang, son même sang,

saigne des mêmes plaies.

Son cœur, son même cœur,

saigne du même amour.

Le même sacrifice

fait couler le même sang.

Une paroisse a brillé

d'un éclat éternel.

Mais toutes les paroisses brillent éternellement,

car dans toutes les paroisses,

il y a le corps de Jésus-Christ.

Le même sacrifice crucifie le même corps,

le même sacrifice fait couler le même sang.

Le même sacrifice immole la même chair,

le même sacrifice verse le même sang.

Le même sacrifice sacrifie

la même chair et le même sang.

C'est la même histoire, exactement la même,

éternellement la même,

qui est arrivée

dans ce temps-là et dans ce pays-là,

et qui arrive tous les jours dans tous les jours de toute éternité,

dans toutes les paroisses de toute chrétienté,

que ce soit en Lorraine et que ce soit en France.

Tous les bourgs sont brillants à la face de Dieu,

Tous les bourgs sont chrétiens sous le regard de Dieu.

Juifs, vous ne connaissez pas votre bonheur.

Israël, Israël,

vous ne connaissez pas votre bonheur.

Mais vous aussi, chrétiens, vous ne connaissez pas

aussi votre bonheur.

Votre bonheur présent, qui est le même bonheur,

votre bonheur éternel.

Israël, Israël,

vous ne connaissez point votre grandeur.

Mais vous aussi, chrétiens,

vous ne connaissez pas votre grandeur.

Votre grandeur présente,

qui est la même grandeur.

Votre grandeur éternelle.

Tous les bourgs sont aimés

sous le regard de Dieu.

Tous les bourgs sont chrétiens.

Tous les bourgs sont sacrés.

Tous les bourgs sont à Dieu,

sous le regard de Dieu.

Et s'il faut, pour sauver de la flamme éternelle,

les corps des morts damnés s'affolant de souffrance,

abandonner mon corps à la flamme éternelle,

mon Dieu, donnez mon corps à la flamme éternelle.

Et s'il faut, pour sauver de l'Absence éternelle,

les âmes des damnés

s'affolant de l'Absence,

abandonner mon âme

en l'Absence éternelle,

que mon âme s'en aille en l'Absence éternelle.

Taisez-vous, ma sœur, vous avez blasphémé.

Dieu, dans sa miséricorde infinie,

a bien voulu que la souffrance humaine

servît à sauver les âmes.

Mais il n'a pas voulu

que la souffrance infernale

servît à sauver les âmes.

Il n'accepterait pas,

pour sauver les âmes en danger,

nos souffrances de là-bas, là-bas.

C'est pour cela que notre maître à tous,

le fils de l'homme savant à donner sa souffrance,

a bien voulu donner, pour sauver nos âmes,

toute souffrance, valable,

et jusqu'à la valable souffrance de la tentation,

mais qu'il n’est jamais allé jusqu'à donner

la vaine souffrance même du péché.

Le Sauveur a bien voulu donner

toute la souffrance humaine,

mais il n'a pas voulu se damner

car il savait que sa souffrance infernale,

même à lui, ne pourrait pas servir à nous sauver.

S'il faut donc,

pour sauver de la flamme éternelle,

les corps des morts damnés s'affolant de souffrance,

laisser longtemps mon corps à la souffrance humaine,

mon Dieu, donnez mon corps à la souffrance humaine.

Et s'il faut, pour sauver de l'Absence éternelle,

les âmes des damnés

s'affolant de l'Absence,

laisser longtemps mon âme

à la souffrance humaine,

qu'elle reste vivante

en la souffrance humaine.

Taisez-vous, ma sœur, vous avez blasphémé.

Car si le fils de l'homme, à son heure suprême,

cria plus qu'un damné l'épouvantable angoisse,

clameur qui sonna faux comme un divin blasphème,

c'est que le fils de Dieu savait,

c'est que le Fils de Dieu savait que la souffrance

du fils de l'homme est vaine à sauver les damnés,

et s'affolant plus qu'eux de la désespérance,

Jésus mourant pleura sur les abandonnés.

Comme il sentait monter à lui sa mort humaine,

sans voir sa mère en pleurs et douloureuse en bas,

droite au pied de la croix, ni Jean ni Madeleine,

Jésus mourant pleura sur la mort de Judas.

Car il avait connu que le damné suprême

jetait l'argent du sang qu'il s'était fait payer,

que se pendait là-bas l'abandonné suprême,

et que l'argent servait pour le champ du potier.

Étant le Fils de Dieu, Jésus connaissait tout,

et le Sauveur savait que ce Judas qu'il aime,

il ne le sauvait pas, se donnant tout entier.

Et c'est alors qu'il sut la souffrance infinie,

c'est alors qu'il sentit l'infinie agonie,

et clama comme un fou l'épouvantable angoisse,

clameur dont chancela Marie encore debout,

et par pitié du Père il eut sa mort humaine.

Pourquoi vouloir, ma sœur,

sauver les morts damnés de l'enfer éternel,

et vouloir sauver mieux

que Jésus le Sauveur ?

Ô mon Dieu,

vous avez donc laissé recommencer cela.

Vous avez donc laissé

les bandes ravageuses enflamber nos maisons,

nos granges et nos blés.

Et vous avez laissé

les bandes outrageuses.

Et nous, nous avons fui lâchement devant eux,

emportant nos paquets dans cette île de Meuse,

poussant nos chevaux fous et nos moutons peureux,

sans nous lever devant la rage ravageuse.

Ah, si les paysans voulaient

faucher les Bourguignons !

Mais les bons paysans

ne se font pas soldats.

Ils ne marcheront pas

s'ils n'ont un chef de guerre

dont la vaillance neuve aille aux âmes lassées,

un capitaine dur

pour les batailles dures,

un vainqueur pitoyable aux hommes apaisés !

Ô mon Dieu, donnez-nous

ce chef de guerre-là !

celui qui voudra bien se mettre aux fortes tâches.

Et les Français pourront chasser les outrageux,

car il ne se peut pas que les Français soient lâches,

mais ils ont oublié qu'ils étaient courageux.

Que pour les réveiller,

vienne le chef de guerre.

Ô je vous en supplie,

une dernière fois.

Ô monsieur-saint Michel !

Ô madame Catherine !

Ô madame Marguerite !

Pourquoi, mes sœurs, m'avoir en partant délaissée ?

Pourquoi n'avoir pas pris mon âme sur vos ailes,

faible et seule et pleurante en la terre exileuse.

Pourquoi, mes grandes sœurs, m'avoir ainsi laissée ?

Vous m'avez commandé la tâche difficile,

et vous m'avez laissée

en la bataille humaine.

Vous m'avez dit de votre voix inoubliable :

"Jeanne, voici que Dieu t'a choisie à présent.

Va chasser les Anglais du royaume qu'il aime."

Et vous m'avez laissée

ici-bas, sans conseil,

seule à faire, à présent, la tâche difficile.

Mes saintes, vous l'avez nommé, le chef de guerre.

Mais je ne peux pas, moi, conduire les soldats.

Ô mon Dieu, je ne suis qu'une simple bergère.

Je ne peux pas me battre, oh non, je ne peux pas.

Vous voulez qu'à présent, je sois le chef de guerre,

sainte à la fois pour vous et chef pour les soldats.

Je pourrais bien encore essayer la prière,

mais mener la bataille, oh, je ne le peux pas.

Mais vous

connaissez bien

que les soldats sont brutes

et que je ne peux pas m'en aller avec eux.

Et je ne peux pas vaincre, avec des soldats brutes.

Il faut leur envoyer un chef plus brutal qu'eux

pour les dompter dans la bataille

et les avoir dans sa main qui les serre

et les lance à l'assaut.

Envoyez-nous le chef encore plus brutal qu'eux.

Envoyez-nous quelqu'un qui sache la besogne

et soit vraiment de force à mener les soldats,

comme ils sont à présent, rallier la Bourgogne

et chasser les Anglais.

Moi, je ne pourrai pas.

Ô mon Dieu,

donnez-nous

un meilleur chef de guerre !

Oui, parce qu'alors,

si les Anglais gagnent tout-à-fait,

on ne se battra plus,

on ne fera plus la mauvaise guerre.

Il n'y aura plus la bataille,

il n'y aura plus la guerre,

il n'y aura plus les soldats,

il n'y aura plus la souffrance,

il n'y aura plus la souffrance des corps,

il n'y aura plus la souffrance des âmes.

Les maisons seront gardées sauves,

et sauves les églises.

Il n'y aura plus d'enfants

qui s'en vont en pleurant par la route affameuse.

Et nous pourrons enfin

moissonner nos moissons.

Pas avant d'avoir usé toutes les ressources de guerre

jusqu'au bout.

Tant qu'il y a de reste un homme d'armes

pour donner un bon coup d'épée,

tant qu'il y a de reste un seul paysan

pour donner un bon coup de faux,

il ne faut pas céder,

il ne faut pas céder !

Mais, Jeannette, s'il y a le droit de Monsieur le Dauphin

sur la France,

il y a aussi, tout de même,

les droits des Français.

Nous avons bien le droit,

nous, d'éviter enfin la souffrance de nos âmes

et la souffrance de nos corps.

Et les enfants ont le droit

de ne pas s'en aller à jamais orphelins !

Mon Dieu,

pardonnez-moi d'avoir attendu si longtemps

avant de décider.

Mais puisque les Anglais ont décidé

d'aller à l'assaut d'Orléans,

je sens qu'il est grand temps que je décide aussi.

Moi, Jeanne,

je décide que je Vous obéirai.

Moi, Jeanne,

qui suis Votre servante, à Vous,

qui êtes mon maître ?

En ce moment-ci,

je déclare que je Vous obéirai.

Vous m'avez commandé d'aller dans la bataille,

j'irai.

Vous m'avez commandé de sauver la France

pour Monsieur le Dauphin,

j'y tâcherai.

Je Vous promets que je Vous obéirai

jusqu'au bout.

Je le veux.

Je sais ce que je dis.

Quoi qu'il m'arrive à présent,

je Vous promets que je vais commencer

et que je Vous obéirai.

Jusqu'au bout :

je l'ai voulu.

Je sais ce que j'ai fait.

À présent, ô mon Dieu,

que je vais commencer,

si les Anglais ne veulent pas s'en aller bien,

donnez-moi la rudesse et la force qu'il faut pour entraîner

les durs soldats et les lancer comme un flot

débordant qui s'emporte à l'assaut.

À présent, ô mon Dieu,

que je vais commencer,

si les Anglais ne veulent pas s'en aller bien,

donnez-moi la douceur et la force qu'il faut

pour calmer les soldats

et pour les apaiser

dans leur pleine victoire,

ayant fini l'assaut.

Mais si, dans la bataille où je vais travailler,

cette ouvrière est faible, ou maladroite, ou lâche,

si l'ouvrière est faible à mener les soldats,

et si, dans la victoire où je vais travailler,

cette ouvrière est faible à sa deuxième tâche,

si l'ouvrière est faible à calmer les soldats,

si je travaille mal en bataille ou victoire,

et si l’œuvre est mal faite où j'ai voulu servir,

Ô mon Dieu,

pardonnez à la pauvre servante.

Ô mon Dieu,

pardonnez à la pauvre servante.

Ah mon oncle, si vous saviez

comme le temps m'a pesé

pendant ces trois ans-là !

Si vous saviez comme les saintes m'ont pressée de partir !

Et même quand elles n'étaient pas là,

toutes les fois qu'on parlait de la guerre devant moi,

toutes les fois qu'on parlait des Anglais devant moi,

toutes les fois qu'on disait devant moi

qu'ils avaient encore avancé dans la France,

ma désobéissance

me pesait sur l'âme

à l'étouffer !

Mais j'avais peur, j'avais peur de la partance,

peur de la bataille, peur de la défaite,

et je crois bien de la victoire aussi.

J'avais peur de tout et d'abord, j'avais peur de moi,

car je me connaissais, et je savais bien

qu'une fois partie, j'irais jusqu'au bout.

J'avais peur comme une bête,

et j’étais seule sous ma désobéissance.

Et j'étais malheureuse,

et mon âme s'étouffait

sous la désobéissance lourde.

Et j'avais peur, j'avais peur, j'avais peur.

Pourtant je sens bien au fond que je ne suis pas lâche.

Mais voyez-vous, mon oncle, quand j'étais petite,

j'ai trop eu peur, et trop souvent,

pour tous ceux que j'aimais,

pour tous ceux que j'aime,

et il y en a beaucoup.

C'est ça qui m'avait rendue lâche,

et qui m'avait donné la peur, aussi pour moi.

Mais à présent, c'est bien fini, d'avoir peur !

C'est bien fini.

Non, Jeanne.

Je vois bien qu'à présent, tu vas avoir à porter une tâche lourde.

Je suis un homme,

et je suis assez fort, mon enfant,

pour porter la part qui m'en revient.

Je prends sur moi mon mensonge à moi.

Que l'bon Dieu nous pardonne à tous deux si nous faisons mal.

Ainsi soit-il.

Mais tu peux pas t'imaginer, Jeanne, la peine que ça me fait,

d'aller mentir, un homme de mon âge !

Et moi, mon oncle,

croyez-vous que la parole menteuse

ne me soit pas douloureuse à dire,

depuis trois ans qu'elle était là,

et que je ne pouvais pas la prononcer ?

Voyons, Jeannette ! un bon mouvement, ma fille !

Tu vois bien que tu pleures, d'être menteuse pour ta partance.

Mais, il est encore temps, Dieu merci !

À l'heure qu'il est, rien n'est fait encore.

Tout à l'heure, il serait trop tard :

tout serait fait, tout serait fait, tout serait fait à jamais.

Mon oncle, tout est fait.

Tout est fait à présent.

Tout est fait à jamais.

Tout est fait depuis hier matin.

C'est hier matin que j'ai voulu.

J'ai voulu tout.

Je me suis décidée.

Les Anglais ont bien décidé

d'aller à l'assaut d'Orléans, eux.

À tout à l'heure, mon oncle.

À tout à l'heure, et bon courage.

À tout à l'heure, alors, ma pauvre enfant.

À tout à l'heure et que Dieu nous pardonne.

Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance

qui demeures aux prés,

où tu coules tout bas.

Meuse, adieu, j'ai déjà commencé ma partance

en des pays nouveaux

où tu ne coules pas.

Voici que je m'en vais en des pays nouveaux.

Je ferai la bataille et passerai les fleuves,

veiller à de nouveaux travaux.

Je m'en vais commencer là-bas les tâches neuves.

Et pendant ce temps-là,

Meuse ignorante et douce,

tu couleras toujours,

passante accoutumée,

dans la vallée heureuse où l'herbe vive pousse.

Ô Meuse inépuisable

et que j'avais aimée.

Ô mon père, ô maman, quand on vous aura dit

que je suis au pays de bataille et d'alarmes,

pardonnez-moi tous deux ma partance et vos larmes.

Pardonnez ma partance et mon mensonge aussi,

ma partance menteuse et vos souffrances lentes,

et de vous dire adieu quand vous n'êtes pas là.

Pardonnez-moi tous deux, et vous aussi, mes frères,

pardonnez tous les trois à votre sœur menteuse,

et remplacez-moi bien auprès de notre père.

Et consolez maman de ma partance fausse.

Ô consolez maman

de mon absence lente.

Je lui ai dit : "Vous savez, père Jacques,

"il faut que j'emmène Jeannette à la maison."

Je tremblais comme la feuille, en parlant,

mais il ne s'en est pas aperçu.

Il était occupé à serrer son poignet

dans un morceau de toile,

il m'écoutait sans faire attention.

"Je vous demande ça", que j'lui ai dit,

"parce que j'ai besoin d'elle." Ma voix tremblait.

S'il m'avait seulement dit : "Pour quoi faire ?",

j'aurais crié : "Mais non ! Mais non !

"Vous voyez bien que ça n'est pas vrai !

"Vous voyez bien que c'est menti !"

J'aurais été joliment content.

Mais il m'a dit :

"Tu sais, mon gars, que Jeannette, c'est comme si c'était ta fille.

"Elle est aussi bien dans ta maison là-bas

"que dans la maison ici, tu la garderas le temps que tu voudras.

"Va seulement lui dire qu'elle prévienne Mengette,

"ce soir, en passant, à cause des moutons."

C'était encore plus lâche de l'écouter comme ça

que de mentir moi-même.

Ça m'étouffait, je me mordais les lèvres pour ne pas parler.

Je n'ai pas dit un mot et je me suis sauvé comme un voleur.

Sauvé comme un voleur Sauvé comme un voleur.

Allons, les gars !

Il va falloir commencer de bonne heure, ce matin.

Vous finirez de manger en vous en allant.

Voilà le temps parti comme hier.

Il fera chaud, tantôt,

on sera content de se reposer.

Vous avez tout ce qu'il vous faut ?

Vous savez, il a la peau dure, cet animal de chêne-là.

Seulement, vous,

vous en viendrez toujours à bout.

Vous êtes jeunes,

ce n'est pas comme moi.

Hier, j'ai été le moins fort.

Ah dame ! On vieillit !

Enfin, je vais toujours m'en aller avec vous.

Les vieux, ça peut toujours servir un peu.

C'est toujours bon à donner des conseils.

Dis donc, la mère,

tu leur feras une bonne soupe, à tes gars.

Parce que, tu sais, ils auront faim

quand ils reviendront, à dix heures.

Allons ! Au revoir, les enfants. Au revoir, Durand.

Et bon voyage !

Ah ! Dis donc, Jeannette,

est-ce que tu as parlé à Mengette hier au soir ?

Vous avez bien le temps, mes enfants.

Il faut commencer par manger un morceau.

Il y a tout ce qu'il faut dans la maie.

Merci, ma tante, je n'ai pas faim.

Nous n'avons pas faim. Nous mangerons mieux en arrivant.

Ça sera comme vous voudrez, mes enfants.

Tiens, Jeannette,

mets donc ta laine

et tes fuseaux là-haut, sur la planche.

On n'y touchera pas.

Tu la finiras quand tu reviendras.

Allons, mes enfants,

au revoir

et bon voyage !

Au revoir, maman.

Ô Meuse inépuisable et douce à mon enfance,

qui passes dans les prés

auprès de la maison,

c'est en ce moment-ci que je m'en vais en France.

Ô ma Meuse, à présent, je m'en vais pour de bon.

Ô maison de mon père où je filais la laine,

maison de pierre forte,

ô ma douce maison,

je m'en vais pour de bon dans la bataille humaine.

Ô voici que je vais m'en aller pour de bon.

Pourtant je ne sens pas l'émoi de la partance

et ne viens pas vous faire à présent mes adieux.

C'est que voilà huit mois que mon âme est en France,

voilà huit mois déjà qu'elle est où je la veux.

Mon âme est en allée en la ville du siège,

avec les défenseurs qui s'acharnent là-bas.

Mes pas vont s'éloigner tout à l'heure en la neige,

mais mon âme a passé dans le pays là-bas.

Vous tous, que j'aimais tant quand j'étais avec vous,

ô vous que j'aimais tant quand je m'en fus en France !

À présent, je vous aime encore plus.

Loin de vous, mon âme a commencé l'étrange amour d'absence.

À présent, loin de vous, je vous aime encore plus

qu'au temps de la partance ou de la demeurance.

Ô j'aime étrangement la demeure où je fus,

à présent que mon âme a sa demeure en France.

Et j’aime étrangement ceux que j'aimais déjà,

car je sens comme on aime alors qu'on est fidèle.

Mon âme sait aimer ceux qui ne sont pas là.

Mon âme sait aimer ceux qui restent loin d'elle.

Si tu savais, ton pauvre père, il m'a dit :

"Ça vaut mieux, mon gars, ça vaut mieux

"qu'tu l'emmènes un peu à Burey, ça va la distraire.

"Elle a l'air, en ce moment-ci, d'avoir des idées,

"enfin des idées qui ne sont pas ordinaires.

"Tu la garderas quelques semaines, comme la dernière fois."

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.