Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Sous -titrage FR ?
Il est là, Jeff.
Allez, grouille. Je ne le vois plus. Viens m 'aider.
Je ne vois rien, lui.
Où tu vois quelqu 'un, toi ? Là.
Là, il est là. Où, là ? Il vient par là.
Je ne vois rien.
Non, par là. Vas -y, là, là, là.
Voilà, approche le bois.
C 'est bon, oui, je l 'ai, je l 'ai.
C 'est bon.
Au revoir !
Il n 'est pas en état de parler, j 'imagine ? Non. Il est encore dans le
mon avis, il va y rester plusieurs jours ou peut -être en sortir en une heure.
On ne sait jamais.
Et sous quel nom est -il inscrit ? Osterlitz.
C 'est le nom du pont sous lequel il était repêché. Il n 'avait sur lui aucun
papier d 'identité.
Et vous pensez qu 'il a quel âge ? Une cinquantaine d 'années.
Il a une chance de s 'en sortir.
Ça, on ne peut pas savoir.
Il a une belle frature du crâne.
Heureusement, très net. Le cerveau n 'a pas été touché.
Cette fracture, il aurait pu se la faire lui -même.
S 'il avait bu en tombant sur le pavé. Oui, mais il n 'était pas ivre.
Il a pris un coup violent sur la tête avec quelque chose de lourd, un marteau,
des montres, des pneus, juste comme ça.
Il a pris plusieurs coups, un seul coup ? Un seul coup, oui.
J 'ai d 'ailleurs pensé qu 'il y avait une bagarre.
Pourquoi ? Il avait une oreille abîmée et des éraflures superficielles sur le
visage.
Mais une fois qu 'il était rasé, j 'ai pu l 'examiner plus attentivement.
Et vous avez changé d 'avis ?
Il y avait du sable dans les plaies du visage.
Je pense qu 'il y en avait par terre.
A mon avis, il a été traité par les pieds.
On peut imaginer qu 'il a été attaqué par un seul homme, puisqu 'il n 'a reçu
'un seul coup.
Son agresseur le croit mort et le tire sur le quai pour le basculer dans la
scène.
Ça se tient ? Tout à fait.
Mais pourquoi s 'attaquer à un clochard ?
C 'est par ici qu 'il habitait le clochard qu 'on a pêché dans la Seine.
T 'as rien vu cette nuit ?
Il est mort ? Encore.
Paul Verlaine.
Monsieur, les oraisons funèbres.
Dérangé comme pour quelqu 'un de la haute. C 'est un vrai toubib, alors.
Un toubib ? C 'est comme ça qu 'on l 'appelle sur les quais, parce qu 'il
instruit.
Tu connaissais son vrai nom ?
Et toi, comment on t 'appelle ? Léa.
Je me souviens de vous.
Je sais qui vous êtes.
Au -delà de la chapelle, il y a quatre ans, dans un camion.
Léa, la petite Léa.
T 'avais fugué de tes parents à Bourgne.
Pour Corbrès.
Je suis majeure, maintenant vous pouvez plus rien faire.
Et tu couches sous les ponts.
Oui, mais je couche avec personne.
Quand j 'en ai marre, je vais prendre mes vacances à l 'armée du Salon.
Et oui, ils étaient là, cette nuit ? Dédé, celui qui est de dos, il était à l
'aide de moi.
L 'autre, il est arrivé ce matin, l 'ambulance était déjà partie.
Dédé, c 'est ton ami ? C 'est tous mes amis.
Je peux l 'avoir, la bouteille ? Le vin sera plus bon quand le tout est rentré.
C 'est marrant, non
? Qu 'est -ce qui est marrant ? Qu 'on prenne la peine d 'assommer un clodo et
de balancer dans la selle.
Très drôle.
Vous êtes chef banloute ? Oui.
Commissaire Maigret. Je peux monter ? Bien sûr.
Mon frère Hubert.
Il y a longtemps que vous êtes amarré ici ? Je suis arrivé hier soir.
Je comptais traverser Paris et m 'arrêter à l 'écluse de Surenne, mais j
un problème de moteur.
Et vous le connaissiez, le clochard que vous avez sorti de l 'eau cette nuit ?
Jamais vu.
Vous l 'aviez pas remarqué sous le pont ? Vous savez, des clochards, il y en a
toujours, on fait pas attention.
Ma femme, Heineke, et ma fille, Yolande.
Vous n 'avez pas quitté le bateau de la soirée ? Non.
On a dîné tous les trois avec ma femme et mon frère.
Après, je suis allé danser à la Bastille, chez Marcel.
Quand je suis rentré, l 'ambulance repartait.
Moi, je suis redescendu voir le moteur. Il y avait une fuite d 'huile, j 'ai
fait la réparation.
Et longtemps après, j 'ai entendu le bruit d 'un moteur.
Comme si une voiture venait se garer près du bateau.
Alors, vous êtes allé voir ?
Tout de suite, il n 'y avait pas de raison.
Après, j 'ai entendu un plouf.
J 'ai passé la tête par les coutilles et j 'ai vu deux hommes juste en dessous.
Ils couraient vers la voiture.
Quel genre de voiture ? Une Peugeot 403 Roule.
Elle était où exactement ? Par là, en bas de la rampe. Elle avait dû arriver
là.
Juste au niveau du réverbère.
Vous n 'avez pas pu noter le numéro d 'immatriculation de la Peugeot ?
Je crois qu 'il y avait deux neufs, et ça finissait par 75.
Il était à quelle heure ? Il passait minuit.
Louis était en pyjama, il avait été réveillé par les cris du type qui était
l 'eau.
Il essayait de le sortir.
Alors j 'ai sauté dans ma barque pour aller l 'aider, et à nous deux, on a pu
secourir.
Ça va. Un petit blanc, tiens.
Vous le connaissez, le cloche -là, qu 'on appelle le tout -vible ? Comment il
? J 'espère qu 'il n 'est pas mort.
Ah, vous êtes heureux ? Un de ses copains qui dort sur le pont est passé
matin. Il prend son vin chez vous ? Oui.
Et il boit beaucoup ? Deux litres par jour, quand il a de l 'argent.
Et où il le trouve ? Ah, où ils le trouvent tous.
Les Halles.
Un petit peu de chiffon, un petit peu de ferraille. Il fait l 'homme sans doute
à l 'occasion.
Mais enfin, de toute façon, lui, je lui fais crédit.
Ah bon, pourquoi ? Il a sauvé ma femme.
C 'est de moi que tu parles ? C 'est vrai qu 'on a essayé de tuer le Toubib ?
Oui. Et vous croyez qu 'il va s 'en tirer ? On ne sait pas encore.
Mais de quoi vous êtes -vous guéri ? Si vous m 'aviez vu il y a deux ans, j
'étais couverte d 'eczéma. J 'avais la figure rouge, vous voyez, boursouflée.
me dégoûtais moi -même.
Ça a duré depuis des mois et des mois. Impossible de la calmer.
Au dispensaire, il me donnait des traitements, des pommades, et encore des
pommades qui sentaient mauvais, et des piqûres et des régimes.
Allez, un petit coup à la santé du tout -vive ? Non, merci, ça va.
Viens avec moi, je vais vous montrer quelque chose.
Un jour, il était assis, justement, dans le coin à côté de la porte.
J 'ai bien senti qu 'il me regardait bizarrement.
Et il me dit, je crois que je peux vous guérir.
Mais comme il m 'aurait dit, un autre verre de vin, s 'il vous plaît.
Alors, je lui ai demandé s 'il était vraiment docteur.
Et il paraît qu 'on ne lui avait pas retiré le droit d 'exercer.
Mais il vous a fait une ordonnance. Vous avez vu son nom ? Ah non, non.
Non, il m 'a demandé 200 francs, si je me souviens bien. Et il est allé lui
-même chez le pharmacien. Il m 'a ramené des poudres à prendre avant les repas.
Et il m 'a recommandé surtout de me laver matin et soir avec une eau très
Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais deux mois après... Ma peau était
redevenue normale.
Et il a soigné d 'autres personnes que vous ? Ça, je sais pas. Il est pas
bavard.
Il vous a jamais raconté sa vie, quand il était médecin ? J 'ai pas l
'impression que le passé l 'intéresse beaucoup.
Quelqu 'un est passé prendre des affaires du clochard à l 'hôtel Dieu ? C
ça qu 'est papier.
Zéro bureau.
C 'est un corps un peu mouillé.
Sterlitz était sans doute médecin avant de finir sous les ponts.
J 'aimerais que tu me fasses toutes les pharmacies qui se trouvent autour du
Bougna, le chaland qui passe.
Il y a deux ans environ, il a commandé une préparation pour une maladie de
Il a dû donner son nom.
Un clochard médecin, ça a dû frapper les esprits.
On s 'occupe de l 'affaire, alors.
Pourquoi ? Une affaire ? Je croyais qu 'il était tombé à l 'eau.
Il n 'est pas tombé à l 'eau tout seul.
J 'ai envie de savoir qui il est.
S 'il meurt, on ne va pas mettre Austerlitz sur sa tombe.
Vous ne croyez pas que c 'est une simple dispute entre clochards ? D 'après le
médecin de l 'hôpital, les blessures ne ressemblent pas à celles d 'une bagarre.
Baptiste, trouve -moi une Peugeot 403 rouge, immatriculée à Paris, avec des
neufs dans le numéro.
Elle se trouvait sur le quai cette nuit.
C 'est peut -être une piste, on ne sait jamais.
Vous voulez que j 'aille prendre la déposition des mariniers qui l 'ont
? Oui, et demandent -leur leur itinéraire quand je sache où les
C 'est peut -être pas l 'affaire du siècle, mais ça m 'agace, cette
Il m 'intrigue, ce bonhomme.
C 'est la première fois que je m 'occupe d 'un clochard, je ne vais pas l
'abandonner.
Bon, ben, je donnerai votre déposition au commissaire.
Moi, j 'ai fini le changement, je pars demain.
Je passe les classes de juisier mercredi.
Il faut 2 ou 3 jours pour arriver à Mantes.
Et Rouen, à la fin de la semaine, c 'est là qu 'on décharge.
De toute façon, si vous voulez nous trouver, on suit la scène. Il ne faut
changer de route.
Il était dans la poche droite du veston.
Je me suis renseigné, il faut que ça ne pleure.
Poche gauche.
Elle est encore humide.
Il n 'y a pas de tabac ? Des mégots de cigarette.
Après leur séjour dans la Seine, ils sont abouillés au fond du sac.
T 'as fait une liste ? La voilà.
Ce reste, ce qui était sous le pont, tu le fais porter à l 'identité judiciaire.
Patron, votre cochard s 'appelle Keller, François Keller.
Le pharmacien se souvient très bien de lui.
J 'ai téléphoné au conseil de l 'Ordre des médecins qui a confirmé. Il exerçait
à Mulhouse, à l 'état de notre cas.
Quelle erreur.
Essaie de savoir s 'il a encore de la famille à Mulhouse.
Bon, rentre chez moi.
Téléphonez -moi s 'il y a du nouveau.
Vous voulez une voiture ? Euh, non.
Non, je vais rentrer à pied.
En longeant un peu la scène.
Allez.
Au revoir. Au revoir.
Salut, chef.
J 'ai fini ma déposition et donné mon itinéraire à votre inspecteur.
Je pars demain à la première heure.
Vous transportez quoi ? De l 'ardoise.
Vous êtes le propriétaire du bateau ? Oui, avec Anker.
Zwarteswan, ça veut dire quoi ? Le signe noir en flamand.
Vous êtes belge ? Moi non, ma femme seulement.
Je travaille en Belgique depuis l 'âge de 13 ans. Je parle les deux langues.
Moi, j 'aimerais bien poser quelques questions à votre femme avant votre
Elle vous comprendra pas, elle parle que le flamand.
Vous pourrez faire une interprète.
Si vous voulez, mais tant qu 'à faire, je préférais qu 'on laisse ma femme en
dehors de tout ça.
Elle est jeune, timide, vous comprenez.
De toute façon, elle a rien vu, elle dormait.
Vous êtes mariés depuis quand ? Deux ans déjà.
Bonjour, patron. J 'ai l 'adresse de Mme Keller.
Il est marié ? Il a même une fille.
Sa femme a quitté Mulhouse il y a 5 ans.
Devinez où elle habite.
À Paris.
À 300 m du pont où dormait Keller.
Intéressant. Conduis -moi chez elle.
Mme Keller vous attend au salon.
Que se passe -t -il ? Vous avez une mauvaise nouvelle à m 'annoncer ? De
'agit -il ? De votre mari, François Keller.
Asseyez -vous.
Alors, vous l 'avez retrouvé ? Je ne l 'ai pas cherché.
Ça, je m 'en doute. Pourquoi l 'auriez -vous fait ? Chacun est libre de vivre
vie comme il l 'entend, n 'est -ce pas ? Je t 'appellerai plus tard, maman.
Tu t 'en vas déjà ? Oui.
Viens, chérie, on va voir les locomotives.
Nana va vous mettre vos manteaux.
Papa nous attend au musée. Au revoir, maman.
Au revoir.
Vous n 'avez pas de pieds, Mme Kelley ? Pourquoi vous me demandez ça ? Vous
auriez pu aller le promener sur les quais. J 'ai horreur des pieds et des
Je n 'aime que les oiseaux.
Vous saviez que votre mari était à Paris ? On me l 'a dit.
Il y a quelques années, un vieil ami de Melouze a croisé Beauvoir Saint -Michel,
un homme sandwich.
Il ressemblait à François.
Il paraît qu 'il a sursauté quand mon ami l 'a appelé.
Et il est allé lui parler ? François, si c 'est lui, l 'a regardé comme s 'il ne
le connaissait pas.
C 'était lui.
Il couche sous le pont d 'Austerlitz.
Et moi qui passe par là plusieurs fois par semaine.
C 'est une curieuse coïncidence, vous ne trouvez pas ?
Pourquoi vous me parlez de mon mari, monsieur Maigret ? Parce qu 'il a été
blessé lundi soir, à deux pas de chez vous.
C 'est grave ? Il a eu une chance de s 'en sortir, mais pour le moment, il n 'a
pas repris connaissance.
Vous êtes sûr qu 'il s 'agit de François ? Pratiquement.
Mais il faudra que vous veniez l 'identifier, quand il n 'aura plus ses
bandages.
En attendant, vous n 'auriez pas gardé une photographie de lui ?
L 'âge de notre mariage peut -être, Grenier. Je chercherai, je vous l
Vous ne vous souvenez pas d 'un signe particulier ? Tâche de naissance,
cicatrice.
Il était brun, bel homme, dans le genre ours, les yeux gris.
Petite cicatrice au -dessus de l 'œil gauche, oui.
Je n 'ai pas revu mon mari depuis qu 'il nous a abandonnés, ma fille et moi, il
y a quinze ans, monsieur Maigret.
J 'aurais pu divorcer, François m 'a écrit pour me le proposer, mais... D 'où
vous écrivait -il ? C 'était une carte postale d 'Afrique.
Il jouait au docteur Schweitzer dans la brousse.
Je l 'ai appris des années plus tard par un ancien gouverneur du Gabon rencontré
chez des amis.
Apparemment, François n 'avait pas trouvé ce qu 'il cherchait là -bas.
Qu 'est -ce qu 'il cherchait ? Si je le savais.
C 'est un idéaliste.
Il voulait monter son hôpital loin de la civilisation.
C 'était mon mari tout craché.
En Afrique, il n 'a pas supporté d 'avoir à rendre des comptes. Il s 'est
boire.
Le climat aussi, peut -être.
Il vivait avec une indigène, une négresse.
Il paraît qu 'il en a eu des enfants.
À Mulhouse, François a passé pour un saint ou pour une tête brûlée.
Je ne le voyais jamais.
Il y avait que ces malades qui comptaient, ils ne payaient pas souvent.
Et s 'ils n 'avaient pas hérité de ma tante, on se serait retrouvés à la rue,
nous aussi.
Mais pourquoi a -t -il quitté Mulhouse ? À cause d 'une injustice flagrante,
monsieur Maigret.
Il voulait devenir médecin des hôpitaux.
Il était fait pour ça.
Il a bu ses dures pendant deux ans pour passer le concours. Et François était le
meilleur, le plus calé à Mulhouse, tout le monde vous le dirait.
C 'est un protégé du grand patron qui a été nommé.
Il n 'y a quand même pas une raison pour tout lâcher.
C 'est mon père, quelques années avant qu 'il nous ait quittés.
Je peux vous l 'emprunter, je vous la rendrai.
Oui.
Il est pas mort ? Non.
Je veux pas en savoir plus, alors.
Vous la gardez tout le temps dans votre sac ? J 'ai peur de... d 'oublier
comment il était.
Déjà que j 'ai oublié de savoir.
Peut -être que je l 'ai croisé sans le savoir.
Ça m 'angoisse qu 'il soit clochard.
Alors je prends jamais le métro, je vais jamais sur les quais.
Vous ne voulez vraiment pas que je vous dise dans quel hôpital on l 'a
transporté ? Non, j 'ai plus de place dans sa vie.
Vous lui en voulez ? Il m 'a pas dit au revoir.
J 'avais 12 ans, un matin je me suis levée, il était plus là, maman m 'a dit
'il était parti en voyage.
Il m 'a manqué.
Ma mère, tout ce qui l 'intéressait, c 'était sortir et faire des réceptions.
Même du temps de votre père ? Dans les deux dernières années, oui.
à cause de l 'héritage.
On s 'attendait pas à avoir autant d 'argent.
C 'était comme gagner à la loterie.
Avant, on habitait dans une petite maison dans un quartier, vous voyez.
Et tout d 'un coup, c 'était l 'hôtel particulier, tout le tralala.
Les bonnes, le préfet, les maires, la ministre... Les perruches. Oui, les
perruches.
Je me suis mariée jeune pour échapper à tout ça, moi aussi.
Il était doux et un peu triste, mon père.
J 'ai toujours mal rasé quand il m 'embrassait la piquette.
Vous voyez cette cicatrice ? C 'est à cause de moi.
Vous êtes fier.
Un jour, on se promenait dans la campagne. Un dimanche, il faisait chaud.
'avais 8 ans.
J 'ai voulu cueillir des coquelicots dans 20 champs.
Il a écarté les fils de fer barbelés pour que je puisse passer.
Il était baissé, son pied a dû glisser et le fil de fer a fait ressort et l 'a
atteint au visage.
Il a gardé la marque.
Finalement, il a quand même emmené un souvenir de moi.
Finalement.
Juliette, excuse -moi, je suis en retard.
Je vous présente mon mari, Pierre Le Terrier, commissaire Maigret.
Commissaire ? Quel est le problème ? Comme vous pouvez le constater, M.
nous forme un couple très uni.
Contrairement à mon père, Pierre ne me lâche jamais.
Vous avez déjà rencontré votre beau -père ? Non.
Il était déjà en Afrique quand il s 'est marié.
Il n 'y est plus ?
Retour du héros fatigué.
On assiste à un nouvel épisode de la saga familiale.
Il est rentré depuis longtemps, depuis des années.
C 'est vrai ? Tu l 'as revu ? En cassette ? C 'est lui que tu vas voir,
quand tu disparais de la maison ? Je ne l 'ai pas revu.
Je ne veux pas le revoir. Je ne veux jamais le revoir.
Où il est ? Chez ma belle -mère ? À l 'hôtel Dieu.
Il est médecin à l 'hôtel -lieu ? Non, il y est soigné.
Il n 'est plus médecin.
Je crois que votre femme et vous, vous avez beaucoup de choses à vous dire.
Vous ne saviez pas que... Ce qu 'il y a à savoir sur cet homme, c 'est qu 'il a
abandonné une petite fille que je m 'épuise à rassurer sans arrêt tous les
jours, bien qu 'elle ait grandi.
Elle reste comme au fond.
Depuis qu 'on est mariés, Julie est fugue.
Une petite fugue de rien du tout.
Son gravité, le dérapage.
Histoire de vérifier que je tiens à elle, que je la retrouve, que je la
Ça entretient la passion.
Allez, on y va.
Venez, les enfants.
Il y a maman qui pleure.
Tu sais, je fais ce que je peux.
Déjà, j 'ai pas de shampoing.
T 'as pensé à ce que je t 'ai dit ?
Ouais, mais j 'ai trouvé personne qui crachait avec ma Bercy.
Même la vieille Lily, tu sais, celle qui était écuyère en son jeune temps.
Je sais qu 'elle fréquentait le Toubib il y a quelques années.
Elle sait rien.
À l 'époque, elle avait pris ses quartiers divers sur la côte.
Mais... J 'ai peut -être un pote qui connaît quelqu 'un qui dormait sous le
pont avec lui.
Je vais m 'en renseigner.
T 'es beau comme un camion.
Le suivant !
Tu préfères militaire ou bohème ? J 'aime pas avoir la boule à zéro.
Tu te mets là.
Je t 'ai emmené deux maïs.
Pas des mégouts, des vrais. C 'est bon.
Il faut chercher du côté de Bercy.
Ici, tout le monde dort, mais on n 'a rien entendu.
Il n 'y avait pas de témoin.
C 'est pas Bercy qui l 'a semé et qui l 'a foutu à la flotte, cet enfant de
salaud. Non.
C 'est quand même bizarre qu 'il ait changé de pont.
Les déménagements, ça plaît à personne. Il faut refaire son trou.
Il y a les anciens locataires qui râlent pour la place.
Pourquoi il est parti ? Il était pas bien là -bas ? Non, je vous parle du
clochard que vous avez admis dans votre service lundi soir.
C 'est bien vous qui l 'avez soigné.
Est -ce que, en lui faisant son pansement, vous avez remarqué s 'il
cicatrice au -dessus de l 'œil ? Non, non, une cicatrice ancienne.
J 'ai vu que l 'on entend vous de la salle d 'attente.
Oui, au -dessus de l 'œil gauche.
Merci.
Quel genre de client ? Le propriétaire de la Peugeot rouge et son ami, le petit
costaud qui était avec lui la nuit de lundi.
Parce qu 'il n 'y a qu 'une 403 rouge dans Paris ? Ah, il y en a trois qui ont
une plaque d 'immatriculation qui correspond.
L 'une est en réparation et l 'autre est à Cannes depuis une semaine avec son
propriétaire.
Tu les as interrogés ? Pas trop, il se peut que ce soit vous qui les voyez vous
-même.
Décidément, je fais tout ici.
Bon, va me les chercher.
M. Jean Bouillaud, agent d 'assurance, et M.
Lucien Ardois, dessinateur industriel.
Priez -vous, monsieur.
L 'un de vous est propriétaire d 'une carte -papera rouge, il paraît.
Oui, moi, je l 'ai achetée l 'hiver dernier.
Vous habitez où, M. Guillaume ? 21 rue de Turène.
Et vous, M. Erdogan ? J 'habite la même maison.
À l 'étage au -dessus de nous.
Vous êtes marié ? C 'est célibataire.
Moi, je suis marié et j 'ai deux enfants.
Vous êtes amis ? Très bons amis, oui.
Vous connaissez M.
Keller ?
Qui c 'est ? Il a été longtemps médecin à Mulhouse.
Mais j 'ai jamais mis les pieds à Mulhouse.
Il a dit qu 'il me connaissait ? Bon, racontez -moi un peu ce que vous avez
lundi soir.
Comme je l 'ai dit à votre inspecteur, je me doutais pas que c 'était interdit.
Non, mais racontez -moi exactement ce que vous avez fait.
On verra après ce qui est interdit ou ce qui est permis.
Quand je suis rentré de ma tournée, vers 8 heures, ma femme m 'a pris dans un
coin pour pas que les enfants entendent.
Et elle m 'a annoncé que Nestor était en train de mourir.
Qui est Nestor ? C 'est son chien.
Un énorme chien.
Depuis quelques semaines, il était paralysé.
J 'avais proposé de le conduire chez le vétérinaire pour le faire piquer, mais
ma femme voulait pas.
Nestor est mort chez moi.
C 'est vrai.
Quand je suis rentré, lundi, c 'était la fin.
Pour pas que les enfants envoient ce spectacle, ma femme avait appelé Lucien
l 'avait aidé à transporter Nestor dans son appartement.
Je suis vite monté.
On a passé plus de deux heures à le regarder mourir.
Le vétérinaire était pas là, il était au théâtre.
Je me suis assis par terre.
Nestor a posé sa tête sur mes genoux.
Il... Il est mort à 10h30.
On s 'est demandé quoi faire du cadavre. Vous n 'avez pas idée de la taille de
Nestor. Nous avons pensé à... À le jeter dans la Seine.
Alors j 'ai été chercher un sac de pommes de terre, mais les pattes
On a eu du mal à le descendre.
La concierge nous a tenu la porte et on l 'a mis dans le coffre de ma voiture.
Il était quel heure ? 11h10.
Il y a une horloge dans la loge de la concierge.
Et ensuite, vous êtes descendu directement au pont d 'Austerlitz ? Bah
d 'avant est plus près.
C 'est le pont de Sully, je crois.
On a mis cinq minutes pour y arriver.
Il n 'y avait personne.
On a pris le sac et puis on l 'a jeté dans l 'eau.
Il n 'y avait pas une péniche un peu plus loin ? Oui, si, c 'est vrai. Même
'il y avait de la lumière à l 'intérieur.
Vous avez vu le marinier ? Non.
Et vous n 'êtes pas allé du tout jusqu 'au pont d 'Austerlitz ? Non, on est
resté près de la voiture.
Et après ? On est reparti.
J 'étais pas dans mon assiette.
Nestor, c 'était presque de la famille, vous comprenez.
Alors j 'ai proposé à Lucien d 'aller boire un verre avant de rentrer pour se
remonter le moral.
Place des Vosges.
Jusqu 'à quelle heure ? Le patron nous a mis à la porte un peu après minuit.
Vous êtes rentré chez vous, à ce moment -là ? Non, plus... plus tard.
On est rentrés vers 1h du matin.
On a encore été cuiver quelques verres, place de la République.
Vous n 'allez pas retourner au bord de la Seine ? Non, jamais. Pour quoi faire
La pêche est bonne ? Pas mal.
Ça fait la manche ?
Non, j 'ai un meilleur truc.
Je me plante à l 'entrée d 'un resto chic, bien poliment, je pousse la porte
tambour quand quelqu 'un rentre ou sort.
Chaque fois, j 'ai le droit à un pourliche, comme si je faisais partie de
maison.
Groume, quoi.
C 'est le tout -bib qui m 'a donné la combine.
Et le tout -bib, il fait le portier aussi ? Ah, c 'est pas son genre.
Vous avez des nouvelles ? Non.
J 'ai voulu aller le voir à l 'hosto, mais ils m 'ont pas laissé passer.
J 'ai pas ce qu 'ils croient. J 'ai pas la peste et le choléra, moi.
Et l 'autre péniche, elle est partie ? Oui, ils sont partis sur Mars ce matin.
Pourquoi tu dis ça ? Parce qu 'ils ont l 'air de martiens, tous les quatre.
Même le bébé.
Ils parlent dans une autre langue.
C 'est du flamand.
Mais non, je parle pas de cette langue -là.
Vous avez pas remarqué ? Ils communiquent par transmission de pensée.
Rien qu 'en souriant ou en se parlant, il s 'envoie des signaux.
Peut -être.
Vous l 'aimez bien, le tout -vivant.
Et toi ? Il a mal ? Non, il fait des piqûres de
calmant. Ce que je me demande, c 'est de quoi il est coupable.
Forcément, il a fait ou su ou vu quelque chose qui...
à pousser quelqu 'un à vouloir le tuer, mais quoi ? T 'as une idée, toi ?
Non.
Et puis je me mêle pas des affaires des autres.
Ici, chacun est libre de faire ce qu 'il veut, sinon ça vaut pas le coup d
'habiter tous les ponts.
Chez mes vieux, j 'avais un bon lit et des repas chauds.
Mais mon père... Mon père, c 'est pas quelqu 'un de bien, donc.
Mais qu 'est -ce qu 'il t 'a fait, ton père ? Ben, j 'ai pas envie d 'en
Il vous l 'a dit qu 'il avait une fille, le Toubib ? Oui.
Quand je l 'ai connu, il y a deux ans, il vivait sous le pont de Bercy.
Puis il a déménagé tout d 'un coup sans prévenir personne.
Je l 'ai cherché partout.
J 'ai fini par le retrouver et puis c 'est à ce moment -là qu 'il me l 'a dit
'il avait une fille.
Ah.
Il parle pas beaucoup, le Toubib.
Non. Mais ça me réconcilie.
Avec ton père ? Oh, je sais pas, avec moi.
Et lui ? Le Toubib ? Vous voulez savoir si je rappelle sa fille, mais j 'en sais
rien, moi. J'sais même pas à quoi elle ressemble, sa fille.
Puis j 'en ai rien à fiche, de toute façon.
Elle te ressemble pas.
J 'en ai rien à tirer des autres.
En tout cas, s 'il a vraiment été tout vive.
Peut -être qu 'il a été riche dans toute notre vie, même s 'il dormait sous les
ponts. Peut -être même qu 'il est encore.
Allez, salut.
Vous allez mieux ? Vous m 'entendez, docteur Keller ? Vous vous souvenez de
qui vous est arrivé lundi soir ?
Il est encore sous l 'effet des calmants, vous savez. Je ne pense pas qu
comprenne la moitié de ce que vous dites.
Ne restez pas trop longtemps.
Vous
dormiez
quand on vous a attaqué ?
Je m 'appelle Maigret.
Je dirige la brigade criminelle de la PJ.
J 'essaie de comprendre ce qui vous est arrivé.
J 'ai vu les mariniers qui vous ont sortis de l 'eau.
J 'ai vu aussi votre femme et votre fille.
Vous ne pouvez pas parler ? Vous vous rendez compte quand on vous parle ?
Ça vous gêne que je vous interroge dans cette salle avec tous ces manages autour
qui nous écoutent ? J 'aurais préféré que vous soyez dans une chambre seule,
mais ça posait trop de problèmes administratifs.
Si vous aviez été l 'assassin au lieu de la victime, on aurait pu prendre un peu
d 'argent sur notre budget.
J 'ai fait venir votre femme.
Il faut qu 'elle vous identifie.
Ça vous en est ?
Il
a repris connaissance ? Je pense, mais il ne parle toujours pas.
Je dois faire.
Il faut que je lui parle.
Vous le reconnaissez ? Oui, c 'est lui.
Il a beaucoup changé, mais c 'est lui.
Bonsoir.
Bonjour.
Je ne doutais pas qu 'on se reverrait dans de si tristes circonstances.
Est -ce que je peux t 'aider ?
Je
vous remercie.
J 'ai fait ramasser toutes vos affaires sur le quai.
La poussette, tout ce qu 'il y a dedans,
le petit cheval.
On vous les rendra quand vous sortirez d 'ici.
On va toucher à rien.
Et puis j 'ai fait le nécessaire aussi pour qu 'on vous fasse vite des papiers
'identité.
Je vous l 'avais chipé.
Je vous l 'envoie.
Je m 'étais planquée.
Comment il va ? Pas mal.
Il est sorti du coma.
Vous l 'avez dit, bonjour de ma part ? Oui.
Ça lui a fait plaisir.
Qu 'est -ce qu 'il a dit ? Oh, rien, il parle pas.
Il a décidé de se taire.
Et il est du genre à pouvoir se taire longtemps.
Pourquoi ? Il protège peut -être quelqu 'un.
Qui ? Ah, est -ce que je sais ? Sa femme.
Toi, peut -être.
Ça va pas.
Vous êtes complètement fêlés, vous ! Qu 'est -ce que vous faites, là ?
Bonjour,
M. Maigret.
Vous voulez que je vous accompagne jusqu 'à votre père ? Non.
C 'est mon mari.
Ça me semblait bien qu 'elle se décide de le voir au moins une fois.
Ça lui éviterait les cauchemars.
Puis ça doit être moins terrible qu 'elle ne l 'imagine.
Et après ? Après, tu verras bien.
Tu décideras si oui ou non tu veux renouer avec lui.
Affronter un peu la réalité.
Le problème, c 'est que lui, ça ne l 'intéresse pas du tout de me retrouver.
Tu comprends ? Je n 'ai pas envie d 'être rejetée une deuxième fois.
Je t 'attends dans la voiture.
Essaye de la convaincre, commissaire.
Ah, au fait, on va parler de mon beau -père dans les journaux.
De l 'événement, peut -être, mais on ne citera pas de nom.
Tant mieux, je préfère.
C 'est déjà assez compliqué comme fin.
Autant que ce soit clair, monsieur Maigret, mon mari me suffit largement.
La famille, c 'est lui.
Il est tout pour moi. Un père, un amant, un frère, un ami.
Un ennemi ? Oui, aussi, parfois.
Pratique.
Aucun autre homme ne compte pour moi.
Pourquoi êtes -vous venu ici, alors ? Parce que Pierre est né.
Il est têtu et je n 'aime pas les disputes.
On peut sortir par la rue d 'Arcole, s 'il vous plaît ? Oui, prenez la porte au
fond. Vous avez vu ma mère ? Ça n 'a pas
été trop dur pour elle, cette rencontre ? Elle est assez forte pour tenir le
choc.
Vous remarquerez que je ne vous demande pas comment il est, mais comment il va.
Oui, normal.
D 'ailleurs, je ne vous le dirai pas, puisque ça ne vous intéresse pas.
Ça ne m 'intéresse pas, non, de retrouver une loque.
Je préfère les souvenirs.
Droit ? Oui, tout à fait.
Parlons d 'autre chose.
De quoi ? De votre mère, justement.
J 'adore les histoires de famille.
J 'aurais dû mourir en Afrique en attrapant la malaria.
J 'aurais une belle histoire à raconter à mes enfants.
Hier, Vous m 'avez dit que votre mère ne s 'attendait pas à avoir autant d
'argent. Pourquoi ? Elle n 'aurait pas dû hériter ? En fait, ma mère avait une
tante qui était infirmière à Strasbourg.
Et elle a épousé un ferrailleur qu 'elle avait soigné à l 'hôpital.
Il s 'appelait Lemke.
Il n 'avait pas bonne réputation.
Alors après la guerre, ils se sont enfuis en Amérique du Sud.
Lemke avait pas mal fricoté avec les Allemands.
C 'est comme ça qu 'il a amassé une fortune colossale.
Et ensuite ? Ensuite, un jour, on a appris qu 'ils étaient dans un avion qui
'est écrasé dans la cordillère des Andes.
Il n 'y avait aucun survivant.
Alors, normalement, l 'argent de Lemke aurait dû aller à sa famille, à lui.
Mais quand le mari et la femme meurent ensemble dans un accident... La loi
considère que c 'est la femme qui a survécu, ne serait -ce que de quelques
secondes.
Vous avez la peau plus dure que nous.
Donc, votre grand -tante a hérité de son mari.
Voilà. Et ensuite, la fortune est allée à ma mère.
Puisqu 'elle était sa seule parente.
Et quand ils se sont connus, vos parents n 'avaient d 'argent ni l 'un ni l
'autre.
Ils se sont donc mariés sous le régime de la communauté.
Non.
Ils se sont mariés sous le régime de la séparation de biens.
Vous en êtes sûre ? Oui, j 'en suis sûre.
Quand je me suis mariée, on en a parlé avec le notaire.
Maman vous le confirmera.
C 'est pas indiscret de vous demander le nom de ce notaire ? Maître Préjean a
mis.
Vous savez, mon père n 'avait pas le goût de l 'argent.
Surtout pas de cet argent -là.
Un argent sale.
Jamais il n 'aurait réclamé sa part.
Vous me filez un peu de tabac ? Tu es plus fâché ?
Tiens.
Pourquoi tuer un clochard ? C 'est pas un crime sadique.
C 'est même pas chargé sur lui.
Vous l 'enterrez vite, il est pas encore mort.
Ça, tu l 'as dit.
C 'est un crime sans victime.
Sans meurtrier et sans mobile, en plus.
C 'est vraiment que moi que ça intéresse.
C 'est pas sa femme, par hasard.
Ça m 'arrangerait bien, mais... elle a aucune raison de lui en vouloir.
Apparemment, c 'est elle qui a l 'argent.
C 'est peut -être une vengeance.
Ça m 'étonnerait.
Tu n 'es pas un violent, le Toubib.
Je ne vois pas clair.
Ça m 'énerve.
Parce que vous ne regardez pas dans la bonne direction.
Vous êtes comme les autres, vous êtes de l 'autre côté de la barrière.
Qu 'est -ce que tu veux dire ? Quand on vit sous les ponts, personne ne nous
voit. On est invisibles.
Mais nous, on voit tout.
À force de regarder passer et repasser les bateaux, on finit par connaître les
gens qui sont dessus.
On sait des tas de trucs sur eux.
Tu l 'avais déjà vu, la péniche belge, là ? Le Zwaterzoon ? Oui, des tas de
fois. Du temps du vieux, quand le Toubib crèche encore à Bercy.
Le vieux ? Quel vieux ? Le patron d 'avant.
Et donc, ça, c 'est Romul.
Tu veux une tarte aux pommes ? C 'est bien.
La tarte.
Qu 'est -ce que vous voulez en échange du dessert ? Si tu en as, je suis
toujours preneur.
J 'aurais pu économiser vos sous. J 'aurais des explications.
On aurait dit que les pommes faisaient notre enquête.
Ah bon ?
Pour le moment, il n 'y a pas grand -chose.
Vous avez des enfants, vous ? Non, je n 'ai pas cette chance.
C 'est dommage.
Pourquoi ? Qu 'est -ce qui est dommage ? Vous avez faim, mon père ? Ne rigolez
pas, c 'est vrai.
Vous êtes grands, vous fumez la pipe.
C 'est bon.
Vous voulez pas m 'adopter ?
Mme
Guillaume ? Oui, c 'est moi. J 'aimerais vous poser quelques questions.
Oui, entrez.
Entrez, il est pas méchant.
Ça mange, hein ? C 'est fou ce que ça mange, un chien de cette taille. Des
de viande.
Je mélange avec du riz, des pâtes, comme pour les enfants.
Vos enfants mangent la même chose ? Ah oui, c 'est plus pratique. S 'il faut
faire un menu à chacun, on s 'en sort plus.
Et puis vous savez, un chien, quand on les aime, c 'est comme un enfant de
Ah mais, je croyais que votre chien était mort.
Excusez -moi.
C 'est plus fort que moi.
J 'ai tellement aimé Nestor.
Je l 'ai doré au biberon.
Mais ce chien -là, il s 'appelle comment ? Nestor ! Nestor Junior ! Il s
'appelle Nestor ! Nestor Junior, vous l 'avez depuis quand ? Hier.
On est allés l 'acheter hier, juste après la mort de l 'autre Nestor.
Madame Guillot, qu 'est -ce que vous avez fait du cadavre de l 'autre chien,
vieux ? Mon mari, Jean, et notre ami, Lucien Ardouin, qui habite à l 'étage au
-dessus, L 'ont mis dans la voiture et... Et c 'était terrible.
Parce qu 'il rentrait pas dans le coffre complètement.
Et qu 'est -ce qu 'ils en ont fait ? Ils m 'ont dit qu 'ils l 'avaient jeté dans
la scène.
Pauvre nénesse.
Votre mari et son amie, ils sont rentrés tard ? Très tard.
Je le sais parce que je... J 'avais fini par réussir à m 'endormir.
Je ne sais pas à quelle heure il était, mais il s 'est cogné dans la porte en
rentrant.
J 'étais un peu éméchée, mais ça ne lui arrive jamais.
Il ne boit pas d 'alcool.
Mais c 'était pour surmonter le moral.
La femme de l 'assureur en pleure encore.
Sinon, on les a vues place des Vosges, place de la République.
La concierge a vu le cadavre dans le coffre. Enfin, tout concorde, l 'heure
aussi. Oui, tout concorde, tout concorde, sauf l 'histoire des ponts.
J 'ai vu en août, le patron du Waterzone a vu la Peugeot descendre la rampe au
pont d 'Austerlitz.
Et eux disent que c 'est au pont de Sully.
Si t 'as rien de mieux à faire, j 'aimerais que t 'ailles fouiller un peu
les archives.
Voir si c 'est pas passé quelque chose, je sais pas quoi, du côté de Bercy, il y
a deux ou trois ans.
Merci. Vos entrepôts ? Oui, peut -être. Ou sur les quais, enfin, par là.
Ne me demande pas ce que je cherche, j 'en sais rien.
Christiani, t 'as trouvé le numéro de téléphone de Maître Prigent à Mulhouse ?
Comment, le secret professionnel ? Non, je vous signale qu 'il s 'agit d 'un
meurtre.
Bon, écoutez, on perd du temps.
Vous voulez que je demande au juge une commission rangatoire ?
Bonjour, merci.
On s 'y confirme qu 'ils sont mariés sous la séparation de biens.
Mme Keller a tort de cause.
Quelqu 'un de vous connaît bien la scène ? En amont ou en aval de Paris ? En
aval. Peut -être Poissy ou plus loin, même.
Oui ? Ah, vous le confirmez ?
Mme Keller, la seule héritière ? Je vous remercie.
Voilà une affaire réglée.
Si elle est la seule héritière, elle n 'a aucune raison de le tuer.
Il y a combien de temps à peu près ? Une demi -heure.
Juste là, là -bas.
Ils sont passés, il y a une demi -heure environ. Le Zwartezwand va à 10 km
heure, même plus, donc ils doivent être à la hauteur de Judier.
Faut que je vous parle.
Coupez le moteur.
Qu 'est -ce que vous voulez encore ? Vous voyez qu 'on arrête un bateau comme
n 'importe où ? C 'est le meilleur moyen d 'avoir un accident.
J 'ai besoin de vous parler.
Vous m 'avez déjà parlé autant que vous avez voulu à Paris.
J 'ai plus rien à vous dire, moi.
Vous préférez que je vous convoque à mon bureau ?
J 'ai une cargaison à livrer. Vous comptez nous garder longtemps ici ? Je
sais pas encore.
Je dois être à Mantes avant le coucher du soleil. Je ne peux pas rester la nuit
ici.
Allez -y.
Continuez jusqu 'à Mantes.
Vous voulez venir avec nous ? Pourquoi pas ? J 'ai tout mon temps.
Christianie, tu continues en voiture ?
Vous avez bien dit que la voiture était rouge ? Pour être rouge, elle était
rouge, oui.
Et où étiez -vous quand vous avez entendu les bruits sur le quai ?
Vous répariez votre moteur, je crois.
Écoutez, on va pas recommencer.
Vous me les avez déjà posées, ces questions, et votre inspecteur est venu
faire signer ma déposition.
Alors relisez -la.
Vous cherchez à me piéger ou quoi ? Je dirais rien de plus.
Parce que si je me trompe, vous allez penser que j 'ai menti la première fois.
On a trouvé les deux hommes à la 403 rouge.
Alors allez les interroger.
Ah, c 'est fait.
Ils disent que c 'est pas à minuit, mais à 11h30 à peine qu 'ils sont arrivés
sur le quai.
Peut -être que leur montre retardait ? Non, on a vérifié leur témoignage. À
minuit, ils se trouvaient dans un café Place des Vosges.
Venez à l 'intérieur, on sera plus tranquille pour parler.
C 'est votre père ? C 'est le père d 'Enke.
Votre père aussi était marinier ? Des bardeurs à Dunkerque et à Anvers.
Un métier de chien.
L 'autre matin, vous m 'avez dit que... Non, je joue pas.
Relisez le papier que j 'ai signé.
Et si je m 'aperçois que vos déclarations sont pas exactes ? L 'autre
vous m 'avez dit que vous avez vu les deux hommes revenir sous le pont d
'Austerlitz.
Relisez le papier.
Non, c 'est embêtant, parce qu 'eux prétendent qu 'ils sont descendus au
Suldi et qu 'ils sont jamais allés jusqu 'à votre bateau.
C 'est leur parole contre la mienne.
Et comment se fait -il que votre bateau est un non flamand ? Ça fait déjà comme
ça avant.
Ça me plaisait, j 'ai gardé le nom.
Votre frère Hubert est
copropriétaire du bateau avec vous ? Non.
C 'est votre employé ? Si vous voulez.
Depuis longtemps ? À peu près deux ans.
Et pourquoi vous l 'avez fait venir auprès de vous ? Parce que j 'avais
de quelqu 'un pour m 'aider.
Le bateau est grand.
Et avant ? Avant quoi ? Avant que vous fassiez venir votre frère, qui est -ce
qui vous aidait ? C 'était moi.
Vous étiez le macho ?
Mécanicien.
Mais qui était le patron, là ? Mais qu 'est -ce que ça a à voir avec ma vie
privée, le clochard, la peugeot rouge, je ne sais quoi encore.
Ça ne regarde que moi, vous n 'avez pas le droit de fouiller dans ma vie comme
ça. Pourquoi vous ne répondez pas tout simplement à mes questions ? Ce sont des
questions de simple routine.
Je vous vois venir, vous essayez de m 'embrouiller.
Moi, non.
Je fais mon métier.
J 'essaie de connaître la vérité.
Alors, c 'est le père d 'Anke qui était propriétaire du water zone.
Un flamand.
Comment s 'appelait -il ? Pilems.
Il m 'a engagé quand sa femme est morte.
Il n 'avait pas de fils ? Non.
Il conduisait le bateau en famille et quand la mère est morte, ils ont eu
de quelqu 'un pour les aider.
Quel âge avait Anke à l 'époque ? Je ne sais pas.
Ralentis un peu avant l 'écluse.
Vous êtes tout de suite tombé amoureux d 'Anneke ? Oui, dès que je l 'ai vue.
Et vous vous êtes marié ? Un an plus tard.
Et le vieux Willems, il est mort quand ? Six semaines avant notre mariage.
Il savait que vous vous aviez ? Il était au point de votre prochain mariage ?
Vous vous cachiez de lui ?
J 'aimerais que vous posiez la question à votre femme.
Pourquoi ? Faites -le, sinon je vais venir à l 'interprète.
Qu 'est -ce qu 'elle dit ? Qu 'il n 'y avait plus assez de cachette sur le
bateau et qu 'il était temps que je lui passe la bague au doigt.
Ça veut dire quoi ? Qu 'il n 'est pas au courant ? Je l 'ai épousé ou je ne l
'ai pas épousé ? Vous l 'avez épousé quand il est mort.
Ce n 'est pas ma faute s 'il est mort.
On arrive à l 'écluse.
Mon frère va avoir besoin de moi pour la manœuvre.
Vous m 'avez pas dit quoi ? Il est mort, Williams ? Il était malade ? Non. Pour
moi, ce serait une maladie d 'être saoul tous les soirs.
Il a eu une crise de délirium ? Il a pas eu de crise. Il était tellement saoul
qu 'il est tombé.
Dans l 'eau ? Ah oui, dans l 'eau.
Ça s 'est passé à Paris ? Oui.
C 'est toujours pendant notre passage à Paris qu 'il buvait le plus.
Pourquoi ? Il a retrouvé une femme.
On passait toute la nuit à faire la fête ensemble.
Vous connaissez son nom, cette femme ? Ni son nom, ni son adresse.
Vous les avez jamais vus ensemble ? Je les ai rencontrés.
Une fois, je les ai vus entrer dans un hôtel.
Hanke ne le sait pas.
Il y a beaucoup de choses qu 'Hanke ne sait pas.
Elle ne sait pas non plus comment son père est mort.
Vous la reconnaîtriez, cette femme ? Pas sûr.
Elle n 'était pas avec Willem ce moment de l 'accident ? J 'en sais rien, j
'étais pas là.
Vous étiez où ? Dans mon lit.
Bon, maintenant j 'espère que vous allez nous laisser souper parce que moi je me
lève à 5h demain.
Monsieur Hubert, vous voulez venir, s 'il vous plaît ? À la mort de
Willem, vous avez rejoint votre frère à Paris ? Oui, il était amarré au pont de
Bercy.
Au pont de Bercy ? C 'était tout de suite après l 'accident ? Oui, enfin,
ou trois jours plus tard, peut -être.
Je suppose que vous ne savez rien.
Sur quoi ? Sur ce qui s 'est passé lundi soir ? Non, sur la mort du vieux
Willem. J 'étais en Belgique quand Jeff m 'a envoyé un télégramme.
Hubert, tu viens ? On peut dîner, oui ou non ? Ah, j 'ai peur que non, monsieur
Vornout.
Je vous emmène au quai des Orfèvres pour suivre cet entretien.
Tout de suite, vous m 'arrêtez ? J 'ai besoin de vous confronter avec un témoin
intransportable.
Le clochard que vous avez sorti de l 'eau.
Je le connais pas.
Il a appelé au secours, je l 'ai sauvé, c 'est tout.
On va mieux faire de le laisser crever, celui -là.
D 'accord, je vais lui le dire, oui.
Bon, salut, Baptiste.
Patron,
Baptiste, il a bien vérifié la libide Hubert Van Hout.
Il était bien au bas de la Bastille.
Mais ce qu 'il n 'a pas dit, c 'est qu 'il en est parti quand une jeune fille
blonde est venue le chercher.
Une blonde ? Oui, très jeune, aux yeux clairs.
Ah, les clairs ? Ça lui ressemble.
Enfin, le patron et le claveur ne l 'avaient jamais vu. Ils connaissent pas
nom.
Tu le surveilleras un peu.
Quand est -ce que je pourrais revenir sur mon bateau ? Demain, peut -être.
Mais si c 'est pas demain ? Alors là, ça dépend de vous.
Arrête, Jeff, ça sert à rien.
Calmez -vous, je vous mets des menottes.
Ça va, c 'est bon, c 'est bon.
Rassurez -vous, il n 'a rien.
Vous parlez flamand ? Venez.
De quoi avez -vous peur ? C 'est la violence qui vous fait peur ?
Quand on vous a battus, et que
Jeff vous défendait,
Pourquoi elle est venue vous chercher au bal ? Elle n 'est pas venue, je ne l
'ai pas vue.
Ah bon, et qui était la jeune fille blonde alors ? Vous êtes son amant ? Ça
va pas dire ça, vous êtes fou.
Sur une péniche, il n 'y a pas de secret.
Vous croyez que Jeff fermerait les yeux ?
Elle vous ressemble, votre fille ? Qu 'est -ce que vous avez vu l 'autre soir,
Mickey ? Vous parlez un petit peu français depuis le temps que vous
pays.
Vous l 'avez reconnu, le clochard.
Vous avez vu Jeff aller vers lui.
Bon, c 'est pas grave.
Je reviendrai.
Tu feras monter des sandwichs et de la bière ? Par ici, monsieur.
Allô ? Oui, c 'est moi.
Dis donc, je vais pas rentrer dîner.
J 'en ai pour une bonne partie la nuit.
Ah, c 'est ça.
Allez, dors bien.
T 'as trouvé quelque chose sur Bercy ? Oui et non. Une bagarre au couteau dans
un entrepôt de vin.
Un accident a pris une péniche, une noyade, mais le type avait picolé.
Une péniche ? Quelle péniche ? J 'ai pas trouvé le nom.
Par contre, le marinier s 'appelait... Williams ? Comment vous le savez ?
Vous avez vu Willems dans l 'eau ? Je n 'ai rien vu, j 'ai entendu remuer.
Il ne savait pas nager ? Il savait nager, il faut croire qu 'il n 'a pas pu
faire.
Alors vous allez sauter dans la barque ? Comme lundi, avec le clochard ? Oui,
mais je n 'arrivais pas à l 'attraper. Il m 'a fallu dix bonnes minutes avant
le repêcher.
Et il était mort quand vous l 'avez senti ? Je ne savais pas s 'il était
mort. Il était tout violet.
On a appelé les pompiers et la police est venue.
Ça s 'est passé où exactement ? On avait chargé du vin à Mâcon et on le
déchargeait à Bercy.
Et un mois plus tard, vous épousiez Anneke.
On n 'aurait pas été convenable de vivre à deux à bord sans se marier.
Où ? À Bercy.
Qui a vu l 'accident ? Personne, à part moi et Anneke.
Mais c 'était déjà trop tard, je vous l 'ai déjà dit.
Il y avait bien des clochards qui dormaient sous le pont.
J 'en sais rien, j 'ai rien remarqué.
C 'est curieux, hein ? François Keller, dit le Toubib, avait l 'habitude de
dormir sous ce pont, à l 'époque.
Je ne le connais pas.
Mais si, c 'est le clochard que vous avez sorti de l 'eau.
Excusez -moi.
Oui ? Je cherche François Keller.
Vous savez où il est ? Il est assis là -bas.
Il a déjà une visite.
Ça finit.
Ça finit.
On se connaît ? Non.
Alors qu 'est -ce que tu me veux ? Et si c 'est pour une passe, tu t 'es trompée
d 'adresse.
Allez, fous le camp ! Non mais c 'est pas ça, je voudrais vous parler. Je ne
suis pas l 'abbé Pierre.
Dis donc, tu n 'es pas à la rue ? Tu as du pognon ?
Quoi ? Flic ? Assistante sociale ? Non, je vous assure que ce
n 'est pas ça. C 'est quoi alors ?
Excusez -moi, je pensais vous connaître. En fait, je me suis trompée.
Je crois que je comprends.
C 'est un milieu dur, les mariniers.
Vous avez dû en voir à 13 ans avec certains patrons.
Et le vieux Louis Lems n 'était pas un ange non plus.
Il buvait.
Il était au brutal ? Sans Hanke, vous seriez jamais resté sur le water
zone.
Il était le boss et il tenait à ce que tout le monde le sache.
Il était propriétaire d 'un beau bateau. Il n 'avait pas envie que sa fille
épouse un garçon sans le sourd.
C 'est ça.
Et quand il buvait, il devenait méchant et violent.
Si vous croyez que je suis du genre à laisser bousculer...
On ne sait pas sur vous qu 'il levait la main. C 'est sur sa fille.
Vrai ou faux ? Un soir, ils vous ont surpris ensemble, tous les deux.
Il est entré dans une colère terrible.
Il vous a franqué à la porte.
Peut -être il a battu sa fille.
C 'est un roman, ce n 'est pas mon histoire.
À votre place, c 'est l 'histoire que je choisirais.
C 'était un accident.
Un accident, un accident.
Disons que vous n 'êtes pas précipité à son secours.
À moins que ce ne soit un peu plus grave.
Et que vous l 'ayez attendu pour le pousser.
Dans son procès verbal, la police ne fait pas mention d 'un meurtre.
Alors pourquoi vous voulez me le mettre sur le dos ? Parce que c 'est la seule
façon d 'expliquer la deuxième tentative de meurtre.
Mais revenons il y a deux ans.
Vous l 'avez aperçu le clochard.
que quand on a sorti Williams de l 'eau.
Oui, ça a dû se passer comme ça.
À ce moment -là, il s 'est avancé.
Il vous a regardé.
Mais il n 'a rien dit à la police.
Les clochards n 'aiment pas se mêler des affaires des autres. Ils ont une idée
bien à eux de la justice.
Bref, vous épousez Annequin.
Vous devenez à votre tour le patron du bateau.
Vous êtes enfin heureux.
Je parie qu 'après ça, vous avez évité de vous amarrer à Bercy.
Faux. Je me suis arrêté au moins trois fois.
Parce que le clochard n 'y était plus.
Il avait déménagé.
Ça a dû vous faire un choc, là, d 'histoire, quand vous l 'avez vu
devant le bateau, deux ans après.
Vous avez eu peur, hein ? Vous avez compris qu 'il serait toujours une
pour ouvrir votre petite famille.
Et je l 'ai balancé à l 'eau lui aussi, c 'est ça ? Ça vous avait plutôt réussi
la première fois.
Manque de chance, celui -là s 'est mis à crier.
Vous savez la faute que vous avez commise, Jeff ? Oui, d 'avoir sauvé cet
D 'abord, oui, mais ça vous l 'avez pas fait exprès.
Ah bon ? J 'étais somnambule quand j 'ai détaché la barque ? Vous oubliez que le
patron du Poitou a entendu les cris, vous n 'aviez pas le choix.
Les deux hommes à la Peugeot rouge ne sont jamais passés devant votre péniche.
C 'est ça la faute que vous avez commise.
Vous étiez plus loin.
Et vous n 'étiez pas en train de réparer votre moteur parce que vous n 'auriez
pas pu les apercevoir.
Vous étiez sur le pont ou sur le quai.
Vous les avez vus jeter leur chien à l 'eau.
Et vous m 'avez resservi leur histoire en pensant qu 'on ne retrouverait jamais
la voiture.
Remarquez.
Je ne pense pas que vous ayez prémédité de tuer.
De tuer qui ? Vilaine sur le cochard. Parce que maintenant, ça fait deux
Et demain, il y en aura peut -être trois ou quatre ou cinq.
Apparemment, ça ne vous est pas difficile d 'en rajouter.
Venez.
Vous la connaissez ? Ce sont les deux hommes que vous avez vus partir en
rouge.
C 'est pas pareil de voir des gens la nuit sur un quai mal éclairé et dans un
bureau. Ils correspondent à votre description.
En plus, ils étaient sur le quai ce soir -là.
Vous pouvez nous dire ce que vous avez fait, monsieur ? On est descendus sur le
quai avec la voiture.
On a pris le chien dans le coffre. Il était dans un sac.
Il était lourd ? Aussi lourd qu 'un homme.
C 'était un homme ou c 'était un chien dans le sac ? Un chien. Un chien ?
Et il y avait une péniche au bord du quai ? Oui.
Et vous êtes allés tous les deux jusqu 'au pont d 'Austerlitz ? Non ! Pourquoi
faire ? On était près du pont de Sully.
Ah, mais monsieur, ici présent, dit le contraire.
Il a dit qu 'il nous a vus aller vers le pont d 'Austerlitz ? Non, pas
exactement. Il vous a vus en revenir en longeant la péniche.
C 'est pas possible.
On a jeté le chien loin du bateau.
Même qu 'on a eu peur ? De tomber dans la flotte.
Vous entendez, Jeff ?
C 'est son histoire.
Racontez votre histoire. Il y a peut -être d 'autres histoires.
Oui, il y a d 'autres histoires.
Approchez.
Je vais haut.
Qu 'est -ce que je dois faire ? Vous le reconnaissez ? C 'est celui que j 'ai
sorti de l 'eau ?
Oui, je crois que je le reconnais.
Il avait une barbe.
Et vous, M. Kader, vous le reconnaissez aussi ?
Non.
C 'est un des deux mariniers qui vous a sorti de l 'eau.
Rien.
C 'est lui aussi.
Je m 'en suis de plus en plus sûr.
qui vous a assommé avant de vous jeter dans la Seine.
Vous ne le reconnaissez toujours pas ?
Vous ne
voulez pas parler ? Pourtant,
vous savez pourquoi il vous a attaqué.
vous retrouvant sous le pont d 'Austerlitz, il a eu peur.
Il a eu peur que vous ne parliez.
Vous le savez.
Il n 'y a plus de témoins à charge, vous êtes libres.
Comment ne pas se tromper ? Ce n 'est pas une question d 'erreur, c 'est une
question de preuve.
Je n 'en ai pas d 'assez solide.
Mais je reste persuadé que vous avez tué Williams.
Et que vous avez essayé de vous débarrasser du clochard.
Vous pouvez le remercier.
Il est là -bas.
Ils auront une belle enfance.
Et vous, la tête, ça va ? Ça va.
Un peu de vertige de temps en temps.
Ces deux -là, je vais les voir grandir.
Et la vie va pas être facile pour eux.
Pour personne.
C 'est tellement difficile de juger.
En un sens, j 'ai été soulagé de ne pas avoir arrêté, je le vends en outre.
Mais... tout de même, j 'aurais bien aimé savoir si je m 'étais trompé.
Eh bien, je vais vous dire, commissaire, et vous allez tout de suite me
comprendre. J 'ai vu passer cette péniche sans foi avec cette gamine en
de mort.
J 'ai vu des marques de coups sur ses bras et son visage.
Son père l 'a batté.
Il aurait fini par la tuer.
Merci.
Docteur.
De rien. J 'ai rien dit.
J 'ai rencontré Juliette quelques semaines plus tard.
Elle promenait ses enfants au jardin des plantes.
Elle avait décidé de revoir son père.
Je lui ai dit qu 'elle n 'avait que la Seine à traverser.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.