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Musique douce
Oh, merde.
Merde, fait chier.
Klaxons et sirènes
Oh, putain...
Oui, Sandrine ? C'est Nicole.
Oui, ça va ?
Oui, non mais là, en fait, je suis à la gare.
Je suis devant les panneaux d'affichage et...
Il y a pas de RER avant... deux ou trois heures.
Eh oui, c'est incroyable.
Je suis tellement déçue.
Je me faisais une telle joie de te voir.
Écoute, embrasse les collègues de ma part.
Et je te félicite énormément pour ta promotion.
On se voit l'année prochaine, du coup ?
Hein ? Oui...
Y a tellement de monde, là...
Écoute, embrasse Théo.
Et bravo encore, Sandrine. Je t'embrasse.
Elle frappe. -Oui, entrez.
-Désolée pour le retard. -Installez-vous, j'arrive.
Madame, qu'est-ce que vous faites ?
-Pardon, excusez-moi. Je me croyais chez le médecin.
C'est à cause de cette affiche, là...
C'est quoi, c'est le crédit ?
En fait, ça m'a fait penser par association d'idées à...
à une maladie. À un cancer. Rire gêné
-Mais c'est la banque ici, madame.
-Oui. Je suis désolée, désolée.
-Alors, si j'étais votre médecin, vu votre situation,
je dirais que vous êtes en phase terminale.
-N'exagérez pas, non plus. -Alors. Cofinoga,
12 000 euros. Cofidis, 15 000.
Empruntis, 6 000. Younited, 8 000.
Vous êtes à plus de 40 000 euros de dettes.
40 000 euros.
-Oui, c'est beaucoup. -Vous réalisez ?
Madame, j'irai pas par quatre chemins.
Vous êtes en faillite personnelle.
Veuillez me remettre votre chéquier et votre carte bleue.
-Vous m'aviez pas dit ça, au téléphone.
-Vous seriez venue ?
-Parce qu'en fait...
j'ai retrouvé du travail.
-Ah bon ? -Ouais.
-Où ça ? -À Paris.
Donc, tout va se remettre à flot.
-Quelle entreprise, quel salaire ? -Euh...
Le salaire...
Normal, quoi. Et puis...
-Un SMIC, quoi. -Hein ? Voilà, ouais.
Mais c'est bien. Mais l'entreprise, le nom m'échappe.
Rire
-Vous vous souvenez pas de la société qui vous a embauchée ?
-S'il vous plaît, après Noël... -Madame.
-S'il vous plaît, je vous en supplie.
-Rendez pas les choses plus difficiles.
Chéquier...
et carte de crédit, s'il vous plaît. C'est pas de gaieté de cœur.
Merci.
Voilà.
Le chéquier...
Les talons sont bien.
-Je vais le faire. -Attendez.
J'ai pas l'habitude des chéquiers.
-Je vais le faire.
Je vous en veux pas, vous faites votre travail.
Mais moi, je sais pas... J'ai jamais fait de folie.
J'ai fait des écarts, mais pas de folie.
Je dépense pour la vie, pour mon fils.
-Je le vois bien.
Je vois vos relevés. Je vois de l'EDF, la mutuelle...
Foot Locker, 189 euros, c'est quoi ?
-C'est ce que je vous dis.
C'était une erreur.
-Il faut pas céder
au chantage des jeunes sur les marques.
-C'est pas du chantage, ça me fait plaisir.
Il fait des études en biologie. -Ça vous fait plaisir...
-Il a des bonnes notes. -Mais à ce stade d'endettement...
on se fait plaisir différemment. -Oui.
-Vous comprenez ?
-Mais comment je retire de l'argent ?
Pour le loyer, les courses ? -Vous aurez une carte...
mais uniquement pour retirer du liquide.
Avec un plafond hebdomadaire qu'il faudra définir.
-Une question.
S'il m'arrive quelque chose... Au cas où...
Est-ce que mes dettes iront sur mon fils ?
-Pas s'il refuse votre héritage.
On hérite des biens et des dettes de ses parents.
Musique légère
Bip frénétique
-Monsieur, ouvrez votre sac.
-Je l'avais déjà avec moi.
-J'ai demandé gentiment. -J'entends...
-Je peux vous aider ?
-Euh...
Non, je repasserai.
Vous n'en avez pas d'occasion ? -Non, il vient de sortir.
-Je vais...
Musique intrigante
Propos indistincts
Alarme de voiture
Aboiements au loin
Musique rap
-Bonsoir.
Réponds quand je te parle. -Lâche-la, qu'est-ce que t'as ?
Qu'est-ce que t'as ? -C'est bon.
-Y a pas de "c'est bon". Rentre chez toi.
-Kobe, il s'est fait tout seul.
-T'abuses, y a du travail. LeBron, ça fait 20 ans.
-Bon, on va bouffer ou...
-Tu veux manger quoi ? -Comme tu veux.
-On peut manger... Attention, ton fute...
(Oh, merde.)
-Ça va ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Tu devais pas être avec ta collègue ?
-Bah oui, mais elle a annulé.
De toute façon, j'ai plein de trucs à faire.
Faut que je me coupe les ongles,
que je fasse mes racines.
-Euh...
Bonjour, madame. Samira, enchantée.
-Nicole, de même.
-En tout cas,
c'est original, chez vous.
-Merci.
Vous faites quoi ? -On est en cours ensemble.
-Vous faites biologie, aussi ?
-Formidable.
-Tu peux aller faire un tour ? T'as rien à faire ?
-Non, mais...
t'as une chambre, Serge.
Enfin, tu invites qui tu veux, ça me dérange pas,
mais vous occupez pas de moi.
-Viens, on... -Ouais.
Fracas
-Excusez-moi, mais... -Pardon.
Musique entraînante -C'est rien, c'est pas grave.
-Pardon. -C'est pas grave.
Sérieux ?
-Pardon ? -T'es sérieuse, là ?
Vas-y, laisse tomber.
Viens, on va dans ma chambre. Il ferme la porte.
-Quoi que je fasse, je fais tout mal.
Je sais pas...
Franchement...
-Près de la Manche, c'est assez nuageux, comme ici...
-Allez, ta gueule.
-On devait être tous les deux et elle débarque comme ça...
-Elle devait vraiment pas être là. Elle fait tout le temps ça.
Elle est chiante ! Vraiment, désolé.
-T'inquiète, c'est pas grave.
Allez, décoince-toi, viens là.
On s'en fout, non ?
-Je peux pas.
Attends, ça me...
Moi, ça me gêne que ma mère soit là.
Discussions mêlées
-Tu fais quoi ?
Attends deux minutes.
Vas-y, c'est bon.
Sifflement
Propos indistincts
Musique entraînante au loin
Musique entraînante
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Je te sers autre chose ?
-C'est bon. -OK.
Vous allez rester là toute la soirée ?
-Euh... -Entrez, je vous sers un truc.
-Un café. Mais à emporter, alors.
-D'accord. Du lait, du sucre ?
-Non, merci.
-OK.
Rires
Voilà votre café.
-Merci.
-Vous habitez au 5e, c'est ça ?
Enfin, vous vivez là ?
-Vous m'épiez ?
Elle rit.
-Ah non, je vous l'offre.
C'est pour moi.
-Il y a pas de raison... -Ça me fait plaisir.
Bonne soirée.
Sanglots
-Cordon-bleu et spaghettis, ça te va comme dîner ?
Ta copine est partie ?
-Oui, elle a vu la souris, elle a eu peur.
-Merde.
Va falloir qu'on achète des pièges.
En attendant, rassure-la. Il faut que tu dédramatises.
Hein ? Faut les faire rire, les filles.
-Ça sert à rien. C'est cet endroit aussi, c'est...
Ça sert à rien. -Quoi, cet endroit ?
-Regarde où on vit.
Avant, on avait un jardin, on entendait les oiseaux.
-Ouais, bon... -Maintenant, c'est...
-On peut pas revenir en arrière.
-Arrête, ça te manque aussi.
Y a des plantes partout, on peut pas marcher.
C'est même pas des vraies.
Tout est mort, ici. Le canapé, il est plastifié.
C'est moche. C'est glauque, c'est sale.
-T'as qu'à faire le ménage. Je suis pas ton esclave.
Et je protège le canapé pour les invités.
-Mais quels invités ? Qui vient ici ? Hein ?
T'avais honte d'inviter tes collègues,
quand t'en avais.
T'aurais pu décrocher un sourire, être agréable.
-J'ai parfaitement souri.
C'était un sourire retenu, par politesse.
C'était subtil. Rire bref
Bon, c'est de ma faute ? D'accord.
Vu comme elle a tracé,
c'est pas la souris qui l'a fait fuir.
Pardon, mais c'est peut-être plutôt toi.
Et puis, t'aurais pu me prévenir aussi,
avant de faire venir quelqu'un. J'aurais pu être là.
-Mais tu devais pas être là ! C'est...
-Obligée de me barrer dehors, toute seule dans ce quartier.
Et tu la connais d'où, cette fille, pour l'inviter chez nous ?
-Attends.
T'as un problème avec elle ? Il y a un truc ?
T'as un souci ? -J'ai pas de problème, moi !
C'est elle ! Et toi, tu dis : "C'est quoi, cet endroit ?"
Quoi, elle vit dans un palace ?
Cet endroit, il est... Tout vient de mon cœur,
de mes rêves ! Tout est fait avec amour !
Tout est fait avec mon endroit le plus tendre !
-Je vais pas rester ici toute ta vie.
-Pardon ?
-Mais j'ai pas envie que tu restes ici.
J'aimerais que tu t'en ailles. -La souris.
Là !
Nicole crie. -Elle nous emmerde, celle-là !
Fracas
Elle est partie dans la cuisine. (-Putain.)
-Bon, je vais faire à manger.
Elle est très belle, ta copine.
(On dirait une princesse.)
Frottement
Cliquetis
Frottement
Tonalité
-Allô, oui ? J'écoute.
-Bonjour, monsieur, Nicole Boussy à l'appareil.
-Oui, bonjour, madame. -Euh...
-Excusez-moi, je vous appelle... Vous deviez me recontacter.
Donc voilà, je venais aux nouvelles.
-Alors oui, on a eu un entretien intéressant,
vous avez de l'expérience en tant qu'opératrice de saisie.
Mais à un moment, il faut faire des choix.
Il y a rien de personnel, c'est tout simple.
-En fait, c'est quoi, la raison ? C'est mon âge ?
C'est pas la peine de... Dites-moi la vérité. C'est mon âge ?
C'est mon âge ?
-La raison ? C'est tout simple. Vous habitez loin.
Pour venir travailler, vous auriez dû prendre le RER D,
qui est toujours perturbé.
Vous auriez été souvent en retard.
Et on a déjà connu ça, on veut pas gérer ça.
Voilà. Vous voyez ?
-Bon, d'accord. Merci.
-Vous habiteriez Paris, vous auriez été prise.
-Oui bah, j'habite pas à Paris.
-Mme Boussy, je vous souhaite bon courage dans vos recherches.
Musique mélancolique
-Normalement, c'est vrai que la nuit de noces...
C'est le moment où...
Mais bon, après, moi...
en fait, je le connais pas.
J'ai quand même l'impression qu'il faut prendre son temps.
Enfin, je sais pas...
-Quand même. Elle est majeure, elle vient de se marier.
C'est sa nuit de noces.
Je sais pas pourquoi elle dit non ! Non ? Qu'est-ce que t'en penses ?
-Hm. -Même si la première fois,
c'est toujours un peu délicat.
C'est un peu technique.
Tu te situes comment par rapport à ça ?
Si t'étais une fille...
on se ferait des confidences, on irait faire du shopping, etc.
-Tu veux que je dise quoi ? T'es tombée sur moi, c'est con.
-J'ai besoin que tu me parles de toi.
Je suis pas bonne qu'à faire à bouffer.
Un jour, je découvrirai
que t'es marié et que t'as trois enfants.
Il rit. Non, je sais pas, moi.
Tu me racontes jamais rien.
Il soupire.
-Euh...
(-Vas-y, vas-y.)
-Non, j'ai jamais...
Voilà. -Eh bah, voilà !
Tu t'es quasiment exprimé. Tu fais des progrès, mon amour.
Peut-être que dans un an, tu feras une phrase.
Mon petit bébé, il a pas encore...
Mais te fie pas
à ce que tu vois sur Internet.
-Non... -Dans la réalité,
la première fois, c'est même pire...
... que ce que tu vois sur Internet.
Mais après, après...
Après, c'est une belle chose.
C'est même poétique, parfois.
-J'ai pas envie de parler de ça avec toi.
-J'ai juste dit
que c'était poétique.
Chants de Noël
-Regarde, la famille parfaite.
-T'inquiète pas, mon bébé. -Plein de cadeaux...
-On va se faire plaisir, ce soir.
On est le 24, c'est sacré, bordel de merde.
Il me reste un chèque. Tant pis, j'irai en taule.
Mais on va passer un putain de bon Noël.
Qu'est-ce que tu fais ? -Attends.
Voilà. Un euro, nappage caramel. Je prends.
Et un petit, en plus...
-Pourquoi en plus ? -Parce que c'est Noël.
Je veux pas finir le ventre vide.
-Mais moi, j'ai deux tickets restaurant
que j'avais gardés en cas d'urgence.
-Ça fait 22,50. -Mais là, j'ai pas assez.
Je dois rajouter quatre euros.
Est-ce que j'ai quatre euros ? Bon, d'accord, quatre euros.
Tiens. -Bon bah, voilà.
-Tiens. T'as de la chance.
T'as de la chance ou pas ?
-Pour Noël...
-JOYEUX ANNIVERSAIRE
JOYEUX ANNIVERSAIRE, MALIKA
Rires et cris de joie
JOYEUX ANNIVERSAIRE
Applaudissements et acclamations
-Qu'est-ce que t'as ?
-Je sais pas, j'ai cru que c'était pour moi.
-Mais c'est pas ton anniversaire.
-Toi, tu ressens jamais rien.
-Bon allez, viens.
"Traces de toi" (Alain Chamfort)
-Promets-moi de devenir riche
et de me payer un lifting. Dis "je te le promets".
-Je te le promets.
-Allez, on va danser.
Musique cubaine
-C'est tellement ringard.
-Mais pourquoi tu danses, alors ?
On dirait un poulet, là.
-C'est un raptor.
-Franchement, là...
Enfin bon, fais comme tu veux.
-J'ai faim. On mange ?
-Ouais, on y va.
-Bon, on va manger ?
On va manger ?
-Comment tu danserais si j'étais Samira ?
Montre-moi. Tu t'entraînes, je t'entraîne.
Comme ça, quand tu la vois, tu vas être super.
Danse avec moi comme si t'étais...
Vas-y, mets tes bras là ou là. Vas-y.
Allez, vas-y.
Vas-y. C'est pour s'entraîner !
-Pas envie.
-Je te coache, vas-y. -Arrête.
-Mais essaye, lâche-toi !
Le bonheur, c'est les petites choses de la vie,
tu le sais ça ?
On s'en fout qu'on soit pas beaucoup dans la famille, non ?
-Quelle famille ?
-Tu m'en veux ?
-De quoi ?
-De pas avoir de père.
-Pas de père, pas de frère, pas de sœur,
pas de grands-parents, ni oncle ni tante.
Pas de cousin, pas de cousine.
C'est sûr, ça fait léger.
J'ai que toi.
-Les mecs...
ils sont pas toujours corrects.
Toi, si.
Toi, t'as une sensibilité.
T'es droit.
Si c'est pas Samira, ce sera une autre.
Mais je sais que tu sauras rendre heureuse une femme.
Toi au moins, tu réussiras.
Je suis fière de toi et je t'aime.
T'as la vie devant toi, mon amour.
Tiens.
Joyeux Noël.
-C'est quoi ?
-C'est pas exactement ce que tu m'avais demandé...
-C'est un bon ?
Pour un voyage ?
-Un peu, en quelque sorte, ouais.
Elle se racle la gorge.
Quand je serai plus là, je pourrai rien te laisser.
Ni argent, ni maison ni voiture. Que des dettes.
Alors, il faudra que tu refuses mon héritage.
Bon ça, c'est facile.
Mais j'ai pensé à un truc. -Je peux ouvrir ?
-Oui, vas-y, ouvre.
Quand je serai morte, j'ai décidé de...
donner mon corps à la science.
-C'est une blague ?
C'est pas drôle.
-C'est pour que t'aies rien à payer
à mon enterrement.
-Mais ils font quoi ?
C'est pour quoi faire ? Je comprends pas.
-Des recherches.
-Sur toi ? -Oui, m'étudier.
Pour aider les étudiants en médecine,
en biologie... Ça devrait te parler.
Ils testent des produits, ils font des crash-tests...
Pour plein de choses, en fait.
Si ça se trouve, un jour, tu tomberas sur moi en cours.
Ce serait marrant, tu m'étudieras.
"Oh, c'est ma mère !" Elle rit.
-C'est ça, ton cadeau de Noël ?
-Mais t'auras pas de tombe, pas d'urne à payer.
Tu sais combien ça coûte, un enterrement ?
Ça coûte au moins 5 000 balles !
C'est bien plus cher qu'un jeu vidéo à la con.
Je te fais faire de grandes économies.
Tu devrais me remercier !
-C'est quoi ce Noël ? C'est absurde.
-C'est l'absurdité de la vie.
Je fais avec. -T'es vraiment folle.
Je veux plus jamais te parler ! -Mais...
Mais écoute,
toi...
Serge.
Serge ? Mais...
Elle geint.
Mais on s'en fout d'une tombe ! C'est...
Elle soupire.
C'est moche, c'est ringard...
Mais tu vas te faire à l'idée !
Allez.
-Casse-toi. Casse-toi !
-Allez, viens.
Viens, on va manger la bûche, elle a l'air super bonne.
Bon écoute, pardon. On efface tout.
C'était une mauvaise idée. Je t'en supplie.
Je t'en supplie...
Si j'étais parfaite, tu m'aimerais pas.
Viens. Gâche pas les choses comme ça !
-C'est toi qui gâches toujours tout avec tes idées de merde, là !
Donner ton corps à la science.
T'es une vieille, personne en veut de ton corps !
Pourquoi ce serait différent pour la science ?
Il frappe des objets. -S'il te plaît...
Peut-être je t'aime trop. C'est ma faute. Je suis désolée.
-Ta gueule ! Me touche pas.
Me touche pas. -Regarde comme tu me parles.
-On parle bien à ceux qu'on admire, qui ont réussi quelque chose !
On a dégringolé, année après année !
C'est ta faute, tes choix.
Moi, j'ai rien fait, et je subis ! Tout le temps, tout le temps !
J'ai honte de toi, devant mes amis.
J'ai pas envie que t'existes.
T'es une vieille créature moche, qui meurt chaque jour petit à petit.
Tout est mort en toi. Ta peau tombe, t'es laide.
Tu me dégoûtes.
J'ai envie de vomir quand je te vois.
Demande-toi pourquoi t'es toute seule.
Ou pourquoi t'as pas d'amis.
T'es un exemple de tout ce qu'il faut pas faire.
T'es ratée.
-Arrête ! Sinon je vais te mettre un truc dans la gueule !
T'as compris, ça ?
-Vas-y, frappe-moi.
Elle crie. Frappe-moi.
Viens !
Frappe-moi ou je te tue !
-Faut que t'arrêtes ! Moi aussi, je vais me défendre !
-Moi, je te tue, moi ! Moi...
Bris de verre
Elle hurle. Il gémit.
-Serge ! Pardon.
Pardon, mon amour. -Espèce de folle.
-J'ai eu peur. -Lâche-moi.
-Mon amour, pardon.
Mon bébé. -Je saigne.
-S'il te plaît, mon bébé... -Lâche-moi !
-Je t'emmène à l'hôpital.
-Lâche-moi, sale folle ! Casse-toi. Et me suis pas !
Je veux plus jamais te voir.
Il claque la porte.
Tonalité
Bonjour, c'est Serge, laissez un message.
-À la fin de votre message, tapez dièse pour le modifier.
Bip
-Oui, mon amour, c'est moi...
Je sais pas où tu es, mais toi, tu sais où je suis.
Euh...
T'es pas obligé
de me répondre ni de me rappeler.
Je suis désolée.
Prends soin de toi.
Je t'aime.
Soupir
Musique intrigante
-Et ta peau, il faut la soigner.
Il faudrait te couper les cheveux. -Hm, hm.
Ça fait des années que je suis pas allé chez le coiffeur.
-Bonjour.
Vous êtes qui ?
-La nouvelle mère de Serge.
Il cherchait une meilleure mère sur Leboncoin.
On a bien accroché.
-On va au ski, ce week-end.
-Vous n'êtes jamais allés à la montagne ?
-Jamais. -C'est très grave, ça.
Les jeunes accumulent de l'expérience
en voyageant. Ça leur fait des bases pour la vie.
Comment voulez-vous qu'il rattrape son retard ?
-Vous croyez que ça me fait pas mal ?
-Moi, moi, moi, moi.
Vous pensez qu'à vous. Vous voyez où il vit ?
Vous voyez cette espèce de jungle de fausses plantes kitsch ?
-Serge, je t'en supplie, dis quelque chose.
-Disons que t'as été super. -Oui. Merci.
-Je regrette pas ces années passées avec toi.
J'ai appris beaucoup.
-Il est très gentil. -Mais maintenant,
voilà, c'est une nouvelle page qui se tourne.
C'est pas contre toi. Le prends pas mal.
J'ai besoin d'avancer. Je peux plus rester ici.
-Je vous ai pas dit,
il va venir vivre chez moi.
-Mais c'est mon fils.
Émission radio
Sanglots
Elle pleure.
Aboiements au loin
-Merci. -De rien.
-C'est gentil.
-Oui, Serge, c'est moi. Je voulais savoir comment ça allait.
Je voulais savoir si tu comptais venir dîner,
que je m'organise. Voilà, dis-moi.
Et puis moi, ça va, je suis à la maison,
tranquille, normal. Voilà. Bisous.
Oh ! Merci.
-Vous allez devenir une habituée.
-Merci.
Ça, c'est gentil.
-Hé, qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qui va pas ?
-Mon fils m'a quittée.
Il s'est enfui, il m'aime plus.
-Ça t'est pas arrivé à son âge, de plus encadrer tes parents ?
(-Oui.) -Bah, voilà.
Allez, reprends-toi.
T'inquiète, il est sûrement chez sa copine.
-Comment tu sais qu'il a une copine ?
-C'est bien Serge, ton gamin, non ?
-Oui.
-Il m'en parle parfois, quand il passe ici.
-Il vient ici ? Il te parle ?
-Bah, ouais.
-Il te parle de moi ? Rire
-Il m'a parlé que de toi.
-Il est comment, quand il vient ici ?
-Il est comment ?
Il est poli, discret. Et il est bien élevé.
-C'est vrai qu'il est très poli. -Ouais.
-Mais pourquoi il te parle à toi, et pas à moi ?
-Parfois, on est plus à l'aise avec les inconnus, c'est tout.
Je vous vois souvent passer.
Et on sent que vous vous aimez.
-Non, moi, je sais pas aimer.
-Pourquoi tu dis ça ?
-On s'est disputés.
Je lui ai cassé un miroir sur la tête.
-Quand même.
-Ça, c'est aimer ?
-Pourquoi vous vous êtes engueulés ?
-Pff...
J'avais décidé de donner mon corps à la science,
pour qu'il ait rien à payer à mon enterrement.
-Tu déconnes ? Elle bafouille.
-Moi, c'était... Enfin, c'était mon cadeau de Noël.
Pour moi, c'était une preuve d'amour.
Mais il l'a super mal pris.
-Tu m'étonnes, putain. Se sacrifier, même après sa mort.
Oh, putain. T'es folle.
-J'ai voulu bien faire.
J'ai vraiment voulu bien faire.
Parce que moi, tu vois...
J'ai travaillé toute ma vie.
Et j'ai rien. J'ai rien, que des merdes...
Aucun plaisir.
C'est peut-être parce que je suis nulle.
Je sais, je suis nulle. Je suis pas assez intelligente.
Je me suis mal démerdée, je fais les mauvais choix.
Ou juste, c'est mon destin, je sais pas, je mérite...
Je mérite que ça. Je sais pas.
Pardon. -Arrête de t'excuser.
Arrête de t'excuser. -D'accord.
-Tu sais... Comment t'expliquer ? Moi, pendant des années,
j'ai cru que ma vie...
Regarde autour de toi. J'ai cru que ma vie, ce serait ça.
Un bar-chicha dans un quartier de merde.
Mais j'aime cet endroit, il est à moi, tu vois ?
-Oui. -J'aime rencontrer des gens.
J'aime taper la discute avec eux.
-Oui. -Ça me rend heureuse, ça me suffit.
Faut pas aller plus loin, parfois.
Tu parles comme si tout était fini.
Du coup, c'est normal que tu déprimes.
Faut se créer son bonheur. T'entends, ça ?
-D'accord. -On n'a pas le choix.
-Mais moi, c'est le manque de fric.
-Non, je suis pas d'accord. Le fric... Non, non.
Le bonheur, c'est pas qu'une question de fric.
Norah.
-Nicole. -Ouais, je sais.
Tu veux rien d'autre ? (-Non.)
-Sûre ? OK.
-Je suis bien, là. -T'es bien ?
-J'aimerais rester là toute ma vie. -Alors, fais ça.
-Nous avons devant nous une accélération du monde,
et de grandes décisions sont à prendre.
Progressivement, tous ensemble,
nous réussissons à faire en sorte que chaque Français
puisse travailler et construire sa vie.
Mener à bien ses projets. -D'accord.
-Notre économie crée des emplois.
Et dans les secteurs comme la restauration,
tous les entrepreneurs peinent à recruter aujourd'hui,
au moment où 3 millions de nos compatriotes
sont encore au chômage.
Cette situation heurte le bon sens. -Hm, hm.
-Le 12 juillet dernier,
j'avais évoqué la nécessaire réforme des retraites.
-Ah ! Elle ricane.
-Pour préserver les pensions de nos retraités
et la solidarité entre nos générations,
il faudra prendre des décisions claires.
(-Mon petit poussin.)
On est allé chez le coiffeur.
On s'est coupé les cheveux.
-L'événement, c'est ce soir sur France 2,
pour le 31 décembre.
On vous invite à faire la fête tous ensemble
dans un lieu incroyable.
À minuit, un feu d'artifice illuminera le ciel,
tiré depuis les somptueux jardins à la française.
Plus de 100 artistes se sont donnés RDV ici, ce soir...
pour vous faire vibrer, rêver...
chanter et danser.
-Merci à nos jeunes artistes ! Pour continuer cette soirée de fête,
je vous propose un jeu
qui vous permettra de terminer l'année en beauté.
Ce soir, nous vous faisons des cadeaux incroyables.
Quand je dis "incroyables", c'est même "exceptionnels".
Tous les mois,
vous percevrez automatiquement sur votre compte 2 024 euros,
pendant un an. Soit 24 264 euros.
Pour cela... (-Bonne année.)
-... répondez à la question.
Quelle est la couleur du Moulin Rouge...
Protestations au loin Détonations
Rires et propos indistincts
-Inscrivez votre participation en vue du tirage au sort.
Je vous souhaite bonne chance à tous.
Et tout de suite, accueillons deux artistes
venus rendre hommage...
Discussions mêlées
-Le renoi qui s'habille comme un Parisien.
-Arrête, il a du flow.
On dirait Kendrick Lamar. -Lui, il a commencé en bas !
Rire
-Rentre.
-Je dérange pas ? -Pas du tout.
T'es la bienvenue. Ça me fait plaisir.
On est installés là.
Assieds-toi.
Voici Nicole.
-Enchantée.
-Amine et Yacouba.
Mets-toi à l'aise.
Je te sers quoi ?
-Euh, une bière ? -OK.
Yacouba, tu veux quelque chose ? -Un Coca.
-Et toi ? -Un Orangina.
-J'espère que je dérange pas.
-Non, t'inquiète.
C'est cool que tu te poses avec nous,
ça fait plaisir.
-Tiens.
-Merci.
-T'as déjà essayé la chicha ? -Non.
-Jamais ? Faut lui faire essayer, Amine.
-Tiens.
-Tu sais comment ça marche ?
-Je sais pas. -Tu aspires.
Vas-y et... Elle expire profondément.
Et t'essaies de faire des ronds.
-Voilà. -Voilà.
Vas-y ? Nicole tousse et Norah rit.
Rires -Ça pique la gorge.
Mais ça a bon goût. -Avale pas.
-Non, j'ai pas avalé.
Rires -Et t'as quel âge ?
-Ça se fait pas de demander ça à une femme.
-Quoi, c'est malpoli ? -Oui, c'est malpoli.
-J'ai pas honte de mon âge.
-Vas-y, donne-le. -52.
-52 ? -Ouais.
-Franchement, tu les fais. -Elle fait pas 52.
Elle fait 48, au pire. -Quatre ans de moins, je prends.
Rires
-J'aime bien ta casquette. -Elle est introuvable.
Elle est... en skaï.
Je l'ai achetée 100 francs il y a plus de 20 ans.
-Je kiffe. Niveau casquette, t'es dans le turfu.
-Ça fait des années qu'on se croise,
mais c'est la première fois qu'on parle.
Je pensais que t'étais muette.
-Une femme seule...
là, avec des types dehors qui gueulent, qui la sifflent...
c'est vrai, hein.
-Je sais, t'as vu, on te casse les couilles...
mais chacun fait son job.
-Vous êtes des ombres, vous me faites peur.
-C'est méchant. -Mais c'est vrai.
Mais pas là, pas là. Là, vous êtes des gens.
Vous êtes des humains.
-Avant ça, on était des ombres ? -Ouais.
-Toi aussi, t'es une ombre pour nous.
Tu nous fais peur aussi. Tes regards...
On dirait que j'existe pas, pour toi.
-Tiens, tu veux ? -Ouais, merci.
Les yeux dans les yeux. Toi, tu votes Le Pen ?
Je te juge pas, mais réponds-moi.
-J'ai voté une fois.
-OK. -Je t'avais dit.
-Mais pourquoi ?
-Je voulais voir ce qui se passerait,
si elle passait.
Après, j'ai eu honte.
J'ai eu trop honte. Jamais plus...
je voterais pour elle.
J'avais une maison, avec un petit jardin.
Je l'ai perdue quand la gauche était au pouvoir.
Je voudrais juste savoir : qui me défend ?
Qui s'occupe de moi ? Qui s'occupe de nous ?
Moi, je les connais pas.
-C'est pour ça que je vote pas.
-C'est con de faire ça.
C'est vous qui vous faites niquer.
Ils demandent que ça, qu'on vote pas.
-Je suis d'accord avec elle,
mais je suis d'accord avec toi. Rires
Moi, c'est fini, je m'en bats les couilles.
Je suis comme vous.
C'est vrai, depuis que mon fils s'est barré,
je prends les choses comme elles viennent.
Allez. -Tu fumes pas ? Tu veux tirer ?
-Non, j'ai déjà... -Allez, Nicole !
Détends-toi ! -J'ai pas l'habitude.
J'ai pas l'habitude, moi, je sais pas comment...
-Fais-nous confiance, cette fois.
-Ça va te détendre.
-C'est comment ? -Ça me fait rien.
-Normal, c'est le début.
-J'arrive pas à me détendre. C'est mon problème.
-On en reparle dans 5 minutes.
Musique hip-hop
-Tu fais quoi pour avoir
d'aussi beaux cheveux ? -C'est ma mère.
Elle me fait tout.
Elle a été coiffeuse pendant 2-3 ans.
-Tu l'aimes ? -Ma mère ?
Ouais, ma mère, je l'aime beaucoup, genre...
Wallah, je pourrais tout faire pour elle.
Genre, elle, elle a tout fait pour moi.
C'est la seule personne que j'aie.
Si demain elle est plus là, wallah, j'ai plus personne.
-Et tu lui dis ? -Non, jamais. Jamais.
Faut pas.
-Mais pourquoi ? Tu devrais lui dire.
-Hé, tu la prends comme ça, tu lui dis : "Maman, je t'aime."
-Mais j'y arrive pas. -Comment ça ?
-J'y arrive pas. -Elle a besoin que tu lui dises.
-C'est ma mère, je l'aime trop. Elle a tout fait pour moi.
Quand mon père m'a abandonné, elle était là.
Wallah. Il sanglote.
-Arrête de pleurer.
T'es sérieux ou quoi ?
T'inquiète.
On est tous là pour toi, frère.
-J'ai envie de danser. T'as pas envie, toi ?
-C'est bon ou pas ? Regarde-moi. -C'est bon.
-Hé, regarde-moi, vas-y. -Wallah, c'est bon !
"Si l'on ride" (Muddy Monk)
-On avait dit qu'on dansait.
-Lâchez-moi, madame, s'il vous plaît.
-Ah carrément, là, tu me vouvoies. Là, je suis "madame".
Elle rit. Qu'est-ce qu'il y a, je t'ai vexé ?
-Arrête de lui casser les couilles.
Depuis tout à l'heure, tu te fais remarquer.
Regarde-toi, tu fais pitié.
-Mais t'es... Mais je sais pas, moi...
Mais laisse-moi vivre. On dirait mon fils.
T'as jamais vu une femme libre ? -Arrête de faire semblant.
Tu te crois chez toi ? -Toi non plus, t'es pas chez toi.
-T'as dit quoi ? -Toi non plus.
-Je suis pas chez moi ? -Arrête, stop.
-T'es dans ton salon, là ?
-Je suis plus chez moi que toi. -Mais...
-Vas-y, va là-bas.
-Je suis pas chez moi ? -Stop.
-Je suis pas chez moi ? -Mais tu...
-Je suis où ? -Vas-y, arrête.
-Arrête, je me défends ! -C'est toi, arrête !
-C'est pas chez lui. C'est chez lui là, ici ?
-Arrête, wesh.
Fracas et bris de verre Sursaut
-Oh ! C'est quoi ? -Elle dit qu'il est pas chez lui.
-La défends pas. -Tu te calmes.
-J'ai juste dit que...
-Moi, je suis pas chez moi ? -Expliquez-moi.
Explique-moi. -C'est elle !
-Je veux pas violence, ici ! Pas de putain de violence !
-Venez, on se casse ! -Cassez-vous.
Allez, la fête est finie.
Nicole, va t'asseoir.
-Norah, la tête de moi, c'est pas bien ce que tu fais.
-On en parle demain. -Plus jamais tu dis ça !
-Pars, s'il te plaît.
Elle voulait dire qu'elle était chez moi.
-Mais ton salon... -Nicole...
-Quel salon ? Je sais ce que tu voulais dire !
Venez, on se casse. -On s'en bat les couilles.
Ils ont niqué notre 31.
Non, ça sert à rien de parler. Ça sert plus à rien.
-Vas-y. Vas-y.
Propos indistincts
-Je...
Pardon.
-Tiens. -J'ai pas compris.
Je sais pas... Moi, je...
Elle bafouille.
Je gâche toujours tout. -Mais non, tout va bien.
Je leur parlerai demain.
T'es un désastre.
Un petit désastre ambulant.
Bon, je vais fermer.
-Alors moi, je vais y aller.
Je trouve plus ma casquette.
Norah rit. -C'est parce que...
t'as passé ta soirée à la bazarder dans tous les sens.
-Comme ça, j'ai fait... fiou !
-Je vais te la retrouver. -J'étais là et...
Elle doit être par là.
-Tiens, putain, elle est là.
-Ah, tu vois ? Parce que j'ai fait "pfiou"...
-Tiens.
-Ah. Norah rit.
-Ouais...
Allez viens, je te raccompagne.
-BONNE ANNÉE ! Cris de joie
-Bonne année !
Feux d'artifice au loin
-Je vais regarder le courrier.
Publicité.
-Je vais te laisser.
-En fait, chez moi, c'est pas rangé.
Ça te dérange pas ?
Il y a aussi l'ascenseur qui marche pas.
C'est cinq étages.
-Ça a de la gueule, chez toi.
-Ouais.
-On se croirait en Amazonie, j'adore.
-Pardon.
On pourrait boire un coup, avant.
-Avant quoi ?
-Avant ça.
(-Doucement.)
(Doucement.)
(Regarde.)
(Avant ça ?) (-Oui.)
Rire
Gémissements de plaisir
C'est du soluble, ça te va ?
-C'est parfait.
-C'est pas comme ton café.
Si t'as des trucs à faire, vas-y.
Si t'as le bar... -J'ai tout le temps.
-J'ai rien à te proposer.
-Ça tombe bien.
J'ai besoin de rien.
De quoi t'as peur ?
(-D'être heureuse.)
"Paroles, paroles" (Dalida et Alain Delon)
Raffut Elles sursautent.
-Oh, putain.
Salut, Serge. Je...
-Ça va ?
-Ça va.
-Bonne année.
-Je me dépêche. -Mais reste.
-Non, tu rigoles ? Vis-à-vis du gamin...
Non, c'est la hchouma, ça va.
-Mais c'est plus un gamin, reste.
Reste, reste, reste.
Reste, je te le demande. Norah rit.
Je te le demande.
On frappe.
-Oui ?
-Ça te fait encore mal ? -Non.
Je...
Je veux plus jamais revivre ça.
-Je suis désolée.
-Moi aussi.
-T'étais chez ta copine ?
-Ouais.
Il rit.
-Quoi, pourquoi tu ris ?
-C'est... Rien, je sais pas...
Tu t'es pas emmerdée pendant mon absence, quoi.
-T'es choqué ? -Non, je suis pas choqué.
-Si, t'es choqué. -Je suis pas choqué.
Laisse-moi juste deux minutes.
Que je me fasse à l'idée.
Mais j'ai toujours su... -T'as su quoi ?
Je suis pas du tout... -Que t'étais différente.
-Je suis pas différente. -Mais si, t'es...
T'es dans l'air du temps. C'est bien.
-Moi, je m'en fous, de l'air du temps, alors là...
-Ça fait longtemps ?
-Pas du tout. Ça s'est fait là, c'est une rencontre.
Ils rient.
-Je te mets une serviette.
Tu veux un peu de citron ? -Oui.
-Ça va se reproduire ?
Me regardez pas comme ça.
-Comment tu oses poser cette question ?
C'est tellement gênant.
Serge rit. On sait pas,
on va voir.
-Faut pas que ça sorte d'ici. -Et pourquoi ?
-Si je tiens la main de ma meuf dans la rue,
je me fais mal regarder, alors...
-Peut-être que nous, on s'en fout de se faire mal regarder.
T'as peur, toi ? -Non, j'ai pas peur, non.
Nicole rit. -Tu vois ? On n'a pas peur.
-Tchin.
-À la nouvelle année.
-Et tes cours, ça va ?
-Ouais, ça se passe. C'est pas mal de boulot,
mais j'aime bien, je suis content.
J'apprends la génétique, la bio moléculaire,
le fonctionnement de la Terre. C'est général, mais intéressant.
Ça me plaît. -Tu veux faire quoi, plus tard ?
-Je sais pas exactement, mais ce qui m'intéresserait bien,
c'est la recherche autour de l'évolution,
Darwin, tout ça.
-Ouais, je connais bien. Rires
-Darwin, tu vois qui c'est ?
-Oui, je lui sers un café tous les matins.
Rires
Musique mélancolique
Serge.
-Salut.
-Salut.
-Ouais, salut.
-Attends !
Attends.
Quoi ?
-Rien.
Chant des oiseaux
-Madame Boussy,
alors...
Norvalis,
donc, vous avez passé un entretien...
D'accord. Ça n'a pas marché.
Bon, vous avez enchaîné.
-On sait toutes les deux que ça sert à rien, ce RDV.
-Si, si, Mme Boussy.
Ça sert à faire un point sur votre situation.
-Faire des points, des points...
-Ils vous ont donné une raison, le dernier ?
Le dernier entretien ? -Non, euh...
Que j'aurais dû prendre le RER
et qu'ils pouvaient pas se permettre que je sois en retard.
En fait, j'aurais dû habiter à Paris, quoi.
Mais comment voulez-vous...
-Ça, ils vous l'ont dit par écrit ou à l'oral ?
-Non, à l'oral. -D'accord.
Ils vous ont appelée ? -Oui.
C'est moi qui ai téléphoné. -Vous avez leur numéro ?
-Oui, oui.
-Alors, donnez-le-moi. C'est monsieur...
Legras. Merci. -Attendez.
Vous faites quoi ? Moi, j'ai assez d'emmerdes comme ça.
-Vous inquiétez pas, je veux juste lui parler.
Bonjour. Je pourrais parler à M. Legras, s'il vous plaît ?
C'est vous ? Bonjour.
Je suis Julie Da Costa, du Pôle Emploi Val-de-Marne.
Je vous appelle au sujet de Mme Boussy,
que vous avez reçue en entretien...
il y a 15 jours. Voilà.
Et alors, vous auriez motivé votre refus à l'embauche
en raison de son lieu de domicile
et du fait qu'elle doive prendre le RER.
Vous savez, en France, on a la Tour Eiffel, des châteaux...
et aussi un truc qui s'appelle le Code pénal.
Je vais vous lire l'article 225-1.
"Constitue une discrimination toute distinction opérée
"entre des personnes sur le fondement..."
Oui, oui, attendez, je finis.
"... de leur origine, leur sexe,
"de leur patronyme, de leur lieu de résidence."
"Leur lieu de résidence."
Mais oui, je vous en prie, oui.
Oui, j'ai entendu la conversation enregistrée par Mme Boussy.
Vous l'avez enregistrée ? Elle est avec moi.
-Oui ! -Vous entendez ?
Rire gêné
Je reçois aujourd'hui Mme Boussy, qui voulait partager ça
sur les réseaux sociaux, cette conversation enregistrée.
Donc, je préfère quand même vous appeler,
qu'on puisse en parler sereinement.
On sait pas, avec les réseaux sociaux,
les proportions que ça peut prendre.
Je vous en prie, monsieur.
(Il fait genre il cherche.)
Oui ?
D'accord, je l'en informe. Merci, monsieur, au revoir.
Lundi 20, vous êtes disponible ?
-Euh... Elle s'esclaffe.
-Ils demanderont à vous voir, ils vous prennent.
-Je veux prendre la place de personne.
C'était pas contre moi, c'était... Elle se racle la gorge.
Peut-être c'est le destin. J'y crois.
Alors, je veux pas non plus entraver...
-Attendez, Mme Boussy.
Vous prenez la place de personne. Vous prenez votre place.
-Mais je sais pas, ça paraît pas réel.
Vous avez fait ça comme Mimie Mathy.
Rires C'est comme un miracle.
Moi, les bonnes choses... -Oui. Vous savez, madame,
ça, c'est pas de la magie. C'est la loi.
-Yes, yes, yes!
Yes!
Musique douce
-Il y a tellement de trucs.
-Regarde, ton bœuf au fromage.
Tu l'as trouvé où, le saumon ?
-Il est à l'angle, au bout.
-Encore un tchin. -Oh...
Bon, à ton nouveau boulot.
-Pff, non, non, non.
-À ta nouvelle meuf.
-À vous deux. -À l'amour.
-Ah, tu vois, là...
je ferais bien une crise cardiaque.
Il rit. C'est vrai.
Ça finirait quand je suis au top.
-T'as un truc énorme, là.
-Vraiment ? -Une algue.
-Et là ? Quoi, c'est horrible ?
Je déteste avoir des trucs entre les dents.
Mais non, j'ai rien, là.
-JOYEUX ANNIVERSAIRE
JOYEUX ANNIVERSAIRE... -Maman
-JOYEUX ANNIVERSAIRE
Acclamations
-Merci.
Mais c'est pas mon anniversaire.
-C'est pour les fois où je te l'ai pas souhaité.
Vas-y, fais un vœu.
Musique mélancolique
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