All language subtitles for La Cavale des Fous 1993 FHD_[fre] (SUBRIP)

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Original subtitles

Chant d'oiseaux

Éclats de voix

Rires

Klaxon

Cloche d'église

-Pas plus d'un quart d'heure, Dr Daumale.

-Elle souffre encore ? -Nous souffrons tous.

-Vous voilà, enfin.

-Ne bougez pas, Mme Toussaint.

Votre mari sera là ce week-end. -Ce week-end…

Il a décidé de venir.

Je savais qu'un jour, il irait mieux.

C'est grâce à vous, docteur.

-Allons, allons.

Dites-moi comment vous vous sentez.

-Je ne suis plus à l'hôpital, c'est l'essentiel.

Ici, je me sens bien.

♪ ai toujours souhaité finir mes jours dans ce couvent.

-D'après le directeur de la clinique, votre mari écrit un livre.

-Vivement qu'il reprenne ses cours au Collège de France.

Comme ça doit lui manquer.

Il y a longtemps que je ne l'ai pas vu. Ça fait combien de temps ?

Rire

Je suis bête.

La dernière fois, c'est lorsqu'il a essayé de m'étrangler.

Caquètement

Klaxon

Sifflements

-Comment ça va ? -Bien, docteur.

-Et ces mains ? C'est bien. Ça va mieux.

-Tu es sûr de toi pour tout ça ?

-On va pas revenir dessus.

-Une sommité. Ça devrait croupir en pavillon fermé,

sous haute surveillance.

C'est un type dangereux. Savant, mais dangereux.

-Mais tu étais d'accord.

-Difficile de refuser, quand tu prends notre amitié en otage.

-Toussaint doit revoir sa femme avant qu'il soit trop tard.

Elle a besoin de lui pardonner. Ça fait 6 ans.

Leur vie est en jeu, leur histoire peut être recousue.

Elle mourra en paix

et lui, il vivra enfin.

Claquement de porte

-Pourquoi vous ne frappez jamais,

madame Delassus ?

-Le Pr Toussaint vous attend dans le jardin.

-Ah….

Il accepte de nous recevoir.

Chant d'oiseaux

Parfois, je me crois au Grand Hôtel de Cabourg.

-Il y a 20 ans,

si on t'avait parlé d'asile…

-Et si je t'avais dit que tu serais un psychiatre mondain ?

-On en serait venus aux mains.

-Le professeur vous attend, monsieur.

-Tu vois, Toussaint, ici,

c'est un vrai nabab.

-Il s'est rasé.

C'est une initiative chargée de sens. Un geste curatif.

Vous avez donné votre barbe

à la science, professeur.

Nous pouvons partir demain.

L'état de votre femme peut s'aggraver brutalement.

Je crois que seule l'idée de vous revoir la maintient encore en vie.

Ses derniers instants seront

les plus beaux, grâce à vous.

Grincements

-C'est rien,

c'est Angel. Il est psychotique.

Il est inoffensif,

adorable, mais il monte sur les pieds de tout le monde.

-C'est une manière de communiquer, de dire bonjour.

Une poignée de pieds.

-Il est convenu que vous rentrerez dimanche.

Je ne peux pas plus.

Tout se passera bien, professeur.

Aïe ! Il est con, ce fou !

-Il vous a simplement adopté.

Ça surprend, mais c'est affectueux. C'est pour ça que je me suis rasé.

-Ah oui.

Depuis quand ils sont à la colle ? -C'est le mot.

Certains psychotiques s'attachent au 1er venu.

Toussaint adore Angel. Ils sont toujours fourrés ensemble.

Je suis responsable auprès du préfet.

-J'ai donné ma parole à une mourante.

Pour le professeur, sois tranquille. !! est guéri,

libéré de ses phobies, de ses obsessions sexuelles.

-C'est le grand Pr Toussaint.

-"Toussaint" ? -C'est lui, j'en suis sûre.

-Mais Toussaint… Il a une barbe, Toussaint.

-Vous êtes bien le professeur Henri Toussaint, n'est-ce pas ?

Je voulais vous dire que j'ai lu tous vos livres.

♪ ai même assisté à une de vos conférences

au Collège de France. C'était sur Pascal.

♪ adore Pascal.

C'est le plus écrivain de nos philosophes.

Il y a cette pensée,

cette fulgurance que j'aime tant

et que vous avez si savamment commentée.

"Le silence des espaces infinis m'effraie."

Ah oui, c'est ça.

"Le silence des espaces infinis

"m'effraie."

-Et les grosses bites aussi ?

-Il a une barbe, Toussaint. Il a une barbe.

-Fabienne.

-C'est Schramm.

-Je suis en retard.

-C'était Schramm ? -Tu l'as vu ? Regarde.

Il m'a dédicacé son dernier livre.

-Si ça pouvait être vraiment son dernier livre.

-"Pour Fabienne, en attendant impatiemment son 1er livre.

"Bien à vous. Pierre-Henri.”

Il dit que mes articles sont dignes d'un écrivain.

-J'en étais sûr.

Tu interviewes Schramm et il te demande si tu écris.

-Tu m'as jamais demandé, toi.

-Mais je t'ai offert un Montblanc.

-Ne me reproche pas de l'utiliser.

-Il t€'a demandé de coucher

avec lui, Schramm ?

-Il m'a demandé de l'accompagner à un congrès des droits de l'homme.

-C'est bien ce que je disais.

-Tu l'aimes vraiment pas.

-Tu sais, moi, les forcenés des droits de l'homme,

les maniaques de la pétition…

Vas-y. C'est bon pour ton roman, ta carrière.

Klaxon

Ta gueule !

-Tu voulais me présenter Toussaint. C'est une situation exceptionnelle.

C'est passionnant, ce baiser du pardon.

Comment il va supporter ce trajet rédempteur ?

-"Trajet rédempteur".… C'est pas un roman.

T'y es pas du tout.

-C'est un personnage tragique.

C'est une mine, pour un écrivain.

-Toussaint est comme nous,

c'est pas un cobaye littéraire. À un moment,

quelque chose a basculé dans sa vie.

Cette sortie, c'est la consécration de 7 années d'efforts.

Je dois être seul avec lui.

C'est aussi notre rapport qui est en jeu.

-Bon.

Ce sera les droits de l'homme. -Eh ben, c'est très bien.

-Tu crois que c'est par jalousie qu'il a voulu étrangler sa femme ?

-Ce mot en recouvre d'autres. Il l'a surprise avec son amant,

un type vulgaire avec des tatouages plein les bras.

Un barman, d'après le PV.

Un grand professeur cocufié par un garçon de café.

Mauvaise pièce de boulevard.

-Vous voulez jamais nous voir telles qu'on est, alors…

-Si tu as un problème, tu m'appelles.

-Il n'y aura pas de problème.

-Évitez de vous faire remarquer. Tu as tout ?

-Il est toujours sous antidépresseurs.

-Dr Daumale, téléphone pour vous. -Dites que je suis parti.

-Mais c'est une demoiselle.

Fabienne.

-Ce congrès me disait rien.

Je vais corriger mon manuscrit.

*-Tu vas faire ça où ? Au journal ?

-À la maison. Tu peux m'appeler, si je te manque.

-Mais si tu veux y aller, y a pas de problème.

-Mais elle ira. Nous irons tous.

-Je te donne quoi comme calmant ? -Fous-moi la paix. Tiens.

Regarde-toi, avec ton œil brillant.

On dirait un fou échappé d'un asile.

-Votre carte d'identité.

La voiture démarre.

Il sifflote.

Excusez-moi, professeur, mais il faut boucler votre ceinture.

-Ah.

Sitôt libéré, sitôt bouclé.

-Oh, vous exagérez.

Quelqu'un tousse.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

-Je sais pas.

-Vous voyez la boîte à gants ?

-Prenez l'étui.

Allez-y.

Ouvrez, professeur.

Qu'est-ce que vous voyez ? -Deux cigares.

-2 Montecristo, la Rolls-Royce du cigare. Cigare, professeur.

S'il vous plaît.

Crissement de pneus

Il soupire.

C'est vous qui lui avez dit de se cacher ?

-Je connais Angel, il n'aurait pas supporté mon absence.

-Vous croyez qu'on sort un psychotique comme ça ?

-Mais j'ai lu, dans la thèse que vous m'avez confiée,

votre thèse…

-Vous l'avez lue ? -Vous dites :

"La société parque ses fous dans les 4 murs d'un asile

"comme on isolait

"les lépreux dans des grottes.”

-C'est vrai.

-Les fous aiment, haïssent, souffrent

à notre place.

Ils se sacrifient pour poser les questions

qui hantent les héros shakespeariens,

et l'on répond internement,

électrochocs, neuroleptiques.

-Oui, c'est vrai.

-Nous sommes d'accord ?

-Certainement… -Angel reste là ?

-Pour moi, oui, mais il y a Verebelli.

-Verebelli, c'est un administratif, un gardien de réfectoire. Navrant.

-Contact, docteur. -Qui.

-Bon, alors, voilà ce que j'ai décidé.

Angel vient devant, et vous, derrière.

-Vous êtes culotté, de sortir un psychotique.

-Vous pourriez m'emmener à Paris ?

-Impossible, on fonce vers le sud.

-Vous me laissez à un péage et je suis tiré d'affaire.

Je vous embêterai pas plus d'un quart d'heure.

*Musique classique

♪ ai eu de la chance de vous trouver.

Ça devient de plus en plus difficile, de nos jours.

Tout le monde a peur de tout le monde.

Ce matin, j'ai senti que ça allait être une bonne journée.

Quand on voyage en stop, on sent ces choses-là.

Pourquoi vous me regardez comme ça ?

-C'est la 1re fois qu'il voit un auto-stoppeur.

*-C'était une petite aubade de Strauss interprétée par…

-Un chewing-gum ?

*-Voici maintenant le concerto en mi bémol majeur…

-C'est la 1re fois qu'il voit un paquet de chewing-gums.

-Il a de drôles de manières.

Il parle pas ?

-Mais bon sang, Angel !

-Mais non !

-Mes lunettes !

-Non, non, non !

-Angel, c'est terminé. Je fais demi-tour.

Mais il a pissé dans ma voiture.

-Angel est émotif. Vous l'avez perturbé avec vos cris !

Et vous, avec vos lunettes !

Il a besoin de se désinhiber.

-Il se désinhibe sur moi ! Regardez…

-Dépêchez-vous de faire demi-tour !

-Arrêtez ! Arrêtez !

Cri de douleur

-Allez, viens.

Viens ! Viens !

Vous n'avez pas un calmant, un décontractant ?

-Je suis brûlé vif au second degré, au moins.

-Vous êtes ridicule

avec votre nez de clown.

Il est tétanisé par la peur.

Non, allons, allons…

Hein ? Allons, allons.

Allons… Oui…

Sonnette de vélo

-J'ai tapé ma voiture à 2 km d'ici.

Je suis pressé.

-C'est pas bon, d'être pressé. Vous avez un truc au nez.

-Je sais. Y a un patron ?

-Dans la casbah, mais vous vous êtes fait quoi ?

Rires

♪ aimerais rigoler aussi.

-C'est la 1re fois qu'il voit un pompiste.

-Ah, d'accord.

C'est la 1re fois

que je vois un mec qui a jamais vu de pompiste.

-Non, non. Allons.

Allons !

-Hé, mon essence.

-Il a cru que c'était une grosse paille.

-Hé ho, mon essence ! Ça va pas ?

-Quoi encore ? -|! boit de l'essence.

-Elle est sans plomb. Allons…

-Il y a un bistrot ? On va pas poireauter ici.

-Allez chez Marc de ma part. On viendra vous prévenir.

-Venez.

Angel tousse.

Vrombissement de moteur

Brouhaha

-Le téléphone, madame ?

-Au comptoir, monsieur. -Bougez pas.

-Qui appelez-vous ?

-Je croyais que vous aviez une meilleure image de moi.

-Ho là… -Je me suis un peu énervé,

mais l'idée que j'ai de mon métier,

du respect de la personne humaine,

ne consiste pas à appeler une camisole

au moindre problème à mon secours.

♪ appelle une amie, tout simplement.

-Excusez-moi, Bertrand, mais je suis très inquiet pour Angel.

Il est si heureux de cette sortie.

-Tu peux nous refaire ce geste, petit ?

Grincement

-C'est un peu gonflé,

de monter sur les pieds de René.

-On a un problème, petit bonhomme ?

-Ho là…

-Je suis psychiatre. C'est un psychotique.

-Il s'appelle Angel. -Un dingue, quoi.

-Je vous offre à boire ? -Bien sûr.

Même qu'il va trinquer avec nous.

C'était Un coup de chance, le 4212 fois de suite.

-De la chance, c'est tout ce qu'il faudrait à Angel.

Madame ?

-La même ?

-Je vais aux toilettes. -Qui.

Je peux avoir la ligne, s'il vous plaît ?

-Merci.

Rire

-C'est mon 421, dans mon godet !

-Pour lui, c'est des morceaux de sucre. Tu pourrais comprendre.

-Mon blé. C'est mon blé, connard !

-T'es décevant, Frédo.

Pour lui, ça compte pas. C'est une leçon

qu'il nous donne.

-Mes 100 balles comptent pas pour toi, René !

-Tenez, voilà 100 F. Excusez-le.

-Ah !

-Et ça,

comment t'expliques, René ?

Chasse d'eau

Quelqu'un se mouche.

-Qui donc dans son coin, seule,

caresse son minou ?

Cochonne aimerait voir mon cigare ?

Mon Montecristo ?

Chasse d'eau

Brouhaha

-Vous avez des cigares ?

-Quelle marque ?

-Montecristo.

-Ho là. C'est toi, l'homme au minou ?

-"L'homme au minou" ?

-Avec un gros cigare. -"Avec un gros cigare.”

-C'est rien, c'est un jeune psychotique.

Il fait un peu d'écholalie, un accès de suggestivité,

une répétition des paroles d'autrui.

-N'empêche, tu grattais ma porte des toilettes.

-Monsieur n'a pas bougé.

-Qui balance des saloperies dans les toilettes des femmes ?

-Vous étiez chez les dames ?

-J'aime pas aller chez les hommes. Je tiens pas accroupi.

Je perds l'équilibre. -Tu préfères

t'asseoir sur un fauteuil Louis XV.

-Je laisse pas mon bahut sur le bord de la route

pour aller voir une Brésilienne.

-Oh, allons !

Il y a pas de honte.

Tous les garçons jusqu'à 5 ans pensent que leurs mères ont un pénis.

-OH...

-Ma mère, un Montecristo ?

Rires

-C'est quoi, cette coquetterie ? -C'est mes tatouages.

-'À ma Viviane,

"ma bonne fée

"à la baguette magique. Ton Bob.”

Qui est Viviane ?

-C'est ma mère.

Rires

-Ne riez pas.

"La baguette magique” ?

-C'est le gros cigare, le Montecristo.

-N'essayez pas de vous désolidariser de votre camarade.

Camarades…

Vous pouvez vous asseoir.

Vous êtes comme lui.

Tous. Vous regrettez tous que Mme Marc

n'ait pas de pénis. Regardez-la.

Visage carré, la moustache juste au-dessus de la lèvre,

des mains d'homme,

le cou taurin.

La voilà, votre femme au pénis, la mère qui gronde,

qui vous déculotte. Votre vrai mec à tous.

La vraie Brésilienne.

-Je vais te montrer mon pénis, moi.

-Rangez ça.

-Héroïque routier dans son poids lourd.

Le poids du souvenir,

lourd à porter.

Rire

Le poids lourd

d'un meurtre rituel du père. -Ne bouge pas !

-Ô camion prison, camion monastère,

chaud et reclus comme le ventre d'une mère.

-Je vais t'arracher les rognons !

-Héroïque routier

cloîtré dans sa cabine solitaire,

prisonnier de ce cachot pascalien,

traînant sa cargaison, tel Sisyphe son rocher.

-Sur l'A2, le rocher à Sisyphe ?

-Héroïque routier, cloué sur une autoroute

sans destination, sans bretelle de sortie,

avec, à l'horizon, l'onéreux péage du jugement dernier.

-Je vais te les remonter,

tes bretelles ! -Cette grosse chose

parle le même langage qu'un marin vérolé

puant le vin du port d'Anvers.

Musique douce

-Je t'ai fait Un dessin, maman.

Aïe, tu piques.

-Pourquoi vous leur avez dit ça ?

-C'est plus fort que moi. Je suis pédagogue,

j'ai le goût du cours magistral,

le sens de la rhétorique paradoxale.

-Oh là là…

"La rhétorique paradoxale."

Je passe mon coup de fil et on fonce.

En quelques heures, on y est. Montez.

Sonnerie de téléphone

*-C'est Fabienne, mais il fallait appeler plus tôt.

Laissez-moi un message et je vous rappellerai.

À bientôt.

-AIIlô, Fabienne ? C'est moi.

C'est ton poussin, Fabienne.

Allez, décroche.

C'est moi, Fabienne.

C'est poussin.

Fabienne ?

AIlô ? C'est moi, Fabienne.

Fabienne ?

Merde !

-Je vais corriger mon manuscrit à la maison.

Tu peux m'appeler quand tu veux, si je te manque.

-Viens, allez.

Tu descends. Viens, allez.

Allez, viens. Descends de là.

Ho ! Allez, allez.

Allez, allez.

-Pourquoi il est perché là-haut ?

-Il veut plus monter dans la voiture.

-Ah oui ? -Il n'a plus confiance.

Il est logique.

Il a intégré l'idée de choc, il l'a associé à votre voiture.

Il craint un nouvel accident. Il est logique.

-Alors, si tout est logique,

tout va bien. -Qui.

-Faire 15 km en 3 heures, c'est logique.

Tout est logique : le chewing-gum-cigare,

la pompe à essence-paille, l'homme au minou,

la Brésilienne au Montecristo.

Si je suis logique, j'appelle l'ambulance.

-Vous êtes lamentable, docteur. Lamentable.

On n'arrive pas à joindre la copine et on fait payer tout le monde !

Vous n'êtes pas à la hauteur !

À la moindre contrariété, vous enverrez tout promener !

Ce garçon a à peine mis le nez dehors

et vous hurlez "Police secours !"

-Il s'agit pas de ça.

Angel est un grand nouveau-né imprévisible.

On n'arrivera pas à temps auprès de votre femme.

-Il ne vous est pas venu à l'esprit que pour la voir,

j'avais besoin d'Angel pour supporter l'autoroute,

vos auberges sordides, le pompiste stupide ?

-Ho ! -Hein ?

Et vos antidépresseurs, ils peuvent pas m'aider !

Je peux plus les avaler, je les vomis !

-Vous n'êtes plus sous lithium ?

Rire

-Vous avez eu peur.

Vous dites "Pouce" ?

-Écoutez,

comment faire si Angel refuse

de monter dans la voiture ?

-J'ai une idée, docteur. Je vais prendre votre place

au volant. -On peut toujours essayer.

Claquement de portière

Musique intrigante

Grincement

(Il mord, professeur.)

-N'en faites pas trop.

Éternuement

(C'est malin.)

(-La brûlure me pique les narines.)

(-Votre nez a bon dos. Tout est à recommencer.)

(-Attention, le revoilà.)

Chapeau, professeur. Vous feriez un bon psychiatre.

Cela fera l'objet d'une communication lors de mon colloque,

votre tour de passe.

Qu'est-ce qui se passe ?

Démarrez, on a fait le plein d'essence.

On a assez de retard.

-Je ne sais pas conduire, docteur.

-Vous savez pas ?

-Je suis vraiment désolé pour vous.

-Tout le monde sait conduire.

Vous avez des diplômes, des titres, mais pas le permis !

Trop difficile, peut-être. La peur d'être recalé.

-Je sais monter à cheval.

-Ça sert à rien, sur une autoroute.

Klaxon

Angel !

-À cheval sur une autoroute !

À cheval sur… -Ferme-la !

Excuse-moi, Angel. Excuse-moi.

-"Excuse-moi, Angel. Excuse-moi."

-J'espère que votre protégé acceptera de monter dans un autocar.

-C'est une femme qui conduit.

-Vous voulez prendre le volant ?

-Pour Paris, 150 F.

Qu'est-ce qu'il a ?

-C'est la 1re fois

qu'il voit un tableau de bord. -Faut qu'il se remette.

♪ ai un horaire à respecter.

-C'est gentil, c'est gentil.

-C'est votre famille ? -Mon mari.

Un ami.

-Avec une chemise à fleurs

et une grosse, grosse, grosse moustache.

Vous savez qu'il existe des pays civilisés

où l'on lapide les femmes adultères ?

Klaxon

Et il ne se doute de rien.

-Qui ?

-Le mari.

-Qui vous dit qu'elle a un mari ?

-Ça crève les yeux.

C'est un gros nounours.

Il gobe tout ce qu'elle lui dit.

-Il se doute de rien ? -Non, c'est un gros nounours.

Il gobe tout

tout ce que je lui dis.

-Elle est psychiatre aussi ? -Fabienne ?

Oui, elle est… Non, elle est journaliste.

Et bientôt écrivain. -Oh... Ah, je vois.

-Elle est jeune ?

-Une bonne vingtaine d'années. Je sais pas, moi.

-Évidemment. -Quoi, "évidemment" ?

-À cet âge, on est imprévisible.

On veut tout manger,

la vie est pleine d'excitation, d'appels. Vous le savez.

-Je sais ça très bien.

Fabienne est libre de faire ce qu'elle veut.

Si vous voulez savoir, c'est notre convention.

-Très bonne convention, docteur.

-"Très bonne convention, docteur."

-Oui, bon…

-Vous voudriez l'épouser ?

Vous en rêvez, hein ?

Vous n'osez pas en parler.

-Qu'essayez-vous de faire avec moi, professeur ?

-Oh, docteur, ça fait presque 7 ans que vous vous penchez sur mon cas.

Je peux bien m'occuper du vôtre 5 petites minutes.

-Mais je suis pas un cas !

-Tu crois pas que…

Rires

-Je suis psychiatre.

Alors, Nevers, voie 16, 16 h 49.

Ce sera toujours mieux que la diligence.

-Vous avez pris en 1re ?

-Le grand Pr Toussaint ne voyagera pas en train de marchandise.

Une minute, je passe un petit coup de fil.

-Ça, je vous comprends.

Non, non, non. Viens.

Tonalité

Voix masculine *-AIIô ?

AIS ?

AIlô ? Parlez, j'écoute.

| raccroche.

-Elle marche pas, votre carte.

Hum… On a un petit problème.

Tant pis, on prendra celui de 20 h 09.

-Vous me mettez en retard, Bertrand. Vous le savez ?

-CÇa m'agace, quand vous m'appelez "Bertrand”.

Sonnette

C'est au 7e.

Moteur de l'ascenseur

-Chut, chut…

-Tu fermes ?

Respiration haletante et pas dans les escaliers

Sonnette

Vous n'avez pas de clé ?

-Très juste.

-Bonjour. -Mais…

-Fabienne ?

Fabienne ?

Fabienne !

Elle est pas là.

Où est-elle ? Qui êtes-vous ?

-Je suis Éric, le frère de Fabienne.

♪ habite New York et je voulais lui faire une surprise.

-Son frère ?

Mais vous êtes nu.

-Quel sens de l'observation.

-C'est très indiqué pour la circulation sanguine.

Jane Fonda l'a dit. -Je m'en fous !

Vous êtes à poil dans mon appart…

Bonjour. C'est mon frère.

-Comment ça, votre frère ?

-|lls me connaissent depuis tout petit.

-Personne n'imagine que vous puissiez être homosexuel.

Vous avez déjà du mal

à être hétéro. -Où est Fabienne ?

-Je crois qu'elle est au Télégraphe.

C'est quoi ?

Vous voulez une crème ?

-Au Télégraphe ? -Un problème ?

-Aïe ! I! m'a tiré les poils !

Musique douce au piano

-T'es pas parti ?

-J'ai eu quelques soucis. -Ton nez.

-Ça gêne personne.

-Présentez-nous vos amis,

Fabienne.

Faites-les asseoir. -Oui, oui.

Voici Bertrand Daumale, mon ami.

-Madame. Monsieur.

-C'est vous, le psychiatre.

Pardon, mais sans psychiatres, il n'y aurait pas

de fous. -Ce serait des prophètes,

des poètes visionnaires,

des terroristes de l'âme.

Il y aurait un monde chaviré, mais juste.

Vous comprenez "juste" ?

-Vous avez lu les écrits

de Fabienne ?

-Pierre-Henri m'a présentée à Édith Juillet, qui veut me publier.

-On commencera par…

Publier les textes de Fabienne dans ma revue.

Le comité de rédaction

a besoin de la fraîcheur

de Fabienne.

Vous comprenez ce mot, "fraîcheur" ?

-C'est curieux, vous ressemblez à Toussaint.

Henri Toussaint,

le philosophe.

-Henri Toussaint ?

-Vous faites quoi dans la vie ?

-Électricien. C'est un électricien. Un grand électricien.

-Toussaint… Janséniste ringard.

Il comprenait Pascal aussi peu que les femmes.

Il n'a pas pu tuer la sienne,

pas plus que son pensum de 800 pages sur les provinciales.

À l'heure qu'il est, il doit emmerder tout un asile.

-Il n'était plus dans le coup.

C'était peut-être un dinosaure, mais le vieux maître

maîtrisait la rhétorique.

-Toussaint a été le 1er

à faire une étude sur l'œuvre de Pascal

en s'appuyant sur tout l'appareillage sophistiqué

des sciences humaines :

le structuralisme, la psychanalyse,

la linguistique.

Malgré cette densité

analytique, il a gardé une vision de l'homme très sensible.

Poétique, je dirais, même.

Rire

-Ne le prenez pas mal,

mais vous ne parlez pas comme un électricien.

-Ah si, parce que Pascal, c'est la lumière,

et Toussaint, c'est son commutateur.

-Toussaint a fait sauter ses plombs.

-Et vous, jeune homme, que faites-vous ?

-C'est Angel.

Il est… sculpteur.

-Oui, Vous comprenez ?

Mais mon visage n'est pas une terre glaise.

(-Salope.)

-Le frigidaire a disjoncté.

-Monsieur est électricien. Il va nous arranger ça.

-Sans ses outils, il peut rien faire.

-Vous allez voir. -Non, Toussaint…

-Une chance que vous soyez là, mais…

-Tournevis ! -J'ai.

-Tu sais, j'ai toujours été bluffé par les manuels.

Ce sont des magiciens de l'ombre, ces types-là.

-Ce garçon a lu mes livres. Dans Proust,

je crois me souvenir que le narrateur se précipite

sur son écrivain préféré

en lui baisant les mains frénétiquement.

Cris

Musique burlesque

Quinte de toux

-Ah… C'est un attentat, non ?

-Quelqu'un m'a serré le cou.

Il m'a serrée, il m'a mordu le lobe de l'oreille en me disant :

"Gare aux doudounes."

-Je ne plais pas à tout le monde…

-Vous comprenez ce mot, "doudoune" ?

-Un électricien pascalien qui coupe l'électricité d'un arrondissement,

flanqué d'un sculpteur libidineux !

C'est la fin du voyage !

-Tu dramatises tout. Ils croiront à un canular.

-Ils vont s'apercevoir que c'était Toussaint

et prévenir la police.

Et notre départ précipité ?

-Après tout ce qui s'est passé, c'est foutu.

Quand est ton train ? -À 20 h 09.

On doit prendre ton billet. -Mon billet ?

-Oui, j'ai besoin de toi.

-Nous partons pour un voyage de noces, Bertrand ?

Bertrand soupire.

-Attention. Regarde, c'est pas notre jour.

-C'est pas pour nous. T'as peur de quoi ?

-S'ils veulent les papiers d'Angel et qu'il leur marche dessus…

-On se sépare en 2 groupes et on prend chacun le sien.

-Tiens, Angel. Viens.

*-Attention, s'il vous plaît…

-J'ai lu vos travaux. Vraiment très novateurs.

-"Novateurs". -C'est ça.

*- à destination de Genève et Annecy...

-Oh.….

Vous avez les mains froides.

Bertrand ne vous l'a jamais dit ?

-Non, jamais.

-C'est terrible.

Vous me tenez le bras, ça va, mais… Vous me comprenez ?

Bertrand ne s'est jamais plaint ?

-C'est peut-être vous qui êtes glaçant, professeur.

-Vous avez sympathisé.

Le professeur est un merveilleux conteur.

-Oui. Il m'a déjà fait apprécier sa profondeur analytique. Hein ?

-C'est vrai, ça, professeur ?

-"C'est vrai, ça,

"professeur ?"

-Allez, donne-moi ça.

Donne, Angel. Angel.

Cris

Arrête de crier ! Ça suffit !

-Un problème ? -Il me rend pas ma sacoche.

-|| vous l'a volée ?

-Je me suis trompé. C'est la tienne. C'est la sienne.

La mienne… On a la même,

seulement la poignée est un peu abîmée.

Ah -|| veut vous la rendre.

-Oui, c'est la mienne.

C'est mes lunettes aussi.

C'est mon écharpe aussi.

-Il y a quoi dans cette sacoche ? Ouvrez-la.

-Mes affaires de toilette. Mes…

Dans celle-là, c'est mes piqûres. Je suis psychiatre.

-"Je suis psychiatre." -Lui aussi.

-Vous êtes nerveux, pour des psychiatres.

À votre place, je m'administrerais un calmant.

-Oui, docteur. Allez, viens.

Vas-y, allez.

-"Attaché de laboratoire" en…

10 lettres.

-Grenouille.

-"Grenouille" ?

Oui, ça colle.

Je vous remercie, jeune homme.

En 11 lettres, j'ai aussi un problème.

"La fin des fins".

-Eschatologie.

-Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais ça colle.

-Cataracte.

Janissaire.

Culpabilité.

-Vous saviez qu'Angel était un champion aux mots croisés ?

-Les psychotiques excellent sur un point :

mémorisations sauvages, calcul mental…

Certains sont capables

d'apprendre le bottin par cœur.

-Il m'a rempli les horizontales d'un coup.

-CÇa t'évitera de froncer les sourcils.

-"Constat peu amiable" en 8 lettres.

-Adultère.

-"Adultère".

Ben, c'est parfait.

Cocu, quoi.

-J'ai entendu des cris, des halètements…

Et puis une suffocation,

alors je me suis précipité.

Elle était à 4 pattes, béante, obscène. Je l'avais jamais vue ainsi.

Alors lui, il la bousculait,

et elle,

elle disait : "Plus fort, plus fort, plus fort.”

Elle avait le visage dévasté, elle délirait…

"Saccage-moi,

"éventre-moi."

Ils ne se rendaient

même pas compte de ma présence.

Alors quand je lui ai serré son cou,

elle a continué

à râler et à suffoquer,

comme avec lui.

Elle méritait la mort,

ma femme.

Klaxon du train

-Je suis désolé pour les mots croisés.

-Métamorphose.

Antibiotique.

Pollution.

Malédiction.

Paléontologie.

-C'est fini avec ces cochonneries ?

-|| faut éviter tout accès de mélancolie.

-"De mélancolie” ?

-C'est rien,

la mélancolie.

-Attention au courant d'air.

-Vous n'auriez pas un cigare ?

-J'ai pas de feuilles d'ordonnance.

Bougez pas.

-Alors ? -Il veut fumer le cigare.

-C'est non fumeur, ici.

-Vous m'avez fait peur.

♪ ai cru que… Enfin, j'ai eu peur.

-Je suis désolé, je sais pas ce qui m'a pris.

Pourtant, c'est fini.

Ça va mieux, vous l'avez dit.

-Oui. Vous allez bien, professeur.

-Je trouve que ça va mieux.

Grâce à vous.

-Il fume son cigare.

-Il a voulu tuer sa femme ?

-Il était encore sous le choc, comme si c'était en train d'arriver.

-C'était il y a 8 ans.

-Beaucoup de cinéma pour pas grand-chose.

-Essayez de tomber sur votre femme à 4 pattes.

-Je vous en prie, monsieur !

-C'est simple, je décroche le fusil et paf !

-Merci de ta confiance, Claude.

-"Merci de ta confiance, Claude."

"Merci de ta confiance, Claude."

Rire

Crissement de roues

Cris

Alarme

-Mais quel con !

-Messieurs dames, vous pouvez sortir du compartiment ?

-Il est entré

sans rien dire et a tiré le signal.

-Il avait l'air très poli.

Brouhaha

-J'en étais sûr.

Il a dû se réveiller au milieu d'un cauchemar.

Chaque fois qu'il prend le train, il revit des images de guerre,

de déportation…

-Non, c'est pas du tout ça.

Messieurs dames, vous pouvez sortir ?

-Écoute, pourquoi tu lui dis pas qui on est ?

-Je suis en situation irrégulière.

Toussaint et Angel n'ont pas le droit de sortir.

C'est comme 2 truands en cavale.

-|| faut que je lui parle.

Vous savez ce qu'il a, votre ami ?

-Qui.

-Il a fait une bouffée délirante.

Ce que vous preniez naïvement pour un cauchemar

est un accès maniaco-dépressif.

-Ah, "un accès maniaco-dépressif" ?

-Oui. Mon pauvre frère est comme lui, maniaco-dépressif.

Regardez votre ami. Observez

sa prostration, ses membres crispés.

Vous savez ce que vous devriez faire au plus tôt ?

-Non.

-L'emmener voir un psychiatre.

-C'est une bonne idée, ça. Oui.

-Dites-moi, c'est sa fille ?

-Oui, c'est sa fille.

-C'est votre beau-père ?

-Oui, c'est mon beau-père.

-Vous savez qu'il existe un gène de la maniaco-dépression ?

Ça peut être héréditaire. -Le gène 19 ?

C'est du baratin. C'est un argument

pour les chocs, l'appareil répressif…

C'est trop facile, l'hérédité.

-Vous connaissez le gène 19 ?

-J'ai lu Science et Vie.

-Attention à ce que vous lisez, c'est de l'antipsychiatrie.

Allez rassurer la petite, je m'en occupe.

♪ ai l'habitude avec mon frère. -Oui,

mais c'est quand même pas un simple mal de tête.

-Laissez-moi. Vous n'êtes d'aucune utilité ici.

Brouhaha

-Qu'est-ce qu'il t'a raconté ?

-Il a lu l'Introduction à la psychanalyse de Sigmund Freud,

et ça joue les psychiatres.

C'est de la kinésithérapie, du massage thaïlandais.

Rire

-Regarde. Il a l'air d'aller mieux.

-Mais non, il va pas mieux. -Mais si.

-S'il vous plaît, regagnez vos places.

Il n'y a rien à voir. Merci.

Vous avez du feu ? -Pour ?

-Son Montecristo s'est éteint.

Allez-y, monsieur. Allez-y.

Allez-y, madame. Allez-y. Voilà.

On peut y aller. Roulez.

Allez-y, madame. Ne bloquez pas.

-Angel est dehors !

-Quoi ? Qu'est-ce que t'as dit ?

-Vite.

C'est le gène 19 !

Crissement des roues

Alarme

Hululement

Il y a quelqu'un ?

Ho !

Aboiements

-Nommez-vous !

-Bertrand Daumale, psychiatre.

Ça rassure. -"Psychiatre" ?

Coup de fusil

-Viens, viens, viens !

Aboiements

Acclamations

Musique médiévale

Quand Dieu a créé la femme,

Il avait autre chose à foutre qu'à imaginer toutes ces créatures

en maillot et talons aiguilles. *-Bonne chance.

-Il faut qu'on parte, il est dans un état… Tomber sur des Miss…

-C'est quoi, une femme ? Regarde, c'est quoi ?

Du rouge aux lèvres, du mascara aux yeux,

de la cire à épiler, l'éternel féminin.

-On va à l'hôtel. On va voir si on peut louer une voiture.

-Mais, Bertrand,

ça sert à quoi d'avoir 2 seins ?

-Pour le lait, la reproduction de l'espèce.

-Le lait, on en trouve n'importe où. La reproduction de l'espèce…

Bonjour, l'espèce de cons !

-"Bonjour, l'espèce de cons !"

Brouhaha festif

-Vous êtes venus pour la fête ?

-Non, non, je…

-On peut louer une voiture ?

-Mais vous n'y pensez pas, mademoiselle.

Le garagiste de la rue principale est 3 fois fermé.

Il me reste 2 chambres, la 6 et la 7.

-On prend les chambres. Je dors avec Angel.

-Comment ça ?

-Je peux dormir

avec le professeur, si tu veux.

-Dans mon lit.

-Tu peux dormir toute seule.

-Sois pas ridicule. Angel a la structure mentale

d'un enfant de 8 ans.

-Angel est parfois libidineux et bécoteur.

-Il est à lui seul une banque ambulante de sperme.

-Ne recommencez pas.

-Comment ça ?

-C'est entre nous.

-Qu'est-ce que c'est que ça ?

Mais qu'est-ce…

-Qu'avez-vous décidé ?

-On prend les 2 chambres. -Les 2 chambres, la 6 et la 7.

-J'ai un mot à dire à Fabienne. Attendez-moi là.

Que des grands lits. -Y a de la place pour 2.

-Tu vas pas dormir toute nue avec un psychotique, quand même.

Brouhaha festif

Gémissements

-T'aimes ça ?

-Oui !

-T'aimes ça, hein ?

T'aimes ça, hein ? -Oui !

-T'aimes ça !

Feu d'artifice

-Vous avez les pieds froids, Bertrand.

-C'est un problème de circulation.

Je mets toujours un certain temps à irriguer mes extrémités.

-Ce n'est pas grave, Bertrand.

Irriguez-vous.

Acclamations à l'extérieur

-Angel, tu vas étouffer comme ça.

Allez, déshabille-toi.

Fracas

Grognements d'effort

Fracas

-Vous avez entendu ? Qu'est-ce que ça peut être ?

-C'est juste un bruit, Bertrand.

-Et ça, alors ?

Rires à l'extérieur

Mais il a… |l a…

-On essaie de le déshabiller. Tu veux nous aider ?

-Mais il y a eu un bruit. C'est terrible, un bruit.

On peut tout imaginer.

Bonsoir.

Claquement de porte

Feu d'artifice

Vous lisez les Pensées de Pascal ?

-Qui.

-C'est plein d'annotations.

On croirait une dictée de cancre corrigée par un professeur.

-De la main même de Pascal.

C'est son exemplaire. Une édition originale.

Une petite fortune.

-Un exemplaire de Pascal ?

-Vous lisez quoi ?

-Oh, rien, rien.

C'est rien.

Non. -Mais non.

Allons, allons.

Rire

La Vie privée de Walter Klozett.

-Vous croyez qu'après cette journée, je vais relire l'Être et le Néant ?

-Je voulais pas vous vexer, docteur.

Donnez-moi ça.

"La va chasse. ♪ en suis soufflé.

"Me voilà avec le dardillon en berne.

"Il allait se déguiser en chapiteau de cirque,

"et par sa légèreté insouciante,

"cette morue le mut

"en tagliatelle trop cuite.”

-Bonne nuit, sinon on va pas être frais demain.

-"La va chasse"…

Brouhaha festif à l'extérieur

-Titi toto.

Titi toto.

-Oui, "titi toto".

On va laisser tranquille "titi toto"

et on va dormir, hein ?

-Titi toto ?

Titi toto !

Titi toto ! -Non, pas toi, "titi toto".

Allez.

-Titi toto !

-Ma femme…

Respirait

bruyamment, toujours, pendant son sommeil.

Une respiration contrariée.

De fait, je n'ai jamais cru

en une harmonie préétablie entre…

la femme et l'homme.

Nous avons deux façons si radicalement… opposées

d'appréhender le monde,

deux respirations antinomiques.

Évidemment, il y a la reproduction de l'espèce,

intersection obligée :

l'ovaire et le spermatozoïde,

le rendez-vous de la lune avec le soleil.

On n'y échappe pas.

On n'a encore jamais vu deux hommes

élever un enfant ensemble.

-Je suis trop énervé pour dormir.

-Bon. On va peut-être dormir, hein ?

Allez. Bonne nuit, Angel.

-T'aimes ça, hein ? -Hein ?

-T'aimes ça, hein ?

-Mais dors !

-T'aimes ça, hein ?

T'aimes ça, hein ?

-Qu'est-ce que tu fabriques ?

Rire

Mais arrête.

Angel.…

Mais arrête.

Arrête. -T'aimes ça, hein ?

-Vous avez entendu ?

C'est bizarre, on dirait…

Cris

“-Des grandes, des petites, des maigres, des opulentes,

des hystériques, des schizophrènes, des boudins

et des galantes !

Mesdames et messieurs,

c'est la foire aux femmes.

La fille de la fermière, du notaire,

la grande solde de printemps !

Faites votre choix, allez-y, mesdames, messieurs. Messieurs ?

Un monsieur ici, Monsieur là.

Allez-y, elle est fraîche !

Monsieur, allez-y ! Monsieur, là-bas !

-Angel…

*-Un pas et tout explose !

C'est une bombe ! -Un livre.

*-Mais pas n'importe quel livre.

-Arrête…

Râles

*" Je ne sais qui m'a mis au monde,

"ni ce que c'est que le monde.

"Je n'ai que moi-même.

"Je suis dans une ignorance terrible de tout.

"Je vois ces effroyables espaces de…”

-Lâche-le !

Lâche-le !

Cri

*-"Et je me trouve attaché à un coin de cette étendue

"sans que je sache pourquoi je suis placé en ce lieu…

"plutôt qu'en un autre.

"Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir.

"Mais ce que j'ignore le plus

"est cette mort même.….

"Que je ne saurais éviter."

-T'attends quoi ?

-Je vais le lancer !

-OH !

Cris

*-Calmez-vous.

-Fabienne !

Tu sais pas de quoi il est capable !

Fab…

Feu d'artifice

Fabienne !

Musique à l'accordéon

Brouhaha festif

Bonsoir.

Calme-toi. On va retrouver le professeur.

Brouhaha festif

-Je peux faire quelque chose ? -Ouvrir.

-Ils se rendaient même pas compte de ma présence,

et quand je lui ai serré son cou,

elle a continué à râler, à suffoquer.

Elle méritait |la mort, ma femme.

-Venez, professeur. On rentre.

Voilà.

Venez, on va par là. -Non, c'est par là.

-Non, c'est par là.

-Non, c'est par là.

-Non, c'est par… -Non.

C'est par là.

Votre père buvait beaucoup, hein ?

Pauvre petite fille qui guettait son père

à travers la vitre du bar,

le soir, tard.

-Vous êtes un salaud.

-C'est à monsieur votre père qu'il fallait dire ça.

Je ne vous intéresse plus ? -Vous me faites mal.

-Votre bras de jeune romancière est encore un peu mou,

un peu inconsistant.

Vous vouliez voir un monstre ?

Eh bien, regardez-le de près.

Il faut prendre des notes.

Vous voulez que je vous dise comment j'ai fait avec ma femme ?

C'est un endroit propice à la reconstitution.

-Je vais crier. Je vais crier.

Rire dément

-Où étiez-vous ? Ça fait une heure que je vous cherche.

-C'est vrai, vous avez une tête de cheval.

Viens, viens, viens.

Viens, viens. T'as froid, hein ?

T'as froid ?

Viens, viens, viens.

Viens, viens, viens, viens.

Là, voilà.

Calme-toi, voilà.

Chut… Allons, allons.

Doucement, doucement.

Voilà, voilà.

Cloche d'église

-Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre nom soit sanctifié…

Murmures

-Il m'a…

Il m'a promis de…

Il m'a promis…

-N'essayez pas de parler. Vous vous épuisez pour rien.

-Ma mère, voici le Pr Toussaint, Fabienne, mon assistante,

et Angel, un ami du professeur. -|| faut faire vite.

Le ciel s'impatiente.

Elle a survécu pour ce dernier pardon.

Elle délire depuis dix heures. ♪ espère qu'elle vous reconnaîtra,

mon fils.

-Juste une parole, juste un baiser, professeur.

Viens là, Angel.

-Elle va pouvoir s'en aller en paix.

-Tu vas être en retard à ta conférence.

-Allez-y, professeur. C'est à vous.

Vous appelez ça un baiser d'adieu ?

Soupir

Vous avez peur de vous brûler ?

-Vous m'énervez.

-C'est pas un baiser

à une femme qui s'en va pour toujours.

Voilà un baiser d'adieu, un baiser du départ.

-Henri ?

Tu as oublié d'emporter

ton parapluie.

-Faites-moi plaisir, professeur. Un vrai baiser.

-Vous avez failli l'asphyxier avec votre suçon.

-Je préfère mon suçon à vos bécots secs.

-Mes gifles sont sèches, mais bien placées.

-Merci.

Merci, mon chéri, mon amour.

-Vous voyez, j'ai bien fait d'y mettre du cœur.

-Pourquoi n'as-tu jamais répondu à mes lettres,

Henri ?

-Votre femme vous a posé une question,

Henri.

-Je…

Je ne trouvais plus les mots.

-Quand tu m'écrivais, quand tu étais jeune homme,

tu me mettais sur un piédestal,

un trône inaccessible.

Je ne suis pas une divinité.

-Vous devriez vous reposer. -Pas une reine,

Henri.

-Pouvez-vous me laisser seul avec ma femme, Dr Daumale ?

-C'est la 1re fois que tu dis "ma femme”.

-Peut-être que je me suis enfin débarrassé de la reine.

-Je savais que ce n'était pas mon cou

que tu serrais.

Mais… Mais tes cheveux ont repoussé.

Ils sont presque bouclés.

-J'utilise un nouveau shampoing, une émulsion antipelliculaire.

-Je la lui ai prescrite. Il va beaucoup mieux.

-S'il vous plaît.

-Pourquoi vous n'avez jamais répondu à ses lettres ?

-Parce que c'est vrai, je ne trouvais pas les mots.

-Je ne sais pas ce qu'il y a, mais vous n'auriez pas…

Une bouchée au chocolat ?

-Vous avez faim ?

-Oui, je me sens mieux.

Je me sens même très bien.

-C'est un miracle.

-Professeur.

Merci d'avoir accepté de dire adieu à votre femme. J'avais promis.

-Vous l'avez très bien fait à ma place.

-Attends, mais…

-Attendez-moi là, je reviens tout de suite.

Professeur, venez avec moi.

Tu vois, ça s'est très bien passé.

Non, non, aucun problème majeur.

Hein ?

Non. Dès que l'ambulance arrive, on part aussitôt.

Je te le promets.

Verebelli, je te l'ai dit, on sera dans les temps.

Moteur

Ça n'a pas toujours été facile, mais grâce à lui, j'ai compris

le rapport analysé-analysant.

C'est un lien fraternel, presque gémellaire,

avec évidemment des risques de tension.

Eh bien, malgré tous ces incidents,

tous ces dérapages nécessaires,

reste une authentique aventure humaine.

On frappe.

Ne quitte pas. Entrez.

-Je vais ouvrir.

-Je crois que voilà nos ambulanciers.

-Je suis le Dr Daumale.

-Entrez, messieurs. Asseyez-vous.

-Ils n'ont pas le temps, ils sont venus expressément pour vous.

-On va pouvoir y aller gentiment. -Bien sûr.

-On va raccrocher gentiment. -Attendez, je téléphone.

-Tout se passera bien, professeur.

-La belle auto va attendre.

-Mais arrêtez, je suis psychiatre.

Demandez à Verebelli.

Je suis psychiatre !

-C'est toujours la même chose, avec les patients.

Ils veulent prendre la place du médecin.

Ils confondent transfert

et substitution.

Temesta ?

-Maxiphase. -Ah oui.

-J'en veux pas !

Je suis psychiatre. C'est moi, Daumale !

-Allez, allez, la piqûre. -Ça va bien se passer.

-La piqûre, la piqûre.

L'injection !

Angel part en courant.

Il revient.

-Merci.

Il repart en courant.

Il revient.

Protestations

-Oh non ! Oh non !

-Le signal d'alarme.

Tirez le signal d'alarme

et introduisez la carte magnétique

dans le téléphone.

L'homme au minou. Je ne suis pas l'homme au minou.

-Le pauvre… On s'attache à ses patients.

On croit qu'on peut quelque chose, qu'ils vont mieux et voilà,

l'homme au minou. Quel échec thérapeutique.

6 ans de soins, d'écoute analytique, pour en arriver là.

-Qu'est-ce qu'il a au nez ?

-Automutilation, phénomène classique.

À cause d'une odeur, il a voulu s'immoler par le nez.

-Il y en a un 2e, un psychotique.

-Une psychotique : Fabienne.

Petite chose si fragile.

Je m'en charge.

-Un petit chemin

Qui sent la noisette

Un petit chemin

|| marmonne.

-Angel ?

Angel !

Angel !

Angel !

-Angel, descends. -Ce que vous faites est dangereux.

-Angel, tu vas tomber, descends. -Descendez, jeune homme.

-|| va tomber.

-Angel ! Descends, Angel.

-Qu'est-ce qu'il fait ? -Il veut plus

redescendre. -Angel, viens.

Angel ? -Je vous en supplie.

-Angel, viens.

-Descendez. -Angel, descends !

-Je n'ai pas de carte magnétique.

-Le docteur a prescrit un calmant.

-C'est lui, le docteur.

Grincement

Cris

-Écartez-vous.

Ah !

-Mon Dieu. -Oh là là…

-Filles lubriques.

Allez, viens. Vous voyez, je suis le diable.

Cassez-vous ou ce sont des mots si dégueulasses

qu'ils vous suivront au paradis.

Casse-toi.

Toi aussi.

-Hé. C'est lui, l'homme au minou,

la grande Brésilienne.

-Voilà, tout rentre dans l'ordre.

Voilà. Vous êtes rassuré, docteur ?

-C'est votre faute, si ça s'est passé comme ça.

Pourquoi avoir accepté de venir avec nous ?

-Ça me convenait.

♪ avais envie de partir avec Angel.

-Pour aller où ? Pour quelle vie ?

-Une vie où Angel pourra être heureux,

là où il y a pas d'heure pour les promenades,

où il pourra pisser sans qu'il y ait une infirmière derrière lui,

où il pourra manger avec des couverts,

un endroit où personne ne lui parlera en petit nègre,

où il aura pas besoin de progresser,

où il pourra vivre comme il lui plaît, différent,

incurable.

-Vous croyez au paradis.

-Mais pas loin d'ici, il y a une maison,

une sorte de pensionnat…

Il y a des pensionnaires qui sont des drôles de canards.

Il y a des mongoliens, des psychotiques,

des débiles moteurs.

Eh bien, ils vivent,

ils… ils respirent, ils marchent,

à leur rythme, de travers.

-La ferme de Gruissan. C'était aussi dans ma thèse.

-À cette époque-là, vous deviez être un jeune homme fréquentable.

Vous nous laissez, docteur.

-"Vous nous laissez, docteur."

-Viens.

L'ambulance démarre.

-On voua a préparé une collation avant de partir.

-C'est gentil. On y va ?

Musique douce

Vrombissement de moteur

Rire

Klaxon

Hennissement

-On est arrivés.

Voix lointaines

Chant d'oiseaux

-J'ai jamais su dire merci.

-C'est moi.

On devrait toujours garder près de soi ses écrits de jeunesse.

Grâce à vous, je vais relire ma thèse.

-Le 1er chapitre, hein.

Surtout le 1er chapitre.

-J'ai compris.

Vous trouvez que le reste est un peu long.

-Mes livres aussi sont toujours trop longs.

Merci, Fabienne.

Vous avez les mains chaudes.

Rires

-Docteur, on vous attend.

On vous attend ici.

Les mains chaudes ? Il trouve que j'ai les pieds froids.

-Ah oui ? Je voudrais te dire quelque chose 2 minutes.

Ça, c'est pour ce que tu viens de faire.

Et ça, c'est pour hier soir.

-Il est déjà fondu dans le groupe.

-On dirait qu'il a tout le temps vécu ici.

-Venez le voir quand vous voulez.

-Il va voir que je ne suis plus là ?

-Certains psychotiques ont une étonnante capacité d'oubli.

Ils remplacent un objet affectif par un autre.

-"Un objet affectif"…

-Il est nécessaire que vous repartiez

tout de suite ?

-On m'attend.

-Votre femme ?

-Non, non, non.

Un directeur d'asile.

-Vous êtes psychiatre ?

-Je suis fou. -Ah.

Vous m'avez fait peur.

L'ambulance démarre.

Musique mélancolique

-Ne soyez pas sombre. Angel est à l'abri du monde, maintenant.

C'est vous qui l'avez voulu comme ça.

-On ira le voir de temps en temps.

-Qu'est-ce que vous voyez dans la boîte à gants ?

-Un cigare. -Pas n'importe lequel.

Passez-moi l'allume-cigare, professeur.

Cri

Rires

Mon nez !

-Vous commencez à nous emmerder avec votre nez !

Grondement de tonnerre

-Oh, mais non !

Musique burlesque

Sous-titrage : ECLAIR

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