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Zulu
Je suis
curieux
d 'en savoir plus. Je vous en prie. Bon.
Mon père et mon frère sont tous les deux morts dans un accident de voiture. J
'avais deux ans.
Et ma mère, eh bien la pauvre, elle a fait une attaque cérébrale.
Depuis 30 ans déjà, elle vit dans un hospice.
Ça vous va ? Mon Dieu, c 'est terrible.
Mais enfant, qui donc s 'est occupé de vous ? Par chance, un ange gardien est
venu à mon aide.
Ah oui ? Qui ça ? C 'est un parent.
Côté maternel, je n 'ai jamais fait sa connaissance. C 'est étrange, j 'ignore
même jusqu 'à son nom.
Il a pris en charge mon éducation à la suite de l 'hospitalisation de ma mère
puis il m 'a inscrit dans un collège.
Un établissement de crédit m 'a alors contacté pour m 'informer que se
à ma disposition une somme d 'argent suffisante pour vivre ainsi que pour
subvenir aux soins médicaux de ma mère.
Et vous ne connaissez pas l 'identité de votre bienfaiteur ?
Eh bien, c 'est absolument impossible, voyez -vous. L 'unique lien entre nous
deux était cet établissement de crédit auquel il avait souscrit afin de me
léguer cette somme.
Mais aucune de mes nombreuses demandes d 'informations n 'ont abouti et j 'ai eu
beau insister et expliquer mon cas, rien à faire. Je me heurtais au secret
bancaire.
Mais assez parlé de moi et de mes misères.
Je parle et le temps passe, parlons plutôt de vous.
Oh non, il n 'y a rien à dire, vraiment aucun intérêt.
En fait...
Parlons plutôt de l 'objet de cette entrevue.
C 'est pour la société que je représente, et pour moi, un honneur que
confier une tâche si importante.
Au passage, encore bravo pour votre prix Pulitzer, hautement mérité.
Mais je m 'égare et j 'en oublie l 'essentiel, à savoir vous confier une
interview tout à fait exceptionnelle.
Monsieur Stavros, en personne, et ça, c 'est une occasion à ne pas rater.
Une interview exclusive.
Il a choisi le 15 décembre pour figurer dans votre émission gloire et succès. C
'est incroyable.
C 'est pourtant tout à fait sérieux. Dites -moi, c 'est un gag ? C 'est pour
caméra cachée ? Mademoiselle, je ne me permettrai pas.
Mais enfin, chacun sait que Stavros n 'a jamais accordé d 'entretien depuis plus
de 30 ans.
Vous avez raison.
Comme je vous ai dit, cette décision est tout à fait exceptionnelle.
Monsieur Stavros arrivera à Rome avec son avion personnel à 20h30 précise.
Vous devrez vous trouver au palais de l 'opéra à 21h.
Mais attention aux restrictions.
C 'est impératif. Pas la moindre caméra.
Et aucune photo.
Vous ne disposez que de 30 minutes.
Et pas une seconde de plus.
Eh bien, dites donc, voilà qui promet d 'être très intéressant.
Vous recevrez dès demain votre accréditation personnelle. Prenez -en
Soyez tranquille, j 'en prendrai soin.
Vous pouvez me faire confiance.
Vous vous sentez bien ?
Oui, vous êtes contente ? Oui, ça va bien.
Bonjour, maman.
Et comment tu vas, dis -moi ? Oh, maman, si tu savais, c 'est le plus beau jour
de ma vie. J 'ai décroché un scoop.
Tu m 'entends ? Une première mondiale, une interview avec l 'homme le plus
secret du siècle.
Stavros Mintos.
Excuse -moi.
Je ne devrais pas te déranger, je sais.
Oh, maman, quel dommage, quelle tristesse que tu ne puisses pas partager
joie.
Tu vas aller mieux, maman.
Tu vas aller mieux.
Bienvenue à tous pour ce deuxième volet de l 'émission spéciale Stavros.
Mais avant tout, j 'aimerais vous remercier pour la confiance et la
vous accordez à l 'émission.
Vous avez en effet été très nombreux à plébisciter notre programme et c 'est
avec une fierté non dissimulée que grâce à vous, nous avons réalisé la meilleure
audience de l 'année.
Un résultat incroyable qui a surpris toute la rédaction et qui nous va droit
cœur.
Encore merci.
Comme nous vous en parlions encore la semaine dernière, la première édition du
programme Gloire et Succès a tenu ses promesses. Cette manifestation à
humanitaire a remporté un franc succès et il faut dire que le point d 'orgue de
ce show fut la donation exceptionnelle. 10 millions de dollars, une jolie somme,
vous en conviendrez.
Le donateur n 'est autre que l 'homme le plus riche du monde, j 'ai nommé
Stavros, qui défrait la chronique et ceci mes amis pour deux raisons.
Et bien tout d 'abord...
Accrochez -vous bien parce que Stavros a annoncé son retour. Je vous rappelle qu
'il vit reclus depuis 30 ans dans une île du Pacifique.
Et ensuite, il est à noter que la fin de cet exil marque un retour au pays après
40 ans d 'absence.
Est -ce naturellement toute la rédaction est sur le pied de guerre afin d
'obtenir une interview exclusive avec notre plus illustre concitoyen ? En
attendant cet éventuel exploit, je vous propose à présent d 'assister à la
deuxième partie de notre spécial Stavros.
qui, je l 'espère, contribuera à vous faire découvrir en détail la vie
extraordinairement riche d 'un des hommes les plus intéressants de notre
Je suis arrivée à Rome vers la fin des années 50. Une petite annonce avait
retenu mon attention. C 'était une société de production cinématographique.
Cette société était à la recherche d 'une actrice débutante qui puisse
interpréter le rôle de la jeune Pauline Bonaparte dans un film sur Napoléon.
Je peux vous dire que je m 'en souviens très bien, en particulier du casting.
J 'ai été choisie, figurez -vous, parmi une centaine de candidates.
Et puis, c 'est à cette occasion que j 'ai fait la connaissance de Stavros qui
dirigeait la production.
Alors, qu 'est -ce que tu penses d 'elle ?
Tu la trouves pas parfaite ? Ça saute aux yeux. Elle est faite pour le rôle, c
'est clair.
Écoute, je vais te dire. Ne soyons pas hypocrites. Tu sais bien que je n 'ai
la moindre estime pour toi, mais je reconnais que tu as un vrai talent quand
s 'agit de casting.
Mademoiselle, est -ce que vous vous sentez capable d 'endosser le rôle ?
être franche, j 'en doute.
Mais non, il ne le faut pas.
Mais est -ce que vous avez déjà joué la comédie ? Non, c 'est ça le problème.
Mais je te garantis qu 'elle en veut.
Alors, dans ce cas, vous avez le rôle. Mes félicitations.
Une anecdote en particulier me revient à l 'esprit. Alors que je donnais la
réplique à la grande Monica Foster pour une scène capitale, Savros déboula sur
le tournage. Il était furieux.
Tu as vu l 'expression de Monica ? Tu as entendu comment elle a joué ? Ben oui.
Mais si pour toi ça va, alors il faut tout arrêter.
Je suis désolé, mais pour moi la scène, elle est crédible. Mais j 'en ai rien à
foutre de savoir si ta scène, elle est crédible.
Moi, je te dis que Monica Foster joue comme un poisson. Il faut lui dire de
recommencer la scène. Je n 'ai jamais dit pourquoi, mais Stavros ne supportait
pas la présence de Monica.
Et le fait est, il prenait un malin plaisir à refaire tourner toutes les
dans lesquelles elle jouait.
Vous appréciez les fleurs ? Ah oui, beaucoup.
Moi aussi, je les adore.
Vous savez, chez moi, j 'en mets un peu partout. J 'aime beaucoup leur
fraîcheur. J 'aime aussi leur parfum, c 'est l 'origine de la vie.
C 'est plutôt rare de la part d 'un homme d 'affaires tel que vous d
tant d 'amour pour la nature.
Oh, mais là, vous commettez une erreur.
Il ne faut jamais se fier aux apparences.
Et dites -moi, que diriez -vous d 'un dîner afin d 'explorer davantage ma
personnalité ? Je suis tout de suite tombée sous le charme de cet homme. Il y
avait chez lui une douceur et une sensibilité tout à fait hors du commun.
L 'attirance fut réciproque, je dois dire.
C 'était une folle passion comme on n 'en vit qu 'une fois. C 'était
Ce repas est tout simplement divin. C 'est vrai.
Il y a bien longtemps que je n 'ai pas mangé une viande aussi bonne.
C 'est un vrai festin.
Mon amour, tu sais bien que pour toi, rien n 'est jamais trop bon. Bonjour.
J 'ai enfin le plaisir de rencontrer celle dont on dit un grand bien dans le
monde du cinéma.
Tu pourrais avoir le bon goût de nous présenter, non ? Enchantée, Hanselmuth.
Madeleine Ruta.
Je dois dire que vous êtes encore plus belle que ce qu 'on m 'avait dit.
Au fait, j 'espère ne pas perturber votre intimité. Si c 'est le cas, je m
excuse.
Bien, je vous souhaite une bonne continuation.
Eh bien, au plaisir.
Au plaisir.
Qui est cet homme ? Tu ne le portes pas dans ton estime ? Oh, lui, c 'est mon
associé. À dire vrai, je préfère plutôt ne pas en parler.
Tu ne m 'as jamais parlé d 'un associé ? C 'est un salaud.
Ce type est une très mauvaise fréquentation, tu sais.
C 'est pour ça que j 'ai préféré ne pas t 'en parler. C 'est mieux comme ça.
Il m 'a pourtant eu l 'air tout à fait sympathique.
Ne t 'y fie pas.
Un jour, peut -être, je te raconterai tout à propos de Hans, et alors tu
comprendras. Je ne saurais l 'expliquer, mais je ressentis une attirance inouïe
pour ce garçon. Pour tout dire, il se dégageait de sa présence un mélange de
séduction et de mystère.
J 'étais pourtant toujours très amoureuse de Stavros.
En tout cas, les savoirs étaient la foule de mes vingt ans, mais toujours
-il que j 'étais attirée vers lui, et ça, je devais le payer cher, très cher.
L 'incident a eu lieu lors de la grande première organisée pour le film
Napoléon. Là, son associé se mit à me faire la course en était indécent. Et
-même, si je faisais de mon mieux pour l 'éviter, je sentais bien que c 'était
inéluctable. Malgré mes efforts surhumains pour résister à un, c 'était
fort que moi. Une partie de moi était sous son charme. Ce n 'était plus qu
question de temps. Ce qui devait arriver, arriva.
Je t 'aime.
... ... ...
...
Je ne sais pas comment il l 'a appris.
Toujours est -il qu 'il vit clair dans notre jeu.
Ou bien quelqu 'un nous surprit, ou plus probablement juste son instinct.
Le fait est qu 'il le savait et qu 'il rentra dans une rage folle, je l
encore. Est -ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ? Ça, je ne le
pas ! Seule une pute se comporte comme ça ! Tu m 'entends ? Une pute ! Tu
tes clics et tes claques et tu te casses ! Tu n 'es qu 'une putain ! C 'est dans
un bordel, ta place ! Il n 'y avait plus rien à faire.
Non seulement je perdais l 'homme que j 'aimais, mais en plus, c 'est à partir
de ce moment -là que tous mes ennuis ont commencé.
Et en fin de compte, je ne peux m 'en prendre qu 'à m 'engager moi -même,
ma perte.
Il m 'a mis à la porte, c 'est atroce.
Il ne veut plus me parler.
Je m 'en veux tellement.
Mais que faire ? Toi, tu es son ami, tu peux lui parler.
Tu sais, je suis désolé, mais il faut voir les choses en face, ta carrière est
finie. Et tu vois, j 'ai beau être son associé, après ce qui s 'est passé entre
nous, je ne peux rien faire pour t 'aider.
J 'ai été tellement stupide.
Je le regretterai toute ma vie. Qu 'est -ce que je vais devenir ? Écoute, je
crois que j 'ai une solution.
Nous sommes propriétaires d 'un collège de sœurs et je crois savoir qu 'il y a
des problèmes avec la directrice.
Je vais en parler.
Je ne te garantis rien, mais on ne sait jamais. Je connais la mère supérieure.
Ça peut marcher.
Mais tu sais, j 'irai à un collège, j 'y connais rien, moi.
Tu crois que c 'est possible ? Oh, pour ça, ne t 'inquiète pas. C 'est un
travail très simple et puis je serai là.
Parce que je surveille ce collège de près. Tu n 'auras qu 'à suivre mes
instructions, c 'est tout.
Qu 'est -ce que tu veux dire ? Ce n 'est pas très clair.
Sois patiente, tu verras.
En attendant, tu fais exactement ce que je te dis de faire.
Et surtout, tu n 'en parles à personne.
Je n 'ai pas tout à fait compris ce qu 'Anselmoot me cachait exactement à cette
époque -là.
Mais j 'ai tout de même accepté.
Ah, on ne peut pas dire que j 'étais ravie, ça non.
Mais il faut comprendre que j 'avais goûté au fast, au luxe du cinéma. Alors
'est sûr, on ne peut pas dire que j 'étais très excitée à l 'idée de m
d 'un collège de soeurs. Mais c 'était tout de même une solution bien trouvée
pour continuer à faire de l 'argent facile.
Je me doute que vous me connaissez toutes par rapport à ma carrière d
de cinéma.
Certaines d 'entre vous doivent être étonnées par un tel changement de
Pourtant, ne vous faites pas d 'illusions sur mon compte.
Je prends mes nouvelles responsabilités très à cœur, sachez -le.
N 'espérez pas de ma part un traitement de faveur. N 'oubliez jamais que je suis
votre nouvelle directrice et que vous me devez obéissance et respect.
Gardez cela à l 'esprit.
C 'est de la plus grande importance.
Je veux que ce soit bien clair.
Je ne tolérerai aucune entorse au règlement intérieur du collège en aucun
Je sais que certaines règles sont difficiles, mais elles sont toutes
nécessaires.
Compris ? Le bon déroulement de cette année en dépend.
Je vous souhaite une bonne continuation.
J 'ai presque aussitôt compris tous les sous -entendus qu 'Hans avait utilisé ce
jour -là au restaurant.
Toutes les filles du collège faisaient partie, bon gré, malgré, d 'un immense
réseau de prostitution qu 'Hans contrôlait, bien sûr, et dont j 'étais
que je le veuille ou non, la complice.
Je me retrouvais rapidement enfermée dans un cercle vicieux, une spirale sans
fin. Hans me tenait. Si j 'avais refusé de participer à son petit manège, je n
'aurais pas pu maintenir mon extravagant train de vie bien longtemps.
Je me souviens qu 'un jour, Hans m 'avait demandé d 'accompagner deux
collégiennes dans la luxueuse demeure d 'un richissime sultan arabe.
Bien entendu, Hans ne m 'avait pas mis en garde quant à la personnalité trouble
du sultan.
La première expérience que j 'ai connue avec le sultan fut terrible, aussi bien
pour moi que pour les collégiennes. Mais malgré tout le dégoût qu 'il m
'inspirait, il fallait aller jusqu 'au bout.
Il se voit bien la queue.
Oui,
c 'est bien ça.
Oui, c 'est ça.
Mais branle -moi.
Il est plus vite.
Branle -la dans ta bouche.
Ce petit manège prospéra pendant quelques mois. Tout allait pour le mieux
financièrement, jusqu 'au jour où le surveillant du collège vint me prévenir
'il avait surpris deux décollégiennes avec un client dans un des dortoirs. Une
des règles de base étant de ne jamais réaliser de passe à l 'intérieur de l
'établissement, il était clair que ces filles avaient monté leur propre réseau.
Elles nous faisaient non seulement concurrence, mais surtout, elles nous
faisaient courir un grand risque. Et ça, on ne pouvait pas se le permettre.
En moins de temps qu 'il ne faut pour le dire, on fut accusé de prostitution.
Très vite, une enquête fut ouverte et la police découvrit bientôt que Hans
dirigeait toute l 'affaire.
On mit la clé sous la porte.
Lors du procès, je fus condamné à deux années de réclusion.
Stavros, quant à lui, fut acquitté. Il est bien évident que j 'avais
personnellement témoigné en sa faveur.
Voilà, vous connaissez mon histoire.
Une bouteille de champagne salieri, deux coupes, et c 'est l 'assurance d 'une
soirée réussie.
J 'ai connu Stavros vers le début des années quarante, si je me souviens bien.
Quand je l 'ai rencontré, il travaillait comme garçon d 'écurie chez son oncle.
C 'était quelqu 'un de bien, très très gentil, même si à l 'époque il était
pauvre.
Il ne se doutait pas que j 'étais follement amoureuse de lui.
Je ne pensais qu 'à lui jour et nuit.
Et j 'étais prête à tout, vraiment à tout, afin d 'attirer son attention.
Mais lui, il était fiancé avec une très bonne amie à moi.
Et même ça, ça ne m 'empêchait pas d 'espérer.
Mais qu 'est -ce que tu fais ? Je travaille, tiens, comme si ça ne se
pas. Je me demandais si par hasard ça te dirait de venir avec moi demain soir à
la fête du village.
Non, c 'est gentil, mais demain j 'ai déjà promis à Anna.
D 'ailleurs, j 'ai pas trop envie d 'y aller.
Non, vraiment.
Et puis, j 'ai beaucoup trop de travail, tu sais.
Avec tout ce qu 'il me reste à faire, j 'aurais jamais fini à temps.
Bon, et bien dans ce cas, je te laisse. D 'accord.
Bonjour. Bonjour, mademoiselle, comment allez -vous ? Ça va bien, merci, et vous
? Ça va bien, ma foi, à mon âge, vous savez, faut pas se plaindre.
Est -ce qu 'on aura le plaisir de vous voir demain, la fête du village ? Je ne
raterai ça pour rien, Amanda. Vous pouvez compter sur moi. Alors, je vous
demain. C 'est ça, à demain.
Stavros finit son travail à temps pour participer à la fête avec Anna, bien
entendu. À aucun moment, il ne daigna me regarder. J 'étais furieuse.
Je n 'en pouvais plus. J 'étais dévorée par la jalousie. Je devais trouver un
moyen de rompre leur relation.
Et c 'est alors que se présenta l 'occasion idéale. Il faut absolument que
'aides. Mais bien sûr, Anna, dis -moi. C 'est pour mon père.
Tu sais, il est très malade.
Et pour guérir, il lui faut absolument des médicaments.
Au marché noir, j 'en ai au moins pour 50 lire.
La seule personne qui pourrait me les prêter, c 'est l 'oncle de Stavros.
Lui seul.
Étant mesure de me prêter cette somme, je peux même lui donner une garantie, s
'il le veut.
Une bague qui appartenait à ma mère.
J 'y tiens énormément, elle est très belle et je suis sûre qu 'elle vaut 50
lire. Et pourquoi ne veux -tu pas directement traiter avec lui ? Oh non,
est un porc.
Oh, si tu savais, si je lui demande une faveur, c 'est à chaque fois la même
chose, il veut me ploter.
Et ça, si Stavros la prenait, il serait capable de le tuer, crois -moi.
Dans ce cas -là, ne te fais pas de soucis. Demain, j 'irai lui parler à ta
place. Pourquoi veux -tu me voir ? Explique -toi un peu.
En effet, il faut que je vous parle.
Je viens en fait de la part d 'Anna. Elle a un service très important à vous
demander, voyez -vous. Pourquoi tu viens me voir, toi ? Anna n 'est pas assez
grande pour venir me parler.
Non, ce n 'est pas ça, voyez -vous. Elle doit rester au chevet de son père
malade. Elle est bouleversée.
Et qu 'est -ce que j 'ai à voir dans tout ça ? En fait, Anna a besoin d
des médicaments pour son père. Il est très malade, c 'est urgent. Et au marché
noir, ces médicaments coûtent 50 lire.
En gage de garantie, Anna se propose de vous donner une bague de grande valeur.
Écoute, as -tu la moindre idée des sacrifices que j 'ai dû faire pour
peu d 'argent, non ? Franchement, qu 'est -ce que tu veux que j 'en fasse de
bague ? Mais non, vous n 'y êtes pas, c 'est juste une garantie. Mais quelle
garantie, tu veux bien me le dire ? Oh, je la connais bien, la famille d 'Anna.
Je sais bien que je ne reverrai jamais mon argent.
Écoute plutôt, si Anna veut mon argent, très bien.
Elle sait ce qu 'il lui reste à faire.
Quant à toi, tu paieras aussi, crois -moi.
Alors, qu 'est -ce qu 'il t 'a dit ? Est -ce que tu as la bague sur toi ? Oui,
la voilà.
Qu 'est -ce qu 'il en pense ? Tu avais raison, ce type est abject.
Cela ne lui suffit pas. Il exige de toi des garanties d 'une autre nature.
Qu 'est -ce qu 'il veut d 'autre, ce gros porc ? Devine un peu.
Ce n 'est pas vrai.
Je ne lui ferai pas ce plaisir, ça non.
Anna, réfléchis un peu. C 'est le dernier recours qu 'il te reste pour
les médicaments dont tu as besoin.
D 'autre part, sache que tu peux compter sur ma discrétion. Je t 'assure que
personne ne sera au courant. Je ne veux pas te forcer la main, mais il me semble
que c 'est un compromis acceptable.
Pense à ton père, Anna.
Et toi, est -ce que tu es prête à m 'aider ? Mais bien sûr, à quoi ça sert,
amis ? Mon plan était simple, j 'allais tout de suite voir Stavros.
Il ne me croyait pas.
Je lui donnais des détails, l 'heure et le lieu de la rencontre.
Bien sûr, je ne lui avais pas dit la vérité.
Oh, ma version de l 'histoire était, vous vous en doutez, bien plus perverse.
Non, c 'est impossible.
Ça, je ne peux pas le croire.
Je te le jure, Anna a une relation avec ton oncle. Ça a commencé pour une
histoire d 'argent.
Et puis je crois qu 'au fur et à mesure, elle y a pris du plaisir et... J
'aurais jamais dû dire tout ça, mais je ne peux plus garder le silence. Mais c
'est faux, c 'est impossible, tu fais erreur.
Donne -moi donc cela, ma petite Anna. Voilà, après tout, deux garanties valent
mieux qu 'une.
Toi, qu 'est -ce que tu fais planté là ? Approche donc, on s 'amuse un peu tous
les trois.
... ... ...
...
Merci.
Le lendemain, je me suis cachée dans l 'écurie. C 'était pour surprendre la
réaction sur le visage de Stavros. Et là, j 'ai découvert le cadavre de l
'oncle. Et c 'est à ce moment -là que je me suis rendue compte de l 'ampleur
désastreuse qu 'avait pris mon stratagème. Je n 'ai jamais revu Stavros
ce jour. Je garde un très mauvais souvenir de toute cette période.
Ces événements m 'ont marquée à vie.
Eh bien, non seulement je n 'ai jamais plus revu Anna,
Mais je me suis réfugiée dans le silence. Je n 'ai jamais plus parlé à
Pourtant, parler m 'aurait certainement fait du bien.
Ça aurait rendu plus supportable la douleur.
Au lieu de cela, j 'en souffre encore plus de cinquante ans après.
parce que la tradition fera toujours la différence.
J 'ai connu Stravros en 1940, en octobre pour être précis.
A l 'époque, j 'étais expatrié en France pour raisons politiques.
Je vous rappelle qu 'on était à l 'époque en pleine guerre mondiale.
Je me souviens l 'avoir rencontré dans un autobus qui faisait la liaison entre
le Cap d 'Orlando et la gare ferroviaire d 'où partait un train qui traversait
toute l 'Italie pour atteindre la frontière française.
On fait une petite pause d 'une vingtaine de minutes et ensuite on
pouvez descendre si vous voulez manger un morceau ou vous détendre les jambes.
T 'as l 'air d 'y tenir à cette bague, dis donc, hein ? Fiche -moi la paix, je
veux pas en parler.
Eh, où tu vas ? Je t 'ai dit de me ficher la paix.
Je t 'ai dit de me ficher la paix.
Et comment t 'as fait pour faire ça ? C 'est un don, eh oui.
Bon, allez, offre -moi une cigarette.
Oh, alors là, mon vieux tatoufo, si tu crois que j 'ai une cigarette, figure
-toi que je n 'ai même pas une thune pour un morceau de pain. Alors, une
cigarette.
Eh bien, finis la misère. Moi, je te garantis, l 'avenir me sourira.
Ah ouais ? Eh bien, tu m 'intéresses.
J 'ai tout de suite compris que Savraud s 'était fauché comme les blés lui
aussi. Et je compris vite encore que si on voulait avoir une chance d 'atteindre
la France, il nous faudrait trouver une solution.
Il y avait derrière nous deux passagers qui étaient restés dans l 'autobus comme
nous. C 'était une occasion en or à ne pas rater. Mais il fallait faire vite.
Hé ! Quoi ? J 'ai trouvé un moyen de nous en sortir.
Comment ?
En moins de temps qu 'il ne faut pour le dire, je concoctais un stratagème pour
plumer les deux pigeons.
Sur le vieillard, j 'allais pratiquer mes dons d 'hypnose. Quant à la jeune
femme, j 'avais remarqué qu 'elle n 'était pas indifférente au charme de
Rose.
Avec un peu de chance, on tenait notre billet pour la France.
Oui, c 'est bien. Vos paupières sont lourdes. Laissez -vous tomber dans un
sommeil. Oui, doucement, c 'est ça. Vous ne résistez plus. C 'est bien.
Fantastique. Ah oui, parfait.
Vous dormez à poing fermé.
Jamais vous n 'avez été aussi bien.
Votre esprit a quitté votre corps.
Vous êtes en état de repos total.
Formidable, oui.
Vous êtes si loin des réalités terriennes.
Et voilà, c 'est mieux comme ça.
Vous dormez, vous dormez.
Ah oui, c 'est un mauvais rêve.
Je me suis permis de vous réveiller, l 'ami. Ce n 'est pas bon, ces cauchemars.
Il faut faire attention à votre âge, l 'ami. Ça ne pardonne pas le stress.
Ah oui.
Allez, on va refaire un petit somme, c 'est d 'accord ? Voilà, vos paupières
sont lourdes.
Elles pèsent des torts.
Vous ne pouvez plus les garder ouvertes.
Oui, laissez -vous aller.
Allez papy, encore un petit somme.
Ça va te faire du bien.
Bon alors papy, ça ne te tente pas un petit roupillon ? Bah alors, on fait sa
forte tête.
C 'est pas bien ça, il faut obéir un petit peu.
C 'est ainsi que, bon an, mal an, on continua ensemble notre voyage de
Et c 'est une fois la frontière franchie que nos chemins se séparèrent.
Nous nous sommes revus longtemps après la fin de la guerre dans sa villa de
Rome. Il me présenta alors à un de ses amis français, ancien résistant à ses
côtés. Stavros, qui était déjà un producteur de cinéma renommé, me proposa
devenir son secrétaire personnel.
Ce qui tombait à pic, ma situation étant désespérée.
Je me souviens aussi qu 'à l 'époque, Stavros avait une relation avec une
superbe fille.
Celle -ci avait perdu la vue quand elle était jeune.
Il était absolument fou d 'amour pour elle.
Je revois encore son visage aujourd 'hui.
Est -ce que c 'est vrai que tu imites les voix ? C 'est exact.
Eh bien, tu vas me rendre un petit service.
Je préfère être franc avec toi, je ne te laisse pas le droit de refuser.
Si tu ne tiens pas à te retrouver à la rue, tu as tout intérêt à m 'obéir.
Mais je crois que je ne vous ai jamais refusé un service.
Alors, de quoi s 'agit -il ? De Stavros.
Stavros ? Oui, il s 'est absenté pour quelques jours.
Je voudrais rencontrer sa fiancée, mais pour ça, j 'ai besoin de tes talents,
vois -tu.
Comment ça, mes talents ? Je ne comprends pas.
Ben, expliquez -moi cela.
Ce que je veux, c 'est que tu m 'imites la voix de Stavros.
Imiter Stavros, elle est bonne. J 'ai envie de jouer avec sa fiancée.
Envie de jouer avec sa fiancée ? Elle ne sera pas dupe.
Allons.
Mais tu la prends pour une imbécile.
Elle s 'apercevra tout de suite de la supercherie.
Et puis moi, je ne trahirai jamais mon ami.
Jamais.
Tu feras ce que je te dirai de faire. Et crois -moi, c 'est pareil pour sa
fiancée.
Tavros lui demande, elle le fera.
Quant à toi, je te rappelle que je suis son associé, pense -y.
Et si l 'envie me prenait, je pourrais te licencier sur le champ.
Alors réfléchis.
Mais surtout réfléchis sans perdre de temps.
C 'est compris.
Comme tu voudras.
C 'est bon.
Dans l 'immédiat, Hans se faisait croire à Stavros que la nouvelle super
-production sur l 'Ouest américain battait son plein.
En réalité, il n 'en était qu 'au stade du casting.
Un casting, il faut le dire, d 'une nature bien particulière.
Oui, c 'est bon, oui !
Oh mon
Dieu,
tu m 'as fait peur.
Mais tu ne devais pas rentrer que demain ? Euh, ça a changé.
Qu 'est -ce que tu as ? Viens vite près de moi, mon amour. Pourquoi es -tu si
loin ? Je suis avec un homme, c 'est pour ça, en fait. Comment ça, avec un
? Ça ne t 'empêche tout de même pas de venir m 'embrasser ? Dis -moi ce qui se
passe, c 'est bizarre.
Non, je ne peux pas.
Sois forte, mon amour. C 'est terrible.
Sois courageux, je t 'en supplie.
Promets -moi de rester calme, surtout.
C 'est une question de vie ou de mort.
Cet homme, en ce moment, me braque son revolver sur la tempe. Il menace de me
tuer.
Mais pourquoi ? Qu 'est -ce qu 'il veut ? Qu 'est -ce qu 'il veut ? J 'étais en
train de faire le plein de la voiture.
Et alors, c 'est là qu 'il est arrivé. Il m 'a pris en otage.
Oh, il rigole pas, tu sais. Il est sans pitié.
Et il est prêt à tout.
Et puis, il a ouvert le coffre -fort. Et il a tout pris. Tout. Mais s 'il a tout
pris, alors qu 'est -ce qu 'il veut de plus ? Qu 'il nous laisse qu 'il s 'en
aille. Calme -toi.
Du calme, je t 'en prie. Tout va bien se passer, j 'espère.
Alors, qu 'est -ce qu 'il veut aujourd 'hui ? Dis -moi.
C 'est toi qu 'il veut.
Quoi ? Il veut te posséder.
Sois forte. Non, je ne veux pas. Ne t 'emballe pas. Surtout, tu calmes.
Pense un peu à moi. Tu veux qu 'il me tue ? Mais bien sûr que non. Je t 'aime
trop. Reste calme.
Surtout, reste calme. C 'est une question de vie ou de mort. On n 'a pas
choix. Tu comprends ? Je t 'en prie. Ce type est un meurtrier.
Sois forte.
Reste calme. Ça va aller. Mais qu 'est -ce que j 'ai fait pour mériter ça ? Tu
sais bien qu 'on n 'a pas le choix, mon amour. Non, je ne veux pas.
Je t 'en prie. Il faut faire quelque chose.
Mais je ne peux rien.
Tu... Tu m 'aimes.
Si tu m 'aimes, fais -le pour moi. Ma vie est entre tes mains. Il faut que tu
sauves. Toi seul peux le faire.
Tiens le coup, mon amour.
Je suis de tout cœur avec toi.
Je sais que c 'est dur, mais on n 'a pas le choix.
C 'est juste un mauvais moment à passer.
Ce sera vite terminé. Tiens le coup.
Laisse -toi aller, c 'est ça.
Là.
Oui, tout doucement, comme là.
Surtout détends -toi, ça ne te fera pas de mal.
Oui, là, c 'est très bien. N 'oublie pas que ma vie est en jeu.
Tu ne peux pas savoir, je suis fier de toi.
Ça me fait chaud au cœur, tu sais.
Oui, oui.
Sacrifie -toi pour moi, c 'est ça.
Surtout, pense bien à moi.
Surtout, n 'oublie pas, tu fais ça pour me sauver.
C 'est à le coup, c 'est ça.
Bravo, tu es forte.
Tu ne peux pas savoir à quel point je suis fier de toi.
C 'est une grande preuve d 'amour de ta part.
Jamais je n 'oublierai ce que tu es en train de faire. C 'est fabuleux, tu
Ce sacrifice, c 'est trop pur.
Alors, ce n 'est pas bientôt fini.
Ça suffit comme ça.
monde fait des erreurs. Et moi, je n 'ai pas fait exception à la règle.
Si Stavros, par le plus grand des hasards, écoute cette interview, je
lui dire ceci.
Même après 40 ans, je m 'en vais encore.
Je m 'excuse sincèrement pour ce que j 'ai fait.
Une dépêche vient de tomber, elle concerne Stavros. Comme je vous l
en début de semaine, j 'ai le plaisir de vous confirmer ce moment de vérité tant
attendu.
Toutes nos attentes seront donc enfin récompensées, oui, puisque pas plus tard
qu 'hier, accrochez -vous l 'intéressé lui -même à confirmer l 'entretien.
De plus, Stavros a consenti à tolérer la présence d 'une caméra.
Voilà qui promet.
Une fois encore, je tiens à vous remercier pour la fidélité que vous
notre émission ainsi qu 'à la chaîne.
Je vous donne donc rendez -vous la semaine prochaine pour la fin du spécial
Stavros. Je vous souhaite une excellente soirée et je vous dis donc à la semaine
prochaine. Un rendez -vous à ne manquer sous aucun prétexte.
Oui, entrez.
Mademoiselle Strato est là.
Faites -la entrer, s 'il vous plaît. Et qu 'on ne nous dérange sous aucun
prétexte. Mademoiselle, je vous en prie.
Bonsoir. Bonsoir.
Asseyez -vous, je vous en prie.
Merci.
Eh bien, dites -moi, vous êtes ponctuelle, ça devient très rare. Merci.
Dans mon métier, c 'est important.
Vous savez, l 'autre jour au restaurant, je n 'avais pas remarqué que votre
silhouette était si parfaite.
Quel est votre secret pour garder la forme ? Bien sûr, je surveille mon
alimentation et je pratique mon sport préféré qui est la danse.
Le plus dur, c 'est de trouver le temps.
Moi, je fume beaucoup trop et puis je n 'ai pas un moment de libre pour faire du
sport. C 'est juste une question de volonté. Vous croyez ? Vous réviserez
point de vue quand les premiers problèmes cardiaques se présenteront ?
peut dire que vous avez raison.
Mais venons -en à ce pourquoi je vous ai demandé de venir.
J 'espère que ce n 'est pas pour remettre en cause l 'interview.
Et si, ça dépend.
Certaines personnes au sein de la compagnie n 'ont pas apprécié certains
tenus dans un entretien. En particulier, les dires de cet intervenant qui
prétend avoir été le secrétaire personnel de Stavros pendant des années.
Et qu 'est -ce que vous lui reprochez exactement ? Il a bel et bien été le
secrétaire personnel de Stavros.
Ça, c 'est vous qui le dites.
Mon cher monsieur, en tant que journaliste, j 'ai l 'habitude de
véracité de mes informations.
Soit, je ne suis pas là pour polémiquer.
Le fait est que cette séquence est plutôt dérangeante.
Il est hors de question de montrer cette interview comme vous l 'aviez prévu.
Ce que nous voulons, c 'est que cette séquence soit amputée de quelques
Il en va de votre accréditation officielle.
Qu 'est -ce que vous voulez dire, juste ? Allons, c 'est très simple. Si vous
tenez à interviewer Stavros, vous avez impérativement besoin d 'un laissé
-passer. Alors, à vous de voir.
Mais dites -moi, cela ressemble fort à du chantage.
À vous de voir. Par contre, si vous tenez à votre intégrité de journaliste,
alors là, je peux peut -être intercéder en votre faveur pour garder la séquence
intacte, mais il faudrait savoir être reconnaissante.
J 'avais vu juste.
Vous voulez me faire chanter.
Mais qu 'est -ce que vous attendez de moi ? Mais rien qu 'une petite soirée,
plus si affinité, bien sûr.
Voyez, mon cher monsieur, je suis une journaliste. Je n 'ai pas l 'impression
que vous l 'ayez bien compris.
Je dirais même que le sérieux de mon travail est unanimement respecté par
dans la profession.
Alors allez dire à vos patrons que leurs menaces, ils peuvent se les mettre où
je pense.
Quant à vous, pour votre information, je ne suis pas une putain.
Ou si j 'en étais une, je serais bien trop chère pour vous.
Oui, allô, j 'écoute.
Monsieur Stavros en personne voudrait savoir si mademoiselle Strato est passée
pour chercher son accréditation officielle.
Elle ne devrait pas tarder, je pense. Je l 'attends toujours.
Je vous tiendrai au courant.
Très bien, j 'attends votre appel. D 'accord, vous pouvez compter sur moi. Je
vous signale que c 'est de la plus haute importance.
Pas de problème, rassurez -vous, je m 'en occupe.
Bonjour, mademoiselle.
Regardez ce que votre mère vient de recevoir. Un superbe bouquet de roses.
connaît pas l 'identité de l 'envoyeur.
Mais dis -moi, maman, tu ne m 'as jamais dit que tu avais un admirateur secret ?
Petite cachetière.
Oh, maman.
De ton temps, le monde était meilleur que celui dans lequel on vit.
Toute ma carrière est fichue, tu comprends, maman. Et tout cela juste
le sous -fifre d 'une multinationale abuse de son pouvoir.
Ah, mais au diable les compromis.
Je prends exemple sur toi, tu sais, maman.
Toi, tu ne dois rien à personne.
À personne.
Maman, qu 'est -ce que tu dis ?
Oui, c 'est ça, regarde -moi quand tu me suces
Tu la veux, ton accréditation, hein ? Tu la veux.
Pense un peu à ta carrière, ma jolie.
Allez, avoue que ça ne te défend pas.
Grâce à moi, tu vas décrocher le scoop de ta carrière.
Tu ne crois pas que ça vaut le coup ?
Non, c 'est bon !
Excusez -moi.
Mademoiselle Strato ? Oui ? Veuillez me succéder.
D 'accord, très bien.
Mademoiselle Strato est là, puis je la fais rentrer.
Fais -la rentrer, mon ami.
Entrez, mademoiselle.
Bonsoir.
C 'est un plaisir que de vous rencontrer, mademoiselle Strato.
Asseyez -vous, je vous en prie.
Je suis très content que vous soyez venue ce soir. Mais pour moi, c 'est un
véritable honneur. Je crois savoir que ça n 'a pas été facile pour vous.
Oh, je ne connais pas bien les détails, mais on m 'a fait part des problèmes
liés à l 'accréditation.
J 'ai personnellement fait renvoyer ce malotru qui vous a porté préjudice.
La bassesse des hommes ne m 'étonne plus.
La vie ne vaut pas toujours d 'être vécue.
Désirez -vous quelque chose à boire ? Non, je vous remercie.
Vous avez l 'air tendu. Je vous en prie, mettez -vous à l 'aise.
Je vous rappelle que vous n 'avez qu 'une demi -heure.
Bien, vous avez raison. Venons -en aux fêtes. Ne perdons pas plus de temps.
Je vous écoute.
Ma première question concerne votre départ d 'Italie juste avant la guerre.
Quelles étaient vos raisons ? À l 'époque, c 'est la passion qui a tout
déclenché. De toute ma vie, jamais je n 'ai retrouvé un tel amour.
Avez -vous déjà aimé quelqu 'un ?
La seule personne que j 'aime à la folie, eh bien, c 'est ma mère.
Très bien. Dans ce cas, vous comprendrez jusqu 'où on peut aller pour la
personne qu 'on aime.
C 'est dommage, je n 'ai jamais pu créer de famille.
Ma vie entière est façonnée par le destin d 'une femme.
Mais commençons par mes origines plutôt.
Mes parents étaient d 'origine grecque. Ils ont émigré en Italie en 1915 et se
sont installés en Sicile. C 'est quatre ans plus tard que je venais au monde.
Il est à noter que ma famille était très pauvre.
Alors que je n 'avais que huit ans, mes parents sont morts de tuberculose.
C 'est un des frères de mon père qui me recueillit.
Celui -ci prenait un malin plaisir à me traiter comme un esclave.
À l 'âge de vingt ans, je rencontrais Anna.
Elle était formidable et elle a su me donner tout l 'amour que la vie n 'avait
pas voulu m 'accorder pendant toute mon enfance.
Notre amour était pur, mais notre bonheur devait être éphémère.
Une fois de plus, la vie en avait décidé autant. Donne -moi ça, mais tu crois
que ça va me suffire ? Tu te trompes, ma jolie. Allez, viens.
Toutes mes espérances les plus folles, mes rêves de bonheur étaient réduits à
néant. Je décidai d 'en finir avec mon oncle.
Depuis ce jour, mon oncle se port repose en paix.
Assassiner un fasciste à cette époque, ça signifiait être fusillé. C 'est
pourquoi j 'ai dû fuir vers la France.
Je vous ferai grâce de mon périple pour passer la frontière.
Mon ancien secrétaire personnel s 'en est brillamment chargé.
À Paris, j 'ai fait des petits boulots grâce auxquels j 'ai pu survivre.
C 'était dur, mais c 'était mieux que rien.
Tout ceci ne durera pas longtemps. Les troupes allemandes allaient occuper la
France.
J 'ai alors choisi de rejoindre les rangs d 'un groupe de résistance.
Oh, n 'allez pas croire que c 'était par excès de bravoure. Je n 'ai jamais eu l
'étoffe d 'un héros.
Mais étant donné que les nazis étaient les alliés des Italiens, Je courais le
risque d 'être extradé à tout moment pour le meurtre de mon oncle.
C 'est donc tout naturellement que je trouvais ma place dans la résistance.
C 'est lors d 'une mission bien particulière que ma vie allait de
basculer. Notre mission était de faire obstacle à un convoi de camions qui
transportait un chargement d 'œuvres d 'art.
Tu ne devineras jamais ce que j 'ai découvert.
Il faut que tu me promettes de garder le secret.
Oui, bien sûr.
Personne d 'autre ne doit le savoir.
Il y en avait pour une fortune.
Pas moins de 2 milliards de lire en valeur actuelle.
Mon ami et moi savions pertinemment que ce que nous faisions était illégal.
Aussi décidions -nous d 'enterrer le butin en attendant la fin de la guerre.
Nous nous étions jurés de garder le secret et de nous partager le magot
plus tard.
Mais mon ami eut moins de chance que moi.
Un éclat de grenade l 'atteignit au ventre. Il se vida de son sang et mourut
le champ de bataille.
À la fin de la guerre, j 'avais donc récupéré le magot et j 'avais investi
la production cinématographique, qui, à l 'époque, était un secteur en pleine
expansion. Pendant des années, mon ascension n 'éveilla aucun soupçon ni
convoitise, jusqu 'à un certain jour.
Alors, expliquez -moi, pourquoi vous avez demandé un rendez -vous ? Je vais
expliquer, c 'est simple. Vous avez fait partie, pendant la guerre, d 'un groupe
de résistants du nom d 'Aquila.
Et étrangement, vous êtes le seul d 'entre eux qui soit devenu riche une
guerre terminée.
Qu 'est -ce que ça veut dire ? Comment connaissez -vous Aquila ? Figurez -vous
que je faisais partie de l 'armée allemande en France. Et il faut croire
hasard fait bien les choses.
J 'étais personnellement responsable d 'un convoi de camions transportant une
cargaison d 'œuvres d 'art pillées dans les musées français.
Nous tombâmes dans une embuscade organisée par Aquila.
Nous avons été faits prisonniers et bizarrement, une partie de la cargaison
disparu.
Et alors ? De toute façon, je ne m 'en rappelle plus.
Il s 'est passé tellement de choses à cette époque.
Oh, bien sûr.
Mais en temps de guerre, un vol reste un vol. A votre avis, où est passée la
cargaison ? Oh, elle a dû être restituée au commandement allié.
Plus précisément au général Carl Williams.
Mais elle était incomplète. Il manquait une caisse de lingots d 'or.
Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
Maintenant, si vous voulez bien, je vais vous demander de sortir. Nous n 'avons
plus rien à nous dire.
Comme vous voulez, mais je détiens encore la feuille de route. C 'est
Et je pense que ça pourrait intéresser les autorités françaises. Après tout, c
'est à elles qu 'appartient tout cet or.
J 'ai l 'impression que, comment dire, le fisc pourrait être intéressé par tout
ça lui aussi. Après tout, c 'est bizarre de monter une telle société alors que
quand on se penche sur votre passé, vous n 'aviez pas un sou en poche.
Bon, qu 'est -ce que vous voulez ?
Très peu de choses, en fait.
Je me contenterai, je ne sais pas, vu le succès de votre entreprise, je ne dirai
pas non à disons 50%. Ça me suffirait, ça me paraît honnête comme proposition.
Vous verrez, je serai un très bon associé. Cet homme a gâché toute une
ma vie. Il m 'a attiré bon nombre de problèmes. Je crois que vous connaissez
suite.
Qu 'est -il arrivé après la guerre et la femme que vous aimiez ? En 1960, je
suis retourné pour la première fois en Sicile.
J 'étais un homme riche.
La première chose que j 'entrepris fut de retrouver Anna.
Je trouvais facilement son numéro de téléphone dans le bottin. Et très vite,
nous nous sommes revus. C 'était magique.
Je ne t 'ai pas vue depuis 20 ans et tu es belle comme hier.
Il s 'est passé beaucoup trop de choses depuis 20 ans.
Mais bien sûr, mais ça ne change rien à notre amour. Dis -moi que tu m 'aimes.
Tu sais, ça fait si longtemps.
Je t 'ai attendu pendant des années, tu ne revenais pas.
Alors finalement, eh bien, j 'ai refait ma vie.
Aujourd 'hui, j 'ai un fils et un mari avec qui je m 'entends bien.
Mais, et notre promesse, tu l 'as oubliée ? Et notre amour, est -ce que c
fini ? Mon amour, tu m
'as tant manqué. Ah, mon amour, je t 'ai rapporté ta bague, prends -la.
Garde -la précieusement comme une preuve de mon amour.
Ce fut un moment d 'extase inoubliable, une intensité inégalable.
Suite à ce moment de magie, une magnifique petite fillette devait voir
Anna, voulant sauver son mariage, nous décidâmes en commun d 'attribuer la
paternité du bébé à son mari.
Ce devait être notre secret pour l 'éternité.
Mais une fois de plus, le destin voulait qu 'il en soit autrement. Ne pense pas,
Anna.
Tu peux la reprendre, tabac, espèce de porc. Tu me t 'égouttes. Jamais je n
'aurai cru sur toi. Je te dis que c 'est une erreur judiciaire. Il faut me
croire. Ne me touche pas, espèce de proxénète. Je ne veux plus jamais te
On avait beaucoup parlé dans la presse du scandale du collège et son réseau de
prostitution. Mais si au terme du procès j 'avais été innocenté, il n 'empêche
que mon nom avait été mêlé à cette affaire sordide.
Si j 'avais réussi à pardonner Hans Helmut quant à ses activités
à présent que ses déboires avec la justice se répercutaient sur ma relation
Anna, le pardon était hors de question.
C 'est à ce moment que je décidais de quitter le pays pour partir en exil.
Je ne me suis consacré qu 'à mes affaires.
Aujourd 'hui, je suis l 'homme le plus riche du monde.
Malheureusement, l 'argent ne m 'a pas apporté le bonheur.
Et votre fille ? Est -ce que vous l 'avez revue ? Elle est aujourd 'hui
Je suis très fier d 'elle. D 'après ce qu 'on m 'a dit, elle travaille pour la
télévision.
Et celle que vous aimiez ? La femme que j 'aime.
Malheureusement, elle n 'a pas eu le droit à la même chance que moi. Son mari
ainsi que son fils ont eu un accident.
Mort sur le coup en voiture, peu de temps après, la pauvre Anna a été
'une attaque cérébrale.
Depuis ce jour, elle vit dans un hospice et souffre d 'une infirmité totale.
Pourquoi n 'êtes -vous pas allé la voir ? Parce que ça n 'aurait servi à rien du
tout. J 'ai préféré garder en mémoire l 'image que j 'avais d 'elle.
Par contre, j 'ai pris en charge l 'éducation de notre fille.
Je sais.
Je dois ajouter qu 'on ne m 'a jamais informé que ta mère était très malade.
Peux -tu m 'accorder une faveur ? Oui, bien sûr.
Prends ceci, en espérant que ça la rendra heureuse.
Et sèche donc tes larmes, ma fille.
La vie n 'est pas toujours aussi triste.
Si tu veux pouvoir l 'affronter, il faut te parer d 'optimisme.
Sois forte, crois en toi et tout ira pour le mieux.
Ça fait longtemps qu 'on n 'a pas eu une si belle journée.
Hier, quelqu 'un m 'a remis ceci pour toi.
Jamais Maman Inafé s 'est aimée.
Et il ne t 'oubliera jamais.
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