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Tu me dépêches, oui.
Encore un talon fichu.
Quand tu m 'as acheté des italiennes, ça n 'arrivait pas.
Attends -moi, Oscar.
C 'est là, au premier.
Bon.
Épluche -moi les années 50 -51.
Moi, je me charge des autres.
T 'es pas marrant, tu sais.
J 'ai même pas eu le temps de me changer.
Je suis crevée, là.
Le dossier qui répond.
Cheminée.
Bouge pas.
Des charnouilles là.
Monsieur ? La part de la police judiciaire. Une convocation pour M.
Il va remettre en main propre.
Il ose dire.
Mais il n 'est pas là.
Pas avant 3 heures.
Jamais avant 3 heures.
Alors on repartra.
Vous êtes là ? C 'était qui ? La police judiciaire.
Ne t 'inquiète pas, c 'est une formalité.
Il faut bien y passer.
Maître Cruset, je vous prie.
Oscar Lager.
Bien, je vous remercie, j 'attends.
Tu vois, Oscar, les années passent, et j 'ai l 'impression d 'avoir déjà vécu
tout ça.
Tout se ressemble, et rien n 'est pareil, ma chérie.
Vos médicaments.
Dis -donc, t 'es une petite mine, toi.
Ça fatigue, la vie.
Eh bien, avec toi, oui.
Tu as des compensations, quand même.
Moi, je dis pas.
C 'est moins vieillie depuis que c 'est le vie.
Même si tu fais semblant de pas t 'en apercevoir.
Quand on vieillit, on change de besoin.
Ah, nous y voilà.
On en revient toujours là.
On n 'y revient pas, Oscar. On n 'y a jamais été.
Oui.
Ah, bonjour, mon cher maître. Je vous en prie.
C 'est toujours cette histoire de convocation.
La briade financière, je veux bien.
Enfin, c 'est une façon de parler.
Mais la police judiciaire, à la même fois, j 'avoue, je ne vois pas.
Enfin, dites -moi sincèrement, est -ce qu 'on peut me confondre ?
Avec un malfaiteur.
Est -ce que j 'ai du sang sur les mains ? Non.
Pour le bulletin des mandataires, il n 'y a pas de désert, il est parfaitement
conforme. Conforme à quoi ? Bon, je vais déjeuner.
Mon cher Descharnois, si vous êtes croyant, c 'est le moment ou jamais de
pour moi.
Depuis le temps que je prie pour vous, j 'ai l 'impression d 'être dans les
ordres. Je reviens à deux heures.
Les hostilités reprennent à trois heures.
Il n 'y a personne, je peux y aller ?
Eh bien, demande.
Excusez -moi, monsieur.
La toilette, s 'il vous plaît. Au fond du couloir, à droite.
Madeleine Le Goff, je suis déjà venue trois fois.
Vous me remettez ? Ah, mais comment, madame, on n 'oublie pas une femme comme
vous ? Je vais attendre là.
Et cette fois -ci, je le verrai.
Vous pouvez me croire.
Je vais descendre, appeler la dame de chez Téléavia.
Je remonte tout de suite.
3h05. Elle marche bien ? À la perfection.
On passe les premiers, naturellement ? Ah.
Truc, c 'est naturel.
Alors, il est là, ce soir, M. Lager ? Pas encore.
Vous m 'étonnez.
Il y a des individus, c 'est leur profession de n 'être jamais là.
M. Lager, courant d 'air.
Je ne sais pas s 'il est cocu, mais il a de la veine.
Parce que cette fois, j 'étais bien décidé à lui mettre mon poing sur la
Je vous en prie, monsieur.
Et s 'il paraît extraordinaire, M. Lager arrive à 3 heures.
Il reste jusqu 'à quelle heure ? Je ne peux pas vous donner un horaire précis.
5 heures, 6 heures, 7 heures.
En tout cas, pas au -delà.
Bon, ben, je repasserai.
Ah bon, prenez un calmant.
Elle était pas là.
Depuis la mort de Staline, ils sont débordés.
Ils arrivent plus à fournir.
C 'est un peu frisqué, tu trouves pas ? Tu m 'étonnes.
Et ils sont où les gars de la financière ? Au chaud dans leur bureau.
Ah ! Je crois qu 'il est de retour.
Mais... Il rentre pas par cette porte.
Ça venait de là -haut.
Et qu 'est -ce qui s 'est passé ? Soyez gentil, retournez vous asseoir.
Personne ne sort.
Mais pourquoi elle a fait ça ? Il y a des moments dans la vie où les emmerdes
'accumulent, s 'accumulent.
Alors on ne peut plus faire face ? Oui, mais lui, il avait tellement l
'habitude.
Je crois même qu 'il aimait ça.
Vous êtes réchauffé ici ? Elle était comme ça. Je la ferme ? Non, allez.
Une
femme
de l 'âge ? Oui.
Escroquerie, faillite frauduleuse, détention, relax en tout genre.
Et finalement, suicide.
Apparemment.
A quelle heure il a... Il est rentré juste à 3 heures.
Dis -donc, t 'es pressé.
Je peux, j 'étais là.
Dis -moi, si t 'avais pris le billet pour Veracruz, t 'aurais envie de te
suicider, toi ? Ça dépend.
On peut jamais savoir.
En tout cas, j 'aurais pas réservé une table chez Maxime, c 'est pour le soir
même. Ah bah, c 'était peut -être pour fêter le chèque, t 'as vu la somme ?
ça fait beaucoup pour une pierre tombale.
On racclame notre famille.
Les témoins, tu les as gardés ? Tous.
L 'autre chien y est avec eux, dans un bureau à côté.
T 'as pensé à prévenir le juge, le légiste ?
Le commissaire du coin ? Oui, on attend tout le monde.
Ça va où, ça ? J 'ai pas encore regardé.
Pauvre Piquet.
Pourquoi il a fait cette bêtise ? Il était tellement content d 'aller là
Ça, j 'imagine, les ennuis, ça font toujours mieux au soleil.
Quels ennuis ? Avec ça, il réglait tout.
Oscar, c 'était pas un homme à se supprimer comme ça sur un pied de tête.
Je sais pas, moi.
Par peur ou par orgueil, il aimait trop la vie.
Soigner son cœur, même.
C 'était pas un méchant.
C 'était même un gentil.
Un gentil qui aurait beaucoup d 'ennemis.
Ça, c 'est sûr.
Un gentil du genre à ménager personne.
Enfin, ceux qui méritent pas qu 'on les ménage.
Les gens qu 'il a ruinés, s 'il les a ruinés, croyez -moi, monsieur le
commissaire, c 'est pas tous des enfants de cœur.
Vous deviez aller dîner ensemble ce soir chez Maxime.
Ça, il me l 'avait promis il y a deux mois.
Pour mon anniversaire.
Il n 'aurait pas choisi ce jour -là pour... Ni un autre ailleurs.
Parce que l 'ennui... On croit bien connaître quelqu 'un parce qu 'on vit
lui, et puis un jour... On va aller savoir.
On saura.
Qu 'est -ce que je dois faire ? Pleurer.
Ou dormir.
Tu crois pas que tu vas un peu fort ?
C 'est nécessaire de nous enfermer comme des bêtes féroces.
L 'animal dangereux, c 'était lui.
Alors, messieurs, que fait -on ? Moi, ce qui me chiffonne, c 'est l 'absence de
poudre. J 'aimerais bien que l 'autopsie nous le confirme.
Pas de trace de poudre, pas de suicide.
On reprend un chic.
Moi, je propose qu 'on fasse comme si, quitte à perdre une journée.
M. le juge, autorisez -nous à interroger les témoins ici. D 'accord, mais pas
trop longtemps.
Qui s 'en occupe ? Moi, je veux bien, si tu es d 'accord.
Comment ? On est débordés.
Au revoir, maigre.
Au revoir, M. le juge.
Vous commencez par qui ?
Je m 'attendais à quelques larmes.
Racontez -moi.
Quoi ? Tout, votre vie.
Votre mari, vos difficultés.
Ça ne doit pas être simple de vivre avec un équilibriste.
Vous voulez dire ses affaires ? L 'argent ? Les faillites, les tuiles.
Vous l 'avez rencontré où ?
J 'étais danseuse dans une troupe.
Une croisière sur le Bosphore.
On passait en attraction spéciale.
J 'avais 18 ans.
Si j 'avais été la vedette, tu ne m 'aurais peut -être pas remarqué.
Tandis que là, la troisième en partant de la gauche,
grâce à toi, c 'est la première fois qu 'un homme comme moi danse avec les yeux,
il m 'a dit.
C 'est joli, ça.
C 'était gentil.
Alors je l 'ai suivi.
Partout.
Dans beaucoup de pays.
Un soir à Las Vegas, le lendemain dans un taudis du Bronx.
Des hauts et des bas.
Plus de bas que de hauts.
On peut pas appeler ça vraiment du tourisme.
Il était fidèle ? Sentimentalement, oui.
Physiquement, c 'est autre chose.
Il avait beaucoup de maîtresses ? Sûrement.
C 'est tous les faits que ça vous fait.
La première fois, ça m 'a fait mal.
Et ensuite ? Ça m 'irritait beaucoup.
Tout à l 'heure, vous évoquiez ses ennemis, les gens qu 'il avait menés à
ruine. Mais dans son entourage, il y avait des personnes qui avaient des
de lui en vouloir, de le haïr.
Vous savez, son entourage, il en changeait comme deux chemins, à chaque
dans chaque pays.
Ici, son entourage, c 'était Léon Descharnois, point final.
Ils sont connus à la guerre.
La guerre de 40 ? Non, celle de 14 -18, vous vous rendez compte ? En France, c
'était Descharnois qui représentait l 'AG, enfin, je veux dire mon mari.
Ça le faisait vivre, ce pauvre Descharnois.
Il est marié, le pauvre Descharnois.
Vous avez des enfants ? Des enfants ? Non.
Et lui, il avait un pouf.
On le voyait rarement.
Je l 'ai peut -être croisé trois fois en cinq ans.
D 'autant que je me souviens que c 'était le portrait craché de son père.
Sauf pour les jongleries.
Je suis désolé, mais je vais être obligé de vous demander de rester à ma
disposition.
Dans ces locaux.
C 'est monsieur Lager qu 'on a vu passer tout à l 'heure, à l 'horizontale. Oui.
Par contre, ça ne sert à rien d 'attendre.
On ne le verra plus. Lui, non. Mais le commissaire, oui.
S 'il vous plaît, monsieur... Fellman.
Monsieur Fellman ? Monsieur Fellman, puis -je vous demander la raison de
présence ici aujourd 'hui ? Aujourd 'hui, hier, avant -hier... Hier, avant
-hier, il n 'était pas là.
Aujourd 'hui, il n 'est plus là.
Avouez que le destin... Vous espériez le voir pour quel motif ? Une histoire d
'appartement.
Vous avez entendu parler de ces appartements vides pour cause de départs
précipités et d 'absences prolongées.
Vous êtes juif, M.
Feldman ? C 'est ça, oui.
J 'ai fait partie de ces touristes qu 'on a embarqués de force, puis parqués
dans des centres de loisirs mortels.
Eh bien, j 'en suis revenu.
À mon tour, l 'appartement était occupé.
Depuis des années, j 'essaie de le récupérer.
Monsieur Lager en était devenu propriétaire.
Ça, je comprends que vous ayez eu envie de vous retrouver en face de lui.
Mais vous n 'avez pas eu peur d 'avoir une réaction un peu violente ? La
violence, vous savez, j 'en ai eu ma part.
Ça ne vous ennuie pas si je vous demande de rester un petit peu ?
J 'avais prévu la journée.
Excusez ma curieusité, mais l 'âge est... Il s 'est suicidé ou quoi ? Ah, c
justement ce ou quoi que je cherchais à éclaircir, M.
Feldman. S 'il s 'est suicidé, à mon avis, c 'est sûrement consécutif à des
remords.
Même cette sorte de gens est capable d 'en éprouver.
Il est charmant.
Je connais ce genre de charme.
Dangereux.
Odile et Michel Rillière.
Vous faites quoi dans la vie ? On essaie de monter une affaire.
Une affaire de quoi ? De télévision.
Mais quoi exactement ? Un magasin pour vendre des postes et tout ce qui est
attrait à la télévision.
De l 'électronique, en somme.
Rien à voir.
La télévision, c 'est très spécifique.
Vous n 'avez pas peur que ce soit juste un engouement passager ? Une mode ?
T 'as pas envie d 'en avoir une, toi ? Si.
Eh ben alors.
Et à quel sujet vous veniez voir l 'AG ? Il nous avait proposé de fonder une
société.
Petite. On avait avancé nos fonds. Il devait mettre les siens sur table et
servir d 'intermédiaire auprès des fabricants.
Aux Pays -Bas, en Belgique.
Mais naturellement, il n 'a rien fait de tout ça.
Que si.
Il a utilisé nos économies, mais pour autre chose.
Qu 'est -ce que vous espériez de cette visite ? Les récupérer ? J 'étais venu
pour le tuer.
Ne dis pas de stupidité.
La preuve.
Quelqu 'un l 'a fait à votre place.
Il ne s 'est pas suicidé ? Avec ça, en tout cas.
Vous ne vous êtes jamais quittés, tous les deux, pendant cette attente.
Vous voulez dire ici ? Oui.
Je suis descendue cinq minutes, donné un coup de fil.
Et vous ? Si, je pense que ça vous a intéressé, je suis allé aux toilettes.
Bon, de toute manière, c 'était avant le coup de feu, j 'étais là, alors... Vous
avez de la chance, parce que comme témoin, il n 'y a pas plus fiable et
qu 'un inspecteur de police.
Mais justement, il était là au moment du coup de feu.
Alors, je me demande vraiment pourquoi vous vous acharnez à me garder.
Du calme, madame Legault, du calme.
C 'était Madeleine, c 'est ça ? Et vous êtes dans quoi, maintenant ?
Dans la nuit.
Je tiens un joli petit nightclub, rue Fontaine.
Le La Fontaine.
Comme l 'écrivain ? Exact.
Sauf que les femmes le convaincent au La Fontaine.
Ce n 'est pas celle que tu as apprise à l 'école.
Et quel rapport avec l 'AG ? Il avait servi d 'intermédiaire quand la société
'a acheté.
Quelle société ? Un groupe de partenaires, les Italiens.
Ils étaient mécontents de certaines choses.
J 'ai voulu prévenir l 'AG.
N 'empêche, il avait les ongles trop longs. Il aurait dû le méfier.
Vous êtes arrivé trop tard pour le prévenir.
Bon, je fais quoi, là ? Je prends Raffine ou je m 'en vais ? Non, on vous
comme témoin.
Le temps qu 'il faudra.
Je vous remercie, madame Le Goff.
Vous le connaissez ? Oh, ça ne date pas d 'hier.
C 'était avant -guerre, en 38.
Elle était vaguement comptable en maison.
Le commissaire a demandé à ce qu 'on ne touche à rien. Vous vous croyez au
-dessus des lois ou quoi ? Ils sont à moi.
Il avait toujours peur que je les perde.
Ça sert de recevoir des cadeaux, c 'était pour les laisser au fond d 'un
Ils étaient à lui.
Vous lui avez déjà coûté assez cher. Bon, ça suffit maintenant.
C 'est ça.
Allez -y.
Chargez -moi tous les péchés du monde, comme d 'habitude.
Je suis sa bête noire.
Prenez pour l 'ange gardien d 'Oscar.
En tout cas, tout ce que je peux vous dire, monsieur le commissaire, c 'est qu
'avant elle, tout allait mieux.
Tiens, là, rendez ça.
Paul, emmène madame Blaget au bureau de son mari.
C 'est pas difficile à comprendre. En France, il avait cinq sociétés. Une
société de construction, la SKO.
une autre d 'immobilier, la faillite, une société de crédit, le commerce
français, et puis les deux miennes, enfin, celles dont j 'étais le gérant,
veilleuse, toutes les deux, comme moi.
Tant mieux pour vous, parce que ça a l 'air d 'un drôle de micmac, tout ça.
Il se sentait menacé.
Il craignait pour sa vie ? Ah non, quand ça tournait un peu mal, il
disparaissait, et puis hop, il revenait plus tard.
Et quel genre de relation vous entreteniez avec l 'Agen ? Celle d 'un
avec son patron, et vice -versa.
C 'est à la guerre que vous avez fait connaissance ? 14 -18, parce que 40, c
'était pas une guerre, une poursuite, tout au plus.
Mais là, en 14, la hiérarchie, c 'était l 'inverse, si j 'ose dire. Moi, j
'étais capitaine au 6e d 'artillerie. Lui, il était aspirant.
Nous avons fait les quatre années ensemble.
Sacré des liens.
Et plus tard, on s 'est retrouvés.
La camaraderie, c 'est comme l 'encre sympathique. Ça se voit pas toujours,
c 'est ineffaçable.
Vous pensez, en somme, que la guerre a de bons côtés ?
Des bons et des mauvais, c 'est pareil en temps de paix. Ni plus ni moins.
Plutôt un petit peu moins avec l 'AG.
Remarquez, il s 'en tirait toujours, lui.
Les faillites volontaires, les magouilles innombrables, les
vertigineuses.
Tout ça, il le maîtrisait très bien.
Moi, j 'étais meilleur un extérieur.
Une patrouille de reconnaissance.
À travers sous -bois et barbelés, entre chiens et loups.
J 'étais le meilleur.
Comme lui ici, en quelque sorte. Voilà.
Vous l 'avez tout de même parmi ça tous les deux ensemble en 40 ? Ah non, en 40,
vous savez pas ce qu 'ils m 'ont fait ? Ils m 'ont foutu comme colombophile à
Rony -sur -Seine.
Vous saviez qu 'il devait partir dans 3 -4 jours au Mexique ? Oui, j 'avais
ordre de fermer les bureaux samedi après la visite de l 'huissier.
Il vient couper l 'électricité et le téléphone et enlever ce qu 'il reste de
mobilier.
Monsieur Descharnois, vous, vous croyez au meurtre ou vous penchez pour le
suicide ? Le suicide.
N 'oubliez pas que nous étions tous dans l 'entrée au moment du coup de feu.
Sauf madame Lajay.
C 'est la vérité.
Mais quand on s 'est précipité dans la pièce, elle n 'était pas là et la porte
était fermée.
On ne peut pas l 'accuser de tout, c 'est une petite pute, mais quand même.
Qui a la clé de la porte de service ? En dehors d 'elle et de moi, il n 'y a que
son fils qui l 'a, mais il vient rarement.
Et l 'âgé, tous les jours, il faisait sa sieste.
Il dormait dans son fauteuil.
Enfin, allez savoir s 'il dormait vraiment.
Vous trouvez quoi ? La poussière.
C 'est drôle.
J 'ai failli aller en Turquie une fois.
C 'est beau ? Tous les parquets de danse se valent.
Alexandrie, Rénault, Knok -le -Zout.
Il n 'y a qu 'un endroit où j 'ai vraiment eu envie d 'aller, c 'est le
Je n 'y ai jamais mis les pieds.
Quand j 'étais petite, je rêvais de la police montée.
Avec leur chapeau et leur veste rouge.
Ça vous irait bien, vous, une veste rouge ?
Ah bon ? Et avec lui, elle a dû changer votre vie, non ? Plus tôt.
La différence d 'âge, ça vous gênait pas trop ? J 'y ai jamais pensé.
Jamais.
J 'aime pas trop les jeunes gens. Même avec une veste rouge ? Je vous remercie
déjà, nous nous reparlerons de tout ça.
Vous savez, j 'ai l 'air comme ça, mais...
Il va me manquer beaucoup.
Quatre ans de combat en commun, ça attache.
Alors, les défauts, le reste, ça se voit de moins en moins dans le paysage.
Celui -là, le garde est sous la main.
À part ça, rien que des trucs de société.
Des noms, des chiffres, surtout des chiffres. Et puis biffé, raturé, je
comprends rien.
On verra ça plus tard.
Qu 'est -ce que vous en pensez, vous ? Du lieu des charneaux ? C 'est pas le
grand -père idéal.
Limite gâteux, non ? Et s 'il a tué ?
Pourquoi vous dites ça ? Tous ceux qui étaient avec Luciani et moi dans le hall
sont forcément innocents ?
Alors il s 'est suicidé ? C 'est un vrai casse -tête, votre histoire.
Écoutez, vous êtes tous les sept dans le hall.
L 'AG fait sa sieste.
Sa femme dort comme un bébé sur son lit de camp.
La porte de service est fermée à double tour.
Vous entrez dans le bureau deux minutes à peine après le coup de feu.
Est -ce que vous croyez que quelqu 'un a eu le temps de sortir et de refermer ?
Je sais pas.
Mais la petite, elle, elle a eu le temps d 'aller se rallonger.
Attendez une seconde.
Tu vas garder la maison.
Paul, tu vas en profiter pour faire un petit tour d 'étage.
Tu demandes si on a vu quelqu 'un courir, ou des passages dans la cour, si
personne n 'a rien remarqué en face.
Vous connaissez déjà, non ? Ah bon ? C 'est d 'où ? De là.
Je peux entrer ? Vous avez fini par le prendre, le calmant ? Sardacane dans la
deuxième.
Phénoménal.
Déjà tout petit, j 'adorais ça, les combinaisons.
Je vous parle pas à l 'injury, hein.
Encore que... Vous voyez toutes ces grilles ? C 'est moi qui les ai faites.
C 'est devenu mon métier.
Vous jouez au foot, vous, je crois ? Non.
Je m 'occupe aussi des paris au football.
C 'est légal, ça ? La légalité.
Après une guerre, ça prend du temps pour la rétablir.
Ça fait pas comme ça.
Alors ? Vous avez pas entendu un coup de feu à 3h cet après -midi ?
Non.
3h, c 'est l 'heure des courses.
Vous étiez venu le voir pourquoi, l 'AG ? Il me soutenait un peu.
C 'est lui qui m 'avait donné l 'idée de faire au pronostiqueur.
Moi, j 'y aurais peut -être pas pensé.
Lui, il pariait ?
Gros. Mais il coûte bien de l 'argent.
Très grand.
J 'ai bien entendu un bruit.
Mais sur le moment, je n 'ai pas pensé à un coup de feu.
C 'est tranquille ici.
Ce que je peux dire, c 'est que ça avait l 'air tout près. C 'est fou ce que ça
résonne dans cette cour.
Oui, mais au nord, ça résonne toujours plus.
Vous êtes allés voir la fenêtre ? Oui, parce que les enfants y ont été.
Et vous avez vu personne sortir ? Non, personne.
C 'est de la police, toi ?
Oui ? Comment t 'as deviné ? C 'est parce que tu m 'en as pas l 'air.
Chut, c 'est de l 'exprès.
Ça aussi, je l 'ai bien deviné.
Pourquoi il a pris mon couteau, votre inspecteur ? Parce que vous êtes trop
nerveux pour qu 'on vous laisse un jouet comme ça entre les mains.
Il est où, le charnot ? Il est en train de prendre.
Il habite ici ?
Vous vivez ici ? La plupart du temps.
J 'ai un pavillon en banlieue du côté de Maison -Alfort, mais la meulière, je m
'y fais pas. On dirait du pain d 'épices.
J 'aime pas les douceurs, même à l 'architecture.
Et puis, vous savez, l 'âgé, il fallait toujours être là.
Il n 'avait pas d 'heure.
Sauf pour la sieste, vous m 'avez dit.
Ah, ça !
Ça, c 'était son seul horaire précis, 14 heures.
Vous êtes sûr qu 'il était là à 14 heures ? Vous l 'avez vu ? Vous l 'avez
entendu ? Non, non, mais je le sais.
C 'est une guitoune à la gloire de 14 -18 que vous vous êtes fabriqué, là.
Oui, mais pas à la gloire de la guerre.
Trop de souffrance, trop de mort, trop de rêve brisé.
La guerre n 'a eu qu 'un seul mérite, mais il est de taille.
Rendre aux hommes leur vraie valeur individuelle, leur autorité, leur
Pour quoi faire ? Pour préparer la prochaine ?
Il ne fait pas chaud chez vous ? Dans les tranchées non plus, il ne faisait
chaud. A ce temps de souvenir des tranchées que vous laissez une fenêtre
dans le dos des clients ? Quelle fenêtre ? Quand je suis arrivé, il y a une
fenêtre grande ouverte.
Dans la pièce à côté de mon bureau.
Ça m 'arrive d 'ouvrir à la qualité de l 'air, c 'est très important.
Compliquées ces affaires.
Monsieur le commissaire.
Oui. Qu 'est -ce qui va se passer ? Vous voulez dire maintenant ? Maintenant,
demain, plus tard.
Maintenant, je vais vous garder ici jusqu 'à ce soir, peut -être même une
de la nuit.
Plus tard, ça, ça dépend de vous.
Toute seule, je ne sais plus bien comment on fait.
J 'ai perdu l 'habitude.
Allô, Casta ? Je t 'envoie à Luciani.
Oui.
Pour des renseignements sur différentes personnes.
Le fils de l 'ingé, surtout.
Faut me le retrouver, celui -là.
Qui ? Le directeur ? Ah non, non, non, je peux pas là.
Non, non, non.
Ils ont expliqué à un haut fonctionnaire au bord de la retraite qu 'il y a un
réel plaisir à élucider une énigme comme celle -ci.
Un peu à l 'anglaise.
Comme Agatha Christie.
La jolie bleue ? Une chambre d 'enfant pour un garçon.
Vous avez pris à quelle heure ce matin ? 8 heures, comme d 'habitude.
Vous avez pas entendu un coup de feu cet après -midi ? Un coup de feu ? Rien du
tout.
Vous cyclez comme ça toute la journée ? J 'aime bien.
C 'est une chambre d 'enfant.
Pour une fille.
L 'accouchement est pour dans un mois, on leur a dit que ce serait du jumeau,
des faux, alors... Ah oui, pas bête.
Vous non plus, vous n 'avez pas entendu un coup de feu ? J 'ai la radio.
Je la mets plus fort que je peux pour couper le sifflet.
Je l 'ai bien entendu, moi, le coup de feu.
Comment t 'as ? T 'étais pas en classe ? Le mercredi, j 'y vais qu 'à 3h30.
D 'où tu sors ça, toi ? Ça, je l 'ai trouvé là -bas.
Quand ? Tout à l 'heure.
Tu me la prêtes ? Je te la rendrai.
Il est où, Luciani ? J 'ai un sandwich pour lui.
J 'ai envoyé à la PJ.
Le coup de feu, il n 'y en a qu 'un entendu, d 'autres pas. Mais comme ils s
foutent tous, c 'est inouï que personne ne s 'intéresse quand il entend un coup
de feu.
On est en ville, il y a déjà pas mal de bruit.
Où t 'as trouvé ça ? Dans la cour.
Ça va pas avec l 'arme de l 'AG, ça.
Vous allez derrière la balistique ? Non.
Comme il s 'est suicidé.
À propos...
J 'ai eu les listes, c 'est confirmé. Pas la moindre trace de poudre sur les
mains de l 'AG.
Rien à voir.
Décidément, on tire plein de coups de feu par ici.
Je ne sais pas, mais peut -être deux.
On en a tous entendu qu 'un.
Parce qu 'il se pourrait que l 'autre ait été tiré d 'ailleurs.
Il n 'y a pas d 'autres morts dans l 'immeuble, commissaire, j 'ai vérifié.
Passe -moi ton arme. Mon arme.
Viens voir.
Tu vois la
fenêtre verte, là ?
Vous n 'avez pas la doule ? J 'ai promis de la lui rendre.
Qu 'est -ce que vous avez fait tout de suite après le coup de feu ? Je me suis
levé, elle aussi.
Je n 'ai pas bougé.
J 'ai eu peur.
Je me suis précipité jusque dans son bureau avec votre inspecteur.
J 'ai fermé les yeux.
Je vous remercie.
Monsieur Descharnois, la porte, s 'il vous plaît.
Tu veux des noix ? Oui.
Ça tombe bien.
Tiens.
Je te donne ça, contre ton bout de métal.
Ça s 'appelle un échange.
Vous êtes aussi de la police, vous ? Vous,
ça se voit plus que l 'autre que j 'ai vu tout à l 'heure.
Ah bon ?
Monsieur,
c 'était qui tout à l 'heure sur le brancard ?
Le locataire du premier.
Lequel ? Le vieux ou le jeune ? Le chauve.
Pourquoi ? Vous le connaissiez ? Connaître, c 'est beaucoup dire. De vue.
Nous, on s 'occupe que du rez -de -chaussée.
c 'est une histoire
29 ans.
Par comment ? C
'est qu 'il est bien.
Tranquillisez -vous, c 'était un essai.
La détonation que vous venez d 'entendre, est -ce qu 'elle ressemblait
de feu de trois heures ? Oui, exactement.
Aucun doute.
C 'était pareil.
C 'est pas fini, je continue.
Je vais procéder à une deuxième petite expérience.
Monsieur Descharnois, pouvez -vous compter jusqu 'à 20 ? 1, 2,
3, 4, 5, 6, 7, 8, 9,
10, 11, 12, 13.
14, 15, 16, 17, 18, 19, 20.
Lequel des deux coups de feu ressemble le plus à celui de trois heures ? C 'est
pas la même arme.
Je m 'y connais.
Oui, sûrement.
Et vous, M. Feldman ? Pour moi, M.
le Commissaire, tous les coups de feu, toutes les détonations, toutes les
déflagrations se ressemblent.
Dans la réalité, comme dans mes cauchemars.
Non, non, non. Moi, je trouve pas. Le dernier, là, il était beaucoup plus
Celui d 'avant, par contre, il claquait bien.
N 'écoutez pas, M. le Commissaire.
Marie n 'y connaît rien en arme à feu.
Le premier sonnait un petit peu, tandis que celui -ci était plutôt mat, je
dirais même étouffé.
Eh bien, je vous remercie de votre collaboration.
Paul.
Il n 'y aura plus de coup de feu.
Vous avez entendu ? Quoi
? Bon, j 'ai compris.
Je vous vois tout à l 'heure.
Pourquoi ? J 'ai fait quelque chose de mal ?
C 'est fini, c 'est tir d 'artillerie.
Affirmatif, on donnera l 'assaut plus tard.
Et on dort à quelle heure ? Pour le couteau, j 'ai rien dit.
Mais là, vous croyez pas que vous commencez à chier ? Les pattes, monsieur
Rivière, vous allez vous faire mal.
Michel, calme -toi.
Bougez pas, ils sont capables de vous taper dessus.
Qu 'est -ce qui se passe ? Je vous ai beaucoup demandé aujourd 'hui, mais
raisonnables, s 'il vous plaît.
Si je vous ai gardé, c 'est parce que je me suis dit que ce sera moins pédé pour
répondre aux questions ici que dans des locaux de police.
Je peux vous parler, monsieur le commissaire ? Bien sûr, je vous suis.
Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous le demandez à l 'inspecteur
Lachenal, il est là pour ça.
À la bonne heure.
On peut vous prendre, vous pouvez fumer.
Vous vouliez me dire quelque chose, monsieur Descharnois ? Oui, si je
bien, vous ne croyez plus au suicide.
Exact.
Eh ben, on n 'est pas fini.
Il y en a des meurtriers potentiels.
Il n 'était pas très élu, vous savez.
Il avait quand même sa femme.
Vous.
Son fils, peut -être.
Moi, je le supportais, nuance.
Et ça, c 'est parce qu 'on avait un passé, un passé difficile.
À cette époque, c 'est pas toujours ménager, hein, faut être franc.
Ah, qu 'est -ce que vous voulez, c 'est moi qui commandais, ça s 'est trouvé
comme ça.
Et puis, tout a basculé.
Ah oui, ça c 'était mon tour, les petites vexations, les sautes d 'humeur,
en avait souvent, hein.
Enfin, c 'est pas très grave.
De ma part, c 'était...
Un esclavage consenti, comme dans certains ménages, rien de plus.
Bref, je subissais sous une autre forme ce que je lui avais infligé pendant la
guerre. La différence, c 'est que moi, c 'était pour une bonne cause.
Ces causes, à lui, elles étaient plus douteuses.
Enfin, c 'était mon employeur et il était plutôt généreux, d 'ailleurs.
En somme...
C 'était de bonnes guerres.
Si vous voulez... Alors vous gardez tout le monde cette nuit, Chloé.
Si vous avez d 'autres lits de camp, dépliez -les.
Écoute, on est huit, alors... Hein ? Oh non, plutôt du poulet ou du rôti froid.
Du porc, du veau, je sais pas, moi, pour ce que tu trouves, du moment que c 'est
pas chaud.
C 'est parti pour.
Ça, tu lui demanderas toi -même.
Il est pas bavard, mais il cogite.
Faut le voir, il jubile.
Bon, Luciani, 20h30 ? Allez, ciao.
Faudra refaire le mélange de rose.
On verra ça demain.
Ils sont encore là ? Oui, mais nous, on n 'y est plus.
C 'était Pellewan.
On peut relire à vous.
Je vais vous laisser rentrer chez vous, monsieur Feldman.
Je vous demande qu 'une chose, ne pas en bouger.
Restez à notre disposition aujourd 'hui et demain, au cas de besoin.
C 'est à cause de mon grand âge que je bénéficie de ce privilège.
Je me trompe peut -être, mais je vous imagine mal une arme à la main.
Vous ne vous trompez pas.
Si vous n 'y voyez pas d 'inconvénients, je préfère rester et partager avec les
autres. Vous avez l 'esprit de sacrifice ? J 'ai appris.
Et puis, j 'aimerais savoir.
Eh bien, alors nous dînerons ensemble.
Bonne classe.
Il a dit au revoir, Feldman.
Qu 'est -ce que tu penses de tout ça, toi ? Je pense que c 'est le coup de feu
que vous avez tiré dans la cour qui correspond à celui que j 'ai entendu
Tu veux pas aller fermer la fenêtre ?
Pourquoi
elle était ouverte, cette fenêtre, malgré le froid ? Pour qu 'on entende
le coup de feu.
Qu 'on l 'entende mieux ? Comment ça ? Un coup de feu bidon, seulement fait
être entendu.
Pourquoi ? Pour nous faire croire que le meurtre a été commis à trois heures,
quand vous étiez tous réunis dans l 'entrée.
Alors ça s 'est passé quand ? Avant.
Pendant que la Jeff faisait sa sieste.
La détonation de trois heures, ça disculpait tout le monde.
Y compris toi.
Oui.
Mais avant, j 'étais pas encore arrivé.
Non, attends.
Prends Descharnot, pour commencer.
Pendant la sieste de l 'Ager, il était sur les lieux, lui aussi.
Dans sa guitoune.
Enfin, il me l 'a certifié.
Dans ce cas, il aurait dû l 'entendre, le premier coup de feu.
Non, pas sûr. Un coup de feu, ça peut s 'étouffer.
Et prends la petite Sylvie.
Elle dormait sur son lit de camp.
Elle a rien entendu.
Qu 'elle dit.
Et...
N 'importe qui parmi ces messieurs dames pouvait très bien venir avant 3 heures.
Mais non, tout était fermé.
Mais une clé, ça se fabrique.
L 'assassin vient, tue l 'agent à bout portant, ressort, referme,
et revient se présenter à 3 heures.
Elle aura 3 heures qui est tirée.
Là, tu mets le doigt dessus.
il y a forcément un complice.
Les pommes de terre, je ne promets pas que c 'est de la rate du touquet.
Au stade où ?
T 'as pensé au militaire ? Oui, oui.
Prenez des chaises.
Militaire.
Mais la fontaine ouvre à 9h.
Je n 'ai vraiment pas le temps de dîner avec vous.
Castor, tu vas accompagner madame à son travail et tu la quittes pas.
Et puis tu reviens avec elle quand elle aura fermé sa boutique.
Merci, commissaire.
Votre couvert est mis, madame Leger. C 'est vrai que j 'ai faim.
T 'as pensé à Descharnois ? Oui.
Qui possède l 'accueil de la porte de service ? Vous, vous appliquez les
miennes.
Et Descharnois ? Sûrement.
Le fils d 'Oscar aussi, probablement.
Et vous ? Vous n 'avez confié le double à personne ?
Non. Vous veniez dormir seule ici ? Ça dépendait.
Mais je suis sûre de ne pas avoir donné de double.
Pour Oscar, je suis moins sûre.
Il y a des dames qui ont dû avoir la clé en leur possession.
Ah.
Parce que vous vous serviez de la chambre autour de rôle ?
Vous avez un amant, ce temps -ci ? Non.
Vous savez, j 'étais sûrement pas la compagne rêvée pour Oscar, mais je lui
étais attachée.
Finissez votre assiette et allez dormir.
Ça fait beaucoup de nuit blanche.
Attention, vous ne commettez pas les dossiers.
Pourquoi il va encore faire dire ? Je n 'en sais rien, mais ce n 'est pas une
raison pour tout saloper.
Je vous fais un café après.
Je peux ouvrir ? Je voudrais me refaire une beauté.
Je vous en prie, mais laissez la porte ouverte.
Il y a quelqu 'un ?
Passe.
On dirait que vous avez vu un revenant.
Vous n 'êtes pas si loin de la vérité.
Je peux vous demander qui vous êtes ? C 'est Stéphane, le fils de monsieur
Lager.
Je suis dessinateur industriel.
Il y a eu une demande, le regard a changé.
Moi, c 'est les enseignes lumineuses, les affiches, les slogans.
Je conçois des modèles, j 'élabore des prototypes.
En province où je vis, je redessine des salles de spectacle.
Pas n 'importe lesquelles, jamais de cinéma. C 'est souvent vulgaire.
J 'ai dû arriver chez Maxime vers 20h.
J 'étais étonné que ce soit si tôt.
J 'ai attendu.
Coupe de champagne sur coupe de champagne.
Plus la location du smoking, elle m 'aurait coûté cher, son invitation.
Enfin, j 'ai payé.
C 'est normal.
Ensuite, quand ma main quillait, je suis passé chez lui à Venue de Messines.
Il y avait les scellés, mais ça, c 'était déjà arrivé.
Alors j 'ai encore pris un verre ou deux.
Puis j 'ai décidé de venir voir ici en marchant.
C 'est arrivé comment ? C 'est exactement ce que je cherche à savoir.
Alors si c 'est pas un suicide, c 'est un meurtre ?
Et vous pensez que le meurtrier
se trouve parmi les personnes que vous gardez là ? C 'est probable.
Et aussi parmi celles qui pourraient arriver, comme vous.
Mon père, je n 'en voulais pas, pas vraiment.
On ne se voyait pas souvent.
Et petit, j 'étais en pension à Fontainebleau.
En fait, on s 'entendait bien, mais on ne se comprenait pas du tout.
Pas du tout le même sens des valeurs.
Ce qu 'il y a, c 'est que je ne pouvais pas m 'empêcher de le juger, sévèrement.
Et de la tuer.
Elle, je l 'ai vue que trois fois.
Trois fois de trop.
La danseuse du Bosphore.
Elle a la cuisse légère.
La tête aussi.
J 'ai jamais compris mon père.
Là non plus.
Peut -être quand vous aurez son âge.
Ouais, je sais pas pourquoi, mais j 'en suis ailleurs.
La coupable, je veux dire.
J 'avais saisi.
Je vous les range. Non, non, on rentre.
Descharnot voudrait vous voir encore une fois. Je lui dis de venir.
Non, je vais y aller.
Je peux aller rendre une petite visite à ma jeune belle -mère ? Pour lui dire
quoi ? Ce que vous venez de me raconter ? Non.
Il y aura des choses à régler, forcément.
Autant s 'entendre bien, au moins en apparence.
Voilà qui est plus raisonnable.
Ça compte pour vous, les apparences, M. Léger ?
C 'est un peu mon métier.
Je vous remercie.
Paul, tu t 'occupes de M. Lager ?
Elle
est où ? Le petit bureau, à côté de celui de votre père.
Vous croyez qu 'il me suspecte ? Comme les autres.
Matériellement, vous pouviez le faire.
Et il va nous garder toute la nuit comme ça, votre chef ? Oui.
Il y en aura bien un ou une qui finira par craquer ? Charmant.
Bonsoir, monsieur le juge.
Oh non, le mot est un peu fort.
À 8 heures, tout sera réglé.
Ou alors, je prends ma retraite.
Oui, je sais que ce n 'est pas tout à fait le bon opérationnel ordinaire, mais
'un autre côté,
C 'est moins sévère comme ça.
Enfin, il m 'a semblé.
Et surtout beaucoup plus confortable que dans nos bureaux.
Je ne peux tout de même pas les mettre en prison.
Oui, il dort.
Oui, à 8 heures, je m 'y engage solennellement.
Bonsoir, monsieur le ministre.
Ils sont où, nos trousseaux ? Je leur ai prêté mon lit de camp.
Monsieur le commissaire.
Oui, je voulais vous dire.
Le père et le fils, ils étaient un petit peu brouillés.
L 'âgé aurait souhaité qu 'ils travaillent ensemble, mais le fiston, il
défilait.
Monsieur Stéphanie, il est plutôt du genre honnête.
Ce qui ne l 'empêchait pas de venir taper papa de temps en temps.
Oui ? Ah ben voilà.
Il manquait plus que vous.
Je suis attendu chez Maxime.
Parce que vous étiez de la soirée.
Et bien ? Oui, il m 'avait invité.
Je suis son fils quand même.
Il voulait vous dire au revoir.
Probablement.
Et bien au revoir, voilà, c 'est fait.
De toute façon, ça n 'aura plus.
Qui il soupçonne ?
Tout le monde, même moi.
Naturellement, vous n 'y êtes pour rien.
Au fond, vous êtes vraiment un petit salaud.
Et même pour ça, vous n 'arrivez pas à la cheville de votre père.
Dégagez.
Oui, commissaire.
Sans bureau.
Puisque c 'est sans bureau, maintenant.
Vous avez vu votre jeune belgeur ? J 'espère que vous vous êtes pas battu.
C 'est une petite intrigante.
Capable de tuer ? Oui, mais pourquoi faire ? Il avait plus d 'argent.
La jalousie ? Il trompait autant l 'un que l 'autre.
L 'adultère par consentement mutuel.
Il paraît que c 'est moderne, ça vient des États -Unis.
Mais enfin, qu 'est -ce qu 'on fait, là ? Tout le monde va dormir, et pendant ce
temps -là, le meurtrier de mon père est en cavale.
Mais vous attendez quoi, monsieur le commissaire ? Que la vérité tombe du
Que tout le monde s 'énerve comme vous.
Vous pouvez pas savoir ce que les gens deviennent bavards quand ils s
Le meurtrier, dans cette histoire, a fait preuve d 'une habileté que je
qualifierais de diabolique.
Mais je suis passionné de sa résistance psychologique et mentale à la longue.
Oui, et je vous souhaite d 'avoir de la chance.
Demain sera un autre jour.
Il ressemble à son père, celui -là.
Si vous voulez dormir un peu, je prends le relais.
Non, merci.
Tu peux prévenir Mme Maigret ?
Vous y croyez, vous,
à la méthode de votre commissaire ? Si vous trouvez qu 'ils sont sur le point
craquer.
Et les jeunes mariés sur mon lit, quand vous les avez vus, ils ronronnent en
dormant comme des chats.
En fait, c 'est plus vicieux que ça en a l 'air.
On se paraît...
Dans une tranchée à la veille de l 'assaut, vous aviez raison.
Là -bas, on se demandait lesquels allaient mourir. Ici, on se demande qui
Quelle gueule, fille.
La porte de service. La roue ? Oui.
Merci.
Je voulais juste retourner chez moi, prendre un bain, me laver les cheveux.
Je serais revenue jurée.
Fraîche, en pleine forme, et moi viré de la police.
Bonne idée.
Vous êtes très bien comme ça.
Passez -vous.
Vous aviez raison, commissaire.
Ça commence à craquer.
Plus ? Si le village est.
Elle a voulu fier.
Toute seule ? Oui.
Les autres ont l 'air de dormir.
Si ça se trouve, tout le monde l 'a, cette nuit.
Qu 'est -ce que je donnerais pour le café ?
Vous
avez beau dire, C 'est tout de même pas comparable.
Celle de 40, ils ont inventé les V1, les V2.
Ça a fini par la bombe atomique, c 'est tout de même plus brillant.
En 14 -18, la grosse Bertha, les gaz esthétiques, les avions pour la première
fois, c 'est pas brillant, ça ?
Vous pouvez donc conserver ça ici.
Vous trichez, il est pas de 14 celui -là. Ah non, ça c 'est un revolver d
'ordonnance.
Souvenir de la guerre de 40.
Vous n 'avez pas dormi du tout, de Charnot ? Après ce qui s 'est passé, je
'aurais pas pu.
J 'admire votre calme.
Vous devez être un bon chef à la guerre.
Rassurant.
Quand on a connu ça, on n 'a pas beaucoup de mérite à garder son calme.
pris pour la vie.
Vous êtes n 'importe un autre.
Je n 'ai pas besoin de vous dire qu 'il est inutile d 'essayer de nous fausser
compagnie une deuxième fois. Pas de danger.
Les choses, je les essaie une fois.
Et puis, si ça ne marche pas, je renonce.
Merci.
Qu 'est -ce que vous allez faire maintenant ? Heureusement, j 'ai mes
prononcées.
Vous n 'aurez pas de mal à trouver du travail.
Mais alors, c 'est pas nous, c 'est qui ? Vous voyez M. Fellman brandir une arme
? Mais Descharno, c 'est le seul qui pouvait le supporter.
Non seulement il le supportait, mais par -dessus le marché, il couvrait toutes
ces saloperies.
Des charneaux, il avait aucune raison de supprimer son moyen de subsistance.
Y a elle.
Et lui ? Tu veux dire qui ? Elle veut dire la jolie veuve en robe de cocktail
le beau -fils en frac. Pourquoi il l 'aurait tuée ?
Vous m 'avez fait peur.
Qu 'est -ce que vous faites là ? Je cherchais les toilettes.
Je me suis perdu.
En bas, dans le couloir à droite, avant d 'arriver à l 'entrée.
Vous savez, il ne faut pas avoir trop de chagrin.
Vous êtes jeune, jolie.
Vous méritez mieux que lui.
compliqué que ça pour lui de 14 ans.
Tu veux voir ?
Vous ne dormez pas non plus à la PJ ? Le directeur est allé se coucher furieux,
vous le connaissez.
Comme gardien -chef de la légalité, il se déterne une médaille tous les jours.
Alors ? Alors, alors, Luciani.
Il demande que vous rappeliez celui -ci.
Tu vois bien qu 'on n 'a pas le temps.
Vous attendez quoi au juste ? Il y en a un ou une qui commence à craquer.
Le café m 'a ravigoté.
T 'as la douille ? Dans le tiroir.
Mme Léger ? Elle est fidèle. J 'ai même peur qu 'elle se rendorme. C 'est très
bien.
Tu peux y aller, Castor.
Voilà.
Il est 15 heures hier après -midi.
Vous attendez Léger.
Même situation, même impatience, même pensée sombre.
à nouveau vous allez entendre un coup de feu.
Alors je vais vous demander de réagir exactement comme vous l 'avez fait la
première fois.
Je crois que vous vous êtes tous précipités vers le bureau.
Eh bien, il faudra faire la même chose, y compris vous deux.
Et vous n 'êtes pas dispensés de surveiller les autres.
Il est mort.
Je suis sûr, il est mort.
Il n 'est plus là, je l 'ai vu, ils l 'ont amené.
J 'ai bien vu, je le sais, ils l 'ont amené. D 'ailleurs, vous aussi, vous
là, vous l 'avez vu.
Racontez -nous, monsieur Deschardes, il est mort sur le coup ? Ah ben, comment ?
Ça pardonne pas une balle dans le cœur.
Exact.
Il n 'y a pas de sang ? Il y avait du sang après le coup de feu.
Ah, vous êtes sûr ? C 'est pas lui.
C 'est pas lui.
C 'est une malignance.
Je vous dis que c 'est une entourloupe pour nous faire craquer. Il n 'y a que
vous qui craquez, monsieur Descharnois.
Merci, monsieur Léger.
Vous pouvez vous détendre à présent.
Vous étiez là ?
Vous avez entendu le coup de feu à même temps que moi ? Celui -là, oui, mais pas
le premier.
Vous aviez un silencieux ? Pourquoi faire un silencieux ? Il n 'y a qu 'à
à travers quelque chose.
Un sac de terre, comme ceux qui garnissaient le haut des tranchées.
Ou alors on prend un coussin plein de capocs.
Comme ça.
Celui -là.
N 'est -ce pas, monsieur Deschambault ?
En tout cas, il a eu une belle fin.
Directement du sommeil à la mort.
Avec tous les emmerdes qu 'il avait, il serait mort derrière les barreaux dans l
'éclat. Libre.
Magnifique. C 'est ce qu 'on peut souhaiter de mieux.
Mais vous êtes un bienfaiteur, Descharnois.
Vous pouvez vous moquer, il méritait pire.
Bien pire.
En 17, il a voulu déserter, déserter lâchement.
C 'est moi qui ai dû éviter le peloton. Il fallait bien qu 'il expie un jour.
Ce jour, c 'était hier.
Taisez -vous, Desjardins.
En fait, vous avez tué l 'Ager pour effacer des années d 'humiliation, de
mépris.
Vous n 'avez jamais pu oublier cette si belle époque de la guerre.
C 'est vous qui commandiez, alors.
Et l 'Ager vous obéissait à ce moment -là.
Vous en avez drôlement profité pendant quatre ans.
Vous avez dû le manipuler au nom de la patrie, au nom de vos valeurs, du
et de je ne sais quoi encore.
Quelle jouissance ! Au point de l 'avoir gardé à côté de vous.
Après son acte de lâcheté, vous le teniez à votre merci.
Ah, je comprends que le retour à la paix vous soit apparu comme un chemin de
croix.
Quand le petit aspirant vous a proposé de l 'aider pour ses magouilles, et que
vous, précédemment son supérieur, vous avez été contraint d 'accepter pour
vivre, vous qui incarniez à vos propres yeux la rigueur, la
droiture.
Qui a tiré le coup de feu à trois heures ? Les amis.
J 'aurais dit que c 'était pour faire une blague.
Bien sûr, je leur ai donné une petite somme de nos jours.
Faut payer pour tout, même pour une blague.
J 'en ai connu de plus drôles, de blagues.
Vous me donnerez le nom de Sergiolo ? Je vous assure, j 'ai essayé de le
supporter, de tenir.
Mais vous n 'allez pas me croire, j 'ai eu un coup de colère.
Un coup de colère qui aura duré de novembre 1918 jusqu 'à hier après -midi.
Maintenant, je suis soulagé, vous ne pouvez pas savoir.
Je sais.
Luciani, occupe -toi de M. Descharnois.
Paul, va réveiller Mme Léger.
On s 'en va.
On a encore besoin de vous.
Une formalité, vos dépositions.
On vous raccompagnera à vos domiciles. Tropez -moi.
Prenez -nous les voitures.
Elle n 'est pas là, la promenade ? Elle arrive.
Les billets pour Veracruz.
Qu 'est -ce que vous allez en faire ? Vous voulez encore y aller ?
Toute seule ? Vous savez,
je ne suis jamais restée toute seule longtemps.
On vous les fera parvenir, mais après l 'instruction.
Tu m 'as bien dit que...
Il n 'y avait personne dans la cour au moment du coup de feu.
Personne, y compris la concierge et son gosse.
Alors d 'où il a tiré, rigolo ? D 'une fenêtre, non ? Où il a trouvé la
le petit ? Là -bas, au sol.
Venez avec moi, de charneau.
À quelle heure ils arrivent, les princes ? À 1h30, 8h.
Quand vous ont -ils rendu le revolver ? C 'était le Luguerre.
Tu les attends avec M.
Descharnois et tu les embarques dans la fourgonnette.
Nom d 'énonciation de meurtre, complicité.
Ils vont être surpris de la blague. Ils n 'ont rien fait.
Ça, il n 'y a que vous pour le dire au juge.
À condition que vous racontiez la vérité sur eux et sur vous.
C 'était une blague pour eux.
Bon, je vais prendre un taxi.
Surveille -moi tout ce beau monde.
Jules, qu 'est -ce que tu fais ? Tu vas être en retard à l 'école.
Moi aussi, je m 'appelle Jules.
Elle est loin de ton école ? Ben, elle n 'est pas tout près.
Tu veux venir avec moi en taxi ? Oh, un vrai taxi ? Tout ce qu 'il y a de plus
vrai.
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