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Dimanche soir, je suis allée me coucher, comme tous les soirs.
Et comme tous les soirs, j 'ai préparé mon verre de somnifère.
Un petit somnifère léger que je prends depuis 20 ans.
À mon âge, on a parfois le sommeil un peu difficile.
Rose, ma bonne, était là pour faire la couverture.
Or, ce soir -là, j 'ai trouvé le produit plus amer que d 'habitude.
J 'ai dit à Rose...
J 'ai dû me tromper dans le nombre de gouttes.
Tant pis, je n 'en prendrai pas ce soir.
Elle a repris le verre comme elle fait chaque soir.
Et ensuite, elle est allée se coucher à son tour.
Et alors ? Dans la nuit, j 'ai été réveillée par des gémissements.
C 'était Rose.
Je l 'ai retrouvée dans des convulsions très caractéristiques.
J 'ai dit à ma fille... Vous vivez avec votre fille ?
Non, elle était là exceptionnellement, car dimanche, c 'était mon anniversaire.
Alors je lui ai dit d 'aller chercher le docteur.
Et quand il est arrivé,
Rose était à l 'agonie.
Elle est morte, commissaire.
Empoisonnée.
Apparemment à l 'arsenic.
Après avoir bu le verre qui m 'était destiné, on a retrouvé le verre vide sur
table de nuit.
Vous voulez dire que votre bonne est morte à votre place ? Exactement.
On a voulu m 'empoisonner.
Non, mais attendez.
Comment se fait -il qu 'elle ait bu votre verre ? Vous savez comme sont les
bonnes. Et puis peut -être a -t -elle aussi des insomnies.
Je peux vous parler un moment ? Permettez.
J 'en ai pour un instant.
Suite à la requête de M. Charles Besson, vous savez, le député, le ministre vous
charge d 'une affaire qui touche sa famille.
L 'empoisonnement de la bonne de sa mère.
Vous êtes exaspérant, mais vrai.
Vous savez toujours tout avant tout le monde.
Mme Besson est dans mon bureau.
Elle vient de me demander la même chose.
Curieux. Elle ignore probablement la démarche de son fils.
C 'est pas son fils, c 'est le fils de son mari, issu d 'un premier mariage.
Vous connaissez la famille Besson ? La crème Juva, c 'est eux ? Ah, oui, grosse
fortune. Enfin, je crois que ces derniers temps, l 'affaire a péripliqué.
Bon, ben, je vais vous signer votre ordre de mission.
Là -bas, vous travaillerez avec l 'inspecteur Castin. C 'est lui qui a
'enquête.
Excusez -moi d 'insister, commissaire, mais j 'aimerais tellement que vous vous
occupiez de mon affaire.
Je vous admire beaucoup, vous savez.
Je suis toutes vos enquêtes dans les journaux.
J 'ai même un dossier avec des articles découpés vous concernant.
Vous devez avoir l 'habitude d 'obtenir tout ce que vous voulez, non ? Non, pas
du tout, mais je ne sais pas pourquoi.
C 'est rare qu 'on me refuse quelque chose.
C 'est une affaire
assez embrouillée.
Ce soir -là, c 'était l 'anniversaire de la vieille dame, alors il y avait du
monde. Arlette, sa fille, qui habite Bordeaux. Et qui a passé la nuit là
Oui. Le député Charles Besson, sa femme, ses enfants, Théo, son frère.
Votre femme a oublié ça ? Je ne suis pas marié.
Ah bon ? Ça doit être Arlette, la fille de Madame Besson.
Elle m 'a dit, après avoir interrogé tout le monde, comme elle était pressée,
l 'ai raccompagnée à la gare.
Si pressée que ça ? Oui, elle a même failli rater son train. Elle a juste eu
temps de prendre son billet.
Elle allait où ? À Bordeaux, chez elle.
Mais, elle était venue comment ? En train.
Par le train de dimanche matin.
C 'est ce qu 'elle m 'a dit.
Elle n 'avait pas son billet de retour ?
Tenez
-la, c 'est la maison de Mme Besson.
Elle vit toute seule ? Oui.
C 'est très isolé.
Elle doit pas avoir grand monde.
Elle est un peu... originale, à ce qui paraît.
Je suis très heureux et très flatté de l 'honneur que vous me faites, ainsi qu
'à notre ville, de bien vouloir vous occuper de cette histoire navrante qui
touche de si près.
Surtout vous.
Vous voulez vous asseoir.
Malheureusement, ma femme est occupée avec le petit dernier.
Vous savez ce que c 'est.
J 'ai réussi à empêcher que la ferme s 'ébrouille.
Les journaux locaux n 'en parleront pas, c 'est de Paris.
Voilà qui vous arrange.
Oui, ça n 'a pas été sans peine.
Et pourquoi avoir fait appel à moi ? Ne faites pas le modeste.
On connaît votre valeur.
Vous allez nous tirer cette histoire au clair en deux temps trois mouvements.
Parlez -moi de votre famille.
Que pensez -vous de votre belle -mère ? C 'est une femme admirable en tout
point.
Quand elle a épousé votre père, vous aviez environ 18 ans.
Et elle, 30.
C 'est exact.
Cela vous faisait une bien jeune belle -mère.
Oui, mais ça arrive souvent.
Et vous n 'avez pas nourri pour elle un sentiment autre que filial ?
Non, quelle idée.
Et votre frère ?
Non plus, mais certainement pas.
Mais elle était très jolie.
Je vous arrête tout de suite, commissaire, mais je crois que vous
route.
Ce n 'est pas dans notre famille qu 'il faut chercher.
Et où dois -je chercher, à votre avis ? Ça, je ne sais pas.
C 'est à vous de trouver. C 'est votre métier et votre talent.
Bien, si vous permettez, je vais continuer à vous interroger sur votre
Donc, le soir du meurtre, vous étiez tous...
chez votre belle -mère.
C 'est bien ça ? C 'est bien ça.
Vous alliez souvent la voir ? Pas aussi souvent que nous le voudrions.
Vous savez ce que c 'est, on est débordés.
Mais chaque année, c 'est une tradition, nous nous réunissons pour fêter son
anniversaire.
Oui, qu 'est -ce qu 'il y a ? Non, c 'est pas vrai.
Non, mais c 'est vrai ça ? Non, mais ça suffit.
Bon, attention.
C 'est M. le Commissaire.
Dites bonjour, M. le Commissaire. Bonjour, M. le Commissaire.
Bonjour. Voilà.
Allez, vous.
Ne décontuez pas, Armstrong.
Oui, monsieur.
Ah, les enfants.
Vous avez des enfants, monsieur?
Non. Eh bien, moi, j 'en ai quatre.
Avec le petit dernier qui n 'a que six mois.
Bon, où en étions -nous?
Eh bien, nous faisions le tour de votre famille, justement.
Et votre belle -sœur, Arlette.
Arlette.
Elle vit à Bordeaux. Elle a épousé un dentiste qui gagne bien sa vie, je
Et qu 'en pensez -vous ? C 'est une femme admirable.
Je vous présente mon épouse.
Monsieur le commissaire.
Enchantée, j 'entendais que vous parliez d 'Arlette.
Je peux vous dire, monsieur le commissaire, que celle -là, on l 'en
Mais voyons, monsieur le commissaire, t 'as rien à faire de ce gars. Mais
disons, peut -être. Enfin, moi, il y a quand même une chose que je trouve
curieuse. C 'est qu 'à nuit du drame, la seule à avoir dormi à la maison, c
'était Arlette.
Oui. Oui, bon.
Elle.
Tout le monde sait comme elle adore sa mère.
Elle n 'aime pas sa mère.
Elle la déteste. Oui, elle a dit ça un jour sur le coup de la colère. N
'importe, elle l 'a dit.
Bon, elles se disputent souvent, quoi de plus naturel entre une mère et une
fille. Ça ne les empêche pas de s 'aimer.
Qu 'est -ce que vous pensez de votre belle -mère ?
Pas beaucoup de bien.
Bon, c 'est normal.
Entre belle -mère et belle -fille, c 'est souvent comme entre chez les chats,
tout le monde sait ça. Surtout quand on sait d 'où elle est sortie, d 'où elle
vient. Où est -ce que ton père est allé la pêcher ? Il me semble que j 'entends
le bébé pleurer.
Je me souviens quand j 'étais petite, c 'était la vendeuse de la petite
pâtisserie de la place.
Bon, oui. Et alors ? Entre -temps, elle a quand même réussi à vous mettre sur la
paille. Non.
Papa s 'est ruiné dans des opérations malheureuses.
Oui, dans la couvente bijoux hors de prix. Non, ce n 'est pas du tout ça.
Non ? Mon père a fait des spéculations hasardeuses.
Il n 'avait plus trop grand. Ah oui. Poussé par qui ? C 'était d 'une grosse
fortune. Ah oui.
C 'était la plus grosse fortune de la richesse. Il ne faut rien exagérer.
Je n 'exagère pas.
Mais de toute façon, tout ça, c 'est de l 'histoire ancienne.
Voilà. À l 'amant de mon père, il n 'y avait plus grand -chose.
Ma belle -mère s 'est retirée dans sa petite maison qui est en village. Elle a
une petite rente.
Madame, il faut que vous veniez. Le bébé pleure, je n 'arrive pas à le calmer.
Il ne faut pas prêter trop d 'attention à ce que dit
mon épouse.
Elle a d 'admirables qualités, mais elle a tendance à me dire beaucoup.
Et notamment de ma famille.
Est -ce que vous croyez aux fantômes ? J 'ai vu récemment dans ma
circonscription une véritable mobilisation de gendarmes et de
que dans une certaine maison, les meubles se déplacent tout seuls, sans
Et bien entendu, comme on ne trouvait pas d 'explication, on en a conclu qu
s 'agissait d 'un fantôme.
Ça arrive souvent, ce genre de choses.
Pourtant, tôt ou tard, on découvre une vérité toute simple.
Dans la terre présente, je vous fais le pari que ce sera pareil.
Mais Rose est bien morte, n 'est -ce pas ? Oui, évidemment.
Elle a peut -être voulu mettre fin à ses jours.
Ce n 'est pas ce que pense votre belle -mère.
Voyons, monsieur le commissaire, qu 'il aurait intérêt à supprimer une vieille
femme inoffensive sans fortune.
Non, je ne lui fais pas de soucis, croyez -moi.
Vous allez découvrir une vérité toute simple.
Il faudra que vous alliez voir le médecin traitant de Rose.
Vous lui demandez si elle ne souffrait pas de dépression, si elle n 'avait pas
des tendances suicidaires.
D 'accord.
Vous voulez que je vous ramène à votre hôtel ? Oui.
Mais avant, vous passerez par la gare.
Dimanche, oui, c 'est moi qui contrôlais les billets.
Vous connaissez Mme Sudre ? Non.
La fille de Mme Desson ? Ah, ben, Arlette.
Oui, vous la connaissez ? Ben, évidemment, on était à l 'école
Est -ce qu 'elle était au train de 11h dimanche ? Euh, non.
Vous êtes sûr ? Pas sûr, oui, vous pensez à Arlette, je l 'aurais vue, on
causé. Et les autres trains ? Ben, il n 'y en a qu 'un l 'après -midi.
Elle n 'y était pas non plus.
Je vous remercie.
Vous voyez toujours vérifier les assertions des témoins, surtout quand ce
de jolies femmes.
Comment savez -vous que c 'est une jolie femme ? Sinon, vous ne l 'auriez pas
raccompagnée à la gare.
Allez, filez et essayez de savoir comment Arlette est arrivée dimanche.
Alors, monsieur le commissaire, vous me remettez ? Charlie, mais qu 'est -ce que
tu fais là ? Vous savez, je suis du coin.
T 'es venu te mettre au vert.
Rien ne vaut le retour au pays natal.
Vous êtes en vacances ? Oh non.
Ah, vous êtes là pour le meurtre.
Une drôle d 'histoire, hein ? À mon avis, le coup ne peut venir que de la
famille.
En dehors d 'eux, je ne vois pas qui pourrait en vouloir un ballon tout.
C 'est comme ça qu 'on l 'appelle dans le pays.
Vous ne pouvez pas savoir le bien que cette femme a fait du gilet de son mari
avant d 'être ruinée.
Et même maintenant, elle continue comme elle faut.
C 'est pas comme la famille.
Oh là là ! Surtout le député. Je ne comprends pas comment les gens ont pu
pour lui, franchement.
Quant à Théo, c 'est l 'autre qui descend.
Ah.
Tenez, c 'est lui là -bas, vous le voyez ?
Lui, je le connais juste de vue.
Il est en villégiature ici depuis deux mois.
Une véritable éponge.
Je n 'ai jamais eu.
Et il n 'est pas chez Valentine ? Non, il est à l 'hôtel.
Il paraît qu 'ils sont fâchés.
C 'est l 'autre ? La fille, la... Arlette ? C 'est un peu autre chose.
Bon, à part ça, qu 'est -ce que je vous sers, commissaire ? Eh bien, bonjour à
lui, comme d 'habitude.
Eh bien.
Vous cherchez plein de fois.
En fait, Arlette est arrivée dimanche matin en voiture de sport en compagnie d
'un homme qui n 'était pas son mari.
Asseyez -vous, s 'il vous plaît.
La même chose.
Alors, ce type est descendu à l
'hôtel des Salèges.
C 'est dit d 'un certain Hervé Perrault, marchand de vin à Bercy. Et ça m 'a
fait penser à un détail que je voulais vous dire.
Les détails, il ne faut jamais oublier les détails.
En fouillant dans la maison, j 'ai trouvé un mouchoir d 'homme.
Je n 'ai pas fait attention sur le moment, mais il est marqué d 'un H.
Or, aucun homme dans l 'entourage n 'a de prénom commençant par H.
H comme Hervé.
Où l 'avez -vous trouvé ? Dans la chambre d 'amis.
Là où a dormi Arlette.
Et c 'est pas tout.
J 'ai interrogé le personnel de l 'hôtel. La nuit du crime, le type est
minuit et rentra à deux heures du matin.
C 'est après que Rose ait commencé à gémir.
Et c 'est pas fini.
L 'employé qui se fire les chaussures m 'a dit que celle de Perrault était
pleine de terre rouge.
Bonjour, monsieur le commissaire. Entrez donc.
Bonjour, madame.
Fameux, vous.
N 'est -ce pas ? Rien ne vaut un bon cognac. Même au petit -déjeuner.
Ça vous surprend ? Vous savez, je suis d 'origine très simple.
On a dû vous le dire, mon père était pêcheur.
Ce ne sont pas les gens qui manquent pour me le rappeler, surtout depuis mon
mariage. Vous avez fait un beau mariage.
Très beau mariage.
On pourra dire tout ce qu 'on voudra sur mon époux, mais pour moi, il a toujours
été parfait.
En tout.
Vous l 'aimiez ? Commissaire, si je vous disais que...
Je l 'ai épousé par amour, vous ne me croiriez pas, n 'est -ce pas ? Mais lui,
vous aimait -il ? Peut -être.
C 'était un petit pharmacien inventif.
Il avait eu l 'idée d 'une crème de beauté qui a fait sa fortune.
Mais au fond de lui, il pensait toujours qu 'il n 'était qu 'un petit
pharmacien.
Une fois veuf, il lui fallait une autre femme pour parader, pour lui offrir des
bijoux, pour la sortir dans les dîners. Mais les grandes bourgeoises lui
faisaient peur.
Tandis qu 'avec la petite vendeuse des pâtisseries cerises, il se sentait à l
'aise. Je crois même que le fait d 'avoir déjà une fille a plaidé en ma
Vous aviez déjà une fille ? Ah, vous allez devoir fouiller dans toutes ces
histoires de famille.
C 'est pas très joli, joli.
Peut -être pas pire qu 'ailleurs.
Si, commissaire, j 'ai beau réfléchir, je me demande qui peut m 'en vouloir
au... Vous
les
avez, là ?
Je ne le trouve plus.
Par moments, je crois que je perds la tête.
Excusez -moi.
Je me suis permis de... Mais vous avez bien fait.
Je suppose que vous voulez visiter le reste de la maison.
C 'est vrai, je suis bête.
C 'est dans cette chambre que votre fille a dormi la nuit du meurtre ? Oui.
Ce mouchoir vous dit quelque chose ? Non, je ne l 'ai jamais vu.
Mon inspecteur l 'a trouvé ici, dans cette pièce.
Il appartient à un certain Hervé Perrault.
Vous ne connaissez pas ce monsieur ? Il est venu ici, chez vous, la nuit du
meurtre, entre minuit et deux heures.
C 'est pas possible.
Elle a amené un homme ici, chez moi.
Il est sorti par la fenêtre.
Ses traces sont encore visibles.
Elle était avec un homme.
Vous ne voyez aucun lien entre cet homme et la mort de Rose ? Mais non, comment
voulez -vous ? Je n 'ai jamais entendu parler de lui.
Parlez -moi de votre fille.
Oh, ma fille.
Si vous la connaissiez, vous lui donneriez le bon Dieu sans confession.
Je crois que je peux comprendre beaucoup de choses, mais ma fille, je ne la
comprends pas.
Je crois qu 'elle n 'aime personne.
Déjà à 7 ans, elle me disait, si tu crois que c 'est drôle d 'avoir une mère
vend des gâteaux à mes petites amies. À 7 ans.
Suivez -moi, je vais vous montrer le reste de la maison.
C 'est par ici.
Avec votre mariage, sa vie a dû changer.
Bien sûr, il la gâtait beaucoup pour son mariage. Avant que ce n 'était pas sa
fille et que je ne lui demandais rien, il lui a offert une très grosse dot, qu
'elle a refusée d 'ailleurs.
Elle l 'a refusée ? Oui.
Pourquoi ? Je ne sais pas.
Vous ne pensez pas qu 'entre elle et votre mari, il aurait pu se passer
chose ?
Pas à ma connaissance.
Voici la chambre de Rose.
J 'ai descendu les meubles pour les aérer dans le jardin.
Madame Leroy m 'a aidée à les descendre. J 'aurais pas pu supporter une heure de
plus ces meubles à côté de ma chambre.
J 'ai rêve de la mort, commissaire. Tout ce qui me rappelle m 'épouvante.
Alors c 'est meuble.
Et où sont les affaires personnelles de Rome ? Ses parents sont venus les
chercher hier soir, mais ils n 'ont pas voulu les livres.
J 'avais une bonne qui lisait beaucoup.
Elle avait des lectures difficiles.
Elle disait n 'importe quoi.
Et votre chambre est à côté ? Vous voulez la voir ? Suivez -moi.
Ça fait un peu bizarre, cette chambre dans ma petite bicoque.
C 'est un autre monde.
C 'est tout ce que j 'ai pu sauver de la débâcle.
Nous avons été fabuleusement riches.
Nous avons eu une villa à Nice, un hôtel particulier à Venudier, là.
Les salles de bain étaient en marbre rose, la robinetterie en vermeil.
Il est sans valeur, c 'est une réplique. Tous ses bijoux, d 'ailleurs, sont des
répliques. Un par un, on les a tous vendus. A chaque fois, Ferdinand faisait
faire des répliques pour donner le change.
On ne prête qu 'aux riches.
Nous avions un yacht.
Il n 'est jamais sorti du port.
Ferdinand avait le mal de mer.
Tout ceci est un peu le musée de mes grandes années.
J 'ai gardé quelques souvenirs.
Mais je ne me plains pas.
J 'ai ma petite bicoque, une petite ronde qui me suffit largement pour ce
reste à vivre.
De quoi se plaindrait une vieille femme comme moi ? Allô, allô, vous êtes
toujours jeune.
C 'est bien l 'âge que j 'ai.
La salle de bain est par ici, et M.
Casta est venu ce matin pour prendre le flacon de somnifère et le verre pour les
faire analyser. Est -ce qu 'ils ont trouvé quelque chose ? Non.
À part... Vos empreintes et celles de Rose.
Oh, ça n 'est rien comprendre.
D 'ailleurs, je me demande qui pourrait m 'en vouloir au point de chercher à me
tuer.
Quelquefois, j 'ai un peu honte de vous avoir dérangé pour une si petite
affaire.
Rose est morte.
C 'est vrai.
Rose est morte.
Vous savez que Charles Besson a fait la même démarche que vous ? Il a demandé au
ministre que je sois chargé de l 'enquête.
Oh, moi qui croyais que c 'était pour moi que vous étiez venu. Non, mais c
pour vous.
Vous vous entendez bien avec lui ? Très bien.
Ce n 'est pas le cas de son frère aîné, Théo.
Vous êtes bien enseigné.
Un an, Théo me bat froid depuis que j 'ai épousé son père.
C 'est bien naturel. Il avait 20 ans, j 'en avais 30.
Allez savoir ce qui s 'est passé dans sa tête.
Il était peut -être amoureux de vous.
Qui sait ? Depuis, je ne l 'ai vu que très rarement.
Pourtant, il était là le soir de votre anniversaire.
Le soir du meurtre.
C 'était tout à fait exceptionnel.
Bien sûr.
Quelle surprise.
Qu 'est -ce qui nous vaut le plaisir de cette visite ? Je pensais que tu n
'avais plus de bonnes.
Et dans ces circonstances difficiles, je préférais être près de toi.
Comme c 'est gentil.
Est -ce que ça ne serait pas plutôt que tu aurais oublié quelque chose ?
Un mouchoir, par exemple, qui appartiendrait à... Comment dites -vous,
commissaire ? Hervé Perrault.
Je ne vous ai pas présenté. Commissaire Maigret, ma fille, Arlette.
Le commissaire s 'occupe de l 'enquête.
Vous pouvez nous expliquer la présence de ce monsieur dans la chambre d 'amis,
le soir du meurtre ? C 'est un ami ? Un ami.
Un ami, que tu peux venir ici, chez moi, dans ma maison.
Et ton mari ? Il n 'aime pas ses réunions familiales.
Ça l 'ennuie.
Pourtant, cet homme n 'est pas aveugle depuis le temps.
Qu 'est -ce que tu as ? C 'est inutile.
Peut -être qu 'il y trouve son avantage.
Qu 'est -ce qu 'il y a en dehors de tout ça, tu veux ? Pardonnez -moi,
commissaire, je manque à tous mes devoirs. Voulez -vous un petit cognac ?
merci.
Je vais être obligé de prendre congé. Oh, quel dommage, déjà ? Mais revenez
quand vous voulez. Je suis à votre disposition.
Voilà.
Commissaire, cherchez, taillez. J 'ai les rapports de vos experts.
Je vais lire tout ça. Qu 'est -ce qu 'il y a dedans ? Rien de bien intéressant.
Ah si, le médecin légiste dit que l 'empoisonnement à l 'arsenic est
indiscutable. Ah quand même, j 'ai commencé à me faire des soucis.
Et Hervé Perron ? Hervé Perron l 'interrogeait, il confiait la première
Il était bien avec elle dans la chambre d 'amis.
Au moment de... Enfin bon, il ne faut pas vous faire un défunt.
Et à ce moment -là, la mer débarque.
Ah oui, situation délicate.
Surtout quand t 'as vu un meurtre.
Je peux vous dire qu 'il emmène pas l 'argent.
Et... Le docteur Jolie, vous l 'avez vu ? Oui.
D 'après lui, Rose était quelqu 'un d 'équilibré qui n 'avait pas envie de
mourir. Elle est morte ? Oui.
Sans raison.
Bon, qu 'est -ce qu 'on fait ? Ça, je ne sais pas.
Rien ? Vous n 'avez qu 'à rentrer, tenez -vous.
En fait, ça revient de la bicoque. Vous savez qu 'Arlette est revenue.
Ah oui ? Et ça vous paraît prudent de laisser ces deux femmes toutes seules,
ensemble, toute la nuit ? Pourquoi ? Vous croyez qu 'il y en a une qui va
'autre ? Non, je sais pas. On a bien cherché à empoisonner la vieille dame.
Vous soupçonnez Arlette ? Vous en faites pas. C 'est pas parce qu 'elle a menti
qu 'elle est coupable.
Et puis méfiez -vous des jolies femmes.
Elles peuvent aussi être innocentes.
Vous trouvez ça beau ? Oui, c 'est beau.
Dessous, c 'est moche.
C 'est plein de choses.
C 'est moche.
Il y a une dame qui vous attend depuis une heure.
Je vous parle.
Tout de suite ? Oui, je crois qu 'après la scène de tout à l 'heure, je vous
dois quelques explications.
Vous avez d 'idée ?
Ce que vous comptez faire ? Avec quoi ? Avec cette malheureuse histoire de
mouchoir.
Je ne sais pas encore.
Monsieur le commissaire, je suis mariée.
Et comme j 'ai beaucoup d 'affection pour mon mari, je voudrais savoir ce que
vous comptez faire.
Vous ne pouviez pas vous passer de votre amant, même ce soir -là.
Je peux très bien me passer de lui.
Justement chez votre mère.
Vous n 'y passiez qu 'une nuit.
C 'était ça qui était drôle.
Elle se soignait votre mère ? Oui.
J 'étais pour sa chambre.
Il s 'en est fallu d 'un cheveu qu 'elle ne trouve là quand elle est venue me
chercher.
Vous êtes mariée depuis combien de temps ? Quinze ans.
Je suppose que ce n 'est pas la première fois que vous trompez votre mari.
Non.
Ça vous arrive souvent ? C 'est important pour l 'enquête.
Vous n 'êtes pas obligé de répondre.
Des dizaines et des dizaines de fois, si vous voulez le savoir.
Et il n 'était pas au courant ? Non. Il travaille dix heures par jour dans son
cabinet dentaire.
Quand il rentre, je suis là, je l 'attends, je ne l 'ai jamais manqué.
Le dimanche, on se promène tous les deux, bras -dessus, bras -dessous.
Cet homme est heureux, on n 'a pas le droit de lui faire du mal.
Mon mari saura -t -il ? Si ce n 'est pas indispensable.
Vous ne soupçonnez ? Je ne soupçonne personne pour l 'instant.
J 'ai pourtant un excellent suspect. Tout le monde vous dira que je n 'aime
ma mère.
Vous n 'aimez pas votre mère.
S 'il me marie, je vous l 'ai dit.
Et Hervé ? Qui ça ? Hervé Perrault, votre ami.
Ah, lui.
Il y a longtemps que vous n 'aimez pas votre mère.
Depuis toute petite.
Depuis le jour où j 'ai compris qu 'elle ne m 'aimait pas. Elle me disait que je
lui avais gâché sa vie.
Votre père l 'a quittée.
Je ne sais pas, sans doute.
Je ne sais rien de lui.
Je crois qu 'il était très riche.
La première fois, elle a raté son coup. La deuxième fois, avec mon beau -père,
ça a mieux marché.
Oui, décidément.
Vous n 'êtes pas tendre avec elle.
Vous êtes allé chez elle.
Vous avez vu des photos de moi ou des gens de la famille.
Aucun.
Que des portraits belles.
De ces maisons.
C 'est son yacht.
Vous en avez profité ? Oui.
Mon beau -père me couvrait de cadeaux.
J 'ai bien vite compris ce que ça voulait dire.
Il vous a fait la cour ? Dès que j 'ai eu 15 ans, il était toujours à tourner
autour de ma chambre quand je me déshabillais.
Il se troublait.
Il devenait tout roule.
J 'avais jamais fait ce digne.
Un jour, il est entré alors que je n 'étais pas encore tout à fait prête.
Il a perdu la tête.
J 'ai soufflé.
Il m 'a supplié de ne rien dire à ma mère. Il m 'a juré qu 'il ne
plus.
Elle l 'a su ? Je ne sais pas.
J 'aurais bien aimé qu 'il le sache.
En même temps, j 'avais peur.
Hors de découvrir à quel point elle s 'en fichait.
Je me suis mise à avoir des amants, beaucoup d 'amants, tout ce qui passait.
Je me cachais à peine.
Mon beau -père n 'osait rien me dire, il croyait que c 'était de sa faute.
Quant à ma mère, j 'ai compris que c 'était seulement à moi que je faisais du
mal.
Et vous avez épousé le premier venu ? Julien n 'est pas le premier venu, c
ma mère qui vous a dit ça.
C 'est le seul homme que je respecte.
Quand j 'ai refusé la dot de mon beau -père, il m 'a approuvée.
C 'était une grosse somme.
Oui.
Et après le mariage, vous avez recommencé.
Je ne peux pas m 'en empêcher.
Vous connaissiez Rose ? Oh !
Je la croisais quand j 'allais voir ma mère, c 'est -à -dire rarement.
Comme j 'étais la seule à ne pas la traiter comme un chien.
Votre mère la traitait comme un chien ? Peut -être qu 'elle me trouvait
sympathique. Je ne sais pas.
C 'est une drôle de fille, elle me posait des tas de questions.
Elle s 'imaginait sans doute que j 'étais au courant de tout ce qui se
en ville.
Quel genre de questions ? Les questions les plus bizarres. Un jour, elle m 'a
demandé ce que c 'était que l 'existentialisme.
On est ferme.
Et dimanche ? Dimanche, c 'est très curieux.
Il m 'a parlé de Théo.
Votre beau -frère ? Il m 'a demandé s 'il aimait les femmes.
Il avait une maîtresse.
Théo.
Pauvre Rose.
Vous faites quelque chose maintenant, commissaire ? Vous n 'allez pas vous
coucher tout de suite ? Voulez -vous que nous continuions à bavarder quelque
part ? Vous n 'avez pas envie de rentrer chez votre mère, c 'est ça
?
Là
? Ça vous va ? Si vous voulez.
Vous êtes marié, commissaire ? Oui.
Que dirait votre femme si elle vous voyait avec moi ? Pourquoi elle devrait
quelque chose ?
Attendez, il y a Théo là, je ne veux
pas qu 'il me voit.
C 'est bien toujours le même.
Maintenant, il a l 'air de ce qu 'il est.
Quand je l 'ai revue chez ma mère l 'autre jour, ça m 'a fait un choc.
Ça faisait des années que je ne l 'avais pas vue. Je ne m 'y attendais pas du
tout.
La maison de votre mère est très isolée.
Elle n 'a pas peur ? Rien ne lui fait peur qu 'une chose.
Laquelle ? La lumière est allumée.
Il m 'attend.
Supposons que votre mère, croyant bien faire, avertisse votre mari de la vie
vous menez.
S 'il faisait ça, je la tuerais.
Je ferais tout pour préserver Julien.
Quand vous êtes partie tout à l 'heure, ça a été horrible.
Il m 'a traité de tous les noms.
Bien sûr, elle m 'a menacée de tout raconter à mon mari, mais elle ne le
pas.
C 'est pas l 'envie qui lui en manque, mais elle sait de quoi je suis capable.
Ne vous inquiétez pas, il n 'y aura pas de drame.
J 'avais l 'intention de prendre le train de 8h demain matin.
Vous pouvez le prendre.
Vous n 'avez plus de questions à me poser ? Non, non.
Pas pour l 'instant.
Vous n 'avez pas l 'intention d 'en profiter comme les autres ?
Pourquoi faites -vous ça ?
Allez dormir.
Essayez d 'éviter l 'entendeur.
Un blanc sec.
C 'était bien Théo, le fils de Valentine, qui était là.
Oui.
Et l 'autre ?
C 'est Henri, Henri Trochel.
Frère de la fille qui a été assassiné.
C 'est pas au courant ? Hein ? Si, si.
Même que quand je l 'ai vu, je me suis dit, il va y avoir du gravure.
Pourquoi ? Henri est connu pour craquer la figure à tous ceux qui tournent
autour de sa soeur.
Et Théo tournait autour de sa soeur ? Je sais pas s 'il tournait autour, mais je
les ai vus ici ensemble au moins deux fois.
Théo et Rose ? Ben oui.
Quand j 'ai vu Henri, je me suis dit...
Je ne sais pas ce qu 'il lui a raconté, l 'autre. Il a complètement tourné.
Mais quand ils venaient ici, Théo et Rose, quelle était leur attitude ?
Vous êtes de la police ? Oui, oui.
Ce que je vous ai dit, c 'est ce que je devine.
Je peux me tromper ? Bien sûr, on cause.
Théo et Rose.
Je n 'ai jamais vu un geste de privauté, si vous voyez ce que je veux dire.
Des fois, il lui tenait la main, il bavardait, il riait.
Elle, surtout, après un verre, elle était déjà pompette, alors...
Je remets ça ?
Il est réveillé ? On m 'aidait déjà parti depuis longtemps.
Il est matinal, le commissaire.
Vous pouvez venir.
Vous n 'avez pas vu Arlette ? Ah non, je n 'ai pas vu Arlette.
À quelle heure part le prochain train pour Bordeaux ? À 21h.
Sous -titrage Société Radio -Canada
Mais venez, je pense que je ne le sais pas par cœur.
Cet homme est à votre service depuis longtemps ? Homer ? Au moins 20 ans.
Homer, c 'est son prénom ou son nom ? À vrai dire, je n 'en sais rien.
Tout le monde dit s 'il appelle Homer.
Homer avec un H ? Oui, sans doute.
Pourquoi ne m 'avez -vous pas parlé de lui ? Je n 'ai pas pensé que c 'était
important. Il vient ici trois matinées par semaine.
Nous nous partageons avec Mlle Serret.
Le reste du temps, il travaille pour la ville.
Mademoiselle serait votre seule voisine ? Oui.
J 'étais ma patronne quand je travaillais la pâtisserie.
Maintenant, elle a plus de 85 ans.
Mais... Qu 'est -ce que vous lui vouliez, Arlette ? Lui poser quelques
questions. Pourtant, vous l 'avez vue hier soir.
Oui.
Qu 'est -ce qu 'elle vous a dit ? Beaucoup de mal de moi, n 'est -ce pas ?
n 'était pas à la gare ce matin.
Il était pas à la gare.
Quand elle est rentrée hier soir, qu 'est -ce qui s 'est passé entre vous ?
de spécial.
Vous avez bien parlé ? Oui, un peu.
Elle vous a rien dit ? Vous n 'avez rien remarqué de particulier ? Elle m 'a
simplement dit qu 'elle voulait se lever tôt pour prendre le train de 8 heures.
Bonjour, monsieur le maire. Bonjour.
C 'est bien vous que j 'ai rencontré sur la promenade hier.
Je ne savais pas que vous étiez le jardinier de Mme Besson.
Vous avez voulu me dire quelque chose ? Rien.
Vous connaissiez bien, Rose ? Juste bonjour, bonsoir.
C 'est tout ? Oui.
C 'est la patronne ? C 'est la patronne.
Le lendemain du meurtre, vous êtes venu travailler au jardin ? Le matin, oui.
Et vous n 'avez rien remarqué ? Non.
Dans le massif de Dahlia, là -bas, il n 'y avait rien de bizarre ? Ce n 'est pas
des Dahlia, c 'est des pétunias.
Ah bon, oui. Et vous n 'avez rien remarqué ? Non.
Pas de traces de pas ? Non.
Et dans la maison ? Je ne rentre jamais dans la maison.
Vous avez vu Arlette aujourd 'hui ? Non. Vous ne savez pas où elle est ? Non.
Vous n 'auriez pas perdu un mouchoir récemment ? Non.
Bon, mademoiselle Serré, alors vous prenez d 'abord la verte, ensuite les
blanches et après la rouge.
Oui, d 'abord la rouge... Non, non, non, non. D 'abord la verte et après les
deux blanches.
D 'abord la verte.
Elle vient vous voir, Mme Besson ? Oui, elle vient souvent.
Surtout quand je ne suis pas là, d 'ailleurs.
Elle rentre ici comme si elle était chez elle.
Et vu qu 'elle est sourde comme un pot, elle utilise le téléphone.
Je l 'ai vue plusieurs fois en train de téléphoner.
Vous connaissiez Rose ? Pas plus que ça.
Elle était lunée.
Lunée ? Oui, dans la lune, quoi.
Mais gentille.
Et le jardinier ? Qu 'est -ce que vous en pensez ? Lui, c 'est un sauvage. On
peut pas lui tirer trois mots.
Il s 'entend bien avec Mme Besson ? Alors ça, je ne sais pas.
Mais quand il jardine ici, enfin, jardiner, c 'est un grand mot, il n 'en
pas lourd.
Eh bien, il n 'arrête pas d 'espionner ce qui se passe à côté, chez Mme Besson.
Même que j 'ai cru qu 'il était amoureux de Rose.
De Rose ? Oui.
Tout vieux et vilain qu 'il est. Attention, attention.
Non, non, non, pas celle -là.
Là, ça se prend avec les gouttes.
Oui, avec les gouttes.
Voilà.
Bon appétit.
Bonjour,
commissaire. Je vous ai cherché toute la matinée. Vous avez trouvé quelque chose
? Oui, que tout est plus compliqué qu 'il n 'y paraît.
J 'ai besoin de toi, mais tu peux finir. J 'ai fini.
Ou alors tu vas m 'emmener chez un certain Homer.
C 'est à deux kilomètres sur la route d 'Ischer.
Vous ne déjeunez pas ? Pas plus tard.
C 'est à ce quartier que vous pouvez le trouver.
Bon, maintenant, tu vas filer à Beaulieu, chez les Tranchets.
Fais -toi remettre tes affaires de rose.
Vois s 'il n 'y aurait pas un journal, des lettres, enfin, quelque chose qui
nous éclaire.
Et vous, vous rentrez comment ? On va pied.
Vous êtes en train de déjeuner ? J 'ai fini.
Vous aviez un invité ? Un ami.
Ils viennent partir.
À l 'instant ? Oui.
Vous permettez que je vous pose encore deux ou trois questions ? J 'ai rien à
cacher.
Vous êtes au service des Besson depuis 20 ans ? 23.
Ils viennent souvent ici ? De temps en temps.
Ensemble ? C 'est surtout elle qui venait.
Madame Besson ? Oui.
Et sa fille ? Oui.
Alors, vous l 'avez connue toute gamine.
Oui.
Et alors ?
Comment
elle était ? Elle était gentille ? Oui.
Elle devait bien avoir un petit bout de terrain qu 'elle cultivait.
Oui.
Et alors ? Qu 'est -ce qu 'elle cultivait ? Des légumes.
Pas de rose ? Non. Pourquoi ? J 'aime pas les fleurs.
Et la rose ? Quelle rose ? Celle qui est morte.
Juste bonjour, bonsoir.
Elle faisait pas attention à vous ? Non.
D 'ailleurs, pourquoi elle aurait fait attention à moi ?
Bonjour,
monsieur Maigret.
Vous voulez que je vous dépose quelque part ? Oh non, merci, je me promène.
Ça vous dérange si je fais quelque part avec vous ? Pas du tout.
Vous allez m 'attendre.
Quel temps, c 'est pas ? Oui.
Vous ne connaissiez pas notre ville.
Nous avons fait un gros effort sur le tourisme depuis quelques années.
Le tourisme, c 'est l 'avenir de cette région.
Et qu 'aviez -vous à me dire ? J 'ai beaucoup réfléchi depuis notre
d 'hier.
Oui. Et alors ? J 'espère que vous ne soupçonnez pas mon frère.
Pourquoi ? Je devrais le soupçonner ? Pas du tout, pas du tout.
Simplement, je ne voudrais pas que vous fassiez une idée fausse de lui.
Est -ce que vous l 'avez rencontré ? Non, pas encore.
Je vais vous le présenter.
Il faut que vous fassiez une opinion sans écouter ce que diront les uns et
autres. À cette heure -ci, on va le trouver dans un bar, ça ne sera pas bien
difficile.
Voilà.
Théo est un homme remarquable.
Je l 'admire beaucoup.
Seulement...
Il peut trop.
Il en court bien, hein, n 'est -ce pas ? Dans toutes les familles, il y a
toujours une brebis galeuse.
Et dans votre famille, c 'est votre frère. Quand je dis brebis galeuse, c
excessif.
Théo est un homme très bien, seulement, il a ce petit défaut de trop boire.
Et de quoi vit -il ? Il a beaucoup de relations mondaines.
C 'est un homme très brillant.
Il fait quelques affaires grâce à ses relations.
Quelques affaires ? Et à votre avis, c 'est pour affaire qu 'il est ici depuis
deux mois ? Je ne pense pas. Il est ici en vacances.
Mais pourquoi précisément ici et en ce moment ? Je crois que depuis.
Il se peut que Théo ait voulu revoir le lieu de ses vacances.
Vous saviez que votre belle -mère aussi m 'avait demandé de m 'occuper de l
'enquête ?
Étonnant, je lui avais pourtant parlé de ma démarche.
Voyons, quand lui en ai -je parlé ? C 'est curieux, je n 'aurais jamais pensé
'elle me connaissait.
Elle me connaît par les journaux.
À ce qu 'elle m 'a dit.
Ça m 'étonne beaucoup, je croyais qu 'elle ne lisait jamais les journaux.
Décidément, les gens ne savent jamais comment croire.
Tiens, voilà Théo.
Quand vous lisez qu 'on le trouverait ici...
Bonjour
Théo.
Comment vas -tu mon grand ? Bien.
Je t 'aperçus, je voulais absolument te présenter le commissaire Maigret. Tu
sais, le célèbre commissaire.
Enchanté. J 'ai réussi, non sans mal, à le décider à s 'occuper de l 'affaire de
belle -maman.
Les félicitations. Vous comprenez ? Pas de billes.
Charlie, s 'il vous plaît.
Je peux vous poser quelques questions ? Vous ne vous entendez pas avec votre
belle -mère ? Non, pas vraiment.
Ce n 'est pas bien grave, une succession de malentendus, comme ça arrive souvent
dans les familles.
D 'ailleurs, dimanche dernier, nous avons fait un grand pas vers la
réconciliation. J 'ai réussi à convaincre Théo de venir à l
belle -maman.
J 'aurais mieux fait de m 'abstenir.
Ne dis pas ça, Théo. Elle était tellement ravie de te revoir, après
années.
À quand remonte votre dernier rendez -vous avec Rose ? Je ne sais pas au
Vous voulez une date précise ?
Comment ça, Théo ? Tu venais à courir les boniches, maintenant ?
Approximativement.
Ça fait à peu près une semaine.
Merci. Et vous voyiez souvent ? De temps en temps.
Ils portaient un rose ? Oui. Mais qu 'est -ce que tu pouvais bien les trouver
C 'était une petite paysanne.
Elle était gentille, un peu bizarre.
Elle avait trop lu.
C 'était amusant.
Je vous ai vu hier soir avec son frère.
De quoi parliez -vous ? Il voulait me casser la figure, croyant que je
avec sa soeur.
Ce qui est vrai.
Je n 'allais pas le lui dire alors qu 'il avait son couteau sur lui.
Et vous allez continuer à voir Arlette, après son mariage ? Non, jamais.
Même à l 'enterrement de votre père ? Elle n 'est pas venue.
Et récemment ? Comment ça, récemment ? Vous l 'avez vue à l 'anniversaire de
votre belle -mère.
Ben oui.
Et vous l 'avez revue.
Ça, vous devez le savoir.
Mais pourquoi vous en cachez -vous ? Je n 'ai rien à me reprocher.
Je l 'ai vue ce matin.
Enfin, plus exactement, elle est venue me voir à mon hôtel.
Je ne lui avais rien demandé.
Moi, je la vois, mieux je me porte.
Quel était l 'objet de sa visite ? À peu près la même chose que vous.
Si vous voulez le savoir, elle voulait me poser quelques questions.
Quelles questions ? Presque les mêmes que vous.
Je vous avais répondu pratiquement la même chose.
Et c 'est tout ? Je vois où vous voulez en venir.
Oui, c 'est tout.
Cette femme est une détraquée.
Avec la mère qu 'elle a remarquée, ce n 'est pas étonnant.
Bon, il va falloir que je me sauve.
On attend pour inaugurer les prêts.
Monsieur le commissaire. Monsieur le député.
Ah si, c 'est lui qui vous avait venu ? Oui.
Imbécile.
Vous avez d 'autres questions à me poser ?
Vous êtes sans doute très malin, mais je ne sais pas si vous êtes assez malin
pour elle.
Oui.
Merci, monsieur le député.
Bonne journée.
Hypocrite. Les pourboires n 'ont pas parti, monsieur le commissaire.
Oui, non plus.
Le cavalier est seul.
Bonsoir.
Bonsoir. Je croyais que vous deviez prendre le train de 8 heures ce matin.
Oui, mais je l 'ai raté.
Ah.
Pourtant, votre mère m 'a dit que vous étiez parti à l 'heure.
Vous n 'avez rien d 'autre à faire que de suivre tous mes faits et gestes ?
Avouez que votre comportement est plutôt bizarre.
Qu 'avez -vous fait depuis ce matin ? Je ne vous regarde pas.
Eh bien, je vais vous le dire. Vous êtes allé voir votre beau -frère, Théo.
Et alors ? C 'est interdit ?
Non. Ensuite, vous avez déjeuné chez Homer, le jardinier de votre mère.
Bravo, vous êtes très fort.
Je suis désolé d 'avoir perturbé votre repas.
Mais j 'ai vu le rouge à lèvres sur votre mère.
On ne peut rien vous cacher.
Pour Homer.
Il ne sait pas dans quel pétrin vous le mettez.
Homer est le seul ami que j 'ai jamais eu.
C 'est pour ça qu 'il est capable de faire n 'importe quoi pour vous. Il
votre mère autant que vous la détestez.
Non, pas autant.
Et qu 'aviez -vous de sûr, Jean -Henri Rathéo ? Je voulais savoir pourquoi il
est venu ici, soi -disant en villégiature.
Je voulais savoir s 'il connaissait Rose et bien d 'autres choses encore.
Par exemple, d 'où est bien son argent.
Et que vous a -t -il répondu ? Demandez -le lui. Je ne vais pas faire votre
boulot à votre place.
Vous en savez beaucoup plus que vous ne voulez le dire.
Vous voulez sans doute protéger quelqu 'un ? Quelqu 'un que vous aimez, peut
-être ? Monsieur
le commissaire, quelqu 'un a voulu
tuer ma mère.
Il dit qu 'il ne recommencera pas.
Vous n 'êtes pas inquiète ? C 'est juste une impression.
Je vous fais confiance.
Ah, voilà votre inspecteur.
Il n 'est pas mal, je l 'avais mal regardé la première fois.
Au revoir, commissaire.
Qu 'est -ce que vous faites là ? Bien faire.
Elle est fascinante, hein ?
Euh, rien.
Ah, vous n 'avez rien trouvé ? Non, c 'est pas ça, j 'ai même pas pu rentrer.
Il aurait fallu que vous fassiez un mandat, et encore, ils sont montés
monde entier, j 'ai failli me faire insulter.
Bon, tant pis.
Vous avez encore besoin de moi ? Non, non, vous pouvez rentrer chez vous.
Ah, demain matin à 8h à France, je voudrais que vous payiez devant l 'hôtel
Théo.
Vous ne le quittez pas d 'une semaine, hein, ou qu 'il aille.
Vous notez tous les gens à qui il parle, et les coups de fil qu 'il reçoit. Pas
de problème. Je vous dépose ? Non, non, je rentre rapidement.
Merci, merci.
Alors, M. Maigret, cette enquête, ça avance ? Ça avance.
Vous saviez que Rose voyait Théo de temps en temps ? Rose ? Vous êtes sûr ?
Absolument.
Théo me l 'a confirmé lui -même.
Oh, c 'est pas possible.
On les a vus assez souvent, ensemble, main dans la main.
Main dans la main, Rosé Théo ? Oh non, si c 'était pas vous, je croirais à une
plaisanterie. Mais qu 'est -ce qui vous fait rire ? Parce que vous ne connaissez
pas Théo, c 'est l 'être le plus snob de la Terre. Alors l 'imaginez avec Rose,
parce qu 'il fallait la voir, Rose, quand elle sortait. Elle était habillée,
'est une horreur. Oh non, Rosé Théo.
Pourtant.
Mais c 'était sérieux entre eux, ils étaient allés très loin.
C 'est la question que je me pose.
Qu 'est -ce que vous en pensez ? Tout ça est très étrange parce qu 'au fond,
Rose était sérieuse.
Elle ne sortait pas le soir, n 'allait pas dans les balles et comme elle était
fâchée avec ses parents... Elle était fâchée avec ses parents ? Oui, je crois.
Elle ne les voyait plus du tout. Ce qui fait que ses jours de congés, elle les
passait dans sa chambre à lire.
Et à fumer cigarette sur cigarette.
Elle fumait beaucoup ? Non, enfin, c 'est un genre qu 'elle se donnait.
Mais la pipe, c 'est pas pareil.
Comme ça, elle ne sortait pas d 'ici ? Non, elle sortait aussi, se promenait,
mais toujours avec ses livres et ses cigarettes.
C 'est peut -être comme ça qu 'elle a rencontré Théo ? Sans doute.
Vous ne pensez pas que...
Peut -il y avoir un rapport entre la mort de Rose et Théo ? Je ne pense rien.
Vous savez, dans les enquêtes, plus on apprend, moins on comprend.
Ça ne doit pas être facile tous les jours, votre métier.
Non.
Et pour votre femme, pas drôle non plus.
Elle est habituée.
J 'ai déjà vu votre inspecteur ce matin.
J 'ai une autre question à vous poser.
À Foucault -le -Rose ? Oui. Essayez -vous.
Vous la voyez souvent ? Une fois par semaine.
Elle avait des problèmes de santé ? Du tout.
Seulement, elle s 'inventait toutes sortes de maladies pour venir ici me
'école.
Des mots qu 'elle trouvait dans ses bouquins sans rien y comprendre.
La pauvre fille.
Et vous lui expliquez ? Expliquer ? Elle n 'aurait rien compris, vous pensez
bien. Oui, bien sûr.
Une bonne.
C 'est pas que là.
Mais je n 'ai pas de quoi faire.
Voilà ma question.
Quand vous l 'avez vue pour la dernière fois, est -ce qu 'elle était enceinte ?
Enceinte, Rose ? Sûrement pas.
Je peux vous dire que la dernière fois que je l 'ai examinée, elle était
C 'était quand ? Tout récemment.
Bon, venez me reprendre dans une heure.
Qu 'est -ce que vous voulez
? Je voudrais parler à votre père.
À quel sujet ?
C 'est à votre père que j 'aimerais parler. Oui, mais il est occupé, là.
Allez au moins lui dire que je désire lui parler.
Excusez -moi de vous déranger, je ne pensais pas que vous seriez à table.
Évidemment, ce n 'est pas vous qui vous levez à 4h du matin.
Je suis le commissaire Maigret. Je suis chargé de l 'enquête sur la mort de ma
copine.
Ce n 'est pas ici qu 'il faut chercher les coupables.
Ce n 'est pas ici que je les cherche.
Pourquoi vous êtes venu alors ? Vous savez, dans la police, nous ne sommes
des sorciers.
Pour trouver le coupable, il nous faut des indices qui nous mettent sur la
Et c 'est pourquoi j 'aimerais examiner les affaires de votre fille.
voir si une lettre ou un carnet... J 'aimerais qu 'on me dise enfin si c 'est
fille qui est morte ou non.
Qu 'est -ce que vous voulez fouiller dans ces affaires ? Pourquoi c 'est nous
'on vient embêter alors qu 'il y en a d 'autres qu 'on prend grand soin de
laisser tranquilles ? Tout ça parce qu 'on
est des pauvres gens.
Mais au contraire, madame, je suis venu parce que je veux aussi avoir votre
opinion. Elle est aussi importante pour moi que celle des autres.
Dis rien de pas. Il est de leur côté.
Je ne suis du côté de personne.
On sait bien qui vous a fait venir.
Peu importe ceux qui m 'ont fait venir.
Une fois chargé d 'une enquête, je n 'ai qu 'un but, retrouver le coupable.
Et ceux qui m 'ont fait venir, comme vous dites, pourraient bien le
Moi, je n 'étais pas d 'accord pour qu 'elle aille travailler en maison.
J 'étais pas d 'accord.
Et surtout pas chez cette femme -là, parce qu 'elle est méchante.
Elle se donne des airs, mais elle est encore plus méchante que les vrais
Ma rose m 'en a raconté de belle au début qu 'elle travaillait chez elle.
Au début seulement.
Parce qu 'après, elle parlait plus.
Et puis à la fin, elle est plus due du tout.
Nous n 'étions plus assez bien pour elle.
Vous comprenez ? Voilà ce que cette femme -là a fait.
À votre avis, est -ce qu 'elle aurait pu être empoisonnée par erreur à la place
de sa patronne ? Sûrement pas.
C 'est elle qu 'on a voulu tuer.
Et pour quelle raison ? Je sais pas, mais je sais bien qui.
Tais -toi.
Il n 'est pas question d 'accuser à tort et à travers.
C 'est à monsieur le commissaire de dire qui est le coupable.
Je retrouverai le coupable.
Je ne vous le promets pas.
Mais pour cela, il faut m 'aider.
Montrez -moi les affaires de vous.
Peut -être y a -t -il dedans quelque chose qui pourrait m 'aider à
C 'est qu 'on a déjà fait le partage.
Ma fille aînée est partie avec les robes qui lui allaient.
Montrez -moi ce que vous avez.
D 'où est venu ce bijou ? La broche, c 'est moi qui lui avais offert.
Le bracelet et le collier, c 'était le Samarain.
Et il n 'y avait rien d 'autre ? Non.
Vous êtes sûr ? Comprenez -moi.
Si vous voulez que je retrouve le barbier de votre fille, il faut m
Le moindre détail a son importance.
Henri.
Je l 'ai trouvé tout au fond d 'un caissier cassé sous la semelle.
Je me demande ce que cette bague faisait là. Elle n 'a jamais eu de bague comme
ça.
D 'ailleurs, je n 'en ai jamais vu.
Vous pouvez me la laisser.
Ce n 'est pas nous.
Vous pouvez la garder.
Simplement, il ne faudra me faire un reçu.
Oui, si vous voulez.
En fait, vous désirez peut -être boire quelque chose.
Monsieur Maigret, vous pouvez profiter de votre voiture ? Si vous voulez.
Vous allez faire avec la bague.
C 'était pour lui parler de la bague que vous étiez avec Théo l 'autre soir ?
Oui. Je voulais savoir qui était lui qui lui avait donné.
Et qu 'est -ce qu 'il vous a répondu ? Non.
Il m 'a répondu que non.
Et vous l 'avez cru ? Oui.
Pourquoi il lui aurait donné cette bague ?
Il n 'y avait rien entre eux.
Vous êtes sûr ? Vous étiez très proche de votre soeur.
Oui.
J 'étais le seul avec qui elle pouvait parler.
Rose, c 'était quelqu 'un de bien.
Trop bien même pour faire une femme de pêcheur. Mais ça, les parents n 'ont
jamais pu comprendre.
Elle, elle aurait voulu faire des études.
Elle avait envie d 'être institutrice.
Le jour où le sourire qui a fait ça, il a vraiment été là derrière des bons
barreaux.
Je lui fais la peau, moi.
Pourquoi vous vouliez pas me montrer la bague ? Vous aviez peur qu 'elle l 'ait
volée ? Mais oui, j 'étais sûr que vous alliez croire ça.
Ma soeur, c 'était pas une voleuse.
Je vous jure.
C 'est curieux.
Je l 'ai déjà vue, cette bague.
C 'était quand ?
Il y a trois semaines environ.
Qui vous l 'a apporté ? Je fais plus attention aux pierres qu 'aux hommes.
Elles sont plus belles et surtout moins décevantes.
C 'était un homme ou une femme ? Plutôt un homme, je pense.
Alors cette bague a de la valeur.
Si elle a de la valeur, regardez la limpidité de la pierre.
Je n 'ai rarement envie de parler.
Cette émeraude est une merveille.
Merci.
Il a couché avec elle.
Qui d 'autre aurait pu lui offrir une bague pareille ? Salaud de riche ! Je
crois que tu peux tout acheter.
Calmez -vous, c 'est peut -être pas ce que vous croyez. Il faut que je le
retrouve. Mais cette fois -ci, il va me dire la vérité.
Il va me la dire ou je l 'étrangle avec sa langue.
Vous allez vous mettre dans une sale histoire.
Il s 'est foutu de moi, là.
On te revoit le coupable, je vous le promets.
Alors rentrez chez vous.
et laissez -nous faire notre travail.
D 'accord ? Allez.
Bonsoir, M. Maigret.
Vous avez des messages.
Vecteur Castin a appelé.
Cet après -midi, plusieurs barres. Et votre dernière nouvelle, il se trouve
devant l 'hôtel des Anglais.
Ah bon.
Vous pouvez me demander ce numéro ? Oui, je vous le passe en cabine.
Merci.
Alors, ma femme n 'a pas téléphoné ? Ah oui, j 'avais oublié.
Allô ? Je voudrais parler à Mme Arlette Sudre, commissaire Maigret.
Oui, bonsoir.
Non, non, non, non, juste une question.
Il s 'agit d 'une bague que j 'ai trouvée dans les affaires de Rose.
Une émeraude rectangulaire sortie de huit diamants.
Non, non, non, non, une bague authentique de très grande valeur.
Il est rentré dans sa chambre depuis trois quarts d 'heure environ et depuis
n 'est pas sorti.
Qu 'est -ce qu 'il a fait de son après -midi ? Barre du casino, barre de la
gare, il a acheté le journaux du soir et puis rebarre du casino.
T 'es sûr qu 'il a rencontré personne ? Il n 'a pas reçu de coup de fil nulle
part ? Rassure.
Il n 'y a pas d 'autre porte de sortie ? Non.
T 'es pas trop fatigué ? Non, ça non.
Tu restes là.
C 'est moi, Maigret.
Attendez, je vous ouvre.
Ah, je me trompe toujours dans les boutons.
Commissaire, je ne vous attendais pas si tard.
Je passais voir si tout allait bien.
Je dois avouer que vous m 'avez fait peur.
Quand j 'ai entendu vos pas dans le jardin, je me suis demandé ce que je
si jamais un jour un rôdeur... Sans parler de cette tentative d 'assassinat.
Vous êtes comme moi, vous trouvez ça imprétemblable. Il ne faut négliger
hypothèse. Je ne veux prendre aucun risque.
J 'espère que vous ne condamnez pas un pauvre policier à dormir devant ma
Il faudrait me le dire.
J 'ai eu le reste réalisé dans la cuisine.
Vous alliez vous coucher ? Oh, je ne vais pas tarder.
Et nous autres, gens âgés, nous nous couchons tôt.
Et après, la nuit, on se réveille.
Le somnifère, c 'est ça ? Je n 'ose plus en prendre.
Voulez -vous un petit cognac ? Non, merci.
Mais si, un petit verre, je vous accompagnerai juste pour me faire
ne reste pas.
Vous savez qu 'après cette histoire, j 'ai pris conscience combien cette maison
est isolée ?
Hormis celle de Mlle Serret à côté, qui est vieille, impotente. Je suis bien
seule. Vous n 'aviez jamais eu peur jusqu 'à présent ? Non, jamais. L 'idée
'était venue qu 'on pouvait s 'en prendre à moi.
Soyez quand même prudente.
Monsieur Médré, c 'est gentil de vous occuper de moi.
Mais c 'est mon devoir.
Bonne nuit.
Il n
'a
toujours pas bougé.
T 'es sûr ? Certain.
Bon, s 'il y a quelque chose, tu m 'appelles, je suis au bar du Casino.
D 'accord.
Ah non, c 'est pas des vacances, non.
De toute façon, sans toi, c 'est pas des vacances.
Oui, je veux bien.
Pourquoi tu dis ça ? J 'appelle aussi quand ça va bien.
Non, non, il y a juste un petit truc qui cloche, mais c 'est pas grave.
Oui.
Écoute, je t 'appellerai.
C 'est ça, je vais essayer de t 'écrire cette fichue -là.
Alors, cette enquête, commissaire ? Tout est en place.
Mais l 'animal est plus malin que je croyais.
L 'assassin ? Oui, l 'assassin.
Souvent comme ça, dans les petits patelins.
Ça a l 'air de rien. Ça a l 'air calme et sans histoire.
Tu as vu Théo cet après -midi ? Oui, suivi de son ombre. L 'inspecteur
Et où s 'est -il mis ? L 'inspecteur ? Là -bas, sur la terrasse.
Mais de là -bas, il pouvait pas voir le téléphone.
Et Théo a reçu un coup de fil, évidemment.
Oui, c 'est moi qui lui ai passé la communication.
À quelle heure ? Vers 10h.
T 'as reconnu qui c 'était ? Non.
Une voix d 'homme ou de femme ? De femme.
Non. Bon, alors on y va.
La police, la police, moi je veux bien. C 'est pas une manière de déranger les
clients.
Si M. Théo, il veut pas ouvrir, c 'est pas mon problème.
Vous voyez bien qu 'il veut pas ouvrir.
Ouvrez, police !
Il va y avoir une sortie derrière l 'hôtel. Oui, il y a bien le garage, mais
est fermé à cette heure -là.
Bon, allez, viens.
Vous touchez à rien, hein ? La
voiture
n 'est plus là.
C 'est la voiture de thé ou ça ?
Je crois que c 'est terminé, les filles de l 'air.
J 'ai rien fait.
Monsieur Maigret, justement, j 'allais vous le faire appeler.
Qui a blessé ? Commissaire, c 'est affreux.
C 'est affreux.
Je n 'ai rien pu faire. Il a fallu que la balle se loge dans la horte.
Mon Dieu, mon Dieu.
Tout ça parce que je n 'ai pas pensé à allumer la lumière.
Que s 'est -il passé ?
Vers une heure du matin, comme j 'ai le sommeil léger, j 'ai entendu qu 'on
voulait s 'introduire dans la maison. Alors j 'ai été chercher le revolver.
Quel revolver ? Le revolver de mon mari, qui est dans le tiroir de la table de
nuit, comme je vous ai dit.
Vous vous êtes bien gardée de m 'en parler.
Si, commissaire, je vous assure.
Continuez. J 'ai demandé qui est là.
Il n 'a pas répondu.
Pourquoi n 'a -t -il pas répondu ? Il faut que vous vous reposiez, Valentin.
vais vous donner quelques calmants.
Non, non.
Vous n 'êtes pas raisonnable.
Mon Dieu, mon Dieu.
J 'ai tué ce pauvre garçon.
Mais commissaire, pourquoi voulait -il l 'introduire chez moi ? Vous avez
reconnu tout de suite qui c 'était ? Non.
Je restais avec le bruit de la détonation qui n 'en finissait plus.
J 'ai couru chez mademoiselle Serret pour appeler le docteur.
Quand avez -vous reconnu que c 'était Henri ? Je ne sais pas.
Peut -être quand je suis partie devant lui pour sortir.
Et Théo ? Quoi, Théo ? Que fait -il ici ? Théo, je l 'ai retrouvé corps
venant de chez Mlle Serret.
Que faisait -il ici ? Mais je ne sais pas !
Vous posez les calmants sur la table et les prennent avant de se coucher ? Je ne
crois pas nécessaire.
Comme vous voudrez.
Je vous demanderai de téléphoner au commissariat, qu 'ils envoient un
Bien.
Pourquoi m 'a -t -il mis les notes ? Pourquoi m 'arrête -t -on ? Je sais,
simplement ça nous fait plaisir.
Comme ça me ferait vraiment du bien de te botter le derrière.
Monsieur Maigret. Ça suffit maintenant !
Allez. Asseyez -vous à cette table et prenez en note tout ce qu 'ils vont
Mais M.
Maigret... Taisez -vous ! Commençons
par vous.
Comment avez -vous su que les bijoux de votre belle -mère n 'étaient pas des
répliques comme elle le prétend, mais bien les vrais ? Je m 'en suis toujours
douté. Pourquoi ? Parce que je la connaissais.
Je connaissais mon père.
Elle était folle de ses bijoux.
Il faisait ses cas de volonté ? Oui.
Avez -vous fait part de vos soupçons à votre frère ? Non.
Pourquoi ? Vous attendez d 'avoir la preuve.
Ne serait -ce pas que vous aviez envie de vous arranger avec elle ? Elle était
bien plus fortiche que vous.
Redoutable, même.
Alors, cette preuve, comment l 'avez -vous obtenue ?
J 'ai mené mon enquête auprès de connaissances que j 'ai
dans le monde des diamantères.
Des bijoux comme ça, ça passe pas inaperçu.
Or, ils n 'ont pas été remis dans le commerce, ni en France, ni dans le reste
l 'Europe.
Vous avez patiemment attendu.
Et cette année, comme vous étiez au bout du rouleau, vous êtes venu passer vos
vacances ici.
Vous vous êtes débrouillé pour rencontrer Rose et gagner sa confiance.
Et ensuite, vous l 'avez incité à voler la bague.
Non.
Je n 'ai rien fait de pareil.
Je voulais simplement récupérer mon héritage dont j 'avais été spolié. C
absurde. Ces bijoux sont des répliques. Ils sont à moi.
Comment Rose a -t -elle volé la bague ? Je vous répète, monsieur le commissaire,
je n 'ai pas eu besoin de la pousser.
Elle haïssait tellement sa maîtresse qu 'elle ne savait pas quoi inventer pour
se venger.
Oui, enfin, c 'est vous qui en avez eu l 'idée.
Elle avait fait un trou dans le mur entre les deux chambres un jour que
Valentine était absente.
Et le soir, elle la voyait ouvrir son tiroir et se parer de ses bijoux devant
glace. Ce sont des répliques.
Je fais ce que je veux.
Continuez.
Un jour,
Rose m 'a apporté la bague qu 'elle avait volée.
Je l 'ai lui empruntée. Pour la faire expertiser ? Oui.
Et je l 'ai lui rendue.
C 'est elle qui l 'avait volée. Je n 'avais pas à la garder.
Vous connaissez bien la loi.
Vous êtes trop malin pour commettre la moindre infraction.
C 'est un tissu d 'invraisemblance. Vous n 'avez pas de preuves, ça ne tient pas
debout.
Qu 'est -ce qui s 'est passé ? Tu l 'as tué, salaud.
Il ne l 'a pas tué, rassurez -vous.
Qu 'est -ce que tu viens faire ici ? Je ne vous attendais pas si tôt.
Tout de suite après votre coup de fil, j 'ai pris la voiture sous le premier
prétexte et j 'ai foncé.
Vous avez dû rouler comme une folle.
Qu 'est -ce qui vous a poussé à agir si vite ? Vous m 'aviez dit que la bague
était prête.
J 'ai pensé que tous les autres bijoux l 'étaient aussi.
J 'ai compris pourquoi Théo tournait autour de Rose depuis deux mois.
Tu voulais mettre la main sur les bijoux, oui ? C 'est très bien que je m
fiche. Pourquoi es -tu venue, alors ? Parce que j 'ai eu peur.
Ah, d 'autres ! Vous avez eu peur pour votre mère, mais c 'est
inutile. Elle sait très bien se défendre toute seule.
Hélas pour le pauvre garçon qui se trouve dans la pièce à côté.
Le frère de Rose.
Je suis désolé, mais c 'est votre mère qui l 'a tué.
Après avoir tué sa sœur.
C 'est ça. C 'est moi qui ai empoisonné Rose.
Oui.
Il y a environ 15 jours, vous vous êtes aperçus que la bague manquait.
Tout de suite, vous avez soupçonné Rose.
Vous venez de découvrir qu 'elle connaissait Théo.
Et vous avez aussitôt pensé que c 'est Théo qui la téléguidait.
Vous avez tué Rose pour la punir d 'avoir osé mettre la main sur vos
Et aussi en guise d 'avertissement pour Théo.
C 'est l 'avertissement à porter, n 'est -ce pas, Théo ? Ça ne tient pas debout.
Comment tuer Rose sans être soupçonné ?
Vous connaissiez ces manies.
Vous saviez bien qu 'elle allait boire votre verre de somnifère de la porte
refermée. Vous avez déguisé le crime en erreur, en empoisonnant Rose le soir
de votre anniversaire, au moment où toute votre famille était rassemblée.
Tout ça pour faire croire que c 'était vous qui étiez visé.
Et faire reporter les soupçons sur quelqu 'un d 'autre.
Votre fille, par exemple.
Vous êtes diaboliquement intelligente.
J 'ai failli m 'y laisser prendre.
Quelle trouvaille.
Quand Charles vous avertit qu 'il me chargeait de l 'enquête, vous vous êtes
précipité à Paris pour essayer de me faire croire que c 'était vous qui me
demandiez de m 'occuper de l 'affaire. Je dois avouer que vous avez une
imagination débordante. Vous devriez écrire des romans policiers.
Vous niez.
Bien sûr, mais vous n 'avez aucune preuve de ce que vous dites.
Si, les bijoux.
Ce sont des répliques.
Je les ferai estimer.
Pour ça, il faudrait d 'abord que vous les retrouviez.
Cet après -midi, ignorant les délires de votre imagination, je m 'en suis
débarrassée. Comme ce sont des répliques sans valeur, j 'en avais assez de ces
vieilleries.
Venons -en au second crime.
Cet après -midi, c 'est bien entendu exprès que je suis venu vous informer
'étais sur la piste de Théo et Rose.
Vous vous êtes inquiétés.
Théo était le seul à pouvoir m 'aiguiller sur la bonne piste.
Alors, dès que j 'ai eu le dos tourné, vous êtes allé l 'appeler comme Mlle
Serret, qui est malade, sourde et impotente.
Demain, il faudra faire fouiller la maison de Mlle Serret.
Vous n 'avez pas le droit.
Vous n 'avez pas le droit d 'importuner une personne âgée qui en plus est
innocente. Vous vous souciez beaucoup des innocents ? C 'est le pauvre Henri
est là à côté.
C 'est une erreur, je ne savais pas que c 'était lui.
Vous pensiez que c 'était Théo ? Elle vous a donné rendez -vous ce soir à
minuit, c 'est exact ? Oui.
Vous l 'avez échappé belle, non ? Oui.
Comment ça s 'est passé ? Quand nous sommes arrivés à la maison, Henri s 'est
précipité. Comme un furieux.
Le coup est parti.
J 'étais deux pas derrière.
Et pourquoi Henri était -il là ? Henri m 'a téléphoné à dix heures à mon hôtel.
Je lui ai dit de passer par derrière pour qu 'il ne voit pas votre
Il était assez méché.
Il était persuadé que j 'avais tué Rose.
Alors, que lui avez -vous dit ? La vérité.
Tel que vous venez de la dire.
Comme elle m 'avait donné rendez -vous à minuit, je l 'ai proposé de venir avec
moi. Pourquoi ? Je voulais le convaincre que je n 'y étais pour rien.
Et aussi pour faire pression sur elle et l 'obliger à donner les bijoux.
Je ne pensais pas qu 'elle irait si loin.
Les bijoux sont à moi.
Personne ne peut me les prendre.
Ils sont à moi.
Vous êtes folle. Vous rendez -vous compte que vous êtes folle ? Vous avez
deux jeunes gens comme ça.
Pour rien ! Pour des bijoux qui ne vous servent pas à rien ! Quant à moi...
Vous les avez, vous, cachés ? Ça, c 'est vrai.
Vous savez que si vous nous aidez, il en sera tenu compte ? Je suis innocent.
Vous ne pouvez rien prouver contre moi.
Bon, Castin, allez chercher les tranchées.
Les tranchées ? Oui.
Vous n 'allez pas les faire venir maintenant ? Pourquoi ? Il faut bien qu
viennent reconnaître le corps.
Ça risque d 'être un moment assez pénible.
Dans cette maison, où deux de leurs enfants sont morts, j 'imagine leur
état d 'esprit.
Vous ne pouvez pas faire ça.
De quoi avez -vous peur ? Vous venez de le dire.
Vous êtes innocente.
Mais ces gens -là ne réfléchissent pas.
Leurs réactions sont imprévisibles et le rôle de la police... Le rôle de la
police, c 'est de mettre les criminels sous les verrous. Et croyez -moi, c 'est
là que vous serez le plus en sécurité.
Vous êtes un monstre.
Et vous, qu 'est -ce que vous êtes ? Je suis innocente.
Vous persistez ? Oui.
Castin, allez -y.
On vous expliquerait aux assises.
Allez vous habiller maintenant.
Les voitures de la police ne vont pas tarder.
Il vaut mieux que vous soyez partis avant que les tranchées n 'arrivent pour
reconnaître le corps.
Et moi ? Vous ? Vous savez qu 'on ne peut rien contre vous, n 'est -ce pas ?
J 'ai rien fait.
Bien sûr.
Vous êtes trop malin.
Enlevez -moi ça.
Ah non.
Le temps de votre garde à vue, ça vous fera les pieds.
Vous ne me mettez pas les mêmes notes ? Non, non.
Ça vous ferait trop plaisir.
Vous savez, au greffe, de toute façon, on la confisquera.
Elle ne m 'a même pas regardée.
Allez, rentrez chez vous.
Essayez d 'oublier tout ça.
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