All language subtitles for (15) Maigret se trompe

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Original subtitles

Dix heures.

Madame fait du lard, ma parole.

Madame se repose, je dirais.

N 'oublie pas que t 'es dans une maison bourgeoise au service d 'une grande

dame. Une grande dame.

J 'irais plutôt une petite souris qui veut rugir.

Il est venu, Pierrot.

T 'occupes.

J 'ai une faim de loup. Va me chercher une brioche. Non, deux.

Bah voilà, autre chose. On mange le matin, maintenant.

Allez, fille, elle est chaude, hein.

Y a pas de doute.

Le pognon, ça donne de l 'éducation.

Allez, grouille !

Bonjour, Mme Cornet. Ça va ?

Allô

? Ah, bonjour, mon amour.

Je viens juste de rentrer.

Ouais, je l 'ai téléphoné.

Faut que je te vois, j 'ai un truc important à te dire.

Ouais, ce soir.

Ok, à 9h.

Très fort.

À tout à l 'heure.

Merci.

Toi, moi, on t 'aime, on t 'aime.

Toi, qui j 'aime, et l 'aime.

Mi amor, mi corazón.

Et mes brioches alors ?

Bonjour

commissaire, le troisième.

Elle a reçu une balle dans la tête.

Le coup a été tiré par derrière, de très près.

Quel libre ? Petit.

Elle a laissé ça quand on lui a tiré dessus.

Encore une fois, le tapis n 'est pas pris feu.

Commissaire Dupuis, c 'est moi qui vous ai appelé.

Personne ne s 'est manifesté, personne, étrangement.

Qui a découvert le corps ? La femme de ménage.

On a découvert le cadavre en arrivant à 8 heures.

Elle prétend n 'avoir touché à rien.

Et où est -elle ? Elle est dans la cuisine.

Comment vous vous appelez ? Bro, désirée.

Donc, je connais tous les deux.

Pas à mon avantage, c 'est sûr.

Vol.

D 'un pas d 'abord, la chapelle est venue avec les rides.

Et vous travaillez ici depuis longtemps ? Je vais faire un an dans deux mois.

À plein temps ? Seulement le matin.

Je préparais le fréco puis je me tirais.

On a bien un petit peu de café.

Vous faites d 'autres délais ? Quelques -uns, quand il n 'y a pas trop d 'étages

à monter, à cause de ma guibole.

Accident ?

Drame de la jalousie.

À l 'horizontale, on ne boite pas. C 'est ça qui m 'a donné l 'idée de mon

premier métier.

Vous vivez seule ? Non, avec mon mari.

Et qu 'est -ce qu 'il fait dans la vie, votre mari ? Il boit.

Il se l 'occupe toute la journée.

Ben, asseyez -vous.

C 'est pas de reçu. On me l 'a peut -être proposé deux fois en 50 ans.

Alors, racontez -moi, qu 'est -ce qui s 'est passé ce matin ? Quand je suis

arrivée, toutes les lumières étaient allumées.

Une porte fermée à clés ? La Miss, elle avait l 'habitude de s 'enfermer à

double tour avant de se glisser dans les toiles.

Vous n 'avez pas vu d 'arme ? Certainement pas.

J 'ai appelé tout de suite le commissariat.

Sans prévenir les voisins, la concierge ? D 'abord les poulets, non.

Elle faisait quoi, votre patronne ?

Elles sont bourgeoisées, dans la soie.

Et avant ? Elles vendaient de l 'amour.

Vous n 'avez jamais vu d 'hommes ici ? Mais je vous ai dit que je faisais que

matin. Et la miss, elle était plutôt indépendante jusqu 'à midi.

Et bien, les relations ? Les seules relations que je lui connais, elles sont

dans le placard.

C 'est sûr qu 'il y avait quelqu 'un qui venait ici de temps en temps.

Elles ne recevaient jamais de coups de fil ? Ça se pourrait.

Vous avez entendu des noms ? Il y en avait un qui revenait souvent.

Pierrot.

Bon, vous continuez. Je vais faire un tour chez la concierge. Et moi ? Je peux

'en aller ? Ah non, pas encore.

Commissaire Maigret, je peux vous voir une minute ? On l 'a tué ? J 'ai demandé

à l 'agent devant la porte, il m 'a dit que Mlle Louise était morte.

Vous la connaissiez bien ? Pas trop.

Vous ne l 'aimiez pas ? Bof.

C 'est sa réputation qui vous dérangeait ? Elle détenait un peu parmi tout ce

beau monde, c 'est ça ? Ça ne me regarde pas.

Elle était entretenue, n 'est -ce pas ?

C 'est possible.

En tout cas, elle payait régulièrement ses termes.

Elle recevait des visites ? De temps en temps.

Le docteur.

Le professeur Gouin ? C 'est lui, oui.

Un de ceux -là pourrait être le mécène.

Je n 'en ai aucune idée.

Et qui lui rend des visites, de temps en temps ? Un musicien.

Enfin, un homme qui porte souvent un étui de saxophone.

Vous connaissez son nom ? Il est venu hier soir ? Oui.

À quelle heure ? Vers 9h.

Je ne sais pas à quelle heure il est reparti, je me suis couché presque tout

suite.

Bonjour, patron.

Madame, je... Tu montes. Je t 'en rejoins.

Ce serait pas son amant, le musicien ? Je ne sais pas.

C 'est peut -être lui qui payait le loyer.

Je ne pense pas.

Trop cher pour un artiste.

Il n 'y aurait pas quelque chose que vous voyez me cacher, par hasard ?

vous me dites ça ? C 'est comment, votre nom ? Cornet.

Edith Cornet.

À plus tard.

Commissaire. Vous allez chez le docteur Paul ? J 'y vais.

Je vous rejoindrai tout à l 'heure.

D 'accord.

Oh, c 'est très joli.

Ça te va bien ? Réponds.

Allô ? Allô, c 'est toi ma poulette ? Tu réponds pas ?

T 'es pas toute seule ? Il a raccroché.

Recours, on peut pas localiser.

Madame Brault !

Il est musicien, Pierrot ? Ça se pourrait.

Il y a longtemps que vous n 'avez pas fait de prison ? Je n 'avais pas encore

inventé la TSF.

Alors répondez, il est musicien, Pierrot ? Oui, il s 'ouvre dans un cornet à

pistons.

Il est venu ici hier soir, vous ne me l 'aviez pas dit.

Je vous jure que je ne le savais pas, commissaire.

Mais ce n 'est pas lui qui l 'a tué, parce que lui, il l 'aimait vraiment.

C 'est Louise qui vous a raconté ça ? Pas des choses qu 'on dit, ça, ça se

devine. Même qu 'il voulait l 'épouser, mais il n 'a pas un radis.

Et le loyer, qu 'est -ce qu 'il payait ? Ça, c 'est pas des choses qu 'on dit à

la bonne, monsieur le commissaire.

On a peut -être vendu la même salade, mais maintenant, on ne grève plus parler

'un escalier.

Bon, ben, je fais quoi, maintenant ? Vous rentrez chez vous.

Mais vous laissez votre adresse sur un bout de papier.

Et vous ne quittez pas Paris.

Jamais été plus loin que Surenne. Même pas Surenne !

Où vous m 'avez dit qu 'il jouait, Pierrot ? J 'ai rien dit.

Dis donc, j 'ai pas de temps à perdre.

Vous désirez.

Pierrot, le saxophoniste, il est là ce soir ? On n 'irait pas, hein.

C 'est marquement un cas.

Je crois bien que c 'est la première fois ce soir.

Et l 'accordéoniste, c 'est qui ? C 'est Albert, sa pote.

Vous l 'envoyez, il n 'y a pas de morceau.

Je dois annoncer qui ? La police.

Vous me demandez ? Essayez -vous.

Ça va pendant 10 minutes.

Non, mais c 'est largement suffisant.

Je sais qui vous êtes, je vous ai reconnu.

Pierrot, il n 'a pas tué Lulu.

Vous êtes de la famille ? Comme qu 'il irait sa mère.

Et vous avez entendu parler du meurtre ? Qui n 'est pas au courant.

Alors, qu 'est -ce qu 'il raconte, Pierrot ? Ce que je viens de vous dire.

Il s 'est sauvé. J 'ai eu peur.

L 'attitude dangereuse pour un innocent.

Vous ne connaissez pas Pierrot. C 'est comme une allumette. Tu souffles dessus

et il s 'écroule.

Et il aimait, lui.

Pas comme notre connard qui banque.

Seulement voilà, à 16 ans, il s 'est retrouvé dans la rue, avec pas un rond,

de parents, et pas où loger.

Et il s 'est fait ramasser.

Ouais, comme souteneur.

J 'ai eu du mal à s 'en sortir.

C 'est la musique qui l 'a sauvé.

D 'accord, d 'accord.

Vous ? Moi et Lulu.

J 'étais une fille en or pour lui. C 'est vrai que je le tapins.

Mais il aimait avec son cœur. Il voulait gagner beaucoup d 'oseille pour l

'épouser. Alors, vous voyez, il ne peut pas la farbuter.

Il l 'a quand même laissé se faire installer par un autre.

Ça, c 'est différent.

Vous voyez Pierrot payer le loyer de Louise.

Pourquoi pas ? Vous, vous avez bien une famille.

Et où loge -t -il ? À l 'hôtel du Var.

Pas loin d 'ici.

Il ne reviendra pas, ce soir, c 'est sûr.

Et l 'autre ? Celui qui banque, là ? Ce ne sont pas mes oignons.

Non, mais ce sont les miens.

Bon, il va falloir que j 'y aille. On va reprendre.

Pas avant de m 'avoir donné l 'enseignement.

René, c 'est combien ? Non, non, laissez, c 'est pour moi.

Non, pas question.

Vous ne rejoindrez pas l 'orchestre avant de me laisser un oignon ?

Il faut savoir que ça a commencé à l 'hôpital.

Quel hôpital ?

Tu

n 'as pas vu Nadia ?

Vous ne voulez pas d 'inconvénients, commissaire? Non, non, non, ne t

pas, pas ce soir.

Je voudrais te parler de Louise.

Lulu? Vous savez bien qu 'elle n 'est plus de notre monde, depuis qu 'elle

habite les beaux quartiers.

On l 'a tuée hier soir.

Au Galégé?

Non.

Louise?

Je n 'y crois pas.

Quelqu 'un lui en voulait?

Personne. Ce n 'était pas le genre à doubler son arme. D 'abord, elle n 'en

avait plus.

Et Pierrot?

Pierrot? Il y a longtemps qu 'il l 'a raccrochée. Il l 'aime.

Alors, évidemment, ça ne lui donne pas le sens des affaires. Elle avait un

protecteur? Sûr qu 'il y en avait un! Vu le vestiaire qu 'elle avait!

Ce n 'est pas le pierrot et sa trompette qui pouvaient les aligner.

Elle passait ici de temps en temps?

Elle venait prendre le thé avec les copines.

Ces jours -ci?

La semaine dernière.

Elle racontait qu 'elle voulait se marier et vivre comme une dame.

Merci, tu es gentil.

On ne remontera jamais l 'escalier tous les deux.

Quand un chirurgien opère ou doit rester à l 'hôpital le soir, où se tient -il ?

Le professeur dispose de quelques chambres au quatrième étage.

Ils peuvent donc entrer et sortir sans éveiller la tension ? Bien sûr, monsieur

le commissaire, on n 'est pas en prison.

Le professeur Gouin avait opéré un enfant dans l 'après -midi ? Un cas très

difficile. Et le professeur a tenu à revenir une partie de la soirée à l

'hôpital. Et vous êtes resté avec lui ? Absolument. Ensuite, mademoiselle Decaux

a incité pour qu 'il aille se reposer.

Elle est montée avec lui ? Pas du tout. Elle est restée avec moi.

Jusqu 'à quand ? Le professeur a dû redescendre aux alentours de 11 heures.

Donc personne ne l 'a vu entre 9 heures et 11 heures.

C 'est qu 'il devait dormir, monsieur le commissaire.

Il y a deux sorties à l 'hôpital ? Pour les voitures, oui, mais puis on peut

aussi passer par le bâtiment administratif. Mais là, on n 'a plus de

après 19 heures.

Et mademoiselle Decaux a l 'habitude de rester en votre compagnie pendant que le

professeur s 'en pose ?

Non, effectivement, c 'est la première fois.

Merci.

J 'imagine que je ne peux pas vous demander de quoi il s 'agit, monsieur le

commissaire.

Vous imaginez juste.

Mlle Decaux, je suppose.

Je voudrais vous poser quelques questions.

Non, là, vraiment, j 'ai pas le temps.

Non, mais ce ne sera pas long.

Le soir du meurtre, vous êtes bien allée chercher le professeur Gouin, n 'est

-ce pas ? Oui, vers 19h.

Il a besoin de vous pour prendre un taxi ? Il ne fait rien sans moi.

Ah.

Il a peur de l 'infarctus, il a peur de mourir seul.

Quand il est monté se reposer sur votre conseil, n 'est -ce pas ? Oui, c 'est

vrai.

C 'est Raoul qui vous l 'a dit ? Peu importe.

Vous l 'avez suivi ? Je couche

avec lui.

Vous le saviez ? Je vais aller à pied, je crois que j 'irai plus vite.

Ce soir -là, il avait besoin de dormir, pas de se détendre.

Donc vous ne l 'avez pas vu entre 9h et 11h ? Il dormait.

Généralement, il enlève son veston, ses chaussures et desserre sa cravate.

C 'est dans cet état que vous l 'avez trouvé quand vous êtes monté le chercher

Exactement.

Tu veux dire qu 'il a pu s 'échapper par une autre sortie, rentrer chez lui, par

exemple, et revenir juste avant 11 heures ? C 'est absolument impossible.

Pourquoi non ? Parce que je suis montée vers 10h15 pour voir s 'il n 'avait

besoin de rien.

Et il n 'avait besoin de rien.

Ça vous va ? On verra.

Quand vous voulez.

Bonjour, madame Cornet.

Je suis venu vous rendre une petite visite avant de monter.

Vous ne dérangez pas pour moi ? Reprenez votre travail.

Vous êtes sûre de m 'avoir tout dit ? Pourquoi vous me demandez ça ? J 'avais

'impression que vous saviez qui avait installé mademoiselle Fillon au

étage.

Vous vous trompez.

Je ne m 'intéresse pas beaucoup à ce qui se passe dans cet immeuble.

Le docteur est là ? Je ne l 'ai pas vu passer.

Et sa femme ? Peut -être.

Je vais lui poser quelques questions.

Monsieur Maigret, c 'est lui.

Vous voulez parler du professeur ? Qu 'il a installé, oui.

Et il vous a demandé de vous taire ? Tant pis.

Pourquoi ne pas l 'avoir dit tout de suite ?

Par discrétion.

Qu 'est -ce que vous pensez du professeur ? Il a sauvé mon fils.

Il l 'a opéré gratuitement et il l 'a soigné pendant plus de deux ans.

On dit qu 'il a aussi opéré Louise et qu 'elle lui était reconnaissante à sa

façon.

C 'est exact.

Quel genre d 'homme est -il ? Vous ne le connaissez pas.

Bon, je l 'ai aperçu.

Il a 60 ans.

62.

Et pour les hommes comme lui, l 'âge ne compte pas.

Et tout l 'immeuble est au courant de sa liaison avec Louise ? Il lui arrivait

de descendre au troisième en pyjama et robe de chambre.

Et Mme Gouin ? C 'est une femme habituée.

Je crois qu 'elle n 'est pas jalouse.

Et vous ?

Quoi moi ?

Non, c 'est long.

Dormez, patron.

Bonne nuit.

Excellent. Rien de neuf ? Un huissier.

Il est venu pour l 'étaler le lieu et veut le relouer.

Ah, mais il n 'a pas le temps.

Ah, il a les fleurs aussi.

Quand il y avait ça, il y a une demi -heure.

Pour accompagner Lulu jusqu 'à sa dernière demeure, de la part de ses

qui ne l 'oublieront jamais.

J 'ai un peu fureté, mais je n 'ai pas trouvé grand -chose.

Il y a pas mal de babiloteries, des trucs de différentes villes.

Pour Lulu Pierrot.

C 'est peut -être.

Une allure ? Oui, c 'est le métier.

Non, mais ce n 'est pas leur proche.

Raconte, je ne vais pas lire tout ça, moi.

Il dit qu 'il l 'aime plus que jamais, qu 'il ne veut plus qu 'elle couche avec

d 'autres et qu 'il ferait bien un petit.

Je peux entrer ? Je suis Mme Gouin, la voisine du dessus.

Madame.

Eh bien, je vous écoute.

Je suppose que vous attendiez ma visite.

C 'est la concierge qui vous a prévenu.

Oui, c 'est vrai. Elle vient de me téléphoner.

J 'imagine que vous savez tout.

Hélas, non.

Je veux dire en ce qui concerne la situation de la personne qui habitait

On m 'a parlé, en effet.

J 'aurais préféré que mon mari ne soit pas mêlé à tout ça.

Vous me comprenez ? Quand êtes -vous venue ici la dernière fois, madame Gouin

Je ne suis peut -être jamais venue.

Votre comportement est celui de quelqu 'un qui connaît bien les lieux.

Je vous connaissais de réputation, mais je vois qu 'elle n 'est pas usurpée.

Je suis venue chercher mon mari, il y a quelques mois, dans cette chambre.

Il avait eu un malaise, dans ce lit.

Et la personne qui logeait ici a eu le tact de m 'appeler.

Vous avez eu des mots avec mademoiselle Fillon ? Pourquoi faire ? Etienne m

'avait avoué cette liaison.

Je suis restée, j 'en ai accepté les conséquences.

Vous êtes très généreuse avec votre mari.

Mon mari est quelqu 'un d 'exceptionnel. Comment on ne rencontre que quelques

-uns par génération ? Comment a -t -il réagi quand il a appris la nouvelle ?

Il en a été certainement très affecté, mais il n 'en a pas parlé.

C 'est aussi pour ça que je voulais vous voir. Si je pouvais répondre à sa

place, nous pourrions peut -être lui épargner des soucis inutiles.

Où est -il ? Il s 'apprêtait à partir quand je suis descendue.

Vous appelez ça des soucis inutiles ? Oui.

Mon mari est un homme de génie, il n 'y a pas que moi pour le dire.

Les gens savent très bien qu 'il opère la nuit et qu 'il est à 9h du matin à sa

consultation.

Mais ce qu 'ils ne savent pas, c 'est qu 'il est exceptionnel aussi dans d

'autres domaines.

Par exemple ? Il n 'a pas d 'amis, il ne prend jamais de vacances.

Les femmes.

Il fallait qu 'on me congète, à confirmer comme ça, brutalement, à n

quel moment.

Sans aucun sentiment, surtout.

Comment vous vous êtes connue ? J 'étais infirmière.

Et qui êtes -vous ? Je ne sais pas.

Et vous ? Je l 'admire.

Vous voulez vous asseoir ? Non, merci, je dois remonter. Et puis, je n 'ai pas

envie de rester ici.

Pour ça, je vous comprends.

Vous fumez ? Non.

Je peux savoir où vous étiez le soir du meurtre ? Oui, chez moi, je dînais avec

ma sœur.

Et vous n 'avez pas entendu des coups de feu ? Aucun, mais nous n 'étions que

toutes les deux. Nous avons dîné à la cuisine dans l 'autre aile de l

'appartement.

Vous dînez souvent avec votre sœur ? Non, pas très.

Elle nous était à l 'improviste, je l 'ai gardée avec moi.

Le professeur n 'était pas avec vous ?

Ma sœur ne l 'apprécie pas tellement. Elle préfère venir me voir quand je suis

seule. Mais ils se sont croisés ce soir -là.

Oui, ils se sont croisés.

Elle est immédiatement partie.

Il la dérange à ce point -là ? Pour tout vous dire, elle le méprise totalement.

Pour elle qui est seule, il n 'y a eu le diable en personne. Je suppose que c

'est à cause de ses choix.

Je devrais dire de ses proies.

Où peut -on la trouver ? À la bibliothèque du Carousel. Elle y

Et son nom, c 'est ? Olivier.

Antoinette Olivier.

Olivier avec deux L.

Je peux partir ? Mais oui.

Madame Gouin, c 'était votre idée d 'installer Louise Fillon à l 'étage en

dessous ?

Eh ben,

quelle histoire.

Ça a l 'air d 'être un drôle de bonhomme, ce Toubib.

Elle n 'est pas mal non plus.

Je suis Antoinette Olivier.

Commissaire Magret, je peux vous poser quelques questions ? Vous devinez l

'objet de ma visite ? Le meurtre de cette petite catin, certainement.

Le meurtre, oui.

J 'imagine que ça devait finir comme ça.

Pas l 'idée.

Quand il l 'a installé dans l 'appartement d 'en dessous, ça relevait

maladie mentale.

Et donc ? Donc je ne suis pas étonnée outre mesure que les choses aient mal

tourné.

Est -ce que je pourrais me porter celui -ci pour quelques jours ? Ah non, celui

-ci se construit dans la bibliothèque, on ne peut pas le porter.

Ça vous dérange si je fume la paix ? J 'aimerais mieux pas.

Ce soir -là, vous avez dîné avec votre sœur, n 'est -ce pas ? Commissaire,

pourriez -vous parler un peu moins fort ? Cet endroit est un endroit de

réflexion.

Pourquoi précisément ce soir -là ? Mais pourquoi pas ?

Elle était libre, effectivement, ce soir -là. Elle passait dans le quartier.

Mais racontez -moi cette soirée. Oui, ça n 'a rien d 'intéressant.

Pour moi, si.

Je suis arrivée un peu après 8 heures.

Elle était seule ? Avec la domestique. Elle l 'a renvoyée dans sa chambre et

nous avons dîné dans la cuisine.

Jusqu 'à quelle heure ? Je ne regarde pas ma montre toutes les 5 minutes.

Environ ? Oui, 10 heures, 10 ans et demi, peut -être.

Et ensuite ?

Ensuite, nous sommes allés au salon et ma sœur nous a préparé deux tilleuls.

Elle s 'est absentée ? Le temps d 'aller faire bouillir de l 'eau.

Un peu avant 11 heures, vous n 'avez pas entendu le trou de feu ? Non, mais la

cuisine ne se trouve pas au -dessus de l 'appartement du 3e. Nous en avons

encore pour longtemps, commissaire.

Et Pierrot ? L 'autre amant, vous en avez entendu parler ? Vraiment, mais ça

m 'intéresse pas.

Vous n 'allez pas l 'arrêter ?

Qui ? Lui, évidemment.

Vous croyez qu 'il a tué Louise Fillon ? Et qui d 'autre ? Non.

Pour quelle raison, mon Dieu ? Par jalousie.

Et lui ? Vous croyez qu 'il n 'était pas jaloux, lui ? Mais il en crevait de

voir qu 'il lui préférait un jeune.

Croyez -moi, ce n 'est pas le genre de type à hésiter pour supprimer quelqu

On m 'a dit qu 'il passait son temps à sauver ses semblables.

Mais c 'est de la pure vanité.

Il se prend pour Dieu.

Votre soeur m 'a dit que vous étiez parti peu avant minuit, après avoir

le professeur. Oui, c 'est exact.

Je m 'en suis voulu de ne pas être parti cinq minutes plus tôt.

Le crime a été commis entre 9h et 11h.

Qui vous dit qu 'il n 'est pas venu une première fois avant de rentrer ? Vous

avez vérifié son emploi du temps ? Pas encore.

Eh bien, faites -le.

Ça vous évitera peut -être de persécuter un jeune homme innocent.

Vous le haïssez, n 'est -ce pas ? Le mot est faible.

La haine est parfois mauvaise conseillère.

10h35

Un revolver pour dame, si on peut dire ça.

Il y a trop de femmes dans cette histoire.

Bon, alors, le coup a été tiré en biais, derrière la profise mastoïde, à 25 ou

30 centimètres de distance, pas davantage.

Puis, immobilisation du projectile dans la mâchoire à droite.

Vers quelle heure ? Entre 9h et 11h.

Vous voulez savoir ce qu 'elle avait mangé ? Ah non.

Non, envoyez plutôt le rapport au quai.

D 'accord.

Attendez.

J 'ai oublié un petit détail. La fille était enceinte.

Ça convient ? Une semaine.

Merci.

Rien de neuf ? Non, rien du tout, patron.

Pas une visite, pas un coup de fil.

Juste Rillière qui m 'a apporté à manger.

On a des nouvelles de Pierrot ? Non, pas encore.

Il surveille les gares et les entrées du tambour, mais à mon avis, il se

montrera pas.

Vous êtes de la police ? Qu 'est -ce que vous faites là, professeur ? Ah, vous

savez qui je suis.

Je jette un oeil, c 'est tout.

C 'est vous ? C 'est vous qui fumez la pipe ?

Dites

à votre patron que je me tiens à sa disposition.

S 'il veut me voir.

Bonsoir.

On peut dire qu 'il m 'est mal à l 'aise, celui -là.

Qu 'est -ce qu 'on fait maintenant ? Toi, tu continues de garder les lieux.

Et moi, je monte.

C 'est un peu tard, commissaire. Vous ne trouvez pas ? Il faut que je voie le

professeur. Je suis désolé, mais je ne peux pas faire autrement.

Il vient de partir pour l 'hôpital.

Une urgence.

Pourtant, il a pris le temps de passer à l 'étage en dessous.

Je l 'ignorais.

Peut -être voulait -il récupérer quelque chose.

Ça m 'étonnerait. Ce n 'est pas le genre d 'homme à disperser ses affaires.

Même pas une robe de chambre.

Je peux vous offrir un digestif ? Vous savez, mon mari affectionne

particulièrement les femmes du peuple.

Les bourgeoises ne l 'intéressent pas.

Prendre une maîtresse au plus bas niveau pour lui faire connaître une autre

condition, c 'est ça qui l 'amuse.

Croyez -vous que ce soit le mot juste ? Je crois, oui.

Il peut rentrer dans une heure comme demain matin.

Pensez -vous que votre mari... Enfin, que Mme Cornet... A

couché avec lui ? Ne prenez pas tant de précautions, M. Maigret. Je ne crains

plus rien.

Non, mais je vous demande pardon.

Je crois, oui.

Mon mari exerce une fascination extraordinaire sur les femmes.

Encore maintenant.

J 'en connais peu qui y résiste.

Son assistante...

Moselle de cou, bien sûr, à l 'occasion.

Vous trouvez ça... Vous trouvez ça monstrueux ? Oh non, pas du tout.

Je vous trouve très philosophe.

Je n 'ai pas le choix.

Être à la compagne d 'un homme comme lui implique de le protéger et de faire

quelques sacrifices.

Vous savez que Louise était enceinte ? Je dois absolument

répondre à cette question ? Vous venez d 'y répondre.

André ? J 'ai un poisson pour vous, patron.

Qui ça ? Albert, le copain.

La copine de Pierrot, la cordonnise du tango, elle attend à côté.

Tiens, tiens.

Revoilà, moi.

Ça marche.

Alors, ma chère Albert.

Je l 'apprends, Pierrot.

Oui, je me doute que c 'est pas pour parler chiffon.

Qu 'est -ce qu 'il raconte, ce brave Pierrot ? Il est prêt à vous rencontrer.

C 'est très aimable, ça.

Et pourquoi il n 'est pas venu avec vous ? Parce qu 'il a la trouille.

Il a quelque chose à se reprocher.

Mais il ne l 'a pas tué, commissaire. Faut me croire.

Écoutez, ma chère Albert, si vous permettez, je me dispenserai de jouer de

'accordéon et vous de faire mon métier.

Si Pierrot se cache, c 'est jusqu 'à preuve du contraire qu 'il n 'est pas

complètement net.

Où est -il ? Maintenant, en bas.

Ben, faites -le monter.

On ne l 'arrêtera pas ? On ne l 'arrêtera pas puisque vous dites qu 'il

innocent.

Allez, dépêchez -vous.

Contré.

Patron.

Venez vous asseoir.

Alors c 'est vous, le saxophoniste.

Inutile de vous dire que votre attitude est des plus suspectes. J 'ai pas tué

Lulu. C 'est ce que me dit votre ami Albert.

Pour l 'instant, personne ne vous accuse. C 'est tout comme.

Dites donc, c 'est vous qui avez disparu de la circulation.

Nous les petits, on n 'a pas le choix.

Quand il s 'agit de déguster, on est toujours les premiers.

Quand vous êtes allé la dernière fois chez Louise, elle était encore vivante ?

Évidemment.

Ça fait deux ans que je la supplie de venir avec moi.

Je l 'aime.

Je l 'ai dit au commissaire, ma puce. À vous, je vous en prie.

Ne vous emmêlez pas.

Et elle n 'est pas venue, la femme de votre vie.

Avec ce qu 'elle avait déjà, j 'avais pas grand -chose de mieux à lui offrir.

Vous étiez jaloux du professeur ? On ne boxe pas dans la même catégorie.

Et Louise ? Elle considérait qu 'elle avait une dette envers lui ? Il lui a

sauvé la vie.

C 'est peut -être bien qu 'il lui a repris. C 'est exactement ce que je

Vous,

vous sortez.

Vous n 'êtes pas bonhomme.

Louise, vous avez averti qu 'elle était enceinte ?

Bien sûr.

J 'étais le plus heureux des hommes.

Et vous êtes certain que l 'enfant est de vous ? Répondez -moi, Pierrot.

Si Louise vous avait dit que c 'était un enfant de Gouin, vous l 'auriez

tué ? Peut -être.

Avec quoi ? Je sais pas.

J 'aurais improvisé.

Vous avez un revolver ? Non.

Quand on vous a arrêté il y a trois ans, vous aviez une arme.

C 'est du passé, ça, commissaire.

C 'est fini.

Je ne tiens pas à recommencer.

J 'ai grandi dans la rue, mais c 'est fini.

Essayez -vous.

Louise.

Quoi ? Elle était armée.

Le Toubib lui avait offert un petit flingue.

Elle se sentait rassurée avec ça.

Elle me l 'avait montré comme si c 'était un bijou.

Et où le gardait -elle ? Dans sa table de nuit.

C 'est vous qui avez téléphoné le lendemain de sa mort ? Oui.

Et j 'ai raccroché.

Vous êtes libre.

Donc vous me croyez innocent ? Pas forcément.

Enfin, pour l 'instant, je vous demanderai de ne pas vous éloigner.

Voulez -vous que j 'aille ?

Vous pouvez repasser demain ? Il faut ouvrir, Mme Brault. C 'est urgent.

Oui, oui.

Vous avez quelque chose à vous reprocher ? Ma fiole ! J 'aime pas montrer que j

'habite dans une poubelle.

Lui, c 'est Émile. C 'est ma douleur.

Qu 'est -ce que je peux faire pour vous ? Je vous ai tout dit.

Ah non, pas tout.

Écoutez, commissaire, je viens de perdre ma patronne.

J 'ai un jumeau de tronc.

Je ne serais pas humaine de me persécuter. Vous saviez que Louise était

? C 'est de son âge, la pauvre môme.

Vous ne me l 'avez pas dit ? Objection, vous ne me l 'avez pas demandé.

Et vous savez de qui elle était enceinte ? Je ne sais pas.

Attention, madame Brown.

Écoutez, il n 'y a que deux êtres possibles, vous le savez bien.

Pierrot et le docteur.

Gagné. Pierrot, il aurait été raide, raide dingue d 'être capable de ne pas

faire. Seulement, c 'est le tout -bible qui a porté la stockade.

Et il le savait ? Je pense bien.

Il a ausculté vite fait et puis il lui a demandé d 'aller se faire confirmer

chez un collègue.

J 'ai tout noté dans mon carnet.

Les dates, les noms et même qu 'elle a pleuré parce qu 'il avait l 'air de s

foutre. On peut le voir, ce carnet ? D 'habitude, c 'est perso.

Pour vous, je vais faire un effort, commissaire.

J 'irai.

Il y a mon dinosaure qui émerge. Excusez -moi, mais il faut que j 'y aille.

Une fois n 'est pas coutume.

Je l 'ai encouragé pour qu 'il nous laisse tranquille.

Tiens, ça marche.

Il y a tout et n 'importe quoi là -dedans.

Un détail inutile ? Inutile ? Comme vous dites, un détail inutile, ça peut

devenir une information capitale, surtout pour nous les modestes.

un peu de gratte avec des trucs à oublier.

Mais ça, c 'est du chantage.

Oh, c 'est le vilain mot, commissaire.

Chantage, non ? Je parlerais plutôt d 'arrangement.

Non, non, je le garde.

Mais le père dit pas, commissaire.

Vous savez, le bon Dieu m 'a fait une tête pleine de courant d 'air. Alors ça,

je tiens mon petit machin, là.

C 'est ma Bible.

À bientôt.

Bonjour Madame. Bonjour.

Voilà l 'argent du mois.

Bon. Eh bien, au mois prochain.

Voilà.

Au revoir. Au revoir Madame.

Oui, pourquoi ? Je peux vous voir une seconde ? Qu 'est -ce que vous voulez

savoir ? La personne qui vient de venir, vous la connaissez bien ? Elle vient

une fois par mois donner de l 'argent pour les enfants.

C 'est une maman ? Je ne sais pas. Je ne pense pas, non.

Pourquoi ? Elle n 'a jamais eu d 'intérêt pour eux.

Et à qui sont -ils, ces enfants ? Ce sont tous des malades opérés par le

professeur Gouin.

Vous le connaissez ? J 'étais infirmière à l 'hôpital où il exerçait.

Et il vient de temps en temps ici ? Non, jamais non.

Vous le regrettez ? Je conçois qu 'un homme comme lui ait peu de temps.

Vous vous appelez comment ? Jeanne Gabor.

Merci.

Janvier, tu vas me recenser tous les gamins qui se trouvent chez une certaine

Jeanne Gabor.

Gabor ? Oui, Gabor.

Quel adresse ? 20 rue des Hortensias.

Essaie de te renseigner sur elle aussi.

D 'accord, patron.

Et envoie -moi une voiture devant chez Gouin. Ça marche.

Voilà.

Jeanne Gabor, bien sûr que je la connais.

Mon mari lui a confié la garde de certains enfants qui l 'a sauvée.

Pourquoi fait -il cela ? Il aime la vie.

Simplement à la seule idée qu 'il déteste la mort.

Et vous n 'avez jamais eu d 'enfant ensemble ? Non.

Peut -être a -t -il eu un enfant d 'un autre lit ? Bien sûr que non.

C 'est un homme qui n 'a pas le temps de penser à autre chose qu 'à son métier.

Mais vous faites bien des mystères ? Ah, mais c 'est mon métier.

Je suis entouré de mystères.

Mais si je peux vous aider ? Mais...

Volontiers. Vous avez bien vu que mon mari ne s 'embarrasse pas de choses

inutiles.

Pourtant, il n 'a pas eu l 'air de vouloir débarrasser Louise Fillon de son

enfant.

Je ne sais pas. La question ne s 'est malheureusement pas posée.

Et son assistante ? Mademoiselle Decaux ? En dehors d 'être sa bonne à tout

faire, je ne vois pas en quoi elle pourrait vous intéresser.

Pardonnez -moi cette question, mais...

Mademoiselle Decaux aurait -elle pu avoir un enfant de... De mon mari ? C

elle qu 'il faut le demander.

Et ne comptez pas qu 'elle vous dise la vérité, elle ment comme elle rêve pire.

Dans ce cas, pourquoi l 'aurait -elle cachée ? Parlez d 'enfant au docteur

si vous voulez voir des guerres pires.

Vous enviez la vie de Mademoiselle Decaux ? Oui, elle joue très bien du

violoncelle.

Voilà que je vous indique l 'endroit où elle répète.

Vous m 'avez suivi ? Disons que j 'ai suivi la musique.

J 'étais sûre que vous étiez mélomane.

Vous aviez l 'air de vous disputer avec le professeur devant l 'hôpital.

Me disputer avec le professeur ? Non, la routine, c 'est tout.

Vous lui connaissez des enfants ? Non, il n 'a pas d 'enfants.

Je ne crois pas que ça l 'intéresse.

Vous avez rencontré Louise Fillon ? Évidemment.

Vous la détestez ? Pourquoi la détesterais -je ? Parce qu 'elle était

maîtresse du professeur ? Mon cher commissaire, si je devais détester

femmes qui approchent Gouin, je n 'aurais pas assez de mes journaux.

Pourquoi avez -vous donné de l 'argent à cette femme, cet après -midi ?

C 'est Étienne. Enfin, le professeur. Il est un peu philanthrope. Il est connu

pour ça.

Et vous ? Quoi, moi ? Vous ne seriez pas proche d 'un de ses enfants, d 'une

manière ou de l 'autre ? C 'est ridicule. Je n 'ai pas d 'enfant,

avec moi.

Pourquoi vous croirais -je ? Vous m 'avez menti hier à l 'hôpital.

Vous n 'êtes pas montée dans sa chambre à 10h15.

Non. Si vous êtes capable de mentir pour lui à la police, vous êtes capable de

beaucoup d 'autres choses.

Vous mentez toutes pour protéger votre tout -bib.

Et je commence à en avoir assez.

Je ne vous permets pas de mettre ma parole en doute.

Alors ne m 'en donnez pas l 'occasion.

Si vous étiez la mère d 'un de ses enfants, qu 'auriez -vous dit en

que Louise était enceinte ? Répondez -moi.

Je ne l 'aurais sans doute pas bien accepté.

Vous connaissez sa femme ?

Je la croise chaque fois que j 'accompagne le professeur chez lui.

Et vos rapports avec elle ? Indifférent, je la plains.

Et sa sœur ? Antoinette, c 'est une garce.

Hypocrite, sainte, nid -tousse, tout ce que je déteste. Elle a même essayé de

salir le professeur Gouin.

Qui ne le mérite pas, j 'imagine.

C 'est un homme dévoué à l 'humanité.

Si je prouve que vous êtes la mère d 'un de ses enfants, je vous fais incarcérer

sur l 'heure.

Pour quel motif ? Meurtre.

On va faire un détour.

Mettez -vous à table, Mme Gros.

Je vous emmène dans un hôtel que vous n 'avez pas fréquenté depuis longtemps.

Si je ne peux pas boucler, il me faut autant de médicaments pour ma guivole

du pinard pour Émile.

Alors, vous avez échafaudé un petit arrangement ? On voit que vous avez fait

études, commissaire.

Et le professeur Gouin était l 'homme du mois.

Mais disait que le toubib, là, n 'était peut -être pas tout à fait très clair.

Confisquer le pistolet de Louise.

Je savais qu 'il avait le même.

Pourquoi pas ? Effrayer l 'oiseau avec 10 000 francs.

Gouin -Gouin est assez riche pour ça.

C 'est sa bergère qui a réglé l 'addition de Lulu.

Il aurait pu raquer pour garder sa compagnie.

Entre nous, commissaires, une souris comme elle, moi, si j 'étais à votre

Je vous mettrai une tapette avec un bout de fromage dedans.

Allez me chercher l 'arme.

Mais j 'aurais rien eu le temps de négocier, hein.

Je vous jure.

Vous auriez pu tirer une fois, pour donner le change.

Tirer sur qui ? Sur Émile ? Chargé comme il est.

Une émotion comme ça, ça pourrait l 'être fatale.

Dans la poubelle, à travers un oreiller.

Pas de bruit, pas de traces.

Et le canon est marqué.

C 'est un homme comme vous que j 'aurais dû épouser, commissaire.

Trop tard.

Patron ? J 'ai les renseignements que vous m 'avez demandé.

Alors ? Oh, la liste n 'est pas bien longue.

Alors, voilà tous les gosses qui sont en pension chez Jeanne Gabor.

Pas de goin, mais un olivier avec deux ailes.

Vous n 'avez pas d 'hommes dans votre vie ? Et en quoi cela vous regarderait ?

Vous vous donnez beaucoup de mal pour déplaire. Je ne me prends pas.

Totalement.

Simplement, je n 'ai aucun goût pour les vêtements et les apparences en général.

Vous pourriez être séduisante.

Je n 'aime pas les hommes, commissaire.

Ça vous suffit ? Depuis toujours ?

Je crois vous en avoir assez dit, commissaire.

Maintenant, j 'aimerais reprendre mon travail.

Mademoiselle Olivier, j 'ai appris l 'existence d 'un enfant qui s 'appelle

Thomas Olivier, né en 49.

C 'est possible, c 'est un nom très courant.

En 1949, vous connaissiez le professeur Gouin ?

Évidemment, c 'était le mari de ma sœur.

Qui est une demoiselle Olivier.

Et alors, c 'est un crime ? A priori, non.

Mademoiselle Olivier, avant de devenir madame Gouin, votre sœur aurait pu avoir

un enfant de père inconnu.

Je pense que je crée un courant.

Et vous ? Je serai encore plus au courant. Écoutez -moi.

Nous l 'avons montré ce matin. C 'est une très belle édition.

On n 'a plus la remarque.

J 'ai compté 22 pages d 'illustrations en couleur.

Combien d 'ouvrages y a -t -il dans cette collection ? Douze.

Bon, commandez -les tous alors.

Est -ce que nous avons encore quelque chose à nous dire ?

J 'ai absolument besoin de savoir à qui appartient cet enfant.

Je vous dis que je n 'en ai pas la moindre idée.

Vous croyez que je vais avaler ça ? Vous

seriez bien la première qui n 'aurait pas succombé au charme du professeur.

Vous pensez que j 'ai eu un enfant de lui ? Peut -être.

Mais vous êtes fou.

J 'aurais dû le sentir sur moi.

Supporter son contact.

Sa peau sur la mienne, ses caresses.

Pourquoi pas ? J 'aurais trompé ma sœur pour un moment de plaisir.

Et lui serait reparti après m 'avoir envoûté toute la nuit, en laissant dans

ventre le remords d 'une vie entière.

Vous racontez très bien.

Madame Brault !

Vous

allez où comme ça ? C 'est rien que des souvenirs, monsieur le commissaire.

Ce goin, bouclez -le. Même s 'il n 'a pas tué, c 'est un homme qui sème la

haine. Vous restez à Paris, hein ?

Vous voulez bien entrer, monsieur ?

Mon

mari s 'est absenté, mais il ne va pas tarder à rentrer. Si je puis, vous êtes

aussi là quelque chose ? Vous connaissez mon adjoint, inspecteur Janvier ? Oui,

j 'ai appris une chose étrange.

Vous allez peut -être pouvoir m 'aider.

Vous m 'écoutez ? Un garçon du nom de Thomas Olivier, né en 1949,

est en pension chez Jeanne Gabor.

Un enfant ? Olivier, avec deux L.

C 'est bien votre nom de jeune fille ? Oui, oui, continuez. Moi, je ne connais

que deux demoiselles Olivier, vous et votre sœur.

Je suis obligé de conclure que l 'une de vous ne m 'a pas dit toute la vérité.

J 'ai cherché, je me suis renseigné auprès de la bibliothèque et d 'une

clinique. J 'ai appris qu 'Antoinette avait demandé un congé sans solde d 'un

pour raisons personnelles.

Délai accordé. Vous aussi ?

Vous avez fait journée à la clinique d 'Étiguel en septembre 49.

Et la nature de l 'intervention est restée secrète.

Secrète parce que je suis la mère de cet enfant.

Pourquoi ne l 'avez -vous pas dit avant ? Mon mari n 'en a jamais rien su.

Vous plaisantez.

J 'en ai l 'air.

Pendant les premiers mois, personne ne s 'est aperçu de rien, puis j 'ai disparu

sous prétexte d 'un voyage.

Ensuite, j 'ai accouché secrètement.

J 'ai confié mon enfant à une nourrice.

Et pourquoi avez -vous fait ça ? Pour ne pas déranger, monsieur Maigret.

On ne dérange pas le professeur Coix.

Vous ne le savez pas ? Et puis, je voulais cet enfant pour moi.

Pour moi, avant qu 'il soit trop tard.

Et lui ne voulait pas d 'enfant ? Mais ça dérange, ça salit.

J 'ai du mal à vous croire, madame.

M. Maigret, sans doute.

C 'est moi -même.

Ne pensez -vous pas qu 'il aurait été plus rationnel de vous adresser

directement à moi plutôt que d 'aller embêter cette pauvre Mlle Decaux ? J 'ai

cru comprendre qu 'elle vous était particulièrement attachée.

Ah, oui, oui. Oui, c 'est le mot juste, oui.

Elle a dû vous dire qu 'elle me suivait partout où je vais.

Ça me donne au moins l 'impression qu 'elle joue un rôle capital dans ma vie.

Vous pouvez rester, Marianne.

Non, moi, il n 'y en a caché à personne.

Et Mlle de Cours est amoureuse de vous ? Oh, comme elle le ferait de n 'importe

quel patron, au vu qu 'il soit célèbre.

Jusqu 'au point de faire de faux témoignages.

C 'est ça qui va me tirer d 'affaire, certainement, oui.

De même que ma femme, Mme Cornet, la concierge et quelques infirmières de mon

service.

Voyez -vous, M. Maigret, les femmes éprouvent une étrange satisfaction à s

'imaginer qu 'elles me sont dévouées.

C 'est un homme à qui il m 'aidera et me prothèsera le mieux.

Vous avez bien de la chance.

Dissuies pour rien.

Elles prennent pour du dévouement une... Une sorte de vanité, de besoin de se

croire exceptionnel.

Alors que n 'importe quelle étudiante à qui j 'enseigne en ferait autant.

Peut -être mieux.

On prendrait bien un verre de fine.

Oui, volontiers.

Marianne.

Marianne, la fine.

Votre femme m 'a paru faire preuve à votre égard d 'une assez rare

compréhension. Vous croyez ? N 'oubliez pas qu 'elle n 'était qu 'une obscure

infirmière devenue du jour au lendemain madame Moin.

Vous l 'aimez ?

Pourquoi

l 'avoir épousée ? Pour avoir quelqu 'un dans la maison.

Je n 'aime pas être seul, monsieur Maigret.

Je ne sais pas si vous avez déjà éprouvé ce sentiment.

Il vous plaît que les gens vous doivent tout, n 'est -ce pas ? Peut -être.

De la même façon qu 'il plaît à Marianne d 'être Mme Gouin et de savoir qu 'un

jour elle sera Mme Bethienne Gouin.

Ce n 'est pas important, ça.

Et que pensiez -vous faire de Louise une fois enceinte ? En particulier.

Vous l 'aimiez ? Ça fait deux fois que vous employez ce mot.

Je ne veux rien dire en médecine.

Et même ridicule.

Vous auriez reconnu son enfant ? Certainement.

Même au temps de votre paternité ? Un enfant pour un autre.

Vous étiez jaloux de Pierrot ? J 'aurais préféré qu 'il n 'existe pas, mais

enfin... Et quels étaient les sentiments de cette Lulu à votre égard ?

Elle n 'avait pas envie de connaître à nouveau la misère, comme tous les gens

sortis par miracle de la pauvreté.

Elle aimait Pierrot.

Vous êtes né à ce mot -là.

Elle n 'a jamais menacé de vous guider ? Non.

Et elle n 'a pas essayé de se faire épouser ? Ce dont elle avait besoin

c 'était de sécurité matérielle, pas de reconnaissance.

Vous ne vous sentez pas un peu seul dans ce monde tel que vous le voyez ?

Monsieur Maigret, l 'être humain est seul, moi qui n 'en pense.

Il suffit d 'admettre une bonne fois et de s 'en accommoder.

Excusez -moi d 'y revenir, mais quelle a été votre réaction quand vous avez

appris que Louise était enceinte ? Aucune.

Vous n 'avez jamais eu d 'enfant ? Pas à ma connaissance.

Et le désir d 'en avoir ne vous est jamais venu ? Pourquoi faire ? Oui.

Pour tout vous dire, ma femme est stérile et n 'est pas suffisamment

paternité pour chercher à me reproduire ailleurs.

La stérilité d 'ailleurs en soi n 'a aucune importance, mais les femmes en

tout un plat parce qu 'elles veulent posséder leur rejeton, alors que les

orphelinats débordent.

Excusez -moi.

Tiens, j 'ai une confidence à vous faire.

Mon revolver a disparu.

Attendez.

Reconnaître l 'enfant de Louise, c 'était jeter le trouble chez votre

chez votre assistante, et chez bien d 'autres, peut -être.

Peut -être, oui.

Peut -être.

Vous l 'avez fait exprès, pour semer le désarroi.

Non, non. Je pense pas à ces choses.

Louise a été assassinée.

Vous vous êtes demandé par qui ? Ah, c 'est votre affaire, pas la mienne.

Je crains que votre lucidité ne vous ait rendu aveugle, professeur.

Vous ne le savez malheureusement pas, mais vous avez un fils.

Et cela, c 'est votre affaire.

Pas la mienne.

Vous êtes sûr de vous, patron ? Accélère !

Forme un drôle de couple. Vous ne trouvez pas ? Perspicace, Jean -Yves.

La prochaine à gauche.

Antoinette.

Qu 'est -ce que tu fais là ? Je n 'ai pas le temps de te voir maintenant.

Il faut que je ferme. Regarde -moi, n 'aie pas honte. Je suis ta sœur.

Je sais tout.

Je sais que tu es un enfant, il y a quatre ans.

Je sais qu 'il s 'appelle Thomas.

Je sais que tu l 'as caché pendant tout ce temps parce que son père... Arrête

-toi ! Je sais que tu me méprises d 'être restée durant toutes ces années

lui, mais que tu ne lui pouvais rien.

Je l 'aime même aussi.

Je m 'en veux.

Je m 'en veux d 'avoir imaginé qu 'avec moi, ce serait différent.

Tu n 'es pas plus différent qu 'avec toutes les autres.

Sauf que moi, je suis tombée en faute.

Pardonne -moi.

Je ne te comprends pas. Je connais, tu sais.

C 'est un monstre.

Il prend, il prend.

Sans soucier les conséquences.

Il n 'a jamais voulu reconnaître l 'enfant, c 'est ça ? Il n 'a jamais rien

Comment tu voulais que je lui dise ?

En plus, c 'était ton mari.

Mille fois, j 'ai voulu tout te dire.

Mille fois, j 'ai renoncé au dernier moment.

J 'avais peur de toi.

J 'ai accouché toute seule.

À Cambrai, chez tata Janine.

J 'ai haï Gouin.

Après, j 'ai caché Thomas chez Jeanne Gabor. Je savais qu 'elle s 'occupait

enfants abandonnés.

Tous les mois, j 'envoie de l 'argent.

Mais tu sais, depuis quatre ans, chaque nuit séparait mon enfant,

nourrit cette haine que j 'ai pour lui.

Alors quand il m 'a téléphoné pour me dire que Louise était enceinte et qu 'il

allait reconnaître l 'enfant de cette putain, je ne l 'ai pas appris. Je ne

pas entendre.

Je suis allée chez toi.

Tu as pris le revolver dans son bureau ? Tu étais dans la cuisine en train de

préparer les infusions.

Le temps de monter et de descendre, mais je n 'ai rien entendu.

Je ne me suis même rien vue sur ton visage.

Qu 'est -ce que tu as fait de l 'arme ? Je l 'ai jetée dans la tête.

La seule chose que je regrette, c 'est de ne pas l 'avoir tuée de vous aussi.

Il est parti. Mais Grès n 'a pas compris. Je dirais que c 'est moi.

Je ne veux pas que tu t 'accuses à ma place.

Tu es jeune, tu as toute la vie devant toi.

Il faut que tu t 'occupes de ton fils.

Je n 'ai plus rien, ça me dégage.

On va aller chercher Thomas et partir tout de suite.

Mais où ? À Cambrai, c 'est l 'attente.

Là aussi, patron.

Passons par derrière.

Madame Gabor ? Oui ? Quelqu 'un est venu chercher le petit Thomas ? Eh oui, un

quart d 'heure.

Et vous l 'avez donné ? Bien sûr.

À n 'importe qui, alors ? Ah mais non, à sa mère.

Je croyais que vous ne le connaissiez pas.

C 'est vrai.

Mais elle, quand je l 'ai vue, j 'en étais sûre.

Et ça te sent, ces choses -là ?

Il est omnibus, celui d 'huit heures ? Oui.

S 'il vous plaît, vous avez ma réservation ? Je suis en train de la

monsieur.

Sur Jean -Laurent ? Oui, oui, oui. Bon, allez, vite, allez, viens.

Deux années pour qu 'on brasse, monsieur.

19h45, mademoiselle.

C 'est dans quatre minutes.

Comment ça, dans quatre minutes ? Ben oui.

C 'est numéro trois. Merci.

Mariam ?

Dépêchez -vous, allez, filez.

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