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Dès que Midhat rentre, envoyez-le moi.
Ils vous adressent un ultimatum, Majesté.
- Combien de temps avons-nous ? - Quarante-huit heures.
Pourquoi ne pas ouvrir les grilles à la foule ?
Adressez-vous au peuple.
Dénoncez les dirigeants de l'Ittihat,
tout le monde vous soutiendra.
Comme vous êtes jeune, Izzet.
Je ne laisserai pas dire que j'ai poussé mon peuple à la guerre.
Midhat Aga…
Que se passe-t-il ? Raconte. Avec votre permission !
Destur ?
Puis-je me retirer, madame ?
C'est vous qui décidez à la place de sa Majesté maintenant ?
Ce soir, je n'ai pas envie.
Que quelqu'un le fasse à ma place.
Gulfidan, viens nous conter une histoire.
Je ne sais pas.
Que pourrais-je raconter ?
Est-ce possible, ma chère, puisque vous êtes là ?
Je ne l'ai jamais fait.
Je n'y arriverai pas.
L'eau et le feu, l'ombre et la lumière,
le jour et la nuit sont comme la jeunesse et la vieillesse.
Elles semblent très différentes,
mais en vérité, elles ne le sont pas.
La jeunesse est le passé de la vieillesse,
La vieillesse est le futur de la jeunesse.
Une nouvelle femme arriva au Harem.
Les Eunuques lui demandèrent de patienter.
Elle était fatiguée.
Elle avait peur.
Elle regarda autour d'elle.
Elle ne savait rien de cet univers
dans lequel elle entrait, peut-être pour toujours.
Son regard se porta sur un divan
qui était plus beau que les autres.
Elle décida de s'y asseoir.
Mais dès qu'elle s'y installa,
on lui ordonna :
"Levez-vous de là !"
Car ce divan était celui
d'une vieille favorite,
dont c'était le dernier jour dans le Harem.
Elle attendait l'embarcation
qui devait l'emmener
au Palais des larmes.
Toutes deux dans une même attente
d'un voyage différent.
L'une arrivait,
l'autre s'en allait.
Soudain, la porte s'est ouverte,
un vent glacial est entré dans la pièce.
Bonsoir...
Elles étaient là, assises
et ne pouvaient pas s'ignorer.
Je ne sais pas…
qui a parlé la première.
Elles ont échangé quelques politesses.
La femme lui a dit :
"Je n'ai pas de conseil à vous donner,
mais rappelez-vous ceci.
Ici, à l'intérieur,
il y a trois choses essentielles :
l'amour,
le pouvoir
et la crainte...
La jeune femme a demandé, inquiète :
"L'amour pour sa Majesté ?
La favorite lui fit "non".
Ce qu'on ressent pour lui, c'est de l'adoration.
L'adoration qu'on a pour Allah, dans ce monde et dans l'autre.
Mais ça n'est pas l'amour dont vous parlez,
ce feu qui brûle le cœur
et prive du sommeil..
On ne peut pas aimer sa Majesté de cette manière.
La femme, sans s'en rendre compte,
commença à raconter sa vie au Harem.
Elle n'avait d'ailleurs jamais connu d'autre vie.
Au feu ! La menuiserie brûle.
Dépêchons, il faut sauver les novices.
Au feu ! Au feu !
Quel démon s'est emparé de toi ?
Mon amour pour vous, Seigneur.
Qu'on l'emmène !
Que personne ne croise son regard
jusqu'à ce qu'elle quitte le Palais.
Qui es-tu ?
Elle s'appelle Safiyè, Majesté.
Était-elle ton amie ?
Non, Majesté.
À partir d'aujourd'hui, il est interdit de quitter le Palais.
Interdites, les soirées sur le Bosphore.
Interdites, les sorties en calèche.
Interdites, les promenades dans les jardins.
Nos ennemis sont plus nombreux et plus proches
que nous le pensons.
Nous ne pouvons faire confiance à personne.
As-tu vu les bijoux de Selma ?
Et sa robe ?
Merveilleuse, c'est un tailleur français qui l'a faite.
Celui du Palais ?
Sa couleur est très belle, mais...
Tu es très pâle, Safiyè.
Tu n'as pas dormi, cette nuit ?
- Ça te regarde ? Elle a bien dormi. - Ne l'écoute pas.
C'est dangereux de te faire remarquer comme ça, Safiyè.
C'est dangereux de te faire remarquer comme ça, Safiyè...
Tais-toi, jalouse.
Tu pourrais marcher sur les mains, sa Majesté ne te verrait même pas.
Moi je ne viens pas de Hongrie,
on m'a éduquée pour lui !
- Qu'est-ce qu'il attend pour t'appeler ? - Sa menuiserie à brûlé,
il a du temps pour toi. - Peut-être qu'il attend
que tu sois aussi âgée que lui ? - Surveille tes propos,
il n'est pas vieux, ne l'insulte pas !
- C'est toi que j'insulte. - Cessez !
L'incendie ne vous suffit pas ?
Vous voulez que je vous dénonce ? Safiyè, va prendre ton bain !
- Je n'ai pas fini de manger. - Tu finiras plus tard.
Soyez la bienvenue. Vous nous faites joie.
Entrez,
n'hésitez pas.
Venez.
Asseyez-vous.
Vous ne voulez pas ?
Vous n'allez pas manger debout tout de même ?
Je m'assoirai quand mon hôte sera là.
Alors, vous pouvez vous asseoir.
Je n'aime pas l'expression de votre visage.
Moi non plus. Mais mon visage ne m’obéit pas.
La prochaine fois, sois plus attentif, Nadir Aga.
Ne me fais plus perdre mon temps avec des filles déjà instruites.
Notre Safiyè est parfaite,
telle que notre Validè le désire.
Je vois un long chemin,
puis une grande porte…
Garde-toi du mauvais œil.
Gulbahar, lève-toi. C'est mon tour.
Attends un peu, Nimet. D'abord Safiyè.
Pas maintenant.
Faites attention.
Tous connaissaient son bateau, chargé de beaux jeunes gens.
Elle les dominait tous…
Assise sur son trône, ou debout, tel un rapace en vol,
à la recherche de sa proie.
Quand elle en avait choisi un,
elle l'amenait dans son palais,
et après une nuit d'amour, le faisait égorger.
Ce n'était ni une favorite, ni une odalisque,
c'était la sœur de Mahmout II,
Aucune femme du Harem n'avait un tel pouvoir...
sauf à devenir la mère du futur sultan,
la Validè.
Mais l'ascension était longue
et périlleuse.
Le Sultan, parvenu devant l'armoire
où étaient cachés les amoureux
ouvrit la porte d'un geste brusque…
Mais l'armoire était vide.
La dague lui glissa des mains…
Et il tomba à genou
devant un tel miracle.
Allah a envoyé trois pommes.
Une pour le conteur,
une autre pour l'auditeur,
et la dernière pour moi.
C'est un opéra.
La femme a raconté,
comment sa Majesté était tombé amoureux d'elle.
Il ne l'appelait pas seulement la nuit,
mais aussi pendant la journée.
Ensemble ils écoutaient la musique
qu'ils aimaient.
Et chaque fois que des notes résonnaient dans le Palais,
on savait qu'elle était…
Avec le Sultan.
Une ombre vous suit.
C'est celle d'une femme,
une autre… c'est celle d'une foule.
Mais peu à peu,
je vois les ombres s'éloigner.
À la fin, vous aurez la paix.
Bravo.
Il n'y a que deux fautes. Tu fais des progrès.
C'est délicieux, Gulfidan.
Ce n'est pas moi qui les ai apportés. C'est toi, Karanergiz ?
C'est à vous d'être vigilantes.
En plus, vous êtes deux.
Nadir.
Nadir.
Tu peux te lever ?
Je m'inquiète pour Sumbul. Il a disparu.
Halit est là-bas, Nadir Aga.
Vous me cherchez ?
Qu'y a-t-il, Nadir Aga ?
Avez-vous vu Sumbul ?
Qu'est-ce qu'il ferait ici ?
On m'a dit qu'il était là.
"On" imagine peut-être qu'il va s'engager dans l'armée ?
Il est imprudent qu'il sorte du Palais la nuit.
Je vous assure qu'il n'est pas ici.
Soit, Halit.
Excusez-moi.
Allons-y, Sumbul.
Cela ne doit pas se savoir.
J'ignore pourquoi Midhat,
t'a entraîné. - Ça n'a rien à voir avec Midhat.
C'est une chose entre Halit et moi. - Une chose !
Tu n'es pas obligé de satisfaire Halit,
Je ne satisfais que moi.
Ne me raconte pas d'histoires.
Nous sommes pareils.
Non, nous ne sommes pas pareils.
Moi, je suis amoureux.
Gulfidan a trouvé ça sous le lit.
C'est la troisième fois. - Je le ferai brûler.
Comment arrivent-ils à rentrer chez moi ?
Les eunuques vivaient aux portes du harem.
En fait… ceux qui avaient survécu à la castration
venaient pour être éduqués.
On disait que sur les marchés clandestins du Caire,
la vente d'enfants noirs castrés venait d'être interdite.
Avant d'aller en Égypte,
passez à Istanbul.
En souvenir de moi.
Je ne sais pas si je le ferai.
Au fond, peu importe où je vais
pourvu que je voyage.
Que fuyez-vous, Anita ?
Nous ne parlions pas de moi,
ne changeons pas de sujet.
Je suis jalouse de certains souvenirs.
J'ai peur qu'en les évoquant, ils m'échappent,
et ne me reviennent plus.
Je ne veux pas qu'eux aussi m'abandonnent.
Parfait… Tout se déroule comme prévu.
Laissez-moi seule avec elle.
Mais nous devons finir de la préparer.
Retirez-vous.
Comme vous voulez, madame.
Ne partez pas.
N'aie pas peur.
Je ne te veux que du bien.
Tu es italienne ?
Gomment t'appelles-tu ?
Aliyè.
Aliyè, laisse-moi cette nuit avec lui et ils sont à toi.
Je n'en ai pas besoin, j'en aurai autant demain.
Ce ne sont pas les cadeaux d'une seule nuit.
Crois-tu que cela durera ?
Non, je ne peux pas.
Regarde-moi.
Tout cela pour une seule nuit !
Il en était ainsi.
La jeune femme était suspendue aux lèvres de la vieille femme,
comme vous toutes avec moi, en ce moment.
La jeune femme était curieuse de savoir
si Safiyè avait réussi à être admise auprès de sa Majesté.
Tout comme vous voulez le savoir.
Elle avait réussi.
Lorsque sa majesté la vit,
il lui dit :
"Je ne vous ai pas fait appeler" "Je sais"
"Cette nuit est à moi, je l'ai achetée".
Il me regarda, étonné,
non sans un certain plaisir,
et me dit : "À qui l'as-tu achetée ?"
Je lui murmurai :
"À celle que vous attendiez".
Excusez-moi,
votre train a vingt minutes de retard.
Merci de me prévenir.
Je suis fatiguée de parler. Parlez-moi un peu de vous, Anita.
Non…
Il nous reste si peu de temps.
Continue, s'il te plaît.
Avec votre permission !
Aliyè est morte.
La pauvre.
La malheureuse.
Comment ?
Nous avons appris…
Qu'elle s'est noyée dans le Bosphore.
Il est impossible que sa Majesté en ait donné l'ordre.
Bien sûr que non.
Ce n'est pas sa Majesté.
Tout le monde pense que c'est vous qui l'avez fait assassiner.
Aide-moi, Gulfidan.
Donne-moi mes vêtements.
Vous ne vous sentez pas bien, Safiyè ?
Non, ça va.
Je vous remercie de votre attention.
Nous ne vous attendions pas. On nous a dit que vous étiez fatiguée,
que vous n'aviez pas dormi.
Prendrez-vous du halva en hommage à la défunte ?
Ton collier est magnifique !
Je l'ai reçu aujourd'hui.
Il est très beau.
Notre prince est très beau.
Disons plutôt qu'il est laid. Dieu le protège du mauvais œil !
C'est notre vengeance, à nous, les femmes !
Je suis là, Osman.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Rien. Ne vous inquiétez pas.
Qu'est-ce qui est arrivé au petit ?
Au secours !
Aidez-moi !
Aidez-moi ! - Les enfants…
le seul fait de parler d'eux donne parfois de la joie,
parfois de la douleur.
La douleur, elle, se nourrit du silence.
La femme se tut un moment.
La jeune femme n'osait pas lui poser d'autres questions.
Tu sais bien, Safiyè, tu ne peux pas le voir.
Les médecins savent ce qu'ils font.
Il a besoin de moi,
Il se rétablira, tu verras.
Ils disent que son problème de cœur n'est pas grave.
Ne vous tourmentez pas.
Chaque souffrance a son remède..
Gomme chaque poison, son antidote.
Que veux-tu dire ?
Qui l'a empoisonné ?
Qui a osé empoisonner le fils du Sultan ?
- Personne, calmez-vous. - Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
Qui oserait ? - Qui l'a empoisonné ?
Malveillante !
Arrêtez, madame, arrêtez.
Comment osez-vous entrer ici ?
Ce n'est pas le moment.
J'allais vous rendre visite.
Ne vous tourmentez pas.
Telle est la volonté d'Allah.
Je vous en supplie…
Ayez pitié de moi,
par amour pour vos enfants.
Je ne peux rien pour faire cesser votre douleur.
Donnez-moi l'antidote. Je vous pardonnerai.
Je vous en prie, relevez-vous.
Quel antidote ? De quoi parlez-vous ?
Faites qu'il vive. Je vous en supplie.
Dites-moi ce que je dois faire.
Vous savez la vérité.
Safiyè a disparu.
Tu dois la retrouver.
Je voulais que vous le voyiez.
Pardonnez-moi, Safiyè.
Ne pleurez pas, Nadir.
La mort n'existe pas.
Elle n'existe pas.
À dater de ce jour,
il exista un pacte implicite
entre le Sultan, le Harem et moi.
Les murs eux-mêmes semblaient respecter ma douleur.
J'avais comme une immunité
que m'avaient conféré mon deuil et mes larmes.
Au nom de quoi devrais-je t'épargner ?
Au nom de ce texte,
que je soumets à votre signature, Majesté.
Signez cette constitution,
tout sera comme auparavant.
À l'aube, le Sultan avait signé la Constitution.
Pendant huit mois, tout sembla inchangé.
Alors que ce n'était que le début de la fin.
Est-ce qu'ils nous emmènent très loin ?
Ce n'est pas si loin.
En plus, c'est très beau.
Tu ne veux pas partir en vacances ?
Midhat dit que nous y resterons pour toujours.
Tu connais Midhat. Il adore plaisanter.
Pourquoi il ne vient pas avec nous ?
Il reste pour surveiller la maison.
N'est-ce pas, Midhat ?
Un mot de vous suffirait.
À qui, Midhat ?
Si je savais à qui parler.
Je sentais une souffrance en vous.
Excusez-moi...
Je ne me le pardonnerai jamais.
Au contraire,
c'est vous qui êtes seule…
Elle est restée avec lui.
Il restera toujours entre eux
une trace de ce malheur.
Le temps arrange tout.
Vous réussirez à aller vers une autre vie,
quand la douleur de la séparation ne sera plus qu'un souvenir.
Comment avez-vous fait pour rester aussi forte ?
Qui vous dit que je le suis restée ?
À l'intérieur…
Il y avait des tissus rares des Indes
et aussi
des vêtements ornés de pierres précieuses,
des tables recouvertes de plats de mille et une sortes.
Tout était signe de richesse.
Le Sultan a dit à la jeune femme :
"Tout cela est à toi.
Dis-moi,
ce que tu veux d'autre".
Ne vous inquiétez pas. Restez tranquilles.
Selon la loi,
le Harem est maintenant fermé.
Vous pouvez donc rejoindre vos familles.
Fallait-il que vous entriez pour nous dire ça ?
Nous vous apportons la liberté, Madame.
La liberté ?
Quelle liberté ?
La liberté de mourir de faim et de froid ?
Depuis le départ de sa Majesté, personne ne s'occupe de nous.
L'Assemblée a décidé de vous rendre à vos familles.
Nous devons savoir qui vous êtes, et qui sont vos parents.
Et pour celles qui n'en ont pas ?
On trouvera une solution.
Vous n'êtes plus prisonnières ici. - Nous ici,
personne ne peut entrer. - Mais c'est la loi.
La loi peut attendre dehors.
Ils prendront soin de vous.
Tout le monde dehors.
Trouvez quelqu'un qui nous donne les renseignements nécessaires.
Nous ferons tout ce que la loi réclame.
S'il vous plaît, ouvrez la porte.
Vos parents vont venir.
Ils trouveront une place pour tout le monde.
Ils l'ont promis.
Nous aurons tous un foyer.
Ils l'ont promis.
Ce sont de fausses promesses.
Qu'Allah nous vienne en aide.
Durisehvar !
- Que veulent-ils ? - Rien.
Alors, pourquoi ils veulent te parler ?
Ils proposent un logement et de la nourriture.
Mais seulement aux jeunes !
Nevres s'en va.
Je ne voulais pas que ça se passe comme ça.
Nous devons nous écrire.
Nous nous reverrons.
Nous nous reverrons.
Allah, aide-nous !
Mangez, madame Munive. Madame Reskigul.
Ça vous réchauffera, ma sœur.
Karanergiz,
porte ça à madame Guya.
Laikseza,
vous êtes très pâle.
Karanergiz.
Continue toute seule.
Mangez avant que ça refroidisse.
Vous n'auriez rien pu faire, même si je vous avais réveillée.
Tu aurais dû.
Bon maintenant mangez un peu, même si vous m'en voulez,
Chacun son destin. C'était le sien.
Ne vous tourmentez pas ainsi.
Vous êtes gelé, Nadir.
Approchez-vous du feu.
Sa Majesté va bien ?
Qui s'occupe de lui ?
Nous avons tous été dispersés.
Tant d'hommes ont été sacrifiés.
Qui sont ces gens ?
Lorsque vous habitiez chez la comtesse, vous ne sortiez pas ?
Parfois, rarement... l'après-midi.
Je n'osais rien regarder.
La ville me regardait.
Faites attention, Safiyè.
Que faites-vous dans les rues, Madame ?
Ne savez-vous pas qu'il est interdit de sortir ?
Nous faisons la chasse aux chiens, il est dangereux de se promener.
La dame est avec moi. Je la ramenais.
Nous nous sommes perdus dans le brouillard.
Vous êtes du Palais, n'est-ce pas ?
Retournez vite chez vous, Les rues seront très dangereuses, Madame.
Par là !
C'était peut-être le dernier chien errant en ville.
Tous les autres avaient été capturés.
Ils les avaient tous emmenés sur une Île déserte.
Jour après jour, nous parvenait de loin,
l'écho de leurs aboiements,
jusqu'à ce que, soudain, sur la ville,
retombe une chape de silence.
Quelqu'un se rendit sur l'île,
les chiens s'étaient entre-dévorés.
Aucun n'avait voulu survivre à ses congénères.
Après un triomphe à Paris, à Londres et à Berlin…
Voici enfin parmi nous,
la fleur du Palais du Sultan.
Il y a peu de temps encore, elle vivait enfermée
derrière des murs infranchissables, gardée par les terribles eunuques.
Esclave parmi les esclaves
d'un homme au pouvoir quasi divin.
Je vous ai promis une soirée au Harem.
Vous aurez plus encore !
Elle dansera pour vous !
Elle chantera pour vous !
Elle vous révélera les secrets,
les mystères de sa vie et ses amours interdites.
Pour vous, ce soir, la perle de l'Orient ! La dernière favorite !
La sublime Safiyè !
Vous avez fait longtemps du cabaret ?
Vous n'avez jamais retrouvé les vôtres ?
Qu'avez-vous fait ensuite ?
Je n'ai fait que vieillir !
Mademoiselle, votre train arrive !
Je dois vérifier mes bagages.
Je reviens tout de suite vous dire au revoir.
Madame, regardez ce que nous avons reçu. Peut-être...
Non, c'est de Karanergiz.
Madame, très précieuse bienfaitrice
lumière de mes yeux,
je dois malheureusement vous annoncer une triste nouvelle.
Avec ceux des Agas du harem qui sont restés…
nous avons lutté contre notre mauvaise fortune.
Notre cher Nadir Aga, depuis un moment,
était devenu plus sombre.
Un jour, il a disparu.
Nous l'avons cherché partout.
Nous avons appris
qu'il y avait eu un accident à Kiziltoprak.
Notre Nadir a rendu l'âme, écrasé par un train.
Ô lumière de mes yeux,
j'ai voulu trier ses affaires, il les avait toutes rangées.
Le talisman qu'il portait au cou
était dans une boite, sur le lit.
Mon Dieu ! Je préférerais être aveugle que d'avoir
à vous annoncer cette nouvelle,
Madame...
je donnerais ma vie pour vous consoler.
J'embrasse vos belles mains, et vos yeux,
ma bienfaitrice.
Et Nadir ?
Vous ne m'avez plus rien dit sur Nadir !
Je ne l'ai plus jamais revu. J'ai eu de ses nouvelles,
De temps à autre, une lettre.
Il est heureux aujourd'hui.
Il a réalisé son rêve.
Il a épousé une veuve qui avait deux fils.
Il s'est reconstitué une famille.
Alors vous n'avez jamais cherché à le revoir ?
Vous l'attendez encore, n'est-ce pas ?
Vous avez de très belles mains, Anita.
Les jeunes femmes ne devraient pas les abîmer.
Tenez.
Ne refusez pas ! C'est un souvenir…
Seulement un souvenir.
Les deux amies de rencontre
allaient se séparer pour toujours.
La jeune femme a demandé :
"Pourquoi, au lieu de conseils,
m'avoir raconté votre vie ?"
La vieille femme a souri
et lui a répondu :
"Rappelez-vous toujours ceci",
et ce furent ses derniers mots :
"Ce qui est important, ce n'est pas comment vous vivrez votre vie,
mais comment vous pourrez la raconter,
à vous-même et aux autres".
C'est à cette condition que,
aux erreurs, à la souffrance
et à la mort,
vous pourrez donner un sens.
Du ciel, Allah a envoyé trois pommes.
Une pour le conteur,
une autre pour l'auditeur
et la dernière pour les protagonistes de l'histoire.
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