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Je m'appelle Vjeran Tomic.
J'ai toujours volé des riches.
Je le regrette pas.
Ce type qui travaille seulement sur les beaux quartiers de Paris.
Il a été capable de grimper au dernier étage d'un immeuble.
Il a été difficile à interpeler.
Insaisissable.
Il pouvait passer de toit en toit,
et aller taper l'immeuble d'à côté.
C'était un peu comme une légende.
On me surnomme "L'Homme araignée".
Je suis un des plus grands cambrioleurs de Paris.
Le voleur était vraiment un professionnel.
Moi, je dormais.
Pardon, mais il avait des couilles.
Je me sentais tracté vers le musée
à 150 %.
C'est énorme. C'est sans doute le vol le plus important.
Le musée d'Art Moderne allait être mon plus grand casse.
Le vol était presque parfait.
Celui qu'on appelle "L'Homme araignée"
avait réussi à subtiliser cinq tableaux de maîtres.
Ce casse était le dernier. J'allais toucher le jackpot.
Partir de Paris.
Rencontrer quelqu'un et refaire ma vie.
Je savais que ça changerait tout.
En avril 2010, je travaillais avec un antiquaire
qui s'appelait Corvez.
C'était un receleur à qui je revendais ce que je volais.
Cette année, Corvez m'avait donné une grande liste de peintres
qu'il fallait que je vole.
Il y avait une quarantaine de noms sur la liste.
Renoir, Degas…
Claude Monet,
Modigliani.
Il y avait que des grands maîtres comme ça.
Je m'étais mis en chasse dans les rues de Paris
jusqu'à ce que je trouve les œuvres de la liste.
J'ai cherché pendant une semaine,
et un soir, je suis tombé sur le musée d'Art Moderne.
Le musée d'Art Moderne de Paris est un grand musée mondial.
D'abord, il est situé le long de la Seine,
face à la tour Eiffel.
Il est d'une architecture très belle, très forte, très sobre.
Mais le musée d'Art Moderne est un écrin rare.
C'est un lieu chic.
C'est un de grands musées d'art moderne et contemporain en Europe.
C'est un musée qui est connu car il montre l'histoire de l'art du 20e siècle.
Il montre comment l'art
s'est développé depuis 1900 jusqu'à aujourd'hui.
Donc c'était de très belles œuvres.
J'étais responsable de ce qui se passait au musée, mais…
il n'y avait jamais eu de vol.
C'est vrai que le musée d'Art Moderne est un musée exceptionnel.
C'était extrêmement sécurisé.
Impénétrable, pratiquement.
Aussi protégé qu'une banque.
Les rideaux du musée n'étaient pas fermés.
Donc j'ai vu qu'il y avait des grandes peintures.
Le premier tableau que j'a reconnu, c'était le Picasso.
J'ai vu le Braque.
Après, j'ai vu le petit Matisse.
Et j'ai su qu'en les volant, je me ferais des centaines de milliers d'euros.
Après le repérage du musée, j'ai été voir Corvez.
Je suis entré dans sa boutique.
Corvez, c'est un escroc. Comme tous les escrocs,
ils mentent plus qu'ils disent la vérité.
Pour lui, c'était clair
qu'il fallait prendre le plus d'œuvres du musée.
On s'était entendus pour qu'il me paie 50 000 euros par tableau.
Pour moi, c'était une belle affaire.
Il fallait pas échouer.
Un voleur fait des constatations avant de passer à l'acte.
Je devais savoir si les gardiens tournaient à l'intérieur et à l'extérieur.
À l'extérieur, je les avais observés.
Ils passaient deux fois par l'esplanade, en une nuit.
Entre les deux, je savais qu'il y avait 2h30 à peu près.
Moi, un soir,
j'ai fait un pique-nique sur le bord de la fenêtre.
En me faisant passer pour un SDF.
En observation, côté intérieur.
Quand j'ai vu la vigilance intérieure,
je me suis dit : "Comment il passe à travers les détecteurs,
"en sachant qu'il devrait les enclencher ?"
Là, j'ai compris que l'alarme était défaillante.
Je me suis dit : "Je peux le faire."
Comprenez que les points sensibles
par lesquels je pénètre les lieux, c'est les fenêtres.
Suite à mes cambriolages précédents,
j'avais constaté que les vis pouvaient être enfouies dans les cadres.
J'ai pris un petit opinel…
J'ai tracé un trait sur la peinture
et j'ai découvert des vis dans les cadres.
Donc si je les dévisse, je peux enlever toute la vitre.
Et là, j'ai constaté la défaillance du cadre du musée d'Art Moderne.
J'en revenais pas.
C'était un miracle.
Un miracle descendu du ciel.
À partir de là, j'étais carrément fixé sur ça.
Je voyais qu'un objectif, c'était le musée, tu vois ?
Voilà.
J'achète tout le nécessaire pour effectuer l'œuvre.
J'ai acheté du décapant.
J'achète les ventouses.
J'avais deux coupe-boulons, un petit et un grand.
Tout était prêt pour que je me mettre au travail.
Je suis né en France.
Je suis issu d'une famille qui est d'origine
croato-bosniaque.
Ma mère était malade, souffrante. Elle a eu un accident de voiture.
Elle pouvait pas avoir la charge sur moi, étant gamin.
Je suis parti de chez mes parents j'avais un an.
J'ai été intégré en Bosnie.
Là-bas, je vivais avec la famille,
ma tante, mon oncle, qui s'occupaient de moi.
J'avais mes attitudes de voleur dès petit.
J'ai commencé à voler, j'avais huit ans.
Rien de grave, mais j'aimais bien faire des conneries.
J'ai grandi là-bas jusqu'à mes dix ans.
Quand je suis revenu à Paris, j'avais 11 ans.
Quand je suis arrivé à Paris, avec mes parents,
ça allait pas trop bien,
parce qu'entre eux, ils se tapaient…
Mon père était violent avec moi.
Pour la moindre raison, il avait une frappe sur moi.
Il arrêtait pas de me taper, j'étais un enfant frappé.
Ça se répercute beaucoup.
Voilà.
J'ai rien appris avec mes parents.
Rien.
Zéro.
Je me suis construit tout seul. C'est comme ça.
J'ai eu l'habitude de vivre seul, dès petit.
Avec tant d'années que j'ai passées, j'ai ressenti un rejet.
Finalement, j'ai pas eu besoin non plus de société.
Ce qui a fait que j'ai carrément plongé dans la situation de la délinquance.
Totalement.
Et Paris, à l'époque, c'était le paradis du vol.
Tout ce que je pouvais atteindre avec ma main était volé.
Tout s'est ouvert avec grande joie pour moi.
Je volais des postes autoradio.
À l'époque, ça se vendait bien.
L'objectif, c'était d'avoir de l'argent.
C'étaient mes objectifs dès petit.
Dans un espace de temps, j'avais le vice du vol.
C'était de l'argent facile.
À cette époque-là, j'ai eu des bagarres au couteau.
J'ai tabassé pas mal de mecs, c'est pas pour rien.
Mais comme physiquement je suis fort, j'aurai toujours l'ascendant.
Je me laisse pas faire.
Je devenais un petit peu bestial.
On est un petit peu comme un animal.
J'étais enfermé comme ça jusqu'à l'âge de 18 ans.
Et une fois les 18 ans arrivés, j'ai dit : "Ouf."
J'ai dit : "Ouf." Une délivrance.
Je suis rentré à l'armée à 18 ans.
L'armée, ça m'a sauvé. Ça m'a fait souffrir…
mais pour l'escalade, j'en ai beaucoup appris à l'armée.
J'étais parmi les meilleurs.
Après l'armée, j'en suis parti, quand j'en suis parti, je l'ai regretté.
Parce qu'en fait, l'argent facile a fait appel à moi.
J'avais le goût du vol, voilà.
Quand je suis sorti de l'armée,
c'était plus possible de revenir dans la société.
Mais j'étais un voleur…
Je me suis dit, il faut que je me perfectionne dans le vol.
De plus en plus.
J'imaginais beaucoup d'argent.
Je faisais beaucoup de repérages.
Les domiciles des particuliers, des gens assez aisés.
C'est un quartier très chic. C'est l'avenue Foch.
C'était mon lieu de prédilection vis-à-vis du cambrioleur que j'étais.
C'est ici que les gens dorment avec des oreillers en argent.
Plus les appartement sont hauts, moins ils sont sécurisés.
Ça, ça… is good. Ça, pour grimper, tu vois, ça…
is good.
Tac-tac.
Ça, c'est bon.
J'escalade des façades.
Et des fois, il y a des jours où je grimpais sur 10, 15 étages.
Sans aucune protection.
Ça fait peur. Il y a le battement de cœur, il y a le souffle.
Je prenais des risques énormes.
Je grimpais et je marchais dessus.
Comme un équilibriste.
On a toujours des montées d'adrénaline.
À chaque fois, tu vas récupérer ce type d'adrénaline.
C'est intéressant, c'est beau.
Une fois sur les toits…
pour moi, c'est magnifique.
Tu vois tout, et personne te voit.
J'ai des appartements en observation.
Si je peux entrer par une fenêtre ouverte ou l'ouvrir, je le fais.
De préférence quand les gens sont dedans car les alarmes sont éteintes.
Quand tu pénètres les lieux, tu te demandes si t'as été entendu.
J'écoute, quand j'approche les chambres, pour savoir si la personne dort.
Passer à côté d'eux pendant qu'ils dorment.
Il faut savoir marcher à côté d'eux sans faire de bruit.
Tout en fouillant pièce par pièce.
Je faisais aucun mal physiquement.
Je suis là pour voir : "Est-ce que t'as de l'argent qui se cache ?"
J'imaginais qu'ils avaient des coffres-forts remplis de joyaux.
Si je suis un cambrioleur et que je viens chez vous, désolé, c'est comme ça.
Il y a des gens qui en ont plus que d'autres,
et moi, je me sers. Chacun sa façon de voir les choses.
Comme j'étais au 5e étage, je me sentais protégée.
Il a eu tout le loisir de prendre ce qu'il voulait.
Donc il est rentré…
sur mon balcon.
Je ne mettais pas l'alarme la nuit.
Ça valait à l'époque trois millions de francs.
Mais alors franchement, c'était le dernier de mes soucis.
Moi, je dormais.
C'est foudroyant. C'est absolument foudroyant.
Et ça fait une impression très bizarre.
Un vol est un viol.
C'est un viol, et ça fait une peine infinie.
Et après, quand on rentre dans l'appartement,
on n'a plus envie,
parce qu'on a l'impression que tout a été sali et violé.
En dehors de la valeur matérielle de ce qu'ils prennent.
C'est une souillure. C'est une souillure
qui reste.
Donc il y a des répercussions d'un vol.
Bien sûr, il y a des répercussions.
Les victimes, je les connais pas. Ça m'intéresse pas.
Je sais que j'espère pas qu'elles viennent vers moi
quand je rentre chez eux.
J'aime pas les gens riches parce qu'ils sont très prétentieux.
J'ai vu comment ils vivent. J'ai vu des gens multimillionnaires.
L'argent n'a pas de valeur pour ces gens. C'est fou.
Ça, c'est vraiment injuste.
Moi, je sais qu'ils sont malpropres,
malfaisants et malhonnêtes.
Des gens qui savent pas vivre leur vie
sans sortir une Maserati, une Lamborghini, une Ferrari,
pour pétarader d'un feu rouge à l'autre sur 300 mètres.
C'est n'importe quoi, on va où ? C'est un système de merde.
En fait, les voleurs disent ça pour se déculpabiliser.
C'est uniquement pour se déculpabiliser,
mais un vol reste un vol, reste une intrusion,
reste quelque chose qui fait mal.
Peu importe qui est la victime.
Le plaisir de voler était plus facile que travailler.
C'était de l'argent facile.
Moi, j'avais réussi à 25 ans.
Je vivais comme un patron, patron de moi-même.
Quand je faisais le jackpot, finalement, je le dépensais.
J'allais dans les beaux restaurants.
J'ai souvent payé des femmes pour coucher avec.
Moi, j'allais voir des prostituées, pourquoi ?
Pas parce que je suis un pervers,
parce que j'ai toujours craint l'amour.
J'aime bien faire les choses directement.
Je me suis débrouillé comme ça, en dehors de la société.
J'ai certainement gaspillé beaucoup d'argent.
Mais comme on dit, l'argent facile, c'était fait pour être gaspillé.
Dans cette période-là, entre 97 et 2005,
les gens ne gardaient plus trop de bijoux,
ne disposaient plus d'argent liquide chez soi.
Et je constatais des belles œuvres.
Je voulais me mettre en connaissance pour savoir combien ça vaut,
ce que je peux en faire.
J'ai pris goût à l'art. Au niveau des impressionnistes,
il y a des œuvres majeures très belles.
Incopiables.
Une fois, j'ai volé trois Renoir, qui valaient des millions.
J'aime bien Renoir. Ce qu'il peint, j'en étais amoureux.
Mais ça m'a coûté des années de prison.
En janvier 99, une info,
on arrive à lui tomber dessus et à l'interpeller.
En tout cas, de toute manière, il suffit de l'avoir saisi
par les bras, au moment de l'interpellation,
pour se rendre compte que c'était une bête physique.
On trouve des tableaux dans le coffre. Notamment le Renoir.
Les Renoir. Parce que là, on trouve de la grosse marchandise.
Il était fier de ce qu'il faisait, conscient de faire un travail de qualité,
parce qu'en plus, il n'y avait pas de violence.
Et c'est vraiment extraordinaire. C'est le côté extraordinaire.
Et derrière, avec la couverture de presse, il devient l'Homme-araignée.
Il avait une super capacité à rentrer dans les immeubles.
En même temps, c'est un peu la lose,
c'est dommage d'avoir un talent et… Mais c'est un délinquant quand même.
Mais l'affaire est faite, bien bouclée. Il part au trou directement.
Entre 94 et 2005, j'arrêtais pas d'aller en prison.
Chaque fois qu'on sort de prison, on a pas d'autre choix que de recommencer.
Avant le casse du musée,
j'avais toujours volé en passant par les toits et les fenêtres.
Et finalement, tout mon passé, ça a joué un rôle sur le musée.
Sur le musée d'Art Moderne, les risques étaient énormes.
J'ai dû mettre deux heures par nuit,
parce qu'à une certaine heure, le gardien venait.
Moins j'étais à la fenêtre, moins je prenais de risques.
J'ai eu l'idée de mettre une sorte de rideau
pour que ça puisse couvrir ma présence sur la fenêtre.
Je faisais très attention.
Je craignais juste que le gardien passe et me voie.
Il aurait pu me voir de l'intérieur.
Il fallait enlever toutes les vis. Il y en avait une vingtaine,
donc ça a mis du temps pour atteindre les vis et les soustraire du cadre.
J'ai mis du décapant.
Quand on met du décapant, ça se met à sécher progressivement.
Elles seront souples.
Et avec une petite spatule, on la décape.
Et avec une petite machine Dremel,
je pouvais nettoyer la vis.
Une fois la chose faite,
je mettais du dégrippant, car les vis sont là depuis X temps.
C'est un travail méticuleux.
J'ai dû mettre six nuits.
J'ai dû reboucher ces trous-là pour qu'on voie pas les trous,
après mon départ.
J'ai mis de la pâte à modeler dans les trous.
Je repeignais pour le jour suivant, quand je venais, je décapais.
Ça a progressé comme ça sur quelques nuits.
L'excitation montait de jour en jour.
J'étais concentré sur mon adrénaline.
Après six nuits, la dernière vis a été enlevée.
Je me suis dit : " Tout est bon. Tout est OK." C'était le jour J.
C'était le dernier. Je voulais arrêter et avoir une vie normale.
Je voulais acheter un voilier. Je voulais voyager, finalement.
Je voulais plus rester en France.
Et pas dépendre des enculés, des enfoirés. qui font ce qu'ils veulent.
Pour moi, le musée, c'était la dernière chance.
J'allais toucher le jackpot.
En plus, j'avais fait environ 18 ans de prison jusque-là.
C'est une vie, ça ? C'est pas une vie, ça.
C'est pas une vie. Laisse-moi voir les poissons.
Laisse-moi voir les animaux. La mer qui danse, tu vois ?
C'était mon but.
Quand je suis arrivé le jour J,
j'ai garé ma voiture en bas des quais de Seine.
J'ai traversé l'avenue.
En regardant à gauche à droite, il y avait pas un oiseau, pas d'observation nuisible.
On est constamment sous alerte dans la tête.
Il y avait deux petits pied de biche,
à l'aide desquels j'ai éventré le cadre de la vitre.
Après, la vitre est venue…
J'ai enlevé la vitre avec des ventouses.
Donc, je l'ai pris,
et j'ai réussi, par celle du bas, à la déplacer petit à petit.
Il y a un accordéon qui est couvert d'une chaîne.
Ça a claqué comme un coup de feu.
Ça aurait pu être entendu à l'intérieur où la vigilance était intérieure.
J'étais vraiment très tendu.
Je me suis dit : "Maintenant, il faut que je pénètre les lieux."
Je me dis : "Franchement, alléluia, je suis au paradis."
Il y a une montée d'adrénaline.
Tous mes poils étaient montés.
Les plafonds sont énormes, presque dix mètres.
Impressionnant. Quand on entre, on entend un moustique voler.
Donc imaginez un peu quand vous entrez comme ça
avec toutes les œuvres majeures devant vous.
C'est un peu crispant comme situation.
J'ai constaté que des tableaux étaient sur la liste.
J'ai regardé le Fernand Léger.
Je l'ai mis à l'extérieur sur l'esplanade, où on le voyait pas, sur le côté sombre.
Donc je l'ai mis du côté du mur.
Après avoir pris le Fernand Léger, j'ai ouvert les grandes portes.
Elles se rabattent sur un aimant.
Je me suis dit : "Si ça fait du bruit comme ça, c'est pas bon."
Et pareil, je me suis mis en alerte d'écoute.
Quand j'étais au 2e salon,
j'ai étais inspiré par le petit Matisse, Pastoral.
Il est super beau.
Je savais qu'il pouvait atteindre des prix vraiment exorbitants.
Il me le fallait. J'allais le prendre, fallait pas que je me loupe.
Et quand j'ai vu juste à côté le Picasso…
je me suis dit : "Je le prends aussi."
Il y avait un Braque à côté, également.
J'ai pas hésité à le prendre.
Les trois, je les mets sous le bras
et je les ai ramenés dehors.
Ça, c'était l'attaque du 2e salon.
Le temps est important. On pense au gardien à l'intérieur.
On sait pas où il est, le musée est grand.
Le 3e salon a suivi,
où j'ai pris le fameux Modigliani.
Il vaut certainement une grande valeur.
Je devais la prendre.
Il y avait 2-3 autres peintres qui dépendaient des œuvres sur la liste.
Mais il me semblait entendre des bruits.
Ça fait flipper, tu vois ? Ça fait vraiment flipper.
Oui, j'ai eu peur, bien sûr.
Si le gardien circule et qu'il se rapproche de moi,
ça aurait été le chat et la souris.
En fait, je suis sorti,
j'ai sorti les cinq et je les ai décadrés dehors.
J'ai fait une opération sur les cinq.
Il fallait faire vite, le temps est compté.
La seule difficulté, c'était de traverser l'avenue,
car de temps en temps, une voiture passe.
Et quand vous trimballez de grandes œuvres entre les mains,
ça fait pas bizarre aux gens
qu'à 4 ou 5 h du matin, quelqu'un se balade avec des œuvres ?
Je me suis dit : "Pourquoi pas y retourner ? Ça va pas s'arrêter là.
"C'est pas cinq qui vont te suffire."
Il y a une rambarde,
je l'enjambe,
et mon pantacourt craque.
Il se déchire entièrement.
Et je me suis dit : "Après tout ce que j'ai pris, ça suffit."
J'ai préféré partir avec les cinq œuvres.
Sinon, plus d'œuvres auraient été dérobées, c'est certain.
Quand je suis parti, la mission était accomplie.
Tout s'est bien passé pour moi.
Comme si les œuvres voulaient sortir du musée et qu'elles m'accompagnaient.
C'était un très beau casse.
Je suis sorti, il était 5 h du matin.
Il y avait un checkpoint, avec la police.
Là, je me suis dit : "Je suis foutu."
Lui, il m'a bien observé, il m'a regardé la voiture.
Quand je suis passé, le mec m'a dit de passer à côté.
Ils m'ont pas arrêté.
Si c'est pas un miracle…
Comme je circulais, il y avait pas grand-monde sur la route,
je me suis dit : "Je vais me garer et attendre que la circulation débute.
Et je suis resté garé à contempler les tableaux pendant une heure.
En face de moi, j'avais mis le Modigliani.
J'avais mis le Fernand Léger, j'avais positionné le Braque.
J'étais allongé, j'avais le petit Matisse devant moi, je le regardais.
Quand j'ai commencé à chiffrer la somme que j'avais entre les mains,
il y en avait pour des millions.
"J'aurais jamais des œuvres comme ça dans ma vie."
Je les ai entre les mains, et elles sont vraiment belles. C'est exceptionnel.
C'est là qu'on s'en rend compte.
Je passe 1h30 avant de reprendre la route. quand il y a plus de circulation.
Je m'étais entendu avec le receleur Corvez
pour se voir dans un parking souterrain de l'autre côté de Paris.
Je l'ai attendu longuement.
Corvez était en mode panique.
Et moi, après tout ce que j'ai fait, je l'ai consolé.
J'ai dit : "T'inquiète, tout est réglé."
Au moment où j'ouvre le coffre,
il me dit : "Ouah, tout est là."
"C'est un truc de dingue. T'as réussi ton truc.
"J'en reviens pas. Et t'as pris que ça ?"
Il me dit : "T'auras ton argent dans quelques jours."
C'était 50 000 par tête.
Pour moi, c'était en moyenne 250 000 à peu près.
Moi, j'étais bien…
Pour moi, le travail était fait.
C'est clair et net que le reste, ça le concernait. À chacun son boulot.
Après, je suis rentré chez moi,
parce que j'étais fatigué, comme j'ai pas dormi de la nuit.
J'ai acheté 2-3 bouteilles de vin.
La bouteille, je l'ai bue en l'espace de 30 minutes.
Tranquille.
J'ai allumé la télé,
et quand j'ai allumé, j'en revenais pas.
C'est par là que le ou les voleurs sont passé.
Au beau milieu de la nuit,
desceller cette vitre, casser un cadenas,
et le tour est joué.
Le vol au musée d'Art Moderne,
c'est le vol le plus important que j'aie eu à traiter.
Quand j'arrive au musée, on est un peu abasourdis
par le vol de cinq tableaux. C'est pas un tableau, c'est cinq.
La valeur des tableaux estimée est environ de 100 millions d'euros,
ce qui est énorme en terme de préjudice.
On était tous très secoués.
Tout le monde était absolument effaré.
C'était comme quelque chose de tout à fait inenvisageable.
À cette échelle, de cette importance…
Et un viol… Un vol, pardon, est un acte de violence.
Il faut laisser la police trouver comment des tableaux de cette importance
ont pu être volés.
Et permettre à l'enquête de trouver les auteurs,
et de récupérer ces tableaux.
Quand un vol spectaculaire est réussi,
il y a toujours quelque chose d'invraisemblable.
C'est affreux !
C'est affreux.
Les toiles ont été découpées ?
Les toiles ont été découpées, s'il vous plaît ?
Ils l'ont fait pour ne pas les détruire.
C'est comme un meurtre.
Ce sont des tableaux importants.
Cinq chefs-d'œuvre !
Mais au-delà de l'argent et de la valeur,
c'est le fait que ce sont des œuvres d'art uniques,
rares, qui appartiennent au patrimoine mondial.
Très mauvaise surprise ce matin au musée d'Art Moderne de Paris,
cinq tableaux de grands maîtres ont été dérobés pendant la nuit.
C'est passé sur toutes les chaînes télé.
J'avais gagné une célébrité. Passé du mode série B en série A.
Un scénario digne d'un film
que les experts de la police scientifique tentent de reconstituer.
C'est là que j'ai aperçu que toute la police…
de Paris… était à mes trousses.
La seule chose qui nous motive, c'est le travail de la police.
Que les auteurs une fois arrêtés, rapidement,
indiquent où sont les tableaux, qu'ils soient récupérés.
On a tous pensé ça longtemps.
Il y a une effervescence au service.
On découvre les cinq cadres et les cinq dos de tableaux
qui sont positionnés au niveau de la terrasse.
C'est là où je suis un peu perplexe,
parce que je constate qu'il y a des gros manquements
à la sécurité.
On me dit que le système d'alarme ne fonctionne pas.
Ne fonctionne pas depuis plusieurs semaines.
Tout le monde est très embêté par cette affaire-là.
En tant que directeur du musée, je suis responsable de la sécurité.
On savait qu'il y avait un problème.
Et qui…
Qu'on croyait suffisant, mais qui s'est avéré insuffisant.
Ce type de musée devrait vraiment renforcer, mais ça a pas été le cas.
Je l'ai ouvert comme une conserve.
Aussi simple que ça.
Mais ils ont jamais connu de cambrioleurs, ces gens-là.
On va constituer un plan des lieux avec l'identité judiciaire
pour tenter de retrouver soit des empreintes, soit de l'ADN.
Mais on n'a pas beaucoup d'espoir de ce côté-là.
On a des images de vidéosurveillance.
On voit une silhouette sur les images, qui sont de très mauvaises qualité.
Je connais quelques très beaux cambrioleurs.
Je me dis : "Les mecs sont gonflés. Qui a pu faire ça ?"
C'est d'ailleurs le transport de ce tableau de Modigliani
qu'on voit dans les images de surveillance.
On n'a pas d'éléments qui permettent d'identifier…
Ni même de savoir si c'est un homme ou une femme.
On n'a pas grand-chose.
Il faut reconnaître que le ou les voleurs n'ont rien laissé sur place
qui nous permettrait de tirer le fil
qui nous amènerait sur les auteurs. Non, on n'a rien.
Et il faut reconnaître qu'on est dans le flou.
Le casse du musée avait été fait 4-5 jours avant.
J'étais en attente d'être payé.
Tout en sachant que je vais devenir millionnaire.
L'achat du voilier m'aurait coûté 100 000 euros.
J'avais calculé quel type de voilier en avance, tu vois ?
J'avais tout préparé. Je voulais partir, prendre le large.
J'ai été voir Corvez.
Et dans sa boutique, une boîte à chaussures m'attendait.
Il m'a remis la boîte à chaussures avec des billets de 50 et de cent.
Tout le complément n'était pas là.
Il m'a donné que 40 000 euros.
J'ai vraiment été étonné, j'en revenais pas.
Au début, j'hésitais.
Il avait dit : "T'auras l'argent dans quelques jours."
J'ai dit : "OK, j'accepte ce que tu me dis."
Et j'ai accepté la boîte.
Il craignait que physiquement, je l'atteigne.
Quand tu promets un truc à quelqu'un,
verse ce que t'as à verser, il y aura pas de problème, et c'est fini.
Quand on est commanditaire, surtout sur une affaire comme le musée,
on s'en prend pas à des gens comme moi.
Ça, c'est vrai que c'est pas une petite somme.
On s'amuse, on claque l'argent…
Comme tous les voyous, on sait ce qu'on fait.
J'ai profité un peu des gonzesses. Je vivais bien.
J'avais de l'argent, je le claquais comme ça.
J'aurais pu le mettre de côté.
Une grande quantité m'attendait avec Corvez.
Je mangeais dans tous types de restaurants.
J'invitais des fois des mecs qui étaient SDF, en plus.
Il y avait Guillaume…
Voilà, donc je m'appelle Guillaume.
Fréquemment, il m'invitait à boire un pot, il m'invitait
à un repas, fréquemment.
C'était des brasseries bon chic bon genre.
On vivait bien.
Guillaume, ça m'a l'air d'être quelqu'un de sympa.
J'ai pas beaucoup d'amis,
c'est des gens que je croise parce que je sais pas à qui me fier.
Avec qui discuter.
Je pense que le fait de l'écouter,
il avait un peu de bien en lui par rapport à ça.
Je l'écoutais beaucoup.
Il avait pas d'enfant, pas de copine.
C'est un gars qui fréquentait personne
parce que c'est son style qui le refoulait des autres.
C'était pas possible qu'il puisse communiquer
normalement, comme nous, tous les jours.
Sa façon de parler aussi.
C'est ça qui l'empêchait d'être comme tout le monde.
Un soir, il avait pas mal bu,
il a commencé à me décrire le cambriolage,
il m'a dit qu'il avait fait les cinq toiles du musée.
"C'est mon travail. J'ai fait le coup."
C'est une personnalité qui a besoin de se montrer.
On est plusieurs mois après la commission des faits,
on est dans le noir.
On n'a pas véritablement d'éléments. C'est du classique.
Mon collègue, Laurent Alverola, vient me trouver
pour me donner une indication.
Il me dit qu'il travaille sur Vjeran Tomic,
puisque c'est un voleur d'habitudes.
J'ai entendu parler de Vjeran Tomic dans les années 90,
comme d'un cambrioleur hors normes.
Je voulais m'intéresser à Tomic, voir où il en était,
voir s'il avait continué son activité.
Sans faire de lien, absolument aucun lien avec le vol au musée d'Art Moderne.
J'ai décidé d'opérer des surveillances de manière aléatoire.
Dans l'idée de l'amener sur un flagrant délit.
À l'occasion d'un vol, d'un cambriolage d'appartement.
On a pu mettre en place notre surveillance, nuit et jour.
Je suis anonyme car je suis toujours en activité.
Donc c'est surtout pour protéger ma famille.
Je côtoie le grand banditisme
et des gens qui ont des réseaux. Voilà.
Sur les premiers mois d'enquête sur Tomic,
on savait pas qui était son receleur.
On était curieux de savoir qui était son receleur.
Un cambrioleur de la trempe de Tomic, inévitablement il a
derrière lui un receleur qui va lui acheter ses objets d'art.
On s'est rapidement aperçu qu'il avait peu d'interlocuteurs.
Vraiment très peu.
Nous avons pu placer une écoute téléphonique
sur les téléphones de Tomic.
On a identifié un numéro
qui revenait très régulièrement.
Ce téléphone est allumé sur le 7e arrondissement.
Le 7e arrondissement, c'est un arrondissement très bourgeois.
Peut-être le plus bourgeois de Paris.
On se dit : "On a peut-être le receleur."
On s'est dit : "Ça y est, on a le complice. On va le suivre."
C'était Guillaume. Il mangeait dans des poubelles.
C'était pas l'antiquaire du 7e arrondissement qu'on attendait.
On est très déçus.
Néanmoins, cet individu va être intéressant
parce que Guillaume sera son interlocuteur.
Guillaume saura beaucoup de choses de l'activité délictuelle de Tomic,
sans y participer du tout.
Guillaume, ça va ?
Un soir, Tomic,
il va appeler Guillaume.
Châtelet, c'est pas trop…
Il est ivre. Tomic est ivre, manifestement.
Il a une élocution assez difficile.
C'est inintelligible, mais en marge de cette conversation,
on comprend que Tomic se vante d'être l'auteur du musée d'Art Moderne.
Mais il s'en vante…
C'est pas possible ! Il revendique le vol
comme je pourrais revendiquer d'être la reine d'Angleterre…
Le type est complètement bourré.
Et là, on est circonspects, limite…
De quoi est-ce qu'il parle, Tomic ?
On est un peu étonnés, voire perplexes,
quant à la candidature de Tomic pour commettre un vol de cette nature.
Il a pas le profil pour commettre un vol dans un musée.
Et surtout, il n'avait pas le profil pour écouler de telles œuvres.
Parce que Tomic est connu pour du "vol escalade".
On l'avait surnommé l'Homme-araignée, c'était pas pour rien.
Donc on est partagés.
Le fait que Tomic soit ivre,
on décide de pas tenir compte de cette conversation.
Donc à partir de ce moment-là, on concentre nos recherches sur Tomic.
Mais au départ, je le rappelle, ce n'est pas le client.
C'est pas le client pour ce genre de vols.
J'étais devenu complètement parano,
j'étais plus filoché que d'habitude.
Et j'ai réussi à les semer.
Il prend d'énormes précautions, il est un peu paranoïaque.
Il va peut-être escalader un immeuble, on ne sait pas. Mais on va le perdre.
Et effectivement, au bout de six mois, nous étions dans l'impasse.
Huit mois après, comme je dépensais vite,
il fallait que je récupère le reste.
Je voulais juste être payé pour le MAM.
Mais Corvez me payait pas.
Et quand on en arrive là,
comment voulez-vous ne pas comprendre que ce type est un barjot ?
C'est un barjot, c'est un malade.
Dans une association, il faut être propre.
La moindre des choses, c'est d'être propre.
Parce que nous, les voyous, on se respecte.
J'étais vraiment énervé.
Il m'a enlevé mon projet, il m'a tout enlevé.
Ça s'est fait comme ça, c'est tout.
Tout ça avait commencé à chambouler dans ma tête.
J'ai pété un câble.
J'allais sincèrement chercher une arme pour l'abattre. Pour l'abattre.
Ça aurait été fatal. C'est pas difficile à faire.
T'appuies sur la gâchette et c'est tout.
Paf, paf et c'est fini.
Une dans le cœur, une dans la tête, et boum, c'est fini.
Et finalement, j'allais le tuer. Ça, c'est vrai.
J'aurais rien fait de tout ça, mon intelligence me l'aurait pas permis.
Au même moment, j'avais plus d'argent du tout.
L'argent était dépensé.
Quand j'avais plus rien, j'avais besoin de repasser à l'acte.
Faut comprendre que moi, j'étais en contrainte vis-à-vis de Corvez.
Et il a commencé à me donner des coups à faire.
J'avais pas d'autre choix.
C'était comme ça.
Quelques mois plus tard, on accompagne Tomic sur une surveillance.
On va l'accompagner jusqu'à une galerie d'antiquités.
Tomic reste une dizaine de minutes. 10-15 minutes. Puis ressort.
Une minute à peine après le départ de Tomic,
Corvez sort de sa boutique…
On se dit : "Ils se connaissent. Ils se connaissent bien."
C'est un moment important.
Le dénommé Corvez est pas connu de la police.
On se dit : "Bon, on regarde."
On s'est mis à le surveiller,
et il était en contact avec les plus gros voyous de Paris.
Et ce sont des cambrioleurs, en fait.
Donc, qui dénotent complètement avec la vitrine que Corvez donnait.
Il a un hôtel particulier. Une résidence bourgeoise
en grande banlieue parisienne.
C'est très chic.
Il a tous les aspects du bourgeois.
À l'époque, il avait autour de 50-55 ans.
Il était propre sur lui, une vie rangée,
une vie de famille, il allait à la messe le week-end…
Qui ne laisse pas du tout penser qu'il est dans un milieu de voyoucratie.
On a bien compris que la relation entre Tomic et Jean-Michel Corvez
était assez étroite et qu'ils se voyaient régulièrement.
C'est grâce à ces surveillances conjuguées avec les surveillances téléphoniques
qu'on va établir que Tomic n'a vraisemblablement qu'un receleur,
qu'un fourgue, c'est Jean-Michel Corvez.
On avait également identifié
un interlocuteur régulier de Jean-Michel Corvez.
Il s'agit du nommé Yonathan Birn.
Yonathan Birn, c'est un personnage très particulier.
Il a un bel appartement dans le centre de Paris,
sa femme travaille, il a deux filles, etc.
Il a un mode de vie bourgeois
et il donne l'impression d'avoir un mode de vie bien rangé
avec un atelier de réparation de montres de luxe.
Ce qui est vrai, c'est que Birn, par son métier d'horloger,
avait des facilités pour proposer de la marchandise volée et l'écouler.
Et Corvez a un ascendant sur Birn.
Comme il avait un ascendant sur Tomic.
On comprend qu'on a un trio entre les mains.
Tomic, Jean-Michel Corvez et Yonathan Birn.
Corvez en parlait à Birn sur les écoutes,
en disant : "Voilà, mon ami travaille, il va rapporter des trucs intéressants."
Donc on était sûr que Tomic prospectait et agissait.
Inévitablement, on savait qu'il allait commettre d'autres vols.
C'est son quotidien, c'est son mange-pain.
Il n'a pas de raison de s'arrêter.
Après, on s'est attelé à le suivre la nuit
pour essayer de l'emmener sur un flagrant délit.
Ça a été très compliqué, à 2-3 h du matin, il y avait pas grand-monde.
Donc il nous a épuisés.
C'était très tendu.
Tomic est un gros marcheur. C'est un sportif.
Je me souviens bien ce qui a commencé à nous titiller un peu.
Il s'est planté devant la vitrine d'un armurier.
Aucun doute, il s'intéressait à une arbalète équipée d'un grappin.
On s'est dit : "Ah ! Il recherche des outils."
Il repérait les beaux quartiers.
Il avait fait un repérage sur le centre Pompidou.
Il est resté de longues minutes. On comprenait qu'il évaluait
la possibilité de gravir, de monter…
Voilà comment j'allais faire pour ce casse-là.
J'allais passer par ces toits.
J'allais grimper de l'autre côté, arriver par le toit ici
et me positionner avec le matériel ici
de manière à pouvoir envoyer un grappin de l'autre côté.
J'allais passer avec un corde dessus.
Tac ! Et arriver jusqu'au bout, là-bas.
C'était hors normes. Personne s'attaque à un musée.
On avait justement espéré le faire sur un flagrant délit
sur le centre Pompidou.
On fatigue, on a envie de déboucher sur quelques chose.
Ça aurait été un casse spectaculaire.
Pour moi, le casse, ça aurait été un chef-d'œuvre. Voilà.
Ça aurait pu être réalisable, mais j'ai pas eu le temps.
Et finalement, c'est pas grave.
Tant mieux pour eux, tant pis pour moi.
Entretemps, j'ai visité des appartements que je pouvais cambrioler.
J'étais en observation sur plusieurs pâtés de maison
dans le triangle de Paris, ce qu'on appelle l'avenue Montaigne.
Il passait avenue Montaigne.
Là encore, très beau quartier de Paris.
Quand il marche, il regarde pas devant lui, il regarde en l'air.
Sur l'avenue Montaigne, il s'est mis à faire des repérages.
Mais des repérages appuyés.
On savait qu'il était très actif.
On savait qu'il proposait la marchandise à Corvez.
Avenue Montaigne, il y avait un gars très riche chez qui j'ai jamais pénétré.
Un homme très riche. Fargeon. M. Fargeon.
Chez Fargeon, j'ai dû escalader tout le temps comme j'escalade.
J'ai volé un Metzinger, j'ai volé un Pissarro.
À peu près 200 g de bijoux, j'ai pris une dizaine de montres de collection.
Il y en avait pour deux millions d'euros.
Je vais suivre la balise qui est placée sur le véhicule de Tomic.
On attend qu'il revienne à la voiture, pour voir s'il est chargé.
Au retour à son domicile, je donne le top pour l'interpellation de Tomic.
Paf ! 2-3 policiers arrivent à côté de moi, et paf.
Tomic dit : "Et alors ?" "Ben, on vient t'arrêter."
Ils m'ont dit : "Nous, on a gagné aujourd'hui.
"Je suis désolé de te le dire."
C'est un garçon qui a certaines qualités.
Il a eu un comportement tout à fait respectable.
Il est calme. C'est surprenant, d'ailleurs.
Quelque chose… Une certaine noblesse dans l'attitude.
Tomic nous dit, quand on lui dit : "C'est quoi ça ?"
"Ça vient d'où, ça ?" "Je viens de le voler.
"Dans un immeuble situé avenue Montaigne."
Il nous donne même le nom de la victime.
Ça, c'est exceptionnel, quand même.
Ils trouvent la marchandise de Jean-Pierre Fargeon de chez lui.
Et je vais au commissariat.
Ça fait toujours un drôle d'effet de voir son appartement vidé.
J'ai eu la chance de tout récupérer.
Coucou !
Pour moi, le plus important, c'était d'avoir tout récupéré.
Ce tableau de Metzinger a été volé.
Ces œuvres de Jean-Charles Blais, ici.
J'ai toujours aimé les beaux objets, j'ai toujours aimé l'art,
ce que j'ai comme objets, j'en ai un peu partout.
Pour moi, je les évalue à zéro.
Je me dis… C'est comme les chaussures ou les jeans,
je me dis pas : "J'en ai pour tant…" Je sais même pas ce que ça vaut.
Et si ça prend de la valeur, je m'en fous. Je m'en fous.
Je m'en fous.
J'ai vu par le travail qu'il a fait qu'il a un profil d'artiste.
Il a un talent.
Vous vous rendez compte ? Le 33, avenue Montaigne,
par la façade. C'est…
inimaginable. Ben lui, il le fait.
Il est cambrioleur, c'est tout.
Il tue pas, il ne blesse pas.
Ce qui est étonnant, c'est que les policiers
parlent de lui avec respect.
Ce tableau, il l'avait volé. C'est Gallien.
C'est un peintre très important, personne le connaît.
Ça, ça m'a emmerdé qu'il le vole.
Tomic, si vous revenez,
volez ce que vous voulez, mais pas celui-là.
Tomic est placé en garde à vue.
On interpelle Corvez.
On l'interpelle car c'est la seule personne
qui est susceptible de receler les objets volés par Tomic.
Un personnage désagréable, assez antipathique.
Il se joue le bourgeois qui n'a rien à voir avec des faits délictuels.
Il joue un peu la vierge effarouchée.
Il a quand même un petit pédigrée, on le connaît en receleur d'habitudes.
On essaie de le faire craquer, mais il est toujours vaillant.
Très franchement, il n'y vient pas.
Il était très hautain.
Pendant toute sa garde à vue, il a rien voulu dire.
"J'ai pas à vous parler. Vous êtes rien." Voilà.
Sur les questions sur le musée d'Art Moderne,
on ne sait pas si c'est Jean-Michel Corvez qui recèle les tableaux.
On ne sait pas si Tomic a volé les cinq tableaux.
Le type qui était devant moi,
il m'a dit : "Tu sais que Corvez est là ? Ça fait 24 heures."
"Ah bon ?" "Ouais."
Et j'ai décidé de marcher avec les flics et de me disculper de Corvez,
et de lui faire la peau.
J'avais une fâcheuse rage contre lui. Il m'a trahi.
Sur les 250 000, il y en a que 40 000 qui ont été versés pour le musée.
Cet enculé m'a tout enlevé d'un coup.
Il m'a bloqué. Je suis encore bloqué à Paris.
Son rêve, je me souviens, c'était d'acheter un voilier
et de partir faire le tour du monde.
Peut-être de la psychologie de comptoir,
mais il a envie, quelque part, de faire mal à Corvez,
de se venger un petit peu.
Alors qu'on l'interroge sur les faits du cambriolage avenue Montaigne,
spontanément, au cours de l'interrogatoire,
il sort du sujet…
J'ai dit : "Maintenant, tu vois l'affiche qu'il y a là-haut ?
"Ça, c'est des œuvres qui étaient entre mes mains,
"et c'est moi qui ai fait le vol."
C'est une surprise. C'est…
le moins qu'on puisse dire. C'est une surprise.
Pas qu'il soit l'auteur, on avait ça dans un coin de notre tête.
Mais qu'il avoue aussi facilement.
On a un peu de chance, il faut le reconnaître. C'est pas prévu.
On a arrêté le voleur de musée.
Et moi, j'avais déjà une ancienneté dans la profession…
Et ça ne m'était jamais arrivé.
Lorsque Tomic nous fait cet aveu, c'est incroyable, évidemment.
Alors, comment l'expliquer ?
Il a commis un vol exceptionnel.
Il a aussi envire que quelqu'un le reconnaisse,
reconnaisse sa valeur. Il a envie qu'on dise : "T'es vraiment un…
"Chapeau. T'es quand même un casseur extraordinaire." Voilà.
Il a besoin de ça. Ça lui fait du bien, quelque part.
C'est comme ça qu'on l'a ressenti.
Le fait que je sorte avec cinq tableaux, ça a été un grand exploit.
Un énorme exploit.
Je suis désolé pour ce qui s'est passé au niveau des œuvres.
Franchement, je m'y attendais pas.
On réentend Corvez…
Il sait qu'il est dans l'œil du cyclone et qu'il va pas s'en sortir comme ça.
Et petit à petit, il n'y vient pas franchement, mais il y vient.
Il nous explique qu'il a confié
les tableaux à Yonathan Birn. À charge pour lui de les conserver
un certain temps.
À ce stade, il faut interpeller Yonathan Birn.
On recherchait la récupération des cinq tableaux.
On voulait les récupérer.
Yonathan Birn, on comprend que c'est un menteur invétéré.
Il n'arrive pas à dire la vérité.
Il a beaucoup de mal avec la vérité, donc il n'y vient pas franchement.
Il n'y vient jamais. Il ne nous donne jamais des éléments précis
concernant son rôle. Il cherche à se défausser.
Mais en même temps, il nous explique,
il a été pris de panique, et à un moment donné,
il nous a dit qu'il a détruit les tableaux
qu'il a jeté les toiles dans la poubelle de son immeuble.
D'avoir détruit les tableaux, c'est une nouvelle violente.
C'est une petite bombe atomique.
C'est comme un assassinat.
Je trouve lamentable qu'on puisse détruire des tableaux.
Lamentable.
J'étais dégoûté pour le patrimoine.
C'est vraiment 120 millions de vraie valeur de tableau…
Et pour ça, j'étais vraiment dégoûté.
Pourquoi il les aurait détruits ?
J'avais du mal à le croire.
C'est un peu spécial comme affaire, c'est un peu spécial.
C'est là que ça devient spécial.
Birn, on ne le croit pas, car encore une fois,
il n'a cessé de mentir.
C'est la raison pour laquelle on n'y croit pas. Toujours pas.
On est persuadés qu'à un moment, ces tableaux vont refaire surface.
Mais ils sont toujours dans la nature.
C'était un vol spectaculaire et audacieux.
Après un an et demi, trois personnes ont été interpellées.
Les tableaux sont introuvables. La mairie reste prudente.
Vjeran, je l'ai rencontré avant son procès
sur la terrasse d'un café.
Il est pas venu vers moi pour me draguer ou un truc comme ça.
Il était pas dans cette démarche.
Et on a engagé une discussion, on est restés sur la terrasse, comme ça.
C'est comme ça qu'on s'est connus, mais je connaissais pas
son histoire. On n'avait pas parlé.
Dans ces quelques mois, on a eu que des échanges
Facebook.
Je l'avais pas revu. Et c'est la veille de son procès,
il m'a juste dit un soir, sur Facebook :
"Voilà, je passe demain au tribunal."
C'est comme ça que j'ai découvert le procès
de Vjeran Tomic.
Des regrets, voilà ce qu'exprime Vjeran Tomic
quelques minutes avant que le tribunal…
Et là, je vois qu'on parle surtout du procès de l'Homme-araignée.
Je regrette les faits et gestes que j'ai commis envers le musée.
Je suis sincèrement désolé.
Donc à ce moment-là, j'étais un peu surprise,
mais une surprise amusée.
J'étais amusée. "C'est fou, quand même.
"Il a jamais parlé de ça."
Je le voyais dans des petites interviews.
C'est spectaculaire, il y a une montée d'adrénaline quand on pénètre les lieux.
C'est dingue, cette histoire. Je me dis, j'aimerais tellement savoir
ce qui s'est passé.
Le receleur dit avoir jeté les cinq toiles dans un accès de panique.
Sa défense n'a pas convaincu.
Birn, il a eu six ans de prison.
Sévérité aussi avec sept ans de prison pour le donneur d'ordre,
l'antiquaire qui, aux yeux de la cour,
a joué le rôle pivot dans ce casse spectaculaire.
Corvez a eu sept ans.
Il s'est fait saisir ses biens, sa maison, ses voitures.
J'étais content qu'ils lui saisissent ses biens.
Là, j'étais content. Là, je me suis dit : "Ouf,
"au moins il perd quelque chose."
On est à égalité. Ça m'aurait évité de le chercher en sortant de prison sinon,
ça aurait mal fini pour lui.
J'aurais pu prendre une arme et le liquider, le tuer. Net.
J'ai été jugé à huit ans de prison.
Ça m'a marqué parce que je voulais lâcher le cambriolage totalement.
Maintenant, ça a tout bloqué, pour moi…
Ça m'a choqué, parce qu'à un moment, il faut changer,
et voilà… Ça m'a carrément maltraité le cerveau.
Je trouvais ça triste qu'il se retrouve incarcéré huit ans.
Ça semblait impensable
qu'il vive ça, donc j'étais un peu touchée en empathie
vis-à-vis de ce qu'il était en train de vivre.
Donc j'ai voulu savoir où il était incarcéré, où il était.
J'ai fait ma petite enquête, j'ai appelé les centres…
J'ai demandé un permis de visite pour le voir à Fresnes.
Je l'avais pas revu depuis notre échange dans ce bar.
La porte s'ouvre, je savais plus quoi dire.
Lui non plus, d'ailleurs.
Mais c'était sympa quand même.
Donc je prenais plusieurs parloirs, j'y allais régulièrement.
J'étais bien, je savais que j'allais le retrouver une fois par semaine.
Et quand je partais, il me manquait.
C'était vraiment intense.
Et on avait un sentiment amoureux après, on va dire.
Elle me venait en aide. Elle venait me voir en prison.
Personne d'autre qu'elle.
L'amour, c'est un événement dans une vie. C'est un grand événement.
Aujourd'hui, Vjeran est libéré.
Et je vais l'attendre à sa sortie.
Je suis assez… moi aussi anxieuse, finalement.
Mais positive.
Pendant cinq ans,
je l'ai vu dans un autre contexte.
J'étais très fébrile.
Parce que je le connaissais pas en dehors de cet univers-là.
Quand je l'ai vu sortir, je n'en revenais pas.
J'en revenais pas.
J'en reviens toujours pas, d'ailleurs.
C'est incroyable que t'es dehors.
- Hein ? - C'est incroyable que t'es dehors.
- T'en reviens pas ? - Hein ?
Ça fait bizarre. Ça fait pas normal.
Ça fait bizarre, hein ?
Je suis trop contente de te voir.
Ça fait longtemps. J'ai cramé, t'as vu, je suis orange…
- T'es bien, là ? - Ça va.
Ça va, t'es bien ?
Le sourire de l'Homme-araignée.
- Ça fait du bien de voir un peu… - T'as vu ?
- Ça, c'est la route… - L'espace, ça m'ouvre les idées.
J'ai envie de courir à côté de ta voiture.
- T'es content d'aller à la mer ? - Ouais, c'est joli.
Je pense que ça fait du bien de sortir. Beaucoup de bien.
Ça décompresse.
Voilà, ça fait ça.
Tout ce que la terre nature nous a offert.
C'est pas beau, ça ? Voilà, c'est joli.
D'après ce que Vjeran peut raconter de ce vol spectaculaire,
Vjeran est assez fier de son exploit.
Il adore raconter : "Y a que moi qui ai pu avoir l'idée de faire ça.
"Je suis le seul à le faire." Ça, c'est une reconnaissance.
Il a besoin de ça. D'un reconnaissance par rapport
à sa capacité, son potentiel, ce qu'il est capable de faire.
Mais l'histoire dans son ensemble,
le nourrit bien, et pour lui, finit bien
sa carrière d'Homme-araignée.
Où sont les tableaux ? Alors…
D'après Vjeran, ils n'ont pas pu être détruits.
Donc il est avec cette idée fixe.
Il aimerait bien finir son histoire comme ça, retrouver les tableaux.
Voilà.
L'histoire, c'est Birn,
qui dit les avoir détruits. C'est impossible qu'il les ait détruits.
Il faut voir ça avec lui.
Qu'est-ce qu'elles sont devenues ?
Ma conviction, c'est qu'ils ne sont pas détruits.
On ne peut pas détruire des tableaux.
Du musée ! Pas de chez monsieur Untel.
Des pièces de musée ! Les détruire ? Pour moi, c'est impensable.
Impensable.
Ils sont planqués.
C'est un gros mensonge, rassurez-vous.
Je pense que le Corvez les planque quelque part.
Ces gars gardent leur magot et les ressortent dix ans après,
comme il y a eu à Londres.
Paris, à Berlin…
Dans l'est de l'Europe, en Italie, pareil. Pour les arts…
Je pense que c'est possible de les retrouver.
Je pense que c'est assurément dans des collections privées.
Malheureusement, à ce stade, on n'a pas retrouvé les tableaux.
Et ça, ça reste une épine dans notre pied
et c'est difficile à gérer.
Il y a partout dans le monde des objets qui n'attendent qu'une chose,
c'est remonter à la surface.
Et je pense que ces tableaux, un jour ou l'autre, remonteront à la surface.
Voilà.
J'y crois.
Je ne peux pas imaginer que ces tableaux aient été détruits,
donc j'ai une forme de superstition.
Ils vont revenir.
Pas très rationnel, mais c'est comme ça…
C'est l'effet que ça aura eu sur moi.
C'est fou, hein ?
- M. Corvez ? - Bonjour.
Je fais un documentaire sur le cambriolage du musée d'Art Moderne.
- Non, c'est bon, merci. - Où sont les tableaux ?
- M. Corvez. - Vous pouvez me laisser tranquille ?
Évitez de me harceler.
- Je pose des questions… - Qu'est-ce que…
Vous me harcelez dans la rue.
Respectez ma liberté.
Ok ? J'ai payé.
Je suis allé en prison. J'ai été condamné à sept ans.
J'ai fait ma détention, maintenant je suis tranquille,
je veux pas être embêté. Vous comprenez ça ?
Merci. Je vous ai dit merci.
Donc cessez de me harceler, OK ?
Je vous le dirai pas trois fois.
Je vous le dirai pas trois fois, OK ?
Ça fait deux fois que je le dis.
Vous avez bien entendu, monsieur ? Trois fois.
OK ?
- Juste une question… - Vous voulez que je vous frappe ?
- C'est pas… - Là, vous m'agressez.
Vous voulez que je vous frappe ?
Je suis enclin à le faire.
Cet enfoiré-là…
Mais t'es qui, mon gars ?
T'es complètement débile.
Il a fait son show, vraiment idiot… Comme un fou.
Là, vous me dites qu'il est sorti de prison,
il va recommencer.
Je vais changer les serrures, on sait jamais.
Avec Vjeran, on est ensemble. On a une relation de couple.
C'est pas compliqué pour moi vis-à-vis de son passé.
Ça fait partie de sa vie.
Moi, je n'ai pas de gêne vis-à-vis de ça.
Cet été, il m'a dit : "Cet immeuble,
"je suis capable de monter par les balcons." Et il l'a fait.
Il est monté par les balcons.
Cent kilos, dix tractions, c'est bien, non ?
Cinquante-cinq ans.
C'était impressionnant à voir.
Il a pas dit : "Je vais aller voler." C'était pas ça. C'est ça, son adrénaline.
C'est d'être capable de grimper.
C'est la question que je me suis souvent posée.
Est-ce qu'il serait capable de recommencer ?
Tout est possible.
Cette adrénaline, elle fait partie de sa substance existentielle.
Il ne dit pas que c'est pas impossible.
Aujourd'hui, j'ai 55 ans, j'ai toujours des bons bras.
De ce côté-là, je me plains pas.
Donc "l'Homme-araignée", ça lui va bien.
Il voudrait toujours être l'Homme-araignée, même vieux.
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