All language subtitles for Astrid.et.Raphaelle.S06E05.Coups.de.theatre.FRENCH.1080p.WEB.H264-THESYNDiCATE.fre

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Original subtitles

...

- Bonjour, Astrid. Raphaëlle n'est pas là ?

- Le Cdt Coste a été contaminée

par le coronavirus de type 2.

Elle n'a pas respecté les distances sociales.

- C'est pas son truc, la distanciation.

Vous ne venez pas ?

- C'est ma première scène de crime sans le Cdt Coste.

- C'est pas une scène de crime. Pas encore.

- Je ne comprends pas. - C'est la maison d'un couple.

- Oui. Karen Davre est urgentiste

et Joachim Davre est un champion olympique de tir.

Il préside un centre de tir.

- Le chef de service de Karen Davre a déclaré sa disparition.

Selon lui, abandonner son poste

est inimaginable actuellement.

Et selon les collègues de Karen,

la relation entre Karen et son mari était très tendue.

Elle a dit avoir peur de lui.

Alors, on imagine le pire. - Le pire ?

- Que son mari l'ait tuée. - Ah.

- On y va ?

- D'accord.

- Bonjour, M. Davre. - Entrez.

Merci pour votre rapidité.

Je suis tellement inquiet pour Karen.

Elle voulait se reposer, mais de là à ne pas prévenir son service...

- Comment le savez-vous ? - Elle m'a envoyé un SMS.

- Je peux le voir ? - Bien sûr.

- "C'est trop dur, besoin de couper quelques jours. Ne t'inquiète pas.

"Je t'appelle ce week-end. Bise."

C'était jeudi ? - Oui. Mais elle m'a pas appelé.

Ni ce week-end ni après.

Et son téléphone est sur messagerie.

J'ai peur qu'elle ait craqué sous la pression. Le rythme là-bas,

c'est pas humain.

- Vous tirez encore ? - Occasionnellement.

J'ai peu de temps libre à mon club de tir.

- Hum hum.

- Qu'est-ce qu'il y a, Astrid ?

- Là, dans la rainure de la porte-fenêtre.

Hum hum.

- On dirait du sang. J'appelle la PTS.

*- Cas contact ou pas, je m'en fous.

*Je reviens demain. - Déconne pas.

Tu sais qu'ils ont ouvert une morgue provisoire à Rungis ?

*Les pompes funèbres sont saturées. - On en est où sur l'affaire Davre ?

- Le laboratoire a analysé la goutte de sang et il s'agit bien

*du sang de Karen Davre.

*- Son mari dit qu'elle se serait blessée

*en taillant les rosiers.

*Elle serait rentrée pour se soigner.

- Cette hypothèse ne peut être exclue.

*Cependant, hier, lors de la battue,

un foulard taché de sang a été retrouvé

près du domicile des Davre.

- Et le sang serait aussi celui de Karen Davre ?

*- Exactement.

- Et concernant les habits du mari ?

*- Ils ont trouvé des résidus de poudre sur un tee-shirt jaune.

*- Ca fait beaucoup.

Un mari qui ment sans cesse,

*les collègues de sa femme qui le décrivent comme borderline,

une tache de sang dans la maison, un foulard ensanglanté,

et des résidus de poudre.

*Si c'était un film,

*on saurait déjà la fin.

*- Des indices concordent,

cependant, le corps de Karen Davre n'a pas encore été retrouvé.

- Oui.

*Mais pour moi, il a tué sa femme.

- JUSTICE POUR KAREN !

JUSTICE POUR KAREN ! *- Souvenez-vous, c'était en 2020,

*trois semaines après le début du premier confinement,

*Karen Davre, médecin urgentiste, était l'une des héroïnes

*que nous applaudissions à 20h. Ce matin, ils sont nombreux

*devant le tribunal. Si l'on a pu croiser des proches

*de la victime, beaucoup sont venus défendre

*la cause des violences faites aux femmes.

*Car si le corps de Karen Davre reste introuvable,

*son mari Joachim Davre, principal mis en cause,

*est aujourd'hui sur le banc des accusés

*et il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

- Si j'avais pu prendre ta place, je l'aurais fait,

mais toi seule as suivi l'enquête intégralement.

Raph était cas contact et moi, j'étais là un jour sur deux.

T'inquiète, le dossier est carré. - Le dossier est rectangulaire

et il n'est pas parfaitement rigoureux.

- Les pièces à conviction CM2020-406 et CM2020-421 ne peuvent pas

être strictement comparées, mais... - Absolument.

- Tu l'as dit toi-même :

"Tous les faisceaux d'indices

"accusent Joachim Davre."

Il a super bien caché son corps, mais il l'a tuée.

Il doit aller en prison.

Tu exposes les faits

et tu réponds aux questions. D'accord ?

- Exposer les faits, répondre aux questions. D'accord.

- A tout de suite.

- C'est à vous, Lt Nielsen.

- Bien.

Lt Nielsen, levez la main droite et dites "je le jure".

- Je le jure.

- Vous pouvez exposer votre rapport d'enquête.

- Le 7 avril 2020,

à la demande du Cdt Coste, je me suis rendue

au domicile de monsieur et madame Davre.

La disparition inquiétante de sa femme,

Karen Davre,

avait été signalée

la veille. - Quelque chose ne va pas,

Lt Nielsen ? - Oui.

Quelque chose ne va pas.

Le faisceau d'indices

ne concorde plus. - Pourriez-vous être plus...

explicite ? - Un élément de l'enquête

vient d'être remis en cause.

Un élément important.

- Mais encore ? - Mme la présidente, il s'agit

d'un élément de nature à remettre en cause

la potentielle culpabilité de Joachim Davre.

- Silence, je vous prie.

- Vous dites qu'il est innocent devant la soeur de la victime ?

Comment osez-vous ? - Me Fox, je vous en prie.

Poursuivez, Lt Nielsen.

- Me Fox, je n'ai pas dit que M. Davre est innocent.

J'ai dit qu'un élément de l'enquête, un élément important,

remet en cause

la potentielle culpabilité de M. Davre.

Cela ne signifie pas pour autant

que cet élément constitue une preuve de son innocence.

- Revenez.

Lieutenant Nielsen !

- (Oh, putain...)

Entre.

- Salut.

"Discrètement chez moi", c'est un rancard boulot ou ragots ?

- Je voulais te montrer un truc.

Regarde.

- C'est quoi ces photos ?

Il sort d'où, l'appareil ?

- C'est au mec qui suivait Astrid.

- Y a que des photos de Tetsuo. - Oui.

- Et il est où, le mec ?

- Il a filé.

En lui courant après, je me suis cassé la gueule.

J'ai juste pu lui arracher ça.

Norah, ça va te paraître bizarre,

mais je voudrais que tu te renseignes sur Tetsuo.

Si le mec a pris toutes ces photos,

il y a une raison. - OK.

J'imagine que j'en parle pas

à Astrid ?

- Exactement.

Le procès la perturbe déjà assez.

Nicolas m'a prévenue, je suis venue aussi vite que j'ai pu.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

- L'analyse.

Ce résultat concerne le sang prélevé sur le foulard.

J'ai reçu le complément juste avant mon intervention au tribunal.

Ici, vous pouvez lire "SARS-CoV-2 négatif".

Ici, vous pouvez lire "SARS-CoV-2 positif".

Le Covid a une durée d'incubation de 3 à 5 jours,

ce qui signifie que le sang recueilli sur le foulard

est postérieur à celui recueilli dans la rainure.

- Le foulard ensanglanté a été déposé a posteriori ?

- Oui.

- Joachim Davre serait victime d'une mise en scène ?

- C'est possible. - (Merde, c'est pas vrai...)

- Et si M. Davre a été victime d'une mise en scène,

cela pourrait signifier qu'il est innocent.

Le dossier n'était pas parfaitement rigoureux.

Un dossier doit être parfaitement rigoureux.

Votre canne. Raphaëlle, vous avez oublié votre canne.

- Le kiné m'a dit que je n'en avais plus besoin.

- C'est dans des cas comme ça

qu'un commissaire est utile. - Il arrive quand, le nouveau ?

- Dans quelques jours.

- Vous avez déjà dit cela il y a 22 jours, Lt Mansour.

Combien de jours peuvent correspondre à "quelques jours" ?

- Je sais pas.

- Ah. - On a deux solutions.

Passer sous silence ce nouvel élément

et laisser se poursuivre ce procès. - Hum hum.

- Davre sera mis en cause.

- Hum hum. - Oui, Astrid ?

- Ne pas informer la cour serait une faute déontologique majeure.

- Ou bien,

aller voir la présidente.

Ce qui revient à mettre entre les mains de la défense

un élément de nature à innocenter Joachim Davre.

- Voilà.

- On n'a pas le choix.

Il faut informer la présidente pour qu'elle ajourne le procès.

Nous, on reprend l'enquête, on prouve sa culpabilité.

- S'il est véritablement coupable.

- Je ne peux pas ajourner ce procès.

- Mais cet élément

mérite de nouvelles investigations. - Obtenu hors délai d'instruction,

il est irrecevable.

Cependant, je dois aviser

les parties de ce nouvel élément.

- Article 114 du Code de procédure pénale.

- La divulgation de cet élément

jouera en faveur de la défense.

- Tout à fait. On reprend l'audience avec vous, Lt Nielsen.

- Ca va aller, Astrid. Tu viens ?

- En dynamique policière,

ces éléments pouvaient désigner M. Davre

comme étant le principal suspect du meurtre de sa femme.

- Lt Nielsen, vous venez d'utiliser le passé.

Vous avez dit "pouvaient".

- J'allais y venir, Me Raven.

Le Lt Nielsen et le Cne Perran

m'ont apporté une pièce

que je considère irrecevable.

Il s'agit d'analyses concernant le document CM 2020-421

que madame l'huissier

va vous distribuer.

- Mme la présidente, vous avez jugé ce document irrecevable, bien sûr ?

- Oui. Il a été obtenu en dehors des délais de l'instruction.

Il ne peut donc pas être une preuve.

- Lt Nielsen...

- Oui. - Si je comprends bien,

ces analyses complémentaires pourraient induire

que le foulard a été placé près de la scène de crime a posteriori ?

- Ce n'est pas ce que ce document exprime, c'est ce qu'il induit.

- Lt Nielsen, j'ai une question importante à vous poser.

Connaissez-vous l'effet tunnel ?

- Oui. - Très bien.

Vous pouvez expliquer ce que c'est ?

- Il se produit lorsqu'une enquête se focalise trop sur une piste,

un suspect, au détriment d'autres perspectives possibles.

- C'est exactement ça, oui. Une focalisation qui peut conduire

à négliger des indices, des preuves,

des pistes alternatives. L'enquête de la brigade criminelle

a-t-elle envisagé autre chose que la culpabilité

de mon client ?

- Un faisceau d'indices concordants a rapidement désigné M. Davre

comme étant le principal suspect.

- Parlons de ce faisceau d'indices.

Des traces de poudre sur le tee-shirt d'un homme

qui préside un important club de tir,

vous trouvez ça probant, Lt Nielsen ?

- Me Raven, un faisceau d'indices concordants

comporte, par essence, plusieurs indices.

Les traces de poudre ne sont qu'un des éléments

qui pointaient sur M. Davre.

- Vous ne répondez pas à ma question.

La poudre sur le tee-shirt

constitue-t-elle une preuve ?

- Les traces de poudre ne constituent pas une preuve.

Elles constituent un indice.

Par ailleurs,

M. Davre a déclaré ne tirer que très occasionnellement.

Or, au moment des faits, M. Davre était,

comme tous les citoyens français, confiné depuis le 17 mars 2020.

- Le 17 mars, oui.

Mais qui nous dit que mon client n'a pas tiré le 16 mars,

lorsque cela était permis ? Et il a pu oublier son tee-shirt

dans son sac, ne le mettant au sale que vers le 5 ou 6 avril.

Dois-je vous rappeler

la sidération dans laquelle nous avait plongés la pandémie

et l'annonce du confinement ?

De plus, le rapport d'enquête met en avant

l'absence d'inquiétude manifeste

de mon client envers sa femme

alors que nous portions tous le masque.

Comment voulez-vous percevoir la moindre émotion

sur le visage d'une personne masquée ?

Durant le Covid, la société entière

partait à vau-l'eau. D'ailleurs, Lt Nielsen,

à cette époque, vous n'étiez pas OPJ ?

- Hum hum.

J'étais gestionnaire à la documentation criminelle.

- Prenons note que durant le Covid, cette période incertaine,

la police envoyait ses documentalistes

sur les scènes de crime.

- Je collaborais déjà avec le Cdt Coste,

avec l'accord du commissaire.

- Mais vous collaboriez

en tant qu'observatrice. Pourtant, c'est vous qui êtes là

avec le rapport d'enquête criminelle.

Car, à l'époque, aucun officier de police de la brigade criminelle

n'a suivi l'intégralité du dossier.

- Maître Raven...

- Mme la présidente, j'en ai presque fini.

Sans compter que, lors des investigations,

le corps de Karen Davre

n'a pas été retrouvé et, sans corps,

toutes les hypothèses restent ouvertes,

comme celle d'une disparition

volontaire de Mme Davre, faisant porter le chapeau à mon client.

J'en ai fini, Mme la présidente.

- Me Raven s'emploie

à retourner complètement les jurés.

- Il faut rouvrir l'enquête.

- La juge a refusé l'ajournement, on peut pas rouvrir l'enquête.

- On la rouvre entre nous, je veux dire.

En off. On reprend tous les éléments ensemble.

- Je suis partante. - Ah !

- Si ça met une ordure en taule... - Très bien. Et toi, Nico ?

- Le commissaire aurait refusé. - On l'aurait fait quand même

en se faisant engueuler.

De toute façon, sans commissaire,

c'est moi qui décide.

- OK. - On reprend tous les éléments.

Nico, tu retournes à l'audience demain.

Si quelque chose éveille ton intérêt, tu m'appelles.

On fait comme ça.

J'arrive.

Ah, Norah. Vas-y, entre. Alors, qu'est-ce que t'as trouvé ?

- Tanaka. - Ouais ?

- C'est pas son vrai nom. - Comment ça ?

- C'est pas son vrai nom.

Ses papiers sont faux.

Il s'appelle Tetsuo Hoshida. Sa famille est richissime au Japon.

- Je comprends pas. Pourquoi il aurait changé de nom ?

- Ca, je sais pas.

Mais sa famille a déclaré sa disparition il y a 7 ans.

- Oh putain, merde.

- Bien joué, Astrid.

- Merci.

J'ai gagné.

- Oui, tu as gagné.

- Sinon, je me demandais...

Elle est sympa, la famille de Tetsuo ?

- Je ne connais que son oncle, Apu Tanaka.

- Ah oui ?

Et ses parents ? Même pas en visio ?

- Hum hum.

- D'accord. Mais ils ont été invités au mariage, quand même ?

- Ils ne figuraient pas sur la liste des invités de Tetsuo.

- Ah ?

Ca ne vous a pas intriguée, ça ? - Hum hum.

Raphaëlle, pourquoi cela aurait-il dû m'intriguer ?

- Je sais pas. Moi, j'aurais été curieuse.

Oui, Nico ?

*- Ca sent pas bon pour la partie civile.

Davre est décrit comme un mec parfait,

*qui luttait contre le sexisme.

Et la collègue a reconnu que le changement d'humeur de Karen

était peut-être plus lié au Covid qu'à sa relation conjugale.

*Et l'avocat de Davre en a fait des caisses

pour orienter les jurés.

Il a parlé des services de réa complètement saturés,

*des patients qui mouraient en masse. Il a même rappelé

la morgue provisoire de Rungis. - Oui, je m'en souviens.

- La morgue provisoire de Rungis ! - Astrid ?

Je te rappelle.

Astrid ? - Oui.

- Ca va ?

- En mai 2020, une procédure avait été ouverte

suite à la découverte de cinq corps non identifiés à Rungis.

La procédure avait été classée. Vous êtes en chaussettes.

- Vous aussi.

- Les chaussures sont restées dans la salle du papier ?

- C'est dingue, tout colle !

La date d'arrivée du corps à Rungis,

la description physique, l'âge, tout.

On sait enfin où Joachim Davre a planqué le corps de sa femme.

- Le corps provient de l'hôpital où travaillait Karen Davre.

- Comment on sait ça ?

- Votre bureau est bien rangé.

- Merci. - Grâce au numéro

de la housse mortuaire.

- Je résume. Davre bute sa femme,

la cache dans un sac mortuaire et la dépose

à la morgue. Tout le monde est couvert des pieds à la tête,

il peut circuler incognito dans un hôpital.

La transférer à Rungis, c'est du génie.

- Je ne suis pas sûre que "génie" soit le terme approprié.

- C'est pas un génie d'avoir buté sa femme, mais il est malin.

- L'administrateur de la morgue de Rungis pourra peut-être

nous en dire plus. Elle est où, Raph ?

- Elle a dit qu'elle devait faire quelque chose d'important

et que nous étions plus qualifiés qu'elle

pour auditionner l'administrateur.

- OK. On y va ?

...

- Bonjour, Raphaëlle.

Tout va bien ?

- M. Hoshida.

Il faut qu'on parle, Tetsuo.

- Alors, tu sais. - Oui, je sais.

Je sais que tu es le fils héritier d'une grande famille japonaise,

mais pas pourquoi t'as changé d'identité.

- Je vais tout t'expliquer.

- Non, c'est pas à moi qu'il faut expliquer, tu crois pas ?

*- Ca a beau être notre quotidien, cet épisode a été

un sacré traumatisme pour toute la corporation.

Un entrepôt frigorifique à Rungis, vous imaginez ?

On a reçu les familles

là où il y avait plus tôt de la viande et des bananes.

- D'accord. Que pouvez-vous nous apprendre

concernant le corps non identifié immatriculé ID-R2020-0413-73

retrouvé dans vos locaux ?

- Oui. Heu... - Là.

- "Sujet féminin

"non identifié." - Ca, on le sait.

- "Incinéré le 16 avril 2020."

- Oui, c'est écrit.

- C'est tout. - Comment ça ? L'Identité judiciaire

n'est pas venue prendre de photos ?

- Personne n'est jamais venu.

Nous, nos consignes étaient ultra-strictes.

Incinération sous trois jours après dépôt du corps.

- Monsieur l'administrateur

de la morgue de Rungis,

avez-vous conservé des éléments d'identification ?

- Oui, on a fait notre boulot.

On a prélevé un échantillon osseux comme la procédure l'exigeait

et on l'a transmis à l'IJ.

Je suppose que vos collègues ont fait ce qu'il fallait

à leur tour ?

- Merci, monsieur.

- Je vous en prie.

- Alors ? - L'Identité judiciaire doit envoyer

la comparaison entre le séquençage ADN

de Karen Davre et celui du corps non identifié

retrouvé à Rungis.

Notification. - J'ai.

Ca matche.

- Mais à 50 %.

- Cela signifie que ces deux personnes

partagent un ADN de parentèle.

*- Laissez-moi un message après le bip.

- Raph, rappelle-moi vite.

On peut pas attendre. Tu peux venir, Astrid ?

- Oui. - Prends tes affaires.

- Dans le rapport de police, vous déclarez n'avoir entendu

aucune détonation.

- On n'interrompt pas une audience. - T'inquiète pas.

Mme la présidente ! - Cne Perran, que faites-vous ?

- J'interromps l'audience. - Pour quelle raison ?

- Cette femme n'est pas la soeur de Karen Davre.

Cette femme, Mme la présidente,

c'est Karen Davre. - C'est faux. C'est faux !

- Silence !

- T'es entré dans le tribunal et t'as interrompu la présidente ?

- Ouais. - Oui, il a interrompu l'audience.

- Je crois que c'est ça qu'il fallait faire.

- J'aurais pas fait autrement.

Donc, si j'ai bien compris,

on cherchait le cadavre de Karen Davre,

alors qu'elle était au procès.

Sous nos yeux.

Comment vous avez compris ça ?

- L'ADN.

- L'ADN du corps à Rungis collait avec celui de Karen Davre,

mais à 50 %. C'est ce que tu partages

avec ton père ou ta mère, ou un frère,

ou une soeur.

- C'est vrai qu'elles se ressemblent.

Les yeux, la bouche.

- Sur cette photo, Karen Davre a un angle auriculo-céphalique

augmenté.

- Quoi ? - Elle a les oreilles décollées.

- Ah ouais, d'accord.

Elle s'est fait opérer ?

- Oui. Karen Davre a subi plusieurs opérations

pour ressembler à sa soeur,

entre la fin du premier confinement

et le début du second. Elle a fait

une profiloplastie, une otoplastie...

- Qu'est-ce que c'est ?

- La profiloplastie est une technique

de médecine non chirurgicale visant à harmoniser le profil d'un patient

par injections d'acide hyaluronique.

Vous devriez savoir de quoi nous parlons, Cdt Coste.

- Pas du tout, Astrid.

- L'otoplastie, elle, vise à recoller les oreilles.

- D'accord. - Suite à ça, elle a déménagé

pour ne pas être reconnue. - C'était facile

de reprendre le boulot de sa soeur étant elle-même traductrice

d'ouvrages médicaux anglais-français, à domicile.

- Et divorcée et sans enfant.

- Elle vivait seule ?

- Non, avec leur mère, décédée depuis,

mais qui souffrait d'Alzheimer.

- Mais pourquoi prendre la place de sa soeur ?

Elle a quitté son boulot, des amis, un mari...

C'est bizarre de vouloir vivre recluse comme ça, non ?

- Il y a forcément une raison à ce sacrifice.

- Cdt Coste, Karen Davre

est arrivée.

- Bon. Vous me raconterez, capitaine.

- Bien, commandant.

- Vous l'avez appelé "capitaine".

- Mme Davre, j'ai besoin de comprendre.

C'est vous qui avez déposé le corps de votre soeur à Rungis ?

Pour cacher son corps parce que vous l'aviez tuée ?

- Jamais j'aurais tué ma soeur. On s'adorait.

Ma soeur était déjà morte quand je suis arrivée chez elle.

- Déjà morte ?

- J'avais décidé de passer la voir en sortant de l'hôpital.

Je savais qu'elle avait attrapé le Covid et elle ne répondait pas.

J'étais inquiète.

J'ai tout de suite compris en la voyant.

Elle devait être morte depuis au moins 24 heures.

Je suis arrivée trop tard.

Ma mère n'a même pas dû comprendre ce qui s'était passé.

- Pourquoi vous n'avez pas prévenu

les services funéraires ou la police ?

- J'étais perdue.

Tout ce qui m'importait, c'était de m'occuper de ma mère.

Alors, je suis rentrée chez moi en coup de vent

et j'ai pris quelques affaires.

- Et votre mari ?

- Quand je suis arrivée, il était déjà très alcoolisé.

Il m'a vue faire mon sac, il a cru que je le quittais.

Il me faisait peur depuis quelque temps.

J'ai pas voulu discuter avec lui.

Et là...

- Il vous a tiré dessus ?

- Oui.

Heureusement, aucun organe vital n'a été touché.

Je me suis évanouie.

Quand je me suis réveillée,

la nuit tombait.

J'étais allongée dans les bois. J'avais mal.

Joachim a dû me déposer là, en pensant que j'étais morte.

Et puis j'ai tourné la tête.

Je l'ai vu à côté de sa voiture. Il sortait des outils.

J'ai compris qu'il allait m'enterrer.

Je me suis levée et j'ai foncé droit devant moi.

Je l'ai entendu tirer.

- Et après ?

- Après, je suis allée chez ma soeur et je me suis soignée.

- Et vous avez usurpé son identité et fait disparaître son corps

quelques jours plus tard. Le foulard avec votre sang,

c'était pour que votre mari soit accusé de vous avoir tuée.

- Mais il m'a tuée !

- Pourquoi vous n'avez pas prévenu la police, Karen ?

- Parce qu'il m'aurait tuée pour de bon, comme l'autre.

Et il menaçait de s'en prendre à ma mère et à ma soeur.

- Comment ça, "comme l'autre" ?

- "Moi, on ne me quitte pas", il a crié.

"Tu vas finir comme cette conasse de Coco !"

- Je sais plus quoi en penser.

Son histoire est dingue.

- Chéri...

Heu...

Nico.

Elles te disent quoi, tes tripes ? - Elle est sincère. Je la crois.

- D'accord. Ca signifie que J. Davre a tué une femme avant de rencontrer

Karen Davre. Il faut la trouver.

- On n'a que le diminutif Coco.

J'ai épluché les interrogatoires

des proches de J. Davre. Aucun prénom qui pourrait être Coco.

- Idem pour ses réseaux.

- Ca veut dire qu'on est coincés ? - Hum hum.

On n'est pas coincés. - Ah,

vous avez une idée en tête, Astrid.

- Nous avons indexé nos recherches

selon un axe erroné qui nous a coincés.

- Un axe erroné ? - Nous avons cherché

une femme proche de J. Davre

dont le prénom correspondrait au diminutif Coco

et que celui-ci aurait tuée selon Karen Davre.

Si son témoignage est valable,

cette femme a dû être déclarée comme décédée ou comme disparue.

- Donc, on va chercher les disparues

dont le prénom correspondrait, puis cibler l'entourage de Davre.

On cherche dans l'autre sens. - Absolument. Vous bougez beaucoup.

- Perdon.

- Pour réduire les recherches,

j'ai supposé que cette femme serait morte ou disparue en Ile-de-France.

- Et alors ?

- En croisant les dossiers criminels

et les disparitions sur les quinze dernières années,

j'ai trouvé trois Corinne et deux Colette.

Deux décès sont imputés

sans ambiguïté à des coupables.

Pour une autre,

le décès était accidentel. - Ceux-là, hop !

- Absolument. J'ai exclu ces trois personnes.

Pour les deux autres,

il s'agit de disparitions inquiétantes.

Corinne Ginet et Colette Blangevin.

J'ai trouvé deux Coco.

- Alors, la première Coco...

Colette Blangevin, née en 1950.

Ca n'a pas l'air de correspondre.

- Là, j'ai un truc qui colle mieux.

Corinne Ginet, Canadienne, 25 ans, installée en France depuis 2015

et disparue au bout de 5 mois. Je crois qu'on a notre Coco.

- J'ai trouvé et contacté la BFF de Corinne Ginet sur Facebook.

- BFF ?

Je ne connais pas cet acronyme. - Best friend forever.

C'est sa meilleure amie. Un peu comme nous. Vous êtes ma BFF.

- Je suis votre BFF.

Vous aussi, vous êtes ma "best friend forever".

- C. Ginet lui avait dit être amoureuse,

mais sans donner son nom.

Elle sait juste qu'il vivait à la campagne près de Paris.

- Ca suffira pas pour motiver une garde à vue.

- Je savais avoir vu quelque chose, mais sans savoir quoi.

Elle l'a.

...

Monsieur ?

- Oui ?

- La distanciation sociale.

Là.

Sous l'étagère.

Là, oui.

- De quoi s'agit-il encore ?

- Une boucle d'oreille retrouvée dans votre sous-sol

lors de notre perquisition en 2020,

et qui appartient à Corinne Ginet.

- Nous vous suspectons

de l'avoir tuée, M. Davre.

- Ca commence à ressembler à de l'acharnement policier.

C'est censé prouver quelque chose ?

C'est un produit manufacturé tiré à des milliers d'exemplaires.

- Quand un étranger disparaît, la police enregistre son ADN

pour le comparer aux corps non identifiés.

- Et l'ADN de Corinne Ginet matche avec cette boucle d'oreille.

Vous niez la connaître, M. Davre ?

- Je vous recommande le silence.

Sinon, commandant,

vous avez le corps de cette femme,

ou c'est encore une fausse morte ?

- D'après Karen Davre,

son mari comptait l'enterrer dans la zone d'activité.

- Il y aurait caché aussi le corps de Corinne ?

- C'est possible.

Mais où ?

- Il y a un cimetière.

- C'est hyper tordu, ça.

- On y va avec une équipe ?

- OK.

- Ils ont géré, l'équipe au cimetière !

Cette boucle d'oreille était sur un cadavre ?

- Oui, un cadavre dans le caveau familial des Davre.

- Celui de Corinne Ginet caché par J. Davre.

- Et c'est aussi là

qu'il comptait faire disparaître le corps de sa femme.

- Nous ne sommes pas ici pour l'affaire Corinne Ginet.

Ce meurtre fera l'objet d'une nouvelle instruction

dans le cadre de laquelle

M. Davre est mis en examen.

Cependant, je rappelais cette affaire

car elle permet de comprendre de quoi Joachim Davre est capable.

Alors oui, je l'affirme haut et fort,

cet homme a voulu tuer sa femme. J'en ai fini, Mme la présidente.

- Me Raven, vous avez la parole.

- Karen Davre accuse son mari de tentative d'homicide.

Mais comment accorder le moindre crédit à une femme

qui a menti, qui a menti à la police,

à la justice, et qui a été jusqu'à usurper l'identité

de sa soeur

sans en déclarer le décès ?

*- Après cinq jours de débats,

*Joachim Davre a été reconnu coupable de tentative d'homicide

*sur sa femme, tentative punie à la même hauteur que l'homicide,

*et il est désormais mis en cause dans le meurtre de Corinne Ginet,

*objet d'une autre instruction.

- Il a été jugé pour tentative d'homicide.

Il a pris 20 ans, dont 13 incompressibles.

- Comme s'il l'avait tuée. - Oui.

Voluntas pro facto. L'intentionnalité vaut pour l'acte.

- Suivra le meurtre de Ginet. - Et Karen Davre ?

- Elle sera jugée pour usurpation d'identité et recel de cadavre.

Elle bénéficiera sûrement de circonstances atténuantes.

- Bon, je voulais vous féliciter.

Vous avez fait du super bon taf.

Sans vous, Joachim Davre aurait été libéré

et on n'aurait pas rendu justice à C. Ginet.

- Je dois partir, je ne veux pas être en retard.

Tetsuo arrive chez moi dans 57 minutes.

- Astrid ?

Si vous avez besoin de moi, je suis là.

- Pour quoi aurais-je besoin de vous ?

- Pour rien.

- Au revoir.

- Bonsoir, Tetsuo. - Bonsoir, Astrid.

- J'ai préparé votre lit sur le canapé, comme prévu.

- Astrid,

j'ai quelque chose d'important à te dire.

- Ah. D'accord.

- Quelque chose que je dois te dire depuis longtemps.

Je ne m'appelle pas Tetsuo Tanaka.

Mon vrai nom est Tetsuo Hoshida.

Mon père était à la tête d'un empire industriel du Japon.

En ma qualité de fils aîné,

je devais prendre la suite à la tête de sa société.

Mais je ne me suis jamais reconnu dans ce rôle,

d'autant que mon père dirigeait sa société sans humanité,

écrasant ses employés sous la pression.

Refuser cet héritage,

ça aurait été perçu comme un immense déshonneur.

Et parler à mon père était...

Alors, il y a 7 ans,

j'ai préféré disparaître,

m'évaporer.

Je suis un "johatsu".

Une société m'a aidé à disparaître.

Elle m'a mis en contact avec Apu Tanaka en France.

Apu m'a pris sous son aile.

Il est devenu comme un oncle pour moi,

et j'ai fini par prendre son nom.

Et à ce moment-là, je t'ai rencontrée.

Je voulais te le dire, Astrid.

J'ai voulu le faire tellement de fois.

Et puis...

Je suis désolé de t'avoir menti, Astrid.

J'espère que tu ne m'en veux pas.

- M. Hoshida, je ne peux pas vous en vouloir,

puisque je ne vous connais pas.

- Astrid, je suis celui que tu as rencontré.

Je suis Tetsuo Tanaka.

- Hum hum. Tetsuo Tanaka n'existe pas.

Vous êtes Tetsuo Hoshida, que je ne connais pas.

Je pense que vous devriez quitter mon appartement, M. Hoshida.

Maintenant.

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